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עֵקֶב

Ékev

mémoire, gratitude et alliance

Illustration : alexblend.com
Section hebdomadaire
46 sur 54
Versets
Dévarim 7,12–11,25
Parties
8
Temps de lecture
1 h 59 min

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Ékev est la section hebdomadaire sur la fidélité à l'alliance, la mémoire des épreuves et la gratitude pour l'abondance. Dans le sténogramme d'Alex Blend sont examinés le chemin d'Israël dans le désert, le danger d'oublier la source du bien-être, l'estime de soi et l'observance des commandements. Le texte du livre de Dévarim en hébreu est accompagné d'une translittération, d'une traductionL'original parle ici d'une « traduction russe ». Comme cette page présente la traduction française, la phrase dit simplement « une traduction ». et d'un commentaire religieux de l'auteur.

Mémento du conquérant

Dévarim 7,12–26

Avec l'aide de Dieu, nous commençons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire Ékev et nous lirons à partir du verset 12 du chapitre 7 du livre de Dévarim.

וְהָיָה עֵקֶב תִּשְׁמְעוּן אֵת הַמִּשְׁפָּטִים הָאֵלֶּה וּשְׁמַרְתֶּם וַעֲשִׂיתֶם אֹתָם וְשָׁמַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְךָ אֶת־הַבְּרִית וְאֶת־הַחֶסֶד אֲשֶׁר נִשְׁבַּע לַאֲבֹתֶיךָ׃

vehayá ékev tichmeoún et hammichpatím ha'élle ouchmartém va'assitém otám vechamár adonáy elohekha lekhá et-habberít ve'ét-ha'héssed achér nichbá la'avotékha

12 Et il arrivera, si vous écoutez ces lois, et les gardez, et les accomplissez, qu'alors le SEIGNEUR, ton Dieu, gardera aussi pour toi l'alliance et la grâce jurées à tes Pères.

Que signifient ces trois composantes – tichmeoún, ouchmartém, va'assitém ? Tichmeoún – vous écouterez ces lois. Écouter signifie prêter l'oreille, approfondir et chercher à comprendre. Il ne s'agit pas ici simplement d'être présent à la proclamation, cela ne signifie pas rester assis en silence, les bras croisés, au dernier rang. Non, ici il faut précisément écouter et chercher à approfondir, à comprendre l'essence de ces lois. Ouchmartém – vous garderez ces lois, vous les préserverez, vous les traiterez avec soin, vous aurez à cœur qu'elles soient observées. Il y a des gens qui observent la loi de l'État, ou la loi de la conduite d'une affaire, ou encore d'autres lois, mais ils le font pour qu'on ne leur cherche pas querelle, pour qu'on les laisse en paix, pour leur vie tranquille. Ici, en revanche, il est dit qu'il faut mettre de l'application à observer les lois. Va'assitém – vous observerez ces lois. Voilà trois composantes nécessaires. Si un homme écoute simplement la loi, il peut aussi ne rien faire. Plus encore, il y a des gens qui sont très instruits dans la lettre de la loi, ils connaissent très bien la loi et emploient ces connaissances qui sont les leurs pour contourner la loi. C'est souvent ainsi que travaillent les avocats. Ce sont justement les connaissances d'avocat qui sont souvent employées non pas pour respecter la loi, mais pour la contourner. Ou bien certains spécialistes fiscaux, des conseillers fiscaux, qui ne conseillent pas comment payer les impôts le plus scrupuleusement, dans toute leur plénitude, mais conseillent comment en créer l'apparence. Ainsi, trois composantes sont nécessaires : l'écoute, le désir, l'application à observer et l'observance, c'est-à-dire l'accomplissement des commandements de bon cœur. Et alors s'accomplira ce qui est dit dans la seconde moitié du verset, avec ce même verbe lichmór (préserver, garder, observer), c'est-à-dire s'efforcer, faire des efforts pour avancer.

Que signifie l'alliance et la grâce ? Et pourquoi n'est-il pas écrit seulement l'alliance ? L'alliance, c'est un accord entre deux parties. Le SEIGNEUR a dit qu'Il avait promis de donner aux Pères la terre en héritage, qu'Il multipliera, accroîtra, bénira, et bien d'autres choses encore. Et on aurait pu s'arrêter au mot alliance, on aurait pu dire : « J'ai juré, et seulement pour cette raison Je le ferai, voilà ce minimum que J'ai promis, vous le recevrez ». Mais ici il est dit autrement : « Si tu t'efforces, si tu viens vers Moi de tout cœur, alors Moi aussi Je viens vers toi de tout cœur ». Si tu t'efforces d'aller à la rencontre du SEIGNEUR, alors le SEIGNEUR aussi, pour autant qu'on puisse dire cela de Lui, s'efforcera de rendre les choses meilleures pour toi. Il aura l'intention non seulement d'exécuter l'accord, puisque la promesse en a été faite, mais aussi de manifester de la grâce envers toi : l'alliance sera observée, la promesse à tes Pères, et sera manifestée la grâce envers toi.

וַאֲהֵבְךָ וּבֵרַכְךָ וְהִרְבֶּךָ וּבֵרַךְ פְּרִי־בִטְנְךָ וּפְרִי־אַדְמָתֶךָ דְּגָנְךָ וְתִירֹשְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ שְׁגַר־אֲלָפֶיךָ וְעַשְׁתְּרֹת צֹאנֶךָ עַל הָאֲדָמָה אֲשֶׁר־נִשְׁבַּע לַאֲבֹתֶיךָ לָתֶת לָךְ׃

va'ahevekha ouverakhekha vehirbékha ouverákh peri-vitnekhá oufri-admotekhá deganekhá vetirochekhá veyitsharékha chegar-alafékha ve'achterót tsonekha al ha'adamá acher-nichbá la'avotékha látet lakh

13 Et il t'aimera et te bénira, et te multipliera, et bénira le fruit de ton sein, et le fruit de ta terre, les céréales, et le vin, et l'huile, le vêlage de tes vaches et l'agnelage de ton petit bétail (des brebis) sur la terre au sujet de laquelle le SEIGNEUR a juré à tes Pères de te la donner.

C'est-à-dire que les enfants aussi naîtront dignes, sains, raisonnables, bénis ; et la terre bénie d'Israël donnera un fruit béni : et les céréales, et le jus de raisin, et l'huile, non pas simplement des vignes et des oliviers, mais précisément le vin et l'huile, c'est-à-dire leur production elle-même aussi – tout cela prospérera. Ces promesses ont été données aux Pères, elles se trouvent dans le livre de Béréchit : « Et Je ferai de toi un grand peuple, et te bénirai, et rendrai grand ton nom, et tu seras une bénédiction (12,1) ». « Je te bénirai et, multipliant, multiplierai ta descendance comme les étoiles du ciel et comme le sable sur le rivage de la mer, et ta descendance possédera les portes de ses ennemis (22,17) ». « Et Je multiplierai ta descendance comme les étoiles du ciel, et Je donnerai à ta descendance toutes ces terres, et en ta descendance seront bénis tous les peuples de la terre (26,4) ».

Moché rappelle ici au peuple les bénédictions qui ont été données aux Pères. Et ces bénédictions ne sont déjà plus liées à la conquête de la terre, mais à ce que sera la terre : l'État sera béni, la population bénie, l'économie bénie.

בָּרוּךְ תִּהְיֶה מִכָּל־הָעַמִּים לֹא־יִהְיֶה בְךָ עָקָר וַעֲקָרָה וּבִבְהֶמְתֶּךָ׃

baroúkh tihye mikkól-ha'ammím lo-yihyé vekhá akár va'akará ouvivhemtékha

14 Tu seras une bénédiction pour tous les peuples ; et il n'y aura chez toi ni homme stérile ni femme stérile, et parmi ton bétail non plus il n'y en aura pas.

La stérilité était perçue comme une malédiction. La présence de personnes stériles signifie la présence d'une certaine impureté dans le peuple – non pas chez l'homme stérile lui-même, non pas chez la femme stérile elle-même, mais dans le peuple, au niveau du peuple.

Il est très intéressant de noter ici aussi que, au chapitre 23 du livre de Chémot, au verset 26, nous lisons : « Il n'y aura pas de femme qui fait une fausse couche ni de femme stérile dans ton pays ; je rendrai complet le nombre de tes jours ». Ici il n'est question que de femmes : celle qui fait une fausse couche (il est clair que ce ne peut être qu'une femme) et la stérile. Et quand on ne savait pas lequel des époux était stérile, on accusait la femme ; il en est ainsi chez de très nombreux peuples. Et pour protéger les femmes, Moché dit ici, explique : « Il n'y aura chez toi ni homme stérile ni femme stérile », et l'homme aussi peut être stérile, c'est le résultat de l'impureté qui est dans le peuple. C'est justement pourquoi on accorde beaucoup d'attention au traitement de la stérilité en Israël. C'est une tradition ancienne, l'État investit beaucoup d'argent pour aider une femme à tomber enceinte. Et, bien sûr, sont toujours bénies les prières pour la femme et pour l'homme qui sont stériles, les prières pour que le SEIGNEUR leur donne un fruit, leur donne la possibilité de mettre au monde un enfant.

וְהֵסִיר יְהוָה מִמְּךָ כָּל־חֹלִי וְכָל־מַדְוֵי מִצְרַיִם הָרָעִים אֲשֶׁר יָדַעְתָּ לֹא יְשִׂימָם בָּךְ וּנְתָנָם בְּכָל־שֹׂנְאֶיךָ׃

vehessír adonáy mimmekhá kol'holí vekhol-madvé mitsrayím hara'ím achér yadatá lo yessimám bakh ountanám bekhol-sone'ékha

15 Et le SEIGNEUR écartera de toi toute maladie ; et tous les mauvais maux d'Égypte que tu as connus (qui étaient parmi toi), il ne les fera pas venir (ne les posera pas) sur toi, mais les donnera à tous ceux qui te haïssent.

De nouveau, voyez, comme dans le verset précédent, lorsqu'il est dit que le SEIGNEUR écartera la stérilité, l'ôtera, comme on ôte une malédiction, comme on ôte une impureté. Il est sans doute plus juste de dire impureté, parce que ce n'est pas une malédiction jetée, c'est une malédiction née d'elle-même – comme un champignon, comme une sorte d'impureté. Le verbe lasím (poser) est employé au sens de poser quelque chose quelque part ou sur quelqu'un : le SEIGNEUR ne posera pas sur toi ces maladies. Premièrement, il les écartera, il t'en purifiera, et deuxièmement, il ne les posera pas sur toi. D'ailleurs, la haine envers Israël peut aussi devenir une cause de maladies.

De quelles maladies d'Égypte est-il question ? En Égypte, il y a beaucoup de maladies que l'on appelle endémiques, c'est-à-dire propres seulement à une région déterminée. Il y a des arbres endémiques, qui ne poussent que dans une certaine région déterminée. Il y a des animaux endémiques, comme par exemple le kangourou en Australie et en Océanie, ils ne vivent que là. Il y a des maladies endémiques, qui elles aussi n'existent que dans une région déterminée. Dans l'Égypte de ces temps-là, c'étaient des maladies de la peau, des yeux, la dysenterie, l'éléphantiasis (augmentation persistante du volume d'une partie du corps). Pline l'Ancien, le célèbre historien de la Rome antique, appelle l'Égypte la mère des maladies de la peau. De très nombreuses maladies de la peau sont nées en Égypte et ont longtemps existé seulement en Égypte. Très probablement, les Israélites connaissaient ces maladies autrement que par ouï-dire. Et ici le Très-Haut dit : premièrement, j'écarterai, et deuxièmement, je ne poserai plus. Et, comme si ces maladies devaient exister, qu'il leur fallait être quelque part, le SEIGNEUR dit : « Je les poserai sur ceux qui te haïssent ». Quelle que soit la façon dont un homme vit, s'il hait Israël, s'il hait le peuple d'Israël, alors rien que pour cela des maladies peuvent être amenées sur lui.

וְאָכַלְתָּ אֶת־כָּל־הָעַמִּים אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ לֹא־תָחֹס עֵינְךָ עֲלֵיהֶם וְלֹא תַעֲבֹד אֶת־אֱלֹהֵיהֶם כִּי־מוֹקֵשׁ הוּא לָךְ׃

ve'akhálta et-kolha'ammím achér adonáy elohékha notén lakh lo-ta'hós enekhá alehém veló ta'avód et-elohehém ki-mokéch hou lakh

16 Et tu mangeras (tu dévoreras) tous les peuples que le SEIGNEUR, ton Dieu, te donne ; que ton œil ne leur fasse pas grâce, et ne sers pas leurs dieux, car c'est un piège pour toi.

Ici, tu mangeras, c'est comme un animal qui attaque sa proie et la dévore. Et peut-être auras-tu envie de faire grâce à quelqu'un, parce qu'il est petit, ou parce qu'il est vieux, ou parce qu'il est beau, ou parce qu'il est intelligent, ou qu'il a un riche monde intérieur. On peut trouver n'importe quelle raison pour faire grâce à un ennemi. Ici le Très-Haut dit : « Que ton œil ne leur fasse pas grâce ». L'œil suit le cœur, l'œil est la fenêtre de l'âme, c'est-à-dire que ton âme ne leur fasse pas grâce. Ne leur montre pas que tu peux leur faire grâce, afin qu'ils ne trouvent pas un moyen de faire pression sur ta pitié ou d'agir sur toi d'une autre manière. Ne t'extasie pas devant leur beauté et leur sens esthétique, qu'ils ne trouvent aucune grâce, ne leur donne pas refuge chez toi – ni à eux, ni à quoi que ce soit venant d'eux, car c'est un piège pour toi. Cela paraît, bien sûr, très cruel, mais il faut comprendre ce que sont ces peuples et comment ils vivent.

Il y a encore un danger, contre lequel Moché met en garde ensuite.

כִּי תֹאמַר בִּלְבָבְךָ רַבִּים הַגּוֹיִם הָאֵלֶּה מִמֶּנִּי אֵיכָה אוּכַל לְהוֹרִישָׁם׃

ki tomár bilvavekhá rabbím haggoyim ha'élle mimménni ekhá oukhál lehorichám

17 Si tu dis en ton cœur : « Ces peuples, ils sont bien plus grands que moi, comment pourrai-je les chasser (hériter de leur terre) ?

 לֹא תִירָא מֵהֶם זָכֹר תִּזְכֹּר אֵת אֲשֶׁר־עָשָׂה יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְפַרְעֹה וּלְכָל־מִצְרָיִם׃

lo tirá mehém zakhór tizkór et achér-assá adonáy elohekhá lefar'ó oulkhol-mitsráyim

18 Ne les crains pas, mais souviens-toi constamment (souviens-toi par la mémoire) de ce qu'a fait le SEIGNEUR à Pharaon et à toute l'Égypte –

L'Égypte était sans doute le plus grand empire de la région. Et tu as vu ce que le Très-Haut a fait de l'Égypte et de Pharaon. C'est pourquoi ne crains pas, et ces peuples aussi, le SEIGNEUR t'aidera à les vaincre.

הַמַּסֹּת הַגְּדֹלֹת אֲשֶׁר־רָאוּ עֵינֶיךָ וְהָאֹתֹת וְהַמֹּפְתִים וְהַיָּד הַחֲזָקָה וְהַזְּרֹעַ הַנְּטוּיָה אֲשֶׁר הוֹצִאֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ כֵּן־יַעֲשֶׂה יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְכָל־הָעַמִּים אֲשֶׁר־אַתָּה יָרֵא מִפְּנֵיהֶם׃

hammassót haggedolót acher-ra'oú enékha veha'otót vehammofetím vehayád ha'hazaká vehazzeróa hannetouyá achér hotsi'akhá adonáy elohékha ken-ya'assé adonay elohékha lekhol ha'ammím acher-attá yaré mippenehém

19 Les grandes épreuves que tes yeux ont vues, et les signes, et les prodiges, et la main forte, et le bras puissant par lesquels le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a fait sortir. Ainsi fera le SEIGNEUR, ton Dieu, à tous les peuples que tu crains.

C'est-à-dire, si tu as eu peur, quel est le remède contre la peur ? Te souvenir de tous ces signes, et prodiges, et actes terrifiants que le SEIGNEUR a faits à Pharaon et à la maison d'Égypte. Souviens-toi que le SEIGNEUR ne te raconte pas des contes, et que Moché ne raconte pas des contes. Souviens-toi que tu as déjà vu le SEIGNEUR à l'œuvre, et garde cela en mémoire. Et garde en mémoire qu'Il peut vaincre n'importe quel peuple, peut briser n'importe quel empire, ne les redoute pas. Tel est le remède contre la peur.

וְגַם אֶת־הַצִּרְעָה יְשַׁלַּח יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בָּם עַד־אֲבֹד הַנִּשְׁאָרִים וְהַנִּסְתָּרִים מִפָּנֶיךָ׃

vegám et-hattsir'á yechallá'h adonáy elohékha bam ad-avód hannich'arím vehannistarím mippanékha

20 Et aussi, le SEIGNEUR, ton Dieu, enverra contre eux des taons, jusqu'à ce que soient anéantis ceux qui restent d'entre eux et ceux qui se cachent de toi.

Tu vas conquérir un pays. Naturellement, les habitants de ce pays le connaissent comme le fond de leur poche. Peut-être connaissent-ils des crevasses, des montagnes, des grottes où l'on peut se cacher. Ils peuvent se dissimuler dans les forêts et dans des caches souterraines. Et ici le SEIGNEUR dit : « J'enverrai sur eux des taons ». Le mot tsir'á désigne des sortes d'insectes piqueurs. Mais dans les langues de nombreux peuples, sémitiques comme européennes, cela signifie aussi (au sens figuré) panique, désarroi. Et là où ils se cachent de toi, Je les ferai courir, Je les ferai paniquer, et Je les anéantirai par les taons.

לֹא תַעֲרֹץ מִפְּנֵיהֶם כִּי־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּקִרְבֶּךָ אֵל גָּדוֹל וְנוֹרָא׃

lo ta'aróts mippenehém ki-adonáy elohékha bekirbékha el gadól venorá

21 C'est pourquoi ne les crains pas, car le SEIGNEUR, ton Dieu, qui est au milieu de toi, est un Dieu Grand et Redoutable.

Dieu est à ce point Tout-Puissant qu'Il agira même là où tu ne sais pas qu'il faut agir, là où les gens se sont cachés, se sont dissimulés et essaient de faire en sorte que tu ne les remarques pas. Et même si tu ne les remarques pas, ce n'est pas grave : le SEIGNEUR les atteindra.

וְנָשַׁל יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת־הַגּוֹיִם הָאֵל מִפָּנֶיךָ מְעַט מְעָט לֹא תוּכַל כַּלֹּתָם מַהֵר פֶּן־תִּרְבֶּה עָלֶיךָ חַיַּת הַשָּׂדֶה׃

venachál adonáy elohékha et-haggoyím ha'él mippanékha me'át me'át lo toukhál kallotám mahér pen-tirbé alékha 'hayát hassadé

22 Et le SEIGNEUR, ton Dieu, chassera ces peuples de devant ta face progressivement (peu à peu) ; tu ne pourras pas les anéantir rapidement, afin que la bête des champs ne se multiplie pas contre toi.

Dès qu'Israël entrera dans le pays et que le SEIGNEUR, par Sa force, chassera les peuples de toute la terre, il peut arriver que les Israélites ne puissent pas tout de suite la peupler tout entière. Certaines régions resteront longtemps à l'abandon, non mises en valeur, et dans ces régions la bête des champs peut se multiplier. Et alors il sera difficile de mettre ces terres en valeur. C'est pourquoi le SEIGNEUR dit que progressivement, à la mesure de tes possibilités, tu mettras cette terre en valeur.

Ici on peut dire : « Attendez, nous venons de dire combien le SEIGNEUR est Grand, quels miracles Il sait accomplir. Et nous savons avec certitude que, par la volonté du SEIGNEUR, peut être arrêté tout développement de n'importe quelles bêtes des champs, si le SEIGNEUR dit : il n'y aura ni souris, ni tigres, ni hippopotames. Pourquoi ici le SEIGNEUR dit-Il afin que les animaux ne se multiplient pas ? » Parce que les miracles du SEIGNEUR n'interviennent pas toujours dans la nature, n'interviennent pas toujours dans le cours naturel des événements. La nature, c'est aussi un miracle du SEIGNEUR, seulement un miracle réglé, agissant en permanence. Et s'il est possible d'agir sans enfreindre les lois de la nature, alors un miracle n'intervient pas dans un autre miracle sans nécessité particulière. En outre, il faut apprendre au peuple d'Israël à vivre dans le pays d'Israël, à mettre le pays en valeur sans s'appuyer sur des miracles manifestes. Il est très important que l'homme prenne conscience du miracle caché et n'attende pas de miracles manifestes dans sa vie quotidienne, dans son labeur quotidien. C'est pourquoi le SEIGNEUR dit : « Pour l'instant, conquiers cette terre progressivement, pas tout d'un coup, car tu ne suffiras pas à t'établir sur ce territoire, tu ne suffiras pas à t'emparer d'un coup de tout ce territoire. Je te donnerai ce territoire à la mesure de ta préparation ». On peut penser ainsi : si j'ai un Dieu si Grand, alors conquérons tout de suite tout le pays ; et pourquoi seulement le pays d'Israël – conquérons le monde entier ! » Le SEIGNEUR dit : me'át me'át (petit à petit, peu à peu). Et c'est ainsi qu'agit le SEIGNEUR dans tout le processus de la délivrance d'Israël et du monde, c'est-à-dire progressivement, pas à pas.

