בָּלָק
Balak
Bil'am, bénédictions et prophéties
- Section hebdomadaire
- 40 sur 54
- Versets
- Bémidbar 22,2–25,9
- Parties
- 9
- Temps de lecture
- 2 h 1 min
- Vues
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Balak est la section hebdomadaire sur Bil'am et sur la tentative de maudire Israël, qui se retourne en bénédictions. Dans le sténogramme d'Alex Blend sont examinés l'histoire de l'ânesse, les prophéties et les significations des noms Yaakov et Israël. Le texte du livre de Bémidbar en hébreu est accompagné d'une translittération, d'une traductionL'original précise que le texte hébreu est accompagné d'une traduction russe ; comme cette page est en français, la phrase a été rendue de façon neutre. et du commentaire religieux de l'auteur.
Faites connaissance : Bil'am
Bémidbar 22,2–20
Avec l'aide de Dieu, nous commençons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire Balak et nous lirons à partir du verset 2 du chapitre 22 du livre de Bémidbar. La section hebdomadaire Balak se distingue de toutes les autres sections hebdomadaires. Nous avons lu des sections hebdomadaires qui se composaient de différentes histoires, qui passaient d'un sujet à l'autre, et il nous fallait chercher un fil conducteur commun. Dans notre section hebdomadaire, le récit est plus ou moins d'un seul tenant, et toute l'intrigue est une et compréhensible. Une autre particularité de la section hebdomadaire, c'est que tout se passe pour ainsi dire en coulisses (si l'on regarde avec les yeux d'Israël). Dans le camp d'Israël, les jours succèdent aux jours, tout suit son cours. Le matin commence comme d'habitude : quelqu'un s'est levé et s'est mis à faire sa gymnastique, quelqu'un s'est levé et est allé ramasser le man, et quelqu'un s'est levé et est allé ramasser du bois. Rien ne présage le malheur, personne ne craint le malheur. Mais il ne dort ni ne sommeille, le gardien d'Israël : le Très-Haut fait croître la délivrance d'Israël même quand Israël n'est inquiet de rien. C'est précisément de ce qui se passe en coulisses que nous lisons dans notre section hebdomadaire. Et il y a là une leçon pour nous aussi : très souvent le Très-Haut agit de la même manière en secret dans notre vie. Nous ne pouvons même pas nous imaginer de combien de dangers et de difficultés le Très-Haut nous délivre, si bien que nous ne savons même pas qu'ils nous menaçaient. Alors, commençons à lire.
וַיַּרְא בָּלָק בֶּן־צִפּוֹר אֵת כָּל־אֲשֶׁר־עָשָׂה יִשְׂרָאֵל לָאֱמֹרִי׃
vayár balák ben-tsippór et kol-acher-assá yisraél la'emorí
2 Et Balak ben Tsippor vit tout ce qu'Israël avait fait aux Amoréens.
Arrêtons-nous sur le nom Balak ben Tsippor. Le nom Balak vient de l'ancienne racine bet-lámed-kouf, et signifie celui qui ouvre, celui qui ouvre grand. Peut-être pouvait-on appeler ainsi un premier-né – celui qui fend, qui ouvre le sein. Tsippór – c'est l'oiseau. Le midrach explique que ce roi avait un étourneau extraordinaire, ou une huppe, ou quelque autre oiseau parlant, qui lui rapportait des renseignements, une sorte de coq d'or de conte de fées. Mais, très probablement, selon le pchat (le sens simple), c'est un homme qui porte simplement ce nom, Balak ben Tsippor. Et il vit tout ce qui s'était passé entre Israël et les Amoréens, il vit la victoire complète d'Israël sur ce peuple. Les Amoréens non plus n'étaient pas « de la petite bière », c'était une puissance solide, sérieuse. Israël les avait complètement écrasés, et ensuite aussi le roi de Bachan. Et cela, naturellement, fit peur aux peuples d'alentour.
וַיָּגָר מוֹאָב מִפְּנֵי הָעָם מְאֹד כִּי רַב־הוּא וַיָּקָץ מוֹאָב מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
vayágor mo'áv mippené ha'ám me'ód ki rav-hoú vayákots mo'áv mippené bené yisraél
3 Et Moav redouta fort le peuple, car il est nombreux, et les fils d'Israël devinrent odieux aux yeux de Moav.
Naturellement, l'apparition dans la région d'une nouvelle force influente, qui agit avec on ne sait quelle arme, avec on ne sait quels motifs, fait peur. Manifestement, le renseignement a rapporté qu'Israël n'a pas d'équipement lourd, qu'ils n'ont ni engins de siège, ni lances, ni canons, ni avions, ni hélicoptères, ni armes du présent, ni armes du futur. Et ils ont pu écraser plus d'un pays – peut-être par leur grand nombre, peut-être par leur patriotisme. Et cela, naturellement, fait peur. Et il est effrayant de penser, effrayant de vivre avec la pensée qu'à côté de toi agit une force si incompréhensible et si redoutable. Bien sûr, cela va faire peur, et cela va pas mal taper sur les nerfs, et c'est pourquoi les Israélites devinrent insupportables, odieux à Moav.
וַיֹּאמֶר מוֹאָב אֶל־זִקְנֵי מִדְיָן עַתָּה יְלַחֲכוּ הַקָּהָל אֶת־כָּל־סְבִיבֹתֵינוּ כִּלְחֹךְ הַשּׁוֹר אֵת יֶרֶק הַשָּׂדֶה וּבָלָק בֶּן־צִפּוֹר מֶלֶךְ לְמוֹאָב בָּעֵת הַהִוא׃
vayomer mo'áv el-zikné midyán attá yela'hakhoú hakkahál et-kol-sevivoténou kil'hókh hachór et yérek hassadé ouvalák ben-tsippór mélekh lemo'áv ba'ét hahí
4 Et les Moabites s'adressèrent aux anciens de Midyan : « Maintenant cette racaille va dévorer tous nos environs, comme les bœufs broutent toute la verdure des champs ». Et en ce temps-là, Balak ben Tsippor était roi de Moav.
Que les Moabites se soient adressés aux Midyanites est en soi intéressant, parce que c'étaient deux pays ennemis. Certains commentateurs disent que ce n'est pas par amour l'un pour l'autre, mais sous l'effet de la peur d'Israël qu'ils se sont unis. D'autres disent que c'est précisément à ce moment-là que la situation politique s'était présentée de telle sorte que ces pays se trouvaient dans une sorte de confédération politique.
Donc, il y a un roi en Moav, il s'appelle Balak ben Tsippor. Il y a une situation politique qui s'est aggravée, dans laquelle certaines forces, à part le roi, chuchotent, mènent entre elles des pourparlers sur le fait qu'il faut faire quelque chose : ce peuple va dévorer tous les environs, comme le bœuf dévore un champ ! Nous savons qu'Israël a une telle injonction : ne pas faire la guerre à Moav. Mais comment ne pas craindre que, lorsqu'Israël commencera les hostilités, il en profite pour réquisitionner tout doucement ici une charrette, là un cheval, ailleurs encore autre chose. En ce temps-là aussi on pratiquait la réquisition, quand une armée en marche prenait de force ou achetait à vil prix les biens du peuple du pays qu'elle traversait : tout pour le front, tout pour la victoire. Naturellement, c'est effrayant. Et, très probablement, des conversations de ce genre ont commencé : « Et Balak ? Que fait donc Balak ? » Balak doit non seulement veiller à renverser d'une manière ou d'une autre la situation avec ces Israélites qui errent dans les environs. Balak doit encore d'une manière ou d'une autre affermir, consolider sa propre position politique. Et Balak fait ceci.
וַיִּשְׁלַח מַלְאָכִים אֶל־בִּלְעָם בֶּן־בְּעוֹר פְּתוֹרָה אֲשֶׁר עַל־הַנָּהָר אֶרֶץ בְּנֵי־עַמּוֹ לִקְרֹא־לוֹ לֵאמֹר הִנֵּה עַם יָצָא מִמִּצְרַיִם הִנֵּה כִסָּה אֶת־עֵין הָאָרֶץ וְהוּא יֹשֵׁב מִמֻּלִי׃
vayichlá'h mal'akhím el-bil'ám ben-be'ór petóra achér al-hannahár érets bene-ammó likro-ló lemór hinné am yatsá mimmitsráyim hinné khissá et-én ha'árets vehoú yochev mimmoulí
5 Et il envoya des messagers à Bil'am, fils de Bé'or, à Ptor, qui est sur le fleuve, dans le pays de son peuple, pour l'appeler et lui dire : « Voici un peuple sorti d'Égypte, et voici, il a couvert tous les alentours (autant que le regard peut le voir), et il est assis ici, devant moi.
Bil'am ben Bé'or, pour que vous le sachiez, est une personnalité largement connue, et pas du tout dans des cercles restreints, bien que ce récit que nous lisons maintenant n'ait pas eu de témoins vivants, il n'a pas été mis par écrit par l'un des participants de cette histoire, c'est le Très-Haut qui l'a révélé à Israël. La personnalité de Bil'am ben Bé'or (Bil'am Béorovitch) nous est connue par un monument ancien. En 1967, lors de fouilles à Tell Deir Alla, en Jordanie, on a découvert une certaine construction qui, autrefois, il y a très très longtemps, bien avant cela, avait été détruite par un tremblement de terre. Et sur le mur de cette construction il y avait une inscription, une inscription très ancienne, qui parlait d'un homme qui s'appelait Bil'am ben Bé'or. Voici comment on la reconstitue : « Inscription de Bil'am, fils de Bé'or, homme qui était voyant des dieux. Voici, les dieux vinrent à lui la nuit, et ils parlèrent avec lui. Et selon ces paroles, ils dirent à Bil'am, fils de Bé'or, que viennent les derniers jours : la flamme, le feu du châtiment est apparu. Et Bil'am, le lendemain, se leva et pendant plusieurs jours fut en deuil, il ne pouvait ni dormir ni manger et pleurait beaucoup. Et tous ses gens vinrent à lui, et dirent à Bil'am, fils de Bé'or : “Pourquoi ne manges-tu rien, pourquoi pleures-tu ?” Et il leur dit : “Asseyez-vous, je vais vous montrer une grande calamité” ». Eh bien, et ainsi de suite. Il y a là une longue et très triste histoire sur la prophétie qu'a reçue Bil'am ben Bé'or. Le contenu de l'inscription ne nous intéresse sans doute pas beaucoup, mais le témoignage lui-même que Bil'am ben Bé'or a existé et était un homme très connu, si connu qu'il rassemblait des gens et pouvait prophétiser sur la fin du monde, cela est pour nous assez important. C'est-à-dire une personnalité très connue dans la région, très influente. Et sa visite chez Balak pouvait très fortement soutenir Balak lui-même – comme, peut-être, cela aiderait le président d'un petit pays que vienne le chef de quelque grande superpuissance, qu'il se tienne à côté de lui et lui tape simplement sur l'épaule. Une personnalité populaire, dont le soutien donnera des forces.
Donc, Balak envoie des messagers à Bil'am ben Bé'or à Ptor. Et Ptor se trouve assez loin, jusque sur la rive de l'Euphrate : achér al-hannahár (qui est sur le fleuve) – le fleuve, c'est justement l'Euphrate.
Cette expression-là, likro-ló (l'appeler), semblerait une expression tout à fait ordinaire. Yéchoua disait (Mt 22,14) : « Beaucoup d'appelés, mais peu d'élus ». Il existe un tel mot – appelé. Ce sont des gens de vocation, qu'on appelle aux réunions, aux conférences, des gens-ornements, les vedettes de tous les événements. Dans le cas présent, likro-ló, c'est celui qui est appelé pour le soutien politique de Balak lui-même, de son statut politique personnel.
וְעַתָּה לְכָה־נָּא אָרָה־לִּי אֶת־הָעָם הַזֶּה כִּי־עָצוּם הוּא מִמֶּנִּי אוּלַי אוּכַל נַכֶּה־בּוֹ וַאֲגָרְשֶׁנּוּ מִן־הָאָרֶץ כִּי יָדַעְתִּי אֵת אֲשֶׁר־תְּבָרֵךְ מְבֹרָךְ וַאֲשֶׁר תָּאֹר יוּאָר׃
ve'attá lekha-ná ara-lí et-ha'am hazzé ki-atsoúm hou mimménni ouláy oukhál nakke-bó va'agarechénnou min-ha'arets ki yadá'ti et acher-tevarékh mevorákh va'achér ta'ór you'ár
6 Maintenant donc, va et maudis ce peuple, parce qu'il est plus fort que moi. Peut-être alors pourrai-je le battre et le chasser du pays. Parce que je sais que celui que tu béniras est béni, et celui que tu maudiras sera maudit ».
Les commentateurs attirent l'attention sur une particularité de cette langue. Celui que tu béniras est béni – c'est-à-dire que l'homme est déjà béni, ce n'est pas toi qui le béniras, il n'y a pas de pouvoir de bénir. Bil'am voyait qu'un homme avait la faveur de Dieu, et il bénissait un tel homme, par son propre pouvoir il ne pouvait bénir personne. Mais en revanche, celui que tu maudiras sera maudit – le pouvoir de maudire existe, la malédiction a de la force. Un coup politique très habile. Israël a mené de nombreuses guerres tout au long de son histoire. Ces guerres, bien sûr, se déroulaient aussi bien dans le monde spirituel que dans le monde physique. Mais le peuple remportait la victoire du fait que la racine de la victoire d'Israël était précisément dans le monde spirituel, sa force n'est pas une force physique, c'est là la différence. Et Balak, peut-être, le comprend bien. Et il comprend que, puisque la racine est spirituelle, la riposte doit être spirituelle elle aussi. Et peut-être Bil'am se révélera-t-il plus fort que Celui Qui se tient derrière Israël, et pourra-t-il maudire le peuple et ainsi déconnecter Israël de ce soutien spirituel qui lui permet de vaincre. Voilà pourquoi Balak a besoin que Bil'am maudisse Israël. Si Bil'am débranche Israël de la prise spirituelle, alors peut-être Balak pourra-t-il le vaincre. Donc, Balak organise une délégation auprès du spécialiste le plus influent de ce temps-là, Bil'am ben Bé'or.
וַיֵּלְכוּ זִקְנֵי מוֹאָב וְזִקְנֵי מִדְיָן וּקְסָמִים בְּיָדָם וַיָּבֹאוּ אֶל־בִּלְעָם וַיְדַבְּרוּ אֵלָיו דִּבְרֵי בָלָק׃
vayelekhoú zikné mo'áv vezikné midyán ouksamím beyadám vayavóou el-bil'ám vaydabberoú eláv divré valák
7 Et les anciens de Moav et les anciens de Midyan s'en allèrent, et toutes sortes d'accessoires nécessaires à la sorcellerie – avec eux. Et ils vinrent vers Bil'am, et lui rapportèrent les paroles de Balak.
Toutes sortes d'accessoires nécessaires à la sorcellerie, avec eux – c'est là la traduction la plus probable du texte. Pour que Bil'am ne puisse pas dire : « J'ai justement ma boule de cristal en réparation en ce moment », ou : « La chaînette de mon pendule s'est cassée », ou : « Je n'ai plus de poudre d'yeux de crapaud ». Et nous, justement, nous en avons apporté avec nous ! Tout à fait par hasard, nous avons dans les buissons un bocal de poudre d'yeux de crapaud ! Et alors Bil'am ne pourra pas se défiler. Et puis, en outre, tout maître aime les instruments qu'il utilise dans son travail, et comme le violon pour le violoniste, comme le couteau pour le boucher, ainsi la poudre d'yeux de crapaud est le meilleur cadeau pour un sorcier noir.
וַיֹּאמֶר אֲלֵיהֶם לִינוּ פֹה הַלַּיְלָה וַהֲשִׁבֹתִי אֶתְכֶם דָּבָר כַּאֲשֶׁר יְדַבֵּר יְהוָה אֵלָי וַיֵּשְׁבוּ שָׂרֵי־מוֹאָב עִם־בִּלְעָם׃
vayomer alehém línou fo halláyla vahachivotí etkhém davár ka'achér yedabbér adonáy eláy vayechevoú sare-mo'áv im-bil'ám
8 Il leur dit : « Passez ici la nuit, je vous répondrai une parole, comme me le dira le SEIGNEUR ». Et les princes de Moav restèrent chez Bil'am.
Donc, Bil'am dit : « Les gars, je ne vais pas y aller comme ça, ça ne m'arrange pas. Je vais écouter ce que le SEIGNEUR veut me dire ». En réalité, comme nous le verrons plus tard, Bil'am est tout de même prêt à y aller, mais il veut (beaucoup de commentateurs le voient, et beaucoup de midrachim l'indiquent) paraître juste, c'est important pour lui. Il est réellement en relation personnelle avec le Très-Haut. Dieu parle avec Bil'am, et Bil'am sait réellement beaucoup de choses. Nous lirons en 24,16 qu'il yodéya dáat elyon (connaît le dessein du Très-Haut), il connaît les lois d'en haut, mais cela ne se reflète pas très bien sur ses qualités morales : sachant tout cela, il ne change pas beaucoup. Oui, il a une force prophétique, il a des connaissances sur Dieu et il a certaines capacités, pour parler en langage moderne, prophétiques ou superprophétiques.
Les sages débattent pour savoir s'il était sorcier ou simplement magicien. Le midrach note qu'il n'y eut pas en Israël de prophète semblable à Moché. Il y a des commentateurs qui, sur la base de ce midrach, disent : « En Israël il n'y en a pas eu, mais chez les peuples du monde il y en a eu un, et c'est Bil'am ». D'autres disent que Bil'am était sorcier, sur la base de ce qui est écrit dans le livre de Yéhochoua ben Noun (13,22) : « Et Bil'am ben Bé'or, l'enchanteur (kossém), les fils d'Israël le tuèrent… » Le mot kossém signifie magicien, enchanteur, en hébreu moderne – prestidigitateur. C'est-à-dire qu'ils tuèrent Bil'am, qui était sorcier, mais avait une telle faveur que le Très-Haut communiquait avec lui. Mais Bil'am n'utilisa cette faveur ni pour son propre bien, ni pour le bien des autres.
וַיָּבֹא אֱלֹהִים אֶל־בִּלְעָם וַיֹּאמֶר מִי הָאֲנָשִׁים הָאֵלֶּה עִמָּךְ׃
vayavó elohim el-bil'ám vayomer mi ha'anachím ha'élle immákh
9 Et Dieu vint vers Bil'am, et dit : « Qui sont ces gens avec toi ? »
Certains commentateurs disent que c'est justement ici que surgit chez Bil'am un doute. Aha, donc ce Dieu n'est pas si Omniscient que ça, s'Il demande qui sont ces gens. D'autres commentateurs disent que le Très-Haut pose d'habitude de telles questions semi-rhétoriques aux méchants. Et les méchants répondent à de telles questions : c'est bien pour cela qu'ils sont des méchants, pour ne pas comprendre ce qu'est une question rhétorique. En particulier, Kayin, à la question du Très-Haut : « Où est Hevel, ton frère ? », dit : « Suis-je le gardien de mon frère ? » Et ici le Très-Haut pose de nouveau une question rhétorique, et Bil'am répond.
וַיֹּאמֶר בִּלְעָם אֶל־הָאֱלֹהִים בָּלָק בֶּן־צִפֹּר מֶלֶךְ מוֹאָב שָׁלַח אֵלָי׃
vayomer bil'ám el-ha'elohím balák ben-tsippór mélekh mo'áv chalá'h eláy
10 Et Bil'am répondit à Dieu : « C'est Balak Tsipporovitch, roi moabite, qui les a envoyés vers moi.
Bil'am aussi distingue deux buts. D'un côté, le premier, pourquoi Balak les a envoyés vers moi : obtenir un tel soutien de Bil'am – c'est le but personnel de Balak, même si Bil'am vient simplement. Cela, peut-être, ne se saisit pas très bien dans la traduction russe, mais dans le texte hébreu cela est constamment souligné.
הִנֵּה הָעָם הַיֹּצֵא מִמִּצְרַיִם וַיְכַס אֶת־עֵין הָאָרֶץ עַתָּה לְכָה קָבָה־לִּי אֹתוֹ אוּלַי אוּכַל לְהִלָּחֶם בּוֹ וְגֵרַשְׁתִּיו׃
hinne ha'ám hayotsé mimmitsráyim vaykhás et-én ha'árets attá lekhá kava-lí otó ouláy oukhál lehillá'hem bo vegerachtív
11 Voici ce peuple qui est sorti d'Égypte et a couvert toute la terre visible, maintenant va et maudis-le-moi, peut-être que je peux lui faire la guerre et je le chasserai.
