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וַיְחִי
Vayé'hi
les bénédictions de Yaakov et de ses fils
- Section hebdomadaire
- 12 sur 54
- Versets
- Béréchit 47,28–50,26
- Parties
- 15
- Temps de lecture
- 4 h 16 min
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Vayé'hi est la dernière section hebdomadaire du livre de Béréchit. Dans le sténogramme, Alex Blend analyse les derniers jours de Yaakov, les bénédictions des enfants et des tribus d'Israël, le serment de Yossef et les adieux de la famille. Le texte en hébreu, la translittération et la traduction sont accompagnés des commentaires de l'auteur sur la Torah et la haftara.
Vayé'hi : pas en Égypte
Béréchit 47,28–48,9
Nous nous sommes arrêtés au fait que, grâce à la réalisation du plan économique de Yossef, toute la population de l'Égypte s'est transformée en esclaves de Pharaon. Toute la population, à l'exception de deux catégories. La première catégorie, qui n'est pas devenue esclave, ce sont les kohanim (prêtres), auxquels Pharaon attribue une ration particulière, une aide alimentaire particulière, et ils n'ont pas besoin de vivres, ils ne vendent pas leur terre. Et il faut dire que ces kohanim, c'est notamment toute la parenté de Yossef du côté féminin, parce qu'il est marié à la fille de Potifar, prêtre de la ville d'On. La deuxième partie de la population, qui n'est pas non plus devenue esclave, ce sont les parents de Yossef du côté de Yossef, son père et ses frères, le peuple d'Israël, qui lui aussi, par la grâce de Pharaon, a été installé dans le pays de Gochen, et se nourrissait lui-même, entretenait ses troupeaux, et n'avait pas besoin de pain non plus. Et les Juifs non plus ne sont pas devenus esclaves de Pharaon.
Nous avons lu aussi que Yaakov, après vingt-deux ans de séparation, a enfin retrouvé Yossef, a pleuré, ils ont pleuré tous les deux, et Yaakov a dit que voilà, maintenant je peux mourir en paix. Yaakov est vieux, il a cent trente ans, et il dit à Pharaon que les années de sa vie ont été des années pénibles, et c'est à cet endroit que nous avons quitté Yaakov. Il est temps de continuer à lire l'histoire de nos héros.
וַיְחִי יַעֲקֹב בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם שְׁבַע עֶשְׂרֵה שָׁנָה
vay'hí yaakóv beérets mitsraíim chevá esré chaná
28 Et Yaakov vécut dans le pays d'Égypte dix-sept ans…
Bien que Yaakov soit déjà vieux et qu'il se prépare à mourir, le Très-Haut a ses propres plans. Yaakov vit 17 ans dans le pays d'Égypte ; il a traversé les 5 années de famine, et elles sont terminées depuis déjà 12 ans, et Yaakov continue de vivre dans le pays d'Égypte.
Les commentateurs remarquent que pendant 17 ans (jusqu'aux dix-sept ans de Yossef) Yaakov l'a entretenu. Maintenant, pendant 17 ans, Yossef entretient Yaakov. Il y a là une certaine précision mathématique déterminée, qui parle en partie de l'éloignement survenu entre Yaakov et Yossef. Comme si Yossef rendait sa dette à Yaakov « année par année ». Une ombre est passée entre le père et le fils, c'est certain, parce que Yossef ne garde pas Yaakov auprès de lui, ne l'installe pas chez lui, mais l'envoie avec ses parents dans le pays de Gochen, et tout n'est pas si simple dans la famille de Yaakov.
וַיְהִי יְמֵי-יַעֲקֹב שְׁנֵי חַיָּיו שֶׁבַע שָׁנִים וְאַרְבָּעִים וּמְאַת שָׁנָה׃
vayhí yeme-yaakóv chené 'hayáv chéva chaním vearbaím oum'át chaná
…et furent les années de la vie de Yaakov, et furent les jours de sa vie cent quarante-sept ans.
Ces énumérations de la vie des patriarches ne sont pas fortuites. Nous savons qu'Avraham a vécu 175 ans, Yits'hak a vécu 180 ans, et voilà que Yaakov vit 147 ans. Il semblerait qu'il n'y ait là aucune suite, aucune logique, mais si l'on applique un tout petit peu de mathématiques, un plan assez rigoureux se dessine.
Les 175 ans de la vie d'Avraham, c'est le carré du nombre 5, 5x5, et multiplier par 7=175. Ensemble, les facteurs 5, 5 et 7 font 17, 5+5+7=17.
Les années de la vie de Yits'hak, c'est le carré du nombre 6, 6x6=36, et le facteur devient plus petit de 2, déjà 5, c'est-à-dire 6x6x5=180. Encore une fois, la somme des facteurs 6+6+5=17. On peut compter, c'est une arithmétique assez simple.
Selon cette logique, il doit en résulter que l'âge de la vie de Yaakov est le carré du nombre 7 avec un facteur plus petit de 2, c'est-à-dire 7x7x3 ; et c'est bien le cas, 7x7 = 49, multiplier par 3 = 147. Et encore une fois, la somme des facteurs 7+7+3=17.
Et de tels calculs, pourquoi les fait-on ? Pour voir, pour discerner que ces événements, ces années de vie, ne sont pas fortuits, ils sont déterminés par un dessein divin précis et se prêtent même à des calculs au moyen de certaines formules.
D'autres commentateurs disaient que, puisque Yaakov s'était plaint à Pharaon en trente-trois lettres de sa vie et de son existence amères, 33 lettres ont été retranchées de l'âge de 180 ans qu'il aurait pu vivre, et c'est pourquoi il a vécu 33 ans de moins que Yits'hak.
Quoi qu'il en soit, les commentateurs essaient de trouver une logique dans le fait que la Torah nomme les âges des justes, et une logique dans la raison pour laquelle ils ont vécu précisément autant.
D'habitude, tout ce que nous avons lu jusqu'ici : et Avraham vécut, et Adam vécut, et Yits'hak vécut tant et tant d'années – chaque fois que l'âge d'un homme est mentionné, on peut dire : bon, ça y est, il s'agit donc de l'approche des années de la mort. Ensuite il sera écrit que le héros du récit est mort. Avec Yaakov, ce n'est pas tout à fait ainsi, la Torah s'écarte de l'intrigue. Yaakov vit hors du pays d'Israël, Yaakov a beaucoup de soucis. La Torah dit que la maladie (Yaakov est tombé malade) est envoyée à l'homme pour régler certaines affaires domestiques. Si un homme meurt soudainement, toutes ses affaires restent « en pagaille », « en vrac » ; tandis qu'ici, un homme qui tombe malade, qui sent l'approche de la mort, peut commencer à mettre de l'ordre dans ses affaires. Et il semble que Yaakov le fasse.
וַיִּקְרְבוּ יְמֵי-יִשְׂרָאֵל לָמוּת וַיִּקְרָא לִבְנוֹ לְיוֹסֵף וַיֹּאמֶר לוֹ אִם-נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ שִׂים-נָא יָדְךָ תַּחַת יְרֵכִי וְעָשִׂיתָ עִמָּדִי חֶסֶד וֶאֱמֶת אַל-נָא תִקְבְּרֵנִי בְּמִצְרָיִם׃
vayikrevoú yeme-yisraél lamoút vayikrá livnó leyosséf vayomer lo im-ná matsáti 'hen beenékha sim-na yadekhá tá'hat yerekhí veassíta immadí 'héssed veemét al-ná tikberéni bemitsráyim
29 Et les jours approchèrent pour Israël de mourir (Israël, Yaakov, sentit qu'il approchait du jour de la mort, qu'il était déjà malade et allait bientôt vraiment mourir), et il appela son fils Yossef, et lui dit : « Si j'ai trouvé grâce à tes yeux (il ne parle pas simplement avec son fils, avec son fils il aurait peut-être parlé plus simplement ; mais devant lui se trouve aussi un fonctionnaire égyptien, il faut respecter au moins l'apparence de la subordination), mets ta main sous ma cuisse (c'est-à-dire sur la brit mila, le lieu de la circoncision), et fais avec moi grâce et vérité (accomplis ton serment envers moi, accomplis ta promesse envers moi, fais ce qui t'incombe après ma mort) : ne m'enterre pas, s'il te plaît, dans le pays d'Égypte.
Yaakov ne veut pas être enterré dans le pays d'Égypte. On pourrait penser : quelle différence cela lui fait-il ? (Yossef sera enterré en Égypte). Yaakov comprend qu'il est le Patriarche des générations et que, s'il reste enterré en Égypte, peut-être que tous ses fils y resteront et ne voudront aller nulle part loin de la tombe de papa. Yaakov comprend aussi que la promesse lui a été donnée au sujet du pays d'Israël. Plus tard se développera la tradition sur l'importance d'être enterré dans le pays d'Israël, sur le fait que c'est significatif. Yaakov, je pense, était guidé par d'autres motifs. Il ne voulait pas créer dans le pays d'Égypte un lieu de mémoire, ne voulait pas de mausolée de Yaakov en Égypte, c'est pourquoi il voulait être enterré avec ses pères dans la grotte de Méarat ha Makhpéla.
וְשָׁכַבְתִּי עִם-אֲבֹתַי וּנְשָׂאתַנִי מִמִּצְרַיִם וּקְבַרְתַּנִי בִּקְבֻרָתָם וַיֹּאמַר אָנֹכִי אֶעֱשֶׂה כִדְבָרֶךָ׃
vechakhavtí im-avotáy ounsatáni mimmitsráyim oukvartáni bikvouratám vayomár anokhi eessé khidvarékha
30 Et je me coucherai avec mes pères, et tu m'emporteras d'Égypte, et tu m'enterreras dans leur lieu de sépulture ». Et Yossef dit : « Je ferai comme tu dis ».
Ce n'est pas l'enterrement, c'est une image de la mort : se coucher auprès des pères, c'est une image, un euphémisme pour la mort.
וַיֹּאמֶר הִשָּׁבְעָה לִי וַיִּשָּׁבַע לוֹ וַיִּשְׁתַּחוּ יִשְׂרָאֵל עַל-רֹאשׁ הַמִּטָּה׃
vayomer hichaveá li vayichavá lo vayichtá'hou yisraél al-róch hammittá
31 Et Yaakov dit : « Jure-moi ! » Et il lui jura, et Israël se laissa retomber sur le lit.
C'est-à-dire qu'Israël, Yaakov, a rassemblé ses dernières forces pour parler avec Yossef de ce sujet important. Pourquoi Yaakov demande-t-il à Yossef de jurer, pourquoi est-il important pour lui que Yossef jure ? Ce n'est pas parce qu'il ne croit pas Yossef sur parole. Le fait est que 17 ans se sont déjà écoulés depuis l'époque de la famine, depuis l'époque où la nouvelle politique économique de Yossef a fortement enrichi Pharaon, et la valeur de Yossef aux yeux de Pharaon a changé. Yossef n'est plus une telle autorité, plus un cadre aussi précieux, les relations sont compliquées. De plus, Yossef doit constamment prouver sa fidélité au peuple égyptien, et Yossef a manifestement pas mal d'ennemis. Nous avons dit que Yossef a fait de tous des esclaves, sauf ses parents d'un côté et de l'autre, et il est compréhensible que cela ne plaise pas à tout le monde, beaucoup veulent lui savonner la planche. Et en venant chez Pharaon avec la demande « je veux enterrer mon père », il peut dire : « Eh bien, c'est une lubie de vieillard. Je lui ai juré. Et non pas parce que je le veux, non pas parce que notre religion est ainsi, mais mon père a exigé de moi un serment. Toi aussi tu as eu un père, considère avec respect mon serment envers mon père ». C'est ainsi que Pharaon finira par agir. C'est pourquoi il est important pour Yaakov que Yossef puisse dire ensuite : « J'ai juré ». Ils s'y connaissent tous les deux un peu en politique égyptienne.
Et nous allons lire le chapitre 48.
וַיְהִי אַחֲרֵי הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וַיֹּאמֶר לְיוֹסֵף הִנֵּה אָבִיךָ חֹלֶה וַיִּקַּח אֶת-שְׁנֵי בָנָיו עִמּוֹ אֶת-מְנַשֶּׁה וְאֶת-אֶפְרָיִם׃
vayhí a'haré haddevarim haelle vayomer leyosséf hínne avíkha 'holé vayikká'h et-chené vanáv immo et-menaché veet-efráyim
1 Et ce fut après ces paroles, il fut dit à Yossef : « Voici, ton père est malade ». Et il prit avec lui ses deux fils, Ménaché et Éfraïm.
Nous nous souvenons que Yaakov vit loin, dans le pays de Gochen. Apparemment, après que Yossef a rendu visite à Yaakov et lui a prêté serment, il a affecté certaines personnes auprès de Yaakov, ou bien elles y avaient été affectées dès le début. Elles informent Yossef : « Ton père est malade ». Cela ne signifie pas qu'il a de la fièvre et la grippe, cela signifie qu'il est déjà temps de venir et, peut-être, de faire ses adieux, c'est une maladie telle qu'il faut rendre visite au malade.
וַיַּגֵּד לְיַעֲקֹב וַיֹּאמֶר הִנֵּה בִּנְךָ יוֹסֵף בָּא אֵלֶיךָ וַיִּתְחַזֵּק יִשְׂרָאֵל וַיֵּשֶׁב עַל-הַמִּטָּה׃
vayaggéd leyaakóv vayomer hinné binkhá yosséf ba elékha vayit'hazzék yisraél vayechev al-hammitta
2 Et on dit à Yaakov : « Voici, ton fils Yossef est venu vers toi ». Et Israël rassembla ses forces, et s'assit sur le lit (apparemment, cela lui coûte vraiment beaucoup d'efforts).
Et on dit à Yaakov – c'est-à-dire, encore une fois, chez Yaakov personne n'ouvre la porte ni n'entre ; ce et on lui dit signifie qu'il a quelqu'un comme un majordome, et des domestiques, et une garde-malade qui reste à ses côtés et veille sur lui, et cela montre que Yossef l'entoure d'un honneur suffisant.
וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל-יוֹסֵף אֵל שַׁדַּי נִרְאָה-אֵלַי בְּלוּז בְּאֶרֶץ כְּנָעַן וַיְבָרֶךְ אֹתִי׃
vayomer yaakóv el-yosséf el chaddáy nir'a-eláy beloúz beérets kenaán vayvárekh otí
3 Et Yaakov dit à Yossef : « Dieu Chaddaï s'est révélé à moi à Louz (c'est Yaakov qui se rappelle l'histoire où il a vu le rêve avec l'échelle, et la dernière fois, quand il y est retourné), dans le pays de Canaan et m'a béni ».
וַיֹּאמֶר אֵלַי הִנְנִי מַפְרְךָ וְהִרְבִּיתִךָ וּנְתַתִּיךָ לִקְהַל עַמִּים וְנָתַתִּי אֶת-הָאָרֶץ הַזֹּאת לְזַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ אֲחֻזַּת עוֹלָם׃
vayomer eláy hinení mafrekhá vehirbitíkha ountattíkha likhál ammím venatattí et-haárets hazzót lezar'akhá a'harékha a'houzzát olám
4 Et il me dit (Dieu Chaddaï me dit) : « Voici, Je te ferai fructifier, et Je te multiplierai, et Je ferai de toi une assemblée de peuples ; et J'ai donné ce pays à ta semence après toi en possession éternelle ».
Yaakov se souvient de son droit, de son acte d'achat, en somme, sur la terre d'Israël, qui sera appelée de son nom, sur la terre de Canaan, et dit : « Le SEIGNEUR m'a promis cette terre ». Et pourquoi s'en souvient-il maintenant :
וְעַתָּה שְׁנֵי-בָנֶיךָ הַנּוֹלָדִים לְךָ בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם עַד-בֹּאִי אֵלֶיךָ מִצְרַיְמָה לִי-הֵם אֶפְרַיִם וּמְנַשֶּׁה כִּרְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן יִהְיוּ-לִי׃
veattá chené-vanékha hannoladím lekhá beérets mitsráyim ad-boí elékha mitsráyma li-hém efrayím oumnaché kir'ouvén vechim'ón yihyou-lí
5 « Maintenant donc, tes deux fils, qui te sont nés dans le pays d'Égypte avant que je ne vienne vers toi en Égypte, ils sont à moi, Éfraïm et Ménaché. ils seront mes fils tout comme Réouven et Chimon ;
C'est intéressant : si l'on vérifie les guématries, chez les paires de noms Éfraïm-Ménaché et Réouven-Chimon, elles diffèrent d'une unité. C'est-à-dire que si l'on calcule les valeurs numériques des lettres dans les noms Réouven-Chimon et qu'on les compare avec la valeur numérique des lettres des noms Éfraïm-Ménaché, la différence est d'une unité : 735 – 736. Deux guématries différentes, mais elles diffèrent d'une unité. Dans la science de la guématrie, on dit que cela s'appelle im akolel, quand l'expression elle-même peut être comptée comme un tout unique et que les guématries peuvent être considérées comme égales. Mais c'est une remarque entre parenthèses.
