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לֶךְ־לְךָ
Lekh Lekha
le chemin d'Avraham et l'alliance
- Section hebdomadaire
- 3 sur 54
- Versets
- Béréchit 12,1–17,27
- Parties
- 10
- Temps de lecture
- 3 h 4 min
- Vues
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Lekh Lekha est la section hebdomadaire sur le chemin d'Avraham et l'alliance avec le Très-Haut. Dans ce sténogramme, Alex Blend examine l'appel à sortir du monde familier, les relations avec Lot, la vie de Sara et la promesse de la naissance de Yits'hak. Sont réunis ici le texte en hébreu, la translittération, la traduction et les commentaires.
Lekh Lekha : votre sortie, AvramL'expression russe du titre signifie à la fois « votre sortie » et, au théâtre, « c'est à vous d'entrer en scène ». Nous traduisons littéralement.
Béréchit 11,31.32 – 12,1–20
La section Lekh Lekha commence au chapitre 12 du livre de Béréchit, mais nous commencerons à lire à partir de la fin du chapitre 11, Noa'h, pour rafraîchir un peu dans notre mémoire ce qui précède. Nous lirons l'histoire de la façon dont Téra'h, le père d'Avram, est sorti avec sa famille d'Our-Kasdim.
וַיִּקַּח תֶּרַח אֶת־אַבְרָם בְּנוֹ וְאֶת־לוֹט בֶּן־הָרָן בֶּן־בְּנוֹ וְאֵת שָׂרַי כַּלָּתוֹ אֵשֶׁת אַבְרָם בְּנוֹ וַיֵּצְאוּ אִתָּם מֵאוּר כַּשְׂדִּים לָלֶכֶת אַרְצָה כְּנַעַן וַיָּבֹאוּ עַד־חָרָן וַיֵּשְׁבוּ שָׁם׃
VAYIKKÁ'H TÉRA'H ET-AVRÁM BENÓ VE'ET-LÓT BEN-HARÁNLa translittération russe écrit le nom de Haran, frère d'Avram, avec la même lettre que la ville de 'Haran. D'après l'hébreu, nous écrivons ben-harán avec un h simple. BEN-BENÓ VE'ÉT SARÁY KALLATÓ ÉCHET AVRÁM BENÓ VAYETSEOÚ ITTÁM ME'OÚR-KASDIM LALÉKHET ÁRTSA KENÁ'AN VAYAVÓ'OU AD-'HARÁN VAYÉCHEVOU CHAM
31 Et Téra'h prit Avram, son fils, et Lot, fils d'Aran, fils de son fils (son petit-fils), et Saraï, sa belle-fille, femme d'Avram, son fils, et ils sortirent avec eux d'Our-Kasdim pour aller au pays de Canaan, et ils arrivèrent à 'Haran et s'y fixèrent.
Our-Kasdim. Il y a des commentateurs qui discutent le nom de ce lieu et disent que ce n'est pas, à proprement parler, un lieu géographique, mais un certain événement, un certain concours de circonstances. Mais les targoums très anciens (pour ceux qui ne savent pas, les targoums sont des traductions de l'Écriture en araméen, qui étaient faites à l'époque où l'araméen était la langue parlée, à l'époque du Second Temple et un peu plus tard) ne se contentaient pas de traduire le texte, mais ajoutaient certains commentaires, certaines compréhensions qui existaient alors. Et, naturellement, lorsque nous voulons comprendre le sens premier et le comparer avec les commentaires tardifs, nous pouvons nous tourner vers les traductions araméennes, qui sont les toutes premières interprétations (c'est presque le Ier – IIe siècle). Et voilà, ces mêmes targoums le traduisent comme le nom d'un lieu.
On sait qu'une telle ville a réellement existé. C'est un lieu où l'on adorait le soleil.
אוֹר (our) – c'est la lumière, le soleil et c'est une ville d'adoration du soleil. C'est de là qu'est sortie la famille de Téra'h, et pour une raison quelconque ils ont décidé de partir pour Canaan. Pourquoi ont-ils décidé de partir pour Canaan ? Certains disent : « Téra'h vivait tranquillement dans la ville d'Our-Kasdim et pensait : “Je n'ai pas de chance ici, je n'ai pas de bonheur ici. Un de mes fils est mort, un autre fils s'est marié trop tard, sa femme est stérile, il n'a pas d'enfants, et qu'est-ce qui m'attend ici dans l'avenir. Je vais essayer de changer de lieu de résidence, pour que, peut-être, ma vie change. »
Les sages juifs disaient que celui qui change de lieu de résidence change aussi de destin. Dans le sens qu'ils donnent au mot destin, il change l'ordre du jour pour lui-même.
D'autres commentateurs disent qu'en réalité Avram était un voyageur. Il était allé bien avant cela (cinq ans plus tôt) au pays de Canaan (et nous en parlerons lorsque nous parlerons de l'alliance entre les corps tranchés, pourquoi on parle de cinq ans auparavant). Et c'est précisément Avram qui en a été l'initiateur. Il est venu et a parlé de ce pays : « Allons au pays cananéen. C'est un pays si merveilleux ! »
D'autres encore disent que c'est l'histoire de la façon dont Avram, étant un rebelle et le premier athée, se querellait avec la population environnante ou avec les gouvernants (il y a différentes histoires et différentes traditions). Il y a, par exemple, l'histoire de la façon dont Avram a brisé toutes les idoles dans la boutique de Téra'h, qui était « fabricant d'idoles ». Ou l'histoire de la façon dont Avram a contrarié le roi et on l'a jeté dans la fournaise ardente. D'après ces histoires, Avram était un rebelle dissident, il gâtait les relations avec le pouvoir et avec le peuple. Et Téra'h a décidé, pour ainsi dire, d'éloigner Avram des ennuis, vers le pays cananéen, qui est une province, un trou perdu, et là-bas il est plus facile de tout surmonter. Et c'est pourquoi il est dit : וַיֵּצְאוּ אִתָּם (vayetseoú ittám) – et ils sortirent avec eux …, parce que, peut-être, l'initiateur de tout cela était Avram. Téra'h et Avram s'enfuient, et tous les autres se joignent à eux. Pourquoi dans ce cas est-il écrit : vayikká'h téra'h – et Téra'h prit … C'est un hommage rendu à Téra'h, en tant que père de famille. C'est ainsi que l'expliquent les commentateurs qui disent que l'initiateur de tout était Avram. Jusqu'à Canaan, ils ne sont pas arrivés. Ils se sont arrêtés dans une grande ville qui s'appelle 'Haran. Effectivement, une grande ville pour l'époque. À la différence d'Our-Kasdim, où l'on adorait le soleil, à 'Haran on adorait la lune. Ainsi, la famille s'installe à 'Haran et s'y fixe. À quel autre détail faut-il encore prêter attention ? Dans la liste de ceux qui sont sortis avec Téra'h d'Our-Kasdim, il n'y a pas Na'hor, un autre fils de Téra'h. En même temps, plus tard, quand Yaakov s'enfuira de la maison paternelle, il s'enfuit justement chez Na'hor à 'Haran (nous savons que Na'hor vit à 'Haran). Les commentateurs expliquent cela par le fait que Na'hor a pu s'installer plus tôt, et alors la famille s'est simplement arrêtée chez Na'hor, comme beaucoup déménagent de la province vers la capitale, ou bien Na'hor s'est installé plus tard. Pour certaines raisons, Na'hor ne s'est pas joint à Téra'h à ce moment-là, mais il s'installe plus tard. Cela ne contredit rien, à proprement parler.
וַיִּהְיוּ יְמֵי־תֶרַח חָמֵשׁ שָׁנִים וּמָאתַיִם שָׁנָה וַיָּמָת תֶּרַח בְּחָרָן׃ ס
VAYIHYOÚ YEME-TÉRA'H 'HAMÉCH CHANÍM OUMATÁYIM CHANÁ VAYÁMOT TÉRA'H BE'HARÁN
32 Téra'h vécut deux cent cinq ans, et il mourut à 'Haran.
Nous avons parlé du problème chronologique : il ressort qu'Avram est sorti avant la mort de Téra'h. Sur ce, nous pouvons commencer à lire notre section hebdomadaire. Les événements se passent soit à 'Haran, où la famille s'était déjà installée, soit cet appel retentissait déjà à Our-Kasdim, et à cet appel Avram est parti, mais il n'est pas parti tout de suite, et le Très-Haut a dû, disons, le secouer et s'adresser à lui une deuxième fois. À ce sujet aussi il y a une controverse, et dans le Tanakh aussi (deux opinions différentes sont également mentionnées). Donc :
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־אַבְרָם לֶךְ־לְךָ מֵאַרְצְךָ וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ׃
VAYÓMER ADONÁY EL-AVRÁM LEKH-LEKHÁ ME'ARTSEKHÁ OUMIMMOLADTEKHÁ OUMIBBÉT AVÍKHA EL-HA'ÁRETS ACHÉR AR'ÉKKA
1 Et le SEIGNEUR dit à Avram : « Va pour toi hors de ta contrée, de la maison de ton père, de tout ce qui t'est habituel ! tu peux partir vers le pays que je te montrerai
Lekh lekhá – c'est une locution qui a été honorée de nombreuses traductions et interprétations différentes. Si l'on regarde le pchat, le sens simple : « Va pour toi ! », c'est-à-dire va et ne fais attention à personne, à rien. Et le message principal – va !
Nous avons peur de faire quelque chose, de nous élancer quelque part, d'essayer de réussir en quelque chose, d'essayer de faire quelque chose. Et beaucoup disent : « Ne te fais pas remarquer ! Reste tranquillement assis ! » Sinon, c'est de l'orgueil, la manifestation de certaines ambitions. Le Très-Haut dit ici (et c'est par ces mots que commence l'histoire juive) : « Lekh lekha (Va pour toi) ! Va pour toi hors de ta contrée, de la maison de ton père, de tout ce qui t'est habituel ! Tu peux partir vers le pays que je te montrerai. Toi, va, Je te montrerai ce qui t'est destiné. Lekh lekha ! Va pour toi ! Ne t'aligne pas, ne regarde pas tout le monde ! Va ! Sors ! »
Les commentateurs discutent : « Mais pourquoi Avram devait-il partir quelque part. » Ici aussi on aurait pu dire : « Bon, tu vis dans la ville de Moguilev, pourquoi devrais-tu aller au Brésil prêcher. Prêche chez toi à Moguilev, chez toi à Rio de Janeiro. Et où que tu vives, prêche là-bas. Là où tu es né, là tu es utile. Pourquoi traîner Avram de-ci de-là. » Les commentateurs disent que c'est comme un vase d'aromates qui doit aller par la terre, et partout de lui doit monter un encensement, de lui doit émaner une odeur suave. De plus, le Très-Haut doit éprouver Avram, pour multiplier sa récompense. Par lui seront accomplis beaucoup de miracles et donnés beaucoup de témoignages. Il vaut mieux qu'Avram marche. On ne met pas la bougie sous un vase. La bougie doit éclairer. Cela fait partie de la bénédiction. Toi, va pour toi, mais tu Me seras témoin.
וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה׃
VE'E'ÉSKHA LEGÓY GADÓL VA'AVAREKHEKHÁ VA'AGADDELÁ CHEMÉKHA VEHYÉ BERAKHÁ
2 Je ferai de toi un grand peuple, Je te bénirai, et ce sera une bénédiction.
Quand nous prononçons une bénédiction, nous parlons d'un branchement à la source : « Je ferai de toi une source de bénédiction, une source d'abondance. Non seulement toi-même tu recevras l'abondance, mais par toi aussi passera l'abondance. Toi, comme un tuyau branché, tu déverseras des bénédictions sur le monde entier. » Et par cela :
וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה
VA'AGADDELÁ CHEMÉKHA VEHYÉ BERAKHÁ
Je rendrai grand ton nom, je te glorifierai, c'est-à-dire je rendrai ton nom connu partout, et il sera une bénédiction.
Certains commentateurs disent qu'il s'agit ici du fait que le nom même Avram sera béni et que chaque homme dira : « Dieu fasse que mon fils soit comme Avram ». Et cela fonctionne aussi ainsi, mais le Très-Haut ne parle pas seulement de cela, mais du fait qu'Avram sera réellement une bénédiction. L'abondance spirituelle et matérielle viendra par lui.
וַאֲבָרֲכָה מְבָרְכֶיךָ וּמְקַלֶּלְךָ אָאֹר
VA'AVAREKHÁ MEVAREKHÉKHA OUMKALLELKHÁ A'ÓR …
3 Je bénirai ceux qui te bénissent, et ceux qui te mépriseront, qui te maudiront, seront maudits…
Le mot klala (malédiction) dans ce cas signifie priver de poids, priver de dignité. Le mot kavod (dignité et gloire) est lié à la racine koved (lourdeur). Et en russe, le mot respect – vaga (poids).En russe, le mot pour « respect » est apparenté à un mot qui signifie « poids ». Ce lien n'existe pas en français ; nous traduisons littéralement. Le mot klala, au contraire, vient du mot kalil (sans poids), c'est-à-dire celui qui te privera de dignité sera maudit.
וְנִבְרְכוּ בְךָ כֹּל מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה׃
VENIVREKHOU vekha kol michpe'hot ha'adama
… Et toutes les familles de la terre seront bénies en toi ».
Tous les peuples recevront la bénédiction par toi. Étant le père de nombreux peuples, tu seras une bénédiction pour tous les peuples. Telle est la promesse que le Très-Haut a donnée à Avram.
Dans le deuxième verset, il faut prêter attention à l'expression Je ferai de toi un grand peuple. C'est-à-dire que tu n'es pas encore prêt à être un grand peuple, Je vais accomplir un travail en toi, te faire passer par certaines épreuves, par certains événements, à travers lesquels tu deviendras un grand peuple.
Quand Yaakov descend en Égypte, le Très-Haut lui dit : assemekha – Je te placerai là-bas comme un grand peuple. Yaakov est déjà prêt. D'Avram il est encore dit : ve'e'eskha – Je ferai de toi un grand peuple. Il y aura un certain travail, il y aura une certaine transfiguration à l'intérieur d'Avram, qui reste encore à s'accomplir.
וַיֵּלֶךְ אַבְרָם כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר אֵלָיו יְהוָה וַיֵּלֶךְ אִתּוֹ לוֹט וְאַבְרָם בֶּן־חָמֵשׁ שָׁנִים וְשִׁבְעִים שָׁנָה בְּצֵאתוֹ מֵחָרָן׃
VAYÉLEKH AVRÁM KA'ACHÉR DIBBÉR ELÁV ADONÁY VAYÉLEKH ITTÓ LOT VE'AVRÁM BEN'HAMÉCH CHANIM VECHIV'ÍM CHANÁ BETSETÓ ME'HARÁN
4 Et Avram s'en alla, comme le lui avait dit le SEIGNEUR, et Lot s'en alla avec lui. et Avram avait soixante-quinze ans quand il sort de 'Haran.
Ainsi, Avram, Lot et Saraï, bien sûr, sortent de 'Haran. Imaginez qu'un homme vit et reçoit une révélation : « Va, Je te dirai où ! » Voilà, il sort de chez lui. Comment sent-il où aller ? Comment Avram a-t-il compris dans quelle direction, de façon générale, il devait aller ? On peut aller au nord, au sud, à l'ouest, à l'est. Comment Avram a-t-il compris que c'était précisément vers Canaan ? Et les commentateurs reviennent à cette supposition (dont nous avons parlé) qu'Avram, peut-être, avait été à Canaan. D'autres commentateurs disent que par le Roua'h haKodech, c'est-à-dire par l'Esprit Saint, Avram avait déjà senti où il devait aller. D'autres encore disent : « Eh bien, géographiquement, de 'Haran à Canaan il n'y a qu'une seule route sérieuse. C'est pourquoi Avram est parti avec la pensée que le Très-Haut le dirige déjà. Et son choix, apparemment fortuit, n'est pas fortuit. »
וַיִּקַּח אַבְרָם אֶת־שָׂרַי אִשְׁתּוֹ וְאֶת־לוֹט בֶּן־אָחִיו וְאֶת־כָּל־רְכוּשָׁם אֲשֶׁר רָכָשׁוּ וְאֶת־הַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר־עָשׂוּ בְחָרָן וַיֵּצְאוּ לָלֶכֶת אַרְצָה כְּנַעַן וַיָּבֹאוּ אַרְצָה כְּנָעַן׃
VAYIKKÁ'H AVRÁM ET-SARÁY ICHTÓ VE'ET-LÓT BEN-A'HÍV VE'ET-KOL-REKHOUCHÁM ACHÉR RAKHÁCHOU VE'ET-HANNÉFECH ACHER-ASOÚ VE'HARÁN VAYETSEOÚ LALÉKHET ÁRTSA KENÁ'AN VAYAVÓ'OU ÁRTSA KENÁ'AN
5 Et Avram prit Saraï, sa femme, et Lot, son neveu, et tous les biens qu'ils avaient acquis, et les âmes qu'ils avaient faites à 'Haran. Et ils sortirent pour aller au pays cananéen, et ils arrivèrent au pays cananéen.
Au sujet de cette expression-ci וְאֶת־הַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר־עָשׂוּ בְחָרָן (ve'et-hannéfech acher-asoú ve'harán) et les âmes qu'ils avaient faites à 'Haran) il y a beaucoup de commentaires différents. Certains disent que c'est la prédication du monothéisme. Avram, déjà à 'Haran, avait formé une petite communauté, comme ça, d'avramistes, et c'est avec elle qu'il sort. Mais d'autres commentateurs disent : « Non, ce sont des esclaves, hommes et femmes, des serviteurs. Tout ce qu'ils avaient fait à 'Haran, ils l'ont pris, et les biens, et les esclaves. »
Revenons à ce que nous avons lu tout au début. Téra'h sort, prend avec lui Avram, Lot, Sara, et eux aussi sortent d'Our-Kasdim. Ici il est écrit : לָלֶכֶת אַרְצָה כְּנַעַן (lalekhet artsa kena'an) – aller au pays cananéen. Mais ils n'arrivent nulle part, ils arrivent à 'Haran. Ils sont sortis vers le pays de Canaan, mais ne sont pas arrivés. Et cette fois-ci Avram est sorti et est arrivé. On peut dire ici : eh bien, c'est parce qu'il est sorti sur la parole de Dieu. Mais pas seulement cela. Car la Torah nous communique certains détails dans un but. Par exemple, le fait qu'Avram a pris des biens et des esclaves, alors que Téra'h n'a rien pris de tel, il est sorti sans bagage. Il est possible que Téra'h était mû par le matériel, Téra'h n'avait rien à prendre. Avram est sorti et a pris les biens qui avaient été faits à 'Haran. À Our-Kasdim, apparemment, ils n'avaient rien fait. Avram est sorti d'un état d'une certaine prospérité, d'une aisance économique, parce qu'il avait certains biens. C'est pourquoi il est sorti et est parvenu au but par la bénédiction de Dieu. Il n'avait pas de motifs économiques. Il n'y avait pas de motif d'aller quelque part, de changer quelque chose et de gagner quelque chose. Il n'y avait que le motif de servir le Très-Haut, tout le reste, il l'avait, il avait déjà l'aisance.
וַיַּעֲבֹר אַבְרָם בָּאָרֶץ עַד מְקוֹם שְׁכֶם עַד אֵלוֹן מוֹרֶה וְהַכְּנַעֲנִי אָז בָּאָרֶץ׃
VAYA'AVÓR AVRÁM BA'ÁRETS AD MEKÓM CHEKHÉM AD ELÓN MORÉ VEHAKKENA'ANÍ AZ BA'ÁRETS
6 Et Avram passa par la terre jusqu'au lieu de Ch'khem, jusqu'au chêne des instructions, et les Cananéens étaient alors sur la terre.
Qu'est-ce que le lieu de Ch'khem ? Peut-être le lieu où est la ville de Ch'khem. Cela signifie qu'Avram est entré par le même côté par lequel entrera plus tard le patriarche Yaakov. Yaakov, en revenant au pays d'Israël, répétera le chemin d'Avram. Il entrera directement du côté de Ch'khem, du côté du Guilad.
Jusqu'au Chêne des Instructions. C'est un lieu tout particulier dans l'histoire. Apparemment, chez les païens, c'était un de ces lieux de force. Le chêne sous lequel sont assis les oracles, les devins, et c'est pourquoi il s'appelle Élon Moré – Esprit des IndicationsLe russe dit ici « Esprit des Indications » pour Élon Moré, alors que le verset et le contexte parlent d'un chêne ; c'est peut-être une coquille pour « Chêne des Indications ». Nous avons traduit littéralement.. Et c'est en ce lieu même que vient Avram. Et les Cananéens étaient alors sur la terre. C'est-à-dire que la terre n'est pas vide, elle est peuplée par les descendants de Canaan.
Canaan est un descendant de 'Ham. Un peuple qui est maudit de la malédiction de Noa'h. Et ici le Très-Haut accomplit Sa promesse et révèle à Avram le point de sa destination.
וַיֵּרָא יְהוָה אֶל־אַבְרָם וַיֹּאמֶר לְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת־הָאָרֶץ הַזֹּאת וַיִּבֶן שָׁם מִזְבֵּחַ לַיהוָה הַנִּרְאֶה אֵלָיו׃
VAYERÁ ADONÁY EL-AVRÁM VAYÓMER LEZAR'AKHÁ ETTÉN ET-HA'ÁRETS HAZZÓT VAYÍVEN CHAM MIZBÉYA'H LADONÁY HANNIR'É ELÁV
7 Et le SEIGNEUR apparut à Avram et dit : « voici, ce pays-ci, Je le donnerai en héritage à ta semence ». Et Avram bâtit là un autel à Dieu, Qui s'était révélé à lui.
Quand on nous dit : « Installe-toi ici », que font les gens ? Quelqu'un plante des pommes de terre, quelqu'un commence à construire une maison, quelqu'un installe une petite étuve, quelqu'un construit une école. Avram, en tout premier lieu, quand on lui a dit où il vivrait, où vivrait sa semence, a bâti là un autel au SEIGNEUR, qui s'était révélé à lui. Et cela deviendra le mode de vie d'Avram, en somme, le leitmotiv de tout son chemin.
וַיַּעְתֵּק מִשָּׁם הָהָרָה מִקֶּדֶם לְבֵית־אֵל וַיֵּט אָהֳלֹה בֵּית־אֵל מִיָּם וְהָעַי מִקֶּדֶם וַיִּבֶן־שָׁם מִזְבֵּחַ לַיהוָה וַיִּקְרָא בְּשֵׁם יְהוָה׃
8 Et il partit de là en direction des montagnes, à l'est de Beit el, et il dressa sa tente, de sorte que Beit el était à l'ouest, du côté de la mer, à l'estLa phrase russe dit littéralement « du côté de la mer, à l'est », sans nommer Aï, que le verset hébreu situe à l'est. Nous avons traduit littéralement., et là il invoquait le nom du SEIGNEUR.
Bien entendu, ce lieu ne s'appelle pas encore Beit El. Beit El, c'est Yaakov qui l'appellera ainsi plus tard. À ce moment-là, ce lieu s'appelle Louz. Mais Avram marche de nouveau comme à travers la préhistoire. Exactement comme il vient au lieu de Ch'khem, il vient à Beit El. On nous montre qu'Avram voyage déjà, qu'il pose déjà certains jalons, là où certains événements historiques se produiront plus tard.
Les commentateurs disent qu'Avram prévoyait les problèmes qu'il y aurait à Aï, quand le peuple reviendrait au pays d'Israël, et il priait pour faciliter les choses au peuple, pour que ces problèmes soient moindres. On peut simplement dire : Avram bâtit des autels partout où il est, et s'adresse au Très-Haut.
וַיִּסַּע אַבְרָם הָלוֹךְ וְנָסוֹעַ הַנֶּגְבָּה׃ פ
VAYISSÁ AVRÁM HALÓKH VENASÓA HANNÉGBA
9 Et Avram continua son voyage.
Avram parcourt ses possessions, examine la terre que le Très-Haut lui a donnée. Il ne reste pas en place et continue à se déplacer vers le sud, en direction du Néguev.
וַיְהִי רָעָב בָּאָרֶץ וַיֵּרֶד אַבְרָם מִצְרַיְמָה לָגוּר שָׁם כִּי־כָבֵד הָרָעָב בָּאָרֶץ׃
VAYHÍ RA'ÁV BA'ÁRETS VAYÉRED AVRÁM MITSRÁYMA LAGOÚR CHAM KI-KHAVÉD HARA'ÁV BA'ÁRETS
10 Et il y eut une famine sur la terre, et Avram descendit en Égypte pour y séjourner, parce que la famine était devenue lourde dans le pays.
Ainsi, Avram est allé en Égypte. Et pendant qu'il est en route, nous allons parler avec vous des méthodes d'étude de la vie des patriarches. Il y a une approche qui dit que les patriarches sont sans péché. Nous ne devons jamais voir chez eux d'erreurs, ils ne se trompent pas, ils ne pèchent pas, c'est impossible. Une autre approche dit que tous les patriarches sont aussi des hommes. Peut-être meilleurs que nous, plus justes que nous, mais des hommes. Ils commettent des erreurs, pèchent, peuvent se repentir (faire téchouva), et c'est précisément pour cela que nous pouvons apprendre d'eux. Je partage la seconde approche, et c'est pourquoi je citerai les opinions des commentateurs qui disent des choses pas très flatteuses à l'égard du Patriarche Avram. Bien sûr, il faut se rappeler où je suis et où il est, sa dignité ne lui sera pas ôtée. Mais nous discutons de ses actes, de sa vie. Et c'est la vie d'un homme.
Revenons à Avram descendant en Égypte. Il y a des commentateurs qui disent que de cet acte d'Avram (quand il descend en Égypte), nous pouvons tirer une leçon : quand il y a la famine, quand on est acculé, nous pouvons quitter la Terre sainte. Il est difficile de condamner un homme qui vit une famine, surtout quand il voit comment ont faim ses proches, ses enfants, les gens qu'il aime. Il est compréhensible que la faim, la pauvreté peut pousser un homme à divers actes.
D'autres commentateurs disent : « Non, au contraire. Avram a péché. Et le fait qu'Avram soit descendu en Égypte, et toute l'histoire qui suit – c'est un grand problème d'Avram, et c'est précisément à cause de lui que le peuple sera contraint par la suite de séjourner en Égypte. » « Cet acte pécheur d'Avram – explique Ramban – conduira à ce que tout le peuple sera contraint de se retrouver en galout. » Et les bonnes actions qu'Avram fait, par exemple il reçoit des hôtes, seront au mérite de tout le peuple. Mais les péchés d'Avram aussi seront à charge pour le peuple, qui sera contraint de les réparer. On peut dire : en Avram, tous sont descendus en Égypte. Ainsi, lisons plus loin la suite de l'histoire. Préparez-vous, maintenant ce sera triste.
וַיְהִי כַּאֲשֶׁר הִקְרִיב לָבוֹא מִצְרָיְמָה וַיֹּאמֶר אֶל־שָׂרַי אִשְׁתּוֹ הִנֵּה־נָא יָדַעְתִּי כִּי אִשָּׁה יְפַת־מַרְאֶה אָתְּ׃
VAYHÍ KA'ACHÉR HIKRÍV LAVÓ MITSRÁYMA VAYÓMER EL-SARÁY ICHTÓ HINNE-NÁ YADÁTI KI ICHÁ YEFAT-MAR'É ATT
11 Et il arriva, quand il approchait de l'Égypte, et il dit à Saraï, sa femme : « Voici, je sais maintenant que tu es une femme belle d'apparence !
« Voici, je sais maintenant que tu es une femme belle d'apparence ! » Que de latitude ici pour différents commentateurs et différentes compréhensions. Les uns disent qu'Avram était si pudique qu'il ne regardait pas du tout le visage de Sara et baissait tout le temps les yeux. Mais il y a une loi, il y a une règle selon laquelle un homme n'a pas le droit d'épouser une femme sans avoir vu son visage, afin qu'elle ne lui soit pas désagréable. D'autres disent : « Eh bien, Avram ne prêtait pas attention aux autres femmes (ne regardait pas), et là, soudain, il a comparé et a vu : “Oh, quelle beauté j'ai pour femme !” » Mais une autre compréhension est la plus probable. Avram dit : « Je sais que tu es ma belle femme. Maintenant, puisque je sais que tu es ma beauté, nous devrons prendre des mesures de précaution. »
וְהָיָה כִּי־יִרְאוּ אֹתָךְ הַמִּצְרִים וְאָמְרוּ אִשְׁתּוֹ זֹאת וְהָרְגוּ אֹתִי וְאֹתָךְ יְחַיּוּ׃
VEHAYÁ KI-YIR'OÚ OTÁKH HAMMITSRÍM VE'AMEROÚ ICHTÓ ZOT VEHAREGOÚ OTÍ VE'OTÁKH YE'HAYOÚ
12 Et maintenant, quand les Égyptiens te verront, et diront : « C'est sa femme ! Et ils me TUERONT, et toi, ils te laisseront en vie.
Chaque peuple a certains principes moraux propres. Même les païens en ont. Les Égyptiens, comme le dit la Torah, comme le dit la tradition, respectaient le mariage. C'est pourquoi non-non-non, à Dieu ne plaise, prendre la femme de son prochain ou la femme de son lointain. Une femme mariée est interdite même à Pharaon. Mais il est facile de la rendre veuve. On peut tuer son mari, alors elle sera libre, et on pourra l'épouser. C'est-à-dire qu'ils traitaient les valeurs du mariage avec respect, et les valeurs de la vie – avec moins de respect. Et Avram dit : « Ici, ils me tueront, pour que tu cesses d'être ma femme et que tu deviennes ma veuve, et alors ils te prendront. »
אִמְרִי־נָא אֲחֹתִי אָתְּ לְמַעַן יִיטַב־לִי בַעֲבוּרֵךְ וְחָיְתָה נַפְשִׁי בִּגְלָלֵךְ׃
IMRI-NÁ A'HÓTI AT LEMÁ'AN YITAV-LÍ VA'AVOURÉKH VE'HAYETÁ NAFCHÍ BIGLALÉKH
13 Dis donc que tu es ma sœur, afin qu'il m'arrive du bien à cause de toi, et mon âme sera vivante grâce à toi ».
Ici de nouveau les commentateurs divergent d'opinion. Rabbi Lévi Ben Guerchom dit : « Il n'y a rien à faire, un homme sage ne doit pas céder aux sentiments. Bien sûr, on a pitié de Sara, qu'elle puisse se retrouver à la cour du pharaon. Et, semblerait-il, ce n'est pas bien, pas éthique de livrer ainsi sa femme. Mais c'est ainsi qu'agit un homme sage. Il y a des moments où l'on n'a que faire des calculs, de l'éthique et d'une belle conduite. Il faut simplement sauver sa peau. » « Qui est important ? Avram est important. Il est le Patriarche, en lui on sera béni. Et Saraï ? Eh bien, il n'y a rien à faire. On a pitié, bien sûr, de la petite Sara, mais tel est son sort de femme. »
Ramban dit de nouveau : « Notre patriarche Avraham a péché d'un grand péché. Cela ne se fait pas. Et à cause de cela le peuple sera en esclavage. On n'agit pas ainsi avec les femmes. Il aurait dû s'en remettre au Très-Haut, que le Très-Haut le délivrerait. »
D'autres commentateurs disent : « Avram est simplement pris de panique et prend une décision erronée, il calcule mal la situation. »
'Hizkouni estime que l'erreur d'Avram est qu'il demandait à Sara : « Dis que tu es ma sœur et une femme mariée, tu as un mari, mais il est quelque part là-bas, loin en Canaan, on ne peut pas le tuer. » Voilà ce que voulait Avram. Ainsi parle 'Hizkouni, et c'est ainsi qu'il explique cette situation. C'est, bien sûr, une très belle explication, qui remet beaucoup de choses à leur place. Avram voulait, mais il a mal calculé.
