1. Sections hebdomadaires
  2. Bémidbar
  3. 'Houkat

חֻקַּת

'Houkat

la vache rousse et le chemin d'Israël

Illustration : alexblend.com
Section hebdomadaire
39 sur 54
Versets
Bémidbar 19,1–22,1
Parties
8
Temps de lecture
2 h 35 min

signale les passages où la traduction s'écarte délibérément de l'original russe. Touchez-le pour afficher la remarque.

'Houkat — section hebdomadaire sur la vache rousse, la purification de l'impureté du mort et le chemin d'Israël dans le désert. Dans le sténogramme d'Alex Blend sont examinés le service de Moché, de Miryam et d'Aharon, l'eau du rocher et le serpent de cuivre. Le texte du livre de Bémidbar en hébreu est accompagné d'une translittération, d'une traductionLe russe parle ici d'une traduction russe. Comme cette phrase décrit la page elle-même, la version française dit simplement « une traduction ». et d'un commentaire religieux de l'auteur.

De quelle couleur est la vache ?

Bémidbar 19,1–22

Avec l'aide de Dieu, nous commençons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire 'Houkat et nous allons lire le chapitre 19 du livre de Bémidbar. Dans la précédente section hebdomadaire, Kora'h, nous avons lu entre autres les terribles tragédies qui ont frappé le peuple d'Israël et à la suite desquelles plusieurs milliers d'Israélites sont morts. Et, naturellement, beaucoup de gens ont dû s'occuper des funérailles de leurs parents, de leurs proches, ou des funérailles de ceux qu'il n'y avait tout simplement personne pour enterrer. Et en conséquence, tous ces gens qui enterraient les morts se sont souillés de l'impureté du mort (toumát mét). Le problème de la purification de ceux qui se sont souillés de l'impureté du mort est devenu très actuel, et c'est pourquoi notre section décrit précisément ce problème. Comment purifier des gens qui se sont souillés de la plus terrible souillure de toutes ? Il n'y a rien de plus impur qu'un mort, et il n'y a rien de plus opposé à la sainteté que la mort. Le contact avec un mort exige une procédure particulière de purification. J'ajouterai à cela qu'en l'absence de tout ce qui est écrit dans notre section sur la vache rousse, tous les gens, absolument tous les habitants de la Terre, sont impurs de l'impureté du mort. Et si (quand) le Temple est construit, et si (quand) il faut y entrer, alors la purification de l'impureté du mort sera nécessaire à tous.


וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה וְאֶל־אַהֲרֹן לֵאמֹר׃

vaydabbér adonáy el-moché ve'el-aharón lemór

1 Et le SEIGNEUR parla à Moché et à Aharon, en disant :


זֹאת חֻקַּת הַתּוֹרָה אֲשֶׁר־צִוָּה יְהוָה לֵאמֹר דַּבֵּר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְיִקְחוּ אֵלֶיךָ פָרָה אֲדֻמָּה תְּמִימָה אֲשֶׁר אֵין־בָּהּ מוּם אֲשֶׁר לֹא־עָלָה עָלֶיהָ עֹל׃

zot 'houkkát hattorá acher-tsivvá adonáy lemór dabbér el-bené yisraél veyik'hoú elékha fará adoummá temimá achér en-bá moum achér lo-alá aléha ol

2 « C'est la loi de l'enseignement que le SEIGNEUR a ordonnée, en enseignant ainsi : parle aux fils d'Israël, et ils te prendront une vache rousse sans tache, en laquelle il n'y a pas de défaut, sur laquelle n'est monté aucun joug.

Que signifie une vache rousse sans tache (ou une vache rouge, il y a différents noms dans les traductions russes) ? C'est une génisse qui est sans tache dans sa rousseur, on peut traduire ainsi. Si elle a, comme on a coutume de le considérer, ne serait-ce que deux poils non roux, elle est déjà impropre, c'est pourquoi on examinait soigneusement la génisse avant de l'utiliser pour l'accomplissement de ce commandement du SEIGNEUR. Et aujourd'hui, beaucoup de ceux qui attendent la restauration du Temple – parmi les Juifs comme parmi les chrétiens – suivent attentivement chaque naissance d'une vache rousse, y voyant un signe : voilà, ça a commencé ! C'est bien, bien sûr, quand naît une vache rousse, c'est bien quand quelqu'un se souvient des commandements de Dieu. Mais tout de même, il faut presser les événements avec prudence.

Donc, ce doit être une vache absolument rousse, sans défaut physique, qui n'a jamais accompli aucun travail.


וּנְתַתֶּם אֹתָהּ אֶל־אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן וְהוֹצִיא אֹתָהּ אֶל־מִחוּץ לַמַּחֲנֶה וְשָׁחַט אֹתָהּ לְפָנָיו׃

ountattém otá el-el'azár hakkohén vehotsí otá el-mi'hoúts lamma'hané vecha'hát otá lefanáv

3 Et donnez-la à Élazar le kohen, et faites-la sortir hors du camp, et on l'abattra devant lui.

Quand nous lisons à propos des fils d'Aharon, comme ici à propos d'Élazar, nous devons comprendre que dans les générations futures ce sera n'importe quel simple kohen (pas nécessairement le grand prêtre) à qui l'on donne cette vache rousse.

Donc, Élazar (ou n'importe quel kohen) contrôle le processus d'abattage de cette génisse, mais lui-même ne l'abat pas, c'est un détail très important : la vache rousse n'est pas abattue par un kohen.


וְלָקַח אֶלְעָזָר הַכֹּהֵן מִדָּמָהּ בְּאֶצְבָּעוֹ וְהִזָּה אֶל־נֹכַח פְּנֵי אֹהֶל־מוֹעֵד מִדָּמָהּ שֶׁבַע פְּעָמִים׃

velaká'h el'azár hakkohén middamá be'etsbaó vehizzá el-nókha'h pené ohel-mo'éd middamá chéva pe'amím

4 Et Élazar le kohen prendra de son sang avec son doigt, et il aspergera en direction de la Tente d'assignation de son sang sept fois.

Nous avons dit à plusieurs reprises dans le livre de Vayikra que le fait d'asperger, l'aspersion de sang – c'est une sorte d'apparentement avec le Très-Haut et de sanctification de l'animal. Mais dans ce cas, nous avons affaire à un sacrifice unique, dont le sang ne sera pas utilisé.


וְשָׂרַף אֶת־הַפָּרָה לְעֵינָיו אֶת־עֹרָהּ וְאֶת־בְּשָׂרָהּ וְאֶת־דָּמָהּ עַל־פִּרְשָׁהּ יִשְׂרֹף׃

vesaráf et-happará le'enáv et-orá ve'et-besará ve'et-damá al-pirchá yisróf

5 Et il brûlera la génisse (la vache) devant ses yeux ; sa peau, et sa chair, et son sang avec sa bouse, il la brûlera.

Qui brûlera ? Celui qui l'a abattue, c'est lui qui la brûlera devant les yeux du kohen. C'est-à-dire que cette vache, on ne la vidait pas, on ne la découpait pas, mais on la brûlait tout entière (avec la peau, avec le sang, avec les entrailles et même avec la bouse). Quel sacrifice étonnant !


וְלָקַח הַכֹּהֵן עֵץ אֶרֶז וְאֵזוֹב וּשְׁנִי תוֹלָעַת וְהִשְׁלִיךְ אֶל־תּוֹךְ שְׂרֵפַת הַפָּרָה׃

velaká'h hakkohén ets érez ve'ezóv ouchní tolá'at vehichlíkh el-tókh serefát happará

6 Et le kohen prendra une branche de bois de cèdre, et de l'hysope, et un fil cramoisi, et il les jettera là où l'on brûle la vache.

Nous avons déjà parlé de tous ces détails au chapitre 14 du livre de Vayikra. D'habitude, on commente ainsi : la branche de cèdre symbolise la hauteur, l'orgueil humain ; l'hysope symbolise l'abaissement. Le fil cramoisi les relie en quelque sorte, sa couleur rouge symbolise que l'exaltation excessive comme l'abaissement excessif – c'est un péché. C'est l'une des façons de comprendre, il y a beaucoup d'interprétations différentes.

Donc, ce sont les trois composantes d'un bouquet si particulier. Et à la suite de cette procédure, tous ses participants deviennent impurs.


וְכִבֶּס בְּגָדָיו הַכֹּהֵן וְרָחַץ בְּשָׂרוֹ בַּמַּיִם וְאַחַר יָבוֹא אֶל־הַמַּחֲנֶה וְטָמֵא הַכֹּהֵן עַד־הָעָרֶב׃

vekhibbés begadáv hakkohén vera'háts besaró bammáyim ve'a'hár yavó el-hamma'hané vetamé hakkohén ad-ha'árev

7 Et le kohen lavera ses vêtements, et il baignera sa chair dans l'eau, et après cela il viendra dans le camp ; et le kohen sera impur jusqu'au soir.

Et, comme nous l'avons déjà lu à plusieurs reprises, après qu'un homme est devenu impur, il ne peut pas se purifier tout de suite. Ce n'est pas la même chose qu'appuyer sur un bouton. Et c'est pourquoi, après qu'il s'est purifié, il reste encore impur jusqu'au soir.


וְהַשֹּׂרֵף אֹתָהּ יְכַבֵּס בְּגָדָיו בַּמַּיִם וְרָחַץ בְּשָׂרוֹ בַּמָּיִם וְטָמֵא עַד־הָעָרֶב׃

vehassoréf otá yekhabbés begadáv bammáyim vera'háts besaró bammáyim vetamé ad-ha'árev

8 Et celui qui l'a brûlée lavera lui aussi ses vêtements dans l'eau et baignera sa chair dans l'eau ; et il est impur lui aussi jusqu'au soir.

Voilà, ici nous voyons déjà clairement que ce n'est pas une seule et même personne.


וְאָסַף אִישׁ טָהוֹר אֵת אֵפֶר הַפָּרָה וְהִנִּיחַ מִחוּץ לַמַּחֲנֶה בְּמָקוֹם טָהוֹר וְהָיְתָה לַעֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל לְמִשְׁמֶרֶת לְמֵי נִדָּה חַטָּאת הִוא׃

ve'asáf ich tahór et éfer happará vehinníya'h mi'hoúts lamma'hané bemakóm tahór vehayetá la'adát bene-yisraél lemichméret lemé niddá 'hattát hi

9 Et un homme pur ramassera la cendre de la génisse et la déposera hors du camp, dans un lieu pur, et ce sera pour la communauté des fils d'Israël à garder, pour l'eau purificatrice, elle (la cendre).

Apparaît un troisième homme, pur, qui deviendra lui aussi impur après avoir ramassé la cendre. Voilà une recette de préparation bien compliquée, lorsque, pour la purification de l'impureté des morts, nous aurons besoin de la cendre de la vache rousse.


וְכִבֶּס הָאֹסֵף אֶת־אֵפֶר הַפָּרָה אֶת־בְּגָדָיו וְטָמֵא עַד־הָעָרֶב וְהָיְתָה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל וְלַגֵּר הַגָּר בְּתוֹכָם לְחֻקַּת עוֹלָם׃

vekhibbés ha'osséf et-éfer happará et-begadáv vetamé ad-ha'árev vehayetá livné yisraél velaggér haggár betokhám le'houkkát olám

10 Et celui qui a ramassé la cendre de la génisse lavera ses vêtements, et il est impur jusqu'au soir. Et ce sera pour les fils d'Israël et pour l'étranger qui habite au milieu d'eux une loi éternelle.

Tout au début, j'ai dit que tout cela est destiné à la purification de l'impureté du mort, mais nous ne l'avons pas encore lu dans le texte. C'est à partir du verset 11 que commence, à proprement parler, l'explication de la raison pour laquelle toute cette recette est nécessaire.


הַנֹּגֵעַ בְּמֵת לְכָל־נֶפֶשׁ אָדָם וְטָמֵא שִׁבְעַת יָמִים׃

hannogéya bemét lekhol-néfech adám vetamé chiv'át yamím

11 Celui qui a touché un mort, de toute âme humaine, sera impur sept jours.


הוּא יִתְחַטָּא־בוֹ בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יִטְהָר וְאִם־לֹא יִתְחַטָּא בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי לֹא יִטְהָר׃

hou yit'hatta-vó bayom hachelichí ouvayom hachevi'í yithár ve'im-ló yit'hattá bayom hachelichí ouvayom hachevi'í lo yithár

12 Il se purifiera le troisième jour, et le septième jour il sera purifié ; s'il ne s'est pas purifié le troisième jour, alors le septième jour non plus il ne sera pas purifié.

 Il y a deux étapes de purification lors du contact avec un mort. Cette purification n'est pas si simple, et il faut la réaliser en deux étapes. La première étape – le troisième jour, la deuxième étape – le septième jour. Aujourd'hui, dans nos traditions aussi, il existe une division semblable. Si des gens pleurent leurs proches, ils restent assis en deuil pour eux sept jours, cela s'appelle chiv'á. Quand trois jours sont passés, les gens reçoivent (dans les traditions du deuil) un certain soulagement. Le Talmud dit à ce sujet que les trois premiers jours l'homme pleure les défunts, sept jours il est dans l'affliction pour eux. C'est-à-dire que, des sept jours d'affliction, les trois premiers jours sont des pleurs ininterrompus pour le défunt. Il existe une telle chronologie de l'acceptation du chagrin, tirée de l'expérience humaine, qui décrit comment l'homme se résigne à la mort de ses proches.

Donc, l'homme se purifie le troisième jour et le septième jour. Si le troisième jour l'homme ne s'est pas purifié, il reste impur, et cette impureté, disons-le ainsi, ne se résorbera pas d'elle-même, il devra se purifier plus tard.


כָּל־הַנֹּגֵעַ בְּמֵת בְּנֶפֶשׁ הָאָדָם אֲשֶׁר־יָמוּת וְלֹא יִתְחַטָּא אֶת־מִשְׁכַּן יְהוָה טִמֵּא וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מִיִּשְׂרָאֵל כִּי מֵי נִדָּה לֹא־זֹרַק עָלָיו טָמֵא יִהְיֶה עוֹד טֻמְאָתוֹ בוֹ׃

kol-hannogéya bemét benéfech ha'adám acher-yamoút veló yit'hattá et-michkán adonáy timmé venikhretá hannéfech hahí miyisraél ki me niddá lo-zorák aláv tamé yihyé od toum'ató vo

13 Quiconque a touché un mort parmi les âmes humaines, qui que ce soit qui soit mort, et ne s'est pas purifié, et a souillé le Sanctuaire du SEIGNEUR – cette âme sera retranchée d'Israël, parce que cette eau purificatrice (avec la cendre de la génisse) n'a pas été aspergée sur lui, et il restera impur, et son impureté sera avec lui.

Donc, nous avons vu une procédure très inhabituelle de purification de l'homme de l'impureté du mort. À ce sujet, on a rompu beaucoup de lances, on a versé beaucoup d'encre en essayant de comprendre ce que c'est donc que ce processus. Pourquoi faut-il, au fond, la cendre de la génisse ? Pourquoi cela doit-il être la cendre précisément d'une vache rousse ?

Il y a une histoire de la vie de Rabbi Yo'hanan ben Zakkaï, un homme qui a survécu à la destruction du Second Temple, c'est-à-dire qui a vécu il y a assez longtemps. Un jour, un païen demanda à Rabbi Yo'hanan ben Zakkaï : « Vos lois liées à la vache rousse ne ressemblent-elles pas à de la sorcellerie ? Vous prenez une vache, vous la brûlez, vous prenez sa cendre, vous en aspergez deux ou trois fois celui qui est impur de l'impureté du mort, et vous lui dites : tu es pur. N'est-ce pas une sorte de sorcellerie ? » Rabbi Yo'hanan ben Zakkaï lui dit : « Un démon est-il jamais entré en toi ? » Celui-ci lui dit : « Non, il n'est pas entré » – « Et toi, peut-être as-tu déjà vu un homme dans lequel un démon était entré ? » Celui-ci dit : « Oui, j'en ai vu, cela m'est arrivé » – « Et que faites-vous, vous les païens, d'un tel homme ? » Il dit : « Nous apportons des racines d'arbres, nous les allumons sous l'homme, puis nous versons de l'eau sur lui, et alors le démon sort. C'est-à-dire que nous l'enfumons, puis nous versons de l'eau sur lui, et le démon sort de lui. » Et Rabbi Yo'hanan ben Zakkaï dit : « Voilà ! Voilà, voilà, voilà, que tes oreilles entendent maintenant ce qu'a dit ta bouche. L'esprit d'impureté – il est comme un démon, on asperge sur lui l'eau de purification, et il sort. » C'est-à-dire que Rabbi Yo'hanan dit au païen : « Notre foi n'est pas pire que votre foi. Si chez vous on fait ainsi, chez nous aussi on fait ainsi. » Pour Rabbi Yo'hanan, dans ce cas, l'important n'est pas de l'emporter dans la discussion avec le païen, mais simplement de montrer que « nous ne sommes pas pires ». Mais cette histoire a une suite. Quand le païen, avec le sentiment d'avoir appris pour lui-même quelque chose de nouveau, sort, les disciples de Rabbi Yo'hanan ben Zakkaï lui disent : « Bon, d'accord, de celui-là tu t'es débarrassé facilement (en hébreu on dit : “tu l'as repoussé avec un brin de paille”). Mais à nous, que diras-tu ? Car cela ressemble vraiment à de la sorcellerie. Pourquoi donc le faisons-nous ? » Et Rabbi Yo'hanan leur répond : « Je vous le jure, le corps mort ne souille pas et les eaux ne purifient pas. Mais le Très-Haut Lui-même, béni soit-Il, a dit : “Voici la loi que Je vous ai donnée et vous n'avez pas le droit de l'enfreindre” ». C'est-à-dire : « Peu importe ce que j'ai répondu au païen. L'important est qu'il ne pense pas que le judaïsme, c'est de la sorcellerie. Et je ne lui expliquerai rien sur la nature de la vache rousse, et je ne lui expliquerai rien du tout : il suffit simplement qu'il me laisse tranquille avec ses prétentions. Mais à vous je dirai ceci : c'est une loi qu'a établie le Très-Haut ». C'est-à-dire qu'il est impossible de le comprendre, et il n'est pas nécessaire de le comprendre – c'est ainsi que le Très-Haut l'a fait.

Il y a une autre histoire. Elle se trouve dans le midrach Yalkout Chimoni. L'idée est très semblable. C'est l'interprétation de Rabbi Yits'hak des paroles du roi Chlomo dans le livre de Kohélet (7,23). Chlomo dit : « Tout cela, je l'ai éprouvé par la sagesse, je pensais : je deviendrai sage, mais la sagesse est loin de moi. » Rabbi Yits'hak l'interprète ainsi : « Ainsi a dit le roi Chlomo : “J'ai étudié la Torah, toute la Torah, mais chaque fois que j'arrivais, que je finissais de lire jusqu'à ce chapitre sur la vache rousse, j'avais beau essayer de le comprendre, de l'interpréter, de l'étudier, de l'analyser, rien ne me réussissait. Je pensais : maintenant je vais m'y retrouver, maintenant je vais comprendre, cette fois je vais comprendre, mais la sagesse est loin de moi” ». La plupart des maîtres, la plupart des commentateurs disent que la nature de cette vache rousse est incompréhensible. On ne comprend pas pourquoi le Très-Haut a tout arrangé précisément ainsi ? On peut dire simplement : c'est la loi. Pourquoi ? – Parce que. C'est, bien sûr, une possibilité, mais je n'aime pas beaucoup ce genre de possibilités.

Imaginez qu'il existe certaines forces, certaines lois qui agissent dans ce monde. À cause de la position de la Terre par rapport au Soleil, il y a des changements climatiques. Il y a la force de gravité, qui fait tomber les objets. Il y a encore une masse de lois de toutes sortes : la loi des vases communicants, les lois de Newton, les lois de la physique, de la chimie, une multitude d'autres lois qui agissent dans ce monde. Une fois établies, elles fonctionnent comme dans un mécanisme vivant. Tout est réglé, les processus suivent leur cours.

Il y a certaines situations où le Très-Haut intervient directement, change la nature des choses, fait des miracles ou change simplement les circonstances. Et il y a une réalité particulière dont nous savons peu de chose : la réalité de la pureté et de l'impureté. D'un côté, elle est entièrement et totalement soumise aux lois divines. Mais d'un autre côté, ce n'est pas une réalité qui est réglée et qui fonctionne déjà d'elle-même, non. Chaque fois qu'un homme touche ce qui est impur, la volonté de Dieu, la providence de Dieu se manifeste, et l'homme devient impur. Chaque fois qu'on asperge un homme de la cendre de la vache rousse dissoute dans l'eau, il devient purifié. C'est aussi une loi, mais une loi qui ne fonctionne pas en mode automatique. C'est la volonté de Dieu, qui se manifeste ainsi chaque fois. C'est l'un des points de vue que je nous propose d'adopter comme compréhension de la loi sur la vache rousse. Et quand nos sages disent qu'on ne peut pas comprendre quelque chose, que c'est simplement ainsi et c'est tout, et qu'on n'y peut rien, cela ne signifie pas du tout qu'on ne peut pas essayer de comprendre, qu'on ne peut pas avancer ses propres hypothèses. D'ailleurs, les sages eux-mêmes raisonnaient et disaient que, par exemple, la couleur rousse, rouge de la génisse symbolise le péché, et que la perfection de sa « rousseur » symbolise la mort, c'est-à-dire l'impureté absolue. Et c'est pourquoi l'un est guéri par l'autre. Ou, par exemple, il y a l'idée que la cendre, c'est ce qui reste de n'importe quel animal après qu'il a été brûlé, ce qui reste aussi après l'holocauste et qu'il est impossible de donner au Très-Haut. Même à travers l'holocauste, il reste une certaine particule qui n'est pas transmise au Très-Haut, et cela aussi symbolise une sorte d'impureté, et l'on peut voir un parallèle avec la vache rousse (si nous voulons vraiment chercher des parallèles et essayer de comprendre cette loi).


זֹאת הַתּוֹרָה אָדָם כִּי־יָמוּת בְּאֹהֶל כָּל־הַבָּא אֶל־הָאֹהֶל וְכָל־אֲשֶׁר בָּאֹהֶל יִטְמָא שִׁבְעַת יָמִים׃

zot hattorá adám ki-yamoút be'óhel kol-habbá el-ha'óhel vekhol-achér ba'óhel yitmá chiv'át yamím

14 Voici l'enseignement : un homme, s'il meurt dans une tente, quiconque entre dans la tente et tout ce qui est dans la tente sera souillé, sera impur pendant sept jours.


וְכֹל כְּלִי פָתוּחַ אֲשֶׁר אֵין־צָמִיד פָּתִיל עָלָיו טָמֵא הוּא׃

vekhól kelí fatoúa'h achér en-tsamíd patíl aláv tamé hou

15 Et tout récipient ouvert qui se trouve dans la tente et sur lequel il n'y a pas de couvercle est souillé.

Il s'agit d'une situation où quelqu'un meurt dans une tente et où, à côté de lui, dans cette tente, se trouvent certaines personnes et certains objets. Et en outre, quelqu'un peut entrer dans cette tente pendant que le corps du défunt s'y trouve encore. Et tous : et ceux qui étaient là au moment de la mort, et celui qui est entré déjà après que l'homme est mort, si son corps y restait encore, – sont souillés de l'impureté du défunt. Dans ce cas, nous voyons que l'impureté du mort monte en quelque sorte vers le haut et remplit tout l'espace sous un même toit, sous un seul et même auvent. Tout ce qui se trouve dessous, tout ce qui est réuni par cet auvent – tout cela est souillé (de même que tous les récipients ouverts). C'est-à-dire que, si un homme n'a pas touché le mort, mais se trouvait dans la même maison, dans la même tente, sous le même parapluie que le mort, il est lui aussi souillé de l'impureté du mort.


וְכֹל אֲשֶׁר־יִגַּע עַל־פְּנֵי הַשָּׂדֶה בַּחֲלַל־חֶרֶב אוֹ בְמֵת אוֹ־בְעֶצֶם אָדָם אוֹ בְקָבֶר יִטְמָא שִׁבְעַת יָמִים׃

vekhól acher-yiggá al-pené hassadé ba'halal-'hérev o vemét o-ve'étsem adám o vekáver yitmá chiv'át yamím

16 Et quiconque touchera dans un champ une victime de l'épée, ou un mort, ou un os humain, ou une tombe, sera impur sept jours.

וְלָקְחוּ לַטָּמֵא מֵעֲפַר שְׂרֵפַת הַחַטָּאת וְנָתַן עָלָיו מַיִם חַיִּים אֶל־כֶּלִי׃

velake'hoú lattamé me'afár serefát ha'hattát venatán aláv máyim 'hayím el-kéli

17 Et ils prendront pour l'impur de la cendre du sacrifice brûlé (il s'agit de la vache rousse), et il a versé sur cette cendre de l'eau vive dans un récipient.


וְלָקַח אֵזוֹב וְטָבַל בַּמַּיִם אִישׁ טָהוֹר וְהִזָּה עַל־הָאֹהֶל וְעַל־כָּל־הַכֵּלִים וְעַל־הַנְּפָשׁוֹת אֲשֶׁר הָיוּ־שָׁם וְעַל־הַנֹּגֵעַ בַּעֶצֶם אוֹ בֶחָלָל אוֹ בַמֵּת אוֹ בַקָּבֶר׃

velaká'h ezóv vetavál bammáyim ich tahór vehizzá al-ha'óhel ve'al-kol-hakkelím ve'al-hannefachót achér hayou-chám ve'al-hannogéya ba'étsem o ve'halál o vammét o vakkáver

18 Et il a pris une branche d'hysope, et un homme pur la trempera dans l'eau, et il aspergera toute la tente, et tous les récipients, et tous les gens, toutes les âmes qui étaient là, et celui qui a touché l'os, ou celui qui a été tué, ou le mort, ou la tombe.