Que veut dire Yaakov ? Il dit qu'ils recevront chacun une part d'héritage dans leur pays. Et bien que le pays d'Israël doive être partagé, comme on dit, « par têtes », qu'on tirera au sort, et qu'il y ait des noms de parts d'héritage, qu'il y ait des parts d'héritage déterminées, néanmoins Éfraïm et Ménaché recevront chacun sa propre part d'héritage. Cela signifie pratiquement que Yaakov adopte les enfants de Yossef. Pourquoi il le fait, nous en parlerons plus tard.
וּמוֹלַדְתְּךָ אֲשֶׁר-הוֹלַדְתָּ אַחֲרֵיהֶם לְךָ יִהְיוּ עַל שֵׁם אֲחֵיהֶם יִקָּרְאוּ בְּנַחֲלָתָם׃
oumoladtekhá acher-holádta a'harehém lekhá yihyoú al chém
a'hehém yikkareoú bena'halatám
6 Et ceux que tu as engendrés après eux seront à toi, et du nom de leurs frères ils seront appelés dans leurs parts d'héritage.
Autrement dit : « J'adopte tes deux fils ; si tu engendres quelqu'un après eux, ils seront à toi. C'est-à-dire que si tu engendres un troisième, un quatrième et, si Dieu le veut, un septième ou un dixième – ils ne recevront plus de parts d'héritage séparées, comme Réouven, ils entreront dans la part d'héritage d'Éfraïm ou de Ménaché, ils se joindront aux tribus déjà existantes de tes fils ». Yossef reçoit ainsi les deux parts d'héritage de ses fils en tant que premier-né dans l'héritage.
Ensuite Yaakov continue, ou ne continue pas, mais se laisse distraire et dit ceci :
וַאֲנִי בְּבֹאִי מִפַּדָּן מֵתָה עָלַי רָחֵל בְּאֶרֶץ כְּנַעַן בַּדֶּרֶךְ בְּעוֹד כִּבְרַת-אֶרֶץ לָבֹא אֶפְרָתָה וָאֶקְבְּרֶהָ שָּׁם בְּדֶרֶךְ אֶפְרָת הִוא בֵּית לָחֶם׃
Vaaní bevoí mippaddán méta aláy ra'hél beérets kenáan baddérekh beód kivrat-érets lavó efráta vaekberéha cham bedérekh efrát hi bet lá'hem
7 Et moi, quand je revenais de Padan, Ra'hel me mourut dans le pays de Canaan, en chemin, à une distance de plus d'un mille de la halte, d'Éfrata. Et je l'ai enterrée là, sur le chemin d'Éfrata, c'est Beit-Lé'hem.
Les commentateurs essaient de comprendre pourquoi Yaakov se laisse distraire et passe à cette histoire. Certains disent : « Yaakov s'excuse de ce que, voilà, d'un côté, il demande qu'on le transporte depuis l'Égypte même jusqu'au pays d'Israël et qu'on l'enterre dans le pays d'Israël, alors que lui-même a enterré la maman de Yossef en chemin. D'un autre côté, il aurait été à propos que Yaakov s'excuse de cela (s'il s'en excusait) au moment où il demandait de ne pas l'enterrer en Égypte, lors de la première rencontre. Or maintenant il ne parle pas de l'enterrement, il parle de la part d'héritage, et, très probablement, il s'agit ici de ceci : « Toi, Yossef, tu es ici courtisan, tu as atteint un rang très élevé, et tes fils vivent à la cour, et ils sont presque des princes, ici ils sont l'élite de la société égyptienne. Souviens-toi, souviens-toi d'où tu as été tiré, souviens-toi où est la tombe de tes ancêtres. Bien que tu vives en Égypte et que tu sois monté à de hautes hauteurs, souviens-toi : la tombe de ta mère est là-bas, au bord du chemin d'Éfrata, c'est vers là-bas que toi-même tu dois tendre ».
וַיַּרְא יִשְׂרָאֵל אֶת-בְּנֵי יוֹסֵף וַיֹּאמֶר מִי-אֵלֶּה׃
vayár yisraél et-bené yosséf vayomer mi-élle
8 Et Israël vit les fils de Yossef, et demanda : « qui est-ce ? »
Maintenant il a pour ainsi dire fini de dire ce qui était le plus important pour lui, il regarde autour de lui et voit : à côté de Yossef se tiennent ses fils. Ils sont nés encore avant l'arrivée de Yaakov, c'est-à-dire qu'ils ont chacun dix-huit-dix-neuf ans, peut-être vingt. Peut-être que les fils de Yossef ne rendaient pas visite à leur grand-père dans le pays de Gochen ; peut-être que c'est simplement l'obscurité dans la pièce où il est couché, et la faiblesse de sa vue (nous lirons encore plus loin à propos de la faiblesse de sa vue). D'une manière ou d'une autre, Yaakov ne reconnaît pas ses petits-fils, qu'il vient d'adopter. Ou peut-être attend-il qu'on lui dise : « Voici tes enfants, Éfraïm et Ménaché ». Yossef lui dit :
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-אָבִיו בָּנַי הֵם אֲשֶׁר-נָתַן-לִי אֱלֹהִים בָּזֶה וַיֹּאמַר קָחֶם-נָא אֵלַי וַאֲבָרֲכֵם׃
vayomer yosséf el-avív banáy hem acher-natan-lí elohím bazé vayomar ka'hem-ná eláy vaavarekhém
9 Et Yossef dit à son père : « Ce sont mes fils, que Dieu m'a donnés ici ». Et Yaakov lui dit : « Amène-les vers moi, et je les bénirai ».
Un passage très intéressant dans cette section hebdomadaire. Nous allons faire nos adieux, de fait, à pratiquement tous les héros du livre de Béréchit. Dans l'ensemble, ce sera une section très triste.
Ainsi, Yossef, avec ses fils, Éfraïm et Ménaché, rend visite à Yaakov malade, à son père malade. Yaakov promet à Yossef qu'Éfraïm et Ménaché, les fils de Yossef, seront pour Yaakov comme Réouven et Chimon, il les adopte. Après cela, Yaakov prête attention à deux silhouettes qui se tiennent à l'écart derrière Yossef, et demande : « Qui est-ce ? » Yossef lui répond : « Ce sont mes fils, que Dieu m'a donnés ici ». Yaakov dit : « Amène-les vers moi, et je les bénirai ».
וְעֵינֵי יִשְׂרָאֵל כָּבְדוּ מִזֹּקֶן לֹא יוּכַל לִרְאוֹת
veené yisraél kavedoú mizzóken lo youkhál lir'ót
10 Or les yeux d'Israël s'étaient alourdis de vieillesse, et il ne pouvait pas voir ;
Les paupières sont devenues lourdes. Quand les paupières deviennent lourdes et qu'il est difficile à l'homme de lever les yeux, on dit que ses yeux se sont alourdis. Et c'est pourquoi Yaakov n'a pu distinguer que le fait que là se tiennent deux personnes quelconques, il n'a pas pu reconnaître ses propres petits-fils. Et pour qu'il les identifie et les reconnaisse :
וַיַּגֵּשׁ אֹתָם אֵלָיו וַיִּשַּׁק לָהֶם וַיְחַבֵּק לָהֶם׃
vayaggéch otám eláv vayichák lahém vay'habbék lahém
…et il les approcha de lui, et il les embrassa, et il les étreignit.
Yaakov tient à peine le coup, il a rassemblé ses forces pour accueillir Yossef, mais il étreint et embrasse les fils-petits-fils, les petits-fils qui sont devenus des fils ; cela lui donne des forces.
וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל-יוֹסֵף רְאֹה פָנֶיךָ לֹא פִלָּלְתִּי וְהִנֵּה הֶרְאָה אֹתִי אֱלֹהִים גַּם אֶת-זַרְעֶךָ׃
vayomer yisraél el-yosséf reó fanékha lo fillálti vehinné her'á otí elohím gam et-zar'ékha
11 Et Israël dit à Yossef : « Je n'espérais déjà plus voir ton visage, à toi ; et voici, le SEIGNEUR m'a montré aussi ta semence ».
Une phrase étonnante. Bien sûr, quand Yaakov pensait que Yossef était mort, il n'espérait plus voir son visage. Ici il dit : « Le SEIGNEUR m'a montré aussi ta semence ». Et la question se pose : depuis 17 ans Yossef et Yaakov vivent en Égypte, depuis 17 ans ils savent déjà que tous les deux sont vivants, et Yaakov sait que Yossef a des fils. Et alors ? Pendant 17 ans ils ne se sont pas vus ? Ce ne sont plus de petits enfants, ils ont 20 ans, Éfraïm et Ménaché. De quoi s'agit-il ici ? Et si nous nous souvenons des traditions d'adoption, après qu'un homme avait disparu pendant longtemps, s'il revenait, le père devait mener, pour ainsi dire, une procédure officielle d'identification, le reconnaître, l'étreindre, l'accueillir, parfois organiser un festin (la parabole du fils prodigue, nous nous en souvenons aussi). Si Yaakov adopte ses petits-fils, les fils de Yossef, il doit lui aussi les accueillir et les identifier. Et ici se déroule une sorte de procédure d'identification. Yaakov dit : « Oui, c'est ta semence. Je n'espérais pas te voir comme mon fils, t'identifier et te reconnaître, attester ton retour, et voici que je vois même ta descendance ».
וַיּוֹצֵא יוֹסֵף אֹתָם מֵעִם בִּרְכָּיו
vayotsé yosséf otám meím birkáv
12 Et Yossef les retira des genoux de Yaakov…
Pourquoi ici les genoux ? Vous vous souvenez, tout le temps, quand il s'agit d'accouchement, on accouche sur les genoux. Sara dit : « Cette Hagar enfantera sur mes genoux ». Job dit plus tard : « Celui sur les genoux de qui je suis né, les genoux qui m'ont reçu ». C'est Yaakov qui tenait ses petits-fils-fils sur ses genoux, comme la Torah nous le révèle maintenant. Ou bien la prise sur les genoux désigne simplement la procédure d'adoption elle-même.
וַיִּשְׁתַּחוּ לְאַפָּיו אָרְצָה׃
vayichtá'hou leappáv ártsa
…ils s'éloignèrent de lui et se prosternèrent devant lui face contre terre.
C'est-à-dire que c'est là que s'est terminée la procédure d'adoption. Mais Yaakov, lui, comptait non seulement les adopter, mais aussi les bénir.
וַיִּקַּח יוֹסֵף אֶת-שְׁנֵיהֶם אֶת-אֶפְרַיִם בִּימִינוֹ מִשְּׂמֹאל יִשְׂרָאֵל וְאֶת-מְנַשֶּׁה בִשְׂמֹאלוֹ מִימִין יִשְׂרָאֵל וַיַּגֵּשׁ אֵלָיו׃
vayikká'h yosséf et-chenehém et-efráyim biminó missemól yisraél veet-menaché vismolóDans la translittération russe, l'accent tonique de ce mot est placé par erreur sur une consonne ; nous l'avons mis sur la dernière voyelle, comme le veut l'hébreu. mimín yisraél vayaggéch eláv
13 Et Yossef les prit tous les deux. Éfraïm, il le prit dans la main droite, à la gauche d'Israël ; Ménaché, il le prit dans sa main gauche, à la droite d'Israël.
C'est-à-dire que Yossef amène ses fils de telle sorte qu'il soit plus commode pour Yaakov de les bénir : Ménaché – de la main droite, Éfraïm – de la main gauche, parce que Ménaché est l'aîné, Éfraïm le cadet. Pour que Yaakov ne confonde pas par hasard, parce qu'il ne voit pas très bien, pour qu'il ne se mette pas à intervertir les fils, pour ne vexer personne. On voit que Yossef a bien tout réfléchi, et d'ailleurs il n'y a pas grand-chose à réfléchir ici. Mais l'inattendu se produit.
וַיִּשְׁלַח יִשְׂרָאֵל אֶת-יְמִינוֹ וַיָּשֶׁת עַל-רֹאשׁ אֶפְרַיִם וְהוּא הַצָּעִיר וְאֶת-שְׂמֹאלוֹ עַל-רֹאשׁ מְנַשֶּׁה שִׂכֵּל אֶת-יָדָיו כִּי מְנַשֶּׁה הַבְּכוֹר׃
vayichlá'h yisraél et-yeminó vayáchet al-róch efráyim vehoú hattsaír veet-semoló al-róch menaché sikkél et-yadáv ki menache habbekhór
14 Yaakov (étonnamment) pose la main droite sur la tête d'Éfraïm, et la main gauche sur la tête de Ménaché (croisant ainsi les mains), ayant croisé ses mains, parce que Ménaché est le premier-né.
Yaakov a dû croiser les mains pour les bénir à l'inverse. Le sens originel du mot chikel (ou chkhol) – croiser ou marquer d'une croixLe russe emploie ici un verbe qui signifie à la fois « baptiser » et « faire le signe de croix ». « Marquer d'une croix » garde le lien avec la croix dont parle la suite.. Mais le mot de même racine sékhel – l'intelligence, la raison, l'aptitude à entrecroiser, à mélanger, à comparer les choses. Et les commentateurs au Moyen Âge, en opposition à la tradition chrétienne de commentaire, se sont éloignés de l'idée que Yaakov croisait là quelque chose quelque part et posait les mains en croix sur les têtes des enfants. Ils disaient que Yaakov a fait usage de la raison, a employé raisonnablement ses mains, les a disposées d'une manière ingénieuse : déplacer les enfants n'était pas commode, c'est pourquoi il s'est servi de la sagesse des mains. Mais tous ces commentaires naissent sur le terrain de l'apologétique dans les discours contre le christianisme, où l'on ne voulait pas voir des arguments qui apporteraient de l'eau au moulin chrétien. Et ne vous hâtez pas d'accuser ici les Juifs d'hypocrisie, parce que cela se passait à l'ombre de l'autodafé et parce qu'à ce moment-là les uns pouvaient brûler les autres sur le bûcher au cours des disputes. C'est pourquoi tout n'est pas si simple.
Ainsi, Yaakov a croisé les mains et, avec les mains croisées, il bénit ses petits-fils-fils, c'est-à-dire qu'il élève le cadet au-dessus de l'aîné, abaisse l'aîné devant le cadet, d'un côté ; de l'autre côté, ils se tiennent selon leur rang, c'est-à-dire que tous deux reçoivent une bénédiction complémentaire.
וַיְבָרֶךְ אֶת-יוֹסֵף וַיֹּאמַר הָאֱלֹהִים אֲשֶׁר הִתְהַלְּכוּ אֲבֹתַי לְפָנָיו אַבְרָהָם וְיִצְחָק הָאֱלֹהִים הָרֹעֶה אֹתִי מֵעוֹדִי עַד-הַיּוֹם הַזֶּה׃
vayvárekh et-yosséf vayomár haelohím achér hithallekhoú avotáy lefanáv avrahám veyits'hák haelohím haroé otí meodí ad-hayom hazzé
15 Et il bénit Yossef (c'est-à-dire qu'ayant posé les mains sur les têtes de ses petits-fils, Yaakov ne les bénit pas encore eux, mais Yossef) et dit ainsi : « Dieu avec qui ont marché mes pères, Avraham et Yits'hak, Dieu qui m'a fait paître depuis mon tout commencement jusqu'au jour présent,
הַמַּלְאָךְ הַגֹּאֵל אֹתִי מִכָּל-רָע יְבָרֵךְ אֶת-הַנְּעָרִים וְיִקָּרֵא בָהֶם שְׁמִי וְשֵׁם אֲבֹתַי אַבְרָהָם וְיִצְחָק וְיִדְגּוּ לָרֹב בְּקֶרֶב הָאָרֶץ׃
hammal'ákh haggoél otí mikkol-rá yevarékh et-hannearím veyikkaré vahém chemí vechém avotáy avrahám veyits'hák veyidgoú laróv bekérev haárets
16 L'Ange qui m'a gardé de tout mal, il bénira ces enfants. Et sera nommé en eux mon nom, et le nom de mes pères, Avraham et Yits'hak. Et ils “se poissonneront” beaucoup sur la terre ».
Le mot yadgou vient de la racine dag – poisson. Le poisson va en bancs, il se multiplie, c'est pourquoi ici le mot yadgou est employé dans le sens de se multiplieront. Ils seront nombreux, comme les poissons, mais ils seront sur la terre. Une bénédiction très incompréhensible. Elle commence par « Dieu devant qui ont marché nos pères, mes pères, Avraham et Yits'hak, Dieu qui m'a fait paître jusqu'à ce jour ». Et ici tout est compréhensible. Et ensuite : « Et l'Ange qui m'a préservé de tout mal, il bénira ces garçons, et sera nommé en eux mon nom et le nom de mes pères ». Et d'emblée ce n'est pas très compréhensible : alors qui donc, Dieu ou un ange ? Il a commencé par Dieu, a fini apparemment par un ange, que vient faire ici l'ange ? Et il y a beaucoup de commentaires à ce sujet.
