1. Sections hebdomadaires
  2. Dévarim
  3. Ré'é

רְאֵה

Ré'é

le choix, la sainteté et l'aide aux pauvres

Illustration : alexblend.com
Section hebdomadaire
47 sur 54
Versets
Dévarim 11,26–16,17
Parties
11
Temps de lecture
2 h 51 min

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Ré'é, dans le texte de l'entretien aussi R'é, — section hebdomadaire sur le choix entre la bénédiction et la malédiction. Alex Blend examine la sainteté, le danger d'un faux enseignement, les dîmes, l'aide aux pauvres et la joie des fêtes. Le sténogramme comprend le texte hébreu du livre de Dévarim, la translittération, une traductionL'original parle ici d'une « traduction russe ». Comme cette phrase décrit la page elle-même, la version française dit simplement « une traduction ». et l'interprétation religieuse de l'auteur.

Organoleptique de l'esprit

Dévarim 11,26–32

Avec l'aide de Dieu, nous commençons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire R'é et nous lirons à partir du verset 26 du chapitre 11 du livre de Dévarim.

רְאֵה אָנֹכִי נֹתֵן לִפְנֵיכֶם הַיּוֹם בְּרָכָה וּקְלָלָה׃

r'é anokhí notén lifnekhém hayom berakhá ouklalá

26 Regarde, je donne (je place) devant vous aujourd'hui la bénédiction et la malédiction.

La première section hebdomadaire de notre livre s'appelait comme le livre entier – Dévarim (Paroles), du verbe lédabér (parler), c'est-à-dire qu'il s'agit du parler. Ensuite nous avons lu les sections Vaét'hanan (Chéma, Yisraël !) et Ékev (Si vous écoutez…), dans lesquelles il était très souvent question de l'audition, du verbe lichmoa (entendre, écouter). Très rarement la Torah parle de la vision, et voici que, dans notre verset, nous rencontrons le mot r'é – regarde, du verbe lir'ot (voir).

Dans le judaïsme, dans la tradition, on considère habituellement que l'audition se tient plus haut que la vision. Pourquoi cela ? Une image, on ne peut pas l'apprendre par cœur. Il semble, quand nous regardons, que nous voyons tout dans tous les détails, que nous nous emparons pour ainsi dire de ce que nous regardons, et nous oublions que nous ne voyons que partiellement. Cela semble tellement vrai que les hommes de l'Antiquité croyaient à tort qu'un petit rayon sort de l'œil, touche les objets et se réfléchit. Bien sûr, c'est une croyance erronée, mais nous connaissons tous la sensation que quelqu'un nous regarde. Il existe une notion superstitieuse – le mauvais œil. Il semble que quelqu'un puisse jeter le mauvais œil, puisse, en voyant, abîmer. Et bien que ce soit une superstition, beaucoup de gens se sentent effectivement mal à l'aise quand quelqu'un les regarde, c'est un fait de psychologie. Et il semble que la vue ait un certain caractère offensif. Il y a cette fausse impression qu'en voyant, tu as comme vu tout d'un coup. En réalité, tu vois des images séparées, mais elles ne se composent pas chez toi en un tableau unique, bien que pour voir il suffise d'ouvrir les yeux un seul instant, de cligner (d'où aussi le mot « instant »).

Si je dis : « Montrez-moi la cinquième symphonie de Beethoven », on peut me montrer la partition, mais je n'y comprendrai rien. Pour comprendre la symphonie, il me faudra m'armer de patience et écouter. Et pour entendre quelque chose, il faut de l'humilité, de la patience, il faut y consacrer du temps : ce qui est entendu ne se révèle pas tout de suite. Quand j'entends quelque chose (et j'entends tout le temps quelque chose, chacun de nous entend tout le temps quelque chose), les sons se composent en un tout unique. Nous ne voyons pas de multiples images dans les sons, mais c'est justement par l'audition qu'on peut beaucoup plus facilement, beaucoup mieux comprendre l'unité du monde. C'est pourquoi chaque Juif croyant, quatre fois par jour, se couvre les yeux de ses mains et prie la prière Chéma Yisraël : « Écoute, Israël, le SEIGNEUR, notre Dieu, – Dieu est un ». Comprendre l'unité de Dieu, toute la symphonie de l'univers, comme un tout unique, c'est possible au niveau de l'ouïe. La perception par l'oreille est une perception plus humble, et en même temps, aussi étrange que cela paraisse, c'est une perception plus profonde, bien que l'on dise : mieux vaut voir une fois qu'entendre cent fois.

Je sais qu'on peut dire ceci : les psychologues divisent les gens selon leurs modes de perception de l'information. Disons, il y a ceux qui perçoivent plus facilement par l'oreille (les auditifs), et ceux qui perçoivent plus facilement par la vision (les visuels). Mais nous parlons maintenant de la perception de l'information spirituelle, de ce qui se passe non pas simplement avec l'information, mais avec sa perception dans le monde spirituel, c'est pourquoi l'approche est quelque peu différente. Avec les yeux charnels, nous verrons tout le temps des formes, nous verrons tout le temps la séparation, mais si nous fermons les yeux, si nous commençons à écouter, alors nous entendrons cette unité de Dieu, et nous accepterons cette unité de Dieu, et nous ouvrirons les yeux, et alors (comme il est dit : « Et les yeux s'ouvriront ») nous pourrons voir quelque chose à un tout autre niveau.

Très souvent nous rencontrons dans la Torah et dans les Écritures l'expression : et il leva les yeux, et il vit, quand la vue ordinaire passe au niveau de la vue prophétique. Et finalement, comme il se trouve, nous voyons trois degrés dans l'organoleptique du monde spirituel. Au premier degré – la vue corporelle, physique, la vue par des yeux non purifiés, ensuite – le degré de l'ouïe, de l'audition, et plus loin – la vision, cette vision qui est apparentée à la vision prophétique, avec les yeux levés. C'est précisément à cette vision que s'adresse ici Moché : « Ouvre les yeux, lève les yeux et regarde, aujourd'hui je vous donne la bénédiction et la malédiction ».

Et ici surgit de nouveau une difficulté, cette fois une difficulté d'ordre grammatical. Lisons encore une fois : « Regarde, aujourd'hui je vous donne la bénédiction et la malédiction ». On aurait pu écrire : regardez, aujourd'hui je vous donne, ou écrire : regarde, aujourd'hui je te donne. Pourquoi donc tout de même regarde (r'é), aujourd'hui je vous (lifnékhém) donne ? On peut dire ceci : d'habitude regarde est une adresse à chaque personne séparément, devant vous, vous – cela peut être une adresse à tout le peuple. Mais les commentateurs disent : « R'é (regarde) est une adresse à tout Israël, au peuple, comme à un seul corps, un seul tout, que le peuple devient avant l'entrée dans le pays, tandis que lifnékhém est déjà une adresse aux personnes particulières ». C'est-à-dire que le général, ici, c'est r'é (regarde), et le particulier, ici, c'est lifnékhém (vous). Ce sont les nouvelles règles qui seront en vigueur dans le pays d'Israël : d'abord le général, tout le peuple comme un tout, et ensuite le particulier, l'adresse à chacun du peuple. Cela ne semble-t-il pas merveilleux ?

Ainsi, Moché dit : « Je place aujourd'hui devant vous (je donne devant vous) la bénédiction et la malédiction ». La bénédiction – c'est le fait d'être branché (au sens littéral) à la source de la vie, comme le branchement d'un appareil électrique dans une prise. Nous avons parlé bien des fois de ce mot malédiction (klala), que c'est l'allègement, l'apesanteur, la perte de toute importance, la perte de toute essence intérieure. C'est un choix qui est donné à l'homme. Et, seulement après avoir entendu tout ce qui a déjà été entendu, on ne peut le comprendre que dans le pays d'Israël. Pourquoi ne peut-on le comprendre que dans le pays d'Israël ? Parce qu'avant cela il y avait le désert, avant cela il y avait des conditions particulières, il y avait le man qui tombait du ciel, il y avait des vêtements qui ne s'usaient pas, et tout ce qui avait été entendu ne se révélait pas pleinement. Moché dit : « Dans le pays d'Israël, cela sera révélé pleinement ».

En quoi consistent la bénédiction et la malédiction, ou quand y aura-t-il la bénédiction et la malédiction ? Au verset 27 nous lisons :

אֶת־הַבְּרָכָה אֲשֶׁר תִּשְׁמְעוּ אֶל־מִצְוֹת יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם הַיּוֹם׃

et-habberakhá achér tichmeoú el-mitsvót adonáy elohekhém achér anokhí metsavvé etkhém hayom

27 La bénédiction consiste en ce que vous écouterez les commandements du SEIGNEUR, votre Dieu, que je vous commande aujourd'hui ;

Et qu'en est-il de la malédiction ? Au verset 28 nous lisons :

וְהַקְּלָלָה אִם־לֹא תִשְׁמְעוּ אֶל־מִצְוֹת יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם וְסַרְתֶּם מִן־הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם הַיּוֹם לָלֶכֶת אַחֲרֵי אֱלֹהִים אֲחֵרִים אֲשֶׁר לֹא־יְדַעְתֶּם׃

vehakkelalá im-ló tichmeoú el-mitsvót adonáy elohekhém vesartém min-haddérekh achér anokhí metsavvé etkhém hayom lalékhet a'haré elohím a'herím achér lo-yeda'tém

28 Et la malédiction – si vous n'écoutez pas les commandements du SEIGNEUR, votre Dieu, et vous écartez du chemin dans lequel je vous commande aujourd'hui de marcher, à la suite d'autres dieux, que vous n'avez pas connus.

De nouveau, on aurait pu écrire ainsi : la bénédiction sera sur vous si vous obéissez à la voix du SEIGNEUR, votre Dieu. Et au verset 28 nous lisons : « La malédiction – si vous n'écoutez pas… » La malédiction sera si, tandis que la bénédiction consiste en ce que… Le Très-Haut bénit le peuple en donnant au peuple une prédisposition à l'observance de ces commandements, un soutien pour observer ces commandements. La bénédiction consistera en ce que vous écouterez la voix du SEIGNEUR, votre Dieu, vous écouterez par votre nature, par cette grâce (grâce – donner le bien), ce dépôt du bien dans le peuple, qui le rendra prédisposé à entendre la voix, et en cela est la bénédiction. Et la malédiction – si vous n'obéissez pas, si vous faites un certain effort, changez votre nature et n'obéissez pas à la voix de votre Dieu. Par votre nature, par ce que Je fais maintenant de vous, par ce que la Torah fait avec vous, vous êtes prédisposés à observer les commandements, à écouter la voix. C'est pourquoi on peut dire ainsi que la justice ne naît pas du fait que les gens observent les commandements, la bénédiction ne vient pas parce que les gens observent les commandements. Non. La justice, c'est la bénédiction. La justice, la capacité de croire le Très-Haut, la foi dans le Très-Haut et le désir d'obéir à Sa voix, le Très-Haut les dépose ici dans le peuple. Et comme résultat de cette justice, comme résultat de cette grâce donnée au peuple – le peuple obéira à la voix du SEIGNEUR Dieu et écoutera les commandements que Moché commande. D'abord la justice, la grâce, comme conséquence l'observance des commandements.

L'un des maîtres qui vécurent au Ier siècle, Rabbi 'Hanania ben Akachia, disait : « Le SEIGNEUR a voulu rendre Israël plus juste, c'est pourquoi Il lui a donné plus de Torah et plus de commandements, comme il est écrit chez Yéchayahou au chapitre 42, au verset 21 : Le SEIGNEUR désirait, pour Sa justice, agrandir la Torah et glorifier ». C'est-à-dire que le SEIGNEUR a donné plus de commandements pour doter l'homme d'une plus grande grâce, d'une plus grande justice pour son observance, et de cette plus grande justice – la capacité d'observer plus de commandements, d'écouter plus attentivement la voix de Dieu. Mais pour garder cette justice, il faut comprendre que ce n'est pas ta justice, il faut se trouver constamment avec la vue spirituelle ouverte, car on peut intervertir la cause et l'effet et chercher une justice qui serait la conséquence de l'observance des commandements, et c'est une démarche très dangereuse.

Une question sérieuse se pose. Est-ce que vraiment le choix, il est ainsi : écouter les commandements du SEIGNEUR ou aller à la suite d'autres dieux ? Si un homme, soudain, ayant commis une erreur ou ayant cédé à l'appétit ou à la passion, s'est acheté des pâtes aux crevettes, est-il aussitôt devenu idolâtre ? Bien sûr, il y a un péché dans le fait que l'homme mange ce que le Très-Haut a interdit de manger, mais de là il y a un long chemin jusqu'à l'idolâtrie. Et ici la Torah nous enseigne que si tu t'engages sur ce chemin, alors tu le parcourras. Le mauvais penchant ne vient pas à l'homme et ne lui dit pas tout de suite : « Hé ! Allons nous prosterner devant la statue de Dagon ! » Il vient à l'homme avec de petites tentations. Chez chacun ces tentations sont à son niveau, chaque homme se tient à son niveau, il a une marche vers le haut et une marche vers le bas. Pour quelqu'un, la marche vers le haut, c'est, au lieu de sept heures du matin, se lever pour cinq heures du matin pour la prière. Pour quelqu'un, la marche vers le haut, c'est renoncer à la drogue ou renoncer à un mode de vie de brigand. Chacun à son niveau, mais il y a un chemin vers le haut, il y a un chemin vers le bas. Et ici la Torah nous enseigne : si tu n'obéis pas à la voix du Très-Haut, alors, en conséquence, tu en arriveras forcément à ceci, que tu adoreras d'autres dieux.

Ainsi, la bénédiction et la malédiction te sont proposées. La bénédiction est déjà déposée en toi, elle t'est déjà donnée, elle consiste en ce que tu obéiras à la voix. Mais cette bénédiction, cette grâce ne te prive pas de la liberté de choix, c'est pourquoi, peut-être, tu t'écarteras de l'observance des commandements, tu cesseras d'écouter la voix du SEIGNEUR, et alors la malédiction viendra à toi.

Il y a une histoire hassidique sur un homme chez qui vint le malin. Bon, bien sûr, il n'est pas venu à lui sous l'aspect d'un diable cornu, mais il est venu à lui sous l'aspect d'un certain homme, qui lui a dit : « Loue-moi ta maison ». Et l'homme, le maître de la maison, lui dit : « Malin, je ne te donnerai pas ma maison ». – « Je te paierai beaucoup », dit-il. Mais l'autre dit : « Non, c'est ma maison ». – « Donne-moi seulement une chambre ». – « Et la chambre non plus, je ne te la donnerai pas ». Alors il dit : « Eh bien, laisse-moi seulement planter un petit clou dans ce mur-là, le mur de ta maison, et loue-moi ce petit clou, et je te paierai comme pour toute ta baraque ». À cela l'homme consentit. Et alors le locataire vint et planta un petit clou, puis il vint et suspendit à ce petit clou un sac puant, et de ce sac venait une telle puanteur qu'elle fit fuir toute la maison. Le conte est assez primitif, mais il décrit les processus qui peuvent se produire chez un homme qui se perd, qui cesse d'entendre la Voix, il montre qu'ainsi on peut en arriver à l'adoration d'autres dieux.

וְהָיָה כִּי יְבִיאֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־אַתָּה בָא־שָׁמָּה לְרִשְׁתָּהּ וְנָתַתָּה אֶת־הַבְּרָכָה עַל־הַר גְּרִזִים וְאֶת־הַקְּלָלָה עַל־הַר עֵיבָל׃

vehayá ki yevi'ákha adonáy elohékha el-ha'arets acher-attá va-chámma lerichtá venatattá et-habberakhá al-hár gerizím ve'et-hakkelalá al-hár evál

29 Et il arrivera, quand le SEIGNEUR, ton Dieu, t'amènera dans le pays dans lequel tu viens pour en hériter, tu donneras la bénédiction sur le mont Guérizim (ou tu donneras la bénédiction au mont Guérizim), et la malédiction – au mont Éval –

En hébreu, il y a deux mots qui, quand ils se rencontrent, indiquent la coloration émotionnelle des événements. Chaque fois qu'il est écrit vayéhi, cela signifie quelque chose de triste. Chaque fois qu'il est écrit véhaya, cela signifie un événement joyeux.

Où se trouvent ces monts ?

הֲלֹא־הֵמָּה בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן אַחֲרֵי דֶּרֶךְ מְבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ בְּאֶרֶץ הַכְּנַעֲנִי הַיֹּשֵׁב בָּעֲרָבָה מוּל הַגִּלְגָּל אֵצֶל אֵלוֹנֵי מֹרֶה׃

halo-hémma be'éver hayardén a'haré dérekh mevó hachémech be'érets hakkena'aní hayochév ba'aravá moul haggilgál étsel eloné moré

30 Ils sont au-delà du Jourdain, sur le chemin du soleil, dans le pays des Cananéens, qui habitent dans l'Arava, en face de Guilgal, près d'Élon-Moré.

D'Élon-Moré nous savons (par le livre de Béréchit) que c'est un lieu près de la ville de Ch'khem. Naturellement, une question reste : pourquoi ne pas écrire « près de la ville de Ch'khem » ? Nous avons parlé du fait qu'il existe deux promesses concernant les frontières de la Terre Sainte. Il y a ce que le Très-Haut a dit à Avraham : « Toute la terre cananéenne, Je te la donnerai », et il y a : « …de la mer jusqu'au fleuve Prat », deux sortes de frontières de la terre. Quand le peuple vit sur la totalité de son territoire – c'est un peuple qui a une mission envers les païens. Quand le peuple vit seulement dans le pays cananéen – c'est un peuple qui, pour l'instant, ne révèle pas encore sa mission envers les païens.

Si nous regardons le territoire de Canaan, Ch'khem en est le centre même. Et effectivement, près de la ville de Ch'khem, il y a le mont Éval et le mont Guérizim, et la mention d'Élon-Moré indique Ch'khem. Mais près de Jéricho aussi, il y a des lieux qui s'appellent Éval et Guérizim, et Jéricho est à côté du lieu appelé Guilgal. Et si nous parlons d'Israël de la mer jusqu'au fleuve Prat, alors ce n'est plus Ch'khem, mais Jéricho qui sera le centre géométrique de ce pays ; il est vrai qu'il n'y a pas de montagnes là-bas. Il se trouve que Moché, ici, comme intentionnellement, ne donne pas d'indication directe. On peut le comprendre comme une indication de Ch'khem, centre du pays cananéen, et on peut le comprendre comme une indication de Jéricho et Guilgal, centre du grand pays d'Israël.

Les Tanaïm (sages des Ier–IIe siècles) discutent dans le Talmud de l'endroit où se trouvaient ces deux monts. Et la majorité des opinions dit qu'ils se trouvent près de Jéricho, seul un sage, celui qui justement disputait d'habitude avec les Samaritains, dit : « En cela je suis d'accord avec les Samaritains, ce sont les monts qui sont près de la ville de Ch'khem, Guérizim et Éval ». Et du point de vue historique, bien sûr, il a raison. C'est précisément là que se trouvent les monts Guérizim et Éval, et cela se voit à l'indication qu'il y a d'Élon-Moré. Vraisemblablement, l'autel que Yéhochoua ben Noun y a construit a été trouvé par des archéologues israéliens. Malheureusement, la situation autour de lui est déplorable à cause de ce qui se passe avec la soi-disant « autonomie palestinienne ». Les Samaritains, peuple qui vit à Ch'khem, en Samarie, dans le Chomron (c'est d'après le nom de cette région qu'ils s'appellent Samaritains), ont leur propre texte de la Torah, ils l'ont un tout petit peu corrigé. Et dans celui-ci, au verset 30, après les mots étsel éloné moré (près d'Élon-Moré) il est écrit : yéch ch'khem – c'est Ch'khem.

Ainsi, la région de Ch'khem est le centre géométrique du pays cananéen ; il y a le mont Éval, il y a le mont Guérizim. À quoi cela ressemblera-t-il ? Le peuple, nous nous en souvenons, se tiendra sur deux monts, et en bas, dans la vallée entre les deux monts, se tiendront les lévites. Comme disent les commentateurs, quand ils diront la malédiction, ils se tourneront vers le mont Éval, quand ils diront la bénédiction, ils se tourneront vers le mont Guérizim. Et les tribus qui se tiennent sur les monts répondront : « Amen ! »

Pourquoi la bénédiction vers le mont Guérizim (ou au mont Guérizim), et la malédiction – au mont Éval, et pas l'inverse ? Le rav Hirsch donne un commentaire très intéressant. Il dit : « Deux monts se tiennent côte à côte, deux monts qui reçoivent également la pluie, et la lumière, et tout le reste, deux monts qui se trouvent littéralement l'un à côté de l'autre. Le mont Guérizim est vert, des oliviers y poussent. À côté, le mont Éval, il est désertique, et la végétation y est beaucoup moins abondante. Comme deux hommes qui, dans le monde physique, reçoivent également, mais l'un est béni et l'autre maudit ». Voilà l'image que le rav Hirsch révèle dans ces monts.

Si nous regardons cet événement, on peut dire que c'est le don de la Torah à l'inverse. Quand le Très-Haut a donné la Torah au peuple d'Israël, la voix du Très-Haut retentissait de la montagne, d'en haut, le peuple se tenait en bas. Ici, la voix de l'homme retentit d'en bas, le peuple se tient en haut. Et on peut dire : si là-bas il y avait le don de la Torah depuis les Cieux, alors ici – le don de la Torah depuis la terre, depuis le pays d'Israël, le don de la Torah, mais déjà par une voix humaine.

כִּי אַתֶּם עֹבְרִים אֶת־הַיַּרְדֵּן לָבֹא לָרֶשֶׁת אֶת־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם נֹתֵן לָכֶם וִירִשְׁתֶּם אֹתָהּ וִישַׁבְתֶּם־בָּהּ׃

ki attém overím et-hayardén lavó laréchet et-ha'árets

acher-adonáy elohekhém notén lakhém virichtém otá vichavtem-bá

31 Parce que vous traversez le Jourdain pour aller hériter du pays que le SEIGNEUR, votre Dieu, vous donne, et vous en hériterez, et vous vivrez en lui.

וּשְׁמַרְתֶּם לַעֲשׂוֹת אֵת כָּל־הַחֻקִּים וְאֶת־הַמִּשְׁפָּטִים אֲשֶׁר אָנֹכִי נֹתֵן לִפְנֵיכֶם הַיּוֹם׃

ouchmartém la'asót et kol-ha'houkkím ve'et-hammichpatím achér anokhí notén lifnekhém hayom

32 Gardez donc d'observer toutes les lois et les statuts que je donne devant vous aujourd'hui.

Nous avons déjà parlé des lois ('houkkím) et des statuts, jugements (michpatím) dans le livre de Vayikra. Et ici on peut déjà regarder d'une manière nouvelle le mot gardez au sens de préservez, efforcez-vous. Cela est déjà déposé en vous, gardez seulement, vous l'avez déjà. On ne peut pas garder ce que tu n'as pas. Gardez, parce que cela vous est donné, parce que cela est déposé en vous. Gardez cet état, et alors vous pourrez observer les commandements et les lois.

Nous avons vu qu'il existe trois niveaux de l'organoleptique spirituelle : la simple vision charnelle, l'audition et la vision avec les yeux levés – la vision prophétique, qui dit que le Très-Haut propose à chaque homme la bénédiction et la malédiction (nous lirons ailleurs encore la vie et la mort). Nous avons vu que la bénédiction du Très-Haut consiste en ce qu'elle est déjà déposée en l'homme, mais il peut choisir la malédiction. Nous avons vu comment cette nouvelle vision sera attestée dans le pays d'Israël par un don singulier de la Torah depuis la terre.

Géographie de la sainteté

Dévarim 12,1–19

Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire R'é et nous lirons à partir du verset 1 du chapitre 12 du livre de Dévarim.

אֵלֶּה הַחֻקִּים וְהַמִּשְׁפָּטִים אֲשֶׁר תִּשְׁמְרוּן לַעֲשׂוֹת בָּאָרֶץ אֲשֶׁר נָתַן יְהוָה אֱלֹהֵי אֲבֹתֶיךָ לְךָ לְרִשְׁתָּהּ כָּל־הַיָּמִים אֲשֶׁר־אַתֶּם חַיִּים עַל־הָאֲדָמָה׃

élle ha'houkkím vehammichpatím achér tichmeroún la'asót ba'árets achér natán adonáy elohé avotékha lekhá lerichtá kol-hayamím acher-attém 'hayím al-ha'adamá

1 Voici les lois et les jugements que vous vous efforcerez d'observer dans le pays que le SEIGNEUR, Dieu de tes Pères, t'a donné, pour que tu en prennes possession tous les jours que vous vivez sur la terre.

Ici on pourrait s'attendre à une liste complète des commandements de la Torah, car sur la nouvelle terre, sur la terre que le SEIGNEUR nous a donnée, nous devons observer tous les commandements, tout ce qui nous concerne. Mais Moché donne des instructions tout à fait concrètes sur la manière de s'installer, sur le plan spirituel, dans un nouveau lieu, sur la manière de faire de cette terre la sienne.

אַבֵּד תְּאַבְּדוּן אֶת־כָּל־הַמְּקֹמוֹת אֲשֶׁר עָבְדוּ־שָׁם הַגּוֹיִם אֲשֶׁר אַתֶּם יֹרְשִׁים אֹתָם אֶת־אֱלֹהֵיהֶם עַל־הֶהָרִים הָרָמִים וְעַל־הַגְּבָעוֹת וְתַחַת כָּל־עֵץ רַעֲנָן׃

abbéd te'abbedoún et-kol-hammekomót achér avedou-chám haggoyím achér attém yorechím otám et-elohehém al-heharím haramím ve'al-haggeva'ót vetá'hat kol-éts ra'anán

2 Par la perte perdez (faites en sorte qu'ils se perdent, qu'ils disparaissent) tous les lieux sur lesquels les païens, dont vous héritez la terre, servaient leurs dieux sur les hautes montagnes, et sur les collines, et sous tout arbre verdoyant.

Un commandement très intéressant. Comment peut-on détruire des lieux ? On comprend qu'on peut détruire des constructions, des statues, des temples, des fosses – tout ce qu'on veut. Mais comment peut-on détruire des lieux ? Il y a certains lieux où l'on construit des temples païens, où se trouvent des idoles, ou bien où se déroule simplement un culte païen, qui peut paraître très beau, envoûter l'esprit. En effet, il y a dans la nature beaucoup de lieux beaux, saisissants, gloire à Dieu, le grand Créateur a créé ainsi la nature. Et très souvent les païens voyaient derrière cette beauté le Très-Haut. Et, bien sûr, c'est juste. En effet, dans toute cette beauté se révèle le Très-Haut, comme Il se révèle dans une fleur, comme Il se révèle dans les hautes montagnes et les chutes d'eau. Mais exactement de la même manière Il se révèle aussi dans la sauterelle, et dans la fourmi, et dans la structure de l'intestin du singe. Il se trouve ainsi que la beauté de la nature, ces vues à couper le souffle, on peut par erreur les percevoir comme la sainteté et commencer à adorer justement là. Cela est arrivé très souvent. Très souvent quelque arbre ancien et beau, ou un haut rocher qui par son aspect rappelle quelque chose, ou quelque lieu d'où s'ouvre une vue saisissante, belle, devenait un lieu d'adoration. De cette façon l'homme désignait pour lui-même quelque lieu comme saint, le consacrait à ses dieux. Et ici le SEIGNEUR dit : « Ne te choisis pas un lieu sur la base de quelques principes esthétiques ».

Nous nous trouvons, je le rappelle, dans la section hebdomadaire R'é (regarde). Regarder et voir Dieu derrière la beauté, derrière la structure complexe de quelque chose qui, peut-être, ne nous semble pas digne et beau – c'est juste, c'est la révélation du Très-Haut dans la beauté. Mais nous ne pouvons pas rendre ce lieu saint. On peut voir de belles idoles, de beaux édifices, de belles œuvres d'art qui sont consacrées aux dieux païens, cela aussi est lié à la vue. Et cela peut créer chez nous l'illusion que voilà, cette beauté, c'est elle qui est le saint. En effet, les païens s'efforçaient souvent de faire pour leurs dieux d'authentiques œuvres d'art. L'homme qui croyait en eux s'efforçait de ne pas offrir aux dieux du travail bâclé. Et même si nous ne croyons pas en eux, nous pouvons nous laisser prendre à cette beauté, notre vue peut nous tromper. C'est pourquoi c'est justement la section hebdomadaire R'é qui nous en avertit, en commençant par la nature, dont nous pouvons faire un objet d'adoration, en disant : « Bon, c'est un bel endroit, il ne peut pas ne pas être saint ! » On peut se tromper ainsi. On peut dire : « Ils adoraient ici un dieu qui n'était pas le bon, mais le lieu lui-même, il est saint, c'est (comme on a coutume de dire aujourd'hui) un lieu de force, un lieu de sainteté ». Et c'est une illusion optique de la vue, en commençant par la nature, comme nous l'avons dit, et en finissant par les œuvres d'art des maîtres anciens, tout ce qui est consacré aux idoles, que cela nous paraisse esthétique ou non. C'est pourquoi, à la suite de l'indication d'effacer ces lieux, c'est-à-dire de les priver de cette sainteté apparente qui peut nous apparaître du fait que les païens y adoraient leurs dieux, il faut accomplir, en outre, aussi une action pratique, qui se répète de nouveau.