Un autre commentaire parle du mauvais calcul d'Avram, en ce qu'il comptait ainsi : il est le frère et marchandera sans fin sur la dot, sur une certaine somme qu'il veut recevoir pour Saraï. Il fera traîner les négociations, et entre-temps la famine en Israël prendra fin, et on pourra s'enfuir tranquillement.
Toutes ces explications apparaissent parce que nous voulons justifier Avram d'une manière ou d'une autre. Il y a quand même, assis à l'intérieur, le désir de dire : allons, Avram, lui, agira dignement.
Il y a des commentateurs qui font des comparaisons avec la reine Ester ou avec Yaël, qui elles aussi sont entrées en relation avec des païens pour le salut du peuple d'Israël. Ces commentateurs disent que, voyez-vous, à Yaël et à Ester c'est permis pour le salut d'Israël, nous ne les accusons pas. Nous n'accusons pas Ester d'avoir été avec A'hachvéroch, ni Yaël d'avoir été avec Sisra. Et de la même manière on ne peut pas accuser Sara, parce qu'Avram, c'est kol Yisraël à ce moment-là, c'est-à-dire que tout Israël est concentré en Avram. S'il n'y a pas d'Avram, il n'y aura pas non plus d'Israël ensuite.
Il y a des commentateurs qui essaient d'expliquer ce qui se passe à l'aide de la mystique et de la magie. Ainsi, on raconte au sujet d'Ester qu'elle savait isoler son mauvais penchant et en faire une sorte de double. Ce double de la reine Ester, sa copie exacte, une diablesse sous son apparence, allait chez A'hachvéroch et couchait avec lui. Et non, Dieu nous en garde, la reine Ester, selon cette version. Et une histoire semblable est arrivée avec Yaël. Et avec Sara aussi, dit-on, il est arrivé quelque chose de semblable. En réalité, selon cette version, ce n'est pas Sara qu'Avram a livrée, mais c'est un tel double qu'ils ont refilé au pharaon. Cette version existe. Je peux la mentionner. Je ne peux malheureusement pas être d'accord avec elle, parce que pour moi elle ne cadre pas très bien avec l'Écriture.
Et commentateur après commentateur, chacun depuis la position de son éthique, à partir de ses propres vues – tous essaient de justifier Avram. Qui ne justifie pas Avram ? Par exemple, Ramban, déjà mentionné. Aussi Abarbanel, un commentateur médiéval, qui vivait au temps de l'expulsion des Juifs d'Espagne. Il était ministre des finances à la cour de la reine. Il écrivait : « Avram a agi comme n'agissent pas les hommes nobles. C'est un acte sans noblesse de la part d'Avram. » Eh bien, que puis-je dire ? Je suis, somme toute, d'accord avec Abarbanel et Ramban, mais chacun, bien sûr, est libre de choisir ici sa position.
וַיְהִי כְּבוֹא אַבְרָם מִצְרָיְמָה וַיִּרְאוּ הַמִּצְרִים אֶת־הָאִשָּׁה כִּי־יָפָה הִוא מְאֹד׃
VAYHÍ KEVÓ AVRÁM MITSRÁYMA VAYIR'OÚ HAMMITSRÍM ET-HA'ICHÁ KI-YAFÁ HI ME'ÓD
14 Et il advint, lorsqu'Avram arriva en Égypte, et les Égyptiens virent la femme, qu'elle était très belle.
וַיִּרְאוּ אֹתָהּ שָׂרֵי פַרְעֹה וַיְהַלְלוּ אֹתָהּ אֶל־פַּרְעֹה וַתֻּקַּח הָאִשָּׁה בֵּית פַּרְעֹה׃
VAYIR'OÚ OTÁ SARÉ PAR'Ó VAYHALELOÚ OTÁ EL-PAR'Ó VATTOUKKÁ'H HA'ICHÁ BET PAR'Ó
15 Et les grands de Pharaon la virent, et ils racontèrent dans tous les détails, ils la vantèrent devant Pharaon, et cette femme fut prise dans la maison de Pharaon.
Remarquez qu'ici le nom de Saraï n'est pas mentionné (on l'appelle femme, cette femme, cette femme…). Très probablement parce que le récit se fait pour ainsi dire à travers les yeux des Égyptiens. Ils ont vu, ils ont pris… Peut-être aussi parce que la Torah veut nous montrer que Saraï elle-même, en tant que personne, ne prend aucune part à cela. Absolument sans volonté, elle ne montre rien, ne prouve rien, ne se fait valoir par rien. Tout se passe de soi-même, et pour tous elle est simplement une femme.
וּלְאַבְרָם הֵיטִיב בַּעֲבוּרָהּ וַיְהִי־לוֹ צֹאן־וּבָקָר וַחֲמֹרִים וַעֲבָדִים וּשְׁפָחֹת וַאֲתֹנֹת וּגְמַלִּים׃
OUL'AVRÁM HETÍV BA'AVOURÁ VAYHI-LÓ TSON-OUVAKÁR VA'HAMORÍM VA'AVDÍM OUCHFA'HÓT VA'ATONÓT OUGMALLÍM
16 Et à Avram il fit du bien à cause d'elle : et il eut du petit et du gros bétail et des ânes, et des serviteurs, et des servantes, et des ânesses, et des chameaux.
Si l'on suppose qu'Avram avait prévu de marchander longtemps, alors, apparemment, le pharaon lui a fait une offre difficile à refuser et a payé une somme incontestablement importante. Et si Avram comptait dire que Sara avait un mari quelque part, alors, apparemment, on l'a mal compris. Ou bien Avram n'avait pas une telle intention. Et Avram, en tant que frère, peut donner sa sœur en mariage. Et quand un frère donne sa sœur en mariage, il reçoit pour elle aussi la dot (l'argent qui est dû pour la fiancée, dot ou kalym, quel que soit le nom qu'on lui donne).
Le pharaon a payé très cher pour prendre auprès de lui, selon sa compréhension, honnêtement cette femme. Que se passe-t-il du point de vue du pharaon ? Une belle femme est arrivée en Égypte, son frère la donne en mariage. Le pharaon a payé généreusement le frère.
וַיְנַגַּע יְהוָה אֶת־פַּרְעֹה נְגָעִים גְּדֹלִים וְאֶת־בֵּיתוֹ עַל־דְּבַר שָׂרַי אֵשֶׁת אַבְרָם׃
VAYNAGGÁ ADONÁY ET-PAR'O NEGA'ÍM GEDOLÍM VE'ET-BETÓ AL-DEVÁR SARÁY ÉCHET AVRÁM
17 Et le Très-Haut frappa Pharaon de grandes plaies, et sa maison, à cause de Saraï, femme d'Avram.
On peut comprendre cela comme à cause de Saraï, femme d'Avram. Et on peut le comprendre ainsi : à cause des paroles, à cause d'un certain discours de Saraï, femme d'Avram. C'est-à-dire que Saraï a prié, et le pharaon a été frappé de plaies. Troisième variante de compréhension : selon la parole de Saraï, femme d'Avram. C'est-à-dire qu'elle a averti le pharaon : « Il t'arrivera ceci, et ceci, et ceci… ». C'est pourquoi, quand cela s'est produit, le pharaon a compris que c'était à cause de Saraï.
וַיִּקְרָא פַרְעֹה לְאַבְרָם וַיֹּאמֶר מַה־זֹּאת עָשִׂיתָ לִּי לָמָּה לֹא־הִגַּדְתָּ לִּי כִּי אִשְׁתְּךָ הִוא׃
VAYIKRÁ FAR'Ó LE'AVRÁM VAYÓMER MA-ZÓT ASSÍTA LI LÁMA LO-HIGGÁDTA LI KI ICHTEKHÁ HI
18 Et Pharaon appela Avram, et lui dit : « Qu'est-ce donc que tu m'as fait ? Pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'elle est ta femme ?
D'une manière ou d'une autre, nous voyons que le pharaon a deviné pourquoi il reçoit ce châtiment. Peut-être parce que Sara l'avait averti. Peut-être a-t-il pris conseil auprès de ses prêtres. Eux aussi comprenaient parfois certaines choses. Peut-être a-t-il reçu une certaine révélation, ou bien l'intuition était développée chez lui. D'une manière ou d'une autre, il a deviné. Même pour le pharaon c'est effrayant et terrible : ne pas dire que c'est ta femme. « Comment as-tu pu agir ainsi ? » – reproche le pharaon à Avram. Et Avram, ici, apparemment, n'a rien à répondre. Plus tard il répondra à un autre homme. Mais au pharaon Avram ne répond rien.
לָמָה אָמַרְתָּ אֲחֹתִי הִוא וָאֶקַּח אֹתָהּ לִי לְאִשָּׁה וְעַתָּה הִנֵּה אִשְׁתְּךָ קַח וָלֵךְ׃
LAMÁ AMÁRTA A'HÓTI HI VA'EKKÁ'H OTÁ LI LE'ICHÁ VE'ATTÁ HINNÉ ICHTEKHÁ KA'H VALÉKH
19 Pourquoi as-tu dit : “elle est ma sœur” ? je l'ai prise pour femme ! Maintenant donc, voici ta femme, prends et va-t'en ! »
Les commentateurs s'arrêtent ici et commencent avec horreur à commenter : « Je l'ai prise pour femme… ne signifie pas qu'il est entré auprès d'elle. Cela ne signifie pas qu'il l'a touchée, mais signifie qu'il l'a seulement prise pour femme et s'apprêtait à entrer auprès d'elle. » Et on peut ici le justifier d'une certaine manière, parce qu'une telle expression peut effectivement signifier s'apprêtait seulement à la prendre pour femme.
Et, en outre, il est dit que toutes ces plaies et ces coups, Dieu les a faits pour que le pharaon ne touche pas Sara. Mais si l'on lit le texte simple, on peut voir que le pharaon l'a prise comme femme.
Tout commence par lekh lekha (va pour toi), et dans la suite peut retentir ceci : ka'h valékh (prends et va-t'en). Le pharaon parle à Avram avec mépris. Il ne comprend absolument pas comment on peut agir ainsi.
וַיְצַו עָלָיו פַּרְעֹה אֲנָשִׁים וַיְשַׁלְּחוּ אֹתוֹ וְאֶת־אִשְׁתּוֹ וְאֶת־כָּל־אֲשֶׁר־לוֹ׃
VAYTSÁV ALÁV PAR'Ó ANACHÍM VAYCHALLE'HOÚ OTÓ VE'ET-ICHTÓ VE'ET-KOL-ACHER-LÓ
20 Et Pharaon plaça auprès de lui des hommes, et ils les reconduisirent…
Le verbe vaychalle'hoú peut se comprendre comme renvoyèrent, reconduisirent, et on peut le comprendre comme chassèrent, jetèrent dehors. On peut le comprendre avec douceur, on peut le comprendre avec rudesse. On voit ici que Pharaon ne dit déjà plus : « Va pour toi ! » Avram ici ne va pas de lui-même, on le reconduit ou, plus grossièrement, on le met à la porte de l'Égypte.
Je suis sûr que chez chacun de ceux qui lisent cette histoire sur Avram naissent ses propres pensées, et elles ne peuvent pas être identiques. Notre attitude envers Avram et son acte ne peut pas non plus être identique. J'aime beaucoup l'histoire du père Avram, et il m'est très difficile d'accepter cet acte. Mais chacun a sa propre attitude. Si j'ai jeté un peu de bois dans le petit feu de votre réflexion, alors c'est très bien.
Nous lisons comment Avram revient d'Égypte au pays d'Israël.
וַיַּעַל אַבְרָם מִמִּצְרַיִם
vayá'al Avrám mimMitsráyim...
1 Et Avram monta d'Égypte …
Toujours, quand il s'agit du retour dans le pays, du déménagement au pays d'Israël, nous disons : « Et il monta… » À l'intérieur d'Israël, quand nous parlons de la venue à Jérusalem, nous disons : « Il monta ». À Jérusalem, quand nous parlons du Temple, nous disons : « Il monta ». C'est ainsi qu'on dit : « Deux montèrent au Temple ». Au Temple, on monte. Il ne s'agit pas seulement de la géographie de la montée, ce n'est pas seulement vers la montagne, c'est dans un sens spirituel. Donc, Avram monta d'Égypte.
הוּא וְאִשְׁתּוֹ וְכָל־אֲשֶׁר־לוֹ וְלוֹט עִמּוֹ הַנֶּגְבָּה׃…
hou ve'ichtó vekhol-acher-ló veLót immó hanNegbá
… lui, et sa femme, et tout ce qui est à lui, et Lot avec lui, vers le Néguev.
Naturellement, quand un homme va d'Égypte au pays d'Israël, il passe d'abord par le Néguev. Faites attention à l'ordre des mots dans la phrase : d'abord Avram, ensuite les biens, ensuite Lot. Dans Béréchit (12,5) nous avons lu :
…et Avram prit Saraï, sa femme, et Lot, fils de son frère, et toute la fortune qu'ils avaient acquise.
Lot, dans ce cas, est énuméré du côté d'Avram et de Saraï, avant les biens. Et dans le verset que nous venons de lire, les biens séparent Avram et Lot. Et des biens, Avram n'en a pas peu.
וְאַבְרָם כָּבֵד מְאֹד בַּמִּקְנֶה בַּכֶּסֶף וּבַזָּהָב׃
veAvrám kavéd me'ód bammikné bakkéssef ouvazzaháv
2 Avram est très lourd, il a énormément de bétail, d'argent et d'or.
Le motכָּבֵד (kavéd) – lourd. chez Avram il y a énormément de bétail (ici est employé un mot commun pour le petit bétail comme pour le gros bétail), d'argent et d'or. Avram est riche à la fois en biens et en métaux précieux.
וַיֵּלֶךְ לְמַסָּעָיו מִנֶּגֶב וְעַד־בֵּית־אֵל עַד־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־הָיָה שָׁם אָהֳלֹה (אָהֳלוֹ) בַּתְּחִלָּה בֵּין בֵּית־אֵל וּבֵין הָעָי׃
vayélekh lemassa'áv minnégev ve'ad-Bet-él ad-hammakóm acher-haya cham aholo batte'hillá ben Bet-él ouvén ha'Ay
3 Et il alla dans son voyage, du Néguev jusqu'à Beitel, jusqu'à l'endroit où, dès le tout début, avait été sa tente, entre Beit El et Aï.
Nous nous souvenons qu'Avram dressait sa tente (nous l'avons lu au chapitre précédent) entre Beit El et Aï. Et Avram retourne au même endroit, à l'endroit où il construisait un autel, où il offrait des sacrifices au Très-Haut.
אֶל־מְקוֹם הַמִּזְבֵּחַ אֲשֶׁר־עָשָׂה שָׁם בָּרִאשֹׁנָה וַיִּקְרָא שָׁם אַבְרָם בְּשֵׁם יְהוָה׃
el-mekóm hammizbéya'h acher-ássa cham barichoná vayikrá cham Avrám bechém Adonáy
4 Au lieu de l'autel qu'il y avait construit dès le tout début. et Avram invoqua là le Nom du SEIGNEUR.
C'est-à-dire qu'Avram revient d'Égypte. Il revient sain et sauf. Il a traversé sain et sauf la famine, il a traversé sain et sauf l'Égypte. Et la première chose qu'il fait, – il retourne à l'endroit où il était, au lieu d'adoration du Très-Haut. Il y dresse la tente et invoque de nouveau le Nom du Très-Haut.
וְגַם־לְלוֹט הַהֹלֵךְ אֶת־אַבְרָם הָיָה צֹאן־וּבָקָר וְאֹהָלִים׃
vegam-leLót haholékh et-Avrám hayá tson-ouvakár ve'ohalím
5 Et Lot aussi, qui va avec Avram, avait du petit et du gros bétail, et des tentes.
Très probablement, quand Avram était en Égypte, on peut supposer que Lot, qui est bien lui aussi un parent de Sara, a lui aussi reçu quelque chose en cadeau. Lui aussi a des biens. Il ne revient pas d'Égypte les mains vides. Mais ce qu'il a est sans comparaison avec ce qu'a Avram. Il a du petit et du gros bétail, et des tentes.
Pourquoi la Torah énumère-t-elle ici les tentes ? Depuis quand les tentes sont-elles devenues des biens ? Ce n'est pas quelque bien immobilier qu'on peut compter. Bon, des tentes et des tentes. Tout le monde a des tentes. Parce que, si nous voyons qu'Avram dresse une tente comme lieu d'adoration du Très-Haut, pour lui la tente est potentiellement un temple, un lieu de service du Très-Haut, alors pour Lot la tente est une partie de ses biens. Et en cela aussi se voit la différence entre Lot et Avram.
Avram, premièrement, est beaucoup plus riche que Lot, parce que Lot n'a ni argent ni or. Deuxièmement, Lot a (finement remarqué par la Torah) un rapport aux biens. Et les tentes ne sont qu'un cas particulier de cela, seulement un bon exemple.
Et encore une différence importante : nous ne voyons nulle part que Lot ait offert quelques sacrifices ou élevé quelques prières vers le Très-Haut.
Ainsi, comme on dirait dans la langue d'aujourd'hui, une grande 'hamoúla, un grand clan, une grande famille de nomades revient d'Égypte au pays d'Israël.
וְלֹא־נָשָׂא אֹתָם הָאָרֶץ לָשֶׁבֶת יַחְדָּו כִּי־הָיָה רְכוּשָׁם רָב וְלֹא יָכְלוּ לָשֶׁבֶת יַחְדָּו׃
velo-nassá otám ha'árets lachévet ya'hdáv ki-hayá rekhouchám rav veló yakheloú lachévet ya'hdáv
6 Et la terre ne pouvait pas les porter, s'ils se trouvaient ensemble, parce qu'ils avaient beaucoup de biens, et ils ne pouvaient pas vivre sédentaires ensemble.
La terre ne pouvait pas les porter, parce qu'ils avaient beaucoup de biens. La terre n'est pas déserte, la terre est peuplée, et il n'y a pas tant de place pour les pâturages. De plus, ces lieux ne sont pas des prairies inondables, où l'on pourrait tranquillement mener le bétail et le faire paître. Ces lieux sont parfois difficiles d'accès. Effectivement, avec de grands troupeaux, il est difficile pour deux grands clans de s'en sortir sur un petit territoire.
וַיְהִי־רִיב בֵּין רֹעֵי מִקְנֵה־אַבְרָם וּבֵין רֹעֵי מִקְנֵה־לוֹט וְהַכְּנַעֲנִי וְהַפְּרִזִּי אָז יֹשֵׁב בָּאָרֶץ׃
vayhi-rív ben ro'é mikne-Avrám ouvén ro'é mikne-lot vehakkena'aní vehapperizzí az yochev ba'árets
7 Et il y eut une dispute entre les bergers du bétail d'Avram et les bergers du bétail de Lot, et les Cananéens et les Phérézéens habitaient alors sur la terre.
Pourquoi cet ajout ? Les commentateurs et les midrachim disent que Lot faisait paître son bétail et s'égarait par mégarde dans les champs des Cananéens et des Phérézéens. Quand Avram sortait le bétail, le bétail allait avec des sortes de muselières, pour ne pas manger dans les champs d'autrui ou ne pas paître dans les champs d'autrui. Quand les Cananéens, les Phérézéens disaient : « Qu'est-ce que vous faites ? C'est notre terre ! », Lot répondait : « Mais à nous, le Très-Haut a promis que tout cela serait notre terre ». Et, comme le dit le midrach, le Très-Haut intervint et dit : « Ce sera, quand je chasserai ces peuples. Mais tant que ce n'est pas le cas, tu dois vivre avec eux en bon voisinage, Lot. » C'est ce que Lot ne comprenait pas. Il y a une telle interprétation.
Une interprétation plus simple, plus proche du sens simple de la Torah, consiste en ce que cette terre était peuplée par les Cananéens et les Phérézéens, et à cause de cela il n'y avait pas de pâturages.
וַיֹּאמֶר אַבְרָם אֶל־לוֹט אַל־נָא תְהִי מְרִיבָה בֵּינִי וּבֵינֶיךָ וּבֵין רֹעַי וּבֵין רֹעֶיךָ כִּי־אֲנָשִׁים אַחִים אֲנָחְנוּ׃
vayomer Avrám el-Lót al-ná tehí merivá bení ouvenékha ouvén ro'áy ouvén ro'ékha ki'anachím a'hím aná'hnou
8 Et Avram dit à Lot : « Qu'il n'y ait pas de discorde entre nous, entre moi et entre toi, entre mes bergers et entre tes bergers, car nous sommes frères.
אַל־נָא תְהִי מְרִיבָה (al-ná tehí merivá) – … qu'il n'y ait pas d'affrontement …, מַחֲלוֹקֶת (riv) – c'est une dispute, מְרִיבָה (meriva) – c'est quelque chose qui traîne longtemps, une sorte de querelle qui devient une division sur des générations.
De nouveau, certains commentateurs disent qu'Avram a dit : « Nous nous ressemblons comme deux gouttes d'eau, et les bergers nous confondent, alors séparons-nous. » Mais nulle part il n'est question d'un tel miracle. Lot est simplement le neveu d'Avram.
Avram dit ici : « Nous sommes bien frères, partageons en frères. »
Pourquoi, au lieu de parler de querelle et de dispute, ne se réuniraient-ils pas le soir, n'appelleraient-ils pas les bergers, ne feraient-ils pas avec eux un travail d'explication, en leur expliquant qu'il ne faut pas se quereller. Ou bien renvoyer ces bergers et en prendre d'autres. Et la réponse se trouve probablement avant tout dans les mots d'Avram entre moi et toi. Cette dispute est avant tout entre moi et toi, et seulement ensuite entre les bergers. C'est justement Lot et Avram qui ont des visions différentes de la vie, des visions différentes des biens. Cela ne fait que se déverser sur les relations entre les bergers, Avram le voit et c'est exactement ainsi qu'il dit : « …entre moi et entre toi, entre mes bergers et entre tes bergers ». Ici, on ne s'en tire pas en renvoyant les bergers, ici le problème est idéologique.
Et Avram cède ici et dit :
הֲלֹא כָל־הָאָרֶץ לְפָנֶיךָ הִפָּרֶד נָא מֵעָלָי אִם־הַשְּׂמֹאל וְאֵימִנָה וְאִם־הַיָּמִין וְאַשְׂמְאִילָה׃
haló khol-ha'árets lefanékha hippáred na me'aláy im-hassemól ve'emína ve'im-hayamín ve'asme'íla
9 Voici, toute la terre est devant toi, sépare-toi de moi : et si tu vas à gauche (si tu vas au nord), j'irai à droite, et si tu vas à droite, j'irai à gauche ».
C'est-à-dire qu'ils se sont séparés. Ici, on peut probablement donner une petite explication sur l'ancien système d'orientation dans l'espace. L'homme autrefois s'orientait d'après les positions du corps : kédem – c'est l'est, en avant ; a'hor – c'est l'ouest, en arrière ; smol – à gauche, le nord ; teiman – à droite, le sud.
Le peuple est nomade, et il lui faut nomadiser. Deux familles doivent nomadiser d'une certaine façon, malgré tout en cadence. Et Avram dit : « Toi à gauche, moi à droite. Toi à droite, moi à gauche. Toi au nord, moi au sud. Toi au sud, moi au nord. »
Avram propose de partager la terre sainte. Il pense que, si la promesse du Très-Haut a bien été : « À toi et à ta semence Je donnerai cette terre », Lot est presque comme une semence, il est le neveu, et selon certaines versions ils ne sont pas si éloignés de la vérité possible : Lot avait été adopté par Sara et Avram, c'est précisément sur cette base qu'il marche avec eux.
Lot, des deux variantes, comme nous le voyons, choisit une troisième variante.
וַיִּשָּׂא־לוֹט אֶת־עֵינָיו וַיַּרְא אֶת־כָּל־כִּכַּר הַיַּרְדֵּן כִּי כֻלָּהּ מַשְׁקֶה לִפְנֵי שַׁחֵת יְהוָה אֶת־סְדֹם וְאֶת־עֲמֹרָה כְּגַן־יְהוָה כְּאֶרֶץ מִצְרַיִם בֹּאֲכָה צֹעַר׃
vayissa-Lót et-enáv vayár et-kol-kikkár haYardén ki khoullá machké lifné cha'hét Adonáy et-Sedóm ve'ét-Amorá kegan- Adonáy ke'érets Mitsráyim bo'akhá Tsó'ar
10 Et Lot leva ses yeux et vit toute la contrée du Jourdain, qu'elle était tout entière merveilleusement arrosée, parce que cela se passait avant que le Très-Haut ne détruise Sédom et Amora, comme le jardin du SEIGNEUR, comme le pays de Mitsraïm, jusqu'à Tso'ar.
La Torah fait cette remarque, parce que le lecteur de la Torah à l'époque du don de la Torah sait à quoi tout ressemble dans ces contrées. Et la Torah rappelle que l'affaire se passait encore avant la destruction de Sédom et Amora, dont la Torah ne nous a même pas encore parlé. Et à cette époque, c'était une contrée verdoyante et florissante. Et ce Lot, qui a ouvert grand ses yeux, voit cette terre, et elle lui apparaît : comme le jardin du SEIGNEUR (pour Lot, c'est en partie de la mythologie) jusqu'à Tso'ar même.
Lot a vu un immense territoire avec une magnifique alimentation en eau, magnifique pour le bétail et pour l'agriculture. Mais faites attention, Lot la compare à l'Égypte, où il venait d'être. Si pour Avram la visite de l'Égypte est quelque chose de traumatisant, ce n'était pas un magnifique voyage touristique. Alors chez Lot il y a une nostalgie de l'Égypte : « La voilà, la terre qui est comme l'Égypte », et c'est pourquoi Lot choisit d'aller là-bas. Ici, le motif de son acte, c'est : je veux aller en Égypte ou, en tout cas, je veux vivre comme en Égypte.
וַיִּבְחַר־לוֹ לוֹט אֵת כָּל־כִּכַּר הַיַּרְדֵּן וַיִּסַּע לוֹט מִקֶּדֶם וַיִּפָּרְדוּ אִישׁ מֵעַל אָחִיו׃
vayiv'har-ló Lot et kol-kikkár haYarden vayissá Lot mikkédem vayipparedoú ich me'ál a'hív
11 Et Lot se choisit tous les environs du Jourdain, et Lot partit de l'est ; et ils se séparèrent, frère de frère.
On peut voir ici une remarque intéressante. La Torah décrit : « Et Lot partit de l'est… » Mais si l'on regarde géographiquement, alors non, ce n'est pas de l'est qu'il est parti. Il devait effectivement aller vers l'est pour se retrouver là où il s'est retrouvé. Que signifie donc mikkédem ? Lot partit de son passé, de ce qui était kodem – de ce qui était auparavant.
Mais faisons ici encore une digression et parlons de l'orientation dans le temps. Ce qui était kodem – ce qui est devant, c'est ce qui a déjà été. Ce que l'homme voit devant lui, ce qui l'attend, ce sera a'hareï – ce qui est derrière. Ainsi, l'homme se tient face à son passé et dos à son avenir. Devant, le passé, et derrière, l'avenir, parce que c'est ainsi que l'homme voit. Et c'est l'orientation qui est donnée dans la Torah. À cet endroit précis, on peut le comprendre ainsi.
Lot s'en alla, rompit avec son passé. Et là, les frères se séparèrent. Ich – l'homme se sépara de son frère. Et Avram resta vivre là où il vivait.
אַבְרָם יָשַׁב בְּאֶרֶץ־כְּנָעַן וְלוֹט יָשַׁב בְּעָרֵי הַכִּכָּר וַיֶּאֱהַל עַד־סְדֹם׃
Avrám yacháv be'erets-Kená'an veLót yacháv be'aré hakkikkár vaye'ehál ad-Sedóm
12 Avram habite au pays de Canaan, et Lot habite dans les villes des environs du Jourdain, et ses tentes jusqu'à Sédom.
C'est-à-dire que Lot nomadisait peu à peu, nomadisait, se déplaçait dans ces environs du Jourdain, jusqu'à ce qu'il arrive à Sédom. C'était un processus. D'abord Lot s'éloigne de son frère Avram, s'éloigne du passé, et tout doucement, petit à petit, il finit par arriver, en nomadisant, jusqu'à Sédom.
וְאַנְשֵׁי סְדֹם רָעִים וְחַטָּאִים לַיהוָה מְאֹד׃
ve'anché sedóm ra'ím ve'hatta'ím ladonáy me'ód
13 Et les gens de Sédom sont mauvais et pèchent contre le SEIGNEUR, beaucoup.
Nous reviendrons encore à cette question. Lot s'éloigna d'Avram, de celui qui proclamait le SEIGNEUR, et « a poussé ses tentes », a nomadisé jusqu'à des gens qui sont mauvais et pèchent contre le SEIGNEUR.
À ce moment, le SEIGNEUR se révèle à Avram et lui dit de nouveau :
וַיהוָה אָמַר אֶל־אַבְרָם אַחֲרֵי הִפָּרֶד־לוֹט מֵעִמּוֹ
vAdonáy amár el-Avrám a'haré hippared-Lót me'immó
14 Et le SEIGNEUR dit à Avram, après que Lot se fut séparé de lui :
Certains commentateurs disent ici ceci : « Tant qu'Avram était en Égypte et tant que ce Lot (quand il était déjà devenu impur, attaché aux biens) était dans le camp d'Avram, le Très-Haut ne lui parlait pas. Quand Lot s'est séparé, alors le Très-Haut s'adresse de nouveau à lui. C'est pourquoi la Torah dit ici : après que Lot se fut séparé de lui ».
D'autres commentateurs disent qu'Avram espérait peut-être que, par Lot, sa semence hériterait de la terre, et c'est pourquoi il fut très affligé quand Lot se sépara, ou bien il pensa : « Si je n'ai pas su élever Lot comme il faut, alors comment élèverai-je mes enfants… »
Quoi qu'il en soit, Avram avait besoin d'être consolé. Et le Très-Haut vient pour consoler Avram.
שָׂא נָא עֵינֶיךָ וּרְאֵה מִן־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־אַתָּה שָׁם צָפֹנָה וָנֶגְבָּה וָקֵדְמָה וָיָמָּה׃
sa-ná enékha our'é min-hammakóm acher-attá cham tsafóna vanégba vakédma vayámma
« lève les yeux et regarde, du lieu où tu te trouves, vers le nord et vers le sud, vers l'est et vers l'ouest.
Toi aussi, lève les yeux, comme Lot a levé les yeux, et regarde, du lieu où tu te trouves, vers le nord et vers le sud, vers l'est et vers l'ouest.