Cela, d'un autre côté, est encore un but de Balak. Comparons le verset 5 avec le nôtre, le verset 11, c'est-à-dire la version de Balak et la version de Bil'am, rapportée au Très-Haut. Quand Balak envoie des princes à Bil'am, il dit (au verset 5) hinné am yatsá mimmitsráyim (voici un peuple sorti d'Égypte), c'est-à-dire que am yatsá est employé sans article défini – un peuple de rien du tout, une peuplade. Et Bil'am, en racontant au Très-Haut, parle du peuple déjà avec l'article défini, ha'ám hayotsé mimmitsráyim. Bil'am comprend que pour le Très-Haut, le peuple sorti d'Égypte est un peuple particulier. En outre, Bil'am rapporte les paroles de Balak et a couvert toute la terre visible un peu autrement. Balak répète deux fois le mot hinne…hinne (voici...voici) : voici un peuple sorti d'Égypte, et voici, il a couvert tous les alentours, et à cause de cette double répétition il en résultait que Balak parlait de façon plus paniquée que ne le rapporte Bil'am (là encore, la traduction russe le laisse échapper). Ainsi, si chez Balak la situation était dramatisée, ici Bil'am rapporte une version adoucie. Bil'am tergiverse constamment, rapportant une seule et même chose, il essaie constamment de plaire aux uns et aux autres. Ensuite. Balak supposait qu'il pourrait, ce peuple, le battre et le chasser du pays. Dans le récit de Bil'am, cela sonne de façon plus adoucie : je pourrai lui faire la guerre et je le chasserai. Donc, Bil'am essaie de raconter au Très-Haut quel est ce peuple, mais il arrondit un peu les angles, il atténue un peu les circonstances, comprenant que, peut-être, la colère de Dieu va suivre.
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל־בִּלְעָם לֹא תֵלֵךְ עִמָּהֶם לֹא תָאֹר אֶת־הָעָם כִּי בָרוּךְ הוּא׃
vayomer elohím el-bil'ám lo telékh immahem lo ta'ór et-ha'ám ki varoúkh hou
12 Et Dieu dit à Bil'am : « Tu n'iras pas (ou ne va pas) avec eux, et ne maudis pas le peuple, parce qu'il est béni ».
Le Très-Haut répond à Bil'am par un « non » sans équivoque, et Bil'am, dans ce cas, obéit au Très-Haut. Ici nous pouvons nous poser une question tout à fait légitime – pourquoi est-ce que le Très-Haut essaie d'arrêter Bil'am ? Car Il est le Souverain du monde, le Roi de l'Univers, le Juge Suprême, et Il peut tout à fait arrêter tout ce que dira Bil'am, considérer sa malédiction comme nulle et apposer la résolution « refuser » sur toute dépêche que Bil'am essaie d'expédier au Tribunal céleste. Pourquoi est-ce que le Très-Haut arrête tout de même Bil'am – peu importe qui il est : prophète, sorcier, faux prophète ou charlatan ? Pourquoi est-il important que la malédiction ne soit pas prononcée ? Premièrement, parce que le fait même qu'on puisse maudire Israël peut devenir un mauvais témoignage pour les peuples alentour. Ils peuvent penser que la protection de ce peuple n'est pas si forte que ça, si Bil'am a pris – et a ouvert la bouche, et s'est mis à dire sur ce peuple tout ce qui lui passait par la tête, sans craindre personne. Deuxièmement, si le peuple d'Israël est maudit, les peuples du monde peuvent retenir leur souffle, retenir leur souffle longtemps-longtemps. Et si un jour le Très-Haut punit le peuple d'Israël pour ses péchés, ou qu'un malheur arrive dans le peuple d'Israël à cause de son éloignement de Lui, alors viendront des témoins, des historiens ou simplement des gens de « bonne » mémoire, et ils diront : « A-ha ! Le voilà, la malédiction de Bil'am a fonctionné ! C'est Bil'am qui a fait que ce fléau s'est abattu sur le peuple ! » En outre, la malédiction, si elle avait réussi, aurait uni les ennemis, aurait renforcé les ennemis d'Israël. Bien sûr, le Très-Haut peut réduire à néant n'importe quelle force, mais pourquoi laisser les ennemis se renforcer ? Et enfin, si le peuple est maudit, alors même après de nombreux siècles, ceux qui se souviendront que ce peuple est maudit craindront peut-être simplement d'être amis et de fréquenter ce peuple. C'est pourquoi il est très important que ce mage signe le constat de sa propre faillite et ne puisse pas maudire le peuple d'Israël. Ne convient pas non plus la variante, par exemple, d'un infarctus qui aurait pu frapper Bil'am en chemin, et pour cette raison Bil'am n'aurait pas maudit le peuple. Mais alors on aurait pu dire que c'est une coïncidence, un concours de circonstances ou les manigances de médecins-saboteurs juifs qui s'étaient infiltrés dans l'entourage de Bil'am. Non, il est important pour le Très-Haut que la malédiction ne retentisse pas, que tous voient que Bil'am, entouré d'honneurs et d'égards, ne peut pas assurer la livraison de la marchandise qui s'appelle « malédiction du peuple d'Israël ». Peut-être est-ce pour cela que le Très-Haut parle avec lui et fait grandir un tel « anti-Moché », un « anti-prophète » parmi les païens, pour montrer qu'un prophète puissant, qui communique avec Dieu (c'est ainsi que tous le perçoivent), ne peut tout de même pas maudire Israël.
וַיָּקָם בִּלְעָם בַּבֹּקֶר וַיֹּאמֶר אֶל־שָׂרֵי בָלָק לְכוּ אֶל־אַרְצְכֶם כִּי מֵאֵן יְהוָה לְתִתִּי לַהֲלֹךְ עִמָּכֶם׃
vayakóm bil'ám babbóker vayomer el-saré valák lekhoú el-artsekhém ki me'én adonáy letittí lahalókh immakhém
13 Et Bil'am se leva le matin, et dit aux princes de Balak : « Allez dans votre pays, parce que le SEIGNEUR m'interdit d'aller avec vous ».
Nous voyons que le Très-Haut se révélait à Bil'am à la fois comme Élohim, et comme Adonaï. Ici de nouveau Bil'am dit le SEIGNEUR.
וַיָּקוּמוּ שָׂרֵי מוֹאָב וַיָּבֹאוּ אֶל־בָּלָק וַיֹּאמְרוּ מֵאֵן בִּלְעָם הֲלֹךְ עִמָּנוּ׃
vayakoúmouLa translittération russe commence ici par « vo » au lieu de « va » ; nous suivons l'hébreu. saré mo'áv vayavóou el-balák vayomeroú me'én bil'ám halókh immánou
14 Et les princes moabites se levèrent, et ils vinrent vers Balak, et dirent : « Bil'am refuse d'aller avec nous ».
Mais Balak ne renonce pas si facilement.
וַיֹּסֶף עוֹד בָּלָק שְׁלֹחַ שָׂרִים רַבִּים וְנִכְבָּדִים מֵאֵלֶּה׃
vayossef od balák chelóa'h sarím rabbím venikhbadím me'élle
15 Et Balak se décida encore une fois, et envoya un plus grand nombre de chefs, et plus respectés que ceux-là.
Balak décida de faire encore une tentative et d'envoyer auprès de Bil'am une délégation plus vénérable.
וַיָּבֹאוּ אֶל־בִּלְעָם וַיֹּאמְרוּ לוֹ כֹּה אָמַר בָּלָק בֶּן־צִפּוֹר אַל־נָא תִמָּנַע מֵהֲלֹךְ אֵלָי׃
vayavóou el-bil'ám vayomerou lo ko amár balák ben-tsippór al-ná timmaná mehalókh eláy
16 Et ils vinrent vers Bil'am, et lui dirent : « Ainsi a dit Balak ben Tsippor : ne refuse pas de venir vers moi,
כִּי־כַבֵּד אֲכַבֶּדְךָ מְאֹד וְכֹל אֲשֶׁר־תֹּאמַר אֵלַי אֶעֱשֶׂה וּלְכָה־נָּא קָבָה־לִּי אֵת הָעָם הַזֶּה׃
ki-khabbéd akhabbédkha me'ód vekhól acher-tomár eláy e'essé oulkha-ná kavá li et ha'ám hazzé
17 Parce que je t'honorerai d'un grand honneur, tout ce que tu me diras, je le ferai ! Va donc et maudis-moi ce peuple ! »
Que fait Bil'am, qui semble déjà connaître la réponse ?
וַיַּעַן בִּלְעָם וַיֹּאמֶר אֶל־עַבְדֵי בָלָק אִם־יִתֶּן־לִי בָלָק מְלֹא בֵיתוֹ כֶּסֶף וְזָהָב לֹא אוּכַל לַעֲבֹר אֶת־פִּי יְהוָה אֱלֹהָי לַעֲשׂוֹת קְטַנָּה אוֹ גְדוֹלָה׃
vayá'an bil'ám vayomer el-avdé valák im-yitten-lí valák meló vetó késsefLa translittération russe écrit ici un v à la place du f final du mot « argent » ; nous suivons l'hébreu. vezaháv lo oukhál la'avór et-pí adonáy eloháy la'asót ketanná o gedolá
18 Et Bil'am répondit et dit aux serviteurs de Balak : « Même si Balak me donne une maison pleine d'argent et d'or, je ne transgresserai pas l'ordre de la bouche du SEIGNEUR, mon Dieu, ni pour une petite chose ni pour une grande.
Voici, semble-t-il, une réponse belle et digne d'un juste, que Bil'am donne à ses hôtes. Et très instructive : regardez, Bil'am croit tellement au SEIGNEUR que pour rien au monde, pour aucun bijou, même pour une maison pleine (et Balak a sans doute une maison assez grande) d'argent et d'or – il n'acceptera en aucun cas de s'écarter de la parole du Très-Haut. Seulement voilà, nous savons que Bil'am n'est pas très sincère ici. Nous le savons par les actes ultérieurs de Bil'am, nous le savons par l'épître de Kéfa, par l'épître de Yéhouda. Par toutes les sources juives nous savons que cette déclaration de Bil'am est de façade. Dans la Michna, dans le traité Avot (5,19), il y a un fragment intéressant qui concerne notre histoire. La Michna dit ainsi : « Celui qui possède les trois qualités suivantes est des disciples de notre Patriarche Avraham, et [celui qui possède] les trois qualités [énumérées encore plus bas] est des disciples du méchant Bil'am. Un bon œil, un esprit humble et la modestie des désirs sont propres aux disciples de notre Patriarche Avraham. Un mauvais œil, l'arrogance de l'esprit et le caractère effréné des désirs sont propres aux disciples du méchant Bil'am ». Eh bien, on comprend à peu près comment Avraham enseigne des qualités positives. Mais voici les qualités négatives énumérées ici : le mauvais œil, l'arrogance, le caractère effréné des désirs – qui voudra apprendre cela, qui a besoin d'apprendre cela ? Tout méchant sait le faire tout seul, sans aucun maître. Un maître hassidique, l'admor Sfat Émet, dit à ce sujet ceci : Bil'am savait masquer ces qualités sous la sainteté, savait satisfaire par une fausse sainteté ces besoins qui étaient les siens, et quand les gens disaient : « Regardez comme il est important ! Et comme il est modeste en plus ! », cette modestie lui ajoutait de l'honneur et la joie de la gloire. C'est, en réalité, une très grande tentation pour tout homme, quand l'homme, en se trompant lui-même, en trompant les autres, paraît saint. Et il s'habitue tellement à tromper les autres et à se faire passer pour saint, il cultive tellement cette sainteté d'acteur, qu'alors il est déjà difficile de se repentir. Parce que l'homme commence à penser : « Me suis-je repenti, ou est-ce que je joue seulement le repentir ? » C'est vraiment un piège très sérieux pour l'homme. Les sages, les hassidim, tous ceux qui vivent une vie spirituelle l'ont relevé. La sainteté de façade, c'est un traquenard, et Bil'am se pousse effectivement ici dans le traquenard, en voulant à la fois avoir de bonnes relations avec le Très-Haut (comme il se le représente), et paraître juste aux yeux de son entourage, et gagner un peu d'argent, et se faire de la pub avec de la gloire aux dépens du peuple d'Israël, et établir de bonnes relations avec Balak, en faisant ce que Balak demande.
וְעַתָּה שְׁבוּ נָא בָזֶה גַּם־אַתֶּם הַלָּיְלָה וְאֵדְעָה מַה־יֹּסֵף יְהוָה דַּבֵּר עִמִּי׃
ve'attá chevoú na vazé gam-attém halláyla ve'ede'á ma-yosséf adonáy dabbér immí
19 Bon, d'accord, vous aussi, passez la nuit ici, et je saurai ce que le SEIGNEUR continuera à me dire ».
וַיָּבֹא אֱלֹהִים אֶל־בִּלְעָם לַיְלָה וַיֹּאמֶר לוֹ אִם־לִקְרֹא לְךָ בָּאוּ הָאֲנָשִׁים קוּם לֵךְ אִתָּם וְאַךְ אֶת־הַדָּבָר אֲשֶׁר־אֲדַבֵּר אֵלֶיךָ אֹתוֹ תַעֲשֶׂה׃
vayavó elohím el-bil'ám láyla vayomer lo im-likró lekhá báou ha'anachím koum lekh ittám ve'ákh et-haddavár acher-adabbér elékha otó ta'assé
20 Et Dieu vint à Bil'am la nuit, et lui dit : « Si ces hommes sont venus t'appeler, lève-toi et va avec eux, mais ce que Je te dirai, cela tu le feras ».
Un âne sur un âne, un aveugle sur un aveugle
Bémidbar 22,21–41
Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire Balak et nous lirons à partir du verset 21 du chapitre 22 du livre de Bémidbar. La dernière fois, nous avons fait connaissance, vous et moi, avec Bil'am, nous l'avons connu un peu de plus près, et nous nous sommes arrêtés sur le fait que Bil'am avait reçu la nuit, en songe (ou en vision), une deuxième révélation du Très-Haut, dans laquelle le Très-Haut lui avait apparemment permis d'aller avec les gens de Balak.
וַיָּקָם בִּלְעָם בַּבֹּקֶר וַיַּחֲבֹשׁ אֶת־אֲתֹנוֹ וַיֵּלֶךְ עִם־שָׂרֵי מוֹאָב׃
vayákamLa translittération russe a ici un o au lieu du a dans « il se leva » ; nous suivons l'hébreu. bil'ám babbóker vaya'havóch et-atonó vayélekh im-saré mo'áv
21 Et Bil'am se leva le matin, et sella son ânesse, et alla avec les chefs moabites.
Regardez quelle ressemblance avec ce qui arrive à Avraham. Ce parallèle, que nous lisons dans le traité Avot de-Rabbi Natan, ne surgit pas du tout de rien. Voyons : quand Avraham entend l'ordre du Très-Haut d'aller offrir Yits'hak en sacrifice, il se lève le matin, selle l'âne et part avec deux accompagnateurs (Rachi nous dit que ce sont Éliézer et Yichmaël). Et ici aussi, le camarade Bil'am selle l'ânesse et part aussitôt avec deux jeunes gens (nous lirons à leur sujet au verset 22), il y a là une ressemblance aussi évidente avec le Patriarche Avraham.
Donc, Bil'am a reçu du Très-Haut la permission d'aller avec les chefs moabites, il a sellé l'ânesse et il est parti.
וַיִּחַר־אַף אֱלֹהִים כִּי־הוֹלֵךְ הוּא וַיִּתְיַצֵּב מַלְאַךְ יְהוָה בַּדֶּרֶךְ לְשָׂטָן לוֹ וְהוּא רֹכֵב עַל־אֲתֹנוֹ וּשְׁנֵי נְעָרָיו עִמּוֹ׃
vayi'har-áf elohím ki-holékh hou vayit'yattsév mal'ákh adonáy baddérekh lesatán lo vehoú rokhév al-atonó ouchné ne'aráv immó
22 Et le Très-Haut se mit en colère de ce qu'il était parti. Et l'ange du SEIGNEUR se tint sur le chemin pour (si l'on traduit mot à mot – lui satáner) lui faire obstacle, et lui s'en va tranquillement, monté sur l'ânesse, et deux jeunes gens avec lui.
Ce n'est pas très compréhensible, n'est-ce pas ? Le Très-Haut lui a dit au verset 20 : « S'ils sont venus t'appeler, alors va ». Et, quand Bil'am est parti, le Très-Haut s'est mis en colère. Quel est le sens de la permission du Très-Haut, et pourquoi donc le Très-Haut s'est-il mis en colère ? La première réponse est donnée par Rabbi Chlomo Yits'haki, qui cite une explication du Talmud, du traité Makot, feuille 10, où il est dit : « On conduit l'homme par le chemin par lequel il veut aller ». C'est-à-dire que le Très-Haut éduque l'homme, travaille avec lui à travers le chemin que l'homme choisit lui-même pour lui-même. Dans le livre du prophète Yéchayahou (48,17), nous lisons : « Je suis le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t'apprends à être utile, qui te guides sur le chemin par lequel tu vas ». C'est-à-dire que l'homme a choisi le chemin par lequel il veut aller et apprendre. Sur ce chemin – qu'il passe par le désert, par la steppe ou par un verger de pommiers – le Très-Haut instruit l'homme. Là, dans le Talmud, est citée encore une source, de Michleï (3,34) : « Si des moqueurs Il se moque, alors aux humbles Il donne la grâce ». Que tu veuilles aller par le chemin d'un comique ou par le chemin de l'humilité – on te traitera en conséquence. C'est pourquoi, la première fois, le Très-Haut a dit à Bil'am : « Je ne veux pas que tu ailles ». Bil'am a cette réaction presque enfantine : « Mais moi, je veux ! Allez, peut-être que c'est possible ? Peut-être que je peux gagner quelque chose, des petits sous ou bien de l'honneur ? » Et alors le Très-Haut lui dit : « Bien, va. Tu veux aller par ce chemin ? Va. Je saurai faire avec toi. J'obtiendrai les résultats nécessaires et avec toi, et avec le peuple, et avec toute la situation, si tu vas par ce chemin ». C'est le principe du libre arbitre, et c'est précisément cette position que cite Rabbi Chlomo Yits'haki dans son commentaire.
Mais si nous parlons du libre arbitre et de la permission, pourquoi le Très-Haut ne l'a-t-Il pas dit la première fois ? Pourquoi ne pas permettre à Bil'am d'aller dès la première fois ? Une compréhension possible, que proposent d'autres commentateurs, est la suivante : le Très-Haut a dit à Bil'am : « Si c'est seulement pour soutenir Balak, alors va, mais tu feras ce que Je te dirai ». C'est-à-dire, si c'est pour les buts personnels de Balak (par quoi nous avons commencé cette histoire), s'ils sont simplement venus t'appeler, alors va avec eux, mais Mon peuple, ne le maudis pas. Or lui est parti avec l'intention de maudire le peuple, et c'est pourquoi le Très-Haut s'est mis en colère contre Bil'am.
Et ensuite, de nouveau, un tournant intéressant de l'intrigue. Nous avons dit qu'Israël ne sait pas ce qui se passe, ne sait pas que toute cette histoire se trame contre lui, mais que le Très-Haut agit pour le salut d'Israël. Ici aussi, Bil'am s'en va tranquillement sur l'ânesse, chante des chansons, et ne sait pas, et ne voit pas que l'ange se tient déjà sur son chemin.
וַתֵּרֶא הָאָתוֹן אֶת־מַלְאַךְ יְהוָה נִצָּב בַּדֶּרֶךְ וְחַרְבּוֹ שְׁלוּפָה בְּיָדוֹ וַתֵּט הָאָתוֹן מִן־הַדֶּרֶךְ וַתֵּלֶךְ בַּשָּׂדֶה וַיַּךְ בִּלְעָם אֶת־הָאָתוֹן לְהַטֹּתָהּ הַדָּרֶךְ׃
vattére ha'atón et-mal'ákh adonáy nittsáv baddérekh ve'harbó cheloufá beyadó vattét ha'atón min-haddérekh vattélekh bassadé vayákh bil'ám et-ha'atón lehattotá haddárekh
23 Et l'ânesse vit l'ange de Dieu, qui se tenait sur le chemin avec une épée dégainée dans sa main, et l'ânesse s'écarta du chemin, et alla dans le champ. Et Bil'am frappa l'ânesse, pour la ramener sur le chemin.