וְהִזָּה הַטָּהֹר עַל־הַטָּמֵא בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי וְחִטְּאוֹ בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי וְכִבֶּס בְּגָדָיו וְרָחַץ בַּמַּיִם וְטָהֵר בָּעָרֶב׃

vehizzá hattahór al-hattamé bayom hachelichí ouvayom hachevi'í ve'hitteó bayom hachevi'í vekhibbés begadáv vera'háts bammáyim vetahér ba'árev

19 Et le troisième et le septième jour, le pur aspergera l'impur, et le purifiera le septième jour, et il lavera ses vêtements, et se lavera dans l'eau, et sera purifié au soir.


וְאִישׁ אֲשֶׁר־יִטְמָא וְלֹא יִתְחַטָּא וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מִתּוֹךְ הַקָּהָל כִּי אֶת־מִקְדַּשׁ יְהוָה טִמֵּא מֵי נִדָּה לֹא־זֹרַק עָלָיו טָמֵא הוּא׃

ve'ích acher-yitmá veló yit'hattá venikhretá hannéfech hahi mittókh hakkahál ki et-mikdách adonáy timmé me niddá lo-zorák aláv tamé hou

20 Et l'homme qui se souillera et ne se purifiera pas, et cette âme sera retranchée de l'assemblée, parce qu'il a souillé le lieu saint de Dieu ; tant qu'il n'a pas été lavé par cette eau, il est impur.


וְהָיְתָה לָּהֶם לְחֻקַּת עוֹלָם וּמַזֵּה מֵי־הַנִּדָּה יְכַבֵּס בְּגָדָיו וְהַנֹּגֵעַ בְּמֵי הַנִּדָּה יִטְמָא עַד־הָעָרֶב׃

vehayetá lahém le'houkkát olám oumazzé me-hanniddá yekhabbés begadáv vehannogéya bemé hanniddá yitmá ad-ha'árev

21 Et ce sera pour vous une loi éternelle ; et celui qui l'aspergeait de cette eau lavera ses vêtements, et quiconque touche cette eau sera souillé, sera impur jusqu'au soir.

C'est-à-dire que c'est une eau si particulière, qui rend l'impur pur, et rend le pur impur. Voilà quelle propriété étonnante a cette eau.


וְכֹל אֲשֶׁר־יִגַּע־בּוֹ הַטָּמֵא יִטְמָא וְהַנֶּפֶשׁ הַנֹּגַעַת תִּטְמָא עַד־הָעָרֶב׃ 

vekhól acher-yigga-bó hattamé yitmá vehannéfech hannogá'at titmá ad-ha'árev

22 Et tout ce que touchera cet impur deviendra impur lui aussi, et celui qui touchera cet impur sera impur lui aussi jusqu'au soir ».

C'est-à-dire : voici un homme pur, qui servait en purifiant, en aspergeant les impurs d'une eau qui les rendait purs. Mais le purificateur lui-même, l'eau purificatrice l'a rendu impur. Et maintenant, tout ce que touchera cet homme devenu impur, et quiconque le touchera, devient impur lui aussi (comme dans le cas ordinaire). C'est-à-dire que l'impureté de ce purificateur est aussi contagieuse que n'importe quelle autre impureté. Un phénomène très étrange, bien sûr, et l'on peut poser la question : « Comment se fait-il qu'une seule et même eau rende purs les impurs, et impurs les purs ? » Et de nouveau, on pourrait répondre : « Eh bien, c'est une loi comme ça. Ainsi en a jugé le Très-Haut. »

Rav Saadia Gaon, dans son livre Émounot védéot (Croyances et opinions), dit : « Il y a bien des situations différentes. Nous savons, par exemple, que le feu peut être utilisé pour faire cailler le lait, quand le lait épaissit. Mais ce même feu agit autrement sur la glace ou sur le plomb. » Le feu fait fondre le plomb solide et en même temps fait cailler le lait. Il y a des plantes qui, arrosées d'eau, se remplissent de vie. Et il y a des plantes dont les racines pourrissent à cause de l'eau : si on les arrose artificiellement, elles cessent de recevoir l'humidité de la terre et périssent. Nous avons vu bien des fois qu'un seul et même moyen, appliqué à des gens différents, à des situations différentes, a un effet diamétralement opposé. Et, selon Rav Saadia Gaon, la vache rousse, c'est précisément un tel cas.

Voilà un commandement si compliqué, que ni les sages ne peuvent comprendre jusqu'au bout, ni les interprètes, ni les commentateurs. Mais nous savons, nous pouvons dire avec certitude, qu'en cela est la volonté de Dieu, que c'est ainsi que le Très-Haut en a jugé et l'a décrété pour les Juifs du désert : la purification de l'impureté des morts se fera au moyen de la vache rousse, et c'est une loi qui est donnée pour les générations.

Le dévouement au service

Bémidbar 20,1–20

Avant tout, je voudrais dire que le chapitre 20 de notre livre est consacré à des événements tragiques, bien que j'aie dit la même chose dans les chapitres précédents aussi. Il se trouve que tout le livre de Bémidbar est imprégné de tragédies, comme si tout le séjour dans le désert était une seule grande tragédie. Les problèmes, leurs solutions, les situations tragiques liées à l'apparition de ces problèmes traversent tout le livre. Et, bien qu'il y ait un dénombrement du peuple au début et à la fin du chemin, d'arithmétique il y en a justement peu, ce n'est pas un quelconque manuel de mathématiques. Non, c'est un livre sur les problèmes, sur le désert spirituel dans lequel les gens se retrouvent, sur les tragédies humaines liées au séjour du peuple dans le désert, en exil, sur le chemin vers sa destination spirituelle.

Notre chapitre 20 du livre de Bémidbar est très tragique aussi sur le plan des tragédies personnelles. Des tragédies personnelles de gens que nous avons déjà, je pense, eu le temps d'aimer. Leurs causes ne sont pas toujours compréhensibles, mais nous allons tout de même essayer de comprendre, car les événements qui se produisent sont vraiment terribles. Donc, commençons par le tout début.

וַיָּבֹאוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל כָּל־הָעֵדָה מִדְבַּר־צִן בַּחֹדֶשׁ הָרִאשׁוֹן וַיֵּשֶׁב הָעָם בְּקָדֵשׁ וַתָּמָת שָׁם מִרְיָם וַתִּקָּבֵר שָׁם׃

vayavóou vene-yisraél kol-ha'edá midbar-tsín ba'hódech harichón vayéchev ha'ám bekadéch vattámot cham miryám vattikkavér cham

1 Et les fils d'Israël, toute la communauté, arrivèrent dans le désert de Tsin au premier mois, et le peuple habita, s'arrêta à Kadech, et Miryam mourut là, et elle fut enterrée là.

וְלֹא־הָיָה מַיִם לָעֵדָה וַיִּקָּהֲלוּ עַל־מֹשֶׁה וְעַל־אַהֲרֹן׃

velo-háya máyim la'edá vayikkahaloú al-moché ve'al-aharón

2 Et il n'y avait pas d'eau pour la communauté, et ils se rassemblèrent auprès de Moché et d'Aharon.

Voilà un saut si inattendu. Il était une fois Miryam. Les midrachim racontent que c'est précisément elle qui, en son temps, persuada son papa de retourner auprès de sa femme, et naquit dans leur famille un troisième enfant – Moché. C'est un midrach. Et par le texte direct de la Torah, nous savons comment elle courut en son temps derrière la petite corbeille dans laquelle Moché flottait sur le fleuve, comment elle osa s'approcher de la fille de Pharaon et monter une combinaison si compliquée, pour que Moché se retrouve de nouveau dans la maison natale, pour qu'il soit nourri par sa propre mère et pour que sa propre mère non seulement ne craigne pas de châtiment pour cela, mais reçoive même de l'argent pour cela. C'est cette même Miryam qui, lors du passage de la mer, a pris la tête de la partie des femmes dans la louange et a chanté un cantique de louange. Nous avons tous, bien sûr, beaucoup aimé Miryam. C'est une femme vraiment extraordinaire. Et voilà que nous lisons une ligne tronquée : « Et Miryam mourut là, et elle est enterrée là. » Et il n'est pas écrit « on la pleura ». Et il n'est pas écrit ce que ressentait son frère cadet, Moché, ce que ressentait son frère aîné, Aharon. Il n'y a rien de tout cela, un épisode si fugace. Tout ce que la Torah nous dit, c'est : « Au premier mois (on ne comprend pas en quelle année), le peuple d'Israël arriva dans le désert de Tsin et habita là, à Kadech. Là mourut Miryam, et là elle est enterrée. » Et ensuite il est question du fait qu'il manquait d'eau.

La tradition dit, et l'a toujours dit, que le puits qui voyageait avec Israël à travers le désert s'appelle Bé'er-Miryam (le puits de Miryam). À vrai dire, ce n'est peut-être pas un puits, son autre nom est séla (rocher, pierre). Un rocher mobile, d'où sortait l'eau, et ce rocher (comme le dit, encore une fois, le midrach) se perdit, disparut parmi les autres pierres après la mort de Miryam.

Donc, le peuple est dans le désert, il n'y a pas d'eau, Miryam est morte et enterrée à Kadech. Et la Torah ne nous dit pas en quelle année cela se passe. Plus tard, le lecteur apprendra par les chapitres suivants que cela se passe trente-huit ans plus tard, que la Torah a fait un saut dans le temps de trente-huit ans, enjambant de nombreuses années dans le désert. Mais pour l'instant, ce n'est pas clair, et il peut sembler qu'il s'agit d'événements qui se suivent l'un après l'autre sans interruption. Pourquoi était-il important ici de mentionner Miryam et pourquoi était-il important de ne pas mentionner quelle année précise c'était ? Essayons de répondre à ces questions et à beaucoup d'autres.

Donc, Miryam est morte et enterrée à Kadech. Et le peuple s'est rassemblé, comme toujours, auprès de Moché et d'Aharon pour se plaindre qu'il n'y a pas d'eau.

וַיָּרֶב הָעָם עִם־מֹשֶׁה וַיֹּאמְרוּ לֵאמֹר וְלוּ גָוַעְנוּ בִּגְוַע אַחֵינוּ לִפְנֵי יְהוָה׃

vayárev ha'ám im-moché vayomeroú lemór veloú gavá'nou bigvá a'hénou lifné adonáy

3 Et le peuple se querella avec Moché, en disant : « Si seulement nous étions morts, comme sont morts nos frères devant le SEIGNEUR.

Le lecteur attentif se souviendra que nous avons déjà lu quelque chose de semblable dans l'histoire des explorateurs, avant la révolte de Kora'h, et là le peuple disait littéralement ces mêmes mots. C'est-à-dire que la situation se répète.

וְלָמָה הֲבֵאתֶם אֶת־קְהַל יְהוָה אֶל־הַמִּדְבָּר הַזֶּה לָמוּת שָׁם אֲנַחְנוּ וּבְעִירֵנוּ׃

velamá havetém et-kehal adonáy el-hammidbár hazzé lamoút cham aná'hnou ouv'irénou

4 Pourquoi avez-vous amené la communauté du SEIGNEUR dans ce désert pour y mourir, nous et notre bétail ?

וְלָמָה הֶעֱלִיתֻנוּ מִמִּצְרַיִם לְהָבִיא אֹתָנוּ אֶל־הַמָּקוֹם הָרָע הַזֶּה לֹא מְקוֹם זֶרַע וּתְאֵנָה וְגֶפֶן וְרִמּוֹן וּמַיִם אַיִן לִשְׁתּוֹת׃

velamá he'elitoúnou mimmitsráyim lehaví otánou el-hammakóm hará hazzé lo mekóm zéra out'ená vegéfen verimmón oumáyim áyin lichtót

5 Et pourquoi nous as-tu fait monter d'Égypte, pour nous amener dans ce mauvais lieu, où il n'y a pas de place pour les semailles, ni pour les figues, ni pour le raisin, ni pour les grenades ? Et il n'y a pas d'eau pour boire. »

La plainte de ce qu'il n'y a pas d'eau, elle est bien sûr compréhensible. Sans eau, c'est mal, et c'est vraiment un grand malheur. Mais pourquoi tout à coup le peuple s'attendait-il à ce que précisément en ce lieu, à la différence de toutes les autres haltes qu'il y avait eu pendant la pérégrination dans le désert, précisément en ce lieu, on pourrait planter, semer, faire pousser des figues, du raisin et des grenades ? D'où leur vient cette idée ? Pourquoi tout à coup y ont-ils pensé ?

Rappelons-nous que le peuple porte avec lui deux coffres : arón ha'edoút (l'arche d'alliance) et encore un coffre – le cercueil avec les ossements de Yossef. Pourquoi le peuple a-t-il emporté d'Égypte le coffre avec les ossements de Yossef ? Pour une raison simple : Yossef ne voulait pas être enterré sur la terre égyptienne, il voulait être enterré dans le pays d'Israël. C'est pourquoi on a porté ses ossements vers le pays d'Israël. Le midrach dit qu'il y a un principe général : si un juste peut être enterré dans le pays d'Israël, on ne l'enterre pas en dehors de lui. C'est compréhensible. Alors se pose la question : et pourquoi Miryam est-elle enterrée à Kadech ? Si la juste Miryam est enterrée à Kadech, alors le peuple a pu décider : « Ça y est, nous sommes arrivés, voilà, c'est le point final. Et si on l'a enterrée ici, cela veut dire que la terre peut déjà être ici, cela veut dire que nous sommes déjà arrivés. Car la terre d'Israël, elle commence derrière la montagne ! » C'est justement le fait que Miryam soit enterrée à Kadech qui a pu servir de signe : ça y est, nous y sommes parvenus, nous sommes arrivés. Et c'est pourquoi apparaît un reproche tout simplement terrible envers Moché : « Où nous avez-vous amenés, les gars, Moché et Aharon ? Vous nous avez conduits depuis l'Égypte quarante ans, vous nous avez promis on ne sait quelle terre bénie formidable, et tout à coup vous nous avez amenés dans le désert. Comment vivre ici ? Comment voulez-vous que nous vivions ici ? Et pourquoi fallait-il nous arracher à l'Égypte pour nous amener ici ? Nous avons beaucoup entendu parler de cette terre, nos pères nous ont parlé de ses fruits. » Mais ceux qui avaient vu les fruits de cette terre, tout ce groupe-là était déjà mort. Et surgit un doute : « Peut-être qu'elle n'est pas si bonne que ça, cette terre, si on regarde bien. Et c'est donc ça, le pays d'Israël, ruisselant de lait et de miel ? C'est précisément ici que vous vouliez nous amener, frères ? » Il ne naît pas d'amour au premier regard.

וַיָּבֹא מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן מִפְּנֵי הַקָּהָל אֶל־פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד וַיִּפְּלוּ עַל־פְּנֵיהֶם וַיֵּרָא כְבוֹד־יְהוָה אֲלֵיהֶם׃

vayavó moché ve'aharón mippené hakkahál el-péta'h óhel mo'éd vayippeloú al-penehém vayerá khevod-adonáy alehém

6 Et Moché et Aharon s'éloignèrent de la foule vers l'entrée de la Tente d'assignation, et ils tombèrent face contre terre, et la gloire du SEIGNEUR leur apparut.

Moché et Aharon ont pris peur. Moché et Aharon cherchent ici comme un asile politique auprès du Très-Haut. Pourquoi ? Nous savons, là encore, comme si nous lisions la Torah pour la deuxième fois, que ces événements se déroulent presque quarante ans plus tard, ce ne sont déjà plus les esclaves qui sont sortis d'Égypte. Il s'agit déjà d'une autre génération de gens, qui commencent tout juste leur chemin spirituel, et l'attitude envers eux est complètement différente.

Donc, le peuple demande de l'eau. Est-ce que le Très-Haut va maintenant se mettre en colère, est-ce qu'Il va dire : « Comme vous m'avez lassé ! Jusqu'à quand Je supporterai cette génération ? Quand donc allez-vous enfin vous calmer ? » ou de nouveau : « je vous anéantirai tous, de Moché je ferai sortir un nouveau peuple ». Peut-être que la proposition est encore valable ? Comment le Très-Haut va-t-il réagir ? Peut-être que la colère du Très-Haut va se déverser sur le peuple ? Mais le Très-Haut accepte cette demande, Il considère cette demande comme tout à fait légitime : le peuple a besoin d'eau. L'eau est vraiment nécessaire. Comme on le chante dans une chanson soviétique : « Parce que sans eau – ni par-ci, ni par-là ».

וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר׃

vaydabbér adonáy el-moché lemór

7 Et le SEIGNEUR parla à Moché, en disant :

קַח אֶת־הַמַּטֶּה וְהַקְהֵל אֶת־הָעֵדָה אַתָּה וְאַהֲרֹן אָחִיךָ וְדִבַּרְתֶּם אֶל־הַסֶּלַע לְעֵינֵיהֶם וְנָתַן מֵימָיו וְהוֹצֵאתָ לָהֶם מַיִם מִן־הַסֶּלַע וְהִשְׁקִיתָ אֶת־הָעֵדָה וְאֶת־בְּעִירָם׃

ka'h et-hammatté vehakhél et-ha'edá attá ve'aharón a'híkha vedibbartém el-hasséla le'enehém venatán memáv vehotsetá lahém máyim min-hasséla vehichkitá et-ha'edá ve'et-be'irám

8 « Prends le bâton et rassemble la communauté, toi et Aharon, ton frère, et vous parlerez au rocher devant leurs yeux, et il donnera ses eaux, et tu leur feras sortir de l'eau du rocher et tu les abreuveras, eux et leur bétail ».

Faites attention : il donnera ses eaux, comme si elles y étaient déjà déposées par nature. Donc, Moché a reçu un ordre. Essayons de répéter et de comprendre quel ordre il a reçu : prendre le bâton, rassembler le peuple, parler au rocher devant les yeux de tout le peuple, pour que le rocher donne son eau, faire sortir l'eau du rocher et abreuver tout le peuple.

Dans une autre lecture, les mots parler au rocher (el-hasséla) peuvent être compris comme parler du rocher, le texte permet les deux compréhensions. Qu'est-ce qui n'est pas encore clair ici ? On ne comprend pas pourquoi il faut prendre le bâton, si Moché va simplement parler. Et les commentateurs demandent : « Pourquoi est-ce que le Très-Haut dit à Moché de prendre le bâton ? N'est-ce pas une tentation pour Moché, une sorte d'incitation à ce qu'il frappe le rocher ? » Le bâton, ce n'est pas simplement une arme avec laquelle on peut frapper, battre, en particulier le rocher. Le bâton, c'est aussi un symbole du pouvoir divin. Dans quel cas Moché a-t-il pris le bâton et agi avec le bâton, sans toucher rien ni personne avec lui ? Lors du partage de la mer. Moché a étendu le bâton, et la mer s'est écartée. Moché n'a pas frappé la mer avec le bâton, il lui a suffi d'étendre le bâton, et la mer s'est écartée (de nouveau, soit dit en passant, un miracle lié à l'eau).

Donc, Moché reçoit un tel ordre. Ici nous pouvons, comme entre parenthèses, revenir à cette version dont nous avons parlé plus tôt : on peut lire ce texte comme parle du rocher, et non parle au rocher. Et alors le rapprochement avec le partage de la mer sera juste. Quand Moché a levé la main sur la mer et que l'eau s'est écartée, c'était un signe, la main avec le bâton était un signe pour la première génération après la sortie d'Égypte. Comme résultat – la mer s'est écartée, l'eau a obéi, et le peuple a cru dans le SEIGNEUR et en Moché, Son serviteur. Dans le livre de Chémot (14,16) il est écrit : « Et toi, lève (harém) ton bâton et étends (ounté) ta main sur la mer… », c'est-à-dire deux synonymes – lève et étends. Et dans notre cas il y a un certain parallèle. Voilà à quoi sert cette subtilité, voilà pourquoi certains commentateurs y prêtent attention et disent : « On peut lire parle du rocher devant la face du peuple ». Cela aussi a tout à fait le droit d'exister comme une certaine compréhension des événements. On peut dire que pour la nouvelle génération il fallait un nouveau miracle, pour démontrer, comme dans le cas de la mer, que l'eau est soumise au Très-Haut, que le Très-Haut a pouvoir sur elle. Et il n'était pas du tout obligatoire de frapper le rocher.

וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת־הַמַּטֶּה מִלִּפְנֵי יְהוָה כַּאֲשֶׁר צִוָּהוּ׃

vayikká'h moché et-hammatté millifné adonáy ka'achér tsivváhou

9 Et Moché prit le bâton de devant la face du SEIGNEUR, comme le SEIGNEUR l'avait ordonné.

Quel bâton Moché a-t-il pris, de quoi s'agit-il ? Apparemment, du bâton d'Aharon, qui se trouve devant l'arche d'alliance. Pourquoi se trouve-t-il là ? Il est écrit au verset 25 du chapitre 17 de notre livre qu'il se trouve là en mémoire et en témoignage pour tous les rebelles, un signe pour tous les mutins et les insurgés, les organisateurs de la rébellion (bnéy merivá).

וַיַּקְהִלוּ מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן אֶת־הַקָּהָל אֶל־פְּנֵי הַסָּלַע וַיֹּאמֶר לָהֶם שִׁמְעוּ־נָא הַמֹּרִים הֲמִן־הַסֶּלַע הַזֶּה נוֹצִיא לָכֶם מָיִם׃

vayakhílou moché ve'aharón et-hakkahál el-pené hassála vayomer lahém chim'ou-ná hammorím hamin-hasséla hazzé notsí lakhém máyim

10 Et Moché et Aharon rassemblèrent toute la communauté devant le rocher, et il leur dit : « Écoutez, rebelles ! Est-ce de ce rocher que nous vous ferons sortir de l'eau ? »

Qui leur dit ? Moché leur dit. Nous nous souvenons que le bâton est lié à la rébellion. Et Moché, apparemment, interprète l'ordre de prendre le bâton précisément ainsi. Pourquoi sont-ils, à proprement parler, des rebelles ? Il y a simplement eu un certain malentendu, mais le Très-Haut ne les a accusés de rien. Le Très-Haut a dit simplement de donner de l'eau et n'a pas dit qu'il fallait encore leur adresser un quelconque reproche supplémentaire.

וַיָּרֶם מֹשֶׁה אֶת־יָדוֹ וַיַּךְ אֶת־הַסֶּלַע בְּמַטֵּהוּ פַּעֲמָיִם וַיֵּצְאוּ מַיִם רַבִּים וַתֵּשְׁתְּ הָעֵדָה וּבְעִירָם׃

vayárem moché et-yadó vayákh et-hasséla bemattéhou pa'amáyim vayetse'oú máyim rabbím vattécht ha'edá ouv'irám

11 Et Moché leva la main, et frappa le rocher deux fois avec le bâton, et il sortit du rocher beaucoup d'eau, et la communauté et le bétail burent.

Apparemment, le miracle a fonctionné, et tout va bien. Lisons ce qui s'est passé ensuite.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה וְאֶל־אַהֲרֹן יַעַן לֹא־הֶאֱמַנְתֶּם בִּי לְהַקְדִּישֵׁנִי לְעֵינֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לָכֵן לֹא תָבִיאוּ אֶת־הַקָּהָל הַזֶּה אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־נָתַתִּי לָהֶם׃

vayomer adonáy el-moché ve'el-aharón yá'an lo-he'emantém bi lehakdichéni le'ené bené yisraél lakhén lo tavíou et-hakkahál hazzé el-ha'árets acher-natátti lahém

12 Et le SEIGNEUR dit à Moché et à Aharon : « Puisque vous n'avez pas cru en Moi, pour Me sanctifier devant la face des fils d'Israël, c'est pourquoi vous ne ferez pas entrer cette communauté dans le pays que Je leur ai donné ».

הֵמָּה מֵי מְרִיבָה אֲשֶׁר־רָבוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל אֶת־יְהוָה וַיִּקָּדֵשׁ בָּם׃

hémma me merivá acher-ravoú vene-yisraél et-adonáy vayikkadéch bam

13 Ce lieu est appelé Meï-Mériva (eaux de la querelle), parce que là les fils d'Israël se disputèrent avec le SEIGNEUR, et Il se sanctifia en eux.

C'est clair ? Pas très. En réalité, rien n'est clair. C'est probablement l'un des passages les plus interprétés de l'Écriture. De très nombreux commentateurs et interprètes essaient de comprendre ce que Moché et Aharon (qui ne faisait presque rien du tout dans cette histoire) ont donc fait de si terrible. Pour quoi ont-ils reçu une telle punition ? Et, naturellement, la première pensée qui vient à l'esprit : pourquoi Moché a-t-il transgressé la parole du Très-Haut et, au lieu de parler au rocher, a-t-il frappé le rocher ? Mais ce n'est pourtant pas la première fois que Moché fait ce que le Très-Haut n'avait pas ordonné. Par exemple, quand Moché donne des instructions au sujet de Pessa'h, il fait certains ajouts dont nous n'avons pas lu que le Très-Haut avait ordonné de les faire. Quand Moché a reçu en don du Très-Haut les tables pour le peuple d'Israël (bien qu'Il sût ce qui se passait là, en bas), Moché arrive et brise les tables, et personne ne lui dit d'en haut, aucune voix ne sort du Ciel : « Moché, Moché, pour avoir fait cela, tu n'entreras pas dans le pays ». Et il y a une multitude de situations semblables. Prenez ne serait-ce que la situation du chapitre 17, quand Moché envoie Aharon avec les encensements, et le fléau s'arrête, et le Très-Haut ne dit pas : « Pour avoir joué ici les francs-tireurs contre Moi, vous n'entrerez pas dans la Terre Sainte ».