וּנְתָנָם יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְפָנֶיךָ וְהָמָם מְהוּמָה גְדֹלָה עַד הִשָּׁמְדָם׃

ountanám adonáy elohekhá lefanékha vehamám mehoumá gedolá ad hichamedám

23 Et le SEIGNEUR, ton Dieu, les livrera (les peuples dont nous parlons) devant ta face, et les troublera d'un grand trouble jusqu'à leur complet anéantissement.

Le SEIGNEUR non seulement livrera ces peuples entre tes mains, mais Il les troublera aussi, c'est-à-dire qu'Il les privera de la possibilité de rassembler leurs pensées, d'évaluer la situation, Il troublera leur conscience.

וְנָתַן מַלְכֵיהֶם בְּיָדֶךָ וְהַאֲבַדְתָּ אֶת־שְׁמָם מִתַּחַת הַשָּׁמָיִם לֹא־יִתְיַצֵּב אִישׁ בְּפָנֶיךָ עַד הִשְׁמִדְךָ אֹתָם׃

venatán malkhehémLa translittération de l'original termine ce mot (« leurs rois ») par un n. L'hébreu a un m, malkhehém, et nous suivons l'hébreu. beyadékha veha'avadtá et-chemám mittá'hat hachamáyim lo-yit'yattsév ich befanékha ad hichmidekhá otam

24 Et il livrera leurs rois entre tes mains, et tu anéantiras leur nom de dessous les cieux, et personne ne tiendra devant toi, jusqu'à ce que tu les aies anéantis.

Pourquoi est-il question de leurs rois ? Parce qu'en ces temps-là le pays d'Israël était au pouvoir de nombreux petits rois. Presque dans chaque ville il y avait un roi, il n'y avait pas d'État unique. C'est pourquoi le SEIGNEUR dit ici : « Et leurs rois seront livrés entre tes mains ». Les rois étaient souvent aussi des dieux locaux. Beaucoup de rois (et aujourd'hui cela arrive aussi), certains potentats, certains présidents immortalisent leur nom par des mausolées, des monuments, en rebaptisant des villes. Ici le Très-Haut dit : « Aucune mémoire, rien ne restera, afin que personne ne puisse venir et dire : voici, c'est cet endroit, c'est ici qu'était notre roi, ou un roi étranger, un tel. Tu effaceras leur mémoire de dessous les cieux ». Et il y aura un tel désarroi dans les rangs des peuples qu'ils ne pourront même pas te résister, jusqu'à ce que tu les anéantisses.

Que faire ensuite ? Que faire quand tu es arrivé, et que les voilà conquis, que la mémoire des rois est anéantie et que ces territoires sont entre tes mains ?

פְּסִילֵי אֱלֹהֵיהֶם תִּשְׂרְפוּן בָּאֵשׁ לֹא־תַחְמֹד כֶּסֶף וְזָהָב עֲלֵיהֶם וְלָקַחְתָּ לָךְ פֶּן תִּוָּקֵשׁ בּוֹ כִּי תוֹעֲבַת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ הוּא׃

pessilé elohehém tisrefoún ba'éch lo-ta'hmód késsef vezaháv alehém velaka'htá lakh pen tivvakéch bo ki to'avát adonáy elohekha hou

25 Les idoles de leurs dieux, brûlez-les au feu ; ne convoite pas (ne désire pas) l'argent et l'or qui sont sur elles, pour les prendre pour toi, afin que tu ne tombes pas dans ce piège, car c'est une abomination pour le SEIGNEUR, ton Dieu.

וְלֹא־תָבִיא תוֹעֵבָה אֶל־בֵּיתֶךָ וְהָיִיתָ חֵרֶם כָּמֹהוּ שַׁקֵּץ תְּשַׁקְּצֶנּוּ וְתַעֵב תְּתַעֲבֶנּוּ כִּי־חֵרֶם הוּא׃

velo-taví to'evá elbetékha vehayíta 'hérem kamóhou chakkéts techakketsénnou veta'év teta'avénnou ki-'hérem houLa translittération de l'original écrit le dernier mot avec un g dur. L'hébreu a hou (« il »), et nous suivons l'hébreu.

26 N'apporte pas cette abomination dans ta maison, afin de ne pas être voué à l'anathème comme elle : répugnez-vous-en avec répugnance et ayez-en horreur, car c'est voué à l'anathème (maudit).

Voué à l'anathème – ce qui est sujet à destruction, comme cette abomination que tu as apportée dans ta maison, ayant convoité certains ornements sur les idoles, qui peuvent être très beaux. Et celui qui prendra cela tombe lui-même sous la malédiction, et il faut être prudent avec cela. La plus grande partie de l'art païen est née comme résultat du désir de servir ses dieux et de leur plaire. Et puisque les païens croient que leurs dieux sont véritables, et non de faux dieux, on ne leur offre pas du travail bâclé. C'est pourquoi beaucoup d'idoles, beaucoup d'œuvres d'art liées aux idoles sont très belles, et il est très tentant d'en prendre l'or ou certains ornements. Ici le SEIGNEUR dit : « Si tu les prends, tu seras maudit, voué à l'anathème, comme eux ».

Ainsi, si l'on répète brièvement l'instruction de Moché, il faut non seulement écouter la loi, mais aussi fournir un effort du cœur, s'efforcer de l'observer, afin que la grâce de Dieu se révèle dans notre vie. Et ensuite – une sorte de mémento du conquérant, une instruction au guerrier.

Quand tu conquiers la terre, tu verras peut-être des sanctuaires païens, des temples, des idoles d'autres dieux, qui te paraîtront beaux. Ne te laisse pas prendre à cela, ne te prosterne pas devant d'autres dieux, c'est un traquenard.

Quelqu'un peut te paraître aimable ou digne de miséricorde, car la miséricorde est un si bon sentiment, et il semble qu'il soit toujours bon d'avoir pitié de quelqu'un, de le cajoler, de ne pas le faire périr. Et ici Moché avertit que cela aussi est un traquenard, par cela aussi tu peux tomber dans les filets : car si l'on découvre un point où tu manifestes une grâce inutile, alors par lui on peut ouvrir les portes de ton cœur et l'on te manipulera.

Tu peux commencer à avoir peur de tes ennemis, parce qu'ils sont nombreux. Et alors souviens-toi de toute la puissance du Très-Haut, de tout ce qu'Il a fait en Égypte, et comprends qu'avec une arme telle que le SEIGNEUR en nous, Pharaon avec son empire ne nous fait pas peur, et ces petites villes nous font encore bien moins peur. Tu peux penser que les peuples peuvent se sauver grâce à la connaissance des lieux, tu peux craindre de ne pas connaître ces lieux, mais le Très-Haut dit : « Là, Je t'aiderai, Je les trouverai dans tous les recoins éloignés à l'aide de Mes envoyés, et Mes envoyés peuvent être aussi des taons ».

Et encore, le SEIGNEUR dit, et Moché rappelle : une babiole idolâtre peut te paraître belle, quelque chose en or ou en argent peut te plaire, tu voudras le prendre pour toi : ce n'est pourtant que de l'esthétique, nous ne nous prosternons pas, nous avons simplement pris un petit objet. Mais alors toi aussi tu deviendras voué à l'anathème et maudit, comme ce petit objet même. Ne te fais pas cela.

Voilà le mémento que Moché donne ici.

Mémento de l'homme d'affaires

Dévarim 8,1–20

Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire Ékev et nous lirons le chapitre 8 du livre de Dévarim.

כָּל־הַמִּצְוָה אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם תִּשְׁמְרוּן לַעֲשׂוֹת לְמַעַן תִּחְיוּן וּרְבִיתֶם וּבָאתֶם וִירִשְׁתֶּם אֶת־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־נִשְׁבַּע יְהוָה לַאֲבֹתֵיכֶם׃

kol-hammitsvá achér anokhí metsavekhá hayom tichmeroún la'asót lemá'an ti'hyoún ourvitém ouvatém virichtém etha'arets acher-nichbá adonáy la'avotekhém

1 Tout le commandement (tous les commandements) que je te commande aujourd'hui, efforcez-vous de l'observer, afin que vous viviez, et que vous vous multipliiez, et que vous veniez, et que vous héritiez de la terre au sujet de laquelle le SEIGNEUR a juré à vos Pères.

La phrase kol-hammitsvá (tout le commandement) est effectivement écrite au singulier et peut signifier toute la loi, tous les commandements, tout cet ensemble cohérent des ordres du Très-Haut. Mais elle peut signifier tous les commandements au sens collectif, comme on dit en russe tout le poisson, en entendant aussi le poisson au pluriel.

Ici, quelque élève à moitié endormi, assis au dernier banc dans la classe de Moché, aurait pu demander : « Maître ! Tu nous dis la même chose déjà pour la énième fois. Nous avons compris ! Nous avons peut-être compris dès la première fois que – oui, il faut observer les commandements, les lois, les statuts pour être béni, pour que le SEIGNEUR nous bénisse, nous, le fruit de notre sein, notre bétail, notre agriculture. Pourquoi répètes-tu cela constamment ? » En réalité, Moché répète chaque fois sous un nouvel angle, chaque fois il dévoile une nouvelle facette, une nouvelle profondeur, en enseignant à l'homme de nouveaux outils, une nouvelle compréhension, afin de lui faciliter cette observance des commandements, afin de le pousser non seulement à observer, mais aussi à vouloir lui-même observer.

וְזָכַרְתָּ אֶת־כָּל־הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר הֹלִיכֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ זֶה אַרְבָּעִים שָׁנָה בַּמִּדְבָּר לְמַעַן עַנֹּתְךָ לְנַסֹּתְךָ לָדַעַת אֶת־אֲשֶׁר בִּלְבָבְךָ הֲתִשְׁמֹר מִצְוֹתוֹ (מִצְוֹתָיו) אִם־לֹא׃

vezakhartá etkol-haddérekh achér holikhekha adonáy elohékha ze arba'ím chaná bammidbár lemá'an annotekhá lenassotekhá ladá'at et-achér bilvavekhá hatichmór mitsvotáv im-ló

2 Et souviens-toi de tout le chemin par lequel le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a conduit ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier, de t'éprouver, de connaître ce qui est dans ton cœur : observeras-tu Ses commandements ou non.

Ici surgit une question très importante. Le SEIGNEUR est le Scrutateur des cœurs, Il voit les cœurs et éprouve les entrailles. Personne ne doute qu'Il voit le cœur de l'homme mieux que l'homme lui-même. Se peut-il qu'Il ait besoin d'une expérience sociale de quarante ans pour comprendre quelque chose au sujet d'un certain homme, ou d'un certain peuple, ou de quelqu'un d'entre nous concrètement ? Le Très-Haut dit ici par Moché, en dévoilant Son dessein : « Je t'ai conduit quarante ans à travers le désert, afin que tu apprennes toi-même à t'éprouver. C'est notre expérience commune. Je t'apprends à comprendre ton cœur, à connaître si tu observeras les commandements. Observeras-tu les commandements quand tu seras rassasié et qu'il pourra te sembler que tu n'as pas besoin de Dieu ? Observeras-tu les commandements quand tu auras faim et qu'il pourra te sembler que Dieu t'a abandonné ? Observeras-tu les commandements s'il survient la Catastrophe, l'Holocauste, et que périt une immense partie du peuple, beaucoup de gens qui te sont proches ? Observeras-tu alors aussi les commandements ? » Voilà donc quelle épreuve pour le cœur humain.

וַיְעַנְּךָ וַיַּרְעִבֶךָ וַיַּאֲכִלְךָ אֶת־הַמָּן אֲשֶׁר לֹא־יָדַעְתָּ וְלֹא יָדְעוּן אֲבֹתֶיךָ לְמַעַן הוֹדִעֲךָ כִּי לֹא עַל־הַלֶּחֶם לְבַדּוֹ יִחְיֶה הָאָדָם כִּי עַל־כָּל־מוֹצָא פִי־יְהוָה יִחְיֶה הָאָדָם׃

vay'annekhá vayar'ivekhá vaya'akhilekhá et-hammán achér lo-yadá'ta veló yadeoún avotékha lemá'an hodi'akhá ki lo al-hallé'hem levaddó yi'hyé ha'adám ki al-kol-motsá fi-adonáy yi'hyé ha'adám

3 Et il t'humiliait, et envoyait sur toi la faim, et te nourrissait de man, que tu ne connaissais pas auparavant et que ne connaissaient pas tes Pères, afin de te donner la connaissance que ce n'est pas du pain lui-même (pas proprement du pain) que vit l'homme, mais que par tout ce qui sort de la bouche de Dieu l'homme est vivant.

C'est-à-dire non pas simplement pour enseigner, mais pour que tu deviennes quelqu'un qui sait, pour que tu acquières une telle expérience qu'il ne te reste plus aucun doute – voilà ce que signifie donner la connaissance. Quand nous mangeons quelque chose, que ce soient des lasagnes, un steak ou un morceau de pain avec du beurre ou sans, il nous semble que c'est justement cette nourriture qui nous rassasie. Mais nous devons nous souvenir de ce que nous avons lu dans les tout premiers chapitres de la Torah, dans les tout premiers chapitres du livre de Béréchit : tout ce que le SEIGNEUR a créé, tout a été créé par la Parole de Dieu. Et quand nous mangeons du pain, nous mangeons la force qui a été déposée dans ce pain par la Parole de Dieu. Or la Parole de Dieu se révèle partout. Et tu dois voir que ce n'est pas le pain lui-même qui te nourrit, tu dois voir que les vraies calories ne sont pas dans le pain lui-même (bien que dans le monde physique cela se révèle ainsi) : en réalité, ce qui te nourrit et te fait vivre, c'est la Parole de Dieu. Et cette marche dans le désert devait t'enseigner une telle expérience. Ni le pain, ni la viande, ni le poisson, ni la chair d'un quelconque être vivant ou quelque chose de végétal – ce n'est pas cela qui te rassasie (bien que dans le monde physique il semble en être ainsi), mais ce qui te rassasie, c'est la Parole de Dieu, la Parole par laquelle tout cela a été créé. Et Dieu, par sa Parole, peut te donner de la force, te donner des forces aussi par le man, dont tes Pères et toi-même ne saviez rien, et par n'importe quels autres moyens.

Souviens-toi que derrière tout ce que tu as, derrière tout ce qui te donne des forces, se tient le Très-Haut. Dieu t'a fait marcher quarante ans à travers le désert pour que tu le connaisses et t'en souviennes.

שִׂמְלָתְךָ לֹא בָלְתָה מֵעָלֶיךָ וְרַגְלְךָ לֹא בָצֵקָה זֶה אַרְבָּעִים שָׁנָה׃

simlatekhá lo valetá me'alékha veraglekhá lo vatséka ze arba'ím chaná

4 Ton vêtement ne s'usait pas sur toi et ton pied n'enflait pas pendant quarante ans.

Quarante ans le peuple a marché à travers le désert, où il n'y a non seulement pas de boutiques, mais pas même de bazars aux vêtements, et où l'on ne peut rien acheter de neuf. Mais le vêtement ne s'usait pas sur toi et les chaussures ne s'abîmaient pas, ne devenaient pas inconfortables, et celui qui marchait pieds nus, la sollicitude du Très-Haut lui tenait lieu de chaussures. Il n'est déjà plus question seulement de la nourriture qui donne la force, mais du vêtement tout fait, d'un ouvrage des mains humaines, du tissu qui est préservé par la même Parole de Dieu de la décomposition, de l'usure. En d'autres termes, le Très-Haut nourrit, soutient aussi le vêtement, on peut aussi le traduire ainsi, de très nombreuses personnes parlent d'une telle compréhension.

 Nous, les hommes, nous considérons cela beaucoup plus simplement. Si nous avons un ensemble de vêtements, une certaine garde-robe (pour autant que cela s'applique aux vêtements masculins), qui ne s'usera pas pendant quarante ans, mais c'est formidable ! On ouvre l'armoire, on enfile ce qui est tombé de l'armoire, et on y va. C'est ainsi que font souvent les hommes. Pour une femme, tout est plus compliqué. Si elle a une robe, deux robes, trois robes, cinq robes, qu'elle ne changera pas pendant quarante ans, alors ce sera pour elle un vrai cauchemar. Bien sûr, on a envie de changer de vêtements. Et certains commentateurs disent que le vêtement changeait sur les femmes, il ne devenait pas usé non seulement au sens matériel, mais il ne se démodait pas, il continuait à réjouir les femmes. Il y a des midrachim qui parlent d'une telle sollicitude du Très-Haut. Eh bien, peut-être en a-t-il été ainsi, bien que, bien sûr, cela ne soit pas écrit directement dans le texte.

וְיָדַעְתָּ עִם־לְבָבֶךָ כִּי כַּאֲשֶׁר יְיַסֵּר אִישׁ אֶת־בְּנוֹ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ מְיַסְּרֶךָּ׃

veyada'tá im-levavékha ki ka'achér yeyassér ich et-benó adonáy elohekha meyasserékka

5 Et tu as appris en ton cœur que, de même qu'un homme punit (instruit) son fils, exactement de même le SEIGNEUR, ton Dieu, te punit (t'instruit).

Punit (yeyassér, du verbe leyassér) ne veut pas dire ici nécessairement sous forme de souffrances. C'est-à-dire instruit dans une certaine morale, parfois aussi à travers certaines privations, mais loin d'être toujours. L'homme ne punit pas les enfants des autres, nous nous efforçons de ne pas nous mêler de l'éducation des autres. Et parfois la punition est une manifestation de sollicitude envers l'enfant, seul le père ou la mère peut le faire.

Il est dit aussi ici veyada'tá, c'est-à-dire tu le connaîtras par ta propre expérience. Tu devais effectivement apprendre (non pas croire, non pas supposer, non pas céder à une suggestion) dans le désert que l'attitude du Très-Haut envers toi est comme l'attitude d'un père envers son fils : et l'instruction, et la sollicitude. Tu as vu l'un et l'autre. Et quand tu voyais cela, tu comprenais que rien ici n'est à toi. Tout le travail du peuple dans le désert consistait à ramasser le man. Imaginez qu'a grandi toute une génération de gens qui ne sont jamais allés au travail au sens où on l'entend aujourd'hui. Même ceux qui avaient du bétail ne le mangeaient pas, mais l'accumulaient pour entrer avec lui dans le pays d'Israël. C'est-à-dire que l'homme ne gagnait pas sa vie, ne travaillait pas pour sa nourriture. Toute une génération a vécu tout le temps avec une sorte de minimum vital (ou de maximum vital), en ramassant le man dans le désert. À quoi cela mène-t-il ? Cela mène à l'humilité, cela mène au sentiment qu'en réalité toi, ce n'est pas toi, et tout ce que tu fais dans ce monde, tout ce que tu peux faire, tout ce qu'il te semble avoir déjà fait, – c'est en réalité un don du Très-Haut. Toutes les bonnes actions que tu fais, ce n'est pas toi, c'est du Très-Haut. Et cela humilie : il y a de moins en moins de toi au-dedans de toi en matière de mérites, tu t'attribues de moins en moins tes mérites. Et ensuite, quand tu entreras dans le pays et rebâtiras des villes, et que ton bétail se multipliera, et que tu développeras l'économie du pays, et quand tout à coup tu penseras : « Ça alors, que je suis fort, comme je me suis développé, comme j'ai tout fait décoller ! », alors tu te souviendras du désert, tu te souviendras qu'en fait, ce n'est ni ton bétail, ni ta viande qui te nourrit, mais la Parole du Très-Haut. C'est cela même, l'humilité dont il est question : apprendre à comprendre que tout ne vient pas de toi, mais est un don du Très-Haut. Apprendre à faire une connaissance de ce qui existe constamment dans ta conscience, dans ta vision du monde, ce dont tu te souviens constamment : tout ce qui arrive, cela ne vient pas de toi. Et dans les punitions aussi, voir la main du Père qui instruit, ce qui donne, d'un autre côté, la joie de ressentir combien Dieu te fait de dons et comment Il prend soin de toi.

וְשָׁמַרְתָּ אֶת־מִצְוֹת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לָלֶכֶת בִּדְרָכָיו וּלְיִרְאָה אֹתוֹ׃

vechamartá et-mitsvót adonáy elohékha lalékhet bidrakháv oulyir'á otó

6 Et garde les commandements du SEIGNEUR, ton Dieu, pour marcher dans Ses voies et Le craindre.

Quand tu te souviendras de ton chemin en Égypte, quand tu te souviendras de la façon dont le SEIGNEUR prend soin de toi, que tu te souviendras qu'Il est pour toi un Père, tu reviendras à cet état d'humilité et tu garderas le commandement du Très-Haut.

כִּי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ מְבִיאֲךָ אֶל־אֶרֶץ טוֹבָה אֶרֶץ נַחֲלֵי מָיִם עֲיָנֹת וּתְהֹמֹת יֹצְאִים בַּבִּקְעָה וּבָהָר׃

ki adonáy elohekha mevi'akhá el-érets tová érets ná'hale máyim ayanót outhomót yotse'ím babbik'á ouvahar

7 Car le SEIGNEUR, ton Dieu, t'amène dans un pays bon, un pays de sources, et de fontaines, et de résurgences dans la vallée et sur les montagnes,

אֶרֶץ חִטָּה וּשְׂעֹרָה וְגֶפֶן וּתְאֵנָה וְרִמּוֹן אֶרֶץ־זֵית שֶׁמֶן וּדְבָשׁ׃

érets 'hittá ous'orá vegéfen out'ená verimmón erets-zét chémen oudvách

8 Dans un pays de blé, et d'orge, et de raisin, et de figues, et de grenades, dans un pays d'olives, d'huile et de miel,

אֶרֶץ אֲשֶׁר לֹא בְמִסְכֵּנֻת תֹּאכַל־בָּהּ לֶחֶם לֹא־תֶחְסַר כֹּל בָּהּ אֶרֶץ אֲשֶׁר אֲבָנֶיהָ בַרְזֶל וּמֵהֲרָרֶיהָ תַּחְצֹב נְחֹשֶׁת׃

érets achér lo vemiskenoút tokhal-bá lé'hem lo-te'hsár kol ba érets achér avanéha varzél oumehararéha ta'htsóv ne'hóchet

9 Un pays dans lequel tu ne mangeras pas ton pain dans la pénurie, dans lequel rien ne te manquera, dans un pays dans lequel les pierres sont de fer et de ses montagnes tu extrairas le cuivre.