L'ânesse a vu, mais Bil'am n'a pas vu et continue tranquillement son chemin. Il y a à cela un parallèle intéressant tiré du midrach (revenons encore à Avraham), quand Avraham vit la montagne de loin. Le midrach dit qu'Avraham vit une nuée, une certaine nuée particulière, qui était au-dessus de la montagne, et il demanda aux jeunes gens qui se tenaient à côté de lui, c'est-à-dire à Éliézer et à Yichmaël : « Voyez-vous la nuée ? » Ils dirent : « Non. » Avraham leur dit : « Vous ne voyez pas la nuée, et l'âne ne voit pas la nuée, c'est pourquoi vous resterez avec l'âne, et moi j'irai. » Le midrach, bien sûr, a été écrit plus tard que le texte de la Torah, mais il dévoile une certaine facette de ce qui se passe dans notre histoire. Ce Bil'am qui voit tout, qui sait ce qui se passe en haut, ne peut pas voir l'ange de Dieu, alors que l'âne le voit. Une honte étonnante pour un prophète du niveau de Bil'am, et même pour un simple voyant de quartier ce serait aussi une honte. Peut-être ce tableau en dit-il long sur le caractère de Bil'am lui-même, de même que le fait que Bil'am est connu davantage pour ses malédictions que pour ses bénédictions (d'après le témoignage de Balak lui-même). De même que le fait que, dans le cas présent, Bil'am ne peut pas voir l'ange de Dieu, ne discerne pas les intonations dans les paroles du Très-Haut et ne comprend pas jusqu'au bout la volonté du Très-Haut. L'homme qui possède des connaissances prophétiques ou qui sait quelque chose que les autres ne savent pas marche lui aussi sur un certain chemin, et sur ce chemin on le conduit lui aussi. Et dans la prophétie, et dans la « surconnaissance », on peut choisir une certaine direction. On peut étudier la parole du Très-Haut (laissons la prophétie de côté), on peut étudier la Torah, l'Écriture pour montrer du doigt les uns et les autres, condamner, chercher et trouver des coupables, dénoncer les gens pour leurs péchés, y trouver les causes des maladies et des malédictions ou trouver des raisons de maudire les gens. Mais on peut aussi utiliser cette même Écriture pour guérir, orienter vers le bien et faire quelque chose pour améliorer ce monde, accomplir la volonté de Dieu. Même en étudiant l'Écriture, on peut, par cette même Écriture, enfreindre la volonté de Dieu.
Il existe une anecdote de ce genre, qui parle des maîtres. Elle existe en différentes versions, parce que, comme d'habitude, quand une telle histoire se transmet, l'époque des événements, certains détails peuvent changer, mais le cadre principal demeure. Il était une fois une jeune fille qu'on avait mariée à un jeune homme apparemment convenable. Ils vécurent ensemble en mariage quatre mois (on ne sait pas si ces mois furent heureux ou non), et le mari disparut. Certains disent qu'il laissa un mot : « Ne me cherche pas. » Certains disent qu'il sortit simplement et disparut. D'autres disent qu'il partit pour des pays lointains et ne revint pas. Disparu. Que faire ? Eh bien, malheur à la femme, elle n'est ni divorcée, ni mariée, ni veuve (en hébreu on l'appelle agouná, littéralement liée, et en russe on peut sans doute dire veuve de paille). Cinq ans passent. Un homme apparaît et dit : « Je suis ton mari », et il sait tout d'elle, dans les moindres détails. Et l'agencement de la maison, tel qu'il était quand il l'avait quittée, il le connaît aussi dans les moindres détails, et il reconnaît tout, il lui raconte tout. Et il semble bien que le voici, le voici le mari, il est revenu, et même il lui ressemble, semble-t-il, mais pour une raison ou une autre le cœur de femme dit : « Non, ce n'est pas mon mari. » Elle se précipita chez son père, le père se précipita chez le rabbin, et le rabbin dit : « Mettons cet homme à l'épreuve. » Et comment décidèrent-ils de le mettre à l'épreuve ? Le vendredi, avant la prière du Chabbat, le beau-père (ou le beau-père entre guillemets, nous ne le savons pas encore) et le gendre entrent dans la synagogue. Le beau-père lui dit : « Toi, va à nos places, et moi j'arrive tout de suite. » Et là – pas de chance ! – le gendre ne sait pas où sont leurs places dans la synagogue. Et l'enquête commence. Après une certaine pression physique, le jeune homme avoue qu'il a simplement décidé de se faire passer pour le mari, et que le mari de cette femme est en réalité mort. Longtemps ils avaient servi ensemble sur un certain navire, et le mari se vantait de sa belle épouse, et cet homme lui soutirait tout en détail. Il obtint l'accès à toute l'information, apprit tout ce qu'on pouvait, même sur certaines particularités de son corps, sur certains grains de beauté, sur certaines courbes : comme le mari n'était pas un homme très pudique, il avait partagé tout cela. C'est-à-dire que cet homme s'était renseigné sur tout – et sur la cuisine, et sur le corps, et sur la maison, mais il ne lui vint pas à l'idée de demander ce qui concerne le service, ce qui concerne la sainteté.
La même chose peut nous arriver à nous aussi, quand nous étudions l'Écriture, quand nous cherchons des révélations. Et nous pouvons dire : « Je veux comprendre comment je pourrais réussir financièrement. » C'est bien, bien sûr, de réussir financièrement, recevoir pour cela une bénédiction est une bonne chose, mais en même temps le désir de servir le Très-Haut peut très bien ne pas naître. Dans la troisième épître de Yo'hanan, au verset 2, est écrite une telle promesse : « Je prie pour que tu sois en bonne santé et que tu prospères en tout, comme prospère ton âme. » Mais si nous ne voulons que la prospérité du corps, sans la prospérité de l'âme, ce n'est pas juste. Ou nous pouvons dire : « Je veux apprendre à l'aide de la Bible comment trouver une bonne épouse. Je me trouverai une jeune fille, je lui laverai le cerveau à l'aide de la Bible, son cerveau changera, je l'épouserai, je serai son chef, mais mon chef à moi sera le Christ. Et alors nous allons vivre la belle vie ! » C'est déjà une voie tout à fait déterminée, et la question est de savoir s'il y a sur cette voie un service du Très-Haut.
Donc, Bil'am utilisait réellement le nom de Dieu, savait réellement qui est béni, et il pouvait bénir, et il pouvait réellement aussi maudire, mais c'est précisément à de telles gens qu'à la fin il peut être dit : « Retirez-vous, Je ne vous ai jamais connus, vous qui faites l'iniquité. » Nous le voyons dans sa vision sélective, quand il ne peut pas voir l'ange de Dieu – lui, 'hozé (le voyant, le devin), ne voit pas l'ange de Dieu et ne le verra pas tant que le Très-Haut ne lui ouvrira pas les yeux.
Pendant ce temps, l'ânesse revint sur son chemin précédent.
וַיַּעֲמֹד מַלְאַךְ יְהוָה בְּמִשְׁעוֹל הַכְּרָמִים גָּדֵר מִזֶּה וְגָדֵר מִזֶּה׃
vaya'amód mal'ákh adonáy bemich'ól hakkeramím gadér mizzé vegadér mizzé
24 Et alors l'ange se tint dans une étroite traversée (un passage) entre les vignes – d'un côté une clôture, et de l'autre côté une clôture.
Pour la deuxième fois l'ange apparaît, pour la deuxième fois il empêche l'ânesse de passer.
וַתֵּרֶא הָאָתוֹן אֶת־מַלְאַךְ יְהוָה וַתִּלָּחֵץ אֶל־הַקִּיר וַתִּלְחַץ אֶת־רֶגֶל בִּלְעָם אֶל־הַקִּיר וַיֹּסֶף לְהַכֹּתָהּ׃
vattére ha'atón et-mal'ákh adonáy vattilla'héts el-hakkír vattil'háts et-régel bil'ám el-hakkír vayossef lehakkotá
25 Et l'ânesse vit l'ange du SEIGNEUR, et se serra contre le mur, et serra le pied de Bil'am contre le mur, et il la frappa encore une fois.
Les midrachim racontent (comment passer à côté d'un tel détail) que Bil'am en devint boiteux pour toute sa vie. Pour la deuxième fois l'ange apparaît sur le chemin, pour la deuxième fois l'ânesse quitte le chemin, essaie de contourner l'ange, et pour la deuxième fois Bil'am la frappe.
מַלְאַךְ־יְהוָה עֲבוֹר וַיַּעֲמֹד בְּמָקוֹם צָר אֲשֶׁר אֵין־דֶּרֶךְ לִנְטוֹת יָמִין וּשְׂמֹאול׃
vayossef mal'akh-adonáy avór vaya'amód bemakóm tsar achér en-dérekh lintót yamín ousmól
26 Et l'ange du SEIGNEUR continua, et se tint dans un endroit très étroit, là où l'on ne peut le contourner ni à droite ni à gauche.
וַתֵּרֶא הָאָתוֹן אֶת־מַלְאַךְ יְהוָה וַתִּרְבַּץ תַּחַת בִּלְעָם וַיִּחַר־אַף בִּלְעָם וַיַּךְ אֶת־הָאָתוֹן בַּמַּקֵּל׃
vattére ha'atón et-mal'ákh adonáy vattirbáts tá'hat bil'ám vayi'har-áf bil'ám vayákh et-ha'atón bammakkél
27 Et l'ânesse vit l'ange du SEIGNEUR, et elle se coucha sous Bil'am, et Bil'am se mit en colère, et pour la troisième fois frappa l'ânesse avec un bâton.
Pour la troisième fois l'Ange se tient sur le chemin, et de nouveau, pour la troisième fois, l'ânesse agit en conséquence, et pour la troisième fois Bil'am frappe l'ânesse. Et là se produit un miracle !
וַיִּפְתַּח יְהוָה אֶת־פִּי הָאָתוֹן וַתֹּאמֶר לְבִלְעָם מֶה־עָשִׂיתִי לְךָ כִּי הִכִּיתַנִי זֶה שָׁלֹשׁ רְגָלִים׃
vayiftá'h adonáy et-pí ha'atón vattómer levil'ám me-assíti lekhá ki hikkitáni ze chalóch regalím
28 Et le SEIGNEUR ouvrit la bouche de l'ânesse, et elle dit à Bil'am : « Que t'ai-je fait, pour que tu me frappes déjà pour la troisième fois ? »
Et de nouveau nous pouvons voir un certain parallèle avec Avraham, tiré de cette même michna du traité Avot, qui parle des dix entités créées avant l'arrivée du Chabbat, dans les premiers jours de la création. Parmi elles, il y a aussi l'agneau qui s'était empêtré par ses cornes dans les branches, et la bouche de l'ânesse (bien entendu, pas la mâchoire de l'ânesse, pas son appareil vocal, qu'elle n'a pas, mais la possibilité même de parler). C'est-à-dire, en traduisant cela de la langue de la mystique dans une langue plus simplifiée, avant le Chabbat, dans le plan de la création, le Très-Haut avait certains points, des lieux de rencontre avec l'univers, et c'étaient, entre autres, l'agneau et l'ânesse de Bil'am. Et cela nous ramène à ce que nous avons déjà dit : Avraham est allé son chemin, et pour lui, sur ce chemin, un agneau est prévu d'avance. Bil'am est allé son chemin, il n'a pas laissé l'âne, comme l'a fait Avraham, mais il est allé sous la conduite de l'âne, et sur son chemin est préparé un âne qui parle.
Énormément de gens montaient des ânes, des ânesses en ce temps-là. Les ânes, c'est le moyen de transport le plus répandu, bon marché, accessible. Il faut dire que les ânes n'ont pas eu de chance : ce sont des animaux pas très respectés, et on traite d'ânes les gens stupides, et l'attitude envers les ânes est méprisante, et on les bat assez souvent. Mais que des ânes parlent – cela, bien sûr, arrive dans les contes et les dessins animés, mais dans la vie quotidienne les ânes étaient des camarades peu bavards. Et ici nous voyons qu'un miracle s'est produit, et l'ânesse s'est mise à parler avec Bil'am. Et on aurait pu s'attendre à une réaction étonnée : « Ça alors, l'ânesse s'est mise à parler ! », ou : « Alors pourquoi te taisais-tu avant ? », ou : « Alors tu sais parler ?! » Mais Bil'am réagit comme si rien de particulier ne s'était passé, et répond simplement à l'ânesse à sa question.
וַיֹּאמֶר בִּלְעָם לָאָתוֹן כִּי הִתְעַלַּלְתְּ בִּי לוּ יֶשׁ־חֶרֶב בְּיָדִי כִּי עַתָּה הֲרַגְתִּיךְ׃
vayomer bil'ám la'atón ki hit'allált bi lou yech-'hérev beyadí ki attá haragtíkh
29 Et Bil'am dit à l'ânesse : « Mais tu t'es moquée de moi ! Si j'avais une épée dans les mains, je te tuerais maintenant, là, sur place ! »
L'ânesse parlante, comme le dit le midrach, éclata de rire à cet endroit. En effet, c'est drôle : le grand voyant, illusionniste, mage et magicien, qui s'apprête à maudire un peuple entier, ne peut pas venir à bout d'une simple ânesse sans épée. Quelle honte, camarade ! Quel monstrueux manque de professionnalisme !
Il reste quand même une question : pourquoi Bil'am ne s'est-il pas étonné que l'ânesse se soit mise à lui parler ? Je pense que tout tient à ce que Bil'am pouvait s'imaginer qu'il voyait une telle vision, une révélation, que ce n'était pas en réalité que l'ânesse lui parlait. La réalité d'un homme qui s'occupe de choses semblables est souvent décalée, et ce ne sont pas seulement les ânes qui lui parlent, mais aussi les pierres, les singes et les poissons. C'est pourquoi il ne s'est pas étonné, mais a simplement commencé à se disputer avec l'ânesse, et en plus à la menacer d'une arme blanche. Eh bien, l'ânesse, à proprement parler, n'est pas très étonnée non plus, et continue la conversation avec lui.
וַתֹּאמֶר הָאָתוֹן אֶל־בִּלְעָם הֲלוֹא אָנֹכִי אֲתֹנְךָ אֲשֶׁר־רָכַבְתָּ עָלַי מֵעוֹדְךָ עַד־הַיּוֹם הַזֶּה הַהַסְכֵּן הִסְכַּנְתִּי לַעֲשׂוֹת לְךָ כֹּה וַיֹּאמֶר לֹא׃
vattómer ha'atón el-bil'ám haló anokhí atonekhá acher-rakhávta aláy me'odékha ad-hayom hazzé hahaskén hiskánti la'asót lekhá ko vayomer lo
30 Et l'ânesse dit à Bil'am : « Mais je suis ton ânesse, et tu m'as montée depuis longtemps jusqu'à ce jour ! Est-ce que j'avais l'habitude d'agir ainsi avec toi ? » Et il dit : « Non ».
Eh bien, vous voyez, il y a une certaine honnêteté chez Bil'am, il est honnête même avec l'ânesse : « Non, il n'y a rien eu de tel ». Et quand une parole de vérité, ne serait-ce qu'une seule, a été dite, au verset 31 nous lisons :
וַיְגַל יְהוָה אֶת־עֵינֵי בִלְעָם וַיַּרְא אֶת־מַלְאַךְ יְהוָה נִצָּב בַּדֶּרֶךְ וְחַרְבּוֹ שְׁלֻפָה בְּיָדוֹ וַיִּקֹּד וַיִּשְׁתַּחוּ לְאַפָּיו׃
vaygál adonáy et-ené vil'ám vayár et-mal'ákh adonáy nittsáv baddérekh ve'harbó cheloufá beyadó vayikkód vayichtá'hou le'appáv
31 Et le SEIGNEUR ouvrit les yeux de Bil'am (de ce même Bil'am qui voit tout, qui sait tout), et il vit l'ange du SEIGNEUR qui se tenait sur son chemin, l'épée nue à la main, et il s'inclina, et se prosterna face contre terre.
Avant tout, Bil'am a sans doute eu très peur, mais il réagit correctement, comme il se doit – il s'incline et se prosterne face contre terre.
וַיֹּאמֶר אֵלָיו מַלְאַךְ יְהוָה עַל־מָה הִכִּיתָ אֶת־אֲתֹנְךָ זֶה שָׁלוֹשׁ רְגָלִים הִנֵּה אָנֹכִי יָצָאתִי לְשָׂטָן כִּי־יָרַט הַדֶּרֶךְ לְנֶגְדִּי׃
vayomer eláv mal'ákh adonáy al-má hikkíta et-atonekhá ze chalóch regalím hinné anokhí yatsáti lesatán ki-yarát haddérekh lenegdí
32 Et l'ange du SEIGNEUR lui dit : « Pourquoi bats-tu ton ânesse trois fois ? Voici, je suis sorti pour m'opposer à toi, parce que tu t'es détourné de Mon chemin.
Remarquez, l'ange commence par prendre la défense de la bête et dit : « Bil'am, pourquoi donc tyrannisez-vous la bête ? Pourquoi la bats-tu trois fois ? » Si l'on se rappelle le parallèle avec Avraham, à qui un ange apparaît aussi, l'ange lui dit d'avance : « Ne lève pas la main sur le jeune homme, ne touche pas à ton fils ! » Et encore : « Parce que Je sais que tu M'es fidèle, parce que Je sais que tu n'as pas épargné ton fils ». Ici – c'est aussi l'ange du SEIGNEUR, il arrête aussi Bil'am et dit : « Parce que tu t'es détourné de Mon chemin ». Il s'avère que Bil'am est cet âne même qui marche et s'égare du chemin, et qui essaie d'une manière ou d'une autre de contourner le Très-Haut, comme l'ânesse essayait de contourner l'ange. Mais on ne contourne le Très-Haut ni à dos d'ânesse, ni à dos de chèvre boiteuse, et Il envoie l'ange, et l'ange intervient dans le destin de Bil'am. L'ânesse comme parabole pour Bil'am, pour lui montrer que lui-même, en somme, est un âne, et qu'il ne doit pas se donner trop d'importance. L'ânesse, se trouvant entre un maître, Bil'am, qui est assis sur elle, et un autre Maître, invisible pour lui, l'ange du SEIGNEUR, qui se tient devant elle, démontre pour ainsi dire à Bil'am que c'est bien au Maître invisible qu'il faut obéir. Même un âne le comprend ! C'est pourquoi l'ange dit à Bil'am : « Pourquoi bats-tu l'ânesse ? Bats-toi toi-même, car c'est toi qui t'es détourné de Mon chemin ».
Il y a une parabole intéressante. Quand Yéchoua entrait à Jérusalem sur un âne et que des foules de gens l'acclamaient, l'âne pensait que c'était lui qu'on acclamait, et il se réjouissait, et s'extasiait : « Enfin on m'a reconnu et apprécié ! » Nous agissons de même parfois, quand nous faisons une bonne action au nom du Très-Haut. Nous jouons, au fond, le rôle de l'âne ou du livreur qui apporte la pizza. Et bien que ce ne soit pas lui qui l'a cuite, ni lui qui l'a payée, il reçoit parfois un pourboire et des remerciements, et la pensée surgit : « Que je suis fort, quelle bonne pizza j'ai livrée ». En raisonnant ainsi, nous nous retrouvons dans la position de l'âne de Yéchoua. Quand tu sers le Très-Haut, il faut te rappeler que tu es un livreur, tu es Son petit âne, sinon tu peux te retrouver soumis à un âne. Il y a ici beaucoup de parallèles, parce qu'en chacun de nous il y a un Bil'am, en chacun de nous il y a une ânesse, et puis, de notre Patriarche (avínou) Avraham, il y a aussi, j'espère, quelque chose. Et toute cette histoire avec l'ânesse est une parabole instructive, exemplaire pour Bil'am, et pour nous un enseignement.
Et ensuite l'ange raconte à Bil'am ce qui s'était réellement passé, il lui entrouvre un peu les coulisses de ce qui se passe.
וַתִּרְאַנִי הָאָתוֹן וַתֵּט לְפָנַי זֶה שָׁלֹשׁ רְגָלִים אוּלַי נָטְתָה מִפָּנַי כִּי עַתָּה גַּם־אֹתְכָה הָרַגְתִּי וְאוֹתָהּ הֶחֱיֵיתִי׃
vattir'áni ha'atón vattét lefanáy ze chalóch regalím ouláy natetá mippanáy ki attá gam-otekhá harágti ve'otá he'heyéti
33 Et l'ânesse me vit, et se détourna (s'écarta) de moi trois fois ; si elle ne s'était pas écartée de moi, je t'aurais tué, et elle, je l'aurais laissée en vie ».
Le Très-Haut a fait grâce à Bil'am, en lui apprenant quelque chose à travers l'ânesse. L'ânesse, dans une certaine mesure, a reçu le coup à la place de Bil'am. Et l'ange a dit : « Je t'aurais tué, s'il n'y avait pas eu cette ânesse. Dis merci à l'ânesse ». Je pense que, très souvent, dans notre vie aussi, il arrive que nous résistions à quelque chose et que, comme Bil'am, nous battions l'âne qui, au fond, nous sauve. Il nous semble : pourquoi donc nous emmène-t-il on ne sait où, pas là où il faut ?! Quel âne ! Mais il s'est parfois avéré dans la vie que le seul âne que j'aie rencontré, c'était moi-même. Et de nouveau, c'est une parabole sur la soumission de l'homme au Très-Haut et sur Celui qui, dans cette collaboration, est le principal, une parabole et pour Bil'am, et pour nous, que nous examinons ici sous différents angles. Bil'am, il faut le dire, prend conscience de sa faute, de sa mesure, de son degré et de sa profondeur.