Pourquoi donc cela arrive-t-il ici ? Et les commentateurs, naturellement, ont commenté énormément, énormément, si bien que l'un d'eux, en faisant le bilan, dit : « J'ai déjà compté treize péchés que différents commentateurs ont attribués à Moché. Et si maintenant je poursuis la recherche et, pour être original, je lui attribue un péché particulier, un quatorzième, qu'est-ce que j'aurai fait là ? Car Moché n'a péché que d'un seul péché, et nous lui avons déjà attribué tout un tas de péchés ».

En effet, certains disent : « Le problème était que Moché s'est mis en colère contre le peuple là où Dieu était miséricordieux. Personne ne lui demandait de dire rebelles, révoltés. C'est une manifestation de manque d'amour envers le peuple ». Le Très-Haut manifeste de la miséricorde. Peut-être parce qu'il s'agit d'une nouvelle génération, qui a encore besoin de la miséricorde du Très-Haut. Car la première fois aussi, quand le peuple d'Israël voulait de l'eau, le Très-Haut ne s'est pas mis en colère, mais a simplement donné l'eau. Ainsi en est-il ici aussi. Mais Moché ajoute de lui-même la colère. Il est déjà un tel « vieillard émérite » vis-à-vis de ces « jeunots » et transpose, peut-être, tous les problèmes accumulés dans la confrontation avec la génération passée dans la réalité présente. Les commentateurs poursuivent et disent : « Dans ce cas, ce n'est pas pour rien qu'ici n'est pas indiqué le moment où les événements se produisent. Il semblera à certains que ces événements rappellent ce qui a déjà eu lieu, que c'est la suite des mêmes histoires assommantes, où les mêmes gens assommants se disputent de façon assommante avec Moché. Mais si on lit une deuxième fois, si on approfondit, on voit qu'il s'agit d'une génération qui a changé. La génération a changé, mais Moché n'a pas changé. Moché ne s'est pas trouvé prêt pour de nouvelles méthodes de direction ». Selon cette version, si Moché, lors de la division de la mer Rouge, a pu montrer qu'il est homme de Dieu et que Dieu conduit le peuple, comme il est écrit « et ils crurent au SEIGNEUR et en Moché, Son serviteur », pour la génération actuelle une telle confirmation ne s'est pas produite. Or le leadership exige un renouvellement constant et un mouvement constant, une dynamique au pas avec son temps. C'est pourquoi, comme l'estiment ces commentateurs, il faut remplacer Moché.

D'autres disent : « En effet, il est pourtant évident que le péché de Moché, c'est qu'il n'a pas parlé au rocher, mais a frappé le rocher ». La parole en elle-même a de la force, et le SEIGNEUR crée par la Parole. C'est très important. La Parole est à la fois une préfiguration du Machia'h et le Machia'h lui-même. Et au lieu de montrer le pouvoir par la parole, de montrer combien le pouvoir est fort et combien la nature se soumet à la parole, Moché frappe avec le bâton. Et frapper avec le bâton... Peut-être qu'il a là un bâton magique, et peut-être que la force, elle est, en réalité, dans le bâton : tantôt il bourgeonne, tantôt il lui arrive encore quelque chose de miraculeux. Et les midrachim disent que peut-être des noms magiques aussi y étaient écrits. D'une manière ou d'une autre, Moché ne manifeste pas le pouvoir du Très-Haut dans toute sa plénitude.

Selon un autre point de vue encore, le problème était dans le mot « nous ferons sortir », quand Moché a dit : « Nous vous ferons sortir de l'eau », pas le Très-Haut, mais nous tirerons l'eau, et ensuite – deux coups sur le rocher. Et le peuple peut avoir l'impression que ce sont Moché et Aharon qui font sortir l'eau, que le Très-Haut n'y est pour ainsi dire pour rien, qu'il n'y a que deux bons magiciens, Moché et Aharon. C'est ainsi que la chose est présentée. Et dans ce mot, dans l'emploi de ce mot, beaucoup voient aussi le problème à cause duquel la colère s'est enflammée contre Moché.

Voici encore une version. Certains commentateurs attirent l'attention sur la phrase de Moché « est-ce de ce rocher ? » Le peuple d'Israël proposait un autre rocher, en disant : « Allez, tire-la de celui-ci ! Allez, ce rocher-ci ! » Et la question se pose : y a-t-il une loi, y a-t-il des règles strictes selon lesquelles s'accomplissent les miracles ? Si le Très-Haut promet un miracle, faut-il prendre précisément ce rocher-ci, ce rocher concret, et accomplir le miracle avec lui ? Naturellement, le Très-Haut peut faire un miracle et tirer l'eau de n'importe quel rocher. Mais Moché, à en juger par certains commentaires, estimait qu'il y a une loi aussi en ce qui concerne les miracles. Imaginez que vous avez une connaissance qui est malade, et vous avez rêvé que vous venez, que vous l'oignez d'huile, par exemple, et qu'il guérit. Un rêve merveilleux. Vous pensez : « C'est un rêve prophétique ». Et vous vous apprêtez à aller chez cette personne et soudain vous voyez que la chemise que vous portiez dans le rêve n'est pas repassée. Et vous devrez mettre une autre chemise, bonne elle aussi, belle, repassée, mais une autre. Et vous penserez : « Si je viens avec une autre chemise, peut-être que ce sera une désobéissance au Très-Haut, une désobéissance au rêve, et alors rien ne marchera ? Est-ce que ce sera une manifestation de foi et d'obéissance de se mettre à repasser la chemise ? Ou bien ne faut-il pas y aller du tout s'il n'y a pas la bonne chemise ? Ou bien peut-on tout de même y aller avec n'importe quelle chemise ? » C'est une question de foi, une question du choix de chaque homme. Et les commentateurs disent que Moché a fait le choix en faveur d'un rocher concret, ce rocher qu'il voyait. Et le Très-Haut a donné l'eau de ce rocher dont Moché avait décidé de donner l'eau. Peut-être de celui qu'il avait indiqué dès le départ, et non de celui qu'indiquait le peuple.

Mais qu'est-il arrivé ce faisant ? Nous avons dit que, par ses actions, le juste établit certaines lois : ce qui est lié sur la terre est lié aussi dans les cieux. Pour Moché, tout s'est lié de telle sorte que maintenant dans ses miracles aussi il doit y avoir leurs propres lois, leurs propres régularités.

Les commentateurs disent aussi : « Moché comprenait dès le départ que sa mission, c'est d'accompagner le peuple dans le désert, de donner la Torah, d'expliquer la Torah. Il comprenait que là-bas, en Israël, il y aurait d'autres chefs. Mais puisque toute la conduite du peuple d'Israël par le Très-Haut dans le désert est miraculeuse, il pensait et espérait que, d'une manière miraculeuse, lui aussi réussirait à entrer dans la Terre Sainte ». Mais quand Moché a limité le Très-Haut, a limité la puissance miraculeuse du Très-Haut, il est déjà devenu impossible d'accomplir un tel miracle pour qu'il entre dans le pays d'Israël. Mesure pour mesure – ce n'est pas un péché, c'est une loi qu'il a établie. Selon cette conception, Moché n'a pas eu assez de foi en ce que le Très-Haut, en tant que Celui qui fait des miracles, est miséricordieux et s'élève au-dessus des détails de ces miracles, qu'il faut parfois négliger les détails pour la démonstration d'une plus grande gloire du Très-Haut. En conséquence, Moché et Aharon n'ont pas pleinement manifesté la gloire du Très-Haut au peuple, comme il fallait le faire.

Notre chapitre 20 est justement ce cas où les commentateurs décortiquent chaque mot jusqu'aux suffixes, jusqu'aux molécules, en essayant de trouver en quoi précisément consiste la faute de Moché, un homme si parfait, et pourquoi le Très-Haut s'est tellement mis en colère contre lui. Moché lui-même, il faut le dire (et dans le livre de Dévarim nous le verrons), ne reconnaît pas son péché et dit : « Je l'ai payé à cause de vous ». De même, dans Téhillim (106,32) nous lisons que le peuple irrita Dieu à Mériva, et que Moché est puni pour eux. C'est-à-dire que les psaumes non plus ne disent pas que Moché aurait lui-même péché ici d'une façon ou d'une autre. Mais cela peut être dû au fait qu'ils ont monté une telle provocation, à laquelle Moché a cédé.

Quoi qu'il en soit, quand Moché entend le verdict, il ne se repent pas, il ne tombe pas face contre terre, et notre thème de la faute de Moché s'achève à cet endroit. Ensuite nous lirons dans le livre de Dévarim que Moché supplie pour le peuple, supplie pour lui-même. Nous lisons une multitude de midrachim sur la façon dont Moché a demandé qu'il lui soit tout de même donné d'entrer dans le pays d'Israël. Mais ici, pour l'instant, tout s'achève ainsi.

Il reste une difficulté : comprendre pour quoi, à proprement parler, Aharon est puni. Autant que nous le voyons, toutes les actions d'Aharon dans cette histoire consistent en ce qu'il se tient à côté de Moché, il leur a été ordonné ainsi – d'aller ensemble et ainsi de suite. Mais il est évident que, puisque l'effectif ici est une équipe, le score aussi compte pour l'équipe. Moché et Aharon sont depuis longtemps déjà un couple prophétique uni, entier. L'esprit qui agit parmi eux est un seul esprit, et c'est pourquoi ce qu'a fait Moché, Aharon l'a fait aussi, pour ainsi dire.

Après avoir énoncé beaucoup de versions sur la façon dont cela s'est passé et dont cela aurait pu se passer, nous ne pouvons pas donner l'unique bonne réponse. Craignez les gens qui ont les uniques bonnes réponses. Tout ne nous est pas compréhensible. On ne comprend pas pourquoi Aharon est puni, on ne comprend pas pourquoi Moché est puni précisément pour cela, alors que pour certaines autres de ses désobéissances il n'est pas puni. On ne comprend pas pourquoi Moché ne demande pas pardon, pourquoi il accuse le peuple. Beaucoup de choses restent et resteront incompréhensibles dans cette histoire. De là une telle multitude de commentaires variés. Et il n'y a pas de commentaires faux, erronés. Il y a des commentaires que vous lisez ici et maintenant et qui peuvent vous sembler incompréhensibles et, peut-être même, étranges et absurdes.

Et Moché poursuit son activité, bien qu'il ait reçu une terrible nouvelle. Telle est la fidélité de Moché. Moché continue de conduire le peuple, continue de diriger le peuple comme si de rien n'était : quoi que dise le Très-Haut, Moché reste Son fidèle serviteur. Exactement comme il a accepté, même si c'était après des discussions, la mission de faire sortir le peuple d'Israël. Et ensuite il a peu à peu appris l'obéissance, et le Très-Haut Lui-même a témoigné à son sujet (12,7) : « Il n'en est pas ainsi de mon serviteur, Moché. Dans toute Ma maison il est fidèle (ne'emán hou) ».

Moché reste fidèle même après que la volonté du Très-Haut n'a pas coïncidé avec ce que lui-même aurait voulu. Mais que ce ne soit pas sa volonté, mais celle de Dieu qui soit faite. Et lui, Moché, servira quand même la volonté de Dieu, tant qu'il est vivant. C'est cela, peut-être, qui ne le laisse pas tomber dans la dépression. Un autre aurait déprimé plusieurs mois, un autre, peut-être, se serait mis à boire et se serait éloigné de la foi, mais Moché n'est pas ainsi, la dépression ne le prend pas si facilement. Moché croit que, quoi qu'il en soit, la mission existe, il faut conduire le peuple dans le pays d'Israël. Et Moché continue de le faire et commence même à s'occuper de politique, ce que nous lisons plus loin.

וַיִּשְׁלַח מֹשֶׁה מַלְאָכִים מִקָּדֵשׁ אֶל־מֶלֶךְ אֱדוֹם כֹּה אָמַר אָחִיךָ יִשְׂרָאֵל אַתָּה יָדַעְתָּ אֵת כָּל־הַתְּלָאָה אֲשֶׁר מְצָאָתְנוּ׃

vayichlá'h moché mal'akhím mikkadéch el-mélekh edóm ko amár a'híkha yisraél attá yadá'ta et kol-hattela'á achér metsa'átnou

14 Et Moché envoya des messagers de Kadech au roi d'Édom (avec un tel petit message) : « Ainsi a dit ton frère Israël : tu as connu toutes les mésaventures qui nous sont échues.

Qui est Édom ? C'est lui aussi un descendant d'Avraham. Et si l'on se souvient de l'alliance du Très-Haut avec Avraham, quand le Très-Haut lui a dit : « Tes descendants seront esclaves dans une terre étrangère », alors on peut comprendre que cela concernait dans la même mesure Édom aussi. Mais néanmoins, c'est précisément aux fils d'Israël qu'il est échu de porter le fardeau pour tous. Et ici Moché dit : « Tu te souviens, nous sommes, à vrai dire, allés payer pour tous. Tu es notre frère, et tu nous dois un petit quelque chose ».

וַיֵּרְדוּ אֲבֹתֵינוּ מִצְרַיְמָה וַנֵּשֶׁב בְּמִצְרַיִם יָמִים רַבִּים וַיָּרֵעוּ לָנוּ מִצְרַיִם וְלַאֲבֹתֵינוּ׃

vayeredoú avoténou mitsráyma vannéchev bemitsráyim yamím rabbím vayaré'ou lánou mitsráyim vela'avoténou

15 Nos pères sont descendus en Égypte, et nous avons habité en Égypte de nombreux jours, et les Égyptiens ont mal agi envers nous et envers nos pères.

וַנִּצְעַק אֶל־יְהוָה וַיִּשְׁמַע קֹלֵנוּ וַיִּשְׁלַח מַלְאָךְ וַיֹּצִאֵנוּ מִמִּצְרָיִם וְהִנֵּה אֲנַחְנוּ בְקָדֵשׁ עִיר קְצֵה גְבוּלֶךָ׃

vannits'ák el-adonáy vayichmá kolénou vayichlá'h mal'ákh vayotsi'énou mimmitsráyim vehinné aná'hnou vekadéch ir ketsé gevoulékha

16 Et nous avons crié (clamé) vers le SEIGNEUR, et Il a entendu notre voix, et a envoyé un ange, et nous a fait sortir d'Égypte, et voici, nous sommes à Kadech – une ville limitrophe de ta terre.

Moché dit, fait allusion : « Et souviens-toi encore, camarade Édom, que nous avons une ligne directe avec le Très-Haut. Si nous crions vers Lui, Il nous répond. Prends garde ! Peut-être devrais-tu prendre cela en considération ? Il nous a fait sortir, Il nous a déjà menés jusqu'ici. Et quelle est donc notre demande envers toi, camarade Édom ? »

נַעְבְּרָה־נָּא בְאַרְצֶךָ לֹא נַעֲבֹר בְּשָׂדֶה וּבְכֶרֶם וְלֹא נִשְׁתֶּה מֵי בְאֵר דֶּרֶךְ הַמֶּלֶךְ נֵלֵךְ לֹא נִטֶּה יָמִין וּשְׂמֹאול עַד אֲשֶׁר־נַעֲבֹר גְּבוּלֶךָ׃

na'bera-ná ve'artsékha lo na'avór besadé ouvkhérem veló nichté me ve'ér dérekh hammélekh nelékh lo nitté yamín ousmóvl ad acher-na'avór gevoulékha

17 Passons donc par ta terre ! Nous n'irons pas par le champ ni par la vigne, et nous ne boirons pas l'eau du puits, nous irons par la route principale (la grand-route) et nous ne nous en écarterons ni à droite ni à gauche, jusqu'à ce que nous ayons traversé ton territoire ».

 C'est-à-dire que nous passerons de telle façon que nous n'endommagerons ni tes semailles, ni tes vignes. Donne-nous un visa de transit, nous ne ferons que passer par ton territoire, nous ne toucherons à personne ni à rien.

וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֱדוֹם לֹא תַעֲבֹר בִּי פֶּן־בַּחֶרֶב אֵצֵא לִקְרָאתֶךָ׃

vayomer eláv edóm lo ta'avór bi pen-ba'hérev etsé likratékha

18 Et Édom lui répondit : « Non ! Tu ne passeras pas par ma terre, sinon je sortirai avec l'épée à ta rencontre ».

En d'autres termes : « Vous avez vos promesses au sujet de la terre, au sujet de tout, cela, je m'en souviens. Mais je me souviens aussi de ma promesse, celle que j'ai reçue : “Tu vivras de l'épée !” Alors, si nous parlons de promesse, mon épée – et ta tête à bas des épaules ». Les Israélites font encore une proposition :

וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל בַּמְסִלָּה נַעֲלֶה וְאִם־מֵימֶיךָ נִשְׁתֶּה אֲנִי וּמִקְנַי וְנָתַתִּי מִכְרָם רַק אֵין־דָּבָר בְּרַגְלַי אֶעֱבֹרָה׃

vayomeroú eláv bene-yisraél bamsillá na'alé ve'im-memékha nichté aní oumiknáy venatattí mikhrám rak en-davár beragláy e'evóra

19 Et les fils d'Israël lui dirent : « Nous passerons par un itinéraire précis, et si nous buvons ton eau, moi et mon bétail (si quelqu'un boit ou mange quelque chose), alors nous en donnerons le prix, nous ne ferons que passer simplement à pied ».

וַיֹּאמֶר לֹא תַעֲבֹר וַיֵּצֵא אֱדוֹם לִקְרָאתוֹ בְּעַם כָּבֵד וּבְיָד חֲזָקָה׃

vayomer lo ta'avór vayetsé edóm likrató be'ám kavéd ouv'yád 'hazaká

20 Et il dit : « Vous ne passerez pas ! ». Et Édom sortit à sa rencontre avec une grande assemblée de peuple et avec une main forte.

וַיְמָאֵן אֱדוֹם נְתֹן אֶת־יִשְׂרָאֵל עֲבֹר בִּגְבֻלוֹ וַיֵּט יִשְׂרָאֵל מֵעָלָיו׃

vayma'én edóm netón et-yisraél avór bigvouló vayét yisraél me'aláv

21 Et Édom ne laissa pas Israël passer par ses territoires, et Israël alla le contourner.

Pourquoi Édom a-t-il refusé de laisser passer Israël ? Très probablement, si Israël était passé en transit par la terre d'Édom et était entré en guerre, cela aurait signifié, de manière indirecte, qu'Édom lui-même s'engageait dans une guerre avec tous les petits et grands États de la région. Ayant pesé tous les « pour » et les « contre » et, peut-être, ayant tenu, pour ainsi dire, une réunion au niveau des rois et des chefs de gouvernement, le roi d'Édom a décidé qu'il lui était plus avantageux non seulement de ne pas conclure d'alliance avec Israël, mais, au contraire, de se dresser contre lui aux côtés des peuples de la terre. C'est précisément pour cela que le roi a rassemblé une armée et est sorti défendre le territoire. Mais pas son territoire, que personne ne menaçait : il est sorti défendre toute la région, choisissant ainsi un camp dans cette guerre. Le peuple d'Israël, de nouveau, ne va pas par le chemin direct et est contraint de faire un détour.

À la fin de notre chapitreLe mot russe employé ici peut désigner aussi bien la section hebdomadaire que le chapitre. Comme la mort de Miryam et celle d'Aharon ouvrent et ferment le chapitre 20, il est rendu par « chapitre »., nous lisons encore une histoire tragique, l'histoire de la mort d'Aharon. Comme l'a dit le Très-Haut, Aharon n'entrera pas dans le pays d'Israël, Ses paroles commencent à s'accomplir. Et nous avons un chapitre si pénible, au début duquel la sœur de Moché meurt, et à la fin duquel son frère meurt.

וַיִּסְעוּ מִקָּדֵשׁ וַיָּבֹאוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל כָּל־הָעֵדָה הֹר הָהָר׃

vayis'oú mikkadéch vayavó'ou vene-yisraél kol-ha'edá hor hahár

22 Et ils sortirent de Kadech, et les fils d'Israël, toute la communauté, arrivèrent au mont Hor.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה וְאֶל־אַהֲרֹן בְּהֹר הָהָר עַל־גְּבוּל אֶרֶץ־אֱדוֹם לֵאמֹר׃

vayomer adonáy el-moché ve'el-aharón behór hahár al-gevoúl erets-edóm lemór

23 Et le SEIGNEUR dit à Moché et à Aharon sur le mont Hor, à la frontière de la terre d'Édom, en disant :

יֵאָסֵף אַהֲרֹן אֶל־עַמָּיו כִּי לֹא יָבֹא אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר נָתַתִּי לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל עַל אֲשֶׁר־מְרִיתֶם אֶת־פִּי לְמֵי מְרִיבָה׃

ye'asséf aharón el-ammáv ki lo yavó el-ha'árets achér natátti livné yisraél al acher-meritém et-pí lemé merivá

24 « Aharon se joindra à son peuple (c'est-à-dire que le temps est venu pour Aharon de mourir, et le Très-Haut le dit ainsi directement à tous les deux), car il n'entrera pas dans le pays que J'ai donné aux fils d'Israël, parce que vous avez transgressé Ma parole à Meï-Mériva.

קַח אֶת־אַהֲרֹן וְאֶת־אֶלְעָזָר בְּנוֹ וְהַעַל אֹתָם הֹר הָהָר׃

ka'h et-aharón ve'et-el'azár benó vehá'al otám hor hahár

25 Prends Aharon et Élazar, son fils, et montez avec eux sur le mont Hor.

וְהַפְשֵׁט אֶת־אַהֲרֹן אֶת־בְּגָדָיו וְהִלְבַּשְׁתָּם אֶת־אֶלְעָזָר בְּנוֹ וְאַהֲרֹן יֵאָסֵף וּמֵת שָׁם׃

vehafchét et-aharón et-begadáv vehilbachtám et-el'azár benó ve'aharón ye'asséf oumét cham

26 Et tu ôteras à Aharon ses vêtements (il s'agit, bien sûr, des vêtements de kohen), et tu en revêtiras Élazar, son fils ; et Aharon mourra là ».

וַיַּעַשׂ מֹשֶׁה כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה וַיַּעֲלוּ אֶל־הֹר הָהָר לְעֵינֵי כָּל־הָעֵדָה׃

vayá'as moché ka'achér tsivvá adonáy vaya'aloú el-hór hahár le'ené kol-ha'edá

27 Et Moché fit comme l'avait ordonné le SEIGNEUR, et ils montèrent sur le mont Hor sous les yeux de toute la communauté.

Aharon ne doit pas simplement mourir, il doit mourir consciemment : venir au lieu de la mort, se préparer à la mort, transmettre ses fonctions à son fils, rester là et mourir. C'est, en réalité, très dur. Peut-être est-ce ce vers quoi Aharon a marché toute sa vie, et peut-être est-ce l'apogée, la quintessence de la prêtrise – la capacité de regarder la mort en face. Et dans la mort, agir comme il a été ordonné. Non seulement vivre comme il a été ordonné, non seulement faire comme il a été ordonné, mais aussi mourir comme il a été ordonné, mourir avec méthode, en observant dans les détails toutes les prescriptions liées à la mort. Encore une tragédie. De même que nous n'avons rien lu des sentiments qu'éprouvait Moché après la mort de Miryam, ici aussi nous ne lisons pour l'instant que simplement une certaine diligence de Moché. Moché fait tout comme l'a ordonné le Très-Haut.

וַיַּפְשֵׁט מֹשֶׁה אֶת־אַהֲרֹן אֶת־בְּגָדָיו וַיַּלְבֵּשׁ אֹתָם אֶת־אֶלְעָזָר בְּנוֹ וַיָּמָת אַהֲרֹן שָׁם בְּרֹאשׁ הָהָר וַיֵּרֶד מֹשֶׁה וְאֶלְעָזָר מִן־הָהָר׃

vayafchét moché et-aharón et-begadáv vayalbéch otám et-el'azár benó vayámot aharón cham beróch hahár vayéred moché ve'el'azár min-hahár

28 Et Moché ôta à Aharon ses vêtements, et il les mit sur Élazar, son fils, et Aharon mourut là, au sommet de la montagne, et Moché et Élazar descendirent de la montagne.

Tout aussi brièvement, sans solennité, avait été décrite la façon dont Moché revêtait Aharon et ses fils. Et exactement de la même façon, brièvement, sans solennité, avec une sorte de sens pratique qui frappe l'homme ordinaire, Moché ôte les vêtements d'Aharon. Nous ne lisons pas s'il y a des larmes dans ses yeux, nous ne lisons pas comment bat son cœur. Chacun peut se mettre dans cette situation, et ce n'était guère seulement du sens pratique. Et seuls eux trois savaient ce qui se passait réellement là, sur la montagne.