כִּי אֶת־כָּל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־אַתָּה רֹאֶה לְךָ אֶתְּנֶנָּה וּלְזַרְעֲךָ עַד־עוֹלָם׃
ki et-kol-ha'árets acher-attá ro'é lekhá ettenénna oulzar'akhá ad-olám
15 Car toute la terre que tu vois, à toi Je la donnerai, et à ta semence pour toujours.
C'est aussi la réponse à la proposition si audacieuse d'Avram à Lot de partager la terre. Il aurait pu ainsi rester sans Jérusalem, si Lot avait pris, à Dieu ne plaise, le morceau avec Jérusalem.
וְשַׂמְתִּי אֶת־זַרְעֲךָ כַּעֲפַר הָאָרֶץ אֲשֶׁר אִם־יוּכַל אִישׁ לִמְנוֹת אֶת־עֲפַר הָאָרֶץ גַּם־זַרְעֲךָ יִמָּנֶה׃
vesamtí et-zar'akhá ka'afár ha'árets achér im-youkhál ich limnót et-afár ha'árets gam-zar'akhá yimmané
16 Et je multiplierai ta semence comme la poussière de la terre ; si un homme peut compter la poussière de la terre, ta semence aussi sera comptée.
Si tu crains de rester sans semence parce que Lot est parti, alors sache que Je te donne une promesse : ta semence sera comme la poussière de la terre. Personne ne pourra compter tes descendants. Telle est la promesse que le Très-Haut donne à Avram.
Certains commentateurs et interprètes s'étonnent : pourquoi une telle comparaison – la poussière de la terre ? Ailleurs, la comparaison est faite avec les étoiles du ciel. Les commentateurs expliquent que même dans l'état de Lot, dans l'état d'attachement aux biens, d'une certaine immersion dans le matériel, dans l'éloignement du Très-Haut, le peuple d'Israël grandira et se multipliera en quantité. En qualité, il sera comme la poussière de la terre, mais il sera nombreux.
Le Très-Haut dirigera le peuple d'Israël, le conduira vers la réparation, même quand il sera dans un état, pour ainsi dire, déchu. C'est pourquoi Avram peut s'en remettre au Très-Haut, comme éducateur. Même à travers la poussière, le Très-Haut fera passer le peuple. Et voilà, à cette affliction (si je n'ai pas su élever Lot, alors comment élèverai-je mes fils), le Très-Haut dit : « Remets-t'en à Moi ». À plus forte raison dans l'état élevé du peuple. S'il pense aux choses célestes, élevées, s'il se concentre sur le service du Très-Haut, il se multipliera aussi et sera aussi comme les étoiles du ciel. Ni l'un ni l'autre ne peut être compté.
Ensuite, le Très-Haut ordonne à Avram et dit :
קוּם הִתְהַלֵּךְ בָּאָרֶץ לְאָרְכָּהּ וּלְרָחְבָּהּ כִּי לְךָ אֶתְּנֶנָּה׃
koum hithallékh ba'árets le'orká oulro'hbá ki lekhá ettenénna
17 Lève-toi, parcours cette terre en longueur et en largeur, car Je te la donnerai.
Lot aussi marche, se déplace sur la terre, dans cette vallée qu'il a choisie, et il va où il va. Le Très-Haut ordonne à Avram : « Toi aussi, parcours cette terre, en maître, car Je te la donne ». Ce que Lot a choisi, il l'a choisi. Et Avram accomplit l'ordre du Très-Haut :
וַיֶּאֱהַל אַבְרָם וַיָּבֹא וַיֵּשֶׁב בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא אֲשֶׁר בְּחֶבְרוֹן וַיִּבֶן־שָׁם מִזְבֵּחַ לַיהוָה׃ פ
vaye'ehál Avrám vayavó vayéchev be'Eloné Mamré achér be'hevrón vayiven-chám mizbéa'h lAdonáy
18 Et Avram dressa ses tentes, et il vint et s'établit à Élon Mamré, qui est à 'Hévron, et il bâtit là un autel au SEIGNEUR.
Lot arriva où il arriva. Il ne se mit pas à bâtir d'autel, parce qu'il tomba chez des gens mauvais, méchants, hostiles au SEIGNEUR.
Avram aussi arriva où il arriva. Il arriva à 'Hévron, dans un lieu qui deviendra pour longtemps le centre de la vie juive. Et que fait Avram là-bas ? Il bâtit un autel au Très-Haut (nous ne savons pas ce que fait Lot à Sédom).
C'est l'histoire de la séparation d'Avram et de Lot. L'histoire où un homme quitte la communauté du Très-Haut, se sépare de celui qui sert le Très-Haut, et tout doucement arrive jusqu'à Sédom. C'est l'histoire de Lot. Nous reviendrons encore à lui, ce n'est pas un camarade tout à fait perdu. Le nom Lot signifie enveloppé de brouillard, caché dans l'obscurité, incompréhensible, trouble, mais pas au mauvais sens du mot, mais dans le sens que l'essence ne se révèle pas tout de suite.
Dans le chapitre précédent, nous avons lu comment Avram et Lot se sont séparés. Lot est allé dans les environs du Jourdain et, nomadisant peu à peu, s'est transporté dans la ville de Sédom, où vivent des gens très mauvais (comme en témoigne la Torah). Avram a parcouru toute sa terre, que le Très-Haut lui a donnée (le Très-Haut lui a encore une fois confirmé la promesse). Et à la fin, Avram s'établit dans la région de la ville de 'Hévron. Et voilà, à ce moment nous commençons à lire le quatorzième chapitre :
וַיְהִי בִּימֵי אַמְרָפֶל מֶלֶךְ־שִׁנְעָר אַרְיוֹךְ מֶלֶךְ אֶלָּסָר כְּדָרְלָעֹמֶר מֶלֶךְ עֵילָם וְתִדְעָל מֶלֶךְ גּוֹיִם׃
vayhí bimé Amrafél melekh-chin'ár ARYOKH MÉLEKH ELLASSÁR KEDORLA'ÓMER MÉLEKH ELÁM VETID'ÁL MÉLEKH GOYÍM
1 Et il arriva aux temps d'Amrafel, roi de Chinar, d'aryokh, roi d'élassar, DE KDORLAOMER, ROI D'ÉLAM, ET
DE TIDAL, ROI D'UNE MULTITUDE DE PEUPLES.
Chinár – c'est l'ancien nom de Babylone. Amrafel, comme beaucoup le supposent, n'est autre que Hammourapi, l'auteur des lois bien connues, le grand roi babylonien qui, sur ses vieux jours, partit effectivement et conquit, soumit toute la région. Un grand roi d'un grand pays. C'est important.
Aryokh est un représentant des Hourrites, un peuple proto-arménien qui habitait à peu près le nord de la Mésopotamie, l'un, dit-on, des ancêtres des Arméniens actuels.
Kédorlaomer – ce nom est devenu une sorte de nom commun en Israël. Quand on veut dire que quelqu'un a un vieux nom antique, on dit : Kédorlaómer. Exemple d'un nom antique et alambiqué.
En effet, depuis qu'on a trouvé les anciennes tablettes iraniennes à Suse, dans cette même capitale, Chouchan, où se dérouleront plus tard les événements de la méguilat Ester, c'est précisément de là, d'Élam, que vient Kédorlaómer. Et ce nom signifie esclave d'Omer, petit dieu local élamite.
Tidal est appelé ici roi de nombreux peuples. C'est Toutkhaliya, le roi hittite, du centre de la Turquie. Effectivement, un lieu densément peuplé de différents peuples et tribus.
Imaginez la puissance de cette armée. Il y a là et Babylone, et les Hourrites, et Élam, et l'Asie Mineure, la Turquie. Une immense armée se rassemble. Et pourquoi se sont-ils rassemblés :
עָשׂוּ מִלְחָמָה אֶת־בֶּרַע מֶלֶךְ סְדֹם...
asoú mil'hamá et-Berá mélekh Sedóm
2 Ils firent la guerre à Béra, roi de Sédom …
Le nom Béra sonne en hébreu bé ra – de manière mauvaise, méchamment, par une mauvaise voie. Et c'est le Roi de Sédom
וְאֶת־בִּרְשַׁע מֶלֶךְ עֲמֹרָה...
Ve'et-birchá mélekh amorá
…et avec Bircha, roi d'Amora,
Le roi d'Amora, il est presque l'homonyme du roi de Sédom. Il s'appelle Birécha, du mot racha – scélérat, récha – scélératesse, par une voie scélérate.
שִׁנְאָב מֶלֶךְ אַדְמָה...
Chin'áv mélekh admá
... Chinav, roi d'ADMA, …
C'est le roi d'une autre ville, il s'appelle Chinav. Comment peut-on traduire cela ? Les midrachim aiment interpréter les noms des gens bons dans un sens bon, ceux des mauvais dans un sens mauvais. Le nom Chinav est interprété comme celui qui hait le père (soné av) ou haï par le père, et aussi d'après le mot choev – qui aspire, celui qui « se gave » d'argent, « se gave » de biens. Si l'on se tourne malgré tout vers le sens originel, alors, très probablement, Chinav, c'est le dieu Chin, c'est-à-dire le dieu de la lune est compté comme mon père.
וְשֶׁמְאֵבֶר מֶלֶךְ צְבֹיִים (צְבוֹיִים)
veChem'éver mélekh Tsevoyím
Chem'ever, roi de Tsevoyim,
Et le dernier des rois qui sont nommés par leur nom, c'est Chemever, roi de Tsevoyim. Chemever, c'est ce qu'on appelle un nom théophore, un nom qui contient en lui le nom d'un dieu, bien que celui-ci ne soit pas nommé. Il est nommé simplement par le nom Chem. Chem'ever – cela signifie mon petit dieu – il est un héros, héroïque.
וּמֶלֶךְ בֶּלַע הִיא־צֹעַר׃
oumélekh Béla hi-Tsó'ar
…et le roi Béla, qui s'appelle Tso'ar.
Et le cinquième de ces cinq rois, que les quatre ont attaqués, c'est Béla, qui s'appelle aussi Tso'ar. Les commentateurs disent que, comme c'était un roi si insignifiant d'une ville tout à fait perdue, le nom de ce roi ne s'est pas conservé. La Torah ne le nomme pas par son nom.
Ainsi, ces quatre rois attaquèrent les cinq rois. La bataille semblerait inégale, si l'on ne ressent pas toute l'ironie. Kédorlaomer rassembla une immense armée pour marcher contre ces cinq rois. En somme, contre une région perdue et lointaine.
כָּל־אֵלֶּה חָבְרוּ אֶל־עֵמֶק הַשִּׂדִּים הוּא יָם הַמֶּלַח׃
kol-élle 'haveroú el-émek hassiddím hou yam hamméla'h
3 Tous ceux-ci se rassemblèrent en foule dans la vallée de Chidim, c'est la mer Morte.
Tous ceux-ci se rassemblèrent en foule dans la vallée de Chidim (se traduit par vallée du Diable ou Vallée des diables, des démons), qui hou yam hamméla'h (mer de sel), – c'est le nom de la mer Morte.
שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה שָׁנָה עָבְדוּ אֶת־כְּדָרְלָעֹמֶר וּשְׁלֹשׁ־עֶשְׂרֵה שָׁנָה מָרָדוּ׃
chetém esré chaná avedoú et-Kedorla'ómer ouchloch-esré chaná marádou
4 Douze ans ces cinq villes servirent Kédorlaomer, et la treizième année elles se révoltèrent (se soulevèrent).
C'est-à-dire que pendant douze ans ils lui ont payé un certain tribut, certains impôts, une certaine redevance. La treizième année, ils en ont eu assez de payer cela. À proprement parler, c'est cela qui a été la cause de la guerre. Un an après, il a appris qu'ils avaient cessé de lui payer.
וּבְאַרְבַּע עֶשְׂרֵה שָׁנָה בָּא כְדָרְלָעֹמֶר וְהַמְּלָכִים אֲשֶׁר אִתּוֹ וַיַּכּוּ אֶת־רְפָאִים בְּעַשְׁתְּרֹת קַרְנַיִם וְאֶת־הַזּוּזִים בְּהָם וְאֵת הָאֵימִים בְּשָׁוֵה קִרְיָתָיִם׃
Ouv'arbá esré chaná ba Kedorla'ómer vehammelakhím achér ittó vayakkoú et-refa'ím be'Achterót Karnáyim ve'et-hazzouzím beHam ve'ét ha'emím beChavé Kiryatayim
5 Et la quatorzième année vint Kédorlaomer et les rois qui sont avec lui, et ils battirent les Réfaïm à Achérot-Karnaïm, et parmi eux les Zouzim à Am, et les Émim dans le lieu qui s'appelle Chavé-Kiryataïm.
Cette fois Kédorlaomer est à la première place, parce que c'est bien ici qu'il est le plus important, ici il est le chef de la compagnie.
Qui d'autre ils ont battu :
וְאֶת־הַחֹרִי בְּהַרְרָם שֵׂעִיר עַד אֵיל פָּארָן אֲשֶׁר עַל־הַמִּדְבָּר׃
ve'et-ha'horí beharerám Se'ír ad el Parán achér al-hammidbár
6 Et les 'Horites dans les montagnes de Sé'ir jusqu'à El-Paran, qui est dans le désert.
Essayons de comprendre ce qui se passe. Quatre rois commencent une campagne militaire contre cinq villes reculées. La campagne est, très probablement, exemplaire, pour faire une démonstration au monde entier, pour qu'on voie et qu'on craigne combien il est dangereux de ne pas payer l'impôt aux maîtres. Pour cela, la seule armée de Kédorlaomer suffisait, ce sont cinq petites villes reculées. Néanmoins Kédorlaomer, apparemment pour de l'argent ou pour certaines de ses affaires royales, s'allie avec trois autres rois, de grands empires, se met en mouvement avec toute cette cohorte, et attaque les Réfaïm et les A'houréens, et ne se dirige pas encore du côté des cinq villes.
Qui sont les Réfaïm et les A'houréens ? De qui, en général, est-il question ? Le deuxième chapitre du livre de Dévarim nous aidera à le comprendre. Moché raconte le plan de conquête du pays et dévoile un peu l'histoire. Dans le livre de Dévarim (2,9–11), nous lisons :
Et le SEIGNEUR me dit : « Ne sois pas hostile envers Moav et n'engage pas de guerre avec lui, car Je ne te donnerai de son pays aucune possession, puisque c'est aux fils de Lot que J'ai donné Ar en possession. Les Émim y habitaient auparavant, un peuple grand et nombreux, comme des géants. Les Réfaïm étaient considérés comme des géants, et les Moabites les appelaient Émim ».
Le mot émim signifie terribles, effrayants. Ainsi, l'un des peuples qu'ils ont battus, l'une des sous-espèces des Réfaïm, ce sont les Émim, eux aussi sont des Réfaïm, et les Réfaïm, ce sont des géants. C'est-à-dire un certain peuple de haute taille, un peuple de géants, que les Moabites appellent Émim. Ce sont précisément eux que les cinq rois ont attaqués.
Il y avait encore aussi les Zézim :
… Et tu t'approches des fils d'Amon. Ne sois pas hostile envers eux et ne les provoque pas, car je ne te donnerai rien des fils d'Amon en possession. Puisque c'est aux fils de Lot que J'ai donné en possession. Elle est considérée comme le pays des Réfaïm, les Réfaïm y habitaient auparavant, mais les Ammonites les appellent Zamzoumim. (Dévarim 2,19–20)
Zamzoumim – ce sont ces mêmes zézim (en abrégé), dont il est question dans notre section. Que signifie zézim ou zamzoumim ? Ce sont ceux qui font ce qu'ils projettent. Ceux qui ont assez de force pour faire ce qu'ils auront projeté. Il y a là une certaine analogie avec ce que le Très-Haut dit des bâtisseurs de la tour de Babylone. Un peuple fort, grand, puissant.
Et ils sont un peuple grand, nombreux et de haute taille, comme des géants, mais le SEIGNEUR les extermina devant leur face, et ceux-là LeurDans le russe, le pronom « leur » qui désigne les peuples chassés est écrit deux fois avec une majuscule, comme un pronom divin. Nous avons conservé cette majuscule. succédèrent et s'établirent à leur place. Comme Il a fait pour les fils d'Essav, qui habitent sur Sé'ir, devant lesquels il extermina les 'Horéens, et ils Leur succédèrent et s'établirent à leur place jusqu'à ce jour. (Dévarim 2,21–22)
Ainsi, ici le SEIGNEUR parle et des Émim, et des Zamzoumim, et des 'Horéens, et des Réfaïm, comme de peuples forts et de haute taille, comme d'armées puissantes et fortes. Ce ne sont plus de petites villes reculées.
Et ce n'est pas pour rien que le livre de Dévarim mentionne qu'avec l'aide du Très-Haut, par Ses miracles, ces peuples, ces armées ont été terrassés et que d'autres peuples ont pris leur place. Le Très-Haut dit : « C'est Moi qui ai aidé à les vaincre ». Cela s'est sans doute produit d'une manière miraculeuse, parce que les peuples étaient très forts.
On peut demander : « Ainsi, les rois ont commencé une campagne militaire contre cinq petites villes. Pourquoi donc sont-ils allés, avant le combat principal, épuiser leurs forces et attaquer de grands peuples voisins sérieux ? » Apparemment, parce que les peuples ne les laissaient pas passer si simplement. Si l'on regarde la carte, les rois ont fait un sérieux détour, ont fait une boucle et sont arrivés de l'autre côté à la vallée de Chédim. Pourquoi soudain les peuples voisins les empêchaient-ils de passer ? La supposition la plus simple, c'est que les cinq villes s'étaient entendues avec ces peuples forts du voisinage. Pourquoi, en effet, devrions-nous payer un tribut à un homme au nom douteux de Kédorlaomer, qui est quelque part au loin, quand on peut s'entendre quelque part tout près et payer tribut aux peuples voisins, qui ont pris le tribut, ont pris sous leur patronage et leur protection les cinq villes. C'est précisément pour cela, très probablement, qu'il a fallu leur faire la guerre.
Après cette guerre, après cette bataille :
וַיָּשֻׁבוּ וַיָּבֹאוּ אֶל־עֵין מִשְׁפָּט הִוא קָדֵשׁ וַיַּכּוּ אֶת־כָּל־שְׂדֵה הָעֲמָלֵקִי וְגַם אֶת־הָאֱמֹרִי הַיֹּשֵׁב בְּחַצְצֹן תָּמָר׃
vayachoúvou vayavó'ou el-En Michpát hi Kadéch vayakkoú et-kol-sedé ha'Amalekí vegám et-ha'Emorí hayochév be'Hatsetsón Tamár
7 Et ils revinrent à Én-Michpat, qui est aussi Kadech, et ils battirent tous les champs des Amalécites et des Amoréens, ceux qui habitaient à 'Hatsetson Tamar.
El-én michpát se traduit littéralement source du jugement, fontaine, auprès de laquelle on se rassemble pour tenir certains procès, un lieu de rencontres publiques. Et ce même lieu s'appelle kadech – sanctifié.
Les Amalécites, bien sûr, ne sont pas encore en projet. Amalek est un descendant d'Essav, dont même le père n'est pas encore né. Mais la Torah nous communique une géographie compréhensible pour les lecteurs de la Torah, pour que nous comprenions à peu près où donc se passe l'affaire.
Et des Amoréens, qui figurent aussi comme un peuple très fort, habitant à 'Hechbon (dans le deuxième chapitre de Dévarim). Et ici, à propos de l'emplacement des Amoréens, il est dit : ceux qui habitaient à 'Hatsetson-Tamar.
Ainsi, la grande campagne militaire a fait une boucle et s'est approchée de Sédom, après avoir pratiquement soumis tous les alliés supposés des cinq rois. Seulement alors :
וַיֵּצֵא מֶלֶךְ־סְדֹם וּמֶלֶךְ עֲמֹרָה וּמֶלֶךְ אַדְמָה וּמֶלֶךְ צְבֹיִים (צְבוֹיִם) וּמֶלֶךְ בֶּלַע הִוא־צֹעַר וַיַּעַרְכוּ אִתָּם מִלְחָמָה בְּעֵמֶק הַשִּׂדִּים׃
vayetsé melekh-Sedóm oumélekh Amorá oumélekh Admá oumélekh Tsevoím oumélekh Béla hi-Tso'ár vaya'arkhoú ittám mil'hamá be'émek hassiddim
8 Et sortirent le roi de Sédom, le roi d'Amora, le roi d'Adma, le roi de Tsévoïm, le roi de Béla, qui est Tso'ar, et ils déployèrent contre eux une campagne militaire dans la vallée de Sidim.
אֵת כְּדָרְלָעֹמֶר מֶלֶךְ עֵילָם וְתִדְעָל מֶלֶךְ גּוֹיִם וְאַמְרָפֶל מֶלֶךְ שִׁנְעָר וְאַרְיוֹךְ מֶלֶךְ אֶלָּסָר אַרְבָּעָה מְלָכִים אֶת־הַחֲמִשָּׁה׃
et kedorla'ómer mélekh elám vetid'ál mélekh goyím ve'amrafel mélekh chin'ár ve'aryókh mélekh ellassár arba'á melakhím et-ha'hamichá
9 Contre Kédorlaomer, roi d'Élam, avec Tidal, roi de Goyim, avec Amrafel, roi de Chinar, avec Aryokh, roi d'Élassar – quatre rois contre cinq.
Contre Kédorlaomer, roi d'Élam … De nouveau il est ici à la première place. Tout au début, à la première place était Amrafel (Hammourapi), parce qu'il a la plus grande armée. Ici, tout au début, il y a Kédorlaomer, parce qu'ici c'est lui le chef et c'est pour lui qu'est toute la campagne.
Ainsi, ils ont combattu contre Kédorlaomer, roi d'Élam, contre Tid'al, roi de Goyim, contre Amrafel, roi de Chinar, contre Aryokh, roi d'Élassar. Quatre rois contre cinq.
וְעֵמֶק הַשִׂדִּים בֶּאֱרֹת בֶּאֱרֹת חֵמָר וַיָּנֻסוּ מֶלֶךְ־סְדֹם וַעֲמֹרָה וַיִּפְּלוּ־שָׁמָּה וְהַנִּשְׁאָרִים הֶרָה נָּסוּ׃
ve'émek hassiddím be'erót be'erót 'hemár vayanoúsou melekh-Sedóm va'Amorá vayippelou-chámma vehannich'arím héra násou
10 Or la vallée de Sidim est pleine de puits de goudron. Et les rois de Sédom et d'Amora s'enfuirent et y tombèrent, et ceux qui survécurent s'enfuirent dans les montagnes.
Le midrach dit que les rois de Sédom et d'Amora sont tombés dans une fosse de goudron. Le roi d'Amora y a péri, et le roi de Sédom, un ange l'en a tiré, ou bien il en est sorti lui-même d'une manière ou d'une autre, cela nous ne le savons pas, mais nous le reverrons encore.
Ainsi, quatre rois ont mis en déroute les cinq villes des environs du Jourdain.
וַיִּקְחוּ אֶת־כָּל־רְכֻשׁ סְדֹם וַעֲמֹרָה וְאֶת־כָּל־אָכְלָם וַיֵּלֵכוּ׃
vayik'hoú et-kol-rekhoúch Sedóm va'Amorá ve'et-kol-okhlám vayelékhou
11 Et ils prirent tous les biens de Sédom et d'Amora et toutes leurs provisions de vivres, et ils s'en allèrent.
וַיִּקְחוּ אֶת־לוֹט וְאֶת־רְכֻשׁוֹ בֶּן־אֲחִי אַבְרָם וַיֵּלֵכוּ וְהוּא יֹשֵׁב בִּסְדֹם׃
vayik'hoú et-Lót ve'et-rekhouchó ben-a'hí Avrám vayelékhou vehoú yochev biSdóm
12 Et ils prirent Lot et ses biens, le neveu d'Avram, et ils s'en allèrent, et lui habitait à Sédom.
C'est-à-dire qu'ils n'ont pas seulement emporté les provisions de nourriture, mais ils ont emmené tous ceux qu'on pouvait enrôler de force en esclavage, qui étaient utiles, qu'il valait la peine de nourrir, qui pouvaient travailler (la main-d'œuvre). Tel fut le saccage qu'ils firent à Sédom. Beaucoup de commentateurs disent que c'était une sorte d'avertissement à Sédom de revenir à la raison.
וַיָּבֹא הַפָּלִיט וַיַּגֵּד לְאַבְרָם הָעִבְרִי וְהוּא שֹׁכֵן בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא הָאֱמֹרִי אֲחִי אֶשְׁכֹּל וַאֲחִי עָנֵר וְהֵם בַּעֲלֵי בְרִית־אַבְרָם׃
vayavó happalít vayaggéd le'Avrám ha'ivrí vehoú chokhén be'eloné mamré ha'emorí a'hí Echkól va'a'hí Anér vehem ba'aléLa translittération russe écrit ici ba'alyo ; d'après l'hébreu, le mot se lit ba'alé, et c'est ce que suit le français. verit-Avrám
13 Et vint un survivant, et il le dit à Avram l'Hébreu (descendant d'Éver), et lui habite à Éloné-Mamré. émori, qui est frère d'Echkol et frère d'Aner, et ils sont les alliés d'Avram.
Ha'ivrí, beaucoup le traduisent, surtout les savants biblistes, en s'efforçant de le relier à la tribu des Habirou, et ainsi de suite. Il y a beaucoup de vues savantes de toutes sortes là-dessus. Mais on peut traduire simplement selon le pchat, selon le sens simple de l'Écriture, que l'Hébreu est un descendant d'Éver.
Éloné Mamré – c'est l'un des quartiers de ce 'Hévron-là.
La signification du nom Émori, c'est celui qui parle et répond de ses paroles. Echkol – c'est une grappe de raisin. Un certain homme qui a beaucoup de fruits. Aujourd'hui, d'un homme qui agit dans de nombreux domaines, on dit qu'il est echkolot, un homme de grappes. Echkol – grappe, naturellement, symbole de fécondité.
Aner – le nom du troisième frère signifie le mendiant du dieu Ram. Il y a un Dieu qui s'appelle Ram (encore une petite divinité locale de 'Hévron) et auprès de lui un pauvre en esprit, son insignifiant serviteur Aner. « Fol-pour-l'amour-de-Ram » – c'est ainsi qu'on peut le traduire. Ce sont les noms des trois frères, voisins d'Avram.
Et eux, les alliés, littéralement possesseurs de l'alliance avec Avram ; Ba'alé brit – une expression assez connue au Proche-Orient, dans la Torah elle n'est employée qu'ici. Mais tout de même, il est clair pour tous que ce sont des gens avec qui Avram a conclu un accord d'assistance mutuelle. Le premier pacte militaire, une sorte d'« OTAN d'Avram ».
וַיִּשְׁמַע אַבְרָם כִּי נִשְׁבָּה אָחִיו
vayichmá Avrám ki nichbá a'hív
14 Et Avram apprit que son frère avait été fait prisonnier,
Un neveu peut être appelé frère.
וַיָּרֶק אֶת־חֲנִיכָיו יְלִידֵי בֵיתוֹ
vayárek et-'hanikháv yelidé vetó
… et il arma ses élèves, nés dans sa maison …
'Hanikh se traduit d'ordinaire aujourd'hui simplement par élève, celui qui est éduqué chez un moniteur, celui qu'on éduque. Dans la terminologie ancienne du Proche-Orient, on peut suivre l'idée que les 'hanikhim – ce sont des sortes de gardes, des gens qui sont éduqués pour le travail et la défense, des guerriers professionnels. Néanmoins, une telle affirmation doit être faite avec une grande prudence.
Ainsi, il prit les élèves nés dans sa maison.
שְׁמֹנָה עָשָׂר וּשְׁלֹשׁ מֵאוֹת
Chemoná assár ouchlóch meót
… trois cent dix-huit…
Il faut dire (nous l'apprendrons plus loin) qu'Émori, Echkol et Aner le suivent aussi. C'est, comme le disait un ministre israélien de la Défense, une armée petite, mais intelligente.
וַיִּרְדֹּף עַד־דָּן׃
Vayirdóf ad-Dán
… et il les poursuivit jusqu'à Dan.
Avram ne courait pas après eux jusqu'à Dan, ne les chassait pas à coups de fouet jusqu'à Dan, mais il avançait sans bruit, se glissait furtivement derrière eux jusqu'à Dan, jusqu'aux hauteurs du Golan, presque jusqu'à l'extrême nord de l'Israël actuel. En ces années-là, ce lieu s'appelait Laïch, mais la Torah raconte à ses contemporains et c'est pourquoi elle utilise les noms actuels pour l'Israël de l'époque du don de la Torah.
וַיֵּחָלֵק עֲלֵיהֶם לַיְלָה הוּא וַעֲבָדָיו וַיַּכֵּם וַיִּרְדְּפֵם עַד־חוֹבָה אֲשֶׁר מִשְּׂמֹאל לְדַמָּשֶׂק׃
vaye'halék alehém láyla hou va'avadáv vayakkém vayirdefém ad-'hová achér missemól ledammássek
15 Et, ayant divisé ses forces en parties, il les attaqua de nuit, lui et ses esclaves, et il les battit, et il les poursuivit jusqu'à 'Houva, qui est au nord de Damassek.
C'est-à-dire qu'Avram utilisa une tactique militaire. Premièrement, il choisit la nuit pour l'attaque, deuxièmement, d'une manière ou d'une autre, il divisa sa petite armée en parties. Et il les battit, et il les poursuivit jusqu'à 'Houva, qui est au nord de Damassek, c'est-à-dire qu'il les poursuivit loin au-delà de Damassek.
וַיָּשֶׁב אֵת כָּל־הָרְכֻשׁ וְגַם אֶת־לוֹט אָחִיו וּרְכֻשׁוֹ הֵשִׁיב וְגַם אֶת־הַנָּשִׁים וְאֶת־הָעָם׃
vayachév et kol-harekhoúch vegám et-Lót a'hív ourkhouchó hechív vegám et-hannachím ve'et-ha'ám
16 Et il ramena tous les biens, et les biens de Lot, son frère, et les femmes, et le peuple.
Avram revient avec la victoire, avec une énorme quantité de trophées. C'est un retour triomphal.
וַיֵּצֵא מֶלֶךְ־סְדֹם לִקְרָאתוֹ אַחֲרֵי שׁוּבוֹ מֵהַכּוֹת אֶת־כְּדָר־לָעֹמֶר וְאֶת־הַמְּלָכִים אֲשֶׁר אִתּוֹ אֶל־עֵמֶק שָׁוֵה הוּא עֵמֶק הַמֶּלֶךְ׃
vayetsé melekh-sedóm likrató a'haré chouvó mehakkót et-kedorla'ómer ve'et-hammelakhím achér ittó el-emék chavé hou émek hammélekh
17 Et le roi de Sédom sortit à sa rencontre après qu'il fut revenu de battre Kédorlaomer et les rois qui étaient avec lui, après qu'il fut revenu dans la vallée Royale.
