1. Sections hebdomadaires
  2. Béréchit
  3. Vayéra

וַיֵּרָא

Vayéra

Avraham, hospitalité et foi

Illustration : alexblend.com
Section hebdomadaire
4 sur 54
Versets
Béréchit 18,1–22,24
Parties
8
Temps de lecture
1 h 57 min

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Vayéra est la section hebdomadaire sur les invités d'Avraham, l'hospitalité et la foi. Alex Blend examine la promesse de la naissance de Yits'hak, la conversation sur Sédom, l'histoire de Lot et le destin de Yichmaël. Le sténogramme réunit le texte de la Torah en hébreu, la translittération, la traduction et les commentaires de l'auteur sur les doutes et la confiance dans le Très-Haut.

Vayéra : Avraham a des invités

Béréchit 18,1–15

La section hebdomadaire Vayéra contient beaucoup d'histoires intéressantes. Elle commence au chapitre 18 du livre de Béréchit, par une histoire très intéressante sur la façon dont le Très-Haut annonce à Avraham la bonne nouvelle de la naissance de Yits'hak. Nous lirons aujourd'hui ce passage.

וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה בְּאֵלֹנֵי מַמְרֵא וְהוּא יֹשֵׁב פֶּתַח־הָאֹהֶל כְּחֹם הַיּוֹם׃

Vayerá eláv adonáy be'eloné mamré vehoú yochev peta'h-ha'óhel ke'hóm hayom

1 Et le SEIGNEUR lui apparut dans la chênaie de Mamré, et lui est assis à l'entrée de la tente dans la chaleur du jour.

וַיִּשָּׂא עֵינָיו וַיַּרְא וְהִנֵּה שְׁלֹשָׁה אֲנָשִׁים נִצָּבִים עָלָיו וַיַּרְא וַיָּרָץ לִקְרָאתָם מִפֶּתַח הָאֹהֶל וַיִּשְׁתַּחוּ אָרְצָה׃

vayissá enáv vayár vehinné chelochá anachím nittsavím aláv vayár vayáratsLa translittération de l'original écrit ici un o au lieu d'un a. Nous suivons l'hébreu, qui se lit vayárats (« il courut »). likratám mippéta'h ha'óhel vayichtá'hou ártsa

2 Et il leva les yeux, et vit : voici, trois hommes se tiennent près de lui ; et il vit, et courut vers eux depuis l'entrée de la tente, Et se prosterna devant eux jusqu'à terre.

וַיֹּאמַר אֲדֹנָי אִם־נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ אַל־נָא תַעֲבֹר מֵעַל עַבְדֶּךָ׃

vayomár Adonáy im-ná matsáti 'hen be'enékha al-ná ta'avór me'ál avdékha

3 et dit : « SEIGNEUR ! si j'ai trouvé grâce à tes yeux, Ne passe pas outre ton serviteur.

יֻקַּח־נָא מְעַט־מַיִם וְרַחֲצוּ רַגְלֵיכֶם וְהִשָּׁעֲנוּ תַּחַת הָעֵץ׃

youkka'h-ná me'at-máyim vera'hatsoú raglekhém vehicha'anoú tá'hat há'ets

4 Prenez un petit peu d'eau, et lavez vos pieds, et accoudez-vous, reposez-vous sous l'arbre.

וְאֶקְחָה פַת־לֶחֶם וְסַעֲדוּ לִבְּכֶם אַחַר תַּעֲבֹרוּ כִּי־עַל־כֵּן עֲבַרְתֶּם עַל־עַבְדְּכֶם וַיֹּאמְרוּ כֵּן תַּעֲשֶׂה כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ׃

ve'ek'há fat-lé'hem vesa'adoú libbekhém a'hár ta'avórou ki-al-kén avartém al-avdekhém vayomeroú ken ta'assé ka'achér dibbárta

5 Et moi, je prendrai du pain (fat-lé'hem – c'est un petit pain), et fortifiez votre cœur, et après vous irez. et c'est pourquoi vous êtes passés près de votre serviteur ». et ils lui répondirent : « oui, fais ainsi, comme tu dis ».

Avraham voit trois hommes qui viennent à sa rencontre ou se tiennent à côté de lui (ce n'est pas particulièrement clair dans le texte), court vers eux, s'incline, les invite chez lui. Ils acceptent d'entrer chez lui. Tout semble clair. Tout, mais pas tout. Premièrement, ce qui saute aux yeux de celui qui a lu les chapitres précédents du livre de Béréchit, – l'absence de mention d'Avraham dans ces versets. D'habitude, comment la Torah écrit-elle ? Avraham se leva, par exemple, et le Très-Haut apparut à Avraham dans la chênaie de Mamré. Et Avraham est assis à l'entrée de la tente, dans la chaleur du jour. Et Avraham leva les yeux, et vit, voici, trois se tiennent etc. C'est ainsi que nous avons lu dans tous les chapitres précédents. C'est ainsi que la Torah parle d'habitude. Ici, dans ces versets, il n'y a pas de mention du nom d'Avraham. Peut-être l'explication est-elle que, quand l'homme se trouve en présence de Dieu, quand Dieu se révèle, en se tenant devant le Très-Haut, l'homme se dissout. Avraham est absorbé par l'expérience divine. Il ne reste que le corps. Avraham lui-même n'est pas là. C'est pourquoi – et il se leva, et il vit, et il courut sans mention d'Avraham. Quand Avraham apparaît-il ? Il apparaît au 6e verset vaymahér avrahám et Avraham se hâta vers la tente vers Sara, quand il s'est déjà éloigné de ces trois-là.

Quelle est la nature de cette vision ? Il y a une controverse à ce sujet. Il y a ceux qui disent que des anges lui sont apparus, le SEIGNEUR accompagné de deux anges. C'est le sens simple qui s'impose. Rabbi Lévi ben Guerchom, qui vécut au XIIIe siècle, dit que, puisqu'il est écrit « il vit trois hommes » (c'est écrit ainsi au 2e verset), ce sont donc des hommes qui sont venus, des prophètes sont venus, qui sont venus lui annoncer la bonne nouvelle. Il y a aussi l'opinion du livre du Zohar, selon laquelle il vit, aussi étrange que cela paraisse, Avraham, Yits'hak et Yaakov. C'est-à-dire que c'est une vision prophétique de ce genre, dans laquelle Avraham s'élève à un niveau divin élevé : il n'est plus Avraham, il est toute l'histoire juive. Et il est justement dans cet état uni à Dieu. Peut-être est-ce de cela qu'il est dit : « Avraham vit ce jour et se réjouit ». Peut-être que c'est justement par cette expérience-là que commence la promesse du fils. En tout cas, c'est intéressant, quelle est la nature de cette vision.

Maïmonide (Rambam) dit que tout cela, tout ce qui est décrit ici jusqu'à la destruction de Sédom, tout cela, Avraham le rêve. Cela se produit, Dieu détruit effectivement Sédom et Amorra, mais Avraham le rêve. C'est pourquoi nous lisons aussi dans les chapitres suivants qu'Avraham se réveilla, et se réveilla à l'endroit où il s'était tenu devant le SEIGNEUR, regarda, vit en bas la fumée qui montait. Et il est écrit : « Et lorsque le SEIGNEUR détruisit Sédom et Amorra, Il se souvint de Lot et, à cause d'Avraham, fit sortir et sauva Lot ». Nous y reviendrons encore. Le Rambam en conclut (et on peut le comprendre ainsi) que tout cela est une vision. Sédom, et le rire de Sara, et la conversation de Lot avec les anges – tout cela est le rêve d'Avraham.

D'autres commentateurs ne pensent pas ainsi. Il y a une controverse, mais, puisque nous ne pouvons pas trancher cette controverse, nous garderons les deux opinions comme valables. Nous ne comprenons pas encore non plus qui sont ces trois hommes qui sont venus chez Avraham. Ce qui intrigue, c'est qu'au 3e verset le mot אֲדֹנָי (Adonaï) est employé avec un kamats, c'est une petite vocalisation particulière sous la lettre נ (noun), qui indique qu'on s'adresse à Dieu. Bien que nous disions d'habitude que le SEIGNEUR et le Maître, en hébreu, c'est Adonaï, il y a cependant une certaine différence. Adonaï avec kamats אֲדֹנָי – c'est Dieu. Adonaï avec pata'h – c'est le Maître, bien que cela se prononce de la même façon dans la prononciation ashkénaze. Tout de même, Avraham avait déjà discerné quelque chose de divin chez ces hommes.

Donc, Avraham a invité les hommes à entrer. Ils ne lui ont pas dit « merci », « merci de nous inviter », « super », comme nous réagirions aujourd'hui. Ils lui disent « oui, fais comme tu as dit ». Pourquoi cela ? Parce qu'à cette époque-là, ce sont eux qui lui font une grâce en venant dans sa tente. C'est un grand honneur qu'ils lui font. C'est pourquoi ils disent simplement : ken ta'assé ka'achér dibbárta – oui, fais ainsi, comme tu dis.

Au chapitre suivant, quand nous parlerons de Lot, nous entendrons une tout autre réponse, pratiquement des mêmes compagnons. Avraham se réjouit beaucoup de la réponse positive. Nous lisons la suite :

וַיְמַהֵר אַבְרָהָם הָאֹהֱלָה ל־שָׂרָה וַיֹּאמֶר מַהֲרִי שְׁלֹשׁ סְאִים קֶמַח סֹלֶת לוּשִׁי וַעֲשִׂי עֻגוֹת׃

vaymahér avrahám ha'óhela el-sará Vayomer maharí chelóch se'ím kéma'h sólet loúchi va'assí ougot

6 Et Avraham se hâta vers la tente vers Sara, et lui dit : « fais, dépêche-toi, prends trois mesures de farine de semoule (trois mesures de bonne farine de semoule), Pétris-les et fais une fournée ».

En hébreu moderne, ouga, c'est un gâteau, mais ici on entend, très probablement, simplement des pains. Pour que nous ayons une idée de l'ampleur, trois mesures – c'est environ 24 litres de farine (selon certains 21, selon certains 24). Dans ce cas, la quantité est bien plus grande que ce qu'il faut pour trois personnes. Peut-être parce qu'Avraham organise un festin auquel participeront non seulement ces trois-là, mais aussi les serviteurs. Et ces trois-là, les trois invités, recevront les meilleures parts de la table.

וְאֶל־הַבָּקָר רָץ אַבְרָהָם וַיִּקַּח בֶּן־בָּקָר רַךְ וָטוֹב

ve'el-habbakár rats avrahám vayikká'h ben-bakár rakh vatóv

7 Et vers les veaux courut Avraham, et prit un veau tendre et bon,

Certains commentateurs, en particulier Rabbi Chlomo Yits'haki, disent qu'il en prit trois. Un veau, un autre tendre, et un troisième bon. Pourquoi ? Parce que Rachi essaie d'expliquer avec quoi Avraham nourrissait les anges. Et avec quoi peut-on nourrir royalement ? Bon, il ne leur faisait tout de même pas de la gelée de viande. Il leur servait, selon Rachi, de la langue à la moutarde. Et pour servir trois langues, il faut, par conséquent, abattre trois veaux. Mais le sens simple, à mon avis, dit ici – un seul veau, tendre et bon. Il a choisi un veau parmi les meilleurs.

וַיִּתֵּן אֶל־הַנַּעַר וַיְמַהֵר לַעֲשׂוֹת אֹתוֹ׃

vayittén el-hanna'ár vaymahér la'assót otó

et il le donna au serviteur Et pour que le serviteur se hâte de le faire.

C'est la première fois qu'Avraham confie ici quelque chose à un serviteur. Bien que nous sachions qu'Avraham est un homme très riche, qu'il a beaucoup de biens, il s'efforce de tout faire lui-même.

וַיִּקַּח חֶמְאָה וְחָלָב וּבֶן־הַבָּקָר אֲשֶׁר עָשָׂה וַיִּתֵּן לִפְנֵיהֶם וְהוּא־עֹמֵד עֲלֵיהֶם תַּחַת הָעֵץ וַיֹּאכֵלוּ׃

vayikká'h 'hem'á ve'haláv ouven-habbakár achér assá vayittén lifnehém vehoú oméd alehém tá'hat ha'éts vayokhélou

8 Et il prit du beurre, et du lait, et le veau qu'il avait fait, et il le leur présentait, et lui se tenait au-dessus d'eux (il était à leur service) sous l'arbre, et ils mangèrent.

Naturellement, beaucoup se posent aussitôt la question : comment Avraham a-t-il pu servir de la viande avec du lait ? Chez les Juifs, cela ne se fait pas. Si l'on raisonne d'un point de vue pratique, alors, pour préparer un veau, il faut bien plus de temps que pour servir du beurre et du lait. Sara a vite fait des galettes. Elles ont été servies avec le beurre et le lait en attendant que la viande soit servie. Un repas oriental est long, personne n'est pressé. Les lecteurs remarquent aussi qu'Avraham a, semble-t-il, proposé du pain et a demandé à Sara de faire du pain. Mais le pain n'est pas servi. Et sur cette base aussi, beaucoup de théories et de commentaires différents ont été construits. Les commentateurs disent que chez Sara, pendant qu'elle pétrissait la pâte, les règles ont commencé. Avraham ne mangeait que ce qui était pur. Et c'est pourquoi ils n'ont pas servi le pain. Beaucoup d'autres explications. L'explication la plus simple, c'est que le pain est secondaire dans un festin. Quand nous disons que nous avons été invités chez quelqu'un et que nous avons mangé quelque chose, alors vous demanderez : « Et le pain ? » Eh bien oui, il y avait aussi du pain. La Torah ne décrit pas le pain, parce que le pain, là, va de soi.

Donc, les invités sont assis et mangent. Et ils lui posent une question.

וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו אַיֵּה שָׂרָה אִשְׁתֶּךָ

vayomeroú eláv ayé sará ichtékha

9 Et ils lui dirent : « où est ta femme Sara ? »

Encore une fois, remarquez. Premièrement, ils ne dirent pas à Avraham, mais ils dirent à lui. Il est de nouveau en leur présence.

וַיֹּאמֶר הִנֵּה בָאֹהֶל׃

vayomer hinné va'óhel

et il leur répondit : « Voici, elle est dans la tente ».

Il est écrit – et ils lui demandèrent. Question : ont-ils demandé à trois, en chœur ? Non, c'est écrit au pluriel. Pour que cela n'ait pas l'air d'un seul homme, d'un homme quelconque qui s'intéresse à la santé de Sara, qui s'intéresse à son épouse. C'est impoli selon les traditions de ce temps-là.

וַיֹּאמֶר

vayomer

10 et alors le principal dit :

D'abord, ils parlaient comme au nom de plusieurs, et alors Il dit

שׁוֹב אָשׁוּב אֵלֶיךָ כָּעֵת חַיָּה וְהִנֵּה־בֵן לְשָׂרָה אִשְׁתֶּךָ וְשָׂרָה שֹׁמַעַת פֶּתַח הָאֹהֶל וְהוּא אַחֲרָיו׃

chov achoúv elékha ka'ét 'hayá vehinne-vén lessará ichtékha vessará chomá'at péta'h ha'óhel vehou a'haráv

« je reviendrai vers toi à ce même moment. et voici, Sara, ta femme, aura un fils ». et Sara entend derrière l'entrée de la tente.

Les deux derniers mots – et lui est derrière lui (vehou a'haráv). On ne comprend pas très bien de quoi il s'agit. « Lui derrière lui », peut-être que lui, c'est l'entrée de la tente derrière Avraham ? Bien que ce ne soit pas évident. D'autres commentateurs y voient Yichmaël. Vehou – et Yichmaël se tient derrière l'entrée de la tente, ou derrière Avraham.

Pourquoi peut-il être important que Yichmaël entende cela, que Yichmaël soit présent ici ? Parce qu'avec la naissance de Yits'hak, si Sara enfante un fils, le statut de Yichmaël changera radicalement. Yichmaël était l'héritier dans la maison d'Avraham. S'il naît un fils à Sara, il perd tout. Pour lui, c'est un choc énorme, pour lui ce n'est pas du tout une bonne nouvelle. Et ensuite nous lisons :

וְאַבְרָהָם וְשָׂרָה זְקֵנִים בָּאִים בַּיָּמִים חָדַל לִהְיוֹת לְשָׂרָה אֹרַח כַּנָּשִׁים׃

ve'avrahám vessará zekením ba'ím bayamím 'hadál lihyot lessará óra'h kannachím

11 Avraham et Sara sont vieux, venus dans les jours. Et chez Sara était passé ce qui arrive d'habitude chez les femmes

C'est-à-dire que chez Sara le cycle menstruel avait cessé. Ils sont déjà vieux. Avraham a près de 100 ans, Sara est un peu plus jeune. Au 12e verset nous lisons :

וַתִּצְחַק שָׂרָה בְּקִרְבָּהּ לֵאמֹר אַחֲרֵי בְלֹתִי הָיְתָה־לִּי עֶדְנָה

vattits'hák sará Bekirbá Lemór a'haré velotí hayeta-lí edná

12 Et Sara rit En elle-même, en disant : « après que j'ai eu la ménopause

hayeta-li edna j'aurai du bonheur, j'aurai un orgasme, peut-on traduire par un mot moderne.

וַאדֹנִי זָקֵן׃

vadoní zakén

Et mon seigneur est vieux ».

Sara rit à l'intérieur – c'est une expression tellement complexe, peut-être qu'un chatouillement l'a parcourue, qu'un rire l'a parcourue, quelque chose s'est passé dans son corps, elle a ressenti quelque chose. Et elle a dit une telle chose. Soudain, elle a senti en elle une sorte de chatouillement de jeunesse. Peut-être, dit-on, l'âme de Yits'hak s'est approchée à ce moment-là.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־אַבְרָהָם

vayomer adonáy el-avrahám

13 Et alors le SEIGNEUR dit à Avraham :

C'est ici que, pour la première fois, nous rencontrons et le SEIGNEUR, et Avraham, quand le nom d'Avraham est mentionné, parce qu'il s'agit de Sara, ici c'est déjà Sara qui va se tenir en présence.

לָמָּה זֶּה צָחֲקָה שָׂרָה לֵאמֹר הַאַף אֻמְנָם אֵלֵד וַאֲנִי זָקַנְתִּי׃

lámma ze tsa'haká sará lemor ha'áf oumnám eléd va'aní zakanti

« pourquoi donc Sara a-t-elle ri, en disant : “enfanterai-je ?” Est-ce que je suis devenu vieux ?

On peut traduire les paroles de Sara par je suis vieille. Mais ici le SEIGNEUR dit : « Sara, en principe, a donné deux arguments expliquant pourquoi elle ne peut pas avoir d'enfants : parce qu'elle est vieille, parce que son mari est vieux ».