וַיֹּאמֶר בִּלְעָם אֶל־מַלְאַךְ יְהוָה חָטָאתִי כִּי לֹא יָדַעְתִּי כִּי אַתָּה נִצָּב לִקְרָאתִי בַּדָּרֶךְ וְעַתָּה אִם־רַע בְּעֵינֶיךָ אָשׁוּבָה לִּי׃
vayomer bil'ám el-mal'ákh adonáy 'hatáti ki lo yadá'ti ki attá nittsáv likratí baddárekh ve'attá im-rá be'enékha achoúva li
34 Et Bil'am dit à l'ange du SEIGNEUR : « J'ai péché, parce que je ne savais pas que tu te tenais devant moi sur le chemin. Maintenant, s'il ne faut pas que j'aille là-bas, alors je rentrerai tout de suite chez moi (si j'ai fait quelque chose de mal, alors je me repentirai tout de suite, j'ai tout compris) ».
וַיֹּאמֶר מַלְאַךְ יְהוָה אֶל־בִּלְעָם לֵךְ עִם־הָאֲנָשִׁים וְאֶפֶס אֶת־הַדָּבָר אֲשֶׁר־אֲדַבֵּר אֵלֶיךָ אֹתוֹ תְדַבֵּר וַיֵּלֶךְ בִּלְעָם עִם־שָׂרֵי בָלָק׃
vayomer mal'ákh adonáy el-bil'ám lekh im-ha'anachím ve'éfes et-haddavár acher-adabbér elékha otó tedabbér vayélekh bil'ám im-saré valák
35 Et l'ange du SEIGNEUR dit à Bil'am : « Va avec ces hommes, et seulement ce que je te dirai, cela, dis-le ». Et Bil'am alla avec les princes de Balak.
Bil'am est parti, déjà entièrement recruté du côté du Très-Haut, c'est-à-dire étant passé définitivement du côté du Maître invisible.
וַיִּשְׁמַע בָּלָק כִּי בָא בִלְעָם וַיֵּצֵא לִקְרָאתוֹ אֶל־עִיר מוֹאָב אֲשֶׁר עַל־גְּבוּל אַרְנֹן אֲשֶׁר בִּקְצֵה הַגְּבוּל׃
vayichmá balák ki-vá vil'ám vayetsé likrató el-ír mo'áv achér al-gevoúl arnón achér biktsé haggevoúl
36 Et Balak apprit que Bil'am était venu, et sortit loin à sa rencontre (au-delà de la lisière du village, pour ainsi dire, il sortit accueillir Bil'am) dans la ville moabite à la frontière même de l'Arnon.
וַיֹּאמֶר בָּלָק אֶל־בִּלְעָם הֲלֹא שָׁלֹחַ שָׁלַחְתִּי אֵלֶיךָ לִקְרֹא־לָךְ לָמָּה לֹא־הָלַכְתָּ אֵלָי הַאֻמְנָם לֹא אוּכַל כַּבְּדֶךָ׃
vayomer balák el-bil'ám haló chalóa'h chalá'hti elékha likro-lákh lámma lo-halákhta eláy ha'oumnám lo oukhál kabbedékha
37 Et Balak dit à Bil'am : « J'ai pourtant envoyé des gens vers toi pour t'appeler. Pourquoi n'es-tu pas venu à moi ? Est-ce que je ne t'honorerais pas ? »
Balak revient de nouveau à cette même pensée par laquelle nous avons commencé : « Je voulais t'envoyer chercher aussi pour mes buts personnels ».
וַיֹּאמֶר בִּלְעָם אֶל־בָּלָק הִנֵּה־בָאתִי אֵלֶיךָ עַתָּה הֲיָכוֹל אוּכַל דַּבֵּר מְאוּמָה הַדָּבָר אֲשֶׁר יָשִׂים אֱלֹהִים בְּפִי אֹתוֹ אֲדַבֵּר׃
vayomer bil'ám el-balák hinne-váti elékha attá hayakhól oukhál dabbér me'oúma haddavár achér yassím elohím befí otó adabbér
38 Et Bil'am répondit à Balak : « Voici, je suis venu à toi. Mais maintenant, est-ce que je pourrai dire quoi que ce soit ? Ce que le SEIGNEUR mettra dans ma bouche, c'est cela que je dirai ».
וַיֵּלֶךְ בִּלְעָם עִם־בָּלָק וַיָּבֹאוּ קִרְיַת חֻצוֹת׃
vayélekh bil'ám im-balák vayavóou kir'yát 'houtsót
39 Et Bil'am alla avec Balak, et ils arrivèrent dans une grande ville.
Certains traducteurs traduisent Kiryat-'houtsot comme le nom d'une ville. Mais si l'on décompose ce nom, kiryát, c'est ville, 'houtsót – ce sont les places, les grandes cours, les grandes avenues, c'est-à-dire que Kiryát 'houtsót, c'est une grande mégapole. Ils sont arrivés, apparemment, dans la capitale, c'est ainsi qu'il faut comprendre.
וַיִּזְבַּח בָּלָק בָּקָר וָצֹאן וַיְשַׁלַּח לְבִלְעָם וְלַשָּׂרִים אֲשֶׁר אִתּוֹ׃
vayizbá'h balák bakár vatsón vaychallá'h levil'ám velassarím achér ittó
40 Et Balak abattit du gros et du petit bétail, et en envoya à Bil'am et aux princes qui étaient avec lui.
Il est naturel pour un homme de régaler ses hôtes d'une nourriture de viande savoureuse, de viande fraîche – c'est l'hospitalité orientale classique. Ici, ensuite, tout se passe comme d'habitude, et à la fin de notre chapitre commence une nouvelle histoire, sans doute la plus intéressante.
וַיְהִי בַבֹּקֶר וַיִּקַּח בָּלָק אֶת־בִּלְעָם וַיַּעֲלֵהוּ בָּמוֹת בָּעַל וַיַּרְא מִשָּׁם קְצֵה הָעָם׃
vayhí vabbóker vayikká'h balák et-bil'ám vaya'aléhou bamót bá'al vayár michám ketsé ha'ám
41 Et ce fut le matin, et Balak prit Bil'am (eh bien, il serait temps de se mettre au travail), et le fit monter sur les hauteurs de Ba'al, et il vit de là l'extrémité du peuple.
De là, nous verrons le tout petit bout du camp d'Israël. C'est le début d'une nouvelle histoire, mais c'est aussi la fin de notre chapitre 22.
Seras-tu plus obstiné que Dieu ?
Bémidbar 23,1–30
Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire Balak et nous lirons à partir du verset 1 du chapitre 23 du livre de Bémidbar. Je vais rappeler le contenu en bref, les antécédents. Le peuple d'Israël avance en direction de la terre promise, en direction du pays d'Israël, et s'approche des frontières de Moav. Les Israélites autour de Moav sont innombrables, si bien qu'ils remplissent tout l'espace visible. C'est ce que dit Balak, il est très inquiet et alarmé. Et il comprend qu'Israël a remporté plusieurs batailles victorieuses, qu'il y a une certaine force particulière qui protège Israël, et que, tout simplement, Moav n'aura pas assez de forces pour faire la guerre à Israël – surtout après qu'Israël a battu les Amoréens. Et c'est pourquoi Balak imagine un coup, génial à ce qu'il lui semble, et de loin, des rives de l'Euphrate, du royaume trois-fois-neuvième, de l'État trois-fois-dixième, il fait venir chez lui un grand prophète, médium et sorcier du nom de Bil'am. Après de longues négociations, Bil'am arrive à Moav, on l'accueille solennellement, on lui sert un souper copieux, ce que nous avons lu à la fin du chapitre 22. Mais chaque soir a son matin, et le lendemain matin Bil'am doit se mettre à accomplir ce pour quoi, à proprement parler, on l'a appelé.
וַיֹּאמֶר בִּלְעָם אֶל־בָּלָק בְּנֵה־לִי בָזֶה שִׁבְעָה מִזְבְּחֹת וְהָכֵן לִי בָּזֶה שִׁבְעָה פָרִים וְשִׁבְעָה אֵילִים׃
vayomer bil'ám el-balák bene-lí vazé chiv'á mizbe'hót vehakhén li bazé chiv'á farím vechiv'á elím
1 Et Bil'am dit à Balak : « Construis-moi ici sept autels et prépare-moi sur eux sept taureaux et sept agneaux ».
Eh bien, bien sûr, nous savons (à partir du livre de Béréchit, où il y a sept jours de la création) que le nombre sept est un nombre important, qui a une grande signification symbolique. Mais ici nous allons approfondir l'arithmétique un peu plus, parce qu'une certaine surprise nous attend encore. Donc, Bil'am donne à Balak l'instruction de construire sept autels.
וַיַּעַשׂ בָּלָק כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר בִּלְעָם וַיַּעַל בָּלָק וּבִלְעָם פָּר וָאַיִל בַּמִּזְבֵּחַ׃
vayá'as balák ka'achér dibbér bil'ám vayá'al balák ouvil'ám par va'áyil bammizbéya'h
2 Et Balak fit comme avait dit Bil'am, et sur chacun des autels Bil'am et Balak ensemble (dans une certaine collaboration) offrirent en sacrifice un taureau et un agneau.
וַיֹּאמֶר בִּלְעָם לְבָלָק הִתְיַצֵּב עַל־עֹלָתֶךָ וְאֵלְכָה אוּלַי יִקָּרֵה יְהוָה לִקְרָאתִי וּדְבַר מַה־יַּרְאֵנִי וְהִגַּדְתִּי לָךְ וַיֵּלֶךְ שֶׁפִי׃
vayomer bil'ám levalák hit'yattsév al-olatékha ve'elekhá ouláy yikkaré adonáy likratí oudvár ma-yar'éni vehiggádti lakh vayélekh chéfi
3 Et Bil'am dit à Balak : « Tiens-toi près de tes holocaustes, et moi j'irai. Peut-être le SEIGNEUR m'apparaîtra-t-il, et ce qu'Il me montrera, je te le dirai. » Et il s'en alla seul.
Le mot chéfi peut se traduire par brisé, c'est-à-dire il s'en alla brisé, c'est ainsi que traduisent certains commentateurs. D'autres disent que le mot chéfi signifie colline, et alors Bil'am se mit à monter sur la colline. La plupart des commentateurs disent que le mot chéfi signifie seul, c'est-à-dire toi, tiens-toi ici, et moi j'irai seul. Ibn Ezra, commentateur connu et grand connaisseur de l'hébreu, se permet ici de plaisanter et dit : « Beaucoup traduisent le mot chéfi par le mot solitairement, solitaire, et ce mot lui-même est solitaire, parce qu'il ne se rencontre nulle part ailleurs dans l'Écriture. » Nous ne rencontrons nulle part ailleurs le mot chéfi, c'est pourquoi il est difficile de le traduire. Ibn Ezra lui-même est enclin à traduire toute la phrase par et il s'en alla sur la colline. Je pense qu'il est important ici de la comprendre comme et il s'en alla seul.
De quoi est-il question en général dans tout le verset ? Balak n'est pas un homme comme ça, Balak, c'est le roi de Moav. Et en tant que roi de Moav, il représente tout le peuple moabite. Quand il se tient à côté des autels, cela symbolise l'esprit de sacrifice de tout le peuple moabite. Et devant lui, en son nom, comme envoyé du peuple de Moav, va Bil'am. C'est pourquoi il va seul. Donc, Balak est resté près des autels, et Bil'am est allé en avant dans l'attente de la révélation du Très-Haut.
וַיִּקָּר אֱלֹהִים אֶל־בִּלְעָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֶת־שִׁבְעַת הַמִּזְבְּחֹת עָרַכְתִּי וָאַעַל פָּר וָאַיִל בַּמִּזְבֵּחַ׃
vayikkár elohím el-bil'ám vayomer eláv et-chiv'át hammizbe'hót arákhti va'á'al par va'áyil bammizbéya'h
4 Et le SEIGNEUR apparut à Bil'am, et Bil'am Lui dit : « J'ai préparé sept autels pour Toi et sur l'un des autels j'ai élevé de mes propres mains un taureau et un agneau ».
Le mot vayikár (au lieu de vayikrá) est écrit en abrégé, comme si la dernière syllabe était avalée. Les commentateurs indiquent qu'il y a là une certaine imperfection de la révélation, comme si le Très-Haut, en apparaissant à Bil'am, était mécontent de lui. Bil'am aussi, semble-t-il, sent que ce n'est pas avec un visage rayonnant que le Très-Haut s'adresse à lui, et c'est pourquoi il dit : « Euh… mais moi, je T'ai apporté un sacrifice là-bas. » D'autres commentateurs disent : « Israël ne T'a construit qu'un seul autel (il s'agit de celui de la cour du Michkan), regarde, moi je T'ai construit sept autels, je donne davantage. »
וַיָּשֶׂם יְהוָה דָּבָר בְּפִי בִלְעָם וַיֹּאמֶר שׁוּב אֶל־בָּלָק וְכֹה תְדַבֵּר׃
vayássem adonáy davár befí vil'ám vayomer chouv el-balák vekhó tedabbér
5 Et le SEIGNEUR mit une parole dans la bouche de Bil'am, et lui dit : « Retourne vers Balak, et c'est ainsi que tu lui diras. »
וַיָּשָׁב אֵלָיו וְהִנֵּה נִצָּב עַל־עֹלָתוֹ הוּא וְכָל־שָׂרֵי מוֹאָב׃
vayáchov eláv vehinné nittsáv al-olató hou vekhol-saré mo'áv
6 Et il revint vers lui, et voici, il se tient près de ses holocaustes, lui et tous les princes moabites.
Tous attendent avec impatience, mais se tiennent humblement près des autels et attendent ce que Bil'am va bien dire.
וַיִּשָּׂא מְשָׁלוֹ וַיֹּאמַר מִן־אֲרָם יַנְחֵנִי בָלָק מֶלֶךְ־מוֹאָב מֵהַרְרֵי־קֶדֶם לְכָה אָרָה־לִּי יַעֲקֹב וּלְכָה זֹעֲמָה יִשְׂרָאֵל׃
vayissá mechaló vayomár min-arám yan'héni valák melekh-mo'áv meharere-kédem lekhá ara-lí yaakóv oulkhá zo'amá yisrael
7 Et il commença une parabole, et dit : « D'Aram m'a appelé Balak, roi moabite, des montagnes lointaines : va et maudis-moi Yaakov, va et attire la colère sur Israël ! »
Le mot mechaló se traduit habituellement par parabole. On peut ici le traduire par discours littéraire. Dans le livre de Yov nous rencontrons ce mot dans un sens semblable. Des montagnes lointaines – c'est une métaphore, on peut le traduire par du royaume trois-fois-neuvième ou d'outre-mer, des contrées lointaines.
Prêtons attention à ce que nous n'avons pas fait auparavant – au mot ara-lí (maudis-moi). Il y a plusieurs mots qui se rencontrent dans la Torah pour la malédiction. Dans le livre de Dévarim (23,6), quand la malédiction de Bil'am sera rappelée, il sera dit que le Très-Haut changea la klalá (malédiction) en brakhá (bénédiction). Le mot klalá au sens de malédiction vient du mot kál – léger, sans poids, méprisable, qui ne vaut rien. La klalá inspire à l'homme qu'il est indigne, qu'il ne vaut rien, qu'il est pitoyable, misérable, délaissé, que rien ne sortira de lui, que ce n'est même pas la peine d'essayer.
Le deuxième mot dans ce même sens de maudis-moi, qui se rencontre dans ce chapitre et dans le chapitre précédent, c'est le mot kava-lí, de la racine noun-kouf-bet ; le verbe linkóv signifie percer un trou, trouer. C'est quand dans l'homme, comme dans un récipient, apparaît comme un trou : quoi que tu y verses, tout s'écoulera, une brèche dans la coque d'un navire.
Et le troisième mot, qui est employé ici, dans notre verset, c'est le mot ara-lí – le plus étonnant sans doute de tous les mots employés, parce que sa racine est la même que celle du mot or (lumière). Mais la lumière, c'est pourtant d'habitude une bénédiction ? C'est juste. Mais il est difficile de regarder le soleil – il aveugle, et si la nuit on vous a braqué une lampe de poche dans les yeux, cela ne vous aidera pas du tout à voir : une trop grande quantité de lumière peut aveugler. De même qu'une trop grande abondance peut perdre l'homme. Si un toxicomane ou un alcoolique se retrouve avec beaucoup d'argent, il peut succomber à la tentation et mourir. Si un homme à un poste de direction obtient l'accès à beaucoup d'argent, lui aussi peut succomber à la tentation. Si un homme est trop beau, trop éloquent, trop respecté, jouit de l'attention, alors l'excès d'attention peut corrompre l'homme. De même la force peut corrompre l'homme. Toute chose en excès peut se changer en malédiction, si l'homme ne la contient pas. Le mot ara-lí signifie justement malédiction par l'abondance, par la possession excessive de quelque chose qu'il n'est pas donné à l'homme de posséder, dont il ne peut pas venir à bout.
Donc, Bil'am commence son discours à Balak. Et ensuite il explique pourquoi il n'arrive pas à faire ce qu'on attend de lui.
מָה אֶקֹּב לֹא קַבֹּה אֵל וּמָה אֶזְעֹם לֹא זָעַם יְהוָה׃
ma ekkóv lo kabbó el oumá ez'óm lo za'ám adonáy
8 Que maudirai-je donc (trouerai-je), si le SEIGNEUR n'a pas maudit ? Et que vaudra ma colère, si le SEIGNEUR ne s'irrite pas contre eux ?
C'est-à-dire : « Je peux danser autant que je veux des danses de colère autour d'eux, mais si le SEIGNEUR n'a pas de colère contre eux, cela n'agit sur eux en aucune façon. » Mais non seulement Bil'am refuse de maudire le peuple, mais en plus il le bénit devant tout le cabinet des ministres de Moav, et de façon tout à fait inattendue pour Balak lui-même.
כִּי־מֵרֹאשׁ צֻרִים אֶרְאֶנּוּ וּמִגְּבָעוֹת אֲשׁוּרֶנּוּ הֶן־עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשָּׁב׃
ki-meróch tsourím er'énnou oumiggeva'ót achourénnou hen-ám levadád yichkón ouvaggoyím lo yit'hacháv
9 Car, voici, j'ai regardé du haut des plus hautes montagnes, du haut des plus hauts rochers : voici, le peuple vit à part et n'est pas compté avec les païens.
On peut comprendre cela ainsi : dans les profondeurs mêmes, dans les profondeurs mêmes de leur histoire j'ai pénétré jusqu'à la racine et j'ai essayé d'y fouiller. Le Très-Haut a arrangé les choses ainsi, que la plus belle bénédiction pour Israël soit prononcée par la bouche d'un païen, le mage Bil'am.
Au Moyen Âge on commentait ce passage ainsi : « Nous vivons ici – en Allemagne, en France, en Pologne. Mais ni l'Allemagne, ni la France, ni la Pologne n'ont d'influence sur nous. Nous vivons dans notre ghetto culturel et théologique, aucun galoút n'aura d'influence sur nous, rien ne nous obligera à les imiter – nous ne sommes pas comme eux. » Mais ce n'est probablement pas ce que Bil'am voulait dire ici. Et que voulait donc dire Bil'am ? On peut le comprendre en s'appuyant sur le commentaire d'Ibn Ezra, qui dit : « Quand les parts d'héritage sont distribuées aux peuples, le peuple d'Israël reçoit sa part d'héritage selon un autre programme. » Comme il est écrit dans le livre de Dévarim (32,8–9) : « Quand le Très-Haut donnait les parts aux peuples, séparant les hommes, Il établit les frontières des peuples selon le nombre des fils d'Israël, car la part de Dieu, c'est Son peuple, Yaakov est le territoire de Sa part. »
מִי מָנָה עֲפַר יַעֲקֹב וּמִסְפָּר אֶת־רֹבַע יִשְׂרָאֵל תָּמֹת נַפְשִׁי מוֹת יְשָׁרִים וּתְהִי אַחֲרִיתִי כָּמֹהוּ׃
mi maná afár yaakóv oumispár et-róva yisraél tamót nafchí mot yecharím outhí a'harití kamóhou
10 Qui peut mêler Israël à la poussière ? Et qui peut faire d'Israël de la boue ? Ah, que mon âme meure comme meurent les justes, et que ma fin soit comme la leur ».
C'est-à-dire : « Qui peut maudire Israël de sorte qu'il devienne poussière ? Moi, je voudrais même une mort telle que sera la leur. Je voudrais avoir une participation, avoir une part dans leur destinée, je voudrais être une partie de ce peuple. » À Odessa on dit : « Que je vive ainsi ! » Mais Bil'am dit : « Que je meure ainsi, comme eux ! » Eh bien, naturellement, cette donne ne plaît pas à Balak.
וַיֹּאמֶר בָּלָק אֶל־בִּלְעָם מֶה עָשִׂיתָ לִי לָקֹב אֹיְבַי לְקַחְתִּיךָ וְהִנֵּה בֵּרַכְתָּ בָרֵךְ׃
vayomer balák el-bil'ám me assíta li lakóv oyeváy leka'htíkha vehinné berákhta varékh
11 Et Balak dit à Bil'am : « Que m'as-tu fait ? Je t'ai pris pour maudire mes ennemis. Et toi, tu les bénis d'une bénédiction ! »
וַיַּעַן וַיֹּאמַר הֲלֹא אֵת אֲשֶׁר יָשִׂים יְהוָה בְּפִי אֹתוֹ אֶשְׁמֹר לְדַבֵּר׃
vayá'an vayomár haló et achér yassím adonáy befí otó echmór ledabbér
12 Et Bil'am lui répondit, et dit : « Moi, qu'y puis-je ? Je ne dis de toute façon que ce que le SEIGNEUR me mettra dans la bouche ».