Avram suit un chemin un peu différent. Le roi de Sédom sort à sa rencontre (probablement après s'être lavé du goudron, il sortit à la rencontre d'Avram). Mais la rencontre n'aura pas encore lieu. Avram ne rencontrera pas encore l'homme qui s'appelle Béra (de manière mauvaise). Parce qu'à sa rencontre, de façon tout à fait inattendue, sortit encore un homme :
וּמַלְכִּי־צֶדֶק מֶלֶךְ שָׁלֵם הוֹצִיא לֶחֶם וָיָיִן וְהוּא כֹהֵן לְאֵל עֶלְיוֹן׃
ouMalki-Tsédek mélekh Chalém hotsí lé'hem vayáyin vehoú khohén le'él elyón
18 Oumalki-Tsédek (roi de justice, roi de droiture), roi de Chalem, apporta du pain et du vin, et lui est prêtre du Dieu Très-Haut.
Que de choses ont été dites sur Malkitsédek. J'ai beaucoup parlé de lui. Il en est question dans les leçons sur Yom Kippour et dans l'Épître aux Hébreux. Certains l'identifient à Chem, fils de Noa'h. L'un des livres de 'Hanokh dit que Malkitsédek, c'est Ner, le frère aîné de Noa'h, un kohen, qui, avant le déluge, fut enlevé aux cieux par l'ange Mikhaël. Il y a encore beaucoup d'autres parallèles. Je mentionnerai de nouveau l'Épître aux Hébreux. Et de la personne, et de Malkitsédek lui-même, on peut parler, et parler, et parler. Mais maintenant, nous nous concentrons davantage sur le pchat, sur le sens simple de la Torah. C'est pourquoi je veux parler du jeu de mots que la Torah montre ici.
Il y a le roi Béra, le roi de manière méchante, qui attend Avram. Il y a Malkitsédek, le roi de droiture, qui est sorti à sa rencontre pour le bénir. Il est en plus prêtre du Dieu Très-Haut. Le prêtre représente toujours aussi le Très-Haut. Dans le prêtre, d'une manière ou d'une autre, le Très-Haut lui-même se révèle. On en a beaucoup dit, et l'Épître aux Hébreux en parle, et dans un psaume ce sacerdoce particulier est mentionné. Mais nous lisons maintenant le pchat, et pour l'instant, ce que nous pouvons voir précisément en lisant le pchat, c'est qu'il y a un roi qui s'appelle Béra, roi du mal et de la scélératesse à Amora. Et il y a un roi qui s'appelle Malkitsédek, roi de droiture, il est aussi roi de Chalem, (peut-être de Jérusalem). Peut-être est-ce ici aussi la première rencontre d'Avram avec Jérusalem. C'est aussi très important.
Ainsi, le roi de Chalem sortit à sa rencontre :
וַיְבָרְכֵהוּ וַיֹּאמַר בָּרוּךְ אַבְרָם לְאֵל עֶלְיוֹן קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ׃
vayvrekhéhou vayomár baroúkh Avrám le'él elyón koné chamáyim va'árets
19 Et il le bénit et dit : « béni soit Avram devant Dieu Très-Haut, Créateur du ciel et de la terre.
וּבָרוּךְ אֵל עֶלְיוֹן אֲשֶׁר־מִגֵּן צָרֶיךָ בְּיָדֶךָ וַיִּתֶּן־לוֹ מַעֲשֵׂר מִכֹּל׃
ouvaroúkh el elyón acher-miggén tsarékha beyadékha vayitten-ló ma'asser mikkól
20 Et béni soit Dieu Très-Haut, Qui a livré (remis) tes ennemis en ta main ». Et il lui donna la dîme de tout.
Ces quatre mots causent une difficulté aux commentateurs. Chacun l'interprète, aussi étrange que cela soit, selon sa croyance, selon ses convictions. Les uns disent qu'il est écrit ici : Avram donna la dîme à Malkitsédek (c'est compréhensible, Malkitsédek est kohen). D'autres disent que Malkitsédek a béni de manière incorrecte : il a d'abord béni Avram, et ensuite seulement le Très-Haut. À cause de ce mauvais ordre des priorités, le sacerdoce fut retiré à Malkitsédek en ce même instant et transmis à Avram. Et c'est alors Malkitsédek qui donna la dîme à Avram en tant que kohen. Seulement, on ne comprend pas de quoi. Du pain et du vin qu'il avait. Chaque commentateur comprend selon sa foi, selon son désir de comprendre.
Pour moi, le sens est simple : si Malkitsédek est appelé kohen, alors Avram lui donne la dîme de tous les trophées qu'il a conquis dans cette guerre. Avram donne la dîme à Malkitsédek. Il n'a rien donné au roi de Sédom de tout son butin, de tous ses trophées, Avram donne au roi juste, se joignant par là au sacerdoce de la droiture, payant un tribut, indiquant Qui est la source de sa victoire. Il donne à Malkitsédek la dîme de tout. Et de nouveau apparaît sur la scène (l'arrêt sur image se désactive) le roi de Sédom :
וַיֹּאמֶר מֶלֶךְ־סְדֹם אֶל־אַבְרָם תֶּן־לִי הַנֶּפֶשׁ וְהָרְכֻשׁ קַח־לָךְ׃
vayómer melekh-Sedóm el-Avrám ten-lí hannéfech veharekhoúch ka'h-lákhLa translittération russe a un k à la fin du mot qui signifie « prends » ; l'hébreu porte ka'h, que suit le français.
21 Le roi de Sédom dit à Avram : « Donne-moi les âmes (les gens), et prends les biens pour toi ».
Avram s'est emparé de tout. C'est, au fond, son trophée. Il n'est pas certain qu'il doive rendre quoi que ce soit au roi de Sédom. Le roi de Sédom est ici le perdant, mais il essaie d'être magnanime. C'est en outre très commode de payer avec des biens qui, pour la plus grande part, sont les biens de tes sujets. Comment s'appelle le roi de Sédom ? Béra – « de manière méchante ».
Avram, qui vient de donner la dîme pour se joindre à la droiture, voudra-t-il s'enrichir aux dépens de celui qui a tout obtenu de manière méchante. Voici ce que dit Avram :
וַיֹּאמֶר אַבְרָם אֶל־מֶלֶךְ סְדֹם הֲרִימֹתִי יָדִי אֶל־יְהוָה אֵל עֶלְיוֹן קֹנֵה שָׁמַיִם וָאָרֶץ׃
vayómer Avrám el-mélekh Sedóm harimóti yadí el-Adonáy el elyón koné chamáyim va'árets
22 Et Avram dit au roi de Sédom : « J'ai levé la main vers le SEIGNEUR, Dieu Très-Haut, qui est l'Ordonnateur de la terre et du ciel
Lever la main (nous en avons déjà parlé plusieurs fois), cela signifie jurer. Et quel est le serment d'Avram :
אִם־מִחוּט וְעַד שְׂרוֹךְ־נַעַל וְאִם־אֶקַּח מִכָּל־אֲשֶׁר־לָךְ
im-mi'hoút ve'ád serokh-ná'al ve'im-ekká'h mikkol-acher-lákh
23 … Que d'une aiguille jusqu'à un lacet de chaussure, si je prends de tout ce qui est à toi
Un serment a d'ordinaire une condition. Si je fais quelque chose, alors qu'il arrive ceci et cela. Ou inversement. Si Tu, SEIGNEUR, me fais quelque chose, alors je ferai ceci et cela, et il arrivera ceci et cela. Quand il n'y a pas de condition, quand nous disons « Si tu fais … », c'est comme un formulaire vierge qu'Avram donne au Très-Haut. Dans ce cas, il dit : « Si je prends quelque chose de lui, alors voici un formulaire vierge, je suis prêt à signer, ma signature y est déjà, pour que tu fasses de moi ce que Tu veux, que tu me punisses de quelque manière que ce soit, si je prends quelque chose de ses biens ». Pourquoi un tel dégoût ou un tel scrupule chez Avram envers les biens du roi de Sédom, alors que ce sont ses trophées légitimes ?
וְלֹא תֹאמַר אֲנִי הֶעֱשַׁרְתִּי אֶת־אַבְרָם׃
Veló tomár aní he'echárti et-Avrám
…Et tu ne diras pas, tu ne pourras pas dire : j'ai enrichi Avram.
Le mot hé'écharti (j'ai enrichi) a la même racine que le mot ma'asser (dîme). Avram vient de donner la dîme. Comme disent les sages, donne la dîme pour t'enrichir. Avram vient de donner la dîme au roi de droiture. On peut le comprendre ainsi : il a enrichi le roi de droiture. Il ne veut pas s'enrichir du mal. Pour que personne ne puisse dire : « Le mal a enrichi Avram ». C'est important pour Avram. Prendre quelque chose des biens de Sédom, prendre quelque chose de Béra, c'est pour Avram perdre la bénédiction de Malkitsédek. Ou le mal, ou la droiture – le choix est simple pour Avram.
Eh bien, mais la conversation ne s'arrête pas là, et Avram ajoute :
בִּלְעָדַי רַק אֲשֶׁר אָכְלוּ הַנְּעָרִים וְחֵלֶק הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר הָלְכוּ אִתִּי עָנֵר אֶשְׁכֹּל וּמַמְרֵא הֵם יִקְחוּ חֶלְקָם׃ ס
bil'adáy rak achér akheloú hanne'arím ve'hélek ha'anachím achér halekhoú ittí Anér Echkól ouMamré hem yik'hoú 'helkám
24 Excepté ce qui a été dépensé pour les jeunes gens (frais de guerre), et aussi la part des hommes qui ont été avec moi, les trois frères mentionnés plus haut : Aner, Echkol, Mamré, qui sont allés avec Avram à ce combat, eux prendront leur part.
Avram est juste. Il s'éloigne du mal, mais ce sont ses principes. Il n'est pas juste aux dépens de quelqu'un d'autre. Il est juste à ses propres dépens. Et c'est, en somme, une leçon pour nous tous : vous voulez être justes – soyez justes à vos propres dépens. N'obligez pas d'autres à être justes ou à être les sceaux de votre droiture, s'ils n'y sont pas prêts.
Voilà donc ce quatorzième chapitre étonnant et, peut-on dire, qui fait époque. L'histoire de la victoire dans la toute, toute Première ou Zéroième Guerre mondiale.
Dans le chapitre précédent, nous avons lu l'étonnante campagne victorieuse qu'Avram a menée, en remportant la victoire sur quatre très grandes armées impériales. Après cela, semble-t-il, vis et réjouis-toi, mais Avram, bien sûr, a peur. Peur, peut-être, parce qu'il craint (et il est logique de craindre) que les armées de ces pays rassemblent davantage de forces et le frappent. Même s'il les vainc constamment et que ce soit une guerre victorieuse incessante, on veut tout de même vivre en paix. Comme on dit : nous pouvons le refaire, mais nous ne voulons pas le refaire.
Les commentateurs parlent encore d'une autre peur : Avram craint que « la banque de ses mérites là-haut » ne soit pas si grande que cela, et qu'il ait épuisé tout son « crédit » de protection auprès du Très-Haut quand il s'est lancé dans cette guerre, que le Très-Haut ne lui avait même pas ordonnée. Peut-être d'autres peurs et d'autres doutes encore tourmentent-ils Avram. Le Très-Haut se révèle à lui et le console :
אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה הָיָה דְבַר־יְהוָה אֶל־אַבְרָם בַּמַּחֲזֶה לֵאמֹר אַל־תִּירָא אַבְרָם אָנֹכִי מָגֵן לָךְ שְׂכָרְךָ הַרְבֵּה מְאֹד׃
a'hár haddevarím ha'élle háya devar-adonáy el-Avrám bamma'hazé lemór al-tirá Avrám anokhí magén lakh sekharekhá harbé me'ód
1 Après ces événements, la parole du SEIGNEUR fut à Avram dans une vision, disant : « Ne crains pas Avram, Je suis un bouclier pour toi. Grande est ta récompense ».
Ici, le Très-Haut neutralise d'un coup deux peurs d'Avram. « Avant tout, Je suis ton bouclier, je te protégerai, ne crains pas. Deuxièmement, ta récompense est très grande ». Que répond Avram à cela ?
וַיֹּאמֶר אַבְרָם אֲדֹנָי יֱהוִה מַה־תִּתֶּן־לִי וְאָנֹכִי הוֹלֵךְ עֲרִירִי וּבֶן־מֶשֶׁק בֵּיתִי הוּא דַּמֶּשֶׂק אֱלִיעֶזֶר׃
2 Et Avram dit : « Maître SEIGNEUR ! Que me donneras-Tu ? Je m'en irai seul (je m'en irai dans la solitude) ; et mon intendant, lui, Éliézer de Daméssek, lui héritera de moi ».
Le mot holékh ici n'est pas seulement « je marche », mais le mot lalekhet (s'en aller, partir) est employé au sens de je mourrai. « Je mourrai dans la solitude ».
וַיֹּאמֶר אַבְרָם הֵן לִי לֹא נָתַתָּה זָרַע וְהִנֵּה בֶן־בֵּיתִי יוֹרֵשׁ אֹתִי׃
vayómer Avrám hen li lo natátta zára vehinné ven-betí yoréch otí
3 Et Avram dit : « Voici, Tu ne m'as pourtant pas donné de semence, et voici, cet Éliézer, le seul que j'aie, il héritera de moi ».
Selon les coutumes de ces pays et de ces lieux, il était effectivement d'usage qu'un esclave (le premier des esclaves) puisse hériter de son maître, si celui-ci n'avait pas d'autres héritiers. Pourquoi est-il appelé ici par sa fonction ? Pas simplement l'esclave Éliézer, mais ouven-méchek.
Il y a des commentateurs qui aiment trouver des erreurs dans la Torah. Des biblistes qui disent : ce mot damméssek – Damas, et mechek s'écrivent de la même manière, voilà comment une telle répétition est apparue. On peut dire que ouven-méchek, c'est un homme qui est plus dévoué au domaine qu'à Avram. Bien sûr, il est dévoué à Avram, il est un serviteur fidèle d'Avram, il est un serviteur juste, mais pas comme un héritier.
Vous savez comment cela se passe quand un homme engage, disons, un jardinier. Et voilà que le jardinier conduit les invités à travers le jardin, leur montre et dit : « Ici, chez nous, poussent des roses, et ici, chez moi, poussent des tulipes, et ici, regardez quelle orchidée j'ai fait pousser ». Et il parle du domaine comme du sien. Mais c'est le domaine du maître. C'est une bonne qualité, d'un côté. D'un autre côté, il doit y avoir une séparation. Et Avram dit : « Oui, c'est un esclave dévoué. Il n'est pas un fils, et il se soucie de mon domaine, de tous mes biens. Mais je ne veux pas qu'il hérite de moi ». Comment peut-on comprendre ces paroles d'Avram ? Pourquoi Avram s'est-il soudain mis à parler de cela ? C'est la sensation enfantine de la présence du père, d'un Dieu bon et aimant, qui dit : « Je suis pour toi une protection, grande est ta récompense. Regarde, Avram, comme Je t'aime ! »
Sans doute chacun de nous, dans sa relation avec le Très-Haut, a-t-il connu une telle sensation, quand tu Le ressens comme un Père bon, et qu'on peut grimper sur Ses genoux, L'étreindre et demander quelque chose de vraiment, vraiment enfantin, quelque chose de vraiment, vraiment simple.
On peut faire une comparaison très enfantine, tirée d'un dessin animé. Dans le livre « Le Petit et Karlsson », le Petit dit à sa maman : « Si je vaux si cher, puisque vous ne vous sépareriez pas de moi même pour 100 000 millions de couronnes. Si je vaux si cher, alors est-ce que je peux, s'il te plaît, avoir maintenant quelques couronnes pour un chiot ».
Avram parle au Très-Haut de manière très enfantine : « Si j'ai tant de choses, si j'ai là-haut un si grand crédit, aie pitié de moi. Fais que ma semence hérite de moi, que mon héritier ne soit pas cet Éliézer de Daméssek, parce que cela ne me réjouit pas. Aucune richesse ne me réjouit si je ne peux pas la laisser à des enfants ».
וְהִנֵּה דְבַר־יְהוָה אֵלָיו לֵאמֹר לֹא יִירָשְׁךָ זֶה כִּי־אִם אֲשֶׁר יֵצֵא מִמֵּעֶיךָ הוּא יִירָשֶׁךָ׃
vehinné devar-Adonáy eláv lemór lo yirachekhá ze ki'ím achér yetsé mimme'ékha hou yirachekhá
4 Et voici, la parole du SEIGNEUR fut à lui, disant : « celui-ci n'héritera pas de toi, mais celui qui sortira de tes boyaux, de ton sein, celui-là héritera de toi ».
Bien entendu, c'est une métaphore, et les enfants ne sortent pas des boyaux des parents. Le fils de tes entrailles, c'est ta progéniture. Les métaphores bibliques sont parfois très crues et colorées.
וַיּוֹצֵא אֹתוֹ הַחוּצָה וַיֹּאמֶר הַבֶּט־נָא הַשָּׁמַיְמָה וּסְפֹר הַכּוֹכָבִים אִם־תּוּכַל לִסְפֹּר אֹתָם וַיֹּאמֶר לוֹ כֹּה יִהְיֶה זַרְעֶךָ׃
vayotsé otó ha'houtsa vayómer habbet-ná hachamáyma ousfór hakkokhavím im-toukhál lispór otám vayómer lo ko yihyé zar'ékha
5 Et il sortit avec lui dehors, et lui dit : « Regarde, s'il te plaît, les cieux et compte les étoiles. Pourras-tu les compter ? » Et il lui dit : « Telle sera ta semence ».
Rappelez-vous que le Très-Haut comparait d'abord la semence et disait : ki'afar arets – comme la poussière de la terre. Ici, c'est l'état élevé de la semence, qui est comparée aux étoiles du ciel.
Le sixième verset est un verset très important, on construit énormément de choses sur ce verset :
וְהֶאֱמִן בַּיהוָה וַיַּחְשְׁבֶהָ לּוֹ צְדָקָה׃
vehe'emín bAdonáy vaya'hchevéha lo tsedaká
6 Et il crut en Dieu, et cela lui fut compté comme justice (lui fut imputé à justice, c'est ainsi qu'on le traduit d'habitude).
Pour mieux comprendre ce que cela signifie, pour que ce ne soient pas des mots vides, tournons-nous vers d'autres passages et regardons où cela est encore employé. Dans le Psaume (105,31) (106 dans la traduction synodale), on raconte au sujet de Pin'has :
Pin'has se leva et pria, et l'épidémie cessa ; et cela lui fut compté comme justice de génération en génération, pour toujours.
Il en ressort que la justice peut être non seulement la justice d'un homme, mais qu'elle se transmet d'une certaine manière de génération en génération, pour toujours.
Un autre endroit où nous rencontrons le mot tsdaká, c'est le deuxième livre de Chmouël (19,29) :
car toute la maison de mon père était coupable de mort devant mon seigneur, le roi. Et toi, tu as placé ton serviteur parmi ceux qui sont assis à ta table. Quel droit ai-je encore, où ai-je encore une tsdaka pour me plaindre au roi ?
Et dans Né'hémia (2,20), nous lisons :
Je donnai des réponses et leur dis : « Le Dieu du ciel, Il nous fera prospérer, et nous, Ses serviteurs, nous nous mettrons à bâtir, mais vous n'avez ni part ni droit, ni mémoire à Jérusalem
C'est la conversation de Né'hémia avec les Samaritains, ici il parle du droit.
Le fait qu'Avram a cru au Très-Haut lui a donné un droit, lui a donné la possibilité de recevoir certains droits. Et de l'araméen, tsdaká se traduit il lui a donné certains droits. D'ailleurs, être justifié au tribunal, c'est aussi recevoir certains droits. Et si l'on se laisse beaucoup emporter, alors le mot justification peut aussi se comprendre comme don de droits, bien que, bien sûr, ce soit un midrach. De quoi il s'agit, nous le comprendrons plus loin :
וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֲנִי יְהוָה אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאוּר כַּשְׂדִּים לָתֶת לְךָ אֶת־הָאָרֶץ הַזֹּאת לְרִשְׁתָּהּ׃
vayómer eláv aní Adonáy achér hotsetíkha meOur Kasdím látet lekhá et-ha'áretsLa translittération russe écrit ici un h guttural (lettre 'Het) au début de ha'árets ; l'hébreu a un simple Hé, et la translittération française suit l'hébreu. hazzót lerichtá
7 Et il lui dit : « Je suis le SEIGNEUR, qui t'a fait sortir d'Our Kasdim, pour te donner cette terre, pour que tu en hérites ».
On peut dire qu'ici le Très-Haut (si l'on parle en langage humain) annonce la conclusion d'une union avec Avram. On pourrait dire qu'il fait une proposition au peuple d'Israël : « Je veux conclure avec toi une alliance ».
Que répond Avram ?
וַיֹּאמַר אֲדֹנָי יֱהוִה בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה׃
vayomár Adonáy Elohím bammá edá ki irachénna
8 Et il dit : « Adonaï, Adonaï, comment saurai-je que j'en hériterai ? »
Il y a différentes manières de comprendre cette question d'Avram : « Comment saurai-je que j'en hériterai ? ».
Certains y voient une faiblesse d'Avram. Il arrive qu'un homme, après avoir dit quelque chose de digne, manifeste aussitôt une faiblesse. Rappelez-vous quand Pierre a d'abord dit : « Tu es le fils du Dieu Vivant, Tu es le Machia'h ». Et littéralement quelques versets plus loin, à ce même Pierre, que le Machia'h avait loué, il lui dit (Yéchoua) : « Éloigne-toi de moi, Satan ! »
Certains disent qu'ici Avram s'est éloigné de cette justice, et il demande : « Comment saurai-je que j'en hériterai ». Et les commentateurs disent de ces quatre mots : bammá edá ki irachénna (Comment saurai-je que j'en hériterai ?) – la punition d'Israël pour chacun de ces quatre mots, ce sont cent ans de séjour en Égypte, selon ces commentaires.
D'autres commentateurs voient cela dans un sens positif. Avram se soucie et dit : « J'ai reçu la tsdaka, je suis maintenant justifié devant le Très-Haut par ma foi. Comment saurai-je que mes enfants aussi pourront garder leur foi ? » Chaque homme croyant a un tel souci : « Comment saurai-je que mes enfants aussi seront croyants ? »
Cette question d'Avram a encore un aspect juridique, social. Quand nous achetons une maison, ou une voiture, ou quelque chose de cher, on nous donne un document de propriété. Si nous achetons une tasse ou un téléviseur, alors peut-être qu'on ne nous donnera pas de documents pour eux, mais les objets de valeur exigent des documents, c'est un témoignage pour nous et un témoignage pour les autres, si quelqu'un demande. Quand un mari et une femme concluent un mariage (entrent dans une alliance), ils échangent eux aussi des anneaux et accomplissent une certaine cérémonie, où il devient clair pour tous que cette jeune fille est devenue la femme de cet homme. Elle a mis une robe blanche, un anneau, elle est sortie dans le monde et a témoigné à tous qu'elle est effectivement l'épouse légitime, et non une compagne en union libre. On peut comprendre cette question ainsi, et les événements vont se développer précisément comme réponse à cette question. Et voici ce que le Très-Haut répond à Avram :
וַיֹּאמֶר אֵלָיו קְחָה לִי עֶגְלָה מְשֻׁלֶּשֶׁת וְעֵז מְשֻׁלֶּשֶׁת וְאַיִל מְשֻׁלָּשׁ וְתֹר וְגוֹזָל׃
vayómer eláv ke'há li eglá mechoulléchet ve'éz mechoulléchet ve'áyil mechoullách vetór vegozál
9 Et Il lui dit : « prends-Moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, et un bélier de trois ans, un pigeon et une tourterelle ».
Les quatre sortes de sacrifices ici correspondent aux quatre sacrifices qui sont mentionnés dans la Torah, où l'on offre aussi et des veaux, et des génisses, et des béliers, et des boucs, et des pigeons. Quatre sortes d'animaux pour le sacrifice. Les commentateurs trouvent des parallèles et disent : « Ces quatre sortes de sacrifices sont là pour renverser la situation dans les guerres futures entre les quatre royaumes qui attaqueront Israël ». D'autres disent : « C'est justement l'expiation pour ces quatre mots qu'Avram a dits ». Et il y a différentes opinions, mais on peut dire ceci : ce sont toutes les sortes de sacrifices qui existent à ce moment-là, un animal de chaque sorte. Pour que personne ne dise : et voilà, à ce niveau-ci, et voilà, ici, quelque chose n'a pas encore eu lieu.
וַיִּקַּח־לוֹ אֶת־כָּל־אֵלֶּה וַיְבַתֵּר אֹתָם בַּתָּוֶךְ וַיִּתֵּן אִישׁ־בִּתְרוֹ לִקְרַאת רֵעֵהוּ וְאֶת־הַצִפֹּר לֹא בָתָר׃
vayikka'h-ló et-kol-élle vayvattér otám battávekh vayittén ich-bitró likrát re'éhou ve'et-hatsippór lo vatár
10 Et il prit pour Lui tous ceux-là, et il les découpa en deux parties, et les disposa en moitiés, l'une en face de l'autre ; mais l'oiseau, il ne le fendit pas.
La Torah utilise ici pour le pigeon et pour la tourterelle un nom commun. Car deux tourterelles, c'est un seul et même sacrifice, c'est pourquoi la paire compte ici comme un seul.
Pourquoi n'a-t-il pas coupé l'oiseau ? Le livre de Vayikra nous répondra peut-être à cette question. Au premier chapitre, au dix-septième verset, est décrit l'ordre de l'offrande d'un oiseau en sacrifice : qu'il rompe les ailes de l'oiseau, mais qu'il ne le divise pas en parties, et qu'il le brûle sur l'autel. C'est une offrande d'holocauste, son parfum est agréable au SEIGNEUR.
Le sacrifice d'un oiseau a un statut particulier, mais l'oiseau n'est pas découpé (ce sera dans le commandement de la Torah, dans le livre de Vayikra). Et Avram ici, apparemment, connaît déjà les lois du sacrifice.
Ainsi Avram prépara tout ce qui est nécessaire pour le sacrifice, c'est une procédure très compliquée. Imaginez-vous que, aujourd'hui encore, quand il faut découper, par exemple, un taureau ou une génisse, on les emmène à l'abattoir, vers d'énormes scies qui soulèvent et scient. Même avec les technologies modernes, ce n'est pas un processus rapide, il est lié à une certaine logistique. Et Avram a dû bien s'épuiser, bien peiner, pour couper, diviser ces corps.
Avram disposa tout et prépara tout. Que pouvait-il penser pendant qu'il faisait cela ? C'est un travail difficile, le Très-Haut lui a ordonné de le faire. Qu'en attendait-il ?
Pour répondre à cette question, tournons-nous vers l'archéologie. Dans la ville d'Alalakh (c'est le centre actuel de la Turquie), on a trouvé beaucoup de tablettes et de documents historiques. Et il y a là plusieurs histoires. Par exemple, l'histoire de la manière dont le roi Abbaël Ier transmettait des terres à son frère Yarim Lim. Et l'histoire de la manière dont le petit roi de Kitik, nommé Bargaya, transmettait des terres à Métiël, roi d'Arpad. Dans tous ces cas, quand la terre était transmise, on concluait un acte de donation, qui était formalisé par une alliance entre des corps fendus. Celui qui donnait disait qu'il ne reprendrait pas cette terre, qu'il libérait cette terre et la transmettait en don, il s'imposait des imprécations liées au fait qu'il ne tenterait pas de récupérer cette terre. Nous pouvons lire dans l'un des documents trouvés que, quand Métiël passe entre les corps fendus, il est dit de lui : « Comme ce veau est fendu, ainsi que soient fendus Métiël et sa noblesse, s'il viole cette alliance ».
Yirméyahou dit la même chose à ceux qui voulaient libérer les esclaves : « Comme ce veau que vous avez fendu, ainsi vous aussi vous serez fendus ».
C'est-à-dire que c'est un témoignage officiel que le Très-Haut donne à Avram, compréhensible pour tous les peuples alentour, du fait que ce n'est pas une alliance orale, que ce n'est pas en paroles qu'on a transmis à Avram une certaine terre, un certain appartement : on lui a transmis la terre en propriété, en la certifiant juridiquement. Ce n'est pas une union libre, c'est un mariage officiel, une conclusion officielle de l'alliance du Très-Haut et d'Avram, qui peut être un témoignage pour Avram et pour tous les peuples.
Le onzième verset nous raconte un détail inattendu :
וַיֵּרֶד הָעַיִט עַל־הַפְּגָרִים וַיַּשֵּׁב אֹתָם אַבְרָם׃
vayéred ha'áyit al-happegarím vayachév otám Avrám
11 Des oiseaux de proie s'abattirent sur ces corps, et Avram les chassa.
Pourquoi cela nous est-il raconté ? Peut-être est-ce un procédé littéraire, pour faire monter la tension chez le lecteur ? Mais ce n'est pas le cas avec la Torah.
Certains interprètes disent que ces oiseaux de proie sont un symbole du Machia'h, le symbole du jugement à venir, auquel seront livrés tous ceux qui transgressent la loi aux temps du Machia'h. Et Avram chasse ces oiseaux, c'est-à-dire qu'il demande au Très-Haut, par ce geste symbolique, d'éloigner les jours du jugement, pour que le plus de gens possible puissent parvenir au salut et connaître le Très-Haut.
Et nous, nous allons essayer de comprendre cela avec les yeux d'un homme de l'époque d'Avram, autant que c'est possible.
À Sumer, il était une fois un roi qui s'appelait Iénatoum. Il vivait à peu près à cette époque. Il se distinguait par le fait qu'il était un puissant conquérant (ou peut-être ne se distinguait-il pas par cela, mais était-il, comme les autres rois sumériens, un conquérant). Avec ceux qu'il vainquait, il concluait une paix de vassalité. Parfois, cet Iénatoum avait ses propres « photoreporters », et ils ont immortalisé la conclusion de la paix, bien sûr sur des bas-reliefs, et non sur des photographies.
Nous voyons, à travers les corps fendus et éparpillés, toutes les images qui nous sont familières, mais sur plusieurs bas-reliefs nous voyons des oiseaux qui se jettent sur les cadavres, et cela est expliqué comme une partie du traité. « Si je m'écarte de ce traité, alors que les oiseaux s'abattent sur mon cadavre et le picorent ». Et ainsi, l'apparition des oiseaux dans la vision d'Avram, c'est déjà le début de la révélation du Très-Haut à lui.
Pourquoi faut-il conclure une telle alliance ? C'est comme un témoignage pour Avram. On peut dire : le Très-Haut a fait une demande à Avram. Ce n'est pas la proposition de vivre ensemble et de voir ce que cela donnera. Le Très-Haut ne propose pas à Avram une union libre, mais Il conclut avec lui une alliance de telle sorte que les autres peuples aussi comprennent : voilà, une alliance est conclue. Et l'alliance est conclue entre des corps fendus, pour que et pour Avram et pour les autres ce soit clair : c'est une alliance, ce sont des engagements sérieux. Avram a cru le Très-Haut, et cela est devenu son mérite, par lequel il a enfin reçu ce qui était promis.