וַיִּרְאוּ כָּל־הָעֵדָה כִּי גָוַע אַהֲרֹן וַיִּבְכּוּ אֶת־אַהֲרֹן שְׁלֹשִׁים יוֹם כֹּל בֵּית יִשְׂרָאֵל׃

vayir'oú kol-ha'edá ki gavá aharón vayivkoú et-aharón chelochím yom kol bet yisraél

29 Et toute la communauté vit qu'Aharon était mort, et ils pleurèrent Aharon trente jours, tout le peuple d'Israël.

Trente jours, nous le savons, c'est le nombre habituel de jours de deuil. Et ici nous voyons pour la première fois le deuil de toute la communauté – ce qui n'avait pas eu lieu après la mort de Miryam. Nous voyons pour la première fois toute la communauté d'Israël affligée par la perte. Peut-être est-ce un grand témoignage de l'amour du peuple pour Aharon.

Avec une chanson à travers la vie

Bémidbar 21,1–22,1

Avec l'aide de Dieu, nous allons étudier ensemble le chapitre 21 de la section hebdomadaire 'Houkat du livre de Bémidbar. Autrefois, il y a de nombreuses années, il m'est arrivé en Israël d'aider de nouveaux immigrants venus de la CEI à s'installer. Je ne me souviens plus s'ils venaient de Russie, ou d'Ukraine, ou d'un autre endroit. Et nous faisions la queue avec eux à la banque. Devant nous se tenait un homme aux cheveux blancs, avec un chapeau noir, en lapserdak, manifestement religieux. Il se tenait là et, en se balançant légèrement, lisait un petit livre. Et mes compagnons se sont intéressés et ont demandé : « Alex, dis, s'il te plaît, qu'est-ce qu'il lit ? » J'ai regardé et j'ai dit : « Il lit le livre de Chémot. » Ils se sont tus un moment, bouleversés, et ensuite le chef de famille a demandé, si timidement : « Quoi, c'est seulement maintenant, seulement à cet âge-là qu'il s'est mis à lire le livre de Chémot, ce grand-père religieux ? » Et j'ai dû expliquer que le grand-père lit peut-être pour la soixantième, ou peut-être pour la soixante-cinquième fois le livre de Chémot, qu'il le lit chaque année, et que c'est ainsi chez nous. À quoi bon toute cette histoire ? Chaque année, nous avons de nouveau le plaisir, le bonheur, la bénédiction de relire les livres de la Torah et d'y trouver pour nous quelque chose de nouveau.

Tout au début du chapitre est rapportée une histoire courte, mais très importante et instructive. Toute cette histoire n'occupe que trois versets.

וַיִּשְׁמַע הַכְּנַעֲנִי מֶלֶךְ־עֲרָד יֹשֵׁב הַנֶּגֶב כִּי בָּא יִשְׂרָאֵל דֶּרֶךְ הָאֲתָרִים וַיִּלָּחֶם בְּיִשְׂרָאֵל וַיִּשְׁבְּ מִמֶּנּוּ שֶׁבִי׃

vayichma hakkena'aní melekh-arád yochev hannégev ki ba yisraél dérekh ha'atarím vayillá'hem beyisraél vayíchbe mimménou chévi

1 Et le Cananéen, roi d'Arad, qui habitait dans le Néguev (ou au sud), entendit qu'Israël passait par Atarim, et il sortit, et il combattit contre Israël, et il prit de lui des captifs.

 Un certain nombre d'Israélites, nous ne savons pas s'il était grand ou petit, est tombé en captivité. Apparemment, la bataille n'a pas été très heureuse pour l'armée d'Israël.

וַיִּדַּר יִשְׂרָאֵל נֶדֶר לַיהוָה וַיֹּאמַר אִם־נָתֹן תִּתֵּן אֶת־הָעָם הַזֶּה בְּיָדִי וְהַחֲרַמְתִּי אֶת־עָרֵיהֶם׃

vayiddár yisraél néder ladonáy vayomár im-natón tittén et-ha'ám hazzé beyadí veha'haramtí et-arehém

2 Et Israël fit un serment au SEIGNEUR, et dit : « Si Tu donnes ce peuple entre mes mains, leurs villes (tout ce qui est en elles), je Te les consacrerai ».

Selon la bonne (ou pas très bonne) tradition de ces temps-là, les villes conquises étaient, naturellement, livrées au pillage. On pillait leurs dépôts militaires, leurs sanctuaires, eh bien, et à quoi bon le cacher, on pillait tout ce qu'on pouvait, et on le partageait entre les guerriers et les chefs militaires. Ici Israël dit : « Si Tu nous donnes ces villes, alors nous, ce que nous trouverons dans ces villes, nous Te le consacrerons entièrement. Nous n'avons besoin de rien. Nous avons besoin d'une seule victoire. Nous voulons libérer nos captifs ».

וַיִּשְׁמַע יְהוָה בְּקוֹל יִשְׂרָאֵל וַיִּתֵּן אֶת־הַכְּנַעֲנִי וַיַּחֲרֵם אֶתְהֶם וְאֶת־עָרֵיהֶם וַיִּקְרָא שֵׁם־הַמָּקוֹם חָרְמָה׃

vayichmá adonáy bekól yisraél vayittén et-hakkena'aní vaya'harém ethém ve'et-arehém vayikrá chem-hammakóm 'hormá

3 Et le SEIGNEUR entendit la voix d'Israël, et livra les Cananéens entre les mains des Israélites, et furent consacrés et eux-mêmes, et leurs villes au Très-Haut, et ce lieu commença à s'appeler 'Horma.

 L'une des significations de la racine 'het-rech-mem dans le nom du lieu 'Horma est consacrer, mettre à part pour le Très-Haut (comme dans le verbe leha'hrim). Cette racine a aussi d'autres significations, par exemple, dans le mot 'hérem (anathème – exclusion de la communauté, ou destruction totale, anéantissement). Mais dans ce cas il s'agit de la consécration au Très-Haut, du côté positif de cette racine.

Donc, voilà pour vous un passage de trois versets. L'histoire d'une attaque et de la revanche qu'a prise Israël. Il y a ici deux problèmes, l'un d'eux est géographique : nous ne savons pas très bien où se trouve cet Arad. Aujourd'hui, en Israël, il y a une ville d'Arad, qui se trouve entre Béer-Chéva et la mer Morte, il m'est arrivé d'y vivre, une ville merveilleuse, belle, mais ce n'est pas elle. Cet Arad-là était, apparemment, beaucoup, beaucoup plus au sud. Il y a aussi un problème historique. En réalité, nous ne savons pas quand ces événements se sont produits. Peut-être s'agit-il d'une période plus tardive, de la période de Choftim, où effectivement nous lisons la description d'une histoire semblable (Choftim 1,17). Cette question, se la pose le célèbre commentateur de la Torah et, en général, grand savant juif Nahmanide, Rabbi Moché ben Na'hman (Ramban). Et il dit qu'il y a ici une sorte d'ajout. On peut le comprendre ainsi : il est écrit ici une certaine prophétie pour l'avenir, Moché a consigné ce qui allait se produire dans l'avenir. Mais le Ramban a écrit cela dans une langue si compliquée qu'on peut comprendre aussi autrement. On peut comprendre que certains scribes ont inséré ces deux versets après la période de Choftim, pour montrer comment l'affaire s'est terminée. C'est ainsi qu'a compris Nahmanide un autre commentateur juif, Abarbanel (une personnalité très connue, il a vécu au moment de l'expulsion des Juifs d'Espagne, un homme qui était ministre des Finances à la cour de la reine d'Espagne et, comme on dit, était un personnage très intéressant). Il était très indigné par le commentaire du Ramban : « Il en résulte donc que, dans notre Torah, quelqu'un, aussi saint soit-il, pouvait insérer certains détails et certains versets, et alors nous n'avons pas une Torah, mais un recueil de folklore populaire. On ne comprend absolument pas comment considérer cela ». Peut-être, comme le pensent les savants modernes, Abarbanel a-t-il mal compris le Ramban, et le Ramban parlait tout de même d'une prophétie consignée. Mais on peut supposer aussi que tous ces événements se sont réellement produits à l'époque de Moché et que plus tard ils se sont simplement répétés.

Posons-nous la question : et pourquoi la Torah nous raconte-t-elle cela ? Voici des détails intéressants que l'on peut relever. Quand Moché envoie les explorateurs, ce sont eux les hatarím – ceux qui explorent, enquêtent sur le Pays (du verbe latoúr). Nous en avons parlé au chapitre 13. Ici, au verset 1, Israël va dérekh ha'atarím (par le chemin des explorateurs). Le mot s'écrit un peu autrement, mais sonne de la même façon. C'est-à-dire que le nom du lieu (Atarim) fait écho à l'histoire qui s'est produite auparavant. Et on peut le comprendre comme une allusion. Les premiers traducteurs de la Torah interprétaient justement ainsi ce fragment, ils lisaient le mot comme hatarím (explorateurs). Selon cette version, le roi a compris justement qu'Israël allait par le chemin des explorateurs, et il a décidé de l'attaquer. Et c'est pour nous la première allusion au sens de l'histoire. Et voici la deuxième. Le récit du chapitre 14, au verset 45, se termine par la défaite des Israélites dans un lieu qui s'appelle 'Horma, ici aussi nous lisons à ce sujet. Et une troisième allusion, peut-être. Ici il est écrit que le Très-Haut entendit la voix d'Israël (vayichmá adonáy bekól yisraél), et là-bas (14,41) il est écrit qu'Israël n'écouta pas la voix du Très-Haut.

Tout cela ensemble ressemble à ce qu'il s'agit d'une correction. Comment savoir qu'un homme qui a péché en quelque chose s'est corrigé ? C'est facile à savoir si l'homme, se retrouvant devant la même épreuve, la surmonte, et dans une situation semblable ne commet plus un tel péché. Et ainsi, dans notre cas, il s'est produit une correction. Au lieu d'aller combattre par lui-même ou de prendre la fuite, cette fois le peuple d'Israël a crié vers le Très-Haut, a conclu avec le Très-Haut une alliance au sujet de cette guerre. C'est un tournant très important dans l'histoire. Pour longtemps ? Eh bien, apparemment, pas pour longtemps.

Nous lisons à partir du verset 4 déjà une autre histoire.

וַיִּסְעוּ מֵהֹר הָהָר דֶּרֶךְ יַם־סוּף לִסְבֹב אֶת־אֶרֶץ אֱדוֹם וַתִּקְצַר נֶפֶשׁ־הָעָם בַּדָּרֶךְ׃

vayis'oú mehór hahár dérekh yam-soúf lisbóv et-érets edóm vattiktsár nefech-ha'ám baddárekh

4 Et ils partirent du mont Hor par le rivage de la mer, autour du pays d'Édom (c'est-à-dire qu'ils allèrent par un grand arc), et l'âme du peuple se raccourcit en chemin.

Littéralement, vattiktsár nefech signifie l'âme s'est trouvée courte. Qu'est-ce que cela signifie ? On peut faire une analogie avec un homme qui manque de souffle. Il comptait parcourir une distance plus courte, il a fallu marcher plus longtemps, et le second souffle ne vient pas. Le peuple a été lâché par son « coffre ». Nous disons du Très-Haut qu'Il est érekh apáyim (longanime, aux longues narines). Il y a aussi l'expression érekh roúa'h (longueur d'esprit) à propos d'un homme qui considère quelque chose avec tolérance. La locution katsár néfech (âme courte) désigne précisément l'impatience de l'âme, charnelle. Et le résultat de cette impatience devient de nouveau le murmure.

וַיְדַבֵּר הָעָם בֵּאלֹהִים וּבְמֹשֶׁה לָמָה הֶעֱלִיתֻנוּ מִמִּצְרַיִם לָמוּת בַּמִּדְבָּר כִּי אֵין לֶחֶם וְאֵין מַיִם וְנַפְשֵׁנוּ קָצָה בַּלֶּחֶם הַקְּלֹקֵל׃

vaydabbér ha'ám belohím ouvmoché lamá he'elitoúnou mimmitsráyim lamoút bammidbár ki en lé'hem ve'én máyim venafchénou kátsa ballé'hem hakkelokél

5 Et le peuple parla contre Dieu et contre Moché : « Pourquoi nous avez-vous fait sortir d'Égypte, pour mourir dans le désert ? Car il n'y a pas de pain et il n'y a pas d'eau, et notre âme en a assez de ce pain méprisable ».

Combien de fois avons-nous déjà entendu cette question ?! Nous voyons encore une expression avec le mot néfech (âme). Cette fois néfech katsá, du mot katsé (fin, bord), c'est-à-dire notre âme est arrivée à la limite, s'est épuisée, il n'y a plus la force de supporter. Ce pain est désigné par le mot hakkelokél, que l'on peut traduire par méprisable, honteux, par convenant aux animaux. Le mot lekalél signifie injurier, maudire, le mot lekalkél –abîmer, endommager. Les commentateurs qui essaient de préserver l'élévation du ton disent que hakkelokél – c'est le pain le plus léger, un pain peu calorique, du mot kál (léger). C'est un pain qui est entièrement assimilé, après lequel il n'est pas nécessaire d'aller quelque part faire ses besoins, qui est assimilé tout entier, sans reste, et c'est précisément cela qui est devenu lassant. Mais le parler populaire du peuple indique plus probablement ce pain méprisable. Dans une variante plus dure, on peut traduire cela aussi par pain maudit. D'une manière ou d'une autre, le peuple s'indigne. Qu'est-ce que c'est ? De nouveau nous voyons cette absence de gratitude. Le mot yehoudí (juif, judéen) est lié à la gratitude. Du nom de Yéhouda (maintenant je vais remercier le Très-Haut) Léa a appelé son quatrième fils. Le Judéen, c'est celui qui est capable d'être reconnaissant, c'est l'une des propriétés du Judéen. Mais quand la gratitude se perd, des problèmes commencent dans la vie.

וַיְשַׁלַּח יְהוָה בָּעָם אֵת הַנְּחָשִׁים הַשְּׂרָפִים וַיְנַשְּׁכוּ אֶת־הָעָם וַיָּמָת עַם־רָב מִיִּשְׂרָאֵל׃

vaychallá'h adonáy ba'ám et hanne'hachím hasserafím vaynachekhoú et-ha'ám vayámot am-ráv miyisraél

6 Et le SEIGNEUR envoya sur le peuple des serpents qui piquent, et ils mordaient le peuple, et beaucoup parmi le peuple d'Israël moururent.

Le mot sérafim en russe désigne une certaine espèce d'anges, et cela au singulier, tandis qu'au pluriel c'est sérafimy. En hébreu, le mot saraf, c'est celui qui brûle, celui qui a une langue brûlante, qui pique, une sous-espèce de serpents qui piquent. Le singulier saraf, le pluriel – srafim. Dans le Tanakh, il y a des êtres célestes qui s'appellent aussi srafim, comme des serpents à six ailes. Mais ici il s'agit d'une sous-espèce de serpents. C'est pourquoi une certaine indignation – Pourquoi le Très-Haut a dit de faire un saraf, et Moché a fait un serpent ? – n'est pas tout à fait de mise. Ainsi donc, le Très-Haut a envoyé sur le peuple d'Israël des serpents qui piquent. Le peuple murmure, et pendant ce temps les serpents s'avancent sur le peuple.

Yits'hak Karo, l'auteur du livre Toldot Yits'hak, nomme quatre raisons pour lesquelles le Très-Haut a envoyé précisément des serpents. La première raison : le serpent était ce camarade qui, le premier dans l'histoire, a prononcé du lachon ha-ra (médisance). Le serpent disait à 'Hava que Dieu ne veut tout simplement pas qu'ils soient comme Lui, ne veut tout simplement pas de concurrents, et que c'est pour cela qu'Il leur a interdit de manger le fruit. Bref, le premier camarade médisant, c'est le serpent, c'est pourquoi est venu celui qui est le père fondateur de la médisance, et il demandera des comptes à celui qui prononce la médisance. Deuxièmement : le midrach dit que le serpent n'est pas capable de distinguer les goûts. Tout ce qu'il goûte a pour lui le goût de la terre, comme c'est écrit chez Yéchayahou : « Ta nourriture, c'est la poussière ». Effectivement, le serpent a une particularité si intéressante. Tout le monde a sans doute vu comment sa langue s'agite devant le serpent. La langue du serpent, c'est à la fois son nez et son détecteur de goût. Elle prélève constamment des échantillons dans l'atmosphère, revient à l'intérieur, se presse contre le haut du palais, contre ce qu'on appelle l'organe de Jacobson (voilà, d'ailleurs, oui, dans la bouche du serpent il y a un organe nommé en l'honneur du Juif danois Ludwig Levin Jacobson. Même dans la bouche du serpent un Juif s'est faufilé), et cet organe de Jacobson analyse le goût. C'est-à-dire que le serpent sent non pas le goût de ce qu'il mange, mais le goût de ce qu'il reconnaît. Le serpent n'a pas d'organes de l'ouïe, le serpent est sourd, il n'entend rien du tout. Le serpent voit aussi très mal, c'est-à-dire que du côté de la vue aussi, il a un sérieux souci. Le moyen d'orientation du serpent, c'est sa langue, et l'organe portant le nom de Ludwig Levin Jacobson, qui est dans sa bouche, contre lequel il presse la langue, lui communique le goût de ce qu'il mange. Mais pendant qu'il mange, il ne ressent pas lui-même ce goût, il n'a pas de récepteurs gustatifs sur la langue. Et c'est pourquoi on peut dire ainsi que toute sa nourriture a le goût de la poussière. Et voilà que ce même serpent qui ne distingue pas les goûts devient l'instrument de punition pour les gens qui ont dit : « Ce pain ne nous est pas savoureux », lequel, comme le dit le midrach, pouvait avoir différents goûts selon le désir de celui qui le mangeait. La troisième raison : le serpent tue avec la langue. Que celui qui tue avec la langue punisse et donne une leçon à ceux qui, avec la langue, se creusent leur tombe, qui disent : « Nous savons, la vie et la mort sont au pouvoir de la langue ». La quatrième raison est la plus simple : dans le désert, il y a de manière générale beaucoup de serpents. Le peuple d'Israël, tant qu'il se trouvait sous la protection du Très-Haut, était protégé de ces serpents. Quand la colère du Très-Haut s'est enflammée, la protection est tombée, et il a simplement été permis aux serpents d'attaquer Israël, le Très-Haut a donné le signal aux serpents.

C'est pour nous aussi une leçon particulière. Quand quelque chose nous attaque, quand il nous arrive quelque chose, nous demandons : « Pourquoi ? Pourquoi cela nous arrive-t-il ? » Mais parfois, peut-être, vaut-il la peine de se poser la question : « Pourquoi cela ne nous est-il pas arrivé plus tôt ? » et de remercier le Très-Haut de ce qu'auparavant Il nous a gardés de ce fléau.

Quoi qu'il en soit, les serpents se sont mis à attaquer Israël, et il y eut bon nombre de morts. Le peuple d'Israël, il faut le dire, a cette fois vite tout compris et est revenu à la raison.

וַיָּבֹא הָעָם אֶל־מֹשֶׁה וַיֹּאמְרוּ חָטָאנוּ כִּי־דִבַּרְנוּ בַיהוָה וָבָךְ הִתְפַּלֵּל אֶל־יְהוָה וְיָסֵר מֵעָלֵינוּ אֶת־הַנָּחָשׁ וַיִּתְפַּלֵּל מֹשֶׁה בְּעַד הָעָם׃

vayavó ha'ám el-moché vayomeroú 'hatánou ki-dibbárnou vadonáy vavákh hitpallél el-adonáy veyassér me'alénou et-hanna'hách vayitpallél moché be'ád ha'ám

7 Et le peuple vint vers Moché, et ils dirent : « Nous avons péché en ce que nous avons parlé contre Dieu et contre toi, prie le SEIGNEUR, et Il retirera de nous ces serpents ! » Et Moché pria pour le peuple.

De nouveau, l'humilité de Moché attire l'attention, lui qui n'a pas dit : « Eh bien, voilà ! » et n'a même pas prononcé la phrase du dessin animé sur le chat Léopold : « Les gars, vivons en amis ! » Moché va simplement et prie, comme on le lui avait demandé. On aurait pu supposer que le Très-Haut dirait simplement : « Bien ! Je t'ai entendu, Moché. Je suis content que le peuple se soit ravisé, Je suis content que le peuple se soit repenti ». Et qu'ensuite Il dirait : « Dans vos trous, serpents ! Retournez chacun à votre place ». Mais le Très-Haut agit autrement, et c'est, très probablement, pour que la leçon soit réellement apprise et comprise par chaque homme individuellement, dans toute situation critique pour lui.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה עֲשֵׂה לְךָ שָׂרָף וְשִׂים אֹתוֹ עַל־נֵס וְהָיָה כָּל־הַנָּשׁוּךְ וְרָאָה אֹתוֹ וָחָי׃

vayomer adonáy el-moché assé lékha saráf vesím otó al-nés vehayá kol-hannachoúkh vera'á otó va'háy

8 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Fais-toi un serpent qui pique et suspends-le (élève-le) sur une perche, et il arrivera : quiconque est mordu (celui que le serpent a déjà mordu) regardera ce saraf (ce serpent qui pique) et vivra.

 Ici, il est important que le Très-Haut ne protège personne des morsures, personne n'en reçoit de protection. L'homme doit se garder lui-même, faire attention à lui d'une manière ou d'une autre, pour ne pas être mordu. Mais si malgré tout il est mordu, alors il a un chemin vers le salut. C'est précisément l'homme que le serpent a déjà mordu, qui a conscience d'être frappé, de pouvoir mourir, c'est précisément face à la mort, comme un fait déjà presque accompli, qu'il peut regarder le serpent et survivre. Ce n'est pas une protection contre la morsure. C'est une protection contre la mort par suite de la morsure. C'est un détail très important.

וַיַּעַשׂ מֹשֶׁה נְחַשׁ נְחֹשֶׁת וַיְשִׂמֵהוּ עַל־הַנֵּס וְהָיָה אִם־נָשַׁךְ הַנָּחָשׁ אֶת־אִישׁ וְהִבִּיט אֶל־נְחַשׁ הַנְּחֹשֶׁת וָחָי׃

vayá'as moché ne'hách ne'hóchet vaysiméhou al-hannés vehayá im-nachákh hanna'hách et-ích vehibbít el-ne'hách hanne'hóchet va'háy

9 Et Moché fit un serpent de cuivre, et le plaça (l'éleva) sur une perche, et il arriva : si un serpent mordait quelqu'un, il pouvait regarder le serpent de cuivre et rester en vie.

Pourquoi Moché a-t-il fait le serpent de cuivre ? Eh bien, il s'est dit : « Puisqu'il est na'hach (serpent), il sera de né'hochet (cuivre) », par assonance, c'est-à-dire.

Voilà donc une telle histoire. En réalité, derrière ce serpent, il fallait voir la Parole de Dieu, c'est ce que disent les commentateurs. Quand l'homme regardait le serpent et comprenait que voilà, cette correction, elle se produit selon la Parole de Dieu, voyait derrière cela la Parole de Dieu, alors il survivait. C'est-à-dire que ce n'est pas le serpent lui-même, bien sûr, qui sauvait, mais c'est la Parole de Dieu qui sauvait.

Ensuite vient une telle section géographique. Et nous ne savons pas très bien où se trouvent tous ces lieux.

וַיִּסְעוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּחֲנוּ בְּאֹבֹת׃

vayis'oú bené yisraél vaya'hanoú be'ovót

10 Et le peuple d'Israël se mit en route, et s'arrêta dans le lieu appelé Ovot (l'homophone avot signifie pères).

וַיִּסְעוּ מֵאֹבֹת וַיַּחֲנוּ בְּעִיֵּי הָעֲבָרִים בַּמִּדְבָּר אֲשֶׁר עַל־פְּנֵי מוֹאָב מִמִּזְרַח הַשָּׁמֶשׁ׃

vayis'oú me'ovót vaya'hanoú be'iyé ha'avarím bammidbár achér al-pené mo'áv mimmizrá'h hachámech

11 Et ils sortirent d'Ovot, et arrivèrent au lieu qui s'appelle Iyé-Avarim, dans le désert face à Moav, du côté du lever du soleil.

On peut traduire le nom par terre désolée ou lieu abandonné des passages. À vrai dire, presque tous les commentateurs disent qu'ils ne savent pas pourquoi ce lieu s'appelle ainsi.

מִשָּׁם נָסָעוּ וַיַּחֲנוּ בְּנַחַל זָרֶד׃

michám nassá'ou vaya'hanoú bená'hal záred

12 De là, ils se mirent en route et s'arrêtèrent près du torrent de Zared.

Le torrent de Zared (selon la plupart des versions), c'est le torrent qui s'appelle aujourd'hui El-Hasi, qui se jette du côté sud-est dans la mer Morte.

מִשָּׁם נָסָעוּ וַיַּחֲנוּ מֵעֵבֶר אַרְנוֹן אֲשֶׁר בַּמִּדְבָּר הַיֹּצֵא מִגְּבוּל הָאֱמֹרִי כִּי אַרְנוֹן גְּבוּל מוֹאָב בֵּין מוֹאָב וּבֵין הָאֱמֹרִי׃

michám nassá'ou vaya'hanoú me'éver arnón achér bammidbár hayotsé miggevoúl ha'emorí ki arnón gevoúl mo'áv ben mo'áv ouvén ha'emorí

13 Là, ils s'établirent sur la rive du torrent d'Arnon, dans le désert, qui sort de la frontière des Amoréens, car l'Arnon est la frontière de Moav, entre Moav et entre les Amoréens.