Une terre qui n'est pas seulement fertile, mais aussi riche en ressources minérales.

וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ וּבֵרַכְתָּ אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ עַל־הָאָרֶץ הַטֹּבָה אֲשֶׁר

 נָתַן־לָךְ׃

ve'akhaltá vessavá'ta ouverakhtá et-adonáy elohékha alha'árets hattová achér natan-lákh

10 Et tu mangeras, et tu te rassasieras, et tu béniras le SEIGNEUR, ton Dieu, pour la bonne terre qu'il t'a donnée.

C'est d'ici que nous avons appris la tradition de bénir Dieu après le repas, quand tu t'es rassasié, c'est pourquoi il y a des prières après le repas avec action de grâce pour la nourriture. Moché dit : « Dieu t'a conduit à travers le désert, t'a enseigné l'humilité, t'a appris à vivre dans la pénurie, à voir Sa sollicitude dans la pénurie ». Mais il est facile de voir la sollicitude de Dieu dans la pénurie, peut-être est-il plus difficile de voir la sollicitude de Dieu dans la prospérité, quand tu as tout.

הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן־תִּשְׁכַּח אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְבִלְתִּי שְׁמֹר מִצְוֹתָיו וּמִשְׁפָּטָיו וְחֻקֹּתָיו אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם׃

hichámer lekhá pen-tichká'h et-adonáy elohékha leviltí chemór mitsvotáv oumichpatáv ve'houkkotáv achér anokhí metsavekhá hayom

11 Garde-toi, de peur que tu n'oublies le SEIGNEUR, ton Dieu, pour ne plus observer Ses commandements, et Ses jugements, et Ses lois, que je te prescris aujourd'hui.

פֶּן־תֹּאכַל וְשָׂבָעְתָּ וּבָתִּים טוֹבִים תִּבְנֶה וְיָשָׁבְתָּ׃

pen-tokhál vessavá'ta ouvattím tovím tivné veyachávta

12 Afin qu'il n'arrive pas que tu aies mangé, et que tu te sois rassasié, et que tu te sois bâti de bonnes maisons, et que tu te sois installé sur la terre complètement,

וּבְקָרְךָ וְצֹאנְךָ יִרְבְּיֻן וְכֶסֶף וְזָהָב יִרְבֶּה־לָּךְ וְכֹל אֲשֶׁר־לְךָ יִרְבֶּה׃

ouvkarekhá vetsonekhá yirbeyoún vekhéssef vezaháv yirbe-lákh vekhól acher-lekhá yirbe

13 Et ton gros bétail et ton petit bétail se multiplieront, de l'argent et de l'or tu en auras beaucoup, et de tout ce que tu auras, il y en aura beaucoup,

וְרָם לְבָבֶךָ וְשָׁכַחְתָּ אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ הַמּוֹצִיאֲךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים׃

verám levavékha vechakha'htá et-adonáy elohékha hammotsi'akhá me'érets mitsráyim mibbét avadím

14 Et ton cœur s'élèvera, et tu oublieras le SEIGNEUR, ton Dieu, Qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage,

הַמּוֹלִיכֲךָ בַּמִּדְבָּר הַגָּדֹל וְהַנּוֹרָא נָחָשׁ שָׂרָף וְעַקְרָב וְצִמָּאוֹן אֲשֶׁר אֵין־מָיִם הַמּוֹצִיא לְךָ מַיִם מִצּוּר הַחַלָּמִישׁ׃

hammolikhekhá bammidbár haggadól vehannorá na'hách saráf ve'akráv vetsimmaón achér en-máyim hammotsí lekhá máyim mittsoúr ha'hallamích

15 Qui t'a conduit à travers le désert grand et terrible, dans lequel il y a des serpents qui mordent, et des scorpions, et la soif, quand il n'y a pas d'eau ; Qui te donnait de l'eau du rocher de silex,

Quand tu vivras dans une pleine aisance, il te sera facile d'oublier ton enfance dans le désert, d'où le SEIGNEUR t'a fait sortir, où il n'y avait personne pour prendre soin de toi, où tu n'es pas devenu un enfant des rues, parce que là, c'est le SEIGNEUR qui prenait soin de toi.

הַמַּאֲכִלְךָ מָן בַּמִּדְבָּר אֲשֶׁר לֹא־יָדְעוּן אֲבֹתֶיךָ לְמַעַן עַנֹּתְךָ וּלְמַעַן נַסֹּתֶךָ לְהֵיטִבְךָ בְּאַחֲרִיתֶךָ׃

hamma'akhilekhá man bammidbár achér lo-yadeoún avotékha lemá'an annotekhá oulmá'an nassotékha lehetivekhá be'a'haritékha

16 T'a nourri dans le désert de man, que n'avaient pas connu tes Pères, pour te rendre humble, pour t'éprouver, pour ensuite te faire du bien (pour qu'on puisse te donner beaucoup et que cela ne te nuise pas).

Voilà un mémento pour l'homme riche : se souvenir du séjour dans le désert, où il n'avait rien et où le SEIGNEUR prenait soin de lui. Se souvenir qu'il n'y a aucune différence entre le fait que maintenant il est riche et que le SEIGNEUR prend soin de lui généreusement, et le temps où il était dans le désert et où le SEIGNEUR prenait soin de lui de la même manière. Se souvenir que c'est une situation identique.

וְאָמַרְתָּ בִּלְבָבֶךָ כֹּחִי וְעֹצֶם יָדִי עָשָׂה לִי אֶת־הַחַיִל הַזֶּה׃

ve'amartá bilvavékha ko'hí ve'ótsem yadí ássa li et-ha'háyil hazzé

17 Et voici, si tu oublies tout cela et dis en ton cœur : « C'est ma force, c'est la puissance de ma main qui m'ont permis de faire tout cela ! »,

C'est-à-dire : « Je suis moi-même responsable de ma prospérité, j'ai tout obtenu moi-même, personne ne m'a aidé ! »

וְזָכַרְתָּ אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ כִּי הוּא הַנֹּתֵן לְךָ כֹּחַ לַעֲשׂוֹת חָיִל לְמַעַן הָקִים אֶת־בְּרִיתוֹ אֲשֶׁר־נִשְׁבַּע לַאֲבֹתֶיךָ כַּיּוֹם הַזֶּה׃

vezakhartá et-adonáy elohekha ki hou hannotén lekhá kóa'h la'assót 'háyil lemá'an hakím et-beritó acher-nichbá la'avotékha kayom hazzé

18 Souviens-toi du SEIGNEUR, ton Dieu, car c'est Lui qui te donne des forces pour réussir, afin qu'Il garde l'alliance jurée à tes Pères, comme aujourd'hui encore.

Garde-toi ! N'oublie pas qui te donne tout cela – non pas qui t'a donné un jour, mais qui donne, qui donne constamment, comme aujourd'hui. Souviens-toi de cela. Une pensée très dangereuse peut se glisser dans ton cœur, que tout cela, c'est toi-même qui l'as fait. Tu peux perdre la connaissance acquise dans le désert, oublier les leçons apprises dans le désert. Que se passera-t-il alors ?

וְהָיָה אִם־שָׁכֹחַ תִּשְׁכַּח אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ וְהָלַכְתָּ אַחֲרֵי אֱלֹהִים אֲחֵרִים וַעֲבַדְתָּם וְהִשְׁתַּחֲוִיתָ לָהֶם הַעִדֹתִי בָכֶם הַיּוֹם כִּי אָבֹד תֹּאבֵדוּן׃

vehayá im-chakhóa'h tichká'h et-adonáy elohékha vehalakhtá a'haré elohím a'herím va'avadtám vehichta'havíta lahém ha'idóti vakhém hayom ki avód tovedoún

19 Et il arrivera, si d'un oubli tu oublies le SEIGNEUR, ton Dieu, et que tu ailles après d'autres dieux, et que tu les serves, et que tu te prosternes devant eux – je suis témoin pour vous aujourd'hui qu'alors vous périrez complètement.

כַּגּוֹיִם אֲשֶׁר יְהוָה מַאֲבִיד מִפְּנֵיכֶם כֵּן תֹאבֵדוּן עֵקֶב לֹא תִשְׁמְעוּן בְּקוֹל יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם׃

kaggoyím achér adonáy ma'avíd mippenekhém ken tovedoún ékev lo tichmeoún bekól adonáy elohekhém

20 Comme ces peuples mêmes que le SEIGNEUR fait périr devant votre face, ainsi vous aussi vous périrez à cause du fait que vous n'écouterez pas la voix du SEIGNEUR, votre Dieu.

Nous voyons de nouveau le mot ékev (à cause de ; pour le fait que), comme au tout début de notre section hebdomadaire. Dans tout ce que vous recevez, dans tous vos accomplissements, dans tous vos succès – dans les maisons construites, dans les vignes plantées, dans les olives récoltées – écoutez la voix du SEIGNEUR, votre Dieu. Voyez la main de votre Dieu, n'oubliez jamais que c'est Lui.

C'est la recette pour que la bénédiction que vous recevrez ne vous gâte pas. Pendant quarante ans, Il t'a appris à scruter ton cœur : observeras-tu Ses commandements quand il te devient difficile de les observer. Et dans le cas où tu as tout perdu, il faut observer Ses commandements. Et dans le cas où tu as tout acquis, il faut observer Ses commandements. Et se souvenir comment le SEIGNEUR, ton Dieu, te ramenait, et t'instruisait, et t'enseignait. C'est la leçon du chapitre 8 du livre de Dévarim, un tel mémento pour l'homme d'affaires prospère.

Question d'estime de soi

Dévarim 9,1–29

Avec l'aide de Dieu, nous poursuivons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire Ékev et nous lirons le chapitre 9 du livre de Dévarim. Dans ce chapitre, Moché donne au peuple d'Israël encore une instruction importante.

שְׁמַע יִשְׂרָאֵל אַתָּה עֹבֵר הַיּוֹם אֶת־הַיַּרְדֵּן לָבֹא לָרֶשֶׁת גּוֹיִם גְּדֹלִים וַעֲצֻמִים מִמֶּךָּ עָרִים גְּדֹלֹת וּבְצֻרֹת בַּשָּׁמָיִם׃

chemá yisraél attá ovér hayom et-hayardén lavó laréchet goyím gedolím va'atsoumím mimmékka arím gedolót ouvtsourót bachamáyim

1 Écoute, Israël ! Tu passes aujourd'hui le Jourdain pour venir et prendre en héritage (chasser) des peuples plus grands et plus forts que toi, de grandes villes, fortifiées jusqu'aux cieux ;

C'est en partie une métaphore : aujourd'hui nous appelons un bâtiment élevé un gratte-ciel, comme s'il atteignait le ciel. Bien sûr, les murailles des villes de ce temps-là étaient un peu plus basses que les gratte-ciel d'aujourd'hui, mais l'archéologie du pays d'Israël nous donne une idée du fait que c'étaient réellement des villes très fortifiées, avec des murailles très hautes, avec un système de défense très développé.

Il y a un détail très important concernant la rhétorique de Moché. Il parle devant tout le peuple et avec tout le peuple, mais il ne dit pas vous, peuple d'Israël, mais tu, comme s'il s'adressait à chaque personne, afin que chacun des présents entende et perçoive ainsi qu'on s'adresse personnellement à lui, et applique à lui-même ce qui est dit. Cela concerne non seulement ceux qui écoutaient Moché alors, mais aussi nous, qui écoutons Moché maintenant.

עַם־גָּדוֹל וָרָם בְּנֵי עֲנָקִים אֲשֶׁר אַתָּה יָדַעְתָּ וְאַתָּה שָׁמַעְתָּ מִי יִתְיַצֵּב לִפְנֵי בְּנֵי עֲנָק׃

am-gadól varám bené anakím achér attá yadá'ta ve'attá chamá'ta mi yit'yattsév lifné bene-anák

2 Un peuple nombreux et de haute taille, des fils de géants, que tu connais et dont tu as entendu parler : qui tiendra devant les fils des géants ?

Tu as entendu différentes légendes, bien sûr, sur ces géants et tu as vu Og, roi du Bachan, le dernier des géants. Or ce sont leurs descendants, des fils de géants, peut-être pas aussi grands, mais tout de même des gars assez sérieux, et il faut avoir complètement perdu l'instinct de conservation pour commencer à leur faire la guerre. Et c'est pourquoi il est tout à fait raisonnable de demander : qui donc sortira au combat contre eux ? N'importe qui peut penser ainsi.

וְיָדַעְתָּ הַיּוֹם כִּי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ הוּא־הָעֹבֵר לְפָנֶיךָ אֵשׁ אֹכְלָה הוּא יַשְׁמִידֵם וְהוּא יַכְנִיעֵם לְפָנֶיךָ וְהוֹרַשְׁתָּם וְהַאַבַדְתָּם מַהֵר כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה לָךְ׃

veyada'tá hayom ki adonáy elohekha hou-ha'ovér lefanékha ech okhelá hou yachmidém vehoú yakhni'ém lefanékha vehorachtám veha'avadtám mahér ka'achér dibbér adonáy lakh

3 Sache donc aujourd'hui que le SEIGNEUR, ton Dieu, Il passe devant toi comme un feu dévorant ! Il les anéantira, et Il les soumettra devant toi, et tu les chasseras, et tu les feras périr rapidement, comme le SEIGNEUR te l'a dit.

Beaucoup ici sont troublés par le fait que Moché dit : « Tu les chasseras rapidement ». Or au chapitre 7, au verset 22, nous avons lu que tu ne réussiras pas à conquérir rapidement la terre, que tu chasseras les peuples me'át me'át (peu à peu). Mais on peut comprendre cela ainsi, que chaque guerre particulière sera rapide, il n'y aura pas de guerres longues, épuisantes, mais il y aura une longue série de guerres éclair, une longue série de blitzkriegs. « Tu les chasseras rapidement, mais souviens-toi en même temps… » En effet, pour aller contre ces géants il faut être fou. Mais ce n'est pas toi qui vas contre eux, c'est le SEIGNEUR, ton Dieu, qui va devant toi comme un feu dévorant, c'est Lui qui combat, et toi tu vas derrière Lui, telle est la tactique de la guerre. Souviens-toi toujours de cela.

Sans doute cela est-il actuel aussi pour notre vie, car nous attendons souvent une grande victoire éclair, une percée brusque vers un grand succès, pour que tout arrive d'un coup et en abondance. Quand de petites victoires arrivent, nous pouvons ne pas voir derrière cela le Très-Haut, et c'est justement cela que le Très-Haut enseigne ici. Cela concerne non seulement la conquête du pays d'Israël, mais aussi certaines autres de nos affaires. Peut-être notre projet dans son ensemble se réalisera-t-il lentement (afin que les animaux ne deviennent pas pour nous un obstacle, comme nous l'avons lu dans le chapitre précédent), mais certains petits pas peuvent nous réussir rapidement. Cela doit réjouir, et derrière cela on peut voir la réalisation d'un grand plan. Mais il est important d'apprendre aussi, derrière les petits pas, derrière les petites victoires, à voir le Très-Haut. Et là peut surgir une erreur, contre laquelle Moché veut mettre en garde le peuple d'Israël.

אַל־תֹּאמַר בִּלְבָבְךָ בַּהֲדֹף יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֹתָם מִלְּפָנֶיךָ לֵאמֹר בְּצִדְקָתִי הֱבִיאַנִי יְהוָה לָרֶשֶׁת אֶת־הָאָרֶץ הַזֹּאת וּבְרִשְׁעַת הַגּוֹיִם הָאֵלֶּה יְהוָה מוֹרִישָׁם מִפָּנֶיךָ׃

al-tomár bilvavekhá bahadóf adonáy elohékha otám millefanékha lemór betsidkatí hevi'áni adonáy laréchet et-ha'árets hazzót ouvrich'át haggoyím ha'élle adonáy morichám mippanékha

4 Et ne dis pas dans ton cœur, quand le SEIGNEUR, ton Dieu, les rejettera loin de toi (les projettera, quand ils seront projetés au loin), en disant : « À cause de (pour) ma justice le SEIGNEUR, mon Dieu, m'a donné d'hériter cette terre, et à cause de la méchanceté de ces peuples le SEIGNEUR les chasse de devant toi ».

Moché comprend ce que l'homme peut penser : « Nous nous repoussons l'un l'autre, car la méchanceté ne peut pas voisiner avec la justice. Ces géants forts, robustes sont projetés loin de moi parce que moi, je suis un juste, et eux, des méchants, voilà comme je suis juste ! » Et Moché dit ensuite : « Non, ne pense pas ainsi. Souviens-toi que c'est le SEIGNEUR Juste qui marche devant toi, et c'est de Lui qu'ils sont projetés au loin. » Tu peux penser que la physique du processus est tout autre, que la stratégie de la guerre est tout autre, mais il n'en est rien : c'est le SEIGNEUR qui marche devant toi et mène ta guerre, et nullement à cause de ta justice.

לֹא בְצִדְקָתְךָ וּבְיֹשֶׁר לְבָבְךָ אַתָּה בָא לָרֶשֶׁת אֶת־אַרְצָם כִּי בְּרִשְׁעַת הַגּוֹיִם הָאֵלֶּה יְהוָה אֱלֹהֶיךָ מוֹרִישָׁם מִפָּנֶיךָ וּלְמַעַן הָקִים אֶת־הַדָּבָר אֲשֶׁר נִשְׁבַּע יְהוָה לַאֲבֹתֶיךָ לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיַעֲקֹב׃

lo vetsidkatekhá ouv'yocher levavekhá attá va laréchet et-artsám ki berich'át haggoyím ha'élle adonáy elohékha morichám mippanékha oulmá'an hakím et-haddavár achér nichbá adonáy la'avotékha le'avrahám leyits'hák oulya'akóv

5 Ce n'est pas à cause de ta justice ni à cause de la droiture de ton cœur que tu viens hériter leur terre, mais à cause de la méchanceté de ces peuples le SEIGNEUR, ton Dieu, les chasse de devant ta face, afin d'accomplir ce que le SEIGNEUR a juré à tes Pères, à Avraham, à Yits'hak et à Yaakov.

Le SEIGNEUR ne rend pas de jugement injuste. Et les peuples qui vivent dans ce pays ne sont pas chassés simplement parce que le SEIGNEUR t'a déjà promis cette terre. Ils sont chassés parce qu'ils sont des méchants, et le châtiment qui leur vient est réellement mérité. Mais ta récompense, ta récompense non méritée, c'est le fruit du serment du SEIGNEUR à Avraham, à Yits'hak et à Yaakov, tes Pères. Il n'y a là aucune justice de ta part, aucune droiture de ton cœur, et ne pense pas que tu réussis parce que tu es tout entier un si grand juste.

Souvent, en observant quelque chose dans la vie, dans notre vie, dans notre réalité, nous pouvons nous aussi penser que cela arrive parce que nous sommes si justes. Mais cela arrive parce que le SEIGNEUR intercède pour nous, nous aime, nous protège. Et, peut-être, absolument pas grâce à notre justice et à la pureté de notre cœur, mais malgré notre impureté.

וְיָדַעְתָּ כִּי לֹא בְצִדְקָתְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ אֶת־הָאָרֶץ הַטּוֹבָה הַזֹּאת לְרִשְׁתָּהּ כִּי עַם־קְשֵׁה־עֹרֶף אָתָּה׃

veyada'tá ki lo vetsidkatekhá adonáy elohékha notén lekhá et-ha'árets hattová hazzót lerichtá ki am-keche-óref átta

6 Et sache que ce n'est pas à cause de ta justice que le SEIGNEUR, ton Dieu, te donne d'hériter ce pays merveilleux, car tu es un peuple au cou roide.

Ici est employé un mot biblique tel que au cou roide, qui est apparu et s'est affermi, probablement, avec les premières traductions russes de la Bible, parce que le mot vyia (cou) a depuis longtemps quitté la langue russe. L'expression am-keche-óref signifie un peuple à la nuque dure, lourde, au cou rigide. D'un côté, on peut comprendre que c'est un peuple à qui il est difficile de tourner la tête en arrière, difficile de se repentir, difficile de réexaminer ses actes, difficile de changer sa vie. D'un autre côté, c'est un peuple qui accepte difficilement le joug, accepte difficilement le joug, rejette constamment de son cou le joug des commandements divins, le joug du service de Dieu – un peuple au cou roide, un peuple à la nuque dure.

 Ensuite Moché rappelle une brève histoire des relations pas très bonnes du peuple avec le Très-Haut.

זְכֹר אַל־תִּשְׁכַּח אֵת אֲשֶׁר־הִקְצַפְתָּ אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בַּמִּדְבָּר לְמִן־הַיּוֹם אֲשֶׁר־יָצָאתָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם עַד־בֹּאֲכֶם עַד־הַמָּקוֹם הַזֶּה מַמְרִים הֱיִיתֶם עִם־יְהוָה׃

zekhór al-tichká'h et acher-hiktsáfta et-adonáy elohekha bammidbár lemin-hayom acher-yatsáta me'érets mitsráyim ad-bo'akhém ad-hammakóm hazzé mamrím heyitém im-adonáy

7 Souviens-toi et n'oublie pas comment tu as irrité le SEIGNEUR, ton Dieu, dans le désert ; depuis le jour où tu es sorti du pays d'Égypte et jusqu'à votre arrivée en ce lieu même, vous avez été désobéissants envers le SEIGNEUR.