Nous verrons ensuite que le Très-Haut dit ici : « Voilà, maintenant Je te donne ce que J'ai promis. Et, en transmettant ce qui était promis, le Très-Haut le transmet avec un acte de vente, avec un document officiel, avec la conclusion d'une alliance en témoignage pour tous, conformément à la manière dont c'était alors clair et compréhensible dans le monde entier. L'alliance est conclue avec Avram déjà digne. Digne, parce qu'il a cru.
Ainsi, nous lisons au douzième verset :
וַיְהִי הַשֶּׁמֶשׁ לָבוֹא וְתַרְדֵּמָה נָפְלָה עַל־אַבְרָם וְהִנֵּה אֵימָה חֲשֵׁכָה גְדֹלָה נֹפֶלֶת עָלָיו׃
vayhí hachémech lavó vetardemá nafelá al-Avrám vehinné emá 'hachekhá gedolá nofélet aláv
12 Le soleil commença à se coucher, et un sommeil s'abattit sur Avram, et voici, l'effroi et les ténèbres s'abattent sur lui.
Le soleil commença à se coucher (ou à décliner vers le couchant). En hébreu, on dit le soleil est venu, c'est-à-dire que le soleil est venu là où il allait depuis le matin.
וַיֹּאמֶר לְאַבְרָם יָדֹעַ תֵּדַע כִּי־גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם וַעֲבָדוּם וְעִנּוּ אֹתָם אַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה׃
vayómer leAvrám yadóa tedá ki-gér yihyé zar'akhá be'érets lo lahém va'avadoúm ve'innoú otám arbá me'ót chaná
13 Et le SEIGNEUR dit à Avram : « par le savoir tu sauras que ta semence sera étrangère dans un pays qui ne leur appartient pas ; et on les asservira et on les tourmentera quatre cents ans.
Nous savons (nous avons lu le livre de Béréchit) qu'il s'agit de l'exil en Égypte. Et nous avons lu aussi, au douzième chapitre du livre de Chémot, que l'exil a duré quatre cent trente ans. D'où vient cette différence de trente ans ? Pourquoi ici quatre cents, et là quatre cent trente ? Et beaucoup disent que le Très-Haut a ici simplement arrondi. Mais la Torah n'a pas peur des nombres non ronds. Beaucoup en tirent la conclusion que l'alliance avec Avram a été conclue trente ans avant la naissance de Yits'hak, quand Avram avait soixante-dix ans. C'est-à-dire encore avant qu'Avram ne sorte d'Our-Kasdim et que, quelque part, d'une manière ou d'une autre, il voyage à travers le pays d'Israël, demande au Très-Haut cette terre, prie pour cette terre, et que le Très-Haut la lui promette. Et voilà que maintenant la Torah le décrit.
Il y a une telle version, elle est peut-être belle et s'accorde avec l'arithmétique, mais elle ne rentre pas, à mon avis, dans le tableau d'ensemble. Et je pense que ces quatre cents ans peuvent être compris autrement.
וְגַם אֶת־הַגּוֹי אֲשֶׁר יַעֲבֹדוּ דָּן אָנֹכִי וְאַחֲרֵי־כֵן יֵצְאוּ בִּרְכֻשׁ גָּדוֹל׃
vegám et-haggóy achér ya'avódou dan anókhi ve'a'hare-khén yetse'oú birkhoúch gadól
14 Mais le peuple qu'ils serviront, Je le condamnerai, et après cela ils sortiront avec de grands biens.
Qu'est-ce que cela signifie ? Le Très-Haut dit à Avram : « Tu crains que tes enfants ne partent de cette terre. Et Je te dis : “Oui, ils partiront de cette terre. Ils ne partiront pas simplement, ils ne déménageront pas en Amérique pour développer leur business, non. Ils partiront et tomberont en esclavage, et peut-être que le peuple ne se comportera pas envers eux comme tu te comportes envers ton esclave Éliézer. Au contraire, on les tourmentera, on les asservira. Malgré cela, Je les ramènerai” ».
וְאַתָּה תָּבוֹא אֶל־אֲבֹתֶיךָ בְּשָׁלוֹם תִּקָּבֵר בְּשֵׂיבָה טוֹבָה׃
ve'attá tavó el-avotékha bechalóm tikkavér besevá tová
15 Et toi, tu t'en iras en paix vers tes pères, avec de bons cheveux blancs tu seras enterré.
« Ce que tu craignais, que tu t'en irais seul. Non. Tu t'en iras en paix, tout ira bien pour toi ».
וְדוֹר רְבִיעִי יָשׁוּבוּ הֵנָּה כִּי לֹא־שָׁלֵם עֲוֹן הָאֱמֹרִי עַד־הֵנָּה׃
vedór revi'í yachoúvou hénna ki lo-chalém avón ha'emorí ad-hénna
16 Et leur quatrième génération reviendra ici, car la coupe des péchés de ces peuples n'a pas encore débordé ».
Les commentateurs discutent même au sujet de la traduction elle-même. Certains disent : « Il ne s'agit pas ici des Amoréens, il s'agit ici d'une parole. Ce sont justement ces quatre mots, comment saurai-je que j'hériterai, qui feront que quatre générations seront en exil, et la quatrième reviendra quand débordera la coupe de la parole (émor), ce que tu as dit ». D'autres disent que les Amoréens, c'est le nom commun de tous les peuples qui vivent là, en Canaan. Très probablement, c'est précisément la seconde version qui est la plus juste : la coupe des péchés de ces peuples n'a pas encore débordé.
וַיְהִי הַשֶּׁמֶשׁ בָּאָה וַעֲלָטָה הָיָה וְהִנֵּה תַנּוּר עָשָׁן וְלַפִּיד אֵשׁ אֲשֶׁר עָבַר בֵּין הַגְּזָרִים הָאֵלֶּה׃
vayhí hachémech bá'a va'alatá hayá vehinné tannoúr achán velappíd ech achér avár ben haggezarím ha'élle
17 Et voici, le soleil se coucha tout à fait, l'obscurité couvrit tout. Et voici un four fumant, et une torche de feu, qui passa entre ces parties.
Qu'est-ce que le four fumant et la torche de feu ? Dieu se déplace sur un four ? Dans Yéchayahou (31,9), il est question du four de Dieu :
et sa force passera de peur, et ses princes s'effraieront de l'étendard, parole du SEIGNEUR, dont le feu est en Sion et Son four à Yérouchalayim.
C'est-à-dire que le Très-Haut a un four à Yérouchalayim. C'est une image du châtiment des pécheurs.
Quelle est cette torche ? Au sujet de la torche, nous lisons au chapitre 62 du livre du prophète Yéchayahou :
pour Tsion je ne me tairai pas et pour Yérouchalayim je ne me calmerai pas, jusqu'à ce que sortent, comme un éclat, Sa justice et Son salut, comme une torche ardente.
Le châtiment – le four, le salut – la torche. Les deux côtés : le jugement et la justification, la miséricorde et le jugement – sont passés lors de la conclusion de l'allianceLe russe dit littéralement que les deux côtés « sont passés dans la conclusion avec l'alliance » ; nous avons compris « lors de la conclusion de l'alliance »..
À partir du dix-huitième verset, nous lisons au sujet d'un événement très important :
בַּיּוֹם הַהוּא כָּרַת יְהוָה אֶת־אַבְרָם בְּרִית לֵאמֹר לְזַרְעֲךָ נָתַתִּי אֶת־הָאָרֶץ הַזֹּאת
bayóm hahoú karát adonáy et-avrám berít lemór lezar'akhá natátti et-ha'árets hazzót
18 En ce jour-là, le SEIGNEUR conclut avec Avram une alliance, en disant : « à ta semence J'ai donné ce pays,
Si, dans les chapitres précédents, le Très-Haut disait « Je donnerai ! », ici, après qu'Avram a remporté la victoire, après l'offrande des dîmes, après qu'il a témoigné de sa foi et en a été jugé digne, le Très-Haut conclut l'alliance. Pourquoi est-ce que je compare avec le mariage ? Parce que le mariage aussi est une alliance. Le Très-Haut dit : « Ce n'est pas une union libre. Nous concluons l'alliance devant tout l'honnête peuple, Je t'ai donné (déjà au passé) maintenant cette terre ».
מִנְּהַר מִצְרַיִם עַד־הַנָּהָר הַגָּדֹל נְהַר־פְּרָת׃
… Minnehár mitsráyim ad-hannahár haggadól nehar-perát
… depuis le torrent d'Égypte jusqu'au Grand fleuve, le fleuve Prat.
C'est-à-dire qu'Avram a reçu ce qui était promis par la foi. Par la foi, il est devenu digne, il a reçu le droit d'obtenir ce qui était promis. Et quand le Très-Haut faisait sortir Avram, rappelons-nous comment Il a dit : « Je ferai de toi le père de nombreux peuples », c'est-à-dire « Je te changerai de telle sorte que tu pourras être le père de nombreux peuples. Je te préparerai à hériter de cette terre ». Et le témoignage de ce changement, c'est quand Avram a témoigné de sa foi au Très-Haut. La foi lui a donné droit à l'accomplissement des promesses. C'est sa réussite à l'examen.
Et ensuite sont énumérées les terres des peuples que le Très-Haut a données :
אֶת־הַקֵּינִי וְאֶת־הַקְּנִזִּי וְאֵת הַקַּדְמֹנִי׃
et-hakkení ve'et-hakkenizzí ve'ét hakkadmoní
19 Le Kénien, et le Kénizien, et le Kadmonien.
וְאֶת־הַחִתִּ וְאֶת־הַפְּרִזִּי וְאֶת־הָרְפָאִים׃
ve'et-ha'hittí ve'et-happerizzí ve'et-harefa'ím
20 Et le Hittite, et le Périzzite, et les Refaïm.
וְאֶת־הָאֱמֹרִי וְאֶת־הַכְּנַעֲנִי וְאֶת־הַגִּרְגָּשִׁי וְאֶת־הַיְבוּסִי׃ ס
ve'et-ha'emorí ve'et-hakkena'aní ve'et-haggirgachí ve'et-hayvoussí
21 Et l'Amoréen, et le Cananéen, et le Guirgachite, et le Jébuséen.
« Les terres de ces peuples, Je te les donne, et ils seront tous chassés. Et bien qu'aujourd'hui, de facto, cela ne soit pas encore arrivé, Je te le promets : maintenant, c'est ta terre. Elle ne sera pas à toi, elle est déjà à toi maintenant ».
C'est un événement qui fait époque dans l'histoire juive.
Dans le chapitre précédent, nous avons lu au sujet de nombreux événements historiques importants. Le Très-Haut a conclu avec Avram l'alliance entre les corps tranchés. Le Très-Haut a laissé entrevoir à Avram que ses descendants seraient exilés dans une terre étrangère quatre cents ans et qu'à la quatrième génération ils reviendraient au pays de Canaan. Le Très-Haut a dit pour la première fois à Avram : « Voici, Je t'ai donné cette terre ». Pour la première fois, parce qu'il est dit que la terre est déjà donnée à Avram.
Dans notre chapitre 16, nous revenons dans la maison d'Avram, et la Torah va de nouveau nous montrer ce qui se passe dans la famille d'Avram et de Saraï. Nous lirons à partir du premier verset :
וְשָׂרַי אֵשֶׁת אַבְרָם לֹא יָלְדָה לוֹ וְלָהּ שִׁפְחָה מִצְרִית וּשְׁמָהּ הָגָר׃
veSaráy échet Avrám lo yaledá lo velá chif'há mitsrít ouchmá Hagar
1 Et Saraï, la femme d'Avram, ne lui enfantait pas, et Saraï a une esclave égyptienne, et son nom est Hagar.
Certains disent que ce n'est pas simplement une esclave, c'est la fille de Pharaon lui-même. Quand Saraï était dans la maison de Pharaon, il regarda ses manières, la façon dont elle vit, regarda ensuite aussi son mari et jugea (c'est ce que disent les midrachim) : « Mieux vaut que ma fille soit esclave dans cette maison plutôt que princesse dans la mienne. Là-bas, on l'élèvera mieux ». Et selon ces midrachim, Hagar n'est pas simplement Hagar la servante, c'est une princesse égyptienne.
Mais la compréhension plus simple est celle-ci. Quand Avram et Saraï sortaient de la maison de Pharaon, celui-ci les combla de nombreux cadeaux. Entre autres, Saraï aussi reçut en cadeau cette esclave. Et c'est simplement une esclave du nom de Hagar.
וַתֹּאמֶר שָׂרַי אֶל־אַבְרָם הִנֵּה־נָא עֲצָרַנִי יְהוָה מִלֶּדֶת
vattómer Saráy el-Avrám hinne-ná atsaráni Adonáy millédet
2 Et Saraï dit à Avram : « voici, le SEIGNEUR m'a retenue d'enfanter
Je n'enfante pas, et ce n'est pas un mauvais sort, pas de la sorcellerie, et pas quelque chose de médical, c'est la volonté de Dieu, apparemment, que je sois stérile. Dix ans Avram et Saraï vivent en Canaan, c'est un long délai pour essayer de tomber enceinte. Avram et Saraï n'ont pas lu le livre de Béréchit, ils ne savent pas comment tout finira. Ce sont des gens fidèles au SEIGNEUR, fidèles à Ses promesses telles qu'ils les comprennent. Et il était tout à fait raisonnable pour Saraï de juger : « Peut-être que Dieu a décidé que je suis stérile, peut-être que je dois recevoir un enfant de l'esclave, peut-être qu'Avram doit avoir une semence de quelqu'un d'autre ». Et Saraï dit à Avram :
בֹּא־נָא אֶל־שִׁפְחָתִי אוּלַי אִבָּנֶה מִמֵּנָּה
bo-ná el-chif'hatí ouláy ibbané mimménna
… entre chez mon esclave, peut-être que je serai bâtie par elle ».
Le verbe ibbané peut se traduire : je serai bâtie par elle ou je serai pourvue d'un fils par elle. « Peut-être que, quand elle enfantera, j'enfanterai moi aussi. Son accouchement est une bénédiction. Sa grossesse conduira à la bénédiction de ma grossesse ». Plus probablement, c'est le premier sens qui est visé ici : je serai bâtie par elle. Elle enfantera un fils, et ce sera mon fils.
וַיִּשְׁמַע אַבְרָם לְקוֹל שָׂרָי׃
Vayichmá Avrám lekól Saráy
… et Avram écouta la voix de Sara.
Et ici aussi, il y a deux compréhensions différentes. Les uns disent qu'Avram pensa : « Oui, sans doute Dieu a-t-il décidé ainsi, que tu es stérile, et il faut enfanter l'enfant d'une autre manière ».
D'autres commentateurs pensent qu'Avram ici ne pensait même pas à la promesse. Il entendit toute la douleur et l'amertume dans la voix de Sara, et c'est pourquoi il écouta sa voix (l'intonation, en prêtant l'oreille à la voix), prit peur et consentit.
וַתִּקַּח שָׂרַי אֵשֶׁת־אַבְרָם אֶת־הָגָר הַמִּצְרִית שִׁפְחָתָהּ מִקֵּץ עֶשֶׂר שָׁנִים לְשֶׁבֶת אַבְרָם בְּאֶרֶץ כְּנָעַן וַתִּתֵּן אֹתָהּ לְאַבְרָם אִישָׁהּ לוֹ לְאִשָּׁה׃
3 Et Saraï, la femme d'Avram, prit Hagar l'Égyptienne, son esclave, après dix ans de vie d'Avram au pays de Canaan, et la donna à Avram, son mari, pour femme.
וַיָּבֹא אֶל־הָגָר וַתַּהַר וַתֵּרֶא כִּי הָרָתָה וַתֵּקַל גְּבִרְתָּהּ בְּעֵינֶיהָ׃
vayavó el-Hagar vattáhar vattére ki haráta vattekál gevirtá be'enéha
4 Et il vint vers Hagar, et elle devint enceinte ; et elle vit qu'elle était devenue enceinte, et la maîtresse devint méprisable à ses yeux.
Essayons de comprendre ce qui se passe au juste dans cette histoire. Pourquoi Sara a-t-elle une telle idée ? Pourquoi Avram l'écoute-t-il ? Et que se passe-t-il ensuite ?
Avram et Saraï vivent avant le don de la Torah, mais cela ne veut pas dire qu'autour d'eux il n'y a pas de lois, pas de coutumes et de traditions quelconques. Dans le quatorzième chapitre de Béréchit, nous avons mentionné le roi Hammourapi (roi babylonien, conquérant de toute la région à une certaine époque). Entre autres choses, il est aussi législateur. Il a établi certaines des lois les plus anciennes du Proche-Orient, qui réglementaient d'une certaine manière le mode de vie. Entre autres, ces lois concernaient aussi notre situation.
Je vais lire un extrait de ces lois, et nous essaierons de comprendre en quoi elles nous concernent. Je vais lire les articles 144–146 (les lois de Hammourapi sont accessibles sur Internet, et on peut les relire).
144. Si un homme a pris pour épouse une femme stérile, et qu'elle a donné à son mari une esclave, et lui a permis d'avoir des fils, et que cet homme veut prendre pour lui une concubine, en plus de sa femme et en plus de l'esclave de celle-ci, on ne doit pas le lui permettre, il ne peut pas prendre pour lui de concubine.
Quand Saraï donne son esclave pour épouse à Avram, il devient clair qu'Avram ne peut plus prendre personne d'autre pour épouse. C'est aussi, si l'on se représente Saraï simplement comme une femme, un souci de préserver la famille. Dix ans Avram vit avec Saraï, dix ans Saraï est stérile. Et, puisqu'elle n'est pas simplement dans la Bible, qu'elle est une femme réelle, une personne réelle, elle a peut-être toutes sortes de doutes : d'où vient sa stérilité, comment Avram doit avoir des enfants et comment préserver sa famille.
145. Si un homme a pris pour épouse une femme stérile, et qu'elle ne lui a pas permis d'avoir un fils, et qu'il veut prendre pour lui une concubine, cet homme peut prendre pour lui une concubine et l'introduire dans sa maison. Mais cette concubine ne doit pas s'égaler à l'épouse stérile.
C'est en quelque sorte la suite de l'article précédent. Si Saraï n'enfante pas et qu'elle n'a pas d'esclave, ou que son esclave n'enfante pas non plus, alors Avram, selon les lois de ce temps-là, peut amener une concubine, et elle lui enfantera. Ici, la loi fait aussitôt une réserve : mais cette concubine ne sera pas l'égale de sa maîtresse. Pourquoi une telle réserve est-elle nécessaire ? On comprend qu'une femme qui devient enceinte et qui est capable d'enfanter peut se hausser au-dessus de sa maîtresse. C'est ce que nous lisons dans notre cas. Quand Hagar comprit qu'elle était enceinte, elle se mit à se hausser au-dessus de sa maîtresse. Que faire dans un tel cas ? C'est de cela aussi que traite l'article suivant de la loi de Hammourapi.
146. Si un homme a pris pour épouse une femme stérile, et qu'elle a donné à son mari une esclave, et que celle-ci a enfanté des fils, et qu'ensuite cette esclave s'est mise à s'égaler à sa maîtresse, et après qu'elle a enfanté des fils, la maîtresse ne doit pas la vendre contre de l'argent.
C'est littéralement ce qui se passe entre Saraï et Hagar. Il y a ici une protection sociale de l'esclave. On ne peut pas la vendre et garder les enfants. On ne peut pas la séparer de ses fils. Que peut-on donc faire ? La maîtresse peut mettre sur l'esclave les marques d'esclave et la compter parmi les esclaves. Que peut faire la maîtresse ? Elle peut lui dire : « Ma belle, tu crois que tu es l'épouse du maître ? C'est pour lui que tu es une épouse, mais pour moi tu es une esclave. Alors va aux travaux les plus sales, comme une esclave ordinaire. Va laver la vaisselle, nettoie la cour, blanchis le plafond. Tu feras tout ce que je dirai. Tu es une esclave ».
Ce sont les lois de ce temps-là, qui existaient alors. Il y a aussi les lois de Nuzi. Dans les tablettes de Nuzi, on a trouvé l'histoire d'un homme qui marie sa fille Guilyamnagou. Et il exige du futur mari qu'il ne prenne pas de seconde épouse. Et si sa fille se révèle stérile, eh bien, pour ce cas, il lui a donné une esclave en cadeau. Nous voyons que dans toute la région existent de telles lois. Tout le monde connaît ce problème : une esclave ainsi tombée enceinte peut se mettre à mépriser sa maîtresse. Une situation ordinaire pour ces temps-là. Bien sûr, nous sommes loin de l'esclavage, et tout cela nous semble horrible. Et ce rapport, où une femme donne une autre femme à son mari, nous semble aussi horrible. Cela ne se fait plus depuis longtemps, depuis le temps du don de la Torah. Parce que la Torah a interdit qu'une esclave cananéenne, tout en restant esclave, devienne épouse. Il faut d'abord la libérer. Et c'est une autre histoire. Mais nous lisons dans la Torah, et à propos de Léa, et à propos de Ra'hel, qu'elles donnaient leurs esclaves comme concubines à Yaakov, c'est-à-dire qu'en ces temps-là, dans cette région, c'était une histoire connue.
Chlomo, dans le livre de Michleï, parle d'une situation semblable :
Sous trois choses la terre tremble, et quatre, elle ne peut les porter : un esclave, quand il devient roi ; un vaurien, quand il mange du pain à satiété ; une femme haïe qui s'est mariée, et une esclave, quand elle hérite de la place de sa maîtresse.
Ces quatre phénomènes, Chlomo les appelle insupportables pour la terre. La terre ne peut pas endurer une telle chose. Et on comprend combien toute cette situation est amère pour Saraï.
וַתֹּאמֶר שָׂרַי אֶל־אַבְרָם חֲמָסִי עָלֶיךָ אָנֹכִי נָתַתִּי שִׁפְחָתִי בְּחֵיקֶךָ וַתֵּרֶא כִּי הָרָתָה וָאֵקַל בְּעֵינֶיהָ יִשְׁפֹּט יְהוָה בֵּינִי וּבֵינֶיךָ׃
vattómer Saráy el-Avrám 'hamassí alékha anokhí natátti chif'hatí be'hekékha vattére ki haráta va'ekál be'enéha yichpót Adonáy bení ouvenékha
5 Et Saraï dit à Avram : « Mon grief est contre toi, j'ai donné une esclave sur ton sein, et elle a vu qu'elle était enceinte, et je suis devenue méprisée à ses yeux. Que le SEIGNEUR juge entre moi et toi ! »
On ne comprend pas très bien pourquoi Saraï, qui, à vrai dire, est à l'origine de tout ce pétrin, vient maintenant dire à Avram de telles paroles. Peut-être, comme le disent les commentateurs, y a-t-il ici un doute purement féminin. Peut-être qu'Avram a chuchoté quelque chose la nuit à Hagar, lui a dit quelque chose de tel qu'elle s'est permis de s'enorgueillir. Peut-être qu'Avram jette des regards aimants sur son petit ventre qui grandit, et Saraï, naturellement, en tant que femme, est jalouse et comprend que cela encourage Hagar dans son arrogance, dans son mépris envers Saraï.
Certains commentateurs disent qu'Avram retenait Saraï. Quand Hagar se pavanait, faisait preuve d'orgueil et d'arrogance, Avram disait : « Patiente, ma petite Sara, elle est quand même la maman de mon futur fils ». Et Saraï en eut assez de tout cela, elle vint et dit : « Mon grief est contre toi, mets de l'ordre dans la maison, remets au moins à sa place cette Hagar qui se hausse au-dessus de moi. Pourquoi ne lui dis-tu rien ? Dieu jugera entre moi et toi ».
Ce sont des paroles de grief. « Est-ce que tu ne crains pas Dieu ? Nous avons pourtant commencé tout cela en comprenant la volonté de Dieu. Est-ce que tu ne crains pas Dieu ? » Certains commentateurs voient en cela une phrase très audacieuse et disent que Sara a vécu cent vingt-sept ans. C'est, pour ces temps-là, un âge relativement peu élevé, et sa vie a été abrégée à cause de cette phrase. Quand tu dis à quelqu'un « Que le SEIGNEUR juge ! », toi-même tu viens aussi au jugement, et toi-même tu peux aussi être condamné. Et les commentateurs citent Saraï en exemple.
Je pense (on a envie de le dire pour la défense de Saraï) que ce sont des paroles de grief, des paroles d'amertume. Que répond Avram ?
וַיֹּאמֶר אַבְרָם אֶל־שָׂרַי הִנֵּה שִׁפְחָתֵךְ בְּיָדֵךְ עֲשִׂי־לָהּ הַטּוֹב בְּעֵינָיִךְ וַתְּעַנֶּהָ שָׂרַי וַתִּבְרַח מִפָּנֶיהָ׃
vayómer Avrám el-Saráy hinné chif'hatékh beyadékh assi-lá hattóv be'enáyikh vatte'annéhaLa translittération russe contient ici une lettre fautive (un m à la place de la séparation) dans le mot qui signifie « elle l'accabla ». Le français suit l'hébreu : vatte'annéha. Saráy vattivrá'h mippanéha
6 Et Avram dit à Saraï : « Voici, ton esclave est entre tes mains, fais avec elle ce qui est bon à tes yeux ». Et Saraï se mit à lui imposer de durs travaux, et Hagar s'enfuit de devant sa face.
« Fais d'elle ce que tu veux. Je ne prétends pas qu'elle soit ma femme. Je confirme qu'elle est ton esclave, et tu peux agir avec elle en maîtresse ». Et Saraï se mit à lui imposer de durs travaux.
Ce verbe vatté'annéhaLe commentaire russe reprend la même faute de frappe dans ce mot hébreu ; le français suit l'hébreu. peut se traduire par tourmenter, torturer. Mais dans beaucoup de cas, en beaucoup d'endroits, par exemple dans le premier chapitre du livre de Chémot, ce verbe peut se comprendre comme accabler de durs travaux. Nous avons lu dans les lois que c'est précisément ainsi que la maîtresse peut agir, dans le cas où l'esclave perd la conscience de qui elle est, pour la remettre à sa place. Saraï se mit à lui imposer de durs travaux, et cela, naturellement, peut fortement offenser une femme enceinte devenue arrogante. De plus, l'employeuse propriétaire d'esclaves peut être très cruelle.
Hagar ne peut pas surmonter l'offense, l'amertume, cette oppression, le fait qu'on la force, apparemment, constamment à faire quelque chose, et elle s'enfuit dans le désert.
וַיִּמְצָאָהּ מַלְאַךְ יְהוָה עַל־עֵין הַמַּיִם בַּמִּדְבָּר עַל־הָעַיִן בְּדֶרֶךְ שׁוּר׃
vayimtsa'á mal'ákh Adonáy al-én hammáyim bammidbár al-ha'áyin bedérekh Chour
7 Et l'ange du SEIGNEUR la trouva à la source des eaux, dans le désert, près de la fontaine, sur le chemin de Chour.
Le mot én peut se traduire par œil. D'une manière générale, source et œil sont des mots de sens proche. Ainsi, l'ange la trouve près de la fontaine, et cette fontaine est en outre appelée œil (cela nous servira plus loin).
וַיֹּאמַר הָגָר שִׁפְחַת שָׂרַי אֵי־מִזֶּה בָאת וְאָנָה תֵלֵכִי וַתֹּאמֶר מִפְּנֵי שָׂרַי גְּבִרְתִּי אָנֹכִי בֹּרַחַת׃
vayomár Hagar chif'hát Saráy e-mizzé vat ve'ána telékhi vattómer mippené Saráy gevirtí anokhí borá'hat
8 Et l'ange lui dit : « Hagar, esclave de Saraï, d'où viens-tu et où iras-tu ? » Et elle dit : « je fuis devant Saraï, ma maîtresse ».
C'est-à-dire que l'ange l'appelle tout de suite selon son statut. Pas Hagar échet Avram – Hagar, femme d'Avram, comme Saraï est appelée au tout début, mais Hagar – esclave de Saraï. Je m'adresse à toi dans ce statut. Ici, Hagar aussi reconnaît que Saraï est sa maîtresse.
וַיֹּאמֶר לָהּ מַלְאַךְ יְהוָה שׁוּבִי אֶל־גְּבִרְתֵּךְ וְהִתְעַנִּי תַּחַת יָדֶיהָ׃
vayómer la mal'ákh Adonáy choúvi el-gevirtékh vehit'anní tá'hat yadéha
9 Et l'ange du SEIGNEUR lui dit : « Retourne vers ta maîtresse et souffre sous sa main ».
C'est-à-dire : retourne vers Saraï et résigne-toi, endure le fait qu'elle va t'humilier.
וַיֹּאמֶר לָהּ מַלְאַךְ יְהוָה
vayómer la mal'ákh Adonáy …
10 Et l'ange du SEIGNEUR lui dit :
Faites attention : les deux versets commencent par les mots et l'ange du SEIGNEUR lui dit. Pourquoi ne pas construire à partir de ses paroles une seule citation ? Pourquoi est-ce répété deux fois ? Parce qu'une réponse est attendue. C'est-à-dire qu'après que l'ange a dit « Retourne vers Saraï … », la réponse de Hagar aurait dû suivre. Mais peut-être qu'elle est assise, pleure, se tait et ne dit rien. C'est pourquoi l'ange entre de nouveau dans la conversation. C'est l'art pictural de la Torah dans la description d'une conversation.
Ainsi, l'ange du SEIGNEUR dit à Hagar :
הַרְבָּה אַרְבֶּה אֶת־זַרְעֵךְ וְלֹא יִסָּפֵר מֵרֹב׃
harbá arbé et-zar'ékh veló yissafér meróv
« je multiplierai beaucoup, beaucoup ta semence. et de telle sorte que le nombre ne pourra pas être compté ».
Apparemment, Hagar ne répond toujours pas. Ce n'est pas parce qu'elle est si insolente. Imaginez-vous, peut-être est-elle assise et pleure-t-elle amèrement, parce qu'elle est un être humain. Une esclave enceinte, qu'on a forcée à entrer dans une sorte de relation avec le maître. Et elle voulait une relation, et elle s'est retrouvée dans le pétrin. Elle a simplement le cœur amer et elle a envie de pleurer.
וַיֹּאמֶר לָהּ מַלְאַךְ יְהוָה הִנָּךְ הָרָה וְיֹלַדְתְּ בֵּן וְקָרָאת שְׁמוֹ יִשְׁמָעֵאל כִּי־שָׁמַע יְהוָה אֶל־עָנְיֵךְ׃
vayómer la mal'ákh adonáy hinnákh hará veyoládt ben vekarát chemó yichma'él ki-chamá adonáy el-onyékh
11 Et l'ange du SEIGNEUR lui dit : « Voici, tu es enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de yichmaël, parce que le SEIGNEUR a entendu ton oppression (ton asservissement).
Cela sonne un peu étrange. L'ange dit à Hagar à peu près ceci : Dieu a entendu ton cri sur la manière dont tu souffres dans l'asservissement chez Saraï, et t'a dit : « Retourne vers Saraï et laisse-toi asservir là-bas, et quand un fils te naîtra, tu l'appelleras avec reconnaissance Dieu a entendu ». Où donc est ici la consolation ? Où donc est ici le Dieu qui a entendu, s'Il a entendu et a dit : « Eh bien, c'est donc ainsi qu'il le faut » ?