עַל־כֵּן יֵאָמַר בְּסֵפֶר מִלְחֲמֹת יְהוָה אֶת־וָהֵב בְּסוּפָה וְאֶת־הַנְּחָלִים אַרְנוֹן׃

al-kén ye'amár beséfer mil'hamót adonáy et-vahév besoufá ve'et-hanne'halím arnón

14 À ce sujet il est dit dans le Livre des guerres du SEIGNEUR : Vahev bessoufa et les sources (torrents) de l'Arnon.

Selon la plupart des chercheurs, il a réellement existé un Livre des guerres (des batailles) du SEIGNEUR (séfer mil'hamot Adonaï), de même que le Livre du juste (séfer hayachar), qui, malheureusement, ne se sont pas conservés, ne sont pas parvenus jusqu'à nous. Ces Livres sont des recueils de poésie guerrière ancienne, ils célébraient le passé guerrier du peuple d'Israël. Aujourd'hui il existe un livre qui s'appelle séfer hayachar, mais il n'a aucun rapport avec ce Livre-là, l'ancien, il porte simplement le même nom, c'est un livre médiéval. Bien que beaucoup prétendent que c'est bien lui, le trouvent quelque part et disent : « Voilà, voilà, nous l'avons trouvé ! » Non, pour l'instant, malheureusement, personne ne l'a trouvé.

Et la deuxième partie de ce verset renvoie, très probablement, à des chapitres ou à des titres de poèmes du Livre des batailles du SEIGNEUR, perdu pour nous, et nous ne pouvons pas dire ce que cela signifie, ces titres : vahev bessoufa (peut-être le nom d'un certain lieu Vahev, qui est à Soufa) et na'halim arnon (les sources ou les torrents de l'Arnon). Apparemment, il s'agit ici de renvois à certains poèmes du Livre perdu des batailles du SEIGNEUR.

וְאֶשֶׁד הַנְּחָלִים אֲשֶׁר נָטָה לְשֶׁבֶת עָר וְנִשְׁעַן לִגְבוּל מוֹאָב׃

ve'éched hanne'halím achér natá lechévet ar venich'án ligvoúl mo'áv

15 Les torrents qui coulent dans les lits des rivières (remplissent les lits qui s'assèchent pendant la saison chaude) dévient vers (le village d') Ar et touchent aux confins de Moav.

וּמִשָּׁם בְּאֵרָה הִוא הַבְּאֵר אֲשֶׁר אָמַר יְהוָה לְמֹשֶׁה אֱסֹף אֶת־הָעָם וְאֶתְּנָה לָהֶם מָיִם׃

oumichám be'éra hi habbe'ér achér amár adonáy lemoché essóf et-ha'ám ve'ettená lahém mayim

16 Et de là ils allèrent vers le puits (ou la source) ; c'est ce même puits dont le SEIGNEUR a dit à Moché : « Rassemble là le peuple, Je lui donnerai de l'eau ».

אָז יָשִׁיר יִשְׂרָאֵל אֶת־הַשִּׁירָה הַזֹּאת עֲלִי בְאֵר עֱנוּ־לָהּ׃

az yachír yisraél et-hachirá hazzót alí ve'ér enou-lá

17 Et alors le peuple d'Israël chanta ce chant : « Monte, eau du puits, et chantez-lui en chœur :

Le cantique est une forme particulière pour glorifier le Très-Haut. Le midrach parle de dix cantiques : neuf d'entre eux sont mentionnés dans le Tanakh, et le dixième chant est un chant nouveau, que l'on chantera au Machia'h. Dans la Torah, nous lisons trois cantiques. Le cantique de Moché lors du passage de la mer Rouge, quand la chanson est chantée et par Moché, et par Israël. Le cantique dans ce verset, que nous lisons maintenant, c'est le cantique près du puits ou le chant au puits, que chante Israël, mais que ne chante pas Moché. Et la troisième chanson, c'est le cantique de Moché Haazínou hachamaim (Prêtez l'oreille, cieux…), tout à la fin de sa vie, en son dernier jour, quand chante Moché, mais ne chante pas Israël.

Le cantique est chanté après un grand, grandiose miracle qui s'est produit. L'homme qui a vécu un miracle et a pris conscience du miracle chante un chant au Très-Haut. Quand nous parlons de dix cantiques, nous avons en vue des chansons à l'échelle du peuple, un cantique commun du peuple (le cantique personnel, bien sûr, est une question à part), qui est lié au miracle, lié à la capacité du peuple de parler et de remercier.

Quand nous nous souvenons de la création du monde, nous disons que le monde a été créé par Dix Dires, comme il est écrit : « Et Dieu dit… Et Dieu dit… Et Dieu dit… » Dieu dit, et cela peut ne pas sous-entendre d'auditeur. On peut dire aussi quand il n'y a personne autour, et c'est bien ainsi que c'était : il n'y avait pas d'auditeur qui aurait entendu les Paroles de Dieu. Mais à partir du moment où Dieu a rendu Adam vivant, Adam n'est pas devenu simplement une âme vivante, Adam est devenu un homme parlant, comme il est écrit à ce sujet dans le Targoum. Le mot vivant, le Targoum le traduit par parlant, Adam est devenu un être parlant. Parlant, cela veut dire aussi pensant : car nous pensons, vous et moi, avec des mots, nous pensons dans la langue que nous parlons, notre parole nous permet de penser. Et c'est pourquoi les Dix Commandements, donnés plus tard, sont parallèles aux Dix Dires par lesquels le monde a été créé. Mais ce ne sont déjà plus les Dix Dires, ce sont déjà les Dix Parlers (asséret hadibrot). Je peux dire que je converse seulement quand j'ai un interlocuteur.

Les cantiques, c'est un cas rare où tout le peuple peut répondre au miracle. C'est la réplique en réponse de tout le peuple à la révélation du davár (logos), de la Parole de Dieu, du Dire de Dieu, adressé à l'homme. Quand la Parole qui était au commencement se révèle au peuple, alors se produit un miracle, et le peuple peut y répondre. Alors naît aussi le cantique de tout le peuple comme réaction au miracle, à la révélation de la Parole divine. Car qu'est-ce qu'un miracle ? Le miracle, c'est l'intervention du Créateur dans la création, quand l'ordre établi dans la création change. Pour qui ? Pour ceux qui sont fidèles au Créateur. Et ce n'est déjà plus imrá (un dire), ce n'est déjà plus le SEIGNEUR dit, mais le SEIGNEUR parlait par des miracles avec Son peuple. Cette même Parole qui était au commencement n'est pas adressée au monde en train d'être créé, mais elle est adressée aux hommes, au peuple, pour que le peuple change. La réaction de la création à la révélation de la Parole de Dieu, quand le peuple reflète et comme renvoie cette Parole au Très-Haut, c'est cela justement le cantique. Comme si l'esprit s'était accru, comme si l'homme ne parlait déjà plus seulement par son seul esprit, mais tout le peuple parle par l'esprit Saint en cantique.

Et ici le peuple d'Israël chante un chant sur le puits. C'est le puits qui chante en soliste, et aux chœurs, en accompagnement, il y a tout le peuple d'Israël. Il y a une tradition selon laquelle les eaux du puits de Yaakov montaient à sa rencontre, les eaux du puits montaient à la rencontre de leur maître. C'est ce que la Samaritaine a demandé à Yéchoua : « Es-tu donc comme notre Patriarche, Yaakov, pour que tu puisses sans puisoir, sans seau tirer l'eau du puits ? Est-ce qu'elle montera donc à ta rencontre ? » Ici le peuple dit : « Monte, puits, et nous te chanterons ! » Mais ce n'est pas simplement un puits, c'est un puits étonnant avec une histoire étonnante.

בְּאֵר חֲפָרוּהָ שָׂרִים כָּרוּהָ נְדִיבֵי הָעָם בִּמְחֹקֵק בְּמִשְׁעֲנֹתָם וּמִמִּדְבָּר מַתָּנָה׃

be'ér 'hafaroúha sarím karoúha nedivé ha'ám bim'hokék bemich'anotám oumimmidbár mattaná

18 C'est le puits qu'ont creusé les dirigeants du peuple avec le sceptre et avec leur bâton, et du désert c'est un don.

Nous pouvons sans peine reconnaître les héros de cette chanson. Le puits, c'est le puits où le Très-Haut a ordonné à Moché de rassembler les gens. Les grands et les princes, ce sont Moché et Aharon ; le sceptre et le bâton, c'est aussi compréhensible. Mais comment Moché et Aharon ont-ils creusé le puits avec des sceptres et des bâtons ? On peut dire que la Torah est comparée à l'eau, et pas simplement à l'eau. La Torah est comparée à l'eau qui précédait le troisième jour de la création, quand toute l'eau s'est rassemblée en un seul lieu. La Torah, c'est l'eau répandue sur toute la terre, comme la gloire de Dieu. Le deuxième jour, le Très-Haut a séparé l'eau qui est au-dessus du rakía (voûte) de l'eau qui est sous la voûte. L'eau est l'unique substance de la matière qui n'a pas de forme propre. Elle prend toujours la forme de ce dans quoi elle se trouve. Le midrach, la tradition dit que la forme de l'eau, sa vraie forme, est gardée là-haut. Quand le peuple d'Israël « crée » le puits et quand du puits s'ouvre l'eau, c'est cette même eau à laquelle la Torah est comparée, c'est l'eau qui coule des sources qui existaient avant le premier jour de la création. La révélation de cette eau, c'est la révélation de la Torah dans le monde.

C'est pourquoi il y a une si grande bénédiction pour ce puits, c'est pourquoi la Torah chante en soliste, et tous les autres ne font que répéter et reprendre ce que dit la Torah. Tous les autres ne chantent que le refrain devant la Torah, parce que la Torah est l'eau la plus parfaite. L'hymne au puits, c'est l'hymne à la révélation de la Torah, c'est aussi l'apogée de la compréhension mutuelle du peuple et du Très-Haut, quand le peuple remercie le Très-Haut : après les serpents, après toutes les punitions, après toutes les histoires, surgit la bénédiction. Le peuple bénit le puits, bénit la Torah, bénit aussi les serviteurs qui ont creusé le puits avec cette Torah, ont donné la bénédiction de la Torah aux âmes désertiques, ont répandu l'eau sur les terres désertiques. C'est la prise de conscience, la téchouvá (repentir) du peuple et la glorification du Très-Haut pour tous les miracles qui ont été accomplis par Lui.

Il est intéressant que l'expression oumimmidbár mattaná, que nous avons traduite par du désert c'est un don puisse se traduire géographiquement, comme la suite du déplacement du peuple : du désert – à Matan. Très probablement, la chanson conserve ce double sens : et le fait que nous partons vers un lieu nommé Matan, et le fait que ce puits, le désert l'a donné en don, que le Très-Haut a incité le désert à donner ce puits en don. Par cela, en somme, se termine la chanson, et ensuite se poursuit le voyage d'Israël.

וּמִמַּתָּנָה נַחֲלִיאֵל וּמִנַּחֲלִיאֵל בָּמוֹת׃

oumimmattaná na'haliél ouminna'haliél bamot

19 Et de Matana – à Na'hliël (part d'héritage du SEIGNEUR, si l'on traduit le nom), et de Na'hliël – Bamot (le nom se traduit par hauteurs).

וּמִבָּמוֹת הַגַּיְא אֲשֶׁר בִּשְׂדֵה מוֹאָב רֹאשׁ הַפִּסְגָּה וְנִשְׁקָפָה עַל־פְּנֵי הַיְשִׁימֹן׃

oumibbamót haggáy achér bisdé mo'áv roch happisgá venichkáfa al-pené haychimón

20 De Bamot – vers la vallée qui est dans les champs moabites, vers le sommet tourné vers la terre désolée.

Voilà l'itinéraire qui s'est présenté, avec des points géographiques pas toujours compréhensibles, mais nous n'allons pas maintenant les approfondir. Et le peuple d'Israël poursuit ses tentatives de règlement politique de son entrée dans le pays.

וַיִּשְׁלַח יִשְׂרָאֵל מַלְאָכִים אֶל־סִיחֹן מֶלֶךְ־הָאֱמֹרִי לֵאמֹר׃

vayichlá'h yisraél mal'akhím el-si'hón melekh-ha'emorí lemór

21 Et Israël envoya des messagers à Si'hon, roi amoréen, en disant :

אֶעְבְּרָה בְאַרְצֶךָ לֹא נִטֶּה בְּשָׂדֶה וּבְכֶרֶם לֹא נִשְׁתֶּה מֵי בְאֵר בְּדֶרֶךְ הַמֶּלֶךְ נֵלֵךְ עַד אֲשֶׁר־נַעֲבֹר גְּבֻלֶךָ׃

e'berá ve'artsékha lo nitté besadé ouvkhérem lo nichté me ve'ér bedérekh hammélekh nelékh ad acher-na'avór gevoulékha

22 « Laisse-moi passer par ton pays. Nous ne nous écarterons pas dans un champ ou dans une vigne, nous ne boirons pas l'eau d'un puits, nous passerons par la route royale, jusqu'à ce que nous ayons traversé toutes tes frontières.

Exactement de la même façon qu'en son temps le peuple d'Israël avait parlé avec le roi d'Édom (20,17), avec la même demande il s'adresse au roi amoréen : laissez-nous simplement passer, donnez-nous un visa de transit à travers votre pays, nous n'avons besoin de rien d'autre. Mais le roi Si'hon lui aussi, comme le roi d'Édom, a réagi de façon totalement inadéquate.

וְלֹא־נָתַן סִיחֹן אֶת־יִשְׂרָאֵל עֲבֹר בִּגְבֻלוֹ וַיֶּאֱסֹף סִיחֹן אֶת־כָּל־עַמּוֹ וַיֵּצֵא לִקְרַאת יִשְׂרָאֵל הַמִּדְבָּרָה וַיָּבֹא יָהְצָה וַיִּלָּחֶם בְּיִשְׂרָאֵל׃

velo-natán si'hón et-yisraél avór bigvouló vaye'essóf si'hón et-kol-ammó vayetsé likrát yisraél hammidbára vayavó yáh'tsa vayillá'hem beyisraél

23 Et Si'hon ne permit pas à Israël de passer par ses frontières, Si'hon rassembla tout son peuple et sortit à la rencontre d'Israël dans le désert, et il vint dans le lieu qui s'appelle Yahats, et il combattit contre Israël.

וַיַּכֵּהוּ יִשְׂרָאֵל לְפִי־חָרֶב וַיִּירַשׁ אֶת־אַרְצוֹ מֵאַרְנֹן עַד־יַבֹּק עַד־בְּנֵי עַמּוֹן כִּי עַז גְּבוּל בְּנֵי עַמּוֹן׃

vayakkéhou yisraél lefi-'hárev vayirách et-artsó me'arnón ad-yabbók ad-bené ammón ki az gevoúl bené ammón

24 Et Israël le frappa par l'épée, et s'empara de son pays depuis l'Arnon jusqu'au Yabok, jusqu'aux Ammonites, parce que forte était la frontière des Ammonites.

Dans cette bataille, la victoire était de notre côté, et vers Amon, Israël n'est pas encore allé.

וַיִּקַּח יִשְׂרָאֵל אֵת כָּל־הֶעָרִים הָאֵלֶּה וַיֵּשֶׁב יִשְׂרָאֵל בְּכָל־עָרֵי הָאֱמֹרִי בְּחֶשְׁבּוֹן וּבְכָל־בְּנֹתֶיהָ׃

vayikká'h yisraél et kol-he'arím ha'élle vayéchev yisraél bekhol-aré ha'emorí be'hechbón ouvkhol-benotéha

25 Et Israël s'empara de toutes ces villes, et Israël peupla toutes les villes amoréennes, 'Hechbon et toutes ses banlieues (villes satellites, littéralement – toutes ses filles).

כִּי חֶשְׁבּוֹן עִיר סִיחֹן מֶלֶךְ הָאֱמֹרִי הִוא וְהוּא נִלְחַם בְּמֶלֶךְ מוֹאָב הָרִאשׁוֹן וַיִּקַּח אֶת־כָּל־אַרְצוֹ מִיָּדוֹ עַד־אַרְנֹן׃

ki 'hechbón ir si'hón mélekh ha'emorí hi vehoú nil'hám bemélekh mo'áv harichón vayikká'h et-kol-artsó miyadó ad-arnón

26 Car 'Hechbon, c'était la ville de Si'hon, roi amoréen, et lui avait combattu contre le premier roi moabite et avait pris toutes ses terres jusqu'à l'Arnon entre ses mains.

 C'est-à-dire que c'était une ville-trophée de Si'hon, roi amoréen, dont Si'hon était très fier.

עַל־כֵּן יֹאמְרוּ הַמֹּשְׁלִים בֹּאוּ חֶשְׁבּוֹן תִּבָּנֶה וְתִכּוֹנֵן עִיר סִיחוֹן׃

al-kén yomeroú hammochelím bóou 'hechbón tibbané vetikkonén ir si'hón

27 Et à ce sujet les conteurs de paraboles disent : « Venez à 'Hechbon ! Vous verrez comment se bâtit et s'aménage la ville de Si'hon !

Et ensuite, chose étonnante, suit une légende amoréenne sur la glorieuse prise de l'ancienne ville moabite de 'Hechbon, une sorte de « Dit de la campagne d'Igor » amoréen. La Torah cite un poème consacré à la fierté nationale des Amoréens, tous les chantres de cour auprès du roi Si'hon le louaient ainsi.

כִּי־אֵשׁ יָצְאָה מֵחֶשְׁבּוֹן לֶהָבָה מִקִּרְיַת סִיחֹן אָכְלָה עָר מוֹאָב בַּעֲלֵי בָּמוֹת אַרְנֹן׃

ki-éch yatse'á me'hechbón lehavá mikkiryát si'hón akhelá ar mo'áv ba'alé bamót arnón

28 Car un feu est sorti de 'Hechbon et une flamme est sortie de Si'hon, et elle a dévoré Ar-Moav, ceux qui habitaient sur les hauteurs de l'Arnon.

Certains disent que la flamme dont il est question ici est un certain complot que le roi Si'hon avait monté dans la ville de 'Hechbon et à cause duquel la ville est tombée.

אוֹי־לְךָ מוֹאָב אָבַדְתָּ עַם־כְּמוֹשׁ נָתַן בָּנָיו פְּלֵיטִם וּבְנֹתָיו בַּשְּׁבִית לְמֶלֶךְ אֱמֹרִי סִיחוֹן׃

oy-lekhá mo'áv avádta am-kemóch natán banáv peletím ouvnotáv bachevít lemélekh emorí si'hón

29 Malheur à toi, Moav, il a péri, le peuple de Kémoch (divinité nationale que les Moabites adoraient), il a fait de ses fils des réfugiés, et de ses filles des captives du roi amoréen Si'hon.

וַנִּירָם אָבַד חֶשְׁבּוֹן עַד־דִּיבוֹן וַנַּשִּׁים עַד־נֹפַח אֲשֶׁר עַד־מֵידְבָא׃

vannirám avád 'hechbón ad-divón vannachím ad-nófa'h achér ad-medevá

30 Et nous, nous les avons criblés de traits, et 'Hechbon a péri jusqu'à Divon, et nous l'avons dévasté jusqu'à Nofa'h, qui est (près) de Médva ».

 Voilà un tel hymne sur la glorieuse victoire des Amoréens sur Moav que composaient pour le roi Si'hon ses poètes de cour. Mais celui qui compose bien les hymnes, c'est celui qui compose les hymnes le dernier. Pour les Amoréens, cela n'a pas marché : ils ont attaqué Israël, en refusant le processus de paix, et ils ont reçu une chiquenaude retentissante sur le nez amoréen. Et Israël, par conséquent, s'est établi dans ces villes qui étaient l'objet de la fierté nationale des Amoréens.

וַיֵּשֶׁב יִשְׂרָאֵל בְּאֶרֶץ הָאֱמֹרִי׃

vayéchev yisraél be'érets ha'emorí

31 Et Israël s'établit dans le pays des Amoréens.

וַיִּשְׁלַח מֹשֶׁה לְרַגֵּל אֶת־יַעְזֵר וַיִּלְכְּדוּ בְּנֹתֶיהָ וַיִּירֶשׁ )וַיּוֹרֶשׁ( אֶת־הָאֱמֹרִי אֲשֶׁר־שָׁם׃

vayichlá'h moché leraggél et-ya'zér vayilkedoú benotéha vayorech et-ha'emorí acher-chám

32 Et Moché envoya des explorateurs, pour faire une reconnaissance à Yazér, et ils prirent les faubourgs de cette ville, et ils chassèrent les Amoréens qui étaient là.

Il y a différentes opinions quant à l'endroit où se trouve ce lieu. Selon des calculs approximatifs, c'est à 10-15 kilomètres de Rabat Amon.

Ainsi donc, Israël commence à mener les premières guerres victorieuses, nous lisons au sujet des premières victoires du peuple d'Israël.

וַיִּפְנוּ וַיַּעֲלוּ דֶּרֶךְ הַבָּשָׁן וַיֵּצֵא עוֹג מֶלֶךְ־הַבָּשָׁן לִקְרָאתָם הוּא וְכָל־עַמּוֹ לַמִּלְחָמָה אֶדְרֶעִי׃

vayifnoú vaya'aloú dérekh habbachán vayetsé og melekh-habbachán likratám hou vekhol-ammó lammil'hamá edré'i

33 Et ils tournèrent, et ils allèrent par le Bachan, et Og, roi du Bachan, sortit à leur rencontre, lui et tout son peuple, pour la guerre à Édréï.

 Le roi du Bachan, c'est vraiment une personnalité légendaire. Sur lui, on peut raconter beaucoup de choses, et nous raconterons encore, nous parlerons encore de lui, quand nous étudierons le livre de Dévarim.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה אַל־תִּירָא אֹתוֹ כִּי בְיָדְךָ נָתַתִּי אֹתוֹ וְאֶת־כָּל־עַמּוֹ וְאֶת־אַרְצוֹ וְעָשִׂיתָ לּוֹ כַּאֲשֶׁר עָשִׂיתָ לְסִיחֹן מֶלֶךְ הָאֱמֹרִי אֲשֶׁר יוֹשֵׁב בְּחֶשְׁבּוֹן׃

vayomer adonáy el-moché al-tirá otó ki veyadekhá natátti otó ve'et-kol-ammó ve'et-artsó ve'assíta lo ka'achér assíta lessi'hón mélekh ha'emorí achér yochév be'hechbón

34 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Ne le crains pas ! Car en tes mains Je l'ai livré, lui et tout le peuple, et son pays, et tu feras de lui comme tu as agi envers Si'hon, roi des Amoréens, qui habitait à 'Hechbon ».

וַיַּכּוּ אֹתוֹ וְאֶת־בָּנָיו וְאֶת־כָּל־עַמּוֹ עַד־בִּלְתִּי הִשְׁאִיר־לוֹ שָׂרִיד וַיִּירְשׁוּ אֶת־אַרְצוֹ׃

vayakkoú otó ve'et-banáv ve'et-kol-ammó ad-biltí hich'ir-ló saríd vayirechoú et-artsó

35 Et ils le frappèrent, lui et tous ses fils, et tout son peuple, si bien qu'il ne resta de lui aucun reste (pas un seul survivant ne resta de ce peuple), et ils prirent possession de sa terre.

Pour conclure, lisons le verset 1 du chapitre 22 :

וַיִּסְעוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּחֲנוּ בְּעַרְבוֹת מוֹאָב מֵעֵבֶר לְיַרְדֵּן יְרֵחוֹ׃

vayis'oú bené yisraél vaya'hanoú be'arvót mo'áv me'éver leyardén yere'hó

1 Et les fils d'Israël se mirent en mouvement, et s'arrêtèrent dans les steppes de Moav, de l'autre côté du Jourdain, en face de Jéricho.

Eh bien, qui demandait là : « Je lis et j'attends, quand donc viendront les joies ? » Voilà les premières joies dans le livre de Bémidbar.

Des serpents, des serpents tout autour

Dans la section hebdomadaire 'Houkat, il y a beaucoup d'histoires intéressantes, mais dans cet entretien nous nous concentrerons sur l'une d'elles. C'est l'histoire du serpent, ou du serpent de cuivre, ou des serpents – bref, nous parlerons des reptiles.

Lisons l'histoire elle-même (ce sont les versets 4–9 du chapitre 21), pénétrons un peu plus profondément dans la traduction et, peut-être, apprendrons-nous pour nous-mêmes quelque chose de nouveau.

4. Du mont Hor ils partirent par le chemin de la mer Rouge, pour contourner la terre d'Édom, et le peuple se mit à devenir pusillanime en chemin.

Ainsi donc, ils partirent du mont Hor (or signifie lumière). Le peuple descend de la montagne de la Lumière, descend jusqu'à la mer Rouge, littéralement – jusqu'à la mer des Roseaux (yam Souf). Et dans le mot souf on entend clairement sof (fin), à l'écrit les mots ne diffèrent que par la vocalisation de la lettre du milieu, vav. C'est-à-dire que le peuple est descendu des plus hautes hauteurs jusque dans les plus basses profondeurs. Pourquoi sont-ils descendus, pourquoi sont-ils allés par le chemin de la mer ? Pour contourner la terre d'Édom. Et le peuple se mit à devenir pusillanime en chemin, littéralement – se raccourcit (n'atteignit pas) l'âme du peuple en chemin. Il y a une telle expression : « avoir les mains courtes » pour faire quelque chose. Chez le peuple, les âmes sont devenues courtes, et à cause de cette « âme courte » le peuple s'est mis à parler contre Dieu et Moché.