En d'autres termes : « Excuse-moi, je suis un homme qui n'est pas libre : ce que le SEIGNEUR me met dans la bouche, c'est cela que je dis. C'est toi qui m'as appelé, c'est toi qui as décidé de te mêler de cette affaire. Qu'as-tu à me reprocher ? J'ai dit dès le début que je dirais ce que Dieu me dirait ». Ici Bil'am avertit honnêtement et dit : « Excusez-moi, je dirai ce que dira Dieu. Si tu penses persuader Dieu d'une manière ou d'une autre, eh bien, essayons, d'accord. Mais de moi-même je ne dirai rien ». Dans un apocryphe (4e livre des Maccabées, ch. 10) est décrite cette histoire avec Bil'am, qui dit : « J'aime l'argent, bien sûr. Mais je crains le Très-Haut plus que je n'aime l'argent ». À ce stade, Bil'am avait déjà compris beaucoup de choses pour lui-même et c'est pourquoi il a dit : « Excuse-moi, Balak. Si nous arrivons là-bas à nous mettre d'accord avec Lui d'une manière ou d'une autre et qu'Il maudit le peuple – eh bien, je maudirai, ça ne me coûte rien. Mais je ne dirai que ce que m'a dit le Très-Haut ».
וַיֹּאמֶר אֵלָיו בָּלָק לְךָ־נָּא )לְכָה( אִתִּי אֶל־מָקוֹם אַחֵר אֲשֶׁר תִּרְאֶנּוּ מִשָּׁם אֶפֶס קָצֵהוּ תִרְאֶה וְכֻלּוֹ לֹא תִרְאֶה וְקָבְנוֹ־לִי מִשָּׁם׃
vayomer eláv balák lekha-ná ittí el-makóm a'hér achér tir'énnou michám éfes katséhou tir'é vekhoulló lo tir'é vekovno-lí michám
13 Et Balak lui dit : « Viens avec moi dans un autre endroit, là tu en verras l'extrémité, mais tu ne le verras pas tout entier. Et maudis-le-moi de là-bas ! »
C'est-à-dire qu'il peut se faire que, quand tu vois tout le peuple, il est clair que tout le peuple, le peuple entier, le Très-Haut l'aime et le bénit. Mais peut-être que, quand tu verras l'extrémité du peuple, quelques outsiders, tu pourras trouver une paille dans l'œil, quelque grain de poussière, alors tu pourras quand même maudire ce peuple, et c'est pourquoi – allons dans un autre endroit. Balak ne perd pas espoir.
וַיִּקָּחֵהוּ שְׂדֵה צֹפִים אֶל־רֹאשׁ הַפִּסְגָּה וַיִּבֶן שִׁבְעָה מִזְבְּחֹת וַיַּעַל פָּר וָאַיִל בַּמִּזְבֵּחַ׃
vayikka'héhou sedé tsofím el-róch happisgá vayíven chiv'á mizbe'hót vayá'al par va'áyil bammizbéa'h
14 Il l'emmena dans le champ des observateurs, au sommet du pic, et de nouveau il dressa sept autels, et sur chacun des autels il offrit de nouveau un taureau et un agneau en sacrifice.
Le champ des observateurs – c'est, apparemment, un endroit où se réunissaient les astrologues et les astronomes et où ils observaient les étoiles, c'est-à-dire une sorte de plate-forme d'observation très commode.
C'est la deuxième fois que Bil'am et Balak offrent quatorze animaux en sacrifice.
וַיֹּאמֶר אֶל־בָּלָק הִתְיַצֵּב כֹּה עַל־עֹלָתֶךָ וְאָנֹכִי אִקָּרֶה כֹּה׃
vayomer el-balák hityattsév ko al-olatékha ve'anokhí ikkáre ko
15 Et Balak lui dit : « Reste ici, près de tes holocaustes, et moi j'en appellerai à la révélation ».
וַיִּקָּר יְהוָה אֶל־בִּלְעָם וַיָּשֶׂם דָּבָר בְּפִיו וַיֹּאמֶר שׁוּב אֶל־בָּלָק וְכֹה תְדַבֵּר׃
vayikkár adonáy el-bil'ám vayássem davár befív vayomer chouv el-balák vekhó tedabbér
16 Et le SEIGNEUR apparut de nouveau à Bil'am, et mit une parole dans sa bouche, et dit : « Retourne vers Balak et parle ainsi ».
וַיָּבֹא אֵלָיו וְהִנּוֹ נִצָּב עַל־עֹלָתוֹ וְשָׂרֵי מוֹאָב אִתּוֹ וַיֹּאמֶר לוֹ בָּלָק מַה־דִּבֶּר יְהוָה׃
vayavó eláv vehinnó nittsáv al-olató vesaré mo'áv ittó vayomer lo balák ma-dibbér adonáy
17 Et il vint vers lui, et de nouveau celui-ci se tient près de ses holocaustes, et avec lui les ministres moabites. Et Balak lui demanda : « Qu'a dit le SEIGNEUR ? »
וַיִּשָּׂא מְשָׁלוֹ וַיֹּאמַר קוּם בָּלָק וּשֲׁמָע הַאֲזִינָה עָדַי בְּנוֹ צִפֹּר׃
vayissá mechaló vayomár koum balák ouchamá ha'azína adáy benó tsippór
18 Et il commença son discours, et dit : « Lève-toi, Balak, et écoute mon témoignage, ben Tsippor !
לֹא אִישׁ אֵל וִיכַזֵּב וּבֶן־אָדָם וְיִתְנֶחָם הַהוּא אָמַר וְלֹא יַעֲשֶׂה וְדִבֶּר וְלֹא יְקִימֶנָּה׃
lo ich el vikhazzév ouven-adám veyitne'hám hahoú amár veló ya'assé vedibbér veló yekiménna
19 Le Très-Haut n'est pas un homme, pour qu'Il change Son avis, et Il n'est pas un homme, pour qu'Il se repente. Ne le fera-t-Il pas, s'Il l'a dit, et n'accomplira-t-Il pas Sa parole ?
הִנֵּה בָרֵךְ לָקָחְתִּי וּבֵרֵךְ וְלֹא אֲשִׁיבֶנָּה׃
hinné varékh laká'hti ouverékh veló achivénna
20 Il m'a appelé à bénir (j'ai pris sur moi l'obligation de bénir), et je ne peux pas m'y soustraire, je ne peux que bénir.
לֹא־הִבִּיט אָוֶן בְּיַעֲקֹב וְלֹא־רָאָה עָמָל בְּיִשְׂרָאֵל יְהוָה אֱלֹהָיו עִמּוֹ וּתְרוּעַת מֶלֶךְ בּוֹ׃
lo-hibbít áven beyaakóv velo-ra'á amál beyisraél adonáy eloháv immó outrou'át mélekh bo
21 Je n'ai pas aperçu de fausseté en Yaakov, et d'impiété en Israël je n'en ai pas aperçu. Avec lui est le SEIGNEUR, son Dieu, et les trompettes sonnent, glorifient son Roi.
Retentissent sans cesse des appels de trompette solennels dans le peuple d'Israël, une sonnerie de trompette joyeuse et continuelle due à la présence du Roi.
אֵל מוֹצִיאָם מִמִּצְרָיִם כְּתוֹעֲפֹת רְאֵם לוֹ׃
el motsi'ám mimmitsráyim keto'afót re'ém lo
22 Le SEIGNEUR les a fait sortir d'Égypte, comme bondit le bouc des montagnes sur les sommets des montagnes.
C'est-à-dire par bonds, de sommet en sommet, à grande vitesse, rapidement, le Très-Haut les a fait sortir d'Égypte.
כִּי לֹא־נַחַשׁ בְּיַעֲקֹב וְלֹא־קֶסֶם בְּיִשְׂרָאֵל כָּעֵת יֵאָמֵר לְיַעֲקֹב וּלְיִשְׂרָאֵל מַה־פָּעַל אֵל׃
ki lo-ná'hach beyaakóv velo-késsem beyisraél ka'ét ye'amér leyaakóv oulyisraél ma-pa'ál el
23 Car il n'y a pas de divination en Yaakov ni de magie en Israël, et en son temps il sera révélé à Yaakov et à Israël ce que prépare le Très-Haut.
Qu'est-ce que c'est que cette phrase étrange ? Quelle est cette idée étrange qu'exprime Bil'am ? Il dit qu'Israël, on ne peut pas le comprendre par la magie, on ne peut pas, dans le marc de café, dans une boule de cristal ou dans une pomme qui roule sur une petite assiette, discerner l'avenir d'Israël. Et Israël lui-même ne s'occupe pas de cela. Et cela n'est donné à personne. En son temps sera révélé ce à quoi Israël est destiné.
הֶן־עָם כְּלָבִיא יָקוּם וְכַאֲרִי יִתְנַשָּׂא לֹא יִשְׁכַּב עַד־יֹאכַל טֶרֶף וְדַם־חֲלָלִים יִשְׁתֶּה׃
hen-ám kelaví yakoúm vekha'arí yitnassá lo yichkáv ad-yokhal téref vedam-'halalím yichté
24 Voici, le peuple se lèvera comme un lion, et comme un lion il se dressera, et il ne se couchera pas avant d'avoir mangé la proie et bu le sang de leur victime ».
En hébreu, il y a plusieurs mots pour désigner le lion et encore plus pour désigner les lionceaux, c'est ainsi que cela s'est fait historiquement. Dans le cas présent, dans la première partie du verset kelaví yakoúm – comme un lion (laví) se lèvera. Dans la deuxième partie du verset vekha'arí yitnassá – et comme un lion (arye) se dressera. C'est-à-dire que la même expression est dite de deux manières différentes. Bien entendu, il ne s'agit pas de dire que le peuple d'Israël boira du sang. C'est une parabole qui compare Israël au lion.
וַיֹּאמֶר בָּלָק אֶל־בִּלְעָם גַּם־קֹב לֹא תִקֳּבֶנּוּ גַּם־בָּרֵךְ לֹא תְבָרֲכֶנּוּ׃
vayomer balák el-bil'ám gam-kóv lo tikkovénnou gam-barékh lo tevarekhénnou
25 Et Balak dit à Bil'am : « Si vraiment tu ne le maudis pas, alors au moins ne le bénis pas ! »
וַיַּעַן בִּלְעָם וַיֹּאמֶר אֶל־בָּלָק הֲלֹא דִּבַּרְתִּי אֵלֶיךָ לֵאמֹר כֹּל אֲשֶׁר־יְדַבֵּר יְהוָה אֹתוֹ אֶעֱשֶׂה׃
vayá'an bil'ám vayomer el-balák haló dibbárti elékha lemór kol acher-yedabbér adonáy otó e'essé
26 Et Bil'am dit à Balak : « Mais je t'avais prévenu, je t'avais bien dit, en disant : tout ce que dira le SEIGNEUR, c'est cela que je ferai ».
Bil'am dit : « Je ne peux pas non plus me taire, puisque tu m'as appelé, puisque tu m'as entraîné dans cette affaire – alors reçois et signe. Je ferai ce que m'a dit le Très-Haut, et nous n'avons aucun moyen d'y échapper ». Mais Balak ne se calme pas : les souris pleuraient, se piquaient, mais continuaient à manger le cactus.
וַיֹּאמֶר בָּלָק אֶל־בִּלְעָם לְכָה־נָּא אֶקָּחֲךָ אֶל־מָקוֹם אַחֵר אוּלַי יִישַׁר בְּעֵינֵי הָאֱלֹהִים וְקַבֹּתוֹ לִי מִשָּׁם׃
vayomer balák el-bil'ám lekha-ná ekka'hakhá el-makóm a'hér ouláy yichár be'ené ha'elohím vekabbóto li michám
27 Et Balak dit à Bil'am : « Je vais t'emmener encore dans un autre endroit ! Peut-être qu'il conviendra au SEIGNEUR, et de là-bas tu me le (le peuple) maudiras ».
Peut-être y a-t-il un certain angle de vue, peut-être, d'une manière ou d'une autre, avec l'aide d'un programme de hacker, trouver les petites clés qui ouvrent le Très-Haut, et sous cet angle ça passera, sous cet angle tu pourras maudire le peuple.
וַיִּקַּח בָּלָק אֶת־בִּלְעָם רֹאשׁ הַפְּעוֹר הַנִּשְׁקָף עַל־פְּנֵי הַיְשִׁימֹן׃
vayikká'h balák et-bil'ám roch happe'ór hannichkáf al-pené haychimón
28 Et Balak emmena Bil'am au sommet du mont Pé'or, qui regarde vers le désert.
וַיֹּאמֶר בִּלְעָם אֶל־בָּלָק בְּנֵה־לִי בָזֶה שִׁבְעָה מִזְבְּחֹת וְהָכֵן לִי בָּזֶה שִׁבְעָה פָרִים וְשִׁבְעָה אֵילִים׃
vayomer bil'ám el-balák bene-lí vazé chiv'á mizbe'hót vehakhén li bazé chiv'á farím vechiv'á elím
29 Et Bil'am dit à Balak : « Construis-moi ici sept autels, et ici aussi prépare-moi sept taureaux et sept agneaux ».
וַיַּעַשׂ בָּלָק כַּאֲשֶׁר אָמַר בִּלְעָם וַיַּעַל פָּר וָאַיִל בַּמִּזְבֵּחַ׃
vayá'as balák ka'achér amár bil'ám vayá'al par va'áyil bammizbéa'h
30 Et Balak fit comme avait dit Bil'am, et il fit monter un taureau et un agneau sur l'autel.
Pour la troisième fois, Balak et Bil'am construisent sept autels et y offrent quatorze sacrifices. Au total, trois fois quatorze – Balak et Bil'am offrent quarante-deux sacrifices. Le nombre quarante-deux se rencontre souvent dans l'Écriture. Trois fois quatorze – c'est la généalogie de Yéchoua depuis Adam dans l'Évangile de Matthieu (1,7). Trois fois quatorze – c'est le nombre de sacrifices qu'ont offerts les amis de Yov (livre de Yov, 42,8), sept jeunes taureaux et sept béliers de la part de chacun. Quarante-deux étapes des fils d'Israël dans le désert sont décrites au chapitre 33 de notre livre Bémidbar. Voilà, ici aussi chez nous le nombre quarante-deux est caché, au verset 30 du chapitre 23.
Bénédictions et prophéties
Bémidbar 24,1–25,9
Avec l'aide de Dieu, nous continuons avec vous à étudier la section hebdomadaire Balak et nous allons lire le chapitre 24 du livre Bémidbar. Nous nous sommes arrêtés au moment où, après deux tentatives infructueuses de maudire le peuple, Bil'am se décide à une troisième tentative et, pour la troisième fois, demande au roi Balak de préparer quatorze sacrifices.
וַיַּרְא בִּלְעָם כִּי טוֹב בְּעֵינֵי יְהוָה לְבָרֵךְ אֶת־יִשְׂרָאֵל וְלֹא־הָלַךְ כְּפַעַם־בְּפַעַם לִקְרַאת נְחָשִׁים וַיָּשֶׁת אֶל־הַמִּדְבָּר פָּנָיו׃
vayár bil'ám ki tov be'ené adonáy levarékh et-yisraél velo-halákh kefa'am-befá'am likrát ne'hachím vayáchet el-hammidbár panáv
1 Et Bil'am vit (comprit) que c'est un bien aux yeux du Très-Haut – de bénir le peuple d'Israël, et il ne suivit plus, comme il le faisait d'habitude, ses pratiques divinatoires, mais tourna vers le désert son visage.
Bil'am comprit que, pour lui-même, sa conduite serait bonne aux yeux du Très-Haut s'il bénissait le peuple d'Israël. Le Très-Haut veut de lui une bénédiction pour le peuple d'Israël, et Bil'am l'a enfin compris, il s'y est résigné et n'essaie plus, d'une manière ou d'une autre, d'avoir le dernier mot face au Très-Haut, il se soumet au Très-Haut en cela. Et pour apprendre quelque chose, pour comprendre la situation, Bil'am n'a plus besoin de la petite pomme qui roule sur la petite assiette, ni de la boule de cristal, ni du pendule, ni de la fumée de l'encensement. Il ne se sert d'aucun objet magique, mais regarde seulement, de sa vue peut-être surnaturelle, le désert qui est rempli par le peuple d'Israël.
וַיִּשָּׂא בִלְעָם אֶת־עֵינָיו וַיַּרְא אֶת־יִשְׂרָאֵל שֹׁכֵן לִשְׁבָטָיו וַתְּהִי עָלָיו רוּחַ אֱלֹהִים׃
vayissá vil'ám et-enáv vayár et-yisraél chokhén lichvatáv vattehí aláv roúa'h elohím
2 Et Bil'am leva ses yeux, et vit Israël, établi selon ses tribus, et l'esprit du SEIGNEUR descendit sur lui.
Nous savons que l'expression vayissá et-enáv (et il leva les yeux) se rencontre lorsque s'opère le passage à un certain niveau prophétique. Bil'am a refusé de recevoir quelque information que ce soit des sources de sa magie, au moyen de la transe ou d'une autre manière inconnue, il a commencé à regarder d'un regard humain et s'est élevé au niveau prophétique. Cette fois, il est jugé digne que l'esprit du Très-Haut descende sur lui, et c'est précisément par l'esprit de Dieu qu'il va maintenant prononcer son discours.
וַיִּשָּׂא מְשָׁלוֹ וַיֹּאמַר נְאֻם בִּלְעָם בְּנוֹ בְעֹר וּנְאֻם הַגֶּבֶר שְׁתֻם הָעָיִן׃
vayissá mechaló vayomár ne'oúm bil'ám benó ve'ór oun'oúm haggéver chetoúm ha'áyin
3 Et il commença son discours, et dit : « Voici l'oracle de Bil'am ben Bé'or, voici l'oracle de l'homme à l'œil arraché (à l'œil béant, à l'œil ouvert).
L'expression chetoúm ha'áyin se rencontre très rarement dans le texte. Et chaque fois qu'une situation semblable se présente, il est difficile de comprendre de quoi il s'agit, et il faut chercher des sources parallèles, or des sources parallèles, il n'y en a presque pas. Et nous essayons de deviner à travers d'autres langues, à travers quelque chose de proche, et il en ressort deux variantes : la première variante, c'est l'œil arraché, l'orbite ouverte, l'œil béant, comme on le traduit habituellement ; la deuxième variante, c'est l'œil excessivement ouvert, comme on dirait aujourd'hui dans la langue du new age – le troisième œil ouvert, c'est-à-dire un homme qui voit d'une vue surnaturelle. C'est ainsi que Bil'am parle de lui-même, et, très probablement, c'est justement la deuxième variante qui convient le mieux, car il est peu probable qu'un homme, en commençant son discours, dise : « Écoutez-moi, car je suis borgne ». Il est vrai que l'idée du prophète borgne s'est aussi enracinée dans la littérature et le folklore, elle est devenue un proverbe. Dans le Talmud, il y a un proverbe dont le sens est clair : « Dans la rue des aveugles, même le borgne, on l'appelle prophète ». Eh bien, pour désigner le borgne, c'est précisément cette expression qui est employée, chetoúm ha'áyin. Mais, très probablement, à l'époque de Moché, à l'époque où la Torah était donnée, cette expression avait tout de même le sens d'œil ouvert, grand ouvert. Cela fait partie de la manière dont Bil'am, en parlant de son autorité, se présente, dont il annonce qui va parler maintenant.
נְאֻם שֹׁמֵעַ אִמְרֵי־אֵל אֲשֶׁר מַחֲזֵה שַׁדַּי יֶחֱזֶה נֹפֵל וּגְלוּי עֵינָיִם׃
ne'oúm choméya imre-él achér ma'hazé chaddáy ye'hezé nofél ougloúy enáyim
4 C'est la parole de celui qui entend l'oracle divin, qui voit la vision de Chaddaï, tombe et reste les yeux ouverts.
Il est intéressant qu'ici Bil'am prononce le nom Chaddaï. Ce nom est employé dans le livre Béréchit, les Patriarches le prononcent très souvent. Ce nom se rencontre de nombreuses fois dans le livre de Yov, qui se rapporte à peu près aux mêmes temps. Le fait que Bil'am emploie ce nom montre qu'il connaît une tradition ancienne. Que signifie l'expression tombe et reste les yeux ouverts ? Cela signifie que les visions s'ouvrent à lui et lui apparaissent en songe. C'est par le témoignage sur la vision de Chaddaï que commence le discours de Bil'am, c'est-à-dire qu'avant qu'un homme dise pourquoi il faut l'écouter, il se présente, il dit qui il est, à proprement parler. Dans le cas présent, Bil'am dit : « Maintenant va vous parler un grand prophète, qui voit la vision, entend l'oracle, un prophète à l'œil béant ». Vous souvenez-vous comment se présentait Paul : « Moi, Paul, serviteur de Yéchoua Machia'h » ? Ici, en revanche, c'est une présentation qui doit créer chez les auditeurs de l'effervescence : comment donc, une telle autorité, Bil'am en personne va parler maintenant ! Que va donc dire le grand Bil'am ?