Et c'est dans les paroles suivantes de l'ange qu'est la consolation de Hagar :
וְהוּא יִהְיֶה פֶּרֶא אָדָם
vehoú yihyé pére adám …
12 Et il sera un homme sauvage…
Péré signifie sauvage, mais une autre signification encore est âne sauvage. C'est une espèce d'ânes qui va par le désert et ne se laisse ni domestiquer ni dresser. C'est-à-dire qu'il sera un homme que personne ne pourra asservir ni mettre au pas.
יָדוֹ בַכֹּל וְיַד כֹּל בּוֹ
yadó vakkól veyád kol bo
… sa main sur tout (il sera mêlé à tout, il participera à tout, et tout se passera à travers lui).
C'est une prophétie aux multiples facettes, à plusieurs plans, mais, au fond, c'est une consolation pour Hagar quant au destin, quant aux perspectives de ses descendants, qui obtiendront et la liberté, et le pouvoir, et la force – tout ce que Hagar, peut-être, veut pour elle-même et pour son fils.
וְעַל־פְּנֵי כָל־אֶחָיו יִשְׁכֹּן׃
ve'al-pené khol-e'háv yichkón
…et devant tous ses frères il habitera.
On considère que les descendants de Yichmaël sont des marchands, ceux qui sont occupés au commerce, ceux qui s'occupent des caravanes, et c'est pourquoi ils sont dispersés. Tout le réseau commercial appartient à Yichmaël sur le plan spirituel, tout le négoce.
Il est question ici de ceci : toi, maintenant, tu vas être asservie sous la main de ta maîtresse, mais ton fils sera un homme que personne ne pourra asservir, parce qu'il est péré adam, et son nom sera Yichmaël, parce que le SEIGNEUR a entendu ta souffrance.
Il y a un midrach intéressant dans le recueil de midrachim Pirkeï de Rabbi Éliézer, dans la 32e section. Pourquoi son nom est-il appelé Yichmaël ? Pourquoi ce nom contient-il un verbe au futur – Dieu entendra, et non au passé – Dieu a entendu ? Parce qu'à l'avenir Dieu entendra le cri du peuple d'Israël à cause de ce que feront les descendants de Yichmaël. Le midrach dit qu'à l'avenir les descendants de Yichmaël opprimeront Israël, comme Saraï opprimait Hagar. Dans quel but cela sera-t-il ? Pour que le peuple d'Israël revienne vers le Très-Haut. Selon ces midrachim, Yichmaël est l'instrument du Très-Haut pour le retour d'Israël. À l'avenir, les descendants de Yichmaël opprimeront Israël. Et ici le midrach renvoie au Psaume (55,20) : « Dieu entendra, et les soumettra Celui qui siège depuis les temps anciens ». Yichmaël, littéralement « les soumettra, les asservira », encore une fois le même verbe, celui par lequel il est dit que Saraï opprimait Hagar, et que Dieu a entendu l'oppression de Hagar. Et de cela, la conclusion : Yichmaël a une destination, il sera le fléau du Très-Haut pour soumettre le peuple d'Israël. C'est une rétribution mesure pour mesure, selon l'avis de ces midrachim, pour le fait que Saraï opprimait Hagar.
Ainsi donc, en quoi consiste la consolation de Hagar ? Pourquoi le Très-Haut dit-il : « J'ai entendu, et maintenant retourne et laisse-toi asservir » ? Première manière de comprendre : J'ai entendu, et ton fils, ta descendance seront libres et retenus par rien. Cette liberté que tu veux, tu la recevras à travers tes enfants, dans ta descendance.
Deuxième compréhension, et c'est davantage un midrach pour nous, pour Israël. Ce n'était bien sûr pas une consolation pour Hagar, que Yichmaël soit le fléau du Très-Haut, et que les descendants spirituels de Yichmaël, non selon le sang, ceux qui oppriment Israël, eux, rétribuent pour ainsi dire mesure pour mesure ce qu'a fait Saraï. De nouveau, c'est selon cet avis que Saraï a mal agi envers Hagar. Pour beaucoup, bien sûr, il sera difficile d'admettre et d'accepter cet avis, mais imaginez-vous que les gens qui exprimaient une telle supposition, qui exprimaient, d'une manière générale, des idées qui ne nous plaisent pas, sont eux aussi de fidèles serviteurs du Très-Haut, ils comprennent avec leur raison, avec leur foi, mais pas comme nous. Souvenez-vous toujours de cela quand vous entendez ce avec quoi vous n'êtes pas d'accord et ce qui vous indigne.
Et beaucoup de commentateurs, par exemple Rav David Kim'hi, dit que ce fut une grande erreur, un grand péché de la part de Saraï, bien que Hagar se soit mal conduite. C'était un péché de la part de Saraï de l'opprimer, et de la part d'Avram de le laisser faire, et ils en seront punis. Mais, d'un autre côté, des commentateurs comme Rabbénou 'Hananel disent qu'Avram et Saraï ont tout fait correctement.
Nous n'avons pas besoin d'avoir peur de voir quelques erreurs ou fautes dans les actes des patriarches. Si au sujet de telles erreurs et de telles fautes quelque chose est dit, alors nous devons en tirer un enseignement, car sans péché, sans une quelconque erreur, il n'y a pas non plus de téchouva, pas de réparation. C'est pourquoi on peut comprendre cela tel que cela se révèle.
Ainsi, l'ange a donné à Hagar une prophétie concernant son fils.
וַתִּקְרָא שֵׁם־יְהוָה הַדֹּבֵר אֵלֶיהָ אַתָּה אֵל רֳאִי כִּי אָמְרָה הֲגַם הֲלֹם רָאִיתִי אַחֲרֵי רֹאִי׃
vattikrá chem-Adonáy haddovér eléha attá El-Ro'í ki amerá hagám halóm ra'íti a'haré ro'í
13 Et elle appela le Nom du SEIGNEUR, qui parlait avec elle, Tu es le Dieu qui me voit. Et elle dit : « Moi, même ici, et même à ce niveau, même dans le désert, même abandonnée et enfuie de chez ma maîtresse, je constate tout de même qu'Il me voit ».
C'est une compréhension très importante dans la prise de conscience de la rencontre de l'homme avec Dieu, Hagar donne ici à Dieu un nom en accord avec la manière dont elle a compris Son essence à son niveau spirituel.
Dès le commencement de la création du monde, les ténèbres ont été créées, puis la lumière. Dans les ténèbres, le Très-Haut a dit : « Que la lumière soit ! » Il est dit : « Et il y eut un soir, et il y eut un matin ». D'abord les ténèbres, puis la lumière. D'abord Dieu est invisible, non révélé. Et ensuite, quand il sera question du commandement de paraître trois fois devant la face du Très-Haut, là, se montrer devant la face et voir Sa face. C'est-à-dire la révélation progressive de la face du Très-Haut dans ce monde. Ici, dans la première rencontre, Hagar dit : « Tu es le Dieu qui me voit. Moi, même ici, et même à ce niveau, même dans le désert, même abandonnée et enfuie de chez ma maîtresse, je constate tout de même qu'Il me voit ».
עַל־כֵּן קָרָא לַבְּאֵר בְּאֵר לַחַי רֹאִי הִנֵּה בֵין־קָדֵשׁ וּבֵין בָּרֶד׃
al-kén kará labbe'ér be'ér la'háy ro'í hinné ven-Kadéch ouvén Báred
14 C'est pourquoi le puits a été nommé du vivant, vu par moi. Et ce puits est entre Kadech et Bared.
Au sujet du puits, il est écrit il appela, et non elle appela. Peut-être le puits est-il nommé ainsi, et c'est une expression impersonnelle. Ou peut-être s'agit-il d'Avram, et Hagar est venue vers lui, est revenue, et c'est déjà Avram qui a appelé le puits bé'ér la'haï roï (puits du vivant qui voit). Ceux qui vivent en Israël peuvent aller voir ce puits. Il est accessible à pied depuis la ville de Yérou'ham.
וַתֵּלֶד הָגָר לְאַבְרָם בֵּן וַיִּקְרָא אַבְרָם שֶׁם־בְּנוֹ אֲשֶׁר־יָלְדָה הָגָר יִשְׁמָעֵאל׃
vattéled Hagar leAvrám ben vayikrá Avrám chem-benó acher-yaledá Hagar Yichma'él
15 Et Hagar enfanta un fils à Avram, et Avram appela le nom du fils que lui avait enfanté HAGAR, yichmaël.
L'ange avait prédit que Hagar l'appellerait ainsi. Ici, nous lisons qu'Avram l'appela ainsi. Et les commentateurs disent que cela fut ainsi révélé à Avram par l'Esprit Saint, ou bien Hagar lui raconta toute cette histoire, et Avram nomma ainsi le puits et, selon la promesse donnée à Hagar, nomma ainsi son fils.
וְאַבְרָם בֶּן־שְׁמֹנִים שָׁנָה וְשֵׁשׁ שָׁנִים בְּלֶדֶת־הָגָר אֶת־יִשְׁמָעֵאל לְאַבְרָם׃ ס
veAvrám ben-chemoním chaná vechéch chaním beledet-Hagar et-Yichma'él leAvrám
16 Avram avait quatre-vingt-six ans quand Hagar enfanta Yichmaël à Avram.
Voilà l'histoire assez ambiguë qui s'est produite dans la maison d'Avram.
וַיְהִי אַבְרָם בֶּן־תִּשְׁעִים שָׁנָה וְתֵשַׁע שָׁנִים וַיֵּרָא יְהוָה אֶל־אַבְרָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֲנִי־אֵל שַׁדַּי
vayhí Avrám ben-tich'ím chaná vetécha chaním vayerá Adonáy el-Avrám vayómer eláv ani-él Chaddáy …
1 Et Avram avait quatre-vingt-dix ans et neuf ans, et le SEIGNEUR apparut à Avram, et lui dit : Je suis Dieu Chaddaï, …
Il faut s'arrêter et comprendre quel est ce nom – Chaddaï. Certains le comprennent ainsi : « Je suis Dieu, qui pose des limites à toute chose ». Chaddaï – Celui qui dit à toute chose sa mesure. On peut le comprendre exactement dans le même sens : qui pose des limites, mais à partir du mot sadé – champ ou quelque chose de mesuré, ce sur quoi se trouvent les bornes – « Je suis Dieu, qui pose les bornes ». Ce nom a aussi le sens : chadad – défendre, protéger, « Je suis Dieu, qui te protège ». On peut aussi le comprendre comme Dieu plantureux. Le mot chad – sein de femme, « Je suis Dieu, qui nourrit », au sens littéral, comme on nourrit un nourrisson, l'Univers tout entier. Et ensuite le Très-Haut dit :
הִתְהַלֵּךְ לְפָנַי וֶהְיֵה תָמִים׃
hithallékh lefanáy vehyé tamím
…marche devant Moi et sois simple.
Le mot תָמִים (tamím) peut se traduire par parfait, irréprochable, mais on peut aussi, au contraire, traduire : « sois simple, marche devant moi dans la simplicité », c'est-à-dire parfois en faisant confiance au Très-Haut, sans chercher à comprendre ce qui va arriver. Sans chercher constamment à questionner : « Papa, et où est-ce qu'on va ? Et qu'est-ce qu'on va faire là-bas ? » Le Très-Haut veut que l'on marche devant Lui dans la simplicité, dans la confiance. Certains croyants comprennent ce commandement à un niveau tel que, quand une femme enceinte, une mère de famille, passe une échographie, elle ne demande pas de quel sexe sera l'enfant, afin d'accepter ce qui sera. C'est à ce point qu'on accepte cette simplicité (c'est juste un exemple).
Ainsi, le Très-Haut dit : « Marche devant Moi dans la simplicité » ou « Marche devant Moi et sois parfait ».
וְאֶתְּנָה בְרִיתִי בֵּינִי וּבֵינֶךָ וְאַרְבֶּה אוֹתְךָ בִּמְאֹד מְאֹד׃
ve'ettená verití bení ouvenékha ve'arbé otekhá bim'ód me'ód
2 Je donnerai l'alliance entre Moi et toi et te multiplierai beaucoup, beaucoup.
Il y a déjà une alliance entre Avram et le Très-Haut. Et, quand le Très-Haut dit « Je donnerai l'alliance », nous pouvons nous attendre à ce que le Très-Haut ajoute quelque chose à cette alliance.
וַיִּפֹּל אַבְרָם עַל־פָּנָיו וַיְדַבֵּר אִתּוֹ אֱלֹהִים לֵאמֹר׃
vayippól Avrám al-panáv vaydabbér ittó Elohím lemór
3 Et Avram tomba sur sa face, et Dieu parla avec lui, disant :
אֲנִי הִנֵּה בְרִיתִי אִתָּךְ וְהָיִיתָ לְאַב הֲמוֹן גּוֹיִם׃
Aní hinné verití ittákh vehayíta le'áv hamón goyím
4 « Moi, voici, Mon alliance est avec toi, et tu seras père de nombreux peuples.
וְלֹא־יִקָּרֵא עוֹד אֶת־שִׁמְךָ אַבְרָם וְהָיָה שִׁמְךָ אַבְרָהָם כִּי אַב־הֲמוֹן גּוֹיִם נְתַתִּיךָ׃
velo-yikkaré od et-chimkhá Avrám vehayá chímkha Avrahám ki av-hamón goyím netattíkha
5 Et ton nom ne sera plus appelé Avram, mais ton nom sera Avraham, parce que Je t'ai fait père de nombreux peuples
En quoi consiste le sens du changement de nom ? Si nous examinons le nom Avram, il se compose de deux parties : Av (père) et ram (élevé). Si l'on comprend ce nom à la manière païenne (Téra'h était païen), on peut traduire : mon père Ram, (c'est l'un des dieux de la Mésopotamie), ou mon père s'élèvera, ou j'élèverai et glorifierai mon père.
Quelle est la différence entre les noms Avram et Avraham ? Si l'on traduit simplement en russe, on peut dire : père hauuut. Ce ה (hé) étire en quelque sorte, magnifie le sens de la hauteur et change d'un ordre de grandeur la hauteur du niveau où se trouve Avram. Et il devient déjà père de nombreux peuples. D'un père de famille quelconque, il devient père à l'échelle du monde.
וְהִפְרֵתִי אֹתְךָ בִּמְאֹד מְאֹד
vehifretí otékha bim'ód me'ód
6 Et je te ferai fructifier beaucoup, beaucoup,
Nous avons dit que, quand le Très-Haut parle de multiplication, Il pense à la quantité. Quand il s'agit de fructification (de fructifier), Il pense à la qualité. C'est-à-dire que ta foi, tes actes ne vont pas simplement proliférer, mais vont porter des fruits.
וּנְתַתִּיךָ לְגוֹיִם וּמְלָכִים מִמְּךָ יֵצֵאוּ׃
ountattíkha legoyím oumlakhím mimmekhá yetsé'ou
…et Je t'ai établi au-dessus des peuples, et des rois sortiront de toi.
C'est-à-dire que le chemin d'Avram, ce même lekh lekha par lequel nous avons commencé la section hebdomadaire, a une fin très magnifiée : le Très-Haut promet un changement qualitatif de la descendance d'Avraham et sa multiplication quantitative.
וַהֲקִמֹתִי אֶת־בְּרִיתִי בֵּינִי וּבֵינֶךָ וּבֵין זַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ לְדֹרֹתָם לִבְרִית עוֹלָם לִהְיוֹת לְךָ לֵאלֹהִים וּלְזַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ׃
vahakimotí et-berití bení ouvenékha ouvén zar'akhá a'harékha ledorotám livrít olámLa translittération russe contient deux fautes de frappe (un d au lieu du l dans olám, un i au lieu du e dans berití) ; nous suivons l'hébreu. lihyót lékha lelohím oulzar'akhá a'harékha
7 J'établirai Mon alliance entre Moi et entre toi, et entre ta semence après toi, dans leurs générations, en alliance éternelle : être pour toi Dieu et pour ta semence après toi.
Voilà ce qui est nouveau, ce que le Très-Haut dit à Avraham. Si auparavant le Très-Haut a donné la terre à Avraham, et a promis la terre, et a dit qu'elle lui était déjà donnée, que le potentiel existait déjà, ici le Très-Haut dit : « Je serai Dieu pour ton peuple ».
Qu'est-ce que cela signifie pour nous ? Quand les Israélites sortent d'Égypte, vont à travers le Sinaï vers le pays d'Israël, soudain, de manière inattendue, un arrêt et le don de la Torah. Et on aurait pu dire : « Attendez, attendez ! Il n'a été question d'aucune Torah. Quelle Torah ? Le Très-Haut nous a promis la terre ! Toi, Moché, tu nous as fait sortir pour que nous allions vers la terre. Et soudain une Torah quelconque, des commandements incompréhensibles : ne fais pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère, et un tas d'autres… » Et le Très-Haut parle ici de cette même alliance : « Je serai Dieu pour toi et pour ta semence ». Dieu au sens d'Élohim, au sens de Juge qui établit les lois. Et c'est pourquoi :
וְנָתַתִּי לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ אֵת אֶרֶץ מְגֻרֶיךָ אֵת כָּל־אֶרֶץ כְּנַעַן לַאֲחֻזַּת עוֹלָם וְהָיִיתִי לָהֶם לֵאלֹהִים׃
venatattí lekhá oulzar'akhá a'harékha et érets megourékha et kol-érets Kená'an la'a'houzzát olám vehayíti lahém lelohím
8 Et Je te donnerai, à toi et à ta semence après toi, le pays dans lequel tu vis comme un étranger, tout le pays cananéen, en possession éternelle. Je serai Dieu pour eux ».
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל־אַבְרָהָם וְאַתָּה אֶת־בְּרִיתִי תִשְׁמֹר אַתָּה וְזַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ לְדֹרֹתָם׃
vayómer Elohím el-Avrahám ve'attá et-berití tichmór attá vezar'akhá a'harékha ledorotám
9 Et Dieu dit à Avraham : « et toi, garde mon alliance, toi et ta semence après toi, en génération.
זֹאת בְּרִיתִי אֲשֶׁר תִּשְׁמְרוּ בֵּינִי וּבֵינֵיכֶם וּבֵין זַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ הִמּוֹל לָכֶם כָּל־זָכָר׃
zot berití achér tichmeroú bení ouvenekhém ouvén zar'akhá a'harékha himmól lakhém kol-zakhár
10 Voici l'alliance que vous garderez entre Moi et vous, et entre ta semence après toi : tout mâle parmi vous sera circoncis.
וּנְמַלְתֶּם אֵת בְּשַׂר עָרְלַתְכֶם
ounmaltém et bessár orlatkhém
11 Et vous circoncirez la chair de votre incirconcision …
C'est-à-dire que nous lisons plus loin dans la Torah qu'il y a un cœur incirconcis ou des oreilles incirconcises, différents organes peuvent avoir une incirconcision. Mais cette incirconcision du cœur ou des oreilles est immatérielle. Et l'expression matérielle de l'incirconcision est là où l'on fait la circoncision du prépuce sur l'organe sexuel masculin. Et quand nous la coupons, il se produit une réparation de toute la chair. Le symbole, cet endroit où l'incirconcision se maintient dans le corps, le Très-Haut dit à Avraham de l'enlever. Et c'est par là, comme beaucoup le comprennent, qu'est atteint le statut tamim (parfait).
וְהָיָה לְאוֹת בְּרִית בֵּינִי וּבֵינֵיכֶם׃
vehayá le'ót berít bení ouvenekhém
… et ce sera un signe d'alliance entre Moi et vous.
Il y a plusieurs signes d'alliance dans la Torah : l'arc-en-ciel – signe de l'alliance avec les fils de Noa'h, la circoncision – signe de l'alliance avec les fils d'Avraham, le Chabbat (sabbat) – signe de l'alliance avec les fils d'Israël. Ainsi le Très-Haut dit : « Entre Moi et les fils d'Israël, c'est une alliance éternelle ».
Le Très-Haut continue :
וּבֶן־שְׁמֹנַת יָמִים יִמּוֹל לָכֶם כָּל־זָכָר לְדֹרֹתֵיכֶם יְלִיד בָּיִת וּמִקְנַת־כֶּסֶף מִכֹּל בֶּן־נֵכָר אֲשֶׁר לֹא מִזַּרְעֲךָ הוּא׃
ouven-chemonát yamím yimmól lakhém kol-zakhár ledorotekhém yelíd báyit oumiknat-késsef mikkól ben-nekhár achér lo mizzar'akhá hou
12 Et au huitième jour sera circoncis chez vous tout mâle dans vos générations, l'esclave né à la maison, qui est né de vos esclaves, si vous l'avez acheté pour de l'argent à quelqu'un qui n'est pas de votre peuple(qui n'est pas de ta semence).
Nous nous souvenons que sept jours – c'est la période de purification de la femme après la naissance d'un garçon. Et après cette purification, la femme pouvait faire partie de ce rite. Au huitième jour, on circoncit les garçons.
Il y a encore beaucoup de raisons différentes et d'explications différentes. Le commandement est de circoncire, quand la Torah dit : « Au huitième jour sera circoncis tout garçon ». Naturellement, le garçon ne peut pas se circoncire lui-même, et nous lisons que ce sont les pères ou, dans certains cas, les mères qui le faisaient, comme, par exemple, Tsippora. Nous lisons aussi qu'à un certain moment de l'histoire, dans le premier livre des Maccabées (1,63), il est raconté que sont déjà apparus des moëls (des gens qui font la circoncision professionnellement). Avant cela, les pères circoncisaient leurs enfants avec des couteaux de pierre. Nous lisons cela dans le livre de Yéhochoua ben Noun, nous lisons cela dans l'histoire de Tsippora. Et il y avait des gens qui se circoncisaient eux-mêmes. Peut-être qu'Avraham s'est circoncis lui-même, peut-être que quelqu'un l'aidait. C'est-à-dire que la circoncision est devenue une partie inséparable de l'histoire juive, une partie inséparable de l'identification juive. Cela concerne même les Juifs laïcs.
הִמּוֹל יִמּוֹל יְלִיד בֵּיתְךָ וּמִקְנַת כַּסְפֶּךָ וְהָיְתָה בְרִיתִי בִּבְשַׂרְכֶם לִבְרִית עוֹלָם׃
himmól yimmól yelíd betekhá oumiknát kaspékha vehayetá verití bivsarkhém livrít olám
13 Circoncis d'une circoncision celui qui est né dans ta maison et celui qui a été acheté avec ton argent, et ce sera une alliance sur la chair, une alliance éternelle.
C'est-à-dire que chaque Juif a sur sa chair un témoignage de ce qu'il se trouve dans l'alliance avec le Très-Haut. Comme une femme a un anneau de mariage qui montre aux autres : voici, je me trouve dans une alliance, de même la circoncision est le témoignage que l'homme se trouve dans des relations d'alliance avec le Très-Haut.
וְעָרֵל זָכָר אֲשֶׁר לֹא־יִמּוֹל אֶת־בְּשַׂר עָרְלָתוֹ וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מֵעַמֶּיהָ אֶת־בְּרִיתִי הֵפַר׃ ס
ve'arél zakhár achér lo-yimmól et-bessár orlató venikhretá hannéfech hahí me'amméha et-berití hefár
14 Et le mâle incirconcis, qui ne circoncira pas la chair de son incirconcision, cette âme sera retranchée de son peuple, cessera de faire partie du peuple d'Israël, avec lequelEn russe, le pronom relatif après « peuple d'Israël » est au féminin et ne s'accorde pas avec « peuple » ; nous l'avons rapporté au peuple d'Israël. le Très-Haut se trouve dans l'alliance, parce qu'il a rompu Mon alliance.
Par conséquent, il se détachera des relations d'alliance avec le Très-Haut, parce qu'il a rompu Mon alliance.
וְעָרֵל זָכָר אֲשֶׁר לֹא־יִמּוֹל אֶת־בְּשַׂר עָרְלָתוֹ וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מֵעַמֶּיהָ אֶת־בְּרִיתִי הֵפַר׃ ס
vayómer Elohím el-Avrahám Saráy ichtekhá lo-tikrá et-chemá Saráy ki Sará chemá
15 Et Dieu dit à Avraham : « Saraï, ta femme, ne l'appelle pas Saraï, car son nom est Sara ».
Le nom Saraï peut se traduire de différentes manières : encline au pouvoir ; ayant un potentiel de force ; celle qui est capable de dominer, capable de gouverner. Sara, c'est celle qui gouverne. La même chose, mais déjà avec le potentiel réalisé. Et ici le Très-Haut ne change pas tout à fait le nom de Sara, Il témoigne que le nom de Sara a changé. Il ne dit pas : « Sara s'appellera maintenant Sara, elle était Saraï ». Le Très-Haut dit : « Ne l'appelle pas Saraï, parce que son vrai nom est Sara ». Parce que ce potentiel est déjà révélé en elle, elle est déjà Sara, elle n'est pas renommée, mais son nom, son essence intérieure a déjà changé.
וּבֵרַכְתִּי אֹתָהּ וְגַם נָתַתִּי מִמֶּנָּה לְךָ בֵּן וּבֵרַכְתִּיהָ וְהָיְתָה לְגוֹיִם מַלְכֵי עַמִּים מִמֶּנָּה יִהְיוּ׃
ouverakhtí otá vegám natátti mimménna lekhá ben ouverakhtíha vahayetá legoyím malkhé ammím mimménna yihyou
16 « Je la bénirai et te donnerai d'elle un fils, Je la bénirai, et elle sera des peuples, elle sera la matriarche des peuples, et des rois de peuples sortiront d'elle ».
En substance, elle partage la bénédiction d'Avraham. Le Très-Haut dit ici deux fois : וּבֵרַכְתִּי אֹתָהּ – Ouverakhtí otá Et Je l'ai bénie. La première fois, la bénédiction de Sara sera en ceci qu'elle deviendra mère. Il y a ce miracle-là dans le peuple d'Israël, que nos matriarches Sara, Rivka, Ra'hel, Léa n'enfantent pas pendant longtemps. On peut dire que c'est à cause de certains péchés (quelqu'un se mettrait à vérifier), mais pour nous cela signifie que la naissance d'un enfant par la bénédiction du Très-Haut est une naissance surnaturelle. Le fils de Sara ne sera plus le petit-fils de Téra'h, c'est le fils de Sara, c'est le début d'une nouvelle généalogie.
Et le Très-Haut dit ici : « Je la bénirai d'abord, et elle t'enfantera un fils ». C'est la première bénédiction. Et c'est bien quand des enfants nous naissent, c'est une bénédiction. Quand nos enfants continuent notre chemin, c'est une double bénédiction, et ici le Très-Haut dit : « Je la bénirai elle aussi, parce qu'elle enfantera, et sa semence prospérera ».
Comment peut-on traduire cela dans les notions dont nous avons parlé ? « Je la multiplierai et la rendrai féconde. Elle aura beaucoup d'enfants, et ce seront de bons enfants ».
וַיִּפֹּל אַבְרָהָם עַל־פָּנָיו וַיִּצְחָק
vayippól Avrahám al-panáv vaYits'hák
17 Et Avram tomba sur sa face et se mit à rire : …
Vayits'hák – c'est le nom du futur fils d'Avraham. Certains commentateurs disent : « Vayits'hák – et il se mit à rire de joie, enfin il reçoit le témoignage qu'il aura un fils justement de Sara, et ce sera une telle joie, un tel miracle dans sa vie ». D'autres disent qu'il se mit à rire de ce que, eh bien, comment une telle chose est-elle possible.
Et Avraham lui-même dit dans son cœur, comme la Torah nous le dévoile un peu :
וַיֹּאמֶר בְּלִבּוֹ הַלְּבֶן מֵאָה־שָׁנָה יִוָּלֵד וְאִם־שָׂרָה הֲבַת־תִּשְׁעִים שָׁנָה תֵּלֵד׃
vayómer belibbó hallevén me'a-chaná yivvaléd ve'im-Sará havat-tich'ím chaná teléd
… « EST-CE QU'à un vieillard chenu de cent ans un fils peut naître, peut-être que Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfantera ? »
D'après ce qui est écrit ici, vayits'hák, nous pouvons dire : le verbe ts'hák ne s'emploie pas au sens de joie et de gaieté. C'est toujours une réaction à quelque chose d'absurde, à quelque chose qui provoque plutôt un sourire ironique. Et ce que dit ici Avraham, et le fait que la Torah dit : « Avraham dit belibo », ce qui se rapporte toujours à un état d'une certaine incrédulité, le plus souvent aux méchants. Quand un homme doute, il s'adresse à son cœur comme à une autorité, il suit son cœur, au lieu, comme le juste, de parler à son cœur. Cela ne veut pas dire qu'Avraham est ici un méchant, mais cela veut dire qu'Avraham (le père des croyants) doute ici de ce que dit le Très-Haut : « Est-ce qu'un vieillard de cent ans enfantera ? Est-ce que Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfantera ? »
וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל־הָאֱלֹהִים לוּ יִשְׁמָעֵאל יִחְיֶה לְפָנֶיךָ׃
vayómer Avrahám el-haElohím lou Yichma'él yi'hyé lefanékha
18 Et Avraham dit à Dieu : « Si au moins Yichmaël pouvait vivre devant Toi ! »
De quoi parle ici Avraham ? Il pense peut-être : « C'est un trop grand miracle pour moi, qu'un centenaire enfante, qu'une femme de quatre-vingt-dix ans enfante. Si seulement Yichmaël vivait et était devant Toi ». C'est-à-dire : « Si Tu accordais que Yichmaël soit juste, qu'il marche devant Toi ». Chez nous, chez beaucoup de croyants (je peux le dire de moi-même), il arrive un tel état, où il nous semble : « Nous allons maintenant oser demander à Dieu trop, nous L'importunons trop avec notre demande ». Effectivement, ne comprenant pas, ne réalisant parfois pas le degré de la puissance du Très-Haut, nous pensons : « Voilà, cela, c'est difficile pour Lui à faire. Demandons-Lui quelque chose de plus facile ». Si l'on regarde Avraham de l'extérieur, on peut parler de lui de toutes sortes de manières, mais si l'on regarde en soi-même, on peut voir un tel comportement.
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֲבָל שָׂרָה אִשְׁתְּךָ יֹלֶדֶת לְךָ בֵּן וְקָרָאתָ אֶת־שְׁמוֹ יִצְחָק וַהֲקִמֹתִי אֶת־בְּרִיתִי אִתּוֹ לִבְרִית עוֹלָם לְזַרְעוֹ אַחֲרָיו׃
vayómer Elohím avál Sará ichtekhá yolédet lékha ben vekaráta et-chemó Yits'hák vahakimotí et-berití ittóLa translittération russe écrit ici biriti pour le mot « mon alliance » ; nous suivons l'hébreu : berití. livrít olám lezar'ó a'haráv
19 Et Dieu dit : « Et pourtant Sara, ta femme, t'enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Yits'hak, et avec lui Je conclurai une alliance éternelle, et avec sa semence après lui.
Ainsi, le Très-Haut dit à Avraham : « Pourtant Sara t'enfantera un fils, et tu l'appelleras du nom de Yits'hak ». C'est le Très-Haut même qui lui a donné ce nom. Que signifie-t-il ? Le sens le plus simple est il rira. Et les commentateurs disent : « Eh bien, c'est peut-être Sara qui a ri alors dans la tente, et Avraham qui a ri maintenant ici ». Se peut-il que ce nom de Yits'hak soit un rappel du péché ?