5. Et le peuple parla contre Dieu et Moché : « Pourquoi nous avez-vous fait sortir d'Égypte, pour que nous mourions dans le désert ? Car ici il n'y a ni pain, ni eau, et notre âme a pris en dégoût ce pain misérable ! »

Une question se pose : vous, c'est qui ? Eh bien, vous, c'est Dieu et Moché ensemble, un tel petit couple, qu'on appelle dans le peuple une « bande ». C'est-à-dire : ils ont là le man (qui, comme le dit le midrach, prend tous les goûts), ils ont de l'eau – bref, un menu de campagne, mais nourrissant, ils n'ont pas vraiment de quoi se plaindre, semble-t-il, n'est-ce pas ? Et l'« âme courte » du peuple conduit à la situation suivante.

6. Et le SEIGNEUR envoya sur le peuple des serpents venimeux, qui piquaient le peuple, et une multitude parmi les fils d'Israël moururent.

Que font les Juifs ? Ils comprennent : quelque chose a mal tourné, quelque chose ne s'est pas passé comme il fallait, et ils viennent vers Moché.

7. Et le peuple vint vers Moché, et dit : « Nous avons péché en ce que nous avons parlé contre le SEIGNEUR et contre toi ; prie le SEIGNEUR, pour qu'Il éloigne de nous les serpents ». Et Moché pria le SEIGNEUR pour le peuple.

Remarquez : si auparavant ils associaient le SEIGNEUR et Moché : « Vous, là, tous les deux », maintenant il s'est produit un discernement, il s'est produit une séparation : « Nous avons péché contre le SEIGNEUR et contre toi ». Moché, ayant entendu qu'on lui demandait pardon, bien qu'on n'ait même pas dit « pardonne », mais qu'on ait simplement reconnu le péché, pardonne au peuple pour sa part et déjà se tient, prie pour le peuple devant le Très-Haut.

8. Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Fais-toi un serpent (saraf) et dresse-le sur un étendard (ou sur une haute perche), et le mordu le regarda (véhabit), et il restera en vie ».

Le mot saraf, ce n'est pas tout à fait un serpent, c'est quelque chose de rampant, de lacertiforme, de cracheur de feu, disons ainsi.

9. Et Moché fit un serpent de cuivre (né'hach né'hochet), et le dressa sur l'étendard, et, quand un serpent piquait un homme, celui-ci, en regardant le serpent de cuivre, restait en vie.

Premièrement, dans l'ordre de Dieu il n'y avait pas le mot de cuivre (né'hochet), Moché a décidé lui-même de faire le serpent en cuivre. Étonnant, n'est-ce pas ? Deuxièmement, il n'a pas fait un saraf, mais un na'hach (et voilà, na'hach signifie déjà littéralement serpent).

Dans cette histoire, il y a beaucoup de choses incompréhensibles. Premièrement, on ne comprend pas pourquoi le pain a paru répugnant au peuple ? Pourquoi s'est produite cette association de Moché et de Dieu ? Pourquoi précisément les serpents sont-ils devenus la punition ? Pourquoi Dieu a ordonné de faire un saraf, et Moché a fait un na'hach, et pourquoi le na'hach était-il de cuivre ? Et comment tout cela fonctionne-t-il ? Toute l'histoire est pleine de choses incompréhensibles, toute l'histoire est énigmatique, et nous essaierons tout doucement d'y voir clair.

Rabbi Chlomo Yits'haki (Rachi), le célèbre commentateur juif, écrit son commentaire, somme toute, pour les gens les plus, les plus débutants, et il dit ainsi : « Quand ils ont dit : vous nous avez fait sortir, pourquoi vous nous avez fait sortir, ils ont mis sur le même plan l'esclave et le Maître, cela s'est embrouillé chez eux, la chaîne de la hiérarchie s'est rompue, la chaîne du lien s'est rompue ». Pourquoi les serpents sont-ils devenus la punition ? Rachi dit ainsi : « Le serpent, qui jadis a été puni pour la médisance, punira ceux qui répandent la médisance ». C'est-à-dire que si vous dites une calomnie sur le SEIGNEUR, une calomnie sur Moché, alors viendra celui qui pour cela a déjà pris des coups, qui pour cela a déjà été puni – le serpent, et il vous punira pour la médisance. Comme nous nous en souvenons, l'une des malédictions adressées au serpent était : « Et tu mangeras la poussière tous les jours de ta vie » Dans la nature, tout ce que le serpent mange a le même goût – le goût de la poussière, de quelque chose qui n'est pas bon, il n'a pas de récepteurs du goût (bien que la Torah, bien sûr, ne soit pas un manuel de zoologie). Et celui pour qui toutes les sortes de nourriture ont un seul goût punira les ingrats, qui ont le man, lequel possède (comme le dit le midrach) différents goûts. Ainsi sont indiquées certaines méthodes de traitement : celui qui est déjà passé par la punition pour la médisance à l'intérieur de la punition pour la séduction devient l'instrument de la punition pour la médisance à l'intérieur de la punition pour l'ingratitude.

Ensuite, encore une explication que donne Rachi. Il dit qu'il n'avait pas été ordonné à Moché de fabriquer le serpent en cuivre, mais Moché a dit : « Le Saint, béni soit-Il, l'a appelé na'hach (serpent), je le ferai en né'hochet (cuivre) ». Na'hach (serpent) et né'hochet (cuivre), ce sont des mots de même racine. Ici est employée l'une des règles de compréhension du texte de la Torah, qui s'énonce ainsi : lachon nofel al lachon (la langue tombe sur la langue). L'essence de cette règle consiste, en remplaçant dans le passage analysé un mot ou une expression par un autre, semblable par le son, à faire apparaître une autre facette du sens de la notion. Dans la langue de Rachi, on peut le comprendre ainsi, comme c'est rapporté ici. Rachi continue d'expliquer et dit : « Pourquoi fallait-il regarder le serpent ? Nos sages disaient : le serpent ne fait pas mourir et ne conserve pas la vie. Quand les fils d'Israël dirigeaient leur regard vers le haut et élevaient leurs cœurs vers leur Père céleste, ils étaient guéris, et sinon – ils dépérissaient. S'ils regardaient le serpent et voyaient la Parole, alors ils étaient guéris ».

Un autre commentateur juif, Rabbi Moché ben Na'hman, Nahmanide (Ramban), dit : « C'est une voie connue dans la Torah que, souvent, ce qui a causé le dommage, ce qui apportait le mal, est la guérison du mal ».

Entre parenthèses, disons que dans notre section hebdomadaire aussi nous voyons que la guérison au moyen de la vache rousse (para adouma) est le contrepoids, l'antiphase du veau d'or : elle aussi est rousse, dorée, on la brûle elle aussi, comme le veau, et il y a encore beaucoup de parallèles. Comme le dit ce même Rachi : si un enfant a fait des bêtises, pour nettoyer derrière lui on appelle sa maman. Ici, on peut dire de manière imagée que la vache rousse, c'est une sorte de femelle du veau d'or, seulement déjà fabriquée selon l'ordre divin.

Ainsi donc, le Ramban dit : « Ce qui cause un dommage peut aussi guérir le dommage, ce qui apporte la maladie peut guérir de cette maladie ». Ici, nous voyons une chose très intéressante : de nombreux siècles après le Ramban, le médecin juif Samuel Hahnemann a inventé un système fondé sur l'ancien principe similia similibus curantur (le semblable se soigne par le semblable) –l'homéopathie : ce qui cause du tort à l'homme peut aussi lui apporter du bien.

Ensuite, Nahmanide dit que si un homme a un jour été piqué par un serpent, après cela il éprouve une certaine peur des serpents (c'est l'aspect spirituel selon le Ramban), il a déjà peur du mot même « serpent ». Il a tellement peur qu'il vaut mieux ne pas lui parler du tout des serpents, selon le principe : de même que dans la maison d'un pendu on ne parle pas de corde, de même dans la maison de celui qui a été mordu par un serpent on ne parle pas de serpents. Et ensuite le Ramban dit : « S'il en est ainsi, c'est précisément par le serpent, précisément par ce redoublement-là, na'hach né'hochet, par ce qui effraie le plus l'homme, ce qui lui semble le plus terrible, c'est précisément par cela que l'homme était guéri et voyait que ce n'est pas le serpent qui importe ici, mais qu'importe la volonté du Créateur, qui soit s'accomplit, soit ne s'accomplit pas ». C'est ainsi que le comprend le Ramban. Répétons encore une fois. Le Ramban dit : « Si un serpent a mordu un homme et qu'il a peur des serpents, alors la guérison de la morsure du serpent peut être un serpent qui est envoyé, cette fois, par la volonté du Très-Haut. Voir dans le serpent la volonté de Dieu, voir dans l'instrument de la punition la volonté de Dieu – en cela est déjà la délivrance ».

Maintenant, essayons de comprendre la signification du mot né'hochet (cuivre). Pourquoi précisément le cuivre, qu'est-ce que le cuivre et que porte en lui le cuivre ? Il y a trois propriétés du cuivre dont j'aimerais parler.

Premièrement. Chez Yéchayahou (48,4) nous lisons : « Je sais que tu es obstiné, et que dans ton cou les tendons sont de fer, et ton front – de cuivre (oumits'hakha né'houcha) ». Le mot né'hichout signifie audace conséquente, obstination audacieuse, action avec assurance, il a la même racine, noun-'het-chin, que le mot na'hach (serpent), et à son tour c'est de là que vient la notion de métsa'h né'houcha (front de cuivre).

Pour pénétrer encore plus profondément dans le mot né'hochet (cuivre), tournons-nous vers le verset 2 du chapitre 27 du livre de Chémot, où il est dit : « Et fais des cornes aux quatre angles de celui-ci (de l'autel), de sorte que les cornes sortent de lui, et recouvre-le de cuivre ». L'autel est revêtu, couvert de cuivre, il a un revêtement de cuivre. Rachi (encore une fois) explique : « Recouvre-le de cuivre, pour expier l'insolence, le “front de cuivre”, comme il est dit : et ton front de cuivre ». Qu'est-ce que cela signifie au juste ? Comment le cuivre peut-il expier l'insolence ? Supposons qu'un homme a péché, a fait quelque chose de pas très bien (ce dont il n'est ensuite pas très fier) et pense : « Voilà, maintenant je vais prendre un agneau, et j'irai avec lui à Jérusalem, et je m'approcherai avec lui de l'autel, et tout le monde verra que j'apporte un sacrifice pour le péché. Et les gens diront : “Ah, toi, espèce d'enseignant de malheur” ou “Ah, toi, espèce de boulanger de malheur ! Qu'est-ce que tu as fait ? Il doit avoir quelque péché ! Allez, allez, condamnons-le, montrons-le du doigt” ». Et l'homme, naturellement, peut avoir honte d'aller là où le péché est guéri. Je connais des gens qui devaient apporter à leur travail un certificat du dispensaire vénérologique. C'étaient des gens tout à fait sains, normaux, et ils avaient honte d'y entrer, pour que les gens ne pensent pas : « Et pourquoi entrons-nous donc dans un tel endroit ? » C'est désagréable, d'autant plus quand il s'agit de l'autel, car on n'y apporte pas un sacrifice simplement pour se faire contrôler. Et il faut une certaine audace conséquente pour venir au Temple avec ce sacrifice.

Si nous lisons ces chapitres du livre de Chémot où est racontée la construction du Michkan, nous verrons que dans la Tente d'assignation tout ce qui est lié à l'obstination, à l'union, tout ce qui nous donne l'obstination dans le monde extérieur, la fermeté dans notre manière de tenir debout – tout cela est lié au cuivre. À l'intérieur – l'or, à l'intérieur est gardée la Chose sainte du SEIGNEUR, à l'intérieur – la sainteté. À l'extérieur – le cuivre, comme symbole de l'obstination, symbole d'un mouvement en avant progressif, entêté, audacieux, qui ne regarde à rien, tenace. Et les agrafes de cuivre (Chémot 26,11), qui assemblent le Michkan en un tout unique, unissent pour ainsi dire le peuple, c'est ce même entêtement audacieux, enfantin.

Deuxièmement. Nous connaissons encore une histoire – celle des femmes qui ont fait un don pour la Tente d'assignation, ont apporté à Moché leurs petits miroirs de cuivre, des petites choses précieuses. La Torah dit (Chémot 38,8) : « Et il fit la cuve de cuivre (hakiyor né'hochet) et son socle de cuivre avec les miroirs des (femmes) attroupées, qui s'attroupaient à l'entrée de la Tente d'assignation ». Et voici ce que dit le commentaire : « Les filles d'Israël avaient des miroirs de cuivre, dans lesquels elles se regardaient quand elles se paraient. Et même cela, elles l'ont apporté sans hésiter en offrande volontaire pour la Tente d'assignation ». Les femmes pouvaient avoir des doutes. Premièrement, le petit miroir, lui, coûte cher, et un autre, le mari pourrait bien ne pas l'acheter, surtout dans le désert, où les boutiques Dior se font rares : voilà, je donne mon petit miroir, et dans quoi vais-je me regarder quand je me maquillerai ? Ça, c'est premièrement. Deuxièmement, il y a une certaine gêne : le petit miroir, c'est quelque chose de si personnel, intime, et cela peut paraître impur à quelqu'un. Puis-je apporter pour ce qui est saint ce qui m'aide à être belle, ce avec quoi je me maquille, je me pomponne ? Mais les femmes ont surmonté et le premier et le second doute et ont apporté ces miroirs qui étaient les leurs en offrande volontaire pour la Tente d'assignation.

Le commentaire dit aussi (c'est un midrach qui décrit Moché dans ce cas comme un simple homme) : « Ces miroirs de cuivre inspiraient du dégoût à Moché : pouah, ce sont toutes sortes de futilités de femmes (des « utilités », les femmes n'en ont pas du tout, elles n'ont toujours que des futilités), et celles-ci, en plus, sont liées à la beauté. Et d'ailleurs, comment a-t-on pu penser apporter une telle chose pour le Michkan ? Vous auriez encore fait don de rouge à lèvres pour les kohanim et de poudre pour les lévites ! » Je rappelle que nous lisons maintenant un midrach qui décrit certaines relations, certains états qui peuvent exister chez l'homme. Le midrach ne prétend pas à l'historicité de la conversation – il décrit une réalité psychologique, disons ainsi. Et ensuite : « Le Très-Haut dit à Moché : “Prends ! Prends ces miroirs, car ils Me sont plus chers que toutes les autres offrandes !” Ces miroirs sont plus chers au Très-Haut que toutes les autres offrandes, parce que grâce à eux les femmes ont produit en Égypte de nombreuses armées ». Imaginez-vous : le mari, esclave égyptien, est parti au travail pour six heures du matin. Il façonne des briques d'argile comme ça jusqu'à dix heures du soir environ, avec une pause d'une demi-heure pour le déjeuner et une pause de dix minutes pour l'information politique – c'est tout ce qu'il a. Le soir, il rentre à la maison (comme le chantait un barde soviétique connu : « Tu rentres à la maison – et là, c'est toi qui es assise »). Et la femme, entre-temps, s'est pomponnée, s'est embellie, s'est maquillée et lui montre dans le miroir : « Regarde, regarde comme je suis belle ! Regarde comme je suis bien, moi, la tienne ! » Ainsi, les femmes attiraient à elles les hommes, pour que des enfants naissent, bien que les hommes fussent très fatigués. Et, plus encore, les femmes prenaient en plus le déjeuner avec elles, le leur traînaient au travail, pendant cette fameuse demi-heure les nourrissaient d'omelette, leur faisaient boire du sorbet, et en même temps se paraient, et montraient dans le miroir : « Regarde comme je suis bien ! » Ainsi, entre deux occupations, étaient conçus les enfants juifs. C'est de cela que parle le midrach, et il cite Chir haChirim (8,5) : « Sous le pommier je t'ai éveillé ». Et les miroirs sont appelés « miroirs des armées », parce que les femmes font la guerre à ce monde à l'aide de leurs miroirs. Et c'est d'eux, selon la Torah, précisément de ces miroirs de cuivre qu'ont été faits la cuve (hakiyor) pour l'ablution des kohanim et son socle. Tandis que le socle de l'autel, et l'autel de cuivre lui-même, et sa grille sont eux aussi faits de cuivre, mais d'autres offrandes d'élévation. C'est ainsi qu'interprète Rabbi Tan'houma (midrach Tan'houma). Ainsi donc, de quoi s'agit-il ici ? Encore une des significations de la notion de né'hochet, encore un des sens – c'est le reflet de l'homme. Dieu a donné aux femmes la beauté, pour qu'elles la montrent aux hommes dans le miroir. Et on peut comprendre que Dieu S'est révélé, en créant l'homme à Son image, pour nous montrer un certain reflet vers lequel nous tendrions.

Il y a encore une, troisième propriété du cuivre. Nous lirons à ce sujet dans la section hebdomadaire Balak, nous lirons l'histoire de Bil'am, qui tantôt s'apprête, tantôt ne s'apprête pas à maudire le peuple d'Israël, se tourmente, est déchiré par ses pensées, mais vient tout de même maudire le peuple. Et au verset 1 du chapitre 24 il est écrit : « Bil'am vit qu'il plaisait au SEIGNEUR de bénir Israël, et il n'alla pas, comme auparavant, pour la sorcellerie (likrat né'hachim, c'est-à-dire qu'il n'alla pas vers les serpents). Les mots divination, sorcellerie, prédiction pour un court terme s'appellent en hébreu ni'houch, de nouveau la même racine noun-'het-chin que dans le mot na'hach (serpent). On peut faire un parallèle avec les mots russes gad et gadat' : gad – serpent, vipère, le mot gadat' signifie prédire quelque chose du futur proche.

Le Ramban explique que le ména'hech (devin) voit les choses du futur proche, essaie de hâter, d'annoncer l'avenir avant qu'il n'arrive. Encore une fois, citons une chanson : « Que dire, les gens sont ainsi faits, ils veulent savoir ce qui sera ». Dans le livre de Kohélet (10,20) il est dit : « Même dans tes pensées ne médis pas du roi, et dans tes chambres ne médis pas du riche, car l'oiseau du ciel annonce la parole (la tienne), et l'aile rapporte le discours (le tien) ». Il y a une telle compréhension (selon les midrachim) que d'après le vol, d'après le chant d'un oiseau on peut prédire l'avenir, il y avait une telle tradition divinatoire en Orient, les gens pratiquaient tout cela largement. On peut s'adresser à un oiseau et demander : « Combien de prédications non prononcées me reste-t-il encore ? Dis-le, coucou, chante-le. Dois-je rester ici ou partir en voyage missionnaire ? Dois-je être baptiste ou charismatique ? » Dans le Coran, il y a une ligne intéressante : Allah dit : « Au cœur de chaque homme nous avons attaché un oiseau ». Les Arabes, souvent, ne comprennent pas du tout de quoi il s'agit là. Or il s'agit du fait que les gens tiraient des présages du vol des oiseaux – ici, dans le pays d'Israël, et dans tout l'Orient. Dieu essaie de frapper à la porte et de dire : « Tout cela vient du cœur humain, il ne faut pas pratiquer la divination ». La divination, le désir de savoir ce qui sera, n'est pas une abomination devant le Très-Haut, mais c'est une occupation interdite. Il est interdit de pratiquer la divination, il est interdit de s'adresser aux devins. Les devins sont de deux types : il y a le ména'hech, dont nous avons déjà parlé – celui qui prédit l'avenir proche. Et il y a le kossem (magicien, enchanteur) – c'est celui qui observe déjà les processus globaux, une sorte de devin-stratège ; voilà ce qui est vraiment déjà une abomination devant le Très-Haut, c'est déjà le mekhachef (sorcier).

Ainsi donc, en résumant, nous pouvons dire que la signification de na'hach né'hochet, c'est à la fois l'obstination, l'entêtement, c'est aussi l'attrait, la création de la possibilité d'attirer à soi quelqu'un ou quelque chose, la révélation de l'attrait, c'est aussi le désir d'attirer l'avenir, de jeter un regard dans l'avenir.

Maintenant, examinons encore un aspect, revenons au tout début et essayons de nouveau de lire et de commenter le texte.

Ainsi donc, les Juifs descendent du mont Hor (de la montagne de la Lumière) vers le bas, vers la mer Rouge (vers la mer de la Fin), et l'âme du peuple s'est raccourcie, le peuple n'atteint pas quelque chose. Et pourquoi sont-ils descendus ? Pour contourner la terre d'Édom. Imaginez seulement : le peuple a été tiré d'Égypte, l'Égypte a été détruite avec une énorme quantité d'effets spéciaux à la hauteur desquels les films d'horreur ne sont pas encore parvenus, l'Égypte gît dans la poussière. Le peuple a senti le soutien le plus puissant du Très-Haut. Et soudain, sur ce fond même, a lieu un tel dialogue imaginaire. On leur dit : « Contournez la terre d'Édom ». – « Attends, Très-Haut ! Et pourquoi ne peut-on pas couvrir ce satané Édom de malheur d'un tapis de bombes ou leur brûler là-bas au napalm deux ou trois villages, pour que nous puissions passer tout droit ? Nous descendons à l'instant de la montagne de la Lumière et voilà que nous nous mettons à contourner quelque chose là-bas ! Attends, SEIGNEUR, Tu es avec nous ou non ? » Comme l'a dit Philippe (Év. Yo'hanan 14,8) : « Montre-nous le Père, et cela suffit pour nous ». Et ici, c'est la même pensée : « Nous sommes ici, semble-t-il, avec Dieu, et notre pain (le man)… et qu'est-ce que notre pain ? Il est, d'un côté, merveilleux, et d'un autre côté, il est ordinaire. Nous devons ici contourner quelqu'un quelque part ? On en a assez ! Vivons de façon miraculeuse ! We want Moshiach now! Délivrez-nous d'urgence, maintenant ! La délivrance – maintenant ! Assez de tourner autour du pot ! » Voilà ce que, au fond, dit le peuple : le peuple veut l'avenir aujourd'hui. Le peuple ne veut pas le pain d'aujourd'hui aujourd'hui, le peuple veut le pain de demain, d'après-demain, le pain des jours à venir tout de suite. Ils ne peuvent pas comprendre la séparation entre Moché et Dieu (vous êtes bien là tous les deux, Moché s'est mélangé avec Dieu, le terrestre s'est mélangé avec le céleste), ils ne peuvent pas séparer leur service de la présence de Dieu. Et de ce désir de presser les choses, de ce qu'ils ne voient pas tout le dessein de Dieu, naît chez eux une âme courte. Et l'âme courte engendre l'aigreur envers tous et la médisance. Pourquoi l'homme devient-il médisant ? Il n'accepte pas que tout soit sous le contrôle de Dieu, que le SEIGNEUR réparera tout en son temps. Et c'est pourquoi il veut venir lui-même et dénoncer, il veut venir lui-même et exprimer sa colère envers quelqu'un, et cela engendre la médisance. Le peuple veut précipiter les événements… le serpent aussi essayait, d'une manière ou d'une autre, de précipiter là quelque chose. L'un des péchés du peuple, c'est le péché d'impatience. L'impatience engendre l'ingratitude, la colère, elle engendre le dénigrement. Or l'impatience vient du manque de confiance dans le fait que tout est entre les mains du Très-Haut. Et quand nous n'avons pas cela dans la foi, alors notre pain est un pain gâté, notre nourriture est une nourriture gâtée, et ce que nous faisons aujourd'hui, nos tâches d'aujourd'hui ne nous plaisent pas. C'est ce qui est lié à la notion de na'hach (serpent).

Maintenant, il reste une dernière question. Bien, le na'hach né'hochet (serpent de cuivre), c'est ce qu'a fait Moché. Mais qu'est-ce que le saraf, ce même saraf que Dieu a ordonné de faire ? Et on ne comprend pas comment il s'est fait que Dieu ait dit de faire un saraf, et que Moché ait fait un na'hach ?

Le mot saraf, nous le rencontrons chez le prophète Yéchayahou. Le prophète Yéchayahou dit (6,6) : « J'ai vu l'un des srafim (un saraf), qui avec des pinces avait pris sur l'autel un tison de charbon ardent (une sorte de petit pâté, de petit biscuit, pourrait-on dire, de charbon) et me l'a déposé dans ma bouche ». La traduction araméenne (le Targoum) explique ce qu'est ce petit biscuit : c'est la Parole de Dieu. Le saraf monte en haut et prend le charbon sur l'autel (la Parole), vient et brûle la médisance, brûle tout ce qui est impur dans l'homme et dépose dans l'homme la Parole de Dieu. C'est une sorte d'être spirituel, qui ressemble à la fois à un ange et à un serpent, qui prend avec des pinces, pour ne pas se brûler, les petits biscuits brûlants de la Parole de Dieu sur l'autel et les apporte, les dépose dans la bouche des prophètes – de ceux qui parlent, de ceux dont la parole a été mise en accord avec la Parole de Dieu. Les parallèles avec Yéchoua, je pense, sont visibles et évidents.

Ce qu'on ne comprend pas alors, c'est seulement pourquoi Moché fait malgré tout un na'hach ? Parce que, dans ce cas, le na'hach, de même que le saraf, est destiné à déposer dans la bouche des gens la Parole de Dieu. C'est-à-dire que le Très-Haut a dit à Moché de faire un « déposeur » de la Parole de Dieu, à la manière de ce que le saraf dépose dans la bouche du prophète sous une forme comestible – la langue tombe sur la langue. Moché a fait une incarnation de la Parole de Dieu (de ce petit charbon-là), il l'a faite sur la terre sous la forme d'un na'hach (serpent). Et sous la forme de la Parole de Dieu, le na'hach est élevé au-dessus de tout le peuple d'Israël. Et voici le miracle : celui qui l'a regardé (habit), celui-là est guéri, comme le dit le commentaire : « Il est guéri s'il voit en lui la Parole de Dieu », s'il voit qu'à travers lui se révèle la Parole de Dieu. On peut comparer avec le verset 10 du chapitre 12 du livre du prophète Zékharya : « Et ils regarderont (véhibitou) vers Celui Qu'on a transpercé » – ici est employé ce même verbe léhabit (regarder, contempler).