De quel lieu est-il question ? Eh bien, ce lieu s'appelle Ba'al-Pé'or, un lieu dont on ne parle pas, ce lieu même où les Israélites ont péché avec les femmes moabites, où Pin'has a pris avec zèle la défense de son peuple, et tout ce temps, depuis le moment de votre sortie du pays d'Égypte, vous vous êtes tout le temps rebellés, soulevés contre le SEIGNEUR.

וּבְחֹרֵב הִקְצַפְתֶּם אֶת־יְהוָה וַיִּתְאַנַּף יְהוָה בָּכֶם לְהַשְׁמִיד אֶתְכֶם׃

ouv'horév hiktsaftém et-adonáy vayit'annáf adonáy bakhém lehachmíd etkhém

8 Au 'Horev vous avez irrité Dieu, et Dieu s'est irrité contre vous, pour vous anéantir.

Vous avez aussi irrité Dieu au 'Horev (Sinaï), au jour le plus solennel, au jour qui aurait pu devenir le jour le plus solennel de l'histoire. Comment cela s'est-il passé ?

בַּעֲלֹתִי הָהָרָה לָקַחַת לוּחֹת הָאֲבָנִים לוּחֹת הַבְּרִית אֲשֶׁר־כָּרַת יְהוָה עִמָּכֶם וָאֵשֵׁב בָּהָר אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לַיְלָה לֶחֶם לֹא אָכַלְתִּי וּמַיִם לֹא שָׁתִיתִי׃

ba'alotí hahára laká'hat lou'hót ha'avaním lou'hót habberít acher-karát adonáy immakhém va'echév bahár arba'ím yom ve'arba'ím láyla lé'hem lo akhálti oumáyim lo chatíti

9 Quand je suis monté sur la montagne pour prendre les tables de pierre, les tables de l'alliance que le Très-Haut a conclue avec vous, je suis demeuré sur la montagne quarante jours et quarante nuits, je n'ai pas mangé de pain et je n'ai pas bu d'eau.

Les tables de l'alliance sont de telles tablettes (lou'hót), sur lesquelles est écrit le texte de l'alliance, le texte du contrat entre le Très-Haut et le peuple d'Israël. Elles sont aussi le témoignage de l'existence de l'alliance elle-même entre Dieu et Israël. Le jour où Moché descend avec les tables de l'alliance aurait pu être le jour le plus solennel, comme nous l'avons déjà dit, le Jour de l'alliance, le Jour des noces du Très-Haut et du peuple d'Israël.

Il y a un proverbe connu : « À Rome, conduis-toi comme un Romain ». Quand les anges étaient sur la terre, en visite chez notre Patriarche Avraham, ils mangeaient et buvaient comme les hommes sur la terre. Quand Moché monte sur la montagne et demeure quarante jours avec le Très-Haut, il dévoile pour ainsi dire en lui-même une nature angélique, quarante jours il ne mange pas et ne boit pas, comme les anges qui demeurent au lieu des anges.

וַיִּתֵּן יְהוָה אֵלַי אֶת־שְׁנֵי לוּחֹת הָאֲבָנִים כְּתֻבִים בְּאֶצְבַּע אֱלֹהִים וַעֲלֵיהֶם כְּכָל־הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה עִמָּכֶם בָּהָר מִתּוֹךְ הָאֵשׁ בְּיוֹם הַקָּהָל׃

vayittén adonáy eláy et-chené lou'hót ha'avaním ketouvím be'etsbá elohim va'alehém kekhol-haddevarím achér dibbér adonáy immakhém bahár mittókh ha'éch beyom hakkahal

10 Et le SEIGNEUR m'a donné deux tables de pierre (tablettes), sur lesquelles est le tracé du doigt du SEIGNEUR, et sur elles sont écrites comme ces paroles que le SEIGNEUR vous a dites sur la montagne du milieu du feu au jour de votre assemblée.

Une image très intéressante, que le SEIGNEUR écrive avec le doigt. Pourquoi justement avec le doigt ? Pourquoi une telle image ? Naturellement, Dieu n'a pas de doigt avec lequel le SEIGNEUR pourrait écrire. Mais l'instrument avec lequel on écrivait autrefois sur le parchemin s'appelait tsiporén (ongle). Si l'on écrit avec un ongle, on peut se représenter un stylet antique – le kalám (kálamus), une tige de roseau à l'extrémité taillée en biais et pointue, comme un doigt, voilà de quelle image il s'agit. Le SEIGNEUR en personne a écrit ce tracé sur les tables.

De nouveau, l'expression kekhol-haddevarím est comprise de différentes manières. Les uns disent : cela signifie exactement les mêmes que ces paroles. Et d'autres disent : cela signifie comme ces paroles, c'est-à-dire semblables à ces paroles. Et c'est pourquoi il y a une différence entre le texte du Décalogue dans le livre de Chémot et dans le livre de Dévarim.

וַיְהִי מִקֵּץ אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לָיְלָה נָתַן יְהוָה אֵלַי אֶת־שְׁנֵי לֻחֹת הָאֲבָנִים לֻחוֹת הַבְּרִית׃

vayhí mikkéts arba'ím yom ve'arba'ím láyla natán adonáy eláy et-chené lou'hót ha'avaním lou'hót habberít

11 Et il advint, au terme des quarante jours et des quarante nuits, que le SEIGNEUR m'a donné deux tables de pierre, les tables de l'alliance.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֵלַי קוּם רֵד מַהֵר מִזֶּה כִּי שִׁחֵת עַמְּךָ אֲשֶׁר הוֹצֵאתָ מִמִּצְרָיִם סָרוּ מַהֵר מִן־הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר צִוִּיתִם עָשׂוּ לָהֶם מַסֵּכָה׃

vayomer adonáy eláy koum red mahér mizzé ki chi'hét ammekhá achér hotséta mimmitsráyim sárou mahér min-haddérekh achér tsivvitím asoú lahém massekhá

12 Et le SEIGNEUR m'a dit : « Lève-toi et descends d'ici au plus vite, car ton peuple, que tu as fait sortir d'Égypte, est devenu indigne, ils se sont vite écartés du chemin que tu leur as commandé, ils se sont fait une statue fondue (une image fondue) ».

Le mot massekhá peut se comprendre aussi comme couverture, voile, comme quelque chose qui cache la réalité, qui obscurcit la lumière, qui déforme la perception de la réalité.

Pourquoi est-ce que le Très-Haut dit ici, et que Moché le souligne dans son récit : « Va, descends, car ton peuple que tu as fait sortir d'Égypte s'est corrompu » ? De nombreux commentateurs remarquent que ce n'étaient pas, à proprement parler, des Juifs d'origine, c'était cette foule de divers peuples qui était sortie avec eux, que Moché avait fait sortir aussi. On peut le comprendre aussi autrement, une telle compréhension existe aussi. Quand le père et la mère, il arrive, se disputent à cause des enfants, l'un d'eux dit : « Et cet enfant, il est tout à fait comme toi, ce sont tes habitudes, c'est ta génétique ». Moché essaie de faire passer une certaine idée au peuple d'Israël et dit : « Voilà votre justice, voilà ce que le Très-Haut dit de vous : ton peuple, que tu as fait sortir, eux, eux se sont corrompus. C'est-à-dire qu'à un certain moment le Très-Haut ne les a pas appelés Son peuple.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֵלַי לֵאמֹר רָאִיתִי אֶת־הָעָם הַזֶּה וְהִנֵּה עַם־קְשֵׁה־עֹרֶף הוּא׃

vayomer adonáy eláy lemór ra'íti et-ha'ám hazzé vehinné am-keche-óref hou

13 Et le SEIGNEUR m'a dit, en disant : « J'ai vu ce peuple, et voici – c'est un peuple au cou dur, lui ».

הֶרֶף מִמֶּנִּי וְאַשְׁמִידֵם וְאֶמְחֶה אֶת־שְׁמָם מִתַּחַת הַשָּׁמָיִם וְאֶעֱשֶׂה אוֹתְךָ לְגוֹי־עָצוּם וָרָב מִמֶּנּוּ׃

héref mimménni ve'achmidém ve'em'hé et-chemám mittá'hat hachamáyim ve'e'essé otekhá legoy-atsoúm varáv mimménnou

14 Lâche-Moi (éloigne-toi), et Je les anéantirai, et J'effacerai leur nom de dessous les cieux, et ferai de toi (produirai de toi) un peuple plus grand et plus nombreux qu'eux ».

L'expression héref mimménni peut se comprendre comme relâche ton emprise sur Moi. Ainsi parle parfois un homme : « Lâchez-moi, je vais lui faire quelque chose tout de suite », en appelant en réalité à ce qu'on le retienne, à ce qu'on le maintienne. Bien sûr, Moché est un homme, il n'a pas la force d'influer d'une quelconque manière sur le Très-Haut. Le Très-Haut est le Maître absolu. Qui donc Lui dira : « Arrête ! », qui arrêtera Sa main ?

Remarquons qu'ici Moché ne dit pas encore ce qu'il a répondu alors au Très-Haut.

וָאֵפֶן וָאֵרֵד מִן־הָהָר וְהָהָר בֹּעֵר בָּאֵשׁ וּשְׁנֵי לֻחֹת הַבְּרִית עַל שְׁתֵּי יָדָי׃

va'éfen va'eréd min-hahár vehahár bo'ér ba'éch ouchné lou'hót habberít al cheté yadáy

15 Et je me suis retourné, et j'ai commencé à descendre de la montagne, et la montagne brûle de feu, et les deux tables de l'alliance sont dans mes deux mains.

On ne peut que se représenter tout ce tableau terrible : Moché descend de la montagne, et la montagne brûle de feu, le miracle continue encore, la montagne brûle encore. Et c'est justement pendant ce miracle, quand la montagne à côté brûle encore, c'est justement à ce moment-là que le peuple d'Israël descend à un tel niveau d'incrédulité qu'il crée le veau d'or. Peut-être cela serait-il encore compréhensible si tous les signes de la présence de Dieu s'étaient déjà dissimulés. Mais la montagne brûle encore, le miracle continue encore, et Moché marche avec les tables, avec le témoignage de la disposition du SEIGNEUR à conclure l'alliance.

וָאֵרֶא וְהִנֵּה חֲטָאתֶם לַיהוָה אֱלֹהֵיכֶם עֲשִׂיתֶם לָכֶם עֵגֶל מַסֵּכָה סַרְתֶּם מַהֵר מִן־הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר־צִוָּה יְהוָה אֶתְכֶם׃

va'ére vehinné 'hatatém ladonáy elohekhém assitém lakhém égel massekhá sartém mahér min-haddérekh acher-tsivvá adonáy etkhém

16 Et j'ai vu, voici, vous avez péché envers le SEIGNEUR, votre Dieu, vous vous êtes fait un veau de métal fondu, et vous vous êtes vite écartés du chemin que le SEIGNEUR vous avait prescrit.

Remarquez-le, au verset 12 le Très-Haut a dit à Moché : « Descends, car ton peuple, que tu as fait sortir d'Égypte, s'est corrompu et s'est vite écarté des commandements que tu leur as enseignés ». Et ici, quand Moché le raconte de nouveau, il dit : « Vous vous êtes écartés du SEIGNEUR, votre Dieu, vous vous êtes écartés des commandements qu'Il vous a prescrits ». Moché dit par là : « Vous êtes tout de même Son peuple, et les commandements, ce sont Ses commandements ». C'est-à-dire, ce n'est pas grave que vous m'ayez affligé, que vous ayez gâté vos relations avec moi. Non, puisque vous êtes Son peuple, ce sont Ses commandements que vous avez transgressés et c'est Lui que vous avez affligé.

וָאֶתְפֹּשׂ בִּשְׁנֵי הַלֻּחֹת וָאַשְׁלִכֵם מֵעַל שְׁתֵּי יָדָי וָאֲשַׁבְּרֵם לְעֵינֵיכֶם׃

va'etpós bichné hallou'hót va'achlikhém me'ál cheté yadáy va'achabberém le'enekhém

17 J'ai saisi les deux tables (je les ai serrées plus fort, je les ai levées au-dessus de moi) et je les ai jetées de mes deux mains, et je les ai brisées devant vos yeux.

Que signifie le brisement des tables ? Il y a des midrachim qui disent que les lettres se sont envolées des tables et que les tables elles-mêmes essayaient de s'échapper des mains de Moché et de retourner quelque part dans le monde céleste, c'est pourquoi Moché les a attrapées, les a saisies (va'etpós). Mais on peut aussi comprendre cela autrement. Les tables de l'alliance (lou'hót haberít) représentent le texte du contrat entre le peuple d'Israël et le Très-Haut, le texte de l'alliance que le SEIGNEUR a conclue avec le peuple d'Israël. Et Moché détruit le document, détruit le texte, rompt le contrat, pour faire sortir le peuple de dessous la malédiction, de dessous le châtiment. Le contrat est rompu, et donc il n'y a pas sur Israël de malédiction liée à la violation du contrat. On agissait souvent ainsi en ces temps-là, et pour ces temps-là c'était une action tout à fait compréhensible.

Je le répète, cela aurait pu être un moment très solennel, si Moché avait tout de même apporté au peuple les tables sur lesquelles sont gravés les commandements de Dieu, gravés par le doigt de Dieu. Mais ce moment est devenu tragique. Tragique, parce que Moché comprend tout, et Moché est saisi d'horreur.

Arrêtons-nous ici et, pour plus de clarté, lisons le verset 30 du chapitre 32 du livre de Chémot : « Et il arriva le lendemain, Moché dit au peuple : “Vous avez commis un grand péché, et maintenant je monterai vers le SEIGNEUR, peut-être expierai-je votre péché” », c'est-à-dire littéralement le lendemain du jour où Moché est descendu de la montagne. Il y a dans la tradition des dates pour chacun de ces événements. Je ne les aborde pas exprès, parce que nous lisons le sens simple du texte.

Ainsi, le lendemain du jour où Moché est descendu de la montagne, il monte de nouveau vers le Très-Haut sur la montagne. Et c'est ce que nous lisons à partir du verset 18.

וָאֶתְנַפַּל לִפְנֵי יְהוָה כָּרִאשֹׁנָה אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לַיְלָה לֶחֶם לֹא אָכַלְתִּי וּמַיִם לֹא שָׁתִיתִי עַל כָּל־חַטַּאתְכֶם אֲשֶׁר חֲטָאתֶם לַעֲשׂוֹת הָרַע בְּעֵינֵי יְהוָה לְהַכְעִיסוֹ׃

va'etnappál lifné adonáy karichoná arba'ím yom ve'arba'ím láyla lé'hem lo akhálti oumáyim lo chatíti al kol-'hattatkhém achér 'hatatém la'asót hará be'ené adonáy lehakh'isó

18 Et je me suis prosterné devant le SEIGNEUR, comme la première fois ; quarante jours et quarante nuits je n'ai pas mangé de pain et je n'ai pas bu d'eau, pour tout votre péché que vous avez commis, pour faire ce qui est mal aux yeux du SEIGNEUR et L'irriter.

Moché n'est resté qu'un seul jour dans le camp (comme nous le savons par le livre de Chémot), et il n'a guère eu la possibilité de dîner ou de se restaurer. Une deuxième fois Moché monte sur la montagne vers le Très-Haut et de nouveau il jeûne quarante jours, il ne mange pas et ne boit pas. Par amour pour Israël, dans le jeûne et la prière, Moché supplie le Très-Haut d'avoir pitié du peuple.

כִּי יָגֹרְתִּי מִפְּנֵי הָאַף וְהַחֵמָה אֲשֶׁר קָצַף יְהוָה עֲלֵיכֶם לְהַשְׁמִיד אֶתְכֶם וַיִּשְׁמַע יְהוָה אֵלַי גַּם בַּפַּעַם הַהִוא׃

ki yagórti mippené ha'áf veha'hemá achér katsáf adonáy alekhém lehachmíd etkhém vayichmá adonáy eláy gam bappá'am hahí

19 Car j'avais peur de la colère et de la fureur dont le SEIGNEUR s'était irrité contre vous, pour vous anéantir. Et le SEIGNEUR m'a écouté aussi cette fois.

Le mot yagórti désigne le plus haut degré de la peur, c'est-à-dire j'étais terrifié. Apparemment, c'est la toute première histoire que Moché raconte ici. Pourquoi donc dit-il : « Le SEIGNEUR m'a écouté aussi cette fois ? » Parce que le peuple qui se tient devant Moché connaît beaucoup d'histoires où le SEIGNEUR répondait aux demandes de grâce de Moché et faisait grâce au peuple à la demande de Moché.

וּבְאַהֲרֹן הִתְאַנַּף יְהוָה מְאֹד לְהַשְׁמִידוֹ וָאֶתְפַּלֵּל גַּם־בְּעַד אַהֲרֹן בָּעֵת הַהִוא׃

ouv'aharón hit'annáf adonáy me'ód lehachmidó va'etpallél gam-be'ád aharón ba'ét hahí

20 Et contre Aharon le SEIGNEUR s'est fort irrité, pour l'anéantir. Et pour Aharon aussi j'ai prié en ce temps-là.

Qu'a encore fait Moché ? Ici il faut comprendre que le récit ne suit pas l'ordre chronologique. Bien sûr, la destruction du veau, dont il sera question plus loin, a eu lieu avant que Moché ne monte sur la montagne pour l'expiation du péché du peuple.

וְאֶת־חַטַּאתְכֶם אֲשֶׁר־עֲשִׂיתֶם אֶת־הָעֵגֶל לָקַחְתִּי וָאֶשְׂרֹף אֹתוֹ בָּאֵשׁ וָאֶכֹּת אֹתוֹ טָחוֹן הֵיטֵב עַד אֲשֶׁר־דַּק לְעָפָר וָאַשְׁלִךְ אֶת־עֲפָרוֹ אֶל־הַנַּחַל הַיֹּרֵד מִן־הָהָר׃

ve'et-'hattatkhém acher-assitém et-ha'égel laká'hti va'esróf otó ba'éch va'ekkót otó ta'hón hetév ad acher-dák le'afár va'achlíkh et-afaró el-hanná'hal hayoréd min-hahár

21 Et votre péché, que vous aviez fait, le veau, je l'ai pris et je l'ai fait passer par le feu, je l'ai bien broyé, jusqu'à ce qu'il devienne fin comme la poussière, et sa poussière je l'ai jetée dans la source qui descend de la montagne.

À l'endroit qui, selon la plupart des avis, est identifié comme le mont Sinaï, il y a effectivement à proximité une source qui descend de la montagne. Pourquoi Moché dit-il qu'il a jeté la poussière du veau, du péché du peuple d'Israël, dans l'eau ? Nous lisons que plus tard le roi Yochiyahou a fait exactement la même chose (2 Mélakhim 12,12) : « Et les autels qui étaient sur le toit de la chambre haute d'A'haz, que les rois de Judée avaient faits, et les autels que Ménaché avait faits dans les deux parvis de la maison du SEIGNEUR, le roi les a démolis et les a précipités de là, et il a jeté leur poussière dans le torrent du Kidron ». C'est-à-dire qu'on peut d'une certaine manière réparer le péché si on le jette dans l'eau. Plus clairement encore, il en est question dans le livre du prophète Mikha (7,19) : « Il aura de nouveau pitié de nous, couvrira nos iniquités. Et Tu jetteras dans les profondeurs de la mer tous nos péchés ».

Les péchés, comme il s'avère, on peut les noyer. Et le péché du veau d'or, Moché l'a noyé lui aussi. Il est vrai que si nous lisons ce qui est écrit dans le livre de Chémot (32,20), Moché a en plus donné à boire au peuple d'Israël l'eau avec la poussière du veau : « Et il prit le veau qu'ils avaient fait, et le brûla au feu, et le réduisit en poussière, la répandit sur l'eau et la donna à boire aux fils d'Israël ». Il y a différents avis sur la raison pour laquelle Moché a fait ainsi.

Les sages du Talmud disent que c'est le même moyen d'éprouver l'homme que celui par lequel on éprouvait la femme qui était soupçonnée d'adultère. À elle aussi on donnait à boire de l'eau avec de la poussière, et si elle avait réellement péché, péché par adultère, son ventre enflait et il lui arrivait encore beaucoup d'autres désagréments (Bémidbar 5,17–22). Et on peut dire que Moché a donné l'eau aux fils d'Israël pour les éprouver, pour savoir qui s'était prosterné et qui non. Rabbi Moché ben Na'hman (Ramban) dit que c'est en outre aussi une humiliation. Représentez-vous ce que devient tout ce qui a été mangé et ce qui sort de l'homme, et c'est justement cela que deviendra leur Dieu. Bon, bien sûr, on peut faire la réserve que l'or ne se digère pas, mais l'image est claire.

Ibn Ezra, lui aussi l'un des commentateurs classiques connus de la Torah, dit que cette eau bue changeait les visages des gens, de sorte que les lévites, qui passaient et tuaient tous ceux qui avaient péché, pouvaient reconnaître qui avait péché. C'est justement chez ceux qui avaient péché que l'eau changeait le visage, donnait au visage une certaine expression, d'après laquelle on pouvait les reconnaître. Mais dans notre chapitre 9, Moché ne raconte pas qu'il a en plus fait boire cette eau au peuple.

Ensuite Moché énumère aussi d'autres lieux où le peuple d'Israël a irrité le Très-Haut.