D'autres disent : « Ts'hok – le rire. Pourquoi le rire ? Est-ce une réaction à l'absurdité ? Le rire peut être la réaction à un miracle. Tse'hok – est sorti des limites de la loi, c'est-à-dire quelque chose qui s'accomplit, qui contredit le bon sens et ne lui correspond pas, et qui est pour cela miraculeux et étonnant ».
On peut comprendre le nom Yits'hak aussi comme yitsa 'hok (une nouvelle loi est sortie). C'est-à-dire que Yits'hak n'est pas une violation de la loi, mais un remplissement de la loi. Yits'hak est venu non pas violer la loi, mais remplir la loi. Yits'hak – yitsa 'hok (une loi est sortie).
Certains commentateurs décomposent le nom Yits'hak comme une abréviation (en se fondant sur la guématrie) : yod – les Dix Commandements, tsadi – c'est quatre-vingt-dix (l'âge de Sara), 'het – c'est huit (les jours de la circoncision) et kouf – c'est cent (l'âge d'Avraham). Bien sûr, c'est un commentaire tardif.
Que signifie Yits'hak ? Yits'hak, c'est une allusion à toute l'histoire juive, dans laquelle ce qui s'accomplit, ce qui se réalise, paraissait au départ absurde et impossible. Beaucoup d'événements dans l'histoire juive paraissaient absurdes, et en fin de compte ont été le fondement de nombreux miracles qui sont arrivés dans l'histoire juive. Au vingtième verset, le Très-Haut continue :
וּלְיִשְׁמָעֵאל שְׁמַעְתִּיךָ הִנֵּה בֵּרַכְתִּי אֹתוֹ וְהִפְרֵיתִי אֹתוֹ וְהִרְבֵּיתִי אֹתוֹ בִּמְאֹד מְאֹד שְׁנֵים־עָשָׂר נְשִׂיאִם יוֹלִיד וּנְתַתִּיו לְגוֹי גָּדוֹל׃
oulYichma'él chematíkha hinné berákhti otó vehifretí otó vehirbetí otó bim'ód me'ód chenem-assár nessi'ím yolíd ountattív legóy gadól
20 Et au sujet de Yichmaël, Je t'ai entendu. Je l'ai béni, Je le rendrai fécond et le multiplierai, et en nombre il s'accroîtra très, très fort, et il engendrera douze dirigeants, et Je ferai de lui un grand peuple.
Et au sujet de Yichmaël, Je t'ai entendu – il y a ici un certain jeu de mots : Yichmaël – c'est Dieu entendra. Et au sujet de celui dont Dieu entendra, je t'ai entendu.
Et Je le multiplierai – Et en nombre il s'accroîtra très, très fort ! Une bénédiction très semblable, presque la même que celle qui est donnée à Yits'hak.
Et il engendrera douze dirigeants. Si Essav engendre des aroufim (chefs militaires), et que Yaakov engendrera ensuite les tribus d'Israël, qui auront leurs propres dirigeants, alors au sujet de Yichmaël il est dit qu'il enfantera des dirigeants, mais pas des tribus. Ils ne formeront pas un tout uni. Et Je ferai de lui un grand peuple. Qu'est-ce qui n'adviendra pas avec Yichmaël, qu'est-ce qui n'est pas promis à Yichmaël ? À Yichmaël, l'alliance n'est pas promise. Le Très-Haut dit au vingt et unième verset :
וְאֶת־בְּרִיתִי אָקִים אֶת־יִצְחָק אֲשֶׁר תֵּלֵד לְךָ שָׂרָה לַמּוֹעֵד הַזֶּה בַּשָּׁנָה הָאַחֶרֶת׃
ve'et-berití akím et-Yits'hák achér teléd lekhá Sará lammo'éd hazzé bachaná ha'a'héret
21 Mais mon alliance, Je la conclurai avec Yits'hak, que Sara t'enfantera en ce même temps, dans une autre année ».
וַיְכַל לְדַבֵּר אִתּוֹ וַיַּעַל אֱלֹהִים מֵעַל אַבְרָהָם׃
vaykhál ledabbér ittó vayá'al Elohím me'ál Avrahám
22 Et Il acheva de parler avec lui, et le SEIGNEUR monta d'auprès d'Avraham.
Nous rencontrons souvent cette phrase vayá'al Elohím – et le SEIGNEUR monta. Apparemment, c'est ainsi que se termine l'échange avec le Très-Haut, quand Il se révèle.
וַיִּקַּח אַבְרָהָם אֶת־יִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ וְאֵת כָּל־יְלִידֵי בֵיתוֹ וְאֵת כָּל־מִקְנַת כַּסְפּוֹ כָּל־זָכָר בְּאַנְשֵׁי בֵּית אַבְרָהָם וַיָּמָל אֶת־בְּשַׂר עָרְלָתָם בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר אִתּוֹ אֱלֹהִים׃
vayikká'h Avrahám et-Yichma'él benó ve'ét kol-yelidé vetó ve'ét kol-miknát kaspó kol-zakhár be'anché bet Avrahám vayámol et-besár orlatám be'étsem hayóm hazzé ka'achér dibbér ittó Elohím
23 Et Avraham prit Yichmaël, son fils, et tous ceux nés dans sa maison, et tous ceux achetés avec son argent, tous les mâles parmi les gens de la maison d'Avraham, et il circoncit la chair de leur incirconcision, au milieu de ce jour, en ce jour même, où Dieu avait parlé avec lui.
C'est-à-dire que le même jour Avraham rassemble tout le monde et circoncit. Et un détail très intéressant. Le Très-Haut dit : « Au huitième jour chacun sera circoncis ». Et de cela on a fait une telle prescription, que la circoncision se fait seulement de jour, la nuit on ne fait pas la circoncision. Avraham se hâte ici d'accomplir le commandement et circoncit tous les mâles de sa maison.
Économiquement, il aurait été juste de répartir les gens en groupes, pour que quelqu'un travaille, pour ne pas arrêter toute la production, toute l'exploitation. C'est très audacieux. Outre que c'est une opération qui peut affecter la force virile (une opération pas si simple, et il faut de la foi pour consentir à une telle opération à l'âge adulte), c'est encore confier au Très-Haut son exploitation, tout ce qu'Avraham possède. Et la confiance envers le Très-Haut en ce qui concerne la protection, car on peut profiter de son impuissance. C'est un acte de foi à bien des égards.
וְאַבְרָהָם בֶּן־תִּשְׁעִים וָתֵשַׁע שָׁנָה בְּהִמֹּלוֹ בְּשַׂר עָרְלָתוֹ׃
veAvrahám ben-tich'ím vatécha chaná behimmoló besár orlató
24 Avraham a quatre-vingt-dix-neuf ans, quand il circoncit la chair de son incirconcision.
וְיִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ בֶּן־שְׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה שָׁנָה בְּהִמֹּלוֹ אֵת בְּשַׂר עָרְלָתוֹ׃
veYichma'él benó ben-chelóch esré chaná behimmoló et besár orlató
25 Et Yichmaël, son fils, à l'âge de treize ans, quand il accomplit la circoncision.
Peut-être qu'ici on montre du plus jeune jusqu'au plus âgé. Peut-être aussi autrement. Ici, la Torah dit qu'il y a certaines difficultés pour un vieillard de quatre-vingt-dix-neuf ans (ce n'est pas si simple de se décider à quatre-vingt-dix-neuf ans). Mais un garçon de treize ans a aussi des difficultés d'un autre genre. Chacun surmonte certains de ses propres problèmes, en accomplissant la circoncision par la foi.
בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה נִמּוֹל אַבְרָהָם וְיִשְׁמָעֵאל בְּנוֹ׃
be'étsem hayom hazzé nimmól avrahám veyichma'él benó
26 En ce même jour-là (la Torah le répète) furent circoncis Avraham et Yichmaël, son fils.
וְכָל־אַנְשֵׁי בֵיתוֹ יְלִיד בָּיִת וּמִקְנַת־כֶּסֶף מֵאֵת בֶּן־נֵכָר נִמֹּלוּ אִתּוֹ׃
vekhol-anché vetó yelíd báyit oumiknat-késsef me'ét ben-nekhár nimmólou ittó
27 Et tous, ceux qui étaient nés dans sa maison et ceux qui avaient été achetés à prix d'argent, des étrangers, furent circoncis avec lui.
En quoi notre section est-elle étonnante ? Elle achève en quelque sorte ce qui a été dit tout au début, lekh lekha – va ! Je ferai de toi… Ici, Avraham termine le cours du jeune combattant, termine ce cours de préparation qui a fait d'Avram Avraham. Et ici nous voyons que le Très-Haut ne conclut pas simplement avec Avraham une alliance selon laquelle il recevra un cadeau quelconque – une terre pour lui et pour sa descendance. Ici, le Très-Haut dit à Avraham : « Ces relations sont pour toujours ! » Pas simplement : « J'ai promis une terre, J'ai donné une terre, eh bien, vivez-y, nos relations s'arrêtent là ». Le Très-Haut dit : « Non, ces relations seront éternelles, parce que Je serai Dieu pour ton peuple, et pour toi Je serai Dieu, et pour ta semence après toi ». C'est ce qu'il y a de plus important dans l'alliance, parce que c'est précisément grâce à cela que nous pouvons être dans des relations d'alliance avec le Très-Haut. C'est le commencement de l'alliance, qui est à la fois l'alliance et la promesse du Machia'h, tout ce qui nous est promis à nous aussi.
Tout au début du chapitre 12 du livre de Béréchit, nous lisons comment le Très-Haut s'adresse à Avram :
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַבְרָם לֶךְ-לְך:
VAYOMER ADONÁY EL-AVRÁM LEKH-LEKHÁ
1 ET DIEU DIT À AVRAM : « VA POUR TOI…
Va pour toi-même, c'est nécessaire pour toi, c'est nécessaire pour ton développement, pour toi-même, va.
מֵאַרְצְךָ וּמִמּוֹלַדְתְּךָ וּמִבֵּית אָבִיךָ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַרְאֶךָּ:
ME'ARTSEKHÁ OUMIMMOLADTEKHÁ OUMIBBÉTLa translittération russe écrit oumibé, sans le t final du mot hébreu beit (maison). La translittération française suit l'hébreu : oumibbét. AVÍKHA EL-HA'ÁRETS ACHÉR AR'ÉKKA
DE TON PAYS, DE TA PATRIE, DE LA MAISON DE TON PÈRE, VERS LE PAYS QUE JE TE MONTRERAI ».
À première vue, le Très-Haut dit à Avram : « Toi, va, et Je te montrerai ». Il n'y a pas d'adresse qu'on pourrait taper dans le GPS pour suivre ensuite ses indications, quand et où tourner et à quoi se préparer. C'est bien de suivre le GPS, mais apparemment, ici, il n'en est pas question. Mais chaque verset de la Torah a beaucoup de lectures différentes, et chaque homme lit la Torah avec ses propres yeux. Il n'y a presque jamais de lecture unique et correcte de la Torah. L'un des maîtres hassidiques les plus connus, le rav Mordékhaï Yossef Leiner, qui vivait au XIXe siècle dans la ville d'Izbica, non loin de Lublin en Pologne, donne une lecture tout à fait inattendue de ce verset. Il dit : « Achér ar'éka – Ce que Je te montrerai, ou ce qui te sera montré par Moi, – c'est cela, le nom du pays ».
La particularité de l'existence de l'homme croyant Avraham et des enfants d'Avraham, c'est une attention constante, une recherche constante de la face du Très-Haut. Et que dit ici le Très-Haut à Avraham ? « Toi, va pour ton développement, pour que tu deviennes un meilleur Avraham (alors encore Avram, ensuite aussi Avraham), toi, commence ton développement, et Je te montrerai, Je serai constamment ton horizon, que tu verras. Je t'appelle dans le pays des horizons, dans le pays où un vieillard de 99 ans peut engendrer un fils, dans le pays où il n'y a pas de vieillissement, parce qu'il y a constamment un nouvel horizon, dans le pays où il n'y a jamais de développement définitif, où il y aura un horizon et où l'essence même de l'existence, c'est l'aspiration à un nouvel horizon, l'aspiration en avant ». La course sans bagage comme mode de vie, à laquelle appelle le Très-Haut. Il dit : « Va dans le pays qui est un chemin, dans le pays que Je te montrerai. Je serai constamment devant toi, tu marcheras constamment vers Moi ». C'est un pays-chemin, un pays où il n'y a pas d'état permanent, statique. Un pays dans lequel l'homme peut se développer de manière dynamique. Le pays des possibilités infinies, c'est ce qu'on dit habituellement d'un autre pays, mais de ce pays-là on le dit en pensant au développement matériel, aux finances. Les finances ont leur limite. Le Très-Haut appelle l'homme à la perfection, à une perfection sans limite. Ce perfectionnement de soi constant, c'est cela, le nom du pays dans lequel le Très-Haut appelle Avraham et dans lequel il appelle chacun de nous en tant que fils d'Avraham. Avec la Torah il faut avancer, dans la Torah il faut avancer, il faut constamment se développer, changer, grandir et se tendre vers le Très-Haut comme une fleur, comme une plante se tend vers le soleil, grandir soi-même, être soi-même.
Il est dit lekh lekha (va pour toi), il n'est pas dit lekh li (va pour moi). Non, le Très-Haut dit : « Va, grandis toi-même, développe-toi. Mais développe-toi par le potentiel que Je te donne, par les forces que Je te donne, par le développement qui est déposé en toi. Développe les talents, les capacités, cette lumière que toi seul peux apporter au monde ». Si en l'an 1948 depuis la création du monde, le monde a eu besoin d'Avraham et de sa lumière, alors Avraham est venu porter cette lumière. Et plus il y a de cette lumière, mieux c'est. C'est de cela que parle le Très-Haut. C'est dans ce pays de jeunesse éternelle, de développement éternel, de potentiel éternel que le Très-Haut appelle Avraham. Avram, qui ensuite, plus tard, deviendra aussi Avraham. Et c'est dans ce pays qu'Il appelle chacun de nous.
Au chapitre 22 du livre de Béréchit, le Très-Haut dit déjà à Avraham de prendre son fils unique, qu'il aime, Yits'hak, et de l'offrir en holocauste. Et où aller avec lui, le Très-Haut le dit :
עַל אַחַד הֶהָרִים אֲשֶׁר אֹמַר אֵלֶיךָ:
AL A'HÁD HEHARIM ACHÉR OMÁR ELÉKHA
2 « ...SUR L'UNE DES MONTAGNES QUE JE TE DIRAI ».
Ici, ce n'est déjà plus te montrerai, mais Je te dirai. Nous ne voyons pas que le Très-Haut ait dit quelque part ensuite à Avraham : « Regarde, voici, ici, cette montagne ». Cela n'est pas arrivé. De quoi nous parle ici la Torah ? Si nous appliquons la même approche que celle qu'applique le rav Leiner, on peut dire : « Je te dirai, Je te donnerai une nouvelle compréhension de ce qui se passe ». Avraham, qui va offrir son fils en sacrifice, entend ce que lui dit le Très-Haut par l'ange : « Ne lève pas ta main sur le jeune homme ». C'est ce que dit le SEIGNEUR. Parfois, quand nous marchons, nous entendons la voix du Très-Haut, et cette voix ne nous trompe pas. Nous marchons, et il nous semble que nous avons une certaine tâche, un certain but déterminé, et le Très-Haut soudain, de manière inattendue, nous donne une nouvelle compréhension et nous dit que le but était en fait tout autre. Il est étonnant qu'Avraham ne dise pas : « Eh, quel dommage. Ç'aurait été formidable de s'élever à un tel niveau de foi et d'héroïsme, de ne pas manquer ce commandement, de s'élever à ce niveau, à un tel niveau, pour quand même offrir son fils en sacrifice. Comme ç'aurait été héroïque, comme ç'aurait été plein de pathos de le faire ». Avraham ne dit pas cela. Avraham a la compréhension que donne le Très-Haut, quand le Très-Haut lui dit : « Arrête ! » D'un côté, oui, Avraham suit le Très-Haut, de l'autre côté, il y a la disposition à prendre conscience soudain, de manière inattendue, que ce qui se passe n'était pas une compréhension entière, et voici que le Très-Haut révèle la compréhension complète, donne une nouvelle compréhension. Le Très-Haut dit quelque chose qui oblige à regarder tout autrement ce que nous venions de faire, ce qui nous semblait important, et nécessaire, et un exploit de foi. Et c'est incontestablement un exploit de foi – aller avec son fils vers cette montagne, et soudain nous entendons que c'est tout autre chose qui est important. Et la capacité d'entendre cette voix, c'est aussi l'état auquel le Très-Haut nous appelle.
Que sont nos enfants ? Je vais dire la vérité, je ne suis pas du tout sûr que j'aurais emmené mes enfants pour les offrir en holocauste. Gloire à Dieu de ce qu'Il ne m'appelle pas à cela. Mais pourtant certains de nos plans, nos idées, nos visions, nos désirs de faire quelque chose, de construire, d'arranger, d'intervenir dans la vie de quelqu'un ou de changer d'une manière ou d'une autre sa propre vie, une certaine masse immense de projets auxquels il nous est difficile de renoncer, et ici il y a encore l'état achér omar elékha (ce que Je te dirai). Alors on peut entendre que dans ce qui nous semble grandiose, majestueux et héroïque, il faut s'arrêter. Il faut reformater son regard sur le passé, cela aussi fait partie de la communion avec le Très-Haut, et cet état de disposition à Le voir et de capacité à L'entendre, c'est une partie de la recherche de Sa face, l'observation de Sa face.
Il est très important de se rappeler que tout commence par la phrase lekh lekha. C'est ce dont tu as besoin. Il ne faut pas offrir en sacrifice son bonheur, son potentiel – au contraire, il faut le développer. C'est précisément toi qui dois grandir vers le Très-Haut, et rien ne doit se briser pour autant. Et en même temps, il faut s'arrêter et regarder : peut-être vaut-il la peine de lancer une branche dans une autre direction ? Ces deux états, voir et entendre, sont indispensables à chaque habitant de ce pays auquel nous appelle le Très-Haut.
Une telle lecture est l'une des variantes et ne prétend en aucune mesure être l'unique lecture correcte. Je propose simplement de regarder les relations avec le Très-Haut sous cet angle, de ce point de vue.
Aujourd'hui, le thème de notre entretien sera les alliances. Essayons de comprendre ce qu'est le Nouveau Testament, ce qu'est l'Ancien TestamentEn russe, un même mot signifie « alliance » et « testament » : le Nouveau et l'Ancien Testament s'y nomment avec le mot employé pour les alliances dont parle cet exposé. Le français ne peut garder ce lien, d'où « Testament » ici et « alliance » ailleurs., quand, et où, et avec qui ces alliances ont été conclues, et combien d'alliances il y a eu en tout. Essayons de comprendre quand l'alliance avec les païens a été conclue, et bien d'autres choses.
Pour commencer, essayons de comprendre ce que signifie le mot brit. Nous ne trouverons d'explication de ce mot ni dans le Tanakh, ni dans le Talmud, jusqu'au haut Moyen Âge, quand apparaît un homme qui reste jusqu'à ce jour l'un des plus grands spécialistes de l'hébreu biblique, l'un des plus grands grammairiens juifs et commentateurs de la Torah – Ibn Ezra. C'est un homme au destin très difficile, un grand voyageur et errant, mais, comme je l'ai déjà dit, sa qualité principale – il est le premier à avoir systématisé l'hébreu. Et on peut dire qu'il est aujourd'hui encore le spécialiste le plus autorisé quant au sens de tel ou tel mot biblique. Et, quand Ibn Ezra examine le mot brit, il dit qu'il peut avoir deux origines possibles. Première possibilité : du mot lévarer – choisir. Pour nous en souvenir : quand Golyat fait le fanfaron devant le peuple juif, il dit : « Choisissez-vous un homme, pour qu'il se batte avec moi ». Le mot choisissez – brou a, selon la supposition d'Ibn Ezra, la même racine que le mot brit, c'est-à-dire que le mot brit remonte au mot lévarer – choisir, élire. Pas au sens de l'élection, mais au sens du choix d'une certaine qualité. L'élection est présente, mais elle a une importance secondaire.
La seconde possibilité, proposée elle aussi par Ibn Ezra, c'est l'origine à partir du mot lévater – trancher, établir des limites. Nous nous souvenons qu'Avraham a conclu une alliance avec le Très-Haut auprès des corps tranchés d'animaux, des sacrifices tranchés, et le mot tranchés (mévoutar). L'alternance des consonnes dans les racines sémitiques est un phénomène admis et tout à fait connu, c'est pourquoi la racine batar (trancher, séparer) peut être la racine du mot brit. Quel en est ici le fond ? C'est la désignation d'une limite, la répartition des obligations entre les parties. Et de cette possibilité-là, nous parlerons encore.
Une autre manière de comprendre est donnée par Nahmanide deux siècles plus tard. Il estime que le mot brit désigne des promesses que rien ne conditionne, c'est-à-dire des promesses qui seront accomplies malgré tout.
Et je pense que le mot brit contient en lui, comme c'est souvent le cas avec les mots bibliques, les trois manières de comprendre.
En ce qui concerne la limite, nous pouvons dire qu'il y a un verbe intéressant qui est constamment lié au mot brit : dans le texte russe nous lisons je conclurai une alliance, et en hébreu nous lisons likrot brit, le verbe likrot – trancher, tailler, couper. Par exemple, on connaît une phrase du Tanakh où le Très-Haut dit : « Je hais les divorces ». En hébreu : « Ani sané kritot » – « Je hais les retranchements, les coupures ». L'un des châtiments les plus terribles que donne la Torah, le karet (« l'âme sera retranchée du peuple »). Et voici que Dieu dit littéralement : « Je trancherai une alliance ». Et ici, on peut voir l'établissement d'une limite concrète.
Ainsi, le brit, d'un côté, – c'est l'élection de l'un par l'autre et le dévouement total de l'un à l'autre, et de l'autre côté, c'est la répartition des obligations, la répartition du territoire, des tâches entre deux entités, entre deux alliés, entre ceux qui entrent dans cette alliance.
Pour l'instant, mettons de côté les significations de la notion de brit et rappelons-nous où ce mot a été mentionné pour la première fois. Il est mentionné dans l'alliance avec Noa'h, et il y a là une certaine étrangeté. Et même plusieurs étrangetés. Premièrement, le mot brit (alliance) est mentionné avant même que le déluge soit venu. Et de nouveau, en partie, la traduction synodale nous induit en erreur. Le livre de Béréchit (6,18) : « Mais avec toi J'établirai Mon alliance, et tu entreras dans l'arche, toi, et tes fils, et ta femme, et les femmes de tes fils avec toi ». Toute la famille, toute la maison de Noa'h. Encore une fois, remarquez que l'alliance est conclue avec Noa'h, mais que sous l'alliance toute sa maison est sauvée elle aussi avec Noa'h. Vous vous souvenez : « tu seras sauvé, toi et toute ta maison » ? Nous reviendrons aussi à cela. Maintenant, je veux attirer votre attention sur le mot yékimóti, traduit par j'établirai, en réalité, du point de vue de l'hébreu, il est écrit dans l'original : « Je rétablirai (je ressusciterai) Mon alliance, et tu entreras dans l'arche, toi, et tes fils ». Dieu parle de la résurrection de l'alliance. Essayons de comprendre plus loin quelle alliance Dieu veut ressusciter, rétablir, car c'est, au fond, la plus ancienne des « nouvelles » alliances.
Chez le prophète Yirméyahou (33,25.26), nous lisons au sujet d'encore une alliance que nous ne connaissions pas jusque-là : « Ainsi parle le SEIGNEUR : “Si Mon alliance au sujet du jour et de la nuit et les lois du ciel et de la terre, Je ne les ai pas établies, alors je rejetterai aussi la descendance de Yaakov et de David, mon serviteur, pour ne plus prendre de souverains de sa descendance pour la descendance d'Avraham, de Yits'hak et de Yaakov, car je ramènerai les captifs et j'aurai pitié d'eux” ». Et dans le même chapitre nous lisons : « Ainsi parle le SEIGNEUR : “Si vous pouvez détruire Mon alliance avec le jour et avec Ma nuit, pour que le jour et la nuit ne viennent pas en leur temps, alors peut être détruite aussi Mon alliance avec Mon serviteur David, de sorte qu'il n'aura pas de fils régnant sur son trône, et aussi avec les lévites et les prêtres, Mes ministres” ». Le Très-Haut mentionne ici une alliance, mais ce n'est pas une alliance au sujet du jour et de la nuit, comme dans la traduction synodale, c'est une alliance avec le jour et la nuit. Avec le jour et avec la nuit Dieu a conclu une alliance, avec l'ordre du monde sur la terre, avec le temps Dieu a conclu une alliance, Dieu a établi sur la terre des temps déterminés. Nous savons que, depuis le jour où le Très-Haut a créé les luminaires, c'est-à-dire a commencé à créer l'armée céleste, Il a donné ces luminaires pour signe du jour et de la nuit. D'abord Dieu a appelé la lumière jour et les ténèbres nuit, et ensuite a attribué à chacun d'eux son temps, quand le projet « Terre » a été lancé. Car, quand nous lisons « et ce fut le soir et ce fut le matin », la question se pose : où était-ce le soir et où était-ce le matin ? Aujourd'hui, il n'arrive pas que sur la terre ce soit partout le soir ou partout le matin, quelque part c'est le soir, quelque part le matin, parce que la terre est ronde, le soleil ne l'éclaire pas tout entière, et il y a des fuseaux horaires, parce que le soleil éclaire la terre sous des angles différents. Et c'est une institution du Très-Haut, le Très-Haut nous a donné ces planètes pour signes, c'est ainsi qu'Il le dit. Et ici le Très-Haut dit qu'avec tout cet univers, avec tout cet ordre du monde, une alliance a été établie.
Nous lisons au sujet d'encore une alliance chez le prophète Hochéa, au chapitre 6 : « Mais eux, comme Adam, ont transgressé l'alliance… » Il y avait une certaine alliance avec Adam. Nous voyons déjà 2 alliances qui ont peut-être été conclues avant Noa'h, et l'une de ces alliances, le Très-Haut essaie de la rétablir. Voyons ce que le Très-Haut a dit à Adam, et, pour commencer, rappelons-nous que le Très-Haut, en projetant la création d'Adam, a dit : « Créons l'homme, et qu'il domine..., et sur toute la terre ». Le Très-Haut a placé l'homme au-dessus de la terre. Dans Béréchit (1,28), nous lisons : « Et Dieu les bénit, et leur dit : “Fructifiez, et multipliez, et remplissez la terre, et possédez-la, et dominez sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux du ciel, et sur tous les animaux qui rampent sur la terre” ». Nous savons que, quand Adam n'était pas dans l'état de la chute, quand il était en Éden, il ne lui fallait pas tuer d'animaux, entre lui et les animaux il y avait une paix complète, et lui-même n'avait pas peur des animaux. Nous avons aussi parlé, dans l'entretien sur la section Ki Tissa, du fait que dans le Saint des Saints, au Temple, cet état de l'Éden était rétabli, parce que là on n'apportait jamais de sacrifices d'animaux, dans le Saint des Saints il n'y avait que l'encensement. Le Psaume 115 (dans la traduction synodale 113) dit : « Les cieux – au SEIGNEUR, et la terre, il l'a donnée aux hommes ». Qu'est-ce que cela veut dire ? Il ne nous a pas fait cadeau de cette terre, parce qu'il est dit qu'au SEIGNEUR est la terre et tout ce qui est sur elle, elle appartient au SEIGNEUR, mais Il a donné à l'homme de servir sur elle, c'est d'ailleurs ce qui est écrit : Dieu plaça Adam dans le jardin, pour y servir et le garder. Contre qui fallait-il garder le jardin ? Qui pouvait attaquer le jardin ? Garder – au sens de préserver ce jardin, l'entretenir, etc. Le mot léavod – travailler, il est, comme nous l'avons déjà dit, semblable au travail qui s'accomplissait dans le temple. L'action des prêtres au Temple s'appelle aussi travail. La tâche d'Adam était d'élever la terre, de remplir la terre du Divin. Adam lui-même, par sa nature, était lui aussi un morceau de terre, comme le décrit l'Écriture. Le Très-Haut l'a fait de la terre, dans laquelle le Très-Haut a insufflé un souffle de Son sein, et alors Adam devint un homme vivant. Adam devait élever la terre jusqu'au niveau Divin. Nous lisons que le premier autel que le Très-Haut nous décrit était de terre, pas de pierres, mais précisément de terre. L'idée de l'autel – élever la terre, élever le matériel, élever le monde physique au niveau spirituel, au niveau Divin. Et c'est à cela qu'était appelé le premier Adam. C'est pourquoi, quand Adam est tombé, ceci a retenti : « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière. Maudite est la terre à cause de toi ». La terre s'est trouvée maudite, parce qu'Adam n'a pas pu l'élever, et Adam est chassé. Il ne se tient pas dans l'alliance, comme le dit Hochéa, et il est chassé du paradis sur la terre, et pendant 10 générations le Très-Haut se tait jusqu'à Noa'h.
Noa'h entre selon la promesse que Dieu rétablira avec lui l'alliance. Et, quand Noa'h termine sa navigation dans l'arche, quand il revient, comme un marin, sur la terre, il construit un autel, et voici ce que lui dit le Très-Haut : « Voici le signe de l'alliance que Je placerai entre Moi et entre vous et entre toute âme vivante qui est avec vous, pour les générations, à jamais ». Avec qui l'alliance est-elle conclue ? Avec l'humanité et avec tous les animaux, avec tout le monde animal l'alliance est conclue à jamais. Et de quel signe de l'alliance parle le Très-Haut ? « Je mets Mon arc-en-ciel, pour qu'il soit le signe de l'alliance entre Moi et entre la terre ». C'est-à-dire que l'alliance est conclue entre Dieu et la terre. Mais attendez, le Très-Haut vient de dire entre vous et toute âme, et maintenant nous entendons la terre ? Parce qu'à travers le salut de Noa'h – le salut de toute la terre, de même qu'à travers la malédiction d'Adam – la malédiction de toute la terre. Ensuite le Très-Haut dit : « Et il arrivera, quand J'amènerai un nuage sur la terre, que l'arc-en-ciel apparaîtra dans le nuage, et Je Me souviendrai de Mon alliance, qui est entre Moi et entre vous et entre toute âme vivante dans toute chair. Et l'eau ne sera plus un déluge pour l'anéantissement de toute chair ».
Ainsi Dieu rétablit en Noa'h l'alliance, choisit l'arc-en-ciel pour signe de l'alliance. Voyons ce qu'est l'arc-en-ciel. Du point de vue physique, l'arc-en-ciel, quel que soit le moment où il apparaît, se forme toujours par le jeu de la lumière sur des gouttes d'eau. D'habitude ce sont des gouttes de pluie, parfois ce sont de fines gouttelettes de brouillard. Des plus petites gouttes se forment les nuages, et dans ces toutes petites gouttes l'arc-en-ciel ne peut pas encore apparaître, il apparaît dans les grosses gouttes. Et si quelqu'un vous dit qu'il a vu un arc-en-ciel quand il neigeait, c'était sans doute déjà de la neige fondue, qui est comme des gouttes. Donc, imaginez-vous comment la terre se couvre de nuages. Les nuages – c'est le potentiel de la pluie, le potentiel du déluge. Quand le ciel se couvre de nuages, et quand les gouttes commencent déjà à apparaître et deviennent grosses, et quand la première pluie est déjà tombée, l'arc-en-ciel commence à se voir. L'arc-en-ciel – c'est la réfraction de la lumière à travers les gouttes d'eau.