מַה־טֹּבוּ אֹהָלֶיךָ יַעֲקֹב מִשְׁכְּנֹתֶיךָ יִשְׂרָאֵל׃
ma-tóvou ohalékha yaakóv michkenotékha yisraél
5 Comme sont belles tes tentes, Yaakov, tes demeures, Israël.
Les commentateurs disent que Bil'am regardait d'en haut et vit que les tentes en Israël étaient disposées de telle sorte que l'entrée ne se trouvait pas en face de l'entrée, pour que d'une tente on ne puisse pas voir ce qui se passe dans une autre tente – comme les fenêtres des maisons ne doivent pas se trouver en face les unes des autres, pour ne pas créer de tentation, pour ne pas dévoiler par mégarde la vie privée d'autres personnes. Le Talmud discute cette question, il discute pour savoir si épier un homme, c'est lui causer un dommage. C'est clair, si j'ai cassé la machine à coudre d'un homme, je lui ai causé un dommage. Si je lui ai causé des lésions corporelles, je lui ai causé un dommage (et encore d'autres cas nombreux). Mais si je me suis tenu là et que j'ai regardé par la fenêtre comment il coupe du hareng, lui ai-je causé par là un dommage ? Le Talmud dit – oui, j'ai causé un dommage. Tout homme a droit à la vie privée, même s'il ne fait rien de répréhensible ou d'impudique, mais s'occupe simplement de son travail quotidien, vit sa vie quotidienne, et il n'y a aucune raison de l'épier. Et les commentateurs disent : « Les tentes d'Israël étaient placées de manière à ne pas être les unes face aux autres, pour que le peuple ne s'épie pas les uns les autres, ne cherche pas à pénétrer dans la vie privée d'autrui », pas seulement au niveau des fenêtres, pas seulement au niveau des portes. Là encore, les commentateurs disent : « Mais enfin, Bil'am ne pouvait pas voir ce miracle d'architecture d'une distance si énorme ». Mais à l'air que respirait Israël, à la manière dont Bil'am voyait le camp, à l'aspect qu'avait la ville, il comprit que dans la ville il n'y a pas ces chamailleries, qu'Israël a cette qualité – la non-ingérence dans la vie privée. Comme on dit, c'est l'une des variantes qui expliquent pourquoi Bil'am s'est tant extasié devant les tentes d'Israël. Bil'am sait comment vivent les nomades, et des tentes, il en avait vu de toutes sortes.
D'autres commentateurs disent que ohalékha et michkenotékha – ce sont des noms du sanctuaire. Bil'am s'extasie de ce que le Très-Haut habite en Israël, de ce qu'à ce moment-là – c'est l'adresse, connue parmi les autres peuples, à laquelle le Très-Haut est domicilié dans ce monde.
כִּנְחָלִים נִטָּיוּ כְּגַנֹּת עֲלֵי נָהָר כַּאֲהָלִים נָטַע יְהוָה כַּאֲרָזִים עֲלֵי־מָיִם׃
kin'halím nittáyou kegannót alé nahár ka'ahalím natá adonáy ka'arazím ale-máyim
6 Comme des palmiers plantés, comme un jardin qui pousse au bord d'un fleuve, comme l'aloès planté par le SEIGNEUR, comme des cèdres près de l'eau.
Il y a ici toute une série d'éléments végétaux, différentes espèces de beaux arbres de différents degrés de hauteur et de différents degrés d'utilité. Intéressante est la remarque comme des cèdres près de l'eau. Or le fait est que le cèdre n'a habituellement pas besoin de cours d'eau, il ne cherche pas à pousser près des cours d'eau, et, très probablement, sous le nom d'érez (pl. arazím) on entend ici quelque autre arbre haut qui ne porte pas de fruits, il n'est pas obligatoire de le comprendre comme un cèdre.
יִזַּל־מַיִם מִדָּלְיָו וְזַרְעוֹ בְּמַיִם רַבִּים וְיָרֹם מֵאֲגַג מַלְכּוֹ וְתִנַּשֵּׂא מַלְכֻתוֹ׃
yizzal-máyim middaleyáv vezar'ó bemáyim rabbím veyaróm me'agág malkó vetinnassé malkhoutó
7 Et ses branches suintent d'eau (ses branches pleurent de ce qu'elles sont saturées d'humidité), et sa semence est près des eaux nombreuses (ce peuple est très fécond, très prospère), et son roi sera élevé plus qu'Agag, et son royaume sera élevé.
Eh bien, nous savons qu'Agag, c'est le roi des Amalécites, qui régnera bien plus tard, à l'époque de Cha'oul. Et les commentateurs y voient, peut-être, une prophétie dans laquelle il est question de Cha'oul, c'est ainsi qu'on peut le comprendre. Ici, Bil'am, sous l'action de l'esprit de Dieu, prononce une prophétie. D'un autre côté, on peut comprendre le mot agág non pas comme un nom propre, mais comme une fonction : roi, pharaon, padichah, pacha, sultan, bey ou voilà, par exemple, agág. Et alors il s'agit de ce que le roi d'Israël sera au-dessus de l'agág (par la fonction). Mais, très probablement, il s'agit réellement d'une prophétie, cela correspond tout à fait à ce qui est arrivé à Cha'oul, qui a pu vaincre Agag et dont le royaume a été exalté.
אֵל מוֹצִיאוֹ מִמִּצְרַיִם כְּתוֹעֲפֹת רְאֵם לוֹ יֹאכַל גּוֹיִם צָרָיו וְעַצְמֹתֵיהֶם יְגָרֵם וְחִצָּיו יִמְחָץ׃
el motsió mimmitsráyim keto'afót re'ém lo yokhál goyím tsaráv ve'atsmotehém yegarém ve'hittsáv yim'háts
8 Le SEIGNEUR l'a fait sortir impétueusement d'Égypte, et même le buffle n'en viendra pas à bout, il vaincra tous ses ennemis et broiera leurs os (les brisera, les anéantira complètement), et celui qui essaie de l'écraser, celui-là sera lui-même écrasé.
כָּרַע שָׁכַב כַּאֲרִי וּכְלָבִיא מִי יְקִימֶנּוּ מְבָרֲכֶיךָ בָרוּךְ וְאֹרְרֶיךָ אָרוּר׃
kará chakháv ka'arí oukhlaví mi yekiménnou mevarekhékha varoúkh ve'orerékha aroúr
9 Il s'est étendu et s'est couché, comme un lion et comme une lionne. Qui donc le fera lever ? Celui qui te bénit sera béni, et celui qui te maudit sera maudit ».
C'est-à-dire comme un lion ou une lionne qui sont fatigués après s'être rassasiés de leur proie, ont égorgé tous leurs ennemis et, imperturbables, nonchalants, se sont couchés sur l'herbe et se reposent, si bien que les lièvres, les lapins et les loups peuvent sauter tranquillement à côté. Cela ne touche pas les lions, une indifférence tranquille, flegmatique, descend sur le lion repu – et qui le fera lever ? C'est la prophétie de Bil'am sur le peuple d'Israël, qui, après ses victoires, vivra paisiblement, tranquillement, en sécurité dans son pays.
Celui qui te bénit sera béni, et celui qui te maudit sera maudit – c'est un principe général que le Très-Haut énonce plus d'une fois à l'égard d'Israël, mais dans le cas présent cela a une signification particulière. Bil'am a été invité pour maudire, à côté se trouve Balak, qui tombe dans la catégorie de celui qui maudit, et donc sera lui-même maudit, et Bil'am ici non seulement bénit Israël, mais maudit aussi Balak. Et Balak ne pouvait pas ne pas le comprendre, cela ne pouvait pas ne pas mettre Balak en rage.
וַיִּחַר־אַף בָּלָק אֶל־בִּלְעָם וַיִּסְפֹּק אֶת־כַּפָּיו וַיֹּאמֶר בָּלָק אֶל־בִּלְעָם לָקֹב אֹיְבַי קְרָאתִיךָ וְהִנֵּה בֵּרַכְתָּ בָרֵךְ זֶה שָׁלֹשׁ פְּעָמִים׃
vayi'har-áf balák el-bil'ám vayispók et-kappáv vayomer balák el-bil'ám lakóv oyeváy keratíkha vehinné berákhta varékh ze chalóch pe'amím
10 Et Balak s'emporta contre Bil'am, et il frappa des mains, et Balak dit à Bil'am : « Je t'ai appelé pour que tu maudisses mes ennemis, et toi, tu les as bénis d'une bénédiction, voilà déjà trois fois.
Il a frappé dans ses mains, peut-être s'est-il frappé les genoux des paumes – un tel geste, qui ne signifie pas des applaudissements, mais la déception.
וְעַתָּה בְּרַח־לְךָ אֶל־מְקוֹמֶךָ אָמַרְתִּי כַּבֵּד אֲכַבֶּדְךָ וְהִנֵּה מְנָעֲךָ יְהוָה מִכָּבוֹד׃
ve'attá bera'h-lekhá el-mekomékha amárti kabbéd akhabbedkhá vehinné mena'akhá adonáy mikkavód
11 Et maintenant, enfuis-toi vers ton lieu. Moi, je pensais que je te témoignerais un grand respect, que je te rétribuerais d'un grand honneur, et voici, le SEIGNEUR t'a privé de cet honneur ».
Eh bien, Bil'am ne va pas chercher le mot dans sa poche, heureusement, il l'a depuis longtemps sur les lèvres.
וַיֹּאמֶר בִּלְעָם אֶל־בָּלָק הֲלֹא גַּם אֶל־מַלְאָכֶיךָ אֲשֶׁר־שָׁלַחְתָּ אֵלַי דִּבַּרְתִּי לֵאמֹר׃
vayomer bil'ám el-balák haló gam el-mal'akhékha acher-chalá'hta eláy dibbárti lemór
12 Et Bil'am dit à Balak : « Même aux messagers que tu m'envoyais, je leur ai pourtant dit, je l'ai bien dit :
אִם־יִתֶּן־לִי בָלָק מְלֹא בֵיתוֹ כֶּסֶף וְזָהָב לֹא אוּכַל לַעֲבֹר אֶת־פִּי יְהוָה לַעֲשׂוֹת טוֹבָה אוֹ רָעָה מִלִּבִּי אֲשֶׁר־יְדַבֵּר יְהוָה אֹתוֹ אֲדַבֵּר׃
im-yitten-lí valák meló vetó késsef vezaháv lo oukhál la'avór et-pí adonáy la'asót tová o ra'á millibbí acher-yedabbér adonáy otó adabbér
13 « Même si Balak me donne sa maison pleine d'argent et d'or, je ne pourrai pas transgresser ce que dit la bouche du SEIGNEUR, pour faire le bien ou le mal de mon propre cœur. Ce que dira le SEIGNEUR, c'est cela que je dirai.
Bil'am dit : « Qu'as-tu à me reprocher ? Je t'avais pourtant prévenu que je travaille en mode relais : ce que dit le SEIGNEUR, c'est cela que je dirai, et pour aucune somme d'argent je n'accepterai rien d'autre ». Bien sûr, Bil'am avait l'espoir que le Très-Haut maudirait Israël, c'est pourquoi il s'y est décidé. Mais il avait bien prévenu à l'avance que le système pouvait tomber en panne.
וְעַתָּה הִנְנִי הוֹלֵךְ לְעַמִּי לְכָה אִיעָצְךָ אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה הָעָם הַזֶּה לְעַמְּךָ בְּאַחֲרִית הַיָּמִים׃
ve'attá hinení holékh le'ammí lekhá i'atsekhá achér ya'assé ha'ám hazzé le'ammekhá be'a'harít hayamím
14 Et maintenant, je m'en vais vers mon peuple. Viens, je te conseillerai ce que ce peuple fera à ton peuple à la fin des temps ».
Les commentateurs s'arrêtent sur deux mots, lekhá i'atsekhá (viens, je te conseillerai), et disent qu'il s'agit du conseil de glisser à Israël, en guise de tentation, des jeunes filles des peuples voisins, de tout simplement séduire Israël par la débauche. Il y a une allusion à cela dans notre livre (31,16), où Moché dit que ces demoiselles sont apparues à l'horizon d'Israël sur la parole de Bil'am. Ici, en revanche, nous lisons le sens simple.
וַיִּשָּׂא מְשָׁלוֹ וַיֹּאמַר נְאֻם בִּלְעָם בְּנוֹ בְעֹר וּנְאֻם הַגֶּבֶר שְׁתֻם הָעָיִן׃
vayissá mechaló vayomár ne'oúm bil'ám benó ve'ór oun'oúm haggéver chetoúm ha'áyin
15 Et il commença son discours, et dit : « Voici l'oracle de Bil'am ben Bé'or, voici l'oracle de l'homme à l'œil béant,
נְאֻם שֹׁמֵעַ אִמְרֵי־אֵל וְיֹדֵעַ דַּעַת עֶלְיוֹן מַחֲזֵה שַׁדַּי יֶחֱזֶה נֹפֵל וּגְלוּי עֵינָיִם׃
ne'oúm chomé'a imre-él veyodé'a dá'at elyon ma'hazé chaddáy ye'hezé nofél ougloúy enáyim
16 Voici les paroles de celui qui entend l'oracle du SEIGNEUR, et celui qui connaît le dessein du Très-Haut voit la vision de Chaddaï et tombe les yeux ouverts ».
Peut-être qu'après que Bil'am eut compris que le dessein du Très-Haut est de bénir le peuple d'Israël, il a ajouté à son titre une nouvelle description. D'autres commentateurs disent que Bil'am avait une telle propriété nuisible : il savait quand le Très-Haut se met en colère, et savait saisir ces moments. Il connaissait pour ainsi dire l'horloge biologique de Dieu (si l'on admet qu'Il en a une). Mais cela semble un schéma trop simple, et, très probablement, on peut supposer que Bil'am s'est maintenant attribué déjà l'expérience d'une communication directe avec le Très-Haut sur la base de ce cas précis, où l'esprit de Dieu descendait sur lui.
Et Bil'am répète de nouveau qu'il voit la vision de Chaddaï et tombe les yeux ouverts. C'est son entrée en matière traditionnelle, l'introduction traditionnelle à ses paraboles. C'est déjà la deuxième fois que nous lisons cela.
אֶרְאֶנּוּ וְלֹא עַתָּה אֲשׁוּרֶנּוּ וְלֹא קָרוֹב דָּרַךְ כּוֹכָב מִיַּעֲקֹב וְקָם שֵׁבֶט מִיִּשְׂרָאֵל וּמָחַץ פַּאֲתֵי מוֹאָב וְקַרְקַר כָּל־בְּנֵי־שֵׁת׃
er'énnou veló attá achourénnou veló karóv darákh kokháv miyaakóv vekám chévet miyisraél ouma'háts pa'até mo'áv vekarkár kol-bene-chét
17 Je le vois, mais pas maintenant, je le contemple, mais pas de près : voici, une étoile s'est levée de Yaakov, et une tribu se lèvera d'Israël, et elle écrasera, elle accablera les confins de Moav, et elle rongera (fracassera, pilera) tous les fils de Chet (indication d'une guerre victorieuse).
Un mot intéressant, darákh : lidrókh signifie fouler du pied, lehidarékh – être armé, comme le chien d'un fusil. Ici il est employé au sens de monter vers le haut. En même temps, ce mot a la même racine que le mot derékh (chemin). C'est-à-dire que l'étoile issue de Yaakov peut se lever, mais elle peut aussi devenir une étoile qui guide, commencer à montrer le chemin. Les commentateurs y voient avant tout une allusion à David et, bien sûr, une allusion au Machia'h (l'un n'exclut pas l'autre). Ibn Ezra dit que c'est une prophétie justement sur David, et qu'il ne faut pas parler ici du Machia'h, nous avons suffisamment de passages sur le Machia'h. Mais il se peut tout à fait qu'il s'agisse d'un principe général de l'action du Très-Haut. Et puisque le Machia'h est fils de David, sa révélation peut elle aussi être un parallèle à la révélation de David. C'est pourquoi on peut dire qu'il y a une étoile qui se lèvera de Yaakov, l'étoile de Yaakov, qui sera une étoile qui guide.
וְהָיָה אֱדוֹם יְרֵשָׁה וְהָיָה יְרֵשָׁה שֵׂעִיר אֹיְבָיו וְיִשְׂרָאֵל עֹשֶׂה חָיִל׃
vehayá edóm yerechá vehayá yerechá se'ír oyeváv veyisraél ósse 'háyil
18 Et Édom sera soumis, et Sé'ir sera soumis à ses ennemis, et Israël mènera une guerre victorieuse.
וְיֵרְדְּ מִיַּעֲקֹב וְהֶאֱבִיד שָׂרִיד מֵעִיר׃
veyérd miyaakóv vehe'evíd saríd me'ír
19 Et il y aura un homme parmi les descendants de Yaakov, et il anéantira même le reste dans cette ville.
Apparemment, il s'agit de David, c'est ce qui s'est passé à son époque, de même que David a écrasé les confins de Moav. Après cela, Bil'am fait basculer son regard prophétique, bascule d'une chaîne à l'autre.
וַיַּרְא אֶת־עֲמָלֵק וַיִּשָּׂא מְשָׁלוֹ וַיֹּאמַר רֵאשִׁית גּוֹיִם עֲמָלֵק וְאַחֲרִיתוֹ עֲדֵי אֹבֵד׃
vayár et-amalék vayissá mechaló vayomár rechít goyím amalék ve'a'haritó adé ovéd
20 Et il vit Amalek, et il leur dit sa parabole, et dit : « Premier-né d'entre les païens est Amalek, et sa fin – la perdition ».
Que signifie premier-né d'entre les païens, Amalek ? Comment se fait-il qu'il soit premier-né ? Il est le pionnier de l'attaque contre Israël. Quand il ne venait encore à l'idée de personne d'attaquer Israël, Amalek s'y est déjà résolu. Les commentateurs citent l'exemple d'un mikva chaud, d'une sorte de bassin chaud. Du fait qu'il est chaud, de la vapeur s'en élève, et personne n'ose y descendre. Et voilà qu'arrive un tel Amalek, il saute gaillardement dans ce bassin chaud – et tout le monde comprend que ce n'est pas si effrayant que ça.
וַיַּרְא אֶת־הַקֵּינִי וַיִּשָּׂא מְשָׁלוֹ וַיֹּאמַר אֵיתָן מוֹשָׁבֶךָ וְשִׂים בַּסֶּלַע קִנֶּךָ׃
vayár et-hakkení vayissá mechaló vayomár etán mochavékha vesím basséla kinnékha
21 Et il vit le Kénien, et il dit sa parabole, et leur dit : « Rends forte ton habitation et construis ton nid dans le rocher.
Peut-être ne s'agit-il pas d'un rocher, mais de la ville de Séla, qui se trouve au sud, et il faut y construire une demeure.
כִּי אִם־יִהְיֶה לְבָעֵר קָיִן עַד־מָה אַשּׁוּר תִּשְׁבֶּךָּ׃
ki im-yihyé levá'er káyin ad-má achoúr tichbékka
22 Car si Kayin est ravagé, toute cette région sera ravagée, où donc les Assyriens t'emmèneront-ils ? »
Cette expression peut se traduire à peu près par « Bon, plus loin que la Sibérie, de toute façon on ne t'exilera pas ». Même si l'on t'emmène quelque part en captivité, ce ne sera ni loin ni pour longtemps, parce que plus loin, il n'y a tout simplement plus nulle part où aller. Nous voyons ici que la prophétie de Bil'am ne concerne pas seulement Israël. C'est une grande prophétie pour toute la région : le Très-Haut dit ce qui changera avec l'entrée du peuple d'Israël dans cette région, dans ce territoire, sans rattacher absolument tout au destin d'Israël. Par Bil'am, le Très-Haut parle aux peuples de leur avenir.
וַיִּשָּׂא מְשָׁלוֹ וַיֹּאמַר אוֹי מִי יִחְיֶה מִשֻּׂמוֹ אֵל׃
vayissá mechaló vayomár oy mi yi'hyé missoumó el
23 Et il dit encore une parabole, et dit : « Oh, qui sera vivant, qui restera en vie, si le SEIGNEUR arrange les choses ainsi ?
וְצִים מִיַּד כִּתִּים וְעִנּוּ אַשּׁוּר וְעִנּוּ־עֵבֶר וְגַם־הוּא עֲדֵי אֹבֵד׃
vetsím miyád kittím ve'innoú achoúr ve'innou-éver vegam-hoú adé ovéd
24 Une flotte viendra de Kitim, et ils écraseront, tiendront Achour, et ils opprimeront tout le territoire côtier sur l'autre rive de l'Euphrate (Ever), mais eux-mêmes aussi périront ».
