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שְׁמוֹת
Chémot
Moché et le début de l'Exode
- Section hebdomadaire
- 13 sur 54
- Versets
- Chémot 1,1–6,1
- Parties
- 14
- Temps de lecture
- 3 h 19 min
- Vues
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Chémot est la première section hebdomadaire du livre de l'Exode. Dans le sténogramme, Alex Blend examine l'esclavage d'Israël en Égypte, le sort des sages-femmes, la jeunesse de Moché, sa conversation avec Dieu et le début du chemin de la libération. Le matériel comprend l'hébreu, la translittération, la traduction, les commentaires de l'auteur et la haftara de Yéchayahou.
Chémot : Le Je-ne-sais-rien sous la lune
Chémot 1,1–17
Avec l'aide de Dieu, nous commençons à lire le deuxième livre de Moché, le deuxième livre de la Torah. En hébreu, il s'appelle Chémot, d'après le premier mot significatif du livre, ce qui signifie Noms. En russe, il s'appelle, conformément à son contenu, Exode. Ce livre raconte, entre autres, la délivrance miraculeuse du peuple d'Israël de la captivité égyptienne. Et que l'étude de ce livre devienne une bénédiction pour chacun de nous, pour la libération de quelque dépendance qui lui est propre, de quelque non-liberté qui lui est propre, afin que chacun sorte de sa captivité, comme le Très-Haut le jugera bon pour lui.
וְאֵלֶּה שְׁמוֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל הַבָּאִים מִצְרָיְמָה אֵת יַעֲקֹב אִישׁ וּבֵיתוֹ בָּאוּ:
ve'élle chemót bené yisraél habbaím mitsráyma et yaakóv ich ouvetó báou
1 Voici les noms des fils d'Israël qui vinrent en Égypte ; avec Yaakov vinrent des gens, chacun avec sa maison :
רְאוּבֵן שִׁמְעוֹן לֵוִי וִיהוּדָה:
re'ouvén chim'ón leví vihoudá
2 Réouven, Chimon, Lévi et Yéhouda,
יִשָּׂשכָר זְבוּלֻן וּבִנְיָמִן:
yissakhár zevouloún ouvinyamín
3 Yissakhar, Zévouloun et Binyamin,
דָּן וְנַפְתָּלִי גָּד וְאָשֵׁר:
dan venaftalí gad ve'achér
4 Dan et Naftali, Gad et Acher.
Les quatre premiers versets énumèrent, à proprement parler, les 12 fils de Yaakov, dont chacun, avec sa grande famille, avec sa femme, avec ses enfants, certains avec leurs petits-enfants, est venu en Égypte.
וַיְהִי כָּל־נֶפֶשׁ יֹצְאֵי יֶרֶךְ־יַעֲקֹב שִׁבְעִים נָפֶשׁ וְיוֹסֵף הָיָה בְמִצְרָיִם:
vayhí kol-nefech yotse'é yerekh-yaakóv chiv'ím náfech veyosséf hayá vemitsrayim
5 Et toutes les âmes sorties de la cuisse de Yaakov (le mot cuisse est un euphémisme pour les organes génitaux ou, comme on a coutume de dire en russe, les reins) furent 70 âmes, et Yossef était en Égypte.
On nous rappelle le résumé des chapitres précédents. Il est important que toute l'action se déplace en Égypte, le peuple d'Israël va se former en Égypte.
וַיָּמָת יוֹסֵף וְכָל־אֶחָיו וְכֹל הַדּוֹר הַהוּא:
vayámot yosséf vekhol-e'háv vekhol haddór hahoú
6 Et Yossef mourut, et tous ses frères, et toute cette génération.
Tous ceux qui étaient venus avec Yaakov en Égypte, et peut-être tous les Égyptiens qui vivaient alors, tous sont morts, la génération a changé.
וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל פָּרוּ וַיִּשְׁרְצוּ וַיִּרְבּוּ וַיַּעַצְמוּ בִּמְאֹד מְאֹד וַתִּמָּלֵא הָאָרֶץ אֹתָם:
ouvné yisraél paroú vayichretsoú vayirboú vaya'atsmoú bim'ód me'ód vattimmalé ha'árets otám
7 Et les fils d'Israël se multiplièrent, et « grouillèrent », et s'accrurent, et devinrent forts très-très, et la terre fut remplie d'eux.
La Torah nous dit : bien que les pères soient morts (ces Pères qui étaient les fondateurs du peuple et qui recevaient les bénédictions), le peuple d'Israël s'est multiplié. Ici, au verset 7, nous rencontrons de nouveau le verbe yichretsoú. Le mot chérets signifie insecte, moucheron, reptile, et le mot lichróts peut signifier grouiller, se mirent à grouiller. Ce mot a des connotations pas très bonnes, pas très bienveillantes. Eh bien, évidemment, ce qui grouille, c'est quelque chose de pas bon, et le mot chérets lui-même est lié aux insectes, aux reptiles qui rampent ou qui s'agitent d'une manière ou d'une autre. Tout cela est désagréable, parfois même au niveau tactile. Les commentateurs et les midrachim disent que la terre d'Égypte « s'est mise à grouiller de Juifs », les Juifs pénétraient dans toutes les couches de la société égyptienne, ils écrivaient même des chansons populaires égyptiennes : de « le matin colore d'une douce lumière les murs de la ville de Memphis » à « Pharaon et Mao nous écoutent », et ainsi de suite. Où que l'on se tourne, partout il y avait des Juifs. Et les midrachim disent encore une fois que les Juifs s'étaient trop « égyptianisés », qu'ils commençaient à s'emparer de l'Égypte au sens culturel. Et les mots me'ód me'ód (très-très), sont compris ainsi : économiquement aussi, les Juifs devinrent très forts en Égypte. Et ce n'est pas étonnant, parce qu'en fait les Juifs et les prêtres restaient la seule partie libre de la population. Nous observons un phénomène semblable : d'une manière étrange, l'argent se concentre entre les mains des Juifs tout au long de l'histoire mondiale. Tout au long de l'histoire mondiale, d'autres Juifs paient pour le fait que certains Juifs concentrent l'argent entre leurs mains. En somme, c'est un problème complexe des relations entre Israël et les nations du monde, qui a commencé déjà alors, en Égypte. Mais l'essentiel de ce que la Torah nous dit ici, c'est que les Patriarches sont morts, mais que la bénédiction est restée sur le peuple.
וַיָּקָם מֶלֶךְ־חָדָשׁ עַל־מִצְרָיִם אֲשֶׁר לֹא־יָדַע אֶת־יוֹסֵף:
vayákom melekh-'hadách al-mitsráyim achér lo-yadá et-yosséf
8 Et s'éleva un nouveau roi sur l'Égypte, qui ne connaissait pas Yossef.
Le mot yakám (se leva) n'est jamais employé à propos des rois – c'est du moins ce que disent les spécialistes de la grammaire hébraïque. Cela signifie que le roi est arrivé au pouvoir de manière illégale, que c'était une autre dynastie ou, peut-être, quelqu'un qui n'avait pas droit au trône.
Il y a un motif très intéressant qui traverse toute la Torah – c'est le motif de la connaissance. Quand Avraham demanda au Très-Haut : « Comment saurai-je que j'hériterai de cette terre ? », le Très-Haut fit tomber sur lui un sommeil et là, à proprement parler, lui prédit que le peuple descendrait en Égypte, et dit : « Par la connaissance tu sauras que ton peuple sera étranger, et Je le ferai sortir ». Ici – le souvenir du Très-Haut, de ce qu'Il nous connaît en tout temps.
Ainsi, toute la génération est morte. Dieu se souvient de son peuple, le peuple s'est multiplié, mais avec Pharaon – un contretemps : s'est levé un nouveau roi qui ne connaît pas Yossef. Le roi terrestre ne connaît pas Yossef, mais le Roi céleste connaissait Yossef et connaît toujours Yossef. Le roi terrestre, plus tard, « en arrivera là », et nous le verrons, quand il dira : « Je ne connais pas non plus Dieu ». Dans quelle mesure ce « Je-ne-sais-rien » égyptien est-il vraiment un Je-ne-sais-rien ? Résolvons un petit exemple mathématique. Yossef est mort environ 70 ans après que le peuple est descendu en Égypte, et 80 ans de la vie de Moché se sont écoulés avant que le peuple n'en sorte. Il en résulte que le roi s'est levé au moins 70 ans après la mort de Yossef, c'est-à-dire qu'environ 60 ans se sont écoulés entre la mort de Yossef et la naissance de Moché, et c'est justement à cette époque que devait apparaître le nouveau roi. Il ne s'était pas écoulé tant de siècles, tant de millénaires, ni même tant de dizaines d'années, pour que le roi vraiment ne connaisse pas Yossef. Comme n'importe qui, même en occupant instruit, il ne pouvait pas ne pas connaître l'existence de Yossef. Et ici, on veut dire très probablement qu'il ne reconnaissait pas les accords conclus auparavant avec Yossef. C'est-à-dire qu'il ne reconnaissait pas la contribution de Yossef, ne reconnaissait pas le rôle de Yossef, ne reconnaissait pas la participation de Yossef à la vie égyptienne. Que voyait-il donc ?
וַיֹּאמֶר אֶל־עַמּוֹ הִנֵּה עַם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל רַב וְעָצוּם מִמֶּנּוּ:
vayomer el-ammó hinné am bené yisraél rav ve'atsoúm mimménnou
9 Et il dit à son peuple : « Voici, le peuple d'Israël est plus nombreux et plus fort que nous.
הָבָה נִתְחַכְּמָה לוֹ פֶּן־יִרְבֶּה וְהָיָה כִּי־תִקְרֶאנָה מִלְחָמָה וְנוֹסַף גַּם־הוּא עַל־שֹׂנְאֵינוּ וְנִלְחַם־בָּנוּ וְעָלָה מִן־הָאָרֶץ:
háva nit'hakkemá lo pen-yirbé vehayá ki-tikréna mil'hamá venossáf gam-hou al-sone'énou venil'ham-bánou ve'alá min-ha'árets
10 Allons, rusons d'une manière ou d'une autre avec lui, afin qu'il ne se multiplie pas. Et il arrivera, si surviennent une guerre ou des malheurs, qu'il se joindra lui aussi à nos ennemis (il – c'est le peuple d'Israël). Et il combattra contre nous, et s'élèvera de cette terre.
L'expression ki-tikréna, beaucoup la traduisent par si l'on nous déclare la guerre, si nous nous retrouvons en guerre (tikrénou). Mais on peut aussi la comprendre comme si survient une guerre ou quelque autre malheur encore. « La cinquième colonne » (les Juifs), ils sont, naturellement, nos ennemis, ils oublieront tout le bien que nous avons fait pour eux, ils se joindront à nos ennemis.
…s'élèvera de cette terre (ve'alá min-ha'árets) peut signifier s'élèvera et s'en ira de chez nous, nous pillera et s'en ira de chez nous. Deuxième variante : s'élèvera de son bas statut d'étrangers, que ce peuple a malgré tout en Égypte. Il existe aussi une troisième compréhension, que citent également certains commentateurs, qui disent que ve'alá min-ha'árets signifie et nous (les Égyptiens) partirons de cette terre, et que Pharaon le dit simplement de manière élégante. Il existe de telles formes de la langue orientale, où l'on parle de manière allégorique (que cela ne soit pas dit de nous). Et ici, Pharaon dit : « … et il nous chassera d'ici ». Toute la faute des Juifs, tout ce dont il a pu accuser les Juifs, c'est qu'ils existent, qu'ils sont plus nombreux, qu'il y en a davantage que d'Égyptiens. Et déjà pour cette raison, s'il y a une guerre, ils se joindront aux ennemis, ils nous pilleront, ils nous chasseront – n'importe quoi, uniquement parce qu'ils sont plus nombreux. Pharaon n'a aucune raison de ne pas aimer les Juifs. Pourquoi une telle chose surgit-elle ? Parce qu'il ne connaît pas Yossef, parce que chez les rois terrestres la connaissance s'interrompt.
Il y a ici encore un procédé littéraire tel que la préférence du lecteurLe russe dit littéralement « préférence du lecteur ». L'auteur veut sans doute parler de l'avantage du lecteur sur le personnage : nous en savons plus que Pharaon. Nous avons gardé l'expression telle quelle.. C'est-à-dire que nous, vous et moi, nous avons lu le livre de Béréchit, nous nous en souvenons, nous savons que derrière Yossef, derrière ses descendants, se tient la bénédiction du Très-Haut, que le Très-Haut est encore là. Mais Pharaon ne le sait pas, et ce Pharaon Je-ne-sais-rien essaie de mener contre le Très-Haut une guerre par procuration (une guerre par les mains d'autrui) à travers Israël, sans même s'en douter. Et toute la faute, tout ce qu'il a vu, tout ce que Pharaon a vu en Israël, c'est que les Israélites sont plus forts, que les Israélites sont plus nombreux. Aucun manque de loyauté, aucune hostilité, Pharaon n'a vu, car il n'y avait rien de tel. C'est un calque que toute l'histoire des relations des Juifs avec beaucoup d'autres peuples a répété, où des Juifs parfaitement loyaux, qui se sentaient comme « un épi fin dans un champ russe », étaient malgré tout considérés comme une « cinquième colonne » et des ennemis potentiels.
Et ensuite – la réalisation du plan de Pharaon.
וַיָּשִׂימוּ עָלָיו שָׂרֵי מִסִּים לְמַעַן עַנֹּתוֹ בְּסִבְלֹתָם וַיִּבֶן עָרֵי מִסְכְּנוֹת לְפַרְעֹה אֶת־פִּתֹם וְאֶת־רַעַמְסֵס:
vayassímou aláv saré missím lemá'an annotó bessivlotám vayíven aré miskenót lefar'ó et-pitóm ve'et-ra'amsés
11 Et on préposa sur Israël des ministres des impôts, afin de les opprimer par des souffrances. Et Pharaon bâtit des villes-entrepôts (ou villes-abris) Pitom et Ramsès.
Saré missím ou sará massoú – c'est une notion égyptienne connue, c'est une sorte d'inspecteur des impôts personnel, qui accompagne constamment une personne. Ce n'est pas un contrôle ponctuel qui vient chez la personne, c'est une personne si pointilleuse, qui calcule tous les impôts que tu dois payer, « la vérité d'État qui est toujours avec toi ». Il était affecté aux chefs de grandes régions, aux grands, gros personnages. Et ici, on l'a placé au-dessus d'Israël (apparemment, ce n'est pas à chaque Israélite, bien sûr, qu'on a collé une chose pareille), on a établi une surveillance particulière sur toute l'activité israélite.
Le mot miskenót vient de la racine du mot sokhén (être agent, mercenaire de quelque chose). C'est-à-dire que Pharaon bâtit des villes de service. Apparemment, c'étaient des villes de garnison, des villes-entrepôts, pour ainsi dire des « villes fermées » (comme en Union soviétique), des villes de l'industrie de défense de l'Égypte, et elles furent construites avec les impôts des Juifs. C'est-à-dire qu'on expliqua poliment aux Juifs que vous êtes ici des allogènes, vous profitez de tous les biens de notre terre égyptienne, c'est pourquoi faites des dons, s'il vous plaît, pour la défense, achetez des obligations de l'emprunt d'État égyptien pour la construction des villes de Pitom et Ramsès.
Sur la ville de Ramsès, nous savons beaucoup de choses. C'est effectivement une ville à la frontière du pays de Gochen, où par la suite, dans un avenir proche, sera transférée la capitale égyptienne. C'est un endroit qui fut longtemps abandonné, et il n'était utile à personne, sauf aux Juifs. Mais soudain (dans l'histoire égyptienne) commence là une aube, et on commence à y rebâtir la ville, à y installer des réseaux, à créer une infrastructure et ainsi de suite. Et tout cela, apparemment, avec l'argent juif ou en utilisant la main-d'œuvre juive (à en juger par le lien avec les impôts, tout de même avec l'argent, très probablement).
La ville de Pitom n'est connue que sur la base d'un des manuscrits. Un certain chef de la ville de Pitom écrit un rapport à la capitale de l'Égypte, disant qu'il a donné l'autorisation à certaines personnes d'entrer en Égypte. C'était une ville frontalière, à la frontière avec Édom. Peut-être y gardait-on des réfugiés, des gens demandant l'asile politique, des travailleurs immigrés potentiels et divers autres, avant qu'ils n'entrent en Égypte.
Ainsi, on se mit à opprimer le peuple d'Israël, on le frappa d'impôts, peut-être le frappa-t-on aussi de travaux obligatoires, nous lirons encore à ce sujet plus loin.
וְכַאֲשֶׁר יְעַנּוּ אֹתוֹ כֵּן יִרְבֶּה וְכֵן יִפְרֹץ וַיָּקֻצוּ מִפְּנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל:
vekha'achér ye'annoú otó ken yirbé vekhén yifróts vayakoútsou mippené bené yisraél
12 Et plus on opprimait le peuple d'Israël (ou quand on l'opprimait, ou malgré le fait qu'on l'opprimait), plus il s'accroissait et prospérait, et les Égyptiens se sentaient accablés par les fils d'Israël
Le mot ye'annoú (la racine ani – c'est être pauvre) peut signifier torturaient ou rendaient pauvres, ou opprimaient. Ce verbe peut comporter une gradation différente de la force de l'oppression, mais le'annót en hébreu moderne, c'est tourmenter, opprimer.
Nous avons lu au verset 10 que Pharaon avait entrepris tout cela avec le peuple pen-yirbé, afin qu'il ne se multiplie pas, et ici nous lisons que le peuple ken yirbé, qu'il s'est bel et bien multiplié et s'est bel et bien épanoui, malgré toutes les oppressions. Pourquoi ? Parce que Pharaon ne connaît pas Yossef, parce qu'il ne sait pas comment ce monde est fait, et rien ne lui réussit : plus les Égyptiens oppriment le peuple d'Israël, plus le Très-Haut intervient, donne une protection, et le peuple prospère. Ainsi le Très-Haut manifeste sa puissance.
וַיַּעֲבִדוּ מִצְרַיִם אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בְּפָרֶךְ:
vaya'avídou mitsráyim et-bené yisraél befárekh
13 Et les Égyptiens se mirent à tenir les Israélites aux travaux pénibles.
Párekh dans la langue moderne – un travail de forçat, un travail pénible, un travail dont l'âme s'épuise. Les midrachim voient en cela un si beau jeu de mots, si l'on prononce párekh comme pe rákh – bouche douce. On dit d'abord aux Juifs : « Bon, allez, vous êtes des étrangers ici, allez, vous travaillerez pour nous un jour par semaine, ou vous enverrez un certain groupe de gens travailler pour nous ». Et ainsi peu à peu, de fil en aiguille, en alourdissant peu à peu les conditions de séjour des Juifs en Égypte, on les asservit. Souvent surgit la question : « Pourquoi ne partiez-vous pas, pourquoi ne fuyiez-vous pas, pourquoi alliez-vous comme des brebis à l'abattoir ? » Parce qu'agissait ce principe pé rakh (bouche douce), que les sages ont remarqué. Très probablement, ici, dans le sens simple (pchat) du texte, il n'y est pas. Il s'agit de ce que, effectivement, les Égyptiens contraignirent les Juifs à des travaux d'utilité publique, et les Juifs, se trouvant dans la dépendance des autorités égyptiennes, y consentirent. Et ce pé rakh, cette bouche douce, comme technologie d'asservissement, comme technologie d'influence sur les Juifs, on peut le voir tout au long de l'histoire juive.
וַיְמָרְרוּ אֶת־חַיֵּיהֶם בַּעֲבֹדָה קָשָׁה בְּחֹמֶר וּבִלְבֵנִים וּבְכָל־עֲבֹדָה בַּשָּׂדֶה אֵת כָּל־עֲבֹדָתָם אֲשֶׁר־עָבְדוּ בָהֶם בְּפָרֶךְ:
vaymareroú et-'hayehém ba'avodá kachá be'hómer ouvilvením ouvkhol-avodá bassadé et kol-avodatám acher-avedoú vahém befárekh
14 Et ils rendirent leur vie amère dans un travail pénible, et par l'argile, et par les briques, et dans toutes sortes de travaux des champs, et dans tout travail pénible.
Les Égyptiens donnèrent aux Juifs tout le travail de travailleurs immigrés, tout le travail pénible qu'ils ne voulaient pas faire eux-mêmes. Peu à peu, les Juifs se retrouvèrent dans la dépendance, se retrouvèrent dans ce travail pénible. Mais, apparemment, cela n'eut pas d'effet, le peuple d'Israël continuait à se multiplier. Parmi les Juifs, la mortalité était plus faible, l'espérance de vie plus longue, la fertilité (la capacité de concevoir) plus élevée, davantage de femmes enfantaient, et la contrainte des Juifs au travail pénible n'aidait pas Pharaon. Pharaon pensait (c'est ce que disent les commentateurs) que, peut-être, après un travail pénible, les Juifs n'auraient pas tellement envie de se multiplier et de se reproduire, mais il n'en fut rien : les Juifs, comme ils enfantaient, ainsi ils enfantaient. Les commentateurs aiment interpréter que l'emploi de six verbes, de six mots, quand le Tanakh raconte la multiplication des Juifs en Égypte, indique que les femmes mettaient au monde des sextuplés d'un coup. Ibn Ézra dit : « J'ai vu moi-même une femme qui a mis au monde des quadruplés » – il est vrai qu'il le dit mille ans plus tard. Et les médecins disent que des sextuplés sont aussi possibles. Peut-être que les Juifs en mettaient au monde, et qu'il y avait des grossesses multiples, et qu'ils mettaient au monde beaucoup d'enfants. Mais ici il s'agit du fait que même la simple statistique de qualités telles que la capacité de la femme à enfanter, la capacité des enfants à survivre, l'espérance de vie, montre que rien ne changeait, malgré la dégradation des conditions.
וַיֹּאמֶר מֶלֶךְ מִצְרַיִם לַמְיַלְּדֹת הָעִבְרִיֹּת אֲשֶׁר שֵׁם הָאַחַת שִׁפְרָה וְשֵׁם הַשֵּׁנִית פּוּעָה:
vayomer mélekh mitsráyim lamyalledót ha'ivriyot achér chem ha'a'hát chifrá vechém hachenít pou'á
15 Et alors le roi d'Égypte s'adressa aux sages-femmes juives, dont le nom de l'une – Chifra, et le nom de l'autre – Poua.
Les sages-femmes sont deux, et cela non plus n'est pas très compréhensible, pourquoi il n'y en a que deux pour une si grande quantité de peuple. Les commentateurs disent que ce sont des sortes de cheffes, de cheffes d'équipe des sages-femmes. Eh bien, très probablement, c'est ainsi que cela était. Ce sont des ministres chargées des affaires de la natalité du peuple juif, des cheffes, des cheffes d'équipe, des tutrices, des enseignantes des sages-femmes. Et ici, remarquez-le, pour la première fois apparaissent des noms. Avant cela, nous lisions : le roi d'Égypte, le peuple – tous étaient sans visage après que Yossef était mort. Ici apparaissent de nouveau des personnages, des femmes du nom de Chifra (belle, bien faite de taille, intelligente) et Poua (fillette, fillette d'apparence, qui paraît jeune). Les deux noms sont hébreux, ce qui plaide en faveur du fait que ce n'étaient pas des Égyptiennes, c'étaient des Juives, qui exerçaient le travail d'accoucheuses parmi leur peuple.
וַיֹּאמֶר בְּיַלֶּדְכֶן אֶת־הָעִבְרִיּוֹת וּרְאִיתֶן עַל־הָאָבְנָיִם אִם־בֵּן הוּא וַהֲמִתֶּן אֹתוֹ וְאִם־בַּת הִיא וָחָיָה:
vayomer beyalledkhén et-ha'ivriyot our'itén al-ha'ovnáyim im-bén hou vahamittén otó ve'im-bát hi va'háya
16 Et il dit : « Quand vous faites accoucher les Juives (apparemment, elles faisaient aussi accoucher les non-Juives), et que vous voyez sur les pierres que l'enfant sort, si c'est un garçon – tuez-le, et si c'est une fille, qu'elle vive ».
Quand une femme égyptienne accouchait, elle se mettait à genoux, s'appuyant sur deux pierres de sorte que son giron soit entre elles, et c'est ainsi qu'elle accouchait. L'enfant sortait sous son propre poids du ventre de la maman, et on le déposait sur la pierre en bas, les sages-femmes le déposaient.
C'est une mission secrète que Pharaon confia aux sages-femmes, et il leur dit que voilà, quand une femme accouche, elle a le dos tourné à la sage-femme, elle ne voit pas qui elle met au monde. La sage-femme voit la première qui la femme a mis au monde, un garçon ou une fille, et si c'est un garçon, il faut le tuer, et si c'est une fille, qu'elle vive. Mais il n'en fut rien : de nouveau, chez Pharaon rien ne va, à cause de sa méconnaissance de Yossef.
וַתִּירֶאןָ הַמְיַלְּדֹת אֶת־הָאֱלֹהִים וְלֹא עָשׂוּ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר אֲלֵיהֶן מֶלֶךְ מִצְרָיִם וַתְּחַיֶּיןָ אֶת־הַיְלָדִים:
vattiréna hamyalledót et-ha'elohím veló assoú ka'achér dibbér alehén mélekh mitsráyim vatte'hayéna et-hayladím
17 Mais les sages-femmes craignaient Dieu et ne firent pas comme le roi le leur avait ordonné, et laissaient les enfants en vie.
Les sages-femmes craignaient Dieu et n'avaient pas l'intention d'exécuter ce que Pharaon leur avait ordonné. Pharaon, de nouveau, n'y parvient pas.
Allez, les filles
Chémot 1,18–2,10
Ainsi donc, Pharaon, obsédé par l'idée de traquer le peuple juif, fit venir chez lui les sages-femmes responsables des accouchements des femmes juives et leur ordonna de tuer tout garçon juif nouveau-né et de laisser en vie les filles. Mais, comme la Torah nous l'a raconté, les sages-femmes ne craignaient pas Pharaon, elles craignaient Dieu, et c'est pourquoi l'ordre de Pharaon, elles se gardaient tranquillement de l'exécuter, ce qui provoqua son indignation naturelle.
וַיִּקְרָא מֶלֶךְ־מִצְרַיִם לַמְיַלְּדֹת וַיֹּאמֶר לָהֶן מַדּוּעַ עֲשִׂיתֶן הַדָּבָר הַזֶּה וַתְּחַיֶּיןָ אֶת־הַיְלָדִים׃
vayikrá melekh-mitsráyim lam'yalledót vayomer lahén maddoúa assitén haddavár hazzé vatte'hayéna et-hayladím
18 Et le roi d'Égypte appela les sages-femmes, et leur dit : « Pourquoi avez-vous fait une telle chose et laissé en vie les enfants ? »
וַתֹּאמַרְןָ הַמְיַלְּדֹת אֶל־פַּרְעֹה כִּי לֹא כַנָּשִׁים הַמִּצְרִיֹּת הָעִבְרִיֹּת כִּי־חָיוֹת הֵנָּה בְּטֶרֶם תָּבוֹא אֲלֵהֶן הַמְיַלֶּדֶת וְיָלָדוּ׃
vattomárna ham'yalledót el-par'ó ki lo khannachím hammitsriyot ha'ivriyot ki-'hayot hénna betérem tavó alehén ham'yallédet veyaládou
19 Et les sages-femmes dirent à Pharaon : « Parce que les femmes juives ne sont pas semblables aux Égyptiennes, elles sont comme des animaux : la sage-femme n'a pas eu le temps d'arriver chez elles qu'elles ont déjà accouché ».
Elles sont comme des animaux ‒ ce n'est pas dit au sens négatif du mot. Premièrement, elles sont vivaces (on peut traduire ainsi), deuxièmement, le sens est que, de même qu'un animal n'a pas besoin de sage-femme, d'accoucheur, et qu'il met bas tout seul, de même les femmes juives.
וַיֵּיטֶב אֱלֹהִים לַמְיַלְּדֹת וַיִּרֶב הָעָם וַיַּעַצְמוּ מְאֹד׃
váyetev elohím lam'yalledót vayírev ha'ám vaya'atsmoú me'ód
20 Et le Très-Haut fit du bien aux sages-femmes, et le peuple se multipliait et devint très fort.
Pendant longtemps, il y eut une grande dispute parmi les commentateurs au sujet des sages-femmes : le Très-Haut a-t-il vraiment fait du bien aux sages-femmes pour un mensonge, et peut-on mentir ? Les commentateurs juifs essayaient de dire que oui, effectivement, il y a des règles, il y a le sauvetage de la vie, il y a certaines circonstances où mentir – c'est justement ce qui est juste. Les interprètes chrétiens, tels que Calvin ou (avant lui) Augustin, disaient que le mensonge est le mensonge, tout mensonge est un péché ; le mensonge peut gâter n'importe quelle bonne action, et dans ce cas précis le Très-Haut a simplement pardonné aux sages-femmes, ces malheureuses pécheresses menteuses. Je pense que la Torah, en s'adressant au lecteur, lui montre que les sages-femmes, elles, agissaient correctement quand elles trompaient Pharaon et agissaient envers Pharaon le menteur selon son propre mensonge. Plus encore, le Très-Haut fit du bien aux sages-femmes, et le peuple se multipliait. Apparemment, cela n'a pas duré qu'un jour, ni qu'un mois, et cela ne pouvait, bien sûr, que mettre Pharaon en colère.
וַיְהִי כִּי־יָרְאוּ הַמְיַלְּדֹת אֶת־הָאֱלֹהִים וַיַּעַשׂ לָהֶם בָּתִּים׃
vayhí ki-yare'oú ham'yalledót et-ha'elohím vaya'ás lahém battím
21 Et, parce que les sages-femmes craignaient Dieu, Il affermit aussi leurs maisons.
Ce verset est interprété de différentes manières, et il y a plusieurs compréhensions possibles différentes de cela. Rachbam dit que Pharaon mit les sages-femmes craignant Dieu en résidence surveillée, leur fit des maisons dans lesquelles elles étaient détenues, des maisons fermées. D'autres disent que c'est le Très-Haut qui leur fit des maisons, qui trouva aux sages-femmes des maisons où elles pouvaient se cacher en sécurité de la persécution, des maisons-refuges. Il y a encore cette compréhension-ci, que ce sont des maisons d'héritage, que ces sages-femmes-là, Chifra et Poua, ne sont pas des femmes ordinaires : Chifra – c'est la maman de Moché (du futur Moché, nous n'apprendrons qu'ensuite des choses sur lui), et Poua – c'est la sœur de Moché (dont nous ne savons encore rien non plus), et par la suite elles recevront et la prêtrise, et la royauté. Il existe aussi une telle interprétation de ce verset. Je pense que c'est tout de même déjà davantage du drach (interprétation) que du pchat (sens simple). Et il y a une variante de compréhension simple, à savoir que le Très-Haut fit du bien, affermit les maisons, les familles, la prospérité de ces sages-femmes.
Répétons qu'il y a plusieurs variantes : la résidence surveillée ; les maisons-refuges ; l'héritage pour les maisons et simplement la prospérité des maisons. Je penche pour la dernière variante. Du reste, il y a encore une variante intéressante : le Très-Haut fit du bien aux sages-femmes, le peuple se multipliait, et c'est pourquoi Pharaon fit aux Égyptiens des maisons parmi les Juifs, installa les Égyptiens parmi les Juifs, afin que les Égyptiens écoutent, pour ainsi dire, « en se frottant les oreilles contre le mur », s'il n'y avait pas par hasard des enfants chez les Juifs, et, en conséquence, qu'ils les dénoncent. En tout cas, il y eut un décret de Pharaon qui concernait tout le peuple.
וַיְצַו פַּרְעֹה לְכָל־עַמּוֹ לֵאמֹר כָּל־הַבֵּן הַיִּלּוֹד הַיְאֹרָה תַּשְׁלִיכֻהוּ וְכָל־הַבַּת תְּחַיּוּן׃
vaytsáv par'ó lekhol-ammó lemór kol-habbén hayillód hay'óra tachlikhoúhou vekhol-habbát te'hayoún
22 Et Pharaon donna un ordre à tout le peuple, disant : « Tout enfant qui est né, jetez-le dans le Yéor (le Nil), et les filles, laissez-les en vie ».
Très probablement, il s'agit des Juifs. Bien qu'il y ait aussi d'autres commentaires qui disent que Pharaon commença par les Juifs, mais finit par l'extermination de tout le peuple. Très probablement, il s'agit ici de ceci : Pharaon ordonna, en s'appuyant sur un système de dénonciations et de patriotisme populaire, de jeter dans le Nil tout garçon juif qui naîtrait. Cet ordre, en conséquence, faisait obligation à chaque Égyptien qui apprenait qu'un fils était né chez les Juifs de prendre ce garçon et de le jeter dans le Nil. Ce n'est déjà plus une simple affaire, parce que le Nil, pour les Égyptiens – ce n'est pas simplement un fleuve, c'est un dieu, le dieu de la fertilité, qui est lié en outre au soutien du ciel, le dieu de l'océan. Et, somme toute, un dieu assez puissant dans le panthéon, dont Pharaon est le représentant et en partie le lieutenant : « Le Nil m'appartient, et c'est moi qui l'ai créé », nous lisons cela chez les prophètes. C'est-à-dire que Pharaon ordonne, dans son hypostase divine (pour les Égyptiens, il est comme un dieu païen, ils sont païens), d'offrir les enfants juifs en sacrifice à leur divinité païenne. Et celui qui ne le fera pas se révoltera déjà non pas contre Pharaon, mais contre le Nil lui-même.
Ici se termine le chapitre 1 du livre de Chémot, et nous continuons à lire à partir du verset 1 du chapitre 2.