Ici le SEIGNEUR dit : « Et est-ce que Je suis devenu vieux ? » Et ses paroles à elle, adoní zakén (mon SEIGNEUR est vieux / mon maître est vieux), Il les comprend comme mon SEIGNEUR est vieux. Il les retourne. C'est un tel jeu de mots. Et Il dit : Pourquoi Sara a-t-elle dit cela ? Est-ce que Moi, le SEIGNEUR, suis devenu vieux ? »

הֲיִפָּלֵא מֵיְהוָה דָּבָר לַמּוֹעֵד אָשׁוּב אֵלֶיךָ כָּעֵת חַיָּה וּלְשָׂרָה בֵן׃

hayippalé me'adonáy davár lammo'éd achoúv elékha ka'ét 'hayá oulsará ven

14 Y a-t-il quelque chose de difficile pour le SEIGNEUR ? Je reviendrai vers toi au même moment, Et Sara aura un fils ».

תְּכַחֵשׁ שָׂרָה לֵאמֹר לֹא צָחַקְתִּי כִּי יָרֵאָה וַיֹּאמֶר לֹא כִּי צָחָקְתְּ׃

vattekha'héch sará Lemór lo tsa'hákti ki yaré'a vayomer lo ki tsa'hákt

15 Et Sara se mit à nier, En disant : « je n'ai pas ri ». car elle avait eu peur. et il lui dit : « Non, tu as ri ».

Qu'est-ce que c'est, à première vue, que ces chamailleries de jardin d'enfants entre Dieu et Sara ? Au jardin d'enfants, on demande ainsi : « Qui a ri ». « Je n'ai pas ri ». « Si, tu as ri ». Ce sont pourtant, semble-t-il, des adultes, et un Dieu qui n'a pas vieilli. Les commentateurs disent ici que le Très-Haut communique avec une femme (l'un des rares exemples dans le Tanakh), communique et lui parle en toute simplicité. Si, aux hommes, le Très-Haut vient avec des instructions, sévèrement « lève-toi », « prends », « fais ». Alors, avec une femme, le Très-Haut peut bavarder. Le Talmud dit : « Jamais le Très-Haut n'a eu envie de bavarder avec une femme, sauf avec cette juste ». Cette conversation amicale est une manifestation de l'amour de Dieu pour Sara. Que lui enseigne-t-Il ? Qu'il y a des miracles dans le monde, parce qu'Il n'a pas vieilli. On peut demander : est-ce que Sara ne croyait pas aux miracles ? Elle ne savait pas que Dieu est le Tout-Puissant ? Depuis le temps du déluge, pendant de nombreuses générations, il n'y avait pas eu de miracles, il ne se produisait rien de miraculeux. Le miracle, c'était, et c'est d'ailleurs un miracle, que Dieu gouverne ce monde selon les lois de la nature, qu'il y a des règles déterminées selon lesquelles ce monde existe. Mais ici le Très-Haut, en fait, dit à Sara : « Je n'ai pas vieilli. Tous les miracles que j'ai faits ne sont pas des tours de Ma jeunesse. Je n'ai pas perdu la force de faire des miracles. Je suis encore jeune, Je suis encore un Dieu en pleine forme ! C'est la communication de Dieu avec une femme dans l'amour, dans une langue compréhensible pour une femme. Dieu lui enseigne qu'Il est merveilleux, qu'Il peut faire des miracles et que Son amour aussi est merveilleux.

C'est ici, à vrai dire, que se termine notre épisode, l'annonce de la bonne nouvelle faite à Avraham sur la naissance de Yits'hak.

Combien seront sauvés à Sédom

Béréchit 18,16–33

La dernière fois, nous avons lu l'histoire de la bonne nouvelle annoncée à Avraham, nous avons lu jusqu'au 15e verset de notre chapitre. Et à partir du 16e verset commence une autre histoire.

וַיָּקֻמוּ מִשָּׁם הָאֲנָשִׁים וַיַּשְׁקִפוּ עַל־פְּנֵי סְדֹם

Vayakoúmou michám ha'anachím vayachkífou al-pené Sedóm

16 Et ces hommes se levèrent de là (Les invités d'Avraham se lèvent), et se mirent à regarder vers Sédom.

Pour le mot regarder, il y a en hébreu beaucoup de mots différents. Le mot leaskif signifie regarder avec menace, observer avec soupçon, scruter Sédom.

וְאַבְרָהָם הֹלֵךְ עִמָּם לְשַׁלְּחָם׃

Ve'avrahám holékh immám lechalle'hám

Avraham va avec eux pour les renvoyer.

Le mot lichlóa'h en hébreu moderne signifie renvoyer, dans l'hébreu de la Torah il signifie soit raccompagner, soit chasser. Dans notre cas, naturellement, le premier.

וַיהוָֹה אָמָר

Vadonáy amár

17 Et le SEIGNEUR dit :

Ici le SEIGNEUR dit, cela rend la pensée de Dieu, le SEIGNEUR parle en Lui-même.

הַמְכַסֶּה אֲנִי מֵאַבְרָהָם

hamekhassé aní me'avrahám

« Est-ce que je cache à Avraham

Le mot likhassot ne veut pas dire cacher en secret, mais cacher pour ne pas contrarier, cacher pour ne pas décevoir quelqu'un ; couvrir.

הַמְכַסֶּה אֲנִי מֵאַבְרָהָם אֲשֶׁר אֲנִי עֹשֶׂה׃

hamekhassé aní me'avrahám achér aní ossé

cacherai-je à Avraham ce que je fais ?

וְאַבְרָהָם הָיוֹ יִהְיֶה לְגוֹי גָּדוֹל וְעָצוּם וְנִבְרְכוּ בוֹ כֹּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ׃

Ve'avrahám hayo Yihyé legóy gadól ve'atsoúm venivrekhou-vó kol goyé ha'árets

18 Car Avraham Sera un peuple grand et fort, Et seront bénis par lui Tous les peuples de la terre.

Le mot brakha (ou bénédiction), quand nous le comprenons, son contexte russe nous embrouille un peu : bénédiction – bonne parole. Ou bien c'est aussi un calque du latin benediktsion (benediction) – bien prononcé. Le mot brakha, c'est s'unir. Avraham unira tous les peuples de la Terre en un seul. Récemment, on m'a demandé comment tu sais que ce qui se passe en Israël est un indicateur pour le monde entier. Avraham unit tous les peuples en un seul. Le degré de bénédiction de tous vient par Avraham. Avraham comme un réseau qui unit tout.

כִּי יְדַעְתִּיו לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה אֶת־בָּנָיו

ki yeda'tív lemá'an Achér yetsavvé et-banáv ve'et-betó

19 Car je l'ai prédestiné à cela, Pour qu'il commande à ses fils et à sa maison

Que signifie à ses fils et à sa maison ? Par le mot maison, on entend souvent la partie féminine ; quand on dit beito sans le mot bneï, beito a le sens – les femmes de sa maison

וְאֶת־בֵּיתוֹ אַחֲרָיו וְשָׁמְרוּ דֶּרֶךְ יְהוָה לַעֲשׂוֹת צְדָקָה וּמִשְׁפָּט לְמַעַן הָבִיא יְהוָה עַל־אַבְרָהָם אֵת אֲשֶׁר־דִּבֶּר עָלָיו׃

a'haráv vechameroú dérekh adonáy la'assót tsdaká oumichpát lemá'an haví adonáy al-avrahám et achér-dibbér aláv

après lui, et ils garderont la voie du SEIGNEUR, pour pratiquer la miséricorde et le jugement ».

Pour que le SEIGNEUR donne à Avraham ce qu'Il avait promis. C'est-à-dire que le SEIGNEUR dit : « J'ai bien destiné Avraham à instruire toute sa maison, tous ses descendants, à pratiquer la miséricorde et le jugement. Sans cela, il n'accomplira pas sa destinée ». Avec la miséricorde, tout va bien chez Avraham. Il est la miséricorde même. Il reçoit des invités, il prend soin de tous. Il ne dit presque jamais « non ». Il va au-devant de tout le monde. Mais avec le jugement, chez Avraham, ce n'est pas encore très bon. Il ne s'est pas encore élevé au niveau du jugement. Et le SEIGNEUR dit : « Vais-Je le lui cacher ? » C'est ainsi que parfois on cache aux enfants la mort des parents ou certains événements tragiques. Le SEIGNEUR dit à Avraham : « Il faut grandir. Je ne vais pas le lui cacher ». Et le SEIGNEUR commence une conversation avec Avraham.

Et au 20e verset il dit :


וַיֹּאמֶר יְהוָה זַעֲקַת סְדֹם וַעֲמֹרָה כִּי־רָבָּה וְחַטָּאתָם כִּי כָבְדָה מְאֹד׃

Vayomer Adonáy za'akát sedóm va'amorá Ki-rabbá ve'hattatám ki khavedá me'ód

20 Et le SEIGNEUR dit : « Le cri et la clameur de Sédom et d'Amorra sont grands, Et leur péché est très lourd.

אֵרֲדָה־נָּא וְאֶרְאֶה הַכְּצַעֲקָתָהּ הַבָּאָה אֵלַי עָשׂוּ כָּלָה וְאִם־לֹא אֵדָעָה׃

ereda-ná ve'er'é hakketsa'akatá habbá'a eláy assou kalá ve'im-lo edá'a

21 Je vais donc descendre et voir si tout est ainsi, comme ils crient. Si le cri qui est parvenu jusqu'à moi est si grand, S'ils ont fait cela, je les anéantirai. Et sinon, nous verrons, nous regarderons.

Naturellement, ce verset ne peut pas ne pas troubler les commentateurs. Traduisons-le encore une fois :

ereda-ná ve'er'é hakketsa'akatá habbá'a eláy assou kalá ve'im-lo edá'a

je descendrai et je verrai si c'est vraiment ainsi, comme le cri qui parvient jusqu'à Moi. s'ils ont fait cela, alors je les anéantirai. si non, alors je saurai quoi faire.

Les commentateurs disent : comment se fait-il que Dieu, qui voit les cœurs et sait tout, Il ne sait pas ce qui va arriver. Et les uns disent : « Oui, effectivement, Dieu ne peut pas savoir ce que l'homme choisira. Il sait comment agir envers l'homme, selon son choix, mais le choix de l'homme, Il ne le connaît pas ». Il y a de tels commentateurs. C'est très choquant, et c'est très effrayant de croire une telle chose. D'autres disent : « Dieu parle bien avec Avraham, Il explique le jugement à Avraham, enseigne à Avraham le jugement humain. Et c'est pourquoi Il parle le langage des humains ». D'autres encore disent : « Le Très-Haut est dans la véritéLe russe dit littéralement « le Très-Haut sur la vérité », une tournure dont le sens exact n'est pas clair. Nous l'avons rendue au plus près du texte., sur la Terre Il se conduit conformément au jugement terrestre et agit selon le témoignage ». En tout cas, cette phrase est très mystérieuse, et nous sommes loin de pouvoir tout comprendre dans l'Écriture.

וַיִּפְנוּ מִשָּׁם הָאֲנָשִׁים וַיֵּלְכוּ סְדֹמָה וְאַבְרָהָם עוֹדֶנּוּ עֹמֵד לִפְנֵי יְהוָה

vayifnoú michám ha'anachím vayelekhoú sedóma ve'avrahám odénnou oméd lifné adonáy

22 Et les hommes se tournèrent de là. Avraham se tient encore devant le SEIGNEUR.

Ainsi, deux des trois allèrent à Sédom, et Avraham se tient devant le SEIGNEUR, qui avait, à proprement parler, commencé la conversation avec lui.

וַיִּגַּשׁ אַבְרָהָם

vayiggách avrahám

23 Et Avraham s'approcha

Nous avons lu qu'il se tient devant Lui. Que signifie vaïgach ? Le mot s'approcher – il commença une approche ; avec une approche. Avraham commença à argumenter auprès du Très-Haut.

וַיִּגַּשׁ אַבְרָהָם וַיֹּאמַר הַאַף תִּסְפֶּה צַדִּיק עִם־רָשָׁע׃

vayiggách avrahám vayomár ha'áf tispe tsaddík im-rachá

et Avraham s'approcha, et dit : « Vas-Tu donc faire périr le juste avec le méchant ?

À première vue, de qui Avraham se soucie-t-il ? Des justes ? Tu ne vas tout de même pas faire périr le juste avec le méchant ? Mais Avraham continue.

אוּלַי יֵשׁ חֲמִשִּׁים צַדִּיקִם בְּתוֹךְ הָעִיר הַאַף תִּסְפֶּה וְלֹא־תִשָּׂא לַמָּקוֹם לְמַעַן חֲמִשִּׁים הַצַּדִּיקִם אֲשֶׁר בְּקִרְבָּהּ׃

ouláy yech 'hamichím tsaddikím betókh ha'ír ha'áf tispé velo-tissá lammakóm lemá'an 'hamichím hattsaddikím achér bekirbá

24 Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville, et tu les détruiras vraiment et ne pardonneras pas au lieu à cause des cinquante justes qui y sont

Remarquez, Avraham évite délicatement de mentionner Sédom. Pour ne pas irriter, disons, le Maître. Il se comporte comme un homme qui parle avec un roi. Il dit : « Peut-être trouveras-tu dans la ville cinquante justes et ne détruiras-tu pas le lieu, à cause des cinquante justes ». Il ne parle pas de l'anéantissement des justes, il parle du salut des méchants par le mérite des cinquante justes qui sont dans la ville. Et ensuite il dit :

חָלִלָה לְּךָ מֵעֲשֹׂת כַּדָּבָר הַזֶּה

'Halíla lekhá me'assót kaddavár hazzé

25 Que Dieu Te préserve,

À Dieu, on peut parler ainsi, pour faire ainsiLa phrase de l'original est elliptique. Nous l'avons traduite mot à mot, sans en fixer le sens..

לְהָמִית צַדִּיק עִם־רָשָׁע הָיָה כַצַּדִּיק כָּרָשָׁע חָלִלָה לָּךְ הֲשֹׁפֵט כָּל־הָאָרֶץ לֹא יַעֲשֶׂה מִשְׁפָּט׃

lehamít tsaddík im-racháDans la translittération de l'original, l'accent tonique de ce mot est posé sur une consonne. Nous le plaçons sur la dernière syllabe, comme en hébreu. vehayá khattsaddík karachá 'halíla lakh hachofét kol-ha'árets lo ya'assé michpát

de faire mourir le juste avec le méchant Et de faire périr le juste et le méchant. Le Souverain du monde ne fera-t-il donc pas justice ?

D'un côté, Avraham présente cela comme un souci pour les justes, et de l'autre côté, Avraham veut sauver les méchants. En général, il vaut la peine de comprendre pourquoi Avraham dit cela. Peut-être parce que (nous avons commencé par cela) Avraham est entièrement 'hessed, il est humaniste, il est contre la peine de mort pour les terroristes et contre la peine de mort en général. Il est contre le fait de dire non à qui que ce soit. Il est pour l'acceptation de l'égal et pour l'acceptation du faible. Et pour la miséricorde envers les méchants.

Mais on peut aussi regarder cela sous un autre angle. Nous avons lu au chapitre 14 qu'Avraham, en son temps, avait conquis pratiquement toute la population, toute la population capable de travailler de Sédom, il l'avait reprise aux cinq rois. Et dans la conversation avec le roi de Sédom (le roi de Sédom lui dit : « Donne-moi seulement les âmes, et prends tout le reste pour toi »), nous nous souvenons qu'Avraham répondit : « Je ne prendrai rien de toi ». Mais nous nous souvenons que ces âmes étaient chez Avraham, pendant un certain moment elles lui avaient été confiées (quand nous disons ces âmes, nous parlons des esclaves). Mais les esclaves, ils étaient aussi des disciples à bien des égards, parce que souvent les disciples payaient leurs études en faisant le service. Et, naturellement, Avraham instruisait ses esclaves. C'est-à-dire que ces gens, tous les méchants de Sédom, avaient peut-être été autrefois au pouvoir d'Avraham. Avraham aurait pu, en principe, devenir aussi roi de Sédom. C'est pourquoi il s'inquiète, en ressentant à bien des égards sa responsabilité. De là vient aussi son souci pour les méchants.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אִם־אֶמְצָא בִסְדֹם חֲמִשִּׁים צַדִּיקִם בְּתוֹךְ הָעִיר לְכָל־הַמָּקוֹם בַּעֲבוּרָם׃

vayomer adonáy im-emtsá visdóm 'hamichím tsaddikím betókh ha'ír venassáti lekhol-hammakóm ba'avourám

26 Et le SEIGNEUR dit : « si je trouve à Sédom cinquante justes dans la ville, Je ferai grâce à toute la ville à cause d'eux ».

וַיַּעַן אַבְרָהָם וַיֹּאמַר הִנֵּה־נָא הוֹאַלְתִּי לְדַבֵּר אֶל־אֲדֹנָי וְאָנֹכִי עָפָר וָאֵפֶר׃

vayá'an avrahám vayomár hinne-ná ho'álti ledabbér el-adonáy ve'anokhí afár va'éfer

27 et Avraham répondit, et dit : « pardonne-moi d'avoir osé parler à mon Maître, Et moi, je suis poussière et cendre.

אוּלַי יַחְסְרוּן חֲמִשִּׁים הַצַּדִּיקִם חֲמִשָּׁה

ouláy ya'hseroun 'hamichím hattsaddikím 'hamichá

28 Peut-être manquera-t-il cinq justes pour arriver à cinquante ?

Peut-être, faisons une marge d'erreur statistique de cinq justes, de dix pour cent.

הֲתַשְׁחִית בַּחֲמִשָּׁה אֶת־כָּל־הָעִיר וַיֹּאמֶר לֹא אַשְׁחִית אִם־אֶמְצָא שָׁם אַרְבָּעִים וַחֲמִשָּׁה׃

hatach'hít ba'hamichá et-kol-ha'ír vayomer lo ach'hít im-emtsá cham arba'ím va'hamichá

à cause des cinq qui manquent, Tu détruiras toute la ville ? » et répondit, Et dit : « même s'il y en a là quarante-cinq, Je ne détruirai pas cette ville ».

Naturellement, les chiffres fascinent toujours le lecteur et le commentateur. Le mot cinquante. Apparemment, quel mot compréhensible, cinquante – c'est cinquante en Afrique aussi, un si beau nombre rond. Mais le mot cinquante – c'est la guématrie du mot מי (mi) – qui. Nous avons dit, quand nous examinions le livre de Kohélet, que le mot mi (qui) signifie ce qui transmet le Créateur, ce qui porte en soi le Créateur. Le mot מה (ma) – quoi, ce qui tend vers le Créateur. Et, en plus, le mot mi, ou cinquante en guématrie, c'est aussi הָאָדָם (ha'adam) – the man, le premier homme.

Quarante-cinq – c'est en guématrie simplement Adam, simplement un homme. C'est-à-dire : je cherche un homme à Sédom, trouveras-tu là un homme.

Le nom Lot. D'ailleurs, il faut s'arrêter ici, nous ferons encore cette analyse quand nous parlerons plus loin. Mais simplement ici, entre parenthèses, mentionnons que le nom Lot (לֹֽוט) est lui aussi en guématrie quarante-cinq. Lamed ל – c'est 30, vav ו – c'est 6, tet ט – c'est 9. D'un côté, le nom Lot signifie caché, incompréhensible, celui qui exige qu'on s'occupe de lui, qu'on l'examine. Le mot lot – qui se dissout dans le brouillard. D'un autre côté, ce nom signifie aussi maudit, le mot lita signifie malédiction. Et voilà, est-ce Adam avant la chute, ou Adam qui est sous la malédiction, c'est aussi une question concernant Lot. C'est par cela, à vrai dire, qu'Avraham commence, au verset 29 il continue :

וַיֹּסֶף עוֹד לְדַבֵּר אֵלָיו וַיֹּאמַר אוּלַי יִמָּצְאוּן שָׁם אַרְבָּעִים וַיֹּאמֶר לֹא אֶעֱשֶׂה בַּעֲבוּר הָאַרְבָּעִים׃

vayossef od ledabbér eláv vayomár ouláy yimmatseoún cham arba'ím vayomer lo e'essé ba'avoúr ha'arba'ím

29 Et il continua à parler avec Lui, et dit : « et s'il y en a quarante ? » Et dit : « je n'exterminerai pas à cause des quarante ».

וַיֹּאמֶר אַל־נָא יִחַר לַאדֹנָי וַאֲדַבֵּרָה

vayomer al-ná yí'har ladonáy va'adabbéra

30. Et il dit : « ne t'irrite pas, SEIGNEUR,

Et lui, effectivement, comme on dit, joue avec le feu.

אוּלַי יִמָּצְאוּן שָׁם שְׁלֹשִׁים וַיֹּאמֶר לֹא אֶעֱשֶׂה אִם־אֶמְצָא שָׁם שְׁלֹשִׁים׃

ouláy yimmatseoún cham chelochím vayomer lo e'essé im-emtsá cham chelochím

Au contraire, peut-être s'en trouvera-t-il là trente ? » Et dit : « et à cause de trente, je n'exterminerai pas ».

Avraham poursuit le marchandage sur le point d'observation d'où l'on voit Sédom. Avraham regarde la ville, peut-être voit-il une sorte de remue-ménage. Peut-être voit-il simplement la ville là-bas dans le brouillard. Et il a pitié de cette ville.