Certains disent que voilà, il a appelé Dieu un ange. Il arrive souvent que Dieu soit appelé ange ou agisse par l'intermédiaire d'un ange. D'autres disent que ce sont de vieilles traditions selon lesquelles Yaakov transmet son ange gardien. Et on peut être d'accord avec les deux commentaires, en ce sens que Yaakov dès le tout début (et dans son premier rêve, près de l'échelle) voit des anges, et ensuite, en revenant dans le pays d'Israël, voit des camps d'anges. Les anges sont l'instrument constant de l'action du Très-Haut dans la vie d'Israël (de Yaakov). Et Israël transmet à ses petits-fils-enfants aussi tout ce mécanisme, tout le système de la protection de Dieu sur le peuple, et dit qu'ils pourront prospérer, qu'ils se multiplieront sur la terre, donc qu'ils auront aisance et abondance, Il les préservera de tout mal. Il n'y a pas ici de détails sur la manière dont Il les bénira, simplement Il les bénira, et c'est tout. Un peu plus loin nous examinerons comment et pourquoi, et pourquoi il n'y a pas ici de brakha concrète : seront-ils bénis financièrement, matériellement, du talent de jouer du piano ou du talent pour les langues.
וַיַּרְא יוֹסֵף כִּי-יָשִׁית אָבִיו יַד-יְמִינוֹ עַל-רֹאשׁ אֶפְרַיִם וַיֵּרַע בְּעֵינָיו
vayár yosséf ki-yachít avív yad-yeminó al-róch efráyim vayéra beenáv
17 Et Yossef vit que son père avait posé la main droite sur la tête d'Éfraïm, et cela devint mauvais à ses yeux (cela ne lui parut pas une bonne chose) …
Nous avons lu au chapitre 21 que cela n'a pas paru bon à Avraham quand il a dû renvoyer Yichmaël. Nous nous souvenons de cette histoire, quand Sara lui a dit : « Chasse donc cette Hagar avec ce Yichmaël, qui ici sans cesse ricanent à mes dépens et se moquent de moi ». Avraham se leva, et il est écrit : « Et cela fut très pénible pour lui ». Il était très triste de les chasser ; c'est dans la famille d'Avraham, dans la famille de Yits'hak, dans l'enfance de Yits'hak. Ensuite, chez Yaakov lui-même, des difficultés avec Essav, des problèmes avec le droit d'aînesse, quand déjà lui-même a dû fuir. Et chez Yossef aussi des problèmes, parce qu'il est le premier-né de l'épouse aimée, et il y a aussi les épouses non aimées. Chez Yaakov – quatre catégories d'enfants de quatre épouses différentes, des difficultés avec la primogéniture, et en général des difficultés dans la famille. Et sans cesse l'absence de paix entre les frères, de génération en génération.
Et Yossef, peut-être, est même saisi d'horreur en voyant que Yaakov introduit de nouveau une certaine confusion dans l'ordre naturel des choses – que Ménaché est l'aîné, Éfraïm le cadet. Yaakov déplace tout cela, et Yossef effrayé prend la main de Yaakov, c'est ainsi qu'il est écrit :
וַיִּתְמֹךְ יַד-אָבִיו לְהָסִיר אֹתָהּ מֵעַל רֹאשׁ-אֶפְרַיִם עַל-רֹאשׁ מְנַשֶּׁה׃
vayitmókh yad-avív lehassír otá meál roch-efráyim al-róch menaché
…et il soutint, il saisit son père par la main, pour l'ôter de la tête d'Éfraïm sur la tête de Ménaché.
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-אָבִיו לֹא-כֵן אָבִי כִּי-זֶה הַבְּכֹר שִׂים יְמִינְךָ עַל-רֹאשׁוֹ׃
vayomer yosséf el-avív lo-khén aví ki-zé habbekhór sim yeminekhá al-rochó
18 Et Yossef dit à son père : « Pas ainsi, papa, voilà, celui-ci est le premier-né, sur sa tête pose la main ».
Peut-être que papa non seulement voit mal, mais déjà pense mal, peut-être que le vieil Alzheimer a rendu visite à son lointain ancêtre Yaakov, et Yaakov ne réfléchit déjà plus très bien. Je ne sais pas ce qui a traversé la tête de Yossef, mais il a eu peur, il a eu peur qu'encore une génération de frères soit en inimitié, le livre de Béréchit se termine déjà, il serait temps de se réconcilier ; et la frayeur de Yossef est compréhensible.
וַיְמָאֵן אָבִיו וַיֹּאמֶר יָדַעְתִּי בְנִי יָדַעְתִּי גַּם-הוּא יִהְיֶה-לְּעָם וְגַם-הוּא יִגְדָּל וְאוּלָם אָחִיו הַקָּטֹן יִגְדַּל מִמֶּנּוּ וְזַרְעוֹ יִהְיֶה מְלֹא-הַגּוֹיִם׃
vaymaén avív vayomer yadá'ti vení yadá'ti gam-hoú yihye-leám vegam-hoú yigdál veoulám a'hív hakkatón yigdál mimménnou vezar'ó yihyé melo-haggoyím
19 Mais le père refusa (le père retint la main) et dit : « Je sais, fiston, je sais, lui aussi sera un peuple, et lui aussi grandira, mais son frère cadet grandira plus que lui, et sa semence sera la plénitude des païens ».
Quand nous examinerons la bénédiction complète à la fin du chapitre suivant, nous examinerons encore ce que signifie cette fameuse plénitude des nations ou plénitude des païens.
וַיְבָרֲכֵם בַּיּוֹם הַהוּא לֵאמוֹר בְּךָ יְבָרֵךְ יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר יְשִׂמְךָ אֱלֹהִים כְּאֶפְרַיִם וְכִמְנַשֶּׁה וַיָּשֶׂם אֶת-אֶפְרַיִם לִפְנֵי מְנַשֶּׁה׃
vayvarekhém bayom hahoú lemór bekhá yevarékh yisraél lemór yesimekhá elohím keefráyim vekhimnaché vayássem et-efráyim lifné menaché
20 Et il les bénit en ce jour-là, en disant : « Par toi Israël bénira, en disant : “Que le SEIGNEUR te place comme Éfraïm et Ménaché” ».
Chaque sabbat, quand papa rentre de la synagogue à la maison, et aussi la première fois lors de la circoncision, on bénit l'enfant ainsi : « Que le SEIGNEUR te place comme Éfraïm et Ménaché », au nom de ces deux garçons. Et, naturellement, une question se pose : pourquoi pas comme Moché et Aharon, pourquoi pas comme Chimon et Lévi, pourquoi pas comme Avraham et Yits'hak, pourquoi pas comme Avraham, Yits'hak et Yaakov ? Car quand nous bénissons les filles, nous disons : comme Sara, Rivka, Ra'hel et Léa. Pourquoi ne peut-on pas ici bénir comme Avraham, Yits'hak et Yaakov ? Mais nous bénissons les enfants comme Éfraïm et Ménaché. Et il y a à cela plusieurs raisons.
La première raison : Éfraïm et Ménaché sont les premiers enfants du galout (exil) ; ils ont grandi loin de la culture juive. Dans quelle mesure ont-ils conservé leur appartenance à la foi juive ? Ce sont des enfants qui sont capables de conserver la foi juive dans les conditions du galout, capables de porter la lumière à travers les ténèbres. C'est une qualité importante pour tout le peuple juif, parce qu'elle deviendra l'une des fonctions principales du peuple juif.
Le deuxième sens dit qu'Éfraïm et Ménaché sont des garçons différents. Éfraïm est davantage porté vers la Torah, vers l'étude, c'est un tel « bûcheur », c'est ce que disent les midrachim. Ménaché est un homme public, il peut organiser tout ce qui est nécessaire pour qu'Éfraïm étudie. Éfraïm est un savant, Ménaché est un travailleur social, il aide tout le monde, un ouvrier au service de la société. Et dans la vie, les gens ont des inclinations différentes : introvertis et extravertis, littéraires et physiciens – et ainsi de suite, des différences diverses entre les gens. Quand nous voyons un enfant qui vient tout juste de naître, il est bête de le bénir en disant : qu'il devienne un bon dentiste, ou qu'il devienne violoncelliste, ou qu'il devienne joaillier. Quand son monde intérieur apparaîtra, que ses talents se révéleront là où Dieu l'a doté, c'est là que nous le bénirons. Et c'est pourquoi nous bénissons keefráyim et kemenaché (comme Éfraïm et comme Ménaché) : le littéraire ou le physicien, le physicien ou le lyrique, le savant ou l'homme vertueux – chacun selon sa nature. Tout ce qui précédait – les bénédictions ne s'accordaient pas à une personne concrète. Pour la première fois Yaakov (le premier père, le premier grand-père) bénit ses enfants et ses petits-enfants chacun selon sa nature, sans les bénir tous à la même enseigne. C'est là une essence étonnante, et c'est là le reflet des bénédictions divines, qu'Il ne nous fait pas tous identiques. C'est la deuxième version de la raison pour laquelle nous bénissons comme Éfraïm et comme Ménaché.
La troisième version est liée au fait qu'ici, à proprement parler, c'est la bénédiction du grand-père, la troisième génération. Pour la première fois dans toute la Torah, un grand-père bénit ses petits-enfants ; avant cela, les pères bénissaient les fils. Beaucoup disent : « Un Juif, c'est celui dont les petits-enfants seront juifs », c'est-à-dire celui dont les enfants voudront élever leurs enfants comme on les a élevés eux-mêmes. Cela ne réussit pas à tout le monde, et chaque homme a le souci de savoir si ses enfants deviendront croyants, sans même parler des petits-enfants. Quelle joie c'est, quand ce sont les petits-enfants, et pas seulement les enfants, qui marchent sur nos traces.
Et la quatrième des versions répandues de la raison pour laquelle Yaakov parle de la bénédiction keefráyim et kemenaché : parce que c'est le premier cas de frères paisibles, tranquilles. Tout le récit du livre de Béréchit est l'histoire de l'affrontement entre frères. Ici, même si on les mélange dans les bénédictions et qu'on bénit le cadet Éfraïm comme l'aîné, et l'aîné Ménaché comme le cadet, ils ne se brouilleront pas pour autant. Ils ont gardé la paix. C'est très important – suivre le Très-Haut et être Son disciple, garder cette unité, garder l'amour les uns pour les autres ; c'est important pour préserver l'unité du peuple, de la communauté, et c'est pourquoi c'est aussi une bénédiction importante.
וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל-יוֹסֵף הִנֵּה אָנֹכִי מֵת וְהָיָה אֱלֹהִים עִמָּכֶם וְהֵשִׁיב אֶתְכֶם אֶל-אֶרֶץ אֲבֹתֵיכֶם׃
vayomer yisraél el-yosséf hinné anokhí met vehayá elohím immakhém vehechív etkhém el-érets avotekhém
21 Et Israël dit à Yossef : « Voici, je meurs. Que le SEIGNEUR soit avec vous, et Il vous ramènera au pays de vos pères.
Une bénédiction du type Le SEIGNEUR avec vous – c'est à la place de ce qu'on a coutume de dire maintenant : à la rencontre – Chalom ! et à l'adieu – Chalom ! ou Lihitraot (au revoir). Dans le livre de Rout, nous lisons qu'on avait coutume de bénir – Le SEIGNEUR avec vous – Adonaï imakhem, et la réponse à cela était – Que le SEIGNEUR te bénisse. Quand nous rencontrons quelqu'un et quand nous prenons congé de quelqu'un, nous lui souhaitons que le SEIGNEUR soit avec lui, c'est le plus important, le reste viendra par surcroît.
וַאֲנִי נָתַתִּי לְךָ שְׁכֶם אַחַד עַל-אַחֶיךָ אֲשֶׁר לָקַחְתִּי מִיַּד הָאֱמֹרִי בְּחַרְבִּי וּבְקַשְׁתִּי׃
vaaní natátti lekhá chekhém a'hád al-a'hékha achér laká'hti miyád haemorí be'harbí ouvkachtí
22 Et moi, je t'ai donné Ch'khem (et Je t'ai donné à Ch'khem un lieu), en plus de la part au milieu de tes frères, que j'ai pris des Amoréens par mon épée et par mon arc.
Nous savons que Yaakov a une part d'héritage à Ch'khem, une part d'héritage qu'il y a achetée, achetée contre de l'argent (nous savons qu'il y a eu ensuite là-bas l'action exemplaire de Chimon et Lévi, avec l'extermination de la population de toute une ville en vengeance pour Dina). Mais Yaakov dit ici qu'il « a acquis ce lieu par son épée et son arc ». Les commentateurs disent que 'hérev (épée), c'est la prière, et kéchet (arc) , c'est la supplication, que « par des prières et des supplications j'ai acquis ». C'est, bien sûr, un beau drach, une belle interprétation, mais apparemment il s'agit du fait qu'on lui a vendu la terre et que Yaakov a pu la garder grâce à sa puissance militaire. C'est le lieu où sera enterré plus tard Yossef lui-même, ce lieu, c'est la tombe de Yossef à Ch'khem. Actuellement, elle se trouve dans une situation politique compliquée, mais le lieu s'est conservé jusqu'à nos jours.
Dans ce chapitre, Yaakov s'adresse à tous ses fils avec un discours d'avant sa mort, avec des bénédictions d'avant sa mort, et il faut faire quelques remarques avant que nous commencions à le lire. Avant tout, nous devons nous rappeler, savoir, que ce chapitre est le plus difficile du point de vue de la langue et du point de vue de la compréhension, le chapitre le plus difficile de tout le livre de Béréchit. Il y a ici beaucoup de mots dont le sens exact est inconnu et qui sont pourtant importants pour comprendre le texte. Cela vient du fait que beaucoup de termes poétiques, d'énoncés élevés, pompeux pourrait-on dire, emphatiques sont prononcés ici ; et les nuances de cet hébreu ne se sont pas conservées pour nous. Le symbolisme même que Yaakov utilise ici était peut-être toujours compréhensible pour ses fils, mais pour nous il est incompréhensible. Et il faut dire que tout ce qui est écrit ici, nous ne pourrons le comprendre qu'avec de grandes réserves. Et c'est pourquoi il existe chez les gens qui aspirent à tout comprendre la tentation de donner à tout ce texte une interprétation mégaprophétique ou eschatologique (encore mieux), liée à la fin du monde, en s'appuyant sur certaines interprétations personnelles des symboles, parfois bibliques, parfois non. C'est une chose très dangereuse que de « lire dans » le texte ce qui n'y est pas ; mieux vaut comprendre un petit peu moins. Nous allons essayer d'analyser de quoi il s'agit.
וַיִּקְרָא יַעֲקֹב אֶל-בָּנָיו וַיֹּאמֶר הֵאָסְפוּ וְאַגִּידָה לָכֶם אֵת אֲשֶׁר-יִקְרָא אֶתְכֶם בְּאַחֲרִית הַיָּמִים׃
vayikrá yaakóv el-banáv vayomer heassefoú veaggída lakhém et acher-yikrá etkhém bea'harít hayamím
1 Et Yaakov appela ses fils et leur dit : « Rassemblez-vous, et je vous dirai tout ce qui vous arrivera dans les jours suivants ».
Beaucoup de commentateurs s'accrochent à deux mots, bea'harít hayamím, et disent : « C'est à la fin des jours. C'est carrément l'eschatologie, c'est la fin du monde. Yaakov s'apprêtait à en parler, mais le Très-Haut ne le lui a pas permis, le don prophétique l'a quitté, et c'est pourquoi Yaakov, tout simplement, comme deuxième solution de rechange, puisqu'il avait déjà rassemblé ses enfants, leur a parlé de leur avenir proche ». Il existe, aussi étrange que cela paraisse, une masse de commentaires de ce genre. Mais l'expression même a'harít hayamím peut se comprendre – aussi comme dans les jours suivants. Nous ne savons pas dans quelle mesure les frères croyaient, savaient, comprenaient qu'il y aurait une quelconque fin du monde ; eux, à vrai dire, se tenaient au commencement du monde et n'attendaient peut-être que la fin des ténèbresEn russe, un même mot signifie « monde » et « lumière » : « la fin du monde » et « le commencement du monde » s'entendent aussi comme la fin et le commencement de la lumière. D'où l'opposition avec « la fin des ténèbres », que le français ne peut pas rendre.. Yaakov continue de les appeler et dit :
הִקָּבְצוּ וְשִׁמְעוּ בְּנֵי יַעֲקֹב וְשִׁמְעוּ אֶל-יִשְׂרָאֵל אֲבִיכֶם׃
hikkavetsoú vechim'oú bené yaakóv vechim'oú el-yisraél avikhém
2 Rassemblez-vous et écoutez, fils de Yaakov, et obéissez à Yisraël, votre père.
Leikavéts, c'est se rassembler de façon serrée. « Rassemblez-vous ensemble, pas simplement rassemblez-vous, mais approchez-vous plus près. Vous vous rassemblez comme des frères ; je parlerai comme Israël, comme le père de tout un peuple, comme le père de tout l'ensemble ».