וְנִתַּצְתֶּם אֶת־מִזְבְּחֹתָם וְשִׁבַּרְתֶּם אֶת־מַצֵּבֹתָם וַאֲשֵׁרֵיהֶם תִּשְׂרְפוּן בָּאֵשׁ וּפְסִילֵי אֱלֹהֵיהֶם תְּגַדֵּעוּן וְאִבַּדְתֶּם אֶת־שְׁמָם מִן־הַמָּקוֹם הַהוּא׃

venittatstém et-mizbe'hotám vechibbartém et-mattsevotám va'acherehém tisrefoún ba'éch oufsilé elohehém tegaddeoún ve'ibbadtém et-chemám min-hammakóm hahoú

3 Détruisez leurs autels, et leurs stèles brisez-les, et tous leurs arbres saints brûlez-les au feu, et les statues de leurs dieux coupez-les à la racine, et vous effacerez leur nom de ces lieux.

C'est-à-dire que même le nom du dieu qu'on adorait en ce lieu, il faut l'effacer. Très souvent on nommait une ville ou un lieu d'adoration d'après le nom d'un dieu. Par exemple, en Russie il existe jusqu'à aujourd'hui la ville de Kostroma (d'après le nom d'un personnage mythologique, incarnation du printemps et de la fertilité). Toutes les représentations de la sainteté qui étaient sur cette terre, nous n'en héritons pas, nous héritons de la terre. Et quelque chose peut nous paraître beau – assurément, dans le pays d'Israël il y a des lieux très beaux avec une vue magnifique, il y a des lieux à la nature merveilleuse, où depuis les temps anciens on adorait quelques dieux. Mais nous ne devons pas nous tromper nous-mêmes, nous devons comprendre que tout cela est une illusion, que tout cela ne fait que nous sembler.

Au verset 4 nous lisons un ordre assez étrange :

לֹא־תַעֲשׂוּן כֵּן לַיהוָה אֱלֹהֵיכֶם׃

lo-ta'asoún ken ladonáy elohekhém

4 Ne faites pas ainsi pour le SEIGNEUR, votre Dieu.

Qu'est-ce que cela signifie ? À qui peut-il sembler que certains autels consacrés à notre Dieu, nous pouvons les détruire ? Il y a une telle compréhension : la loi dit que quiconque retire une pierre d'un autel consacré à Dieu transgresse ce commandement. Mais il y a aussi une autre compréhension de ce commandement. Nous ne devons pas dire : « Quel lieu magnifique, comme se révèle ici la sainteté du Créateur ! Dressons ici un autel au SEIGNEUR, notre Dieu. Voyez quel beau lieu Il a créé ! Choisissons nous-mêmes un lieu pour l'adoration de Dieu, selon quelques critères esthétiques à nous – qu'ils soient différents, et qu'à l'un paraissent esthétiques les sommets enneigés, et à un autre – les rochers de la mer Morte ». Mais ici Moché dit : « N'appliquez pas de tels critères pour le choix du lieu d'adoration du SEIGNEUR, votre Dieu ».

כִּי אִם־אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם מִכָּל־שִׁבְטֵיכֶם לָשׂוּם אֶת־שְׁמוֹ שָׁם לְשִׁכְנוֹ תִדְרְשׁוּ וּבָאתָ שָׁמָּה׃

ki im-el-hammakóm acher-yiv'hár adonáy elohekhém mikkol-chivtekhém lasoúm et-chemó cham lechikhnó tidrechoú ouváta cháma

5 Mais au lieu que choisira le SEIGNEUR, votre Dieu, parmi toutes les tribus, pour y faire demeurer Son nom, seulement à ce lieu adressez-vous, et venez là.

Nous ne pouvons pas dire, comme c'est la coutume aujourd'hui encore chez beaucoup de peuples : « Ici nous construirons un temple au SEIGNEUR, notre Dieu, nous choisirons un lieu plus beau ou nous choisirons quelque lieu d'accès facile, au carrefour central nous construirons un lieu d'adoration, sur la place principale de la ville nous construirons un lieu d'adoration ». Non. Le Très-Haut dit : « Là où Je choisirai », et Moché dit : « Là où Dieu choisira, là sera le lieu du Temple ». Le Très-Haut rend le lieu saint depuis le Ciel. Oui, dans la nature, sur la terre, il y aura un lieu saint, mais sa sanctification viendra des Cieux, et non de la terre. Ce n'est pas un concours du plus beau lieu, du lieu le plus élevé. Et le critère selon lequel il sera sanctifié sera un critère céleste, ce lieu, c'est le Très-Haut qui le choisira.

וַהֲבֵאתֶם שָׁמָּה עֹלֹתֵיכֶם וְזִבְחֵיכֶם וְאֵת מַעְשְׂרֹתֵיכֶם וְאֵת תְּרוּמַת יֶדְכֶם וְנִדְרֵיכֶם וְנִדְבֹתֵיכֶם וּבְכֹרֹת בְּקַרְכֶם וְצֹאנְכֶם׃

vahavetém cháma olotekhém veziv'hekhém ve'ét ma'serotekhém ve'ét teroumát yedkhém venidrekhém venidvotekhém ouvkhorót bekarkhém vetsonekhém

6 Et là vous apporterez vos holocaustes, et vos sacrifices, et vos dîmes, et l'élévation de vos mains, et vos vœux, et vos sacrifices volontaires, et les premiers-nés de votre gros bétail et de votre petit bétail.

וַאֲכַלְתֶּם־שָׁם לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם וּשְׂמַחְתֶּם בְּכֹל מִשְׁלַח יֶדְכֶם אַתֶּם וּבָתֵּיכֶם אֲשֶׁר בֵּרַכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ׃

va'akhaltem-chám lifné adonáy elohekhém ousma'htém bekhól michlá'h yedkhém attém ouvattekhém achér berakhekhá adonáy elohekha

7 Et là vous mangerez devant le SEIGNEUR, votre Dieu, et vous vous réjouirez de toute œuvre de vos mains, vous et vos maisons, comme t'a béni le SEIGNEUR, ton Dieu.

Au verset 8 nous lisons quelque chose d'encore plus étonnant :

לֹא תַעֲשׂוּן כְּכֹל אֲשֶׁר אֲנַחְנוּ עֹשִׂים פֹּה הַיּוֹם אִישׁ כָּל־הַיָּשָׁר בְּעֵינָיו׃

lo ta'assoún kekhól achér aná'hnou ossím po hayom ich kol-hayachár be'enáv

8 Ne faites pas selon tout ce que nous faisons aujourd'hui, chaque homme comme cela est juste à ses yeux.

C'est-à-dire, quand vous viendrez dans le pays d'Israël, ne faites pas comme nous faisons aujourd'hui. On peut comprendre que Moché dit ici qu'à son époque, à l'époque dont il parle, chacun agissait comme il était juste à ses yeux. Mais cela contredit le livre de Vayikra, dans lequel il est écrit qu'il faut apporter les sacrifices seulement à la Tente d'assignation et qu'on ne peut pas apporter de sacrifices en dehors d'elle. Comment donc Moché dit-il ici une telle chose ? Et Moché semble dire qu'ici, maintenant, il est juste de faire cela, et que là-bas, dans le pays d'Israël, ce ne sera pas juste. Comment peut-on comprendre cela ?

Beaucoup de commentateurs ont proposé différentes manières de comprendre. Je suis enclin à penser, enclin à être d'accord avec ceux qui disent que, lorsque les tribus ont reçu leurs parts d'héritage au-delà du Jourdain, alors, pour s'y affermir, elles y ont construit des autels à Dieu. Ces autels affermissaient leur possession de cette terre. Tant que le peuple ne possédait pas la terre entièrement, on pouvait dresser des autels en dehors du sanctuaire. L'époque des juges peut aussi en être la confirmation : dans tout le livre de Choftim nous lisons que, malgré l'interdiction, on apporte à tout bout de champ des sacrifices sur les hauts lieux. Très, très longtemps, jusqu'au règne de 'Hizkiyahou et de Yochiyahou, nous lisons que personne ne pouvait extirper ces hauts lieux. Plus encore, nous lisons que le prophète Éliyahou, quand il dispute avec les prophètes de Ba'al, dresse un autel sur le mont Carmel, pratiquement sur un haut lieu. Et le Très-Haut répond à sa prière. Après que l'Ange vient chez Manoa'h et sa femme pour annoncer la naissance de Chimchon, Manoa'h aussi organise un sacrifice sur un autel en dehors du sanctuaire.

Comment peut-on comprendre cela ? Lisons de nouveau le verset 5, dans lequel il est écrit que le SEIGNEUR choisira un lieu parmi toutes vos tribus pour y faire demeurer Son nom. Très probablement, il existait une telle interprétation : tant que toutes les tribus ne sont pas unies en un seul État, on peut apporter des sacrifices sur les hauts lieux. Si nous avions demandé à un représentant de la tribu de Naftali ou de Gad : « Vous n'avez donc pas lu le livre de Dévarim, comment pouvez-vous faire cela ? Voici, Dévarim 12,8 dit de ne pas agir ainsi », alors, très probablement, ils nous auraient répondu que c'est parmi toutes les tribus d'Israël. Une telle interprétation du livre de Dévarim est-elle vraiment juste, et pouvait-on agir ainsi ? Très probablement, une telle interprétation du livre de Dévarim est fausse. Mais quand un homme fait quelque chose de faux, il ne dit pas toujours : « Maintenant je vais mal faire, maintenant je vais faire le mal, je vais transgresser ». En fin de compte, son but, c'est d'apporter un sacrifice au Très-Haut. Simplement, il lui est difficile d'aller à Jérusalem, parfois il n'est pas commode d'aller à Jérusalem, et alors se trouve, naît justement une telle explication. Nous savons, nous lisons cela constamment et dans le livre de Choftim, et dans les livres de Mélakhim, que de tel ou tel roi il est dit qu'il faisait ce qui est droit aux yeux de Dieu, mais ne pouvait pas détruire les hauts lieux. C'est une question très complexe, douloureuse pour le peuple. Devant le prophète Éliyahou se tenait un choix : détruire le culte de Ba'al et par là, peut-être, donner un argument pour la défense de ceux qui apportent des sacrifices sur les hauts lieux, ou cesser de lutter contre le culte de Ba'al. Éliyahou a choisi de construire un autel sur un haut lieu et d'y apporter un sacrifice, pour anéantir les prophètes de Ba'al, pour anéantir le culte de Ba'al. C'est une question complexe de choix.

Le reproche ne conduit pas toujours à la correction. Nous savons que le roi 'Hizkiyahou a enfin détruit ces autels. Les archéologues trouvent en divers endroits des autels qui sont recouverts de pierres par-dessus, de telle sorte qu'il était déjà impossible d'y apporter des sacrifices. Très probablement, c'est l'œuvre de 'Hizkiyahou. Et cela montre que les autels eux-mêmes étaient considérés comme saints, on ne pouvait pas simplement les prendre et les détruire. Il les a ensevelis, couverts par-dessus, mais ne les a pas détruits, parce qu'aux yeux du peuple ils étaient perçus comme une chose sainte. Plus tard, nous lisons (2 Divreï haYamim 32,10–12) comment San'hériv, roi d'Achour, persuade les habitants de Jérusalem de se rendre : « Ainsi parle San'hériv : “Sur quoi vous fiez-vous, pour rester dans la forteresse à Yérouchalayim ? Car 'Hizkiyahou vous incite, afin de vous livrer à la mort par la faim et la soif, en disant : Le SEIGNEUR, notre Dieu, nous sauvera de la main du roi d'Achour. Car c'est lui, 'Hizkiyahou, qui a aboli les lieux élevés et Ses autels et a déclaré à la Judée et à Yérouchalayim, en disant : Devant un seul autel prosternez-vous et sur lui faites les encensements” ». Chez San'hériv, très probablement, le renseignement fonctionnait bien, et il comprenait qu'il y avait dans le peuple de l'indignation à cause de ce qu'avait fait 'Hizkiyahou. Le peuple avait peur de ce que 'Hizkiyahou avait détruit, aboli les lieux élevés et les autels du SEIGNEUR. Pour le peuple, accomplir ce commandement était très difficile. Et San'hériv utilise cela comme argument : après une telle action du roi, le SEIGNEUR ne protégera pas le peuple. Mais San'hériv, malgré un renseignement bien organisé, n'avait pas lu le chapitre 12 du livre de Dévarim.

Nous voyons ici l'exemple d'un commandement qui n'a pas été observé par le peuple d'Israël pendant de nombreux siècles. Et Moché explique plus loin pourquoi pour l'instant, peut-être pendant ces cinq mois depuis le moment de la conquête des terres en Transjordanie jusqu'à l'entrée dans le pays, pourquoi pour l'instant cela est permis.

כִּי לֹא־בָּאתֶם עַד־עָתָּה אֶל־הַמְּנוּחָה וְאֶל־הַנַּחֲלָה אֲשֶׁר־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ׃

ki lo-vatém ad-átta el-hammenou'há ve'el-hanna'halá acher-adonáy elohékha notén lakh

9 Car jusqu'à présent vous n'êtes pas parvenus au repos et à l'héritage que le SEIGNEUR, ton Dieu, te donne.

C'est-à-dire que Moché dit : « Maintenant, tant que vous n'êtes pas encore entrés dans la terre, on peut provisoirement faire ainsi, mais ensuite ce ne sera plus permis ». Et nous voyons qu'ensuite, pendant de nombreux siècles, six à huit siècles, cette prescription n'a pas été observée par le peuple d'Israël. Nous voyons qu'il était difficile de lutter contre cette non-observance.

וַעֲבַרְתֶּם אֶת־הַיַּרְדֵּן וִישַׁבְתֶּם בָּאָרֶץ אֲשֶׁר־יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם מַנְחִיל אֶתְכֶם וְהֵנִיחַ לָכֶם מִכָּל־אֹיְבֵיכֶם מִסָּבִיב וִישַׁבְתֶּם־בֶּטַח׃

va'avartém et-hayardén vichavtém ba'árets acher-adonáy elohekhém man'híl etkhém veheníya'h lakhém mikkol-oyevekhém missavív vichavtem-béta'h

10 Et vous passerez le Jourdain, et vous habiterez dans le pays où vous conduit le SEIGNEUR, votre Dieu, et Il vous donnera le repos de tous les ennemis qui vous entourent, et vous habiterez en sécurité.

וְהָיָה הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם בּוֹ לְשַׁכֵּן שְׁמוֹ שָׁם שָׁמָּה תָבִיאוּ אֵת כָּל־אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם עוֹלֹתֵיכֶם וְזִבְחֵיכֶם מַעְשְׂרֹתֵיכֶם וּתְרֻמַת יֶדְכֶם וְכֹל מִבְחַר נִדְרֵיכֶם אֲשֶׁר תִּדְּרוּ לַיהוָה׃

vehayá hammakóm acher-yiv'hár adonáy elohekhém bo lechakkén chemó cham chámma tavíou et kol-achér anokhí metsavvé etkhém olotekhém viziv'hekhém ma'serotekhém outroumát yedkhém vekhól miv'hár nidrekhém achér tidderoú ladonáy

11 Et il arrivera que le lieu que choisira le SEIGNEUR pour que Son nom y habite, là vous apporterez tout ce que je vous commande : vos holocaustes et vos sacrifices, vos dîmes et les élévations de vos mains, et tous vos vœux de toute sorte, par lesquels vous jurerez au SEIGNEUR.

וּשְׂמַחְתֶּם לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם אַתֶּם וּבְנֵיכֶם וּבְנֹתֵיכֶם וְעַבְדֵיכֶם וְאַמְהֹתֵיכֶם וְהַלֵּוִי אֲשֶׁר בְּשַׁעֲרֵיכֶם כִּי אֵין לוֹ חֵלֶק וְנַחֲלָה אִתְּכֶם׃

ousma'htém lifné adonáy elohekhém attém ouvnekhém ouvnotekhém ve'avdekhém ve'amhotekhém vehalleví achér becha'arekhém ki en lo 'hélek vena'halá ittekhém

12 Et vous vous réjouirez devant le SEIGNEUR, votre Dieu, vous et vos fils, et vos filles, et vos serviteurs, et vos servantes, et le lévite qui est dans vos portes, car il n'a pas de portion et de part d'héritage avec vous.

Vous viendrez et vous vous réjouirez. Et quand tu te réjouiras avec ta famille, n'oublie pas pour autant ton serviteur et ta servante, et n'oublie pas non plus le lévite qui est dans tes portes. Tu dois prendre soin non seulement de ta famille, mais aussi du lévite. Si tu veux te réjouir, réjouis aussi le lévite, que le lévite aussi se réjouisse avec toi.

הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן־תַּעֲלֶה עֹלֹתֶיךָ בְּכָל־מָקוֹם אֲשֶׁר תִּרְאֶה׃

hichámer lekhá pen-ta'alé olotékha bekhol-makóm achér tir'é

13 Prends garde de ne pas apporter tes holocaustes en tout lieu que tu verras.

כִּי אִם־בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר יְהוָה בְּאַחַד שְׁבָטֶיךָ שָׁם תַּעֲלֶה עֹלֹתֶיךָ וְשָׁם תַּעֲשֶׂה כֹּל אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּךָּ׃

ki im-bammakóm acher-yiv'hár adonáy be'a'hád chevatékha cham ta'alé olotékha vechám ta'assé kol achér anokhí metsavvékka

14 Mais dans le lieu que le SEIGNEUR a choisi dans l'une de tes tribus, là apporte ton holocauste et là fais tout ce que je te commande.

À quoi nous servent d'ajout les versets 13 et 14 ? Nous pouvons dire : « Bien, il y a des sacrifices dont celui qui les a apportés a le droit de manger une partie, par exemple le sacrifice de paix (chélamim). Quand nous apportons un sacrifice de paix, nous avons le droit d'en manger. Et alors il faut l'apporter à Jérusalem, pour le manger avec le kohen, avec la famille, avec le serviteur, avec la servante. Mais qu'en est-il des sacrifices dont nous ne mangeons rien ? Par exemple, l'holocauste. Le sacrifice d'holocauste – quelle différence, où je le “brûle en holocauste” ? Et ici, dans ces versets, la Torah ajoute : « Et en ce qui concerne l'holocauste – ne t'avise pas non plus de l'apporter où bon te semble, mais seulement dans le lieu que choisira le SEIGNEUR ».

Encore une situation, qui existait à l'époque où le peuple vivait dans le désert : toute viande qu'on abattait était abattue en tant que sacrifice. On ne pouvait pas simplement abattre un bélier ou un chevreau et le manger. L'homme qui voulait manger de la viande devait l'apporter comme sacrifice, comme chélamim, et seulement ensuite manger.

Mais maintenant, dans le pays d'Israël, quand le peuple s'établira de tous côtés et que, peut-être, certaines personnes vivront loin de Jérusalem, comment faire maintenant ? Et Moché donne une instruction aussi à ce sujet.

רַק בְּכָל־אַוַּת נַפְשְׁךָ תִּזְבַּח וְאָכַלְתָּ בָשָׂר כְּבִרְכַּת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֲשֶׁר נָתַן־לְךָ בְּכָל־שְׁעָרֶיךָ הַטָּמֵא וְהַטָּהוֹר יֹאכְלֶנּוּ כַּצְּבִי וְכָאַיָּל׃

rak bekhol-avvát nafchekhá tizbá'h ve'akhaltá vassár kevirkát adonáy elohékha achér natan-lekhá bekhol-che'arékha hattamé vehattahór yokhelénou kattseví vekha'ayál

15 Mais selon tout désir de ton âme abats du bétail, et tu mangeras de la viande selon la bénédiction du SEIGNEUR, ton Dieu, qu'Il t'a donnée, dans toutes tes portes ; le pur et l'impur la mangeront, comme on mange le cerf ou comme on mange la biche.

Le cerf et la biche – ce sont des espèces d'animaux qui ne sont pas offertes en sacrifice, elles ne sont pas élevées sur l'autel : manifestement, quand on attrapait un cerf ou une biche dans le désert, on les abattait et on les mangeait. Et les purs comme les impurs pouvaient les manger, tandis que la viande offerte en sacrifice chélamim, dont l'homme voulait manger, ne pouvait bien sûr être mangée que dans la pureté.

Maintenant Moché dit que, exactement de la même manière, on pourra manger toute viande. Il ne sera pas obligatoire d'apporter un sacrifice pour manger de la viande, on peut simplement abattre un bélier et le manger. Pour cela il n'est pas obligatoire de se purifier, le pur et l'impur peuvent la manger. Il y a une pleine liberté dans la consommation de viande, au nouvel endroit, dans le nouveau pays, bien entendu.

רַק הַדָּם לֹא תֹאכֵלוּ עַל־הָאָרֶץ תִּשְׁפְּכֶנּוּ כַּמָּיִם׃

rak haddám lo tokhélou al-ha'árets tichpekhénnou kammáyim

16 Seulement, ne mangez pas le sang, mais versez-le sur la terre comme de l'eau.

On ne doit pas manger de viande avec le sang, on ne doit pas manger le sang sous quelque forme que ce soit. Et avant de manger la viande d'un animal, il faut que son sang se soit écoulé hors de lui.

לֹא־תוּכַל לֶאֱכֹל בִּשְׁעָרֶיךָ מַעְשַׂר דְּגָנְךָ וְתִירֹשְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ וּבְכֹרֹת בְּקָרְךָ וְצֹאנֶךָ וְכָל־נְדָרֶיךָ אֲשֶׁר תִּדֹּר וְנִדְבֹתֶיךָ וּתְרוּמַת יָדֶךָ׃

lo-toukhál le'ekhól bich'arékha ma'sár deganekhá vetirochekhá veyitsharékha ouvkhorót bekarekhá vetsonékha vekhol-nedarékha achér tiddór venidvotékha outroumát yadékha

17 Et voici ce que tu ne pourras pas manger dans tes portes : la dîme de ton grain, et de ton raisin, et de ton huile, et des premiers-nés de ton gros bétail, et de ton petit bétail, et de tous les vœux par lesquels tu t'engageras par serment, et de tous les sacrifices volontaires, et des élévations de tes mains.

De nouveau une interdiction portant sur ce qui a quelque rapport avec le saint : la dîme, ou le sacrifice par vœu, ou le don offert volontairement. On aurait pu dire : « Si j'ai fait le vœu d'apporter un sacrifice, ou si j'ai moi-même décidé volontairement d'apporter un sacrifice, alors c'est moi qui choisirai aussi le lieu. Et qu'y a-t-il à dire ? C'est quand j'apporte par obligation un sacrifice pour le péché que je l'emporterai à Jérusalem. Mais quand j'ai fait un vœu ou quand j'ai décidé d'apporter simplement un sacrifice volontaire, je l'apporterai là où je le voudrai moi-même ». Ou bien : « Tout cela ne concerne que la viande, mais mes dîmes, le raisin, et le pain, et l'huile, je les mangerai ici ». Mais Moché dit : « Cela non plus n'est pas permis, tout sera seulement à Jérusalem ».

כִּי אִם־לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ תֹּאכְלֶנּוּ בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בּוֹ אַתָּה וּבִנְךָ וּבִתֶּךָ וְעַבְדְּךָ וַאֲמָתֶךָ וְהַלֵּוִי אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ וְשָׂמַחְתָּ לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּכֹל מִשְׁלַח יָדֶךָ׃

ki im-lifné adonáy elohékha tokhelénnou bammakóm achér yiv'hár adonáy elohékha bo attá ouvinkhá ouvittékha ve'avdekhá va'amatékha vehalleví achér bich'arékha vesama'htá lifné adonáy elohékha bekhól michlá'h yadékha

18 Mais seulement devant le SEIGNEUR, ton Dieu, tu mangeras cela, dans le lieu que choisira le SEIGNEUR, ton Dieu : toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur, et ta servante, et le lévite qui est dans tes portes ; seulement là vous mangerez cela. Et tu te réjouiras devant le SEIGNEUR, ton Dieu, de toute œuvre de tes mains.

Il s'agit ici, bien sûr, du second maasér (dîme), ce qu'on appelle le maasér chení, que, selon le commandement de la Torah, on met de côté pour faire la fête en famille à Jérusalem. C'est une sorte de cadeau que l'on se fait à soi-même.

Le SEIGNEUR dit, dit constamment : « Je bénirai l'œuvre de tes mains. L'œuvre de tes mains peut être : si tu es cultivateur – le blé, si tu es vigneron – le raisin, si tu cultives des oliviers – alors les olives et l'huile. Je bénirai l'œuvre de tes mains, et tu apporteras de ces fruits la dîme et la téroumá (élévation), et tu te réjouiras avec toute ta famille de toute œuvre de tes mains ».

הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן־תַּעֲזֹב אֶת־הַלֵּוִי כָּל־יָמֶיךָ עַל־אַדְמָתֶךָ׃

hichámer lekhá pen-ta'azóv et-halleví kol-yamékha al-admatékha

19 Garde-toi donc de délaisser le lévite, tous tes jours sur la terre.

Bien sûr, le serviteur et la servante, nous nous en souvenons, mais le lévite, on peut tout à fait l'oublier. Fais la fête toi-même, fais la fête en famille, reçois du Très-Haut la bénédiction de tes mains, mais n'oublie pas le lévite, qui te sert et qui est la part d'héritage du SEIGNEUR, ton Dieu.

Autant que l'âme le désire

Dévarim 12,20–13,1

Avec l'aide de Dieu, nous poursuivons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire R'é et nous lirons à partir du verset 20 du chapitre 12 du livre de Dévarim. Et à première vue, ce que nous allons lire répète pratiquement ce que nous avons lu au début de notre section hebdomadaire.

כִּי־יַרְחִיב יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת־גְּבוּלְךָ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר־לָךְ וְאָמַרְתָּ אֹכְלָה בָשָׂר כִּי־תְאַוֶּה נַפְשְׁךָ לֶאֱכֹל בָּשָׂר בְּכָל־אַוַּת נַפְשְׁךָ תֹּאכַל בָּשָׂר׃

ki-yar'hív adonáy elohékha et-gevoulekhá ka'achér dibber-lákh ve'amartá okhelá vassár ki-te'avvé nafchekhá le'ekhól bassár bekhol-avvát nafchekhá tokhál bassár

20 Quand le SEIGNEUR, ton Dieu, élargira tes frontières, comme Il te l'a promis, et que tu diras : « Tiens, je mangerais bien de la viande », parce que ton âme désirera de la viande, alors, autant que ton âme le désire, mange de la viande.

C'est-à-dire que lorsque ton pays grandira, et que les territoires seront de plus en plus nombreux, et que s'accompliront toutes les bénédictions du Très-Haut, alors il ne doit pas y avoir de raison particulière (non pas parce que c'est une fête ou que quelque chose est arrivé), mais simplement ton âme désirera de la viande. Et il semble que cela ressemble à ce que nous avons déjà lu au verset 15. Cela y ressemble tellement que Rabbi Chlomo Yits'haki (Rachi), l'un des commentateurs de la Torah les plus respectés, dit (dans le commentaire du verset 15) qu'ici, au verset 20, la Torah permet de manger de la viande sans l'apporter en sacrifice, tandis qu'au verset 15 la Torah parle d'une situation particulière, quand un homme a consacré au Très-Haut un agneau ou un chevreau, c'est-à-dire s'est dit, a décidé pour lui-même : « Cet agneau, ce chevreau, je l'apporterai en sacrifice quand, avec l'aide de Dieu, j'irai à Jérusalem ». Mais il est arrivé que cet agneau ou ce chevreau se soit cassé une petite patte ou ait reçu quelque autre infirmité, et on ne peut déjà plus l'apporter en sacrifice. Que faire alors de lui ? Selon l'avis de Rachi, la Torah, au verset 15, permet de le racheter et de manger sa viande, de mettre de côté une somme d'argent avec laquelle on achètera ensuite un autre agneau ou un autre chevreau à sa place, et la viande de cet agneau ou de ce chevreau, on peut la manger. Selon l'avis de Rachi, la Torah parle deux fois pour donner deux permissions différentes : au verset 20, elle permet simplement de manger de la viande, et au verset 15, elle le permet dans certains cas particuliers, mais ce n'est probablement plus le sens simple de la Torah. Et pourquoi donc la Torah nous répète-t-elle la même chose ? Parce que Moché parle de deux sujets différents.