וַיֹּאמֶר הִנֵּה־נָא הוֹאַלְתִּי לְדַבֵּר אֶל־אֲדֹנָי אוּלַי יִמָּצְאוּן שָׁם עֶשְׂרִים וַיֹּאמֶר לֹא אַשְׁחִית בַּעֲבוּר הָעֶשְׂרִים׃

Vayomer hinne-na ho'álti ledabbér el-adonáy ouláy yimmatseoún cham esrím vayomer lo ach'hít ba'avoúr ha'esrím

31 Et il dit : « Voici, je me suis décidé à parler au SEIGNEUR. Peut-être s'en trouvera-t-il là vingt ? » Et il dit : « je n'exterminerai pas à cause de ces vingt »

La dernière demande d'Avraham – peut-être s'en trouvera-t-il là dix. Et là, le SEIGNEUR dit : « Même à cause de dix, je n'exterminerai pas ».

וַיֹּאמֶר אַל־נָא יִחַר לַאדֹנָי וַאֲדַבְּרָה אַךְ־הַפַּעַם אוּלַי יִמָּצְאוּן שָׁם עֲשָׂרָה וַיֹּאמֶר לֹא אַשְׁחִית בַּעֲבוּר הָעֲשָׂרָה׃

Vayomer al-na yí'har ladonay va'adabberá akh-happá'am oulay yimmatseoún cham assará vayomer lo ach'hít ba'avoúr ha'assará

32 Et il dit : « que le SEIGNEUR ne s'irrite pas, et je parlerai seulement cette fois : s'il s'en trouve là dix ? » Et il dit : « je n'exterminerai pas à cause de ces dix »

וַיֵּלֶךְ יְהוָה כַּאֲשֶׁר כִּלָּה לְדַבֵּר אֶל־אַבְרָהָם וְאַבְרָהָם שָׁב לִמְקֹמוֹ׃

Vayélekh adonay Ka'achér killá ledabbér el-avrahám ve'avrahám chav limkomó

33 Et le SEIGNEUR s'en alla, Quand il s'épuisa (le mot kila – s'épuisa, se termina, du mot kol) à parler à Avraham.

Le SEIGNEUR a commencé cette conversation, et le SEIGNEUR a terminé la conversation avec Avraham. Ce n'est pas Avraham qui a fini de parler, mais le SEIGNEUR qui a terminé une certaine leçon, la sienne, à Avraham. Pourquoi se sont-ils arrêtés à dix justes ? Le juste – c'est un homme qui vit dans la justice, qui tend à la réparation du monde et, par conséquent, transforme les autres en justes. Avraham lui-même – c'est celui qui fait des justes autour de lui. Si un homme est fort et capable d'influencer, alors, se retrouvant à Sédom, se retrouvant en n'importe quel lieu où il n'y a pas de justes, il commence à bâtir une communauté de gens saints, comme le fait Avraham. Et alors il a des fruits, et alors les justes seront plus de dix. Si un homme faible tombe sous l'influence, il vaut mieux pour lui choisir un lieu où vivent des gens justes (plutôt qu'un lieu où vivent des méchants), pour tomber sous l'influence des justes, et alors il pourra lui aussi vivre dans la justice.

Mais alors la question : pourquoi a-t-il choisi un lieu dans lequel il n'y a pas dix justes ? Dix – c'est un tel minimum qui peut influer sur toi, pour te rendre plus juste. Et c'est un minimum, disons, le minimum créatif du juste. S'il est capable de changer le monde, alors il est capable de créer dix justes autour de lui. En fait, il n'existe pas de lieu dans lequel dix justes ne puissent se former. Et s'il en existe, alors les justes n'ont rien à y faire. Et c'est le degré de miséricorde du Très-Haut envers un lieu. C'est-à-dire, comment se passe le jugement du Très-Haut, comment fait grâce le Très-Haut ? Il y a une certaine mesure, il y a une certaine rationalité dans ma grâce. Malgré tout ton amour, malgré toute ta responsabilité envers Sédom, il y a une responsabilité qui repose sur les justes qui y vivent. Et c'est très important. Et c'est pourquoi il est écrit que le SEIGNEUR termina (non pas cessa, mais justement termina), mena à son terme sa conversation avec Avraham. Il a enseigné quelque chose à Avraham dans cet entretien. En général, tout ce chapitre portera sur la façon dont Avraham apprend la mesure du jugement et dont le SEIGNEUR fait d'Avraham un chef, un leader, un dirigeant, un homme qui répondra à tout ce à quoi il est appelé.

L'hospitalité de Sédom

Béréchit 19,1–26

Nous lirons l'histoire de ce qui est arrivé aux anges à Sédom, en visite chez Lot.

וַיָּבֹאוּ שְׁנֵי הַמַּלְאָכִים סְדֹמָה

vayavóou chené hammal'akhím sedóma

1 Et deux anges vinrent à Sédom

On peut prêter attention à une forme grammaticale intéressante : si après le nom d'une ville on place la petite lettre ה (héy), elle peut indiquer la direction. Sédom – c'est le nom de la ville, Sédoma – c'est vers Sédom. Yérouchalayim – c'est le nom de la ville, Yérouchalayima – c'est vers Jérusalem. Voilà une telle terminaison, qui indique la direction. En dehors des noms de villes, elle (la petite lettre ה) agit encore pour le mot báyt – maison, habáyta – à la maison.

Donc, deux anges vinrent à Sédom.

בָּעֶרֶב וְלוֹט יֹשֵׁב בְּשַׁעַר־סְדֹם

ba'érev velót yochev becha'ar-sedóm

le soir. et Lot est assis à la porte de Sédom.

La porte de la ville. Nous savons par l'histoire ancienne qu'à la porte de la ville a lieu le jugement, toutes les rencontres, tous les échanges principaux, à la porte de la ville sont assis les notables. Lot, bien qu'il soit un étranger à Sédom, nous savons que son oncle a très bien aidé le roi de Sédom. À vrai dire, Avraham s'est mêlé de toute cette histoire à cause de Lot, et, apparemment, Lot est devenu une sorte d'autorité à Sédom. Et voici qu'il est assis à la porte de la ville.

וַיַּרְא־לוֹט וַיָּקָם לִקְרָאתָם וַיִּשְׁתַּחוּ אַפַּיִם אָרְצָה׃

vayar-lót vayákom likratám VAYICHTÁ'HOU appAyim Artsa

et Lot voit, et il bondit à leur rencontre, se leva à leur rencontre Et se prosterna devant eux jusqu'à terre.

Très semblable à ce qu'a fait Avraham. Semblable, mais pas tout à fait.

וַיֹּאמֶר הִנֶּה נָּא־אֲדֹנַי

vayomer hinné na-adonáy

2 Et il dit : « voici, mes seigneurs,

Nous avons dit, quand nous discutions l'histoire d'Avraham, que dans le récit sur Avraham le mot Adonaï est vocalisé avec un kamats. Ici, il est vocalisé avec un pata'h. Adonaï avec kamats – c'est le SEIGNEUR, Adonaï avec pata'h – ce sont des seigneurs. Donc, seigneurs.

סוּרוּ נָא אֶל־בֵּית עַבְדְּכֶם וְלִינוּ וְרַחֲצוּ רַגְלֵיכֶם וְהִשְׁכַּמְתֶּם הֲלַכְתֶּם לְדַרְכְּכֶם וַיֹּאמְרוּ לֹּא כִּי בָרְחוֹב נָלִין׃

soúrou na el-bét avdekhém velínou vera'hatsoú raglekhém vehichkamtém vahalakhtém ledarkekhém vayomeroú lo ki vare'hóv nalín

entrez dans la maison de votre serviteur, et passez la nuit, et lavez vos pieds. et vous vous lèverez, et vous irez votre chemin. et ils lui dirent : « non, Nous passerons plutôt la nuit dans la rue ».

Il faut prêter attention, comme toujours, aux détails insignifiants. Tout d'abord, Lot ne leur propose pas de se restaurer. Il ne leur propose aucune nourriture. Si Avraham dit : vous, lavez-vous d'abord les pieds, et ensuite vous vous assiérez et vous mangerez, Lot, lui, leur propose de se laver les pieds avant de partir. Pourquoi une telle différence apparaît-elle soudain. Les commentateurs disent qu'en ces temps-là beaucoup de passants idolâtres se prosternaient devant la poussière ou la boue sur leurs pieds. Et Avraham, qui se tient à l'écart de toute idolâtrie, naturellement, ne veut pas voir chez lui de boue idolâtre. Et c'est pourquoi il insiste pour que les invités se lavent d'abord les pieds. Lot est moins scrupuleux sur cette question, c'est pourquoi il propose de se laver les pieds avant de partir, mais cela aussi reste étrange. Premièrement, qui donc a jamais vraiment adoré la boue sur ses pieds. Deuxièmement, même si tu l'adores, ou si cela t'est égal, pourquoi ne pas inviter les invités à se laver les pieds et à aller dormir avec les pieds lavés. De quoi s'agit-il au fond dans cette histoire du lavement des pieds ? On sait que l'idolâtrie, c'est l'adoration de dieux païens, qui n'ont pas de dessein, et, en somme, les dieux païens sont des dieux commerciaux. Leur rapport, c'est « prends et donne », au niveau commercial, la grâce n'existe pas chez eux. Et d'eux on ne peut qu'obtenir quelque chose en marchandant. Recevoir par grâce ou par amour, ce n'est pas leur manière.

Dans un monde où existe un tel système, une telle vision de la divinité, existe l'idée que l'homme ne peut rien recevoir par grâce, même entre les hommes. C'est pourquoi les pieds sales sont le symbole de la main calleuse du prolétaire, qui gagne sa vie par un travail honnête. Les pieds sales sont le témoignage que l'homme ne mangera pas son pain pour rien. C'est un objet de fierté pour l'homme qui n'est pas une petite nature, qui gagne sa vie par son travail. Et, par conséquent, dans le monde de Sédom, il y a du respect pour cela. C'est pourquoi Lot propose d'abord de passer la nuit, et ensuite de se laver les pieds. On ne peut pas priver un homme de la décoration sur sa poitrine.

Qu'est-ce donc, au fond, que la ville de Sédom ? Nous avons lu au chapitre 13, quand Avraham propose à Lot de se séparer, Avraham regarde Sédom d'en haut. Et au lieu de prendre une part de la Terre sainte, comme le lui avait proposé Avraham, Lot s'éloigne de la terre sainte, se sépare, parce qu'il regarde Sédom et voit qu'elle est arrosée comme le jardin du SEIGNEUR et comme le pays d'Égypte. Sédom, c'est le paradis sur terre, c'est une ville où vivent des gens riches, une ville d'abondance. Les midrachim sont pleins d'histoires selon lesquelles à Sédom il était interdit de donner la tsédaka. Une ville d'abondance, une ville dans laquelle tous ont déjà atteint la perfection. C'est une société parfaite, elle se ressent parfaitement comme la communauté d'élite élue de Sédom. C'est pourquoi seuls des étrangers peuvent y demander la grâce. Et les étrangers venus du monde imparfait, on ne les accueille pas là-bas. L'un des composants, d'ailleurs, du monde imparfait, c'est le refus d'avoir des enfants. Quand une société atteint une certaine abondance, l'homme pense : je suis déjà parfait, à quoi bon des enfants, à quoi bon copier ce qui ne peut déjà pas être meilleur que moi. Et au lieu de l'attirance vers l'opposé, au lieu du désir d'être avec le sexe opposé, de faire quelque chose d'autre, de s'améliorer d'une manière ou d'une autre, naît l'attirance vers le semblable. De là aussi les idées homosexuelles que nous verrons bientôt. Donc, les anges ne sont pas très contents de la proposition de Lot et lui disent : « Nous passerons la nuit dans la rue ».

וַיִּפְצַר־בָּם מְאֹד וַיָּסֻרוּ אֵלָיו וַיָּבֹאוּ אֶל־בֵּיתוֹ וַיַּעַשׂ לָהֶם מִשְׁתֶּה וּמַצּוֹת אָפָה וַיֹּאכֵלוּ׃

vayiftsar-bám me'ód vayassoúrou eláv vayavóou el-betó vayá'as lahém michté oumattsót afá vayokhélou

3 Et il se mit à les presser fortement et très longtemps. et ils vinrent vers lui, et ils vinrent dans sa maison, et il leur fit un festin, Et leur cuisit des matsot, et ils mangèrent.

En voyant le mot matsa, les commentateurs disent aussitôt : c'est Pessa'h. Eh bien, cela peut paraître absurde : comment cela peut-il être Pessa'h, puisque Yaakov n'est pas encore né, que ses fils ne lui sont pas encore nés, qu'il n'y a pas encore la descente d'Israël en Égypte. Sans parler du retour d'Égypte. Mais l'approche juive consiste en ce que Pessa'h est fêté non pas parce que ce jour-là quelque chose est arrivé, mais parce que ce jour était destiné dès l'origine à la délivrance. Dès l'origine, c'est le jour de la guéoula, et toutes les dates de délivrance passent comme un ruban rouge à travers ce jour. En somme, dans le Nouveau Testament aussi, nous voyons que la délivrance s'accomplit à Pessa'h.

Donc, bien que Lot ne les ait pas invités au départ à manger, il leur a tout de même organisé un festin, a cuit des matsot, et ils ont mangé.

טֶרֶם יִשְׁכָּבוּ וְאַנְשֵׁי הָעִיר אַנְשֵׁי סְדֹם נָסַבּוּ עַל־הַבַּיִת מִנַּעַר וְעַד־זָקֵן כָּל־הָעָם מִקָּצֶה׃

térem yichkávou ve'anché ha'ír anché sedóm nassábbou al-habbáyit minná'ar ve'ad-zakén kol-ha'ám mikkatsé

4 Ils ne s'étaient pas encore couchés, que les gens de la ville, les gens de Sédom vinrent et entourèrent la maison, s'attroupèrent près de la maison. du jeune homme au vieillard, tout le peuple s'était rassemblé.

On peut prêter attention à ceci (celui qui connaît l'hébreu, pour qui l'hébreu n'est pas une langue étrangère). Vayavóou (et ils vinrent) et ensuite vayavóou al-bayt et vechakhávou (et ils se couchèrent). Ces mots (chacun de ces mots) peuvent être employés aussi dans un contexte sexuel. Nous pouvons voir que le contexte de Sédom, toute l'atmosphère de Sédom respire la débauche, bien que rien n'ait encore été prononcé, déjà de très nombreux mots font allusion à ce qui va arriver.

וַיִּקְרְאוּ אֶל־לוֹט וַיֹּאמְרוּ לוֹ אַיֵּה הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־בָּאוּ אֵלֶיךָ הַלָּיְלָה הוֹצִיאֵם אֵלֵינוּ וְנֵדְעָה אֹתָם׃

vayikreoú el-lót vayomerou lo ayé ha'anachím acher-báou elékha halláyla hotsi'ém elénou venede'á otám

5 Et ils se mirent à crier vers Lot, et se mirent à lui dire : « où sont les gens qui sont venus chez toi cette nuit ? fais-les sortir vers nous, et nous les connaîtrons ».

Il faut dire que, bien que, peut-être, l'homosexualité (ou la pédérastie) ait été un phénomène répandu dans la société de Sédom, il ne s'agit pas ici tant de l'acte sexuel comme satisfaction que comme humiliation des gens, contrainte. C'est un viol, à proprement parler, un asservissement et une démonstration de son propre pouvoir. Si Lot a recueilli ces gens, les a pris sous sa protection, alors ce droit, il faut le lui retirer. Les gens étrangers ne peuvent pas recevoir de protection à Sédom. Il ne s'agit pas ici seulement, pas exclusivement, de la concupiscence humaine. Lot se comporte courageusement. Nous lisons :

וַיֵּצֵא אֲלֵהֶם לוֹט הַפֶּתְחָה וְהַדֶּלֶת סָגַר אַחֲרָיו׃

vayetsé alehém lot happét'ha vehaddélet sagár a'haráv

6.Et Lot sortit vers eux, sortit hors de la porte Et ferma la porte derrière lui.

Ils se tiennent très serrés autour de la maison, Lot s'est faufilé et a fermé la porte derrière lui

וַיֹּאמַר אַל־נָא אַחַי תָּרֵעוּ׃

vayomár al-ná a'háy taré'ou

7 Et il dit : « ne devenez pas pires, mes frères, ne faites pas le mal, ne commettez rien de mauvais.

Lot, de façon tout à fait inattendue, se présente dans le rôle d'un prédicateur. Il est sans doute très important de le noter, comme une consolation pour beaucoup de croyants dont les enfants se sont retrouvés quelque part au loin, à Sédom. Lot, en partie, c'est le premier coup d'essai de l'expérience pédagogique d'Avraham. Nous avons dit que le nom Lot signifie caché dans le brouillard, encore une autre signification – maudit. On ne comprend pas ce qu'il en est de lui. Mais au moment voulu, en Lot se révèle Avraham dans toute sa plénitude. Il est fort, il y a en lui quelque chose d'Avraham, il y a en lui une certaine force. Qu'il soit désemparé, qu'il tarde ensuite, mais un certain courage est en lui. Il comprend ce dont le menace ce qu'il fait. Et ensuite il dit une chose terrible. C'est vraiment terrible de lire cela.

הִנֵּה־נָא לִי שְׁתֵּי בָנוֹת אֲשֶׁר לֹא־יָדְעוּ אִישׁ אוֹצִיאָה־נָּא אֶתְהֶן אֲלֵיכֶם וַעֲשׂוּ לָהֶן כַּטּוֹב בְּעֵינֵיכֶם

hinne-ná li cheté vanót achér lo-yade'oú ich otsi'a-ná ethén alekhém va'asoú lahén kattóv be'enekhém

8 Voici donc, j'ai deux filles qui n'ont pas connu d'homme. je vous les ferai sortir, et vous leur ferez comme il est bon à vos yeux,

« Ne faites pas de mal à ces gens, mais faites à mes filles comme il est bon à vos yeux ». Terrible ironie dans les paroles de Lot.

רַק לָאֲנָשִׁים הָאֵל אַל־תַּעֲשׂוּ דָבָר כִּי־עַל־כֵּן בָּאוּ בְּצֵל קֹרָתִי׃

rak la'anachímLa translittération de l'original contient ici une coquille (un i au lieu d'un a dans le mot « hommes »). Nous suivons l'hébreu : la'anachím. ha'él al-ta'asoú davár ki-al-kén báou betsél koratí

seulement, à ces gens ne faites rien, car c'est pour cela qu'ils sont venus sous mon toit ».

Cela sonne horriblement. Pour Lot, il existe la notion de 'hassoud, la notion de patronage : s'il a pris la responsabilité de quelqu'un, il se battra pour cela. Avraham lui-même est sorti pour lui contre cinq rois. Et pour Lot c'est une honte, un effondrement absolu, si ses invités subissent un mal. Et il néglige ses filles, en fait il est prêt à livrer ses filles au viol. Le châtiment pour cela, nous le verrons plus tard, sera que ses propres filles le violeront lui-même. Il y aura pour cela un terrible prix à payer. Mais à ce moment-là, Lot, comme une version imparfaite, corrompue d'Avraham, essaie d'agir en hôte hospitalier. Mais les habitants de Sédom lui disent : « Dégage ! Va-t'en d'ici ! » Des expressions très grossières.

וַיֹּאמְרוּ גֶּשׁ־הָלְאָה וַיֹּאמְרוּ הָאֶחָד בָּא־לָגוּר וַיִּשְׁפֹּט שָׁפוֹט עַתָּה נָרַע לְךָ מֵהֶם וַיִּפְצְרוּ בָאִישׁ בְּלוֹט מְאֹד וַיִּגְּשׁוּ לִשְׁבֹּר הַדָּלֶת׃

vayomeroú gech-hál'a Vayomeroú ha'e'hád ba-lagoúr vayichpót chafót attá nará lekhá mehém vayiftseroú va'ích belót me'ód vayiggechoú lichbór haddálet

9 Et ils dirent : « allez, fiche le camp ! Dégage d'ici ! ». Et ils dirent : « un seul est venu ici s'installer, et il va s'asseoir, et il va nous juger. maintenant nous te ferons pire encore que ce que nous voulions faire avec lui ». et ils pressaient l'homme Lot très fort. ils vinrent briser les portes.