Il est très important de noter : Yaakov n'organise pas de consultations individuelles, comme le ferait un médecin, comme le ferait un psychologue, comme le feraient des gens d'autres professions. Yaakov invite tout le peuple, et il parle à tout le peuple. Cela signifie aussi : « et à notre table personne n'est de trop ». Personne ne sera exclu du peuple d'Israël, quoi qu'il ait pu faire dans le passé. Le peuple d'Israël est entier, et, en tant que peuple entier, il reçoit certaines instructions entières, qui peuvent ensuite l'aider à exister comme un peuple composé de parties différentes et complexes, mais entier.
רְאוּבֵן בְּכֹרִי אַתָּה כֹּחִי וְרֵאשִׁית אוֹנִי יֶתֶר שְׂאֵת וְיֶתֶר עָז׃
re'ouvén bekhóri attá ko'hí verechít oní yéter se'ét veyéter az
3 Réouven, tu es mon premier-né, ma force, et le commencement de ma force virile, plus de capacités (capable) de porter sur soi.
Dans la tradition de l'Orient, on accordait une très grande importance à la première goutte, à la première semence de l'homme. On considérait que celui qui était né de la première goutte était particulièrement fort, particulièrement important, et héritait au plus haut degré des qualités du père.
Le mot se'ét peut être interprété de différentes manières ; ici, j'ai appliqué l'interprétation fondée sur le verbe nasá ; nasá – prendre sur soi, se charger de quelque chose, lié au service de kohen. Le kohen prend sur lui, se charge de l'expiation des péchés. Et ici Yaakov dit que rechít on – c'est le service de premier-né, yéter se'ét – c'est le service de kohen, et le suivant, le dernier – yéter az, c'est plus puissant, plus fort – c'est le service royal.
D'après l'origine, il ressort qu'à Réouven revenaient et le pouvoir royal, et la prêtrise, et le droit d'aînesse, mais nous savons que, malheureusement, Réouven a perdu tout cela.
פַּחַז כַּמַּיִם אַל-תּוֹתַר כִּי עָלִיתָ מִשְׁכְּבֵי אָבִיךָ
pá'haz kammáyim al-totár ki alíta michkevé avíkha
4 Irrépressible, effréné, spontané, rapide comme l'eau, tu n'auras pas d'avantage (ou bien ne te permets pas d'être celui qui possède l'avantage, ne t'en mêle pas, ne fais pas valoir ces avantages ; pourquoi ainsi – en voici un exemple pour toi), parce que tu es monté sur la couche de ton père…
Nous avons lu cette histoire il y a quelques chapitres. Après la mort de Ra'hel, Léa s'attendait peut-être à ce que Yaakov vive dans sa tente. Mais Ra'hel a laissé derrière elle de petits enfants, et Yaakov reste dans la tente de la concubine, de l'esclave Bilha, et, bien entendu, cela indigne très fortement Réouven, et il dit : « Si d'abord notre mère était au moins la rivale de sa sœur, maintenant nous ne la laisserons pas, elle ne sera pas la rivale d'une esclave ». Et c'est pourquoi il a souillé l'esclave, il a fait ce pas spontané, effréné. Et Yaakov dit ensuite :
אָז חִלַּלְתָּ יְצוּעִי עָלָה׃
az 'hillálta yetsouí alá
…tu as souillé le lit de ma couche – ce qui t'est passé par la tête.
Voilà ta méthodologie, tes méthodes pour régler les questions. Nous nous souvenons encore de la façon dont Réouven règle les questions, quand il dit, par exemple : « Si je ne ramène pas Binyamin, tue mes trois enfants ». Quand Yossef essaie de retenir Chimon en prison, Réouven dit : « Tout cela est à cause du garçon, je vous l'avais dit ». Rarement il propose des solutions pratiques, et elles ne marchent pas, comme ce fut le cas, par exemple, avec la fosse. Et quand on a amené Binyamin, arrêté avec la coupe, Réouven n'a rien trouvé à dire du tout. C'est pourquoi Réouven, vif, rapide, spontané, fougueux, ne sait pas être réfléchi et ne peut pas détenir un pouvoir réel – ni celui de kohen, ni le pouvoir royal, ni le pouvoir du premier-né. C'est ce dont parle Yaakov.
Au verset 5, il passe à Chimon et Lévi, deux autres frères, et voici ce qu'il dit :
שִׁמְעוֹן וְלֵוִי אַחִים
chim'ón veleví a'hím
5 Chimon et Lévi, frères…
Il est clair qu'ils sont frères, mais Réouven et Chimon aussi sont frères. Pourquoi Yaakov distingue-t-il Chimon et Lévi ? Parce qu'ils sont pareils, parce qu'ils ne sont pas seulement frères, ils sont les porteurs de l'idée de fraternité. Ce sont eux qui ont pris la défense de leur sœur. Ce sont eux qui (nous en avons parlé) protégeaient les frères en essayant de vendre, aussi étrange que cela paraisse, Yossef, en parlant de sécurité, d'unité fraternelle, d'une sorte d'union fraternelle. Ici Yaakov dit, en commençant par le positif, que Chimon et Lévi sont frères, mais :
כְּלֵי חָמָס מְכֵרֹתֵיהֶם׃
kelé 'hamás mekherotehém
…mais leurs vases, leur instrument – c'est l'instrument du mal.
C'est de lui qu'ils tirent leur nourriture, comme d'une mine, qu'ils extraient pour eux-mêmes le combustible. Un mot très difficile (nous avions dit qu'il y aurait des mots difficiles) à traduire, le mot mekherotehém. On peut dire qu'il vient du mot limkór – vendre, et il s'agit du fait qu'en leur temps ils ont pillé la ville. Il y a aussi la compréhension que le mot mekherót est formé à partir du mot leakír – étudier : cela leur est bien connu, ils l'ont bien maîtrisé, c'est leur métier de faire la guerre avec des instruments de cruauté, des instruments de mal injustifié. Encore une autre compréhension – du mot likrót – c'est ce qui les unit, ce qui est devenu le fondement de l'alliance entre eux, et ce qui les nourrit, leur mine, ce qui les fait vivre quand ils s'unissent ensemble. C'est cette compréhension qui me semble la plus proche.
בְּסֹדָם אַל-תָּבֹא נַפְשִׁי בִּקְהָלָם אַל-תֵּחַד כְּבֹדִי
besodám al-tavó nafchí bikhalám al-te'hád kevodí ki veappám háregou ich ouvirtsonám ikkerou-chór
6 Dans leur conseil secret mon âme n'entrera pas (le conseil secret, c'est le conseil, la réunion que le chef de la tribu ou le chef du clan tient, pour ainsi dire, au quartier général, à l'état-major du commandement), et dans leur foule, dans leur compagnie, que ma gloire ne leur soit pas associée…,
C'est-à-dire à ce qu'ils trament, à ce dont ils délibèrent dans des chambres secrètes. Ne dites pas : « Là où deux sont réunis en mon nom, là je suis aussi au milieu de vous. Je ne suis pas avec vous dans vos délibérations, parce que, en vous unissant l'un à l'autre précisément comme frères, vous enclenchez le mode de la colère, et je ne peux pas être dans votre conseil, je ne peux pas être dans la foule qui est composée de chimons et de lévis, parce que c'est précisément leur interaction qui engendre le mal ».
כִּי בְאַפָּם הָרְגוּ אִישׁ וּבִרְצֹנָם עִקְּרוּ-שׁוֹר׃
ki veappám háregou ich ouvirtsonám ikkerou-chór
…parce que dans leur rage ils ont tué des gens, et selon leur volonté…
Et voici que de nouveau nous rencontrons une expression difficile à traduire. Ikkérou peut signifier ils ont castré, ils ont rendu stérile. Elle peut aussi signifier ils ont coupé les jarrets, ils ont fait en sorte qu'il soit impossible de marcher. Chor symbolise Yossef, mais nous ne sommes pas encore arrivés à ce symbolisme. Chor, cela peut être une allusion au taureau, au dommage (à proprement parler, le taureau aussi symbolise Yossef), une allusion au dommage causé au bétail à Ch'khem. Nous n'en savons rien. Ikkerou-chór – cela peut aussi signifier ils ont brisé, ils ont démoli les murs. C'est-à-dire que, dans l'ensemble, l'expression haregoú ich ikkerou-chór peut se comprendre, qu'ils ont tué et ont étendu la main sur le pillage. C'est pourquoi Yaakov dit ensuite :
אָרוּר אַפָּם כִּי עָז וְעֶבְרָתָם כִּי קָשָׁתָה אֲחַלְּקֵם בְּיַעֲקֹב וַאֲפִיצֵם בְּיִשְׂרָאֵל׃
aroúr appám ki az ve'evratám ki kacháta a'hallekém beyaakóv va'afitsém beyisraél.
7 Maudite soit leur colère, car elle est grande, et maudite leur fureur (et quelle sera la recette ?). Je les diviserai en Yaakov et les disperserai en Israël.
Maudit est ce qui se déverse d'eux, ce qui fait saillie hors d'eux. Le mot avorá est lié au mot déborder, couler par-dessus bord ; ki kacháta – très lourde, elle se fige comme de la lave.
Je diviserai en Yaakov – nous verrons plus tard que la tribu de Chimon, toute son a'halá, toute sa part d'héritage se trouve à l'intérieur de la tribu de Yéhouda, entourée de tous côtés par la tribu de Yéhouda. Il y a un tel État en Afrique – le Lesotho, lui aussi est entouré de tous côtés par un seul État ; bon, et le Vatican pareil. Mais ce n'est pas du tout le Lesotho ni le Vatican, c'est une part d'héritage qui sera complètement isolée par Yéhouda. Il se fera par la suite que les fils de Chimon seront errants à travers le pays d'Israël, parce qu'ils seront des maîtres d'enfants, des maîtres d'enfants « ambulants », et ils vivront de cela, c'est-à-dire vivre en apportant la sainteté au peuple. Et exactement de même les lévites, les descendants de Lévi, n'auront pas de part d'héritage. Chimon a une part d'héritage, mais il n'y vit pas ; les lévites n'auront pas de part d'héritage, et eux aussi vivront de ce qu'ils enseigneront la sainteté au peuple. Cette « dispersion » n'est pas une punition, mais une utilisation fonctionnelle. Il faut les diviser complètement pour qu'ils travaillent bien. Et c'est précisément pour cela, en raison d'une telle particularité, que tout Israël devra en quelque sorte les absorber, et qu'ils devront à l'avenir être divisés à travers tout Israël – c'est précisément pour cela que Yaakov (à la différence de tous les autres fils qu'il bénira) parle d'eux à la troisième personne : non pas « vous, Chimon et Lévi », non pas « toi, Chimon, et toi, Lévi », mais « Chimon et Lévi – eux ». Yaakov parle en leur présence, très probablement ils sont venus, mais Yaakov donne un tel témoignage à tout Israël, que ces deux-là – il ne faut pas les réunir.
À partir du verset 8 commence la bénédiction de Yéhouda, une bénédiction très intéressante, et tout autant incompréhensible.
יְהוּדָה אַתָּה יוֹדוּךָ אַחֶיךָ יָדְךָ בְּעֹרֶף אֹיְבֶיךָ יִשְׁתַּחֲוּוּ לְךָ בְּנֵי אָבִיךָ׃
yehoudá attá yodoúkha a'hékha
8 Yéhouda, tes frères t'ont « remis en mainLe russe accentue ici le verbe « confier » de façon inhabituelle, si bien qu'on y entend le mot « main ». « Remis en main » essaie de garder les deux sens. »…
Le mot yodoúkha peut signifier ils rendront grâce, mais il signifie aussi mis en main, c'est-à-dire qu'ils ont voté pour toi. En hébreu moderne, voter se dit leatsbía, du mot – doigt ; mais ici – les frères ont pour ainsi dire posé les mains sur toi. Ce n'est pas par la volonté de Yaakov, mais il s'est trouvé que Yéhouda a pris sur lui la direction en Égypte. Spontanément Yéhouda s'est mis à prendre des décisions, et les frères – paisiblement, tranquillement lui ont transmis ce pouvoir. Un pouvoir que, peut-être, Yaakov voulait conserver aussi pour Yossef, lui aussi un brillant politicien. Mais le dirigeant reconnu par les frères, c'est Yéhouda, et Yaakov, au fond, lui transmet son héritage royal, son testament royal.
יָדְךָ בְּעֹרֶף אֹיְבֶיךָ יִשְׁתַּחֲוּוּ לְךָ בְּנֵי אָבִיךָ׃
yadekhá be'óref oyevékha yichta'havoú lekhá bené avíkha
…ta main sur la nuque de tes ennemis (c'est-à-dire que tu seras un guerrier remarquable), et les fils de ton père s'inclineront devant toi.
Encore un tel jeu de mots – Yehouda yodoúkha a'hékha yadekhá. D'une manière générale, quand on dit une brakhá, une bénédiction, il est bon de la dire joliment ; et il est très important et intéressant de jouer sur le nom. Ce ne sont pas simplement des jouets, c'est un renforcement : car l'homme, chaque fois que son nom sera prononcé, entendra en lui des mélodies toujours nouvelles des bénédictions qui lui sont dites.
Je rencontre souvent une telle question – des gens qui ne comprennent pas la tradition ou qui simplement n'ont pas lu disent : « Comment pouvait-on là se prosterner, puisqu'il ne faut se prosterner que devant le SEIGNEUR Dieu » ? Il est bien compréhensible qu'il ne faille se prosterner que devant le SEIGNEUR Dieu. Dans ce cas, il s'agit de l'étiquette. On se prosterne, on se prosternera, parce qu'on s'adressera à lui avec des requêtes économiques, avec des demandes de résoudre tels ou tels problèmes.
Yaakov continue la bénédiction de Yéhouda, elle est assez longue, et au verset 9 Yaakov dit de façon très poétique :
גּוּר אַרְיֵה יְהוּדָה מִטֶּרֶף בְּנִי עָלִיתָ כָּרַע רָבַץ כְּאַרְיֵה וּכְלָבִיא מִי יְקִימֶנּוּ׃
gour ar'yé yehoudá mittéref bení alíta kará raváts kear'yé oukhlaví mi yekimménou
9 Un petit, le petit du lion, Yéhouda. tu t'es levé de la proie et tu t'es installé, tu t'es étendu comme un lion et comme une lionne. Qui le fera lever ?
Savez-vous comment le lionceau obtient sa première proie ? D'abord il l'attaque, la déchire, et ensuite il s'écarte, c'est-à-dire qu'il ne la déchire pas jusqu'au bout, ne déchire pas la proie jusqu'au bout, ne se jette pas dessus, ne se perd pas lui-même, se conduit avec dignité. Et le lion rassasié aussi se conduit avec dignité. Il s'agit d'un lion qui parfois n'a même pas besoin d'employer la force : il lui suffit de rugir pour que tout le monde ait peur, et il n'est pas nécessaire de frapper qui que ce soit quand il s'agit d'établir le pouvoir, d'établir les frontières. Quand le lion attaque quelqu'un pour manger ce quelqu'un, il attaque, il l'égorge à coups de crocs et se retire sans zèle ; sans cruauté il déchire la proie. Quand le lion est rassasié, il est en général paresseux et il est assez facile de l'attraper. Beaucoup se vantent de chasser les lions, mais les lions, en réalité, il est vraiment assez facile de les chasser, parce que, rassasiés, ils se trouvent pratiquement dans l'état « approche et tue ».
Nous lisons chez le prophète Yé'hezkel (19,2–4), à propos des lions comme image d'Israël. Nous lisons ainsi : « Et tu diras : “Qu'en est-il de ta mère, la lionne ? Parmi les lions elle était couchée, au milieu des jeunes lions forts elle élevait ses lionceaux. Et elle nourrit l'un de ses lionceaux, il devint un jeune lion fort (lui) et apprit à déchirer la proie, il dévorait les hommes. Et les peuples entendirent parler de lui ; dans leur fosse il fut pris et on l'emmena dans des chaînes au pays de Mitsraïm”
Bon, et encore plusieurs histoires semblables ici. C'est-à-dire que l'essence de la bénédiction gour ar'yé (jeune lion) est qu'il sait attaquer, mais plus que tout sait ne pas attaquer, sait où l'on peut seulement « rugir », où il n'est pas obligatoire de déchirer. Le roi doit être un roi modeste, il ne doit pas multiplier les chars, les femmes, nous le savons ; il ne doit pas être cruel envers les ennemis, il ne faut pas faire preuve de cruauté. On peut intimider sans employer de cruauté, le roi doit avoir un rugissement intimidant. C'est pourquoi attaque la proie, ne l'achève pas jusqu'au bout s'il ne faut pas l'achever, ne tue pas ceux que tu n'as pas l'intention de manger, sache faire preuve de force, sache contenir la force de l'adversaire sans employer la tienne.