Ainsi donc, première compréhension : le na'hach est appelé à corriger l'obstination : cette obstination à cause de laquelle l'homme pèche, il la dirige vers l'obstination à suivre le plan de Dieu. Toute son impatience, qui semblait une faiblesse, soudain se révèle. Le Rav Kook écrit admirablement à ce sujet dans une lettre : « Et le fait que le Très-Haut ne délivre pas Israël instantanément, mais que la délivrance se produise goutte à goutte, progressivement – c'est une méga-démonstration de la force divine ». La né'hichout, c'est la capacité de se tenir avec constance dans son salut, pour que l'âme ne se raccourcisse pas, comme il est écrit dans notre section hebdomadaire ; c'est une rallonge de l'âme contre l'accélérateur de l'avenir, contre le fait de s'efforcer de rapprocher l'avenir. Deuxième compréhension – c'est le dépôt de la Parole divine dans notre bouche, c'est la première incarnation de la Parole dans la chair, de la Parole qui devient chair, mais qui demeure pour l'instant au-dessus de nous. Et troisième compréhension – c'est la révélation de l'Image divine pour nous, pour que nous voyions Son attrait, pour que nous voyions quelque chose de plus beau que nous-mêmes. Voilà en cela les propriétés du cuivre, et c'est pourquoi Moché a fait précisément un na'hach né'hochet.

Je ne vais pas maintenant indiquer spécialement tous les parallèles par rapport à Yéchoua, au Machia'h, qui, dans l'entretien avec Nicodème, s'est lui-même comparé au serpent élevé par Moché dans le désert (Év. Yo'hanan 3,14–15). Je le propose comme sujet de réflexion, car même le balbutiement sur la Torah est agréable au Créateur. C'est pourquoi n'ayons pas honte de réfléchir sur la Torah.

Pourquoi Moché a-t-il été puni ?

On me pose souvent la question : « Pour quel péché Moché a-t-il été puni ? Pourquoi le Très-Haut a-t-il dit que Moché n'entrerait pas dans le pays de Canaan ? Pourquoi une punition si sévère ? » Et j'ai pensé qu'il serait intéressant de relire cette histoire, de voir comment d'autres commentateurs ont répondu à cette question, et, avec l'aide de Dieu, d'essayer de comprendre ce qui s'est donc passé là.

Ainsi donc, lisons les 13 premiers versets du chapitre 20 de notre section hebdomadaire 'Houkat.

1. Et les fils d'Israël vinrent, toute la communauté (kol-ha'éda), au désert de Tsin, au premier mois, et le peuple demeura à Kadech, et Miryam mourut là, et on l'enterra là.

Il est étonnant : pourquoi la Torah dit-elle qu'est venue toute la communauté, pourquoi le préciser spécialement ? Car il en a toujours été ainsi, toujours le peuple d'Israël marchait non par parties, mais tous ensemble. Il n'est jamais arrivé que trois tribus aillent à un endroit, et trois tribus à un autre. Il est évident que les mots toute la communauté (kol-ha'éda) peuvent ici se comprendre ainsi : la génération de ceux qui avaient été condamnés à mourir dans le désert est déjà morte, et maintenant il s'agit d'une communauté nouvelle, renouvelée, qui est déjà tout entière destinée à entrer dans le pays. Nous sommes à la veille de l'événement solennel de l'entrée du peuple d'Israël dans le pays d'Israël. Ainsi donc, au premier mois de la quarantième année des pérégrinations d'Israël dans le désert, toute la communauté, tout le peuple d'Israël vint au désert de Tsin.

Ayant lu au sujet de la mort de Miryam, nous pouvons penser qu'ensuite nous lirons comment le peuple a pleuré Miryam, ou comment Moché et Aharon ont pleuré Miryam, et le peuple venait exprimer ses condoléances. Nous savons que Miryam, c'est cette même Miryam qui, petite, toute petite fille, courait derrière l'arche où se trouvait Moché, encore plus petit, et qui s'est entendue avec la fille de Pharaon au sujet d'une nourrice. Par Miryam, le Très-Haut a sauvé la vie de Moché, mais ici nous ne lisons rien de quelques sentiments, de quelque deuil des frères pour Miryam : la communauté a un problème.

2. Et il n'y avait pas d'eau pour la communauté, et ils s'attroupèrent contre Moché et contre Aharon.

En foule, la communauté est venue vers les frères, qui venaient juste d'enterrer leur sœur. Le midrach parle d'un certain lien entre Miryam et l'eau, d'une sorte de cadeau fait à Miryam par le Très-Haut : avec le peuple d'Israël, par le mérite de Miryam, un puits d'eau voyageait à travers le désert, et, quand Miryam ne fut plus, il n'y eut plus d'eau non plus. Il y a aussi d'autres midrachim – selon lesquels le peuple buvait l'eau de l'éven hachtiya (pierre de fondation). Mais le texte simple de la Torah ne dit pas que Miryam soit liée d'une manière ou d'une autre à l'eau. Ainsi donc, Miryam est morte, et le peuple a un problème sérieux – il n'y a pas d'eau. Le peuple vient en foule vers Moché et vers Aharon.

3. Et le peuple se querella avec Moché, et ils lui parlèrent, disant : « Si seulement nous avions péri de la perdition de nos frères devant le SEIGNEUR.

Qui ont-ils en vue ? Peut-être ont-ils en vue toute la génération du désert ou ceux qui sont morts pendant la révolte de Kora'h. Il y a eu beaucoup de punitions, beaucoup d'épidémies, beaucoup de morts, et maintenant ils disent : « Mieux aurait valu pour nous mourir alors, mieux aurait valu ne pas vivre de cet espoir vain ».

4. Pourquoi avez-vous amené la communauté du SEIGNEUR dans ce désert, pour que nous mourions ici, nous et notre bétail ?

 En d'autres termes, c'est un échec de votre gouvernement. C'est-à-dire que la réclamation du peuple ne s'adresse pas au Très-Haut, mais au fait que Moché et Aharon dirigent mal la communauté du SEIGNEUR et les ont conduits quelque part au mauvais endroit.

5. Pourquoi donc nous avez-vous fait monter d'Égypte ? Pour nous amener dans ce mauvais lieu ? Ce n'est pas un lieu pour les semailles, pour la figue, pour la vigne et pour les grenades. Et il n'y a pas d'eau à boire ».

Toutes ces plaintes rappellent d'anciennes histoires : et l'histoire des explorateurs, et l'histoire des cailles, et l'histoire de Kora'h, quand il disait : « Vous dirigez mal la communauté du SEIGNEUR » – toutes ces histoires qui se sont produites dans les premières années de l'errance du peuple dans le désert. Et ici, Moché et Aharon ne peuvent pas ne pas avoir une impression de déjà-vu à propos de ce qui se passe.

6. Et Moché et Aharon vinrent, se cachant de cette foule, à l'entrée de la Tente d'assignation, et tombèrent sur leur face, et la gloire du SEIGNEUR leur apparut.

Abarbanel, qui sent finement la langue, dit qu'ici ils se sont comme enfuis, cachés de toute cette foule, comme s'ils craignaient des représailles, dans la Tente d'assignation.

7. Et le SEIGNEUR parla à Moché, disant :

8. « Prends le bâton, et rassemble la communauté, toi et Aharon, ton frère, et vous parlerez au rocher devant leurs yeux, et il vous donnera ses eaux, et tu leur tireras de l'eau du rocher, et tu abreuveras la communauté et le bétail ».

Moché reçoit l'ordre de prendre le bâton (nous verrons plus loin ce qu'est ce bâton), de rassembler toute la communauté et de parler au rocher. Il semble qu'il y ait déjà là quelque chose qui pousse à frapper le rocher, quand l'ordre est reçu de prendre le bâton.

9. Et Moché prit le bâton qui était devant le SEIGNEUR, comme le SEIGNEUR le lui avait ordonné.

Qu'est-ce que ce bâton qui était devant le SEIGNEUR ? Rappelons-nous l'histoire de la section hebdomadaire Kora'h, quand le Très-Haut ordonna à Moché de recueillir de chaque tribu un bâton et de les placer pour la nuit devant l'arche d'alliance (ce sont les versets 22–26 du chapitre 17) : « Et Moché plaça ces bâtons devant le SEIGNEUR dans la Tente du témoignage. Et il advint le lendemain, et Moché vint dans la Tente du témoignage, et voici, le bâton d'Aharon, de la maison de Lévi, avait fleuri, et une fleur était sortie, et une pousse était apparue, et des amandes avaient poussé. Et Moché sortit tous les bâtons de devant la face du Très-Haut vers les fils d'Israël, et ils virent, et chacun prit son bâton. Et le SEIGNEUR dit à Moché : “Remets le bâton d'Aharon, pour qu'il soit devant l'arche du témoignage en garde éternelle, comme signe pour tous les rebelles, et leurs plaintes contre Moi cesseront, et ils ne mourront pas. Et Moché fit ; comme le Très-Haut le lui avait ordonné, ainsi il fit” ».

Et là-bas, et ici, au verset 9, il est écrit que Moché fit comme le SEIGNEUR l'avait ordonné. Moché prit le bâton qui était destiné à servir de signe pour les rebelles. Le Très-Haut l'avait prévu, en disant : « Laissez dans l'arche le bâton que vous lèverez, montrez-le pour mater les rebelles ». Voilà la preuve que Moché et Aharon ont le droit de diriger, de gouverner cette communauté. On pouvait montrer le bâton à tous et dire : « Écoutez, rebelles, regardez : voici ce bâton ». Peut-être le but de l'ordre du Très-Haut était-il de prendre ce bâton précisément pour cela.

10. Et Moché et Aharon rassemblèrent toute la foule, toute l'assemblée devant le rocher, et il (Moché) leur dit : « Écoutez, rebelles, est-ce de ce rocher que nous vous tirerons de l'eau ?

 Cette question (« Pouvons-nous, de ce rocher, nous tirer de l'eau ? ») sonne comme une question rhétorique, à laquelle d'habitude on ne répond pas. Mais si l'on y répond, la réponse sera « non ». Que se passe-t-il ensuite ?

11. Et Moché leva la main, et frappa le rocher avec le bâton deux fois, et les eaux sortirent en grande quantité, et la communauté but, et le bétail but.

 Si cela se passait dans un film hollywoodien, ici pourrait déjà défiler le générique, retentir une musique déchirante, happy end, une fin heureuse : le peuple souffrait de la soif, le peuple a bu. C'est pourquoi le verset 12 sonne de façon tout à fait inattendue.

12. Et le SEIGNEUR dit à Moché et à Aharon : « Parce que vous n'avez pas cru (lo-hé'émantém) en Moi, pour Me sanctifier devant les yeux de tout Israël, vous ne ferez pas entrer cette communauté dans le pays que Je leur ai donné ».

13. Et ce sont les eaux de la discorde, où les fils d'Israël se querellèrent avec le SEIGNEUR, et le SEIGNEUR s'y sanctifia.

Voilà toute l'histoire, en treize versets. S'il n'y avait pas le verset 12, si la Torah s'était arrêtée au verset 11, peut-être que personne n'aurait même pensé qu'ici il s'est passé quelque chose de travers, que Moché a péché en quelque chose. Moché a frappé le rocher, a frappé deux fois, l'eau a coulé, tous sont abreuvés, tous remercient le SEIGNEUR… et Moché reçoit une punition. Naturellement, les commentateurs commencent à débattre : pour quoi donc Moché est-il puni ? Et plus il y a de commentateurs, plus le débat devient large.

Dans l'un des commentaires tardifs (Akédat Yits'hak), il est dit que Moché n'a péché que d'un seul péché, mais qu'on lui a attribué une multitude innombrable de péchés, parce que chaque commentateur, chacun de ceux qui essaient de comprendre, attribue à Moché quelque nouveau péché. Abarbanel, commentateur médiéval, fait une sorte d'anthologie et rapporte dix compréhensions différentes de ce en quoi Moché a péché.

Voici l'opinion de Rachi (Rabbi Chlomo Yits'haki) : Moché a frappé le rocher, au lieu de lui parler. Et s'il avait parlé au rocher, alors on aurait pu dire au peuple, enseigner au peuple : « Regardez, voici, même la pierre obéit à la parole du Très-Haut, et vous, vous n'obéissez pas à la parole du Très-Haut ». Le Rav Kouk ajoute que si Moché avait parlé au rocher, et ne l'avait pas frappé, alors toute l'éducation dans ce monde aurait été organisée autrement, et il n'aurait pas été nécessaire d'appliquer certaines mesures particulières, et on aurait pu éduquer les enfants avec douceur, sans élever la voix.

Le Rambam (Maïmonide) objecte et dit : « Eh bien, premièrement, on a dit à Moché de prendre le bâton ». En traduisant cela en un russe très simple, on peut dire que, si l'on dit à quelqu'un : « Va, prends une batte de baseball et parle avec Vassia », ce ne serait pas une grande bêtise d'en conclure qu'au moyen de la batte de baseball une agression sera manifestée. En outre, dans cette explication, on ne comprend pas pour quoi Aharon est puni : Aharon n'a frappé ni une fois, ni deux fois, Aharon n'a pas du tout touché le rocher.

Il y a une autre explication, selon laquelle Moché est puni pour son attitude dédaigneuse envers le peuple d'Israël et envers ses besoins. Eh bien, là encore, nous voyons souvent que Moché se met en colère. Ce n'est pas la première fois que Moché se met en colère contre le peuple, pourtant il ne reçoit pas toujours une punition pour cela. Et de nouveau – Aharon, lui, se taisait.

Il y a encore une compréhension : la colère de Moché pouvait créer chez le peuple une image déformée du Très-Haut. Le peuple pouvait penser que, si Moché se met en colère contre eux, c'est que le Très-Haut aussi se met en colère contre eux. Or le Très-Haut a fait preuve de miséricorde, mais Sa miséricorde n'a pas été rendue manifeste, et c'est pourquoi le Très-Haut n'a pas été sanctifié.

La compréhension suivante attire l'attention sur le mot tirerons, ferons sortir, c'est-à-dire que nous vous donnerons de l'eau, comme si Moché s'attribuait, à lui et à Aharon, des propriétés miraculeuses. Eh bien, premièrement (comme je l'ai déjà dit), la question était rhétorique, et deuxièmement, le Très-Haut Lui-même a dit : « Tu (Moché) leur donneras de l'eau, tu les abreuveras ».

Ensuite : Moché a frappé le rocher deux fois, alors qu'il fallait frapper une seule fois. Et de nouveau : qu'est-ce qu'Aharon vient faire ici ? Il n'a rien fait du tout.

Voici encore une version de ce pour quoi Moché et Aharon ont reçu une punition : « Parce qu'ils n'ont pas entonné un chant de reconnaissance, comme lors de la division de la mer ». Et là encore, beaucoup de miracles se produisaient, et on ne chantait pas toujours un chant de reconnaissance. En outre, nous ne savons pas en réalité si Moché et Aharon ont remercié le Très-Haut pour ce miracle.

Dans l'opinion suivante sont déjà introduites certaines données nouvelles : le peuple voulait que Moché fasse sortir l'eau d'un rocher déterminé, mais pas de celui que le Très-Haut avait indiqué. Et Moché craignait que le miracle n'ait pas lieu, et par là il n'a pas manifesté la gloire de Dieu. Il pensait soi-disant qu'il fallait faire sortir l'eau d'un rocher précis, mais il est difficile d'accepter cette opinion, parce qu'elle n'est pas confirmée par le sens simple du texte.

Il y a aussi une opinion selon laquelle Moché, à cause de sa colère, a perdu le lien avec le Très-Haut. Cela arrive, que dans la colère l'homme perde le lien avec le Très-Haut et reçoive pour cela une punition. De nouveau, on ne comprend pas quel rapport Aharon a avec cela.

Et encore une compréhension : Moché n'aurait pas dû du tout s'adresser au Très-Haut pour obtenir de l'aide, il suffisait de deviner lui-même qu'on pouvait parler au rocher, il est déjà temps que Moché devienne indépendant.

En plus de cette anthologie de compréhensions, Abarbanel rapporte sa propre opinion et dit que tous ces événements ont confirmé que Moché est le dirigeant, le leader d'une époque qui s'en va, que la punition n'est pas liée à un péché, mais au fait que dans cette situation s'est manifestée l'incapacité définitive de Moché à devenir le leader de la nouvelle génération de gens.

Moché lui-même dit qu'il est puni pour un autre péché, pour le péché des explorateurs. Voici ce que nous lisons au chapitre 1 du livre de Dévarim (34–38), dans lequel Moché raconte de nouveau l'histoire : « Et le SEIGNEUR entendit la voix de nos paroles, et Il se mit en colère, et jura, en disant : “Aucun des hommes, de cette génération mauvaise, ne verra la bonne terre que J'ai juré de donner à vos pères, seulement Kalev ben Yéfounné, lui, la verra. À lui Je donnerai la terre sur laquelle il a marché, et à ses fils, parce qu'il a obéi au SEIGNEUR. Et contre moi (Moché parle de lui-même) le SEIGNEUR s'est irrité à cause de vous, en disant : “Et toi, tu n'entreras pas là ! Yéhochoua ben Noun, qui se tient devant toi, lui, il y entrera, et affermis-le, car il la (la terre) remettra en possession à Israël” ». C'est-à-dire que Moché lui-même relie sa punition à une tout autre situation. Et qui, sinon Moché, sait le mieux de tous ce qui s'est passé. L'histoire dont Moché parle ici s'est produite dans la toute première année de l'errance du peuple d'Israël, non dans la quarantième, et Moché comprend que déjà à ce moment-là il a reçu cette punition.

Revenons au chapitre 11 de notre livre, dans la section hebdomadaire Béhaalotékha, et lisons l'histoire qui s'est produite quand, la première année de l'errance, le peuple murmurait et demandait de la viande (ce sont les versets 11 à 15), encore avant l'histoire des explorateurs. « Moché dit au SEIGNEUR : “Pourquoi as-Tu fait du mal à ton serviteur, et pourquoi n'ai-je pas trouvé grâce à Tes yeux, que Tu mettes sur moi le fardeau de tout ce peuple ? Est-ce moi qui ai porté en mon sein tout ce peuple, ou est-ce moi qui l'ai enfanté, pour que Tu me dises : “Porte-le dans ton sein, comme le nourricier porte le nourrisson, vers la terre que Tu as promise par serment à ses pères ? D'où aurais-je de la viande pour en donner à tout ce peuple (d'ailleurs, c'est très ressemblant : est-ce de ce rocher que je vous tirerai de l'eau ?), quand ils pleurent devant moi, en disant : “Donne-nous de la viande, et nous mangerons”. Je ne peux pas, moi seul, porter tout ce peuple, c'est trop lourd pour moi. Et si Tu agis ainsi avec moi, alors fais-moi plutôt mourir, si j'ai trouvé grâce à Tes yeux, pour que je ne voie pas les malheurs de mon peuple ». Cette pensée, cette idée a été exprimée pour la première fois par Moché lui-même. C'est justement lui qui a dit : « Tue-moi plutôt, fais-moi plutôt mourir, mais libère-moi de cette fonction ».

Dans le même chapitre 11, il y a l'histoire où le Très-Haut ordonna de partager l'esprit de Moché et de le transmettre aux anciens, pour que Moché ne porte pas tout ce fardeau seul (versets 25–29) : « Et le SEIGNEUR descendit dans la nuée, et parla avec lui, et prit de l'esprit qui était sur lui, et le mit sur les soixante-dix hommes, les anciens. Et voici, l'esprit s'empara d'eux, et ils se mirent à prophétiser, et ne prophétisèrent plus jamais. Et deux hommes restèrent dans le camp : le nom de l'un était Eldad, et le nom de l'autre Meïdad. Et l'esprit les couvrit, car ils étaient parmi les inscrits, mais ils n'étaient pas sortis vers la Tente, et ils prophétisaient dans le camp. Et un jeune garçon accourut, et l'annonça à Moché, en disant : “Eldad et Meïdad prophétisent dans le camp”. Et Yéhochoua ben Noun, le serviteur de Moché, d'entre ses élus, répondit et dit : “Mon seigneur Moché, retiens-les (cela peut saper ton autorité)”. Et Moché lui dit : “N'es-tu pas jaloux pour moi ? Oh, si tout le peuple du SEIGNEUR était prophète, pourvu que le SEIGNEUR mette Son esprit sur eux” ».

D'après le sens simple de la Torah, on ne comprend pas comment il s'est fait que soixante-dix anciens soient venus, que l'esprit soit descendu sur eux, et qu'il y en ait eu encore deux, qui étaient aussi inscrits, mais ne sont pas sortis vers la Tente. Il y a beaucoup d'explications différentes à cela. Par exemple, le midrach dit que Moché raisonna ainsi : « Comment vais-je choisir soixante-dix anciens ? Si je prends cinq de chaque tribu, cela fera soixante, et il en manquera dix. Si je prends six de chaque tribu, il y en aura deux de trop, je léserai certaines tribus, et ce sera injuste ». Et Moché décida de faire le choix par un tel tirage au sort : il prit soixante-douze billets, sur soixante-dix il écrivit « ancien », et en laissa deux vides. Si quelqu'un tirait un billet portant l'inscription « ancien », cet homme était béni et Moché l'invitait à la Tente. Eldad et Meïdad étaient ceux qui avaient tiré les billets vides : ils étaient pour ainsi dire inscrits, mais n'avaient pas été invités à la Tente, et pourtant l'esprit descendit sur eux. Et ce n'est pas la seule explication, il y a beaucoup de versions différentes, parce qu'on ne comprend pas, et personne ne peut savoir avec certitude, comment cela s'est produit. Dans le fait qu'ils prophétisaient dans le camp, on pouvait voir une atteinte à l'autorité de Moché, un affaiblissement de l'autorité de Moché et du pouvoir de Moché. Et un jeune homme, un garçon, y prêta attention et estima lui aussi qu'ici quelque chose ne se passait pas comme cela devait être.

Et que répond Moché ? Il dit : pourvu que toute la communauté prophétise, que toute la communauté soit sainte, pourvu qu'il y ait l'égalité entre tous. Moché – le plus humble des hommes, et nous voyons cette manifestation d'humilité dans le désir que vous prophétisiez tous, c'est une bonne inquiétude pour le peuple. Mais nous nous rappelons aussi que c'est la continuation du dialogue avec le Très-Haut, quand Moché dit : « Enlève-moi cela, je ne peux pas le porter », et ce n'est pas simplement un souci du peuple.

Que se passe-t-il donc ensuite ? Au chapitre 12, aux versets 1–2, nous lisons : « Et Miryam et Aharon parlèrent contre Moché à cause de la femme couchite qu'il avait prise, car il avait pris pour lui une femme couchite. Et ils dirent : “Est-ce seulement avec Moché que parle le SEIGNEUR ? N'a-t-il pas aussi parlé de même avec nous…” » Peu importe maintenant quelle était cette histoire, je veux montrer une certaine chaîne de liens entre les événements. Les rêves de Moché se réalisent, Miryam et Aharon disent : « Est-ce seulement avec Moché qu'a parlé le SEIGNEUR ? Le SEIGNEUR parle avec tous, toute la communauté est égale. C'est pourquoi nous aussi, nous pouvons parler à Moché, nous pouvons lui adresser certains reproches ». Et cela aussi, c'est un travail de sape du pouvoir de Moché.

Et, bien sûr, la réaction du peuple au rapport des explorateurs a aussi influé sur l'autorité de Moché. Lisons les versets 2–4 du chapitre 14 : « Et tous les fils d'Israël murmurèrent contre Moché et Aharon, et toute la communauté leur dit : “Oh, si nous étions morts dans le pays d'Égypte, ou si nous étions morts dans ce désert ! Le SEIGNEUR nous mène dans ce pays pour que nous tombions par l'épée, nos femmes et nos enfants deviendront une proie. Ne vaut-il pas mieux pour nous retourner en Égypte ?” Et ils se dirent l'un à l'autre : “Nommons un nouveau chef et retournons en Égypte” ». Si l'on traduit littéralement, le peuple veut mettre une nouvelle tête, et cela veut dire enlever l'ancienne tête (au sens figuré). La nomination d'un nouveau chef peut même être une menace directe pour la vie de Moché. Que font Moché et Aharon ? Moché et Aharon ne font que tomber face contre terre devant la communauté. Qui intercède, qui essaie de résoudre cette situation ? Yéhochoua ben Noun et Kalev ben Yéfounné.

Après cela, le Très-Haut dit que tout le peuple tombera dans le désert, mais le peuple se prépare quand même à partir en guerre et pense : « Si nous y allons maintenant, si nous nous décidons maintenant à aller au combat, peut-être que le Très-Haut aura pitié de nous ». Moché les avertit (14,41–43) : « Pourquoi transgressez-vous l'ordre du SEIGNEUR ? Cela ne réussira pas. Ne montez pas (sur la montagne), car le SEIGNEUR n'est pas au milieu de vous, pour que vous ne soyez pas battus devant vos ennemis. Car les Amalécites et les Cananéens sont là, devant vous, et vous tomberez par l'épée, car vous vous êtes en réalité détournés du SEIGNEUR, et le SEIGNEUR ne sera pas avec vous ».