Dans le premier cas, il parle des obligations du sacrifice uniquement dans le lieu choisi par le Très-Haut. C'est justement ce sujet-là qui y résonne, et au fil de la conversation il parle de la permission de manger de la viande. Ici, séparément, Moché dit qu'il est permis à l'homme de manger de la viande autant que son âme le désire, et au fil de la conversation il dira qu'il faut tout de même apporter les choses saintes au Temple ou à la Tente d'assignation, c'est-à-dire que la Torah parle de deux sujets différents. Pourquoi faut-il parler séparément de la permission de manger de la viande ? Quand a lieu le retour dans le pays d'Israël, et, comme nous le disons souvent, l'entrée dans le repos, et la réparation, et le retour à un nouveau niveau spirituel, quelqu'un peut penser que c'est un retour à la situation d'avant le Déluge et qu'on ne peut pas manger de viande. Quelqu'un peut dire : « De toute façon, il n'y a pas à manger de viande : si tu ne peux pas apporter de sacrifice, alors ne mange pas non plus de viande ». Quelqu'un peut penser que c'est une chose, en principe, cruelle, inhumaine, c'est-à-dire étrangère aux humains – manger de la viande. Comme vous le savez, aujourd'hui c'est devenu à la mode, ce genre de raisonnement.

Que dit la Torah de la nourriture ? Dès le tout premier moment où le Très-Haut a planté le Jardin (nous lisons cela au tout début du livre de Béréchit), Il donne à l'homme un commandement. On dit d'habitude que le Très-Haut lui a commandé : « Ne mange pas de cet arbre ». Ce n'est pas tout à fait ainsi. Le Très-Haut a commandé : « De tout arbre mange, seulement de cet arbre ne mange pas ». De tout arbre mange – c'est aussi une partie du commandement. Goûte à tout ce que J'ai fait dans ce monde, réjouis-toi de tous Mes travaux : comme une grand-mère se réjouit quand son petit-fils vient et mange tout ce qu'elle a préparé, ainsi se réjouit le Très-Haut en régalant l'homme (bien sûr, si cela ne se transforme pas en une dépendance qui asservit). Mais il y a en cela aussi une dimension spirituelle : ce que nous mangeons, que ce soit une banane, du cassis ou une pomme de terre, devient une partie de nous. Il n'y a rien de mal à être du cassis ou une pomme de terre, mais la pomme de terre qu'a mangée l'homme devient une partie de la chair de l'homme, une partie de l'énergie humaine, ce Divin qui se révèle à travers elle dans l'homme (nous avons déjà dit, vous et moi, dans le commentaire du verset 3 du chapitre 8, que ce n'est pas du pain en tant que tel que vit l'homme). Si l'homme, à l'aide de ce cassis, de cette pomme de terre ou, pour en venir à notre propos, à l'aide de la chair de ce mouton, peut servir le Très-Haut en en faisant sa propre chair, il se trouve que la chair du mouton s'élève à un niveau complètement nouveau – comme aussi dans le Jardin les fruits que mangeait l'homme devenaient l'homme et s'élevaient à un tout autre niveau. C'est l'approche juive classique de la nourriture.

Nous mangeons pour servir le Créateur, et nous servons le Créateur par ce que nous mangeons, par le fait que nous élevons notre nourriture à un autre niveau, y compris par cela aussi. C'est pourquoi la Torah dit ici séparément : « Il n'y a rien de mal à vouloir manger de la viande ». Plus encore, imaginons qu'autrefois un homme, un tout petit, tout petit bonhomme (pas encore tout à fait un bonhomme, encore seulement un embryon) vivait dans le sein de sa mère, grandissait peu à peu, grandissait, grandissait, et a grandi jusqu'à une taille telle qu'il a rempli de lui-même presque tout son monde. Il a tant mangé qu'il est devenu de la taille de son monde, de l'utérus de la femme dans lequel il se trouve. Et voici qu'il naît dans un monde nouveau, pour de nouvelles impressions, pour un nouveau service et, entre autres, pour une nouvelle nourriture. Sa tâche, comme la nôtre, est d'élever le monde entier au niveau de la sainteté, de rendre tout saint.

Chez le prophète Zkharya il est dit que le Temple, le lieu de la sainteté sur la terre, se répandra sur la terre. Une partie de ce service, c'est la nourriture que nous mangeons pour le service du Très-Haut. Cela ne réussit pas toujours ainsi, il faut être un juste absolu pour que cela serve uniquement au service, mais la Torah parle ici de cela. Que se passe-t-il quand nous ne pouvons pas manger précisément pour le service, quand cela ne réussit pas, quand je sais que de tout ce que je mangerai, seulement dix ou cinq pour cent iront au service du Très-Haut ? Il y a encore la bénédiction. C'est pourquoi il est dit (8,10) : « Et tu mangeras, et tu te rassasieras, et tu béniras… ». Et tu mangeras, et tu te rassasieras – c'est ton droit, ta décision, et tu béniras – c'est un commandement. Après avoir mangé, nous bénissons le Très-Haut, et c'est aussi une forme de service.

כִּי־יִרְחַק מִמְּךָ הַמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לָשׂוּם שְׁמוֹ שָׁם וְזָבַחְתָּ מִבְּקָרְךָ וּמִצֹּאנְךָ אֲשֶׁר נָתַן יְהוָה לְךָ כַּאֲשֶׁר צִוִּיתִךָ וְאָכַלְתָּ בִּשְׁעָרֶיךָ בְּכֹל אַוַּת נַפְשֶׁךָ׃

ki-yir'hák mimmekhá hammakóm achér yiv'hár adonáy elohékha lassoúm chemó cham vezava'htá mibbekarekhá oumittsonekhá achér natán adonáy lekhá ka'achér tsivvitíkha ve'akhaltá bich'arékha bekhól avvát nafchékha

21 Si le lieu que choisira le SEIGNEUR, ton Dieu, pour y faire résider Son Nom est loin de toi, alors égorge de ton gros et de ton petit bétail, que Dieu t'a donné, comme je te l'ai commandé, et mange dans tes portes autant qu'il plaît à ton âme.

Malgré tout ce que nous avons dit sur la nourriture et son importance, il ne faut pas la considérer comme un sacrifice. C'est ce que nous lisons au verset 22 :

אַךְ כַּאֲשֶׁר יֵאָכֵל אֶת־הַצְּבִי וְאֶת־הָאַיָּל כֵּן תֹּאכְלֶנּוּ הַטָּמֵא וְהַטָּהוֹר יַחְדָּו יֹאכְלֶנּוּ׃

akh ka'achér ye'akhél et-hattseví ve'et-ha'ayál ken tokhelénou hattamé vehattahór ya'hdáv yokhelénou

22 Mais comme on mange le cerf ou la biche, ainsi mange cette viande ; le pur et l'impur peuvent ensemble manger cette viande.

Le mot ha'ayál peut aussi se traduire par chamois (eh bien, je ne suis pas fort en zoologie). Une erreur est très répandue parmi les gens, cette compréhension selon laquelle il est interdit d'être impur. On me pose souvent la question : « Que doit faire un homme qui est devenu impur ? Par exemple, il a aidé à l'inhumation d'un mort, il a touché quelque chose d'impur ». Une femme après l'accouchement, bien qu'elle ait servi le Très-Haut, qu'elle ait participé à l'accomplissement d'un commandement, devient impure, ou, comme nous l'avons dit, un homme qui a participé à l'inhumation d'un mort devient impur. Et la réponse : ce n'est pas un péché d'être rituellement impur. Il y a une différence entre l'impureté rituelle et le péché. Il n'y a aucun péché à être impur, et parfois l'accomplissement d'un commandement exige que l'homme devienne impur. Et ici nous lisons que les purs et les impurs peuvent manger ensemble, là où ils habitent, ils peuvent manger ensemble la viande d'un seul agneau. Quand le péché apparaît-il ? Quand l'homme, dans l'état de cette impureté rituelle, va au Temple, voilà alors il y a un problème. Et si, tant qu'il ne s'est pas purifié, il veut partager un repas avec un homme pur, ou, au contraire, si un homme pur veut partager un repas avec quelqu'un, il ne doit pas attendre sa purification. Ils mangent simplement ensemble. Je répète que ce n'est pas un péché d'être rituellement impur. Il faut bien s'en souvenir.

רַק חֲזַק לְבִלְתִּי אֲכֹל הַדָּם כִּי הַדָּם הוּא הַנָּפֶשׁ וְלֹא־תֹאכַל הַנֶּפֶשׁ עִם־הַבָּשָׂר׃

rak 'hazák leviltí akhól haddám ki haddám hou hannáfech velo-tokhál hannéfech im-habbassár

23 Seulement, veille attentivement (efforce-toi fortement) à ne pas manger le sang, car le sang – c'est l'âme (la force vitale), ne mange pas la force vitale avec la viande.

Il semblerait que, si nous regardons le sang, le sang est tout à fait matériel. Il possède un poids, une consistance, une couleur, si bien que de tous côtés le sang est une substance matérielle. Comment donc la Torah dit-elle que le sang, c'est la force vitale ou c'est l'âme ? L'interdiction elle-même est compréhensible, mais la raison de l'interdiction est difficile à comprendre, et il y a à ce sujet beaucoup de commentaires.

Maïmonide (Rambam), un commentateur réaliste, qui dans tous les cas s'efforce de se contenter d'un minimum de mystique, dit ici que le sang était utilisé par les païens. Ils croyaient que c'était la force vitale, ils croyaient que, lorsqu'ils buvaient le sang, ils prenaient la force des démons, et c'est pourquoi la Torah interdit l'utilisation du sang.

Nahmanide (Moché ben Na'hman, Ramban) – justement un homme qui cherche davantage à recourir à la mystique pour les explications, dit que le cœur, comme nous le savons, est le centre de la pensée de l'homme, du point de vue de la Torah. Le cœur peut être sage, l'homme a pensé dans son cœur, a projeté dans son cœur, a dit à son cœur ou a dit dans son cœur. Le cœur est le centre de la pensée de l'homme, le centre de ses qualités d'âme, et, comme nous le voyons d'après l'anatomie de l'homme, le cœur dirige le mouvement du sang. Le cœur est une pompe qui pompe le sang à travers l'organisme, qui donne (dans cette clé de compréhension) les forces vitales et les forces de l'âme à tout l'organisme. C'est-à-dire que le cœur est le réceptacle de l'âme, et c'est pourquoi la chair même du cœur, on peut la manger, tandis que le sang, qui est le porteur de l'âme, à cet égard, on ne peut pas le manger. Il y a encore beaucoup d'explications différentes, et, comme c'est toujours le cas quand nous voyons beaucoup d'explications différentes, cela montre qu'il n'y a pas de réponse univoque. Il n'y a pas de possibilité de comprendre de manière univoque ce que signifie la phrase : « Le sang, c'est l'âme ». Et, bien sûr, je sais qu'apparaîtront des gens qui viendront et diront : « Mais nous, nous savons avec certitude », et qui exposeront l'enseignement de telle ou telle dénomination. Mais nous lisons la Torah, nous essayons de la comprendre, et les enseignements des dénominations nous sont connus. Ainsi donc, seulement ne mangez pas le sang, car dans le sang il y a la force vitale ou l'âme (néfech). Efforce-toi, efforce-toi de ne pas manger le sang.

לֹא תֹּאכְלֶנּוּ עַל־הָאָרֶץ תִּשְׁפְּכֶנּוּ כַּמָּיִם׃

lo tokhelénou al-ha'árets tichpekhénou kammáyim

24 Ne le mangez pas, mais versez-le sur la terre comme de l'eau.

לֹא תֹּאכְלֶנּוּ לְמַעַן יִיטַב לְךָ וּלְבָנֶיךָ אַחֲרֶיךָ כִּי־תַעֲשֶׂה הַיָּשָׁר בְּעֵינֵי יְהוָה׃

lo tokhelénou lemá'an yitáv lekhá oulvanékha a'harékha ki-ta'assé hayachár be'ené adonáy

25 Ne le mangez pas, afin que ce soit bien pour toi et pour tes fils après toi, car tu feras ce qui est droit aux yeux du SEIGNEUR.

רַק קָדָשֶׁיךָ אֲשֶׁר־יִהְיוּ לְךָ וּנְדָרֶיךָ תִּשָּׂא וּבָאתָ אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר יְהוָה׃

rak kadachékha acher-yihyoúLa translittération russe écrit ici un g au lieu d'un h. La translittération française suit l'hébreu : yihyoú. lekhá oundarékha tissá ouváta el-hammakóm acher-yiv'hár adonáy

26 Seulement tes choses saintes, qui seront à toi, et tes vœux, accomplis-les, et pour cela tu viendras au lieu que choisira le SEIGNEUR.

Comme nous l'avons dit, la Torah parle de la nourriture ordinaire, quotidienne, et ce n'est qu'en passant qu'elle dit que les choses saintes doivent être apportées au lieu saint, au lieu que choisira le SEIGNEUR.

וְעָשִׂיתָ עֹלֹתֶיךָ הַבָּשָׂר וְהַדָּם עַל־מִזְבַּח יְהוָה אֱלֹהֶיךָ וְדַם־זְבָחֶיךָ יִשָּׁפֵךְ עַל־מִזְבַּח יְהוָה אֱלֹהֶיךָ וְהַבָּשָׂר תֹּאכֵל׃

ve'assíta olotékha habbassár vehaddám al-mizbá'h adonáy elohékha vedam-zeva'hékha yichafékh al-mizbá'h adonay elohekha vehabbassar tokhelÀ la fin de la ligne, la translittération russe n'a pas d'accents toniques et écrit deux mots avec un g au lieu d'un h. Nous suivons l'hébreu (elohekha, vehabbassar) et laissons ces mots sans accents, comme l'original.

27 Et là tu feras tes holocaustes, la viande et le sang sur l'autel du SEIGNEUR, ton Dieu, et le sang de ton sacrifice (autre) se répandra sur l'autel du SEIGNEUR, ton Dieu, et la viande, tu la mangeras.

Pourquoi cela ? Parce que l'âme est dans le sang, et elle accomplit l'expiation pour l'âme. Toutes les subtilités de cela, nous les avons examinées quand nous lisions le livre de Vayikra.

שְׁמֹר וְשָׁמַעְתָּ אֵת כָּל־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּךָּ לְמַעַן יִיטַב לְךָ וּלְבָנֶיךָ אַחֲרֶיךָ עַד־עוֹלָם כִּי תַעֲשֶׂה הַטּוֹב וְהַיָּשָׁר בְּעֵינֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ׃

chemór vechama'tá et kol-haddevarím ha'élle achér anokhí metsavvékka lemá'an yitáv lekhá oulvanékha a'harékha ad-olám ki ta'assé hattóv vehayachár be'ené adonay elohékha

28 Prends garde et écoute toutes ces paroles que je te commande, afin que ce soit bien pour toi et pour tes fils après toi jusqu'à la fin des temps, car tu feras ce qui est bon et droit aux yeux du SEIGNEUR, ton Dieu.

Toutes ces paroles – c'est tout ce que nous avons lu depuis le tout début du chapitre : se débarrasser des lieux qui étaient considérés comme saints chez les païens, apporter les sacrifices au lieu que choisira le Très-Haut, la consommation de la viande et le renoncement au sang. Toutes ces choses, il faut les écouter attentivement, afin que ce soit bien, car, en accomplissant cela, nous ferons ce qui est droit aux yeux du Très-Haut.

À partir du verset 29 commence un thème un peu nouveau, lui aussi très important.

כִּי־יַכְרִית יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֶת־הַגּוֹיִם אֲשֶׁר אַתָּה בָא־שָׁמָּה לָרֶשֶׁת אוֹתָם מִפָּנֶיךָ וְיָרַשְׁתָּ אֹתָם וְיָשַׁבְתָּ בְּאַרְצָם׃

ki-yakhrít adonáy elohékha et-haggoyím achér attá va-chámma laréchet otám mippanékha veyarachtá otám veyachavtá be'artsám

29 Quand le SEIGNEUR, ton Dieu, anéantira les peuples là où tu arrives, pour les chasser de devant toi, et que tu prendras possession de leur pays et habiteras dans leur pays,

הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן־תִּנָּקֵשׁ אַחֲרֵיהֶם אַחֲרֵי הִשָּׁמְדָם מִפָּנֶיךָ וּפֶן־תִּדְרֹשׁ לֵאלֹהֵיהֶם לֵאמֹר אֵיכָה יַעַבְדוּ הַגּוֹיִם הָאֵלֶּה אֶת־אֱלֹהֵיהֶם וְאֶעֱשֶׂה־כֵּן גַּם־אָנִי׃

híchámerLa translittération russe commence ici par un g au lieu d'un h. Nous suivons l'hébreu et reprenons les deux accents de ce mot tels quels. lekhá pen-tinnakéch a'harehém a'haré hichamedám mippanékha oufen-tidróch lelohehém lemór ekhá ya'avdoú haggoyím ha'élle et-elohehém ve'e'esse-kén gam-áni

30 Garde-toi de tomber dans leur piège à leur suite, après qu'ils auront été anéantis devant toi, afin que tu ne te tournes pas vers leurs dieux, en disant : « Comme ces païens servaient leurs dieux, ainsi moi aussi je ferai ».

Parfois, quand nous arrivons dans un pays, nous pouvons regarder comment on y pratique l'agriculture, comment on s'y prépare à l'hiver, comment on y fait encore autre chose. Je peux regarder les païens et dire : « Comme ils faisaient, ainsi ferai-je moi aussi ».

On connaît l'histoire (2 Mélakhim 17,24–28) des gens de Babylone et d'autres villes conquises, que le roi d'Assyrie déplaça dans le pays d'Israël, en Samarie, et là les lions se mirent à les mordre. Les lions les mordaient, les mordaient, jusqu'à ce que soit envoyé un prêtre qui leur enseigna les règles de ce pays. C'est-à-dire que chez les habitants de Samarie surgit la pensée : « Quand quelque chose ne nous réussit pas dans ce pays, nous pouvons étudier les règles de ce pays ». Dans notre cas, ils étudiaient les règles du Dieu d'Israël, mais la pensée elle-même est une pensée propre aux païens : « Chaque pays a ses lois, et je vivrai selon ces lois ». On peut se laisser prendre au piège et adopter les lois de ces peuples qui vivaient ici avant nous. Et Moché met en garde contre une telle imitation.

לֹא־תַעֲשֶׂה כֵן לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ כִּי כָּל־תּוֹעֲבַת יְהוָה אֲשֶׁר שָׂנֵא עָשׂוּ לֵאלֹהֵיהֶם כִּי גַם אֶת־בְּנֵיהֶם וְאֶת־בְּנֹתֵיהֶם יִשְׂרְפוּ בָאֵשׁ לֵאלֹהֵיהֶם׃

lo-ta'assé khen ladonáy elohékha ki khol-to'avát adonáy achér sané assoú lelohehém ki gam et-benehém ve'et-benotehém yisrefoú va'éch lelohehém

31 Ne fais pas ainsi au SEIGNEUR, ton Dieu, car toutes les abominations qu'Il hait, ils les faisaient à leurs dieux, car et leurs fils, et leurs filles, ils les brûlaient au feu pour leurs dieux.

Il est question ici de la terrible tradition de sacrifier des enfants au dieu Molekh, quand les enfants étaient, au sens littéral, brûlés, comme le disent certains, ou, selon une autre opinion, qu'on les faisait passer par le feu. Pourquoi Moché met-il ici particulièrement en garde précisément contre cette coutume, et pourquoi la Torah parle-t-elle à plusieurs reprises précisément de Molekh, précisément contre cette croyance ? Parce que la représentation de Molekh, c'est la représentation d'un dieu méchant, auquel il faut obligatoirement sacrifier quelque chose, il faut obligatoirement donner quelque chose, qui vient pour faire périr, et dont il faut se racheter. Ne pensez jamais que le Dieu d'Israël cherche comment vous tuer, comment vous anéantir, comment vous prendre en défaut, et que, pour qu'Il ne vous cherche pas querelle, il faut donner l'un des fils, il faut donner l'un des siens, il faut sacrifier quelqu'un. C'est de cela qu'il est question ici, en cela n'imitez jamais les païens.

Ici se termine le chapitre 12 et commence le chapitre 13, mais la division du texte massorétique ne se termine pas là. Et le premier verset du chapitre 13 se rapporte à ce que nous lisons.

אֵת כָּל־הַדָּבָר אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוֶּה אֶתְכֶם אֹתוֹ תִשְׁמְרוּ לַעֲשׂוֹת לֹא־תֹסֵף עָלָיו וְלֹא תִגְרַע מִמֶּנּוּ׃

et kol-haddavár achér anokhí metsavvé etkhém otó tichmeroú la'asót lo-tosséf aláv veló tigrá mimménnou

1 Toutes ces paroles que je vous ai commandées, prenez garde à les observer, n'y ajoutez pas et n'en retranchez pas.

De nouveau, nous parlons ici de certaines permissions et autorisations. Quelqu'un peut dire : « Le SEIGNEUR a ordonné de détruire toutes les idoles, mais Il n'a rien dit d'un si bel édifice, d'une si belle fresque ou d'une telle image dorée, précieuse, d'une quelconque autre image idolâtre ». Quelqu'un peut dire : « Le SEIGNEUR a permis la viande, mais Il l'a permise deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, et ne l'a pas permise certains autres jours ». Il ne faut pas ajouter à ce qui est dit, et il ne convient pas de dire : « Tu es obligé de manger de la viande. Puisque c'est un bien de manger de la viande, alors tu es obligé de manger de la viande ».

Le Très-Haut établit une certaine norme. N'essayez pas d'être plus bienveillants que le Très-Haut ou plus méchants que le Très-Haut. N'appelez pas immoral ce que le Très-Haut a appelé moral, n'appelez pas moral ce que le Très-Haut a appelé immoral, tenez-vous-en à Ses critères. Exactement comme vous suivez le lieu qu'Il a choisi, suivez aussi les normes d'éthique qu'Il a choisies, n'y ajoutez pas et n'en retranchez pas, ne soyez pas plus justes que le Très-Haut.

Discours dangereux

Dévarim 13,2–19

Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire R'é et nous lirons à partir du verset 2 du chapitre 13 du livre de Dévarim.

Dans le chapitre précédent, Moché a mis en garde le peuple d'Israël de ne pas emprunter aux peuples qui vivaient en Canaan avant les Israélites l'image d'un dieu méchant qui ne cherche qu'à les faire périr. Et de ne pas emprunter, à la suite de cela, la manière d'adorer ce dieu, quand, pour que le dieu ne fasse pas périr, il faut faire passer les enfants par le feu, quand il faut obligatoirement sacrifier quelqu'un pour que le dieu cesse de chercher notre perte. Après cela, Moché continue à mettre en garde contre la possibilité de glisser vers l'idolâtrie.

כִּי־יָקוּם בְּקִרְבְּךָ נָבִיא אוֹ חֹלֵם חֲלוֹם וְנָתַן אֵלֶיךָ אוֹת אוֹ מוֹפֵת׃

ki-yakoúm bekirbekhá naví o 'holém 'halóm venatán elékha ot o mofét

2 Si se lève du milieu de toi un prophète ou un rêveur, et qu'il t'a donné un signe céleste ou un miracle sur la terre,

C'est-à-dire non pas un païen, non pas un étranger venu de pays lointains, non pas un homme qui a grandi dans l'idolâtrie, mais quelqu'un qui soudain se lève du milieu de toi, et tu peux dire : « Mais il est chair de ma chair, sang de mon sang, un Israélite ».

וּבָא הָאוֹת וְהַמּוֹפֵת אֲשֶׁר־דִּבֶּר אֵלֶיךָ לֵאמֹר נֵלְכָה אַחֲרֵי אֱלֹהִים אֲחֵרִים אֲשֶׁר לֹא־יְדַעְתָּם וְנָעָבְדֵם׃

ouvá haót vehammofét acher-dibbér elékha lemór nelekhá a'haré elohím a'herím achér lo-yeda'tám vena'ovdém

3 Et ce miracle ou ce signe dont il t'avait parlé est arrivé, pour te dire : « Allons à la suite d'autres dieux, que tu n'as pas connus, et servons-les », –

Voilà ce qui est arrivé. Quelqu'un est venu et a dit : « Si je suis prophète, qu'il y ait des perce-neige en décembre dans le Néguev ; si je suis prophète, qu'une comète passe dans les cieux », et supposons que tout cela soit arrivé.

Les commentateurs demandent : est-il question ici d'un faux prophète, d'un homme qui est simplement un affabulateur, qui a décidé de se faire passer pour un prophète, ou peut-être d'un homme malade mental, ou est-il question d'un homme qui se sert d'une prophétie entendue en cachette (car il n'y avait pas d'internet, il était impossible de « googler » la situation et de vérifier). C'est-à-dire que peut-être il a entendu d'un certain homme qui est réellement prophète parler d'un certain événement qui allait se produire, et il a compris qu'on pouvait en profiter. L'homme est venu et l'a fait passer pour sa propre prophétie. Ou bien, par exemple, comme le dit le commentateur Ména'hem Rékanati, qui vécut au XIIIe siècle : « Il y a des gens qui possèdent une hypersensibilité, ils sont réellement capables jusqu'à un certain degré de prédire l'avenir, et il leur semble réellement qu'une certaine force parle à travers eux ».

Pourquoi entendons-nous aujourd'hui de très nombreuses fausses prophéties ? Parce que l'homme attend la prophétie, il attend que Dieu parle à travers lui, et quand une certaine pensée lui vient à l'esprit, quand naît en lui une certaine idée ou un certain rêve, par exemple : « Ah, si tous les membres de notre communauté recevaient pour leurs dons trente fois plus », alors il prend ce rêve pour une prophétie, se laisse séduire par ses propres rêves et commence à faire passer ces prophéties pour venant « de là-bas ». Les nombreuses fausses prophéties que nous entendons ne viennent pas forcément de gens menteurs : la plupart des gens croient à leurs prophéties. Et voilà qu'en plus il est arrivé ce malheur que la prophétie est confirmée. L'homme a dit : « Il y aura des perce-neige dans le Néguev » – et il y a des perce-neige. L'homme a dit : « Une comète passera dans les cieux » – et une comète est passée, et nous ne savons pas s'il l'a entendu en cachette, s'il l'a lu dans les journaux ou s'il l'a appris encore d'une autre manière, mais la prophétie s'est accomplie.

Comment devons-nous agir ? Devons-nous l'écouter ? Et ici Moché dit : à quoi sert, au juste, ce qui t'est dit (lemór) par ce prophète ? Il t'a donné un signe ou un miracle pour te dire : « Allons à la suite d'autres dieux et servons-les ». Il a les signes d'un prophète, peut-être a-t-il la même barbe que Moché. Et lui aussi a quatre-vingts ans, comme Moché, et lui aussi parle peu et fait beaucoup. Il a beaucoup-beaucoup-beaucoup d'exemples d'après lesquels on peut dire que voilà, il est prophète, et en plus de tout cela il fait aussi des miracles et des signes, et ils s'accomplissent. Que faire donc dans un tel cas ?

לֹא תִשְׁמַע אֶל־דִּבְרֵי הַנָּבִיא הַהוּא אוֹ אֶל־חוֹלֵם הַחֲלוֹם הַהוּא כִּי מְנַסֶּה יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם אֶתְכֶם לָדַעַת הֲיִשְׁכֶם אֹהֲבִים אֶת־יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם בְּכָל־לְבַבְכֶם וּבְכָל־נַפְשְׁכֶם׃

lo tichmá el-divré hannaví hahoú o el-'holém ha'halóm hahoú ki menassé adonáy elohekhém etkhém ladá'at hayichkhém ohavím et-adonáy elohekhém bekhol-levavkhém ouvkhol-nafchekhém

4 N'écoute pas ce prophète et n'écoute pas ce rêveur, car le SEIGNEUR, votre Dieu, vous éprouve pour savoir si vraiment vous aimez le SEIGNEUR, votre Dieu, de tout votre cœur et de toute votre âme.

Mais s'il t'a dit : « Allons à la suite d'autres dieux », alors ne lui obéis pas, c'est-à-dire ne regarde pas les miracles et les signes qu'il fait. Écoute ce qu'il dit, mais si dans sa prophétie il y a ne serait-ce qu'une petite nuance de ce allons adorer d'autres dieux, – n'obéis pas à ce prophète. Et pourquoi donc alors sa prophétie s'accomplit-elle, d'où viennent les signes ? Parce que le SEIGNEUR, votre Dieu, vous éprouve.

Aimez-vous vraiment Dieu ? Que signifie aimer ? Que signifie, en général, aimer un être humain ? Très souvent nous confondons l'amour avec la passion. Si j'aime une certaine femme seulement parce que je suis bien avec elle, – c'est de la passion. Ce n'est pas elle que j'aime, je m'aime moi-même à côté d'elle. Exactement comme j'aime le poisson ou les macaronis façon marine. Quand j'aime vraiment un être humain, je sais ce qu'il veut. Quand j'aime Dieu, je sais ce qu'Il veut. Et je sais avec certitude qu'Il ne veut pas me faire périr. C'est pourquoi tout prophète qui me dira : « Allons, prosternons-nous devant Zeus, Krishna ou Quetzalcoatl, sinon il t'arrivera quelque chose de terrible », et tout prophète qui dira : « Allons, prosternons-nous devant Krishna, Vishnou, Quetzalcoatl ou n'importe qui, sinon il ne t'arrivera pas quelque chose de bon. Là-bas les dieux te donneront davantage, ou là-bas les dieux te sauveront de quelque chose », tout prophète de ce genre est une épreuve de mon amour pour le Très-Haut. Irai-je à la suite d'un autre dieu si l'on m'attire par quelque chose ? D'autant plus si l'on fait un signe à couper le souffle.