Au verset 10, Yaakov continue de bénir Yéhouda et dit :
לֹא-יָסוּר שֵׁבֶט מִיהוּדָה וּמְחֹקֵק מִבֵּין רַגְלָיו עַד כִּי-יָבֹא שִׁילֹה (שִׁילוֹ) וְלוֹ יִקְּהַת עַמִּים׃
lo-yassoúr chévet mihoudá oum'hokék mibbén ragláv ad ki-yavó chiló veló yikkehát ammím
10 Le signe du pouvoir (on dit parfois – le sceptre) ne sera pas interrompu chez la tribu de Yéhouda, et de ses reins ne cesseront pas de naître des législateurs, jusqu'à ce que vienne Chilo, et à lui l'outrage, l'obscurcissement des peuples.
Qui est ce chiló et qu'est-ce que ce chiló ? Il y a au moins 14–15 versions. Et quand il n'y a vraiment pas de version unique et que cela convient si joliment, on a très envie de dire – jusqu'à ce que vienne le Machia'h. Mais ici on ne comprend pas très bien quel est ce Machia'h qui viendra. Du Machia'h il n'a pas encore été question, nous ne savons pas du tout en quoi croient les frères. Et ici on peut comprendre que chiló signifie pacificateur – celui qui apporte la paix, ce sont aussi, au fond, des fonctions du Machia'h. Mais à propos du Machia'h il est dit veló yikkehát ammím, et à ce Machia'h – l'outrage, l'obscurcissement des peuples. Ou bien il brillera tellement que tous les peuples s'obscurciront, ou bien il causera aux peuples une telle oppression que leur lumière s'éteindra. C'est-à-dire qu'il semble que ce règne de Yéhouda et les législateurs nés de lui, ils avanceront jusqu'à ce qu'ils atteignent leur apogée et voient la réaction des peuples du monde au gouvernement de Yéhouda ; l'obscurcissement – cela peut signifier que c'est de là que commencera la lumière. En tout cas, c'est une bénédiction pour le pouvoir, pour de longues années. Il existe des analyses historiques selon lesquelles ce n'est, bien entendu, pas seulement le pouvoir royal, c'est le pouvoir législatif, d'autres types de pouvoir. Voilà donc la promesse que nous avons.
אֹסְרִי לַגֶּפֶן עִירֹה (עִירוֹ)
oserí laggéfen iró
11 Il attache l'ânon au cep de vigne…
Que peut-on dire ici ? Il faut avoir énormément de raisin, premièrement, pour attacher l'ânon au cep de vigne. Car il va en manger énormément. Qui donc nourrit un âne de raisin, si on peut le nourrir de foin – il faut avoir du raisin comme du foin. En outre, il s'agit peut-être de ceci : « tu attacheras l'ânon au cep de vigne et tu le chargeras directement depuis le cep ». C'est-à-dire que ce sera ainsi commode pour toi – tant de raisin naîtra chez toi. Et plus loin nous lisons qu'apparemment c'est bien le cas.
וְלַשֹּׂרֵקָה בְּנִי אֲתֹנוֹ כִּבֵּס בַּיַּיִן לְבֻשׁוֹ
velassoreká bení atonó kibbésDans la translittération russe, l'accent tonique de ce mot est placé par erreur sur la consonne finale ; nous l'avons mis sur la voyelle, comme le veut l'hébreu. bayáyin levouchó
…et aux sarments aussi tu attacheras de petits ânes. tu laveras dans le vin ton vêtement…
Bon, peu de gens, en réalité, lavent leur vêtement dans le vin. Il y a eu des commentateurs qui disaient que le vin sera au prix de l'eau, que de toute façon il s'évapore ensuite… Je n'ai pas, bien sûr, fait l'expérience, je ne peux pas le dire, mais il semble que le vin soit un mauvais moyen pour laver les vêtements. Et ici on entend, très probablement, de façon imagée, que tu fouleras le raisin : quand on fait le vin, quand on saute dans le raisin, et si les récipients sont profonds, alors le vêtement se salit, le vêtement se couvre de rouge. C'est pourquoi, au chapitre 66 du livre du prophète Yéchayahou, on demande à un homme qui peut aussi être une préfiguration du Messie, on lui demande : « Pourquoi tes vêtements sont-ils rouges ? »
וּבְדַם-עֲנָבִים סוּתֹה (סוּתוֹ)׃
ouvdam-anavím soutó
…et tu seras inondé, ruisselant du sang du raisin.
De nouveau – le mot soutó, personne ne peut le traduire de façon univoque, il y a énormément d'interprétations différentes. Par exemple, on dit : « Ici, quelque part, il manque une petite lettre) כ kaf(, et c'est kassoutó- et dans le sang du raisin sera ta couverture ». Mais soutó dans un sens tel que suinter, être abondamment trempé convient aussi ici. C'est une bénédiction pour l'abondance de vin. Le vin n'est pas simplement une image du raisin ; le vin, c'est aussi la Torah, bien sûr, et on peut dire encore beaucoup de choses. Et Yaakov termine la bénédiction de Yéhouda :
חַכְלִילִי עֵינַיִם מִיָּיִן וּלְבֶן-שִׁנַּיִם מֵחָלָב׃
'hakhlilí enáyim miyáyin oulven-chinnáyim me'haláv
12 Les yeux sont devenus plus rouges que le vin, et les dents sont devenues plus blanches que le lait.
C'est-à-dire que grâce à des produits sains et bons, l'adepte d'un mode de vie sain, le « fana de vie saine » Yéhouda recevra de belles dents saines – comme des dents de lait, plus blanches que des dents de lait ou plus blanches que le lait –, et de beaux yeux couleur de vin sombre. C'est une bénédiction complète, et on peut dire ainsi : tu seras inondé de vin et de lait. Le vin est un produit agraire, un produit de la terre, et le lait un produit de l'élevage ; ici comme là, Yéhouda réussira. C'est une très grande bénédiction.
Il y a beaucoup de commentaires mystiques et de midrachim à ce sujet, il y en a des dizaines. Et pour chacune de ces bénédictions on peut plonger dans cet océan de midrachim, mais nous, vous et moi, nous « nous frayons un chemin » à la recherche du sens simple. Non pas pour rejeter les midrachim, mais peut-être pour qu'ensuite il vous soit plus commode et plus simple de comprendre les midrachim, quand le sens simple aussi est connu.
Verset 13 – la bénédiction de Zévouloun. À vrai dire, Yissakhar est né avant Zévouloun, mais ici on les a intervertis, et pas seulement ici. À la question de savoir pourquoi il en est ainsi, personne ne peut donner de réponse.
זְבוּלֻן לְחוֹף יַמִּים יִשְׁכֹּן וְהוּא לְחוֹף אֳנִיּוֹת וְיַרְכָתוֹ עַל-צִידֹן׃
zevouloún le'hóf yammím yichkón vehoú le'hóf oniyot veyarkható al-tsidón
13 Zévouloun vivra près des rivages des mers, et il vivra près des rivages des navires, et l'extrémité de sa sphère de service ira jusqu'à Tsidon (c'est-à-dire en direction de la Syrie, au nord).
La tribu de Zévouloun, aussi étrange que cela paraisse (si nous regardons la carte), n'a pas reçu de part d'héritage au bord de la mer, sa part d'héritage est à l'intérieur, au centre des tribus. Mais nous savons que les gars de la tribu de Zévouloun eux-mêmes s'occupaient de navigation – ils s'engageaient dans les ports, voyageaient et faisaient du commerce et, en outre, extrayaient le tkhélet (la teinture) pour les tsitsit. Il existait, à ce que j'ai compris, même certaines malédictions internes, des restrictions ou des avertissements, pour qu'on fasse le commerce précisément par l'intermédiaire de Zévouloun et qu'on ne crée pas de points de commerce alternatifs. En tout cas, le midrach Agadat Béréchit raconte une histoire selon laquelle le Très-Haut a averti, a promis à Zévouloun qu'on ne pourrait faire de commerce que par son intermédiaire.
יִשָּׂשכָר חֲמֹר גָּרֶם
yissakhár 'hamór gárem
14 Yissakhar…
'Hamór gárem – cela peut signifier âne osseux ou âne fort, un âne de trait, qui peut tirer beaucoup ; cela peut signifier encore âne excité. Ici de nouveau il faut s'habituer à ce que, en général, non seulement ici, mais dans tout le Tanakh, nous rencontrerons des bénédictions étranges. Si quelqu'un me dit « âne », je ne verrai pas toujours là une quelconque bénédiction. Mais ces images leur paraissaient compréhensibles et proches. On peut dire que c'est un âne capable de travailler, sain, tout en nerfs et en muscles.
רֹבֵץ בֵּין הַמִּשְׁפְּתָיִם׃
rovéts ben hammichpetáyim
… il roule d'un côté à l'autre (ou, détendu, il est couché sur le côté, étalé, pour ainsi dire, en largeur) ;
Et ici on peut comprendre qu'il se tient entre les sacs, c'est-à-dire qu'il est tellement chargé, tellement capable de travailler, qu'à droite et à gauche il a des sacs, et il se tient comme ça entre eux. Bon, c'est une bénédiction compliquée, je dirais, discutable.
Un autre sens – qu'il est couché (il y avait de tels enclos pour le bétail) dans une sorte, pourrait-on dire, de nichoir, d'« ânichoir ». Il est couché dans un endroit où il lui est commode de se trouver, et des deux côtés le protègent du vent ces fameux michpetáyim, dont nous ne savons pas vraiment ce que c'est.
Si l'on se représente un tel tableau, on peut essayer de lire plus loin.
וַיַּרְא מְנֻחָה כִּי טוֹב וְאֶת-הָאָרֶץ כִּי נָעֵמָה וַיֵּט שִׁכְמוֹ לִסְבֹּל וַיְהִי לְמַס-עֹבֵד׃
vayár menou'há ki tóv ve'et-ha'árets ki na'éma vayét chikhmó lisból
vayhí lemas-ovéd
15 Et il vit que le repos est bon, que la tranquillité, le repos est une bonne chose, et la terre, il vit qu'elle est magnifique, et il inclina son épaule pour supporter, et il devint travailleur de l'impôt, ou redevancier, ou tributaire.
De quoi est-il question ici ? On peut l'interpréter ainsi : Yissakhar a compris qu'il ferait un guerrier bon à rien, mais que son pays est bon, et qu'avec de petits efforts on peut atteindre une grande prospérité ; une sorte de Suisse – ennuyeux, mais sûr. Un jour, la BBC a fait un sondage et a reconnu la ville suisse de Bâle comme la ville la plus ennuyeuse du monde, à quoi les Suisses ont dit : « Nous avons longtemps travaillé pour que ce soit la ville la plus ennuyeuse du monde ». Yissakhar veut l'ennui, c'est pourquoi il vit tranquillement, il travaille. Et il décide : comme c'est formidable – vivre en paix. S'il faut que quelqu'un fasse la guerre à ma place, soit je paierai mes frères, soit je m'entendrai avec les ennemis. Il a choisi une telle voie de neutralité et de prospérité économique. On racontait que des gens venaient en Terre sainte, venaient précisément dans la part d'héritage de Yissakhar et voyaient combien l'agriculture était développée chez Yissakhar, quels fruits remarquables il y avait, et alors ils s'entendaient avec Zévouloun pour acheter ces fruits chez Yissakhar. C'est ainsi que se faisait leur commerce. En outre, Yissakhar étudiait aussi la Torah. Et il y a ici une telle compréhension : Yissakhar étudiait la Torah, et c'est ce bonheur même – étudier la Torah, on peut le comprendre ainsi –, qu'il a vu dans le repos, et c'est pourquoi il partageait la récompense pour sa Torah avec la tribu de Zévouloun, et la tribu de Zévouloun lui rapportait de l'étranger de délicieuses gourmandises étrangères. Plusieurs compréhensions différentes, mais je pense que (d'après l'histoire ultérieure, cela se voit) Yissakhar ne voulait pas aller à la guerre, voulait résoudre le problème avec de l'argent, par le financement, vivre à l'arrière, et il n'y a, à proprement parler, rien de mal à cela.
Le dernier dont nous parlerons dans ce passage – Dan.
דָּן יָדִין עַמּוֹ כְּאַחַד שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל׃
dan yadín ammó ke'a'hád chivté yisraél
16 Dan jugera son peuple, comme l'une des tribus d'Israël.
Pourquoi Yaakov dit-il cela ? Parce qu'il commence à parler avec les fils des servantes, et bien que Dan soit le fils d'une servante et que quelqu'un puisse dire qu'il est un petit frère de second ordre, Yaakov corrige tout cela ici. Il dit que Dan jugera, prendra part au gouvernement. Juger – ce n'est pas obligatoirement un tribunal comme une audience judiciaire, c'est la législation et le gouvernement. Dan est admis au gouvernement du pays exactement comme tous les autres frères. Au sujet de Dan surgit toujours une question (on me la pose) : pourquoi n'est-il pas dans le livre de l'Apocalypse ? Les fils de Dan, je vais vous révéler un secret, ne sont déjà plus énumérés dans le livre de Divreï haYamim. C'est-à-dire que bien que pendant un certain temps la tribu de Dan ait été très grande (elle a commencé avec un seul homme, un fils de Dan nommé 'Houchim, et ensuite elle s'est agrandie), finalement la tribu a presque disparu, et elle n'est déjà plus dans Divreï haYamim, elle n'est pas mentionnée partout, cette tribu. Mais ici Yaakov dit qu'il jugera, comme l'une des tribus de son peuple.
יְהִי-דָן נָחָשׁ עֲלֵי-דֶרֶךְ שְׁפִיפֹן עֲלֵי-אֹרַח
yehi-dán na'hách ale-dérekh chefifón ale-óra'h
17 Et Dan sera un serpent du bord de la route, un serpent près de la route, une vipère à cornes près des passants…
Le serpent du bord de la route qui est mentionné ici, c'est une espèce de serpent palestinien, il s'appelle la vipère à cornes. La vipère à cornes se cache effectivement dans le sable, près de la route. Ce serpent se rencontre souvent dans la part d'héritage de la tribu de Dan, sa morsure est très forte, il est très venimeux. Quand il mord un cheval ou un chameau, cela ne suffit pas pour tuer le cheval ou le chameau, encore moins un éléphant, mais l'animal tombe en arrière au moment de la morsure. C'est ce que Yaakov va aussitôt décrire ici. Donc, c'est la vipère à cornes, ou, comme on l'appelle encore en latin, Cerastes cerastes (kérastes kérastes) – pas une seule fois kérastes, mais justement deux fois, cela se répète. Il est intéressant que le mot chefifón, ou, comme nous l'avons dit, kérastes, était connu des Grecs comme des Égyptiens (à proprement parler, ce sont les Égyptiens qui l'appelaient chefifón ). De cet animal, comme d'un petit serpent enroulé, est née la petite lettre égyptienne fi, que nous lirions aussi ici, si cela était écrit avec des noms égyptiens. Et la lettre grecque phi est née elle aussi de cette lettre, et la lettre russe ef est née également du nom du petit serpent enroulé au bord de la route (fifón), qui guette les voyageurs malveillants. La tribu de Dan a sa part d'héritage au nord, recevra sa part d'héritage au nord (et c'est du nord qu'on attaquera constamment Israël). Et la tribu de Dan est placée là, à deux cent cinquante – trois cents verstes de Tel-Aviv, pour mettre un verrou solide, un barrage à tout ennemi qui tentera de nous attaquer. Et c'est la tâche de Dan, et à son sujet il est dit plus loin :
הַנֹּשֵׁךְ עִקְּבֵי-סוּס וַיִּפֹּל רֹכְבוֹ אָחוֹר׃
hannochékh ikkeve-soús vayippól rokhevó a'hór
…il mordra les talons des chevaux (les chevaux n'ont pas tout à fait de talons, mais il y a un endroit où mordre), et les chars tomberont en arrière.
C'est-à-dire que les chevaux eux-mêmes se cabreront et tomberont en arrière, et ils renverseront derrière eux les chars. Là où Dan manquera de force physique, des ruses, des technologies, peut-être des biotechnologies seront employées dans la défense du pays d'Israël.
Yaakov termine la bénédiction ou la promesse à Dan par les mots :
לִישׁוּעָתְךָ קִוִּיתִי יְהוָה׃
lichou'atekhá kivvíti adonáy
18 Dans l'espérance de Ta délivrance j'espère, moi, SEIGNEUR.
Regardez comme les fils de Yaakov sont différents : le premier – un révolutionnaire ; le deuxième et le troisième – des partisans, des maîtres de l'autodéfense ; le quatrième – un futur roi, mais tout de même avec ses complications. Donc, chacun des fils est particulier, pour chacun d'eux on peut prier de façon particulière. C'est précisément à l'égard de Dan que Yaakov a un souci particulier, et il termine la bénédiction de Dan par une prière de délivrance : « En Ta délivrance seulement j'espère, moi, Très-Haut ». C'est-à-dire que bien que Dan doive être si « costaud » et qu'il puisse piquer les animaux, Yaakov espère tout de même seulement en la délivrance du Très-Haut.
La dernière fois, nous avons commencé à lire la bénédiction par laquelle Yaakov, presque juste avant sa mort, bénit ses fils. Nous avons lu que Yaakov rassemble tous ses fils sans exception et parle à ses fils comme à une communauté de gens, comme à un peuple nouveau-né, transmet une bénédiction à chaque tribu, à chacun de ses fils.