Pas clair, hein ? Les uns dirent ceci : « Fiche le camp d'ici ! Dégage d'ici ! Tu ne vas pas nous donner des ordres. Tu ne vas pas nous juger ». D'autres se mirent à le presser : « Livre plutôt de bon gré les étrangers entre nos mains ». Et les troisièmes se mirent à briser les portes. Les gens se sont divisés, mais, au fond, aucun d'entre eux n'est ni tout blanc ni tout doux.

וַיִּשְׁלְחוּ הָאֲנָשִׁים אֶת־יָדָם

vayichle'hoú ha'anachím et-yadám

10 Les hommes qui étaient dans la maison de Lot étendirent leurs mains

Pourquoi ne sont-ils pas appelés ici par le mot malakhim (anges) ? Ici, c'est le mot anachim. En ce moment, pour les habitants de Sédom, ils sont simplement des hommes.

וַיָּבִיאוּ אֶת־לוֹט אֲלֵיהֶם הַבָּיְתָה וְאֶת־הַדֶּלֶת סָגָרוּ׃

vayavíou et-lót alehém habbáyta ve'et-haddélet sagárou

et ils tirèrent Lot à l'intérieur, chez eux, Et purent fermer la porte.

וְאֶת־הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־פֶּתַח הַבַּיִת הִכּוּ בַּסַּנְוֵרִים

ve'et-ha'anachím acher-péta'h habbáyit hikkoú bassanverím

11 Et les hommes qui se tenaient à l'entrée de la maison, ils les frappèrent d'aveuglement

Le mot sanver, ce n'est pas seulement aveuglé. Comme disent les commentateurs, sané or – qui hait la lumière, c'est un homme que la lumière irrite. Mais dehors, c'est la nuit. C'est un homme déconcerté, embrouillé, qui a perdu l'orientation. On peut dire qu'ils les frappèrent de désorientation.

מִקָּטֹן וְעַד־גָּדוֹל וַיִּלְאוּ לִמְצֹא הַפָּתַח׃

mikkatón ve'ad-gadól vayil'oú limtsó happáta'h

du petit jusqu'au grand, Et ils ne purent trouver la porte.

Si nous imaginons que c'était une grande foule de gens, alors, même aveuglés, même absolument aveugles, ayant entouré la maison en une foule énorme, ils auraient trouvé la porte à tâtons. Pourquoi ne pouvaient-ils pas la trouver ? Parce que ce n'est pas tout à fait de la cécité. C'est de la désorientation. D'autres commentateurs disent que ces gens étaient tellement imbus d'eux-mêmes, tellement centrés sur eux-mêmes, agissaient tellement peu de façon concertée. Et nous voyons qu'en différents groupes ils se comportent différemment. Qu'ils ne comptent simplement pas les uns sur les autres, ne se font pas confiance les uns aux autres. C'est pourquoi ils ne peuvent pas trouver les portes. Je me sens plus proche de la première compréhension, à savoir qu'il ne s'agit pas d'aveuglement, pas tant d'aveuglement que de désorientation. Et ils ont simplement perdu la possibilité de trouver quoi que ce soit.

וַיֹּאמְרוּ הָאֲנָשִׁים אֶל־לוֹט עֹד מִי־לְךָ פֹה חָתָן וּבָנֶיךָ וּבְנֹתֶיךָ וְכֹל אֲשֶׁר־לְךָ בָּעִיר הוֹצֵא מִן־הַמָּקוֹם׃

vayomeroú ha'anachím el-lót od mi-lekhá fo 'hatán ouvanékha ouvnotékha vekhól acher-lekhá ba'ír hotsé min-hammakóm

12 Et les hommes dirent à Lot : « as-tu ici des gendres, ou des fils, ou des filles ? tous ceux que tu as dans la ville, tire-les hors de ce lieu,

כִּי־מַשְׁחִתִים אֲנַחְנוּ אֶת־הַמָּקוֹם הַזֶּה י־גָדְלָה צַעֲקָתָם אֶת־פְּנֵי יְהוָה

ki-mach'hitím aná'hnou et-hammakóm hazzé ki-gadelá tsa'akatám et-pené adonáy

13 Car nous détruisons, nous anéantissons ce lieu, car grand est son cri devant le SEIGNEUR

Nous avons lu dans le chapitre précédent que le Très-Haut voulait vérifier si le cri est si grand, si la clameur est si grande, et « …c'est pourquoi nous détruisons la ville ».

וַיְשַׁלְּחֵנוּ יְהוָה לְשַׁחֲתָהּ׃

vaychalle'hénou adonáy lecha'hatá

et le SEIGNEUR nous a envoyés pour le détruire.

Maintenant nous avons les pleins pouvoirs pour détruire cette ville.

וַיֵּצֵא לוֹט וַיְדַבֵּר אֶל־חֲתָנָיו לֹקְחֵי בְנֹתָיו

vayetsé lot vaydabbér el-'hatanáv loke'hé venotáv

14 Et Lot sortit, et parla avec les fiancés qui prenaient ses filles :

Plusieurs questions se posent. Lot avait-il au moins quatre filles ? A-t-il en plus des gendres qui ont pris ses filles ? Gendres au pluriel, donc ils sont au moins deux. Peut-être n'a-t-il pas deux filles, mais quatre, simplement deux sont mariées ? Deuxième version : ses filles étaient fiancées. La deuxième version est plus probable ici. Nous éclaircirons cela plus loin, quand nous parlerons des filles de Lot. Encore une chose incompréhensible : comment a-t-il pu arriver que, après tous ces événements, alors qu'autour de la maison rôde on ne sait qui, même dans un état désorienté, mais dehors il fait sombre, toute la ville est aveuglée. On ne sait pas si les fiancés aussi, et toute la famille, sont aveuglés. On ne sait pas où Lot est donc allé, où Lot est sorti et avec qui il a parlé. Qui l'a laissé se promener seul dans Sodome la nuit ? Une promenade très curieuse et dangereuse. Beaucoup de commentateurs expliquent que Lot avait une grande cour (en hébreu d'aujourd'hui, cela s'appelle 'hmoúla – plusieurs parties de la famille avec des esclaves, peut-être avec des serviteurs quelconques, avec des intendants, avec toute sa maisonnée). Lot n'est pas un homme pauvre, il ne vit pas dans une cabane. Peut-être est-il sorti dans une maison voisine de la cour et y a-t-il parlé avec ses gendres ou avec ses gendres potentiels. Il est peu probable qu'il soit vraiment allé se promener dans Sédom après tous ces événements. D'une façon ou d'une autre, il est écrit qu'ils se moquèrent de lui. Il leur disait :

וַיֹּאמֶר קוּמוּ צְּאוּ מִן־הַמָּקוֹם הַזֶּה כִּי־מַשְׁחִית יְהוָה אֶת־הָעִיר וַיְהִי כִמְצַחֵק בְּעֵינֵי חֲתָנָיו׃

vayomer koúmou tse'oú min-hammakóm hazzé ki-mach'hít adonáy et-ha'ír vayhí khimtsa'hék be'ené 'hatanáv

« levez-vous, sortez de ce lieu, car le SEIGNEUR détruit la ville ». Et il eut l'air d'un clown aux yeux de ses gendres.

Bon, naturellement, quelqu'un arrive la nuit et dit de telles choses. Cela paraît ridicule. On ne sait pas, encore une fois, si ses gendres ont été témoins de tous ces événements qui se sont produits, participants de ces événements ou victimes de ces événements. Mais, en tout cas, ils n'ont pas cru que le SEIGNEUR puisse détruire cette ville. Pourquoi ? Parce que Sédom est une ville économiquement prospère, et donc, encore une fois, du point de vue païen, une ville bénie : si les dieux bénissent la ville, pourquoi la détruiraient-ils. Et ils pouvaient tout simplement ne pas connaître le SEIGNEUR comme le Dieu unique d'Israël.

וּכְמוֹ הַשַּׁחַר עָלָה וַיָּאִיצוּ הַמַּלְאָכִים בְּלוֹט לֵאמֹר קוּם קַח אֶת־אִשְׁתְּךָ וְאֶת־שְׁתֵּי בְנֹתֶיךָ הַנִּמְצָאֹת פֶּן־תִּסָּפֶה בַּעֲוֹן הָעִיר׃

oukhmó hachá'har alá vaya'ítsou hammal'akhím belót Lemór koum ka'h et-ichtekhá ve'et-cheté venotékha hannimtsa'ót pen-tissafé ba'avón ha'ír

15 Et, quand l'aube naquit, les anges se mirent à presser Lot (le mot léaïts – presser et hâter), disant : « lève-toi, prends ta femme et tes deux filles, qui sont ici, afin que tu ne périsses pas pour les péchés de la ville ».

Deux filles qui se trouvent ici. Encore une fois, il y en a encore deux qui ne s'y trouvent pas. Comment comprendre tout cela ? Dans le chapitre suivant, quand nous parlerons des filles de Lot, nous examinerons tout cela. Pour l'instant, cela ne nous est pas clair.

וַיִּתְמַהְמָהּ

vayitmahmá

16 Et il s'attardait

Lot s'attarde. Peut-être qu'il fait ses valises. Peut-être qu'il hésite, il ne sait pas ce qui va arriver.

וַיַּחֲזִקוּ הָאֲנָשִׁים בְּיָדוֹ וּבְיַד־אִשְׁתּוֹ וּבְיַד שְׁתֵּי בְנֹתָיו בְּחֶמְלַת יְהוָה עָלָיו

vaya'hazíkou ha'anachím beyádo ouv'yad-ichtó ouv'yád cheté venotáv be'hemlát adonáy aláv

et ils le prirent par les mains, et sa femme par la main. ils les prirent tous par les mains par miséricorde, par compassion.

Le mot 'hémla, c'est la pitié, l'attendrissement, c'est ainsi qu'on peut avoir pitié d'un chaton battu.

וַיֹּצִאֻהוּ וַיַּנִּחֻהוּ מִחוּץ לָעִיר׃

vayotsi'oúhou vayanni'hoúhou mi'hoúts la'ír

Et ils le firent sortir, et le placèrent hors de la ville.

Simplement, pourquoi ne l'ont-ils pas tout de suite emmené en quelque lieu ? Parce que, à vrai dire, Lot, lui aussi, effectue certaines vérificationsLe russe dit littéralement que Lot « effectue des vérifications » ; le sens visé est peut-être qu'il est lui-même mis à l'épreuve. Nous avons gardé la tournure telle quelle.. Autour, il n'y a pas de magie, il y a l'éducation.

וַיְהִי כְהוֹצִיאָם אֹתָם הַחוּצָה וַיֹּאמֶר הִמָּלֵט עַל־נַפְשֶׁךָ אַל־תַּבִּיט אַחֲרֶיךָ וְאַל־תַּעֲמֹד בְּכָל־הַכִּכָּר הָהָרָה הִמָּלֵט פֶּן־תִּסָּפֶה׃

vayhí khehotsi'ám otám ha'hoútsa Vayomer himmalét al-nafchékha al-tabbít a'harékha ve'al-ta'amód bekhol-hakkikkár hahára himmalét pen-tissafé

17 Et il arriva, quand on les eut tirés dehors, et ils lui dirent : « fuis, sauve ton âme, et ne regarde pas en arrière, et fuis, sauve-toi, afin de ne pas périr ».

וַיֹּאמֶר לוֹט אֲלֵהֶם אַל־נָא אֲדֹנָי׃

vayomer lot alehém al-ná adonáy

18 Et Lot leur dit : « de grâce, il ne faut pas.

Ici, d'ailleurs, le mot Adonaï est déjà avec kamats, c'est-à-dire le SEIGNEUR. « SEIGNEUR, de grâce, il ne faut pas ! » – dit Lot.

הִנֵּה־נָא מָצָא עַבְדְּךָ חֵן בְּעֵינֶיךָ וַתַּגְדֵּל חַסְדְּךָ אֲשֶׁר עָשִׂיתָ עִמָּדִי לְהַחֲיוֹת אֶת־נַפְשִׁי וְאָנֹכִי לֹא אוּכַל לְהִמָּלֵט הָהָרָה פֶּן־תִּדְבָּקַנִי הָרָעָה וָמַתִּי׃

hinne-ná matsá avdekhá 'hen be'énekha vattagdél 'hasdekhá achér assíta immadí leha'hayot et-nafchí ve'anokhí lo oukhál lehimmalét hahára pen-tidbakáni hara'á vamátti

19 Si déjà ton serviteur a trouvé grâce à tes yeux, ajoute encore à la grâce que tu as faite avec moi, pour garder mon âme en vie, car je ne pourrai pas courir à la montagne, comme tu me le demandes, Afin que ce mal ne me rattrape pas, ne se colle pas à moi, et que je ne meure pas.

הִנֵּה־נָא הָעִיר הַזֹּאת קְרֹבָה לָנוּס שָׁמָּה וְהִיא מִצְעָר אִמָּלְטָה נָּא שָׁמָּה הֲלֹא מִצְעָר הִוא וּתְחִי נַפְשִׁי׃

hinne-ná ha'ír hazzót kerová lanoús chámma vehí mits'ár immaletá na chámma haló mits'ár hi out'hí nafchí

20 Voici donc ! voici, il y a une ville où l'on peut s'enfuir rapidement, et cette ville s'appelle Mits'ar (Mits'ar – regret, lieu d'affliction). je m'enfuirai là-bas et dans cette ville je serai sauvé ».

וַיֹּאמֶר אֵלָיו הִנֵּה נָשָׂאתִי פָנֶיךָ גַּם לַדָּבָר הַזֶּה לְבִלְתִּי הָפְכִּי אֶת־הָעִיר אֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ׃

vayomer eláv hinné nassáti fanékha gam laddavár hazzé leviltí hofkí et-ha'ír achér dibbárta

21 Et il lui dit : « bien, je t'aiderai aussi en cela, je ne détruirai pas cette ville.

Nous voyons ici un miracle, car l'ange avait été envoyé détruire les villes, il avait pour tâches de détruire cinq villes, de sauver Lot. Ici, l'ange, à la demande de Lot, prend une décision opérationnelle, l'ange a une certaine liberté de manœuvre, comme nous le voyons, dans l'exécution des tâches divines. Et je ne détruirai pas cette ville à la demande de Lot.

מַהֵר הִמָּלֵט שָׁמָּה כִּי לֹא אוּכַל לַעֲשׂוֹת דָּבָר עַד־בֹּאֲךָ שָׁמָּה עַל־כֵּן קָרָא שֵׁם־הָעִיר צוֹעַר׃

mahér himmalét chámma ki lo oukhál la'assót davár ad-bo'akhá chámma al-kén kará chem-ha'ír tsó'ar

22 Fuis vite là-bas, car je ne pourrai rien faire tant que tu ne seras pas arrivé ». et c'est pourquoi il appela cette ville Tso'ar.

Si Mits'ar, c'est le lieu du chagrin, le mot Tso'ar, c'est le lieu du rajeunissement, du rafraîchissement.

הַשֶּׁמֶשׁ יָצָא עַל־הָאָרֶץ וְלוֹט בָּא צֹעֲרָה׃

hachémech yatsá al-ha'árets velót ba tsó'ara

23 Quand le soleil se leva, le lever du jour commença. Et lot arriva à tso'ar

Nous voyons que Lot se tenait hors de la ville, le soleil se leva, Lot arriva à Tso'ar à l'aube. Si l'on suppose que c'est effectivement Pessa'h, alors Lot a marché vers Tso'ar environ une heure vingt. Tso'ar se trouve un peu plus haut que Sédom, on peut se retourner et regarder, bien que cela ait été interdit à Lot.

וַיהוָה הִמְטִיר עַל־סְדֹם וְעַל־עֲמֹרָה גָּפְרִית וָאֵשׁ מֵאֵת יְהוָה מִן־הַשָּׁמָיִם׃

vadonáy himtír al-sedóm ve'al-amorá gofrít Va'éch me'ét adonáy min-hachamáyim

24 Et le SEIGNEUR fit pleuvoir sur Sédom et sur Amora du soufre Et du feu de la part du SEIGNEUR, depuis les cieux.

וַיַּהֲפֹךְ אֶת־הֶעָרִים הָאֵל וְאֵת כָּל־הַכִּכָּר וְאֵת כָּל־יֹשְׁבֵי הֶעָרִים וְצֶמַח הָאֲדָמָה׃

vayahafókh et-he'arím ha'él ve'ét kol-hakkikkár ve'ét kol-yochevé he'arím vetséma'h ha'adamá

25 Et le SEIGNEUR renversa ces villes, et tout ce plateau, et tous les habitants de la ville, et toutes les plantes.

Si auparavant il était question seulement de Sédom, d'où surgissent maintenant encore des villes ? Pourquoi Lot demande-t-il de ne pas détruire Tso'ar ? D'où le sait-il, puisqu'il n'est question que de Sédom ? D'où viennent donc les autres villes ? Nous pouvons dire que c'est une mégapole. On peut dire, comme New York et Brooklyn, comme Moscou et Khimki. Peut-être. Je ne suis pas fort en géographie, mais à peu près ainsi. C'est une mégapole qui se compose de plusieurs villes. C'est pourquoi plusieurs villes apparaissent ici.

וַתַּבֵּט אִשְׁתּוֹ מֵאַחֲרָיו וַתְּהִי נְצִיב מֶלַח׃

vattabbét ichtó me'a'haráv vattehí netsív méla'h

26 Et sa femme se retourna Et se transforma en colonne de sel.

Le sel, c'est un conservateur, ce qui conserve l'ancien, ce qui ne permet pas la pourriture, mais ne permet pas non plus le renouvellement, ne permet pas de passer d'une forme à une autre. Toute la surface se couvrit de tout ce sel. Tout ce qui pourrissait, ce qui était sujet à la pourriture, se couvrit de sel, qui ne donne pas la mort, mais ne donne pas non plus la vie, comme nous le savons. Et la femme de Lot se transforma en colonne de sel. Et si l'on roule sur la route 90, on peut voir un rocher qui rappelle la femme de Lot. En tout cas, c'est ainsi qu'on le montre. Peut-être qu'à l'époque du don de la Torah, cet endroit-là, très probablement, était bien là. D'une manière ou d'une autre, la femme de Lot se transforma en colonne de sel. Voilà la symbolique du sel. Et nous terminons d'étudier l'histoire des anges à Sédom.

Une histoire terrible

Béréchit 19,30–38

Nous allons lire une histoire désagréable qui s'est produite entre Lot et ses filles après le sauvetage miraculeux de Lot hors de Sédom. Cette histoire est si désagréable et, je n'ai pas peur de le dire, si répugnante, que la première question qui me vient quand je lis cette histoire, c'est : pourquoi donc me raconte-t-on tout cela ? On pourrait dire que les filles de Lot ont eu ensuite une descendance – les Ammonites, les Moabites. On pourrait ne pas entrer dans ces détails. Si, dans ma vie réelle, quelqu'un se mettait à me raconter de telles choses sur quelqu'un, j'arrêterais cette personne et, peut-être, je la considérerais même comme un colporteur de ragots ou un médisant. Mais le Très-Haut, qui nous a donné la Torah, ne peut être soupçonné ni du fait qu'Il serait un colporteur de ragots, ni du fait qu'Il serait médisant. Cette histoire est écrite pour nous enseigner quelque chose, pour nous raconter quelque chose d'utile. Et c'est pourquoi efforçons-nous de la relire attentivement et essayons de comprendre ce qu'elle nous enseigne.

וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־עָמַד שָׁם אֶת־פְּנֵי יְהוָה׃

vayachkém avrahám babbóker el-hammakóm acher-ámad cham et-pené adonáy

27 et Avraham se leva tôt le matin vers le lieu où il s'était tenu devant Dieu,

וַיַּשְׁקֵף עַל־פְּנֵי סְדֹם וַעֲמֹרָה וְעַל־כָּל־פְּנֵי אֶרֶץ הַכִּכָּר וַיַּרְא וְהִנֵּה עָלָה קִיטֹר הָאָרֶץ כְּקִיטֹר הַכִּבְשָׁן׃

vayachkéf al-pené sedóm va'amorá ve'ál kol-pené érets hakkikkár vayár vehinné alá kitór ha'árets kekitór hakkivchán

28 et il regarda vers Sédom, et Amorra, et vers toute la terre environnante, et vit : voici, une fumée monta de la terre, comme la fumée d'une fournaise.