וּבְתַבְעֵרָה וּבְמַסָּה וּבְקִבְרֹת הַתַּאֲוָה מַקְצִפִים הֱיִיתֶם אֶת־יְהוָה׃

ouvtav'erá ouvmassá ouvkivrót hatta'avá maktsifím heyitém et-adonáy

22 Et à Tav'éra, et à Massa, et à Kivrot-hatta'ava vous avez éveillé la colère du SEIGNEUR.

Avant tout, Moché nomme le lieu qui s'appelle Tav'éra, dont il est question au début du chapitre 11 du livre de Bémidbar. Là, il n'est pas raconté contre quoi précisément le peuple murmurait, il y est dit que le peuple se mit à grommeler méchamment aux oreilles du Très-Haut, et Il s'irrita, et le feu du SEIGNEUR descendit (s'embrasa) sur eux et dévora les extrémités du camp d'Israël. Le mot s'embrasa en hébreu est tiv'ar, et c'est pourquoi le lieu aussi a été appelé Tav'éra.

Le deuxième lieu que nomme Moché au verset 22, c'est Massa. Cela est raconté au chapitre 17 du livre de Chémot. C'est l'histoire de la façon dont le peuple murmurait, et demandait de l'eau, et éprouvait Dieu, en demandant s'il y a seulement Dieu parmi eux, s'il y a seulement Dieu au milieu d'eux, si Dieu prend réellement soin d'eux. Ce lieu a été appelé le lieu de l'épreuve du Très-Haut, le lieu où le peuple irritait le Très-Haut.

Et le troisième lieu que Moché nomme ici, c'est Kivrot-hatta'ava. C'est aussi un lieu du chapitre 11 du livre de Bémidbar. C'est l'épisode où le peuple demandait de la viande et où le Très-Haut envoya des cailles au peuple.

Moché énumère à Israël les cas où le peuple d'Israël s'est soulevé, s'est révolté contre le Très-Haut, pour montrer qu'il n'est nullement juste, ce peuple.

וּבִשְׁלֹחַ יְהוָה אֶתְכֶם מִקָּדֵשׁ בַּרְנֵעַ לֵאמֹר עֲלוּ וּרְשׁוּ אֶת־הָאָרֶץ אֲשֶׁר נָתַתִּי לָכֶם וַתַּמְרוּ אֶת־פִּי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם וְלֹא הֶאֱמַנְתֶּם לוֹ וְלֹא שְׁמַעְתֶּם בְּקֹלוֹ׃

ouvichlóa'h adonáy etkhém mikkadéch barnéya lemór aloú ourchoú et-ha'árets achér natátti lakhém vattamroú et-pí adonáy elohekhém veló he'emantém lo veló chema'tém bekoló

23 Et quand le SEIGNEUR vous a envoyés de Kadech-Barnéa, en vous disant : « Allez, montez, prenez en héritage la terre que Je vous ai donnée », – vous vous êtes révoltés contre la parole de la bouche du Très-Haut, et vous n'avez pas cru en Lui, et vous n'avez pas écouté Sa voix.

C'est l'épisode des explorateurs. Quand Yéhochoua et Kalev disaient que c'est une terre magnifique et qu'il faut aller la conquérir, le peuple ne les a pas écoutés, bien qu'ici Moché souligne que c'était pourtant le Très-Haut lui-même qui parlait par eux.

מַמְרִים הֱיִיתֶם עִם־יְהוָה מִיּוֹם דַּעְתִּי אֶתְכֶם׃

mamrím heyitém im-adonáy miyom da'tí etkhém

24 Vous avez irrité Dieu, vous vous êtes révoltés contre Dieu depuis le jour même où je vous connais.

Verset assez étrange, et beaucoup comprennent que les mots depuis le jour même où je vous connais sont une sorte d'exagération, une image rhétorique. D'autres disent (nous le voyons dans d'autres textes, disons, dans la Torah samaritaine ou dans la Septante) que ce texte se lit ainsi : « Vous vous êtes révoltés contre Dieu depuis le moment même où Il vous connaît ». Si nous lisons les prophètes, il y est écrit que le SEIGNEUR dit : « Je t'ai connu dans le désert brûlé ». Depuis le moment où le SEIGNEUR a pris le peuple d'Israël, l'a conduit et l'a amené dans le désert, depuis ce moment même le peuple se révoltait contre Moché. Mais ce n'est pas, comme je l'ai déjà dit, le texte massorétique, ce sont des variantes de compréhension de la Septante et du texte de la Torah samaritaine. Comment donc comprendre ce qui est dit ici ? Peut-être est-ce une exagération qu'emploie Moché : « Aussi longtemps que je vous connais, aussi longtemps vous vous révoltez contre le Très-Haut ». Ce n'est pas une phrase construite juridiquement, c'est un sentiment qu'a Moché, qui s'est formé en lui.

Je pense qu'une bonne leçon pour nous ici peut être ceci. Un homme commence soudain à sentir qu'il lui arrive quelque chose et il le relie à sa justice, c'est-à-dire qu'il attribue certains succès à sa justice. Ou bien, au contraire, l'homme est troublé et indigné de ce qu'il est si juste, et pourtant les ennemis ne s'écartent pas de lui, les obstacles ne s'éliminent pas d'eux-mêmes. Alors il faut s'asseoir et, sans s'appuyer sur le témoignage de qui que ce soit, dresser soi-même pour soi-même la liste des situations dans lesquelles il s'est révolté contre le Très-Haut, et voir s'il n'obtiendra pas une liste comme celle du peuple d'Israël. Et alors on peut regarder plus attentivement : suis-je réellement juste ? Regarder, chercher sa justice à l'intérieur de soi, dans son cœur, et non dans les événements qui se produisent autour.

Et ensuite Moché revient à son récit, qu'il a commencé aux versets 18–20, et dit :

וָאֶתְנַפַּל לִפְנֵי יְהוָה אֵת אַרְבָּעִים הַיּוֹם וְאֶת־אַרְבָּעִים הַלַּיְלָה אֲשֶׁר הִתְנַפָּלְתִּי כִּי־אָמַר יְהוָה לְהַשְׁמִיד אֶתְכֶם׃

va'etnappál lifné adonáy et-arba'ím hayom ve'et-arba'ím halláyla achér hitnappálti ki-amár adonáy lehachmíd etkhém

25 Et je me suis alors prosterné devant le SEIGNEUR ces mêmes quarante jours et ces mêmes quarante nuits pendant lesquels je me suis prosterné, parce que le SEIGNEUR avait l'intention de vous anéantir.

וָאֶתְפַּלֵּל אֶל־יְהוָה וָאֹמַר אֲדֹנָי יְהוִה אַל־תַּשְׁחֵת עַמְּךָ וְנַחֲלָתְךָ אֲשֶׁר פָּדִיתָ בְּגָדְלֶךָ אֲשֶׁר־הוֹצֵאתָ מִמִּצְרַיִם בְּיָד חֲזָקָה׃

va'etpallél el-adonáy va'omár adonáy elohím al-tach'hét ammekhá vena'halatekhá achér padíta begodlékha acher-hotséta mimmitsráyim beyád 'hazaká

26 Et j'ai prié le SEIGNEUR, et je lui ai dit : « Adonaï, Souverain SEIGNEUR ! N'anéantis pas Ton peuple et Ta part d'héritage, que Tu as racheté par Ta grandeur, que Tu as fait sortir d'Égypte d'une main forte !

זְכֹר לַעֲבָדֶיךָ לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיַעֲקֹב אַל־תֵּפֶן אֶל־קְשִׁי הָעָם הַזֶּה וְאֶל־רִשְׁעוֹ וְאֶל־חַטָּאתוֹ׃

zekhór la'avadékha le'avrahám leyits'hák oulya'akóv al-téfen el-kechí ha'ám hazzé ve'el-rich'ó ve'el-'hattató

27 Souviens-toi de Tes serviteurs, Avraham, Yits'hak et Yaakov ; ne regarde pas l'obstination de ce peuple, et sa méchanceté, et son péché !

Ne cesse pas de considérer ce peuple comme Ton peuple et Ta part d'héritage à cause de tes serviteurs, auxquels Tu as juré – Avraham, Yits'hak et Yaakov. Regarde ses Pères, regarde ses gènes spirituels et ne regarde pas son obstination d'aujourd'hui, sa nuque raide, sa méchanceté et son péché. Un entretien si audacieux de Moché avec le Très-Haut. Souvenons-nous et lisons ce que Moché a dit exactement au Très-Haut (Chémot 32,32), comme il est écrit : « Et voici, ne pardonneras-Tu pas leur péché ? Sinon, efface-moi aussi de Ton livre, que Tu as écrit ! » Voilà jusqu'à quel degré de sacrifice de soi Moché est parvenu. Ici il ne le raconte pas au peuple, mais nous savons que cela a eu lieu.

פֶּן־יֹאמְרוּ הָאָרֶץ אֲשֶׁר הוֹצֵאתָנוּ מִשָּׁם מִבְּלִי יְכֹלֶת יְהוָה לַהֲבִיאָם אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־דִּבֶּר לָהֶם וּמִשִּׂנְאָתוֹ אוֹתָם הוֹצִיאָם לַהֲמִתָם בַּמִּדְבָּר׃

pen-yomeroú ha'árets achér hotsetánou michám mibbelí yekhólet adonáy lahavi'ám el-ha'árets acher-dibbér lahém oumissin'ató otám hotsi'ám lahamitám bammidbár

28 Afin qu'on ne dise pas dans le pays d'où Tu nous as fait sortir : « Par incapacité de Dieu de les amener dans le pays dont Il leur avait parlé, et par haine envers eux, Il les a fait sortir pour leur perte dans le désert ».

Les Égyptiens diront : « Voyez, il n'est pas si fort que ça, ce Dieu. Il s'est montré incapable de les amener dans le pays qu'Il leur avait promis. Et c'est pourquoi Il les a pris en haine et les a tués dans le désert ». Voilà quel témoignage il y aura, ce sont les paroles de Moché.

וְהֵם עַמְּךָ וְנַחֲלָתֶךָ אֲשֶׁר הוֹצֵאתָ בְּכֹחֲךָ הַגָּדֹל וּבִזְרֹעֲךָ הַנְּטוּיָה׃

vehém ammekhá vena'halatékha achér hotséta bekho'hakhá haggadól ouvizro'akhá hannetouyá

29 Et eux sont pourtant Ton peuple et Ta part d'héritage, que Tu as fait sortir par Ta grande force et par Ton bras fort ! »

Moché représente tout le peuple et intercède pour tout le peuple : « Nous sommes Ton peuple, Ta part d'héritage, corrige-nous, mais ne nous anéantis pas ».

Par là Moché termine la partie du discours qui concerne la justice d'Israël. Peut-on penser que tout ce qui arrive arrive par le mérite de la justice du peuple, ou ne faut-il pas le penser ? Et ensuite la Torah parlera déjà de la grâce du Très-Haut envers le peuple d'Israël.

Pour que ce soit bien

Dévarim 10,1–22

Avec l'aide de Dieu, nous poursuivons avec vous l'étude de la section hebdomadaire Ékev et nous allons lire le chapitre 10 du livre de Dévarim.

Rappelons que le discours de Moché a déjà retenti, dans lequel il avertissait le peuple d'Israël et disait : « Quand tu verras tes succès, tes victoires, ne les attribue pas à ta justice. Ne pense pas que tout ce qui t'arrive arrive grâce à ta justice. Ce n'est pas grâce à ta justice ni grâce à la droiture de ton cœur que le SEIGNEUR te fait entrer dans cette terre, mais pour accomplir la promesse, pour accomplir le serment juré à tes Pères, à Avraham, Yits'hak et Yaakov ». Et pour démontrer au peuple d'Israël que de justice, il n'y en a justement aucune, Moché énumère toutes les histoires dans lesquelles le peuple d'Israël s'est révolté devant le Très-Haut.

Nous nous sommes arrêtés au récit de Moché sur la façon dont il a supplié le Très-Haut de pardonner au peuple d'Israël après le péché du veau d'or. Et le chapitre 10 commence, à proprement parler, par le récit du pardon.

בָּעֵת הַהִוא אָמַר יְהוָה אֵלַי פְּסָל־לְךָ שְׁנֵי־לוּחֹת אֲבָנִים כָּרִאשֹׁנִים וַעֲלֵה אֵלַי הָהָרָה וְעָשִׂיתָ לְּךָ אֲרוֹן עֵץ׃

ba'ét hahí amár adonáy eláy pesol-lekhá chene-lou'hót avaním karichoním va'alé eláy hahára ve'assíta lekhá arón ets

1 En ce temps-là, le SEIGNEUR m'a dit : « Taille-toi deux tables de pierre, semblables aux premières, et monte vers Moi sur la montagne, et tu te feras une arche de bois.

Quand le Très-Haut ordonne de faire de nouvelles tables, il devient clair qu'Il s'apprête à conclure de nouveau l'alliance avec le peuple d'Israël et à confirmer l'alliance avec le peuple d'Israël. Et c'est un signe de pardon. Puisque nous parlons déjà des tables, il faut dire quelques mots qui seront sans doute intéressants.

 Il existe beaucoup de débats autour des tables. Quelle forme avaient-elles ? Quelle taille avaient-elles ? En quel matériau étaient-elles faites ? Et comment les Dix Commandements (paroles) étaient-ils disposés sur elles ?

Au sujet de la forme, certains disent (comme, par exemple, le livre du Zohar) que les tables étaient arrondies en haut. C'est la forme que nous avons l'habitude de voir et que nous voyons effectivement presque partout. Elles sont descendues d'en haut, comme une goutte de rosée divine, cette rosée s'est changée en pierre. Et les secondes tables ont été faites par Moché en saphir, le Très-Haut a révélé à Moché une mine de saphir. Moché en a pris une plaque de saphir rectangulaire, l'a taillée, l'a arrondie en haut, et c'est avec ces surplus de saphir qu'il s'est enrichi. Bref, il existe une telle opinion, que les tables étaient à l'origine arrondies en haut. D'autant plus que le Talmud aussi dit (et l'expérience humaine le confirme) que lors de la création du monde le Très-Haut n'a rien fait de carré, dans la nature il n'y a pas de lignes droites. Et comme (selon la tradition) les pierres des premières tables ont été créées aux jours de la création du monde, elles ne peuvent pas être carrées. Il existe une telle opinion.

D'autres sages disent que les tables étaient justement carrées, et donnent les dimensions : six sur six paumes. Les tables étaient carrées, et au-dessus d'elles il y avait des sortes de couronnes, et c'est pourquoi il semblait qu'elles étaient arrondies en haut, et c'est ainsi que leur représentation a changé. Et d'autres encore, parmi les partisans des tables carrées, disent que la représentation arrondie est empruntée aux chrétiens, qui dans leurs églises représentaient les tables arrondies en haut, parce que cela leur semblait plus beau ainsi. La version la plus répandue quant à la taille : 64 centimètres sur 64 centimètres sur 32 centimètres.

Si l'on calcule combien pèserait une telle table en granit, on obtient qu'avec une densité du granit de 2700 kilogrammes par mètre cube, de telles tables pèseraient trois cent cinquante et un kilogrammes chacune. Et c'est une question pour les physiciens : comment faire des tables de pierre pour que, d'un côté, elles soient d'une taille suffisante et que ce qui est écrit sur elles soit visible de loin, et que, de l'autre côté, elles soient assez légères pour que Moché, un homme âgé, puisse les porter. Cela, si l'on ne compte pas sur un miracle. Mais si l'on compte sur un miracle, il existe une tradition, aussi bien dans le cas de l'arche que dans le cas des tables, selon laquelle les tables sont comme gonflées par l'Esprit Saint, remplies de l'Esprit du Très-Haut (comme d'hélium), elles planent au-dessus de la terre et portent celui qui les porte. C'est pourquoi Moché pouvait, inspiré par les tables, descendre sur elles de la montagne comme sur un coussin d'air, les tables le portaient, et non lui les tables. Encore une fois, c'est si l'on compte sur un miracle. Comme nous le comprenons, c'est justement de là que naît la question controversée de savoir en quel matériau les tables sont faites. Les uns disent qu'en granit, les autres – en pierre précieuse, en saphir.

Il y a aussi un débat sur la manière dont les commandements étaient répartis sur les tables. Tout le monde connaît l'opinion, un très beau midrach, une très belle interprétation, qui dit que sur la première table il y avait les cinq premiers commandements – entre l'homme et le Très-Haut. Sur la seconde table il y avait les cinq seconds commandements – entre l'homme et son prochain. C'est, effectivement, un très beau midrach, on peut en tirer de très nombreuses interprétations profondes. Le problème est que les cinq premiers commandements sont beaucoup plus longs que les cinq seconds commandements, et c'est pourquoi il est difficile de se représenter comment ils étaient disposés sur les tables.

Et il y a encore un autre problème. Habituellement les alliances, les traités, les textes des traités étaient faits en deux exemplaires. C'est pourquoi il est probable (et il existe une telle interprétation, une interprétation connue) que sur chacune des deux tables étaient écrits les dix commandements, deux fois dix commandements. Pourquoi ? Quand un traité est conclu, chacune des parties garde chez elle son exemplaire. Le Très-Haut doit avoir une table de l'alliance, et le peuple d'Israël aussi doit avoir sa table de l'alliance. Où est le trésor du Très-Haut, où est le lieu dans lequel le Très-Haut peut garder Ses commandements ? Puisque la loi concerne les actions des hommes sur la terre, la représentation du Très-Haut sur la terre, Son ambassade sur la terre, était dans l'Arche. Et le peuple d'Israël rencontre le Très-Haut auprès de l'Arche, c'est pourquoi les deux exemplaires devaient être gardés dans l'Arche.

Voilà les remarques qu'on peut faire au sujet des tables. Je rappelle que le Très-Haut dit à Moché de faire deux tables de pierre, semblables aux premières, bien que les premières aient été faites par le Très-Haut Lui-même. Ici Moché doit déjà participer lui-même. Et quand Moché aura taillé les tables, il doit encore faire aussi une arche de bois (arón ets). On peut comprendre le mot arón comme étui, armoire, coffret ou petit coffre, pour parler simplement. À l'époque dont nous parlons, à l'époque du don de la Torah, il était effectivement d'usage chez tous les peuples environnants de mettre les tablettes importantes, les documents importants, les traités dans des coffrets spéciaux et de les y garder, c'est un hommage rendu au texte, au document lui-même.

Certains commentateurs disent qu'Israël avait en tout deux arches. Et l'une d'elles – purement en bois, que Moché avait faite et avec laquelle le peuple d'Israël partait à la guerre : comme elle n'était pas recouverte d'or, elle est plus mobile, elle était plus facile à porter. Selon cette opinion, le peuple d'Israël a été puni parce que, pendant la guerre contre les Philistins (1er livre de Chmouël 4,4), ils ont emporté de Chilo l'Arche recouverte d'or, que Bétsal'el avait faite. Il existe aussi une autre opinion : c'est justement cette arche que Moché avait faite que Bétsal'el a plus tard recouverte d'or, et il n'y a en tout qu'une seule et unique arche. C'est toujours ainsi : quand il y a une énigme dans le texte, quand il n'y a pas d'explication claire, apparaissent différentes versions, différentes théories. Et nous y serons encore confrontés dans notre chapitre.

Ainsi, le Très-Haut a dit à Moché de tailler de nouvelles tables de pierre et de faire pour elles un coffret (une arche). Le Très-Haut poursuit l'instruction donnée à Moché, Moché la cite :

וְאֶכְתֹּב עַל־הַלֻּחֹת אֶת־הַדְּבָרִים אֲשֶׁר הָיוּ עַל־הַלֻּחֹת הָרִאשֹׁנִים אֲשֶׁר שִׁבַּרְתָּ וְשַׂמְתָּם בָּאָרוֹן׃

ve'ekhtóv al-hallou'hót et-haddevarím achér hayoú al-hallou'hót harichoním achér chibbárta vesamtám ba'arón

2 Et J'écrirai sur ces tables les mêmes paroles (dvarím) qui étaient sur les premières tables, que tu as brisées, et tu les mettras dans l'arche ».

וָאַעַשׂ אֲרוֹן עֲצֵי שִׁטִּים וָאֶפְסֹל שְׁנֵי־לֻחֹת אֲבָנִים כָּרִאשֹׁנִים וָאַעַל הָהָרָה וּשְׁנֵי הַלֻּחֹת בְּיָדִי׃

va'á'as arón atsé chittím va'efsól chene-lou'hót avaním karichoním va'á'al hahára ouchné hallou'hót beyadí

3 Et j'ai fait une arche en bois d'acacia, et j'ai taillé deux tables de pierre, semblables aux premières, et je suis monté sur la montagne, et les deux tables dans ma main.

וַיִּכְתֹּב עַל־הַלֻּחֹת כַּמִּכְתָּב הָרִאשׁוֹן אֵת עֲשֶׂרֶת הַדְּבָרִים אֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה אֲלֵיכֶם בָּהָר מִתּוֹךְ הָאֵשׁ בְּיוֹם הַקָּהָל וַיִּתְּנֵם יְהוָה אֵלָי׃

vayikhtóv al-hallou'hót kammikhtáv harichón et asséret haddevarím achér dibbér adonáy alekhém bahár mittókh ha'éch beyom hakkahál vayitteném adonáy eláy

4 Et Il a écrit sur les tables, comme la première écriture, les Dix Paroles par lesquelles le SEIGNEUR vous avait parlé sur la montagne depuis le feu au jour de votre assemblée, et le SEIGNEUR me les a données.