Il commence par Réouven et dit que, bien que Réouven ait tous les droits juridiques pour diriger, il ne lui faut pas diriger, parce qu'il a de la précipitation, de l'impulsivité dans la réaction, et que sa direction fera du tort.
Ensuite Yaakov dit de deux autres de ses fils, Chimon et Lévi, qu'ils sont de bons frères, mais bons séparément. Quand ils sont ensemble, Yaakov ne peut pas être parmi eux, Yaakov ne peut s'unir ni à leur conseil au niveau des réflexions, des plans, ni à leur action au niveau de la réalisation de ces plans, parce qu'ils sont coléreux et cruels quand ils sont ensemble.
Le quatrième fils, Yéhouda, reçoit une bénédiction particulière. Yaakov dit que les frères eux-mêmes ont posé sur lui les mains de leur bénédiction, l'ont fait régner sur eux, et d'en haut il est béni pour cela. Yéhouda reçoit en héritage la royauté, reçoit toutes sortes de bénédictions d'abondance, et c'est une bénédiction très belle, poétique, que reçoit Yéhouda.
Ensuite, c'est Zévouloun qui reçoit la bénédiction. De Zévouloun il est dit qu'il vivra près de la mer, vivra du commerce maritime, et que beaucoup de transactions, tout ce qui est lié au commerce maritime, se fera par l'intermédiaire de Zévouloun.
De Yissakhar il est dit qu'il a une bénédiction particulière – une terre riche, luxueuse, et il aime ce repos, il travaille longtemps pour avoir un pays tranquille, ennuyeux, une vie tranquille, ennuyeuse. C'est pourquoi, si quelqu'un veut faire la guerre, il est mieux et plus simple pour Yissakhar de payer que d'entrer en guerre.
Dan, le premier des fils mentionnés qui est fils d'une servante, et Yaakov dit tout de suite que Dan sera comme l'un de tous, c'est-à-dire qu'est abolie, disparaît cette division en fils des servantes et fils des épouses. Dan devient comme l'un de tous, Dan reçoit une bénédiction. Yaakov indique sa capacité à agir par de telles combinaisons tactiques à plusieurs coups. Yaakov le compare à un animal qui en hébreu s'appelle chefifón, ou vipère à cornes, qui, n'ayant pas beaucoup de force pour tuer un cheval par sa morsure, pique le cheval, de sorte que celui-ci tombe en arrière et tue son cavalier. Et c'est sur cette bénédiction, sur la bénédiction de Dan, que nous nous sommes arrêtés la dernière fois, maintenant nous pouvons continuer.
À partir du verset 19 – la bénédiction de Gad. Elle sonne en hébreu très joliment, c'est un jeu de mots intraduisible, on peut l'entendre et le ressentir.
גָּד גְּדוּד יְגוּדֶנּוּ וְהוּא יָגֻד עָקֵב׃
gad gedoúd yegoudénnou vehoú yagoúd akév
19 Contre lui s'armera une armée, et il leur piétinera les talons.
Gad gedoúd yegoudénnou – c'est un jeu de mots. Gad a une propriété si inattendue – gagner la guerre au dernier moment, se défendre au dernier moment, rectifier la situation au dernier moment. Cela ne concerne pas seulement la guerre, cela concerne la situation où nous remettons quelque chose à plus tard, ne pouvons pas venir à bout de quelque chose, l'agitation s'arme contre nous et au dernier moment, la dernière nuit, nous achevons quelque chose. Gad, en tant que partie du peuple juif, c'est un instrument, une capacité de rectifier au dernier moment, d'accomplir certaines actions ; voilà la bénédiction si inhabituelle qu'il a.
Au verset 20 – la bénédiction d'Acher.
מֵאָשֵׁר שְׁמֵנָה לַחְמוֹ וְהוּא יִתֵּן מַעֲדַנֵּי-מֶלֶךְ׃
me'achér chemená la'hmó vehoúDans la translittération russe, ce mot est écrit en partie en lettres latines ; la translittération française suit l'hébreu : vehoú. yittén ma'adanne-mélekh
20 Du pays d'Acher, le pain huileux, et il fournira des mets fins.
Le pain huileux – un pain imprégné d'huile. Effectivement, Acher s'occupera de la production d'olives, sa part d'héritage sera riche en olives, et tout ce qui est lié à la production d'huile, des produits des olives, de la transformation de l'huile d'olive – tout sera dans la part d'Acher.
Les mets fins – c'est une part du luxe culinaire, de l'abondance culinaire que donne le pays d'Israël : non pas ce qui donne précisément la satiété, mais ce qui donne le goût ; non pas ce qui rassasie les gens simples, mais ce qui rassasie les rois raffinés, choyés. C'est-à-dire que le pays d'Israël ne donne pas simplement du pain, de la soupe aux choux et de la bouillie, mais par Acher, dans la part d'héritage d'Acher (Acher est lié aussi au mot ócher, bonheur), il y a la beauté, il y a les mets fins du roi.
Une des manières de comprendre (et puisque nous avons déjà dit que le mot pain rappelle souvent la chair ou la femme) – c'est que dans la tribu d'Acher il y aura de beaux jeunes gens et de belles jeunes filles. Nous nous souvenons, quand Acher est né, sa maman l'a béni et a dit : « Quel beau petit, toutes les filles du monde me béniront », c'est-à-dire qu'entre autres aussi la beauté, l'esthétique, tout cela sera lié à Acher. Telle est la bénédiction qu'il reçoit.
Naftali. La bénédiction de Naftali se distingue par le fait que, sur chacun des mots qui y sont employés, il y a un débat.
נַפְתָּלִי אַיָּלָה שְׁלֻחָה הַנֹּתֵן אִמְרֵי-שָׁפֶר׃
naftalí ayalá chelou'há hannotén imre-cháfer
21 Naftali – c'est une biche libre (ou Naftali – c'est un térébinthe qui s'épanouit),
Ayalá chelou'há peut signifier la femelle du cerf ou une biche relâchée en liberté, ou une biche libre. Cela peut signifier aussi un térébinthe qui s'épanouit, l'arbre à térébenthine, un arbre de la famille des pistachiers, un très bel arbre dont on faisait des remèdes balsamiques. Pour l'essentiel, nous voyons que Yaakov emploie dans sa bénédiction des noms d'animaux, c'est pourquoi on peut dire qu'ici on entend tout de même précisément la biche. Mais peut-être Yaakov s'est-il aussi écarté de cette tradition et a-t-il mentionné ici un bel arbre aromatique.
Ici on peut comprendre : Imre-cháfer, imra, cela peut être une belle pousse, comme les pousses d'une branche, ou bien cela peut être une belle expression, du mot lemór, dire de belles phrases. Imre-cháfer – ce sont des phrases ailées, c'est un beau discours. Et les commentateurs disent que peut-être il donnera des parfums qui oindront les gens, et les gens se souviendront du beau, les bons sentiments seront éveillés par la lyre et par les senteurs que produira Naftali. Mais peut-être est-ce une biche, gracieuse, belle, qui suscite l'enthousiasme. On peut dire qu'à la suite d'Acher, Naftali aussi est lié à une certaine esthétique, à l'apport d'esthétique dans le monde.
À partir du verset 22 commence la bénédiction de Yossef. Elle aussi est écrite dans une langue très compliquée, et certaines expressions sont discutées. Ainsi, Yaakov commence et dit :
בֵּן פֹּרָת יוֹסֵף בֵּן פֹּרָת עֲלֵי-עָיִן בָּנוֹת צָעֲדָה עֲלֵי-שׁוּר׃
ben porát yossef ben porát ale-áyin banót tsa'adá ale-choúr
22 (ben porat) Yossef, (ben porat) près de la source, et derrière lui marchent en rang, s'étirent les jeunes filles.
Ben porát peut se traduire par âne sauvage, à la lumière de ce que nous avons déjà dit des animaux ; un autre sens de ben porát – c'est fils fécond, un fils qui donne les fruits les plus grands, les plus abondants ; une troisième variante, ben porát – c'est fils du fleuve Prat, couvert par le fleuve Prat, caché de tout mauvais œil, de toute influence magique, protégé de l'envie des gens. Et l'expression ale-áyin peut signifier près de la source.
Le favori des jeunes filles, Yossef. Et nous l'avons vu, et nous savons, nous avons lu qu'à propos de Yossef, le seul garçon, il est écrit qu'il est un beau garçon (Dieu n'écrit pas pour rien). Effectivement, apparemment, Yossef jouissait d'une popularité auprès des jeunes filles, et ce n'était pas très bien. La beauté n'est pas toujours une bénédiction, et nous lisons au verset 23 :
וַיְמָרֲרֻהוּ וָרֹבּוּ וַיִּשְׂטְמֻהוּ בַּעֲלֵי חִצִּים׃
vaymareroúhou varobboú vayistemoúhou ba'alé 'hittsím
23 Et ils l'affligeaient, et lui gâchaient la vie, et se querellaient, et le méprisaient, ils voulaient le perdre, les archers (ceux qui ont des flèches ; ceux qui ont le pouvoir).
Peut-être y a-t-il ici une allusion, à proprement parler, au service de garde de Potifar ; mais, très probablement, Yossef lui-même allait tout le temps avec une garde, après être devenu le bras droit de Pharaon. Autour de lui il y avait tout le temps des gens qui voulaient par tous les moyens le pousser hors de son poste, prendre sa place, et des complots contre lui, il s'en tramait beaucoup, à commencer par le complot de la femme même de Potifar et à finir par des complots dont nous ne savons même rien ; mais tel est le sort des politiciens.
וַתֵּשֶׁב בְּאֵיתָן קַשְׁתּוֹ וַיָּפֹזּוּ זְרֹעֵי יָדָיו מִידֵי אֲבִיר יַעֲקֹב מִשָּׁם רֹעֶה
אֶבֶן יִשְׂרָאֵל׃
vattéchev be'etán kachtó vayyafózzou zero'é yadáv midé avír ya'akóv michchám ro'é éven yisraél
24 Mais son arc est resté ferme (sa force est restée avec lui, on ne l'a pas perdu), et on lui a soutenu les mains (on a soutenu son muscle, un soutien a été reçu par ses muscles) par le puissant de Yaakov, par celui qui est le pasteur, la pierre d'Israël.
Peut-être la pierre d'Israël (éven yisraél) n'est-elle pas seulement une pierre, un appui d'Israël. Peut-être aussi, comme le disent les commentateurs : « Even – c'est av ou ben, le lien du père et du fils, le lien filial du fils et du père. Le mot éven, pierre, est composé comme de deux mots écrits en chevauchement : av (père) et ben (fils). Si on lit la première et la deuxième lettre, on obtient av ; si on lit la deuxième et la troisième, on obtient ben ». Le lien de Yossef avec son père, avec Yaakov, selon cette opinion, l'a fortifié. On peut dire aussi que éven, comme pierre – c'est ce qui symbolise le lien du père et du fils, d'Israël et du Très-Haut, puis aussi du Machia'h et du Très-Haut. C'est-à-dire que la fidélité, l'unité avec le père – c'est peut-être ce qui a aussi conservé l'arc de Yossef, a gardé les muscles de Yossef forts. Il recevait de là son soutien, il recevait le soutien de cette pierre-là. On peut relier cela aussi à la pierre que Yaakov a dressée comme matséva, quand il a vu l'échelle, et quand il est revenu à Louz, où cette pierre est dressée. Bien entendu, ce n'est pas la pierre en elle-même qui l'aidait et, bien entendu, Dieu n'est pas appelé pierre au sens littéral du mot.
מֵאֵל אָבִיךָ וְיַעְזְרֶךָּ וְאֵת שַׁדַּי וִיבָרְכֶךָּ בִּרְכֹת שָׁמַיִם מֵעָל בִּרְכֹת תְּהוֹם רֹבֶצֶת תָּחַת בִּרְכֹת שָׁדַיִם וָרָחַם׃
me'él avíkha veya'zerékkaDans la translittération russe, il manque le z de ce mot (« et Il t'aidera ») ; la translittération française suit l'hébreu. ve'ét chaddáy vivarekhékka birkhót chamáyim me'ál birkhót tehóm rovétset tá'hat birkhót chadáyim vará'ham
25 du Dieu de ton père ; et le Dieu tout-puissant t'aidera, le Dieu Chaddaï, et te bénira de la bénédiction d'au-dessus des cieux et de la bénédiction de l'abîme profond, de la bénédiction du sein et de la matrice.
C'est-à-dire que tout l'univers, de haut en bas, sera une bénédiction pour Yossef, aucune partie de l'univers ne s'opposera à lui. Partout où se révèle la force du Très-Haut, là Yaakov donne la bénédiction à Yossef ; c'est une bénédiction très forte, qui embrasse tout.
La bénédiction du sein et de la matrice – la bénédiction de ce qui peut engendrer et de ce qui peut nourrir, la force créatrice et la force qui organise, qui répare. Tout cela, Yaakov le donne à Yossef par la bénédiction. Dans certains cas, plus tard, nous lirons ré'hem vechadáyim, matrice et sein ; mais ici – sein et matrice, parce que c'est ainsi poétiquement plus beau, ainsi se conserve le rythme : la capacité de nourrir et la capacité d'enfanter ; la capacité de nourrir ce qui existe et la capacité de mettre au monde l'existant. Car Yossef, il est dit – celui qui ajoutera, celui qui apportera du nouveau, et c'est l'une des facettes du nom de Yossef.
בִּרְכֹת אָבִיךָ גָּבְרוּ עַל-בִּרְכֹת הוֹרַי
birkhót avíkha gaveroú al-birkhótLa translittération russe écrit ici le second mot comme « birkhat » ; l'hébreu a « birkhót », que nous suivons. horáy
26 Les bénédictions de ton parent, de ton père (c'est-à-dire « de moi », dans ce cas Yaakov parle de lui-même) ont surpassé les bénédictions de mes parents…
On peut traduire ainsi. Mais les Targoums traduisent ainsi : « les bénédictions…se joindront (de nouveau yitvasfoú, d'après le nom de Yossef) aux bénédictions de mes parents ». Non seulement dans l'espace, de haut en bas (non seulement l'anatomie de la terre, la force de la terre, la force qui enfante et la force qui nourrit), mais aussi dans le temps, toutes les bénédictions des pères se joindront à ma bénédiction.
עַד-תַּאֲוַת גִּבְעֹת עוֹלָם תִּהְיֶיןָ לְרֹאשׁ יוֹסֵף וּלְקָדְקֹד נְזִיר אֶחָיו׃
ad-ta'avát giv'ót olám tihyéna leróch yosséf oulkodkód nezír e'háv
…et comme par la passion des collines de la terre, à faire envie aux collines terrestres, cette bénédiction demeurera sur la tête de Yossef, sur le sommet du crâne du plus élu des frères.
La plus belle bénédiction, la plus profonde, c'est Yossef qui la reçoit ici. Tout l'univers bénit Yossef, tout est accordé à sa bénédiction. Nous savons que c'est aussi une préfiguration du Machia'h, qui demeurera, « le plus élu des frères ».
C'est la fin du verset 26. Au verset 27 nous lisons la bénédiction de Binyamin. Binyamin est le plus jeune des fils de Yaakov, et à son sujet il est dit :
בִּנְיָמִין זְאֵב יִטְרָף בַּבֹּקֶר יֹאכַל עַד וְלָעֶרֶב יְחַלֵּק שָׁלָל׃
binyamín ze'év yitráf babbóker yokhal ad vela'érev ye'hallék chalál
27 Binyamin – un loup, il abattra au matin et mangera, et jusqu'au soir il partagera le butin.
Binyamin vit de petites opérations militaires, d'un travail quotidien, mais, d'un autre côté, il ne se surmène pas. Il sortira tôt le matin et se procurera du butin.
Beaucoup d'historiens disent que la tribu de Binyamin habitait près de la route des caravanes et s'occupait, entre autres, d'attaquer les caravanes ou de garder les caravanes – selon les cas, et s'occupait aussi de toutes sortes de pillages des pillards, et ainsi de suite. C'est-à-dire que la tribu de Binyamin vit de la guerre, d'un travail mercenaire de courte durée, mais gagne assez bien. Cela, nous le voyons, et plus loin dans l'Écriture nous verrons qu'au sujet de la tribu de Binyamin (bien qu'elle soit petite, bien que, semblerait-il, eh bien, lequel des frères appeler ici un loup, car Binyamin, tout au long du livre de Béréchit, paraît une espèce de mauviette), c'est précisément à son sujet que Yaakov parle, révèle en lui la force du loup, la poigne du loup, ce sont précisément ses descendants qui seront des guerriers.