Ici Moché met en garde : ne va pas à la suite d'autres dieux, n'obéis ni au prophète ni au rêveur. Et pourquoi cela lui réussit-il ? Parce que c'est le SEIGNEUR qui vous éprouve.

אַחֲרֵי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם תֵּלֵכוּ וְאֹתוֹ תִירָאוּ וְאֶת־מִצְוֹתָיו תִּשְׁמֹרוּ וּבְקֹלוֹ תִשְׁמָעוּ וְאֹתוֹ תַעֲבֹדוּ וּבוֹ תִדְבָּקוּן׃

a'haré adonáy elohekhém telékhou ve'otó tiráou ve'et-mitsvotáv tichmórou ouvkoló tichmáou ve'otó ta'avódou ouvó tidbakoún

5 Allez à la suite du SEIGNEUR, votre Dieu, craignez-Le, et observez Ses commandements, et obéissez à Sa voix, et servez-Le, attachez-vous à Lui.

Ne tendez pas vers d'autres dieux qui, comme il vous semblera, comme vous le dira un certain prophète, vous donneront davantage. C'est une vérification, c'est une épreuve de votre amour pour Dieu. Et comment agir avec ce prophète ?

וְהַנָּבִיא הַהוּא אוֹ חֹלֵם הַחֲלוֹם הַהוּא יוּמָת כִּי דִבֶּר־סָרָה עַל־יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם הַמּוֹצִיא אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם וְהַפֹּדְךָ מִבֵּית עֲבָדִים לְהַדִּיחֲךָ מִן־הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר צִוְּךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לָלֶכֶת בָּהּ וּבִעַרְתָּ הָרָע מִקִּרְבֶּךָ׃

vehannaví hahoú o 'holém ha'halóm hahoú youmát ki dibber-sará al-adonáy elohekhém hammotsí etkhém me'érets mitsráyim vehappodekhá mibbét avadím lehaddi'hakhá min-haddérekh achér tsivekhá adonáy elohékha lalékhet ba ouvi'artá hará mikkirbékha

6 Et ce prophète ou ce rêveur, qu'il soit mis à mort, car il a dit des paroles de rébellion contre le SEIGNEUR, votre Dieu, Qui t'a fait sortir du pays d'Égypte et t'a racheté de la maison d'esclavage, – pour te pousser hors du chemin sur lequel le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a commandé de marcher ; chasse, détruis le mal du milieu de toi.

C'est-à-dire que le prophète a calomnié Dieu, à propos de Qui tu sais toi-même ce qu'Il a déjà fait pour toi. Détruis le mal du milieu de toi, même si ce prophète est un Israélite, aussi gentil, parlant l'hébreu en grasseyant tout comme toi. Peut-être va-t-il avec toi à la même synagogue ? Peut-être prend-il avec toi le même autobus ? Ou peut-être que ce ne sera pas du tout un prophète, mais un proche ?

כִּי יְסִיתְךָ אָחִיךָ בֶן־אִמֶּךָ אוֹ־בִנְךָ אוֹ־בִתְּךָ אוֹ אֵשֶׁת חֵיקֶךָ אוֹ רֵעֲךָ אֲשֶׁר כְּנַפְשְׁךָ בַּסֵּתֶר לֵאמֹר נֵלְכָה וְנַעַבְדָה אֱלֹהִים אֲחֵרִים אֲשֶׁר לֹא יָדַעְתָּ אַתָּה וַאֲבֹתֶיךָ׃

ki yesitekhá a'híkha ven-immékha o-vinkhá o-vittekhá o échet 'hekékha o re'akhá achér kenafchekhá basséter lemór nelekhá vena'avdá elohím a'herím achér lo yadá'ta attá va'avotékha

7 Si ton frère, le fils de ta mère, ou ton fils, ou ta fille, ou la femme qui dort sur ta poitrine, ou ton ami de l'âme te séduit, en disant en secret : « Allons et servons d'autres dieux, que n'ont connus ni toi ni ton père », –

L'ami qui est pour toi – comme toi-même, comme ta propre âme, c'est vraiment ainsi dans la traduction littérale – ami de l'âme (re'akhá achér kenafchekhá).

מֵאֱלֹהֵי הָעַמִּים אֲשֶׁר סְבִיבֹתֵיכֶם הַקְּרֹבִים אֵלֶיךָ אוֹ הָרְחֹקִים מִמֶּךָּ מִקְצֵה הָאָרֶץ וְעַד־קְצֵה הָאָרֶץ׃

me'elohé ha'ammím achér sevivotekhém hakkerovím elékha o hare'hokím mimmékka miktsé ha'árets ve'ad-ketsé ha'árets

8 D'entre les dieux des peuples qui sont autour de vous, proches de toi ou ceux qui sont loin de toi, comme le bout de la terre du bout de la terre,

Si un homme te dit : « Allons nous prosterner devant le dieu des voisins, Dagon », ou « Allons avec nos questions et chercher conseil chez les sorcières-tamas papoues », ou « Allons avec les Esquimaux chez la Mère-Morse » – peu importe que ce soient des dieux proches ou des dieux lointains, alors :

לֹא־תֹאבֶה לוֹ וְלֹא תִשְׁמַע אֵלָיו וְלֹא־תָחוֹס עֵינְךָ עָלָיו וְלֹא־תַחְמֹל וְלֹא־תְכַסֶּה עָלָיו׃

lo-tové lo veló tichmá eláv velo-ta'hós enekhá aláv velo-ta'hmól velo-tekhassé aláv

9 Ne lui réponds pas avec désir, et ne l'écoute pas, et que tes yeux ne l'épargnent pas, et n'aie pas pitié de lui, et ne le couvre pas,

Parfois il est très difficile – que dis-je, parfois, toujours il est très difficile de lever la main sur un proche, dont nous avons dit : peut-être est-ce ta femme, peut-être est-ce ton frère, le fils de ta mère, peut-être ton fils, ta fille, les gens qui te sont les plus proches, comment ne pas les prendre en pitié ? Et ici Moché dit : « Que tes yeux ne l'épargnent pas, et n'aie pas pitié de lui, et ne le couvre pas ». On peut dire : « Ma chère, je ne dirai à personne que tu m'as parlé de cela, oublions cette conversation ». Moché dit ici : « Non ! Ne le couvre pas, même si c'est la personne la plus, la plus proche de toi ».

כִּי הָרֹג תַּהַרְגֶנּוּ יָדְךָ תִּהְיֶה־בּוֹ בָרִאשׁוֹנָה לַהֲמִיתוֹ וְיַד כָּל־הָעָם בָּאַחֲרֹנָה׃

ki haróg tahargénnou yadekhá tihye-bó varichoná lahamitó veyád kol-ha'ám ba'a'haroná

10 Mais par la mise à mort tue-le, que ta main soit la première sur lui pour le tuer, et la main de tout le peuple – plus tard.

Il est toujours d'usage que l'homme qui a été témoin, qui ne doute pas de ce qu'il a vu, qui est sans péché, – c'est lui qui lance le premier la pierre. Bien qu'il soit ton fils, bien que ce soit ta fille, bien que ce soit ta femme, tu dois jeter la pierre le premier, et seulement après cela – tout le peuple. Bien sûr, c'est effrayant, mais plus effrayant encore, comme c'est évident, est d'aller à la suite d'un dieu étranger.

וּסְקַלְתּוֹ בָאֲבָנִים וָמֵת כִּי בִקֵּשׁ לְהַדִּיחֲךָ מֵעַל יְהוָה אֱלֹהֶיךָ הַמּוֹצִיאֲךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים׃

ouskaltó va'avaním vamét ki vikkéch lehaddi'hákha me'ál adonáy elohékha hammotsi'akhá me'érets mitsráyim mibbét avadím

11 Et tu le frapperas de pierres, et il mourra, parce qu'il a voulu te repousser loin du SEIGNEUR, ton Dieu, Celui qui t'a fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude.

וְכָל־יִשְׂרָאֵל יִשְׁמְעוּ וְיִרָאוּן וְלֹא־יוֹסִפוּ לַעֲשׂוֹת כַּדָּבָר הָרָע הַזֶּה בְּקִרְבֶּךָ׃

vekhol-yisraél yichmeoú veyiraoún velo-yossífou la'asót kaddavár hará hazzé bekirbékha

12 Et tout Israël entendront, et craindront, et ne feront plus ce mal au milieu de toi.

C'est-à-dire qu'ils entendront et craindront ce qui arrive à l'homme qui a seulement pensé à détourner les autres pour qu'ils marchent derrière des dieux étrangers.

Ainsi, il y a des cas où c'est un prophète avec des signes, il y a des cas où c'est un proche, et la proximité oblige à peser sérieusement : ne devrais-je pas écouter cet homme, qui est tout simplement mon propre sang ? Et il y a encore d'autres cas.

כִּי־תִשְׁמַע בְּאַחַת עָרֶיךָ אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לְךָ לָשֶׁבֶת שָׁם לֵאמֹר׃

ki-tichmá be'a'hát arékha achér adonáy elohékha notén lekhá lachévet cham lemór

13 Si tu entends (si la rumeur te parvient) au sujet de l'une des villes que le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a données pour y habiter, on dit :

יָצְאוּ אֲנָשִׁים בְּנֵי־בְלִיַּעַל מִקִּרְבֶּךָ וַיַּדִּיחוּ אֶת־יֹשְׁבֵי עִירָם לֵאמֹר נֵלְכָה וְנַעַבְדָה אֱלֹהִים אֲחֵרִים אֲשֶׁר לֹא־יְדַעְתֶּם׃

yatseoú anachím bene-veliyá'al mikkirbékha vayaddí'hou et-yochevé irám lemór nelekhá vena'avdá elohím a'herím achér lo-yeda'tém

14 Des hommes tout à fait sans loi sont sortis du milieu de toi et ont poussé les habitants de leur ville, en disant : « Allons et servons d'autres dieux, que vous ne connaissez pas », –

Le mot bene-veliyá'al – ce sont ceux qui n'ont rien au-dessus d'eux. C'est-à-dire qu'il est arrivé que tu apprennes qu'une ville entière est déjà allée à la suite de certaines gens qui y ont prêché et ont poussé la ville à suivre d'autres dieux.

Vous savez comme on dit souvent dans le marketing : « Des millions de gens ne se trompent pas ». Regardez, une ville entière, c'est déjà devenu communément admis. Quelque part c'est déjà légal, quelque part c'est déjà dans l'ordre des choses. C'est-à-dire : « Mais il n'y a rien d'étrange ici à ce qu'une ville entière se prosterne devant Dagon ». Peut-être, à la suite de la société, peut-être, à la suite d'une nouvelle mode, vais-je moi aussi suivre les avant-gardistes de cette ville ? Une ville entière s'est laissé détourner. Qu'en faire ? Peut-être suivre l'exemple de cette ville ? Que faire de tous les habitants de cette ville qui ont déjà apostasié et sont allés à la suite d'autres dieux ? Avant tout, ne pas se précipiter.

וְדָרַשְׁתָּ וְחָקַרְתָּ וְשָׁאַלְתָּ הֵיטֵב וְהִנֵּה אֱמֶת נָכוֹן הַדָּבָר נֶעֶשְׂתָה הַתּוֹעֵבָה הַזֹּאת בְּקִרְבֶּךָ׃

vedarachtá ve'hakartá vecha'altá hetév vehinné emét nakhón haddavár ne'está hatto'evá hazzót bekirbékha

15 Et recherche, et enquête, et interroge soigneusement, et voici, il s'est vraiment avéré que c'est la vérité, cette abomination est vraiment arrivée au milieu de toi,

C'est-à-dire non pas simplement examine ou étudie, mais essaie de rassembler le plus de témoignages possible, le plus de matériel possible, fais un travail de collecte de données et démêle soigneusement les données que tu as rassemblées. Il arrive très souvent qu'un homme rassemble des données, achète des dictionnaires et des ouvrages de référence en quantité, mais ne s'y retrouve pas dans le sujet. On peut rassembler beaucoup de matériaux sur une affaire, rassembler tout ce qu'on veut sur une affaire, mais ne pas s'y retrouver dans l'affaire. Et ici il y a un ordre : « Démêle ce que tu as rassemblé, étudie attentivement toutes les données que tu as rassemblées ». Apprends l'avis d'autres personnes, d'autres témoins, ce que pensent les gens eux-mêmes, ne prends pas de décision sans avoir entendu les gens eux-mêmes, parce que tu ne peux pas toujours regarder à l'intérieur d'un homme, plus exactement, tu ne peux jamais regarder à l'intérieur d'un homme. Demande à d'autres personnes, à d'autres témoins, écoute obligatoirement d'autres avis. Seulement après cela prends une décision sérieuse. Avant de chasser et d'excommunier quelqu'un, il faut mener une enquête minutieuse. Que faire donc de cette ville ?

הַכֵּה תַכֶּה אֶת־יֹשְׁבֵי הָעִיר הַהוּא (הַהִיא) לְפִי־חָרֶב הַחֲרֵם אֹתָהּ וְאֶת־כָּל־אֲשֶׁר־בָּהּ וְאֶת־בְּהֶמְתָּהּ לְפִי־חָרֶב׃

 hakké takké et-yochevéLa translittération russe écrit ce mot sans sa première voyelle. D'après l'hébreu, et comme au verset 14, on lit yochevé. ha'ír hahí lefi-'hárev ha'harém otá ve'et-kol-acher-bá ve'et-behemtá lefi-'hárev

16 Et par un massacre tue les habitants de cette ville, par l'épée détruis-la complètement (par l'anathème détruis-la), et tout ce qui est en elle, et même le bétail de cette ville, détruis-le par l'épée.

Rien de ce qui a été en contact avec l'idolâtrie des Juifs ne peut être réparé, seulement détruit.

וְאֶת־כָּל־שְׁלָלָהּ תִּקְבֹּץ אֶל־תּוֹךְ רְחֹבָהּ וְשָׂרַפְתָּ בָאֵשׁ אֶת־הָעִיר וְאֶת־כָּל־שְׁלָלָהּ כָּלִיל לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ וְהָיְתָה תֵּל עוֹלָם לֹא תִבָּנֶה עוֹד׃

ve'et-kol-chelalá tikbóts el-tókh re'hová vesaraftá va'éch et-ha'ír ve'et-kol-chelalá kalíl ladonáy elohékha vehayetá tel olám lo tibbané od

17 Et tous ses trophées, rassemble-les sur sa place, et brûle par le feu la ville elle-même et tous ses trophées entièrement, pour le SEIGNEUR, ton Dieu, et elle sera un tertre pour toujours, et qu'elle ne soit plus rebâtie.

וְלֹא־יִדְבַּק בְּיָדְךָ מְאוּמָה מִן־הַחֵרֶם לְמַעַן יָשׁוּב יְהוָה מֵחֲרוֹן אַפּוֹ וְנָתַן־לְךָ רַחֲמִים וְרִחַמְךָ וְהִרְבֶּךָ כַּאֲשֶׁר נִשְׁבַּע לַאֲבֹתֶיךָ׃

velo-yidbák beyadekhá me'oúma min-ha'hérem lema'án yachoúv adonáy me'harón appó venatan-lekhá ra'hamím veri'hamkhá vehirbékha ka'achér nichbá la'avotékha

18 Que rien, pas même la moindre chose, ne s'attache à toi de l'anathème, afin que le SEIGNEUR revienne de Sa colère et te donne la miséricorde, et ait pitié de toi, et te multiplie, comme Il l'a juré à tes Pères.

C'est-à-dire que le fait même qu'une telle ville soit apparue, qu'une ville entière soit apparue qui s'est laissé détourner à la suite d'autres dieux, – c'est déjà une manifestation de la colère divine. Et c'est pourquoi tu dois prendre des mesures contre cette ville. Les sages débattent précisément de cette instruction concernant la ville, et la majorité des sages dit que c'est justement une instruction théorique. Il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais qu'une ville entière se tourne et aille à la suite d'autres dieux. Et seul Rabbi Yo'hanan dit : « Et moi, j'ai été sur les ruines d'une telle ville ». Et alors, peut-être, une telle ville n'est pas un savoir théorique. En tout cas, nous ne savons pas par l'histoire qu'on ait agi ainsi avec l'une des villes, mais je suis enclin à être d'accord avec Rabbi Yo'hanan, qu'il est peu probable que la Torah énonce une quelconque théorie destinée uniquement à l'étude académique. Il est peu probable que Moché en parle dans son discoursLe russe dit littéralement qu'« il est peu probable que Moché en parle dans son discours », ce qui semble contredire le contexte. Le sens visé est sans doute que Moché n'en parlerait guère s'il ne s'agissait que de théorie ; la phrase est traduite littéralement., et il est tout à fait possible qu'une telle ville puisse exister, et que cela puisse arriver dans l'histoire juive.

Moché termine par une prière :

כִּי תִשְׁמַע בְּקוֹל יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לִשְׁמֹר אֶת־כָּל־מִצְוֹתָיו אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם לַעֲשׂוֹת הַיָּשָׁר בְּעֵינֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ׃

ki tichmá bekól adonáy elohékha lichmór et-kol-mitsvotáv achér anokhí metsavvekhá hayom la'asót hayachár be'ené adonáy elohékha

19 Si seulement tu écoutais la voix du SEIGNEUR, ton Dieu, pour garder tous Ses commandements, par lesquels je te commande aujourd'hui de faire ce qui est droit aux yeux du SEIGNEUR, ton Dieu.

N'écoute ni les prophètes, ni les proches, ni la société, ni le grand monde, n'écoute pas en ce qui concerne l'adoration d'autres, ne va pas à la suite d'autres dieux. Ne te prosterne que devant le SEIGNEUR, ton Dieu, garde Ses commandements.

Nobles dons

Dévarim 14,1–21

Nous continuons à étudier la section hebdomadaire Ré'é et nous lirons à partir du début du chapitre 14 du livre Dévarim. Notre chapitre commence par des paroles remarquables :

בָּנִים אַתֶּם לַיהוָה אֱלֹהֵיכֶם לֹא תִתְגֹּדְדוּ וְלֹא־תָשִׂימוּ קָרְחָה בֵּין עֵינֵיכֶם לָמֵת׃

baním attém ladonáy elohekhém lo titgodedoú velo-tassímou kor'há ben enekhém lamét

1 Vous êtes des fils pour le SEIGNEUR, votre Dieu ; ne vous faites pas d'incisions (ne vous égratignez pas, n'abîmez pas votre corps par des incisions ou des égratignures) et ne faites pas de tonsure entre vos yeux en mémoire des morts.

Vous êtes des fils pour le SEIGNEUR, votre Dieu. Sans doute aurions-nous dû rencontrer cette phrase dans la Torah depuis longtemps déjà. Qu'aimerions-nous entendre après cette phrase ? On aurait pu lire : « Vous êtes des fils pour le SEIGNEUR, votre Dieu, c'est pourquoi priez-Le, demandez-Lui, Il vous bénira dans toutes vos actions ». Cette même phrase, on aurait pu la lire avant le don des Dix Commandements. Et pratiquement à n'importe quel endroit de la Torah où il est question du peuple d'Israël, nous nous attendrions à entendre cette phrase. Et voici que Moché le dit. Moché dit : « Vous êtes des fils pour le SEIGNEUR, votre Dieu ». Qu'est-ce qui en découle donc ? De quoi Moché parle-t-il ici ? Il dit : « Vous êtes des fils pour le SEIGNEUR, votre Dieu. Vous tous qui vous tenez ici êtes de la plus noble origine, la plus noble qui puisse exister. Vous n'êtes pas des fils d'un roi, vous êtes des fils du Roi des rois, c'est pourquoi conduisez-vous dignement. Même quand vous êtes en deuil, même quand l'un de vos proches meurt, conduisez-vous dignement et n'abîmez pas votre corps. Auparavant, Moché parlait de la nécessité de s'éloigner de l'idolâtrie et de ne pas répéter les traditions et les coutumes des idolâtres, et il ajoutait : « N'agissez pas comme eux, parce qu'ils agissent mal ». Mais maintenant Moché parle d'autre chose : « Vous êtes les fils du SEIGNEUR, votre Dieu, vous êtes un peuple saint, et agissez d'une manière digne de saints ». Il n'est déjà plus question de s'éloigner de l'idolâtrie, mais de s'approcher de la sainteté. C'est une tout autre approche, une tout autre motivation, et au verset 2 nous lisons :

כִּי עַם קָדוֹשׁ אַתָּה לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ וּבְךָ בָּחַר יְהוָה לִהְיוֹת לוֹ לְעַם סְגֻלָּה מִכֹּל הָעַמִּים אֲשֶׁר עַל־פְּנֵי הָאֲדָמָה׃

ki am kadóch attá ladonáy elohékha ouvkhá ba'hár adonáy lihyot lo le'ám segoullá mikkól ha'ammim achér al-pené ha'adamá

2 Car tu es un peuple saint pour le SEIGNEUR, ton Dieu, et c'est toi que le SEIGNEUR a choisi pour être pour Lui un peuple parmi tous les peuples qui sont sur la terre.

Il est toujours très difficile de traduire le mot segoulá. De cette même racine, sámekh-guímel-lámed, proviennent les verbes messougál (être capable) et lehistaguél (s'adapter). Qu'est-ce que cela signifie – am segoulá ? C'est un peuple à travers lequel le Très-Haut a choisi d'agir dans ce monde. Vous êtes l'instrument de Dieu dans ce monde, un dispositif pour la manifestation du Divin dans le monde, c'est à travers vous que le SEIGNEUR a choisi d'agir.

Vous êtes un peuple saint, et c'est pourquoi vous devez vous conduire comme un peuple saint, comme des fils du SEIGNEUR, votre Dieu, vous conduire dignement, comme il sied à des gens nobles. Même quand quelqu'un meurt chez vous, même quand le cœur se déchire de douleur pour le défunt, ne vous infligez pas de blessures, ne vous arrachez pas les cheveux (et c'était alors une expression très répandue des émotions). Moché dit : « Vous êtes différents, parce que vous êtes des fils pour le SEIGNEUR, votre Dieu. Vous êtes un peuple saint, que le SEIGNEUR a choisi, conduisez-vous dignement ». Cela concerne aussi la nourriture.

לֹא תֹאכַל כָּל־תּוֹעֵבָה׃

lo tokhál kol-to'evá

3 Ne mangez aucune abomination.

Que signifie ne mangez aucune abomination ? Et comment saurons-nous ce qui est abomination et ce qui ne l'est pas ? Et Moché dit : « Puisque vous êtes un peuple saint élu, puisque vous êtes les fils du SEIGNEUR, votre Dieu, vous devez avoir un sentiment intérieur de dégoût envers la nourriture impure ». Et ensuite vient une description détaillée (que nous avons déjà rencontrée dans le livre Vayikra) de ce qu'on peut et de ce qu'on ne peut pas consommer comme nourriture.

Au verset 4 nous lisons au sujet du bétail domestique qu'on peut consommer comme nourriture.

זֹאת הַבְּהֵמָה אֲשֶׁר תֹּאכֵלוּ שׁוֹר שֵׂה כְשָׂבִים וְשֵׂה עִזִּים׃

zot habbehemá achér tokhélou chor se khessavím vessé izzím

4 Voici le bétail que vous mangerez : le bœuf, le bélier et le bouc.

Parmi le bétail domestique, nous pouvons consommer comme nourriture la viande de bœuf, de mouton et de chèvre – c'est ce qui est permis.

Au verset 5 nous lirons l'énumération des animaux sauvages qui sont permis comme nourriture. Et il faut d'emblée faire une réserve : il existe une multitude de variantes différentes de traduction des noms de ces animaux. Pourquoi ? Parce que les noms de ces animaux ne se sont pas conservés, et les traducteurs comprennent ces noms de façons différentes, c'est pourquoi nous les lirons, mais c'est assez conventionnel.

אַיָּל וּצְבִי וְיַחְמוּר וְאַקּוֹ וְדִישֹׁן וּתְאוֹ וָזָמֶר׃

ayál outsví veya'hmoúr ve'akkó vedichón out'ó vazámer

5 La gazelle, et le cerf, et le buffle, et le bélier sauvage, et l'antilope, et le zámer.

Au sujet du dernier animal, qui s'appelle en hébreu zámer, il existe aussi de très nombreux avis différents. Dans la traduction synodale, il est appelé caméléopard. Le caméléopard est un animal mythique, il n'a jamais existé, c'est un croisement de léopard et de chameau avec une tête de girafe. On le dessinait habituellement sur les blasons comme symbole de puissance, de cruauté, de force. Bref, un animal mythique. C'est un calque du grec, où cet animal est appelé chameau-lynx. Voilà une telle créature. Dans des traductions plus tardives, on a commencé à l'appeler saïga. Rabbi Saadya Gaon, traducteur de la Torah en langue arabe et commentateur célèbre, qui a vécu au Xe siècle, dit que le zámer est, très probablement, la girafe. Cette tradition s'est conservée dans les communautés juives orientales et, très probablement, il s'agit vraiment ici de la girafe.

Outre les signes des animaux casher qui sont donnés dans la Torah, il existe encore un signe étonnant : le lait des animaux casher caille toujours. On peut faire du fromage ou du fromage blanc avec du lait de vache, avec du lait de brebis, avec du lait de chèvre, et avec du lait de girafe aussi on peut faire du fromage blanc et du fromage. Il y a une ferme en Israël qui rétablit l'utilisation des girafes dans l'alimentation et produit du fromage de girafe. La girafe est un animal protégé, on ne peut pas l'abattre aujourd'hui, mais on peut utiliser son lait, c'est pourquoi du fromage blanc et du fromage de girafe sont produits en Israël. Et, très probablement, le zámer qui est mentionné ici, c'est la girafe. Mais je le laisse comme un « très probablement », parce que personne ne le sait avec certitude.

Au verset 6 est donnée une définition générale.

וְכָל־בְּהֵמָה מַפְרֶסֶת פַּרְסָה וְשֹׁסַעַת שֶׁסַע שְׁתֵּי פְרָסוֹת מַעֲלַת גֵּרָה בַּבְּהֵמָה אֹתָהּ תֹּאכֵלוּ׃

vekhol-behemá mafrésset parsá vechossá'at chéssa cheté ferassót ma'alát gerá babbehema otá tokhélou

6 Et toute bête au sabot fendu et à l'entaille profonde qui partage le sabot en deux, qui régurgite – parmi le bétail, cela mangez-le.

C'est-à-dire qu'est donné un signe : le sabot fendu et la régurgitation de la nourriture.

אַךְ אֶת־זֶה לֹא תֹאכְלוּ מִמַּעֲלֵי הַגֵּרָה וּמִמַּפְרִיסֵי הַפַּרְסָה הַשְּׁסוּעָה אֶת־הַגָּמָל וְאֶת־הָאַרְנֶבֶת וְאֶת־הַשָּׁפָן כִּי־מַעֲלֵה גֵרָה הֵמָּה וּפַרְסָה לֹא הִפְרִיסוּ טְמֵאִים הֵם לָכֶם׃

akh et-zé lo tokheloú mimma'alé haggerá oumimmafrissé happarsá hachessou'á et-haggamál ve'et-ha'arnévet ve'et-hachafán ki-ma'alé gerá hémmaLa translittération russe écrit le mot hémma (eux) avec un g au lieu d'un h. L'hébreu a un h, que la translittération française suit. oufarsá lo hifrísou teme'ím hem lakhém

7 Mais ceci, ne le mangez pas parmi ceux qui régurgitent et parmi ceux qui ont le sabot fendu : le chameau, le lièvre, le daman, parce qu'ils régurgitent la nourriture, mais leurs sabots ne sont pas fendus, ils sont impurs pour vous.

Le chameau est effectivement un animal ruminant, mais il n'a pas le sabot fendu. En réalité, il n'a pas du tout de sabots, le chameau appartient au groupe des animaux à pieds calleux. Au sujet du lièvre et du daman il existe, bien sûr, un grand débat, et beaucoup de chercheurs disent : « Eh bien, il est écrit chez vous au sujet du lièvre et du daman : parce qu'ils régurgitent la nourriture, mais leurs sabots ne sont pas fendus, ils sont impurs pour vous. Comment donc le lièvre et le daman régurgitent-ils la nourriture ? Ils ne régurgitent pas la nourriture, et cela prouve que vos auteurs de la Torah ne savaient rien. Ce sont simplement des hommes qui ont écrit cela, et de plus des hommes qui n'ont pas appris la biologie en cinquième année d'école ». Que peut-on répondre à cela ? Bien sûr, la Torah n'est pas un manuel de biologie, et la classification que la Torah donne ici n'est pas une classification biologique. L'homme ne devait pas disséquer le système digestif des lièvres et des damans, et il s'agit du fait qu'en apparence il semble effectivement qu'ils régurgitent pour ainsi dire la nourriture. C'est pourquoi la Torah avertit : « Voilà, il semble qu'ils régurgitent la nourriture, mais ils ont des sabots non fendus, ne les mangez pas ». Je le répète : la Torah n'est pas un manuel de biologie, elle n'est pas obligée de correspondre aux classifications biologiques tardives.