Mais personne, tout simplement, n'écoute Moché (14,44–45) : « Ils s'obstinèrent à monter au sommet de la montagne, mais l'arche d'alliance du SEIGNEUR et Moché ne bougèrent pas du camp. Et les Amalécites et les Cananéens, qui habitaient sur cette montagne, descendirent, et les battirent, et les écrasèrent jusqu'à 'Horma ». Dans le camp restèrent quelques personnes : peut-être Moché, Aharon, peut-être Kalev et Yéhochoua. Tous les autres allèrent sur la montagne. À part le fait que Moché les a avertis de ce qui arriverait, il n'entreprend rien de plus ici.

Après la fin tragique de la révolte de Kora'h, Datan et Aviram, après que le feu céleste a consumé les candidats kohanim, au chapitre 17, au verset 6, nous lisons : « Et le lendemain, toute la communauté des fils d'Israël murmura contre Moché et Aharon, en disant : “Vous avez fait mourir le peuple du SEIGNEUR” ». De nouveau un énorme grief à l'égard du pouvoir, de la direction de Moché. Pas à pas, événement après événement, cette même génération du désert murmure constamment, se révolte contre Moché.

Que voyons-nous ici ? Le peuple a cessé d'obéir à Moché, Moché perd rapidement son autorité. Tout au long du livre de Bémidbar, nous voyons la sape de l'autorité de Moché. Mais il faut se rappeler que le livre de Bémidbar raconte les premières et les dernières années de la marche dans le désert, et très peu ce qui se passe entre elles. Et tout ce dont nous avons parlé dans notre entretien (à l'exception des treize premiers versets du chapitre 20, par lesquels nous avons commencé) – ce sont les affaires de la génération du désert, les affaires de gens, disons-le ainsi, déjà condamnés à mort. C'est ce qui se passait dans les premières années des errances d'Israël. Kora'h – c'est une histoire à part, je ne vais pas m'y arrêter en détail, mais Kora'h vient avec le même grief : « Toute la communauté est sainte, pourquoi vous élevez-vous ? Tu voulais, Moché, que tous soient prophètes, tu voulais que toute la communauté soit sainte ? Voici, toute la communauté est sainte, pourquoi donc vous élevez-vous ? » Nous savons ce qui est arrivé, comment le Très-Haut a puni Kora'h, Datan et Aviram.

Tout cela était dans les premières années, c'était il y a très, très longtemps, maintenant est venue toute la communauté, maintenant est venue une nouvelle génération de gens. La quarantième année des errances est arrivée, tous ces gens qui sapaient l'autorité de Moché, ils sont tous morts. La mort de Miryam indique symboliquement que l'ancienne génération s'en va déjà. Miryam est morte avant tout parce qu'elle est déjà vieille : si Aharon a 123 ans, alors Miryam a peut-être 127 ans, peut-être plus. La génération s'en va. Moché, Aharon, Miryam mourront dans le courant d'une seule année.

Mais maintenant, devant Moché et Aharon se presse une nouvelle génération de gens, qui ont un problème réel : ils n'ont pas d'eau. Le Très-Haut fait preuve de miséricorde envers eux et donne à Moché une instruction sur la manière d'abreuver le peuple. Mais Moché se met en colère. Bien sûr, toutes ces réclamations qui sont adressées à Moché et à Aharon ne pouvaient pas ne pas être pour eux un déjà-vu, ne pouvaient pas ne pas éveiller chez Moché des souvenirs des premières années des errances, de la sape du pouvoir, de la manière dont lui-même préférait la mort à la direction de ce peuple, surtout dans ces afflictions qu'il avait éprouvées en conduisant à travers le désert la première génération. Mais en même temps, il fallait se rappeler que le Très-Haut n'avait pas seulement promis que cette génération périrait dans le désert, Il avait promis aussi qu'une nouvelle génération, tout à fait autre, grandirait et serait éduquée. Il fallait croire en cela, et peut-être est-ce justement à ce propos qu'il est dit lo-héémantém : « Vous n'avez pas cru en moi ». Avec cette génération, on pouvait simplement parler, leur montrer le bâton, dire : voici le symbole de notre pouvoir, le symbole de notre autorité – le bâton d'Aharon, car il est justement destiné aux rebelles, pour qu'ils ne meurent pas. Où donc aurait-on pu l'employer, sinon dans cette situation ? Qu'est-ce qui aurait été une plus grande sanctification du Nom que cette situation ? Mais Moché est comme prisonnier de cette génération-là. Il ne voit pas qu'ont grandi d'autres gens, qui, peut-être, extérieurement font aussi les voyous, comme leurs pères, mais intérieurement ils sont autres. Cela ressemble à un maître qui se met en colère, se fâche contre un élève, parce qu'il est un maître émérite, il a déjà enseigné au papa de ce garçon. Moché se souvient du papa de chacun de ces garçons, contre certains d'entre eux il est fâché, chez certains d'entre eux il reconnaît, à ce qu'il lui semble, les traits de leurs pères, et c'est pourquoi Moché dit : « Écoutez, rebelles, est-ce de ce rocher qu'il faut vous faire sortir de l'eau ? » et, dans sa colère, frappe deux fois le rocher avec le bâton.

En réalité, j'avais peur de dire de telles choses, comme, probablement, quiconque a écrit sur tel ou tel péché de Moché, quiconque a présenté d'une manière ou d'une autre le péché de Moché. Je dis toujours que le commentaire en dit plus sur le commentateur que sur ce qu'il commente. Et, probablement, cette compréhension qui est la mienne en dit plus sur moi que sur Moché. C'est mon regard sur ces événements, mon regard sur ce qui se passait alors. À Dieu ne plaise, ce n'est pas une tentative de dénicher un péché chez Moché. Le Très-Haut a puni Moché pour quelque chose, et ce n'est pas pour nous montrer combien Moché est mauvais et combien Moché est pécheur. C'est pour que nous, peut-être sans être au niveau de Moché, nous nous gardions d'un certain péché, nous nous gardions de répéter quelque chose en quoi Moché s'est trompé. Pour que, quelque part en enseignant quelque chose à quelqu'un, quelque part en transmettant des instructions à quelqu'un, quelque part en servant le Très-Haut en quelque chose, nous nous gardions de percevoir les gens à travers le prisme, à travers les lunettes de vieux portraits, de vieilles représentations, de vieux cadres et de tout ce qui est semblable.

Nous aussi, peut-être, nous ne croyons pas en un Dieu capable de changer les gens, nous ne croyons pas que nous-mêmes sommes appelés à servir d'instrument de ce changement, de la sanctification des gens. Nous ne croyons pas que c'est justement cet homme-là que Dieu peut changer, nous ne croyons pas que nous pouvons aimer justement cet homme concret-ci, qui est le fils de tels et tels, qui nous ont fait ceci et cela.

Ce sont là les leçons que je vois pour moi-même, c'est ma compréhension, et – oui, qu'elle en dise plus sur moi.

La prophétesse Miryam

Notre section hebdomadaire 'Houkat est très riche en histoires diverses et, entre autres, nous raconte la mort de la prophétesse Miryam, sœur de Moché et d'Aharon. Et il m'a paru bon de dire quelques mots sur cette femme.

Elle est née, selon toute supposition, 122-123 ans après que le peuple d'Israël, avec le Patriarche Yaakov, est descendu en Égypte. Là, apparemment, tout n'était déjà plus aussi merveilleusement bien, mais pas encore aussi triste. On appela la fillette Miryam. Que signifie ce nom ? Le midrach dit que déjà alors la vie des Israélites devenait pire, et qu'on l'appela ainsi d'après l'amertume (mar, maror) que les Égyptiens causaient aux Hébreux. D'autres disent que le nom Miryam indique le méred (révolte), la capacité de s'opposer, et qu'une telle rebelle dans sa jeunesse deviendra à l'avenir une rebelle adulte. D'autres encore disent que le nom vient du verbe léromém (élever vers les hauteurs, exalter), c'est-à-dire celle qui possède la capacité d'élever les gens. Toutes ces significations du nom se sont réellement accomplies et réalisées en Miryam, mais à l'origine, très probablement, le nom Miryam lui fut donné comme un nom égyptien (chez de très nombreux héros du livre de Chémot, nous voyons des noms égyptiens), qui, dans la langue de l'Égypte ancienne, signifie bien-aimée. En hébreu moderne, on l'appellerait Ahouva, un nom assez approprié pour une fillette.

Le midrach commence le récit sur Miryam peu avant la naissance de Moché. Quand Pharaon donna l'ordre de jeter dans le Nil tous les garçons nés, Amram, le père de Miryam, s'éloigna de sa femme Yokhéved, la renvoya : puisqu'il en est ainsi, pourquoi mettre au monde des enfants, si de toute façon on les tuera. Rappelons ici encore un midrach (je rappelle que le midrach est une sorte d'interprétation libre), on peut l'accepter, on peut ne pas l'accepter, mais mentionnons-le ici. Selon ce midrach, cette tradition, Yokhéved et Miryam étaient ces fameuses sages-femmes (Chifra et Poua) dont nous avons lu au chapitre 1 du livre de Chémot et qui s'opposèrent à Pharaon. Ce n'est pas si simple, car elles n'avaient pas lu le livre de Chémot et ne savaient pas comment tout finirait. La désobéissance à Pharaon, qui tue même les enfants, et qui peut à plus forte raison tuer les sages-femmes – c'est un risque pour la vie, telle était la perspective.

Et voici que cette petite fille, comme le raconte le midrach, dit : « Papa, Pharaon n'a décidé de tuer que les garçons, et toi, tu tues aussi les filles », et c'est pourquoi Amram reprit sa femme, comme il est écrit : « Et un homme de la tribu de Lévi prit une femme ». Comment, il la prit, alors qu'il avait déjà des enfants ? Prit au sens de reprit. D'autres racontent une histoire encore plus belle. Miryam dit : « Il nous naîtra un garçon, un ami des Égyptiens, qui sauvera les Hébreux et nous fera sortir d'ici ». Quand naît Moché, la maison se remplit de lumière, et à ce moment Amram embrasse sa fille Miryam et dit : « Ma prophétesse, voici que ta prophétie s'accomplit ». Trois mois plus tard, quand on met Moché dans le petit panier qui flottera sur le Nil, Amram dit : « Eh bien, où est ta prophétie ? » Probablement, tout cela, ce sont des légendes, mais, peut-être, cela entrouvre une petite fente pour voir le monde d'une fillette qui possède une certaine force prophétique, qui a des espoirs et des aspirations. Un monde dans lequel les adultes, par leur « bonté », peuvent dire : « Eh bien, où est ta prophétie, où sont tes rêves ? » Un sentiment très enfantin d'offense revient ici en mémoire et se ressent presque de tout le corps. Bon, ce sont des midrachim. Et la Torah nous raconte une telle histoire. Quand on a lancé le petit Moché sur le Nil, la fillette Miryam court, court, court derrière ce panier, comme derrière l'espoir du meilleur, c'est ainsi qu'on peut le comprendre. Dès le tout début, elle croit que tout ira bien, que tout doit aller bien, que tout doit absolument se résoudre pour le mieux. Il faut seulement courir, observer, être prête au bon moment à aller vers la fille de Pharaon et à dire : « Et moi, je connais aussi une nourrice, laissez-moi vous amener tout de suite une nourrice hébreue ». On appela le garçon Moché. Nous ne savons pas quel était son nom hébreu : certains disent que c'était Tov, certains disent que c'était Yékoutiël, mais ce n'est pas de lui qu'il s'agit maintenant. Grâce aux efforts de Miryam, le garçon Moché est allaité dans sa propre famille par sa propre maman, quelque chose est déposé en lui avant que, comme fils de la fille de Pharaon, il retourne au palais de Pharaon.

La fois suivante, nous rencontrons Miryam déjà après que le peuple s'est rassemblé et est sorti d'Égypte. Au chapitre 15 du livre de Chémot, quand Moché a chanté le cantique de reconnaissance au Très-Haut, au verset 20 nous lisons : « Et Miryam la prophétesse, sœur d'Aharon, prit un tambour… » Pourquoi est-elle appelée ici sœur d'Aharon, pourquoi dire qu'elle est la sœur d'Aharon ? Et si l'on dit qu'elle est la sœur d'Aharon, pourquoi ne pas dire qu'elle est aussi la sœur de Moché ? Elle était prophétesse déjà à l'époque où Moché n'était pas encore au monde, quand elle était seulement la sœur d'Aharon. Cela confirme d'une certaine manière ces midrachim dont nous avons parlé. Donc, elle prend en main le tambour (ou le tambourin), et ce n'est déjà plus simplement un chant, c'est un chant avec des instruments de musique. Aujourd'hui, un tel tambourin d'enfant, un tel tambour s'appelle tof-miryam (tambourin de Miryam). Miryam chante, Miryam joue, et les femmes aussi sortent avec des tambours en rondes (mé'holot). Certains commentateurs sont gênés par les rondes, et ils disent que ce sont encore certains instruments de musique particuliers, en plus des tambours. Mais, très probablement, ce sont quand même des rondes. Imaginez : les femmes dansent des rondes, dansent en de telles petites rondes lors de la division de la mer. Comme c'est beau, comme c'est entraînant ! Et ce n'est pas simplement un chant, c'est un chant auquel l'âme répond, auquel le corps répond. Le chant, pour ainsi dire, d'une sœur aînée avec ses petits frères et sœurs, peut-être comme des éducatrices au jardin d'enfants. Un chant qui suscite le mouvement dans ce monde, un optimisme entraînant qui fait se mouvoir avec Miryam.

Encore une fois, nous rencontrons Miryam au chapitre 12 de notre livre de Bémidbar, dans l'étonnante histoire de haïcha hakouchit (la femme kouchite). Qu'est-ce que c'est que cette femme kouchite ? Quel était le problème de Miryam ? À ce sujet, il y a beaucoup de controverses diverses. Les uns disent que Moché régnait là-bas, au pays des Kouchites (l'Éthiopie), et qu'il en a pris pour lui une femme, et cela, on ne sait pourquoi, a suscité l'indignation. D'autres disent que cette femme était du peuple des Kassites, qui à cette époque régnaient en Babylonie. Et ce qui a indigné Miryam, c'est que Moché conclut certaines alliances politiques, qu'il a pris pour lui une femme d'une puissance influente, et le peuple chuchote. Miryam a décidé de tirer les choses au clair avec Aharon : depuis quand nous sommes-nous mis ici à faire de la politique et ne marchons-nous pas seulement sous le Très-Haut ? D'autres encore disent que cette femme est quand même Tsippora, fille de Yitro, une étrangère, que Moché veut emmener dans le pays d'Israël. Bon, quand Tsippora vivait chez Yitro, c'était la vie passée de Moché. Mais nous, nous marchons vers une vie nouvelle, comment peut-on emmener avec soi une femme ancienne, qui n'appartient pas à notre peuple ? Il y a encore une interprétation, et elle est aujourd'hui la plus répandue, on en parle plus souvent. Miryam a entendu que, prendre une femme, il en a bien pris une, mais vivre avec elle, il ne vit pas avec elle, il s'est éloigné d'elle. S'il s'est éloigné de sa femme, alors les autres aussi s'éloigneront de leurs femmes, et chacun qui servira, qui sera appelé au service, s'éloignera de sa femme. Et de cela aussi on tire diverses conclusions.

Le Rambam dit que Moché s'est éloigné non seulement de sa femme, mais en général de tout ce qui ressemble à une femme, c'est-à-dire qu'il s'est éloigné de tous les plaisirs sensuels. Au sujet du juste, on dit : « S'il mène une vie familiale pure, si sa couche est pure, même si elle est cachée à tous, s'il vit en toute pudeur, s'il pratique un certain comportement dans la famille, s'il correspond à une certaine image déterminée de la vie familiale, cela influe sur tout le peuple ». C'est-à-dire que ce que le juste fait dans la justice, chacune de ses actions dans la justice, même si personne n'en sait rien, elle influe sur le peuple. Le juste qui mène une vie intime pure aide le peuple à mener une vie intime tout aussi pure, même si personne ne le voit. Et c'est pourquoi, si Moché s'est éloigné, alors comment le peuple doit-il faire ? En tout cas, nous pouvons dire que ce n'est pas pour cancaner que Miryam est allée chez Aharon. Certaines actions de Moché pouvaient influer sur le peuple ou provoquer des discussions dans le peuple.

Miryam fait preuve d'initiative et décide de tout réparer. Finalement, nous savons ce qui se passe : Miryam est punie de la lèpre. D'un côté, bien sûr, c'est une punition, une punition pour un péché ; d'un autre côté, nous voyons que tout le camp attend que Miryam guérisse. Tout le camp retarde sa marche jusqu'à ce que Miryam revienne au service, le camp ne bouge pas sans cette boute-en-train entraînante qu'est Miryam, Moché prie pour sa guérison. Sa lèpre est apparue sur elle comme étant aussi le péché des autres, elle est devenue le témoignage qu'il ne faut rien dire sur Moché. Miryam a comme attiré le feu sur elle, et peu importe quelles étaient les discussions, peu importe ce qu'on chuchotait dans le peuple, peu importe pour quoi elle s'inquiétait. Par ses actions et par sa punition, il a été montré au peuple que Moché est juste aussi dans cette question dont vous chuchotez peut-être dans vos cuisines.

Voilà donc l'image d'une femme, une femme croyante, forte, capable d'élever, de conduire, d'enflammer le cœur des gens, malgré les circonstances, malgré toutes les menaces qui existent autour de cela. Miryam, c'est une femme qui est capable d'enflammer le cœur des hommes, qui est capable d'inciter les hommes à être des hommes. Femme prophétesse, femme musicienne, femme poète, sœur attentionnée, sœur aînée de tout le peuple d'Israël. Le midrach dit que, par les mérites de Miryam, le peuple d'Israël dans le désert était accompagné d'une source miraculeuse – le puits de Miryam. Elle étanchait la soif du peuple d'Israël. On peut voir que dans le nom Miryam est caché le mot mayim (eau). Les larmes dont on ne l'a pas pleurée – c'est une sorte de dissimulation de l'eau, les gens ont économisé sur l'humidité. Et Miryam, que le puits accompagnait, meurt, elle n'est pas pleurée, et l'eau disparaît.

Une femme étonnante avec une histoire étonnante. C'est une joie de pouvoir dire quelques mots sur elle. Longtemps avant que Moché ne s'approche pour voir pourquoi ce buisson brûle et ne se consume pas, une petite fille, sa sœur aînée, courait voir ce qu'il adviendrait de son petit frère.

C'étaient des réflexions sur la prophétesse Miryam.

Questions difficiles

La section hebdomadaire 'Houkat est très riche en événements. Il y a là la vache rousse, et la mort de Miryam et d'Aharon, et l'histoire des serpents, et l'histoire avec Édom – vraiment beaucoup d'événements, certains thèmes, nous les avons déjà abordés plus en détail. J'ai envie de parler encore d'un commentaire, d'un petit point, d'un « petit feu de camp » pour la réflexion dans notre section hebdomadaire. Il s'agira de nouveau de la faute de Moché.

Tous ont lu, tous connaissent l'histoire de la manière dont le Très-Haut a ordonné à Moché de parler au rocher, et Moché a frappé le rocher, frappé deux fois. Qu'en est-il résulté ? Il en est résulté une punition, que Moché a reçue. Et combien de plumes ont été brisées, combien de mers d'encre ont été versées pour raconter la faute de Moché et d'Aharon. De quoi ne les a-t-on pas accusés ! Et de ce que c'est une désobéissance au Très-Haut – frapper le rocher, quand il est dit de parler. Et de la manifestation de colère envers le peuple : « Écoutez, vous, rebelles ! Est-ce de ce rocher que nous vous ferons sortir de l'eau ? » Et d'une compréhension erronée de la nature du peuple, avec lequel il fallait simplement parler, au lieu de se mettre en colère contre eux. Et de l'absence de compassion pour le malheur du peuple, qui réellement n'a pas d'eau. Et quand il n'y a pas d'eau, c'est vraiment un malheur, vraiment une angoisse, vraiment une peur. Il y a divers commentaires à ce sujet.

Rav Saadia Gaon dit une chose très intéressante (je n'affirme pas qu'une quelconque opinion soit la seule juste), y compris sur la raison pour laquelle Aharon est puni. Imaginez-vous le tableau : voici que vient le peuple, c'est déjà une tribu jeune, inconnue, et elle dit : « Pourquoi nous avez-vous amenés ici ? Nous n'avons pas d'eau ici ! Nous avons ici un tas de problèmes ! » Et, comme nous le lisons, Moché et Aharon font demi-tour et s'en vont, s'en vont hors du camp, s'en vont vers la Tente d'assignation et là se prosternent devant le Très-Haut. Ils ne parlent pas avec le peuple, et Saadia Gaon voit justement en cela le problème. On aurait pu montrer au peuple un exemple de foi. Le peuple passe par une telle étape de préparation à l'entrée dans le pays, où cela ressemble au sevrage d'un enfant : on l'allaite encore parfois, le man tombe encore, mais on lui ajoute déjà une nouvelle nourriture, on l'incite déjà à se nourrir par lui-même. Dans cet état, le peuple a des angoisses, des questions lui viennent. Et aux questions il faut répondre.

Il est bon de répondre aux simples questions d'enfants : combien y a-t-il d'étoiles dans le ciel ? que se passera-t-il si une baleine attaque un rhinocéros ? Et même – d'où viennent les enfants ? Une question tout à fait normale. Il est bon de répondre aux questions d'enfants. Mais comment répondre quand surgissent des questions d'adultes ? Nous sommes maintenant, justement dans cette période de notre histoire, à une telle étape où les leaders, les chefs, les guides, les enseignants doivent être prêts à répondre à des questions difficiles. Un enfant peut venir et demander : « Et moi aussi, on peut m'enlever ? Et moi aussi, on peut me tuer ? Et nous aussi, nous pouvons nous retrouver sous un bombardement ? Nous aussi, nous pouvons nous retrouver sous des tirs ? Qu'est-ce que c'est, être mort ? Qu'est-ce que le sacrifice de soi ? » Des questions terribles. Et il faut y répondre.

Moché et Aharon, dans cette situation, n'ont pas appris au peuple à comprendre que – oui, devant nous il y a la vie, la vie avec le Très-Haut, mais il y aura aussi des problèmes, il y aura aussi des situations compliquées. Il faut savoir appeler les choses par leur nom. Moché et Aharon ne se sont pas montrés prêts à répondre aux questions, ne se sont pas montrés prêts à dire : « Oui, à nous aussi l'eau manque ». Car ils n'ont pas chez eux à la maison une fontaine à eau à part, et dans leur réfrigérateur ils n'ont pas de réserve d'eau minérale. Eux aussi souffrent avec le peuple, et on aurait pu penser aux angoisses du peuple. Parfois il faut reconnaître : « Oui, moi non plus je ne connais pas la réponse à la question de savoir pourquoi c'est difficile, pourquoi il y a dans la vie des difficultés. Mais je suis prêt à les vivre avec toi et je les traverserai avec toi ».

Il ne faut pas avoir peur. Il ne faut pas avoir peur de répondre à certaines questions, il ne faut pas avoir peur de parler de quelque chose, de faire quelque chose, d'appeler les choses par leur nom. Il ne faut pas avoir peur de se heurter à quelque chose d'inconnu, avoir peur des questions difficiles : pourquoi donc cet homme pose-t-il de telles questions ? Il peut ainsi même s'éloigner de Dieu, il peut perdre le salut, quelque chose d'autre d'affreux peut encore lui arriver.

Non, ce n'est pas dans les questions ni dans les paroles qu'est le salut, et il ne faut pas avoir peur. Il y a Dieu, qui guérit et ressuscite, qui fait vivre et fait mourir, tout est dans Ses mains. Et dans cette vie qui est la nôtre, dans tous nos malheurs, nous devons ne pas avoir peur de dire que nous avons un malheur, ne pas avoir peur qu'il y ait une maladie, ne pas avoir peur de pleurer parce que nous n'avons pas d'eau, ne pas condamner quelqu'un qui pleure parce qu'il n'a pas d'eau. Et c'est l'une des compréhensions de la punition de Moché.

'Houkat : entretiens liés

Lisez aussi l'entretien sur l'impureté rituelle, le sténogramme de la section Kora'h, la section Béhaalotékha et les sections hebdomadaires de la Torah.

Original russe : alexblend.com
Cette traduction a été réalisée avec l’aide de l’IA et nécessite encore une révision linguistique et une correction par des locuteurs natifs.

Commentaires

Questions et réflexions sur cette section. Chaque commentaire est lu avant d'être publié.

    Signaler une erreur

    Qu'est-ce qui ne va pas ? Le message est envoyé uniquement à l'équipe, il n'est pas public.

    Sommaire de cette section

    1. 1De quelle couleur est la vache ? 19,1–22
    2. 2Le dévouement au service 20,1–20
    3. 3Avec une chanson à travers la vie 21,1–22,1
    4. 4Des serpents, des serpents tout autour
    5. 5Pourquoi Moché a-t-il été puni ?
    6. 6La prophétesse Miryam
    7. 7Questions difficiles
    8. 8'Houkat : entretiens liés

    Recherche dans toutes les sections hebdomadaires de cette langue. Les touches fléchées sélectionnent, Entrée ouvre.

      Affichage

      Afficher
      Deuxième langue

      S'affiche sous chaque paragraphe.

      Taille du texte
      Couleur

      Mémorisé sur cet appareil.