Et là-dessus, à proprement parler, la bénédiction de Yaakov se termine, et nous lisons :
כָּל-אֵלֶּה שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל שְׁנֵים עָשָׂר וְזֹאת אֲשֶׁר-דִּבֶּר לָהֶם אֲבִיהֶם וַיְבָרֶךְ אוֹתָם אִישׁ אֲשֶׁר כְּבִרְכָתוֹ בֵּרַךְ אֹתָם׃
kol-élle chivté yisraél cheném assár vezót acher-dibbér lahém avihém vayvárekh otám ich achér kevirkható berákh otám
28 Tout cela – des tribus d'Israël, douze. c'est ce que leur a dit leur père, et il les a bénis chacun, selon sa bénédiction il les a bénis.
Je l'ai déjà dit, qu'il est impossible de bénir tous les fils, tous les gens de la même façon. Ce qui à l'un paraît une bénédiction, pour un autre ne sera pas du tout une bénédiction. Yaakov montre ici – peut-être nous semblait-il qu'il était détaché de sa famille, qu'il n'observait pas ses fils – Yaakov nous montre ici qu'il connaît bien la nature de ses fils, et il est inspiré par l'esprit de chacun de ses fils, et il instruit par une bénédiction correspondant à chacun.
וַיְצַו אוֹתָם וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם אֲנִי נֶאֱסָף אֶל-עַמִּי קִבְרוּ אֹתִי אֶל-אֲבֹתָי אֶל-הַמְּעָרָה אֲשֶׁר בִּשְׂדֵה עֶפְרוֹן הַחִתִּי׃
vaytsáv otám vayomer alehém aní ne'essáf el-ammí kivroú otí el-avotáy el-hamme'ará achér bisdé efrón ha'hittí
29 Et il leur ordonna, et leur dit : « Je me joins à mon peuple (c'est-à-dire, cela signifie – je vais mourir ; il y a beaucoup de métaphores pour la mort dans la Torah). Enterrez-moi avec mes pères, dans la grotte qui est chez Éfron le Hittite (nous nous souvenons comment Avraham a acheté cette grotte),
בַּמְּעָרָה אֲשֶׁר בִּשְׂדֵה הַמַּכְפֵּלָה אֲשֶׁר עַל-פְּנֵי-מַמְרֵא בְּאֶרֶץ כְּנָעַן אֲשֶׁר קָנָה אַבְרָהָם אֶת-הַשָּׂדֶה מֵאֵת עֶפְרֹן הַחִתִּי לַאֲחֻזַּת-קָבֶר׃
bamme'ará achér bisdé hammakhpelá acher-al-pené mamré be'érets kená'an achér kaná avrahám et-hassadé me'ét efrón ha'hittí la'a'houzzat-káver
30 dans la caverne qui est dans le champ de Makhpéla, qui est à Mamré, au pays de Canaan, qu'Avraham a achetée à Éfron le Hittite en possession pour la sépulture.
שָׁמָּה קָבְרוּ אֶת-אַבְרָהָם וְאֵת שָׂרָה אִשְׁתּוֹ שָׁמָּה קָבְרוּ אֶת-יִצְחָק וְאֵת רִבְקָה אִשְׁתּוֹ וְשָׁמָּה קָבַרְתִּי אֶת-לֵאָה׃
chámma kaveroú et-avrahám ve'ét sará ichtó chámma kaveroú et-yits'hák ve'ét rivká ichtó vechámma kavárti et-le'á
31 Là on a enterré Avraham et sa femme Sara ; là on a enterré Yits'hak et sa femme Rivka ; là j'ai enterré aussi Léa,
מִקְנֵה הַשָּׂדֶה וְהַמְּעָרָה אֲשֶׁר-בּוֹ מֵאֵת בְּנֵי-חֵת׃
mikné hassadé vehamme'ará acher-bó me'ét bene-'het
32 là, sur le champ acquis avec la caverne, qui provient des fils de 'Het ».
Au verset 33 nous faisons nos adieux à Yaakov. La plus grande partie du livre de Béréchit, il a été avec nous ; la plus grande partie du livre de Béréchit est consacrée à l'histoire de Yaakov. Mais nous lisons :
וַיְכַל יַעֲקֹב לְצַוֹּת אֶת-בָּנָיו וַיֶּאֱסֹף רַגְלָיו אֶל-הַמִּטָּה וַיִּגְוַע וַיֵּאָסֶף אֶל-עַמָּיו׃
vaykhál yaakóv letsavvót et-banáv vaye'essóf ragláv el-hammittá vayigvá vaye'ássef el-ammáv
33 Et Yaakov acheva de donner ses ordres à ses fils, et il leva ses pieds sur le lit, et il parvint (ou arriva), et il se joignit à son peuple.
Il y a un tel verbe étrange, il a achevé son chemin, il a achevé ses souffrances, et il s'est joint à son peuple. Le livre de Béréchit arrive presque à sa toute fin, et nous commençons un triste adieu à ses héros.
Nous achevons d'étudier la section hebdomadaire Vayé'hi. Avec elle nous achevons d'étudier aussi tout le livre de Béréchit, le premier livre de la Torah. Nous nous sommes arrêtés, vous et moi, sur le fait que Yaakov a béni ses enfants, chacun par sa bénédiction particulière, a replié ses pieds sur le lit et est mort.
וַיִּפֹּל יוֹסֵף עַל-פְּנֵי אָבִיו וַיֵּבְךְּ עָלָיו וַיִּשַּׁק-לוֹ׃
vayippól yosséf al-pené avív vayévk aláv vayichak-ló
1 Et Yossef tomba sur le visage de son père, Yaakov, et il pleura sur lui, et il l'embrassa.
Beaucoup de commentateurs sont gênés, parce que dans la tradition juive moderne il n'y a pas de coutume d'embrasser les morts. On considère qu'un homme mort, aussi juste qu'il ait été, est impur, et que c'est là un contact avec l'impur, et l'on pose la question : pourquoi Yossef l'a-t-il embrassé ? La tradition dit que Yaakov, en tant que juste, n'était pas tout à fait mort, que le corps d'un juste ne souille pas tout à fait. Mais on peut aussi dire qu'en ces temps-là les gens ne vivaient pas encore absolument selon la Torah. Yossef, dans un élan de sentiments, embrasse son père qui vient de mourir, encore chaud, et il ne faut sans doute rien chercher d'étonnant à cela.
וַיְצַו יוֹסֵף אֶת-עֲבָדָיו אֶת-הָרֹפְאִים לַחֲנֹט אֶת-אָבִיו וַיַּחַנְטוּ הָרֹפְאִים אֶת-יִשְׂרָאֵל׃
vaytsáv yosséf et-avadáv et-harofeím la'hanót et-avív vaya'hantoú harofeím et-yisraél
2 Et Yossef ordonna, Yossef commanda à ses serviteurs – aux médecins de momifier (ou d'embaumer) son père, et les médecins embaumèrent, momifièrent Israël.
Le mot 'hanoút signifie momie. Littéralement la'hanót signifie s'épanouir, faire un bourgeon. Quand les Égyptiens faisaient des momies, ils faisaient en conséquence quelque chose d'où s'épanouira ensuite une vie nouvelle, ils faisaient un corps destiné à une vie nouvelle. D'où une certaine consonance, bien que le mot ne soit pas sémitique. Beaucoup de commentateurs disent que la'hanót – c'est précisément préparer un petit bouton ou un petit bourgeon. Mais il reste tout de même aussi le sens direct et simple de la Torah, que 'hanitá – c'est la préparation de la momie.
Les commentateurs disent, et il y a là une certaine vérité historique, que, quand on préparait habituellement le corps du défunt à la momification, on retirait les organes internes : d'abord on retirait le cerveau par les narines, puis on faisait une incision et on retirait les organes internes de la cavité, on remplissait l'espace de toutes sortes de remèdes et ainsi de suite. Les commentateurs disent : « Puisque cela contredit l'esprit même du judaïsme, cela est étranger aux Juifs, et puisque Yossef croyait sûrement à la résurrection des morts, l'embaumement de Yaakov s'est fait selon une tradition particulière, ses organes internes n'ont pas été retirés ». Une telle question est posée, et il nous est difficile d'admettre que Yaakov, le Patriarche du peuple d'Israël, ait été et soit devenu une momie égyptienne. D'habitude on voudrait que ce ne soit pas une momie ordinaire, d'où de telles idées. Il est tout à fait possible qu'il en ait été ainsi. Il y a de très nombreux renseignements différents sur les différentes méthodes de momification en Égypte ; ils sont fragmentaires, mais ils sont nombreux, et il est d'autant plus difficile de les comprendre.
וַיִּמְלְאוּ-לוֹ אַרְבָּעִים יוֹם כִּי כֵּן יִמְלְאוּ יְמֵי הַחֲנֻטִים
vayimleou-ló arbá'im yom ki ken yimleoú yemé ha'hanoutím
3 Et quarante jours s'accomplirent, car ainsi s'accomplissent les jours de la momification…
Hérodote rapporte qu'on momifiait pendant soixante-dix jours ; d'autres donnent le nombre de cinquante jours, de quatre-vingt-dix jours. À une période assez tardive, un historien, auteur des premiers livres d'histoire universelle, un homme du nom de Diodore de Sicile, qui, comme il n'est pas difficile de le deviner, vivait en Sicile, écrit dans l'histoire de l'Égypte qu'on momifiait quarante à quarante-deux jours (c'est ce qui convient ici) et qu'ensuite on laissait la momie et on la livrait aux lamentations encore trente jours. Et si nous lisons plus loin :
וַיִּבְכּוּ אֹתוֹ מִצְרַיִם שִׁבְעִים יוֹם׃
vayivkoú otó mitsráyim chiv'ím yom
…et les Égyptiens le pleurèrent soixante-dix jours
On peut dire que c'est quarante et trente jours de deuil. Trente jours, nous nous en souvenons, on a pleuré Moché et Aharon, c'est une tradition connue. Ensemble cela fait soixante-dix jours de deuil.
וַיַּעַבְרוּ יְמֵי בְכִיתוֹ וַיְדַבֵּר יוֹסֵף אֶל-בֵּית פַּרְעֹה לֵאמֹר
vaya'avroú yemé vekhitó vaydabbér yosséf el-bét par'ó lemór
4 Et les jours où on le pleura passèrent, et Yossef se mit à parler, Yossef s'adressa à la maison de Pharaon, en disant…
On peut se poser la question : pourquoi Yossef ne vient-il pas chez Pharaon en personne ? Apparemment, auparavant il, tranquillement – bon, il n'ouvrait pas la porte de Pharaon d'un coup de pied, mais il avait accès auprès de Pharaon. Pourquoi maintenant Yossef parle-t-il avec la maison de Pharaon ? Peut-être parce que depuis la famine 12 ans ont déjà passé, Yossef n'est plus un homme aussi nécessaire dans la maison de Pharaon, et le lien s'est affaibli. Une autre raison est aussi possible : Yossef est encore en vêtements de deuil, il porte le cilice, et il ne lui convient pas de paraître ainsi devant Pharaon. C'est pourquoi il cherche par qui parler, et il s'adresse aux serviteurs, au secrétariat de la maison de Pharaon, et il leur dit :
אִם-נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֵיכֶם דַּבְּרוּ-נָא בְּאָזְנֵי פַרְעֹה לֵאמֹר׃
im-ná matsáti 'hen be'enekhém dabberou-ná be'ozné far'ó lemór
… si j'ai trouvé grâce à vos yeux, dites à l'oreille de Pharaon, en disant (c'est-à-dire, faites parvenir à Pharaon ceci) :
אָבִי הִשְׁבִּיעַנִי לֵאמֹר הִנֵּה אָנֹכִי מֵת בְּקִבְרִי אֲשֶׁר כָּרִיתִי לִי בְּאֶרֶץ כְּנַעַן שָׁמָּה תִּקְבְּרֵנִי וְעַתָּה אֶעֱלֶה-נָּא וְאֶקְבְּרָה אֶת-אָבִי וְאָשׁוּבָה׃
aví hichbi'áni lemór hinné anokhí met bekivrí achér karíti li be'érets kená'an chámma tikberéni ve'attá e'ele-ná ve'ekberá et-aví ve'achoúva
5 Mon père m'a adjuré, m'a soumis à un serment, en disant : « Et voici, je meurs ; dans le tombeau, dans la caverne qui a été acquise pour moi au pays cananéen, là enterre-moi ». Et maintenant, permets-moi donc de monter, et d'enterrer mon père, et de revenir.
Nous avons dit la dernière fois que Yaakov n'a pas simplement demandé ou légué à son fils Yossef de l'enterrer non pas en Égypte, mais dans la caverne de Makhpéla, qu'Avraham avait achetée, et qu'il l'a soumis à un serment. C'est maintenant le moment d'en faire usage. À Pharaon Yossef dit : « J'ai juré à mon père mourant ». C'est une raison valable pour dire : bon, le père le voulait ainsi, et c'est pourquoi nous ne l'enterrons pas en Égypte. Que faire, Pharaon est tout de même un homme qui respecte les traditions, et puis les anciennes relations avec Yossef obligent, et il a vu Yaakov, et Yaakov en son temps l'a béni.
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה עֲלֵה וּקְבֹר אֶת-אָבִיךָ כַּאֲשֶׁר הִשְׁבִּיעֶךָ׃
vayomer par'ó ale oukvór et-avíkha ka'achér hichbi'ékha
6 Et Pharaon dit : « Monte et enterre ton père, comme il a exigé de toi un serment, comme il t'a adjuré ».
וַיַּעַל יוֹסֵף לִקְבֹּר אֶת-אָבִיו וַיַּעֲלוּ אִתּוֹ כָּל-עַבְדֵי פַרְעֹה זִקְנֵי בֵיתוֹ וְכֹל זִקְנֵי אֶרֶץ-מִצְרָיִם׃
vayá'al yosséf likbór et-avív vaya'aloú ittó kol-avdé far'ó zikné vetó vekhól zikné erets-mitsráyim
7 Et Yossef monta pour enterrer son père, et montèrent avec lui tous les serviteurs de Pharaon (bien entendu, ce ne sont pas absolument tous les serviteurs de Pharaon qui montèrent avec lui, mais avec lui monta toute la suite, tous ceux qui accompagnent d'habitude Pharaon), les anciens de la maison (tous les courtisans honorables, l'académie des sciences de Pharaon, ces mêmes maîtres, peut-être ces prêtres qui, plusieurs siècles plus tard, discuteront avec Moché), tous les citoyens honorables d'Égypte, tous les vieillards égyptiens, tous montèrent avec lui.
וְכֹל בֵּית יוֹסֵף וְאֶחָיו וּבֵית אָבִיו
vekhól bet yosséf ve'e'háv ouvét avív
8 Et toute la maison de Yossef, et ses frères, et toute la maison de son père…
La maison du père, nous l'avons dit, ce sont les femmes des fils. Ainsi donc, montèrent : Yossef, la domesticité égyptienne, les anciens égyptiens, tous les travailleurs et l'intelligentsia égyptiens, les frères de Yossef et leurs femmes.
רַק טַפָּם וְצֹאנָם וּבְקָרָם עָזְבוּ בְּאֶרֶץ גֹּשֶׁן׃
rak tappám vetsonám ouvkarám azevoú be'érets góchen
…seulement leurs petits, et leur petit bétail, et leur gros bétail, ils les laissèrent au pays de Gochen.
Nous pouvons voir ici qu'ils vivent toujours au pays de Gochen. Quand nous commencerons à étudier le livre de Chémot, ce sera important et intéressant pour nous. Il est intéressant que les Pharaons aient progressivement transféré la capitale à Ramsès, plus près du pays de Gochen. C'est précisément pour cela que, comme nous le lirons dans le livre de Chémot, Miryam n'a pas couru longtemps derrière l'arche le long de la rive du Nil. S'ils avaient jeté l'arche au pays de Gochen et que la capitale avait été l'ancienne, la pauvre Miryam aurait dû courir quelque deux cents kilomètres. Les Juifs sont bien restés au pays de Gochen, mais la capitale, elle, a déménagé. Bon, cela n'a pas tout à fait de rapport avec le sujet maintenant, j'anticipe.
וַיַּעַל עִמּוֹ גַּם-רֶכֶב גַּם-פָּרָשִׁים וַיְהִי הַמַּחֲנֶה כָּבֵד מְאֹד׃
vayá'al immó gam-rékhev gam-parachím vayhí hamma'hané kavéd me'ód
9 Et des chars aussi montèrent avec lui (mais pas des merkavót, pas ces grands chars que Pharaon envoyait en son temps), et des cavaliers (et tout cela, c'est la garde) ; et le camp était très lourd, très fourni en équipement.
C'est-à-dire que Yossef ne prend pas simplement un petit cercueil avec Yaakov pour monter au pays d'Israël l'enterrer. Une immense procession s'avance, avec un lourd équipement, avec des cavaliers et, apparemment, avec une grande quantité d'objets précieux. Tout cela s'avance en direction du pays d'Israël.
וַיָּבֹאוּ עַד-גֹּרֶן הָאָטָד אֲשֶׁר בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן
vayavóou ad-góren ha'atád achér be'éver hayardén
10 Et ils arrivèrent à l'aire d'Otéd, au passage du Jourdain …
L'aire, ce n'est pas simplement l'endroit où l'on crible le grain, ce n'est qu'une des significations. C'est un endroit large dans la vallée, toujours l'endroit le plus large dans la vallée, un endroit très commode. Beaucoup de chercheurs, d'historiens, disent que c'est dans la région de l'actuelle Yéri'ho (et nous en dirons ensuite encore un peu, un tout petit peu).