וַיְהִי בְּשַׁחֵת אֱלֹהִים אֶת־עָרֵי הַכִּכָּר וַיִּזְכֹּר אֱלֹהִים אֶת־אַבְרָהָם וַיְשַׁלַּח אֶת־לוֹט מִתּוֹךְ הַהֲפֵכָה בַּהֲפֹךְ אֶת־הֶעָרִים אֲשֶׁר־יָשַׁב בָּהֵן לוֹט׃

vayhí becha'hét elohím et-aré hakkikkár vayizkór elohím et-avrahám vaychallá'h et-lót mittókh hahafekhá bahafókh et-he'arím acher-yacháv bahén lot

29 Et il arriva, lorsque le Tout-Puissant détruisait les villes de cette vallée, que le Tout-Puissant se souvint d'Avraham et fit sortir Lot du lieu de perdition, lors de l'anéantissement des villes dans lesquelles habitait Lot.

Commençons par le tout début. Et notre histoire commence au chapitre 19, verset 30.

וַיַּעַל לוֹט מִצּוֹעַר וַיֵּשֶׁב בָּהָר, וּשְׁתֵּי בְנֹתָיו עִמּוֹ

vayál lot mitsó'ar Vayéchev bahár ouchté venotáv immó

30 Et Lot monta de Tso'ar, Et il s'établit sur la montagne, et ses deux filles avec lui.

Nous nous souvenons que les anges persuadaient Lot de s'enfuir dans les montagnes. Lot marchandait avec eux et demandait qu'on lui laisse la ville de Tso'ar, qui est au pied de la montagne, plus loin il n'arrivera pas à courir. Ici nous voyons une chose étonnante. Lot ne s'est quand même pas arrêté à Tso'ar, il a décidé d'avancer plus loin dans la direction indiquée par les anges. Mais jusqu'au sommet de la montagne, il n'a quand même pas couru non plus. Il s'est arrêté au milieu de la montagne. Ce qui s'est passé à Tso'ar, nous ne le savons pas. D'après la suite du récit, nous pouvons voir que Lot et ses filles pensaient qu'il ne restait plus personne au monde. Il est raisonnable de supposer qu'après que le Très-Haut eut « fini d'arroser » de pluie de soufre et de feu les villes environnantes, les habitants de Tso'ar, dans la peur, se sont enfermés dans leurs maisons derrière de hautes clôtures. Et, quand Lot y est arrivé en courant, il a trouvé cette ville absolument déserte et c'est pourquoi il n'a pas osé y rester et a couru plus loin. C'est bien ce qui est écrit :

כִּי יָרֵא לָשֶׁבֶת בְּצוֹעַר וַיֵּשֶׁב בַּמְּעָרָה הוּא וּשְׁתֵּי בְנֹתָיו׃

ki yaré lachévet betsó'ar vayéchev bamme'ará hou ouchté venotáv

car il avait peur de rester à Tso'ar. et il s'établit dans une caverne, Lui et ses deux filles.

Oui, jusqu'au sommet de la montagne, ils n'ont pas couru non plus. Lot n'a pas couru aussi peu qu'il l'avait lui-même prévu, et ne s'est pas approché autant que les anges le voulaient de lui. Il s'est arrêté au milieu. Voilà, tel est Lot. Donc, Lot et ses deux filles se retrouvent dans une caverne et, peut-être, pensent qu'il ne reste plus personne au monde.

וַתֹּאמֶר הַבְּכִירָה אֶל־הַצְּעִירָה

vattómer habbekhirá el-hattse'irá

31 Et la fille aînée dit à la cadette :

Or nous savons que la famille de Lot est orientale et que la hiérarchie y est orientale. L'autorité de la fille aînée, c'est bel et bien une autorité. Et voilà que la fille aînée prend l'initiative et dit à la cadette ceci.

אָבִינוּ זָקֵן וְאִישׁ אֵין בָּאָרֶץ לָבוֹא עָלֵינוּ כְּדֶרֶךְ כָּל־הָאָרֶץ׃

avínou zakén ve'ích en ba'árets lavó alénou kedérekh kol-ha'árets

« notre père est vieux, et il n'y a pas d'homme sur la terre pour venir vers nous, comme c'est l'usage sur toute la terre.

À première vue, peut-être, elle dit : « Personne ne nous prendra pour épouses ». Mais les commentateurs, les connaisseurs de la langue hébraïque, attirent l'attention sur la forme du mot עָלֵינוּ – alénou. D'habitude, quand on parle du fait qu'un homme vient vers une femme, si la sœur aînée avait voulu dire cela, elle aurait dit éleyn. Sous la forme dans laquelle cette préposition est employée ici, elle n'est employée que dans le cas du mariage de lévirat. Le mariage de lévirat, je le rappelle, c'est quand le frère cadet épouse la veuve du frère aîné décédé, afin de rétablir la semence du frère aîné. Nous avons dit la dernière fois que, peut-être, les filles de Lot sont fiancées, qu'elles ont des fiancés qui ne les ont pas encore prises, ils se sont déjà fiancés, mais ne les ont pas encore prises pour épouses. Et ici la fille aînée dit : « Il faudrait quand même que nous nous rétablissions une semence ».

לְכָה נַשְׁקֶה אֶת־אָבִינוּ יַיִן וְנִשְׁכְּבָה עִמּוֹ וּנְחַיֶּה מֵאָבִינוּ זָרַע׃

lekhá nachké et-avínou yáyin venichkevá immó oun'hayé me'avínou zára

32 Allons, faisons boire du vin à notre père et couchons avec lui. faisons revivre la semence de notre père.

Avant tout, quand nous rencontrons la mention du vin, une question se pose : où les filles pouvaient-elles prendre du vin dans une caverne. Il y a deux approches pour expliquer l'origine du vin. La première est tout à fait rationnelle. En ce temps-là, les cavernes servaient d'entrepôts. Il y fait frais par la chaleur, il est commode d'y conserver les provisions Et, peut-être, quelqu'un parmi les habitants de Sédom ou des villes environnantes conservait-il dans la caverne son vin en petites cruches, et ces petites cruches se sont trouvées tout à fait par hasard. Ce n'est pas une chose si étonnante. La deuxième explication est justement étonnante et tout à fait messianique. Elle se réfère au livre du prophète Yoël, qui dit : « Et il arrivera en ce jour-là, les montagnes dégoutteront de vin, et les collines ruisselleront de lait » (Yoël 3,18). Ces commentateurs disent que l'ère messianique a été comme montrée d'avance dans la caverne de Lot. Et nous reviendrons encore à ce thème. C'est-à-dire qu'en eux il y avait déjà une certaine promo, une certaine annonce anticipée de l'époque messianique. D'une manière ou d'une autre, de façon miraculeuse ou de façon moins miraculeuse, ils avaient du vin, et donc il y avait la possibilité de dire : mais voilà, le SEIGNEUR l'a prévu, ici il y a du vin, et donc Il le veut, donc c'est un signe que nous devons agir ainsi. Et il faut remarquer que la fille aînée ne dit pas enfantons des fils, et nous aurons des enfants, mais ni'hayé – faisons revivre la semence, produisons une descendance vivante.

Deux fillettes et un vieux père sont restés seuls dans ce monde. Et les filles n'ont pas envie, peut-être pas du tout envie, d'être celles qui, après la mort de leur père, éteindront la lumière en quittant ce monde, et diront combien ce monde était beau. Elles n'ont pas envie que toute l'humanité s'arrête sur elles. Et, d'un autre côté, si elles sont les seules qui restent, c'est donc qu'elles sont des élues, qu'elles sont les meilleures des meilleures, des élues choisies du genre humain, pour continuer la descendance. Et c'est important. Et c'est pourquoi elle dit « et faisons-nous revivre une semence ». Le Midrach Tan'houma dit qu'elle voulait que, par le père, vienne une semence d'un autre endroit, que ce soit la semence du Machia'h. Le Midrach Tan'houma souligne qu'ici, à ce moment, même à travers un acte aussi terrible et répugnant, le Très-Haut prévoit déjà de produire le Machia'h. Nous verrons plus tard que les deux filles de Lot sont présentes dans la généalogie du Machia'h. L'une, Rout la Moabite, la seconde, la future épouse de Chlomo. Et les deux sont dans la généalogie du Machia'h. Bon, cela, nous le verrons encore.

Puisqu'elles veulent rétablir la descendance, elles veulent rétablir aussi le but de toute l'humanité, c'est-à-dire le Machia'h. C'est ainsi que le voient les midrachim. Et, bien que ce qui se passe nous semble abject, dans la pensée même de la sœur aînée il y a un certain dessein, quelque chose de lié à ce qui se fait au nom des cieux.

וַתַּשְׁקֶיןָ אֶת־אֲבִיהֶן יַיִן בַּלַּיְלָה הוּא

vattachkéna et-avihén yáyin balláyla hou

33 Et elles firent boire du vin à leur père cette nuit-là,

Encore une question qu'il vaut la peine de poser. Si elles pensaient vraiment que les voilà restées seules dans ce monde et qu'elles n'ont pas d'autre issue que d'agir d'une manière aussi terrible, pourquoi ne pas le dire à Lot ? Lui dire : eh bien, c'est comme ci et comme ça, père, nous sommes restés ici tous les trois, il n'y a rien à faire, agissons ainsi. Et les commentateurs essaient d'expliquer pourquoi elles n'ont pas fait ainsi. Les uns disent qu'elles avaient peur qu'il ne choisisse qu'une seule d'entre elles. D'autres supposent qu'elles avaient peur qu'il soit simplement en dépression. Il y a des commentateurs, disons, d'orientation plus messianique, qui disent qu'en général le commandement du mariage de lévirat, quand l'homme rétablit une semence qui n'est pas pour lui-même, est un commandement très difficile : il est difficile de venir vers une femme, vers une épouse qui ne te plaît pas, sans sa propre attirance. Et voilà, pour que ce soit pur, sans attirance humaine, disent ces commentateurs, c'est pour cela qu'elles l'ont fait boire du vin. Souvent ce que dit un commentateur en dit plus sur le commentateur lui-même que sur le texte. Mais voilà, il y a de telles variantes. Cette question, chacun peut se la poser à lui-même et y répondre lui-même.

Donc, elles firent boire du vin à leur père cette même nuit.

וַתָּבֹא הַבְּכִירָה וַתִּשְׁכַּב אֶת־אָבִיהָ

vattavó habbekhirá vattichkáv et-avíha

et l'aînée vint, et coucha son père

On peut traduire ainsi. D'habitude, c'est l'homme qui emploie ce terme à l'égard de la femme. Si l'on lit mot à mot, on voit ici un viol. Elle s'empara de son père.

וְלֹא־יָדַע בְּשִׁכְבָהּ וּבְקוּמָהּ׃

velo-yadá bechikhvá ouvkoumá

Et il ne sut pas quand elle se couchait et quand elle se levait.

וַיְהִי מִמָּחֳרָת וַתֹּאמֶר הַבְּכִירָה אֶל־הַצְּעִירָה הֵן־שָׁכַבְתִּי אֶמֶשׁ אֶת־אָבִי נַשְׁקֶנּוּ יַיִן גַּם־הַלַּיְלָה וּבֹאִי שִׁכְבִי עִמּוֹ

vayhí mimma'horát vattómer habbekhirá el-hattse'irá hen-chakhávti émech et-aví nachkénnou yáyin gam-halláyla ouvó'i chikhví immó

34 Et il arriva le lendemain, et de nouveau l'aînée dit à la cadette : « voici, le soir, j'ai couché mon père ; faisons-lui boire du vin cette nuit aussi, et va, couche-toi avec lui,

Encore une fois, prêtons attention à la terminologie. Elle dit : « Je l'ai couché, je l'ai étendu. Toi, par contre, couche-toi avec lui ».

וּנְחַיֶּה מֵאָבִינוּ זָרַע׃

oun'hayé me'avínou zára

Et nous obtiendrons une semence du père ».

La fille cadette n'avait pas autant d'entrain ni autant d'envie d'exécuter le dessein de l'aînée. Ce n'est pas d'un cœur pur, ce n'est pas d'une âme entière qu'elle s'y engage. Nous allons le voir tout de suite.

וַתַּשְׁקֶיןָ גַּם בַּלַּיְלָה הַהוּא אֶת־אֲבִיהֶן יָיִן וַתָּקָם הַצְּעִירָה

vattachkéna gam balláyla hahoú et-avihén yáyin vattákom hattse'irá

35 Et cette même nuit, elles firent aussi boire du vin au père, et la jeune se leva,

La dernière fois, nous n'avons pas lu, à propos de l'aînée, qu'elle se leva. Il est clair qu'elle aussi se leva. Quand la Torah emploie le terme « se lever et faire », c'est comme qui dirait : il a pris et il l'a fait. J'ai longtemps essayé de me convaincre, mais ensuite j'ai pris et je l'ai fait, j'ai rassemblé mes forces et je l'ai fait. Et la jeune aussi prit, et alla, et se coucha avec lui. Elle ne l'a pas couché, ne l'a pas étendu, mais s'est couchée avec lui. Il n'y a pas ici cet élan qu'il y a chez l'aînée. Elle se soumet, pour ainsi dire, à contrecœur

וַתִּשְׁכַּב עִמּוֹ וְלֹא־יָדַע בְּשִׁכְבָהּ וּבְקֻמָהּ׃

vattichkáv immó velo-yadá bechikhvá ouvkoumá

Et elle se coucha avec lui, et lui non plus ne sut pas, tandis qu'elle se couchait et tandis qu'elle se levait.

Un tel événement s'est produit.

וַתַּהֲרֶיןָ שְׁתֵּי בְנוֹת־לוֹט מֵאֲבִיהֶן׃

vattaharéna cheté venot-lót me'avihén

36 Et les deux filles de Lot conçurent de leur père.

Naturellement, la grossesse dura neuf mois, comme d'habitude. Pendant ce temps, très probablement, les filles qui s'étaient trop hâtées apprirent que le monde n'était pas détruit, qu'il y avait encore des gens dans ce monde. Elles allaient enceintes, elles comprenaient ce qu'elles avaient fait et combien elles s'étaient trompées. Mais le résultat diffère quand même fortement.

וַתֵּלֶד הַבְּכִירָה בֵּן וַתִּקְרָא שְׁמוֹ מוֹאָב הוּא אֲבִי־מוֹאָב עַד־הַיּוֹם׃

vattéled habbekhirá ben vattikrá chemó mo'áv hou avi-mo'áv ad-hayom

37 Et l'aînée enfanta un fils, et appela son fils Moav (Ce qui signifie de mon père). Et il est le père des Moabites.

C'est-à-dire que la fille aînée, comme nous le voyons, s'est simplement levée, est allée et s'est couchée avec son père. Pour elle, c'est une sorte d'événement quotidien. Elle ne s'est pas fait violence. Mais elle a voulu et elle l'a fait. Et elle, exactement de la même façon, fièrement, on peut dire avec audace, appelle son fils « né du père ».

וְהַצְּעִירָה גַם־הִוא יָלְדָה בֵּן וַתִּקְרָא שְׁמוֹ בֶּן־עַמִּי הוּא אֲבִי בְנֵי־עַמּוֹן עַד־הַיּוֹם׃

vehattse'irá gam-hí yáleda ben vattikrá chemó ben-ammí hou aví vene-ammón ad-hayom

38 Et la cadette aussi enfanta un fils et l'appela (plus modestement elle l'appela) « fils de mon peuple ». Et il est le père des Ammonites jusqu'à ce jour.

Ici, à proprement parler, se termine le chapitre. Nous savons que la Torah ne dit pas toujours, à propos de certaines actions, si elles sont bonnes ou mauvaises. Ici nous voyons un procès-verbal presque sec des événements. Nous pouvons comprendre que les filles, voilà, les filles, elles voulaient quelque chose, il y avait quelque chose de bon dans leur désir. D'une certaine manière, on peut les comprendre. Bien que dans le livre de Dévarim nous lisions qu'il est interdit aux Ammonites et aux Moabites d'entrer dans l'assemblée du Très-Haut, là, un autre motif est donné. Mais néanmoins ces deux peuples sont mentionnés juste après les enfants illégitimes. Il y a un certain lien avec les enfants illégitimes. Comment se fait-il que, vraiment, le Très-Haut ait permis, de manière miraculeuse, qu'il se soit trouvé là du vin ? Le Très-Haut a permis tous ces événements. Et comment se fait-il que les deux jeunes filles aient enfanté des fils qui, en fin de compte, sont dans la généalogie du Machia'h ?

Quand Moché prie pour avoir un héritier, il demande au Très-Haut que ce soit un homme acher roua'h bo (en qui est l'esprit). Et les commentateurs disent, en qui est l'esprit, qui répond à l'esprit de n'importe quel homme. Un tel esprit qui peut entrer en résonance, répondre sur la même note à n'importe quel homme. Il comprend n'importe quel homme. Idéalement, c'est le Machia'h, qui unit en lui toutes les âmes. Et il connaît, comme il est dit du Machia'h, il est éprouvé en tout. Et pour que naisse, pour que se révèle dans le monde un tel Machia'h, le commentateur juif le Maharal dit qu'il faut relier les extrêmes. Et que sont les extrêmes pour Israël ? Quels peuples sont l'antithèse d'Israël ? Ces peuples, ces deux peuples dont il est interdit d'accepter même des guérim, des prosélytes. Ce sont les Moabites et les Ammonites, l'opposé direct. Leur naissance est l'opposé direct de tout ce qu'a appris Avraham, qui attend un enfant de sa propre épouse. Pendant de nombreuses années, il attend les promesses. Ces deux extrêmes se sont unis. Et ils se sont unis pour que soit issu le Machia'h. Quand, dans un psaume, le Très-Haut dit : « J'ai trouvé David – mon serviteur », les commentateurs disent que c'est à Sédom qu'il a été trouvé. Là, précisément là, a germé le Machia'h. Voilà ce qui concerne les filles.

Et que peut-on dire de Lot lui-même ? Les commentateurs disent que celui qui brûle de convoitise pour la débauche se débauchera avec sa propre chair. Celui qui s'adonne à la débauche en arrivera obligatoirement à l'inceste. Si au début Lot pouvait concevoir l'idée que quelqu'un puisse violer ses filles, a admis qu'une foule de gens viole ses filles, il en est arrivé au point que ses filles l'ont violé lui-même. Dans le livre de Michleï (18,1) il est écrit : « Celui qui s'est séparé cherche le caprice (celui qui s'est séparé cherche la convoitise, peut-on comprendre), il se dresse contre tout ce qui est sensé ». Une traduction assez compliquée. Mais une telle traduction sera juste quant au sens. Celui qui s'est séparé, c'est Lot, disent les commentateurs. Avraham lui a proposé : « Sépare-toi de moi ». Et Lot est devenu celui qui s'est séparé. Celui qui s'est séparé cherche la convoitise. De quoi est-il question ici ? Nous nous souvenons qu'Avraham a proposé à Lot tout le pays d'Israël, il a dit : « Tu iras à gauche, et moi – à droite. Toi – à droite, moi – à gauche ». C'est précisément le pays d'Israël qu'il lui a proposé de partager. Mais Lot a choisi de sortir du pays. Et les commentateurs disent que, bien qu'à première vue il soit parti pour la richesse et la prospérité, pour une terre accueillante, c'est néanmoins la convoitise qui le poussait. Et les commentateurs disent : nous ne savons pas si Lot a désiré ses filles ou si les filles ont désiré Lot, mais de Michleï il découle que c'est Lot qui a désiré ses filles.

Et quel est le sens de la suite de ce verset – il se dresse contre tout ce qui est sensé ? Se dresse est écrit au masculin singulier. Il est dit que c'est un homme qui se dresse, et non des femmes qui se dressent. C'est-à-dire que Lot avait une convoitise pour ses filles, secrète, cachée, et que les filles n'en avaient pas. On peut dire : comment ça ? D'ailleurs, que dis-tu là ? C'est justement Lot qui ne savait rien. Et je dirai, comme le disent aussi les commentateurs, que rien n'arrive par hasard à l'homme. Si le SEIGNEUR a permis que Lot obtienne sa descendance de cette manière, c'est que quelque part Lot a mérité cela, que la descendance lui vienne précisément de cette manière. Ce qui est digne, le SEIGNEUR le fait par des gens dignes, ce qui est indigne, par des indignes. Si Lot avait été, peut-être, un homme un peu différent, s'il s'était comporté un peu autrement envers ses filles, alors, peut-être, il ne se serait pas retrouvé précisément dans une telle situation.