וְאֶת־הַחֲזִיר כִּי־מַפְרִיס פַּרְסָה הוּא וְלֹא גֵרָה טָמֵא הוּא לָכֶם מִבְּשָׂרָם לֹא תֹאכֵלוּ וּבְנִבְלָתָם לֹא תִגָּעוּ׃

ve'et-ha'hazír ki-mafrís parsá hou veló gerá tamé hou lakhém mibbessarám lo tokhélou ouvnivlatám lo tiggá'ou

8 Et le porc non plus, on ne peut pas le manger, parce qu'il a les sabots fendus, mais il ne régurgite pas la nourriture, il est impur pour vous ; ne mangez pas de leur viande et ne touchez pas à leur charogne (cela est dit au sujet de tous ces animaux).

À partir du verset 9, la Torah donne des instructions au sujet des animaux marins.

אֶת־זֶה תֹּאכְלוּ מִכֹּל אֲשֶׁר בַּמָּיִם כֹּל אֲשֶׁר־לוֹ סְנַפִּיר וְקַשְׂקֶשֶׂת תֹּאכֵלוּ׃

et-zé tokheloú mikkól achér bammáyim kol acher-ló senappír vekaskéssetLa translittération russe porte « bekaskésset » (dans des écailles). L'hébreu a « vekaskésset » (et des écailles), comme au verset 10, et nous le suivons. tokhélou

9 Et voici ce que vous mangerez de tout ce qui est dans l'eau : tout poisson qui a une nageoire et des écailles, mangez-le.

וְכֹל אֲשֶׁר אֵין־לוֹ סְנַפִּיר וְקַשְׂקֶשֶׂת לֹא תֹאכֵלוּ טָמֵא הוּא לָכֶם׃

vekhól achér en-ló senappír vekaskésset lo tokhélou tamé hou lakhém

10 Et tout ce qui n'a pas de nageoire et d'écailles, ne le mangez pas, c'est impur pour vous.

Dans le livre Vayikra (11,9) nous lisons un ajout : tout ce qui a des écailles et des nageoires dans l'eau. Pourquoi est-ce important ? Il y a des espèces de poissons (par exemple, le maquereau, très répandu) qui ont des écailles tant qu'ils se trouvent dans l'eau. Quand on sort le maquereau de l'eau, les écailles s'en détachent en étant lavées, et finalement nous le voyons sans écailles. Il peut nous sembler qu'il a des nageoires, mais qu'il n'a pas d'écailles. C'est pourquoi nous pouvons penser qu'on ne peut pas utiliser le maquereau comme nourriture. Mais, puisque la Torah ajoute dans le livre Vayikra « tout ce qui a des écailles et des nageoires dans l'eau », nous devons le vérifier. Le maquereau a des écailles dans l'eau, et donc il est permis comme nourriture. Je parle de cela parce que beaucoup de ceux qui commencent à observer l'alimentation casher renoncent au maquereau en disant : « Nous ne lui voyons pas d'écailles ». Voilà un ajout qu'il est important de faire.

כָּל־צִפּוֹר טְהֹרָה תֹּאכֵלוּ׃

kol-tsippór tehorá tokhélou

11 Tout oiseau pur, mangez-le,

וְזֶה אֲשֶׁר לֹא־תֹאכְלוּ מֵהֶם הַנֶּשֶׁר וְהַפֶּרֶס וְהָעָזְנִיָּה׃

vezé achér lo-tokheloú mehém hannécher vehappéres veha'ozniyá

12 Et voici ce que vous ne mangerez pas d'entre eux : l'aigle, le gypaète (aigle de mer), le balbuzard (vautour),

Et de nouveau, comme je l'ai fait avant le verset 5, il faut avertir qu'en réalité nous ne connaissons pas les noms de la plupart de ces oiseaux, et la traduction ici est assez conventionnelle. Il y a beaucoup de dictionnaires, beaucoup de débats, beaucoup d'analyses au sujet de ces oiseaux, mais personne ne connaît le nom exact, c'est pourquoi je répète que les traductions sont conventionnelles.

וְהָרָאָה וְאֶת־הָאַיָּה וְהַדַּיָּה לְמִינָהּ׃

vehara'á ve'et-ha'ayáLa translittération russe écrit le mot ha'ayá (le faucon) avec un g au lieu d'un h. L'hébreu a un h, que la translittération française suit. vehaddayá leminá

13 Et le busard, et le faucon, et le milan selon son espèce,

וְאֵת כָּל־עֹרֵב לְמִינוֹ׃

ve'ét kol-orév leminó

14 Et tous les corbeaux selon leur espèce,

וְאֵת בַּת הַיַּעֲנָה וְאֶת־הַתַּחְמָס וְאֶת־הַשָּׁחַף וְאֶת־הַנֵּץ לְמִינֵהוּ׃

ve'ét bat haya'aná ve'et-hatta'hmás ve'ét-hachá'haf ve'et-hannéts leminéhou

15 Et l'autruche, et l'engoulevent, et la mouette, et l'épervier selon son espèce,

אֶת־הַכּוֹס וְאֶת־הַיַּנְשׁוּף וְהַתִּנְשָׁמֶת׃

et-hakkós ve'et-hayanchoúf vehattinchámet

16 Et la chevêche, et le grand-duc (l'ibis), et la chouette blanche,

וְהַקָּאָת וְאֶת־הָרָחָמָה וְאֶת־הַשָּׁלָךְ׃

vehakka'át ve'et-hara'háma ve'et-hachalákh

17 Et la chouette du désert (le pélican), et le vautour fauve (le charognard), et le cormoran,

וְהַחֲסִידָה וְהָאֲנָפָה לְמִינָהּ וְהַדּוּכִיפַת וְהָעֲטַלֵּף׃

veha'hassidá veha'onafá leminá vehaddoukhifát veha'atalléf

18 Et la cigogne, et le héron selon son espèce, et la huppe, et la chauve-souris,

וְכֹל שֶׁרֶץ הָעוֹף טָמֵא הוּא לָכֶם לֹא יֵאָכֵלוּ׃

vekhól chérets ha'óf tamé hou lakhém lo ye'akhélou

19 Et tout insecte volant – il est impur pour vous, ne le mangez pas,

כָּל־עוֹף טָהוֹר תֹּאכֵלוּ׃

kol-óf tahór tokhélou

20 Mais tout oiseau pur – mangez-le.

D'un côté, la Torah permet de consommer la viande des animaux, des poissons et des oiseaux, d'un autre côté, de toute la diversité des animaux, des poissons et des oiseaux, la Torah ne permet que quelques espèces. Comparée à toute la diversité des animaux, la viande nous est, pour ainsi dire, interdite. Ni l'éléphant, ni l'hippopotame, ni la baleine, ni le vautour, nous ne pouvons les manger. Notre pouvoir de consommer les animaux est tout de même limité, et la consommation de viande n'est pas toujours bénéfique, la consommation de la viande de la plupart des animaux est tout de même interdite.

Au verset 21, nous lisons la conclusion des instructions concernant la nourriture.

לֹא תֹאכְלוּ כָל־נְבֵלָה לַגֵּר אֲשֶׁר־בִּשְׁעָרֶיךָ תִּתְּנֶנָּה וַאֲכָלָהּ אוֹ מָכֹר לְנָכְרִי כִּי עַם קָדוֹשׁ אַתָּה לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ לֹא־תְבַשֵּׁל גְּדִי בַּחֲלֵב אִמּוֹ׃

lo-tokheloú kol-nevelá laggér acher-bich'arékha tittenénna va'akhalá o makhór lenokhrí ki am kadóch attá ladonáy elohékha lo-tevachél gedí ba'halév immó

21 Ne mangez aucune charogne, donnez-la à l'étranger qui est dans vos portes, et qu'il la mange, ou vends-la à l'homme d'un pays étranger, car tu es un peuple saint pour le SEIGNEUR, ton Dieu. Ne fais pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère.

Puisqu'il est interdit de toucher la charogne des animaux non cachères, il est clair qu'il s'agit ici seulement de la charogne des animaux cachères. Des non cachères, il n'est pas du tout question, cette charogne-là, on ne peut même pas la toucher. Il y a des peuples qui consomment la chair de bêtes mortes, les animaux morts. Et si un homme vit en paix dans tes portes, n'est pas dans l'alliance avec le Très-Haut, n'a pris sur lui aucun commandement, alors à l'étranger qui est chez toi un résident permanent et avec qui tu vis en paix, tu peux offrir la viande d'un animal mort. À l'étranger, on peut simplement l'offrir, tandis qu'à l'homme d'un pays étranger, il vaut mieux la vendre. Avec l'étranger, il faut entretenir la paix, et avec l'homme d'un pays étranger, on peut avoir des relations d'affaires. C'est-à-dire la question : « Et peut-on gagner de l'argent avec la viande d'un animal mort, interdite à la consommation ? » Et la Torah dit ici : « On peut, vends-la, l'essentiel, c'est de ne pas en manger toi-même, car tu es un peuple saint pour le SEIGNEUR, ton Dieu ».

Et de nouveau, après la mention de la sainteté, se répète un commandement que nous avons aussi déjà rencontré dans la Torah – ne fais pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère. Ce commandement est étonnant en ce que, séparément, la viande du chevreau est permise, séparément, le lait est permis, mais un certain mélange des deux est interdit. Au sujet de ce commandement, bien sûr, il existe une multitude infinie de discussions. Il y a des commentateurs qui disent : « Cela n'a absolument aucun rapport avec la cuisson. Il s'agit de ce que l'on garde le chevreau longtemps, longtemps au lait maternel », car le mot tévachel (du verbe lévachel) signifie aussi mûrir, et ainsi on obtient un chevreau de lait particulièrement tendre. C'est-à-dire que la Torah interdit ici, selon ces commentateurs, d'apporter des modifications à la nature : par exemple, quand on gave les oies d'une manière particulière pour qu'elles aient un gros foie, ou quand on castre les coqs pour qu'ils aient une viande particulière, ou quand on suspend les vaches à des balançoires particulières et qu'on leur fait boire de la bière, et diverses autres choses qui semblent permises, mais que la Torah interdit ici. C'est ce que disent certains commentateurs. Selon la halakha, il s'agit ici de l'interdit du mélange du lacté et du carné. Le lait, c'est un vol : quand nous buvons du lait, nous volons la vache, nous lui prenons le lait qui est destiné à son veau. Quand nous prenons la viande de la vache, nous la tuons. Et les commentateurs disent : « Ici est interdit le mélange du vol et du meurtre, n'ajoute pas le vol au meurtre ». Il s'agit de nouveau de noblesse et de sainteté. Et ici il est dit : « Faire cuire le chevreau dans le lait de sa mère, ce n'est pas noble ».

Le livre de Chémot en parle dans le contexte de la fête de Soukkot, quand, à l'automne, les peuples voisins faisaient cuire le chevreau dans le lait de sa mère. Abarbanel, un commentateur médiéval, dit qu'il avait entendu dire qu'à son époque, en Angleterre aussi, existait une telle coutume. Si auparavant ce commandement avait été donné comme une séparation d'avec la coutume païenne, ici il est déjà dit : « Laissez les païens, laissez l'idolâtrie, vous êtes un peuple saint, et le mélange du lacté et du carné, la cuisson du chevreau dans le lait de sa mère ne correspond pas au statut de peuple saint. Il ne vous convient pas, en tant que peuple saint, de faire cela ».

Bien sûr, dans la cuisine de nombreux peuples, de nos jours, il y a des plats où se mélangent le lacté et le carné, du cheeseburger aux lasagnes ou à la moussaka. Et, bien sûr, ce commandement suscite beaucoup de discussions. Pourquoi ? Parce que les sages ont statué qu'il faut non seulement ne pas faire cuire le chevreau dans le lait de sa mère, mais aussi, de manière générale, séparer le lacté et le carné, séparer la vaisselle. Car dans les pores de la vaisselle, si la vaisselle est poreuse, il peut rester de la viande et du lait. Quand, dans une vaisselle dont les pores contiennent de la viande, nous versons du lait chaud ou inversement, il se produira une cuisson – même en quantités infimes, mais elle se produira, et il faut faire preuve de prudence dans cette question. Mais la vaisselle en verre ou une vaisselle moderne quelconque, qui n'absorbe pas la nourriture, on peut aussi ne pas la séparer. Pour certains, c'est une prudence excessive, pour certains, c'est un ajout aux commandements de la Torah, et pour d'autres, c'est l'effort pour observer le commandement de la Torah le plus soigneusement possible, afin que, même en quantités minimes, il n'y ait pas de préparation de viande dans du lait. Et puisqu'il s'agit de l'homme qui se tient devant le Très-Haut, c'est bien sûr à l'homme de trancher cette question. Ou, disons, attendre six heures après avoir mangé de la viande pour manger du lacté. Pour certains, c'est une rigueur, et une rigueur sérieuse, parce qu'après une portion de chachlik on a envie de boire un café au lait. Pour d'autres, c'est de nouveau une question de se tenir devant le Très-Haut. Naturellement, une telle interprétation du commandement suscite énormément de discussions.

Je conseille à ceux qui discutent d'étudier l'histoire de l'apparition de ces commandements, les motifs, pourquoi ces commandements et ces rigueurs sont apparus, et seulement ensuite d'entrer dans la discussion pour savoir si ici les commandements de Dieu sont remplacés par des commandements humains, s'il s'agit ici simplement d'une rigueur humaine ou tout de même d'une manifestation de noblesse. C'est une question ouverte, je ne dis pas qu'il existe une position définitive sur cette question. C'est une discussion, et cette discussion va probablement encore durer longtemps.

Micromouvements

Dévarim 14,22–15,1–23

Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire R'é et nous lirons à partir du verset 22 du chapitre 14 du livre de Dévarim.

עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר אֵת כָּל־תְּבוּאַת זַרְעֶךָ הַיֹּצֵא הַשָּׂדֶה שָׁנָה שָׁנָה׃

assér te'assér et kol-tevou'át zar'ékha hayotsé hassadé chaná chaná

22 Dîme la dîme (si l'on traduit littéralement), prélève la dîme de toute la récolte de tes céréales, qui sort du champ d'année en année (ou année après année).

Chaque année, prélève la dîme de toute ta récolte. Il ne s'agit pas ici de la dîme qui est donnée au lévite. Il s'agit de ce qu'on appelle maasser chéni ou seconde dîme. Supposons qu'un homme a récolté cent tonnes de raisin. Sur ces cent tonnes, il donne dix tonnes au lévite. Ensuite, c'est le lévite qui donne une tonne au kohen. Des quatre-vingt-dix tonnes restantes est prélevé le second maasser (la seconde dîme) – neuf tonnes. Et voici que maintenant notre section raconte ce qu'il faut faire de ces neuf tonnes de raisin. Je parle de neuf tonnes de raisin à titre d'exemple.

וְאָכַלְתָּ לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר לְשַׁכֵּן שְׁמוֹ שָׁם מַעְשַׂר דְּגָנְךָ תִּירֹשְׁךָ וְיִצְהָרֶךָ וּבְכֹרֹת בְּקָרְךָ וְצֹאנֶךָ לְמַעַן תִּלְמַד לְיִרְאָה אֶת־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ כָּל־הַיָּמִים׃

ve'akhaltá lifné adonáy elohékha bammakóm acher-yiv'hár lechakkén chemó cham ma'sár deganekhá tirochekhá veyitsharékha ouvkhorót bekarekhá vetsonékha lemá'an tilmád leyir'á et-adonáy elohékha kol-hayamím

23 Et tu mangeras devant le SEIGNEUR, ton Dieu, dans le lieu qu'Il choisira pour la demeure de Son nom, tu mangeras ainsi la dîme de tes céréales, de ton raisin, et de ton huile, et les premiers-nés de ton bétail, et de ton petit bétail, afin que tu apprennes à craindre le SEIGNEUR, ton Dieu, tous les jours de ta vie.

Voici ce que tu fais du second maasser, de la seconde dîme : tu la portes au lieu qu'a choisi le SEIGNEUR pour la demeure de Son nom. Dans notre cas, par exemple, à Jérusalem. Aujourd'hui il n'y a pas de Temple, et ces commandements ne sont pas si actuels. Tu dois apporter ces céréales, ce raisin, tous les fruits de ton champ (le second maasser, la seconde dîme)  à Jérusalem avec ta famille. Là, tu célébreras la récolte, tu célébreras la bénédiction du SEIGNEUR : manger cela devant la face du SEIGNEUR, afin que tu apprennes à craindre le SEIGNEUR, afin que tu bénisses le SEIGNEUR et te souviennes que la source de toute ta bénédiction, c'est le SEIGNEUR. Mais il y a des produits périssables et un long chemin. C'est pourquoi la Torah dit :

וְכִי־יִרְבֶּה מִמְּךָ הַדֶּרֶךְ כִּי לֹא תוּכַל שְׂאֵתוֹ כִּי־יִרְחַק מִמְּךָ הַמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לָשׂוּם שְׁמוֹ שָׁם כִּי יְבָרֶכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ׃

vekhi-yirbé mimmekhá haddérekh ki lo toukhál se'etó ki-yir'hák mimmekhá hammakóm achér yiv'hár adonáy elohékha lasoúm chemó cham ki yevarekhekhá adonáy elohékha

24 Si la route s'agrandit (devient trop longue) pour toi et que tu ne peux pas apporter jusque-là, si ce lieu que le SEIGNEUR, ton Dieu, a choisi pour que Son nom y demeure est loin de toi, parce que le SEIGNEUR t'a béni,

Tu ne pourras pas apporter tous tes produits à Jérusalem, parce que tu vivras loin de Jérusalem. Ton pays deviendra grand, et le raisin, les cerises, les pêches, les poires – tous ces fruits périssables, tu ne pourras pas les porter jusqu'à Jérusalem. Et conduire les agneaux et les jeunes taureaux à Jérusalem sera difficile aussi.

Si le Très-Haut bénit le peuple d'Israël par le fait que le territoire du pays d'Israël s'agrandit, alors, en conséquence, apparaissent des lieux qui seront de plus en plus loin de Jérusalem, si bien qu'on ne peut même plus y porter les fruits. Chez un homme qui vit en province, loin de Jérusalem, peut-être à plusieurs semaines de route de Jérusalem, peut naître un sentiment qui naît souvent chez les gens en province : « Je vis loin, et j'aimerais tant vivre dans la capitale ou près de la capitale, près de ce lieu que le Très-Haut a choisi ! » Et c'est un peu vexant – vivre en province. Mais ici Moché dit : le fait que tu vives en province, le fait même qu'il y ait une province – c'est le témoignage que le Très-Haut t'a béni. En vivant en province, en mettant en valeur des terres lointaines, tu participes à ce que le Très-Haut bénisse ton peuple. Mais les fruits, bien sûr, se gâtent. Que faire alors ?

וְנָתַתָּה בַּכָּסֶף וְצַרְתָּ הַכֶּסֶף בְּיָדְךָ וְהָלַכְתָּ אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בּוֹ׃

venatattá bakkássef vetsartá hakkéssef beyadekhá vehalakhtá el-hammakóm achér yiv'hár adonáy elohékha bo

25 Échange contre de l'argent et tu prendras le lingot d'argent dans ta main, et tu iras à ce lieu même que le SEIGNEUR a choisi.

Pour le dire en langage moderne : vends ta récolte et à la place prends de l'argent. S'il est loin pour toi d'aller avec tes fruits, alors tu les vends contre de l'argent et avec cet argent tu vas à Jérusalem (il y a une règle selon laquelle il faut racheter à une valeur plus grande que celle du marché, mais nous n'allons pas maintenant entrer dans les subtilités de ces lois). Et là tu arrives au lieu que le SEIGNEUR a choisi.

וְנָתַתָּה הַכֶּסֶף בְּכֹל אֲשֶׁר־תְּאַוֶּה נַפְשְׁךָ בַּבָּקָר וּבַצֹּאן וּבַיַּיִן וּבַשֵּׁכָר וּבְכֹל אֲשֶׁר תִּשְׁאָלְךָ נַפְשֶׁךָ וְאָכַלְתָּ שָּׁם לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ וְשָׂמַחְתָּ אַתָּה וּבֵיתֶךָ׃

venatattá hakkéssef bekhól acher-te'avvé nafchekhá babbakár ouvattsón ouvayáyin ouvachekhár ouvkhól achér tich'alekhá nafchékha ve'akhálta cham lifné adonáy elohékha vesama'htá attá ouvetékha

26 Et tu donnes ton argent pour tout ce que voudra ton âme : pour le gros bétail, et pour le petit bétail, et pour le vin léger, et pour le vin fort enivrant, et pour tout ce que ton âme pourra désirer. Et tu mangeras là devant le SEIGNEUR, ton Dieu, et tu te réjouiras, toi et ta maison.

Quand tu arrives en ce lieu – mange là tout ce qui plaît à ton âme, achète avec l'argent pour ta fête tout ce qui plaît à ton âme. C'est-à-dire pour la viande de bœuf, et pour la viande de mouton, et pour la viande de chèvre – pour tout cela tu peux payer avec cet argent. Comme nous l'avons déjà dit, l'homme va à Jérusalem, va au lieu saint et prend avec lui toute sa maison : sa famille, et les serviteurs, et les esclaves, s'il en a, et tous ensemble ils vont à Jérusalem pour la fête. Aujourd'hui, comment peut-on accomplir ce commandement ? On peut mettre de côté certaines sommes pour la fête. Si un homme a parfois un budget limité et que l'homme ne peut pas célébrer les fêtes – eh bien, l'argent ne suffit pas pour les fêtes, alors on peut le mettre de côté, pour célébrer les grandes fêtes avec cet argent mis de côté. Ainsi, tu arrives au lieu que le SEIGNEUR a choisi, et tu célèbres la fête là, toi et ta maison. Et qui ne faut-il pas oublier ?

וְהַלֵּוִי אֲשֶׁר־בִּשְׁעָרֶיךָ לֹא תַעַזְבֶנּוּ כִּי אֵין לוֹ חֵלֶק וְנַחֲלָה עִמָּךְ׃

vehalleví acher-bich'arékha lo ta'azvénnou ki en lo 'hélek vena'halá immákh

27 Et n'oublie pas (n'abandonne pas) le lévite qui est avec toi (dans tes portes), parce qu'il n'a ni portion ni part d'héritage avec toi.

Et le lévite, et sa famille, tu dois les inviter aussi, parce que sa part d'héritage – c'est Dieu, et tu dois prendre soin du lévite. C'est ainsi qu'il faut agir la première, la deuxième, la quatrième et la cinquième année du cycle de sept ans. Et la troisième et la sixième, il faut agir autrement.

מִקְצֵה שָׁלֹשׁ שָׁנִים תּוֹצִיא אֶת־כָּל־מַעְשַׂר תְּבוּאָתְךָ בַּשָּׁנָה הַהִוא וְהִנַּחְתָּ בִּשְׁעָרֶיךָ׃

miktsé chalóch chaním totsí et-kol-ma׳sár tevou'atekhá bachaná hahí vehinna'htá bich'arékha

28 À la fin de trois années, sors toute la dîme de ta récolte de cette année-là et dépose-la dans tes portes.

C'est-à-dire que la troisième et la sixième année du cycle de sept ans, tu ne vas pas avec toute ta récolte au lieu saint, mais tu distribues ta récolte aux pauvres sur ton lieu de résidence.

וּבָא הַלֵּוִי כִּי אֵין־לוֹ חֵלֶק וְנַחֲלָה עִמָּךְ וְהַגֵּר וְהַיָּתוֹם וְהָאַלְמָנָה אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ וְאָכְלוּ וְשָׂבֵעוּ לְמַעַן יְבָרֶכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּכָל־מַעֲשֵׂה יָדְךָ אֲשֶׁר תַּעֲשֶׂה׃

ouvá halleví ki en-ló 'hélek vena'halá immákh vehaggér vehayatóm veha'almaná achér bich'arékha ve'akheloú vesavéou lema'án yevarekhekhá adonáy elohékha bekhol-ma'assé yadekhá achér ta'assé

29 Et le lévite viendra, parce qu'il n'a pas de participation (de part d'héritage) avec toi, et l'étranger, et l'orphelin, et la veuve, qui sont dans tes portes, et ils mangeront et seront rassasiés, afin que le SEIGNEUR, ton Dieu, te bénisse dans toutes tes œuvres que tu feras.

Par étranger, on entend celui qui s'est joint à ton peuple et qui n'a peut-être pas de parents qui puissent le soutenir, qui n'a pas de lot de terre.

Ainsi, la première, la deuxième, la quatrième et la cinquième année, l'homme porte la seconde dîme au lieu saint, et là il célèbre la fête avec sa famille. La troisième et la sixième année, l'homme distribue la dîme aux pauvres dans sa ville. La première chose se fait pour que l'homme se rappelle et craigne Dieu, pour qu'il vienne en la présence de Dieu, célèbre la fête en la présence de Dieu et apprenne par là à Le craindre. Et au sujet de la seconde, il sera dit : si tu aides les pauvres, si tu fais preuve de sollicitude envers les pauvres, les veuves, les orphelins, les étrangers, les lévites, alors le SEIGNEUR bénira toute œuvre de tes mains. Voilà ce qui concerne les dîmes.

Ici se termine le chapitre 14, et nous allons lire le chapitre 15.

מִקֵּץ שֶׁבַע־שָׁנִים תַּעֲשֶׂה שְׁמִטָּה׃

mikkéts cheva-chaním ta'assé chemittá

1 Et à la fin de sept ans, fais ce qu'on appelle la chmita (la remise).

Le mot chmitá vient du verbe lichmót (lâcher des mains, laisser tomber, faire tomber des mains, rejeter des mains).

וְזֶה דְּבַר הַשְּׁמִטָּה שָׁמוֹט כָּל־בַּעַל מַשֵּׁה יָדוֹ אֲשֶׁר יַשֶּׁה בְּרֵעֵהוּ לֹא־יִגֹּשׂ אֶת־רֵעֵהוּ וְאֶת־אָחִיו כִּי־קָרָא שְׁמִטָּה לַיהוָה׃

vezé devár hachemittá chamót kol-bá'al maché yadó achér yaché bere'éhou lo-yiggós et-re'éhou ve'et-a'hív ki-kará chemittá ladonáy

2 Et voici en quoi consistera la remise : que relâche tout homme qui tient dans sa main ce qu'il a prêté à son prochain ; qu'il n'extorque pas son prochain et son frère, parce que la remise a été proclamée pour le SEIGNEUR.

Comment cela – tient dans sa main ? C'est-à-dire qu'il ressent de façon tactile comment il le récupérera. Et on peut aussi regarder cela autrement : comme s'il tenait de sa main l'argent qui se trouve maintenant chez un autre – chez celui à qui il l'a prêté ; il tient sa main dans la poche d'un autre ou dans la maison d'un autre, la sensation tactile d'une main serrée. Relâche la main, relâche, débarrasse-toi des sensations d'être propriétaire de ce que tu as prêté à quelqu'un. Si ce quelqu'un n'a pas pu te le rendre avant la septième année – relâche, relâche tout, repose-toi sur le SEIGNEUR, donne tout au SEIGNEUR. Nos rancœurs, certaines de nos inquiétudes, certaines de nos blessures de l'enfance ou de la vie adulte peuvent aussi nous tenir au niveau des sensations corporelles. Et d'elles aussi il vaut la peine de se libérer, elles aussi sont un serrement quelque part en nous – c'est ce que dit la psychologie. La Torah parle de la libération des dettes, de la libération du sentiment que quelqu'un te doit quelque chose. Et exactement de la même manière on peut se débarrasser des rancœurs et de certains traumatismes.

 Le mot yiggós, qui est employé ici, peut se traduire par extorquer, exiger par la force qu'on rende, à la différence de recouvrer. La dette que l'homme te doit, on peut la recouvrer, mais puisque tu l'as relâchée, l'exigence de restitution de la dette sera une extorsion.

אֶת־הַנָּכְרִי תִּגֹּשׂ וַאֲשֶׁר יִהְיֶה לְךָ אֶת־אָחִיךָ תַּשְׁמֵט יָדֶךָ׃

et-hannokhrí tiggós va'achér yihyé lekhá et-a'híkha tachmét yadékha

3 De l'homme d'une terre étrangère exige, mais pour ce qui sera chez ton frère, détends la main (lâche des mains, rejette de tes mains).