Moché raconte que le SEIGNEUR a écrit sur les nouvelles tables ce qui était écrit sur les premières tables, les mêmes paroles. Ou bien Il a écrit quelque chose de semblable à ce qui était écrit sur les premières tables. Nous disons qu'il y a deux compréhensions différentes à ce sujet. Et le Très-Haut a donné ces tables à Moché. Cela ne signifie-t-il pas le pardon ?

וָאֵפֶן וָאֵרֵד מִן־הָהָר וָאָשִׂם אֶת־הַלֻּחֹת בָּאָרוֹן אֲשֶׁר עָשִׂיתִי וַיִּהְיוּ שָׁם כַּאֲשֶׁר צִוַּנִי יְהוָה׃

va'éfen va'eréd min-hahár va'assím et-hallou'hót ba'arón achér assíti vayíhyou cham ka'achér tsivváni adonáy

5 Et je me suis retourné, et je suis descendu de la montagne, et j'ai mis les tables dans l'arche que j'avais faite, et elles y furent, comme le SEIGNEUR me l'avait ordonné.

Moché emploie la même phrase, va'éfen va'eréd min-hahár, qu'il avait employée la fois précédente (Chémot 31,15). Cette fois, tout s'est passé comme cela devait se passer, et il n'a pas fallu briser les tables. C'est encore un témoignage de ce que tout a changé, le peuple est pardonné et les tables sont reçues.

À partir du verset 6 commence une digression qui pose une difficulté à la plupart des commentateurs.

וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל נָסְעוּ מִבְּאֵרֹת בְּנֵי־יַעֲקָן מוֹסֵרָה שָׁם מֵת אַהֲרֹן וַיִּקָּבֵר שָׁם וַיְכַהֵן אֶלְעָזָר בְּנוֹ תַּחְתָּיו׃

ouvné yisraél nase'oú mibbe'érot bene-ya'akán mosserá cham met aharón vayikkavér cham vaykhahén el'azár benó ta'htáv

6 Et les fils d'Israël sont partis du lieu qui s'appelle Béérot-Béné-Yaakan (les puits des fils de Yaakan), vers Mossera. Là est mort Aharon et là il a été enterré. Et Élazar, son fils, est devenu kohen à sa place.

Voici quelles questions se posent : dans le livre de Bémidbar (33,31) nous avons lu que les fils d'Israël sont partis de Mosserot en direction de Béné-Yaakan. Ici nous lisons qu'au contraire, c'est de Béérot-Béné-Yaakan – vers Mossera. Au même endroit (33,38) nous avons lu qu'Aharon est mort sur le mont Hor (sa tombe y est jusqu'à ce jour), et ici nous lisons, ou en tout cas on peut comprendre ainsi, qu'Aharon est mort à Mossera. Et, naturellement, ces questions se posaient aux commentateurs, et il était très difficile d'en donner une interprétation.

Les sages disent ceci : pendant les quarante ans de l'errance du peuple d'Israël dans le désert, beaucoup d'événements différents se sont produits et, bien sûr, ils ne sont pas tous, loin de là, entrés dans le livre de Bémidbar, alors que Moché a été témoin de tous ces événements. C'est pourquoi ici Moché raconte, rappelle au peuple d'Israël ce dont se souvient le peuple d'Israël et dont se souvient Moché. Et nous, comme nous n'avons pas lu au sujet de tous les événements, nous ne savons rien de ces événements, nous n'avons pas lu à leur sujet et à plus forte raison nous ne nous en souvenons pas. Et voici de quels événements il s'agit, selon l'opinion des sages.

Quand Aharon est mort sur le mont Hor, les nuées de gloire ont disparu. Nous avons lu (Bémidbar 21,1) que le roi d'Arad a appris qu'Aharon était mort, et c'est justement alors qu'il a attaqué Israël. Cette guerre a été pour lui assez victorieuse, il en a fait périr beaucoup, il en a fait beaucoup prisonniers. Et Moché raconte une histoire que nous ne connaissons pas. En ce temps-là, le peuple d'Israël s'est mis à sa tête certaines personnes et a bel et bien décidé de retourner avec elles en Égypte, et ils sont revenus en arrière de huit étapes, c'est-à-dire du mont Hor jusqu'à Mossera. Et les fils de la tribu de Lévi ont décidé : « Mais jusqu'à quand peut-on supporter cela ! » Et de nouveau ils ont pris la défense du plan de Dieu, ils ont combattu les représentants des autres tribus, tous les partisans du retour en Égypte, et les ont vaincus, confirmant ainsi une fois de plus leur statut, qu'ils sont la tribu qui reste avec le Très-Haut. Voilà, il existe une telle version des événements. Et selon cette version des événements, si l'on accepte cette interprétation, il ressort que même la quarantième année de l'errance, après la mort d'Aharon, la nouvelle génération déjà, née dans le désert, n'avait toujours pas perdu le projet de retourner en Égypte. Il existe une interprétation aussi compliquée. Je le répète encore une fois : bien que nous n'ayons pas lu cela dans le livre de Bémidbar, il est tout à fait possible qu'un tel événement ait bien eu lieu, et ici Moché le rappelle simplement.

Il y a aussi un autre point de vue. Les commentateurs (par exemple, Ibn-Ezra) disent que le nom Mossera est le nom géographique d'une localité, et que Béérot-Béné-Yaakan n'est pas la même chose que Béné-Yaakan. Et cela aussi peut être. Nous rencontrons différents noms topographiques littéralement dans des versets voisins de la Torah, cela arrive.

Quant à la phrase cham met aharón (là est mort Aharon), le mot cham (là) est interprété dans d'autres passages de la Torah comme az (alors, en ce temps-là, c'est alors que cela s'est produit). C'est-à-dire qu'alors Aharon est mort, alors il a été enseveli.

Pourquoi la Torah nous raconte-t-elle cela ? D'une manière générale, pourquoi toute cette histoire ? Pour confirmer que non seulement le peuple d'Israël a reçu les tables et est pardonné, mais qu'Aharon aussi est pardonné. Il est mort, mais il n'a pas été puni par la privation du sacerdoce, c'est Aharon lui-même qui a transmis le sacerdoce en héritage à son fils. Telle peut être l'interprétation de ce verset. De nouveau, c'est la réponse à la question de savoir pourquoi la Torah nous parle de cela ici et pourquoi cela, à première vue, contredit ce que la Torah dit en d'autres endroits. De là cette difficulté et de là les commentaires complexes, dont les auteurs essaient de comprendre de quoi il s'agit ici.

מִשָּׁם נָסְעוּ הַגֻּדְגֹּדָה וּמִן־הַגֻּדְגֹּדָה יָטְבָתָה אֶרֶץ נַחֲלֵי מָיִם׃

michám nase'oú haggoudgóda oumin-haggoudgóda yotváta érets na'hale máyim

7 De là ils sont passés à Hagoudgoda, et de Hagoudgoda – à Yotvata, pays de sources d'eaux.

בָּעֵת הַהִוא הִבְדִּיל יְהוָה אֶת־שֵׁבֶט הַלֵּוִי לָשֵׂאת אֶת־אֲרוֹן בְּרִית־יְהוָה לַעֲמֹד לִפְנֵי יְהוָה לְשָׁרְתוֹ וּלְבָרֵךְ בִּשְׁמוֹ עַד הַיּוֹם הַזֶּה׃

ba'ét hahí hivdíl adonáy et-chévet halleví lassét et-arón berit-adonáy la'amód lifné adonáy lecharetó oulvarékh bichmó ad hayom hazzé

8 En ce temps-là, le SEIGNEUR a séparé la tribu de Lévi, pour porter l'Arche d'alliance du SEIGNEUR, pour se tenir devant le Très-Haut, pour Le servir, pour bénir par Son nom jusqu'à ce jour.

C'est alors aussi qu'a eu lieu l'élection des lévites. Pourquoi faut-il raconter ici que le Très-Haut a apporté la correction nécessaire à la structure, à l'organisation du peuple ? Parce que cet apport de corrections montre que le Très-Haut a pardonné au peuple d'Israël. Et si l'on accepte tout de même la première version du récit, selon laquelle, après la mort d'Aharon, les Israélites ont essayé de retourner en Égypte et les lévites les ont arrêtés, cela rappellera l'histoire de la manière dont les lévites ont agi lors du péché du veau d'or. C'est-à-dire que les lévites ont confirmé qu'ils avaient été tout le temps fidèles et dévoués au Très-Haut. Et de nouveau le Très-Haut a signalé leur fidélité, et aussitôt a eu lieu la confirmation de l'élection des lévites. Cela, je le répète, si nous considérons la première version de la compréhension du verset 6.

עַל־כֵּן לֹא־הָיָה לְלֵוִי חֵלֶק וְנַחֲלָה עִם־אֶחָיו יְהוָה הוּא נַחֲלָתוֹ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לוֹ׃

al-kén lo-hayá leleví 'hélek vena'halá im-e'háv adonáy hou na'halató ka'achér dibbér adonáy elohékha lo

9 C'est pourquoi Lévi n'a pas eu de part ni d'héritage avec ses frères : le SEIGNEUR est son héritage, comme le lui a dit le SEIGNEUR, ton Dieu.

וְאָנֹכִי עָמַדְתִּי בָהָר כַּיָּמִים הָרִאשֹׁנִים אַרְבָּעִים יוֹם וְאַרְבָּעִים לָיְלָה וַיִּשְׁמַע יְהוָה אֵלַי גַּם בַּפַּעַם הַהִוא לֹא־אָבָה יְהוָה הַשְׁחִיתֶךָ׃

ve'anokhí amádti vahar kayamím harichoním arba'ím yomLa translittération de l'original donne ici au premier « quarante » une syllabe de trop. L'hébreu, comme la suite de la ligne, a arba'ím, et nous suivons l'hébreu. ve'arba'ím láyla vayichmá adonáy eláy gam bappá'am hahí lo-avá adonáy hach'hitékha

10 Et alors je suis resté sur la montagne une troisième fois, comme la première fois, quarante jours et quarante nuits. Et le SEIGNEUR m'a entendu cette fois aussi, le SEIGNEUR n'a pas voulu te détruire.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֵלַי קוּם לֵךְ לְמַסַּע לִפְנֵי הָעָם וְיָבֹאוּ וְיִרְשׁוּ אֶת־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־נִשְׁבַּעְתִּי לַאֲבֹתָם לָתֵת לָהֶם׃

vayomer adonáy eláy koum lekh lemassá lifné ha'ám veyavó'ou veyirechoú et-ha'árets acher-nichbá'ti la'avotám latét lahém

11 Et le SEIGNEUR m'a dit : « Lève-toi, va en route devant le peuple d'Israël, et ils viendront, et ils hériteront la terre au sujet de laquelle J'ai juré à leurs Pères de la leur donner ».

Ici Moché dit que le Très-Haut a pardonné au peuple d'Israël tous ses péchés.

À partir du verset 12, Moché parle d'autre chose : que demande donc le SEIGNEUR à Israël ? Après que Moché a raconté la longue histoire des révoltes et combien souvent le Très-Haut s'est irrité contre Israël, l'homme peut tomber dans un extrême et penser : « Comme ce Dieu est exigeant, comme il Lui faut beaucoup, comme Il veut beaucoup de nous ! Il y a pourtant des dieux qui se contentent de beaucoup moins ! » Et Moché, comprenant qu'une telle pensée peut naître chez l'homme, en parle :

וְעַתָּה יִשְׂרָאֵל מָה יְהוָה אֱלֹהֶיךָ שֹׁאֵל מֵעִמָּךְ כִּי אִם־לְיִרְאָה אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לָלֶכֶת בְּכָל־דְּרָכָיו וּלְאַהֲבָה אֹתוֹ וְלַעֲבֹד אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּכָל־לְבָבְךָ וּבְכָל־נַפְשֶׁךָ׃

ve'attá yisraél ma adonáy elohékha cho'él me'immákh ki im-leyir'á et-adonáy elohékha lalékhet bekhol-derakháv oul'ahavá otó vela'avód et-adonáy elohékha bekhol-levavekhá ouvkhol-nafchékha

12 Maintenant donc, Israël, que demande donc le SEIGNEUR de toi ? Pas grand-chose, si ce n'est : craindre le SEIGNEUR, ton Dieu, suivre toutes Ses voies, et L'aimer, et servir le SEIGNEUR, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton âme,

לִשְׁמֹר אֶת־מִצְוֹת יְהוָה וְאֶת־חֻקֹּתָיו אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם לְטוֹב לָךְ׃

lichmór et-mitsvót adonáy ve'et-'houkkotáv achér anokhí metsavekhá hayom letóv lakh

13 Garder les commandements de Dieu et Ses lois, que je te commande aujourd'hui, pour que ce soit pour ton bien.

Et c'est cela que Moché appelle « pas grand-chose » ? Cela peut paraître étrange, c'est, effectivement, une question sérieuse, et elle demande une explication. Les commentateurs disent : « Pour Moché, à son niveau, c'était “pas grand-chose”, une demande légère : le SEIGNEUR n'exige vraiment pas grand-chose de moi ». Si quelqu'un me dit : « Alex, nous ne voulons pas grand-chose de toi, tu viendras simplement et tu nous joueras au piano une des douze études d'exécution transcendante de Ferenc Liszt, et ça suffit, et nous n'avons besoin de rien d'autre ». Pour un homme comme moi, qui ne sait même pas si le piano a des touches ou des boutons, il est tout simplement impossible de jouer une œuvre musicale aussi complexe. Mais pour un musicien, pour un homme qui s'occupe sérieusement de musique, cela peut signifier « on ne m'a demandé que ça ».

Pour Moché, cette demande du Très-Haut est simple. Et c'est pourquoi (c'est ce que dit le commentateur) Moché dit : « Pas grand-chose, Dieu ne te demande que ceci : que tu L'aimes de tout ton cœur, de toute ton âme, que tu Le serves et que tu observes toutes Ses lois et tous Ses commandements ».

D'autres commentateurs remarquent que le plus important ici se trouve à la fin du verset 13, quand Moché dit : « …pour que ce soit pour ton bien ». Ce que le Très-Haut te demande est nécessaire pour ton propre bien, c'est bien pour cela que c'est « pas grand-chose ». Lui-Même n'a besoin de rien du tout, Il est de toute façon Bon. Au SEIGNEUR, notre Dieu, appartiennent des richesses innombrables. Au fond, personne n'a rien, ce n'est que chez Dieu, Qui possède tout, qu'il y a quelque chose.

הֵן לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ הַשָּׁמַיִם וּשְׁמֵי הַשָּׁמָיִם הָאָרֶץ וְכָל־אֲשֶׁר־בָּהּ׃

hen ladonáy elohekha hachamáyim ouchmé hachamáyim ha'árets vekhol-acher-bá

14 Car au SEIGNEUR, ton Dieu – les cieux, et les Cieux des cieux, et la terre, et tout ce qui est sur elle,

רַק בַּאֲבֹתֶיךָ חָשַׁק יְהוָה לְאַהֲבָה אוֹתָם וַיִּבְחַר בְּזַרְעָם אַחֲרֵיהֶם בָּכֶם מִכָּל־הָעַמִּים כַּיּוֹם הַזֶּה׃

rak ba'avotékha 'hachák adonáy le'ahavá otám vayiv'hár bezar'ám a'harehém bakhém mikkol-ha'ammím kayom hazzé

15 Mais le SEIGNEUR n'a désiré que tes Pères, les a aimés, et a choisi leur semence (leurs descendants) après eux, vous, parmi tous les peuples jusqu'à ce jour.

Moché dit : « Ce n'est pas à cause de ta justice, pas à cause de quelques mérites qui seraient les tiens, pas à cause de ton grand nombre, pas à cause de la droiture de ton cœur, pas à cause de quelques qualités qui seraient les tiennes que Dieu t'a choisi. Ce n'est pas pour recevoir quelque chose de toi que Dieu t'a choisi. Mais le SEIGNEUR a aimé tes Pères et leur semence, et c'est pourquoi aujourd'hui tu es aimé de Dieu et choisi par Dieu jusqu'au jour présent ».

וּמַלְתֶּם אֵת עָרְלַת לְבַבְכֶם וְעָרְפְּכֶם לֹא תַקְשׁוּ עוֹד׃

oumaltém et orlát levavkhém ve'orpekhém lo takchoú od

16 Circoncisez l'incirconcision de votre cœur, et ne rendez plus vos cous durs.

Le mot orlát (prépuce) est souvent traduit par incirconcision. Car la circoncision ouvre quelque chose, l'incirconcision, c'est le fait d'être caché, d'être fermé par une peau, une pelure, une coquille, une croûte. Ici, c'est la fermeture de votre cœur : enlevez, débarrassez de sa pelure votre cœur.

כִּי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם הוּא אֱלֹהֵי הָאֱלֹהִים וַאֲדֹנֵי הָאֲדֹנִים הָאֵל הַגָּדֹל הַגִּבֹּר וְהַנּוֹרָא אֲשֶׁר לֹא־יִשָּׂא פָנִים וְלֹא יִקַּח שֹׁחַד׃

ki adonáy elohekhém hou elohé ha'elohím va'adoné ha'adoním ha'él haggadól haggibbór vehannorá achér lo-yissá faním veló yikká'h chó'had

17 Car le SEIGNEUR, votre Dieu, Il est le Dieu des dieux et le SEIGNEUR des seigneurs, le Dieu Grand, Fort et Redoutable, Qui ne fait pas acception de personnes et n'accepte pas de pots-de-vin ;

Les autres peuples ont des dieux tels que, si quelque chose ne va pas, on peut s'approcher, leur apporter un pot-de-vin, les couvrir d'or, leur faire encore quelque chose de semblable. Et ces dieux s'enrichissent, les dieux païens aspirent à s'enrichir. Enrichir le Dieu d'Israël, le Roi des rois, le Dieu des dieux, le SEIGNEUR des seigneurs, à Qui appartient tout ce qui existe en général, est absolument impossible, Il ne prend pas de pots-de-vin.

עֹשֶׂה מִשְׁפַּט יָתוֹם וְאַלְמָנָה וְאֹהֵב גֵּר לָתֶת לוֹ לֶחֶם וְשִׂמְלָה׃

ossé michpát yatóm ve'almaná ve'ohév ger látet lo lé'hem vesimlá

18 Rend justice à l'orphelin et à la veuve et aime l'étranger, pour lui donner du pain et un vêtement.

וַאֲהַבְתֶּם אֶת־הַגֵּר כִּי־גֵרִים הֱיִיתֶם בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם׃

va'ahavtém et-haggér ki-gerím heyitém be'érets mitsráyim

19 Vous aussi, aimez l'étranger, car vous avez été des étrangers dans le pays d'Égypte.

אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ תִּירָא אֹתוֹ תַעֲבֹד וּבוֹ תִדְבָּק וּבִשְׁמוֹ תִּשָּׁבֵעַ׃

et-adonáy elohékha tirá otó ta'avód ouvó tidbák ouvichmó tichavéya

20 Crains le SEIGNEUR, ton Dieu, sers-Le, et attache-toi à Lui, et jure par Son nom.

Si tu veux faire de quelque chose le critère de la vérité, si tu veux que le sceau de quelqu'un soit apposé sur tes paroles, sur tes transactions, sur tes contrats, sur ton témoignage, alors que ce soit le sceau du nom du Très-Haut, de Dieu, qui ne prend pas de pots-de-vin, qui ne fait pas acception de personnes.

הוּא תְהִלָּתְךָ וְהוּא אֱלֹהֶיךָ אֲשֶׁר־עָשָׂה אִתְּךָ אֶת־הַגְּדֹלֹת וְאֶת־הַנּוֹרָאֹת הָאֵלֶּה אֲשֶׁר רָאוּ עֵינֶיךָ׃

hou tehillatekhá vehoú elohékha acher-assá ittekhá et-haggedolót ve'et-hannora'ót ha'élle achér ra'oú enékha

21 Il est ta gloire et Il est ton Dieu, Qui a fait pour toi (ou avec toi) ces œuvres grandes et redoutables, que tes yeux ont vues.

Le fait qu'Il t'ait choisi, et ce qu'Il fait dans ta vie, – c'est ce par quoi tu es glorifié : si tu es glorieux par quelque chose, ce n'est que par ce que Dieu t'a donné.

בְּשִׁבְעִים נֶפֶשׁ יָרְדוּ אֲבֹתֶיךָ מִצְרָיְמָה וְעַתָּה שָׂמְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ כְּכוֹכְבֵי הַשָּׁמַיִם לָרֹב׃

bechiv'ím néfech yaredoú avotékha mitsráyma ve'attá samekhá adonáy elohékha kekhokhevé hachamáyim laróv

22 En tout, au nombre de soixante-dix personnes, tes Pères sont descendus en Égypte, et maintenant le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a établi comme les étoiles du ciel en leur multitude.

Regarde tout ce que le SEIGNEUR a fait pour toi. Non pas à cause de ta justice, et non pas parce qu'Il aurait besoin de quelque chose de toi. Il ne veut rien de toi, sinon que tu Le serves de tout ton cœur, de toute ton âme, ce qui sera un bien pour toi-même. Combien il faut donc apprécier cette élection, cette alliance, cette relation avec Dieu ! Bien que nous nous révoltions contre Lui et qu'Il soit en colère contre nous, Il n'a pas fait périr le peuple, Il a préservé et multiplié le peuple.