Ici Bil'am prophétise sur la chute d'Achour après l'attaque de la flotte qui viendra de l'une des îles de la mer Méditerranée. C'est la chute d'Achour et de toute la région au-delà de l'Euphrate, ce que Bil'am appelle Ever (l'autre rive). C'est-à-dire qu'il y aura une grande guerre, pratiquement sur tout le territoire du pays d'Israël, mais Kitim aussi périra. Là-dessus Bil'am a terminé sa prophétie, son adresse prophétique à Balak.
וַיָּקָם בִּלְעָם וַיֵּלֶךְ וַיָּשָׁב לִמְקֹמוֹ וְגַם־בָּלָק הָלַךְ לְדַרְכּוֹ׃
vayákom bil'ám vayélekh vayáchov limkomó vegam-balák halákh ledarkó
25 Et Bil'am se leva, et s'en alla, et retourna à son lieu, et Balak aussi s'en alla par son chemin.
Là se termine le chapitre 24 du livre Bémidbar, et, semblait-il, tout va bien, tout ce qui devait arriver est arrivé. Nous avons dit que tout cela se passe en coulisses, Israël ne sait rien de tout cela et ne le voit pas, et en Israël tout suit son cours. Personne ne sait que le Très-Haut réalise Son plan, seule la Torah nous le dévoile un peu (par Moché), personne du peuple n'a été témoin de cette histoire.
Continuons à lire le chapitre 25, à partir du verset 1.
וַיֵּשֶׁב יִשְׂרָאֵל בַּשִּׁטִּים וַיָּחֶל הָעָם לִזְנוֹת אֶל־בְּנוֹת מוֹאָב׃
vayéchev yisraél bachittím vayá'hel ha'am liznót el-benót mo'áv
1 Et Israël demeura à Chitim, et le peuple commença à se livrer à la fornication avec les filles de Moav.
Naturellement, tant qu'on marchait dans le désert, ce problème ne se posait pas. Mais voilà que le peuple s'est installé à côté d'autres peuples, est arrivé à un endroit où l'on peut faire la connaissance d'étrangères, et a commencé à faire des connaissances, et cela a conduit à la fornication.
וַתִּקְרֶאןָ לָעָם לְזִבְחֵי אֱלֹהֵיהֶן וַיֹּאכַל הָעָם וַיִּשְׁתַּחֲוּוּ לֵאלֹהֵיהֶן׃
vattikréna la'ám leziv'hé elohehén vayokhal ha'ám vayichta'havoúDans la translittération russe, deux consonnes du mot « ils se prosternèrent » sont interverties ; nous suivons l'hébreu. lelohehen
2 Et elles invitaient le peuple à offrir des sacrifices avec elles, et le peuple dînait avec elles, et se prosternait devant leurs dieux.
Malgré tout, la vie culturelle de Moav n'était apparemment pas très riche : où aller le soir avec une jeune fille ? Les cinémas n'avaient pas encore ouvert, il n'y a pas de théâtres, et personne ne s'est inscrit dans les bibliothèques. C'est pourquoi les jeunes filles, après les dîners romantiques, invitaient le peuple au sacrifice à leurs dieux : « Tu m'emmènes aujourd'hui dans notre temple païen ? – Mais bien sûr que je t'y emmène, ma chérie ».
וַיִּצָּמֶד יִשְׂרָאֵל לְבַעַל פְּעוֹר וַיִּחַר־אַף יְהוָה בְּיִשְׂרָאֵל׃
vayittsámed yisraél levá'al pe'ór vayi'har-af adonáy beyisraél
3 Et Israël s'attacha à Ba'al-Pé'or, et le SEIGNEUR s'irrita contre Israël.
Dans les textes sémitiques anciens, le verbe léhitsamed (à l'égard d'un dieu) signifie conclure une alliance avec un dieu. C'est-à-dire que beaucoup d'Israélites rompirent l'alliance avec le Très-Haut et entrèrent en alliance avec le dieu moabite cornu surnommé Ba'al-Pé'or. Ba'al – maître, souverain, Pé'or – fosse, tombe. C'est-à-dire que c'est une sorte de dieu de la mort, de dieu des sépultures, tout son culte est lié au culte de la mort. Et voilà, c'est à ce camarade que le peuple d'Israël s'est attaché par l'intermédiaire des filles moabites, et il a violé l'alliance avec le Très-Haut.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה קַח אֶת־כָּל־רָאשֵׁי הָעָם וְהוֹקַע אוֹתָם לַיהוָה נֶגֶד הַשָּׁמֶשׁ וְיָשֹׁב חֲרוֹן אַף־יְהוָה מִיִּשְׂרָאֵל׃
vayomer adonáy el-moché ka'h et-kol-raché ha'ám vehoká otám ladonáy néged hachámech veyachóv 'harón af-adonáy miyisraél
4 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Prends tous les fils du peuple, tous les chefs du peuple, et pends-les pour le SEIGNEUR devant le soleil, et la colère du Très-Haut s'apaisera, se détournera d'Israël ».
Le SEIGNEUR dit à Moché : « Fais sortir tous les chefs et pends-les, expose-les à la honte devant tout Israël ». Moché agit autrement, comme nous le verrons plus loin. Le mot léhokia (dénoncer, stigmatiser) signifie ici pendre sur une croix, pendre ou livrer publiquement à la honte. Dans l'épître aux Colossiens (2,15), nous lisons à propos du Machia'h : « Ayant ôté leurs forces aux autorités et aux puissances, Il les a livrées avec autorité à la honte, en triomphant d'elles par Lui-même ». C'est-à-dire que ces autorités (mais non plus les autorités du peuple, mais les autorités sur le plan spirituel) ont bel et bien été pendues, livrées à la honte, et le Machia'h a triomphé d'elles. Cette réparation est achevée par le Machia'h, qui vainc le péché d'idolâtrie et l'aspiration à une alliance avec des dieux étrangers, la déviation à droite et à gauche – tout ce dont sont responsables certains principes spirituels qui ont asservi le peuple d'Israël par le péché. C'est précisément eux que le Machia'h vainc, dans l'ordre du Très-Haut il est question du Machia'h : « Il fit sortir toutes les autorités et les pendit pour la honte », c'est-à-dire qu'Il a puni tous ceux qui étaient responsables du penchant du peuple vers le péché.
Et pendant ce temps, en réponse à l'ordre du Très-Haut, Moché ne fait pas ce que le Très-Haut lui a ordonné de faire, il agit autrement. Moché ordonne aux juges de s'occuper de ceux qui fomentent cette débauche.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־שֹׁפְטֵי יִשְׂרָאֵל הִרְגוּ אִישׁ אֲנָשָׁיו הַנִּצְמָדִים לְבַעַל פְּעוֹר׃
vayomer moché el-chofeté yisraél hirgoú ich anacháv hannitsmadím levá'al pe'ór
5 Et Moché dit aux juges d'Israël : « Que chacun tue ses subordonnés qui sont attachés à Ba'al-Pé'or ».
Moché ordonne aux juges de s'occuper de leurs subordonnés. Il n'est pas prêt à pendre les chefs pour les livrer à la honte. Mais en réalité, cet ordre de Moché non plus n'est pas exécuté, ou, peut-être, il n'a pas le temps d'être exécuté, parce que les événements le devancent.
וְהִנֵּה אִישׁ מִבְּנֵי יִשְׂרָאֵל בָּא וַיַּקְרֵב אֶל־אֶחָיו אֶת־הַמִּדְיָנִית לְעֵינֵי מֹשֶׁה וּלְעֵינֵי כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל וְהֵמָּה בֹכִים פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד׃
vehinné ich mibbené yisraél ba vayakrév el-e'háv et-hammidyanít le'ené moché oul'ené kol-adát bene-yisraél vehémma vokhím péta'h óhel mo'éd
6 Et voici, quelqu'un d'Israël vint et approcha de ses frères une Midyanite sous les yeux de Moché et sous les yeux de tout Israël, et eux pleuraient à l'entrée de la Tente d'assignation.
Au vu et au su de tout le monde, un certain Israélite entra dans la tente avec une Midyanite et dit : « C'est ma copine, maintenant je vis avec elle, et voilà, je ne fais pas attention à tous vos vains efforts, je ne suis pas raciste, et vous êtes tous des fanatiques religieux ». Cela se passa sous les yeux de toute la communauté, toute la communauté pleurait, et personne n'osait entreprendre quoi que ce soit, mais il y avait un homme du nom de Pin'has.
וַיַּרְא פִּינְחָס בֶּן־אֶלְעָזָר בֶּן־אַהֲרֹן הַכֹּהֵן וַיָּקָם מִתּוֹךְ הָעֵדָה וַיִּקַּח רֹמַח בְּיָדוֹ׃
vayár pine'hás ben-el'azár ben-aharón hakkohén vayákom mittókh ha'edá vayikká'h róma'h beyadó
7 Et Pin'has, ben Élazar, ben Aharon le kohen, vit cela, et il se leva du milieu de la communauté, et dans sa main, une lance.
וַיָּבֹא אַחַר אִישׁ־יִשְׂרָאֵל אֶל־הַקֻּבָּהוַיִּדְקֹר אֶת־שְׁנֵיהֶם אֵת אִישׁ יִשְׂרָאֵל וְאֶת־הָאִשָּׁה אֶל־קֳבָתָהּ וַתֵּעָצַר הַמַּגֵּפָה מֵעַל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
vayavó a'hár ich-yisraél el-hakkoubbá vayidkór et-chenehém et ich yisraél ve'et-ha'ichá el-kovatá vatte'atsár hammaggefá me'ál bené yisraél
8 Et il entra à la suite de l'Israélite dans la niche, et il les transperça tous les deux, et l'Israélite, et la femme, droit dans son ventre (estomac). Et le fléau cessa parmi les fils d'Israël.
Le mot hakkoubbá (niche) est employé aussi bien pour désigner un lieu de relations intimes que pour toutes sortes d'établissements publics indécents.
וַיִּהְיוּ הַמֵּתִים בַּמַּגֵּפָה אַרְבָּעָה וְעֶשְׂרִים אָלֶף׃
vayihyoú hammetím bammaggefá arba'á ve'esrím álef
9 Et il y eut, de ceux qui moururent de cette épidémie, vingt-quatre mille personnes.
Ainsi, il y a cette situation : le peuple d'Israël a reçu la bénédiction de Bil'am. Le peuple n'a jamais rien su de cette bénédiction, mais la bénédiction agit. Lorsque dans l'esprit d'un homme apparaît le sentiment qu'il est parfait, juste, élevé et élu, cela peut le pousser à prendre le risque de pécher, en pensant que le péché lui sera pardonné, que tout lui est permis ou qu'il lui est permis plus qu'aux autres. Ainsi la bénédiction peut montrer à l'homme son revers, à Dieu ne plaise. Les commentateurs disent que la bénédiction était une grande lumière, et Israël n'a pas su faire face à cette lumière, bien qu'il n'ait ni vu ni compris ce qui se passait en coulisses. Israël, ayant reçu la bénédiction, est devenu peut-être attirant aux yeux des Midyanites, qui connaissaient toute cette histoire, et voilà à quoi cela a mené. Tous les sages, tous les maîtres n'approuvent pas l'acte de Pin'has, il n'est pas toujours possible d'agir ainsi. Ce qui est arrivé ensuite à Pin'has, nous l'apprendrons avec vous en étudiant la section suivante, la section Pin'has.
N'importe quel caprice pour votre argent
Au centre de notre section hebdomadaire se trouvent deux personnages principaux : le roi de Moav Balak et le prophète Bil'am ben Bé'or. Balak, roi de Moav, voit les événements politiques qui se produisent autour de lui, et cela l'effraie très fortement. En présentant Balak, la Torah l'appelle simplement : Balak ben Tsippor. Qu'y a-t-il ici de particulier ? D'habitude, quand un roi apparaît dans l'Écriture, on l'appelle roi. Il serait correct d'écrire Balak – roi de Moav. Mais Balak est effrayé, abasourdi, c'est-à-dire qu'il se trouve dans un tel état qu'il n'est plus du tout roi, mais simplement le fils de Tsippor. Et Balak effrayé s'adresse au prophète pour obtenir de l'aide, il demande à Bil'am, contre de l'argent, de maudire le peuple d'Israël. Nous pouvons regarder d'un peu plus près cet homme, ce prophète, qui s'appelle Bil'am. Lorsqu'en 1967 des archéologues menaient des fouilles, ils trouvèrent quelques tablettes de pierre, quelques pierres glorifiant les hauts faits de Bil'am. Et de telles tablettes ont été trouvées aussi bien dans le désert de Judée que tout au nord, près de la frontière des hauteurs du Golan. C'est-à-dire que cet homme n'était pas simplement quelque petit prophète, un chaman local, mais il était largement connu pour l'époque. Nous voyons aussi dans la Torah qu'il n'est pas un faux prophète, c'est à lui que vient, à lui qu'apparaît le Très-Haut Lui-même. C'est-à-dire que c'est un prophète qui est en communion avec le Dieu d'Israël. La tradition juive dit qu'il n'y a pas eu de prophète comme Moché en Israël. En Israël il n'y en a pas eu, mais parmi les peuples du monde – il y en a eu un, et c'est justement Bil'am. Et voilà que le roi Balak s'adresse à Bil'am pour lui demander d'aller maudire le peuple d'Israël. Bil'am refuse d'abord. Il dit aux envoyés du roi : « Même si Balak me donne sa maison pleine d'argent et d'or, je n'irai quand même pas, si le SEIGNEUR ne me le dit pas. C'est pourquoi restez pour la nuit, la nuit j'écouterai et je ferai ce que le SEIGNEUR me dira ». Et en fin de compte Bil'am accepte tout de même. Quelle en est la raison, qu'est-ce qui l'a obligé à accepter ? On peut dire que dans le pays d'Israël entre tout un peuple de prophètes, un peuple qui est en communion vivante avec Dieu. Et que sera désormais Bil'am sur ce fond ? Toute sa particularité, toute sa gloire – tout cela ne vaudra plus rien si le peuple de Dieu entre dans le pays. Et c'est pourquoi il est important pour Bil'am que le peuple d'Israël trébuche.
La question se pose : est-il possible que Bil'am, qui a vu tous les événements survenus à Israël et comprenait que le peuple est béni, est-il possible qu'il ne se rende pas compte à quel point il est dangereux d'aller maudire un tel peuple ? Pourtant il s'y engage, et nous pouvons essayer de comprendre comment lui-même évalue ce qui se passe. Voici que s'avance un peuple qui se trouve sous la protection du Très-Haut et qui est déjà depuis plus d'une décennie avec le Très-Haut, qui vient de l'Égypte écrasée, libéré de toute maison d'esclavage. Les commentateurs disent que Bil'am pensait peut-être que tout ce chemin, le peuple l'avait parcouru pour être livré entre ses mains, et ils voyaient là une erreur qui arrive souvent à un homme croyant. Lorsqu'un homme reçoit certaines révélations et est en communion avec le Très-Haut, il peut commencer à voir sa propre importance aux yeux du Très-Haut, il peut commencer à penser que le Très-Haut, pour ainsi dire, le sert même et fait ce que l'homme Lui dit. Et il essaie d'utiliser ces révélations aussi bien pour obtenir une certaine gloire et des honneurs que simplement pour gagner de l'argent. Et en ce sens, la révélation du Très-Haut qu'il reçoit l'induit en erreur. Il lui semble que, s'il y a révélation, cela signifie qu'il a la paix et des relations justes avec Dieu. Dans la deuxième épître de Kéfa (2,15), il est dit : « Ayant quitté le droit chemin, ils (les prophètes) se sont égarés, en suivant la voie de Bil'am ben Bé'or, qui a aimé un salaire injuste ». C'est-à-dire que la communion avec le Très-Haut est devenue pour Bil'am un moyen de gagner sa vie.
Lorsque nous lisons le récit sur Bil'am, nous pouvons voir que Bil'am n'est pas simplement quelque personnage historique. Bil'am, c'est une sorte de maladie spirituelle, lorsqu'un homme qui est en communion avec Dieu Le met à son propre service, et non l'inverse, lui-même au service de Dieu. Et voilà, atteint de cette maladie, Bil'am se lève et se met en route, il va maudire Israël. Et le SEIGNEUR fait pour lui un miracle. Et pas seulement pour lui, mais aussi pour les prêtres midyanites et moabites qui l'accompagnent : l'ânesse se met à parler. Et les commentateurs se posent la question : « Pourquoi fallait-il ici un miracle ? Pourquoi ne pas donner une révélation directe ou encore autre chose ? » Et la réponse qu'ils donnent est liée à la compréhension des traditions de cette époque. Très souvent, les souverains mettaient en scène des attaques de certains ennemis et créaient ainsi des victoires imaginaires, pour améliorer leur réputation. C'est pourquoi, déjà à l'époque, pouvait naître l'opinion que ces Juifs avaient exprès soudoyé le roi Balak, pour se faire un bon renom, une bonne réputation. Et c'est pour cela que, devant tous les prêtres, un tel miracle fut manifesté.
Et il y avait encore un aspect, cette fois pour Bil'am : il lui a été montré qui est vraiment le prophète ici. La parole prophétique est donnée à l'homme par le Très-Haut, et le Très-Haut peut faire même d'une ânesse un prophète. C'était un avertissement pour Bil'am, qu'il ne devait pas s'enorgueillir, qu'il n'a aucune importance aux yeux du Très-Haut. Mais Bil'am n'a toujours rien compris, il a poursuivi son chemin et était prêt à prononcer la malédiction.
La Torah dit que le Très-Haut n'a pas entendu sa malédiction. Il y a un passage très intéressant dans le livre Dévarim (23,6) : « Mais le SEIGNEUR, ton Dieu, n'a pas voulu écouter Bil'am, et le SEIGNEUR, ton Dieu, a changé pour toi la malédiction en bénédiction… » Quand le Très-Haut pouvait-il entendre la malédiction ? Ici, nous devons comprendre encore une particularité du prophète. La communication avec le Très-Haut est donnée au prophète pour qu'il enseigne son peuple. Et chez Bil'am, c'était exactement pareil. À l'origine, le don de prophétie était lié à sa fonction d'enseignant, il devait enseigner le peuple. En tant qu'homme établi comme enseignant, établi pour lier et délier, il pouvait prononcer une réprimande et même annoncer un châtiment. Cela, dans le cas où il se tient devant Dieu. Mais Bil'am a aimé le salaire, et, puisqu'il a aimé le salaire, le Très-Haut n'a pas voulu écouter sa malédiction, Bil'am n'a tout simplement pas pu la dire. Comment fonctionne la prophétie ? Le prophète annonce la sentence, et le Très-Haut peut dire à cette sentence « Amen ». Mais Bil'am s'est écarté de sa fonction, s'est écarté du titre de prophète, et c'est pourquoi le Très-Haut n'a pas voulu l'écouter. N'oubliez pas que le Très-Haut n'a pas répondu à la prière de Bil'am, quand il demandait de mourir de la mort du juste (23,10), c'est-à-dire que Bil'am n'a pas eu une bonne fin (31,8).
Et qu'est-ce que cela nous apporte, à nous, en tant que croyants ? C'est une matière à réflexion sur la question de savoir si nous nous tenons devant le Très-Haut, même en ayant le don de prophétie. Cette question demeure quand même, il peut quand même s'avérer que nous ne nous tenons pas devant le Très-Haut. En pensant que nous sommes en bons termes avec Lui, en réalité nous ne Le servons pas, et il faut constamment s'examiner là-dessus.
Yaakov et Israël
Dans cet entretien, nous parlerons de l'une des facettes que nous entrouvre la section hebdomadaire Balak. L'histoire sur laquelle nous nous arrêterons est écrite au chapitre 22 de notre livre, à partir du verset 21.
Bil'am, sorcier et maudisseur largement connu (pas seulement dans des cercles restreints, mais partout), un homme avec qui le Très-Haut communique, se rend à dos d'âne pour maudire le peuple d'Israël. En chemin, il se heurte à un ange qu'il ne voit pas, mais l'ânesse, elle, le voit. La première fois, l'ânesse quitte la route, Bil'am la frappe. La deuxième fois, elle se serre contre le mur, Bil'am la frappe de nouveau. La troisième fois, elle se couche, et Bil'am la frappe déjà très fort. Et alors s'ouvre la bouche de l'ânesse. Ensuite, le SEIGNEUR ouvre les yeux de Bil'am, et lui aussi voit l'ange. Et la première question que l'ange pose à Bil'am : « Pourquoi frappes-tu ton ânesse trois fois ? »
Tout homme qui monte un âne, que voulez-vous, bat l'âne. C'est ainsi que tous les peuples conduisent les ânes : les gens qui montent des ânes battent leurs ânes. Quel reproche fait-on à Bil'am ? Le reproche fait à Bil'am, c'est que, étant un homme qui se dit en communication avec Dieu, sorcier, mage ou quelque chose de semblable, il doit prêter attention aux événements qui se produisent autour de lui. Il aurait dû prêter attention et comprendre que ce n'est pas pour rien que l'ânesse se conduit ainsi. Rabbi Lévi-Yits'hak de Berditchev dit dans son commentaire : « L'homme doit prêter attention aux événements qui se produisent dans sa vie ». Et Bil'am n'y a pas prêté attention.