וַיֵּלֶךְ אִישׁ מִבֵּית לֵוִי וַיִּקַּח אֶת־בַּת־לֵוִי׃
vayélekh ich mibbét leví vayikká'h et-bat-levi
1 Or un homme de la maison des lévites alla et prit une femme, la fille de Lévi.
Nous ne connaissons pas encore leurs noms, plus tard nous apprendrons que ce sont Amram et Yokhéved, que Yokhéved – c'est directement la fille de Lévi, précisément de Lévi lui-même, qui était descendu en Égypte, et qu'elle, selon les midrachim et selon de nombreux calculs, est née le jour même où tout Israël descendit en Égypte. Mais pour l'instant nous lisons que quelqu'un alla et prit. Et ici on voit que et il alla, et il prit, comme il est écrit : vayélekh et vayikká'h – c'est la formule du divorce et du retour en arrière. Et du fait que nous apprendrons plus tard que Moché, l'enfant qui est né, aura une sœur et un frère, nous comprenons que l'homme l'a prise déjà avec des enfants, c'est-à-dire qu'il a repris sa femme. Sur fond de l'interdiction de Pharaon de garder en vie les enfants juifs, la famille, apparemment, s'était séparée. Comme il est très difficile d'établir la chronologie, de nombreux commentaires apparaissent, et certains commentateurs disent qu'ils s'étaient séparés, et qu'ensuite il s'avéra que la femme était enceinte de Moché, et l'homme alla et la reprit. D'autres commentateurs disent qu'ils avaient une fille, Miryam, une petite fille intelligente et belle, qui dit : « Pharaon, par son décret, tue les garçons, mais vous, en renonçant à la vie de famille, vous tuez aussi les filles ». Et la féministe, tapant du pied, dit : « Revenez et réunissez-vous ! » D'une manière ou d'une autre, pour certaines raisons que nous ne connaissons pas, cet homme alla et reprit sa femme.
וַתַּהַר הָאִשָּׁה וַתֵּלֶד בֵּן וַתֵּרֶא אֹתוֹ כִּי־טוֹב הוּא וַתִּצְפְּנֵהוּ שְׁלֹשָׁה יְרָחִים׃
vattáhar ha'ichá vattéled ben vattére otó ki-tóv hou vattitspenéhou chelochá yera'hím
2 Et la femme fut enceinte, et enfanta un fils, et elle vit qu'il était beau, et le cacha trois mois.
Ici, on peut comprendre qu'elle était enceinte déjà avant cela, on peut comprendre aussi de cette façon, c'est-à-dire que le texte de la Torah laisse des possibilités pour l'une ou pour l'autre compréhension. Mais, pour ne pas multiplier les entités, disons que l'homme reprit la femme dont il était divorcé, et qu'elle devint enceinte.
Eh bien, la Torah nous dit ensuite une chose étrange. J'ai vu beaucoup de mères, il m'est arrivé bien des fois aussi bien de faire des accouchements que de parler avec des mamans toutes fraîches, et j'ai toujours observé que les mamans voient leurs enfants, qu'ils sont beaux. Belle merveille, qu'une femme ait regardé l'enfant et vu qu'il était beau. Certains commentateurs disent tout de suite que ki-tóv ‒ c'est ce que le Très-Haut a dit de la lumière dans le tout premier chapitre du livre de Béréchit. Cela signifie que, lorsque Moché est né, il est possible que la maison se soit remplie de la lumière divine, et la femme décida de le cacher. D'autres disent que Moché naquit au sixième mois de sa grossesse, et qu'elle s'étonna qu'il soit né vivant, un petit garçon en bonne santé, et c'est pourquoi elle put le cacher trois mois, parce que l'inspection égyptienne venait au neuvième mois. Je pense qu'ici, encore une fois, il ne faut pas multiplier les commentaires : la femme a mis au monde un enfant, et ne voulait en aucun cas le livrer à quelques Égyptiens pour qu'ils le jettent dans le fleuve. C'est un instinct maternel naturel, et elle cacha son fils autant que c'était possible.
וְלֹא־יָכְלָה עוֹד הַצְּפִינוֹ וַתִּקַּח־לוֹ תֵּבַת גֹּמֶא וַתַּחְמְרָה בַחֵמָר וּבַזָּפֶת וַתָּשֶׂם בָּהּ אֶת־הַיֶּלֶד וַתָּשֶׂם בַּסּוּף עַל־שְׂפַת הַיְאֹר׃
velo-yakhelá od hattsefinó vattikka'h-ló tévat góme vatta'hmerá va'hemár ouvazzáfet vattássem ba et-hayéled vattássem bassoúf al-sefát hay'ór
3 Et elle ne put plus le cacher, et elle prit pour lui une petite corbeille faite de papyrus, et elle l'enduisit d'argile et de bitume, et elle mit dans cette corbeille (une petite arche) l'enfant, et le mit dans les fourrés de massettes sur la rive du Nil.
Des circonstances incompréhensibles. Encore une fois, il n'y a aucune indication qu'une certaine inspection venait et vérifiait. Le garçon grandissait, peut-être la maison n'était-elle pas si fermée aux gens, peut-être la femme craignait-elle que le frère et la sœur ne laissent échapper quelque chose – d'une manière ou d'une autre, elle sentit qu'elle ne pouvait plus cacher cet enfant.
Góme (papyrus) ‒ une plante qui s'appelle souchet à papier, une plante si inhabituelle, aux tiges très épaisses et denses, qui poussait en Égypte. Aujourd'hui elle a presque disparu, mais alors elle était répandue. D'habitude on en faisait un matériau pour écrire (le papyrus), mais en outre on en faisait des radeaux et des bateaux. Comme nous l'avons déjà dit, les Égyptiens aimaient dessiner, et des images nous sont parvenues sur lesquelles nous pouvons voir comment les Égyptiens font de petits bateaux, de petits navires avec cette plante.
Soúf (massette, roseau) ‒ c'est une plante aquatique des rives, très souvent on la confond avec le jonc, une plante avec un tel grand-grand pommeau brun. Même dans mon enfance, je ne sais pourquoi, on l'appelait jonc, je n'ai appris que récemment, avec étonnement, que ce n'est pas du jonc.
וַתֵּתַצַּב אֲחֹתוֹ מֵרָחֹק לְדֵעָה מַה־יֵּעָשֶׂה לוֹ׃
vattetattsáv a'hotó mera'hók ledeá ma-ye'assé lo
4 Et la petite sœur se tint au loin pour observer ce qui lui arriverait.
D'habitude, on dessine une image où l'arche vogue quelque part, et Miryam court derrière elle, comme Tania derrière sa balle. Non, on l'a déposée dans les joncs, et la sœur s'est mise à regarder ce qui allait se passer ensuite. Apparemment, l'endroit n'avait pas été choisi au hasard, tout le monde ne passait pas là où se baignent les filles de Pharaon, ce que nous verrons bientôt. Le petit panier noir, en bitume brillant, est tout à fait bien visible dans les fourrés de joncs.
Il faut noter ici qu'en fait la mère de l'enfant (nous ne connaissons encore aucun nom, la Torah ne nous dit pour l'instant aucun nom, même quand je les utilise, j'anticipe) a exécuté l'ordre de Pharaon : elle-même a mis l'enfant dans le Yéor, dans le Nil, l'enfant est dans le Nil ‒ tout est conforme à la loi.
וַתֵּרֶד בַּת־פַּרְעֹה לִרְחֹץ עַל־הַיְאֹר וְנַעֲרֹתֶיהָ הֹלְכֹת עַל־יַד הַיְאֹר וַתֵּרֶא אֶת־הַתֵּבָה בְּתוֹךְ הַסּוּף וַתִּשְׁלַח אֶת־אֲמָתָהּ וַתִּקָּחֶהָ׃
vattéred bat-par'óDans la translittération de l'original, le mot « fille » commence ici par un v. Le texte hébreu porte un b, que la translittération française suit : bat-par'ó. lir'hóts al-hayór vena'arotéha holekhót al-yád hayór vattére et-hattevá betókh hassoúf vattichlá'h et-amatá vattikka'héha
5 Et la fille de Pharaon descendit se laver dans le Yéor, et ses jeunes filles, ses servantes, vont le long de la rive du Nil ; et la princesse, la fille de Pharaon, vit la petite corbeille parmi les joncs, et elle envoya son esclave et la prit.
Les jeunes filles n'entrent pas dans le Nil avec la fille de Pharaon, elle se baigne seule. Il faut dire que les jeunes Égyptiennes (encore une fois, nous le savons par les dessins) n'avaient pas honte de leur nudité, mais en même temps savaient garder la distance, les esclaves ne se lavaient pas avec leur maîtresse. C'est pourquoi la fille est allée se baigner dans le Nil, et les servantes vont et viennent autour, au cas où il faudrait quelque chose ou si des badauds apparaissaient.
Certains commentaires disent qu'elle ne l'a pas simplement prise, mais qu'elle tendit la main (ama, c'est aussi la main) et qu'à ce moment-là, la main de la fille de Pharaon s'est allongée de pas moins de 2,5 mètres, un tel miracle s'est produit, elle a tendu la main et l'a prise. Mais, très probablement, il y a ici un texte assez simple : elle envoya son esclave, l'esclave lui apporta cette arche.
וַתִּפְתַּח וַתִּרְאֵהוּ אֶת־הַיֶּלֶד וְהִנֵּה־נַעַר בֹּכֶה וַתַּחְמֹל עָלָיו וַתֹּאמֶר מִיַּלְדֵי הָעִבְרִים זֶה׃
vattiftá'h vattir'éhou et-hayéled vehinne-ná'ar bokhé vatta'hmól aláv vattómer miyaldé ha'ivrím ze
6 Et elle ouvrit, et vit le garçon, et voici, le garçon pleure ; et elle eut pitié de lui, et elle dit : « Celui-ci est d'entre les garçons juifs ».
Il faut comprendre la profondeur de ce qui s'est passé, si nous regardons cela avec les yeux de la fille de Pharaon : le Nil a rendu la victime. Le dieu qui s'appelle le Nil devait engloutir ce garçon juif, c'est un sacrifice pour lui. Il a refusé de le faire, donc, pour la fille de Pharaon, c'est la volonté du dieu, la volonté du Nil, que ce garçon vive. Elle comprend que c'est un garçon juif, comprend qu'on le jetait dans le fleuve en sacrifice, que ce n'est pas par hasard qu'elle se baigne ici, et elle est remplie de miséricorde envers lui.
Et là, sortie de nulle part, tout à fait par hasard, apparaît encore une fillette, celle-là même qui se tenait et regardait de loin. En général, remarquez que dans notre passage, dans ce fragment de l'histoire, seules les femmes agissent réellement : les sages-femmes, qui résistent d'une certaine manière aux ordres de Pharaon ; la maman, qui se comporte d'une certaine manière illégalement, contrairement à la loi, se révolte. Les sages-femmes mentent ; la maman cache, la maman envoie l'enfant dans l'arche ; la fille regarde ce qu'il faut faire ensuite ; la princesse, qui comprend que la loi de papa n'a pas marché, que le dieu ne veut pas la mort, du moins, de ce garçon concret, se révolte elle aussi contre l'ordre de son père. Tout le passage, ce sont des femmes révolutionnaires en révolte.
וַתֹּאמֶר אֲחֹתוֹ אֶל־בַּת־פַּרְעֹה הַאֵלֵךְ וְקָרָאתִי לָךְ אִשָּׁה מֵינֶקֶת מִן הָעִבְרִיֹּת וְתֵינִק לָךְ אֶת־הַיָּלֶד׃
vattómer a'hotó el-bat-par'ó ha'elékh vekaráti lakh ichá menéket min ha'ivriyot veteník lakh et-hayáled
7 Et sa sœur dit à la fille de Pharaon (et la fille de Pharaon ne sait pas que c'est la sœur du garçon) : « Veux-tu peut-être que j'aille appeler une nourrice juive, pour qu'elle allaite pour toi le garçon ? »
וַתֹּאמֶר־לָהּ בַּת־פַּרְעֹה לֵכִי וַתֵּלֶךְ הָעַלְמָה וַתִּקְרָא אֶת־אֵם הַיָּלֶד׃
vattomer-lá bat-par'ó lékhi vattélekh ha'almá vattikrá et-ém hayaled
8 Et la fille de Pharaon dit : « Va ! » Et la fillette alla, et appela la maman du garçon.
Donc, la maman du garçon, qui vient juste de mettre le garçon dans la petite corbeille… Que peut-il se passer ici ? Soudain (comme chez Pouchkine) « les enfants accoururent à l'isba, en hâte » l'appellent et disent : « Là-bas, la fille de Pharaon est venue te voir avec une offre que tu ne pourras pas refuser ! »
וַתֹּאמֶר לָהּ בַּת־פַּרְעֹה הֵילִיכִי אֶת־הַיֶּלֶד הַזֶּה וְהֵינִקִהוּ לִי וַאֲנִי אֶתֵּן אֶת־שְׂכָרֵךְ וַתִּקַּח הָאִשָּׁה הַיֶּלֶד וַתְּנִיקֵהוּ׃
vattómer la bat-par'ó helíkhi et-hayéled hazzé vehenikíhou li va'aní ettén et-sekharékh vattikká'h ha'ichá hayéled vattenikéhou
9 Et la fille de Pharaon lui dit : « Prends (emmène) ce garçon et allaite-le pour moi, et moi je te donnerai ton salaire ».
Il était très souvent d'usage qu'une femme engage une nourrice pour son enfant, pour plusieurs raisons. Premièrement, parce qu'on considérait que l'allaitement n'est pas une affaire royale, qu'il abîme la silhouette. Deuxièmement, on considérait que la poitrine est liée aux organes génitaux, qu'elle appartient à un même système, c'est pourquoi, pendant l'allaitement, dans beaucoup de croyances, l'intimité sexuelle était interdite, et, pour pouvoir continuer les relations avec le mari, on confiait l'enfant à des nourrices. Eh bien, et, troisièmement, parce que c'est beau d'avoir des domestiques. La nourrice avait une énorme influence sur l'enfant, par la suite les nourrices étaient, somme toute, entretenues toute leur vie. Elle tenait le rôle d'une seconde mère, nous connaissons par le livre de Béréchit la nourrice de Rivka. La nourrice recevait d'assez bons gages. Plusieurs contrats différents nous sont parvenus sur la manière dont la nourrice est pourvue d'un salaire. Le fait est que, encore une fois, la nourrice était elle aussi obligée de s'éloigner de son mari pendant ce temps, elle était obligée de bien se nourrir et prenait l'engagement de ne pas allaiter un autre enfant. Elle recevait un salaire qui pouvait égaler deux ou trois revenus moyens d'une personne à cette époque. C'est-à-dire qu'à ce moment-là, la maman de Moché a récupéré son enfant (qui ne s'appelle pas encore Moché) pour 3-3,5 ans, c'est la durée de l'allaitement. Elle a obtenu pour ce temps la possibilité de l'élever en sécurité, sans aucune inquiétude, et elle a en plus reçu de l'argent pour l'élever. En fait, le garçon s'est retrouvé à la fois adopté par une Égyptienne et non abandonné par une Juive : un tel éclaireur des Juifs chez les Égyptiens et éclaireur des Égyptiens chez les Juifs. Ce garçon, dont le destin, pour l'instant, n'est pas clair, car nous n'avons pas lu le livre jusqu'au bout. Et si nous ne l'avons pas lu jusqu'au bout, alors nous voyons cet événement intéressant qui s'est produit. À quoi mène cet événement ? À ce que, par Moché, les Égyptiens feront quelque chose aux Juifs, que par Moché, les Juifs recevront quelque chose des Égyptiens, mais pour l'instant cela est caché.
וַיִגְדַּל הַיֶּלֶד וַתְּבִאֵהוּ לְבַת־פַּרְעֹה וַיְהִי־לָהּ לְבֵן וַתִּקְרָא שְׁמוֹ מֹשֶׁה וַתֹּאמֶר כִּי מִן־הַמַּיִם מְשִׁיתִהוּ׃
vayigdál hayéled vattevi'éhou levat-par'ó vayhi-lá levén vattikrá chemó moché vattómer ki min-hammáyim mechitíhou
10 Et quand le garçon eut grandi (c'est-à-dire que 3-3,5 ans s'étaient écoulés), elle l'amena à la fille de Pharaon, et il devint pour elle un fils, et elle appela son nom Moché, et dit : « Parce que je l'ai tiré de l'eau ».
Moché signifie, d'une part, effectivement, tiré de l'eau, c'est l'interprétation hébraïque du nom. Chez Yéchayahou, nous lisons ce qui est dit de Moché : « Celui qui savait faire monter l'eau ». Il existe aussi le nom Mozès (fils), et la fille de Pharaon l'a appelé : « C'est mon fils, parce que je l'ai tiré de l'eau ». On peut aussi le comprendre ainsi.
Une question se pose, à laquelle il faut aussi répondre et qu'on me pose : « Et comment s'appelait Moché ? Quel était son nom juif, qu'il a reçu à la circoncision ? Ces 3 premières années, quand il courait en culottes courtes sur la terre de Gochen et mangeait le lait de sa maman avec l'argent de Pharaon, comment s'appelait-il à ce moment-là ? Et pourquoi la Torah n'en dit-elle rien ? »
Il y a des commentateurs qui disent qu'il s'appelait Tov, la mère a bien vu qu'il était tov (bon). D'autres commentateurs disent : « Oui, nous l'avons déjà dit, il s'appelait Yékoutiël (mon espérance – en Dieu) ». Il avait un tel nom, mais ce sont des midrachim. Pourquoi la Torah cache-t-elle ce nom ? Parce que, selon les lois sur l'adoption (plusieurs actes d'adoption nous sont parvenus), la mère ou le père, celui qui adopte l'enfant, lui donne un nom. Ce nom assure et garantit le droit juridique des adoptants sur l'enfant. Celui qui l'appelle d'un autre nom, rappelle son passé, prétend à quelque parentalité à son égard, celui-là peut s'exposer à une grande punition. Dans certains manuscrits assyriens, nous lisons : « Il paiera de six enfants, celui qui rappellera son autre nom, qui prononcera son autre nom ». C'est-à-dire que Moché doit devenir seulement Moché, seul le nom que lui a donné la fille de Pharaon entre dans l'histoire, pour des raisons juridiques. Parce qu'autrement, ce serait de nouveau une révolte contre la loi, cela mettrait en danger Moché et ses parents. Et ici, les femmes ne se révoltent plus, nous ne saurons jamais comment s'appelait Moché.
Nous nous arrêtons sur ceci : de manière merveilleuse, les femmes se révèlent plus fortes et que Pharaon, et que le dieu du Nil égyptien, et elles voient une autre loi derrière la loi qu'a établie Pharaon. Et de manière miraculeuse, le garçon juif, nourri avec l'argent de Pharaon dans une maison juive par sa propre mère, se retrouve dans la maison de Pharaon, reçoit le nom égyptien Moché, qui signifie fils, et en hébreu – tiré de l'eau.
Les promenades de Moché (2,11–25)
Nous nous sommes arrêtés sur le fait que la mère de Moché l'a amené, nourri, sevré, dans la maison de la fille de Pharaon, où il a, à proprement parler, reçu le nom de Moché.
וַיְהִי בַּיָּמִים הָהֵם וַיִּגְדַּל מֹשֶׁה וַיֵּצֵא אֶל־אֶחָיו וַיַּרְא בְּסִבְלֹתָם וַיַּרְא אִישׁ מִצְרִי מַכֶּה אִישׁ־עִבְרִי מֵאֶחָיו׃
vayhí bayamím hahém vayigdál moché vayetsé el-e'háv vayár besivlotám vayár ich mitsrí makké ich-ivrí me'e'háv
11 Et il arriva en ces temps-là, et Moché grandit, et il sortit vers ses frères, et il vit leurs souffrances, et il vit comment un Égyptien frappe un Juif d'entre ses frères.
Le mot savál signifie endurer ou porter sur soi (porteur en hébreu sabál), c'est pourquoi, quand nous lisons le mot sével (charge, joug, fardeau), alors sivlotám ‒ ce sont leurs souffrances qu'il a vues.
Outre que Moché a vu le tableau général des Juifs souffrants, endurant des souffrances et des oppressions, il a vu aussi un épisode particulier : un Égyptien frappe un Juif. On peut supposer que ce n'était pas quelque chose d'extraordinaire pour ces temps-là. Mais pour Moché, sorti pour la première fois vers son peuple, apparemment, c'était trop. Plus loin, nous lisons la réaction de Moché :
וַיִּפֶן כֹּה וָכֹה וַיַּרְא כִּי אֵין אִישׁ וַיַּךְ אֶת־הַמִּצְרִי וַיִּטְמְנֵהוּ בַּחוֹל׃
vayífen ko vakhó vayár ki en ich vayákh et-hammitsrí vayitmenéhou ba'hól
12 Et il regarda par-ci et par-là, et vit qu'il n'y avait personne, et il frappa cet Égyptien (il le frappa et le tua d'un seul coup), et le cacha dans le sable.
Il n'y avait personne ‒ pour appeler à l'aide et remettre cet Égyptien à sa place, ou peut-être il n'y avait personne parmi les Juifs qui aurait pris la défense de ce pauvre homme, ou peut-être il n'y avait personne qui remarquerait ce qui allait se passer maintenant.
Apparemment, Moché est un garçon fort, et voilà quelle réaction inattendue et spontanée il a face à l'injustice. Les commentateurs essaient ici de justifier Moché d'une manière ou d'une autre, en disant qu'il y avait eu une histoire selon laquelle cet Égyptien se serait introduit par ruse auprès de la femme de ce Juif, et que, lorsque celui-ci découvrit la tromperie, l'Égyptien se mit à le battre. D'autres disent qu'il existe une halakha selon laquelle, si un païen frappe un Israélite, il mérite la mort, certes la mort par le ciel, non la mort de main d'homme, mais il la mérite tout de même. Il est peu probable que Moché ait connu tous ces détails, et peu probable que lui, élevé en Égypte, ait connu les particularités de la halakha dans l'interprétation de Maïmonide. Très probablement, nous voyons ici l'action spontanée d'un homme qui compatit avec ses frères, c'est pourquoi au verset 11 le mot e'háv (ses frères) est répété deux fois. Un homme qui a grandi dans un palais est attiré vers ses frères, il sort vers ses frères, et voilà qu'il voit ce qui arrive à ses frères. Moché sent que c'est un crime, c'est pourquoi il cache le cadavre, il n'appelle ni la police ni l'ambulance, il cache le cadavre et pense que les traces sont, sinon noyées dans l'eau, du moins enfouies dans le sable.
וַיֵּצֵא בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי וְהִנֵּה שְׁנֵי־אֲנָשִׁים עִבְרִים נִצִּים וַיֹּאמֶר לָרָשָׁע לָמָּה תַכֶּה רֵעֶךָ׃
vayetsé bayom hachení vehinné chene-anachím ivrím nittsím vayomer larachá lámma takké re'ékha
13 Et il sortit aussi le deuxième jour, et voici ‒ deux hommes, des Juifs, se disputent, et il dit au méchant (apparemment, à celui qui était le plus actif dans la bagarre) : « Pourquoi frappes-tu ton prochain ? »
Le mot nittsím (se disputent), ici – ils se disputent déjà, pour ainsi dire, à un stade « avancé » de la dispute. Ils ne se disputent pas sur la philosophie ou sur la kabbale, assis à une table dans une yéchiva, ils s'attrapent déjà l'un l'autre « au collet ». Comment Moché réagit-il à cela ? Apparemment, il n'y avait pas ici de présence particulière de l'Esprit Saint chez Moché, il voyait simplement l'un, plus méchant, le second – qui se défendait, et il pose, en somme, une question rhétorique : « Pourquoi frapper son prochain ? » Chez Moché, de nouveau, une réaction d'indignation face à l'injustice, cette fois face à l'injustice entre frères. Naturellement, l'attitude est un peu différente, et il ne comprend pas comment des frères peuvent se traiter ainsi les uns les autres.
וַיֹּאמֶר מִי שָׂמְךָ לְאִישׁ שַׂר וְשֹׁפֵט עָלֵינוּ הַלְהָרְגֵנִי אַתָּה אֹמֵר כַּאֲשֶׁר הָרַגְתָּ אֶת־הַמִּצְרִי וַיִּירָא מֹשֶׁה וַיֹּאמַר אָכֵן נוֹדַע הַדָּבָר׃
vayomer mi samekhá le'ích sar vechofét alénou halhorgéni attá omér ka'achér harágta et-hammitsrí vayirá moché vayomár akhén nodá haddavár
14 Celui-ci répondit : « Qui donc t'a établi homme-juge et chef sur nous (ou : Qui t'a établi juge suprême, ou : Monsieur, quelqu'un t'a établi juge) ? Tu dis tout cela pour me tuer, comme tu as tué cet Égyptien ? » Moché eut peur, et dit : « L'affaire est donc devenue connue ! »
C'est une sorte de question-piège : « Tu veux me tuer comme cet Égyptien ? » – « Non, pas comme cet Égyptien, je veux te tuer autrement ». C'est comme demander : « As-tu déjà cessé de battre ton chien ? » Une question-piège de ce genre, qui est posée, elle aussi, bien sûr, comme une question rhétorique.
Représentez-vous la situation. Un Égyptien frappe un Juif. Moché le remarque par hasard, se retrouve par hasard le troisième dans cette scène, il n'y a personne à côté. Il tue l'Égyptien. Naturellement, si Moché seul l'enterre ensuite dans le sable, alors le Juif sauvé s'enfuit sain et sauf, laissant Moché enterrer le corps, ils ne cachent pas le cadavre ensemble. Et, apparemment, Moché est gratifié d'une grande gloire, parce que le Juif qui s'est enfui raconte : « Ce frère à nous, richement vêtu, a tué l'Égyptien qui me battait ». Et il n'est pas certain que cela soit raconté avec admiration, parce qu'il y a toujours ici la crainte – pourvu qu'il n'en sorte rien de fâcheux. La police enquête sur l'affaire, finira par découvrir qui est coupable, et peut-être pourra-t-elle accuser cet homme, sinon de meurtre, du moins de complicité. Il y a toujours la peur « de galout », la peur des gens qui se trouvent en exil, que quelque chose de ce genre arrive. Et le lendemain, alors que cette nouvelle s'était déjà répandue, on assomme Moché avec cette thèse : « Tu as décidé de prendre le pouvoir ici ? Tu as décidé de prendre sur toi le rôle de Robespierre, combattant de l'esclavage et de l'oppression, le rôle de notre leader social ? Peut-être que tu prépares une révolte ? Qui t'a établi ici ? Tu n'as pas de pouvoir, donc tu es contre le pouvoir et tu te révoltes ». C'est cela qui effraya Moché.
J'ai parlé un jour avec des habitants de l'espace post-soviétique, beaucoup disent : « Si chez nous le fils d'un chef connu, sans même parler de Pharaon, avait tué quelqu'un, il ne se serait pas vraiment caché, parce que la situation peut facilement se régler par une petite pression physique sur la famille des victimes ». Mais dans le cas de Moché, il ne s'agit pas seulement du meurtre de l'Égyptien (en Égypte, malgré tout, la justice était peut-être meilleure que sur le territoire de beaucoup de pays de l'ex-CEI), mais il s'agit aussi du fait que, potentiellement, Moché prétend à un certain pouvoir – être chef et juge dans le peuple, et cela, c'est déjà une révolte contre Pharaon. Si vous voulez, Moché, c'est une sorte de roi des Juifs. Naturellement, cela peut ne pas plaire du tout à Pharaon.
וַיִּשְׁמַע פַּרְעֹה אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה וַיְבַקֵּשׁ לַהֲרֹג אֶת־מֹשֶׁה וַיִּבְרַח מֹשֶׁה מִפְּנֵי פַרְעֹה וַיֵּשֶׁב בְּאֶרֶץ־מִדְיָן וַיֵּשֶׁב עַל־הַבְּאֵר׃
vayichmá par'ó et-haddavár hazzé vayvakkéch laharóg et-moché vayivrá'h moché mippené far'ó vayéchev be'erets-midyán vayéchev al-habbe'ér
15 Et Pharaon entendit parler de cette affaire, et il se mit à chercher à tuer Moché, et Moché s'enfuit loin de Pharaon, et s'établit dans le pays de Midyan, et il fut près du puits.
Beaucoup de commentateurs et de midrachim disent ici qu'il attrapa bel et bien Moché et voulut bel et bien le tuer, mais, dans certaines versions, un ange prit la place de Moché, et on avait beau frapper le cou de Moché avec l'épée, on ne parvenait pas à le trancher. Pourtant, c'est étonnant, les commentaires sont médiévaux, alors qu'en Égypte on n'exécutait guère quelqu'un en lui tranchant la tête avec une épée. Et il y a beaucoup de commentaires différents à ce sujet, mais, très probablement, on a simplement rapporté à Moché que Pharaon voulait le tuer.
Le pays de Midyan ‒ lui aussi, somme toute, un satellite de l'Égypte. C'est un pays qui se trouve à ce moment-là sous la protection militaire de l'Égypte, ce ne sont pas des territoires indépendants, et parmi les bergers, dans un coin perdu, on peut y disparaître. Moché fuit en province et s'établit à Midyan.
La phrase et il fut près du puits peut se comprendre de deux manières. Soit il s'établit à Midyan, y vit longtemps, et la Torah raconte qu'un beau jour il sortit vers le puits, soit, encore au début de son chemin, à peine arrivé à Midyan, Moché s'arrête près du puits pour se reposer. Pour que nous nous le représentions : Midyan est un pays désertique, il y a là peu de puits, l'eau est indispensable à l'homme, c'est pourquoi on ne s'éloigne pas beaucoup du puits, même si on le veut très fort. D'une manière ou d'une autre, le premier jour ou au bout d'un certain temps, Moché se trouve au bon moment près du puits.
Ensuite, la Torah fait une petite digression et dit :
וּלְכֹהֵן מִדְיָן שֶׁבַע בָּנוֹת וַתָּבֹאנָה וַתִּדְלֶנָה וַתְּמַלֶּאנָה אֶת־הָרְהָטִים לְהַשְׁקוֹת צֹאן אֲבִיהֶן׃
oulkhohén midyán chéva banót vattavóna vattidléna vattemalléna et-harehatím lehachkót tson avihén
16 Et le kohen de Midyan a sept filles ; et elles vinrent, et elles puisèrent de l'eau (juste au moment où Moché était assis près du puits), et elles remplirent les sillons pour abreuver le bétail de leur père.
C'est le seul homme dont le Tanakh dit qu'il a sept filles. Il y a un chanceux qui en a trente : dans le livre de Choftim (12,9) est décrit un tel camarade. Il y en a qui en ont trois, mais sept, c'est un nombre tellement étonnant. Le prêtre béni de Midyan, le kohen midyanite, il a sept filles.
Beaucoup de ceux qui ont été en Israël ont vu de vieux puits. Et en Égypte, et en Canaan, et à Midyan, ils ont une seule et même construction : une énorme pierre, sur laquelle on creuse des sillons, on les remplit d'eau, et le bétail y boit, parce que le bétail ne boit pas dans des seaux, naturellement. Et voilà, elles ont puisé, pour que le bétail s'approche et boive. Mais ce n'était pas si simple.
וַיָּבֹאוּ הָרֹעִים וַיְגָרְשׁוּם וַיָּקָם מֹשֶׁה וַיּוֹשִׁעָן וַיַּשְׁקְ אֶת־צֹאנָם׃
vayavóou haro'ím vaygarechoúm vayákom moché vayochi'án vayáchk et-tsonám
17 Et vinrent les bergers, et les chassèrent. Et Moché se leva, et les sauva, et abreuva leur bétail.
C'est-à-dire, la situation : sept filles du prêtre du pays de Midyan sont venues pomper de l'eau. Elles ont pompé, elles ont fait un travail pénible pour abreuver un grand troupeau, elles ont visiblement pompé longtemps, elles ont rempli tous les sillons, tous les abreuvoirs d'eau – et voilà qu'arrivent les bergers. Les bergers, il est tout à fait possible qu'ils ne soient pas midyanites, des bergers salariés qui font paître le bétail là-bas, ce sont des étrangers, et ils ont chassé les filles. Il est peu probable que les Midyanites eux-mêmes s'opposent d'une manière ou d'une autre à leur prêtre. Le mot kohen signifie soit prêtre, prêtre midyanite, c'est-à-dire serviteur du culte – en tout cas une personne qui fait autorité, soit ministre, soit chef, là encore une personne qui fait autorité. Les midrachim disent ici que quelque temps avant l'arrivée de Moché, cet homme, ce kohen midyanite, que nous n'avons pas encore appelé par son nom, avait renoncé à toute idolâtrie, avait sorti de sa maison tout l'attirail lié à l'idolâtrie, avait cru au Dieu d'Israël ou en un seul Dieu Unique (selon sa compréhension). C'est pourquoi il était frappé d'anathème à Midyan, et les bergers n'apportaient à ses filles aucune aide, mais au contraire chassaient les jeunes filles avec leur bétail. Mais le plus probable est que les bergers étaient étrangers : cette terre est frontalière de l'Égypte, il y passait effectivement beaucoup de bergers, et les bergers avaient toujours le droit d'entrer temporairement dans les pâturages. Les bergers ne se distinguaient pas toujours par une haute moralité. Nous nous souvenons de l'épisode avec Yaakov, qui arrive et voit des bergers qui attendent que tous se soient rassemblés, et la Torah le montre comme un cas rare. Ici, les bergers sont beaucoup moins encombrés d'éthique que les bergers de Padan-Aram. Et c'est pourquoi ils chassent simplement ces fillettes. Les fillettes sont gênées d'attendre que tous aient abreuvé leur bétail, parce que ce sont des fillettes, parce qu'il leur est gênant d'être en vue, la pudeur orientale et beaucoup d'autres choses. Peut-être que d'habitude elles attendaient que tous les bergers soient passés et venaient plus tard – il y a beaucoup de variantes différentes sur la façon dont elles s'en sortaient d'habitude, mais ce jour-là elles sont venues plus tôt, nous le lirons encore. Mais quoi qu'il en soit, Moché se leva et les sauva (le mot léhochia – sauver, yéchoua ‒ salut). C'est-à-dire que Moché pouvait être assis quelque part à l'ombre sous un arbre, mais de nouveau il ne passe pas son chemin.
Peut-être que Moché, comme certaines œuvres de peinture le représentent, a parlé poliment avec les bergers et a dit : « Les gars, où sont vos opinions féministes, où est votre libéralisme ? » Peut-être que Moché a employé la force physique – tel que nous le connaissons déjà, dans la colère il est redoutable. Quoi qu'il en soit, il a pu exercer une influence positive sur la physionomie morale des bergers et il a abreuvé le bétail, qui est déjà ici appelé leur bétail. Si dans le verset précédent, le 16, nous lisions le bétail de leur père, maintenant nous lisons leur bétail. Et de plus, le pronom leur – est au masculin, comme une légère allusion que ce bétail est aussi celui de Moché.