אֶפֶס כִּי לֹא יִהְיֶה־בְּךָ אֶבְיוֹן כִּי־בָרֵךְ יְבָרֶכְךָ יְהוָה בָּאָרֶץ אֲשֶׁר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן־לְךָ נַחֲלָה לְרִשְׁתָּהּ׃

éfes ki lo yihye-bekhá ev'yón ki-varékh yevarekhékha adonáy ba'árets achér adonáy elohékha noten-lekhá na'halá lerichtá

4 Qu'il n'y ait pas chez toi d'indigent, parce que de bénédiction le SEIGNEUR te bénira dans le pays que le SEIGNEUR, ton Dieu, te donne en part, pour que tu en hérites,

רַק אִם־שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע בְּקוֹל יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לִשְׁמֹר לַעֲשׂוֹת אֶת־כָּל־הַמִּצְוָה הַזֹּאת אֲשֶׁר אָנֹכִי מְצַוְּךָ הַיּוֹם׃

rak im-chamóa tichmá bekól adonáy elohékha lichmór la'asót et-kol-hammitsvá hazzót achér anokhí metsavvekhá hayom

5 Seulement si tu écoutes la voix du SEIGNEUR, ton Dieu, pour t'efforcer d'accomplir tout ce commandement que je te commande aujourd'hui,

כִּי־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בֵּרַכְךָ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר־לָךְ וְהַעֲבַטְתָּ גּוֹיִם רַבִּים וְאַתָּה לֹא תַעֲבֹט וּמָשַׁלְתָּ בְּגוֹיִם רַבִּים וּבְךָ לֹא יִמְשֹׁלוּ׃

ki-adonáy elohékha berakhekhá ka'achér dibber-lákh veha'avattá goyím rabbím ve'attá lo ta'avót oumachaltá begoyím rabbím ouvkhá lo yimchólou

6 Parce que le SEIGNEUR, ton Dieu, te bénit, comme Il te l'a dit, et tu prêteras à intérêt à beaucoup de peuples, et toi-même tu n'emprunteras pas à intérêt, et tu gouverneras, tu régneras sur beaucoup de peuples, et sur toi on ne régnera pas.

Grâce à la capacité de pardonner et de s'en remettre au Très-Haut, tu pourras continuer à prêter, à prêter aux gens d'autres pays. Ton économie se développera tellement que les gens d'autres pays emprunteront chez toi, et toi tu n'emprunteras pas chez eux. Tu auras du pouvoir sur eux, mais eux n'auront sur toi aucun pouvoir. Et que faire des pauvres dans ton propre peuple ?

כִּי־יִהְיֶה בְךָ אֶבְיוֹן מֵאַחַד אַחֶיךָ בְּאַחַד שְׁעָרֶיךָ בְּאַרְצְךָ אֲשֶׁר־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ לֹא תְאַמֵּץ אֶת־לְבָבְךָ וְלֹא תִקְפֹּץ אֶת־יָדְךָ מֵאָחִיךָ הָאֶבְיוֹן׃

ki-yihyé vekhá ev'yón me'a'hád a'hékha be'a'hád che'arékha be'artsekhá acher-adonáy elohékha notén lakh lo te'ammétsLa translittération russe porte ici « do » devant te'amméts ; l'hébreu a « lo » (ne pas), que nous suivons. et-levavekhá veló tikpóts et-yadekhá me'a'híkha ha'ev'yón

7 Et s'il y a chez toi un indigent, l'un de tes frères, dans l'une de tes portes (l'une de tes villes) dans ton pays que le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a donné, ne raidis pas ton cœur et ne serre pas ta main face à ton frère indigent.

De nouveau il est question de certaines sensations corporelles. Parfois il est si effrayant de donner quelque chose à un frère ou à un prochain. Et cela se ressent au niveau corporel, au niveau des micromouvements, au niveau du langage du corps, comme un serrement de la main. Et au lieu du serrement de la main, quel doit être le mouvement réflexe ?

כִּי־פָתֹחַ תִּפְתַּח אֶת־יָדְךָ לוֹ וְהַעֲבֵט תַּעֲבִיטֶנּוּ דֵּי מַחְסֹרוֹ אֲשֶׁר יֶחְסַר לוֹ׃

ki-fatóa'h tiftá'h et-yadekhá lo veha'avét ta'aviténnou de ma'hsoró achér ye'hsár lo

8 Mais en ouvrant, ouvre ta main pour lui, et en prêtant, prête-lui tout ce qui lui manque.

Pour lutter contre ta propre avidité, fais un effort, relâche la main, ouvre la main, laisse aller de ta main.

Et en prêtant, prête – cette répétition indique une action faite de bon cœur, c'est-à-dire de tout ton désir prête-lui (et je rappelle qu'au sein du peuple d'Israël, on ne peut prêter que sans intérêts). Aide-le à combler tout ce qui lui manque. Un homme peut décider que chez son frère tout va bien et que le frère fait simplement des caprices de repu, qu'en réalité, selon mes conceptions, puisque tu as du pain et de la margarine, et que là-bas j'ai vu chez toi quatre œufs dans le réfrigérateur, alors tu as assez de tout. Non, dit la Torah, toi, donne-lui tout ce qui lui manque. C'est-à-dire aide-le à atteindre au moyen de ton prêt, aide-le à atteindre le niveau qu'il veut atteindre, qui lui manque.

Pourquoi un tel avertissement est-il nécessaire ? En effet, on peut craindre que le frère fasse traîner sept ans et qu'ensuite il ne rende simplement pas la dette. Et c'est de cela que Moché avertit :

הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן־יִהְיֶה דָבָר עִם־לְבָבְךָ בְלִיַּעַל לֵאמֹר קָרְבָה שְׁנַת־הַשֶּׁבַע שְׁנַת הַשְּׁמִטָּה וְרָעָה עֵינְךָ בְּאָחִיךָ הָאֶבְיוֹן וְלֹא תִתֵּן לוֹ וְקָרָא עָלֶיךָ אֶל־יְהוָה וְהָיָה בְךָ חֵטְא׃

hichámer lekhá pen-yihyé davár im-levavekhá veliyá'al lemór karevá chenat-hachéva chenát hachemittá vera'á enekhá be'a'híkha ha'ev'yon veló tittén lo vekará alékha el-adonáy vehayá vekhá 'het

9 Garde-toi qu'il n'apparaisse une pensée impie dans ton cœur, disant : la septième année approche, l'année de la remise, et ton œil deviendra mauvais envers ton frère indigent ; et lui criera à ton sujet vers Dieu, et il y aura sur toi un péché.

Nous avons parlé du mot veliya'al (dans le commentaire du verset 14 du chapitre 13) – ce sont ceux qui n'ont aucune autorité au-dessus d'eux, les impies, c'est-à-dire qu'il ne t'apparaisse pas de pensée impie.

Et ton œil deviendra mauvais – nous avons parlé un jour de ce processus : d'abord le cœur se gâte, ensuite les yeux se gâtent. Les yeux voient et regardent comme le leur indique le cœur. Et l'homme peut penser : « Aha, il reste deux semaines avant le début de la septième année. 'Haïm est venu et demande de lui prêter de l'argent, parce qu'il compte aller quelque part et acheter de la marchandise. Il ne me rendra bien sûr pas cet argent, tout cela n'est que jeu et esbroufe. En réalité, il ne m'emprunte pas d'argent. Car il dit : je t'emprunte et je pars pour un mois, et dans deux semaines – l'année de chmita (l'année de la remise), et je devrai lui remettre sa dette. Mais ce 'Haïm – c'est simplement un fripon et un filou. » Moché dit que c'est une pensée erronée. Et ces yeux qui t'induisent en erreur, ils t'induisent en erreur parce que ton cœur s'est déjà un peu gâté. Que faire dans ce cas ?

נָתוֹן תִּתֵּן לוֹ וְלֹא־יֵרַע לְבָבְךָ בְּתִתְּךָ לוֹ כִּי בִּגְלַל הַדָּבָר הַזֶּה יְבָרֶכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּכָל־מַעֲשֶׂךָ וּבְכֹל מִשְׁלַח יָדֶךָ׃

natón tittén lo velo-yerá levavekhá betittekhá lo ki biglál haddavár hazzé yevarekhekhá adonáy elohékha bekhol-ma'assékha ouvkhól michlá'h yadékha

10 En donnant, donne-lui, et que ton cœur ne soit pas mauvais quand tu lui donneras, car grâce à cela le SEIGNEUR, ton Dieu, te bénira dans toutes tes œuvres et dans tout ce que tu feras.

En donnant, donne – c'est-à-dire, dans un élan du cœur, donne-lui. Exactement comme nous l'avons dit : relâche la main et donne de bon cœur. Et ici, c'est la même chose : fais un effort sur ton cœur, sur tes yeux, fais un micromouvement dans l'autre sens – et donne. Car grâce à cela le SEIGNEUR te bénira dans tout ce que tu fais dans ta vie : dans l'éducation des enfants, dans l'organisation de la famille, peut-être dans l'aménagement de la maison, dans toutes tes affaires quotidiennes et dans ton activité professionnelle, aux champs, au jardin ou en ville. Moché dit ici : « N'aie pas peur que 'Haïm ne te rende pas cet argent. Plus important que l'argent, plus important peut-être que le fait que 'Haïm ne te rende pas ta dette – la bénédiction du Très-Haut. Tu ne seras pas perdant du fait que tu prêtes de l'argent à 'Haïm ».

כִּי לֹא־יֶחְדַּל אֶבְיוֹן מִקֶּרֶב הָאָרֶץ עַל־כֵּן אָנֹכִי מְצַוְּךָ לֵאמֹר פָּתֹחַ תִּפְתַּח אֶת־יָדְךָ לְאָחִיךָ לַעֲנִיֶּךָ וּלְאֶבְיֹנְךָ בְּאַרְצֶךָ׃

ki lo-ye'hdál ev'yon mikkérev ha'árets al-kén anokhí metsavekhá lemór patóa'h tiftá'h et-yadekhá le'a'híkha la'aniyékha oul'ev'yonekhá be'artsékha

11 Jamais les indigents ne disparaîtront du pays, c'est pourquoi je te commande, disant : d'un effort ouvre ta main à ton frère, à ton pauvre et à ton indigent dans ton pays.

C'est-à-dire que tu auras tout le temps des indigents dont tu dois prendre soin, afin qu'ils ne soient pas indigents. Il t'incombe que les indigents cessent d'être indigents, cela ne cessera jamais. Je prévois les questions, et effectivement surgit un dilemme très sérieux quand apparaît dans notre vie quelqu'un qui emprunte de l'argent. Il emprunte encore et encore, sans jamais rendre. Et je pense : il faut se rappeler que personne n'a aboli le bon sens. Il y a un homme qui ne s'en sort pas avec son budget, parce qu'il n'y arrive pas. Il travaille, mais il ne peut pas subvenir à ses propres besoins, il n'arrive pas à entretenir sa famille, et il est vraiment défavorisé, il est vraiment indigent, il est vraiment pauvre, et il a besoin d'aide pour se rétablir, pour cesser d'être pauvre. Et il y a une différence entre un tel homme et un homme qui prend en se fondant sur le fait qu'il est pauvre, et veut rester pauvre, indigent, pour emprunter de l'argent. Et il faut, bien sûr, avec un cœur pur devant le Très-Haut, vérifier ce qui se passe, qui s'adresse à toi, et prendre une décision sur cette base. Et il arrive qu'un homme se soit tellement appauvri, Dieu nous en garde, qu'il est contraint de se vendre comme esclave.

כִּי־יִמָּכֵר לְךָ אָחִיךָ הָעִבְרִי אוֹ הָעִבְרִיָּה וַעֲבָדְךָ שֵׁשׁ שָׁנִים וּבַשָּׁנָה הַשְּׁבִיעִת תְּשַׁלְּחֶנּוּ חָפְשִׁי מֵעִמָּךְ׃

ki-yimmakhér lekhá a'híkha ha'ivrí o ha'ivriyá va'avadekhá chech chaním ouvachaná hachevi'ít techalle'hénnou 'hofchí me'immákh

12 Si ton frère se vend à toi, un Hébreu ou une Hébreue, qu'il te serve six ans, et la septième année renvoie-le libre de chez toi.

Même si un homme s'est vendu lui-même comme esclave pour ses dettes, s'est engagé chez toi comme travailleur et a dit : « Je te servirai pour mes dettes », alors, quel que soit le montant des dettes, à la fin de la sixième année tu dois le laisser partir. Plus encore :

וְכִי־תְשַׁלְּחֶנּוּ חָפְשִׁי מֵעִמָּךְ לֹא תְשַׁלְּחֶנּוּ רֵיקָם׃

vekhi-techalle'hénnou 'hofchí me'immákh lo techalle'hénnou rekám

13 Et quand tu le laisseras partir libre de chez toi, ne le renvoie pas vide.

On peut dire : « Bon, tu t'es vendu à moi comme esclave pour tes dettes. Tu as travaillé six ans. C'est encore peu par rapport à ce que tu me dois. Et c'est pourquoi rassemble simplement tes affaires et rentre chez toi, tu es libre, la septième année est arrivée. » Mais la Torah dit ici : non, il ne sera pas possible de le renvoyer chez lui les mains vides.

הַעֲנֵיק תַּעֲנִיק לוֹ מִצֹּאנְךָ וּמִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ אֲשֶׁר בֵּרַכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ תִּתֶּן־לוֹ׃

ha'anék ta'aník lo mittsonekhá oumiggornekhá oumiyikvékha achér berakhekhá adonáy elohékha titten-ló

14 Mais en faisant présent, fais-lui présent de ton petit bétail, et de ton grenier à céréales, et de ton pressoir – de tout ce dont le SEIGNEUR, Dieu, t'a béni, donne-lui.

Mais en faisant présent, fais présent – ici nous rencontrons souvent ces mots qui se répètent. C'est-à-dire, de toute ton âme, apprends-toi à lui faire présent avec joie : relâche la main, purifie le cœur et, en le laissant partir, laisse partir aussi quelque chose de toi avec lui.

 Pour qu'il te soit plus facile de te détendre et de donner, souviens-toi : c'est ce dont le SEIGNEUR t'a béni, c'est, au fond, ce qui est du SEIGNEUR.

וְזָכַרְתָּ כִּי עֶבֶד הָיִיתָ בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם וַיִּפְדְּךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ עַל־כֵּן אָנֹכִי מְצַוְּךָ אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה הַיּוֹם׃

vezakhartá ki éved hayíta be'érets mitsráyim vayifdekhá adonáy elohékha al-kén anokhí metsavekhá et-haddavár hazzé hayom

15 Et souviens-toi en cela que tu as été esclave au pays d'Égypte, et le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a racheté, c'est pourquoi je te commande cela aujourd'hui.

Souviens-toi de cela même après de nombreuses générations. À l'époque du Premier Temple ou à l'époque du Second Temple, quand déjà plus de mille ans séparent l'homme de l'esclavage au pays d'Égypte, laisse-toi guider par le fait que tu as été esclave au pays d'Égypte, tu as été esclave et on t'a libéré. Ce n'est pas ton histoire – c'est ton génocode. Moi, le SEIGNEUR, j'inscris dans ton ADN, dans ton génocode, de te souvenir de cela et donc de libérer ton esclave. Et non seulement de le libérer la septième année, mais de le libérer et de lui faire des cadeaux.

Et s'il arrive que l'homme s'habitue à vivre chez toi pour diverses raisons ?

וְהָיָה כִּי־יֹאמַר אֵלֶיךָ לֹא אֵצֵא מֵעִמָּךְ כִּי אֲהֵבְךָ וְאֶת־בֵּיתֶךָ כִּי־טוֹב לוֹ עִמָּךְ׃

vehayá ki-yomár elékha lo etsé me'immákh ki ahevékha ve'et-betékha ki-tóv lo immákh

16 Et s'il te dit : « Je ne m'en irai nulle part de chez toi (peut-être aussi que l'homme n'a nulle part où aller), parce que je t'aime, toi et ta maison », et il le dira parce qu'il est bien avec toi,

וְלָקַחְתָּ אֶת־הַמַּרְצֵעַ וְנָתַתָּה בְאָזְנוֹ וּבַדֶּלֶת וְהָיָה לְךָ עֶבֶד עוֹלָם וְאַף לַאֲמָתְךָ תַּעֲשֶׂה־כֵּן׃

velaka'htá et-hammartséya venatattá ve'oznó ouvaddélet vehayá lekhá éved olám ve'áf la'amatekhá ta'asse-kén

17 Prends le poinçon et perce son oreille contre la porte, et il sera pour toi esclave pour toujours, et avec une esclave agis de même.

C'est-à-dire que peu importe le sexe de l'esclave, s'il veut rester : qu'il soit homme ou femme, on lui perce l'oreille à la porte et il devient esclave pour toujours. Du point de vue, pour ainsi dire, du propriétaire d'esclaves, cela signifie que si l'homme qui s'est vendu comme esclave veut que le propriétaire d'esclaves prenne la responsabilité de lui pour toute sa vie, le propriétaire d'esclaves doit le faire. Il ne lui est pas permis de dire : « Non, tes années sont terminées – tu es libre. Va-t'en, je ne veux plus t'entretenir. » Même si cet esclave est vieux et même si, pour le propriétaire d'esclaves, il ne sert pas à grand-chose.

Il y a une explication intéressante sur la raison pour laquelle on perce l'oreille de l'homme. On dit ainsi : l'oreille qui a entendu les paroles au Sinaï, l'oreille qui a entendu que nous sommes esclaves du SEIGNEUR, mais qui a décidé de devenir esclave d'un homme, est percée en guise de punition. Bien sûr, par l'oreille on entend l'homme, et l'oreille ne reflète qu'une certaine qualité de l'homme – l'écoute de la voix de Dieu. Et si l'homme s'en va tout de même ?

לֹא־יִקְשֶׁה בְעֵינֶךָ בְּשַׁלֵּחֲךָ אֹתוֹ חָפְשִׁי מֵעִמָּךְ כִּי מִשְׁנֶה שְׂכַר שָׂכִיר עֲבָדְךָ שֵׁשׁ שָׁנִים וּבֵרַכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּכֹל אֲשֶׁר תַּעֲשֶׂה׃

lo-yikché ve'enékha bechalle'hakhá otó 'hofchí me'immákh ki michné sekhár sakhír avadekhá chech chaním ouverakhekhá adonáy elohékha bekhól achér ta'assé

18 Que cela ne soit pas pénible à tes yeux, quand tu le renvoies libre de chez toi, car il a travaillé pour toi à la place de deux ouvriers salariés pendant six ans, et le SEIGNEUR te bénira en tout ce que tu feras.

Ici il est question des sentiments, c'est-à-dire qu'on ne dit pas simplement à l'homme : laisse partir, laisse partir, et peu importe totalement comment tu te sens alors. Non, il y a à cela aussi un autre côté : tu ne dois pas simplement faire, mais faire avec certains sentiments. C'est très important. Pour recevoir la bénédiction du SEIGNEUR, il ne faut pas simplement laisser partir l'esclave, pas simplement dire : « J'ai fait ce que Tu m'as ordonné – je l'ai laissé partir. Plus encore, je lui ai même donné des cadeaux. Oh, comme c'est dur pour moi ! Bénis-moi donc maintenant. » Non, il faut le laisser partir et ne pas ressentir ce poids. Laisser partir son esclave d'un cœur léger, laisser partir ses traumatismes d'un cœur léger, laisser partir ses rancunes d'un cœur léger. Quand il s'agit vraiment de laisser partir, et non d'une quelconque action formelle, alors seulement vient la bénédiction du Très-Haut.

À partir du verset 19 commence un autre thème.

כָּל־הַבְּכוֹר אֲשֶׁר יִוָּלֵד בִּבְקָרְךָ וּבְצֹאנְךָ הַזָּכָר תַּקְדִּישׁ לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ לֹא תַעֲבֹד בִּבְכֹר שׁוֹרֶךָ וְלֹא תָגֹז בְּכוֹר צֹאנֶךָ׃

kol-habbekhór achér yivvaléd bivkarekhá ouvtsonekhá hazzakhár takdích ladonáy elohékha lo ta'avód bivkhór chorékha veló tagóz bekhór tsonékha

19 Tout premier-né qui naîtra chez ton gros bétail et chez ton petit bétail, de sexe masculin, consacre-le au SEIGNEUR, ton Dieu. Ne travaille pas avec le premier-né de ton bœuf et ne tonds pas la laine du premier-né de ton petit bétail, des brebis et des chèvres.

Le premier-né du bétail est consacré au SEIGNEUR et, par conséquent, il est remis aux kohanim.

לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ תֹאכֲלֶנּוּ שָׁנָה בְשָׁנָה בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר יְהוָה אַתָּה וּבֵיתֶךָ׃

lifné adonáy elohékha tokhalénnou chaná vechaná bammakóm acher-yiv'hár adonáy attá ouvetékha

20 Mais devant le SEIGNEUR, ton Dieu, mange-le d'année en année au lieu que choisira le SEIGNEUR, toi et ta maison.

Et puisqu'il est question ici des premiers-nés du bétail qui sont remis au kohen, alors, apparemment, mange, toi et ta maison est dit aussi à son sujet. Le kohen et ceux qui vivent chez lui ont le droit de manger de cette viande.

וְכִי־יִהְיֶה בוֹ מוּם פִּסֵּחַ אוֹ עִוֵּר כֹּל מוּם רָע לֹא תִזְבָּחֶנּוּ לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ׃

vekhi-yihyé vo moum pisséya'h o ivvér kol moum ra lo tizba'hénnou ladonáy elohekha

21 Et s'il y a en lui quelque défaut – boiteux ou aveugle, et tout autre défaut, alors ne l'offre pas en sacrifice au SEIGNEUR, ton Dieu.

בִּשְׁעָרֶיךָ תֹּאכֲלֶנּוּ הַטָּמֵא וְהַטָּהוֹר יַחְדָּו כַּצְּבִי וְכָאַיָּל׃

bich'arékha tokhalénnou hattamé vehattahór ya'hdáv kattseví vekha'ayál

22 Mais mange-le dans tes portes, le pur et l'impur ensemble, comme on mange le cerf ou le chamois.

רַק אֶת־דָּמוֹ לֹא תֹאכֵל עַל־הָאָרֶץ תִּשְׁפְּכֶנּוּ כַּמָּיִם׃

rak et-damó lo tokhél al-ha'árets tichpekhénnou kammáyim

23 Seulement ne mange pas son sang, verse-le sur la terre, comme de l'eau.

Pourquoi, après tous ces commandements, vient le commandement sur les premiers-nés ? C'est toujours une joie (rappelons-nous le chat Matroskine, quand la vache a eu un veau) quand un premier-né naît dans le bétail, et il est souvent difficile de le consacrer au Très-Haut. Et ici, c'est la même exigence, liée au fait de surmonter sa propre avidité, de surmonter son propre désir de ne pas donner, de retenir. Et il est dit : oui, c'est le Très-Haut qui te l'a donné ; si tu consacres cela au Très-Haut, alors tu verras une plus grande bénédiction, donne-le au kohen. Et le kohen, par conséquent, doit considérer cela comme saint, le percevoir comme une bénédiction de Dieu et le manger devant Dieu dans la crainte, dans la sainteté, dans la pureté.

Saints et satisfaits

Dévarim 16,1–8

Avec l'aide de Dieu, nous poursuivons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire Ré'é et nous lirons à partir du verset 1 du chapitre 16 de notre livre Dévarim.

שָׁמוֹר אֶת־חֹדֶשׁ הָאָבִיב וְעָשִׂיתָ פֶּסַח לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ כִּי בְּחֹדֶשׁ הָאָבִיב הוֹצִיאֲךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ מִמִּצְרַיִם לָיְלָה׃

chamór et-'hodech ha'avív ve'assíta péssa'h ladonáy elohékha ki be'hódech ha'avív hotsi'akhá adonáy elohékha mimmitsráyim láyla

1 Observe (garde) le mois d'aviv, et tu feras Pessa'h au SEIGNEUR, ton Dieu, car au mois d'aviv le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a fait sortir d'Égypte de nuit.

Comment peut-on observer ou garder un mois ? Cette phrase a suscité de très nombreuses controverses.

Certains disent ceci : puisque aviv, le premier mois de l'année, pendant lequel nous célébrons la fête de Pessa'h, exige un très grand travail dans le service du Très-Haut (il faut purifier la maison du levain, préparer le sacrifice pascal, abattre le sacrifice pascal, aller à Jérusalem), Moché commence par une telle introduction. Garde le mois d'aviv a ici le sens de garde tous les commandements du mois d'aviv, prépare-toi à l'avance pour lui, accorde de l'attention à ce mois et de cette manière observe-le.

D'autres disent qu'ici il faut mettre l'accent précisément sur le mot ha'aviv en tant que saison de l'année. Nous lisons qu'aviv – c'est l'orge qui monte en épis. Et c'est pourquoi il y a ceux qui disent qu'aviv – c'est le temps où l'orge monte en épis et que c'est précisément à ce moment qu'il faut célébrer la fête de Pessa'h, précisément à ce moment qu'il faut fixer le mois d'aviv. Mais le mot aviv a un sens plus large et peut d'une manière générale signifier floraison. Ainsi, nous rencontrons dans le livre de Iyov le mot vé'ibo (en plein épanouissement). Dans le Tanakh, il y a la ville de Tel-Aviv, en l'honneur de laquelle est nommée la Tel-Aviv moderne – la colline verdoyante. Si l'on parle des autres langues sémitiques, il y a encore une ville qui contient dans son nom le mot aviv, bien que ce ne soit pas si évident si l'oreille n'est pas assez musicale pour les langues sémitiques. C'est la ville d'Addis-Abeba. Le mot addis est apparenté au mot hébreu 'hadach (nouveau), dont, d'ailleurs, provient aussi le mot 'hodech (mois). Et le mot abéba signifie fleur. Ainsi, aviv peut signifier le printemps, la floraison, le verdissement en général, et pas obligatoirement, ou pas du tout obligatoirement, le verdissement précisément de l'orge. Et alors on peut dire : chaque fois que l'herbette verdit, que le soleil brille, quand commence le printemps, souviens-toi qu'arrive aviv et prépare-toi pour Pessa'h.

Encore une opinion : aviv, le premier mois du calendrier juif, il est important de le garder précisément en ce mois, il est important qu'il soit précisément au printemps, parce qu'en Égypte, quand nous en sommes sortis, c'était le mois du bonheur. Les Égyptiens considéraient, selon cette opinion, le Bélier comme leur divinité principale. Et le temps de la constellation du Bélier selon le zodiaque était pour eux le temps le plus heureux. Le SEIGNEUR a fait en sorte qu'au mois du Bélier (au mois où le Bélier est en plein épanouissement, où il protège, selon la mythologie égyptienne, l'Égypte) les Juifs ont abattu des béliers et le peuple d'Israël est sorti d'Égypte. C'est une victoire particulière, il faut s'en souvenir particulièrement.

Selon la tradition, les sages (du moins, autant que nous le sachions, depuis l'époque du Second Temple) s'efforçaient d'accorder le calendrier lunaire avec les calendriers luni-solaire et solaire, de sorte qu'aviv tombe vraiment toujours au printemps, c'est-à-dire au temps après l'équinoxe de printemps. Pour que cela se produise régulièrement, une fois tous les quelques ans on ajoutait à l'année encore un mois supplémentaire, adar. Le douzième mois de l'année, le dernier mois de l'année, celui qui précède le mois d'aviv, c'est adar. S'il advenait, comme le montraient les calculs, qu'après adar le printemps ne soit pas encore arrivé, que la floraison ne soit pas encore arrivée, alors on déclarait l'année bissextile et on ajoutait à adar encore un mois. Pour approfondir cela, il faut connaître profondément l'astronomie, et, sans doute, nous ne nous y plongerons pas. Disons seulement qu'il y avait beaucoup de différents autres calendriers en usage. Par exemple, il y avait le calendrier de Qumrân, où le premier mois, nissan, commençait toujours un mercredi, le quatrième jour de la création, où fut créé le soleil. Et selon ce calendrier, il se trouvait que Pessa'h tombait tout le temps un Chabbat, et, par conséquent, Chavouot tombait toujours un dimanche. Il y avait encore d'autres calendriers. Comment cela est lié à Chavouot et pourquoi cela doit être lié à Chavouot (à la Pentecôte), nous en parlerons encore. Bref, cette phrase : observe le mois d'aviv a suscité de très nombreuses controverses.

Plus loin, c'est encore plus intéressant. Pourquoi n'est-il pas écrit que le 14 au crépuscule il faut faire le sacrifice de Pessa'h ? Si quelqu'un lit ce verset sans connaître tout ce qui est écrit auparavant, on peut penser que 'hodech signifie précisément la nouvelle lune d'aviv (de nissan), et que c'est précisément le premier jour qu'il faut faire le sacrifice de Pessa'h. Pourquoi Moché a-t-il choisi de le raconter précisément ainsi au peuple d'Israël ? Parce qu'ici Moché ne parle pas du temps des fêtes, il n'est pas question ici de chronologie. Il est question dans notre chapitre, dans notre section, de sainteté et d'abondance, de savoir si un festin organisé à Jérusalem est honteux ou s'il peut être saint. Quand un homme est béni de viande et de fruits de la terre, sera-ce un acte saint de venir et de célébrer cela à Jérusalem ? Et ici la Torah dit que la sainteté n'est pas dans l'ascétisme, pas seulement dans l'ascétisme, qu'on peut venir et célébrer à Jérusalem. Voilà de quoi il est question ici.