Nous faisons la pluie et le beau temps

Dévarim 11,1–25

Avec l'aide de Dieu, nous poursuivons ensemble l'étude de la section hebdomadaire Ékev et nous allons lire à partir du verset 1 du chapitre 11 du livre de Dévarim. Bien qu'un nouveau chapitre ait commencé, nous continuons à lire la partie du discours de Moché qui a commencé au verset 12 du chapitre précédent, le chapitre 10, quand Moché a dit : « Et maintenant, Israël, regarde ce que le SEIGNEUR te demande ». C'est-à-dire que le début d'un nouveau chapitre ne signifie pas toujours le début d'un nouveau thème. Ainsi, à partir du verset 1 du chapitre 11 :

וְאָהַבְתָּ אֵת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ וְשָׁמַרְתָּ מִשְׁמַרְתּוֹ וְחֻקֹּתָיו וּמִשְׁפָּטָיו וּמִצְוֹתָיו כָּל־הַיָּמִים׃

ve'ahavtá et adonáy elohékha vechamartá michmartó ve'houkkotáv oumichpatáv oumitsvotáv kol-hayamím

1 Et aime le SEIGNEUR, ton Dieu, et garde ce qu'Il garde, et Ses lois, et Ses jugements, et Ses commandements, tous tes jours.

C'est-à-dire que si le SEIGNEUR prend soin des veuves, des orphelins, alors toi aussi, prends soin des veuves et des orphelins. Prends soin de tout ce dont le SEIGNEUR prend soin, garde ce qui est au SEIGNEUR, garde également le monde du SEIGNEUR.

Nous avons déjà dit que le mot 'houkkim désigne les lois des relations entre l'homme et Dieu ; le mot michpatim – les lois des relations entre l'homme et son prochain. La notion de mitsvot (commandements) se rapporte à tous les domaines dont il est question, et concerne entre autres les relations de l'homme avec lui-même.

Aime le SEIGNEUR Dieu tous tes jours, garde ce qu'Il garde tous tes jours, observe Ses lois, statuts et commandements tous tes jours.

וִידַעְתֶּם הַיּוֹם כִּי לֹא אֶת־בְּנֵיכֶם אֲשֶׁר לֹא־יָדְעוּ וַאֲשֶׁר לֹא־רָאוּ אֶת־מוּסַר יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם אֶת־גָּדְלוֹ אֶת־יָדוֹ הַחֲזָקָה וּזְרֹעוֹ הַנְּטוּיָה׃

vida'tém hayom ki lo et-benekhém achér lo-yade'oú va'achér lo-ra'oú et-moussár adonáy elohekhém et-godló et-yadó ha'hazaká ouzro'ó hannetouyá

2 Et sachez aujourd'hui que ce ne sont pas tes fils, qui n'ont pas connu et n'ont pas vu les instructions du SEIGNEUR, ton Dieu, Sa grandeur, Sa main forte et Son bras puissant,

וְאֶת־אֹתֹתָיו וְאֶת־מַעֲשָׂיו אֲשֶׁר עָשָׂה בְּתוֹךְ מִצְרָיִם לְפַרְעֹה מֶלֶךְ־מִצְרַיִם וּלְכָל־אַרְצוֹ׃

ve'et-ototáv ve'et-ma'assáv achér assá betókh mitsráyim lefar'ó melekh-mitsráyim oulkhol-artsó

3 Et Ses signes, et Ses œuvres, qu'Il a faits en Égypte à Pharaon, roi d'Égypte, et à tout son pays,

וַאֲשֶׁר עָשָׂה לְחֵיל מִצְרַיִם לְסוּסָיו וּלְרִכְבּוֹ אֲשֶׁר הֵצִיף אֶת־מֵי יַם־סוּף עַל־פְּנֵיהֶם בְּרָדְפָם אַחֲרֵיכֶם וַיְאַבְּדֵם יְהוָה עַד הַיּוֹם הַזֶּה׃

va'achér assá le'hél mitsráim lesoussáv oulrikhbó achér hetsíf et-mé yam-soúf al-penehém berodfám a'harekhém vay'abbedém adonáy ad hayom hazzé

4 Et ce qu'Il a fait à l'armée égyptienne, à ses chevaux et à ses chars, comment Il a fait déferler la mer Rouge devant eux, quand ils vous poursuivaient, et le SEIGNEUR les a fait périr jusqu'à ce jour ;

Jusqu'à ce jour vous n'avez plus revu les Égyptiens, l'Égypte ne s'est plus soulevée contre vous.

וַאֲשֶׁר עָשָׂה לָכֶם בַּמִּדְבָּר עַד־בֹּאֲכֶם עַד־הַמָּקוֹם הַזֶּה׃

va'achér assá lakhém bammidbár ad-bo'akhém ad-hammakóm hazzé

5 Et ce qu'Il a fait pour vous dans le désert, jusqu'à ce que vous soyez arrivés en ce lieu ;

וַאֲשֶׁר עָשָׂה לְדָתָן וְלַאֲבִירָם בְּנֵי אֱלִיאָב בֶּן־רְאוּבֵן אֲשֶׁר פָּצְתָה הָאָרֶץ אֶת־פִּיהָ וַתִּבְלָעֵם וְאֶת־בָּתֵּיהֶם וְאֶת־אָהֳלֵיהֶם וְאֵת כָּל־הַיְקוּם אֲשֶׁר בְּרַגְלֵיהֶם בְּקֶרֶב כָּל־יִשְׂרָאֵל׃

va'achér assá ledatán vela'avirám bené eli'áv ben-re'ouvén achér patsetá ha'árets et-píha vattivla'ém ve'et-battehem ve'et-aholehém ve'ét kol-haykoúm achér beraglehém bekérev kol-yisraél

6 Et ce qu'Il a fait à Datan et Aviram, fils d'Éliav, fils de Réouven, quand la terre a ouvert sa bouche et les a engloutis, eux, et leurs maisons, et leurs tentes, et tous les biens qu'ils avaient, au milieu de tout Israël, –

C'est l'histoire avec les fils de Kora'h, ici Moché rappelle ce qui s'est passé lors de la révolte de Kora'h.

Ainsi, ce ne sont pas vos fils qui ont vu tout ce qui est énuméré ici : ce ne sont pas vos fils qui ont vu les signes que le SEIGNEUR faisait en Égypte, ce ne sont pas vos fils qui ont vu tout ce qui se passait dans le désert, ce ne sont pas vos fils qui ont vu la perte de Pharaon, ce ne sont pas vos fils qui ont vu ce qui est arrivé à Datan et Aviram.

כִּי עֵינֵיכֶם הָרֹאֹת אֶת־כָּל־מַעֲשֵׂה יְהוָה הַגָּדֹל אֲשֶׁר עָשָׂה׃

ki enekhém haro'ót et kol-ma'assé adonáy haggadól achér assá

7 Mais vos yeux voient toutes les actions du Très-Haut, toutes les grandes choses qu'Il a accomplies.

On aurait pu dire au peuple ainsi : « Vous suivrez Dieu, vous servirez le Très-Haut, et un jour, dans un avenir lointain, Il rétribuera, mais pas vous : c'est à vos fils que sera donnée une certaine rétribution, que sera donnée une certaine récompense. Tout vous attend, mais dans l'avenir. Nous bâtirons le communisme, tous ces sacrifices n'ont pas été faits en vain ».

Mais ici Moché dit : « Pas vos fils – c'est vous qui l'avez vu ». D'un côté, c'est pour vous un témoignage que Dieu agit déjà, que Dieu ne travaille pas seulement sur paiement d'avance, que Dieu agit ici et maintenant. D'un autre côté, le fait que ce soit vous qui l'ayez vu, et non vos fils, montre que c'est justement vous qui devez garder ce témoignage et le transmettre à vos fils. Et ainsi vous vous souviendrez que Dieu agit. Il ne vous demande pas de travailler pour vous payer ensuite, un jour, à la fin des temps. Il agit pour vous ici et maintenant, souvenez-vous-en.

וּשְׁמַרְתֶּם אֶת־כָּל־הַמִּצְוָה אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם לְמַעַן תֶּחֶזְקוּ וּבָאתֶם וִירִשְׁתֶּם אֶת־הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַתֶּם עֹבְרִים שָׁמָּה לְרִשְׁתָּהּ׃

ouchmartém et-kol-hammitsvá achér anokhí metsavekhá hayom lema'án te'hezkoú ouvatém virichtém et-ha'árets achér attém overím chámma lerichtá

8 Et observez tout le commandement que je te commande aujourd'hui, afin que vous soyez forts, et que vous veniez et héritiez le pays dans lequel vous entrez pour en hériter.

וּלְמַעַן תַּאֲרִיכוּ יָמִים עַל־הָאֲדָמָה אֲשֶׁר נִשְׁבַּע יְהוָה לַאֲבֹתֵיכֶם לָתֵת לָהֶם וּלְזַרְעָם אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ׃

oulmá'an ta'aríkhou yamím al-ha'adamá achér nichbá adonáy la'avotekhém latét lahém oulzar'ám érets zavát 'haláv oudvách

9 Et pour que vos jours se prolongent sur la terre que le SEIGNEUR a juré à vos pères de donner, à eux et à leur semence, un pays ruisselant de lait et de miel.

Il est important de prêter attention au fait qu'ici Moché dit : « Le SEIGNEUR a juré de la donner à eux, aux Patriarches et à la semence après eux ». Ce n'est pas seulement la semence, pas seulement les héritiers qui reçoivent la terre, mais aussi les Patriarches eux-mêmes, c'est ce que dit ici Moché. Et les sages voient là une allusion à la résurrection des morts, quand Avraham, Yits'hak et Yaakov recevront cette part d'héritage dans la terre, quand ils ressusciteront des morts.

Et de nouveau Moché dit que c'est un pays ruisselant de lait et de miel. Que signifie cette expression ? Certains disent que cela désigne un pays non cultivé, un pays dans lequel il n'y a pas d'agriculture. Dans le livre du prophète Yéchayahou (7,21.22) nous lisons : « Et il arrivera en ce jour-là : un homme élèvera une génisse et deux brebis. Et il arrivera qu'à cause de l'abondance du lait il fera du beurre et en mangera ; car de beurre et de miel se nourrira chacun de ceux qui seront restés dans ce pays ». C'est-à-dire que l'agriculture sera détruite, tout se couvrira d'une verdure en fleurs, de sorte que pour les abeilles ce sera l'abondance, et pour le bétail qu'on peut faire paître sur cette verdure, ce sera l'abondance. C'est pourquoi l'homme aura du beurre et du miel : le beurre – du bétail, et le miel que les abeilles récolteront sur cette verdure en fleurs. Et il existe une telle compréhension, elle est citée par Réouveni, l'un des commentateurs classiques, selon laquelle il s'agit du fait que cette terre ne fait qu'attendre qu'on la cultive. Mais cela est commode pour l'éleveur et pas très commode pour celui qui s'occupe d'une autre forme d'agriculture.

Dans le Talmud il y a une controverse entre Rabbi Éliézer et Rabbi Akiva. Rabbi Éliézer dit : « Le lait, c'est le lait des fruits, le miel, c'est le miel des dattes ». Effectivement, la figue, certains fruits ont une sorte de petit lait qui s'en écoule, et le miel de dattes (la mélasse ou silan) est aujourd'hui un produit très connu, et effectivement, dans l'Antiquité, il était l'édulcorant principal et fondamental. Rabbi Éliézer dit : « L'un comme l'autre viennent des fruits ». Rabbi Akiva le contredit et dit : « Le lait, c'est au sens littéral du lait, c'est-à-dire le lait des animaux. Et le miel, c'est le miel des abeilles, lui aussi vient d'êtres vivants ». L'un dit : « L'un comme l'autre est végétal », l'autre dit : « L'un comme l'autre vient des animaux ». Il existe aussi une telle lecture : le lait signifie le vin blanc, et le miel signifie le vin rouge. Cette lecture a, elle aussi, ses fondements.

Il y a une histoire étonnante dans le Talmud au sujet d'un homme qui s'appelait Rami bar Yé'hezkel. Il allait à Bné-Brak et il a vu des chèvres manger des figues. Le pis de ces jeunes chèvres suintait de lait, et le jus des figues (du figuier) coulait sur elles. Et il a vu se mêler le filet de miel de figue et le filet de lait, et il a dit : « Voilà, maintenant enfin je comprends ce que signifie un pays ruisselant de lait et de miel ».

La plupart des commentateurs s'accordent tout de même à comprendre que le lait comme le miel sont liés aux fruits, encore aussi parce que, quand les explorateurs sont venus, ils ont dit : « Voici le pays ruisselant de lait et de miel, et voici ses fruits » et ont montré des fruits comme confirmation que c'est un pays ruisselant de lait et de miel.

Mais je le dirai de nouveau, comme cela arrive d'habitude quand ce n'est pas clair et qu'il y a beaucoup d'opinions différentes : il n'est pas si simple de comprendre ce que signifie un pays ruisselant de lait et de miel. Et, bien sûr, il faut se souvenir qu'il n'y avait pas d'apiculture dans le pays d'Israël à cette époque, c'est pourquoi on ne pouvait parler que de miel sauvage, si l'on entend par là le miel d'abeilles. Et le miel de fruits, depuis longtemps et avec assurance, dans toutes les langues sémitiques, s'appelait lui aussi du mot dvách (miel). Ces mots – un pays ruisselant de lait et de miel (érets zavát 'haláv oudvách) – apparaissent en tout vingt et une fois dans le Tanakh, et vingt fois au sujet du pays d'Israël. Et ces mots sont devenus un hymne populaire de louange du pays d'Israël. Et ensuite Moché parle des particularités de ce pays.

כִּי הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַתָּה בָא־שָׁמָּה לְרִשְׁתָּהּ לֹא כְאֶרֶץ מִצְרַיִם הִוא אֲשֶׁר יְצָאתֶם מִשָּׁם אֲשֶׁר תִּזְרַע אֶת־זַרְעֲךָ וְהִשְׁקִיתָ בְרַגְלְךָ כְּגַן הַיָּרָק׃

ki ha'árets achér attá va-chámma lerichtá lo khe'érets mitsráyim hi achér yetsatém michám achér tizrá et-zar'akhá vehichkíta veraglekhá kegánLa translittération de l'original a ici un h au lieu d'un g dans le mot « comme un jardin ». Nous suivons l'hébreu : kegán. hayarák

10 Car le pays dans lequel tu viens pour en hériter, il n'est pas semblable au pays d'Égypte, d'où tu es sorti, où tu semais la semence, et tu l'arrosais de tes pieds, comme un jardin vert.

Quand Lot regarde les environs du Jourdain (Béréchit 13,10), il dit : « Ils ressemblent au pays d'Égypte, au jardin du SEIGNEUR ». Dans le pays d'Égypte se produisait la crue du Nil, le Nil débordait toujours. Et il y avait de tels canaux, des rigoles d'irrigation avec des vannes, qu'on pouvait simplement écarter du pied, il n'était même pas nécessaire de se pencher pour arroser cette verdure. La vanne s'écartait du pied, et l'eau coulait dans un petit canal d'irrigation. Quand il s'était écoulé assez d'eau, on pouvait de la même manière fermer cette vanne du pied. Par sa nature, le pays d'Égypte est ainsi fait que la nature elle-même produit de manière cyclique la crue du Nil et l'arrosage des jardins.

Le pays d'Israël, lui, est tout à fait différent.

וְהָאָרֶץ אֲשֶׁר אַתֶּם עֹבְרִים שָׁמָּה לְרִשְׁתָּהּ אֶרֶץ הָרִים וּבְקָעֹת לִמְטַר הַשָּׁמַיִם תִּשְׁתֶּה־מָּיִם׃

veha'árets achér attém overím chámma lerichtá érets harím ouvka'ót limtár hachamáyim tichte-máyim

11 Mais le pays dont vous allez hériter, c'est un pays de montagnes et de vallées, et c'est de la pluie du ciel qu'il boit l'eau.

Si la crue du Nil est un processus naturel, la pluie, elle, est envoyée par le Très-Haut. Le pays d'Israël est l'objet d'une surveillance constante du Très-Haut, il se trouve constamment sous l'action de la providence du Très-Haut.

אֶרֶץ אֲשֶׁר־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ דֹּרֵשׁ אֹתָהּ תָּמִיד עֵינֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בָּהּ מֵרֵשִׁית הַשָּׁנָה וְעַד אַחֲרִית שָׁנָה׃

érets acher-adonáy elohékha doréch otá tamíd ené adonáy elohékha ba merechít hachaná ve'ád a'harít chaná

12 Un pays que le SEIGNEUR, ton Dieu, éprouve (vérifie) constamment, et les yeux du SEIGNEUR, ton Dieu, sont sur lui depuis le commencement de l'année et jusqu'à la fin de l'année.

Dans la plupart des pays du monde, les phénomènes naturels sont des processus bien réglés, qui fonctionnent déjà, ce sont des processus naturels de la nature, ils se déclenchent, pour parler simplement, automatiquement. Mais le pays d'Israël ne passe pas en mode automatique. Il se trouve tout le temps (encore une fois, pour parler simplement) sous la commande manuelle du Très-Haut. Cela ne concerne pas seulement le pays d'Israël, cela concerne à bien des égards aussi la vie du croyant.

Nous voyons aussi ici une allusion au fait que l'année a un commencement et une fin. Et beaucoup en comprennent qu'au début de chaque année le Très-Haut organise une vérification, une révision de ce qui se passe sur la terre avec tous les habitants de la terre, et prédétermine ce qui arrivera à ce pays. Mais on peut aussi comprendre autrement : toute l'année, trois cent soixante-cinq jours par an, sept jours par semaine, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, les yeux du Très-Haut sont sur cette terre. Et à chaque fois elle est vérifiée, le Très-Haut dirige constamment cette terre. Et ce qui se passe sur cette terre dépend de ce que font ses habitants. Et qu'est-ce qui en découle ?

וְהָיָה אִם־שָׁמֹעַ תִּשְׁמְעוּ אֶל־מִצְוֹתַי אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם הַיּוֹם לְאַהֲבָה אֶת־יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם וּלְעָבְדוֹ בְּכָל־לְבַבְכֶם וּבְכָל־נַפְשְׁכֶם׃

vehayá im-chamóa tichme'oú el-mitsvotáy achér anokhí metsavvé etkhém hayom le'ahavá et-adonáy elohekhém oul'ovdó bekhol-levavkhém ouvkhol-nafchekhém

13 Et il arrivera, si vous entendez de vos oreilles les commandements que je vous commande aujourd'hui, pour aimer le SEIGNEUR, votre Dieu, et Le servir de tout votre cœur, de toute votre âme,

וְנָתַתִּי מְטַר־אַרְצְכֶם בְּעִתּוֹ יוֹרֶה וּמַלְקוֹשׁ וְאָסַפְתָּ דְגָנֶךָ וְתִירֹשְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ׃

venatattí metar-artsekhém be'ittó yoré oumalkóch ve'assaftá deganékha vetirochekhá veyitsharékha

14 Alors Il vous donnera la pluie sur votre terre au moment voulu, la première pluie et la dernière pluie, et tu récolteras tes céréales, et ton raisin (jus de raisin), et tes olives (huile d'olive).

La première pluie ne doit pas être trop forte, pour ne pas abîmer les semis, pour ne pas battre ce qui a été semé. Chaque pluie, à chaque période, doit avoir sa force déterminée, et le Très-Haut veille, surveille sa terre. Et que le peuple d'Israël écoute ou n'écoute pas Ses commandements, c'est cela qui détermine le climat en Terre Sainte. Ainsi donc, si tu écoutes, toutes les pluies viendront au moment voulu.

וְנָתַתִּי עֵשֶׂב בְּשָׂדְךָ לִבְהֶמְתֶּךָ וְאָכַלְתָּ וְשָׂבָעְתָּ׃

venatattí ésev besadekhá livhemtékha ve'akhaltá vesavá'ta

15 Et Il donnera de l'herbe dans ton champ pour ton bétail, et tu mangeras, et tu te rassasieras.

Si tu observes les commandements, il y aura dans le pays d'Israël un climat approprié à l'agriculture. Et tout te réussira : tu récolteras à temps la moisson et les céréales, et le raisin, et les olives. Et dans l'élevage tout ira bien : il y aura assez d'herbe pour que ton bétail mange.

הִשָּׁמְרוּ לָכֶם פֶּן יִפְתֶּה לְבַבְכֶם וְסַרְתֶּם וַעֲבַדְתֶּם אֱלֹהִים אֲחֵרִים וְהִשְׁתַּחֲוִיתֶם לָהֶם׃

hichameroú lakhém pen-yifté levavkhém vesartém va'avadtém elohím a'herím vehichta'havitém lahem

16 Prenez garde, de peur que votre cœur ne se laisse séduire, et vous vous détournerez, et vous servirez d'autres dieux, et vous vous prosternerez devant eux.

וְחָרָה אַף־יְהוָה בָּכֶם וְעָצַר אֶת־הַשָּׁמַיִם וְלֹא־יִהְיֶה מָטָר וְהָאֲדָמָה לֹא תִתֵּן אֶת־יְבוּלָהּ וַאֲבַדְתֶּם מְהֵרָה מֵעַל הָאָרֶץ הַטֹּבָה אֲשֶׁר יְהוָה נֹתֵן לָכֶם׃

ve'hará af-adonáy bakhém ve'atsár et-hachamáyimLa translittération de l'original a ici une voyelle différente dans le mot « le ciel ». Nous suivons l'hébreu : hachamáyim. velo-yihyé matár veha'adamá lo tittén et-yevoulá va'avadtém meherá me'ál ha'árets hattová achér adonáy notén lakhém

17 Et le SEIGNEUR s'irritera contre vous, et Il arrêtera le ciel, et il n'y aura pas de pluie, et la terre ne donnera pas de récolte, et vite vous disparaîtrez de cette bonne terre que le SEIGNEUR vous donne.