Littérairement, en hébreu, il y a une différence – leur pour des femmes (suffixe -an) ou leur pour des hommes (suffixe -am), appartenant à des femmes ou appartenant à des hommes. Si c'était un bétail purement des jeunes filles, on aurait pu dire tsonan avec la lettre n à la fin ; si c'est un bétail masculin, alors tsonam, avec la lettre m. Ici, l'homme est inclus parmi les propriétaires du bétail, peut-être est-ce un procédé phonétique, pour qu'il n'y ait pas ces deux lettres noun(צֹאָנָנ), malcommodes à prononcer. Mais, quoi qu'il en soit, nous lisons ce que nous lisons ‒ leur bétail : puisqu'elles ont souffert pour lui, il est dans une certaine mesure déjà le leur. D'ailleurs, ce n'est pas un détail si important.
וַתָּבֹאנָה אֶל־רְעוּאֵל אֲבִיהֶן וַיֹּאמֶר מַדּוּעַ מִהַרְתֶּן בֹּא הַיּוֹם׃
vattavóna el-re'ouél avihén vayomer maddoúa mihartén bo hayom
18 Et les filles revinrent, et vinrent vers Réouël, leur père, et il leur dit : « Pourquoi êtes-vous venues si tôt aujourd'hui ? »
Réouël ‒ proche du Très-Haut ou ami de Dieu, telle est la signification du nom. Ce n'est pas seulement ce camarade qui le porte, c'est en fait leur grand-père, comme nous le découvrirons plus tard, c'est-à-dire que Réouël ‒ c'est le père du kohen midyanite mentionné plus haut, Yitro. En général, avec les noms de Yitro, il y a beaucoup de confusion dans le Tanakh, nous en parlerons au fil de la lecture. Dans le livre de Bémidbar (10,29), Réouël est appelé Régouël. Pourquoi ? Parce que la petite lettre ע (ayin) se lit dans certains dialectes non pas comme a, mais comme g. C'est pourquoi, si en hébreu la ville s'appelle Aza, en russe et en anglais elle s'appelle Gaza, c'est une question de lecture de la lettre ע (ayin). C'est pourquoi Réouël se transforme périodiquement en Régouël. Pourquoi il a encore d'autres noms (il a en tout 7 noms au long du livre) – c'est une question à part, nous en parlerons encore. Ainsi, Réouël dans ce cas – c'est leur grand-père. On appelle souvent le grand-père père, c'est un phénomène tout à fait acceptable.
וַתֹּאמַרְןָ אִישׁ מִצְרִי הִצִּילָנוּ מִיַּד הָרֹעִים וְגַם־דָּלֹה דָלָה לָנוּ וַיַּשְׁקְ אֶת־הַצֹּאן׃
vattomárna ich mitsrí hittsilánou miyád haro'ím vegám-daló dalá lánou vayáchk et-hattsón
19 Et elles lui dirent : « Un homme égyptien nous a sauvées des mains des bergers, et il a pompé pour nous, et il a abreuvé notre bétail ».
Que signifie nous a sauvées des mains des bergers ? Peut-être que les bergers non seulement ne laissaient pas les jeunes filles approcher de l'eau, mais essayaient aussi d'une manière ou d'une autre de les importuner. Il y a aussi des indications linguistiques à cela – quand nous avons lu au verset 17 le mot vayochi'an (et les sauva). Il y a une histoire d'une jeune fille que l'on essaie de violer dans un champ, elle crie, et Moché ne vient pas, le sauveur ne vient pas. Peut-être que les bergers avaient certaines propositions ou certaines pensées pas bonnes à l'égard de ces jeunes filles. En tout cas, les jeunes filles racontent ici que voilà, une telle histoire nous est arrivée, et un Égyptien nous a sauvées des bergers.
… et il a pompé pour nous ‒ cela, d'ailleurs, elles l'exagèrent un peu, parce qu'elles avaient pompé elles-mêmes. Peut-être que, pendant qu'elles se disputaient, l'eau s'est écoulée, et alors il a dû pomper de nouveau, mais, le plus probablement, elles racontent simplement une histoire d'héroïsme, en l'embellissant au fur et à mesure, comme toute épopée.
וַיֹּאמֶר אֶל־בְּנֹתָיו וְאַיּוֹ לָמָּה זֶּה עֲזַבְתֶּן אֶת־הָאִישׁ קִרְאֶן לוֹ וְיֹאכַל לָחֶם׃
vayomer el-benotáv ve'ayo lámma ze azavtén et-ha'ích kir'én lo veyokhal lá'hem
20 Et il dit à ses filles : « Eh bien, et pourquoi avez-vous laissé là-bas cet homme ? Appelez-le, et il mangera du pain ».
C'est-à-dire : « Vous l'avez abandonné là-bas, peut-être que quelque chose de dangereux peut lui arriver ? Et en plus, des gaillards comme ça, ça ne traîne pas sur la route. Pourquoi l'avez-vous laissé là-bas ? » Nous savons que l'invitation à manger du pain, nous en avons déjà parlé, est liée au mariage : « J'ai ici sept filles, et elles laissent filer les gaillards » ‒ une logique raisonnable pour un grand-père et ses petites-filles, et puis en général faire la connaissance de l'homme, le remercier. En outre, manger du pain ensemble ‒ c'est aussi une alliance.
Il y a encore une tradition, nous lisons à ce sujet dans le premier livre de Mélakhim (11,18–19). Il y avait un certain Adad, qui s'était enfui chez le roi égyptien (il s'était justement enfui en Égypte), et celui-ci lui assigna du pain et lui donna pour femme la sœur de sa femme, et cela signifiait une protection. En échange de ce que Moché a défendu ses filles, le kohen midyanite donne à Moché une certaine protection et un certain refuge.
וַיּוֹאֶל מֹשֶׁה לָשֶׁבֶת אֶת־הָאִישׁ וַיִּתֵּן אֶת־צִפֹּרָה בִתּוֹ לְמֹשֶׁה׃
vayo'el moché lachévet et-ha'ích vayittén et-tsipporá vittó lemoché
21 Et Moché consentit à vivre avec cet homme, et il donna sa fille Tsippora à Moché pour femme.
Ici : vivre sous cet homme, vivre sous la protection de cet homme. C'est-à-dire que ce sont les principes de la protection, le kohen midyanite a pris Moché sous sa protection. Moché ne doit plus fuir Pharaon, se cacher et mener un mode de vie semi-clandestin.
תֵּלֶד בֵּן וַיִּקְרָא אֶת־שְׁמוֹ גֵּרְשֹׁם כִּי אָמַר גֵּר הָיִיתִי בְּאֶרֶץ נָכְרִיָּה׃
vattéled ben vayikrá et-chemó gerechóm ki amár ger hayíti be'érets nokhriyá
22 Et Tsippora enfanta un fils, et il appela son fils Guerchom (moi, là-bas au loin, étranger, si l'on traduit littéralement), car il dit : « Je suis devenu étranger dans un pays étranger ».
Non seulement Moché est un Juif vivant en Égypte, mais il est en plus un Juif qui a grandi en dehors de son peuple. Il a grandi dans la maison de Pharaon, c'est-à-dire qu'il a été séparé du peuple qui lui-même vit en exil. Et de cette situation, Moché lui-même tombe en exil comme un Égyptien d'origine juive qui s'est retrouvé à Midyan. C'est une histoire étonnante. Et à ce moment-là, si nous ne connaissons pas la fin, on ne comprend absolument pas ce qu'il en adviendra ensuite, et la Torah termine le thème là-dessus.
D'ailleurs, celui qui lit en hébreu peut voir que la Torah marque les paragraphes par la lettre פ (pé), quand le thème reste ouvert, et par la lettreס (samékh), quand le thème se ferme : paracha ptou'ha – paragraphe ouvert, paracha stouma – paragraphe fermé.
וַיְהִי בַיָּמִים הָרַבִּים הָהֵם וַיָּמָת מֶלֶךְ מִצְרַיִם וַיֵּאָנְחוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל מִן־הָעֲבֹדָה וַיִּזְעָקוּ וַתַּעַל שַׁוְעָתָם אֶל־הָאֱלֹהִים מִן־הָעֲבֹדָה׃
vayhí vayamím harabbím hahém vayámot mélekh mitsráyim vaye'ane'hoú vene-yisraél min-ha'avodá vayiz'ákou vattá'al chav'atám el-ha'elohím min-ha'avodá
23 Au terme de nombreux jours, le roi d'Égypte mourut, et les Juifs crièrent à cause du travail (se mirent à soupirer à cause du travail), et leur cri monta vers Dieu à cause de leur travail.
Le roi d'Égypte mourut – cela signifie en partie que l'exil de Moché peut prendre fin. D'un autre côté, cela signifie aussi que, peut-être, s'entrouvre un temps d'espoir pour Israël, peut-être viendra un nouveau roi libéral, qui ôtera les chaînes de l'esclavage et reconnaîtra, se souviendra qu'autrefois il y avait eu Yossef, que les Juifs sont une grande bénédiction, et simplement que tous sont créés à l'image et à la ressemblance. C'est-à-dire qu'un quelconque démocrate arrivera au pouvoir, et tous ces tourments prendront fin. Mais ils ne prirent pas fin. Et quand le nouveau Pharaon se leva, il garda les mêmes lois.
Une chose intéressante, n'est-ce pas ? Chaque fois que nous lisons quelque chose de semblable au sujet du Très-Haut – que voilà, enfin Il a entendu, enfin Il a appris, enfin Il a compris… Et c'est étonnant : Il est l'Omniscient, Il est le Tout-Connaissant, Il est le Tout-Comprenant, comment une telle chose peut-elle arriver ? Eh bien, un homme prie et dit : « Très-Haut, fais ceci et cela, agis avec moi de telle et telle manière. Et sinon – eh bien, non. Si Tu ne m'envoies pas de Mercedes, eh bien, je roulerai en taxi, pas en minibus tout de même », et ainsi de suite. Et voilà, nous en avons déjà parlé à plusieurs reprises : quand il y a une variante « B », alors la prière aussi est entendue autrement. « Si Tu ne nous envoies pas maintenant la délivrance, alors peut-être que Pharaon passera l'arme à gauche et que ce sera plus facile pour nous... ». C'est déjà une tout autre prière. Quand est venue la prise de conscience qu'il n'y aurait pas d'autre Pharaon, d'autre Pharaon, avec d'autres lois, il n'y en aurait pas, alors le cri monta à cause du travail et il atteignit le Très-Haut. C'est-à-dire que les Juifs en arrivèrent à un tel état que le cri, que leur espoir était déjà uniquement dans le Très-Haut.
וַיִּשְׁמַע אֱלֹהִים אֶת־נַאֲקָתָם וַיִּזְכֹּר אֱלֹהִים אֶת־בְּרִיתוֹ אֶת־אַבְרָהָם אֶת־יִצְחָק וְאֶת־יַעֲקֹב׃
vayichmá elohím et-na'akatám vayizkór elohím et-beritó et-avrahám et-yits'hák ve'et-yaakóv
24 Et le Très-Haut entendit leur gémissement, et le Très-Haut se souvint de l'alliance qu'il avait conclue avec Avraham, avec Yits'hak et avec Yaakov.
Encore une fois, Il se souvint non pas par suite d'un oubli : « Ouh là, J'ai donc oublié, c'est que J'ai une alliance avec eux, et Je les ai tellement laissés tomber ! » Bien entendu, cela ne se passe pas ainsi : le temps est venu pour le Très-Haut d'accomplir l'alliance. L'heure est venue où le Très-Haut va agir selon l'alliance qu'Il a conclue avec Avraham, avec Yits'hak, avec Yaakov. À Avraham, le Très-Haut avait promis qu'il y aurait 400 ans d'exil à partir du moment de la conclusion de l'alliance. Le temps est venu d'agir. L'alliance a été confirmée par Yits'hak, par Yaakov.
וַיַּרְא אֱלֹהִים אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיֵּדַע אֱלֹהִים׃
vayár elohím et-bené yisraél vayéda elohím
25 Et le Très-Haut vit les fils d'Israël, et le SEIGNEUR sut.
Que signifie – le Très-Haut sut, Dieu sut ? Appris seulement maintenant ? Encore une fois, non. Les deux premiers chapitres du livre de Chémot sont liés au mot yáda (savait). Savait ‒ ne savait pas. Moché savait-il qu'il était égyptien ? La fille de Pharaon savait-elle quelque chose, la mère savait-elle ? Qui savait, qui ne savait pas ? Moché connaissait-il son peuple ? Reconnaissait-on son autorité ? Celui qui se disputait avec Moché savait-il que celui-ci serait effectivement établi dans cette autorité ? Et le chapitre 2 se termine par l'affirmation : de même qu'au commencement se leva un Pharaon qui ne connaissait pas, de même ici apparaît ce Roi qui est vraiment Roi, qui est Roi sur tous, qui peut établir juge et chef, et lui, ce Roi, savait tout et sait tout.
Comment s'appelle Dieu ?
Chémot 3,1–15
Nous nous sommes arrêtés au fait que Moché s'installa chez le kohen de Midyan, prit pour femme sa fille Tsippora, il lui naquit un fils, que Moché appela Guerchom en signe qu'il était un étranger en terre étrangère. Nous avons aussi lu que le Très-Haut porta le regard sur les fils d'Israël, entendit leur cri, leur prière, et le Très-Haut sut.
וּמֹשֶׁה הָיָה רֹעֶה אֶת־צֹאן יִתְרוֹ חֹתְנוֹ כֹּהֵן מִדְיָן וַיִּנְהַג אֶת־הַצֹּאן אַחַר הַמִּדְבָּר וַיָּבֹא אֶל־הַר הָאֱלֹהִים חֹרֵבָה׃
oumoché hayá ro'é et-tsón yitró 'hotenó kohén midyán vayinhág et-hattsón a'hár hammidbár vayavó el-hár ha'elohím 'horéva
1 Et Moché faisait paître le bétail de Yitro, kohen de Midyan, et il dirigea le bétail dans le désert (ou au-delà du désert, vers quelques pâturages lointains), et arriva à la montagne de Dieu, au 'Horev.
Yitro – c'est le nom du kohen de Midyan. Le nom Yitro (Yitro) vient de la racine ytr ou yfr, ce qui signifie premier-né, ayant un avantage. Selon certaines versions, à vrai dire, ce n'est pas tout à fait un nom, c'est pour ainsi dire « Son Éminence », une sorte de titre. Tout de même, je suis plus enclin à comprendre cela comme un nom, le nom d'un premier-né, peut-être un nom qu'on donnait aux premiers-nés. Et Moché fait paître le bétail de Yitro, kohen de Midyan.
Le mot midbár peut signifier aussi bien désert, c'est-à-dire lieu vide, que pâturages, prairies inondables, un lieu où l'on fait paître. Le mot peut avoir une signification aussi contradictoire.
Le lieu où vint Moché est déjà appelé la montagne de Dieu, bien que nous ne sachions pas encore pourquoi elle est la montagne de Dieu. Il est aussi difficile de s'imaginer que, précisément dans la région du Sinaï, dans la région du mont 'Horev, il est assez difficile de faire paître du bétail.
וַיֵּרָא מַלְאַךְ יְהוָֹה אֵלָיו בְּלַבַּת־אֵשׁ מִתּוֹךְ הַסְּנֶה וַיַּרְא וְהִנֵּה הַסְּנֶה בֹּעֵר בָּאֵשׁ וְהַסְּנֶה אֵינֶנּוּ אֻכָּל׃
vayerá mal'ákh adonáy eláv belabbat-éch mittókh hassené vayár vehinné hassené bo'ér ba'éch vehassené enénnou oukkál
2 Et l'ange du SEIGNEUR lui apparut dans la flamme du feu, depuis le sené, et il vit : voici, le sené brûle dans le feu, et ce sené n'est pas dévoré par le feu.
Le mot sené est traduit par buisson d'épines ou par koupiná dans les traductions en vieux-slave. En réalité, le problème avec ce mot est qu'il ne se rencontre nulle part ailleurs. Et c'est pourquoi nous ne pouvons pas dire quel est ce buisson. Certains disent que c'est un buisson de ronce sainte (il existe une telle plante). D'autres disent que ce sont simplement des épines quelconques, des épines en général. D'autres encore disent qu'en fait il ne s'agit pas du tout d'un buisson, mais d'une pierre ou d'un morceau de rocher du Sinaï qui est ainsi nommé. Il y a aussi ceux qui disent que sené ‒ c'est en fait un arbuste en général, pas un buisson concret, mais des fourrés d'arbustes dans le désert du Sinaï, qui s'appellent sené. Il y a quelques indications de cette racine vers le caractère épineux : c'est-à-dire que ce sont soit des pierres pointues quelconques, soit des arbustes épineux. Si l'on ne cherche pas à faire des commentaires révolutionnaires quelconques, on peut comprendre que c'était simplement un buisson épineux quelconque. Et on peut être d'accord avec ces commentateurs qui disent que le Très-Haut est apparu dans des épines, et c'est comme un certain symbole de souffrance, un symbole de compassion pour le peuple d'Israël, qui se trouve lui aussi dans une sorte de fourré d'épines.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אָסֻרָה־נָּא וְאֶרְאֶה אֶת־הַמַּרְאֶה הַגָּדֹל הַזֶּה מַדּוּעַ לֹא־יִבְעַר הַסְּנֶה׃
vayomer moché assoura-ná ve'er'é et-hammar'é haggadól hazzé maddoúa lo-yiv'ár hassené
3 Et Moché dit : « Allons, je vais aller voir cette grande chose, pourquoi ce sené, ce buisson, ne se consume-t-il pas ? »
Moché est berger, il passe beaucoup de temps dans le désert, il passe beaucoup de temps dans les pâturages, beaucoup de temps dans la solitude, mais il reste attentif à la vie, curieux, et il ne passera pas comme ça à côté d'un phénomène incompréhensible quelconque, tel qu'un buisson qui brûle et ne se consume pas. Un autre se serait écarté de l'incendie, ne serait pas descendu à la cave sur une musique angoissante, mais ce n'est pas notre cas. Moché est intéressé, cela l'intéresse de s'approcher, et, apparemment, cela fait partie de l'épreuve.
וַיַּרְא יְהוָה כִּי סָר לִרְאוֹת וַיִּקְרָא אֵלָיו אֱלֹהִים מִתּוֹךְ הַסְּנֶה וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה מֹשֶׁה וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי׃
vayár adonáy ki sar lir'ót vayikrá eláv elohím mittókh hassené vayomer moché moché vayomer hinnéni
4 Et le SEIGNEUR vit qu'il s'était approché pour voir, et le Très-Haut l'appela du buisson, et lui dit : « Moché, Moché ! » Et il dit : « Me voici » (c'est déjà un dialogue classique).
« L'appât » était le suivant : le Très-Haut apparut dans le buisson pour voir si Moché manifesterait de l'intérêt, s'il verrait le buisson, s'il remarquerait que le buisson ne fait pas que brûler, mais ne se consume pas, – et Moché s'approcha pour voir.
וַיֹּאמֶר אַל־תִּקְרַב הֲלֹם שַׁל־נְעָלֶיךָ מֵעַל רַגְלֶיךָ כִּי הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַתָּה עוֹמֵד עָלָיו אַדְמַת־קֹדֶשׁ הוּא׃
vayomer al-tikráv halóm chal-ne'alékha me'ál raglékha ki hammakóm achér attá oméd aláv admat-kódech hou
5 Et le Très-Haut lui dit : « N'approche pas d'ici ! Ôte les chaussures de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens ‒ c'est la Terre Sainte ».
D'une manière générale, dans la tradition de l'Orient, même à la maison on n'entrait pas en chaussures, parce qu'à la maison on sert le Très-Haut, et, même en servant les dieux païens, on ôtait ses chaussures par respect. Sur le mont du Temple, dans certains endroits, il était interdit d'entrer en chaussures. Les prêtres servaient pieds nus, et à la synagogue aussi on a longtemps marché pieds nus. Les Samaritains et certains karaïtes se déchaussent jusqu'à aujourd'hui dans les synagogues. La chaussure, faite de la peau d'un animal mort, contient déjà en elle un certain élément d'impureté ; en outre, c'est aussi la saleté, et la poussière de la route, et simplement un manque de respect envers le lieu saint, c'est pourquoi il est dit ôte ta chaussure de tes pieds.
Ces derniers temps, il y a énormément de gens qui essaient de faire des traductions de sens quelconques, et ils disent que chal-ne'alékha ‒ c'est, en somme, ôte de toi, retire de toi les chaînes (na'ál peut se traduire par verrou), les verrous de la pensée standard : « déchausse tes yeux », pour ainsi dire, « déchausse ton esprit » et regarde une autre réalité. Ce sont de beaux midrachim, et ils sont beaux tant qu'on ne commence pas à les faire passer pour le sens direct de la Torah. Et le sens direct de la Torah ici – c'est l'ordre donné à Moché d'ôter ses chaussures, parce qu'il se trouve dans le lieu de la révélation du Très-Haut.
וַיֹּאמֶר אָנֹכִי אֱלֹהֵי אָבִיךָ אֱלֹהֵי אַבְרָהָם אֱלֹהֵי יִצְחָק וֵאלֹהֵי יַעֲקֹב וַיַּסְתֵּר מֹשֶׁה פָּנָיו כִּי יָרֵא מֵהַבִּיט אֶל־הָאֱלֹהִים׃
vayomer anokhí elohé avíkha elohé avrahám elohé yits'hák velohé yaakóv vayastér moché panáv ki yaré mehabbít el-ha'elohím
6 Et Il dit : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d'Avraham, le Dieu de Yits'hak et le Dieu de Yaakov ». Et Moché couvrit son visage, parce qu'il avait peur de regarder le Très-Haut.
Le Très-Haut se présente et commence par Je – le Dieu de ton père, c'est-à-dire le Dieu du père de Moché. Certains midrachim, certains interprètes disent que le Très-Haut, pour que Moché le reconnaisse, lui parlait avec la voix de son père, Moché entendait la voix de son papa. Un beau midrach. Pourquoi est-ce que le Très-Haut commence par dire qu'Il est le Dieu du père de Moché ? Parce qu'Avraham, Yits'hak, Yaakov – c'est si loin, c'est le Dieu de quelques-uns de mes lointains ancêtres, mais mon père, je le connais. C'est-à-dire que le Très-Haut dit qu'Il est un Dieu proche, pas seulement le Dieu d'ancêtres lointains.
וַיֹּאמֶר יְהוָה רָאֹה רָאִיתִי אֶת־עֳנִי עַמִּי אֲשֶׁר בְּמִצְרָיִם וְאֶת־צַעֲקָתָם שָׁמַעְתִּי מִפְּנֵי נֹגְשָׂיו כִּי יָדַעְתִּי אֶת־מַכְאֹבָיו׃
vayomer adonáy ra'ó ra'íti et-oní ammí achér bemitsráyim ve'et-tsa'akatám chamá'ti mippené nogesáv ki yadá'ti et־makh'ováv
7 Et le SEIGNEUR lui dit : « Voyant, J'ai vu la souffrance de Mon peuple, qui est en Égypte, et J'ai entendu leur cri à cause des oppresseurs, car Je connais sa douleur (au sens de la douleur de mon peuple) ».
Remarquez que le Très-Haut commence par appeler le peuple son peuple. Il dit : « J'ai vu la souffrance de Mon peuple ». Le Très-Haut dit : « J'ai vu, entendu et connu, senti la douleur ». Trois niveaux de compassion : visuel, auditif, tactile, et à tous les niveaux le Très-Haut dit : « Je suis avec Mon peuple ».
וָאֵרֵד לְהַצִּילוֹ מִיַּד מִצְרַיִם וּלְהַעֲלֹתוֹ מִן־הָאָרֶץ הַהִוא אֶל־אֶרֶץ טוֹבָה וּרְחָבָה אֶל־אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ אֶל־מְקוֹם הַכְּנַעֲנִי וְהַחִתִּי וְהָאֱמֹרִי וְהַפְּרִזִּי וְהַחִוִּי וְהַיְבוּסִי׃
va'eréd lehattsiló miyád mitsráyim oulha'alotó min-ha'árets hahí el-érets tová our'havá el-érets zavát 'haláv oudvách el-mekóm hakkena'aní veha'hittí veha'emorí vehapperizzí veha'hivví vehayvoussí
8 Je descendrai pour le faire monter (le sauver) des mains des Égyptiens, pour le faire monter de ce pays-là vers un pays bon et vaste, vers un pays ruisselant de lait et de miel : vers le lieu des Cananéens, et des Hittites, et des Émoréens, et des Prizéens, et des 'Hivéens, et des Yévousséens.
Un pays ruisselant de lait et de miel – cela signifie, d'une part, un pays béni dans l'élevage ‒ le lait, et dans l'agronomie – le miel. Le miel dont il est question dans la Torah, ce n'est généralement pas le miel d'abeille, c'est le miel de dattes, le miel des fruits qui suintent. Dans la langue d'aujourd'hui, cela s'appelle mélasse, et dans la langue de la Torah, cela s'appelle dvach ou miel. Le miel ‒ c'est le jus, un sirop épais qui suinte des fruits, un symbole de prospérité dans l'agriculture. D'autre part, cela signifie que les fruits de la terre ne sont pas récoltés, qu'elle déborde, que son « pis » déborde, que ses vergers débordent, mais que personne ne travaille la terre. Et cela bien que la terre ne soit pas vide, car le Très-Haut dit : « Je descendrai pour le faire monter… vers le lieu... » – et cite les noms des peuples qui seront chassés de cette terre. Peut-être que les Juifs rêvent depuis longtemps dans leurs cuisines, en discutant : « Ah, si on pouvait retourner en Canaan ! » Pourquoi, pendant 200 ans, malgré l'esclavage, ne retournaient-ils pas en Canaan ? Parce que Canaan est depuis longtemps peuplé et occupé par d'autres peuples, et qu'il n'est pas si simple d'y retourner. Et le Très-Haut promet qu'Il non seulement amènera, mais donnera aussi la terre de ces peuples.
וְעַתָּה הִנֵּה צַעֲקַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל בָּאָה אֵלָי וְגַם־רָאִיתִי אֶת־הַלַּחַץ אֲשֶׁר מִצְרַיִם לֹחֲצִים אֹתָם׃
ve'attá hinné tsa'akát bene-yisraél ba'á eláy vegam-ra'íti et-hallá'hats achér mitsráyim lo'hatsím otám
9 Et voici, maintenant, le cri du peuple d'Israël est parvenu jusqu'à Moi, et J'ai vu la pression par laquelle les Égyptiens pèsent sur lui.
Pourquoi le Très-Haut répète cela ? D'abord Il a dit : « J'ai entendu, et c'est pourquoi Je ferai sortir », maintenant Il dit : « J'ai vu, connu, senti ».
וְעַתָּה לְכָה וְאֶשְׁלָחֲךָ אֶל־פַּרְעֹה וְהוֹצֵא אֶת־עַמִּי בְנֵי־יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרָיִם׃
ve'attá lekhá ve'echla'hakhá el-par'ó vehotsé et-ammí vene-yisraél mimmitsráyim
10 Et maintenant Je t'enverrai vers Pharaon, et toi, tire mon peuple Israël hors d'Égypte ! »
Un commandement si inattendu. Représentez-vous : Moché (on ne l'appelait pas encore alors rabbénou – notre maître) – c'est un criminel en fuite, qui vit déjà depuis plusieurs dizaines d'années chez Yitro, qui a peut-être déjà même des petits-enfants et compte sur une vieillesse paisible, à paître ses brebis ‒ et soudain une telle révélation ! Il étudiait, semble-t-il, la botanique ou la nature, il s'est approché pour voir ce qu'il y avait là avec ce buisson, et l'affaire a pris une tournure si inattendue : va, en quelque sorte, en Égypte et fais sortir de là Mon peuple – et cela à un homme qui, pendant 40 ans, n'a conduit personne nulle part, si ce n'est des moutons dans la bergerie. Bien sûr, c'est effrayant, inattendu, et c'est une proposition que l'on a d'abord envie de refuser.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־הָאֱלֹהִים מִי אָנֹכִי כִּי אֵלֵךְ אֶל־פַּרְעֹה וְכִי אוֹצִיא אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרָיִם׃
vayomer moché el-ha'elohím mi anókhi ki elékh el-par'ó vekhí otsí et-bené yisraél mimmitsráyim
11 Et Moché dit à Dieu : « Mais qui suis-je donc, pour que j'aille vers Pharaon ? Est-ce que je ferai sortir le peuple d'Israël d'Égypte ? (Ou : Qui suis-je pour faire sortir le peuple d'Israël d'Égypte ?) »
וַיֹּאמֶר כִּי־אֶהְיֶה עִמָּךְ וְזֶה־לְּךָ הָאוֹת כִּי אָנֹכִי שְׁלַחְתִּיךָ בְּהוֹצִיאֲךָ אֶת־הָעָם מִמִּצְרַיִם תַּעַבְדוּן אֶת־הָאֱלֹהִים עַל הָהָר הַזֶּה׃
vayomer ki-ehyé immákh veze-lekhá ha'ót ki anokhí chela'htíkha behotsi'akhá et-ha'ám mimmitsráyim ta'avdoún et-ha'elohím al hahár hazzé
12 Et le SEIGNEUR lui dit : « Je serai avec toi. Et voici pour toi le signe que Je t'ai envoyé : quand tu feras sortir ton peuple d'Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne ».
Moché n'avait pas lu le livre de Chémot (de même que les autres n'avaient pas lu le livre de Béréchit), il ne sait pas combien de fois il lui faudra aller chez Pharaon, revenir de chez lui les mains vides, supporter les reproches de la part du peuple. Le signe que le Très-Haut lui donne est celui-ci : « Tu feras sortir. Je t'envoie pour faire sortir, et Je donne un signe : tu feras sortir et tu conduiras jusqu'à cette même montagne. Nous nous rencontrerons à ce même endroit ». Le voilà, ton signe ! Un signe très étrange, et une grande épreuve de foi pour Moché.
Moché commence à essayer ce rôle sur lui-même. Or, faire sortir le peuple d'Égypte, ce n'est pas simplement dire : « Les gars, on embarque dans les voitures, on s'installe et on part », ou : « Les gars, on sort, on forme les colonnes et on part ». Ce n'est même pas seulement s'entendre avec Pharaon pour que Pharaon laisse partir le peuple d'Israël. C'est beaucoup plus compliqué, parce que cela implique qu'il faut élever le peuple d'Israël à ce niveau où il sera capable de sortir d'Égypte, et puis là-bas, qui sait, de recevoir aussi la Torah en chemin. Un travail énorme et lourd attend Moché. Et Moché, en essayant cela sur lui-même, demande ainsi au Très-Haut :
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־הָאֱלֹהִים הִנֵּה אָנֹכִי בָא אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתִּי לָהֶם אֱלֹהֵי אֲבוֹתֵיכֶם שְׁלָחַנִי אֲלֵיכֶם וְאָמְרוּ־לִי מַה־שְּׁמוֹ מָה אֹמַר אֲלֵהֶם׃
vayomer moché el-ha'elohím hinné anokhí va el-bené yisraél ve'amartí lahém elohe avotekhém chela'háni alekhém ve'amerou-lí ma-chemó ma omár alehem
13 Et Moché dit à Dieu : « Voici, je viendrai vers les fils d'Israël et je leur dirai : Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous. Et ils me diront : Comment L'appelle-t-on ? Que leur répondrai-je ? »
C'est une question que personne n'a ensuite posée à Moché, personne. D'ailleurs, on ne comprend pas pourquoi les fils d'Israël demanderaient soudain à Moché quel est le nom du Dieu qui l'a envoyé. Si c'est le nom du Dieu des pères, ils savaient quel nom Il a. Mais le fait est que le mot nom signifie plus que simplement un nom. Dieu ne s'appelle pas simplement Vassia, parce qu'Il est Roi Vassili, ou Petrus, Petia, parce qu'il est rocher. Chacun des noms du Très-Haut révèle certaines de Ses propriétés, certaines de Ses qualités : « Qui est le Dieu qui nous a envoyés ? C'est la Force, c'est la Sagesse, c'est le Salut. Quelles qualités du Très-Haut vont agir dans ce processus ? Que vais-je leur répondre ? »
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל־מֹשֶׁה אֶהְיֶה אֲשֶׁר אֶהְיֶה וַיֹּאמֶר כֹּה תֹאמַר לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶהְיֶה שְׁלָחַנִי אֲלֵיכֶם׃
vayomer elohím el-moché ehyé achér ehyé vayomer ko tomár livné yisraél ehyé chela'háni alekhém
14 Et Dieu dit à Moché : « Je serai Celui Qui serai ». Et Il dit : « Ainsi tu diras aux fils d'Israël : le nom du Dieu qui t'a envoyé vers eux, ‒ ehyé (maintenant non plus serai Celui Qui serai, mais simplement – serai).
Auparavant, au verset 12, nous avons lu que Dieu avait employé le mot ehyé (serai), quand Il a dit : « Je serai avec toi ». Ici, Il répète ce mot et dit : « Je serai Celui Qui serai ». C'est l'un de Ses noms. On l'interprète de différentes manières, parce que Je serai Celui Qui serai – c'est difficile à comprendre. D'une part, il y a une interprétation philosophique : Dieu est éternel, et Il sera toujours Un et le Même. D'autre part, il y a une notion historique : « Je suis Celui Qui était avec vous, et Celui Qui serai avec vous : Celui Qui serai avec vous dans cette délivrance qui est la vôtre, et Celui Qui serai avec vous dans votre délivrance ultérieure, et Celui Qui toujours vous délivre et vous sauve, et Celui Qui toujours agit en vous ». Encore une autre compréhension – théologique : Dieu peut être qui Il voudra, Il est le Maître Absolu. Si je suis un homme d'âge moyen, je ne peux pas devenir une jeune femme. Un chat ne peut pas devenir un chien, et un singe ne peut pas devenir un crocodile, et un hippopotame ne peut pas devenir une hirondelle. Chaque être est délimité (du mot limite) par des frontières concrètes, par une donnée concrète. Le Très-Haut est absolument libre d'être de n'importe quelle sorte, n'importe qui, n'importe quoi, et Il n'est délimité par aucune limite. C'est l'une des compréhensions du nom ehyé. Encore une compréhension, qui m'est proche : ehyé achér ehyé signifie Je suis Celui Qui donne l'être, l'unique être réel. Tout ce qui arrive, toute la réalité provient de Moi. Tout ce qui se révèle non relié à Moi ‒ est illusoire, « fantomatique dans ce monde déchaîné ». Et le Très-Haut révèle à Moché cette nature, mais Il ne dit pas de transmettre ce Nom au peuple.