Maintenant, dans ce passage, nous prenons congé de Lot. C'est pourquoi on peut tirer un certain bilan. En quoi consiste donc malgré tout la justice de Lot ? Ses actes sont tels que les cheveux se dressent sur la tête. On s'étonne qu'on puisse seulement considérer un tel homme comme juste. Dans les psaumes, nous lisons que David dit de nombreuses fois : « Juge-moi selon ma justice ». À son niveau, à son niveau humain, là où il a commencé, toutes ses tentatives laborieuses, tous ses efforts peuvent lui être comptés comme justice. Cela ne veut pas dire qu'il est saint. Juste et saint, ce n'est pas la même chose. Cela veut dire que l'homme essayait d'avancer, allait en direction de la justice. Il tombait. Peut-être, parfois, s'éloignait-il en courant. Mais malgré tout il allait, avançait en direction de la justice. Et c'est seulement par cela qu'on peut expliquer pourquoi, malgré tout, Lot est nommé parmi les justes.

Voilà une histoire triste, affligeante. Il n'y a d'avis unanime pratiquement sur aucune question. Je n'essaie ici de justifier personne. Je n'essaie ici de condamner personne. J'essaie simplement de relire, de comprendre les motifs. Et je pense que le plus faux serait d'avoir une compréhension unique et seule juste : comment cela s'est passé, qui pensait quoi et en quoi il est coupable. L'acte en lui-même, l'histoire en elle-même, je le répète, est répugnante. Comment des gens y ont été entraînés, comment des gens s'y sont retrouvés – c'est une autre question. Mais le plus important pour nous, c'est que le Très-Haut, à partir de ces détritus, à partir de ces chutes humaines, crée le Machia'h.

Il y a un midrach qui reproduit une conversation imaginaire du Très-Haut avec Yov. Le Très-Haut lui demande :

– Que feras-tu d'un homme qui a couché avec ses deux filles ?

– Il sera brûlé.

– Et que feras-tu d'un homme qui a couché avec sa belle-fille ? (C'est une allusion à Yéhouda).

– Il sera brûlé.

– Tu brûles des gens, – dit le Très-Haut à Yov, – tandis que Je crée de cela la lumière du Machia'h.

Pour conclure, je veux raconter une anecdote, ou une histoire, ou un souvenir. Prenez-le comme vous voulez. L'histoire est racontée par Moché Feinstein, l'un des rabbins les plus autorisés du XXe siècle, qu'on peut appeler, de façon conventionnelle, le rabbin des États-Unis. En son temps, il vivait en Union soviétique, c'était en la lointaine année 21. Il l'a raconté lui-même. C'est son souvenir. Et voilà, c'est une question de confiance en lui. On l'invita dans la maison d'un homme dont la langue avait très fortement enflé. Et elle avait enflé dans la gorge de telle sorte que l'homme parlait en suffoquant. Et il demanda à rencontrer Moché Feinstein. Quand le rav Feinstein vint chez lui, l'homme dit : « Sortez tous d'ici. Je veux parler seulement avec le rav Moché ». Et il lui raconta : « Il y a quelques semaines, c'était la section hebdomadaire Vayéra, et il y a là l'histoire des deux filles de Lot. Et j'ai fait un sermon sur elles, et comme je m'en suis pris à elles. Et comme je les ai pilonnées, et comme je leur ai passé un savon. Et, en somme, j'en ai tellement dit sur elles. Et la nuit, j'ai vu en rêve deux vieilles femmes qui ont dit : “Pourquoi dis-tu de telles choses sur nous ? Pour cela tu subiras un châtiment. Et à cause de ta langue tu mourras” ». Voilà l'histoire effrayante que raconte Moché Feinstein. Préface au 8e chapitre de ses lettres. Et il dit qu'ayant raconté cela, l'homme se tourna vers le mur et mourut. Voilà une telle histoire. Si vous voulez – un souvenir, si vous voulez – une anecdote. Si vous voulez – croyez-y, si vous voulez – non. Sur ce, je vais sans doute terminer la discussion.

L'histoire de la conception immaculéeLe russe dit littéralement « conception sans tache », expression qui désigne aussi la conception virginale. Nous l'avons rendue par « conception immaculée », sans viser le dogme catholique du même nom.

Nous allons parler aujourd'hui de Lot, de ses filles et de tout ce qui y est lié.

Donc, Lot avait quatre filles. C'est ce que dit le Talmud. Deux filles étaient mariées, et elles périrent avec leurs maris. Au sujet des deux autres filles, il est dit qu'elles sont n'ayant pas connu d'homme. Le terme n'ayant pas connu d'homme signifie que ces deux filles étaient fiancées, mais non mariées. Quelle était la tradition dans l'Antiquité ? D'abord il y avait les fiançailles, et après les fiançailles la jeune fille restait dans la maison du père, préparait la dot, rassemblait tout le nécessaire. Son fiancé, pendant ce temps, réglait la question du logement et de l'appartement. Tout ce temps, la fillette se trouvait comme une épouse, une femme mariée. C'est-à-dire qu'elle appartenait au fiancé, mais lui était interdite en tant que femme et se trouvait en garde, comme un gage dans la maison du père. Voilà quel était le statut des filles de Lot. Nous le savons du fait que la phrase même n'ayant pas connu d'homme est interprétée ainsi traditionnellement. Nous en voyons la confirmation aussi dans l'Évangile de Luc, quand Miryam, elle aussi jeune fille fiancée, dit, en indiquant son statut : « Je ne connais pas d'homme ».

Donc, Lot a deux filles fiancées qui, avec la perte de Sédom, acquièrent le statut de veuves. Lot s'enfuit de Sédom en flammes. D'abord il s'enfuit dans la ville de Tsor, qui est située non loin, un peu plus haut que Sédom. Mais il a peur d'y rester longtemps et s'enfuit vivre avec ses filles dans une caverne.

Dans la caverne vivent trois personnes : Lot et ses deux fillettes. Et les fillettes raisonnent entre elles à la manière des femmes et disent : « Il n'y a personne qui puisse venir sur nous » (ou la traduction littérale du texte – entrer chez nous, comme on le traduit d'habitude). Mais elles disent : « Venir sur nous ». Là encore, nous verrons ici un parallèle avec l'Évangile de Luc, parce que l'Évangile de Luc dit : « L'ange annonce la bonne nouvelle à Marie et lui dit : “L'Esprit Saint viendra sur toi” ». Venir sur nous – c'est une phrase qui, dans le livre de Dévarim, est liée au mariage de lévirat.

Qu'est-ce que le mariage de lévirat ? Quand il y a un frère aîné marié et qu'il meurt sans laisser d'enfants, son frère cadet, s'ils vivent au même endroit, est obligé d'entrer chez sa femme et de lui rétablir une semence. C'est un commandement. Et voilà que les filles de Lot raisonnent entre elles qu'elles sont devenues veuves, qu'il ne reste pas non plus de frères, et que personne ne peut leur rétablir une semence. Et elles se décident à un pas désespéré : faire boire leur père et coucher avec lui, afin de produire, de rétablir une semence venant du père. Le Midrach dit à ce sujet qu'elles, plus exactement la fille aînée, quand elle a avancé cette idée, a pris une semence d'un autre endroit. De quel autre endroit ? Celui qui est le Roi Messie. C'est-à-dire le rétablissement de la lignée, le salut de l'humanité, au fond. Parce que les filles de Lot pensent peut-être que tout a péri alentour, que Tsor aussi, qui n'était pas une bourgade si pieuse que ça, a été frappé par le châtiment divin. Elles décident de sauver l'humanité. Faire quelque chose, se sacrifier pour le salut de l'humanité.

Nous allons ici faire une digression d'une minute et regarder dans le livre de Vayikra. Le chapitre 20 dit : « Si quelqu'un couche avec sa sœur (cela est appelé par le mot hébreu 'hessed), un tel homme doit être livré, il est passible de mort ». Ce qui est passible de mort, cela, en somme, nous le comprenons, mais que signifie le mot 'hessed employé ici ? Le mot 'hessed est employé habituellement dans la traduction grâce, miséricorde. Quel 'hessed peut-il donc y avoir ici, quand un frère entre chez sa sœur ? Et les commentateurs, au fil de nombreuses années, ont naturellement trouvé beaucoup de versions différentes possibles de réponses à cette question. Certains disaient que le mot 'hessed en langue araméenne désigne l'opprobre, la honte et ainsi de suite. Et ici, on ne sait pourquoi, soudain, dans le texte hébreu, c'est justement le terme araméen qui est employé. D'autres disaient qu'à l'aube de l'humanité, quand Adam avait trois fils, qui Kayin a-t-il épousé ? Où a-t-il pris une femme ? La réponse à cette question, c'est qu'à cette époque, par miséricorde, par le 'hessed, par grâce, il était permis aux gens d'épouser leurs sœurs. Avec Kayin naquit une sœur, de même qu'avec Abel, et chacun d'eux pouvait épouser sa sœur. Et pourquoi un tel 'hessed a-t-il été donné ? Pour que l'humanité puisse continuer sa lignée.

Le Zohar rapporte ce verset aux enfants de Lot et dit que les filles de Lot ont lancé dans le monde l'idée même du sacrifice de soi lors de la conception.

Une conception qui ne vient pas de la convoitise de la chair, ni du vouloir de la chair, mais comme une aspiration à la multiplication, à la préservation et au rétablissement de l'humanité. Une conception, une union, qui n'est pas pour le plaisir. On peut dire que, dans les filles de Lot, l'auteur du livre du Zohar voit une préfiguration de la conception immaculée. Et, comme nous le voyons déjà dans le Midrach, cela est lié en plus au Roi Machia'h. Nous voyons aussi que les deux filles sont devenues des aïeules du Machia'h.

Nous savons que Rout la Moabite est entrée dans la généalogie du Machia'h. Nous savons aussi que Naama l'Ammonite est devenue la mère de Ré'havam, qui fait aussi partie de la généalogie du Machia'h. Rout la Moabite s'est jointe au peuple d'Israël alors qu'elle était pauvre, ayant le statut social le plus bas. Naama l'Ammonite n'est mentionnée dans le Tanakh qu'une seule fois, et il est assez difficile, sur la base du Tanakh, de raisonner à son sujet d'une manière ou d'une autre. Mais il y a une mention d'elle dans la tradition du Midrach, qui dit que, pendant un certain temps, le roi Chlomo dut quitter son trône et errait. Et il arriva qu'il se retrouva serviteur du roi ammonite, qui avait une fille, Naama, qui sut discerner, chez l'homme qui avait perdu l'image royale, cette image royale même, qui vit en lui l'image d'un roi, l'aima et l'épousa. En réponse à cela, son père, le roi ammonite, les chassa dans le désert, pour ne pas les tuer. Une très longue histoire de conte, racontée par le midrach. En fin de compte, Chlomo attrapa un gros poisson, donna à Naama de le préparer, et on y trouva ce même anneau royal à cause de la perte duquel Chlomo errait. Et en tout cas, nous pouvons et nous devons, bien sûr, considérer ce Midrach comme une tradition folklorique de conte. Mais on peut avoir un certain degré de certitude que cette tradition était connue au IIe siècle, au Ier siècle, à l'époque du second Temple, et était connue des auteurs de l'Évangile et, sans aucun doute, de Miryam elle-même, parce que les femmes ont toujours été davantage attirées par le folklore. Et l'idée même qu'il existe une certaine capacité à discerner la royauté là où elle est cachée.

Donc, Naama aussi, pour la royauté, a épousé Chlomo, qui était, en somme, un miséreux. Leur intimité n'était pas une intimité fondée sur quelque entraînement charnel, mais sur l'attirance de Naama pour la royauté.

Bon, on peut dire beaucoup de choses aussi sur Rout, que Rout est venue vers Bo'az, en son temps, elle aussi par un chemin pas vraiment si simple. Mais en cela aussi il y a une manifestation de l'Esprit Saint.

Nous allons essayer de donner encore d'autres exemples. Nous voyons que dans la généalogie du Machia'h il y a une femme nommée Tamar. Que dit la Torah à son sujet ? Elle était mariée à Er, et Er mourut sans laisser d'enfants. La tradition dit qu'Er s'abstenait de l'intimité sexuelle habituelle avec Tamar, c'est-à-dire qu'il essayait d'entrer par diverses manières non standard, disons-le ainsi, parce qu'elle était si belle, et il avait peur que cette beauté se perde. Là encore, on peut considérer cela comme on veut, comme du folklore, mais il faut prendre en compte qu'un tel folklore existe.

Ensuite son mari fut Onan, et au sujet d'Onan il est dit qu'il répandait la semence à terre avant d'aller vers Tamar. Et après cela, il devait y avoir Chéla, qui devait grandir et devenir le troisième mari de Tamar. Mais Yéhouda traînait et traînait avec cela. Et voilà que Tamar se décide à un pas désespéré. Elle s'assied au carrefour des routes, s'étant couvert le visage de façon à ressembler à une prostituée, et sous cet aspect se présente devant Yéhouda, qui était parti pour une fête.

Le lecteur peut avoir l'impression que Yéhouda est un tel bon gars tout d'une pièce, un tel macho, qui ne passera certainement pas à côté d'une prostituée. Bon, il se trouve qu'elle est habillée en prostituée, il faut absolument s'approcher d'elle. Faites attention à la conversation qui est rapportée. Il dit : « Je t'enverrai un agneau ». « Et que me donneras-tu en gage ? » – demande Tamar. Yéhouda lui donne l'anneau et d'autres insignes de la royauté.

Maintenant, imaginez. Une prostituée est assise au carrefour des routes. Aujourd'hui elle est là, demain – non. Comment peut-on lui donner une carte du parti, une carte d'agent des services spéciaux, une couronne, une chevalière, un globe, un sceptre, quelque chose qui possède réellement une valeur sans commune mesure avec quoi que ce soit, en tout cas au moins sans commune mesure avec la valeur d'un petit animal ? Et comment Tamar pouvait-elle même demander cela ? Le Midrach dit qu'ici l'Esprit Saint couvrit Tamar de son ombre. D'ailleurs, toute cette action de Tamar, selon l'avis des Midrachim, se produit quand l'Esprit Saint est venu sur elle. Tamar ne veut pas Yéhouda en tant qu'homme, elle n'a pas une quelconque aspiration envers Yéhouda, pas un quelconque désir envers Yéhouda. Elle veut prolonger la lignée, c'est justement ce désir-là qu'elle a. Et, en conséquence, nous allons vers Yéhouda, là encore l'interprétation dit : « Un ange a obligé Yéhouda à quitter la route, l'a poussé vers Tamar », pour l'amour du ChristEn russe, « pour l'amour du Christ » est une locution courante des mendiants, au sens de « par charité » ; l'auteur joue ici sur le Messie. Nous l'avons traduite littéralement., pour le dire en simple langue russe.

Pourquoi Tamar a-t-elle demandé les insignes de la royauté ? Ici s'est manifestée l'influence de l'Esprit Saint. Son intimité, son union charnelle avec Yéhouda n'était pas pour la convoitise, mais pour la royauté, afin de susciter le Machia'h.

Les Midrachim disent qu'il y a Lot, qui n'a pas réussi sa tâche, parce qu'il ne pouvait pas être avec ses filles simplement pour le rétablissement de la lignée. Et, peut-être, tout cet exode vers la caverne, il l'a entrepris pour quelque chose d'impur. Et il y a les filles, qui voulaient justement la pureté, qui voulaient la continuation de la lignée.

Il y a Tamar, qui veut prolonger la lignée, se joindre à la lignée.

Il y a encore une femme, Ra'hav, dont il est dit que l'Esprit Saint la visitait dès qu'Israël fut sorti d'Égypte. C'est-à-dire qu'elle vivait dans l'attente de la venue d'Israël. Sa décision a, elle aussi, été prise sur la base de la conduite par l'Esprit Saint. Par la suite, elle aussi est entrée dans la généalogie du Machia'h. C'est une femme qui était, très probablement, bien que le texte du livre de Yéhochoua soit ambigu, une prostituée. Le Talmud et la tradition parlent beaucoup de sa beauté fabuleuse. En tant que prostituée, elle s'était peut-être rassasiée de tout ce dont une prostituée peut se rassasier. Et son aspiration à entrer en Israël et à releverLe russe emploie ici le verbe « relever » (ou « rétablir ») sans complément ; on ne sait pas ce que Ra'hav voulait relever. Nous l'avons traduit tel quel. reposait, elle aussi, sur la conduite de l'Esprit Saint.

Et d'une autre femme encore, nous ne pouvons pas ne pas parler. Dans le livre de Choftim, il y a l'histoire de Yaël, qui savait qu'il y a un roi Sisra qui attaque Israël. Elle l'attira dans la tente, lui fit boire un peu de lait, le couvrit d'une petite couverture, puis prit un piquet de la tente et l'enfonça dans la tempe de Sisra. Cela ne découle pas explicitement du texte, mais néanmoins le texte contient une allusion plus que subtile au fait que Yaël, pour endormir Sisra, endormir sa vigilance, a séduit Sisra. Nos maîtres, de mémoire bénie, avec le sens de l'humour qui leur est propre et une certaine audace débridée, discutent de ce qui se passait et de quelle manière. Mais la plupart des avis s'accordent sur le fait que oui, quelque chose s'est passé là entre Yaël et Sisra. Et, bien sûr, cela ne s'est pas produit pour le plaisir, ce n'est pas pour sa propre jouissance que Yaël est sortie et s'est d'ailleurs engagée dans toute cette affaire. Yaël n'est pas entrée dans la généalogie du Machia'h, elle n'est pas dans la généalogie.

Et pourquoi pouvons-nous quand même parler d'elle aujourd'hui ? C'est d'elle que parle la prophétesse Débora dans son célèbre cantique : « Bénie soit Yaël entre les femmes ! » C'est très important pour nous, parce qu'il y a ici un certain parallèle avec ce que dit l'Ange quand il vient vers Miryam. De quelles femmes s'agit-il ? Bien sûr, le Talmud pose cette question à propos de Yaël, et non de Miryam. De quelles femmes s'agit-il ? Des femmes qui étaient assises dans les tentes : Sara, Rivka, Ra'hel et Léa. C'est-à-dire Yaël, qui n'est même pas du tout Israélite, par son esprit de sacrifice... On pourrait croire qu'à l'église, disons, on aurait bien pu chasser quelqu'un pour une chose pareille, parce que c'est de la fornication, de l'adultère, de la débauche, et on peut employer encore beaucoup de synonymes durs et cinglants. Mais Débora parle par l'Esprit Saint (Roua'h haKodech), l'Esprit Saint est présent en elle. Elle dit : « Elle est bénie parmi les femmes ».

Nous voyons qu'il y a, au long de l'histoire, comme des éclairs, de tels jalons, des tentatives d'atteindre, peut-être, comme le disait le Midrach par lequel nous avons commencé, d'atteindre la semence du Roi Machia'h. D'atteindre un tel niveau d'abnégation, un tel niveau de service du Très-Haut pendant l'union avec un homme, où le désir de la chair n'existera pas du tout, où ce sera entièrement et exclusivement un service. Et pas à pas, au long de l'histoire, cette idée se développe partout où il y a une telle abnégation de la part d'une femme.

Nous voyons qu'il y a un certain lien avec Miryam. Nous voyons un parallèle avec je ne connais pas d'homme, nous voyons un parallèle avec bénie es-tu parmi les femmes. Même la première adresse de l'Ange à Miryam est liée au mot 'hessed. Réjouis-toi – c'est, peut-on dire, le mot 'hassada. Or nous avons dit que le 'hessed, c'est l'esprit de sacrifice, on le comprend comme le don de soi pour la continuation de la lignée, pour la bénédiction de toute l'humanité.