Ainsi donc, souviens-toi du mois d'aviv et fais Pessa'h au SEIGNEUR, ton Dieu. Et ensuite, c'est aussi une phrase très étrange. Que signifie que le SEIGNEUR t'a fait sortir d'Égypte de nuit ? Il semble que nous nous souvenions qu'il avait été ordonné aux Juifs de rester dans les maisons jusqu'au matin, et ce n'est que le matin que les Juifs commencèrent à sortir d'Égypte. Pourquoi donc est-il dit ici que c'était de nuit ? Pharaon a laissé partir le peuple de nuit. Au milieu de la nuit, il s'est réveillé et, sous la pression de toute l'Égypte (parce que toutes les places d'Égypte étaient remplies de cortèges funèbres et de manifestations contre Pharaon exigeant de laisser partir immédiatement les Juifs), c'est précisément de nuit que Pharaon a laissé partir les Juifs, et à partir de ce moment, peut-on dire, la libération a eu lieu. Cependant, nous reviendrons encore sur cette question dans notre discussion. Et puisque cela est arrivé de nuit, et puisque le premier sacrifice a été mangé de nuit, nous pouvons dire ici que de là vient aussi un tel ordre – manger le sacrifice pascal aussi de nuit.

וְזָבַחְתָּ פֶּסַח לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ צֹאן וּבָקָר בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר יְהוָה לְשַׁכֵּן שְׁמוֹ שָׁם׃

vezavá'hta péssa'h ladonáy elohékha tson ouvakár bammakóm achér yiv'hár adonáy lechakkén chemó cham

2 Et abats le Pessa'h au SEIGNEUR, ton Dieu, du petit bétail et du gros bétail, au lieu que choisira le SEIGNEUR pour la demeure de Son nom.

Il est aussi très étrange de lire du petit bétail et du gros bétail. Nous savons qu'à Pessa'h on offre en sacrifice un agneau. Pourquoi parlons-nous soudain du petit bétail et du gros bétail ? D'où est venu le gros bétail ? Le fait est qu'ici Moché ne se donne pas pour but la description des sacrifices, ils sont décrits ailleurs. Ici Moché décrit la fête. Tu es venu à la fête, tu as apporté le sacrifice pascal – tu as bien fait. En plus de cela, célèbre ! Abats du gros bétail, du petit bétail, célèbre avec ta famille. Es-tu venu célébrer pour sept jours ou, peut-être, es-tu venu célébrer pour un nombre de temps moindre ? Eh bien, célèbre de tout cœur, festoie et abats, si tu en as envie, si cela plaît à ton âme, aussi du gros bétail, célèbre avec ta famille.

לֹא־תֹאכַל עָלָיו חָמֵץ שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל־עָלָיו מַצּוֹת לֶחֶם עֹנִי כִּי בְחִפָּזוֹן יָצָאתָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם לְמַעַן תִּזְכֹּר אֶת־יוֹם צֵאתְךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם כֹּל יְמֵי חַיֶּיךָ׃

lo-tokhál aláv 'haméts chiv'át yamím tokhal-aláv mattsót lé'hem óni ki ve'hippazón yatsáta me'érets mitsráyim lemá'an tizkór et-yom tsetékha me'érets mitsráyim kol yemé 'hayékha

3 Ne mange avec cela rien de levé ; sept jours mange avec cela des pains azymes, le pain de pauvreté, parce que tu es sorti en hâte du pays d'Égypte, afin que tu te souviennes du jour de ta sortie du pays d'Égypte tous les jours de ta vie.

On ne peut pas dire que les pains azymes soient, dans leur fabrication, beaucoup moins chers que d'autres galettes. On peut faire des galettes qui ne seront pas beaucoup plus chères que la matsa. Qu'entend-on donc ici par pain de pauvreté ? Un pain qu'on mange comme les pauvres. On considère (à l'époque, apparemment, c'était une tradition) que les pauvres rompent le pain, ne mangent pas d'un pain entier, il leur revient des morceaux de pain. Exactement de la même façon, la matsa se rompt, on la mange par morceaux. Et toi, exactement de la même façon, tu mangeras. Tu mangeras cette viande, symbole d'abondance, avec le pain de pauvreté, avec le souvenir que tu as été autrefois esclave, et que tout n'a pas toujours été bien pour toi. Pourquoi mangeait-on à l'origine la matsa ? Ici Moché rappelle : parce que tu es sorti en hâte du pays d'Égypte. Eh bien, tout le monde, sans doute, connaît cette histoire, qui est décrite dans le livre Chémot. Le mot 'hippazon signifie hâte, vitesse surnaturelle, c'est-à-dire quelque chose qui se produit de façon miraculeuse. Et ce n'est pas seulement le pain de pauvreté, c'est aussi le pain du souvenir du miracle, c'est pour cela qu'il faut pendant sept jours manger cette viande avec les pains azymes.

וְלֹא־יֵרָאֶה לְךָ שְׂאֹר בְּכָל־גְּבֻלְךָ שִׁבְעַת יָמִים וְלֹא־יָלִין מִן־הַבָּשָׂר אֲשֶׁר תִּזְבַּח בָּעֶרֶב בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן לַבֹּקֶר׃

velo-yera'é lekhá se'ór bekhol-gevoulekhá chiv'át yamím velo-yalín min-habbassár achér tizbá'h ba'érev bayom harichón labbóker

4 Que le levain ne tombe pas sous tes yeux dans toutes tes frontières pendant sept jours, et que ne passe pas la nuit chez toi la viande que tu abattras le soir du premier jour, jusqu'au matin.

C'est-à-dire que tout ce que tu as abattu dès le soir, mange-le jusqu'au matin. C'est ainsi qu'agissent les gens qui festoient, ils ne comptent pas qu'il restera du festin quelque chose pour le lendemain.

לֹא תוּכַל לִזְבֹּחַ אֶת־הַפָּסַח בְּאַחַד שְׁעָרֶיךָ אֲשֶׁר־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ׃

lo toukhál lizbóa'h et-happássa'h be'a'hád che'arékha acher-adonáy elohékha notén lakh

5 Tu ne peux pas (tu n'as pas le droit) abattre le sacrifice pascal dans l'une des portes que le SEIGNEUR, ton Dieu, t'a données.

Tu ne peux pas abattre le sacrifice pascal chez toi dans ta ville, tu dois venir au lieu que choisira le SEIGNEUR.

כִּי אִם־אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְשַׁכֵּן שְׁמוֹ שָׁם תִּזְבַּח אֶת־הַפֶּסַח בָּעָרֶב כְּבוֹא הַשֶּׁמֶשׁ מוֹעֵד צֵאתְךָ מִמִּצְרָיִם׃

ki im-el-hammakóm acher-yiv'hár adonáy elohékha lechakkén chemó cham tizbá'h et-happéssa'h ba'árev kevó hachémech mo'éd tsetekhá mimmitsráyim

6 Mais au lieu que choisira le SEIGNEUR, ton Dieu, pour y placer Son nom, là tu abattras le Pessa'h le soir, quand le soleil se couchera, au temps de ta sortie d'Égypte.

Ici encore il y a quelque chose d'étrange : érev – c'est le soir ; kévo hachémech – c'est chkia (le couchant, le coucher du soleil). Et ce sont des moments différents : il y a le coucher du soleil, il y a la sortie des étoiles. Nous avons lu ailleurs dans la Torah qu'il faut abattre le sacrifice ben ha'arbayim – au crépuscule, justement entre le coucher du soleil et le soir.

Les commentateurs disent qu'ici il est question de choses différentes : l'une concerne le moment où manger le sacrifice, l'autre le moment où abattre le sacrifice. Mais de nouveau je rappellerai qu'ici Moché ne parle pas de chronologie, mais parle d'abondance. C'est pourquoi il s'agit un peu d'autre chose (bien que, bien sûr, l'explication selon laquelle l'une concerne l'abattage, l'autre le moment où manger ce sacrifice, soit juste). Mais pourquoi donc est-il écrit ici que c'est le temps de la sortie d'Égypte ? Bien, nous avons dit la dernière fois que la nuit est le temps de la sortie d'Égypte, parce que de nuit Pharaon a donné au peuple la permission de sortir d'Égypte, et c'est une victoire de la politique internationale, et on peut considérer cela comme le temps de la délivrance. Pourquoi donc est-il dit ici que le temps de l'abattage du sacrifice pascal est le temps de ta sortie d'Égypte ? Représentez-vous un esclave qui a été esclave deux centaines d'années et plus, et voilà qu'il abat la divinité de ce peuple chez lequel il était esclave – il abat un agneau. C'est une libération intérieure. C'est pourquoi, au moment où le sacrifice pascal était abattu, cet abattage du sacrifice était accompagné d'un chant de libération. On y voyait le commencement des commencements de la libération, le commencement des commencements de la sortie du peuple d'Égypte. C'est pourquoi le temps où l'on a abattu le sacrifice est le temps de la libération. Et de nouveau il est intéressant que Moché dise d'abord de nuit, puis dise le soir, au moment de l'abattage du sacrifice. À chaque moment, regarde et trouve-toi une place dans l'âme, un motif dans l'âme pour la fête. En tout ce que tu fais, regarde et apprends à voir les étapes de la délivrance. Pour quoi faire ? Pour célébrer devant le SEIGNEUR, pour te réjouir et être dans l'allégresse devant le SEIGNEUR, voilà pour quoi.

וּבִשַּׁלְתָּ וְאָכַלְתָּ בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בּוֹ וּפָנִיתָ בַבֹּקֶר וְהָלַכְתָּ לְאֹהָלֶיךָ׃

ouvichaltá ve'akhaltá bammakóm achér yiv'hár adonáy elohékha bo oufaníta vabbóker vehalakhtá le'ohalékha

7 Et tu feras bouillir, et tu mangeras au lieu que choisira le SEIGNEUR ; et tu te retourneras le matin, et tu iras dans ta tente.

On peut dire : attendez, attendez, que signifie ouvichalta – et tu feras bouillir ? Comment ça, tout à coup – tu feras bouillir ? Car nous disons et répétons que le sacrifice pascal est un sacrifice rôti au feu, on ne peut pas le faire bouillir. Il y a un autre sacrifice, qui se prépare avant le sacrifice pascal, le sacrifice 'haguiga (de fête), celui-là on peut le faire bouillir. Rabbi Chlomo Yits'haki (Rachi), auquel nous nous référons souvent, dit ici que le mot bichalta (tu as fait bouillir) signifie tu as préparé, et par la préparation on entend le rôtissage au feu. C'est une compréhension possible, mais pas la seule, parce qu'il reste quand même la question de savoir pourquoi la Torah emploie précisément ce verbe. Je le répète encore, il n'est pas question ici seulement des sacrifices, il est question ici de la célébration, du festin. Et puisque, en plus du sacrifice pascal, tu abats encore des taureaux et, peut-être, des boucs, tu prépares encore beaucoup, beaucoup de viande pour toi et pour tous tes amis, alors fais-la bouillir et célèbre. Célèbre ton abondance, mange, n'aie pas honte de manger de la viande dans le lieu le plus saint – dans le lieu qu'a choisi le SEIGNEUR. Et cette viande, tu peux la manger bouillie, fumée, mijotée, sous forme de goulache, de plov et comme bon te semble.

Plus loin. De quel matin est-il question ? Est-ce que nous avons fini de manger le sacrifice pascal, fini de célébrer ? Et quoi, maintenant, tôt le matin, en la fête du premier jour de Pessa'h, l'homme sellera son âne, hissera sa famille sur les ânes, et toute la famille se mettra en route en direction de sa tente, de sa maison, qui peut se trouver à deux cents kilomètres d'ici ? Ou bien, on peut penser que l'homme dresse sa tente près de Jérusalem et va manger quelque part à un festin commun. Il n'est question ici, bien sûr, ni de l'un ni de l'autre. Il est question de ce que l'homme doit passer à Jérusalem deux nuits. C'est-à-dire que le premier jour, nous le célébrons tout entier, et, quand le premier jour de Pessa'h est terminé, quand est terminé le premier jour, où il est interdit de faire tout travail, nous ne crions pas avec joie : « Hourra ! Le jour est terminé ! On peut maintenant enfin monter sur les ânes et rentrer chacun chez soi, juste pour le matin nous serons à la maison ! » Non, tu passeras encore la nuit et seulement le matin tu iras chez toi. C'est-à-dire que le matin du premier jour après la fin de la fête de Pessa'h tu iras chez toi.

Et le verset suivant contient lui aussi des mots étranges.

שֵׁשֶׁת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עֲצֶרֶת לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ לֹא תַעֲשֶׂה מְלָאכָה׃

chéchet yamím tokhál mattsót ouvayom hachevi'í atséret ladonáy elohékha lo ta'assé melakhá

8 Six jours mange des pains azymes, et le septième jour – fête au SEIGNEUR, ton Dieu, n'y fais aucun travail.

Or nous avons dit auparavant qu'il faut manger des pains azymes sept jours (Chémot 13,6, Vayikra 23,6). Pourquoi soudain est-il question ici de six ? Ce n'est en réalité pas une exception, mais un certain ajout. Six jours mange des pains azymes – ce n'est pas un ordre de manger des pains azymes sans interruption durant les six jours entiers ou de manger des pains azymes sans interruption durant les sept jours entiers. Mais puisque nous pouvons en conclure que le septième jour l'homme peut manger, mais peut aussi ne pas manger, alors les six jours doivent être compris exactement de la même façon. Durant les sept jours entiers tu peux manger des pains azymes. Tu ne peux pas manger de pain, on n'a pas le droit de manger du pain aigre, du pain levé. Mais les pains azymes, tu peux en manger, et tu peux aussi ne pas en manger. Si tu veux manger du pain, mange du pain azyme. Si tu ne veux pas, n'en mange pas du tout. Quand y a-t-il l'obligation de manger des pains azymes ? Seulement avec le premier sacrifice de Pessa'h, seulement avec lui tu manges des pains azymes. Et les autres jours, les six jours et le septième jour – si tu veux, mange, si tu veux, ne mange pas. Le septième jour – fête, n'y fais aucun travail, ni toi, ni quelqu'un d'autre dans ta maison, comme lors d'une fête ordinaire.

De quoi Moché nous parle-t-il ? Je le rappellerai, ici nous ne rencontrons ni la date du 14 nissan, ni du 15 nissan, ni le 14 du premier mois, ni le 15 du premier mois. Nous ne rencontrons ici aucune date, parce qu'il n'est pas question ici de dates, mais il est question ici d'abondance. De l'abondance de tout ce avec quoi on peut célébrer, de ce que dans la sainteté on peut manger, manger beaucoup et savoureusement, si c'est dans le lieu que Dieu a choisi, si c'est avec la famille, avec le serviteur, avec la servante, avec le lévite, dont tu as aussi pris soin. C'est-à-dire que la sainteté, ce n'est pas l'ascétisme, la sainteté, c'est savoir se réjouir de la bénédiction du Très-Haut, être dans l'allégresse avec tous dans la bénédiction du Très-Haut et jouir d'une nourriture savoureuse de tout ce dont le Très-Haut t'a béni.

Saints et joyeux

Dévarim 16,9–17

Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire Ré'é et nous lirons à partir du verset 9 du chapitre 16 du livre Dévarim.

שִׁבְעָה שָׁבֻעֹת תִּסְפָּר־לָךְ מֵהָחֵל חֶרְמֵשׁ בַּקָּמָה תָּחֵל לִסְפֹּר שִׁבְעָה שָׁבֻעוֹת׃

chiv'á chavou'ót tispor-lákh meha'hél 'herméch bakkamá ta'hél lispór chiv'á chavou'ót

9 Sept semaines compte-toi ; à partir du moment où la faucille est mise aux épis (dès le tout début de la moisson), commence à compter sept semaines.

C'est un délai non fixé : on nous dit qu'à partir du moment où la faucille sera mise aux épis. Mais quand la faucille sera-t-elle mise aux épis ?

Nous pouvons chercher la réponse dans le livre Vayikra (23,10.11), où il est dit que le premier omer (gerbe) est apporté le lendemain du chabbat. Ici se pose la question : « Mais après quel chabbat ? » À ce sujet, quatre opinions sont nées.

Les pharisiens, qui sont considérés à juste titre comme les fondateurs de ce judaïsme que nous avons maintenant, disent que le chabbat, c'est le premier jour de la fête de Pessa'h. Bon, s'ils disent cela, nous le vérifierons encore, mais, selon la compréhension du judaïsme moderne, par chabbat on entend le premier jour de Pessa'h. Et, en conséquence, le compte commence le lendemain du premier jour de Pessa'h, le soir, quand se termine la fête de Pessa'h.

Les Tsdoukim (sadducéens, du grec) pensaient ainsi : si l'un des jours de la semaine pascale tombe un chabbat, alors le lendemain de ce chabbat il faut apporter l'omer. C'est la deuxième opinion.

Les Samaritains, qui vivaient dans le Chomron, pensaient que le chabbat, c'est le septième jour de la fête de Pessa'h, et qu'à la fin du septième jour de la fête de Pessa'h, le lendemain, il faut apporter ce sacrifice, l'omer, et il faut commencer le compte.

Il y avait encore une quatrième opinion : que c'est à partir du premier chabbat qui arrive après la fin de la fête de Pessa'h, précisément à partir de lui, qu'il faut commencer le compte.

Les quatre variantes rattachent toutes, d'une manière ou d'une autre, le début du compte à la fête de Pessa'h, ce dont le livre Vayikra ne dit absolument pas un mot. Comment comprendre ne serait-ce que, disons, la variante pharisienne ? Aujourd'hui il y a beaucoup de commentateurs qui essaient de prouver que dans tous les autres cas le mot chabbat signifie précisément chabbat, c'est-à-dire ce chabbat qui était au tout début de la création, dans la semaine de Béréchit, c'est précisément le jour du sabbat. Mais ici, dans notre cas, le mot chabbat signifie fête, et c'est pourquoi il faut comprendre le lendemain de la fête. Mais quand cette loi a été établie, on s'est guidé sur une tout autre compréhension. Rabbi Yo'hanan ben Zakaï, qui vivait à la fin du Ier siècle de notre ère, disait (en effet, c'est aussi logique) que l'orge, l'avoine, le seigle, n'importe quelle céréale, n'importe quel arbre mûrit chaque année différemment. Et on ne peut pas commencer la moisson à la même date, simplement parce que la moisson peut commencer trois semaines plus tard, parce que simplement la céréale n'a pas encore commencé à épier. Ou bien il arrive au contraire qu'il faille commencer plus tôt. Imaginons que quelqu'un dise qu'il faut commencer une certaine action à partir du moment où, eh bien, disons, en Ukraine les pommiers fleuriront. Et la question se pose : « Mais où en Ukraine ? Peut-être à Tcherkassy ? Peut-être à Odessa ? Peut-être à Soumy ? » Et dans des endroits différents les pommiers, bien sûr, fleuriront différemment. Mais à quoi bon en parler, du côté ensoleillé de la rue et à l'ombre un pommier peut fleurir différemment. Et comment saurions-nous à quel moment sera le temps de la moisson de l'orge ? Et comment le saurions-nous, quand beaucoup de Juifs vivent à Babylone ? Il n'y a pas d'internet, il n'y a ni téléphones portables, ni simples téléphones, il n'y a même pas de télégraphe. On peut envoyer quelque part un messager, qui arrivera trois semaines plus tard et dira : « Et vous savez, là-bas, en Israël, l'orge a épié, nous avons commencé la moisson. » Et de cette façon aura lieu la cérémonie de la coupe de la première gerbe, dont Moché parle ici. Peut-être qu'à Babylone c'est encore possible, mais comment faire quand un homme vit à Bobrouïsk, ou à Addis-Abeba, ou à New York, et qu'il n'y a pas d'internet, pas de radio ? Comment le saurait-il ? Et les sages pensaient (et c'est juste) que la Torah n'établit pas un jour concret pour le début de la moisson. Comment Rabbi Yo'hanan ben Zakaï comprenait-il cela ? Il disait que la Torah parle à titre d'exemple. Si vous avez commencé le compte à partir du sabbat, alors comptez jusqu'au septième sabbat et le lendemain faites la fête de Chavouot, c'est un exemple. C'est-à-dire que, si vous avez commencé à partir du jeudi, alors le lendemain du septième jeudi vous aurez la fête de Chavouot, et ainsi de suite. Car plus loin, au chapitre 23 du livre Vayikra, la Torah parle du septième sabbat, cela ne peut évidemment pas être une fête. Et pourquoi faut-il parler du septième sabbat ? Précisément parce que le sabbat est un exemple, et l'exemple se développe plus loin. Et commencer le jour par la moisson de l'orge – c'est vous-mêmes qui choisissez quand. Et il n'est pas du tout obligatoire que cette date soit rattachée à Pessa'h. Mais puisque la population urbaine a augmenté, puisqu'une partie du peuple s'est mise à vivre en galout, en exil, il était impossible que tout le peuple, d'une manière ou d'une autre, soit en même temps au courant de la fête de Chavouot, que tout le peuple sache quand donc commence cette moisson de l'orge. Et puisque le Très-Haut a donné certaines indications concrètes selon lesquelles le peuple peut choisir lui-même, les sages ont décidé : « Eh bien, nous choisirons d'avance et pour longtemps. Nous choisirons que le jour du début du compte, c'est le lendemain de la fête de Pessa'h. » Et non parce qu'il est chabbat, le chabbat n'avait ici, dès l'origine, absolument rien à voir. C'est précisément cette position que tenait Rabbi Yo'hanan ben Zakaï quelque part en l'an 70-80 du Ier siècle de notre ère. C'est précisément cette position que tenait Rabbi Yéhouda haLévi au Xe siècle de notre ère. C'était l'approche du judaïsme. Pourquoi avons-nous établi une telle date ? Parce que les sages en ont le droit.

Comment doit faire un homme qui vit à Babylone et ne sait pas quand célébrer la fête de Chavouot ? Il vient aux sages, comme on le lui a dit : si quelque chose ne t'est pas clair, viens aux sages qui seront dans ta génération, et interroge-les. Il est venu et a demandé. On lui a dit : « Établissons une date conventionnelle, quand statistiquement peut commencer la moisson de l'orge en Israël. » Et on a décidé que ce serait le lendemain de la fête de Pessa'h. Et depuis ce temps, c'est ainsi que cela s'est établi. Puisqu'est née une interprétation erronée, liée au fait que les sages auraient ainsi compris le mot chabbat, est née une multitude de commentaires qui prouvent que le nom de la fête, c'est chabbat dans le livre Vayikra, bien que ce ne soit pas du tout ainsi, l'un n'est pas lié à l'autre.

Quant aux autres opinions : les Samaritains ont-ils raison, les sadducéens ont-ils raison ? Eh bien, bien sûr, si quelqu'un est allé chez un maître sadducéen, le maître sadducéen lui a dit ce qu'il a dit. Si quelqu'un est allé chez les Samaritains, est allé chez les maîtres samaritains, il est clair qu'ils lui ont dit comme ils lui ont dit. Et il faut se souvenir d'une chose très importante : il existe une valeur telle que l'unité du peuple juif. La Torah a été donnée à Israël, et non Israël donné à la Torah. C'est important de s'en souvenir.

Voici un bon exemple. Rout la Moabite dit à Naomi : « Ton peuple est mon peuple, et ton Dieu, c'est mon Dieu. » C'est-à-dire d'abord ton peuple, avec ses traditions, avec son mode de vie et sa compréhension, avec son unité, et ensuite seulement ton Dieu – mon Dieu. C'est-à-dire qu'à travers ton peuple j'apprends à connaître ton Dieu. Oui, j'apprends à connaître Dieu, mais à travers ton peuple, en appliquant toute l'expérience du peuple et en gardant l'unité du peuple. C'est une valeur importante. Eh bien, bien sûr, pas pour tous. Et, apparemment, les sadducéens pensaient que c'étaient précisément eux – le peuple d'Israël. Les Samaritains, c'est clair, se considéraient comme les véritables Israélites, et avec les karaïtes, c'est clair, sur quoi porte la dispute.

J'ai déjà parlé du fait qu'il y avait un calendrier dans lequel le mois de nissan commençait toujours un mercredi, le jour où a été créé le soleil, et là tout était plus simple. À ce calendrier aussi il y a des questions. D'où surgit soudain le calendrier luni-solaire ? Comment fonctionne-t-il ? Et n'y a-t-il pas ici une certaine influence des Romains, sous laquelle se trouvaient souvent les sadducéens ? On ne peut pas dire avec certitude qu'elle existe, ni non plus dire avec certitude qu'elle n'existe pas.

Voilà quelle histoire embrouillée est sortie avec la fête de Chavouot, telle que jusqu'à présent ne s'apaisent pas les disputes autour de cette fête – quand la célébrer. Et beaucoup dans le peuple la célèbrent séparément de tous : quelqu'un a appris quelque chose en autodidacte et l'a accepté ainsi, quelqu'un s'est joint à une certaine communauté. En un mot, l'unité du peuple en souffre, et, à mon avis, l'unité du peuple est une valeur importante. Eh bien, changer la foi de quelqu'un ou la manière dont quelqu'un adore le Très-Haut, je n'en ai pas la force, et d'ailleurs je ne suis pas sûr que ce soit nécessaire. C'est pourquoi considérez cela simplement comme un récit historique.

Ainsi donc, compte-toi sept semaines. Essayez de vous représenter le sentiment d'un homme qui a commencé la moisson de l'orge, et il sait qu'environ sept semaines plus tard commencera la moisson du blé. Les sept jours durant, il compte ces jours, bien qu'il sache, bien sûr, quelle date ce sera dans quarante-neuf jours, et on peut s'asseoir et calculer tout de suite. Mais le commandement consiste à compter jour après jour, à décompter jour béni après jour béni, afin de vivre ce même sentiment de la moisson de l'orge, la bénédiction quotidienne que le SEIGNEUR donne, et l'attente de la récolte du blé, la disposition à la moisson du blé. Bien sûr, ce vécu, qui est accessible au paysan cultivateur, est difficile à vivre en ville. Et de nouveau il faut prendre conscience de cela, il faut d'une manière ou d'une autre, pour soi-même, remplir la fête de Chavouot d'un sentiment semblable. Ce n'est pas non plus une tâche simple – enseigner à un homme quoi ressentir, quoi vivre en ces cinquante jours, quand il n'y a pas d'orge et que le blé n'est pas attendu, puisque l'un comme l'autre, nous l'achetons au magasin (et certains, aussi dans des magasins qui sont loin du pays d'Israël, et des produits qui ne viennent pas du pays d'Israël). Comment alors compter, avec quelles pensées alors compter ? C'est une question très complexe, actuelle.

וְעָשִׂיתָ חַג שָׁבֻעוֹת לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ מִסַּת נִדְבַת יָדְךָ אֲשֶׁר תִּתֵּן כַּאֲשֶׁר יְבָרֶכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ׃

ve'assíta 'hag chavou'ót ladonáy elohékha missát nidvát yadekhá achér tittén ka'achér yevarekhekhá adonáy elohékha

10 Et organise la fête de Chavouot au SEIGNEUR, ton Dieu, de ce qu'apportera la bonne volonté de ta main (de tout ce à quoi ta main donnera son accord), selon que te bénira le SEIGNEUR, ton Dieu.

C'est-à-dire de tout ce que ta main voudra donner, autant qu'elle pourra s'ouvrir, ta main, du bon vouloir de ta main. Et oui, prêtons de nouveau attention : nous ne lisons pas ici au sujet des sacrifices qui sont obligatoires à la fête de Chavouot, ce n'est pas de sacrifices qu'il est question. Il est de nouveau question de la fête et de la célébration, du fait que le peuple vient non seulement formellement, pour apporter un sacrifice, mais aussi pour se réjouir de ce dont le SEIGNEUR t'a béni.

וְשָׂמַחְתָּ לִפְנֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אַתָּה וּבִנְךָ וּבִתֶּךָ וְעַבְדְּךָ וַאֲמָתֶךָ וְהַלֵּוִי אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ וְהַגֵּר וְהַיָּתוֹם וְהָאַלְמָנָה אֲשֶׁר בְּקִרְבֶּךָ בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחַר יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְשַׁכֵּן שְׁמוֹ שָׁם׃

vessama'htá lifné adonáy elohékha attá ouvinkhá ouvittékha ve'avdekhá va'amatékha vehalleví achér bich'arékha vehaggér vehayatóm veha'almaná achér bekirbékha bammakóm achér yiv'hár adonáy elohékha lechakkén chemó cham

11 Et tu te réjouiras devant la face du SEIGNEUR, ton Dieu, toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur et ta servante, et le lévite dans tes portes, et l'étranger, et l'orphelin, et la veuve, qui est au milieu de toi, dans le lieu que choisira le SEIGNEUR, ton Dieu, pour y placer Son nom.