וַיֹּאמֶר עוֹד אֱלֹהִים אֶל־מֹשֶׁה כֹּה־תֹאמַר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל יְהוָה אֱלֹהֵי אֲבֹתֵיכֶם אֱלֹהֵי אַבְרָהָם אֱלֹהֵי יִצְחָק וֵאלֹהֵי יַעֲקֹב שְׁלָחַנִי אֲלֵיכֶם זֶה־שְּׁמִי לְעֹלָם וְזֶה זִכְרִי לְדֹר דֹּר׃
vayomer od elohím el-moché ko tomár el-bené yisraél adonáy elohé avotekhém elohé avrahám elohé yits'hák velohé yaakóv chela'háni alekhém ze-chemí le'olám vezé zikhrí ledór dor
15 Et Dieu dit encore à Moché : « Ainsi dis aux fils d'Israël : Hachem, le Dieu Tout-Puissant de vos pères, le Dieu d'Avraham, le Dieu de Yits'hak et le Dieu de Yaakov, m'a envoyé vers vous. C'est Mon nom éternel, c'est Mon mémorial de siècle en siècle ».
Ici est employé le Nom de quatre lettres (יְהוָה), que l'on prononce habituellement de façon erronée comme Jéhovah ou Yahvé. Le Très-Haut dit d'abord ehyé achér ehyé, ensuite dit simplement ehyé, et ensuite dit Hachem (le nom de quatre lettres ou tétragramme). Pourquoi le Très-Haut donne-t-il trois noms ? Parce que ehyé achér ehyé – c'est le Nom par lequel le Très-Haut explique à Moché, en réponse à sa question, la nature de son Nom : « Je ne suis pas prédéterminé par quelques noms, Je n'ai pas un seul nom permanent, une seule qualité permanente, Je ne ressemble pas aux dieux grecs, qui s'occupent d'une seule chose, ou qui ont une seule nature, tout à fait compréhensible, simple. Et aux dieux égyptiens non plus Je ne ressemble pas. Je peux être Qui Je peux être. On ne peut pas deviner d'avance le nom par lequel J'agirai. Mais Je serai avec vous comme Juge, comme Sauveur, comme Guérisseur et comme Main qui punit. Je serai avec vous. Et qui est ce Moi ? Vous reconnaîtrez ce Nom que vous connaissiez : Hachem. C'est précisément Hachem (יְהוָה) ‒ c'est Mon Nom éternel ». Le Nom Jéhovah (encore une fois, dans une prononciation erronée) a lui aussi de très nombreuses interprétations différentes. Mais nous n'allons pas entrer maintenant dans la théophorie (la pratique consistant à inclure le nom d'un dieu dans un nom propre), parce que l'entretien durerait plus d'une heure si nous commencions à en discuter. Mais, au fond, ce nom signifie aussi : Celui Qui produit la vie, Celui Qui vivifie tout, et il réunit en lui trois verbes : était, est et sera, et fait tout dans le passé (ce qui a été), dans le futur et dans ce qui est. C'est-à-dire Celui Qui donne la vie au passé, au présent et au futur, Il est hors du temps, l'Étant, l'Unique, le Dieu Absolu, la Source de toute vie, du passé, du présent et du futur, de toutes les causes et de toutes les conséquences, et de toutes les interconnexions, qui sont connaissables, connaissantes, ce qui inclut aussi la connaissance elle-même. C'est-à-dire que la Divinité incroyablement englobante, qui inclut tout en elle – c'est notre Dieu Saint et béni, le Dieu d'Israël, le Créateur du monde entier, le Dieu du monde entier et de tous les peuples.
On peut dire énormément de choses sur chaque verset de ce passage, sur chaque verset du passage précédent (où Moché tue l'Égyptien, le cache dans le sable, tous s'indignent contre lui). Même sur chaque ligne, Dostoïevski aurait écrit un roman entier. Ici, dans notre section, il y a un vaste champ pour les philosophes. Voilà où l'on peut se déployer, et au sujet du nom du Très-Haut, et au sujet de la providence du Très-Haut à l'égard du peuple d'Israël, et au sujet de l'existence éternelle du Très-Haut, et au sujet des différents noms et de ce qu'est le Nom en général. Et je suis très heureux qu'on puisse jeter un peu de petit bois dans le feu de ces réflexions, et moi-même j'y réfléchis avec plaisir ; mais nos entretiens ne sont que du petit bois pour ces feux.
Conversation avec Dieu
Chémot 3,16–4,17
Nous nous sommes arrêtés, vous et moi, sur le fait que le Très-Haut s'est révélé à Moché et lui a annoncé que le temps de la délivrance était venu et que Moché serait l'instrument, l'envoyé pour cette délivrance. Et au verset 16 du chapitre 3, nous lisons les paroles du Très-Haut à Moché :
לֵךְ וְאָסַפְתָּ אֶת־זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם יְהוָה אֱלֹהֵי אֲבֹתֵיכֶם נִרְאָה אֵלַי אֱלֹהֵי אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב לֵאמֹר פָּקֹד פָּקַדְתִּי אֶתְכֶם וְאֶת־הֶעָשׂוּי לָכֶם בְּמִצְרָיִם׃
lekh ve'assaftá et-zikné yisraél ve'amartá alehém adonáy elohé avotekhém nir'á eláy elohé avrahám yits'hák veyaakóv lemór pakód pakádti etkhém ve'et-he'assoúy lakhém bemitsráyim
16 « Va et rassemble les anciens d'Israël et dis-leur : le SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, s'est révélé à moi ‒ le Dieu d'Avraham, de Yits'hak et de Yaakov, en disant : en commandant J'ai commandé sur vous et sur ce qui se fait avec vous en Égypte ».
Un mot intéressant, pakód : il signifie visiter, commander, prendre la direction, investir, confier. Si l'on donne une traduction imagée, le Très-Haut dit : « J'ai pris le gouvernail de ce qui se passe en Égypte, tous les modes de pilote automatique sont désactivés, Je suis à la barre ». Et il est clair que le Très-Haut est toujours à la barre, il est clair que le Très-Haut dirige tous les processus. Mais la Torah utilise parfois une telle symbolique pour nous montrer que la force et le plan du Très-Haut vont se réaliser manifestement, clairement, sous les yeux de tous les témoins, en Égypte, à l'égard de tout ce qui va s'y passer.
וָאֹמַר אַעֲלֶה אֶתְכֶם מֵעֳנִי מִצְרַיִם אֶל־אֶרֶץ הַכְּנַעֲנִי וְהַחִתִּי וְהָאֱמֹרִי וְהַפְּרִזִּי וְהַחִוִּי וְהַיְבוּסִי אֶל־אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ׃
va'omár a'alé etkhém me'oní mitsráyim el-érets hakkena'aní veha'hittí veha'emorí vehapperizzí veha'hivvi vehayvoussí el-érets zavát 'haláv oudvách
17 Et Il dit : « Je vous ferai monter hors des souffrances de l'Égypte, vers le pays des Cananéens, et des Hittites, et des Émoréens, et des Périzéens, et des 'Hivéens, et des Yévousséens (ce sont des noms de peuples) ‒ vers le pays qui ruisselle de lait et de miel.
Nous en avons déjà parlé, maintenant je vais le répéter brièvement : le lait et le miel sont des symboles de prospérité dans l'agriculture. De plus, le miel ne désigne pas le miel d'abeille, mais le suc qui suinte des plantes (le miel de dattes en particulier) et qui s'appelle dvach. Et presque partout dans le texte de la Torah, le miel, c'est le miel de dattes.
וְשָׁמְעוּ לְקֹלֶךָ וּבָאתָ אַתָּה וְזִקְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶל־מֶלֶךְ מִצְרַיִם וַאֲמַרְתֶּם אֵלָיו יְהוָה אֱלֹהֵי הָעִבְרִיִּים נִקְרָה עָלֵינוּ וְעַתָּה נֵלֲכָה־נָּא דֶּרֶךְ שְׁלֹשֶׁת יָמִים בַּמִּדְבָּר וְנִזְבְּחָה לַיהוָה אֱלֹהֵינוּ׃
vechame'oú lekolékha ouvatá attá vezikné yisraél el-mélekh mitsráyim va'amartém eláv adonáy elohé ha'ivriyím nikrá alénou ve'attá nelekha-ná dérekh chelóchet yamím bammidbár venizbe'há ladonáy elohénou
18 Et quand ils écouteront ta voix, tu viendras, toi et les anciens d'Israël, vers le roi d'Égypte, et vous lui direz : « Le SEIGNEUR, le Dieu des Hébreux, s'est révélé à nous ; maintenant donc, allons-y, nous, pour trois jours dans le désert, et offrons un sacrifice au SEIGNEUR notre Dieu ».
Quand le peuple d'Israël parle de lui-même avec des étrangers, son autodésignation (ethnonyme) dans la conversation avec des étrangers, c'est ivrim (Hébreux). Quand Yossef se présente à Pharaon, il dit : « J'ai été volé du pays des ivrim ». Et ensuite, quand sont mentionnées les relations d'Israël avec les peuples, on emploie le mot ivri (descendants d'Éver). On parle ainsi jusqu'à aujourd'hui, de là vient aussi le mot hébreu.
Les anciens d'Israël ne peuvent pas venir chez Pharaon et dire : « À l'un d'entre nous, Moché, Dieu s'est révélé ». Les anciens doivent croire, avant tout ils doivent eux-mêmes croire Moché, que Dieu s'est révélé à lui et qu'Il commence à agir. C'est pourquoi les anciens doivent témoigner devant Pharaon que Dieu s'est révélé à eux.
Pourquoi le Très-Haut donne-t-il à Moché et aux anciens un tel message ? C'est que, selon les lois égyptiennes – nous lisons cela sur plusieurs ostraca (tessons d'argile) et dans plusieurs papyrus égyptiens qui recensaient l'organisation du travail des esclaves, recensaient les journées de travail – beaucoup d'esclaves recevaient 8 et même 40 jours de congé en lien avec les cultes religieux de leurs peuples. C'est-à-dire que l'Égypte était un État multinational, dans lequel se trouvaient des esclaves de différents pays, avec leurs fêtes religieuses, et les Égyptiens, conformément à leurs lois assez libérales, comme nous le voyons, allaient au-devant de ces esclaves et les laissaient partir pour servir leurs dieux. C'est pourquoi le Très-Haut dit à Moché : « Viens et demande tes jours de fête religieuse légitimes, qui te reviennent ; commençons à agir correctement, commençons à agir en respectant formellement les lois. C'est pourquoi toi, viens et demande de laisser partir le peuple pour trois jours de célébration ». Et pourquoi voyons-nous que c'est formel ? Parce que le Très-Haut dit aussitôt :
וַאֲנִי יָדַעְתִּי כִּי לֹא־יִתֵּן אֶתְכֶם מֶלֶךְ מִצְרַיִם לַהֲלֹךְ וְלֹא בְּיָד חֲזָקָה׃
va'aní yadá'ti ki ló-yittén etkhém mélekh mitsráyim lahalókh veló beyád 'hazaká
19 Et je sais que le roi d'Égypte ne vous laissera pas partir, si ce n'est par Ma main forte (c'est-à-dire quand Je l'aurai déjà forcé à vous chasser).
וְשָׁלַחְתִּי אֶת־יָדִי וְהִכֵּיתִי אֶת־מִצְרַיִם בְּכֹל נִפְלְאֹתַי אֲשֶׁר אֶעֱשֶׂה בְּקִרְבּוֹ וְאַחֲרֵי־כֵן יְשַׁלַּח אֶתְכֶם׃
vechala'htí et-yadí vehikketí et-mitsráyim bekhól nifle'otáy achér e'sé bekirbó ve'a'hare-khén yechallá'h etkhém
20 Et J'étendrai Ma main et Je frapperai l'Égypte par tout Mon merveilleux, que J'accomplirai en son sein, et après cela il vous renverra (il vous enverra).
Eh bien, et il renverra simplement comme ça ? Peut-être renverra-t-il de telle façon qu'il jettera longtemps des pierres dans le dos, et qu'une époque d'antisémitisme éclatera en Égypte, et qu'il y aura une indignation populaire ? Peut-être renverra-t-il après des pogroms ? Et ici le Très-Haut parle à Moché d'un miracle de plus, d'un miracle dans le miracle : que l'Égypte dévastée, vaincue, manifestera de la faveur envers le peuple d'Israël.
וְנָתַתִּי אֶת־חֵן הָעָם־הַזֶּה בְּעֵינֵי מִצְרָיִם וְהָיָה כִּי תֵלֵכוּן לֹא תֵלְכוּ רֵיקָם׃
venatattí et-'hén ha'am-hazzé be'ené mitsráyim vehayá ki telekhoún lo telekhoú rekám
21 Et Je donnerai faveur à ce peuple (c'est-à-dire à Israël) aux yeux des Égyptiens, et, quand vous partirez, vous ne partirez pas vides, vous ne partirez pas les mains vides.
וְשָׁאֲלָה אִשָּׁה מִשְּׁכֶנְתָּהּ וּמִגָּרַת בֵּיתָהּ כְּלֵי־כֶסֶף וּכְלֵי זָהָב וּשְׂמָלֹת וְשַׂמְתֶּם עַל־בְּנֵיכֶם וְעַל־בְּנֹתֵיכֶם וְנִצַּלְתֶּם אֶת־מִצְרָיִם׃
vecha'alá ichá michekhentá oumiggarát betá kele-khéssef oukhlé zaháv ousmalót vesamtém al-benekhém ve'al- benotekhém venittsaltém et-mitsráyim
22 Et la femme demandera à sa voisine et à celle qui habite dans sa maison des parures d'argent, et des parures d'or, et des vêtements, et vous les mettrez sur vos fils et sur vos filles, et vous tirerez profit (le mot lenatsél – utiliser, utiliser à son avantage) de l'Égypte ».
Par ce verset se termine le troisième chapitre, et nous commençons à lire le quatrième chapitre, nous commençons à lire par la réponse, par l'objection de Moché à ce qu'a dit le Très-Haut. Nous voyons tout au long de la Torah que Moché sait discuter avec le Très-Haut, sait objecter au Très-Haut, et le Très-Haut lui répond sur ses objections. Ici apparaît une particularité nouvelle pour nous : auparavant, le Très-Haut parlait, et l'homme « saluait militairement », répondait : « À vos ordres ! » et exécutait. Mais c'est par Moché que sera donnée la Torah. La Torah, c'est un enseignement, et un enseignement exige que les ordres reçoivent une explication. C'est pourquoi Moché, par qui sera donné l'enseignement, n'hésite pas à demander, il peut demander, il peut objecter et, quand il le faut, recevoir une réponse à ses objections. C'est un trait important du caractère de Moché.
וַיַּעַן מֹשֶׁה וַיֹּאמֶר וְהֵן לֹא־יַאֲמִינוּ לִי וְלֹא יִשְׁמְעוּ בְּקֹלִי כִּי יֹאמְרוּ לֹא־נִרְאָה אֵלֶיךָ יְהוָה׃
vayá'an moché vayomer vehén lo-ya'amínou li veló yichme'oú bekolí-ki yomeroú lo-nir'á elékha adonáy
1 Et Moché répondit, et dit : « Tu vois, ils ne me croiront pas et n'écouteront pas ma voix, car ils diront : le SEIGNEUR ne s'est pas révélé à toi ! »
Eh bien, en effet : Moché est un homme qui est recherché en Égypte (s'il est encore recherché) pour meurtre, un meurtrier en fuite, qui pendant longtemps n'a même pas du tout vécu en Égypte, mais se cachait à Midyan. Il n'a pas souffert, il n'a même jamais souffert des souffrances dont souffre le peuple. Et soudain le Très-Haut l'envoie, sans rime ni raison, libérer Israël. Et lui, en plus, n'a pas encore purgé sa peine pour le passé. Est-ce que le Très-Haut ne pouvait vraiment pas trouver un homme sans affaires pénales en cours et sans passé criminel, quelqu'un qui connaisse mieux les coutumes et la culture du peuple juif ? C'est pourquoi, bien sûr, il est difficile de croire que c'est justement à un homme si étrange, avec une biographie si entachée, que le Très-Haut s'est révélé. « Ils ne me croiront pas », dit Moché, qui, peut-être, ne se croit pas lui-même au moment où le Très-Haut s'est révélé à lui.
וַיֹּאמֶר אֵלָיו יְהוָה מַזֶּה (מַה־זֶּה) בְיָדֶךָ וַיֹּאמֶר מַטֶּה׃
vayomer eláv adonáy ma-zé veyadékha vayomer matté
2 Et le SEIGNEUR lui dit : « Qu'est-ce que c'est, dans ta main ? » Et il dit : « Un bâton ».
Bien entendu, le Très-Haut ne s'intéresse pas par curiosité à ce que Moché a dans la main, et non pas parce qu'Il ne peut pas discerner ce que Moché a dans la main. Il veut attirer l'attention de Moché sur le bâton, c'est ainsi que le Très-Haut parle souvent avec les prophètes. Par exemple : « Que vois-tu ? » ‒ « Je vois une branche d'amandier ». Et chez Zacharie, Il demande souvent : « Que vois-tu ? » Le Très-Haut éveille l'attention du prophète en disant : « Voici, regarde, tu as dans la main un bâton ».
וַיֹּאמֶר הַשְׁלִיכֵהוּ אַרְצָה וַיַּשְׁלִיכֵהוּ אַרְצָה וַיְהִי לְנָחָשׁ וַיָּנָס מֹשֶׁה מִפָּנָיו׃
vayomer hachlikhéhou ártsa vayachlikhéhou ártsa vayhí lena'hách vayános moché mippanáv
3 Et Il dit : « Jette-le à terre ». Et il le jeta à terre, et le bâton se changea en serpent, et Moché eut peur, il bondit loin de lui.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה שְׁלַח יָדְךָ וֶאֱחֹז בִּזְנָבוֹ וַיִּשְׁלַח יָדוֹ וַיַּחֲזֶק בּוֹ וַיְהִי לְמַטֶּה בְּכַפּוֹ׃
vayomer adonáy el-moché chelá'h yadekhá ve'e'hóz biznavó vayichlá'h yadó vaya'hazek-bó vayhí lematté bekhappó
4 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Étends ta main et saisis-le par la queue ! » Et il le saisit, et il fut un bâton dans sa main.
L'objet que Moché porte avec lui (comme nous portons aujourd'hui un téléphone), ‒ c'est le bâton. Il le jette à terre, et son propre bâton devient un serpent ; n'importe qui prendrait peur. Le Très-Haut dit : « Prends-le par la queue ! » Moché le saisit par la queue, et le serpent se transforme de nouveau en bâton. Que de matière pour les commentaires ! Il se trouve des savants, des spécialistes, des biblistes, qui disent : « Eh bien voilà, on le voit bien ici et cela saute aux yeux, que l'homme qui a écrit cela n'a jamais eu affaire aux serpents, parce que personne ne saisit jamais les serpents par la queue. Les serpents, il faut les saisir par la tête ». Mais en réalité, on saisit effectivement les serpents par la queue, cela relâche brusquement la colonne vertébrale du serpent, et il y a quelques secondes pendant lesquelles on peut le saisir et le mettre dans un sac. Bien qu'on saisisse aussi les serpents par la tête, mais cela relève de l'art des chasseurs de serpents. Ne reproduisez à la maison ni l'un ni l'autre.
Ce qui est étonnant ici, c'est que d'habitude on faisait les bâtons avec des têtes de serpent, c'était l'usage – orner le bâton d'une tête de serpent. Ici, il se trouve que la poignée du bâton ‒ c'est la queue du serpent. Beaucoup voient en cela une preuve, un témoignage que Moché n'est pas venu avec un serpent qu'il aurait attrapé quelque part et transformé en bâton, mais qu'il sait réellement transformer un bâton en serpent. Pour une raison ou une autre, on considère en magie que c'est plus difficile. Je ne peux pas dire s'il en est ainsi, parce que je ne sais faire ni l'un ni l'autre. Mais une poignée de bâton en forme de queue de serpent – c'est très inhabituel.
Pourquoi est-ce que le Très-Haut donne justement un tel signe, et pourquoi justement les signes qu'Il donne ensuite ? Les commentateurs y voient trois objections possibles d'Israël contre le fait que le Très-Haut a envoyé Moché, trois fondements pour la méfiance : la première ‒ c'est le passé criminel de Moché. Son pouvoir sur le serpent, comme sur un meurtrier, comme sur un être qui tue, doit prouver que le Très-Haut lui a pardonné ce péché, et qu'il est protégé de ce péché. De même, le serpent enroulé autour d'une perche ‒ symbole de protection et de pouvoir royal. C'est le premier signe que le Très-Haut a donné à Moché.
לְמַעַן יַאֲמִינוּ כִּי־נִרְאָה אֵלֶיךָ יְהוָה אֱלֹהֵי אֲבֹתָם אֱלֹהֵי אַבְרָהָם אֱלֹהֵי יִצְחָק וֵאלֹהֵי יַעֲקֹב׃
lemá'an ya'amínou ki-nir'á elékha adonáy elohé avotám elohé avrahám elohé yits'hák velohé ya'akóv
5 « Afin qu'ils croient que Dieu s'est révélé à toi, le Dieu d'Avraham, le Dieu de Yits'hak et le Dieu de Yaakov ».
וַיֹּאמֶר יְהוָה לוֹ עוֹד הָבֵא־נָא יָדְךָ בְּחֵיקֶךָ וַיָּבֵא יָדוֹ בְּחֵיקוֹ וַיּוֹצִאָהּ וְהִנֵּה יָדוֹ מְצֹרַעַת כַּשָּׁלֶג׃
vayomer adonáy lo od háve-ná yadekhá be'hekékha vayavé yadó be'hekó vayotsi'á vehinné yadó metsorá'at kachaleg
6 Et le Très-Haut lui dit encore : « Mets ta main sous ton aisselle ». Et il mit la main sous son aisselle, et la retira, et voici ‒ la main est couverte de lèpre, comme de neige.
Ici, la maladie qui frappa Moché est traduite par lèpre, comme le nom d'une maladie connue et répandue. En réalité, c'est une maladie à part ‒ tsara'at, qui n'est mentionnée que dans la Torah et qui a, selon sa compréhension, des racines davantage spirituelles, liées à la médisance, à une certaine impureté. Celui qui est atteint de cette maladie se trouve hors du camp et ne peut pas entrer dans le camp. Ce signe – c'est la réponse à la deuxième objection possible : Israël, à cause de son état de péché, à cause de son impureté, de son immersion dans l'Égypte, est devenu comme un lépreux. Et où irions-nous, dans un état si déchu, aller au pays de Canaan, aller dans la Terre promise ? À cela Moché répond : « Voici le signe : la force du Très-Haut – délivrer le peuple d'Israël de son péché, le purifier de la lèpre. Regardez, le Très-Haut ‒ c'est Celui Qui envoie la lèpre, et Celui Qui en délivre ! »
וַיֹּאמֶר הָשֵׁב יָדְךָ אֶל־חֵיקֶךָ וַיָּשֶׁב יָדוֹ אֶל־חֵיקוֹ וַיּוֹצִאָהּ מֵחֵיקוֹ וְהִנֵּה־שָׁבָה כִּבְשָׂרוֹ׃
vayomer hachév yadekhá el-'hekékha vayáchev yadó el-'hekó vayotsi'á me'hekó vehinne-cháva kivsaró
7 Et Il dit : « Remets ta main sous ton aisselle ! » Et il remit sa main sous son aisselle, et la retira, et voici, elle était redevenue comme elle était, comme sa chair.
C'est-à-dire que le Très-Haut montre : « J'envoie la lèpre, Je guéris d'elle. Si quelqu'un pense que l'état de péché empêche d'entrer dans la Terre promise – oui, l'état de péché empêche d'entrer, mais Moi – le Guérisseur de celle-ci ! »
וְהָיָה אִם־לֹא יַאֲמִינוּ לָךְ וְלֹא יִשְׁמְעוּ לְקֹל הָאֹת הָרִאשׁוֹן וְהֶאֱמִינוּ לְקֹל הָאֹת הָאַחֲרוֹן׃
vehayá im-ló ya'amínou lakh veló yichme'oú lekól ha'ót harichón vehe'emínou lekól ha'ót ha'a'haron
8 « Et il arrivera, s'ils ne te croient pas et n'écoutent pas la voix du premier signe, qu'ils écouteront la voix de l'autre signe.
וְהָיָה אִם־לֹא יַאֲמִינוּ גַּם לִשְׁנֵי הָאֹתוֹת הָאֵלֶּה וְלֹ יִשְׁמְעוּן לְקֹלֶךָ וְלָקַחְתָּ מִמֵּימֵי הַיְאֹר וְשָׁפַכְתָּ הַיַּבָּשָׁה וְהָיוּ הַמַּיִם אֲשֶׁר תִּקַּח מִן־הַיְאֹר וְהָיוּ לְדָם בַּיַּבָּשֶׁת׃
vehayá im-ló ya'amínou gam lichné ha'otót ha'élle veló yichme'oún lekolékha velaka'htá mimmemé hay'ór vechafakhtá hayabbachá vehayoú hammáyim achér tikká'h min-hay'ór vehayoú ledám bayabbáchet
9 Et il arrivera, s'ils ne croient pas non plus à ces deux signes, et n'écoutent pas ta voix, alors tu prendras de l'eau du Nil et tu la verseras sur la terre sèche, et les eaux que tu auras prises du Nil se changeront en sang sur la terre sèche ».
C'est la réponse à la troisième objection qui peut être formulée : c'est maintenant le temps où l'Égypte se trouve sous la protection des étoiles. Certains commentateurs disent que cela indique le mois de Nissan, que tous les événements, toutes les rencontres de Moché commencent en Nissan, et Pessa'h, la délivrance, a lieu aussi en Nissan et tout cela prend une année. Nissan ‒ c'est le mois du signe du zodiaque du Bélier, qui dans l'astrologie égyptienne était considéré comme le mois du bonheur et de la chance pour l'Égypte, et, peut-être, les Israélites n'étaient pas étrangers à ces superstitions. Le Très-Haut montre qu'Il est au-dessus de toutes les superstitions et peut frapper le dieu égyptien le jour où le dieu égyptien est considéré comme au sommet de sa force, que ces dieux égyptiens ne valent rien aux yeux du Très-Haut.
Voilà ces trois témoignages qui doivent être manifestés à Israël.
Et une autre question intéressante se pose : est-ce que le Très-Haut ne prévoit pas tout ? Est-ce que le Très-Haut ne peut pas dire : « Ils t'écouteront après le premier, ou après le deuxième, ou après le troisième signe, ou il ne faudra rien du tout », comme nous le verrons ensuite ? Pourquoi est-ce que le Très-Haut donne à Moché ces signes ? Le Très-Haut parle avec Moché en langage humain, fortifie Moché et en même temps montre ici quelle liberté de volonté, quelle liberté de choix Il donne aux gens. Il intervient si peu dans la conscience humaine qu'Il donne aux gens la possibilité de ne même pas croire aux miracles qu'Il accomplit lui-même. Étant capable d'accomplir n'importe quels miracles, de gouverner tout dans l'univers (au verset 14 du chapitre 3, Il a bien dit qu'Il est éhyé achér éhyé, la Source de tout ce qui vit, de tout ce qui est réel), le Très-Haut donne la liberté et n'intervient pas dans l'expression de la volonté des gens, leur donne la possibilité de ne pas croire même après le deuxième signe, et après le troisième. Et aux Égyptiens, Il donne la possibilité de répondre à une demande formelle de congé pour motifs religieux (bien qu'il n'y soit pas dit que le peuple ait promis de revenir, mais formellement la demande est déposée).
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־יְהוָה בִּי אֲדֹנָי לֹא אִישׁ דְּבָרִים אָנֹכִי גַּם מִתְּמוֹל גַּם מִשִּׁלְשֹׁם גַּם מֵאָז דַּבֶּרְךָ אֶל־עַבְדֶּךָ כִּי כְבַד־פֶּה וּכְבַד לָשׁוֹן אָנֹכִי׃
vayomer moché el-adonáy bi adonáy lo ich devarím anókhi gam mittemól gam michilchóm gam me'áz dabberkhá el-avdékha ki khevad-pé oukhvád lachón anókhi
10 Et Moché dit à Dieu : « Je le jure, SEIGNEUR, je ne suis pas un homme éloquent ‒ ni hier je ne l'étais, ni avant-hier je n'étais éloquent, ni depuis que Tu as commencé à me parler, car j'ai la langue lourde (en d'autres termes – je remue à peine la langue, je n'ai pas de diction, je n'ai pas de voix, eh bien, quel leader politique, excusez-moi, ferais-je ?) »
Moché continue d'objecter. Et pour l'instant il argumente logiquement : « Je ne suis pas un orateur, pas un beau parleur, je ne suis pas un homme éloquent, quel politicien ferais-je ? Pourquoi est-ce que tu me nommes à ce poste ? Regarde, je ne conviens pas ». Moché a une attitude critique envers lui-même, Moché vérifie : est-il capable de faire face à une telle mission, tiendra-t-il bon, et il parle de ses défauts qui peuvent l'empêcher d'accomplir cette tâche. Il y a ici, probablement, aussi le fait que Moché ne veut pas aller à ce service, mais néanmoins Moché objecte ici logiquement au Très-Haut. Et le Très-Haut ne répond pas à ces objections ainsi : « Mais en réalité, toi, Moché, tu ne veux simplement aller nulle part, et c'est pourquoi tu inventes des prétextes quelconques ». Le Très-Haut répond aux paroles de Moché sur sa bouche, qu'elle est lourde :
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֵלָיו מִי שָׂם פֶּה לָאָדָם אוֹ מִי־יָשׂוּם אִלֵּם אוֹ חֵרֵשׁ אוֹ פִקֵּחַ אוֹ עִוֵּר הֲלֹא אָנֹכִי יְהוָה׃
vayomer adonáy eláv mi sam pe la'adám o mi-yasoúm illém o 'heréch o fikkéya'h o ivvér haló anokhí adonáy
11 Et le SEIGNEUR lui dit : « Qui donne une bouche à l'homme, et qui rendra (déterminera) l'homme muet ou sourd, voyant ou aveugle ? ‒ C'est Moi, le SEIGNEUR, qui détermine cela.
וְעַתָּה לֵךְ וְאָנֹכִי אֶהְיֶה עִם־פִּיךָ וְהוֹרֵיתִיךָ אֲשֶׁר תְּדַבֵּר׃
ve'attá lekh ve'anokhíLa translittération de l'original contient ici une coquille dans le mot « et moi ». La translittération française suit l'hébreu : ve'anokhí. ehyé im-píkha vehoretíkha achér tedabbér
12 Maintenant donc va, Je serai avec ta bouche, et Je t'enseignerai ce qu'il faut dire ».
Et à cette objection le Très-Haut répond à Moché : « Oui, tu dis juste, tu es un homme peu éloquent, mais Moi, Moi – le SEIGNEUR, la Source de l'éloquence, Je t'aiderai, Je t'enseignerai ce qu'il faut dire ».
וַיֹּאמֶר בִּי אֲדֹנָי שְׁלַח־נָא בְּיַד־תִּשְׁלָח׃
vayomer bi adonáy chelá'h-na beyad-tichlá'h
13 Et il dit : « SEIGNEUR, envoie qui tu enverras ».
C'est-à-dire : « Envoie quelqu'un d'autre, trouve-toi un professionnel pour ce poste. Je n'en suis pas digne, je ne veux pas, trouve-toi quelqu'un qui convienne mieux pour ce travail. J'échouerai dans cette mission, SEIGNEUR, ne la fais pas reposer sur moi, envoie quelqu'un d'autre ».
וַיִּחַר־אַף יְהוָה בְּמֹשֶׁה וַיֹּאמֶר הֲלֹא אַהֲרֹן אָחִיךָ הַלֵּוִי יָדַעְתִּי כִּי־דַבֵּר יְדַבֵּר הוּא וְגַם הִנֵּה־הוּא יֹצֵא לִקְרָאתֶךָ וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ׃
vayi'har-áf adonáy bemoché vayomer haló aharón a'híkha halleví yadá'ti ki-dabbér yedabbér hou vegám hinne-hoú yotsé likratékha vera'akhá vesamá'h belibbó
14 Et le SEIGNEUR s'irrita contre Moché, et lui dit : « Voici, ton frère, Aharon, le lévite, J'ai toujours su qu'il est un homme éloquent (il est un orateur charismatique), et voici, il sort lui aussi à ta rencontre, et il te voit et se réjouit dans son cœur.
Ici, alors que Moché a simplement une objection du genre « envoie quelqu'un d'autre », le SEIGNEUR s'irrite contre Moché. Aharon est le frère aîné et, semblerait-il, s'il faut vraiment envoyer quelqu'un, c'est le frère aîné qu'on envoie d'abord, et non le cadet. De plus, il est éloquent, de plus, il a vécu tout ce temps en Égypte au milieu du peuple, il a souffert avec le peuple, il connaît les souffrances du peuple ‒ là-bas, il est des leurs. Et il semblerait que le premier qui aurait dû objecter (nous l'avons lu, tout le livre de Béréchit est plein de conflits entre frères) ‒ c'est Aharon. Ici le Très-Haut dit : « Regarde, Aharon, ton frère aîné (celui que tu aurais désigné du doigt comme premier candidat en disant : voici, envoie Aharon, il est mon frère, il est éloquent, il est talentueux !), se réjouit de ce que c'est toi qui as reçu cette mission ». Un frère qui se réjouit du succès d'un autre frère, de son élection ‒ c'est quelque chose de révolutionnaire par rapport à ce que nous avons lu dans le livre de Béréchit.