À quoi ressemble l'arc-en-ciel ? L'arc-en-ciel ressemble à la gloire de Dieu. C'est ce que dit le prophète Yé'hezkel au chapitre 1, verset 28 : « Tel l'aspect qu'ont l'arc-en-ciel et les nuages au temps de la pluie, tel était l'aspect de cet éclat ». L'éclat avait un aspect semblable à l'arc-en-ciel. Dans l'Apocalypse, au chapitre 4, nous lisons que celui qui est assis sur le trône et les anges ont un nimbe en forme d'arc-en-ciel – c'est le symbole de la Gloire de Dieu. C'est pourquoi Dieu dit au chapitre 9 de Béréchit : « Je mets Mon arc-en-ciel dans les nuages ». Il y a deux Noms de Dieu qui sont employés dans les premiers chapitres du livre de Béréchit : le Nom Élohim, qui signifie Jugement, et le Nom de quatre lettres, que nous ne prononçons pas, le tétragramme. Le Nom de quatre lettres signifie miséricorde, et ici, dans ce chapitre, nous voyons que Dieu parle du Nom Jugement. Quand le jugement se manifeste, les nuages s'amassent et le déluge se prépare, Dieu retient Son jugement, parce qu'Il voit l'arc-en-ciel, voit la révélation de Sa Gloire à travers les nuages.
Et comment pouvons-nous voir l'arc-en-ciel ? L'arc-en-ciel se révèle quand l'homme le voit sous un angle de 42° ; si l'angle du regard sur l'arc-en-ciel devient plus petit, l'arc-en-ciel descend sous l'horizon et il est impossible de le voir. Précisément 42°. Aussi étonnant que cela soit, 42 – c'est un nombre magique en matière de délivrance. Nous voyons qu'il y a 42 étapes qu'Israël a parcourues sur le chemin de l'Égypte au pays d'Israël. Nous voyons aussi 42 générations d'Avraham à Yéchoua, ce dont parle Matthieu : trois fois 14. Nous connaissons aussi l'histoire selon laquelle Avraham est comparé dans les midrachim à la nouvelle lune, nouveau-née, la première lune, puis apparaît David, comme la pleine lune, puis de nouveau le déclin de la lune jusqu'à la descente à Babylone, et la montée de la lune du Machia'h, la grande lune, qui ne se couchera jamais. C'est le même midrach, il dit : trois fois 14 ; de la nouvelle lune à la pleine lune, 14 jours, et trois fois 14 – ce sont les mêmes 42. Le nombre 42 est fortement lié au salut, et c'est un fait physique bien curieux.
En Noa'h est rétablie la première alliance, que le Très-Haut avait conclue précisément avec Adam. Il est dit : « D'un seul sang le SEIGNEUR a produit toutes les tribus de la terre ». Et Paul dit que par le péché d'un seul homme le péché est entré dans le monde, a frappé toute l'humanité. Adam se tenait pour toute l'humanité, de même que Noa'h se tenait pour toute la terre.
Après Noa'h passent encore 10 générations, et Avraham apparaît. Avraham sort d'Our, va dans la terre d'Israël, et le Très-Haut lui dit : « Je ferai de toi le père de nombreux peuples ». Non pas j'établirai, non pas je désignerai, mais Je te ferai, c'est-à-dire que le Très-Haut a promis qu'en Avraham serait accompli un certain travail, qui le transformerait en un homme nouveau. Et Avraham, comme un homme nouveau, c'est d'ailleurs ce qui est écrit, bria 'hadacha – nouvelle création, la même chose que ce que dit Paul, que celui qui est dans le Machia'h est une nouvelle créature.
Quelle est la différence, à quoi servaient ces 10 générations de Noa'h à Avraham ? Au sujet de Noa'h il est dit : Noa'h ithalekh et-Hachem, il marchait avec Dieu, on peut dire qu'il marchait autour de Dieu, qu'il courtisait Dieu. Noa'h comprenait que Dieu est la source de la vie, et voulait l'utiliser pour lui-même. Il comprenait que, s'il menait la vie d'un juste, c'était avantageux pour lui, il servait Dieu, on peut dire, par crainte, pour des raisons rationnelles. Au sujet d'Avraham, en revanche, il est dit qu'il ithalekh lifneï Adonaï, il marchait devant Dieu, c'est-à-dire qu'il aimait Dieu et était Son héraut, il n'était plus un serviteur par intérêt, il avait pour la première fois la foi et un amour désintéressé. Et cet amour désintéressé pour le Très-Haut – c'est la qualité principale d'Avraham, dont héritent tous les croyants. Quand Yéchoua dit que « vous aurez de l'amour entre vous », c'est avant tout l'amour pour le Très-Haut, qui engendre l'amour du prochain. Sans cela, impossible. Les cinq premiers commandements des tables donnent les commandements des relations entre l'homme et le Très-Haut, les cinq suivants – entre l'homme et l'homme. Dans les cinq premiers il y a le Nom du Très-Haut, dans les cinq suivants Son Nom n'est pas mentionné. Si après chaque commandement des cinq premiers il est écrit Je suis le SEIGNEUR, dans les cinq suivants ce n'est pas le cas. Pourquoi ?
D'ailleurs, pourquoi ne prononçons-nous pas le Nom de quatre lettres ? On me dit : « Pourquoi ne dis-tu pas, par exemple, comme disent les Témoins de Jéhovah – Jéhovah, pourquoi ne prononces-tu pas le Nom ainsi ? » Imaginez que votre père bien-aimé vous ait envoyé votre portrait, peut-être 2 portraits ou 3, et que vous l'ayez accroché dans la chambre, et au salon, et dans la chambre des enfants. Vous n'accrocherez pas votre portrait aux toilettes (Dieu nous en garde) ou dans l'étable. Le portrait doit être accroché dans un endroit propre, et le Très-Haut, bien qu'Il donne les commandements « tu ne voleras pas », « tu ne commettras pas d'adultère », ne veut même pas y associer Son Nom. Et, quand nous prononçons le Nom, nous devons être dans un état de pureté correspondante. La modestie et l'humilité humaines disent : « Je ne suis pas digne de prononcer maintenant le Saint Nom. Je ne le prononcerai pas ».
Mais revenons à Avraham. Avraham est devenu la première, la nouvelle création, le père d'un peuple nouveau, le Très-Haut veut créer une tribu nouvelle. Mais nous savons qu'Avraham avait sept enfants, il a renvoyé les fils de la concubine, et au centre du récit de l'Écriture se trouvent Yichmaël et Yits'hak. Yits'hak reçoit l'héritage, ensuite chez Yits'hak non plus tout ne va pas bien, il n'y a pas de paix entre les enfants : Yaakov s'enfuit loin d'Essav, Essav reste dans le pays, des relations très compliquées. Il se produit une sélection progressive, dans laquelle une partie des gens sort des limites du pays d'Israël, cela ne veut pas dire qu'ils tombent hors du plan Divin. Imaginez-vous un pays, cette même Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale, quand il y a des gens qui combattent à Stalingrad, et il y a des gens qui gardent la frontière avec le Japon, gardent la frontière avec la Mongolie, se trouvent dans des endroits relativement paisibles, et non sur la ligne de front, mais ils font eux aussi partie de l'armée. Jusqu'à un certain temps, les descendants d'Adam se sont multipliés de telle sorte qu'Israël était le seul peuple qui servait le Très-Haut, parce que le Très-Haut commençait la construction, commençait la réalisation de l'alliance qui avait été conclue avec Adam, rétablissait cette alliance. Parce que l'alliance de Dieu est immuable, et si le Très-Haut a promis à Adam, a béni Adam pour qu'il domine, alors il dominera, même s'il viole l'alliance. Yirméyahou, au chapitre 31, dit : « Vous avez violé l'alliance, mais Je vous ai été fidèle ». Regardez le texte correct : J'ai été fidèle à l'alliance, J'ai gardé l'alliance. Le Très-Haut garde l'alliance. Et à partir d'Avraham commence l'attente du rétablissement de cette alliance qui doit être rétablie – l'alliance avec Adam.
Les gens demandent : « Où et quand l'alliance avec les païens a-t-elle été établie ? » Il n'y a pas d'alliance de ce genre, mais cela ne signifie pas que vous serez tous chassés, que celui qui n'est pas juif ira en enfer. À Dieu ne plaise ! Dieu n'est pas seulement le Dieu d'Israël ! Dieu veut que toute tribuEn russe, le même mot signifie « genou » et « tribu » ; l'auteur joue sur les deux sens. Nous traduisons par « tribu », sauf dans l'expression « plier le genou ». incline la face devant lui. C'est en cela que consiste la créativité particulière du Créateur, dont nous sommes appelés à être les cocréateurs. Que n'importe quelle peuplade, de la Polynésie jusqu'aux Seldjoukides au nord, que n'importe quelle peuplade plie le genou devant lui, telle qu'elle est, dans toute son immense diversité. Dieu ne veut pas que tous mettent des chapeaux et des papillotes, Dieu veut une adoration diverse envers Lui-même : toute tribu, tout peuple, toute langue. Et quand il y a eu le miracle de la Pentecôte, Dieu n'a pas fait en sorte que tous comprennent l'hébreu, Dieu n'a pas fait en sorte que, soudain, la langue sainte s'ouvre à tous, Dieu a donné aux apôtres la possibilité de parler à chacun dans sa langue. Et Avraham est appelé père de nombreux peuples. Pas d'un seul peuple. Et Dieu rétablit, par Avraham, par Noa'h, l'alliance avec le monde entier, c'est pourquoi la semence d'Avraham dont parle le SEIGNEUR, c'est Yéchoua. Tous ceux qui sont entrés dans le corps de Yéchoua sont sortis du corps d'Adam. Ils sont les descendants d'Avraham, parce qu'Avraham est le premier qui s'est mis à porter Dieu en lui, non pas à marcher avec Dieu à l'extérieur, mais à porter Dieu en lui. Noa'h avait Dieu, mais Il était sur une clé USB, sur un disque externe, on pouvait L'amener quand il le fallait, et c'était de la justice, c'était déjà un pas en avant. Chez Adam, Dieu était inscrit dans l'ADN, Dieu était au niveau génétique, et Adam, c'est un tout autre homme. Et Dieu attend de nous précisément le rétablissement. C'est pourquoi Dieu dit : « Mon temple – un temple de prière pour tous les peuples », tous les peuples y viendront, il n'y a pas de peuple qui ne puisse pas y venir.
Maintenant, il reste une question : et qu'est-ce que la nouvelle alliance, et avec qui est-elle conclue ? Nous savons que Yéchoua dit, selon l'Évangile de Luc : « Voici la coupe de la nouvelle alliance – mon sang, versé pour vous ». La coupe de la nouvelle alliance ? Quand cette nouvelle alliance commence-t-elle à agir ? Quand devient-elle actuelle pour nous, est-elle proclamée, y sommes-nous entrés ? Pierre raconte dans la 1re épître, au chapitre 3, que, jadis, aux temps de Noa'h, 8 âmes se sauvaient du déluge, et de même maintenant le baptême nous sauve (et non pas « nous a sauvés » !). Nous sommes appelés, nous nous trouvons maintenant tous dans l'arche, qui navigue vers la conclusion de l'alliance, qui navigue vers ce lieu, vers le moment où nous sortirons de cette arche, où nous traverserons ce déluge spirituel, ce baptême d'eau. Et sur cette arche nous nous trouvons sous la garde du Très-Haut, parce que nous servons le Très-Haut. Et la conclusion de l'alliance aura lieu quand l'arche arrivera, et sera vivant celui qui montera dans cette arche, quand sera rétablie l'alliance que Dieu a conclue avec la terre et le ciel, l'alliance que Dieu a conclue avec Adam, l'alliance que Dieu a conclue avec Noa'h, l'alliance que Dieu a conclue avec Avraham, l'alliance que Dieu a conclue avec Israël, avec Aharon. Les sources juives disent que Dieu a conclu une alliance avec chacun des hommes quand Israël se tenait sur le mont Guérizim, nous lisons cela dans le livre de Dévarim, chapitres 27 et 28. Des malédictions, oui, mais le commentaire dit qu'avec chaque malédiction retentissait une bénédiction, c'est naturel. Et chacune de ces bénédictions et malédictions est une alliance, pour chaque point une alliance séparée. Une alliance séparée avec tout le peuple et avec chaque homme en particulier. Les uns disent que 48 alliances ont été conclues, d'autres disent que plus de 500 mille alliances ont été conclues, parce que chaque homme est entré dans cette alliance, avec chacun personnellement l'alliance a été conclue. Mais l'alliance, c'est un billet pour l'arche de Noa'h, qui doit encore naviguer.
Nous savons que le péché est déjà vaincu, nous savons que la victoire est déjà accomplie, et cette victoire, nous devons l'apporter sur la terre, nous servons cela afin que cet Évangile soit prêché à tous les peuples, afin que tous les peuples deviennent disciples, exactement comme Noa'h prenait dans l'arche toute chair, c'est ainsi que cela se passe maintenant aussi. Afin qu'il y ait une nouvelle terre, un nouveau ciel, afin qu'il en soit comme il en était au paradis et comme il en était dans le Saint des Saints : il y avait la paix entre les animaux, afin que le lion puisse manger de la paille, et que nos enfants puissent jouer avec les serpents, afin que les animaux vivent en paix les uns avec les autres. De tout cela nous avons déjà parlé dans la section hebdomadaire Ki Tissa. Voilà le fond de ce qu'est la nouvelle alliance.
Alors, naturellement, une question se pose : et pourquoi Dieu dit-Il par le prophète Yirméyahou qu'Il conclura une nouvelle alliance avec la maison d'Israël et avec la maison de Yéhouda ? Eh bien, pour la même raison qu'Il dit qu'Il conclura une alliance avec Noa'h, et que dans cette alliance entre le monde entier, chaque créature vivante. Pour commencer toute la famille de Noa'h, et ensuite aussi le monde entier. Dieu a conclu une alliance avec Adam, et toute l'humanité y est entrée. Et puisqu'il a été donné au peuple juif, à la maison d'Israël et à la maison de Yéhouda, de devenir les porteurs de l'image de Dieu, c'est avec eux que l'alliance sera conclue, comme avec ceux qui se tiennent devant Dieu pour toute l'humanité. Imaginez qu'un pays, la Russie ou les États-Unis, conclut un traité avec quelqu'un. Ils ne demandent pas à chaque personne de signer ce traité, mais avant tout les traités se concluent au niveau de deux présidents, de deux ministres, de deux rois, selon l'organisation du pays, et c'est tout le pays qui en porte la responsabilité. Au bon et au mauvais sens. Nous voyons comment, à cause des crimes de Pharaon, ont péri les premiers-nés, même ceux de l'esclave dans la fosse. Vous demanderez : « Et l'esclave dans la fosse, qu'est-ce qu'elle a à voir là-dedans ? » Elle y a à voir parce qu'elle est sujette de Pharaon.
Et nous, à la différence de cette esclave, grâce à Dieu, nous devenons sujets de Machia'h Yéchoua et nous entrons dans sa sujétion, dans sa maison, dans son corps, et nous devons y entraîner encore d'autres gens. Et pour ce qui est de la maison d'Israël et de la maison de Yéhouda, nous devons voir, selon Yirméyahou, à la fin des jours, le rétablissement de l'alliance et avec la maison d'Israël, et avec la maison de Yéhouda. Nous lisons encore la description du temple chez Yé'hezkel, et on peut se représenter encore bien des choses – c'est l'eschatologie, c'est la science de l'avenir. Il est beau et bon d'en rêver, mais le travail, la terre nous est donnée ici et maintenant, et c'est sur elle que nous devons travailler. Et dans le plan de Dieu il y a le rétablissement d'Israël et de Yéhouda, et nous verrons comment ce rétablissement sera un grand bien pour le monde, ce dont Paul parle dans l'Épître aux Romains. Nous verrons leur rétablissement à l'approche du moment où notre arche arrivera à l'endroit où l'on pourra, pour ainsi dire, se garer, accoster au quai. Ce sera le signe principal que le temps vient. Et alors s'accompliront toutes les prophéties qui concernent Israël. Et aujourd'hui Israël garde l'expérience de la communion avec Dieu, l'Écriture lui est confiée, et c'est extrêmement important, Dieu n'abandonne pas, ne fait pas cesser l'effet de son alliance, et l'alliance agit, mais Dieu ne fera que renouveler, ressusciter cette alliance, exactement comme Il ressuscite l'alliance avec Noa'h. Nous le voyons.
Nous parlions maintenant non pas d'Israël, mais des païens, c'est pourquoi Israël est de toute façon un sujet à part, et il faudrait peut-être en parler à un autre endroit, mais, d'une manière ou d'une autre, toute l'humanité a potentiellement part au nouveau peuple de Dieu, au centre duquel sera Israël. Rien n'est venu remplacer Israël, nous l'avons lu aujourd'hui, l'alliance avec Israël ne sera pas détruite tant que ne seront pas détruits le ciel et la terre. Israël sera rétabli, reviendra à sa place, et sera établi cet ordre du monde originel qui doit être. Mais l'alliance avec les païens a été conclue dès Adam, répétée avec Noa'h, répétée une troisième fois avec Avraham et une quatrième fois avec Israël, qui, comme Noa'h pour sa famille, pour la terre, se tient devant Dieu pour toute l'humanité.
Que Dieu nous donne de servir ce que le Très-Haut exige de nous, de servir dans le temple terrestre, de faire plus de disciples, d'amener plus de gens au Très-Haut et d'être pour lui des serviteurs fidèles.
À partir de la section Lekh lekha, la Torah commence le récit de l'histoire du peuple d'Israël. Plus exactement, tout commence par un événement, semble-t-il, insignifiant :
Et le SEIGNEUR dit à Avraham : « Va-t'en de ta terre, de ta parenté, de la maison de ton père, vers la terre que Je t'indiquerai.
C'est ce mot même, va-t'en (lekh lekha), qui est devenu le nom de notre section hebdomadaire, mais il se trouve, en raison d'une particularité de la traduction, qu'en hébreu ce sont 2 mots, et non un seul. Le premier mot, lekh, signifie vraiment va, et le Tanakh est tout simplement rempli de ce mot. « Si vous marchez dans Mes voies » ou « Heureux l'homme qui n'a pas marché selon le conseil des méchants ». Apparemment, toute la relation avec le Très-Haut est liée à la marche. Avraham marchait devant le Très-Haut, Noa'h et 'Hanokh marchaient avec le Très-Haut. La vie est comparée à une marche, vivre – c'est marcher, se mouvoir dans une certaine direction. Le second mot de l'expression lekh lekha signifie à toi – va vers toi, vers toi-même. Si nous voulons coller ou assembler deux pièces, nous devons nettoyer leurs surfaces de tous les déchets, de la graisse, de la poussière, pour qu'elles collent bien. Et l'homme marche dans sa vie, et Avraham, dans notre cas, est un homme qui n'est plus jeune, beaucoup de choses se sont collées à lui, accrochées à lui, il lui est venu certaines habitudes de satisfaire les autres, il lui est venu certaines actions partant de « et que va-t-on penser de nous », et même des croyances qui sont nées sous l'influence des autres.
Chacun de nous a quelque chose qui n'est pas nous, qui s'est accroché à nous, qui nous écrase, qui nous empêche de nous développer. Et avant tout, l'appel du Très-Haut lekh lekha, c'est va vers toi, va vers le dévoilement de toi-même, ensuite seulement Je pourrai travailler avec ton âme. Je ferai de toi un grand peuple. Quand tu seras toi-même pur, refondu, purifié, alors Je pourrai travailler avec toi. Comme le disait le Rebbe Zoucha d'Annopol : « Personne ne me demandera jamais pourquoi je n'ai pas été Avraham ou Moché. On me demandera pourquoi je n'ai pas été Zoucha ».
On ne me demandera jamais pourquoi je n'ai jamais été Moché ou pourquoi je n'ai pas été David, on peut me demander pourquoi je n'ai pas été Alex, et ma tâche – c'est de devenir le plus possible Alex, c'est-à-dire de réaliser ce que le Très-Haut a déposé en moi, précisément mes qualités, et d'ôter de moi tout ce qui s'est manifesté pour complaire à quelqu'un, par désir de paraître avoir raison, juste devant quelqu'un, juste, et non heureux. Quand je veux vivre pour complaire aux autres, je sacrifie mon bonheur, je choisis constamment entre la justice et le bonheur, et vous aussi, vous choisissez constamment d'avoir raison ou d'être heureux. Non pas juste, mais avoir raison ! Paraître digne aux yeux de la société ou paraître heureux.
Le Très-Haut veut que je sois heureux, et Il a déposé en moi tout ce qu'il faut pour que je sois heureux. Pas tout ce qu'il faut pour que je sois agréable aux autres et que je plaise aux autres. Et c'est dans cet état de bonheur, de purification, de pureté, dans cet état, que je peux suivre le Très-Haut. Comme le disait le Rebbe de Tsanz : « Dans ma jeunesse, je voulais changer le monde, ensuite – le pays, ensuite – la famille. Et ensuite j'ai compris : Dieu m'accorde de me changer moi-même ».
Dans notre marche à la suite du Très-Haut, tout au début du chemin, tout au début de l'histoire juive, le Très-Haut dit : « Va vers toi-même ». Parfois nous entendons parler de repentance (en hébreu téchouva – retour). Le retour n'est pas vers quelque part où tu n'as pas été, on ne peut pas revenir là où tu n'as pas été, le retour – c'est le retour à soi-même, au gabarit selon lequel tu as été modelé, à cet homme heureux, celui-là même que Dieu a fait de toi, à cet instrument de bonheur que Dieu a déposé en toi. C'est par cela que commence le premier commandement de l'histoire juive.
Au chapitre 13 du livre de Béréchit, nous lisons comment Lot choisit son lieu d'habitation :
וַיִּשָּׂא-לוֹט אֶת-עֵינָיו וַיַּרְא אֶת-כָּל-כִּכַּר הַיַּרְדֵּן כִּי כֻלָּהּ מַשְׁקֶה לִפְנֵי שַׁחֵת יְהוָה אֶת-סְדֹם וְאֶת-עֲמֹרָה כְּגַן-יְהוָה כְּאֶרֶץ מִצְרַיִם בֹּאֲכָה צֹעַר:
VAYISSA-LÓT ET-ENÁV VAYÁR ET-KOL-KIKKÁR HAYARDÉN KI KHOULLÁ
MACHKÉ LIFNÉ CHA'HÉT ADONÁY ET-SEDÓM VE'ET-AMORÁ KEGAN-ADONÁY KE'ÉRETS MITSRÁYIM BO'AKHÁ TSÓ'AR
10 ET LOT LEVA SES YEUX, ET VIT TOUT LE PLATEAU DU JOURDAIN, QUI TOUT ENTIER ÉTAIT COMME ABREUVÉ : AVANT QUE LE TRÈS-HAUT EÛT DÉTRUIT SÉDOM ET AMORA, IL ÉTAIT SEMBLABLE AU JARDIN DU SEIGNEUR, COMME LE PAYS D'ÉGYPTE, EN ALLANT JUSQU'À TSO'AR.
Ainsi, nous voyons que la Torah nous dit ici une chose étonnante, qu'il y a une certaine ressemblance entre le jardin du paradis (Gan Éden), Sédom et Amora et le pays d'Égypte. Trois lieux, semble-t-il, si différents ont une certaine ressemblance. Et la Torah nous dit ici en quoi est la ressemblance : tout entier abreuvé – machké. Machké signifie liquide, humidité. Nous lisons dans le livre de Béréchit qu'un fleuve sort d'Éden léachkod – pour abreuver le jardin. Et ce mot léachkod vient de la même racine que machké – l'abreuvement. Et dans le jardin du paradis, et à Sédom, et dans la terre d'Égypte, l'abreuvement de la terre est inconditionnel, l'abondance est inconditionnelle. Là, il ne peut y avoir de manque de rien, et c'est ce qui unit ces trois contrées complètement différentes.
Dans le jardin du paradis existait un lien tout à fait naturel, conforme à la nature, entre l'homme et Dieu. Ce lien faisait partie de la nature de l'homme avant la chute, c'est pourquoi l'abondance de la terre faisait elle aussi partie de la nature, partie de l'univers. Après qu'est arrivé ce qui est arrivé, dans le pays de Canaan, qui dépend entièrement et totalement de la pluie, il y avait un tel petit morceau du jardin du paradis, des lieux qui s'appelaient Sédom et Amora et toutes ces hautes terres. Le pays de Canaan dépend de la pluie.
Voilà, la semaine dernière, le peuple d'Israël a commencé à prier pour la pluie. Pourquoi la semaine dernière ? Parce qu'il y avait en leur temps des pèlerins qui venaient à Jérusalem pour la fête de Soukkot, et il fallait qu'ils s'éloignent suffisamment, pour que la pluie ne les surprenne pas en route, et l'on pouvait commencer à prier pour la pluie. Bien sûr, le peuple prie pour la pluie, mais tout le monde n'a pas besoin de la pluie, tout le monde n'aime pas la pluie, la pluie – c'est agréable pour l'agriculture. C'est bien quand tu es assis à la maison et que tu regardes par la fenêtre cette petite pluie. Il y a même une telle chansonnette enfantine : « Petite pluie, petite pluie, arrête donc de tomber ». Nous, d'un côté, nous prions pour la pluie, et de l'autre côté, elle mouille les vêtements, elle est mouillée, elle est froide, elle est désagréable. Cette pluie et la prière pour elle – c'est la manifestation d'un besoin constant de rétablir la communion avec le Très-Haut, de la nécessité de produire dans son cœur le combustible pour la communion avec le Très-Haut, pour que cette pluie descende sur la terre, pour que cette pluie soit. C'est la particularité du pays de Canaan, dans lequel il est constamment nécessaire d'entretenir la relation avec Dieu, pour que la terre donne ses fruits.
Que se passait-il à Sédom ? Sédom était vraiment une coupe d'abondance, on n'y manquait de rien. Le prophète Yé'hezkel dit qu'à cause de cette oisiveté on ne remarquait pas les pauvres dans la ville, il n'y avait pas de souci des pauvres et des indigents. Quand une société croit en l'abondance et en la prospérité en son sein, mais n'est pas prête à remarquer les indigents, les nécessiteux, les malades, la société se considère comme parfaite, alors si quelqu'un tout à coup s'y est glissé, indigent, pas comme il faut, il devient déjà un ennemi de cette société. Cela arrivait dans les systèmes socialistes, quand on n'était pas prêt à accepter un homme à qui il manque quelque chose, qui est mécontent de quelque chose : tous devaient être heureux sans exception. Et c'était le problème de Sédom, là-bas le bonheur était devenu à tel point un bien public, à tel point un élément nécessaire de la vie sociale, que celui qui était pauvre, celui qui était indigent, devenait un ennemi, sapait le fondement même de cette prospérité générale. C'est ce qui, à proprement parler, comme le dit le prophète Yé'hezkel, a aussi apporté la ruine à Sédom.
En Égypte, c'est une variante complètement différente. Un niveau plus élevé de cette corruption par le bonheur. Il y a là le Nil, qui, en se répandant, donne à proprement parler l'abondance à toute la terre d'Égypte, et il y a Pharaon, qui dit : « À moi appartient le Nil, le Nil est à moi, et c'est moi qui l'ai fait ». Il n'y a pas là seulement une société de prospérité, dont il est dit : « D'un mouvement du pied tu t'ouvrais l'irrigation vers les champs » (il suffisait d'écarter la vanne, et l'eau allait aux champs). Il y avait là en plus Pharaon, qui avait été proclamé dieu et dont on croyait que c'était précisément lui la source de cette prospérité. Cela existe aussi dans beaucoup de pays, dans beaucoup de dictatures, où le dictateur est proclamé quelqu'un qui assure au peuple le bonheur, lui donne la prospérité et grâce à qui le peuple prospère. C'est pourquoi Yaakov bénit Pharaon. Quel est le fond de la bénédiction de Pharaon par Yaakov ? C'est de révéler que Pharaon lui-même a besoin de bénédiction, qu'il y a une source plus élevée de bénédiction et de prospérité.
Très souvent, une communauté de croyants tombe dans de semblables situations « paradisiaques ». Souvent, les gens croient et disent : « Mais nous sommes des gens croyants, nous sommes sauvés. Et le Machia'h, nous l'avons, et l'Esprit Saint est sur nous, il ne peut pas y avoir chez nous de maladies, de tristesse, d'angoisse, d'épuisement, de dépression, de rancunes – rien de tout cela ne peut exister chez nous ». Celui qui est contaminé par tout cela, celui-là, comme l'indigent à Sédom, – est tout de suite notre ennemi, opposé à nous et opposé à Dieu ». Et il arrive aussi que la prospérité matérielle devienne une valeur du même genre. Et on dit : « Dans notre communauté, un homme pauvre ? Mais c'est parce qu'il est pécheur, parce qu'il est ennemi de Dieu. C'est parce qu'il ne fait pas partie de nous, en réalité, il est étranger, il n'est pas d'ici. Chez nous, tout prospère. La pluie ? Quelle pluie ? Non, nous n'avons pas entendu parler de la pluie ». Et il semble que nous avons déjà construit le paradis sur la terre, il semble que nous sommes au paradis, mais il peut s'avérer que cela ressemble seulement au paradis, et qu'en réalité, c'est Sédom. Et il peut s'avérer que c'est l'Égypte, où un certain ministre a proclamé que sa vision, ses révélations donnent un terrain pour la prospérité de toute la communauté, et que seul celui qui est avec lui prospère. Et si tu ne prospères pas, alors tu es son ennemi.
La Torah nous montre ici, le montre par une petite remarque, qu'il y a des lieux qui ressemblent beaucoup au paradis, mais qui en réalité ne sont pas le paradis, ils sont l'Égypte – source d'impureté ; ils sont Sédom – source de dépravation et d'animosité les uns envers les autres. Malgré toute cette abondance, il y a ici absence d'amour, hostilité. Et malgré le contentement de tout, malgré l'oisiveté, il y a ici inattention envers les pauvres et les indigents, absence de souci de l'autre. L'homme a tellement de tout qu'il n'a pas le temps, pas l'envie, pas la force, et pas non plus la nécessité de regarder l'autre, de percevoir les malheurs, les chagrins d'autrui. Et si quelqu'un a de l'amertume, alors il n'est pas des nôtres et il est étranger. Voilà dans quel « paradis » peut se retrouver un homme croyant tout à fait sincère. C'est en un tel « paradis » que peut se transformer une communauté de gens sincèrement croyants. Peut-être que la nécessité de prier pour la pluie en préserve. C'est ce à quoi il vaut la peine de prêter attention et ce qu'il vaut la peine de noter.
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