Tout au long de l'histoire, nous voyons que ce sont justement ces parallèles qui existent toujours là où il y a l'esprit de sacrifice d'une femme, quand elle donne, se donne non par passion, non par amour, non par accident, non par calcul, mais pour le service de l'humanité.

Nous savons, la Torah le dit, que le Moabite et l'Ammonite n'entreront pas dans le peuple d'Israël. La Torah interdit d'accepter des prosélytes de ces deux peuples. C'est une chose étonnante. Pourquoi ? Parce que, quand Israël marchait, traversait leurs terres, ils ne l'ont pas accueilli, ne lui ont pas apporté de pain, etc. Nous voyons qu'il y a des peuples qui ont commis un crime bien plus grand envers Israël. Par exemple, parmi les Amalécites on peut faire des guérim, parmi les Égyptiens, qui ont tenu Israël en esclavage pendant de nombreuses années, parmi les Assyriens, parmi les Grecs, parmi les Romains, parmi les Allemands. Que dit donc, au juste, la Torah de ces deux peuples ? Qu'y a-t-il de si mauvais ? Tant qu'à en parler, on peut citer l'exemple des filles moabites qui ont séduit Israël dans l'histoire de la conquête du pays. Peut-être, punissons-les donc pour cela. Et, compte tenu de l'histoire des filles, compte tenu en général de tout l'ensemble des relations, on ne comprend pas pourquoi la Torah dit : « Le Moabite n'entrera pas, l'Ammonite n'entrera pas » ? Mais Rout est entrée, comme nous le savons. Et les commentateurs disent : « Eh bien oui, donc la Torah visait un Moabite, mais pas une Moabite, un Ammonite, mais pas une Ammonite ». Explication très intéressante, parce que d'habitude, conformément à la grammaire de la langue hébraïque, nous comprenons que, quand c'est dit au masculin, c'est une formulation générale. C'est-à-dire que si nous disons les Syriens, nous entendons aussi les Syriennes, si nous disons les Chinois, nous entendons aussi les Chinoises. Pourquoi ici, tout à coup, la Torah fait-elle une exception ? Et il y a beaucoup d'objections dans le Talmud lui-même, ici, contre cette thèse.

Il y a des commentateurs qui donnent une autre explication. Chez les Moabites et chez les Ammonites, il y a deux sortes de sang, deux esprits luttent constamment en eux. L'un, c'est l'esprit des filles, qui veulent servir au rétablissement de l'humanité, qui veulent accomplir justement le 'hessed, justement la grâce, la piété. L'autre, c'est l'esprit de Lot, qui avait, disons, d'autres intentions, qui s'est simplement enivré, et il a été attiré par les femmes. Peut-être, comme le disent là encore certains Midrachim, avait-il délibérément quelques projets à ce sujet.

D'une manière ou d'une autre, voilà, ces deux esprits luttent. Et dans la Torah, dans cette explication, ils sont pour ainsi dire représentés comme quand quelqu'un va et rend un service, fait preuve de bonté. Si la miséricorde ('hessed) se manifeste en lui, alors c'est une Ammonite et une Moabite. Si elle ne se manifeste pas, alors c'est l'esprit de Lot.

Cela reflète pour ainsi dire, sous une forme quelque peu condensée, toute l'histoire de la conception immaculée. La conception immaculée avait lieu entre un homme et une femme, quand il y avait une femme comme Yaël, comme les filles de Lot, comme Rout, comme Naama, comme Tamar, comme Ra'hav. On peut rappeler encore une figure aussi folklorique que la mère de David – Natsévet bat Adaël, qui, elle aussi, conçut David, disons, d'une manière très inhabituelle, et cette accusation d'adultère est restée sur elle, bien que, là encore, il y ait eu chez elle un pur 'hessed. Mais nous n'allons pas nous plonger maintenant dans cette histoire.

Tout au long de l'histoire, la semence du Machia'h s'approchait pour ainsi dire, était amenée vers le bas, descendait. Ou bien l'humanité (la partie féminine de l'humanité) montait vers Lui, en surmontant cette résistance masculine. Mais très souvent les femmes se résolvaient à ce qui pouvait ensuite être une raison de les condamner, par le 'hessed, le regard tourné vers la semence du Roi Machia'h.

C'est très bien. Des parallèles à cela se voient dans la conversation de l'Ange et de Miryam. Avant tout, l'Ange s'adresse à elle par pleine de grâce ('hassouda). Le 'hessed, c'est justement cette liaison qui, d'un côté, peut même être interdite, mais elle est donnée pour le rétablissement de l'humanité. Je ne dis pas, Dieu m'en garde, que Miryam soit entrée dans une quelconque liaison interdite, mais elle a été placée dans une situation où, comme tout au long de l'histoire, ce qu'elle fait pouvait paraître quelque chose de vicieux. Et nous savons que la réaction juive à l'histoire chrétienne a été justement telle que c'est un quelconque soldat romain qui s'est retrouvé accusé. Dans certaines versions, Miryam est simplement considérée comme une sorte de fille de petite vertu. Cette situation fait partie du dessein du Très-Haut. D'où le mot pleine de grâce comme allusion à la fois à un quasi-inceste et à la faveur divine. Ensuite l'Ange lui dit qu'elle est bénie parmi les femmes, cela aussi nous renvoie à Yaël (Choftim 5). « Je ne connais pas d'homme » – un parallèle avec les filles de Lot. Et de même aussi « l'Esprit Saint viendra ». Et en fin de compte elle doit enfanter le Roi Machia'h, faire enfin descendre sur la terre cette semence même venue d'un autre endroit. « L'Esprit Saint viendra sur toi », nous avons dit que c'est une référence au mariage de lévirat, au rétablissement de la semence perdue. Mais Miryam n'est pas veuve, elle a un fiancé, on peut dire un futur mari, déjà presque un mari, qui n'est limité par rien, qui peut achever le mariage avec elle et venir vers elle, et c'est bien ce qui arrivera ensuite.

Que signifie donc ici « L'Esprit Saint viendra sur toi » ? Nous savons que David lui-même priait constamment à propos du fait qu'il avait reçu l'Esprit Saint par l'onction, et c'est précisément cela qui est devenu le témoignage, et la justice, et la justification de sa mère dans tout ce qui s'était passé là. Et, très probablement, ce qui se passe lors de la plus parfaite, la plus immaculée des conceptions immaculées avec cette Miryam, c'est que Dieu rétablit en Miryam la semence de David, purifie, peut-on dire, Yossef pour lui-même de tout ce qui est humain, de tout ce qui est superficiel, et rétablit en Miryam la semence de Yossef comme fils de David dans sa perfection. À cette époque, on le savait déjà, et aujourd'hui les Juifs croient ainsi, que l'Ange prend la semence de l'homme, la porte en haut dans les mondes supérieurs, et là le SEIGNEUR la dote, peut-on dire, y dépose ainsi un ADN spirituel, et ainsi elle descend dans le monde. Je ne sais pas si la semence a été prise chez Yossef, s'il y a eu réellement chez lui un épanchement de semence, nous ne pouvons pas en parler, c'est un mystère, et il est même un peu effrayant de se plonger dans cette histoire. Nous pouvons dire qu'il se peut très bien qu'une semence purifiée, refondue, parfaite ait été déposée dans le sein de la parfaite, de la bénie parmi les femmes, de celle dont l'esprit de sacrifice était absolu. Et de cette manière s'est accomplie la conception immaculée. Ce vers quoi le chemin avait commencé avec les filles de Lot s'est achevé 200 kilomètres plus au nord, dans la ville de Natséret, de très nombreuses années plus tard.

Nous allons parler d'un homme dont on n'aime pas beaucoup parler. En tout cas, on n'aime pas dire du bien de lui. Cet homme, c'est Yichmaël, fils d'Avraham.

Nous lisons au chapitre 16 du livre de Béréchit la naissance de Yichmaël, et que Sara dit à Avraham : « Va vers mon esclave, Hagar l'Égyptienne. Elle m'enfantera un fils, et peut-être serai-je bâtie par elle ». On peut comprendre cela ainsi : « Peut-être que, quand elle deviendra enceinte, moi aussi je deviendrai enceinte ». Mais, très probablement, et nous le voyons plus tard avec la famille de Yaakov, les esclaves enfantent pour leurs maîtresses, et le fils de Hagar pouvait tout à fait être le fils de Sara.

Donc, quand Avraham avait 86 ans, Yichmaël vint au monde. Il est clair qu'Avraham aimait beaucoup Yichmaël. Au chapitre 17, nous lisons, quand le Très-Haut apparaît à Avraham et lui donne la promesse qu'il aura encore un fils, et même un fils de Sara, en Béréchit (17,17) il est écrit : « Et Avraham tomba sur sa face, et il rit, et dit en son cœur : à un homme de cent ans naîtrait-il un enfant, et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle ?! Et Avraham dit : “Dieu, oh, si seulement Yichmaël vivait devant Toi” ».

Apparemment, c'est une bonne nouvelle, de bonnes nouvelles que Dieu dit à Avraham, ce sont de bonnes nouvelles non seulement pour Avraham, mais aussi pour Sara. Car on lui a dit que Sara enfanterait ! Si Avraham a un fils, semblerait-il, de quoi devrait-il se soucier, il a déjà Yichmaël, et on peut dire : « Si seulement Yichmaël vivait devant Toi ». Pourquoi Avraham ne se soucie-t-il pas ici de Sara ? Pourquoi ne pense-t-il pas à Sara ? Très probablement, parce que Sara a amené Yichmaël comme un fils. Il est pour elle un fils. Et Avraham parle ici non seulement en son propre nom, mais au nom de Sara. « Nous avons déjà un enfant, nous avons déjà Yichmaël. Bénis-le ! »

Donc, très probablement, nous pouvons voir qu'au tout début de l'histoire de la vie de Yichmaël, et Avraham, et Sara l'aiment, et pour Sara aussi il est comme un fils, bien qu'avec sa maman, avec Hagar, elle ait des relations beaucoup plus compliquées.

Au chapitre 21, nous lisons le miracle de la naissance de Yits'hak. Avraham a à ce moment-là 100 ans, et donc Yichmaël a 14 ans. La promesse du Très-Haut s'accomplit : Sara enfante un fils. Yichmaël, âgé de 14 ans, qui était le premier-né, le fils aimé, longtemps attendu, est repoussé au second plan, et au premier plan passe le fils de sang – Yits'hak. Si auparavant c'était le fils de Sara, Yichmaël, maintenant c'est le fils de Hagar l'Égyptienne.

Tout s'est renversé dans la vie de ce tout jeune homme. Très probablement, cela n'a pas suscité en lui de bons sentiments envers Yits'hak. À vrai dire, c'est par là que commence l'histoire en Béréchit (21,9) :

וַתֵּרֶא שָׂרָה אֶת-בֶּן-הָגָר הַמִּצְרִית אֲשֶׁר-יָלְדָה לְאַבְרָהָם מְצַחֵק׃

vattére sará et-ben-hagár hammitsrít acher-yaledá le'avrahám metsa'hék

9 Et Sara vit le fils de Hagar l'Égyptienne, qu'elle avait enfanté à Avraham, se moquant.

Se moquant, apparemment, soit du fait que voilà, elle a enfanté dans sa vieillesse, soit du fait que Yits'hak, il est si petit et si drôle. Quel âge a Yits'hak à ce moment-là ? Nous lisons au verset 8 que Yits'hak est sevré. Pour cette époque-là, il a 2-3 ans. Yichmaël, en conséquence, a 16-17 ans.

Yichmaël a vécu une crise très sérieuse. Il n'avait pas lu le livre de Béréchit. Essayez de le regarder comme un adolescent qui a vécu une telle chose. Je ne parle même pas du fait qu'il est arraché à sa vraie mère, qui, peut-être, croyait aux dieux égyptiens. Et le bon Avraham, plein d'amour, lui parle de son Dieu, et dans quels conflits intérieurs se trouve ce garçon. Mais, même si l'on met cela de côté, imaginez simplement le degré de jalousie et de révolte qui pouvait naître dans le cœur d'un adolescent de 16-17 ans quand il se heurte à une telle chose.

Donc, Sara vit que le fils de Hagar l'Égyptienne se moquait.

וַתֹּאמֶר לְאַבְרָהָם גָּרֵשׁ הָאָמָה הַזֹּאת וְאֶת-בְּנָהּ כִּי לֹא יִירַשׁ בֶּן-הָאָמָה הַזֹּאת עִם-בְּנִי עִם-יִצְחָק׃

vattómer le'avraham garéch ha'amá hazzót ve'et-bená ki lo yirách ben-ha'amá hazzót im-bení im-yits'hák

10 Et elle dit à Avraham : « Chasse cette esclave et son fils, car le fils de cette esclave (maintenant il est déjà – le fils de cette esclave). n'héritera pas avec mon fils, avec Yits'hak.

וַיֵּרַע הַדָּבָר מְאֹד בְּעֵינֵי אַבְרָהָם עַל אוֹדֹת בְּנוֹ׃

vayéra haddavár me'ód be'ené avrahám al odót benó

11 Et cela devint très mauvais pour Avraham (tout cela paraissait très mauvais) à ses yeux, à l'égard de son fils.

Avraham voyait en cela un grand, grand problème. Et un problème moral. Et malgré tout, Yichmaël était pour lui un fils aimé. Avraham aimait Yichmaël.

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל-אַבְרָהָם אַל-יֵרַע בְּעֵינֶיךָ עַל-הַנַּעַר וְעַל-אֲמָתֶךָ כֹּל אֲשֶׁר תֹּאמַר אֵלֶיךָ שָׂרָה שְׁמַע בְּקֹלָהּ כִּי בְיִצְחָק יִקָּרֵא לְךָ זָרַע׃

vayomer elohím el-avrahám al-yerá be'enékha al-hanná'ar ve'al-amatékha kol achér tomár elékha sará chemá bekolá ki veyits'hák yikkaré lekhá zára

12 Et Dieu dit à Avraham : « Que ne soit pas mauvais pour toi, à tes yeux, tout ce qui concerne cet adolescent et ton esclave. Tout ce que te dit Sara, écoute sa voix, car c'est en Yits'hak que te sera appelée une semence.

וְגַם אֶת-בֶּן-הָאָמָה לְגוֹי אֲשִׂימֶנּוּ כִּי זַרְעֲךָ הוּא׃

vegám et-ben-ha'amá legóy assiménnou ki zar'akhá hou

13 Mais le fils de l'esclave aussi, je l'établirai en un grand peuple, car lui aussi – c'est ta semence.

Si Dieu parle, Avraham agit !

וַיַּשְׁכֵּם אַבְרָהָם בַּבֹּקֶר וַיִּקַּח-לֶחֶם וְחֵמַת מַיִם וַיִּתֵּן אֶל-הָגָר שָׂם עַל-שִׁכְמָהּ וְאֶת-הַיֶּלֶד וַיְשַׁלְּחֶהָ

vayachkém avrahám babbóker vayikka'h-lé'hem ve'hémat máyim vayittén el-hagár sam al-chikhmá ve'et-hayéled vaychalle'héha

14 Et Avraham se réveilla tôt le matin, et prit du pain et une outre d'eau, et donna à Hagar, lui mit sur l'épaule aussi le garçon, et la renvoya…

Si jusque-là nous lisions sur ce jeune homme comme sur un jeune homme, maintenant nous lisons sur lui comme sur un garçon. Si Sara demandait de chasser l'esclave, c'est-à-dire qu'il ne reste plus ici trace d'elle, Avraham, lui, la renvoya. Quelle est la différence quand une personne renvoie quelqu'un ou chasse quelqu'un ? Quand je renvoie quelqu'un, j'ai pour but que ce quelqu'un soit là-bas. Je veux qu'il soit là-bas. J'ai un certain souci de sa vie à venir. Quand je chasse quelqu'un d'ici, mon but est simplement qu'il ne reste plus ici trace de lui, qu'il ne soit plus ici à me crever les yeux. Avraham ne chasse pas l'esclave, mais renvoie l'esclave. Il la renvoie parce que, ce que lui a dit le Très-Haut : « J'ai un plan aussi à l'égard de ce jeune homme ». Et Avraham renvoie ce jeune homme entre les mains du Très-Haut. Seulement ce jeune homme est maintenant appelé yéled (garçon), et pourquoi donc l'a-t-on mis sur l'épaule de Hagar ? Un garçon de 16-17 ans, essaie donc de le poser sur l'épaule. Rachi commente et dit : « Sara a jeté le mauvais œil sur Yichmaël. Il est devenu faible, il a eu de la fièvre, et c'est pourquoi Hagar a pris en plus le jeune homme de 17 ans, avec l'outre d'eau, et l'a porté sur elle ». D'autres commentateurs disent que Yichmaël résistait, c'est pourquoi Avraham l'a ligoté et, comme un sac de pommes de terre, l'a mis, là encore, sur les épaules de Hagar. Tout cela n'explique pas pourquoi, au lieu de na'ar (jeune homme), nous lisons ici yéled (garçon). Mais à ces questions nous répondrons plus tard.

וַתֵּלֶךְ וַתֵּתַע בְּמִדְבַּר בְּאֵר שָׁבַע׃

vattélekh vattéta bemidbár be'ér cháva

…et elle s'en alla, et elle s'égara dans le désert de Bé'er Chéva.

וַיִּכְלוּ הַמַּיִם מִן-הַחֵמֶת

vayikhlou hammáyim min-ha'hémet

15 Et l'eau de l'outre s'épuisa…

Dans le désert sans eau – c'est, somme toute, une mort rapide.

וַתַּשְׁלֵךְ אֶת-הַיֶּלֶד תַּחַת אַחַד הַשִּׂיחִם׃

vattachlékh et-hayéled tá'hat a'hád hassi'hím

…et elle jeta le garçon sous un des buissons (elle fit tomber de dessus elle le garçon sous un des buissons).

Encore une fois le garçon et fit tomber. Ici nous ne voyons pas un gars de 17 ans. Ici, c'est un garçon.

וַתֵּלֶךְ וַתֵּשֶׁב לָהּ מִנֶּגֶד הַרְחֵק כִּמְטַחֲוֵי קֶשֶׁת

vattélekh vattéchev la minnéged har'hék kimta'havé kéchet

16 Et elle alla, et s'assit en face, à la distance d'un tir de flèche…

Encore un détail auquel il vaut la peine de prêter attention. Nulle part ailleurs la Torah ne donne une telle mesure – à la distance d'un tir de flèche. Combien est-ce – à la distance d'un tir de flèche ? Un arc moderne tire à 100 mètres, et si l'on lance la flèche sous un angle de 45 degrés, alors encore plus haut, et jusqu'à 220 mètres. Ce n'est pas important. La Torah dit : « Voilà cette distance ! » Pas à cinq minutes de marche, pas à une minute de marche, pas en pas. Ni, comme disent les Esquimaux dans le Nord : « Combien de fois tu vas transpirer pendant que tu cours ».

כִּי אָמְרָה אַל-אֶרְאֶה בְּמוֹת הַיָּלֶד וַתֵּשֶׁב מִנֶּגֶד וַתִּשָּׂא אֶת-קֹלָהּ וַתֵּבְךְּ׃

ki amerá al-er'é bemót hayáled vattéchev minnéged vattissá et-kolá vattévk

…car elle dit : « je ne serai pas témoin de la façon dont mourra ce garçon, je ne veux pas le voir ». Et elle s'assit en face, et éleva sa voix, et pleura.

On peut comprendre Hagar, quoi qu'il en soit. Elle est une esclave, une femme asservie. À un beau moment, ou à un moment pas très beau, on lui a dit : « Enfante un fils à Avraham ! Avraham viendra vers toi et engendrera un fils ». Elle a enfanté un fils. Personne ne lui a demandé son avis dans toute cette histoire. Et pas à pas, elle s'embrouille de plus en plus. Quelle qu'elle soit, maintenant elle est assise dans le désert et pleure, parce que son garçon est en train de mourir. Elle éleva la voix et éclata en sanglots.

וַיִּשְׁמַע אֱלֹהִים אֶת-קוֹל הַנַּעַר

vayichmá elohím et-kól hanná'ar

17 Et Dieu entendit la voix du jeune homme…

Le garçon redevient un jeune homme. Et c'est Hagar qui pleurait, mais Dieu entendit la voix du jeune homme.