וְדִבַּרְתָּ אֵלָיו וְשַׂמְתָּ אֶת־הַדְּבָרִים בְּפִיו וְאָנֹכִי אֶהְיֶה עִם־פִּיךָ וְעִם־פִּיהוּ וְהוֹרֵיתִי אֶתְכֶם אֵת אֲשֶׁר תַּעֲשׂוּן׃
vedibbartá eláv vesamtá et-haddevarím befív ve'anokhí ehyé im-píkha ve'im-píhou vehoretí etkhém et achér ta'asoún
15 Tu parleras avec lui et tu lui mettras les paroles dans la bouche, et Moi, Je serai avec ta bouche et avec sa bouche, et Je vous indiquerai ce qu'il faut faire.
Autrement dit : « Je te donne un partenaire éloquent, qui revêtira tes paroles de beaux discours, et Moi, Je serai avec ta bouche et avec sa bouche. Je veillerai à ce que tu lui transmettes correctement Mes paroles et Je le bénirai quand il transmettra tes paroles, et à vous deux J'indiquerai non seulement ce qu'il faut dire, mais aussi ce qu'il faut faire ».
וְדִבֶּר־הוּא לְךָ אֶל־הָעָם וְהָיָה הוּא יִהְיֶה־לְּךָ לְפֶה וְאַתָּה תִּהְיֶה־לּוֹ לֵאלֹהִים׃
vedibber-hoú lekhá el-ha'ám veháya hou yihye-lekhá lefé ve'attá tihye-ló lelohím
16 Et lui, pour toi, parlera au peuple, et voici, il te sera une bouche, et toi, tu lui seras Dieu.
C'est-à-dire : « Tu lui transmettras Mes révélations divines, et lui sera ta bouche, il les redira, les mettra en beaux discours compréhensibles pour le peuple, prononcés d'une belle voix ».
Sur ce, le Très-Haut termine la conversation.
וְאֶת־הַמַּטֶּה הַזֶּה תִּקַּח בְּיָדֶךָ אֲשֶׁר תַּעֲשֶׂה־בּוֹ אֶת־הָאֹתֹת׃
ve'et-hammatté hazzé tikká'h beyadékha achér ta'asse-bó et-ha'otót
17 Et ce bâton, prends-le dans tes mains, avec lui tu feras des miracles ».
Moché n'a pas pu se soustraire à la mission d'envoyé du Très-Haut. Le Très-Haut a répondu à tous ses arguments. Et tout a commencé par le fait que Moché a été curieux de savoir pourquoi le buisson ne se consumait pas. Le contenu de la conversation s'est révélé très éloigné de ce que, à proprement parler, signifie, symbolise le buisson. Et Moché a pris sur lui la mission d'envoyé de la part du Très-Haut. Sa vie, à partir de ce moment, ne sera plus comme avant, il ne s'ennuiera certainement pas. Et vous et moi, nous allons suivre la façon dont le Très-Haut agira dans sa vie, et à travers lui – dans le peuple d'Israël.
La circoncision en chemin
Chémot 4,18–31
Nous nous sommes arrêtés au moment où le Très-Haut a cessé de parler avec Moché et où Moché a accepté, s'est résigné, a pris sur lui la mission de faire sortir les fils d'Israël d'Égypte. Et nous continuerons à lire à partir du verset 18 du chapitre 4 :
וַיֵּלֶךְ מֹשֶׁה וַיָּשָׁב אֶל־יֶתֶר חֹתְנוֹ וַיֹּאמֶר לוֹ אֵלְכָה נָּא וְאָשׁוּבָה אֶל־אַחַי אֲשֶׁר־בְּמִצְרַיִם וְאֶרְאֶה הַעוֹדָם חַיִּים וַיֹּאמֶר יִתְרוֹ לְמֹשֶׁה לֵךְ לְשָׁלוֹם׃
vayélekh moché vayáchov el-yéter 'hotenó vayomer lo elekha-ná ve'achoúva el-a'háy acher-bemitsráyim ve'er'é ha'odám 'hayím vayomer yitró lemoché lekh lechalóm
18 Et Moché s'en alla et retourna vers son beau-père Yéter, et lui dit : « Laisse-moi donc aller et retourner vers mes frères qui sont en Égypte. Et je verrai s'ils sont encore vivants ». Et Yitro dit à Moché : « Va en paix ».
Ici le beau-père de Moché est appelé Yéter (nous avons dit que Yitro change constamment de nom au fil du récit). Yéter – cela signifie au plus près Sa Majesté, Son Éminence.
L'expression Va en paix a deux formes : lekh lechalóm se dit à celui qui reviendra encore, dont on attend qu'il revienne ; lekh bechalóm se dit à celui qui s'en va et ne revient pas ; sa bechalóm et lekh bechalóm se disent aussi à un mourant (quelque chose comme le russe « repose en paix »).
Au verset 19, nous lisons que le Très-Haut se révèle encore une fois à Moché à Midyan. Les commentateurs disent : cela est dû au fait que Moché, bien qu'il ait reçu la permission de Yitro, ne s'est pas levé d'un bond le lendemain matin, comme Avraham, et ne s'est pas préparé pour la route, mais il tarde.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה בְּמִדְיָן לֵךְ שֻׁב מִצְרָיִם כִּי־מֵתוּ כָּל־הָאֲנָשִׁים הַמְבַקְשִׁים אֶת־נַפְשֶׁךָ׃
vayomer adonáy el-moché bemidyán lekh chouv mitsráyim ki-métou kol-ha'anachím hamvakchím et-nafchékha
19 Et le SEIGNEUR dit à Moché à Midyan : « Va et retourne en Égypte, car ils sont morts, tous ces gens qui cherchaient ton âme ».
וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת־אִשְׁתּוֹ וְאֶת־בָּנָיו וַיַּרְכִּבֵם עַל־הַחֲמֹר וַיָּשָׁב אַרְצָה מִצְרָיִם וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת־מַטֵּה הָאֱלֹהִים בְּיָדוֹ׃
vayikká'h moché et-ichtó ve'et-banáv vayarkivém al-ha'hamór vayáchov ártsa mitsráyim vayikká'h moché et-matté ha'elohím beyadó
20 Et Moché prit sa femme et ses fils, et les fit monter sur l'âne, et se mit à retourner dans le pays d'Égypte. Et Moché prit le bâton de Dieu dans sa main.
Les commentateurs disent (et nous devons le suivre constamment) : « Semblable à la première délivrance sera aussi la délivrance suivante. Comme le premier libérateur est venu sur un âne, ainsi le dernier libérateur sera sur un âne ». La prophétie de Zkharya en parle aussi.
Le bâton qu'avait Moché, qu'il traînait avec lui – peut-être simplement un morceau de bois, même pas travaillé, avec lequel Moché a marché pendant de nombreuses années, a fait paître les moutons, – se transforme maintenant en bâton de Dieu. Le Très-Haut a promis de faire des miracles par lui, et le bâton s'est trouvé pour ainsi dire consacré au Très-Haut. Et voici les instructions de départ que le SEIGNEUR donne à Moché :
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה בְּלֶכְתְּךָ לָשׁוּב מִצְרַיְמָה רְאֵה כָּל־הַמֹּפְתִים אֲשֶׁר־שַׂמְתִּי בְיָדֶךָ וַעֲשִׂיתָם לִפְנֵי פַרְעֹה וַאֲנִי אֲחַזֵּק אֶת־לִבּוֹ וְלֹא יְשַׁלַּח אֶת־הָעָם׃
vayomer adonáy el-moché belekhtékha lachoúv mitsráyma re'é kol-hammofetím acher-sámti veyadékha va'assitám lifné far'ó va'aní a'hazzék et-libbó veló yechallá'h et-ha'ám
21 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « En te disposant à retourner en Égypte, vois, tous les miracles que J'ai mis dans ta main, et vous les ferez devant Pharaon. Mais Moi, Je renforcerai, J'endurcirai son cœur (littéralement – retiendrai, saisirai, tiendrai), et il ne laissera pas partir le peuple.
C'est-à-dire : « Bien que tu aies pris maintenant ce bâton, Mon bâton, dans tes mains, et que tu feras de nombreux miracles devant Pharaon, Moi, Je renforcerai, J'endurcirai son cœur ». Beaucoup de commentateurs disent : « Mais comment peut-on traiter ainsi Pharaon ? D'un côté, Tu le prives du libre arbitre, de l'autre côté, Tu le condamnes pour cela. Comment peut-on condamner un homme parce qu'il ne peut pas voler ou ne peut pas rester des heures sous l'eau ? Si Tu prives Pharaon de la liberté de choisir, si Tu endurcis son cœur, comment peux-Tu ensuite le punir pour cela ? » D'autres disent : « Eh bien, au fond, Pharaon l'a mérité lui-même, il s'est amené lui-même à un tel état ». Et il y a différentes justifications et explications à cela – comment le Très-Haut punit celui à qui Il n'a pas donné la liberté de choix. L'une des explications possibles est qu'en réalité la liberté de choix n'est pas enlevée ici à Pharaon. Ici, c'est la Prescience divine. Dieu dit : « Je vais tellement le “faire enrager”, Je vais tellement l'irriter, et le fait même de Mon existence, le fait même de Mon action l'exaspérera tellement, il éprouvera envers Moi une si “forte antipathie personnelle”, qu'il ne pourra tout simplement pas laisser partir le peuple. Et c'est pourquoi toi, préviens Pharaon d'avance ».
וְאָמַרְתָּ אֶל־פַּרְעֹה כֹּה אָמַר יְהוָה בְּנִי בְכֹרִי יִשְׂרָאֵל׃
ve'amartá el-par'ó ko amár adonáy bení vekhorí yisraél
22 Et dis à Pharaon : « Ainsi a dit le SEIGNEUR : Mon fils, Mon premier-né ‒ Israël.
C'est-à-dire : « Le fait que tu opprimes maintenant ici le peuple, le fait que tu résistes, et ne laisses pas partir le peuple, et fais le mal au peuple – c'est à Mon premier-né que tu fais le mal ».
וָאֹמַר אֵלֶיךָ שַׁלַּח אֶת־בְּנִי וְיַעַבְדֵנִי וַתְּמָאֵן לְשַׁלְּחוֹ הִנֵּה אָנֹכִי הֹרֵג אֶת־בִּנְךָ בְּכֹרֶךָ׃
va'omár elékha challá'h et-bení veya'avdéni vattema'én lechalle'hó hinné anokhí horég et-binkhá bekhorékha
23 Et Je t'ai dit : “Laisse partir Mon fils, pour qu'il Me serve”. Et si tu n'écoutes pas, si tu refuses de l'envoyer, voici, Je tuerai alors ton fils premier-né ! »
On a prévenu Pharaon et on lui a dit : « Israël est Mon premier-né, c'est pourquoi tu ferais mieux de ne pas résister et de renvoyer le peuple, parce que le prix sera très élevé, et le prix t'est annoncé d'avance. Je tuerai (mesure pour mesure) ton fils premier-né ». Tout est honnête, comme on dit, toutes les cartes, tous les atouts sont posés sur la table d'avance. C'est justement pour cela qu'on peut dire qu'ici Pharaon n'est pas privé du libre arbitre, parce qu'autrement on ne lui aurait pas dit : « Si tu ne laisses pas partir – Je tuerai », mais le premier-né aurait été tué tout de suite et le peuple aurait été relâché. À quoi bon alors tout ce spectacle, si Pharaon n'a pas de libre arbitre ? J'expose la manière dont je vois et comprends maintenant le pchat (sens simple) du texte. Mais, du reste, il y a aussi d'autres interprétations, et je les considère avec respect.
À partir du verset 24 commence un passage très court, mais très difficile à comprendre. Certains commentateurs disent que ce passage est le plus difficile à comprendre de tout le Tanakh, parce qu'il y a beaucoup de choses obscures – qui agit et comment. Mais c'est bien pour cela que nous lisons, pour surmonter les difficultés, alors essayons d'y voir clair.
וַיְהִי בַדֶּרֶךְ בַּמָּלוֹן וַיִּפְגְּשֵׁהוּ יְהוָה וַיְבַקֵּשׁ הֲמִיתוֹ׃
vayhí vaddérekh bammalón vayifgechéhou adonáy vayvakkéch hamitó
24 Et il arriva en chemin, à la halte, et le SEIGNEUR le rencontra, et voulut le faire mourir.
Malón dans la langue moderne – c'est hôtel, dans la langue de la Torah malón – c'est le lieu où l'on laním (passe la nuit pendant l'arrêt de nuit). Qui a-t-il rencontré, qui voulait-il faire mourir ? Il a rencontré Moché et voulait le faire mourir ? Pourquoi voulait-il le faire mourir ? La suite – c'est encore plus incompréhensible.
וַתִּקַּח צִפֹּרָה צֹר וַתִּכְרֹת אֶת־עָרְלַת בְּנָהּ וַתַּגַּע לְרַגְלָיו וַתֹּאמֶר כִּי חֲתַן־דָּמִים אַתָּה לִי׃
vattikká'h tsipporá tsor vattikhrót et-orlát bená vattaggá leragláv vattómer ki 'hatan-damím attá li
25 Et Tsippora prit un couteau de pierre, et circoncit le prépuce de son fils, et passa sur ses pieds, et dit : « Tu es – 'hatan (fiancé) de sang pour moi ».
Ne vous étonnez pas que Tsippora ait un couteau de pierre. Jusqu'à ces temps-là, on utilisait effectivement des couteaux de pierre pour différents besoins. Tsippora pouvait tout à fait en avoir un.
Ici, on ne comprend pas sur les pieds de qui. Trois présents – le SEIGNEUR (l'ange de Dieu), Moché et le fils. Et, le plus probablement, elle a passé sur les pieds du fils, elle l'a oint du sang de la circoncision.
Le mot 'hatan en hébreu moderne signifie fiancé. Le fiancé – ce n'est pas seulement celui qui prend femme et qui est appelé ainsi à partir du moment des fiançailles. Par exemple, celui qui fête son anniversaire est appelé 'hatan yom haolédet – fiancé du jour de naissance. Ou celui qui fête sa bar-mitsva – fiancé de la bar-mitsva. Ainsi, 'hatan – c'est celui qui fait la fête. Une autre signification du mot 'hatan – la signification midyanite. Dans la langue de Midyan, le mot 'hatan a deux significations : la première – circoncision, y compris la circoncision du prépuce ; la seconde – protection, patronage. Et on peut comprendre ces actions ainsi : Tsippora a circoncis son fils, elle a passé, comme avec de l'hysope sur le montant de la porte, sur ses pieds, elle l'a oint du sang protecteur et a dit : « Tu es protégé par le sang ». Dans ce cas, tu (ata) s'adresse au fils.
וַיִּרֶף מִמֶּנּוּ אָז אָמְרָה חֲתַן דָּמִים לַמּוּלֹת׃
vayíref mimménnou az amerá 'hatán damím lammoulót
26 Et il les lâcha, et alors elle dit encore une fois : « 'Hatan damim lamoulot » (c'est ainsi qu'elle appela la circoncision).
Le mot yiref signifie relâcha sa prise, s'éloigna, lâcha. Dans l'argot moderne, red miméni – c'est décroche, lâche-moi.
Et depuis lors, le garçon que l'on circoncit le huitième jour, on l'appelle aussi 'hatan (fiancé), c'est-à-dire que le fiancé de sang – c'est celui que l'on circoncit. Tsippora a appelé cela et protection par le sang, et circoncision sanglante. C'est de cela que parle la Torah. Et ainsi elle a dit que la circoncision – c'est une protection par le sang. Nous lisons chez les prophètes que le Très-Haut dit : « Je t'ai rencontré bédamim » ou « Je t'ai vu expié par les sangs (le midrach emploie le pluriel) ». Que sont ces sangs ? C'est le sang de Pessa'h (du sacrifice pascal) et le sang de la circoncision, deux sortes de sang expiatoire. C'est pourquoi, même du point de vue du drach, il y a une compréhension que la circoncision que Tsippora a accomplie, en oignant les pieds de son fils, – c'est la protection de son fils par le sang, après quoi l'Ange ne pouvait pas le tuer (l'Ange ou le Très-Haut – il y a différentes opinions à ce sujet).
Et maintenant il est important de comprendre et de répondre à la question : qu'était tout cela, à quoi cela servait-il ? Nous avons vu que, quand le Très-Haut montre à Moché les serpents et le pouvoir sur eux, Il l'éprouve en premier lieu sur Moché. Moché est le premier à avoir ressenti sur lui-même cette peur devant le serpent. Et quand Moché a mis la main dans son sein, la lèpre aussi, comme instrument de l'action du Très-Haut pour punir et pour purifier, Moché l'a vécue sur lui-même. Maintenant, quand est introduite la plus, la plus grande extrémité, quand il est question de la mort des premiers-nés, Moché a ressenti sur lui-même combien c'est terrible quand on peut tuer ton premier-né. Voilà une telle interprétation de ce passage difficile.
Il y a une telle anecdote historique qu'on aime raconter à ce propos : « Un jour, Napoléon était poursuivi, et un Juif le cacha sous des édredons. Il faisait commerce d'édredons, il avait énormément d'édredons dans sa boutique, et il cacha Napoléon sous une des piles d'édredons. Entrèrent des soldats hostiles à Napoléon (il ne faut pas chercher l'authenticité dans tous ces récits historiques), ils piquaient avec leurs baïonnettes, transperçaient les édredons et avaient déjà piqué tout à côté de lui, quand on les appela quelque part, et ils partirent. Napoléon, sorti de là et remis de ses émotions, donna au Juif, de sa propre poitrine, sa croix de la Légion d'honneur et dit : “Demande ta récompense.” Le Juif lui dit : “Mais je n'en ai pas besoin, de ta croix de la Légion d'honneur, à quoi me sert cette ferraille ? Raconte-moi plutôt ce que tu as ressenti quand tu étais couché et que la baïonnette transperçait l'édredon à côté de toi.” Napoléon dit : “Ah, c'est comme ça ! Juif ingrat, ma croix de la Légion d'honneur ne te plaît pas ? Qu'on le prenne et qu'on le pende !” Et aussitôt se trouvèrent des gens bien intentionnés (il y a toujours des gens prêts à pendre quelqu'un, y compris un Juif, avec un plaisir particulier), se trouvèrent des gens qui fabriquèrent un nœud coulant et avaient déjà presque fait tomber le tabouret (ou l'édredon) de sous les pieds de ce Juif, quand Napoléon le libéra et dit : “Eh bien, tu as compris ce que j'ai ressenti ?” »
Pourquoi les gens aiment-ils raconter cette anecdote ? Pour souligner qu'il y a cela dans le sang juif – ressentir : et comment c'est, ça ? Le Juif n'est pas arrêté par le fait que ce sera mauvais, il est curieux de voir à quel point ce sera vraiment mauvais, et l'expérience est pour lui plus importante que la sécurité, et souvent on décrit cela comme une propriété historique du Juif. D'ailleurs, nous nous sommes écartés du pchat. C'est simplement une des raisons de le comprendre dans ce sens : Moché éprouve le premier sur lui-même, ressent l'horreur de ce que ton premier-né peut être tué – avant d'en menacer Pharaon.
Au verset 27 commence un thème un peu différent.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־אַהֲרֹן לֵךְ לִקְרַאת מֹשֶׁה הַמִּדְבָּרָה וַיֵּלֶךְ וַיִּפְגְּשֵׁהוּ בְּהַר הָאֱלֹהִים וַיִּשַּׁק־לוֹ׃
vayomer adonáy el-aharón lekh likrát moché hammidbára vayélekh vayifgechéhou behár ha'elohím vayichak-ló
27 Et le SEIGNEUR dit à Aharon d'aller à la rencontre de Moché dans le désert. Et il alla, et le rencontra sur la montagne de Dieu, et l'embrassa.
Ici nous ne voyons pas de larmes particulières, de rencontre particulièrement significative. Il est tout à fait possible d'en conclure que Moché entretenait quand même d'une manière ou d'une autre des relations avec sa famille, en tout cas tant qu'il vivait au palais. Et bien que beaucoup d'années se soient écoulées depuis, il n'y a pas ces larmes, ces questions réciproques – comment, quoi, où, où étais-tu ces 40 ans ou 60 ans, selon comment on compte. Certaines sources disent que Moché est parti à 20 ans. Étienne dans les Actes (7,23) dit que c'était à 40 ans. D'une manière ou d'une autre, beaucoup d'années ont passé, mais cela, visiblement, n'est pas discuté tout de suite.
וַיַּגֵּד מֹשֶׁה לְאַהֲרֹן אֵת כָּל־דִּבְרֵי יְהוָה אֲשֶׁר שְׁלָחוֹ וְאֵת כָּל־הָאֹתֹת אֲשֶׁר צִוָּהוּ׃
vayaggéd moché le'aharón et kol-divré adonáy achér chela'hó ve'ét kol-ha'otót achér tsivváhou
28 Et Moché raconta à Aharon toutes les paroles du SEIGNEUR, Qui l'avait envoyé, et tous les signes qu'Il lui avait ordonnés.
וַיֵּלֶךְ מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וַיַּאַסְפוּ אֶת־כָּל־זִקְנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
vayélekh moché ve'aharón vaya'asfoú et-kol-zikné bené yisraél
29 Et Moché et Aharon allèrent, et ils rassemblèrent toute l'assemblée des anciens d'Israël.
וַיְדַבֵּר אַהֲרֹן אֵת כָּל־הַדְּבָרִים אֲשֶׁר־דִּבֶּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה וַיַּעַשׂ הָאֹתֹת לְעֵינֵי הָעָם׃
vaydabbér aharón et kol-haddevarím acher-dibbér adonáy el-moché vayá'as ha'otót le'ené ha'ám
30 Et Aharon raconta toutes les paroles que le SEIGNEUR avait dites à Moché, et ils firent les signes devant tout le peuple.
Le schéma proposé par le Très-Haut au début s'est mis à fonctionner : Moché transmet les paroles de Dieu à Aharon, et Aharon transmet au peuple.
וַיַּאֲמֵן הָעָם וַיִּשְׁמְעוּ כִּי־פָקַד יְהוָה אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְכִי רָאָה אֶת־עָנְיָם וַיִּקְּדוּ וַיִּשְׁתַּחֲוּוּ׃
vaya'amén ha'ám vayichme'oú ki-fakád adonáy et-bené yisraél vekhí ra'á et-onyám vayikkedoú vayichta'havoú
31 Et le peuple crut, et ils entendirent que le Très-Haut avait pris la conduite, le commandement des fils d'Israël, parce qu'Il avait vu leurs souffrances, – et ils se prosternèrent, et tombèrent face contre terre.
Le Très-Haut envoie Moché, répond à tous ses arguments, organise toute, pour parler en langage moderne, la logistique de son service. Comme le Très-Haut l'avait promis tout au début, le schéma fonctionne, on l'a cru. Plus tard nous verrons que, comme le Très-Haut l'avait promis, Pharaon ne le croira pas. Mais ce sera plus loin.
Un échec réussi
Chémot 5,1–6,1
Nous nous sommes arrêtés au moment où, conformément à l'ordre du Très-Haut, Moché a rassemblé les anciens du peuple d'Israël, leur a montré les signes, leur a raconté tout ce que le Très-Haut avait dit de la délivrance à venir, et les anciens ont cru Moché. Nous continuons à lire à partir du verset 1 du chapitre 5 :
וְאַחַר בָּאוּ מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וַיֹּאמְרוּ אֶל־פַּרְעֹה כֹּה־אָמַר יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל שַׁלַּח אֶת־עַמִּי וְיָחֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר׃
ve'a'hár bá'ou moché ve'aharón vayomeroú el-par'ó ko-amár adonáy elohé yisraél challá'h et-ammí veya'hóggou li bammidbár
1 Et après cela (ensuite) Moché et Aharon vinrent et dirent à Pharaon : « Ainsi a dit Hachem, le Dieu d'Israël : “Laisse partir Mon peuple, et ils célébreront une fête pour Moi dans le désert” ».
Ce que nous lisons ici nous étonne déjà : les anciens devaient aller avec Moché et Aharon au palais et témoigner avec eux que le Dieu d'Israël s'était révélé à eux, mais Moché et Aharon viennent seulement à deux. Les commentateurs en donnent différentes explications. Les uns disent que les anciens ont simplement délégué, désigné Aharon pour être leur représentant, et qu'Aharon, en tant que futur kohen, représente ici le peuple. D'autres disent que les anciens s'étaient mis à suivre Moché et Aharon, mais qu'en chemin ils ont pris peur, et alors l'un s'est souvenu qu'il avait justement une rencontre avec ses électeurs prévue, un autre s'est souvenu qu'il avait une séance de powerlifting – d'une manière ou d'une autre, ils ont tous trouvé telle ou telle raison pour se retirer. Il y a des commentateurs qui disent qu'à l'entrée du palais de Pharaon se tenaient des lions de garde, et qu'ils ont rugi d'un rugissement si terrible que les anciens ont disparu comme emportés par le vent, il n'est resté que Moché et Aharon. Nous voyons qu'il y a ici une certaine désobéissance : les anciens ne sont pas allés chez Pharaon.
Il faut se rappeler encore ceci : la mission sur laquelle le Très-Haut envoyait Moché, Aharon et les anciens ‒ c'est une mission vouée à l'échec. Le Très-Haut, en fait, a dit : « Vous, allez, adressez-vous à Pharaon, faites-lui des signes, menacez-le de la mort des premiers-nés et ainsi de suite, et il ne vous laissera pas partir, parce que J'endurcirai son cœur. L'échec de cette mission sera son succès. C'est ainsi que c'est prévu ». Et c'est pourquoi, peut-être, tous les anciens n'ont pas décidé qu'ils avaient envie de prendre part à une mission à laquelle le Très-Haut lui-même avait promis l'échec, et de risquer leur vie, leur réputation, leur statut pour aller chez Pharaon avec une telle mission. Et va savoir quel sera l'effet secondaire de cet échec, peut-être qu'il fusillera un homme sur dix, chaque barbe blanche : Pharaon – c'est un camarade imprévisible. C'est pourquoi nous voyons que, encore une fois, chez Pharaon ne sont venus que deux hommes, Moché et Aharon.
Moché et Aharon modifient fortement ce qu'a dit le Très-Haut. Ici, les trois jours ne sont pas mentionnés, les sacrifices ne sont pas mentionnés directement. L'étonnant verbe ya'hoggou (et ils célébreront une fête) est lié au mot 'hag (fête). Et ce mot, à son tour, est lié au mot 'houg (cercle). Célébrer une fête – ce n'est pas rester désœuvré, être oisif, comme dans la langue russe. Cela signifie se trouver en un point déterminé, se tenir en cercle, autour de quelqu'un, placer quelqu'un au centre, dans ce cas – le Très-Haut. Encore un sens du mot 'hag – c'est un point sur le cercle du calendrier, sur le cercle de l'année. C'est-à-dire : « J'ai, – dit le Très-Haut, – un rendez-vous fixé avec le peuple d'Israël, ils se rassembleront autour de Moi. Renvoie Mon peuple ! » C'est ainsi que Moché rapporte les paroles du Très-Haut. C'est un écart assez fort par rapport à ce qu'a ordonné le Très-Haut. À quoi cela est-il lié ? Peut-être au fait que Moché traduit les paroles du Très-Haut dans la langue de la diplomatie égyptienne, formule les paroles du Très-Haut de la manière dont, à son avis, Pharaon les comprendra.
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה מִי יְהוָה אֲשֶׁר אֶשְׁמַע בְּקֹלוֹ לְשַׁלַּח אֶת־יִשְׂרָאֵל לֹא יָדַעְתִּי אֶת־יְהוָה וְגַם אֶת־יִשְׂרָאֵל לֹא אֲשַׁלֵּחַ׃
vayomer par'ó mi adonáy achér echmá bekoló lechallá'h et-yisraél lo yadá'ti et-adonáy vegám et-yisraél lo achalléya'h
2 Et Pharaon dit : « Qui est-ce donc, ce SEIGNEUR, ce Hachem à vous, pour que j'écoute Sa voix et que j'envoie Israël ? Je ne connais aucun Hachem, et Israël, je ne le renverrai pas ! »
Pharaon donne une réponse étonnante pour un Égyptien. D'ordinaire, les Égyptiens, comme les Grecs, considéraient qu'un nouveau dieu dans la maisonnée, c'est une chose utile, ils adaptaient facilement les dieux, les recevaient dans leur panthéon, trouvaient une langue commune avec eux ou essayaient de s'entendre d'une manière ou d'une autre. En tout cas, ils n'allaient pas jusqu'à une telle confrontation. Que se passe-t-il donc ici ? Beaucoup de commentateurs disent : « Eh bien, Pharaon a raisonné : qu'est-ce que c'est que ce Dieu que vous avez ? Quoi, les esclaves ont un Dieu ? Et alors, Il est si fort qu'Il vous a aidés de façon si formidable ? Est-ce qu'Il a amélioré d'une manière ou d'une autre votre situation, pour que je compte avec Lui ? Est-ce que je devrais nouer des contacts quelconques avec Lui ? Est-ce seulement digne de mon rang, si vous, son peuple, êtes dans un tel état ? Je ne reconnais pas le pouvoir de votre Hachem, et le peuple d'Israël, je ne le renverrai pas. Les Juifs dans la maisonnée sont plus importants qu'un quelconque Dieu – protecteur des perdants ».
וַיֹּאמְרוּ אֱלֹהֵי הָעִבְרִים נִקְרָא עָלֵינוּ נֵלֲכָה נָּא דֶּרֶךְ שְׁלֹשֶׁת יָמִים בַּמִּדְבָּר וְנִזְבְּחָה לַיהוָה אֱלֹהֵינוּ פֶּן־יִפְגָּעֵנוּ בַּדֶּבֶר אוֹ בֶחָרֶב׃
vayomeroú elohé ha'ivrím nikrá alénou nelekha-ná dérekh chelóchet yamím bammidbár venizbe'há ladonáy elohénou pen-yifga'énou baddéver o ve'hárev
3 Et ils lui dirent : « Le Dieu des ivrim s'est révélé à nous ; allons donc à trois jours de chemin dans le désert et offrons des sacrifices au SEIGNEUR notre Dieu, afin que nous (nous tous, et toi, et nous) ne souffrions pas d'une épidémie ou de l'épée ».
Ivrim – ce sont déjà les Hébreux, ce n'est déjà plus seulement Israël, c'est Avraham, Yits'hak, Yaakov, des gens connus.
Que disent Moché et Aharon, par quoi répondent-ils à l'objection de Pharaon ? Ils disent : « Ce n'est pas simplement le Dieu de ceux que tu appelles des perdants, pas le Dieu des esclaves, c'est le Dieu de ceux avec qui ont été conclues les alliances et les promesses, le Dieu d'Avraham, de Yits'hak et de Yaakov ». Je ne sais pas à quel point Pharaon était au courant de l'histoire d'Israël, mais des ivrim on avait entendu parler d'une certaine manière en Égypte (nous avons aussi lu dans le livre de Béréchit une mention à ce sujet). Et ici, entre autres choses, il y a une menace, bien que ce ne soit pas celle que Dieu tuera le premier-né de Pharaon. Faites attention : dans toute la conversation, Moché n'accomplit pas les ordres du Très-Haut – menacer Pharaon du meurtre du premier-né ou montrer les miracles que le Très-Haut lui a révélés. Le bâton qui lui a été donné n'est pas non plus utilisé pour l'instant. Mais on dépeint à Pharaon une triste perspective : s'il n'écoute pas ce Dieu des ivrim, toute la population de l'Égypte – et les Juifs, et les Égyptiens – peut, à Dieu ne plaise, souffrir de l'épée et de l'épidémie. Mais Pharaon n'en est nullement impressionné.
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם מֶלֶךְ מִצְרַיִם לָמָּה מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן תַּפְרִיעוּ אֶת־הָעָם מִמַּעֲשָׂיו לְכוּ לְסִבְלֹתֵיכֶם׃
vayomer alehém mélekh mitsráyim lámma moché ve'aharón tafrí'ou et-ha'ám mimma'assáv lekhoú lessivlotekhém
4 Et le roi d'Égypte leur dit : « Pourquoi, vous, Moché et Aharon, allez-vous déranger le peuple, le détourner de ses affaires ? Allez à votre routine, à vos tâches quotidiennes (c'est-à-dire allez et travaillez, n'inventez pas ici des idées creuses) ».
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה הֵן־רַבִּים עַתָּה עַם הָאָרֶץ וְהִשְׁבַּתֶּם אֹתָם מִסִּבְלֹתָם׃
vayomer par'ó hen-rabbím attá am-ha'árets vehichbattém otám missivlotám
5 Et Pharaon dit : « Voilà qu'ils se sont multipliés en grand nombre ici chez nous maintenant, et vous, vous les poussez à l'oisiveté ».
Et Pharaon agit comme un bon dirigeant totalitaire : pour que le peuple ne s'indigne pas, le priver de temps libre, le forcer, comme sous le régime du communisme de guerre (seulement sans le communisme), à travailler selon le système des cartes de rationnement. Et voici ce qu'ordonne Pharaon :
וַיְצַו פַּרְעֹה בַּיּוֹם הַהוּא אֶת־הַנֹּגְשִׂים בָּעָם וְאֶת־שֹׁטְרָיו לֵאמֹר׃
vaytsáv par'ó bayom hahoú et-hannogessím ba'ám ve'et-choteráv lemór
6 Et Pharaon ordonna ce jour-là aux surveillants égyptiens et aux superviseurs parmi le peuple d'Israël, en disant :
Il y a deux catégories de gens qui sont mentionnées ici : hanoguéssim – les surveillants égyptiens, les inspecteurs chargés des affaires des Juifs et chotrim. Le mot chotér en hébreu moderne signifie policier, mais il a aussi la même racine que le mot chtar (contrat ou billet de banque), il est lié aux mots inscrire, enregistrer, noter. En fait, le chotér – c'est le chef d'équipe responsable. C'est justement à eux, aux surveillants et aux chefs d'équipe, aux policiers (traduisons un peu en langue moderne), que Pharaon ordonne ce qui suit :
לֹא תֹאסִפוּן לָתֵת תֶּבֶן לָעָם לִלְבֹּן הַלְּבֵנִים כִּתְמוֹל שִׁלְשֹׁם הֵם יֵלְכוּ וְקֹשְׁשׁוּ לָהֶם תֶּבֶן׃
lo tossifoún latét téven la'ám lilbón hallevením kitmól chilchóm hem yelekhoú vekochechoú lahém téven
7 « Ne donnez plus de paille au peuple pour qu'ils préparent les briques, comme vous faisiez hier et avant-hier. Ils iront et ramasseront de la paille.