Pourquoi n'est-il pas écrit tu te réjouiras à propos de Pessa'h, quand tu te rassembles pour Pessa'h et que tu abats beaucoup de viande ? Pessa'h, c'est le souvenir de ce que le SEIGNEUR a fait pour toi, d'où Il t'a fait sortir, et cela contient aussi, bien sûr, de la joie, mais dans une plus grande mesure – de l'espérance. Croyant que le Très-Haut nous a fait sortir d'Égypte, nous espérons qu'Il nous bénira dans nos affaires quotidiennes, mais cette espérance n'est pas encore de la joie. Nous ne pouvons pas nous réjouir de ce qu'Il nous a fait sortir d'Égypte avec le même degré de joie que celui avec lequel nous nous réjouissons de la récolte, quand tu vois déjà la récolte, tu vois la bénédiction réelle. Ici, pendant la fête de Chavouot (la fête des Semaines) et pendant la fête de Soukkot (des Cabanes), dont nous parlerons encore, quand tu vois déjà toute l'abondance dont le SEIGNEUR t'a béni, ici la joie est justement de mise.

Le SEIGNEUR te bénit abondamment, copieusement, et tu rassembles des dons, et tu vas à Jérusalem avec toute ta famille pour célébrer. Et pour la route tu dois prendre avec toi et ton serviteur, et ta servante, et le lévite, et l'orphelin, et la veuve ; prends soin de tous exactement comme le SEIGNEUR prend soin de toi. Tu ne peux pas te réjouir seul : et l'étranger, et l'orphelin, et la veuve partagent aussi la bénédiction que tu as reçue, parce que le SEIGNEUR te bénit à cause d'eux.

וְזָכַרְתָּ כִּי־עֶבֶד הָיִיתָ בְּמִצְרָיִם וְשָׁמַרְתָּ וְעָשִׂיתָ אֶת־הַחֻקִּים הָאֵלֶּה׃

vezakhartá ki-éved hayíta bemitsráyim vechamartá ve'assíta et-ha'houkkím ha'élle

12 Et souviens-toi que tu as été esclave en Égypte, et tu te souviendras et tu observeras ces lois.

Et pour qu'il te soit facile de le faire, pour que tu comprennes que c'est nécessaire, souviens-toi que tu as été dans une situation semblable. Même si tu ne l'as pas été, c'est inscrit dans ton code génétique, c'est inscrit dans ton ADN.

De la fête de Chavouot, nous passons à la fête de Soukkot.

חַג הַסֻּכֹּת תַּעֲשֶׂה לְךָ שִׁבְעַת יָמִים בְּאָסְפְּךָ מִגָּרְנְךָ וּמִיִּקְבֶךָ׃

'hag hassoukkót ta'assé lekhá chiv'át yamím be'ospekhá miggornekhá oumiyikvékha

13 La fête de Soukkot (c'est aussi la fête où l'on dresse les Cabanes), fais-la-toi sept jours, quand tu rentreras ce qui vient de ton aire et de ton pressoir.

De nouveau, on aurait pu s'attendre à ce que ce soit tel jour au septième mois et que ce soient tels et tels sacrifices, toute la liste. Et qu'il soit question des cabanes qu'il faut dresser, puisque c'est la fête des Cabanes. Mais ici Moché ne dit pas un mot des sacrifices, pas un mot des cabanes. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas question de cela. C'est une école de la joie, une école dans laquelle Moché enseigne au peuple d'Israël qu'on peut être saint et se réjouir des choses matérielles, se réjouir de la nourriture. On peut le faire dans la sainteté, et cela peut aussi être saint et joyeux. Et d'ailleurs la Torah n'ordonne pas de se réjouir d'un potentiel, elle ne dit pas : « Réjouis-toi à Pessa'h, avant même que quelque chose ait poussé chez toi, ou simplement parce que tu as vécu jusqu'à Pessa'h. » Cela ne veut pas dire qu'à Pessa'h il faille être triste. Mais d'ordre de se réjouir à crédit, de se réjouir dans l'espoir que la vie apportera de la joie, il n'y en a pas ici. C'est aussi important.

וְשָׂמַחְתָּ בְּחַגֶּךָ אַתָּה וּבִנְךָ וּבִתֶּךָ וְעַבְדְּךָ וַאֲמָתֶךָ וְהַלֵּוִי וְהַגֵּר וְהַיָּתוֹם וְהָאַלְמָנָה אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ׃

vessama'htá be'haggékha attá ouvinkhá ouvittékha ve'avdekhá va'amatékha vehalleví vehaggér vehayatóm veha'almaná achér bich'arékha

14 Et tu te réjouiras à ta fête, toi, et ton fils, et ta fille, et ton serviteur, et ta servante, et le lévite, et l'étranger, et l'orphelin, et la veuve, qui sont dans tes portes.

Et à Soukkot de nouveau, pour la troisième fois tu vas à Jérusalem, pour la troisième fois tu prends avec toi le serviteur, la servante, l'orphelin, la veuve, l'étranger, et tous ensemble vous allez célébrer, pas seulement toi seul.

שִׁבְעַת יָמִים תָּחֹג לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר־יִבְחַר יְהוָה כִּי יְבָרֶכְךָ יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּכֹל תְּבוּאָתְךָ וּבְכֹל מַעֲשֵׂה יָדֶיךָ וְהָיִיתָ אַךְ שָׂמֵחַ׃

chiv'át yamím ta'hóg ladonáy elohékha bammakóm acher-yiv'hár adonáy ki yevarekhekhá adonáy elohékha bekhol-tevou'atekhá ouvkhól ma'assé yadékha vehayíta akh saméya'h

15 Sept jours fais la fête au SEIGNEUR, ton Dieu, dans le lieu que choisira le SEIGNEUR, car le SEIGNEUR te bénira de toute ta récolte et dans toutes les œuvres de tes mains, et tu ne feras que te réjouir.

Sept jours tu célèbres, tu célèbres avec ton âme, par la nourriture, par la boisson, avec tous tes invités, de toi – seulement la joie. C'est-à-dire qu'en substance le Très-Haut dit : « Toute la nourriture sur cette table est à Moi, et la joie est à vous. » Afin que tu ne penses pas que tu y apportes vraiment quelque chose qui est à toi. C'est dans cette union de la nourriture et de la joie que se trouve l'image de la fête sainte. Il ne s'agit pas seulement des sacrifices, ici pas un mot sur les sacrifices. Réjouis-toi, célèbre, mange de toute ton âme et pour ton âme, pour le service du Très-Haut. Voilà ce que nous enseigne ce chapitre.

שָׁלוֹשׁ פְּעָמִים בַּשָּׁנָה יֵרָאֶה כָל־זְכוּרְךָ אֶת־פְּנֵי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר יִבְחָר בְּחַג הַמַּצּוֹת וּבְחַג הַשָּׁבֻעוֹת וּבְחַג הַסֻּכּוֹת וְלֹא יֵרָאֶה אֶת־פְּנֵי יְהוָה רֵיקָם׃

chalóch pe'amím bachaná yera'e  kol-zekhourekháLa translittération russe écrit le mot « tout » avec un kh initial. L'hébreu a ici un kaf avec daguesh, d'où kol. et-pené adonáy elohékha bammakóm achér yiv'hár be'hág hammattsót ouv'hág hachavou'ót ouv'hág hassoukkót veló yera'é et-pené adonáy rekám

16 Trois fois par an, que tout mâle du milieu de toi voie la face du SEIGNEUR, ton Dieu, dans le lieu qu'Il choisira : à la fête des Pains azymes, et à la fête de Chavouot, et à la fête de Soukkot. Et qu'il ne vienne pas devant la face du SEIGNEUR les mains vides :

C'est-à-dire que tu viens, tu amènes avec toi des invités, tu apportes avec toi de la nourriture pour le festin commun, un festin à tout rompre, dans le lieu saint à Jérusalem, devant la face du SEIGNEUR Dieu. Et cela est saint, et cette abondance s'allie à la sainteté, cette jouissance s'allie à la sainteté.

אִישׁ כְּמַתְּנַת יָדוֹ כְּבִרְכַּת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֲשֶׁר נָתַן־לָךְ׃

ich kemattenát yadó kevirkát adonáy elohékha achér natan-lákh

17 Chaque homme – selon le don de sa main, selon la bénédiction que t'a donnée le SEIGNEUR, ton Dieu.

Nous avons parlé de la capacité de la main à se relâcher et à lâcher : dans quelle mesure chaque homme pourra relâcher sa main et en laisser échapper quelque chose. Autant tu vois la bénédiction de Dieu dans ta vie, autant tu relâches ta main pour apporter un don. Et encore une fois, je le répète, il n'est pas question de sacrifices, il est question d'un festin, d'un festin dans lequel tout le peuple s'unit devant la face du SEIGNEUR. De l'art de jouir de l'abondance, de voir en elle la bénédiction, de l'art de recevoir, d'apprécier la bénédiction matérielle et de s'en réjouir devant la face du SEIGNEUR. Ne pas se transformer en ascète sur la Terre sainte, mais faire en sorte que ta richesse sur la Terre sainte se multiplie, que la fertilité se multiplie, que le monde s'améliore, et que nous nous améliorions avec lui. Et se réjouir, se réjouir, et encore une fois se réjouir.

Contrôle technique du cœur

La section hebdomadaire Ré'é (11,26–16,17) contient beaucoup de commandements liés au fait que le peuple d'Israël entre dans le pays. Moché dit : « Quand vous entrez dans le pays, ne faites pas comme nous faisons aujourd'hui – chacun tout ce qui est droit à ses yeux. » Cette expression peut se comprendre de deux manières.

D'un côté, on peut dire que aujourd'hui chacun de nous fait comme il est droit à ses yeux. D'un autre côté, on peut penser que ne faites pas comme nous agissons aujourd'hui, mais que chacun fasse ce qui est droit à ses yeux. Voilà, ne faisons pas comme nous faisons aujourd'hui, mais que chacun fasse comme il est droit à ses yeux. Et, en conséquence, quand il y a la possibilité de deux compréhensions, chez les Juifs il y a les deux.

D'un côté, on peut dire qu'en vivant dans le pays d'Israël, le peuple doit enfin devenir adulte et commencer à se soumettre au Très-Haut. Au verset 5 du chapitre 12, la Torah dit que ce n'est pas en n'importe quel lieu qu'on peut apporter un sacrifice, mais seulement là où le Très-Haut l'ordonnera. Mais nous savons qu'aussi bien au temps du prophète Chmouël qu'au temps du prophète Éliyahou et au temps des Juges, les gens construisaient différents hauts lieux (bamot) et y apportaient des sacrifices. Nous voyons que le prophète Éliyahou aussi a accompli un sacrifice sur le mont Carmel, et Dieu l'a accepté. Et ce n'est que beaucoup plus tard, sous le règne du roi Yochiyahou, que ces bamot furent détruits, et le sacrifice fut transféré dans le Temple unique. Et la question se pose : qu'y a-t-il de mal dans tous ces hauts lieux ? Pourquoi la Torah les interdit-elle ? De plus, nous voyons que le Très-Haut accepte parfois le sacrifice qui y est apporté. La Torah dit (et l'histoire nous le montre) qu'à côté de chaque village il y avait sa propre hauteur, sur laquelle on apportait des sacrifices, et le peuple n'avait pas besoin d'aller loin : chacun choisissait un bel endroit, un bon endroit, et y apportait des sacrifices. Et chaque fois cela conduisait à ce que le peuple commençait à tomber dans la prostitution spirituelle, parce qu'il n'y avait pas de mesure unique, d'étalon unique, et l'image unique du Créateur se perdait. Il se produisait des mélanges avec d'autres peuples, le peuple suivait d'autres peuples, qui apportaient des sacrifices tout à côté. C'est la raison pour laquelle le Très-Haut dit ne faites pas chacun comme ses yeux l'ordonnent.

En commençant à servir Dieu, chacun cherche une voie dans le juste service du Très-Haut – telle qu'elle lui apparaît. Pourquoi le Très-Haut est contre le fait qu'on Lui apporte des sacrifices sur chaque butte, sur chaque colline ? Le Très-Haut a choisi un seul et unique lieu pour les sacrifices, parce qu'il veut un système unique, une compréhension unique. C'est-à-dire qu'il n'est pas donné à l'homme de décider par lui-même, seul, ce qui est vrai, ce qui est saint, ce qui n'est pas saint, quel lieu lui convient et lequel ne lui convient pas. C'est pourquoi il y a un seul lieu dans lequel tous se rassemblent. Tous peuvent se vérifier les uns les autres, tous apportent le sacrifice conformément à un système unique.

Mais, d'un autre côté, il y a aussi une autre compréhension, complètement autre. Elle dit qu'aujourd'hui, tant que nous marchions dans le désert, nous ne pouvions pas faire chacun comme il veut, chacun comme il est bien à ses yeux. La nourriture était la même pour tous, et en fin de compte tout le peuple était dans une seule et longue marche de ce genre. Le peuple était en marche, et cela limitait d'une certaine façon le peuple : il était impossible de faire bien des choses dans cette marche. Maintenant, quand Israël est entré dans la Terre sainte, il est libéré de ces limitations de la marche. Et c'est pourquoi chacun peut vivre selon sa propre intelligence, selon sa propre compréhension, en étant libre de l'influence et de la pression que les autres exercent sur lui. C'est aussi une libération du passé. Un homme qui souffre de toxicomanie ou d'alcoolisme ne peut pas faire ce qui est bien à ses yeux. L'entrée dans la Terre sainte, c'est sa libération. Mais à côté de lui peuvent se trouver ses anciens amis, qui diront : « Allez, on boit un coup, allez, on se pique. » Il est très difficile de leur refuser. Et l'homme peut de nouveau commencer à se régler sur ses proches, sur ses amis, et retomber dans ces mêmes limitations. Les Juifs avaient des limitations du même genre pendant la marche à travers le Sinaï. Et le Très-Haut dit : « Je te donne la liberté, tu es libre de chercher toi-même comment Me servir, sans te régler sur les autres. »

Voilà les deux compréhensions qu'a ce verset, ce fragment.

À cela on peut relier encore un fragment, celui par lequel, à vrai dire, commence notre section hebdomadaire. Ce sont les versets 26–28 du chapitre 11 : « Je place devant vous aujourd'hui la bénédiction et la malédiction. La bénédiction, pour que vous soyez attentifs aux commandements du SEIGNEUR, votre Dieu, que je vous commande aujourd'hui ; et la malédiction, si vous n'êtes pas attentifs aux commandements du SEIGNEUR, votre Dieu, et que vous vous détournez du chemin que je vous commande aujourd'hui… » Il y a ici une petite subtilité dans la langue de la Torah. La Torah dit : la bénédiction, quand vous écouterez les commandements de Dieu, et la malédiction – si vous n'écoutez pas. C'est-à-dire que la bénédiction est donnée sans aucune condition. La bénédiction est donnée pour que l'homme puisse écouter la Torah. Et plus encore, on peut comprendre que l'écoute même de la Torah, c'est déjà une bénédiction. Il en ressort qu'immédiatement, au moment même où les paroles de la Torah ont retenti, l'homme reçoit déjà la bénédiction.

Quand le premier Temple fut détruit, le prophète Yirméyahou composa le livre Eikha (Lamentations de Yirméyahou). Au verset 38 du chapitre 3 il est écrit : « N'est-ce pas de la bouche du Très-Haut que sortent les malheurs (ra'ot) et le bien (tov) ? » (ou est-ce que de la bouche du Très-Haut ou seulement de la bouche du Très-Haut, on peut le comprendre de différentes manières). Et les commentateurs demandent : « Pourquoi le bien est-il mentionné au singulier, et le mal – au pluriel ? Et ils répondent à cette question ainsi : le bien est donné à l'homme comme la possibilité même de faire de bonnes actions. La qualité même de la vertu qui est donnée à l'homme, la qualité d'entendre l'Écriture – c'est cela, le bien. Il est un, mais il a beaucoup de fruits. Chaque bonne action de l'homme est un fruit de ce même bien. C'est-à-dire que le bien, c'est la cause, et les bonnes actions, c'est la conséquence. Et avec les malheurs, c'est l'inverse. Chacune de nos mauvaises actions entraîne des malheurs. C'est-à-dire que les mauvaises actions – la cause, les malheurs – c'est la conséquence. Et puisque les mauvaises actions peuvent être nombreuses, les malheurs aussi sont nommés au pluriel. C'est-à-dire qu'à partir du moment où l'homme a entendu la Torah, l'écoute même de la Torah, c'est cela la bénédiction, le bien, et il n'est pas besoin d'attendre une quelconque récompense pour l'écoute de la Torah ou pour les bonnes actions, parce que l'écoute même est la récompense, les bonnes actions mêmes sont la rétribution. Cette liberté d'accomplir de bonnes actions, c'est cela la bénédiction qui nous est donnée.

Il y a encore un point important, un peu irrationnel. La Torah dit : quand un homme rend la liberté à un esclave, il doit lui donner et de son bétail, et de son vin. C'est-à-dire qu'il doit le bénir abondamment en tout. Il en ressort que l'homme non seulement rend la liberté à l'esclave (c'est pourtant déjà une perte), mais en plus il lui paie un supplément. Et la Torah explique la raison : souviens-toi que tu as été esclave au pays d'Égypte, et que ton Dieu t'a libéré. Et en plus de cela, Dieu a disposé les cœurs des Égyptiens de telle sorte qu'ils ont donné des vêtements, et des parures, et de l'or. Le Très-Haut a fait en sorte que les Égyptiens non seulement laissent partir le peuple, mais leur donnent aussi des cadeaux. C'est l'action de Dieu.

Et dans notre cas, le Très-Haut dit que dans les cœurs des Juifs se fera, s'accomplira ce même travail, et demande, appelle les Juifs à ne pas faire obstacle à ce travail de l'esprit. Quand il y a la grâce non seulement de libérer l'esclave, mais aussi de le payer ; quand il y a la grâce de manifester, par exemple, une générosité irrationnelle à l'égard de la rémunération du travail, alors c'est peut-être le travail de ce même esprit dans l'homme, cette même bénédiction dont nous parlons. Sans doute, c'est ainsi.

Ton pauvre

Nous allons relire ensemble deux versets de notre section hebdomadaire Ré'é (15,7.8) du livre Dévarim : « Mais s'il y a chez toi (vekha) un indigent (évyon), quelqu'un d'entre tes frères, dans l'une de tes portes, dans ton pays que le SEIGNEUR, ton Dieu, te donne, alors n'endurcis pas ton cœur et ne ferme pas ta main devant ton frère indigent, mais ouvre-lui ta main et prête-lui selon la mesure de son besoin, en ce dont il aura besoin ».

Tout d'abord, remarquons combien de fois se répète chez toi, tes, te et ainsi de suite. Alors, de quoi parle ici la Torah ? Il y aura chez toi un indigent, littéralement – en toi (vekha). C'est-à-dire qu'à l'intérieur de toi, à l'intérieur du peuple, il y a des indigents, et ils ne sont pas quelque part là-bas, ils sont ici. Ce ne sont même pas eux, c'est nous. L'indigent – il est chez nous, il est une partie de nous, il est avant tout chez moi ou, plus exactement, comme nous l'avons dit, il est en moi. Il est d'entre mes frères, dans l'une de mes portes, dans mon pays. Et pourquoi, à vrai dire, est-il à moi ? Parce que le SEIGNEUR me l'a donné. Il est à moi, parce que le SEIGNEUR, à qui appartient toute la terre et tout ce qui s'y trouve, me l'a donné. Et c'est à moi qu'il a été donné, tandis qu'à l'indigent quelque chose n'est pas revenu, ou bien Il m'a désigné pour le lui donner. Et le SEIGNEUR me dit : « N'endurcis pas ton cœur et ne ferme pas ta main devant ton frère indigent ».

On peut comprendre (c'est aussi une lecture juste) que d'abord c'est mon cœur qui s'endurcit. Je dis à l'indigent : « Écoute, il faut travailler. Voilà, tu as des bras et des jambes – va travailler, pourquoi es-tu venu me demander de l'argent ? » Le cœur endurci ferme la main.

À ce sujet il y a un midrach terrible, un récit terrible. Un indigent vient à toi et dit : « Donne-moi », et toi tu dis : « Regarde tes mains, tes jambes, regarde ton ventre, regarde ton cou », ou : « Comme tu es fort ! », ou : « Regarde combien tu as mangé – tu es si grassouillet, si bien nourri, et tu me demandes à manger ? » Telles sont les variantes, il peut y avoir encore d'autres variantes. Et le SEIGNEUR te dit à ce moment : « Non seulement tu ne lui donnes pas de ce qui t'appartient, mais en plus tu lui reproches ce que Je lui ai donné de ce qui est Mien ». C'est très effrayant. Et c'est pourquoi oui, bien sûr, il faut aider l'homme à s'établir, à s'intégrer dans la société, à revenir dans la société. Mais, à vrai dire, il est justement question ici d'un homme qui a besoin de quelque chose qui l'aidera à revenir dans la société, pour être un homme normal, pour avoir la possibilité de gagner de l'argent et de vivre comme tout le monde.

Le mot évyon, que la Torah emploie ici, nous le traduisons par indigent, littéralement – qui éprouve de la langueur, qui souffre, qui désire quelque chose, qui languit après quelque chose. Il lui manque quelque chose pour revenir dans le rang, pour se construire, pour se sentir un homme normal, et c'est pourquoi lui faire des reproches de cette façon est stupide, et il faut l'aider.

Mais il y a des situations où il n'y a pas cette succession : cœur fermé – main fermée. Il arrive que nous soyons prêts à aider un homme, notre cœur est ouvert, mais dans notre main il n'y a rien, nous ne pouvons tout simplement rien donner à l'homme matériellement. Dans ce cas nous pouvons d'une façon ou d'une autre le soutenir spirituellement, l'encourager, et parfois c'est aussi très important. Et il arrive que nous soyons prêts à donner à un homme une petite pièce, simplement pour qu'il ne dérange pas, pour ne plus l'avoir sous les yeux, pour qu'il nous laisse tranquilles. Et alors notre main est ouverte, mais notre cœur ne s'ouvre pas.

Et la Torah dit : « Pour accomplir avec justice ce commandement, pour que le peuple ait la bénédiction, il faut que chacun du peuple ouvre et son cœur, et sa main ». C'est aussi très important – donner à l'homme ce dont il a besoin, pas un quelconque minimum, ne pas dire : « Bon, si tu as faim, mange du pain et du sel. Et en plus je t'ai donné un œuf dur, alors tu es mille fois béni ». Cela est très difficilement accepté par ceux qui n'y sont pas habitués, mais la tradition juive dit qu'il faut aider l'homme à revenir au niveau dont il est tombé. S'il était habitué à quelque chose de particulier, il faut l'aider dans ce particulier.

Dans le Talmud, dans le traité Kétoubot, on raconte une telle histoire. Un pauvre vint demander l'aumône à Rava (Rava bar Yossef bar 'Hama). Et Rava demande : « Et de quoi as-tu au fond l'habitude de te nourrir, qu'est-ce qui était ta nourriture quand tu menais une vie normale ? » À quoi celui-ci répondit : « J'avais l'habitude de me nourrir de poulet engraissé et de vin vieux ». Et Rava demanda : « Et tu ne crains pas d'être une charge pour les gens ? Tu ne crains pas, quand tu demandes maintenant aux gens du poulet engraissé et du vin vieux, quand tu prétends au poulet engraissé et au vin vieux, tu ne crains pas d'être une charge pour les gens ? » À cela le pauvre répondit : « Est-ce donc leur nourriture que je mange ? Je mange la nourriture du Créateur ». Exactement comme il est écrit dans les Téhillim : « Tous les yeux espèrent en Toi, et Tu donnes la nourriture en son temps ». À chacun Tu donnes la nourriture en son temps, c'est-à-dire quand il en a besoin. Pourquoi n'est-il pas écrit en leur temps ? Pour enseigner que le Très-Haut donne la subsistance à chacun, que le Très-Haut n'a pas ouvert une cantine de bienfaisance dans laquelle, disons, on donne à tous du bortsch ou à tous de la soupe. Et c'est merveilleux. Mais le Très-Haut prend soin des indigents de façon plus miraculeuse encore. Donc, pendant qu'ils parlaient, vint chez Rava sa propre sœur, qu'il n'avait pas vue depuis treize ans. Et qu'apporta-t-elle avec elle ? Elle apporta avec elle des présents pour Rava : du poulet engraissé et du vin vieux. Et Rava vit en cela un signe, donna tout à ce pauvre et dit : « Tu avais raison, va et mange cela ». Bien sûr, la question porte plus sur la foi du pauvre que sur le service de Rava, mais c'est une remarque intéressante à mettre dans notre tirelire : la compréhension de ce que signifie donner à chacun selon son besoin.

Il y a encore un détail important. Ici il n'est même pas question d'aumône, mais de prêt. Le prêt – c'est quand nous prêtons à un homme plus que nous ne donnons simplement en aumône. Quand nous donnons à un homme une aumône – un chékel, dix chékels, cinq cents roubles, mille roubles, mille dollars, cinquante hryvnias, cent hryvnias (peu importe quelle somme nous lui donnons) –, nous comptons que quelqu'un d'autre lui donnera ensuite, ou qu'avec l'aide de Dieu nous lui verserons quelque chose chaque mois. Quand nous lui accordons un prêt, nous comptons qu'il prendra son essor et pourra nous rendre ce prêt, que ce prêt sera pour lui une bénédiction pour le développement de son entreprise, pour le développement de quelque affaire, pour qu'il se mette à quelque chose, s'établisse d'une façon ou d'une autre, cesse d'être dans le besoin, puisse nous rendre cet argent, et que cet argent serve encore à quelqu'un d'autre.

Dans le livre des Téhillim (37,21) il est dit : « Le méchant emprunte et ne rend pas, mais le juste fait grâce et donne ». De quoi est-il question ? Le méchant emprunte, et il emprunte avec l'intention sincère de rendre, car il n'est pas un escroc. Il emprunte et pense : « J'achèterai ici de la marchandise, puis je la revendrai et je rendrai l'argent ». Mais quelque chose ne marche pas pour lui. Pourquoi ? Parce qu'il est méchant. À cause de certains de ses péchés, à cause de certains problèmes, il a perdu la bénédiction et ne pourra pas rendre cet argent. Que faire alors ? Le juste fait grâce et donne. Alors ce roulement d'argent qui vient au méchant augmente non pas grâce à ce en quoi consiste sa bénédiction, mais grâce à la bénédiction du juste, qui lui fait grâce. Et à travers cette grâce du juste s'ouvre aussi le chemin du méchant vers le repentir. Bon, le méchant – ce n'est peut-être pas un méchant dans un sens très terrible, c'est un homme qui s'est égaré, qui ne se trouve pas à un niveau suffisant et dont la bénédiction financière est endommagée. Et notre tâche est d'aider cet homme. Il n'est pas quelque part là-bas, ce ne sont pas des « eux » quelconques, il est notre frère, il est une partie de notre peuple.

Et encore une facette importante de ce verset : « Il y a en toi un nécessiteux ». Peut-être que chez l'un de nous la situation financière est stable, mais chaque homme a un certain besoin. Chaque homme languit après quelque chose, se languit de quelque chose, a besoin de quelque chose. L'un a besoin d'amour humain, l'autre a besoin de compréhension, un autre a besoin de chaleur, un autre languit après la possibilité de se reposer, un autre souffre d'insomnie. Chaque homme a un certain besoin, pas forcément un besoin financier. Et c'est pourquoi, quand nous rencontrons un homme qui a besoin d'argent, nous pouvons dire : « Bon, nous, Dieu merci, nous n'avons pas besoin d'argent ». Peut-être, mais nous avons d'autres besoins, et en fait nous savons ce qu'est le besoin, même si nous sommes nés, Dieu merci, avec une cuillère en or dans la bouche et que nous n'avons jamais manqué d'argent. Nous savons ce que c'est que de ressentir un manque en quelque chose, ce que c'est que de ressentir une certaine langueur. En toi aussi il y a une certaine langueur, toi-même tu languis après quelque chose, toi-même tu as besoin de quelque chose. C'est-à-dire qu'en quelque chose, quelque part, tu es un pauvre, en quelque chose, quelque part, tu es un indigent. Et c'est pourquoi prends soin de cet indigent qui est d'entre tes frères, d'un indigent tout comme toi, seulement qui a besoin de quelque chose en quoi il est peut-être même plus simple de l'aider qu'un homme à qui manquent l'amour, la chaleur familiale, l'attention humaine et ainsi de suite. Voilà de telles pensées sur la section hebdomadaire Ré'é.

Ré'é : poursuivre l'étude

Lisez aussi la section Ékev, l'entretien sur les bénédictions et les malédictions, le texte sur les fêtes juives et les sections hebdomadaires de la Torah.

Original russe : alexblend.com
Cette traduction a été réalisée avec l’aide de l’IA et nécessite encore une révision linguistique et une correction par des locuteurs natifs.

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    1. 1Organoleptique de l'esprit 11,26–32
    2. 2Géographie de la sainteté 12,1–19
    3. 3Autant que l'âme le désire 12,20–13,1
    4. 4Discours dangereux 13,2–19
    5. 5Nobles dons 14,1–21
    6. 6Micromouvements 14,22–15,1–23
    7. 7Saints et satisfaits 16,1–8
    8. 8Saints et joyeux 16,9–17
    9. 9Contrôle technique du cœur
    10. 10Ton pauvre
    11. 11Ré'é : poursuivre l'étude

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