Nous connaissons d'autres exemples. Moché, qui a vu le buisson qui ne se consumait pas, s'est approché pour voir pourquoi ce buisson brûle et ne se consume pas. Il est intéressé à examiner, intéressé à comprendre ce qui se passe autour de lui. Ou bien, quand Yossef va chercher ses frères, il rencontre un homme sur la route. Les commentateurs disent que c'était un ange. Oui, peut-être que ce n'était pas un ange au sens littéral, mais c'était un envoyé du Très-Haut, un homme qui s'est avéré nécessaire dans sa situation et qui a vraiment joué le rôle d'un ange. Et ensuite, bien longtemps après, Yossef dira : « Frères, ne vous attristez pas de m'avoir vendu, c'est Dieu qui m'a envoyé ». Dans les événements qui lui arrivent, Yossef voit la main de Dieu. Et Bil'am ne la voit pas.
C'est pourquoi, à proprement parler, c'est à lui que s'adresse la parole : « Toi, Bil'am, tu as soi-disant un don prophétique. Mais en réalité, ce don, tu l'as parce que c'est Moi, le Très-Haut, qui te l'ai donné, et Je peux te le reprendre et le donner à un âne. Et alors l'âne verra l'ange, et toi – non. L'âne comprendra ce qui se passe, et toi – non. Tu n'as ce don que par Ma grâce, c'est Mon don, pas le tien. Et au fond, tu ne te distingues en rien d'un âne ».
Revenons encore à la pensée de Rabbi Lévi-Yits'hak, selon laquelle l'homme qui communique avec le Très-Haut a besoin de voir le Très-Haut dans les événements qui se produisent autour de lui. Et il dit aussi que le juste est un homme qui s'observe attentivement. Il ne faut pas toujours le prendre au pied de la lettre. Dans la vie quotidienne, il peut arriver que tu mettes constamment ta chemise à l'envers, et que tu doives constamment la remettre. Ou bien tu veux sortir de ta poche un billet, et c'est un autre qui sort. Si cela arrive constamment, il faut y prêter attention et comprendre ce que le Très-Haut veut te dire par là.
Dans le prolongement de cette idée, lisons une partie de la bénédiction par laquelle Bil'am, contre sa volonté, bénit le peuple d'Israël. C'est le chapitre 23 de notre livre. Il y a différentes traductions, je donnerai la classique. Bil'am dit (23,23) : « Car il n'y a pas de divination (ná'hach) en Yaakov, et il n'y a pas de magie (késsem) en Israël, en son temps sera révélé à Yaakov et à Israël ce que Dieu prépare ». Qu'est-ce que c'est que cette phrase étrange ? On comprend qu'il s'agit de différentes sortes de magie qu'Israël ne pratique pas, étant simple devant le SEIGNEUR. Il y a des cas où beaucoup de familles religieuses ne vérifient même pas à l'échographie le sexe de l'enfant à naître, bien que, semble-t-il, ce ne soit pas de la magie, pas une prédiction, mais elles disent : « Nous ne demanderons pas. Celui que le Très-Haut donnera, c'est celui-là qui sera ». Il y a une telle approche. Nous ne vérifions pas, nous ne cherchons pas à savoir, nous n'essayons pas de deviner d'une manière ou d'une autre.
Le Meïchloa'h, Rav Laïner, donne une compréhension intéressante de ce verset, ouvre une facette intéressante. Le mot ná'hach (divination, sorcellerie) peut être compris comme venant du mot na'hoúch (obstiné, entêté, buté). Quand un homme avance tête baissée vers un but et dit : « Et moi, je le ferai quand même », sans prêter attention à aucun des événements qui l'accompagnent. C'est pour nous l'exemple de Bil'am, qui avance et frappe l'ânesse, et dit : « Qu'as-tu à quitter la route, je dois arriver ! »
Voici ce que nous observons : bien que Yaakov ait reçu le nom d'Israël, dans la Torah on l'appelle périodiquement de nouveau Yaakov. On considère qu'Israël a deux états. Quand il se trouve dans un certain état de faiblesse, quand la volonté de Dieu ne lui est pas entièrement révélée, on l'appelle Yaakov (c'est pourquoi les prophètesLe russe porte ici un mot signifiant « vices », manifestement une faute de frappe pour « prophètes », dont il ne diffère que d'une lettre. La traduction suit le sens évident. disent souvent que Yaakov fait pitié, il est si petit). Yaakov ne se trouve pas dans l'état de na'hoúch (obstination, entêtement). Quand un homme se trouve dans l'état de Yaakov, il ne connaît pas exactement la volonté de Dieu, il essaie de la comprendre, et alors il doit écouter attentivement les événements, ne pas faire quelque chose en forçant le passage, à tout prix. Il y a des cas où l'Écriture l'interdit sans équivoque, interdit toutes sortes de moyens d'agir sur la réalité. Par exemple, le mari a quitté la famille, et nous allons faire un envoûtement d'amour, nous allons le ramener par un moyen magique. Par un moyen magique (et peu importe que cela marche ou non, ce qui compte, c'est le fait même d'y recourir) nous attirerons un canal d'argent, par un moyen magique nous ferons encore autre chose. Une magie quelconque qui essaie de plier la réalité à sa volonté est interdite.
Ainsi, nous ne savons pas en quoi consiste la volonté de Dieu quand nous sommes dans l'état de Yaakov. Il y a des situations où il ne nous est pas clair s'il faut faire quelque chose, s'il est juste d'agir d'une certaine manière, de parler à quelqu'un ou non, d'aller quelque part ou non. Et alors il faut écouter les circonstances. Par exemple, je n'arrive pas à décider si je dois aller à Tel-Aviv ou non, et je me dis : « Si maintenant je vais à l'arrêt et qu'il y a un bus, alors j'irai ; sinon, je n'irai pas ». Ou bien je me demandais si je devais parler à cet homme ou ne pas lui parler, lui dire quelque chose ou ne pas le lui dire ? Et soudain il vient vers moi et engage la conversation avec moi sur le sujet dont je voulais parler. Et je comprends qu'il faut lui parler maintenant, que c'est maintenant que ce sera juste.
Israël, c'est le même Yaakov, mais dans l'état de conscience de la volonté de Dieu, quand nous comprenons exactement que ce que nous faisons, c'est la volonté de Dieu. Un homme crée un fonds d'aide, un homme s'occupe d'une œuvre de bienfaisance, et il a conscience qu'il n'est pas dans l'état de Yaakov, mais dans l'état d'Israël. Mais il y a une résistance. Quand un homme comprend qu'il fait ce que Dieu veut, une résistance apparaît. Pourquoi y a-t-il une résistance ? Les buts sont bons, les moyens sont bons. Pourquoi cela ne marche-t-il pas ? Parfois cela arrive parce que le Très-Haut veut nous apprendre quelque chose. Il y a un exemple classique. Une maman se tient avec un hochet et attend que l'enfant rampe jusqu'à elle. Il rampe, il n'y arrive pas. Mais la maman veut lui donner le hochet, la maman veut qu'il rampe jusqu'à elle, qu'il apprenne quelque chose, que peut-être il se mette debout, qu'il apprenne d'une manière ou d'une autre à marcher. Peut-être, s'il s'agit de résister à la bureaucratie, faut-il résister à la bureaucratie. C'est-à-dire qu'il y a des situations où il faut se jeter comme un lion et accomplir sa tâche.
C'est-à-dire que je répète encore une fois la pensée du Rav Meïchloa'h : « Il y a deux états. Yaakov, c'est l'état où nous ne connaissons pas la volonté de Dieu. Alors il faut regarder comment les circonstances se présentent, si les circonstances favoriseront que nous fassions quelque chose. Il y a l'état Israël, quand nous comprenons la volonté de Dieu, quand nous savons qu'il faut agir, qu'il faut se jeter comme un lion, s'opposer aux circonstances et avancer ».
Alors, que faut-il donc faire ? Il faut être dans l'état de ka'ét (maintenant, à présent, au moment présent). Il faut regarder quel temps c'est maintenant, dans quel état je suis maintenant, quelle est la situation maintenant, et évaluer ses actions : soit je vais maintenant me jeter, je vais maintenant me mettre en route, je vais maintenant avancer, soit je dois maintenant attendre de voir comment les circonstances se présenteront. Mais seulement pas dans le cas où cela contredit la Torah, où c'est interdit. C'est-à-dire que je ne peux pas dire : « Si maintenant le saucisson cachère se trouve moins cher que le non cachère, alors j'achèterai le cachère. Sinon, j'achèterai celui qui est le moins cher ». Là, on comprend en quoi consiste la volonté de Dieu. Mais si dans une situation quelconque il y a un doute, il y a une hésitation, alors il faut scruter les circonstances. Il faut comprendre que notre sentiment d'être justes, notre sentiment d'être Bil'am, ou Moché, ou un prophète peut faillir, et il peut s'avérer que nous avons perdu ce don, il faut y veiller. Et il faut parfois ne pas frapper l'ânesse, mais tourner dans une autre direction. Mais quand nous savons exactement ce que nous allons faire, alors nous devons avancer, malgré les circonstances.
Rabbi Meïchloa'h a aussi un autre commentaire, qu'il rattache à ce même passage. Le Très-Haut donne le commandement de ne pas se faire de masque de fonte (de dieux de fonte). Le masque de fonte – c'est une forme coulée en métal, pour la statue, par exemple, d'une divinité quelconque. Remarque entre parenthèses : certains commentateurs disent que ce masque, c'est la colère. La colère déforme tellement le visage humain qu'il devient semblable à un masque du genre « écartez-vous, ayez peur de moi et fuyez loin de moi ». Rabbi Meïchloa'h reformule ce commandement pour d'autres circonstances : « Ne te crée pas de règles bureaucratiques qu'on ne peut pas contourner ». C'est-à-dire qu'il est parfois plus logique et plus juste de dire qu'il y a place pour un compromis, qu'il y a la possibilité de s'écarter des règles ou de changer quelque chose. Par exemple, un homme s'apprêtait à faire un entretien, à parler d'un certain sujet. Il entre dans la classe, et la classe est tout agitée par un autre sujet ou par un certain événement. Ou bien un homme roulait en voiture, préparait une leçon et soudain a entendu une nouvelle importante. Et on peut changer le projet initial.
Il y a une multitude de situations qui arrivent aux gens qui commencent seulement à prendre sur eux les commandements. Ils se heurtent à l'incompréhension ou au rejet de cela de la part de leurs parents ou de leur famille. Et si la halakha stricte dit qu'en aucune circonstance on ne peut agir de telle et telle manière, dans le cas où un homme s'engage seulement sur le chemin de la téchouva, il y a une certaine souplesse. On ne peut pas dire que chez nous ce n'est pas l'usage, que chez nous on ne fait pas ainsi, que nous ne ferons jamais et en aucune circonstance ainsi, parce que c'est justement cela qui sera le masque de fonte. Il ne faut pas transformer sa tradition, ses habitudes bien ancrées, ses opinions en masque de fonte. Écoute attentivement les circonstances, écoute attentivement le monde. Si tu penses tout le temps que tu es dans l'état Israël, n'en fais pas un masque de fonte, tu peux te retrouver dans l'état Yaakov. Parfois il faut changer le plan prévu, s'écarter d'une certaine tradition et prêter l'oreille au monde. Et le Rambam en parle, et Maïmonide dit : « L'homme doit voir chaque événement dans son monde, dans son entourage, dans sa vie comme une manifestation de la participation divine ». Quelque chose s'est produit – nous examinons attentivement ce qui s'est produit, pourquoi cela s'est produit ainsi. Il ne faut pas pour autant tomber dans une maladie psychique, il ne faut pas perdre le bon sens, mais il vaut la peine d'observer certains événements qui se produisent constamment dans ta vie.
Voilà les pensées que j'ai eu envie de partager.
Comment fonctionne la malédiction
Parlons, à l'exemple de notre section hebdomadaire Balak, de la manière dont fonctionne donc la malédiction. Mais d'abord un peu de ce qui a précédé. Le roi moabite nommé Balak ben Tsippor, ayant pris peur de l'affrontement à venir avec le peuple d'Israël, a décidé de recourir à l'aide de la sorcellerie. Étant un homme très méthodique et assez riche, il s'adresse au spécialiste le plus connu, le plus réputé de son temps dans le domaine de la sorcellerie, non pas simplement à un sorcier, mais à un homme avec qui le Très-Haut communique, à un homme nommé Bil'am. La Torah raconte une longue histoire, pleine de péripéties, sur la manière dont Bil'am est arrivé sur place, dont il a essayé de maudire le peuple d'Israël et dont il n'y est pas parvenu. Et au verset 8 du chapitre 23, nous lisons le cri de l'âme de ce professionnel : « Comment maudirai-je donc, si Dieu n'a pas maudit ? Comment attirerai-je la colère, si le SEIGNEUR ne s'irrite pas ? »
Et une question se pose : si l'on ne peut maudire que celui que Dieu a maudit, alors à quoi sert donc la malédiction ? Pourquoi alors a-t-on besoin de Bil'am, s'il ne peut maudire que celui qui est de toute façon maudit ? Nous essaierons de le comprendre en nous tournant vers le commentaire de 'Haïm ben Atar, qui est plus connu par le titre de son livre Or a-'Haïm (Lumière de la vie).
Mais pour commencer, il faut comprendre comment fonctionne la longanimité de Dieu. Nous savons que le monde est construit selon le principe de récompense et de châtiment. Le juste reçoit une récompense pour ses bonnes actions, reçoit de l'aide dans ses bonnes actions, et, bien que ce ne soit pas toujours évident, nous croyons qu'il en est ainsi. On ne peut pas maudire le juste, on ne peut pas maudire celui que Dieu n'a pas maudit. Le méchant reçoit pour ses mauvaises actions un châtiment. Ici encore, il vaut la peine d'ajouter que cela aussi n'est pas toujours évident, et la prospérité des méchants en a déconcerté beaucoup, mais il en est ainsi. Pourquoi le méchant peut-il prospérer un certain temps ? Nous savons que Dieu est longanime. Et pas seulement longanime, Il a encore une qualité telle que ra'hamim – l'amour qui éduque, qui protège. Même envers un homme qui a commis un péché. Le SEIGNEUR veille à ce qu'il se détourne de son péché, à ce qu'il ait la possibilité de se repentir, de revenir sur le vrai chemin.
Que se passe-t-il quand le SEIGNEUR fait preuve de longanimité envers le méchant ? Quand le méchant commet un péché, son péché devient comme une entité séparée, qui l'accuse là-haut et dit : « Untel ou untel m'a créé ». Cette entité est en même temps une partie du méchant lui-même, elle vit en lui. C'est l'une des facettes de ce que le Très-Haut appelle nossé avón (qui porte le péché). Nous sommes entourés de nos actions, nous nous revêtons de nos actions comme d'un vêtement. Mais le SEIGNEUR, qui donne la vie à tout ce qui vit, dans Sa miséricorde donne la vie aussi à cette entité pécheresse destructrice, engendrée par le méchant, pour donner au méchant la possibilité de vivre. Sinon, les péchés l'écraseraient de leur masse. Quand une malédiction retentit, quand on maudit un homme, cette malédiction monte en haut, monte devant le Très-Haut (si elle est méritée, bien sûr). Elle interrompt ou abrège le processus de la longanimité, et à un certain moment se produit l'effusion de colère dont parle Bil'am. C'est justement un moment, comme David le dit dans Téhillim (30,6) : « Car pour un instant est Sa colère ». C'est-à-dire que la longanimité est un processus, la malédiction est un événement.
Et 'Haïm ben Atar explique en quelques mots comment fonctionne la malédiction. Dieu dit à toutes ces entités : « Allez et nourrissez-vous chez celui qui vous a créées. Celui qui vous a créées, celui qui vous a engendrées, que ce pécheur-là même vous nourrisse ». Et elles viennent à lui, et elles dévorent son âme, dévorent sa vie, parce que de vie propre, il n'en a pas, il n'est pas la source de la vie. Et ainsi la malédiction agit dans l'homme, détruisant sa vie et, peut-être, le tuant. Au fond, la malédiction, c'est l'interruption, l'abrègement de la longanimité de Dieu envers l'homme, l'effusion de la colère de Dieu sur l'homme. Tout ce que le SEIGNEUR portait sur Lui-même, toutes les propres mauvaises actions de l'homme tombent sur lui d'en haut, et sous cet éboulement l'homme est détruit et, peut-être, même périt. Ainsi se déverse la colère de Dieu. Ce n'est, bien sûr, qu'un des points de vue, c'est encore du petit bois pour le petit feu des réflexions.
La Torah en 5 minutes
Il existe une blague connue selon laquelle les feux de circulation sont le seul endroit sur Terre où la vitesse du son est plus grande que la vitesse de la lumière. Tu n'as pas encore eu le temps de voir le feu vert qui s'est allumé pour toi que tu entends déjà un coup de klaxon derrière toi et qu'on te presse d'avancer. Si nous regardons cela avec les yeux de l'homme qui se trouve derrière nous (nous nous retrouvons souvent à sa place), il peut nous sembler que quelqu'un devant nous traîne, qu'à cause d'un quelconque lourdaud nous n'arrivons pas à temps dans la vie, qu'il y a des obstacles qui nous retiennent, et que sans cela nous arriverions à temps, sans cela nous avancerions, et c'est pourquoi chacun de nous appuie sur son klaxon. Ensuite, en regardant de plus près, en nous arrêtant, après avoir klaxonné tout notre soûl, nous pouvons voir qu'il y a un grand-père qui traverse encore la route, ou quelqu'un qui roule en enfreignant le code de la route, qui est la cause du retard de celui qui est devant. Et alors nous comprenons que nous klaxonnions et nous mettions en colère simplement parce que nous ne voyions pas tout ce qui se passait.
Une histoire semblable est arrivée dans notre section hebdomadaire à un homme clairvoyant, un voyant nommé Bil'am. Nous lisons cela au chapitre 22 du livre de Bémidbar, du verset 21 au verset 34.
Bil'am, pour parler le langage d'aujourd'hui, s'est mis à appuyer sur son klaxon après que l'ânesse s'est écartée du chemin pour la première fois, ayant vu l'ange du SEIGNEUR. Et quand elle a serré le pied de Bil'am, alors il a déjà mal, imaginez-vous comme il appuie sur son klaxon ! Et Bil'am est tellement absorbé par son klaxon qu'il ne fait même pas attention au fait que l'ânesse lui a parlé.
Ensuite il se produit quelque chose d'étonnant. Bil'am avoue qu'il a péché et dit : « La cause de mon péché a été que je ne voyais pas tout ». Il semblerait que voilà une bonne leçon pour Bil'am – regarde le tableau complet, apprends, tu peux pécher quand tu ne vois pas tout, quand tu ne vois qu'une partie du tableau. En avouant son péché, Bil'am assimile cette leçon, mais continue son chemin, s'apprêtant à maudire Israël.
Ensuite (23,13) nous lisons : « Et Balak lui dit : “Viens, je te prie, avec moi en un autre lieu, d'où tu le verras (Israël), mais tu n'en verras que l'extrémité, et tu ne le verras pas tout entier. Et maudis-le-moi de là !” »
C'est-à-dire : « Peut-être verras-tu une partie de lui qui n'est pas la meilleure, et réussiras-tu à t'accrocher à quelque chose pour le maudire ». C'est commode pour Bil'am. Il ferme sciemment les yeux pour ne pas tout voir, pour maudire et non bénir. Et c'est seulement quand il voit Israël tout entier, quand il regarde d'en haut et voit tout le camp israélite, qu'il bénit Israël.
C'est ce qui arrive dans notre vie assez souvent. Nous appuyons constamment sur le klaxon de nos plaintes, nous disons que ce qui nous arrive n'est pas ce qu'il faut et pas comme il faut. Peut-être cela se passe-t-il ainsi parce que nous ne voyons pas l'ange – pas avec une épée, peut-être, mais l'ange gardien, qui se tient là et nous protège. Tous les événements de notre section hebdomadaire Balak se passent comme en coulisses, le peuple d'Israël n'y participe pas. C'est une délivrance du peuple d'Israël dont le peuple d'Israël ne sait même rien, et une leçon pour nous. Peut-être ne voyons-nous pas la suite de délivrances dans notre vie, et il vaudrait la peine de reconsidérer la situation, de regarder notre vie sous un autre angle. Cela nous aidera à arrêter d'appuyer sur le klaxon et à commencer à bénir le Très-Haut pour le bien qui est déjà dans notre vie, pour le fait que nous sommes quand même assis dans la voiture, encore un petit peu – et nous avancerons.
Balak : poursuivre l'étude
Lisez aussi la section 'Houkat, l'entretien sur les bénédictions et les malédictions et les sections hebdomadaires de la Torah.