De quoi est-il question ici ? En Égypte, il y avait une technologie de construction particulière. Elle s'est conservée jusqu'à ce jour non seulement en Égypte, mais aussi dans beaucoup de pays d'Asie centrale, en Ouzbékistan, au Kazakhstan, au Kirghizistan, où l'on peut voir des constructions que l'on appelle en adobe. On prend de la boue (du limon, de l'argile), on la mélange avec de la paille, ensuite on forme des briques et on les sèche au soleil. La paille, qui s'oxyde en pourrissant, renforce les briques, elles deviennent très solides – c'est du moins ce que dit la croyance populaire. Nous savons, par des écrits, par des papyrus, que les travailleurs recevaient chaque matin des paniers de limon du Nil, dans lequel la paille avait déjà été mélangée par les efforts d'une autre partie du prolétariat, par d'autres ouvriers. Le travailleur formait les briques à la main ou à l'aide d'un cadre en bois, les mettait à sécher au soleil. Pendant le temps qui va de l'aube au coucher du soleil, et aux heures d'été cela fait de 7 heures du matin à 8 heures du soir, la norme allait jusqu'à 3000 briques. Un travailleur habile pouvait en fabriquer autant. Naturellement, pour un travailleur inexpérimenté c'était moins probable, d'autant plus s'il fallait encore ramasser la paille. Il fallait commencer la récolte dans la période de la fin du mois d'iyar – du début de sivan (de la fin de mai – du début de juin). C'était une période courte, et il fallait ramasser la paille pour toute l'année. C'est pourquoi, dans ce cas, il fallait d'urgence mobiliser des gens pour la récolte de cette paille, parce qu'elle n'était pas disponible toute l'année. On pouvait s'attendre à ce que, si Pharaon ordonne maintenant de se procurer aussi soi-même la paille, il baisse d'une manière ou d'une autre les normes de production. Mais il n'en fut rien.
וְאֶת־מַתְכֹּנֶת הַלְּבֵנִים אֲשֶׁר הֵם עֹשִׂים תְּמוֹל שִׁלְשֹׁם תָּשִׂימוּ עֲלֵיהֶם לֹא תִגְרְעוּ מִמֶּנּוּ כִּי־נִרְפִּים הֵם עַל־כֵּן הֵם צֹעֲקִים לֵאמֹר נֵלְכָה נִזְבְּחָה לֵאלֹהֵינוּ׃
ve'et-matkónet hallevením achér hem ossím temól chilchóm tassímou alehém lo tigre'oú mimménou ki-nirpím hem al-kén hem tso'akím lemór nelekhá nizbe'há lelohénou
8 Et la norme de production de briques qu'ils faisaient hier et avant-hier, laissez-la peser sur eux et ne la diminuez pas, parce qu'ils travaillent de façon relâchée, et c'est pourquoi ils ont du temps pour la philosophie et la théologie, si bien qu'ils disent : « Allons donc encore offrir un sacrifice à notre Dieu ».
C'est-à-dire, selon l'avis de Pharaon en tant qu'administrateur efficace, un bon ouvrier – c'est un ouvrier qui rentre à la maison, prend de la nourriture dans la marmite, mange, au pire regarde quelque chaîne utile de la télévision centrale, devant laquelle il s'endort. En tout cas, ce n'est que d'un excès d'intellectualité du travail, et seulement de lui, que provient une futilité telle qu'aller se prosterner devant Dieu.
תִּכְבַּד הָעֲבֹדָה עַל־הָאֲנָשִׁים וְיַעֲשׂוּ־בָהּ וְאַל־יִשְׁעוּ בְּדִבְרֵי־שָׁקֶר׃
tikhbád ha'avodá al-ha'anachím veya'asou-vá ve'al-yich'oú
bedivre-cháker
9. Que le lourd travail pèse sur ces gens, et ils s'en occuperont, et ils ne s'occuperont pas de bêtises ! »
Beaucoup disent, là encore, que c'est une méthode de gestion efficace : alourdir le travail pour un certain temps. D'un côté, il est clair que les Juifs ne feront pas autant de briques, et de la même qualité. L'entreprise deviendra déficitaire, la correspondance des forces productives aux rapports de production changera, la situation des ouvriers se dégradera, le peuple s'indignera. Mais comme mesure temporaire, suivie d'un relâchement, c'est tout à fait commode. Et l'acte de Pharaon, du point de vue d'une telle économie tyrannique et méchante, est justifié.
וַיֵּצְאוּ נֹגְשֵׂי הָעָם וְשֹׁטְרָיו וַיֹּאמְרוּ אֶל־הָעָם לֵאמֹר כֹּה אָמַר פַּרְעֹה אֵינֶנִּי נֹתֵן לָכֶם תֶּבֶן׃
vayetse'oú nogesé ha'ám vechoteráv vayomeroú el-ha'ám lemór ko amár par'ó enénni notén lakhém téven
10 Et les surveillants et les inspecteurs (policiers) sortirent, et dirent au peuple, en disant : « Ainsi a dit Pharaon : Je ne vous donne plus de paille.
אַתֶּם לְכוּ קְחוּ לָכֶם תֶּבֶן מֵאֲשֶׁר תִּמְצָאוּ כִּי אֵין נִגְרָע מֵעֲבֹדַתְכֶם דָּבָר׃
attém lekhoú ke'hoú lakhém téven me'achér timtsá'ou ki en nigrá me'avodatkhém davár
11 Vous, allez et prenez de la paille là où vous en trouverez, et de votre norme rien ne sera diminué ».
וַיָּפֶץ הָעָם בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרָיִם לְקֹשֵׁשׁ קַשׁ לַתֶּבֶן׃
vayáfets ha'ám bekhol-érets mitsráyim lekochéch kach lattéven
12 Et le peuple se dispersa dans tout le pays d'Égypte, pour chercher de la paille.
וְהַנֹּגְשִׂים אָצִים לֵאמֹר כַּלּוּ מַעֲשֵׂיכֶם דְּבַר־יוֹם בְּיוֹמוֹ כַּאֲשֶׁר בִּהְיוֹת הַתֶּבֶן׃
vehannogesím atsím lemór kalloú ma'assekhém devar-yom beyomó ka'achér bihyot hattéven
13 Et les surveillants d'entre les Égyptiens talonnent, pressent, en disant : « Voilà, il est fini, votre bonheur, quand vous receviez de la paille ».
וַיֻּכּוּ שֹׁטְרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר־שָׂמוּ עֲלֵהֶם נֹגְשֵׂי פַרְעֹה לֵאמֹר מַדּוּעַ לֹא כִלִּיתֶם חָקְכֶם לִלְבֹּן כִּתְמוֹל שִׁלְשֹׁם גַּם־תְּמוֹל גַּם־הַיּוֹם׃
vayoukkoú choteré bené yisraél acher-sámou alehém nogesé far'ó lemór maddoúa lo khillitém 'hokkhém lilbón kitmól chilchóm gam-temól gam-hayom
14 Et furent battus les inspecteurs (policiers) d'entre les fils d'Israël, sur lesquels les surveillants de Pharaon faisaient peser la punition, qui disaient : « Pourquoi n'accomplissez-vous pas la norme, comme vous le faisiez d'habitude ? Hier vous ne l'avez pas accomplie, aujourd'hui vous ne l'avez pas accomplie ? »
Les chefs d'équipe israélites, responsables de l'accomplissement de la norme, étaient battus, on les punissait physiquement. En outre, Pharaon compliqua le travail des Israélites : désormais il leur fallait ramasser la paille, la pétrir avec l'argile, attendre un certain temps, jusqu'à ce que ce mélange prenne un état stable, une consistance stable, puis en façonner des briques. Tout cela est bien plus compliqué, il faut de nouvelles équipes, une nouvelle division du travail, et les surveillants talonnent et punissent déjà maintenant, ils exigent de passer tout de suite à un autre régime de travail.
וַיָּבֹאוּ שֹׁטְרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיִּצְעֲקוּ אֶל־פַּרְעֹה לֵאמֹר לָמָּה תַעֲשֶׂה כֹה לַעֲבָדֶיךָ׃
vayavó'ou choteré bené yisraél vayits'akoú el-par'ó lemór lámma ta'assé kho la'avadékha
15 Et alors ces mêmes chefs d'équipe (policiers) d'Israël vinrent et crièrent vers Pharaon, en disant : « Pourquoi donc as-tu fait ainsi à tes ouvriers ?
תֶּבֶן אֵין נִתָּן לַעֲבָדֶיךָ וּלְבֵנִים אֹמְרִים לָנוּ עֲשׂוּ וְהִנֵּה עֲבָדֶיךָ מֻכִּים וְחָטָאת עַמֶּךָ׃
téven en nittán la'avadékha oulvením omerím lánou asoú vehinné avadékha moukkím ve'hatát ammékha
16 On ne nous donne pas de paille, et les briques, on nous dit de les faire. Et voici, tes esclaves sont battus et le péché est sur ton peuple ! »
Ces mêmes chefs d'équipe raisonnèrent : « Mais Pharaon ne peut pas se conduire ainsi ! » Une telle pensée populaire, classique, ancienne : « Sans doute notre petit père Pharaon ne sait pas ce qui se passe. Sans doute ces gens ont simplement parlé ainsi en son nom. C'est pourquoi allons parler avec Pharaon humainement. Il s'y connaît pourtant en économie, et en sociologie, et il comprend que ce n'est pas bien d'opprimer ainsi le peuple. Il se rendra compte que c'est illogique – ne pas donner de paille et exiger des normes si élevées. Il ne permettra pas que ses esclaves soient battus, et que le péché soit sur son peuple ! »
וַיֹּאמֶר נִרְפִּים אַתֶּם נִרְפִּים עַל־כֵּן אַתֶּם אֹמְרִים נֵלְכָה נִזְבְּחָה לַיהוָה׃
vayomer nirpím attém nirpím al-kén attém omerím nelekhá nizbe'há ladonáy
17 Et Pharaon leur dit : « Vous êtes relâchés, relâchés ! Et c'est pourquoi, par votre paresse, vous dites : allons, offrons un sacrifice au Très-Haut.
C'est-à-dire que Pharaon dit : « Vous-mêmes, vous paressez et vous laissez les autres paresser, vous-mêmes, vous êtes de mauvais organisateurs, et à cause de cela vos ouvriers aussi sont devenus paresseux ! » Pharaon introduit ici une division dans la société. Et il donne une telle allusion : « Vous comprenez bien que tout ce durcissement des conditions de travail, en l'absence d'augmentation des salaires ‒ tout cela, c'est à cause de vos idées révolutionnaires. Voilà pour vous une allusion à qui est coupable : les coupables sont ceux qui ont dit : allons, offrons un sacrifice au Très-Haut ».
וְעַתָּה לְכוּ עִבְדוּ וְתֶבֶן לֹא־יִנָּתֵן לָכֶם וְתֹכֶן לְבֵנִים תִּתֵּנּוּ׃
ve'attá lekhoú ivdoú vetéven lo-yinnatén lakhém vetókhen levením titténnou
18 Maintenant donc, allez et travaillez. La paille ne vous sera pas donnée, mais la norme de briques – donnez-la ! »
C'est-à-dire : « Moi, Pharaon, je vous confirme que c'est ma propre décision, et il en sera ainsi. Mais sachez – ainsi, en passant, je vous donne une allusion à qui est coupable dans toute cette histoire ».
וַיִּרְאוּ שֹׁטְרֵי בְנֵי־יִשְׂרָאֵל אֹתָם בְּרָע לֵאמֹר לֹא־תִגְרְעוּ מִלִּבְנֵיכֶם דְּבַר־יוֹם בְּיוֹמוֹ׃
vayir'oú choteré vene-yisraél otám beráLa translittération de l'original écrit ici un v au début du mot. L'hébreu porte un b (berá, « dans le malheur »), que nous suivons. lemór lo-tigre'oú millivnekhém devar-yom beyomó
19 Et les chefs d'équipe israélites virent leur peuple dans l'amertume, ils se mirent à regarder amèrement leurs compatriotes, en disant : « Nous n'avons pas réussi à vous diminuer la norme de production quotidienne de briques ».
וַיִּפְגְּעוּ אֶת־מֹשֶׁה וְאֶת־אַהֲרֹן נִצָּבִים לִקְרָאתָם בְּצֵאתָם מֵאֵת פַּרְעֹה׃
vayifge'oú et-moché ve'et-aharón nittsavím likratám betsetám me'ét par'ó
20 Et ils se mirent à attaquer (offenser, opprimer) Moché et Aharon, quand ils les rencontrèrent, venant de chez Pharaon.
C'est-à-dire que Moché et Aharon se sont trouvés sur leur chemin, et bien sûr, les chefs d'équipe n'avaient pas de bonnes émotions.
וַיֹּאמְרוּ אֲלֵהֶם יֵרֶא יְהוָה עֲלֵיכֶם וְיִשְׁפֹּט אֲשֶׁר הִבְאַשְׁתֶּם אֶת־רֵיחֵנוּ בְּעֵינֵי פַרְעֹה וּבְעֵינֵי עֲבָדָיו לָתֶת־חֶרֶב בְּיָדָם לְהָרְגֵנוּ׃
vayomeroú alehém yére adonáy alekhém veyichpót achér hiv'achtém et-re'hénou be'ené far'ó ouv'ené avadáv latet-'hérev beyadám lehorgénou
21 Et ils leur dirent : « Que le SEIGNEUR vous regarde et juge : vous avez rendu notre odeur répugnante aux yeux de Pharaon (vous nous avez fait une mauvaise réputation, vous avez fait de nous des gens pourris aux yeux de Pharaon) et aux yeux de ses esclaves, vous-mêmes leur avez donné en main l'épée pour nous tuer ! »
Le peuple, en la personne des chefs d'équipe, condamna Moché et Aharon et dit : « Pourquoi avez-vous fait cela ? Vous n'avez rien obtenu en allant chez Pharaon : personne ne nous a laissés partir, la mission a échoué, nos conditions n'ont fait qu'empirer. Si vous vouliez nous aider, vous ne nous avez pas aidés d'une goutte, c'est seulement pire pour nous, et que le Très-Haut vous juge pour cela ! »
וַיָּשָׁב מֹשֶׁה אֶל־יְהוָה וַיֹּאמַר אֲדֹנָי לָמָה הֲרֵעֹתָה לָעָם הַזֶּה לָמָּה זֶּה שְׁלַחְתָּנִי׃
vayáchov moché el-adonáy vayomár adonáy lamá hare'óta la'ám hazzé lámma ze chela'htáni
22 Et Moché retourna vers le Très-Haut, en disant : « Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple, pourquoi m'as-Tu envoyé ?
Un cri insolent de Moché à l'égard du Très-Haut. D'une part, nous avons dit que le Très-Haut, par Moché, projette de donner à Israël la Torah, c'est-à-dire l'Enseignement. Ce ne sont déjà plus les relations où le Très-Haut donnait une révélation, et elle s'accomplissait immédiatement. L'Enseignement suppose la compréhension. C'est pourquoi Moché peut venir et demander : « Pourquoi ? Dans quel but fais-Tu cela ? Explique comment c'est organisé, quels sont Tes plans ? » Et c'est la première compréhension de ce que Moché a demandé au Très-Haut. Selon une autre compréhension, Moché dit : « lámma ze chela'htáni ? » ‒ « pourquoi est-ce moi que Tu as envoyé ? Si Tu avais envoyé quelqu'un d'autre, il aurait été éloquent, il aurait mieux observé Tes instructions, et tout aurait été autrement »
וּמֵאָז בָּאתִי אֶל־פַּרְעֹה לְדַבֵּר בִּשְׁמֶךָ הֵרַע לָעָם הַזֶּה וְהַצֵּל לֹא־הִצַּלְתָּ אֶת־עַמֶּךָ׃
oume'áz báti el-par'ó ledabbér bichmékha herá la'ám hazzé vehattsél lo-hittsálta et-ammékha
23 Depuis que je suis venu chez Pharaon pour lui parler en Ton nom, cela va mal pour ce peuple, et Tu n'as pas sauvé Ton peuple ! »
Chaque fois je répète que, lorsque nous lisons des commentaires, nos commentaires parlent davantage de nous-mêmes que des héros de la Torah.
On peut voir en cela une condamnation, un reproche adressé au Très-Haut, et réellement une incompréhension : « Explique-moi Ton plan, explique pourquoi cela arrive ? Pourquoi fallait-il aller par un tel chemin ? »
Mais on peut aussi voir en cela un tel reproche adressé au Très-Haut : « Pourquoi est-ce donc moi que Tu as envoyé pour cela ? Si Tu avais envoyé quelqu'un d'autre, quelqu'un d'autre s'en serait bien sorti, et maintenant, parce que c'est moi, eh bien voilà, Tu n'as pas sauvé le peuple d'Israël ».
Ici se termine le chapitre 5. Au chapitre 6, nous ne lirons qu'un seul verset, et là se terminera toute la section hebdomadaire Chémot.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה עַתָּה תִרְאֶה אֲשֶׁר אֶעֱשֶׂה לְפַרְעֹה כִּי בְיָד חֲזָקָה יְשַׁלְּחֵם וּבְיָד חֲזָקָה יְגָרְשֵׁם מֵאַרְצוֹ׃
vayomer adonáy el-moché attá tir'é achér e'essé lefar'ó ki veyád 'hazaká yechalle'hém ouvyád 'hazaká yegarechém me'artsó
1 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Maintenant tu verras ce que je ferai à Pharaon, car par une main forte il les chassera (les expulsera) du pays ».
Le Très-Haut dit à Moché : « Nous avons parlé du respect des formalités. Les formalités ont été respectées, on a demandé à Pharaon à l'amiable, on a demandé selon la loi, selon les coutumes, selon les codes. Pharaon n'a pas consenti. Maintenant tu verras ce que Je ferai de Pharaon par une main forte ».
La Torah en 5 minutes
Notre section hebdomadaire s'appelle de la même manière que tout le livre – Chémot, ce qui signifie Noms. Mais il s'y trouve un récit dans lequel tous les noms importants sont cachés au lecteur, et ce récit commence au verset 1 du chapitre 2.
וַיֵּלֶךְ אִישׁ מִבֵּית לֵוִי וַיִּקַּח אֶת־בַּת־לֵוִי׃
vayélekh ich mibbét leví vayikká'h et-bat-levi
1 Et quelqu'un de la maison de Lévi s'en alla, et prit pour lui une fille de Lévi.
וַתַּהַר הָאִשָּׁה וַתֵּלֶד בֵּן …
vattáhar ha'ichá vattéled ben
2 Et la femme conçut, et enfanta un fils…
Voilà un récit aussi court. Puisque nous ne lisons pas la Torah pour la première fois, vous et moi, nous savons déjà qu'il s'agit de la naissance de Moché, un homme très important dans l'histoire juive, l'homme par lequel le Très-Haut donnera la Torah au peuple d'Israël (et elle s'appellera Torah de Moché), l'homme qui sera le guide d'Israël lors de la sortie d'Égypte. Et malgré l'importance historique d'un tel événement, la Torah ne nous dit pas ici, comme elle aurait pu le faire : « Et Amram, fils de Lévi, s'en alla, et prit pour lui Yokhéved, fille de Lévi, et la femme conçut, et enfanta un fils, et l'appela… » Plus encore, la Torah ne nomme pas du tout le nom hébreu de ce garçon, ce nom même que lui ont donné son papa et sa maman. Le midrach dit qu'ils l'ont appelé du nom de Tov, ce qui signifie Bon ou Bienveillant. Mais ce sont les paroles du midrach, tandis que la Torah cache au lecteur le nom hébreu de Moché.
Et la question se pose : pourquoi, dans un événement historique si important, la Torah est-elle si avare d'informations ? Les sages disent : « C'est pour que l'homme ne puisse pas dire de lui-même : je suis un homme d'origine non noble ». En d'autres termes : « Eh bien, évidemment, mon papa n'est pas Amram, ma maman n'est pas Yokhéved, je ne figure sur aucune liste. Mon nom n'est écrit dans aucun livre connu des gens, alors que peut-on exiger de moi, quelles réclamations peut-on me faire ? Que puis-je bien faire ? Je suis un homme sans noblesse, non prédit par le Très-Haut, non prophétisé par les prophètes. Je suis simplement né et je vis comme je peux ». Et la Torah cache les noms pour que nous puissions, pour ainsi dire, inscrire notre nom dans cette histoire : puisque je suis né, puisque mon père est allé vers ma maman et qu'elle m'a enfanté, cela veut dire que je suis nécessaire pour quelque chose, peut-être pour quelque chose de grand, pour quelque chose de très important. Peut-être pour comprendre que moi aussi je peux être utilisé par le Très-Haut pour de grandes choses, pour que je ne pense pas que je suis un petit homme.
Un petit homme, qu'un certain quelqu'un a engendré d'une certaine fille, et dont nous ne connaissons même pas le nom, a accompli de grandes œuvres quand le Très-Haut agissait à travers lui. Et exactement de même nous. Certaines personnes se trouvent dans une situation telle qu'elles ne connaissent tout simplement même pas les noms de leurs parents, des gens parfois sans aucune généalogie, c'est ainsi que les choses se sont passées pour eux. Mais tous les gens, chaque homme qui est né dans ce monde, peut être utilisé par le Très-Haut pour des œuvres grandes et importantes. Et c'est justement pour montrer cela que la Torah, le livre le plus important, nous cache le nom de l'un des principaux héros de l'histoire juive. Pour que nous, des gens sans généalogie, des gens non prédits par Dieu, puissions comprendre que le Très-Haut peut aussi nous utiliser pour de grandes œuvres et que, quand le Très-Haut agit à travers nous, nos possibilités ne sont, elles non plus, limitées par rien. Et elles ne sont certainement pas limitées par notre généalogie, par notre nom, par notre origine, et nous pouvons atteindre n'importe quels sommets dans le service du Très-Haut.
Voilà de telles pensées au sujet de l'histoire de la naissance de Moché.
Noms et nombres
Comme nous nous en souvenons, la section hebdomadaire Chémot commence par l'énumération des 12 tribus des fils d'Israël, venues avec Yaakov en Égypte, chacun avec sa maison. Ce sont les versets 1 à 4 du chapitre, et au verset 5 nous lisons :
« Et toutes les âmes venues des reins de Yaakov étaient de 70 âmes, et Yossef était déjà en Égypte ».
C'est-à-dire que la Torah nous énumère et les noms, et le nombre de personnes venues en Égypte avec Yaakov. La liste des noms, nous l'avons déjà lue auparavant, dans le livre de Béréchit (46,8–26), et c'est pourquoi il est étonnant que la Torah, laconique, d'habitude avare de mots superflus, nous répète soudain cette liste.
Voici ce que dit à ce sujet l'un des commentateurs de la Torah les plus autorisés, Rabbi Chlomo Yits'haki, connu sous le nom de Rachi : « Bien que la Torah les ait énumérés nommément de leur vivant (car le récit du livre de Chémot commence quand cette génération est déjà morte), elle les a de nouveau énumérés après leur mort, montrant combien ils étaient chers au Très-Haut. Ils sont comparés aux étoiles, qu'il fait sortir et ramène à leur place précédente, selon leur nombre et selon leurs noms, comme il est dit : Celui qui fait sortir leur armée selon leur nombre, les appelle toutes par leurs noms (Yéchayahou 40,26) ». Cela est dit de l'armée céleste, des étoiles, du fait que le Très-Haut les connaît et par leur nombre, et par leur nom. Quand nous regardons le ciel, regardons les étoiles, il nous semble qu'on ne peut même pas les compter. Il y a de ces professionnels (ou amateurs) qui peuvent indiquer, montrer certaines étoiles et dire : voici – c'est Mars, et voici – c'est Vénus, voici, peut-être, c'est Mercure, ils peuvent indiquer certaines constellations. Mais la plupart des étoiles nous sont inconnues, et, à plus forte raison, le nombre des étoiles est pour nous incalculable. Mais le Très-Haut connaît, comme le dit le prophète Yéchayahou, et leur nombre, et leurs noms, Il a un nom pour chaque étoile. Exactement de même avec le peuple d'Israël, et avec nous : le Très-Haut connaît le nombre, chez Lui tous sont comptés, et Il connaît chacun par son nom.
Qu'est-ce qu'un numéro ? Un numéro, un nombre indique l'appartenance à la société. Le nom – c'est une relation particulière avec le Très-Haut, c'est une sorte de lumière particulière que chacun de nous porte. Aujourd'hui, c'est tendance de suivre la mode, de se transformer en fonction d'elle, pour avoir l'air à la mode, pour avoir l'air beau, dissolvant ainsi son nom dans le nombre, se dissolvant dans la masse. Et si l'on se distingue, ce n'est que pour créer de nouveau autour de soi une certaine masse, une certaine nouvelle communauté, créer une certaine nouvelle mode. Aujourd'hui il est très difficile d'être soi-même. Si les gens apprennent quelque nouvelle coutume, quelque habitude à la mode, alors ils (et nous y compris) cherchent souvent à l'adopter. C'est pourquoi il existe certains styles vestimentaires de telle ou telle personne, des régimes de telle ou telle personne et une manière de se comporter de telle ou telle personne, que les gens veulent imiter. Des arbitres de la mode sont déjà apparus dans les domaines les plus divers, et il y a une grande tentation de se dissoudre et de devenir un nombre, peut-être même un beau nombre, de s'accrocher à cette collectivité, car c'est justement le nombre qui détermine notre appartenance à cette collectivité.
À la différence du nombre, le nom – c'est ce que nous sommes en réalité. Le nom révèle notre lumière intérieure, la Lumière divine qui est en nous ; il est particulier chez chacun de nous. Même si nous avons un homonyme, le nom que nous percevons de l'intérieur est malgré tout ressenti comme personne d'autre n'a pu ni ne pourra le ressentir. Dans l'histoire, il y a eu des cas où l'on a voulu faire de l'homme seulement un numéro – dans les camps nazis, comme nous le savons. L'homme avait simplement un numéro tatoué sur le bras, et l'homme était ce numéro. Parfois aussi, dans le système carcéral, on oblige l'homme à dire : je suis le détenu numéro tant, article tel, et par là on le prive de son individualité. Je ne parlerai pas de la question de savoir si c'est bien ou mal dans le système pénitentiaire (d'exécution des peines), dans le système des prisons. Mais l'homme lui-même, en suivant la mode, les tendances sociales, veut souvent se dissoudre : croire comme tout le monde, penser comme tout le monde. C'est-à-dire ne se distinguer ni par sa foi, ni par sa façon de penser, ni par sa manière de louer, ni par sa manière d'étudier la Torah. Et en cela aussi il y a un désir d'imiter certains leaders, certaines figures importantes, qu'il vaut peut-être la peine d'imiter, mais sans pour autant se perdre soi-même, sans perdre son originalité, sans perdre son nom.
Et nous voyons : ce qui est cher au Très-Haut, ce n'est pas seulement le fait qu'Il connaisse le nombre, que dans Sa communauté, dans Son peuple, il y ait des nombres, mais il Lui est cher aussi qu'il y ait aussi des noms. Oui, les étoiles dans le ciel sont en quantité innombrable, on ne peut vraiment pas les compter, mais le Très-Haut connaît et le nombre des étoiles, et le nombre de ceux qui appartiennent à Son peuple. Et, comme Il connaît chaque étoile par son nom, ainsi Il connaît aussi chacun de nous par son nom.
Comme une étoile envoie, révèle sa lumière au-dehors, de même en chacun de nous il y a une lumière que moi seul je peux révéler, que toi seul tu peux révéler, qu'elle seule peut révéler. Et c'est notre tâche.
Si nous vivons maintenant, c'est que nous sommes nécessaires justement maintenant, justement en ce temps, justement en ce temps il y a quelque chose que nous seuls pouvons faire. Cela est vrai aussi à l'égard des soixante-dix personnes qui sont descendues avec Yaakov en Égypte, et cela est vrai pour chacun de nous. Et c'est pourquoi il est très important de ne pas perdre son nom, de se souvenir de qui je suis, de ce que je suis, de quelle est justement ma vocation, et de ne pas laisser la mode ou certaines tendances m'enlever cette vocation, m'enlever cette façon de penser, cette compréhension qui est mienne, cette particularité qui est mienne, que m'a donnée le Très-Haut.
Voilà ce que nous pouvons voir dans les tout premiers versets du livre de Chémot. Et je pense que ce n'est pas pour rien que commence ainsi ce livre, qui parle de la délivrance. Quand l'homme apprend son nom, comprend sa vocation, alors cette connaissance, cette vérité le rend libre de toutes les dépendances, de tout ce qui n'est pas lui. Quand l'homme comprend tout ce qui n'est pas à lui, il se trouve lui-même, et quand il se trouve lui-même, quand il apprend son nom, il lui est plus facile de rejeter tout ce qui est étranger, imposé, à la mode, tendancieux – ce à cause de quoi il paraît, et ne vit pas. Et que Dieu nous donne notre propre vie, et la révélation de la lumière divine à travers ce qui est à nous, à travers ce que le Très-Haut a destiné à être révélé justement par nous.
Comment ne pas devenir pharaon ?
Ainsi, dans notre section hebdomadaire, il est raconté, sinon le nœud fatidique de l'intrigue, du moins un important événement charnière concernant le séjour d'Israël en Égypte. Nous lisons : « Et un nouveau roi se leva sur l'Égypte, qui ne connaissait pas Yossef ».
Les commentateurs discutent à ce sujet : était-ce vraiment un nouveau roi, c'est-à-dire un autre pharaon, ou était-ce le même pharaon, qui décida soudain qu'il ne connaissait absolument pas Yossef. Quoi qu'il en soit, à un beau moment, le pharaon décida de réécrire l'histoire de l'Égypte et d'en « rayer » Yossef. Il décida d'oublier qu'il y avait eu autrefois Yossef, qu'il avait aidé l'Égypte à se débarrasser d'une catastrophe économique et avait accompli un miracle économique. Il décida d'oublier tout cela et d'effacer complètement Yossef de l'histoire, et peut-être aussi de raconter quel homme méchant avait été Yossef et comment il avait asservi tout le monde en Égypte, comment il avait transformé tout le monde en esclaves. La traduction araméenne de la Torah, l'ancienne traduction araméenne du IIe siècle, dit que le pharaon oublia les statuts de Yossef. Il oublia les règles que Yossef avait enseignées aux Égyptiens, qui aident la société à vivre avec droiture (correctement).
Nous lisons dans la Torah que « les fils d'Israël pullulèrent, se multiplièrent et s'accrurent, et devinrent extrêmement forts, et la terre fut remplie d'eux », et le midrach dit qu'à ce moment-là tous les théâtres, tous les cirques, tous les lieux de spectacle d'Égypte étaient remplis à craquer de Juifs. C'est-à-dire que les Juifs occupèrent les postes dirigeants, les places dirigeantes dans toute la culture égyptienne. Eh bien, à vrai dire, bien que ce midrach soit ancien, médiéval, nous y voyons une confirmation historique de ce qui arrive si souvent. Et cela se voit même sur l'exemple de l'Union soviétique, où beaucoup de poètes, d'écrivains, de peintres, de musiciens, de personnalités de la culture étaient d'origine juive.
Bien que le pourcentage de Juifs fût très faible, les Juifs écrivaient et s'efforçaient d'écrire comme des Russes, exprimant peut-être leur russité plus que les Russes eux-mêmes. C'est pourquoi un poète juif et un compositeur juif ont créé la chanson « Le champ russe », dans laquelle on chante : « Salut à toi, champ russe, je suis ton mince épi ». C'était l'intention sincère des Juifs de devenir un mince épi dans le champ russe.
Cependant, cela ne pouvait pas plaire longtemps aux peuples parmi lesquels vivaient les Juifs. Les Juifs vivaient très bien en Espagne jusqu'à leur expulsion de là-bas. Les Juifs vivaient très bien en Allemagne avant que Hitler n'arrive au pouvoir – l'Allemagne était un centre de l'émigration juive, les Juifs y affluaient, et la communauté juive en Allemagne prospérait. C'était aussi un centre culturel, et dans la culture allemande les Juifs jouaient un grand rôle.
À un beau moment, tout bascula. Vint un pharaon qui ne connaissait pas Yossef, qui ne voulait pas reconnaître ces réussites comme un bien, qui ne voulait pas admettre que ces réussites sont un bien. Et nous savons ce qui s'est passé en Espagne, nous savons ce qui s'est passé en Allemagne, dans beaucoup, beaucoup d'autres pays cela s'est produit. Ce sont les difficultés du séjour en exil : l'histoire peut à tout moment basculer, et là où les Juifs se sentent bien maintenant, ils peuvent soudain se sentir mal. Cela a aussi ses racines spirituelles.
Mais ce serait une grande erreur de réduire cela à pointer un doigt accusateur vers les communautés non juives parmi lesquelles vivaient les Juifs. Ce serait une erreur, parce que notre histoire a une histoire jumelle. Enfin, presque jumelle. Commençons par le dernier verset du livre de Béréchit : « Et Yossef mourut âgé de cent dix ans. Et on l'embauma, et on le mit dans un cercueil en Égypte ». Et dans le livre de Chémot nous lisons la suite : « Et Yossef mourut, et tous ses frères, et toute cette génération. Et les fils d'Israël pullulèrent, se multiplièrent, et s'accrurent, et devinrent extrêmement forts, et cette terre fut remplie d'eux, et un nouveau roi se leva sur l'Égypte, qui ne connaissait pas Yossef ».
Yossef, âgé de 110 ans, meurt, on l'enterre, et après cela se lève un pharaon qui ne connaît pas Yossef. Dans le livre de Choftim nous lisons l'histoire d'un autre homme, un descendant de Yossef, qui a lui aussi vécu 110 ans : « Et Yéhochoua ben Noun, serviteur du SEIGNEUR, mourut, âgé de 110 ans. Et on l'enterra dans les limites de sa part : à Timnat-'Hérès, sur la montagne d'Éfraïm, au nord du mont Gach ».
Ici il y a une ressemblance directe. Au sujet de Yossef il est dit : « Yossef mourut âgé de 110 ans, et on l'embauma, et on le mit dans un cercueil en Égypte. Et aussi toute la génération fut réunie à ses pères. Et Yossef mourut, et tous ses frères, et toute cette génération ». Et au sujet de Yéhochoua il est dit : « Et après lui se leva une autre génération, qui ne connaissait pas le SEIGNEUR ni Ses œuvres, accomplies par Lui pour Israël ».