וַיִּקְרָא מַלְאַךְ אֱלֹהִים אֶל-הָגָר מִן-הַשָּׁמַיִם וַיֹּאמֶר לָהּ מַה-לָּךְ הָגָר אַל-תִּירְאִי כִּי-שָׁמַע אֱלֹהִים אֶל-קוֹל הַנַּעַר בַּאֲשֶׁר הוּא-שָׁם׃

vayikrá mal'ákh elohím el-hagár min-hachamáyim vayomer la ma-lákh hagár al-tire'í ki-chamá elohím el-kól hanná'ar ba'achér hou-chám

…Et l'ange de Dieu appela Hagar du ciel, et lui dit : « Qu'as-tu, Hagar ? Qu'est-ce qui t'arrive, Hagar ? n'aie pas peur, car Dieu a entendu la voix du jeune homme là (qui se trouve là).

קוּמִי שְׂאִי אֶת-הַנַּעַר וְהַחֲזִיקִי אֶת-יָדֵךְ בּוֹ כִּי-לְגוֹי גָּדוֹל אֲשִׂימֶנּוּ׃

koúmi se'í et-hanná'ar veha'hazíki et-yadékh bo ki-legóy gadól assiménnou

18 Lève-toi, traîne le jeune homme, tiens-le fermement dans tes mains, car je ferai de lui un grand peuple ».

Même si Dieu nous ordonne de chasser quelqu'un ou nous permet de chasser quelqu'un, cela ne signifie pas qu'à ce quelqu'un il n'enverra pas d'Ange.

וַיִּפְקַח אֱלֹהִים אֶת-עֵינֶיהָ וַתֵּרֶא בְּאֵר מָיִם וַתֵּלֶךְ וַתְּמַלֵּא אֶת-הַחֵמֶת מַיִם וַתַּשְׁקְ אֶת-הַנָּעַר׃

vayifká'h elohím et-enéha vattére be'ér máyim vattélekh vattemallé et-ha'hémet máyim vattáchk et-hanná'ar

19 Et Dieu ouvrit ses yeux, et elle vit un puits d'eau, et elle alla, et remplit l'outre d'eau, et abreuva le jeune homme.

וַיְהִי אֱלֹהִים אֶת-הַנַּעַר וַיִּגְדָּל וַיֵּשֶׁב בַּמִּדְבָּר וַיְהִי רֹבֶה קַשָּׁת׃

vayhí elohím et-hanná'ar vayigdál vayéchev bammidbár vayhí rové kachát

20 Et Dieu fut avec ce jeune homme, et il grandit, et il habita dans le désert, et il devint tireur à l'arc.

וַיֵּשֶׁב בְּמִדְבַּר פָּארָן וַתִּקַּח-לוֹ אִמּוֹ אִשָּׁה מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם׃

VAYÉCHEV BEMIDBÁR PARÁN VATTIKKA'H-LÓ IMMÓ ICHÁ ME'ÉRETS MITSRÁYIM

21 et il vécut dans le désert de Paran, et sa maman lui prit une femme du pays d'Égypte.

Qu'est-ce qui manque dans toute cette histoire ? Où le garçon cède-t-il la place au jeune homme ? Nulle part il n'est écrit que c'est Yichmaël. Il est à tel point écrit nulle part que c'est Yichmaël, il n'est mentionné nulle part que c'est Yichmaël, il n'est pas mentionné directement, que certains commentateurs disent : « Eh bien, en somme, Hagar était une jeune fille jeune, peut-être de belle prestance. Certaines traditions disent qu'elle était issue de la maison de Pharaon lui-même. En tout cas, peut-être Pharaon l'a-t-il donnée en cadeau à Sara, qu'elle soit sa fille ou son esclave, et là-bas on ne gardait pas de mauvaise marchandise. Hagar – une jeune fille jeune, belle, et, peut-être, comme ce fut le cas avec les concubines de Yaakov, Avraham a engendré d'elle encore des enfants. D'autant plus que la Torah mentionne encore plus loin les fils des concubines. » On peut, bien sûr, accepter un tel commentaire, mais il est un peu difficile de l'accepter, parce que la Torah ne dit nulle part qu'Avraham avait encore des enfants de Hagar.

Il n'est quand même pas clair pourquoi le nom de ce jeune homme n'est nommé nulle part ? Pourquoi est-il tantôt jeune homme, tantôt garçon ? Pourquoi la Torah dit-elle que Hagar s'assit loin de lui à une distance de tir ?

Tout cela, essayons de le comprendre ainsi. Il y avait un jeune homme qui s'appelle Yichmaël. Nous savons comment il vivait, nous en avons déjà parlé. Premier-né bien-aimé d'Avraham, premier-né longtemps attendu d'Avraham, apparemment, aimé aussi de Sara. À un beau moment, tout change, et change, peut-être, aussi le comportement de Yichmaël. On le chasse. À ce moment, le père et la mère, Sara et Avraham, l'ont abandonné. David dit quelque chose de semblable. Au Psaume 27, il dit : « Père et mère m'ont abandonné. Dieu m'a pris auprès de lui. » Et ici nous lisons quelque chose de semblable. À ce moment, quand Hagar le porte sur elle, il est, réellement, yéled (garçon), qui n'a encore ni nom (son nom, personne ne le mentionne), ni destin, ni, au fond, parents, parce que Sara et Avraham l'ont abandonné.

Mais Dieu le prend auprès de lui, comme il a donné la promesse à Avraham. Dieu avait promis à Avraham que c'est quand même la semence d'Avraham et qu'il sera un grand peuple. Et, quand Hagar est déjà tout à fait perdue, Dieu entend non plus la voix du garçon, mais la voix du jeune homme. Elle, Hagar, voit un puits. Ce n'est pas simplement un puits, c'est un symbole. L'eau, c'est la vie. Et elle fait boire le garçon. Et nous, si nous lisions depuis le début, nous lirions au sujet de Sara. Il y est dit que Sara se réjouit, revit, en nourrissant Yits'hak au sein. Ici, non pas au sein, mais avec de l'eau. Le puits du Très-Haut, le Très-Haut, comme un père, « nourrit » Yichmaël et le ressuscite presque d'entre les morts.

Pourquoi pouvons-nous dire que c'est quand même Yichmaël ? Parce que nous lisons au verset 17 :

כִּי-שָׁמַע אֱלֹהִים אֶל-קוֹל הַנַּעַר בַּאֲשֶׁר הוּא-שָׁם׃

KI-CHAMÁ ELOHÍM EL-KÓL HANNÁ'AR BA'ACHÉR HOU-CHÁM.

Chama El – Dieu a entendu, c'est la traduction du nom Yichmaël. À ce moment, quand Dieu entend sa voix, son nom se réalise prophétiquement, et il naît comme de nouveau en tant que Yichmaël, devient Yichmaël celui que Dieu a entendu, dont Dieu a pris soin.

Et qu'en est-il de la flèche ? Pourquoi Hagar s'assit-elle à la distance d'une flèche ? Pourquoi la Torah le note-t-elle et le remarque-t-elle ? Nous lirons plus tard que Yichmaël devint tireur à l'arc. Il essaie comme, si l'on parle le langage de la psychologie, de « couvrir d'un tir » cette distance à laquelle sa propre mère s'est assise loin de lui. Et sa propre mère l'a abandonné aussi. Elle l'a abandonné à une distance de tir, comme si elle l'avait décoché. Et toute sa vie ultérieure, toute sa biographie ultérieure, Yichmaël essaie de franchir cette distance de tir jusqu'à sa mère, en vivant du tir à l'arc.

La tradition et le midrach disent que Yits'hak prit soin de réconcilier Yichmaël et Avraham. Quand arrive Rivka, il est raconté que Yits'hak venait de ce puits même près duquel vit Yichmaël – Béer La'haï Roï. Et, en outre, nous voyons qu'aux funérailles d'Avraham est présent Yichmaël, bien qu'on l'ait chassé. Et un certain travail spirituel, un travail intérieur s'est opéré en Yichmaël.

Le fond du récit, c'est que Yichmaël, abandonné de tous, même abandonné par nous, délaissé, semble-t-il, hors du dessein de Dieu, hors de la providence, hors de toutes les généalogies possibles, même si sa généalogie figurera dans la Torah. Mais il est le dernier personnage dont nous parlons, (peut-être encore moins – d'Essav), parce que Yichmaël, nous ne l'aimons pas. D'autant plus qu'il y a les Arabes, avec qui nous sommes en guerre, qui se sont soudain proclamés descendants de Yichmaël. Eux tous, nous ne les aimons pas, et Yichmaël non plus, nous ne l'aimons pas.

Mais Dieu a pris soin de lui. Et cela est dit directement. Dieu était avec ce jeune homme, Dieu l'a sauvé. Il y a là plusieurs leçons à la fois.

Si nous renvoyons quelqu'un que nous ne voulons pas voir près de nous, que nous ne pouvons pas voir près de nous, nous pouvons comprendre que Dieu prendra soin de lui. Nous ne sommes pas Dieu. À Avraham, le Très-Haut a dit : « Renvoie ! Renvoie, fais partir ! Écoute Sara. Je prendrai soin de lui, parce qu'il est ta semence. Je ne l'abandonnerai pas. J'ai entendu tes prières pour lui. »

Cela peut signifier pour nous aussi autre chose. Quand nous sentons que nous sommes ainsi couchés près du puits, assoiffés d'eau, mourant de soif, quand nous sentons que nous sommes chassés et que c'est nous qui marchons dans le désert et nous sommes égarés, et qu'il nous semble que tout est déjà fini, en réalité, rien n'est encore fini. Tout ne fait que commencer. Et le nom Yichmaël peut encore s'accomplir et se réaliser pleinement. Voilà une histoire si simple et si complexe avec Yichmaël, avec le garçon qu'on n'aime pas.

Notre Patriarche Avraham avait deux fils au sujet desquels il y eut une prophétie avec l'ordre de leur donner un nom précis.

Quand une femme enceinte du nom de Hagar s'enfuyait de l'oppression de sa maîtresse et se retrouva dans le désert, un Ange s'adressa à elle. Représentons-nous la situation dans laquelle se trouvait à ce moment Hagar. Elle était tombée enceinte, en somme, à l'initiative de Sara, et en conséquence la maîtresse se mit à la traiter tout autrement, apparemment, à la forcer à faire des travaux pénibles, qui sait, peut-être aussi à lever la main sur elle, et à élever la voix. Tout cela, nous ne le savons pas, mais pour Hagar, ça chauffait à tel point qu'elle décida de s'enfuir de sa maîtresse dans le désert, où la menaçait une mort directe. Apparemment, c'était quand même mieux ainsi que de supporter l'oppression de Sara. Et voilà que dans cette situation un Ange du ciel s'adresse à elle et lui dit : « Retourne chez ta maîtresse. Retourne chez ta maîtresse, même si elle ne deviendra pas plus bonne, plus aimable, et qu'après la fuite, peut-être, au contraire, elle te traitera encore plus mal, t'opprimera encore davantage. Je ne te promets aucune grâce de la part de la maîtresse, mais toi, retourne chez elle, et tu enfanteras un fils, et ton fils sera un grand homme. » Eh bien, et encore beaucoup de promesses avec cela, et il est ordonné de nommer ce fils du nom de Yichmaël, ce qui signifie Dieu a entendu, en somme, un nom qui symbolise une foi ainsi directe, inconditionnelle. Et encore une fois, il faut rendre justice à Hagar. Quel acte de foi c'est – se lever, se relever et retourner vers sa maîtresse oppressante, haïe, devenue insupportable, sur la promesse de l'Ange. C'est-à-dire que Hagar reçoit avec une foi entière ce qui lui est dit par l'Ange.

Dans Béréchit (17,17), nous lisons comment le Très-Haut annonce à Avraham qu'un fils lui naîtra : « Et Avraham tomba sur sa face et se mit à rire. » Beaucoup aiment traduire cela par se réjouit. Non, là, c'est précisément se mit à rire. Un rire qui exprime des doutes. Et Avraham ensuite, à vrai dire, confirme cela par son discours et dit : « Pourvu seulement que Yichmaël vive devant Toi ! Allons donc ! À mon âge, encore enfanter ? »

Ainsi naquirent deux fils. Le nom de l'un – Yichmaël – signifie, en somme, une foi inconditionnelle, le nom du second – Yits'hak – le souvenir en partie de ce rire dont avait ri Avraham, en partie, comme l'a dit Sara : « Mais ici, quiconque l'entendra rira », – parce qu'une telle histoire suscite le doute et un sourire moqueur.

Une foi pleine, inconditionnelle, et les doutes – deux instruments pour notre vie, qui se manifestent, peut-être, de façon très contrastée.

Nous voyons de quelle façon contrastée, par rapport au nom, Avraham se comporte envers ses fils. Quand Avraham chasse Yichmaël, dont nous avons dit que son nom signifie une foi inconditionnelle, Avraham est très affligé, il a le cœur lourd, la Torah en parle, il doute fortement de ce qu'il fait. Avraham chasse Hagar et Yichmaël à contrecœur, il est plein de doutes sur ses actes. Mais quand le Très-Haut l'appelle à offrir Yits'hak en sacrifice, là Avraham n'a pas de doutes, et il agit entièrement par un acte de foi et, sans poser aucune question, sans laisser paraître aucun doute, conduit Yits'hak vers le lieu de l'autel.

Ainsi, dans notre vie aussi, sont nécessaires, constamment nécessaires, deux instruments – une foi pleine, inconditionnelle, et les doutes. Et chacun, bien sûr, a sa place. Il arrive parfois que la soumission totale, la soumission inconditionnelle devienne pire que l'anarchie, mène au totalitarisme, à se briser soi-même, à l'absence de pensée. L'homme doit penser, doit réfléchir, doit douter, pour vivre. Et les doutes, et la foi, en un mélange raisonnable, doivent être présents dans notre vie.

Quand tout autour est clair, compréhensible, rangé dans des cases et que, semble-t-il, tout est sous les yeux, c'est justement là qu'il faut enclencher la force du doute et réexaminer : tout est-il bien comme il paraît ?

Quand les temps sont troubles, quand c'est difficile et qu'il n'y a rien à quoi s'accrocher, c'est justement le moment d'enclencher l'instrument de la foi, mais nous nous rappelons que nous, vous et moi, nous sommes des descendants de Yits'hak. Quand même, nous venons du côté de ceux qui doutent. Et notre chemin de vie est souvent rempli à ras bord de doutes. Tout le judaïsme est plein de doutes, de questions, de réponses à ces questions et de nouvelles questions qui sont posées. Le judaïsme, c'est, au fond, une relation avec Dieu sur la base de questions et de réponses, de doutes et de résolutions des doutes. Le Talmud dit qu'il n'y a pas de plus grande joie que la résolution des doutes. Mais parfois, bien sûr, il vaut la peine de s'arrêter et de douter qu'il vaille la peine de douter, et de penser : « Peut-être, ça suffit maintenant de douter. » Cela aussi est tout à fait à propos.

Voilà de telles pensées, peut-être un peu embrouillées, mais sans doute utiles, qui sont apparues en lien avec la section hebdomadaire Vayéra.

Autrefois, au temps de ma jeunesse, il était d'usage que les élèves des grandes classes suivent des cours de premiers secours dans ce qu'on appelle le Maguen David Adom (Maguen David rouge) – c'est ainsi qu'en Israël on appelle les secours d'urgence. C'était intéressant, bien sûr, de voir le quotidien de ceux qui travaillent aux secours d'urgence, leur travail de tous les jours, et puis, bien sûr, le plus important – apprendre à porter les premiers secours, et pas seulement cela. Un jeune instructeur racontait comment agir correctement quand survient un incident avec un grand nombre de blessés. L'ambulance arrive sur le lieu d'un attentat ou d'un accident (malheureusement, les attentats en Israël arrivent toujours souvent) et voit, comme cela s'appelle justement, un grand nombre de blessés. Que Dieu nous garde de voir le tableau qui s'offre aux secouristes et aux médecins quand ils sortent de l'ambulance. Et là se pose la question : de qui se saisir en premier, de qui s'occuper en premier, car le temps se compte en minutes, en secondes, et, en accordant de l'attention à celui qui a moins besoin d'attention, on peut manquer quelqu'un qui, pendant ce temps, Dieu nous en garde, peut mourir ? Réellement, c'est une question de vie ou de mort. Le secouriste a dit : « Celui des blessés qui crie le plus est celui qui a le moins besoin de ton aide, c'est une règle générale ». Pourquoi cela ? Parce que, si une personne crie, cela signifie qu'elle a un pouls, qu'elle a du souffle pour crier fort, bien respirer, et qu'elle est certainement consciente. Cela signifie qu'elle peut attendre pendant que nous aidons quelqu'un d'autre, qui peut gémir doucement, ou être sans connaissance, ou dans une autre situation critique. C'est-à-dire que si nous ne pouvons pas déterminer tout de suite qui aider, nous pouvons tout de suite déterminer, dans la plupart des cas, qui l'on peut aider un tout petit peu plus tard.

Cette règle peut être transposée dans la vie et appliquée dans les questions de bienfaisance et dans les questions de certains démêlés judiciaires. Loin de là, celui qui crie le plus fort n'a pas toujours raison. Bien que, malheureusement, se soit établie dans la société une telle compréhension, une telle approche, le désir naturel de l'homme de se ranger du côté de celui qui crie le plus.

Dans notre section hebdomadaire, nous lisons l'histoire de Hagar, qu'Avraham chasse pour la deuxième fois, et nous lisons au chapitre 21 du livre de Béréchit :

Et il n'y eut plus d'eau dans l'outre, et elle jeta l'enfant sous l'un des buissons, et elle alla, et s'assit au loin, à la distance d'un tir d'arc. Car elle dit : « Que je ne voie pas la mort de l'enfant ». Et elle s'assit à l'écart et éleva sa voix et pleura (c'est-à-dire qu'elle éleva la voix, cria, hurla, brailla, Hagar).

Et que lisons-nous au verset suivant, le 17 ?

Et Dieu entendit la voix du jeune homme

Le jeune homme, probablement, geignait lui aussi, pleurait, mais certainement pas aussi fort que Hagar, mais le SEIGNEUR répond, leur besoin est commun, mais le SEIGNEUR répond dans ce cas précisément à la voix du garçon, non à la voix de Hagar.

Quand nous faisons quelque miséricorde, ou une aumône, ou quelque bienfaisance, notre oreille doit être musicale au point d'entendre non seulement le volume, mais aussi certaines demi-teintes, certaines intonations. Savoir entendre celui qui ne peut pas crier plus fort que tous, qui, peut-être, ne peut pas parler plus joliment que tous. Savoir discerner celui qui, réellement, a besoin d'aide, – c'est, à proprement parler, la manifestation du don d'assistance.

Comment savoir qui précisément il faut aider, si nos moyens sont limités et que des gens viennent ? Les uns crient, les autres se taisent, et comprendre qui est réellement dans le besoin – c'est difficile. Il faut enclencher une autre ouïe, une ouïe d'un autre monde, afin de bien diriger notre aide, de bien choisir l'action nécessaire non seulement dans le domaine de la bienfaisance, mais aussi dans le domaine de la justice, des démêlés judiciaires, dans beaucoup, dans beaucoup de domaines de la vie, et dans l'ordre des affaires qu'on exige de nous.

Et dans beaucoup d'autres cas, ce genre d'ouïe (l'écoute au-delà du volume de la voix, la capacité de faire abstraction du volume de la voix), c'est une capacité très importante.

Poursuivez la lecture : Lekh Lekha, 'Hayé Sara, les alliances et les sections hebdomadaires de la Torah.

Original russe : alexblend.com
Cette traduction a été réalisée avec l’aide de l’IA et nécessite encore une révision linguistique et une correction par des locuteurs natifs.

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    1. 1Vayéra : Avraham a des invités 18,1–15
    2. 2Combien seront sauvés à Sédom 18,16–33
    3. 3L'hospitalité de Sédom 19,1–26
    4. 4Une histoire terrible 19,30–38
    5. 5L'histoire de la conception immaculée
    6. 6Yichmaël
    7. 7Doutes et foi
    8. 8Une ouïe particulière

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