Matár, c'est la pluie, qui sous-entend toutes les sortes de pluie. En hébreu il y a beaucoup de mots différents pour désigner la pluie. Comme nous l'avons dit au verset 14, il y a yoré – la première pluie, il y a malkóch – la dernière pluie, il y a guéchem. En somme, il y a beaucoup de mots différents. Ici il est dit : « Le SEIGNEUR ne donnera aucune pluie ».

Voici à quoi on peut prêter attention. Si l'on vit dans la désobéissance au Très-Haut, le Très-Haut fermera le ciel, et la terre ne donnera pas de récolte, et vous disparaîtrez de la bonne terre. La bonne terre n'est pas devenue mauvaise parce que vous vous y êtes mal conduits. Mais justement en tant que bonne terre, elle ne donnera pas de récolte à vous, les mauvais, elle ne supporte pas les mauvais, et c'est pourquoi vous en disparaîtrez vite. Si quelque chose se passe en Terre Sainte, n'accusez pas la terre, ce n'est pas la terre qui en est coupable.

וְשַׂמְתֶּם אֶת־דְּבָרַי אֵלֶּה עַל־לְבַבְכֶם וְעַל־נַפְשְׁכֶם וּקְשַׁרְתֶּם אֹתָם לְאוֹת עַל־יֶדְכֶם וְהָיוּ לְטוֹטָפֹת בֵּין עֵינֵיכֶם׃

vesamtém et-devaráy élle al-levavkhém ve'al-nafchekhém oukchartém otám le'ót al-yedkhém vehayoú letotafót ben enekhém

18 Et mettez ces paroles sur vos cœurs et sur vos âmes, et nouez-les d'un bandeau sur vos mains, et elles seront un signe entre vos yeux.

Et la main, et les yeux doivent agir d'une manière amenée jusqu'à l'automatisme, doivent agir d'eux-mêmes à la lumière de ces paroles, de ces commandements.

וְלִמַּדְתֶּם אֹתָם אֶת־בְּנֵיכֶם לְדַבֵּר בָּם בְּשִׁבְתְּךָ בְּבֵיתֶךָ וּבְלֶכְתְּךָ בַדֶּרֶךְ וּבְשָׁכְבְּךָ וּבְקוּמֶךָ׃

velimmadtém otám et-benekhém ledabbér bam bechivtekhá bevetékha ouvlekhtekhá vaddérekh ouvchokhbekhá ouvkoumékha

19 Enseignez ces paroles à vos fils, pour en parler, assis dans ta maison, et marchant sur la route, et quand tu te couches, et quand tu te lèves.

וּכְתַבְתָּם עַל־מְזוּזוֹת בֵּיתֶךָ וּבִשְׁעָרֶיךָ׃

oukhtavtám al-mezouzót betékha ouvich'arékha

20 Et écris-les sur les montants de ta maison et sur tes portes,

Et au début du jour, et à la fin du jour, l'homme se rappelle ces commandements. Ses mains et ses yeux sont mus par ces commandements. En sortant de la maison, quel que soit le but dans lequel tu sors, quelle que soit la pensée avec laquelle tu sors, tu emportes encore aussi ces paroles. Tu sors de l'espace personnel vers l'espace commun – souviens-toi de ces paroles, c'est pour cela qu'elles sont écrites sur le montant de ta maison. Si tu sors de ta ville et te diriges vers une autre ville, alors sur les portes de ta ville il y a aussi ces paroles. Avec ces paroles et seulement avec ces paroles tu peux sortir de la ville. Ces paroles sont aussi devenues une partie de la prière « Chéma, Yisraël », par laquelle les Juifs prient quatre fois par jour, chaque jour.

Souviens-toi que le Très-Haut agit dans ta vie immédiatement. C'est toi qui as vu tout cela, ce ne sont pas tes enfants qui l'ont vu. Et c'est pourquoi, d'un côté, enseigne les enfants, et de l'autre côté, sache que les actions du Très-Haut – elles sont ici et maintenant.

לְמַעַן יִרְבּוּ יְמֵיכֶם וִימֵי בְנֵיכֶם עַל הָאֲדָמָה אֲשֶׁר נִשְׁבַּע יְהוָה לַאֲבֹתֵיכֶם לָתֵת לָהֶם כִּימֵי הַשָּׁמַיִם עַל־הָאָרֶץ׃

lemá'an yirboú yemekhém vimé venekhém al ha'adamá achér nichbá adonáy la'avotekhém latét lahém kimé hachamáyim al-ha'árets

21 Pour que se multiplient vos jours et les jours de vos fils sur cette terre que le SEIGNEUR a juré à vos Pères de leur donner, comme les jours des cieux au-dessus de la terre.

Si vous observez ces commandements et les gardez, alors vous vivrez longtemps dans ce pays au sujet duquel le SEIGNEUR a juré à vos pères, vous vivrez tant qu'existent les cieux et la terre.

כִּי אִם־שָׁמֹר תִּשְׁמְרוּן אֶת־כָּל־הַמִּצְוָה הַזֹּאת אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם לַעֲשֹׂתָהּ לְאַהֲבָה אֶת־יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם לָלֶכֶת בְּכָל־דְּרָכָיו וּלְדָבְקָה־בוֹ

ki im-chamór tichmeroún et-kol-hammitsva hazzót achér anokhí metsavvé etkhém la'assotá le'ahavá et-adonáy elohekhém lalékhet bekhol-derakháv ouldovka-vó

22 Si vous gardez, en gardant, tout ce commandement que je vous commande de faire avec amour pour le SEIGNEUR, votre Dieu, pour marcher dans Ses voies et vous attacher à Lui,

וְהוֹרִישׁ יְהוָה אֶת־כָּל־הַגּוֹיִם הָאֵלֶּה מִלִּפְנֵיכֶם וִירִשְׁתֶּם גּוֹיִם גְּדֹלִים וַעֲצֻמִים מִכֶּם׃

vehorích adonáy et-kol-haggoyím ha'élle millifnekhém virichtém goyím gedolím va'atsoumím mikkém

23 Alors le SEIGNEUR chassera tous ces peuples de devant ta face, et vous pourrez hériter de peuples qui sont plus grands et plus forts que vous.

כָּל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר תִּדְרֹךְ כַּף־רַגְלְכֶם בּוֹ לָכֶם יִהְיֶה מִן־הַמִּדְבָּר וְהַלְּבָנוֹן מִן־הַנָּהָר נְהַר־פְּרָת וְעַד הַיָּם הָאַחֲרוֹן יִהְיֶה גְּבֻלְכֶם׃

kol-hammakóm achér tidrókh kaf-raglekhém bo lakhém yihyé min-hammidbár vehallevanón min-hannahár nehar-perát ve'ád hayám ha'a'harón yihyé gevoulekhém

24 Tout lieu sur lequel marchera ton pied sera à vous – depuis le désert et depuis le Lévanon, depuis le fleuve Prat, et jusqu'à la dernière mer sera votre frontière.

Et personne, personne ne fera la guerre contre vous. Quand il existe un quelconque empire, bien sûr, il y a toujours des gens désireux de lui faire la guerre et de lui reprendre, de lui arracher un petit morceau de terre. Mais cela n'arrivera pas dans votre cas.

לֹא־יִתְיַצֵּב אִישׁ בִּפְנֵיכֶם פַּחְדְּכֶם וּמוֹרַאֲכֶם יִתֵּן יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם עַל־פְּנֵי כָל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר תִּדְרְכוּ־בָהּ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר לָכֶם׃

lo-yit'yattsév ich bifnekhém pa'hdekhém oumora'akhém yittén adonáy elohekhém al-pené khol-ha'árets achér tidrekhou-vá ka'achér dibbér lakhém

25 Personne ne se dressera contre vous, la peur et la terreur devant vous, le SEIGNEUR, votre Dieu, les donnera sur tout le pays (sur les habitants de tout le pays), où que vous posiez le pied, comme le SEIGNEUR vous l'a juré.

Ainsi se termine l'instruction que Moché donne au peuple d'Israël sur la manière de faire la guerre à ceux qui sont plus forts que toi. Faut-il compter sur sa propre justice et dire : « Je suis déjà juste, et je n'ai rien à corriger, parce que le SEIGNEUR m'a amené ici » ?

Il faut se souvenir aussi que le SEIGNEUR a déjà agi dans notre vie, et nous accomplissons Ses commandements non pas pour « plus tard, un jour », Il ne nous dit pas : « Faites – et plus tard, peut-être, un jour, d'une manière ou d'une autre, vous verrez ». Nous avons déjà vu et nous pouvons raconter à nos fils ce que nous avons vu de nos propres yeux. Et eux, ensuite, raconteront ce qu'ils ont vu de leurs propres yeux.

Et encore, Moché parle du fait que le SEIGNEUR nous fait entrer dans un pays particulier. Un pays sur lequel Il regarde constamment, un pays qu'Il surveille constamment d'une manière particulière. Et le climat dans ce pays dépend de notre conduite. Le climat autour de nous dépend de notre conduite – c'est ce qu'enseigne ici Moché.

La faim

Chaque fois, avec un nouveau cycle annuel d'étude de la Torah, de nouvelles facettes nous sont révélées. C'est pourquoi j'ai envie de dire encore quelques mots sur la section Ékev, sur quelques versets du chapitre 8 de notre livre Dévarim.

Je commencerai par le verset 3 : « Et Il (le Très-Haut) t'humiliait, et te tourmentait (vayyar'ivekhá) par la faim, et te nourrissait de man, que tu ne connaissais pas et que ne connaissaient pas tes Pères, pour te faire comprendre que l'homme ne vit pas de pain seul, mais que c'est de tout ce qui sort de la bouche du SEIGNEUR que vit l'homme ». Un verset étonnant, qui donne beaucoup de nourriture à la réflexion. Et je voudrais m'arrêter sur le mot yar'ív, comme il est dit ici : le Très-Haut te tourmentait par la faim. Dans l'original il n'y a pas le mot tourmentait, mais simplement te rendait affamé ou te tenait affamé, te forçait à avoir faim. Pourquoi la faim était-elle nécessaire dans le désert ? Qu'était-ce que cette faim ? Et nos Pères ont-ils vraiment eu faim dans le désert ? Car plus loin il est dit : et Il te nourrissait de man. Chaque matin, comme nous le savons, il fallait sortir et ramasser le man. On ne pouvait pas le conserver au réfrigérateur, à la cave, le mettre en conserve, le mariner, le sécher. Chaque matin il fallait le ramasser. Imaginez que dans votre vie quotidienne vous soyez obligés chaque matin de trouver à nouveau votre subsistance. Il n'y a ni réfrigérateurs, ni quelconques entrepôts, ni quelconques armoires, ni carte de crédit, ni carte de débit – rien de tout cela n'existe. Chaque matin vous trouvez près de la maison une boîte avec des produits pour la journée d'aujourd'hui, et chaque soir, quand vous allez vous coucher, vous savez que cette boîte, disons-le ainsi, va tout simplement disparaître, s'évaporer dans la nuit, et vous n'aurez pas d'autre nourriture. C'est-à-dire qu'il n'y aura pas de nourriture si le man ne tombe pas de nouveau ou si vous ne ramassez pas de nouveau. Et ce sentiment d'exister sous une sorte de système de rationnement par cartes (seulement sans cartes) engendre une certaine incertitude quant au lendemain, une indétermination. Dans beaucoup des circonstances de notre vie, nous ne savons pas comment se terminera telle ou telle situation, comment se résoudra tel ou tel de nos problèmes. Bien sûr, nos Pères, qui étaient dans le désert, se trouvaient eux aussi dans cette même situation. Et il existe une telle compréhension : la faim dont il est question ici, c'est justement le sentiment d'indétermination, d'incertitude quant à la satiété du lendemain. Oui, bien sûr, le Très-Haut parle – et le man tombe. Bon, mais si demain cette boîte ne se trouve pas, si cette boîte n'est pas découverte ? Et le Très-Haut nous enseigne pour ainsi dire à croire : « Tout est sous contrôle, petit frère, seulement pas sous ton contrôle, et habitue-toi à cela. Le monde a un Gérant, et ce n'est pas toi. Et ta vie, et chaque détail de ta vie, Quelqu'un les dirige aussi, et ce n'est pas toi ». Voilà cette faim-là, le sentiment que tu ne contrôles pas ta vie, ton budget, ton menu du lendemain – c'est ce que le Très-Haut, selon cette compréhension du verset, enseignait au peuple d'Israël dans le désert. Pour que l'homme comprenne qu'il vit non pas de pain, non pas de quelconques économies, non pas de greniers, non pas de granges et non pas d'entrepôts, mais de la Parole qui sort constamment de la bouche du Très-Haut, à proprement parler, de ce même Discours par lequel le Très-Haut dirige constamment le monde. Et une partie de cette direction, c'est la subsistance de l'homme. Quand cette compréhension devient une habitude, quand elle devient la nature de l'homme, alors le man aussi devient une nourriture habituelle, la faim disparaît. C'est l'une des approches.

Une autre approche dit que le man est un pain particulier, c'est le pain descendu des cieux. Si un autre produit quelconque : le saucisson, le fromage, ce même pain, a des propriétés quelconques limitées, le man, lui, possède une profondeur infinie. Et, semblable à la Parole de Dieu, on peut l'étudier infiniment, infiniment, comme le fait l'homme qui vit véritablement de l'étude d'une science quelconque, même profane. Le mathématicien, ce n'est pas l'homme qui connaît les mathématiques ; c'est l'homme qui étudie les mathématiques. Le physicien, ce n'est pas l'homme qui connaît la physique, mais l'homme qui étudie la physique. L'homme qui connaît les mathématiques peut être professeur de mathématiques à l'école, et de même avec la physique. Mais l'homme qui étudie, qui étudie cela constamment, lui, il en vit. Et quand l'homme comprend que derrière cette nourriture se tient la Parole de Dieu, il comprend aussi qu'on ne peut pas se rassasier de la Parole de Dieu. C'est une adhésion constante à cette Parole et c'est une nourriture dont on ne peut pas s'arracher. L'homme qui a goûté cette nourriture (s'il en a saisi le sens intérieur) ne voudra plus jamais aucune autre nourriture, mais ne s'en rassasiera jamais non plus, parce qu'on a envie de connaître cette Parole davantage, et davantage, et davantage. Qui d'entre nous peut dire : « Moi, je connais déjà la Parole de Dieu, ça ne m'attire plus vraiment, j'ai déjà tout compris à son sujet, je n'ai plus envie de l'étudier » ? Non, justement, plus tu la connais, plus on a envie de s'y plonger et de voir davantage de profondeur, et plus tu comprends à quel point le Très-Haut dirige le monde, à quel point Sa Parole pénètre dans chaque détail de notre vie. Et alors, naturellement, naît la faim : on a envie d'en savoir davantage et davantage, de manger de cette Parole davantage et davantage.

Voici deux approches tout à fait différentes de la compréhension de la faim. Et à quoi cela sert-il, dans la première comme dans la seconde approche ? Pourquoi fallait-il que l'homme éprouve la faim et comprenne sa dépendance à l'égard de la Parole ? Ensuite notre chapitre 8 dit que viendra l'abondance, et tu viendras dans ta terre, et tu rebâtiras des villes, et tu auras un État prospère, et une société sociale, et il n'y aura pas de pauvres, et il n'y aura que des riches, et tout prospérera : et l'économie, et l'agriculture, et tu auras la puissance militaire, et il y aura la vaillance, et tu auras tout. Et quand viendra cette abondance, tu peux dire : « C'est moi-même qui l'ai fait ! » Non, tout est comme avant : le même système de cartes de rationnement, le même système de réception quotidienne du man, seulement il est peut-être plus caché à nos yeux. Il a cédé la place à notre travail quotidien, à notre effort quotidien, dans lequel le Très-Haut bénit l'œuvre de nos mains. Et ce qui nous nourrit, c'est Sa bénédiction de l'œuvre de nos mains, c'est-à-dire que ce n'est pas ma main qui a fait cela.

C'est ce que nous devons apprendre. D'un côté, tout est effectivement sous contrôle – pas sous mon contrôle, mais sous le Contrôle (et, peut-être, il vaut même mieux que ce ne soit pas sous mon contrôle). Et encore : cela ne finira jamais : la perfection, l'abondance, Sa bénédiction ne finira jamais. Et exactement de la même manière que nous ne nous rassasierons jamais de la Parole, nous ne cesserons jamais de faire notre travail de perfectionnement de ce monde, de perfectionnement de nous-mêmes. Tant que nous sommes vivants, ce labeur continue. C'est en cela que consiste notre faim, cette faim que nous devons ressentir constamment.

Voilà quelles pensées au sujet de notre section hebdomadaire. Brièvement, mais il était important pour moi de les partager.

La Torah en 5 minutes

Dans notre section hebdomadaire Ékev (10,1–2) nous lisons un tel récit de Moché : « En ce temps-là le SEIGNEUR m'a dit : taille-toi deux tables de pierre, comme les premières, et monte vers Moi sur la montagne, et fais-toi une arche de bois. Et J'écrirai sur les tables les paroles qui étaient sur les premières tables, que tu as brisées ; et tu les mettras dans l'arche (arón) ».

Le mot vieux-slave pour arche, sans doute, n'est resté que dans la Bible. En russe moderne, on peut traduire le mot arón par coffre, ou armoire, ou coffret, c'est-à-dire un endroit où les tables peuvent être conservées. Le Très-Haut ordonne à Moché de faire les tables et l'arche, mais au verset 3 nous lisons : « Et j'ai fait une arche en bois de chittim (acacia), et j'ai taillé deux tables de pierre, semblables aux premières, et je suis monté sur la montagne, et ces deux tables dans ma main », c'est-à-dire que Moché fait dans l'ordre inverse : d'abord l'arche, et ensuite les tables. Dans ce changement d'ordre il y a une instruction importante pour nous. Pour apprendre soi-même la Torah, pour enseigner la Torah à un homme, il faut une préparation préalable, c'est-à-dire un coffret, un récipient. Pour que nous puissions étudier la Torah, il doit y avoir en nous un récipient pour les paroles de la Torah. Un tel récipient peut être notre désir d'étudier la Torah, notre désir de changer, de devenir meilleurs, notre désir de connaître la volonté de Dieu. Sans cela nous ne pourrons pas recevoir les paroles du Très-Haut.

Il en va ainsi aussi dans le monde matériel. Souvenons-nous de l'histoire de la veuve et du prophète Élicha dans le deuxième livre de Mélakhim et des paroles qu'il lui a dites au verset 3 : « Va et demande pour toi des récipients au-dehors ; des récipients vides, (rassemble-en) pas peu chez tous tes voisins ». Ainsi, l'abondance d'huile dont la veuve a été bénie dépendait des récipients qu'elle avait pu rassembler. D'un côté, la bénédiction était miraculeuse ; de l'autre côté, la bénédiction était limitée par les récipients pour l'huile, ce que nous lisons au même endroit, au verset 6 : « Et il arriva, quand les récipients furent remplis, qu'elle dit à son fils : donne-moi encore un récipient. Mais il lui dit : il n'y a plus de récipients. Et l'huile cessa (de couler) ». La Torah infinie, qu'on peut étudier infiniment, sa sagesse d'une profondeur infinie est reçue par nous (et par ceux avec qui nous communiquons, à qui nous voulons enseigner la Torah) en fonction des récipients que nous avons.

Nous savons qu'on dit : « Que celui qui a des oreilles entende ». Chacun de nous peut se regarder dans le miroir et voir qu'apparemment chacun a des oreilles. Avons-nous vu beaucoup de gens sans oreilles ? Mais ici, bien sûr, il n'est pas question d'oreilles physiques, d'oreilles matérielles. On entend par là la disposition à écouter, ce récipient même qui est prêt à recevoir les paroles de la Torah. Comment nous servons-nous de nos oreilles ? Pouvons-nous vraiment entendre les paroles de la Torah ? Nous pouvons recevoir une information utile, scientifique ou d'instruction générale, ou écouter quelque chose de divertissant, quelque chose de tout à fait inutile pour nous, une sorte de bruit blanc dans le monde spirituel, qui nous détourne de la réception des vraies paroles de la Torah. Et c'est pourquoi il faut constamment se poser la question : combien d'oreilles ai-je justement pour l'étude de la Torah, pour approfondir la Torah ? Avons-nous de telles oreilles, qui sont pures de tous les bruits, de toutes les interférences, et qui sont consacrées uniquement à l'écoute de la Parole de Dieu ? Dans quelle mesure nos oreilles sont-elles gardées dans la pureté ? Car ce n'est qu'avec de telles oreilles qu'on peut vraiment entendre la Torah. On parle beaucoup de la pureté du regard, du fait qu'il ne vaut pas la peine de regarder certaines choses dont il sera ensuite difficile de purifier les yeux et le cerveau. Mais les oreilles aussi, il faut les laver, il faut garder les oreilles propres, prêtes à recevoir la Torah. Et c'est une question importante que chacun peut se poser à lui-même : ai-je des oreilles pures, libres, un récipient pour recevoir la Torah ?

Ékev : poursuivre la lecture

Lisez aussi la section Vaét'hanan, l'entretien sur les alliances, le livre de commentaires sur Dévarim et les sections hebdomadaires de la Torah.

Original russe : alexblend.com
Cette traduction a été réalisée avec l’aide de l’IA et nécessite encore une révision linguistique et une correction par des locuteurs natifs.

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    Sommaire de cette section

    1. 1Mémento du conquérant 7,12–26
    2. 2Mémento de l'homme d'affaires 8,1–20
    3. 3Question d'estime de soi 9,1–29
    4. 4Pour que ce soit bien 10,1–22
    5. 5Nous faisons la pluie et le beau temps 11,1–25
    6. 6La faim
    7. 7La Torah en 5 minutes
    8. 8Ékev : poursuivre la lecture

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