Voici pour vous encore un parallèle : « Un nouveau roi se leva sur l'Égypte, qui ne connaissait pas Yossef » et « Après lui se leva une autre génération, qui ne connaissait pas le SEIGNEUR ni Ses œuvres, accomplies pour Israël ».
Ces deux chapitres sont des jumeaux, deux passages jumeaux. Le peuple d'Israël oublia le SEIGNEUR, et, comme il est écrit plus loin, « les fils d'Israël se mirent à faire ce qui est mal aux Yeux du SEIGNEUR, et servirent les Ba'alim, et ils abandonnèrent le SEIGNEUR Dieu de leurs pères, qui les avait fait sortir du pays d'Égypte, et suivirent d'autres dieux d'entre les peuples qui étaient autour d'eux, et se prosternèrent devant eux, et irritèrent le SEIGNEUR, et ils abandonnèrent le SEIGNEUR, et servirent Ba'al et les Achéras ».
La même histoire, qui est arrivée aux Égyptiens, est arrivée aussi aux Israélites. Et comme l'Égypte a oublié Yossef, a oublié le bien que le Très-Haut avait fait à travers Yossef pour l'Égypte, exactement de même Israël a facilement oublié tout ce que le Très-Haut avait fait pour Israël à travers Yéhochoua ben Noun. La même ingratitude est arrivée aussi à Israël. Et, comme nous le savons, cela a conduit à ce que le SEIGNEUR s'irrite fortement contre Israël. Et les détails de ce qui est arrivé, on peut les lire dans le livre de Choftim.
Mais qu'est-ce que cela nous enseigne ? Que nous aussi, dans notre propre vie, nous pouvons, de manière inattendue même pour nous-mêmes, peut-être, commencer à réécrire l'histoire. Yéhochoua ben Noun était vivant, et le peuple d'Israël servait le SEIGNEUR. Les anciens étaient vivants, et le peuple d'Israël servait le SEIGNEUR. Yéhochoua disparut, disparut quelqu'un à travers qui l'on voyait comment le SEIGNEUR agit dans notre vie, et le peuple oublia le SEIGNEUR et s'en alla servir de quelconques petits dieux, qui sont plus visibles, qu'il est plus facile de toucher, de voir, d'examiner. Le peuple peut s'extasier devant la beauté de leur fabrication, devant leur beauté esthétique. Ainsi le peuple d'Israël a fait preuve d'ingratitude envers le Très-Haut. Ainsi le peuple d'Israël, somme toute, a fait de lui-même un nouveau pharaon, qui ne connaissait pas Yossef. Et chacun de nous peut en arriver à l'état de ce pharaon. Et, si dans notre vie arrivent certaines plaies, si soudain quelque chose se produit, nous devons nous examiner : ne nous sommes-nous pas pharaonisés, n'avons-nous pas oublié le SEIGNEUR notre Dieu ? N'avons-nous pas oublié tout ce qu'Il a fait pour nous, n'avons-nous pas cessé de Le remercier, de nous souvenir de Son bien, qu'Il a fait pour nous, ne sommes-nous pas devenus des pharaons ? Il est possible que la cause soit là. Ce n'est, bien sûr, pas la seule cause de ce qui nous arrive, mais, en tout cas, l'une des causes.
Une maison en récompense.
Nous allons parler avec vous d'un exploit qui, malheureusement, s'est perdu parmi les nombreux et beaux événements décrits dans le livre de Chémot. Bien sûr, on le lit, on le commente, mais pas autant que certains autres événements. Nous allons parler de l'exploit des sages-femmes. Voici ce que nous lisons dans le premier chapitre du livre de Chémot : « Et le roi d'Égypte ordonna aux sages-femmes juives ». Certains commentateurs disent que c'étaient des femmes égyptiennes qui répondaient simplement devant le pharaon des accouchements des Juives. Mais, très probablement, ce sont tout de même des sages-femmes juives, dont l'une a pour nom Chifra, et l'autre – Poua.
Là encore, il y a des discussions au sujet de qui elles sont. C'est-à-dire que certains pensent que, comme c'est écrit ici, « Chifra et Poua », c'est bien ainsi. D'autres commentateurs disent que Chifra, c'est peut-être Yokhéved, la mère de Moché, et que Poua, c'est, respectivement, Miryam, la sœur de Moché. Chifra, en traduction belle ou qui embellit, – c'est celle qui pratique l'accouchement et, pour ainsi dire, ennoblit le nourrisson, et Poua se traduit par qui gazouille, c'est-à-dire celle qui peut calmer le nourrisson. Et voici qu'à ces deux femmes le roi d'Égypte, un roi menaçant et terrible, donne un ordre menaçant et terrible : « Quand vous assisterez les Juives dans l'accouchement, observez près du siège d'accouchement. Si c'est un fils, faites-le mourir, et si c'est une fille, qu'elle vive ».
La dernière partie de la traduction, remarquons-le, n'est pas « qu'elle vive », mais l'ordre « si c'est une fille, faites-la vivre ». Pas « qu'elle vive », pas « laissez tout aller à vau-l'eau », autrement dit, à l'égard des filles aussi il y a un ordre particulier. Bon, laissons cela de côté pour l'instant.
Ainsi donc, les sages-femmes reçoivent un ordre, un ordre terrible. Dans l'armée d'Israël il y a une telle règle : si un soldat reçoit un ordre au-dessus duquel, comme on dit en hébreu moderne, « flotte un drapeau noir », qu'il ne peut pas exécuter selon sa conscience, alors il doit refuser d'exécuter cet ordre, parce qu'il y a une certaine crainte qui est au-dessus de la crainte du commandant. Et ici nous lisons au verset 17 : « Mais les sages-femmes craignaient Dieu et ne faisaient pas comme leur avait dit le roi d'Égypte, et elles laissaient les enfants en vie ». Et au verset 21 nous lisons : « Et comme les sages-femmes craignaient Dieu, il établit leurs maisons ».
La récompense de la crainte de Dieu – l'établissement des maisons de ces sages-femmes. Et ce n'est pas simplement de la crainte de Dieu. Devant toi est assis sur le trône le pharaon lui-même, qui possède en Égypte un pouvoir infini, tellement infini qu'il peut ordonner de jeter dans le fleuve des enfants complètement innocents, de tuer des enfants complètement innocents. Et, bien sûr, il peut t'exécuter, te torturer, te mettre en prison, anéantir ta famille, tuer tes enfants, et ainsi de suite. Le pharaon est réel et terrible. D'un autre côté, il y a le Très-Haut, le Maître du monde, mais à cette époque-là le Très-Haut n'avait depuis longtemps pas manifesté, pas révélé Sa force dans le monde. Oui, Il avait agi à l'époque des pères, mais une force du Très-Haut aussi manifeste, aussi évidente, aussi miraculeusement manifestée dans le monde, il n'y en avait pas eu depuis longtemps, mais il y avait le souvenir de Lui, il y avait la connaissance de Lui, et il y avait, probablement, certaines sensations vivantes de communion avec Lui, il y avait la crainte du Très-Haut. Et les deux sages-femmes choisirent de craindre non pas le pharaon, mais le Très-Haut, non pas cet homme réel, qui peut réellement les tuer, mais le Très-Haut. C'est un choix très sérieux. Imaginez seulement à quel point il est sérieux. Et la récompense de ce choix – le Très-Haut établit des maisons pour ces sages-femmes.
Que signifie établir des maisons ? Certains commentateurs, qui pensent que Chifra et Poua sont Yokhéved et Miryam, disent que ce sont les maisons des kohanim et des lévites, c'est-à-dire des lignées riches en bénédictions. Cela signifie que leur famille reçut beaucoup de bénédictions. D'autres commentateurs disent que ce sont des maisons au sens littéral, c'est-à-dire que ces sages-femmes obtenaient de belles villas, richement aménagées. D'autres commentateurs encore disent que les maisons, ce sont leurs familles, dans lesquelles il y avait la paix, l'ordre, il y naissait des enfants en bonne santé, et beaucoup d'enfants naissaient, et tout allait très bien.
Mais, comme nous l'avons déjà dit, il y a beaucoup d'approches différentes de la Torah. Par exemple, Rabbi Mordekhaï Yossef Laïner d'Ijbitsa, auteur du livre « Meï haChiloa'h », qui vivait au milieu du XIXe siècle, parle, en s'appuyant sur la compréhension simple de la Torah, de la notion même de maison. Qu'est-ce qu'une maison ? Un lieu où l'homme se sent en sécurité. Tout homme a peur de quelque chose dans la vie. Quand nous sortons dans la rue, beaucoup de dangers nous entourent, beaucoup de situations dans lesquelles rien ne dépend de nous. Un ouvrier ivre peut nous faire tomber une brique d'en haut, un conducteur ivre peut nous renverser avec sa voiture. Même quand nous entrons au tribunal et que notre cause est juste, il arrive, comme on dit, « crains le pied du cheval et la tête du juge ». Quand nous dépendons d'un homme qui est de sang et de chair (et nous tombons tout le temps, quelque part, d'une manière ou d'une autre, dans des dépendances envers les gens, envers le sang et la chair), nous ressentons de la peur. Et il est stupide de ne pas avoir peur quand tu te trouves face à des gens de sang et de chair.
Il faut établir des priorités : qui précisément tu veux craindre dans ce monde. Les sages-femmes choisirent de craindre non pas celui qu'il aurait semblé rationnel de craindre – ce pharaon terrible. Elles choisirent de craindre le Très-Haut – le Maître du monde entier. Et le Très-Haut établit leur maison.
Qu'est-ce qu'une maison pour nous ? Quand nous disons « je me sentais chez moi, je me sentais comme à la maison » ou quand nous invitons quelqu'un à se sentir comme chez lui, nous proposons à cet homme de se sentir comme s'il était chez lui, de ne rien craindre, de ne pas craindre d'être lui-même, de vivre avec cette assurance intérieure que c'est sa maison, le lieu où il est le maître. C'est ce sentiment que le Très-Haut donna à Chifra et Poua. Ainsi parle le rabbi d'Ijbitsa. Un sentiment intérieur de tranquillité, quand tu comprends que tu te trouves chez le Maître de ce monde, que tu Le crains, que tu Le sers, qu'Il est ton maître, qu'Il est ton chef, qu'Il est le seul que tu craignes. Cela donne un état de tranquillité. Cela donne un sentiment joyeux de paix dans le cœur et affermit l'homme, d'un côté, dans sa crainte de Dieu, de l'autre côté, dans le fait qu'il ne craint pas le pharaon. Même si le pharaon peut (et il le peut réellement) tuer, même s'il me tue, même s'il me met en prison, je comprendrai que ce qui se passe est juste, que je suis au pouvoir du Très-Haut et que le Très-Haut accomplit ce qu'Il a projeté de faire avec moi.
Et cela ressemble à bien des égards à la bénédiction que reçoit Zévouloun. Quand Yaakov bénit ses fils, au chapitre 49 du livre de Béréchit, il dit : « Zévouloun habitera au rivage des mers et au port des navires, et ses limites jusqu'à Tsidon ». Le mot employé là, léchkon, signifie vivre en voisinage paisible, vivre en s'accommodant de l'environnement, vivre en bon voisinage, en harmonie avec tout ce qui l'entoure.
Zévouloun se sent en sécurité en mer. On peut voir beaucoup de situations différentes où sur la mer il y a une tempête, un ouragan, des vagues énormes, hautes comme de grands gratte-ciel. Dans tout cela, dans toute cette tempête, Zévouloun se sent en sécurité. Cette propriété est une manifestation de la bénédiction de Zévouloun : se sentir en sécurité au milieu de la tempête grâce au sentiment de proximité avec le Créateur.
Les sages parlent de la nature du tonnerre. Il semblerait que le tonnerre céleste doive susciter de la peur chez les gens. Beaucoup de gens ont peur du tonnerre. Mais voici ce qu'en dit la tradition juive : « Le tonnerre purifie la place de la peur dans le cœur, libère le cœur de la peur ». Comment une chose aussi terrible que le tonnerre peut-elle libérer le cœur de la peur ? Quand nous entendons le tonnerre, nous comprenons que ce son – la collision des courants d'air – c'est le Très-Haut qui le produit avec un énorme fracas, que cela se produit dans le monde que gouverne le Très-Haut, et c'est le Très-Haut qui le fait, ce sont les canonnades des armes de notre Père, c'est la manifestation de la force de notre Père – de Celui que nous craignons. Et, quand nous voyons, entendons Sa force, voyons les éclairs, entendons le tonnerre, entendons la manifestation de Sa force dans ce monde, nous nous affermissons dans la foi, c'est pour nous un témoignage de plus de combien notre Créateur est fort, de quel Dieu fort nous craignons, devant quel Dieu fort nous nous tenons. Et la tempête qui se produit autour de Zévouloun est un témoignage de quelles hautes vagues le Très-Haut peut soulever vers le ciel, de combien Il est fort, combien Il est beau dans Sa force et combien le pharaon est faible en comparaison de Lui.
Eh bien, et le pharaon lui-même, à qui Dieu a donné une certaine force, un certain pouvoir – c'est un témoignage du pouvoir du Très-Haut. Et, quand tu te trouves dans cette relation mutuelle avec le Très-Haut, quand tu crains Dieu, tu comprends qu'à travers ce pharaon aussi Dieu agit dans notre monde. Voilà quelle bénédiction reçurent les sages-femmes. Elles reçurent dans le cœur la paix, l'assurance, le sentiment du monde comme d'une maison, le sentiment d'être soi-même chez soi, et le pharaon – en visite. Et c'est une grande bénédiction. Et c'est la récompense de leur exploit, la récompense de la crainte de Dieu, le sentiment que nous sommes chez nous, et que tout ce qui est contre nous, cela est en visite.
Une jeunesse à grandir
Avec l'aide de Dieu, nous allons nous arrêter avec vous sur un certain moment intéressant de notre section hebdomadaire. Au deuxième chapitre, au verset 6, nous lisons l'histoire de la façon dont la fille du pharaon ouvre le petit panier dans lequel se trouve le petit Moché. Voici comment la Torah le raconte.
וַתִּפְתַּח וַתִּרְאֵהוּ אֶת־הַיֶּלֶד וְהִנֵּה־נַעַר בֹּכֶה
vattiftá'h vattir'éhou et-hayéled vehinne-náar bokhé…
6 Et elle ouvrit, et elle vit le garçon (ou le nourrisson), et voici, l'enfant pleure ;
La Torah utilise ici pour Moché deux mots différents – yéled et na'ar. S'il y a deux mots différents, il y a sûrement aussi deux sens différents, et il vaut la peine d'approfondir et d'essayer de comprendre en quoi consiste donc la différence. En hébreu moderne, tout est simple. Le mot yéled désigne un garçon ou un enfant, le mot na'ar désigne un jeune homme ou un adolescent. Il y a le mot yaldout (enfance), et de cette racine vient yéled (garçon) ; et il y a le mot né'ourim (jeunesse), et il a la même racine que le mot na'ar. C'est-à-dire que, si nous traduisions à partir de l'hébreu moderne, cela donnerait ceci : « Elle vit le garçon, et voici, le jeune homme pleure ». Mais nous, nous savons bien que Moché n'est en aucun cas un jeune homme, et, par conséquent, il faut chercher une autre signification de ce mot.
Au chapitre 13 du livre de Choftim, nous lisons l'histoire de l'échange de l'Ange avec Manoa'h et sa femme, quand l'Ange vint annoncer à ce couple béni qu'il leur naîtrait un fils, Chimchon. Manoa'h demande à l'Ange : « Que ferons-nous de l'enfant qui nous naîtra ? Que l'Ange nous donne une instruction complète ». Ce faisant, il désigne le nouveau-né potentiel lui aussi par le mot na'ar, et dans la plupart des cas on traduit ce mot par nourrisson. On peut dire, on peut penser que le mot na'ar, en hébreu ancien aussi, signifiait nourrisson, mais alors on ne comprend pas en quoi il se distingue donc du mot yéled.
Quand Yéhouda parle avec Yossef au sujet de Binyamin, prononce un discours enflammé, il dit : « Comment retournerai-je vers mon père, si le jouvenceau n'est pas avec moi ? (Béréchit 44,34) » Le mot qu'emploie Yéhouda en hébreu et que l'on traduit souvent par jouvenceau, dans l'original, c'est justement le mot na'ar. Ainsi, Binyamin aussi est appelé par le mot na'ar, or Binyamin n'est pas beaucoup plus jeune que Yossef. Nous savons que Yossef se tint devant le pharaon quand il avait 30 ans ; depuis, 7 années d'abondance ont passé et, probablement, c'est la deuxième année de famine qui court, par conséquent Yossef a environ 39 ans, et Binyamin en aucun cas moins de 35. Et il se trouve que dans la Torah le mot na'ar désigne un homme âgé de 0 à 40 ans, et il serait intéressant de comprendre ce que cela signifie.
La Torah appelle aussi par le mot na'ar Yits'hak au moment où il est offert en sacrifice. Ce faisant, le mot na'ar y est employé dans deux sens : né'arim – ce sont les domestiques qu'Avraham laisse avec l'âne, et na'ar – c'est Yits'hak, qui va avec Avraham. Et de nouveau on aimerait comprendre ce que cela signifie.
Il y a encore un endroit intéressant dans la Torah où se heurtent, se rencontrent de nouveau ces deux mots – yéled et na'ar. C'est l'histoire de la façon dont Hagar s'en allait avec Yichmaël loin d'Avraham. Nous lisons cela dans le livre de Béréchit, au chapitre 21 :
וַתַּשְׁלֵךְ אֶת־הַיֶּלֶד תַּחַת אַחַד הַשִּׂיחִם׃
…vattachlékh et-hayéled tá'hat a'hád hassi'hím
15 …Et elle jeta le garçon sous l'un des buissons.
Et ensuite, au verset 16, elle était assise, pleurait et dit :
כִּי אָמְרָה אַל-אֶרְאֶה בְּמוֹת הַיָּלֶד
…ki amerá al-er'é bemót hayáled…
16 « Pourvu que je ne voie pas comment meurt le garçon... »
Et ensuite nous lisons, au verset 17, que la Torah dit :
וַיִּשְׁמַע אֱלֹהִים אֶת-קוֹל הַנַּעַר
vayichmá elohím et-kól hannáar…
17 Et Dieu entendit la voix du na'ar…
Ici aussi, deux mots différents. Tout au long du récit sur Hagar, Yichmaël était appelé garçon. Et soudain nous lisons que le SEIGNEUR entendit la voix… Les traductions donnent ici le mot jouvenceau. Qui est un jouvenceau ? C'est, là encore, un adolescent. Le jouvenceau, c'est celui à qui il n'est pas permis de parler, celui qui est déjà adulte, mais qui est encore privé du droit à la parole : le mot est formé du préfixe négatif ot- et du participe rok, prononcé, c'est-à-dire littéralement non-parlant, écarté du droit de parler au vétché ; telle est l'étymologie du mot russe. Quoi qu'il en soit, c'est un garçon de 13-14 ans. De nouveau la Torah utilise deux mots différents. Et ici on peut comprendre pourquoi yéled et pourquoi na'ar. Et il est temps, en fait, probablement, de regarder de plus près le mot na'ar lui-même.
Le mot na'ar peut signifier celui qu'on a réveillé ou celui qu'on réveille, d'après le sens de la racine ér – éveillé, vigilant. C'est-à-dire qu'on peut dire que le na'ar, c'est un homme en qui s'éveillent certaines forces, s'éveille un certain potentiel, un homme que quelque chose ou quelqu'un secoue, ou bien il se secoue lui-même de l'intérieur. Peut-être est-ce le Très-Haut qui le secoue et l'éveille à certaines actions, et peut-être est-ce le monde qui le secoue. Le na'ar, c'est un homme qui a des forces, un potentiel qui s'éveille, éveillé par quelqu'un ou par quelque chose, qui veut se réaliser, qui brûle en lui, qui le rend incapable de tenir en place.
On peut dire ainsi : le yéled, c'est un garçon, un petit bout, un petit garçon sans défense, qui n'a encore aucune force, qui ne s'est encore réalisé en rien, un petit, sans défense, tout petit bout de garçon, un nouveau-né, un nourrisson. Et le na'ar, c'est un homme (peu importe de quel âge) en qui est déposé un grand potentiel. Quand nous regardons un petit garçon, nous pouvons dire de lui qu'il n'est encore qu'un yéled, il est encore sans défense, il n'a encore réalisé, n'a encore mis en œuvre dans la vie aucune de ses expériences. Quand nous regardons le potentiel qu'il a, nous l'appelons na'ar – celui en qui tout s'éveillera encore ; celui qui a encore plein de poudre dans sa poudrière ; celui qui est encore « oh là là » ; celui qui est encore capable de beaucoup, qui est encore prêt à faire beaucoup. Et comme le dit Yéchayahou au chapitre 65 : « Et le centenaire mourra comme un jeune homme ». C'est-à-dire que le potentiel ne prendra pas fin, le potentiel ne s'amenuisera pas, et le centenaire mourra comme un na'ar, plein de forces, avec une batterie complètement chargée.
Alors, qu'est-ce qui en ressort ? Nous pouvons dire que le na'ar, c'est un regard sur le potentiel de l'homme, et le yéled, c'est un regard sur ce qui est devant nous quand nous voyons un petit garçon. C'est aussi pour nous une sorte de leçon pédagogique. Nous pouvons voir dans l'enfant un petit être sans défense – il y a un temps où il faut le voir ainsi, et on peut voir en lui un potentiel et s'adresser à son potentiel. Quand Hagar attend la mort du garçon, elle se désole de ce que son enfant sans défense va maintenant mourir de soif. Quand le SEIGNEUR entend la voix du jouvenceau, entend la voix du na'ar, Il entend le potentiel qui est en Yichmaël. On peut discuter de ce potentiel, mais le SEIGNEUR dit qu'Il prendra soin du déploiement du potentiel de Yichmaël.
Si l'on revient à notre histoire, la fille du pharaon voit dans le petit Moché quelque chose de plus qu'un enfant. Peut-être lui est-il révélé que cet enfant a un avenir. Peut-être se représente-t-elle simplement comment cet enfant grandira et ce qu'il peut devenir, de quoi il peut être privé, ce qui n'arrivera pas s'il périt. Quoi qu'il en soit, la fille du pharaon regarde le potentiel de l'enfant et se remplit de pitié. Ce n'est pas le petit bout qui va périr qui lui fait pitié, elle regarde le petit, mais elle voit aussi que c'est un na'ar, qu'il y a un certain potentiel qui ne sera pas réalisé dans la vie si Moché n'est plus. Peut-être ne sait-elle pas quel est ce potentiel et de quoi cela menace l'Égypte, mais elle regarde non pas l'enfant sans défense, mais le potentiel qui est dans ce petit homme. Elle regarde ce à quoi le Très-Haut a destiné cet homme, ou simplement ce à quoi cet homme est destiné. Voilà les deux mots qui se rencontrent dans un seul verset, les deux regards de la fille du pharaon sur le petit Moché.
Et nous, quand nous élevons nos enfants, il serait bon de nous souvenir qu'ils sont aussi des né'arim, c'est-à-dire qu'en eux s'éveilleront certaines forces, que le Très-Haut les prépare à quelque chose. Et il est normal que, tant qu'il est un enfant sans défense, nous fassions tout pour lui, l'entourions de soins et de sollicitude. Mais s'il est déjà un na'ar, il faut lui donner plus d'autonomie pour qu'il s'épanouisse, et s'efforcer que son potentiel s'épanouisse au maximum.
Et il vaut la peine de dire encore quelques mots sur l'emploi du mot né'arim. Quand Avraham s'adresse à ses serviteurs et leur dit : « Restez avec l'âne », qu'est-ce que cela signifie donc ? Dans ce cas, le na'ar est aussi un serviteur, simplement, dans ce cas, il est serviteur d'Avraham : celui qui a un potentiel, celui qui a des forces, des tâches orientées vers le service d'Avraham. C'est-à-dire, dans ce cas, celui qu'Avraham va tirailler, celui qu'Avraham va secouer et qu'Avraham va presser, éveiller pour le service, pour le service, dans ce cas, de la maison d'Avraham. On peut servir, être na'ar auprès d'Avraham, on peut être na'ar auprès du Très-Haut, comme Manoa'h voit la destinée de son enfant ou, peut-être, comme la fille du pharaon voit la destinée de Moché.
Moché et la mission d'envoyé d'Israël
Nous pouvons voir dans la section Chémot que Moché, en un certain sens, est l'opposé de Yossef. Yossef est né dans la terre sainte, il n'est pas simplement un Israélite, il est le fils bien-aimé de son père – Israël, et il termine sa vie comme un Égyptien. Il se fixe en Égypte, devient une partie de l'Égypte et une partie du système de l'Égypte. Moché naît en Égypte, il est un Égyptien « chair de la chair ». Il s'habille, apparemment, comme un Égyptien, et tout le chemin de sa vie est un chemin de retour vers la terre d'Israël.
Si Yossef, c'est la descente d'Israël en Égypte, alors Moché, c'est le chemin inverse. On peut dire que Yossef, c'est la descente, et Moché, c'est la montée. Et le moment où Moché commence le retour vers Israël arrive quand le Très-Haut se révèle à lui depuis le buisson qui ne se consume pas. Moché commence à discuter avec le Très-Haut, il dit qu'il n'aura pas assez d'arguments, et le Très-Haut lui ordonne de rassembler les anciens et promet que les anciens prêteront l'oreille à sa voix. C'est le chapitre 3, verset 18. En réponse à cela, Moché, au début du chapitre 4, objecte : « Ils ne me croiront pas, ils n'écouteront pas ma voix, ils diront : “Le SEIGNEUR ne s'est pas révélé à toi” ».
Pouvons-nous voir là une démonstration d'incrédulité ? Le Très-Haut avait promis qu'on l'écouterait, Il a révélé à Moché Son Nom, afin que les anciens puissent Le reconnaître par le Nom. Et pourtant Moché dit : « Ils ne me croiront pas et ne m'écouteront pas ».
Et il y a beaucoup de commentaires à ce sujet. Le Rambam attire l'attention sur ce qu'il y a eu de nouveau dans ce cas. Il dit qu'auparavant le Très-Haut s'était déjà adressé aux patriarches, mais il n'était jamais arrivé que le Très-Haut dise à l'un des pères d'aller enseigner quelque chose aux autres. Le Très-Haut s'adressait aux hommes et les appelait à faire un certain travail spirituel intérieur, mais Il n'appelait pas les hommes à aller devenir des maîtres. C'est justement pour cela, selon le Rambam, qu'on pouvait ne pas croire Moché. C'était quelque chose de nouveau, que les hommes ne connaissaient pas encore. Et le Rambam dit que c'est justement en cela que consistait l'étonnante fonction d'Israël, que l'essence de l'existence du peuple d'Israël est justement d'être l'envoyé de Dieu. Et c'était l'un des buts de la descente en Égypte : qu'Israël, en vivant au milieu d'un autre peuple, apprenne à enseigner ce peuple. Et quand la disposition à cela est venue, alors Moché aussi a été envoyé à Israël. C'est là que s'est terminé l'exil en Égypte.
Nous pouvons voir un parallèle entre l'existence d'Israël en Égypte et la situation dans laquelle Israël se trouve maintenant. Israël se trouve dans la dispersion, il n'est déjà plus dans un seul pays, il est dispersé parmi de nombreux peuples. C'est de nouveau pour enseigner quelque chose au peuple d'Israël. Nous pouvons supposer que c'est pour apprendre à Israël à enseigner les autres peuples. On peut, sur la base d'une telle supposition, comprendre les paroles de l'apôtre Paul selon lesquelles le peuple est dispersé jusqu'à ce que la jalousie soit suscitée chez les païensLe russe emploie ici un seul mot qui signifie à la fois « jalousie » et « zèle ». La traduction garde « jalousie », comme dans le passage de Paul auquel l'auteur fait allusion, mais il pense aussi au zèle pour la Torah.. La jalousie chez les païens, c'est la jalousie pour la Torah, pour la loi. Et, quand cette jalousie apparaîtra, Israël sera prêt, devra se trouver prêt à venir et à devenir un maître pour les autres peuples. Paul dit que « si de leur chute vient tant de gloire, combien de gloire viendra du rétablissement… » (Romains 11,12).
Le cri de l'âme
Dans ce passage, j'aimerais parler de ce par quoi, à proprement parler, a commencé la délivrance des fils d'Israël hors d'Égypte. Voici ce que nous lisons dans la section Chémot, 2,23–24 :
« Et il arriva, après un long temps, que mourut le roi d'Égypte. Et les fils d'Israël gémirent à cause du travail, et ils crièrent (vayiz'akou), et leur cri (zaaka) à cause du travail monta vers Dieu. Et Dieu entendit leurs gémissements, et Dieu se souvint de Son alliance avec Avraham, Yits'hak et Yaakov ».
Si nous lisons cela pour la première fois, il semble que les choses se soient passées ainsi : le roi égyptien mourut, et les Hébreux espéraient qu'avec la mort de ce roi (c'est ce que disent les commentateurs) leur situation s'améliorerait. Ils pensaient : « Voilà, nous survivrons à ce roi, et tout deviendra plus facile ». Mais quand ils virent que la situation ne changeait pas, ils se mirent à gémir et ils crièrent, et le Très-Haut commença la délivrance des Hébreux hors d'Égypte, hors de la maison d'esclavage. C'est justement le gémissement, c'est justement le cri qui est ici la clé. Nous lisons : « Et Dieu entendit leurs gémissements, et Dieu se souvint de Son alliance… » Que signifie « se souvint » ? Nous avons souvent discuté de cette question – comment Dieu aurait-Il pu oublier quelque chose ? Se souvint – cela signifie qu'Il commença à réaliser, commença une nouvelle étape de la réalisation. C'est-à-dire que le Très-Haut revint à une action active pour la réalisation de Son alliance avec Avraham, Yits'hak et Yaakov, justement en entendant les gémissements, en entendant le cri. Ici est employé le mot zaaka – clameur, plus loin nous verrons encore néaka (gémissement) et tséaka (cri). Si la zaaka, c'est la clameur avec laquelle on s'adresse à quelqu'un par son nom (comme « SEIGNEUR ! » ou « Ô Dieu ! »), la tséaka, c'est simplement un cri, une exclamation, et la néaka, c'est simplement un gémissement. Mais ces mots sont très semblables, ils sont d'une même nature, ils sont pour ainsi dire non verbaux, on peut dire que ce ne sont pas du tout des mots. Et ce sont justement eux que le Très-Haut entend et auxquels Il répond.
Et plus loin, dans l'entretien avec Moché (3,7), nous lisons :
« Et le SEIGNEUR dit : “J'ai vu les souffrances de Mon peuple en Égypte et j'ai entendu sa clameur à cause de ses oppresseurs, de sorte que je connais ses souffrances” ».
Si nous regardons l'original, il y est écrit : « Je connaissais sa souffrance ». C'est-à-dire que le Très-Haut savait que le peuple d'Israël souffrait en Égypte. Il n'a rien découvert de nouveau pour Lui-même, Il est le Très-Haut et l'Omniscient, mais c'est justement en entendant la clameur des fils d'Israël qu'Il commence le processus de délivrance. C'est de cela qu'Il parle à Moché.
Il est intéressant que les cris du peuple d'Israël ne soient pas entendus seulement par le Très-Haut, le pharaon aussi les entend. Le pharaon les entend, mais il les interprète autrement et dit : « Ils sont paresseux, c'est pourquoi ils crient en disant : “Allons, offrons des sacrifices à notre Dieu !” » Ce n'est pas ce que criaient les fils d'Israël. Mais le pharaon perçoit ces cris comme le désir de sortir. Il comprend peut-être que ces cris sont le début de la prise de conscience du désir de sortir d'Égypte, il les interprète ainsi. Quand, ayant entendu ces paroles du pharaon, Moché et Aharon sortent, Moché s'adresse au Très-Haut (5,22) : « Pourquoi donc m'as-Tu envoyé et fait du mal à ce peuple ? » Et le Très-Haut dit de nouveau à Moché : « J'ai entendu les gémissements des fils d'Israël, que les Égyptiens asservissent, et me suis souvenu de Mon alliance ». C'est déjà dans la section hebdomadaire Vaéra, 6,5.
Que sont ces gémissements ? Qu'est-ce que ce cri ? Et pourquoi le cri, justement le cri, est-il ce qui est devenu la cause des actions du Très-Haut ? Peut-être nous faut-il simplement, dans toutes les situations, crier très, très fort vers le Très-Haut ? Et alors le Très-Haut se souviendra de Son plan à notre égard, se souviendra de la raison pour laquelle Il nous corrigeait par ces souffrances qui sont les nôtres, par ces problèmes qui sont les nôtres, et Il se mettra à nous ramener à notre service, Il commencera à agir ? On peut même dire : « Mais voilà, voilà, c'est tout simplement écrit noir sur blanc ! » Néanmoins, les sages disaient que quiconque élève la voix de sa prière ressemble à un homme de peu de foi. C'est-à-dire que si un homme dit : « Moi, avec des mots simples, moi, avec ma voix calme et égale, je ne crierai pas assez fort, je ne frapperai pas assez fort pour atteindre le Très-Haut », alors il est simplement un homme de peu de foi. D'autres commentateurs, d'autres penseurs disaient que celui qui élève sa voix dans la prière ressemble à ceux qui se prosternent devant Ba'al, ressemble aux idolâtres. Nous nous souvenons de l'histoire d'Éliyahou sur le mont Carmel, nous nous souvenons comment il s'adresse aux prophètes de Ba'al (qui s'efforçaient de crier de plus en plus fort) et leur dit : « Allons, criez, efforcez-vous ! Vous ne criez pas assez fort ! Où est votre dieu ? Peut-être qu'il dort, peut-être qu'il est sorti “pour ses besoins” ? » C'est exactement ainsi que le dit l'original, dans la traduction cela est un peu adouci. Peut-être faut-il justement crier assez fort pour atteindre Dieu, parce qu'Il est parti quelque part ?
Bien sûr, cela ne correspond pas à la manière dont nous communiquons avec Dieu. Et en même temps, nous voyons ici que le Très-Haut répond à la clameur, à un certain cri – au cri de l'âme. Et il faut comprendre que ce cri de l'âme en lui-même, cette clameur en elle-même, ce n'est pas une prière. Il peut être présent dans la prière, mais en lui-même il n'est pas une partie de la prière. Le cri de l'âme, ce n'est pas une prière à voix haute.
Il existe une histoire hassidique. Les hassidim de la cour hassidique (de la dynastie hassidique) de Karlin se distinguaient en ce qu'ils priaient habituellement très fort. Cela, bien sûr, devient une habitude (et notre manière de prier devient elle aussi notre habitude). Et un jour, un tel hassid se trouva dans une autre ville. Il alla à l'avance chez le rav et dit : « Rabbi, comprenez-vous, je suis un hassid de Karlin, et nous avons une habitude – nous crions tout simplement pendant la prière. Puis-je crier dans votre synagogue ? » Le rabbi lui dit : « Non, en aucun cas tu ne crieras dans notre synagogue. Chez nous, à la synagogue, on parle poliment avec le Très-Haut, on parle avec crainte et tremblement avec le Très-Haut, sans jamais élever la voix contre Lui ». Que faire ? L'homme s'en alla chez lui. Quand arriva le sabbat et que vint le moment de prier, son âme se mit à vouloir s'élancer au-dehors. Le cri de l'âme se mit à vouloir s'élancer au-dehors. Et l'homme n'y tint plus et se mit à prier à voix haute, avec des cris. Que faire, il est arrivé ce qui est arrivé. Après cette prière, après la sortie du sabbat, il vint de nouveau chez le rebbe et dit : « Rabbi, pardonnez-moi, je n'y ai pas tenu. J'ai prié et j'ai crié fort pendant la prière ». Le rebbe lui dit : « Magnifique ! C'était si merveilleux d'entendre ta prière ! » L'homme dit : « Rabbi, vous m'aviez pourtant interdit de prier avec des cris ?! » Le rebbe dit : « Les cris que tu as préparés du dimanche jusqu'au sabbat, quand tu te préparais depuis le dimanche à crier le sabbat, – ce sont des cris d'une sorte. Les cris qui s'échappent spontanément de ton âme, quand tu n'avais pas prévu de crier, quand c'est un cri que tu ne peux tout simplement pas, que tu ne peux d'aucune façon retenir en toi, et qu'il s'élance au-dehors – c'est un tout autre cri. C'est justement d'une telle prière que tu as prié, et c'était magnifique ».
Quelle est donc la différence, et de quoi s'agit-il ? Nous avons parlé (tout au début de la section hebdomadaire Chémot) des maisons – du fait que le Très-Haut, en récompense de la crainte de Dieu, de l'obéissance, a donné aux sages-femmes des maisons, a donné aux sages-femmes le « sentiment d'être à la maison ». Mais cette notion a aussi une autre facette. Quand le Très-Haut nous dit qu'Il nous a fait sortir d'Égypte, il est souvent écrit qu'Il nous a fait sortir de la maison d'esclavage (mibeit avadim), c'est-à-dire non pas simplement de l'esclavage, mais de la maison d'esclavage. Quelle est la différence ? Nous étions dans un tel esclavage que nous nous y sentions comme à la maison. Nous pensions que c'était justement cela, notre maison, que c'était justement cela, la réalité qui nous convenait, que tout devait être ainsi, que peut-être c'est ainsi qu'il le faut. Et il n'y avait aucune indignation à ce sujet.
En partie, une telle approche de la vie peut être juste. Il arrive que le Très-Haut nous envoie certaines souffrances, des fardeaux, des épreuves. Et c'est bien si nous avons la force, si nous avons la volonté, si nous avons la foi pour accepter ces épreuves comme des épreuves d'amour, pour être d'accord avec elles, pour ne pas murmurer contre elles, pour les accepter dans notre vie comme une action du Très-Haut pour notre correction, et beaucoup-beaucoup-beaucoup d'autres variantes différentes. Mais il arrive que nos forces ne suffisent plus, que nous ne puissions plus garder ce « sentiment d'être à la maison ». Et alors s'échappe une clameur (zaaka), ou un cri (tséaka), ou un gémissement (néaka). Quand nous disons : « C'est fini, je ne peux pas vivre dans une telle maison, ce n'est plus une maison pour moi, je ne suis pas prêt à m'en accommoder. Aie pitié, Très-Haut ! » Et quand ce n'est pas un programme préparé, quand ce n'est pas une manipulation planifiée, mais une clameur qui s'échappe sincèrement, alors le Très-Haut intervient dans ce qui se passe dans ce monde.
Nous savons que, quand le Très-Haut s'apprête à détruire Sédom, Il dit : « Je descendrai et je verrai s'il en est ainsi qu'ils crient ». Je descendrai et je verrai si cela correspond à leur clameur. C'est justement en réponse à la clameur qui monte de Sédom que le Très-Haut descend et, pour s'exprimer en langage moderne, prend des mesures à l'égard de ce qui se passe à Sédom.
Il y a dans la Torah encore un moment intéressant (section hebdomadaire Michpatim, 22,26), où le Très-Haut dit :
« Si tu prends en gage le vêtement de ton prochain, rends-le-lui avant le coucher du soleil. Car il est sa seule couverture, il est l'habit de son corps. Dans quoi dormira-t-il ? Et il arrivera, quand il clamera vers moi, que J'entendrai, car Je suis miséricordieux ».
Il est intéressant que le Très-Haut ne dise pas ici : « Si tu ne rends pas le vêtement au pauvre, alors Je l'apprendrai, Je te ferai ceci et cela, et te prendrai ceci et cela, et enverrai sur toi ceci et cela ». Non, le Très-Haut ne parle pas de cela. Le Très-Haut dit : « Prends garde ! Prends garde que cet homme ne clame vers Moi, parce que, s'il clame vers Moi, Je l'entendrai, car Je suis Miséricordieux. N'éveille pas en Moi le Miséricordieux ». Cela doit être plus effrayant pour nous que n'importe quel châtiment que le Très-Haut aurait pu fixer ici : « Je l'entendrai, car Je suis miséricordieux. Je réagirai à sa clameur. Et prends garde de ne pas forcer quelqu'un à clamer, de ne pas forcer quelqu'un à se sentir comme s'il ne pouvait plus supporter ces souffrances ».
En réfléchissant aux souffrances, les sages demandaient : « Les souffrances vous sont-elles chères ? » Et la réponse est celle-ci : « Ne sont chères ni les souffrances, ni la récompense pour elles ». Qu'est-ce que cela signifie ? Devons-nous nous indigner quand nous souffrons ? Il s'agit du fait que les souffrances ne doivent pas devenir un objet d'adoration. On peut commencer à rivaliser pour savoir qui souffre le plus, qui a vécu le plus de malheurs dans sa vie, et faire de cela un symbole de foi ou le symbole de l'homme croyant, de l'héroïsme de la foi, et ainsi de suite. Et, effectivement, il y a une récompense pour celui qui endure humblement les souffrances. Mais il ne vaut pas la peine d'endurer les souffrances pour la récompense. Et si naît à l'intérieur cette clameur, si naît à l'intérieur ce cri, si ce n'est pas un cri réfléchi, pas une clameur réfléchie, si ce n'est pas une tentative de manipulation, mais justement un cri, un cri qu'on crierait même s'il n'y avait absolument personne à côté, alors c'est par ce cri, par cette clameur que peut commencer la délivrance. Et ce cri, il ne faut pas le retenir en soi en se persuadant que les souffrances nous sont chères. Telle est donc la frontière délicate entre le fait que nous nous sentons à la maison et ce que nous ne sommes pas prêts à supporter dans notre maison.
Haftara. Yéchayahou
Chémot 27,6–28,13 et 29,22–23
Avec la section hebdomadaire Chémot, on lit un passage prophétique du livre de Yéchayahou, qui se compose de deux parties : du verset 6 du chapitre 27 jusqu'au verset 13 du chapitre 28, et encore deux versets, 22 et 23, du chapitre 29.
Ainsi, nous commencerons par le verset 6 du chapitre 27.
הַבָּאִים יַשְׁרֵשׁ יַעֲקֹב יָצִיץ וּפָרַח יִשְׂרָאֵל וּמָלְאוּ פְנֵי־תֵבֵל תְּנוּבָה׃
habba'im yachréch yaakóv yatsíts oufará'h yisraél oumaleoú fene-tevél tenouvá
6 Viendra le temps, viendront les jours, et Yaakov s'enracinera, Israël bourgeonnera et fleurira, et tout l'univers se remplira de récolte.
Littéralement, il est écrit simplement habaïm (viendront) : viendront les jours, viendront les années, viendra le temps, et Yaakov s'enracinera.
Le monde entier sera plein de récolte. Le résultat de la prospérité, du rétablissement d'Israël sera un fruit pour tout l'univers. Le fruit d'Israël – rétabli, fleurissant – sera visible au monde entier.
Au verset 7, le Très-Haut parle de Sa grâce ancienne envers le peuple d'Israël. Il y a ici un jeu de mots étonnamment beau. Malheureusement, le jeu de mots est très difficile à traduire. Chez Yéchayahou, de tels passages sont très nombreux, mais le jeu de mots se perd pratiquement toujours à la traduction, il ne peut en être autrement. Mais nous essaierons tout de même de comprendre de quoi il s'agit. Le Très-Haut dit ici ainsi :
הַכְּמַכַּת מַכֵּהוּ הִכָּהוּ אִם־כְּהֶרֶג הֲרֻגָיו הֹרָג׃
hakkemakkát makkéhou hikkáhou im-kehéreg harougáv horág
7 « Le frappais-Je comme je frappais ceux qui le frappaient ? Est-ce ainsi que Je le tuais, comme je tuais ceux qui le tuaient ?
Le jeu de mots est fondé sur le mot maka (coup) et le verbe léhakot (frapper). Le Très-Haut dit : « hakmakat makéhou hikahou – Le frappais-Je comme je frappais ceux qui le frappaient ? » C'est-à-dire : « J'envoyais des peuples frapper Israël, j'envoyais des peuples pour punir Israël. Mais ces peuples qui punissaient, Je les frappais toujours davantage que je ne frappais celui qui était puni, qu'Israël. J'ai toujours fait preuve de grâce envers Israël ».
Dans la seconde partie du verset, il y a aussi un jeu de mots, mais cette fois sur la base du verbe laharog (tuer) : « Est-ce ainsi que Je le tuais, comme je tuais ceux qui le tuaient ? » Le Très-Haut envoyait la mort sur Israël par l'intermédiaire de certains peuples, dirigeait des peuples contre Israël pour le ruiner, et permettait de tuer les fils de son peuple. Mais il venait toujours plus de châtiment sur les meurtriers. C'est pourquoi le Très-Haut dit : « J'ai toujours fait grâce à Israël, et J'attends toujours, Je le prépare à la prospérité ».
בְּסַאסְּאָה בְּשַׁלְחָהּ תְּרִיבֶנָּה הָגָה בְּרוּחוֹ הַקָּשָׁה בְּיוֹם קָדִים׃
besasse'á bechale'há terivénna hagá berou'hó hakkachá beyom kadím
8 En mesurant avec mesure (Je me querellais avec lui, mesure pour mesure Je le punissais), Je l'ai renvoyé. Et cela était pénible, comme un jour de vent d'est (comme dans la chaleur brûlante du vent d'est).
Le mot sasséa, qui est employé ici, signifie une mesure exacte, au millimètre près, mesure pour mesure.
Le SEIGNEUR dit : « J'ai tout de même puni Israël. Mais Je ne l'ai jamais frappé jusqu'au bout ». Il y a toujours de la grâce envers Israël, il y a toujours l'attente de la correction d'Israël. Et voici ce que le Très-Haut dit au verset 9 :
לָכֵן בְּזֹאת יְכֻפַּר עֲוֹן־יַעֲקֹב וְזֶה כָּל־פְּרִי הָסִר חַטָּאתוֹ בְּשׂוּמוֹ כָּל־אַבְנֵי מִזְבֵּחַ כְּאַבְנֵי־גִר מְנֻפָּצוֹת לֹא־יָקֻמוּ אֲשֵׁרִים וְחַמָּנִים׃
lakhén bezót yekhouppár avon-yaakóv vezé kol-perí hassír 'hattató besoumó kol-avné mizbéya'h ke'avne-gír menouppatsót lo-yakoúmou acherím ve'hammaním
9 C'est pourquoi ainsi sera expié le péché d'Israël, et voici ce qui deviendra le fruit de sa purification du péché : si toutes les pierres des autels aux dieux étrangers sont broyées comme de la craie, brisées, de sorte qu'elles ne se prêtent plus au rétablissement de l'adoration d'Achéra et de l'adoration du soleil.
Si tous ces autels sont brisés, quand tout cela sera anéanti – en cela sera la correction d'Israël. Jamais d'autres peuples ne sont envoyés, jamais quelqu'un ou quelque chose n'est envoyé pour faire périr Israël. Les châtiments sont envoyés pour corriger Israël. Dans ce cas précis, le Très-Haut dit que Son désir, Sa volonté consiste à guérir Israël de l'idolâtrie. Et le fruit de la correction d'Israël, ce seront les autels détruits.
Les deux versets suivants, 10 et 11, sont difficiles et à comprendre, et à traduire. Il arrive souvent que chaque mot pris séparément soit apparemment compréhensible, mais que le sens général échappe tout de même. Et de nombreux commentateurs, et des savants, spécialistes de l'hébreu, débattent de la signification de ces mots. Essayons d'y voir clair.
כִּי עִיר בְּצוּרָה בָּדָד נָוֶה מְשֻׁלָּח וְנֶעֱזָב כַּמִּדְבָּר שָׁם יִרְעֶה עֵגֶל וְשָׁם יִרְבָּץ וְכִלָּה סְעִפֶיהָ׃
ki ir betsourá badád navé mechoullá'h vene'ezáv kammidvár cham yir'é égel vechám yirbáts vekhillá se'iféha
10 Comme une ville solitaire assiégée, comme une demeure délaissée et abandonnée, comme le désert. Là paîtra le veau, et là il sera couché (là il vivra et se reposera), et il dévorera toutes ses branches.
בִּיבֹשׁ קְצִירָהּ תִּשָּׁבַרְנָה נָשִׁים בָּאוֹת מְאִירוֹת אוֹתָהּ כִּי לֹא עַם־בִּינוֹת הוּא עַל־כֵּן לֹא־יְרַחֲמֶנּוּ עֹשֵׂהוּ וְיֹצְרוֹ לֹא יְחֻנֶּנּוּ׃
bivóch ketsirá tichavárna nachím baót me'irót otá ki lo am-binót hou al-kén lo-yera'haménnou osséhou veyotseró lo ye'hounnénnou
11 Quand tout se desséchera, elles se rompront. Des femmes viennent et brûlent ce bois mort qui est resté là ; car c'est un peuple sans intelligence, c'est pourquoi Celui Qui l'a fait n'aura pas pitié de lui, et son Créateur ne l'épargnera pas.
Selon toute vraisemblance, on veut dire ici que ce sont les branches qui se rompront. Bien que, comme je l'ai déjà dit, le sens complet de ces versets ne soit pas clair.
De quoi peut-il s'agir ? Il y a une grande ville, un lieu prospère. Peut-être est-ce justement cet Israël idolâtre qui est passible de châtiment. Peut-être, au contraire, est-ce Achour, le pays qui retient chez lui les Hébreux. De ce verset, de ce fragment, on peut comprendre et d'une façon et de l'autre. Et la ville s'affaiblira tellement que des femmes viendront et brûleront ses branches, justement des femmes – celles qui n'ont pas l'habitude de faire la guerre, de simples et faibles travailleuses du village hébreu viendront et brûleront ces branches.
Et qui donc est ici le peuple sans intelligence ? Et voilà que de nouveau ce n'est pas clair : il est tout à fait possible d'interpréter cela du peuple d'Israël, qui s'est enlisé dans l'idolâtrie, mais on peut comprendre qu'il est question de ces peuples chez lesquels Israël se trouve en captivité.
Et ce n'est peut-être que de la fin de ce verset qu'on peut comprendre qu'il ne s'agit pas d'Israël : car nous venons de lire combien le Très-Haut est miséricordieux envers Israël. Mais néanmoins on peut comprendre de deux façons.
וְהָיָה בַּיּוֹם הַהוּא יַחְבֹּט יְהוָה מִשִּׁבֹּלֶת הַנָּהָר עַד־נַחַל מִצְרָיִם וְאַתֶּם תְּלֻקְּטוּ לְאַחַד אֶחָד בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
vehayá bayom hahoú ya'hbót adonáy michibbólet hannahár ad-ná'hal mitsráyim ve'attém teloukketoú le'a'hád e'hád bené yisraél
12 Et il arrivera en ce jour-là, le Très-Haut battra les arbres (comme on bat les olives, pour qu'elles tombent de l'arbre) depuis l'embouchure du fleuve jusqu'au torrent d'Égypte. Et vous, un par un, vous serez rassemblés, enfants d'Israël.
Le Très-Haut dit : « Je passerai par tous les arbres et, un par un, je vous ferai tomber de toutes sortes d'oliviers différents sur lesquels vous vous êtes mis à pousser ». Et un grand événement se produira :
וְהָיָה בַּיּוֹם הַהוּא יִתָּקַע בְּשׁוֹפָר גָּדוֹל וּבָאוּ הָאֹבְדִים בְּאֶרֶץ אַשּׁוּר וְהַנִּדָּחִים בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם וְהִשְׁתַּחֲווּ לַיהוָה בְּהַר הַקֹּדֶשׁ בִּירוּשָׁלִָם׃
vehayá bayom hahoú yittaká bechofár gadól ouváou ha'ovedím be'érets achoúr vehannidda'hím be'érets mitsráyim vehichta'havoú ladonáy behár hakkódech birouchaláim
13 Et il arrivera en ce jour-là : un grand chofar sonnera, et viendront ceux qui étaient perdus dans le pays d'Achour, et les rejetés dans le pays d'Égypte, et ils se prosterneront devant le SEIGNEUR sur la Montagne sainte à Jérusalem.
Ces paroles remarquables, cette prophétie remarquable est elle aussi, bien sûr, devenue un chant que de nombreux musiciens israéliens interprètent avec plaisir.
Ici se termine le chapitre 27 et nous continuons à lire à partir du verset 1 du chapitre 28.
הוֹי עֲטֶרֶת גֵּאוּת שִׁכֹּרֵי אֶפְרַיִם וְצִיץ נֹבֵל צְבִי תִפְאַרְתּוֹ אֲשֶׁר עַל־רֹאשׁ גֵּיא־שְׁמָנִים הֲלוּמֵי יָיִן׃
hoy atéret geoút chikkoré efráyim vetsíts novél tseví tif'artó achér al-róch ge-chemaním haloúme yáyin
1 Malheur à toi, couronne d'orgueil des ivrognes en Éfraïm, et couronne qui se fane de sa beauté, de celui qui s'élève au-dessus de la vallée de la graisse (une vallée fertile) des commotionnés par le vin.
Le royaume du Nord espérait pouvoir tenir grâce à son alliance avec les Araméens, avec le royaume araméen, comme cela était arrivé 130 ans plus tôt, quand cette alliance l'avait effectivement sauvé. Et, étant sûrs de cette alliance, étant sûrs de se trouver sous protection, les Éfraïmites, comme le dit ici le prophète, se sont enivrés de ce sentiment de paix.
הִנֵּה חָזָק וְאַמִּץ לַאדֹנָי כְּזֶרֶם בָּרָד שַׂעַר קָטֶב כְּזֶרֶם מַיִם כַּבִּירִים שֹׁטְפִים הִנִּיחַ לָאָרֶץ בְּיָד׃
hinné 'hazák ve'ammíts ladonáy kezerem barád sá'ar kátev kezérem máyim kabbirím chotefím hinnía'h la'árets beyád
2 Voici, une grande force est au SEIGNEUR, comme une averse de grêle, une tempête destructrice, comme un torrent impétueux d'eaux qui emportent tout, elle les jettera, comme on jette de la main à terre.
בְּרַגְלַיִם תֵּרָמַסְנָה עֲטֶרֶת גֵּאוּת שִׁכּוֹרֵי אֶפְרָיִם׃
beragláyim teramásna atéret geoút chikkoré efráyim
3 Par les pieds sera piétinée la couronne d'orgueil des ivrognes d'Éfraïm.
וְהָיְתָה צִיצַת נֹבֵל צְבִי תִפְאַרְתּוֹ אֲשֶׁר עַל־רֹאשׁ גֵּיא שְׁמָנִים כְּבִכּוּרָהּ בְּטֶרֶם קַיִץ אֲשֶׁר יִרְאֶה הָרֹאֶה אוֹתָהּ בְּעוֹדָהּ בְּכַפּוֹ יִבְלָעֶנָּה׃
vehayetá tsitsát novél tseví tif'artó achér al-róch ge chemaním kevikkourá betérem káyits achér yir'é haro'é otá beodá bekhappó yivla'énna
4 Et elle sera fanée, la couronne de sa beauté, qui est au-dessus de la vallée de la graisse (une vallée abondante), – comme un fruit qui a mûri tôt, avant la venue de l'été, et celui qui le verra le mangera aussitôt, de ses mains.
L'homme qui a trouvé un fruit mûri avant le temps l'attrape et le mange. Et c'est exactement ainsi qu'on agira avec le royaume d'Éfraïm. Éfraïm a abandonné le Très-Haut, se fiant aux autres peuples, il a placé sa sécurité dans l'alliance avec Aram et s'est enivré du sentiment de sa propre sécurité et de sa propre assurance. Et toute sa beauté (ainsi parle le prophète) sera piétinée, tout son « couronnement » sera foulé dans la boue.
בַּיּוֹם הַהוּא יִהְיֶה יְהוָה צְבָאוֹת לַעֲטֶרֶת צְבִי וְלִצְפִירַת תִּפְאָרָה לִשְׁאָר עַמּוֹ׃
bayom hahoú yihyé adonáy tsevaót la'atéret tseví velitsfirát tif'ará lich'ár ammó
5 En ce jour-là, le SEIGNEUR Tsevaot sera une couronne de beauté et une parure pour le reste de Son peuple.
Il s'agit ici de Yéhouda. Nous avons parlé auparavant d'Éfraïm, qui sera perdu à cause de son ivresse. Et voici ce qui arrivera à Yéhouda.
וּלְרוּחַ מִשְׁפָּט לַיּוֹשֵׁב עַל־הַמִּשְׁפָּט וְלִגְבוּרָה מְשִׁיבֵי מִלְחָמָה שָׁעְרָה׃
oulroúa'h michpát layochev al-hammichpát veligvourá mechivé mil'hamá chá'ra
6 il donnera un esprit de juste jugement à celui qui siège au jugement et sera un esprit d'héroïsme pour ceux qui défendent les portes.
Le Très-Haut dit ici qu'envers la Judée, envers le reste du peuple, une grâce sera manifestée, encore une grâce. Le Très-Haut donnera la sagesse à ceux qui jugent, donnera le courage à ceux qui combattent, enverra des prophètes qui instruisent et encouragent la Judée. Mais ici aussi il y a place pour la tentation.
וְגַם־אֵלֶּה בַּיַּיִן שָׁגוּ וּבַשֵּׁכָר תָּעוּ כֹּהֵן וְנָבִיא שָׁגוּ בַשֵּׁכָר נִבְלְעוּ מִן־הַיַּיִן תָּעוּ מִן־הַשֵּׁכָר שָׁגוּ בָּרֹאֶה פָּקוּ פְּלִילִיָּה׃
vegam-ellé bayáyin chagoú ouvachekhár taoú kohén venaví chagoú vachekhár nivleoú min-hayáyin taoú min-hachekhár chagoú baro'é pakou peliliyá
7 Mais ceux-ci aussi se tromperont à cause du vin et à cause de l'alcool s'embrouilleront. Et le kohen et le prophète seront ivres et s'égareront à cause de l'ivresse ; ils sont engloutis par le vin (ils se sont tous dissous dans ce vin), ils se sont tous égarés à cause du vin, ils ont cessé de voir correctement, ils ont faussé le jugement.
Ici, bien entendu, il ne s'agit pas directement de l'alcool. Et l'ivresse ici, c'est justement une métaphore. Une métaphore qui exprime la présomption, l'idolâtrie, la foi en sa propre sécurité, en sa propre intelligence, en ce que « nous voilà, tout-puissants comme ça », l'ivresse de la foi en soi.
La Judée a la même tentation – servir les idoles, servir d'autres dieux, malgré toutes les grâces. Et cela arrivera aussi à la Judée, et le jugement en Judée est lui aussi faussé.
כִּי כָּל־שֻׁלְחָנוֹת מָלְאוּ קִיא צֹאָה בְּלִי מָקוֹם׃
ki kol-choul'hanót maleoú ki tso'á belí makóm
8 Car toutes les tables sont pleines de vomissure et d'excréments, partout.
Comme dans un repaire d'ivrognes où l'on n'a jamais fait le ménage, c'est sale partout, tout est souillé de vomissure humaine, tout est dans les immondices humaines, on ne peut poser le pied nulle part à cause de cette saleté. Cela a un aspect horrible. Et le prophète appelle directement les choses par leur nom. C'est ainsi que le Très-Haut parle de la Judée.
Mais que dit le peuple en réponse à la grâce du Très-Haut ? En réponse à la grâce envoyée par Lui, à l'esprit de jugement, à l'esprit d'héroïsme ? Voici ce que dit le peuple :
אֶת־מִי יוֹרֶה דֵעָה וְאֶת־מִי יָבִין שְׁמוּעָה גְּמוּלֵי מֵחָלָב עַתִּיקֵי מִשָּׁדָיִם׃
et-mi yoré de'á ve'et-mí yavín chemou'á gemoulé me'haláv
attiké michadáyim
9 « À qui enseignez-vous la raison ? À qui apprenez-vous la compréhension ? Sommes-nous donc à peine sevrés du lait, à peine arrachés au sein ? »
C'est-à-dire : « Vous nous enseignez, camarades prophètes, comme si le lait n'avait pas encore séché sur nos lèvres. Mais nous-mêmes, nous avons des moustaches. Ce n'est pas du lait qui est ainsi blanc sur nos lèvres, ce sont nos moustaches ».
Et plus loin, au verset 10, de nouveau un jeu de mots, de nouveau un étonnant jeu de mots.
כִּי צַו לָצָו צַו לָצָו קַו לָקָו קַו לָקָו זְעֵיר שָׁם זְעֵיר שָׁם׃
ki tsav latsáv tsav latsáv kav lakáv kav lakáv ze'ér cham ze'ér cham
10 Appel sur appel, appel sur appel, mesure sur mesure, mesure sur mesure, un peu ici, un peu là.
Voilà un tel verset. Tsav signifie ordre ou injonction, le fait de presser d'aller quelque part ; ici, c'est la prédication du prophète. Quand le prophète prêche, quand le prophète parle d'un certain jugement, on lui répond. C'est-à-dire que le principe est le suivant : tu leur dis un mot, ils t'en disent deux, à chaque mot ils ont une réponse. Et de plus, toute cette phrase – tsav latsáv tsav latsáv kav lakáv kav lakáv – ressemble beaucoup à la façon dont un nourrisson tète le sein, c'est aussi un jeu de mots sonore. Il semble au peuple que tout cela est une sorte de charabia, une sorte de babil d'enfant – ce qu'on leur enseigne. Et, quand le prophète dit quelque chose, lance un certain appel, ils répondent par certains de leurs propres slogans. Quand le prophète parle d'une certaine sentence, avertit d'un certain châtiment, ils parlent de quelque chose qui est à eux. Ils ont leurs dieux avec leurs propres mesures, ils y sont plongés. Et eux, en répondant, singent constamment le prophète, ils ne peuvent pas recevoir la parole. Certaines traductions disent ici : commandement sur commandement… et ainsi de suite, comme si le peuple aspirait à un certain « durcissement » dans l'observance de quelque chose. Mais tout le contexte dit autre chose : les gens se moquent du prophète. Ici on s'est un peu moqué, là on s'est un petit peu moqué, ici on l'a singé, là on l'a singé. Voilà ce qui arrive au prophète. Voilà ce qui arrive quand le Très-Haut donne l'esprit de grâce, l'esprit de jugement, l'esprit de justice, l'esprit d'héroïsme. Tout cela est singé et se transforme en clownerie, et le peuple, avec ces moqueries, est incapable de recevoir quoi que ce soit. À chaque appel adressé au peuple ils ont leur slogan, à chaque sentence ils ont leur sentence, leur propre jugement. On ne peut pas avoir le dernier mot avec eux dans ce délire d'ivrognes qui est le leur. Et comment leur parler, comment parler avec des gens ivres ? Et pour défendre justement cette compréhension, on peut demander : est-ce que des gens ivres aspirent à des durcissements quelconques en quoi que ce soit ?
כִּי בְּלַעֲגֵי שָׂפָה וּבְלָשׁוֹן אַחֶרֶת יְדַבֵּר אֶל־הָעָם הַזֶּה׃
ki bela'agé safá ouvlachón a'héret yedabbér el-ha'ám hazzé
11 Car c'est par des moqueries de langue, leur semble-t-il, que, par des moqueries et une autre langue, il parle avec ce peuple.
Le mot la'ág – c'est moquerie, raillerie. Oui, il leur semble qu'on se moque d'eux, et ils se moquent en retour. À proprement parler, c'est un comportement tout à fait naturel pour des gens ivres.
אֲשֶׁר אָמַר אֲלֵיהֶם זֹאת הַמְּנוּחָה הָנִיחוּ לֶעָיֵף וְזֹאת הַמַּרְגֵּעָה וְלֹא אָבוּא שְׁמוֹעַ׃
achér amár aléhem zot hammenou'há haní'hou le'ayéf vezót hammarge'á veló avoú chemóa
12 Quand Il leur dit : « Voici, ici il y a du repos. Reposez-vous ! (vous trouverez ici la paix, vous vous réconcilierez ici avec le Très-Haut), ici il y a l'apaisement ». Mais personne ne vient écouter.
Il n'y a personne qui entende, personne qui soit prêt à écouter le prophète, qui soit prêt à prendre ses discours au sérieux. Tous perçoivent ses discours comme une sorte de charabia risible.
Et le verset 13 répète de nouveau et dit déjà le résultat :
וְהָיָה לָהֶם דְּבַר־יְהוָה צַו לָצָו צַו לָצָו קַו לָקָו קַו לָקָו זְעֵיר שָׁם זְעֵיר שָׁם לְמַעַן יֵלְכוּ וְכָשְׁלוּ אָחוֹר וְנִשְׁבָּרוּ וְנוֹקְשׁוּ וְנִלְכָּדוּ׃
vehayá lahém devar-adonáy tsav latsáv tsav latsáv kav lakáv kav lakáv ze'ér cham ze'ér cham lemá'an yelekhoú vekhacheloú a'hór venichbárou venokechoú venilkádou
13 Et ce fut pour eux la Parole du SEIGNEUR (celle que porte le prophète) : appel à appel, appel à appel, mesure à mesure, mesure à mesure, un peu ici, un peu là. C'est pourquoi ils allèrent, et glissèrent, et tombèrent en arrière, et se brisèrent, et se fendirent, et se trouvèrent pris au piège.
L'homme qui glisse, s'il ne s'attend pas à trébucher, tombe en arrière.
Parce qu'ils n'ont pas écouté le prophète, ils sont tombés. Et, à proprement parler, en cela ils sont livrés au pillage. C'est justement parce qu'ils ne recevaient pas la grâce du Très-Haut, ne recevaient pas le fait que le Très-Haut essayait, dans Sa grâce, de s'adresser à eux tout le temps, qu'ils sont tombés et se sont trouvés pris au piège.
Mais notre passage ne se termine pas sur une mauvaise note, ne se termine pas sur une note pesante, et il y a une suite. Comme je l'ai déjà dit, nous lisons les versets 22 et 23 du chapitre suivant, le chapitre 29 :
לָכֵן כֹּה־אָמַר יְהוָה אֶל־בֵּית יַעֲקֹב אֲשֶׁר פָּדָה אֶת־אַבְרָהָם לֹא־עַתָּה יֵבוֹשׁ יַעֲקֹב וְלֹא עַתָּה פָּנָיו יֶחֱוָרוּ׃
lakhén ko-amár adonáy el-bét yaakóv achér padá et-avrahám lo-attá yevóch yaakóv veló attá panáv ye'hevárou
22 C'est pourquoi ainsi a dit le SEIGNEUR à la maison de Yaakov – Celui qui a racheté Avraham : « Yaakov ne sera pas maintenant couvert de honte, et son visage ne pâlira pas maintenant.
Il est mentionné ici que le SEIGNEUR a entrepris de corriger, d'éduquer et d'élever avec soin le peuple d'Israël dès l'époque d'Avraham.
כִּי בִרְאֹתוֹ יְלָדָיו מַעֲשֵׂה יָדַי בְּקִרְבּוֹ יַקְדִּישׁוּ שְׁמִי וְהִקְדִּישׁוּ אֶת־קְדוֹשׁ יַעֲקֹב וְאֶת־אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל יַעֲרִיצוּ׃
ki vir'otó yeladáv ma'assé yadáy bekirbó yakdíchou chemí vehikdíchou et-kedóch yaakóv ve'et-elohé yisraél ya'arítsou
23 Car, quand il verra ses enfants, l'œuvre de Mes mains, qui au milieu de lui sanctifieront Mon nom, il sanctifiera avec eux le Saint Dieu de Yaakov, et ils honoreront le Dieu d'Israël ».
Bien sûr, pas le saint Patriarche Yaakov, mais le Saint Dieu de Yaakov, Celui que Yaakov sanctifiait – le Très-Haut. Malgré tous les châtiments, malgré la résistance, malgré le fait que le peuple d'Israël soit un adolescent si difficile à éduquer, à la nuque raide, il sera malgré tout correctement éduqué. Israël prospérera, et ce sera une prospérité pour le monde entier. Et Israël verra comment ses enfants, l'œuvre des mains du Très-Haut (Israël comprendra que c'est l'œuvre des mains du Très-Haut), sanctifient le Nom du Très-Haut et honorent le Saint d'Israël.
Lisez aussi : Vayé'hi, Vaéra et les sections hebdomadaires de la Torah.