Ici on ne comprend pas très bien s'ils ont traversé le Jourdain, et que c'était de l'autre côté du Jourdain par rapport à eux, ou si c'est l'auteur, qui se trouve au pays d'Israël, qui nous écrit que c'était au passage du Jourdain. Mais, très probablement, c'est la première chose. Ils ont traversé le Jourdain, et ils venaient seulement d'entrer au pays d'Israël, et le deuil a continué. Pourquoi ? Parce que, très probablement, selon les traditions de ce temps-là, se sont joints les Yichmaélites, et les descendants d'Essav, et tous ceux qui n'avaient pas été en Égypte se sont joints à la procession funèbre. Quand quelqu'un se joint à une procession funèbre, le deuil reprend, certains même déchirent encore leurs vêtements. Il y a de tels moments bouleversants dans les funérailles, quand tous sont de nouveau saisis par une douleur qui s'intensifie. Ainsi donc, ils ont traversé le Jourdain :
וַיִּסְפְּדוּ-שָׁם מִסְפֵּד גָּדוֹל וְכָבֵד מְאֹד וַיַּעַשׂ לְאָבִיו אֵבֶל שִׁבְעַת יָמִים׃
vayispedou-chám mispéd gadól vekhavéd me'ód vayá'as le'avív ével chiv'át yamím
…et là ils firent un deuil, une lamentation, grande et lourde, et il fit un deuil pour son père sept jours.
Sept jours – ce sont jusqu'à aujourd'hui les jours de deuil que le juif croyant passe assis pour ses proches : pour un père, pour une épouse, pour une mère, pour un fils, pour une fille, à Dieu ne plaise. Cela est lié aussi aux sept jours de la Création, et simplement au nombre symbolique sept, il y a à cela beaucoup d'interprétations différentes. Et quand nous nous marions, nous accomplissons aussi sept jours de bénédiction. Le parallèle qui s'impose le plus, comme je l'ai dit, c'est avec les sept jours de la Création.
וַיַּרְא יוֹשֵׁב הָאָרֶץ הַכְּנַעֲנִי אֶת-הָאֵבֶל בְּגֹרֶן הָאָטָד וַיֹּאמְרוּ אֵבֶל-כָּבֵד זֶה לְמִצְרָיִם עַל-כֵּן קָרָא שְׁמָהּ אָבֵל מִצְרַיִם אֲשֶׁר בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן׃
vayár yochév ha'árets hakkena'aní et-ha'ével begóren ha'atád vayomeroú evel-kavéd ze lemitsráyim al-kén kará chemá avél mitsráyim achér be'éver hayardén
11 Et la population du pays de Canaan vit le deuil dans cette aire, et ils dirent : « Voici, c'est un deuil lourd pour les Égyptiens ». et c'est pourquoi on appela son nom (le nom de cette localité) « deuil égyptien », qui est au-delà du Jourdain.
En effet, dans le pays d'Israël, il y a plusieurs dizaines d'endroits dont le nom contient le mot avél (deuil). Le plus souvent, ils contiennent des cimetières, et dans cette région, que les historiens ont identifiée comme Avél Mitsráyim, et dans plusieurs autres régions à côté, il y a des sépultures d'Égyptiens. L'Égypte a occupé pendant un certain temps le pays d'Israël, et ils n'enterraient pas leurs hommes en service, ne les descendaient pas en Égypte, ne les enterraient pas dans des « tombes du soldat inconnu », mais leur construisaient de petites sépultures, et il y en a plusieurs de ce genre dans le pays d'Israël, y compris là-bas, près de Jéricho. Peut-être que, par la suite, d'après le nom de ce lieu, c'est là qu'est apparu le cimetière égyptien.
וַיַּעֲשׂוּ בָנָיו לוֹ כֵּן כַּאֲשֶׁר צִוָּם׃
vaya'asoú vanáv lo kén ka'achér tsivvám
12 Et les fils lui firent tout, comme il le leur avait ordonné.
וַיִּשְׂאוּ אֹתוֹ בָנָיו אַרְצָה כְּנַעַן וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ בִּמְעָרַת שְׂדֵה הַמַּכְפֵּלָה אֲשֶׁר קָנָה אַבְרָהָם אֶת-הַשָּׂדֶה לַאֲחֻזַּת-קֶבֶר מֵאֵת עֶפְרֹן הַחִתִּי עַל-פְּנֵי מַמְרֵא׃
vayis'oú otó vanáv ártsa kena'án vayikberoú otó bim'arát sedé hammakhpelá achér kaná avrahám et-hassadé la'a'houzzát-kéver me'ét efrón ha'hittí al-pené mamré
13 Et ses fils le transportèrent au pays de Canaan, et l'enterrèrent dans la caverne du champ de Makhpéla, à cet endroit même qu'Avraham avait acheté comme possession funéraire, qui avait été acheté à Éfron le Hittite à Mamré.
Pourquoi est-ce important maintenant ? Et nous en avons parlé alors. Avraham voulait que ce ne soit pas un terrain agricole, qui dépendrait du travail de la terre, mais précisément un terrain funéraire. Et c'est pourquoi on a pu le conserver pendant tout le temps où Israël ne travaillait pas ce sol et était même tout à fait absent de 'Hévron.
וַיָּשָׁב יוֹסֵף מִצְרַיְמָה הוּא וְאֶחָיו וְכָל-הָעֹלִים אִתּוֹ לִקְבֹּר אֶת-אָבִיו; אַחֲרֵי קָבְרוֹ אֶת-אָבִיו׃
vayachóv yosséf mitsráyma hou ve'e'háv vekhol-ha'olím ittó likbór et-avív a'haré kovró et-avív
14 Et Yossef retourna en Égypte, lui et ses frères, et tous ceux qui étaient montés avec lui pour enterrer son père, après l'enterrement de son père.
C'est-à-dire que Yossef, comme il l'avait promis à Pharaon, retourna en Égypte. Ce n'est pas comme otages, bien sûr, qu'ils laissaient les enfants et le bétail, mais parce qu'il leur était difficile de monter avec les enfants. Et une question se pose (elle se pose d'ailleurs pas seulement ici, elle se pose aussi plus tôt) : pourquoi donc ne sont-ils pas montés tout de suite, dès que la famine a pris fin ? La famine a pris fin, on pouvait retourner dans le pays d'Israël, ils avaient même là-bas quelques biens qu'on aurait pu utiliser d'une manière ou d'une autre. Néanmoins le peuple reste, il s'est installé en Égypte, et il y a en cela un dessein et une providence du Très-Haut.
Au verset 15, nous lisons quelque chose d'étrange :
וַיִּרְאוּ אֲחֵי-יוֹסֵף כִּי-מֵת אֲבִיהֶם
vayir'oú a'he-yosséf ki-mét avihém
15 Et les frères de Yossef virent que leur père était mort…
Bon, ce n'est pas seulement maintenant qu'ils l'ont vu, ils étaient bien allés l'enterrer. On veut dire que, dès qu'ils ont vu qu'il était mort, ils ont pensé ce qui va être raconté maintenant.
וַיֹּאמְרוּ לוּ יִשְׂטְמֵנוּ יוֹסֵף וְהָשֵׁב יָשִׁיב לָנוּ אֵת כָּל-הָרָעָה אֲשֶׁר גָּמַלְנוּ אֹתוֹ׃
vayomeroú lou yisteménou yosséf vehachév yachív lánou et kol-hara'á achér gamálnou otó
…et ils dirent, ils se dirent : « Voilà, maintenant Yossef va nous prendre en haine et pour tout le mal que nous lui avons fait, maintenant il va régler ses comptes avec nous ».
Nous nous souvenons que déjà Essav avait suffisamment de tact, et disait : « Quand papa mourra, et quand nous l'aurons pleuré, alors je tuerai Yaakov ». Et les frères comprennent que oui, Yossef a pu se retenir, pour ne pas commencer du vivant de papa une vendetta dans la famille, mais maintenant il va certainement se venger d'eux. Les frères ont longtemps, sans doute, réfléchi, et voici ce qu'ils ont imaginé.
וַיְצַוּוּ אֶל-יוֹסֵף לֵאמֹר
vaytsavoú el-yosséf lemór
16 Et ils ordonnèrent à Yossef, en disant :…
Que signifie : ils ordonnèrent à Yossef ? Ils ne sont apparemment pas en position de donner des ordres à Yossef. Très probablement, ils parlaient par l'intermédiaire de Bilha, c'est-à-dire qu'ils ont trouvé un certain moyen d'agir sur Yossef et, par l'intermédiaire de Bilha, ont commencé à lui transmettre ce que Yaakov n'avait jamais dit, c'est leur propre initiative.
אָבִיךָ צִוָּה לִפְנֵי מוֹתוֹ לֵאמֹר׃
avíkha tsivvá lifné motó lemór
… « ton père a promis avant sa mort, en disant :
כֹּה-תֹאמְרוּ לְיוֹסֵף אָנָּא שָׂא נָא פֶּשַׁע אַחֶיךָ וְחַטָּאתָם כִּי-רָעָה גְמָלוּךָ וְעַתָּה שָׂא נָא לְפֶשַׁע עַבְדֵי אֱלֹהֵי אָבִיךָ וַיֵּבְךְּ יוֹסֵף בְּדַבְּרָם אֵלָיו׃
ko-tomeroú leyosséf anná sa na pécha a'hékha ve'hattatám ki-ra'á
gemaloúkha ve'attá sa na lefécha avdé elohé avíkha vayévk yosséf
bedabberám eláv
17 « Ainsi direz-vous à Yossef : “s'il te plaît, porte le forfait de tes frères et leur péché, parce que c'est du mal qu'ils t'ont fait. maintenant donc, porte, s'il te plaît (troisième fois na ; cette petite particule na – une petite particule si persuasive – porte donc, porte, s'il te plaît) le forfait des serviteurs du Dieu de ton père” ». Et Yossef pleura quand on lui transmettait cela.
Sur quoi pleurait-il ? Pleurait-il de ce qu'il devinait que Yaakov n'avait pas dit une telle chose ? Peut-être pensaient-ils que Yaakov le lui avait raconté, mais il ne le lui avait pas raconté. Et ici on voit que les frères ont sorti cet argument parce qu'ils avaient peur que Yossef se venge d'eux, et, très probablement, Yaakov n'avait rien prescrit de tel. Ou bien Yossef pleurait parce qu'il comprenait que les frères pensaient encore ainsi de lui. Ou bien Yossef pleurait simplement parce qu'il se rappelait tout ce qui se passait en général dans sa famille, et il y avait, il y avait de quoi pleurer pour Yossef.
וַיֵּלְכוּ גַּם-אֶחָיו וַיִּפְּלוּ לְפָנָיו וַיֹּאמְרוּ הִנֶּנּוּ לְךָ לַעֲבָדִים׃
vayelekhoú gam-e'háv vayippeloú lefanáv vayomeroú hinnénou lekhá la'avadím
18 Et alors ses frères vinrent (j'ai dit que, très probablement, ils ne parlaient pas eux-mêmes, mais par l'intermédiaire, peut-être, de Bilha ; simplement Bilha s'impose comme l'un des rares candidats par l'intermédiaire desquels on pouvait parler), et tombèrent devant lui et dirent : « Voici, nous sommes tes esclaves ».
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יוֹסֵף אַל-תִּירָאוּ כִּי הֲתַחַת אֱלֹהִים אָנִי׃
vayomer alehém yossef al-tiráou ki hatá'hat elohím ani
19 Et Yossef leur dit : « N'ayez pas peur, suis-je donc à la place de Dieu ?
Il a dit la même phrase que son père, en son temps, avait dite à sa mère, quand sa mère avait demandé, avait dit : « Donne-moi des enfants, ou je mourrai ». Et Yaakov alors a dit : « Je ne suis pas à la place de Dieu, qui a fermé ton sein ». Yossef répète la même phrase et dit : « Je ne suis pas à la place de Dieu, pour vous punir. Dieu dirige ce monde, à lui la vengeance et la rétribution. Je ne vais d'aucune manière ni vous punir, ni vous juger ».
וְאַתֶּם חֲשַׁבְתֶּם עָלַי רָעָה אֱלֹהִים חֲשָׁבָהּ לְטֹבָה לְמַעַן עֲשֹׂה כַּיּוֹם הַזֶּה לְהַחֲיֹת עַם-רָב׃
ve'attém 'hachavtém aláy ra'á elohím 'hachavá letová lemá'an assó kayom hazzé leha'hayot am-ráv
20 Vous pensiez du mal à mon sujet (ou vous projetiez le mal contre moi), mais Dieu l'a projeté pour le bien, afin qu'aujourd'hui on puisse nourrir une grande quantité de peuple.
וְעַתָּה אַל-תִּירָאוּ אָנֹכִי אֲכַלְכֵּל אֶתְכֶם וְאֶת-טַפְּכֶם וַיְנַחֵם אוֹתָם וַיְדַבֵּר עַל-לִבָּם׃
ve'attá al-tiráou anokhí akhalkél etkhém ve'et-tappekhém vayna'hém otám vaydabbér al-libbám
22 N'ayez pas peur que je vous tue (et en plus de ne pas vous tuer, je ne me vengerai pas de vous), je vais vous entretenir, je vais m'occuper de votre économie, je vais m'occuper de votre subsistance et de celle de vos enfants ». Et Yossef les consolait, et parlait à leur cœur.
La racine ókhel – nourriture, nourrir ; de là aussi la racine kalkalá -économie.
Quelle hauteur d'esprit chez Yossef, qu'il ne se contente pas de pardonner généreusement à ses frères, mais qu'il les persuade aussi qu'il leur a pardonné. Voilà de qui on peut apprendre la force du pardon, et quand il le faut, et quand c'est approprié, et quand le pardon vient de Dieu.
וַיֵּשֶׁב יוֹסֵף בְּמִצְרַיִם הוּא וּבֵית אָבִיו וַיְחִי יוֹסֵף מֵאָה וָעֶשֶׂר שָׁנִים׃
vayéchev yosséf bemitsráyim hou ouvét avív vay'hí yosséf me'á va'ésser chaním
22 Et Yossef habita en Égypte, lui et la maison de son père, et Yossef vécut cent dix ans.
וַיַּרְא יוֹסֵף לְאֶפְרַיִם,בְּנֵי שִׁלֵּשִׁים גַּם בְּנֵי מָכִיר בֶּן-מְנַשֶּׁה יֻלְּדוּ עַל-בִּרְכֵּי יוֹסֵף׃
vayár yosséf le'efráyim bené chillechím gam bené makhír ben-menaché youlledoú al-birké yosséf
23 Et Yossef vit chez Éfraïm la quatrième génération, les fils de la troisième génération, et les arrière-petits-enfants issus de Ménaché, eux aussi naquirent sur les genoux de Yossef.
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-אֶחָיו אָנֹכִי מֵת
vayomer yosséf el-e'háv anokhí met
24 Et Yossef dit à ses frères : « Voici, je meurs » …
Faites attention, les gens de cette époque distribuaient des testaments, distribuaient des instructions d'une main chaude, avaient conscience de l'approche de la mort, y étaient prêts et réglaient leurs affaires avant de mourir. C'est pourquoi Yossef, comme Yaakov, dit :
וֵאלֹהִים פָּקֹד יִפְקֹד אֶתְכֶם וְהֶעֱלָה אֶתְכֶם מִן-הָאָרֶץ הַזֹּאת אֶל-הָאָרֶץ
אֲשֶׁר נִשְׁבַּע לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיַעֲקֹב׃
velohím pakód yifkód etkhém vehe'elá etkhém min-ha'árets hazzót el-ha'árets achér nichbá le'avrahám leyits'hák oulya'ákov
…mais le SEIGNEUR vous visitera d'une visite, vous gardera, et vous fera monter de ce pays vers le pays au sujet duquel il a juré à Avraham, à Yits'hak et à Yaakov.
וַיַּשְׁבַּע יוֹסֵף אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר פָּקֹד יִפְקֹד אֱלֹהִים אֶתְכֶם וְהַעֲלִתֶם אֶת-עַצְמֹתַי מִזֶּה׃
vayachbá yosséf et-bené yisraél lemór pakód yifkód elohím etkhém veha'alitém et-atsmotáy mizzé
25 Et Yossef adjura les fils d'Israël, en disant : « Dieu vous visitera d'une visite, et vous ferez monter mes os de cette terre ».
Yossef dit souvent (il l'a dit aussi à son père, quand Yaakov a demandé : « Qui est-ce ? ») : « Ce sont mes enfants, que m'a donnés le SEIGNEUR en ceci, ici, dans ce pays ». Et là il dit : « Faites monter mes os “d'ici”, peut-on dire en langage simple, sans mentionner l'Égypte, en disant que c'est un lieu intermédiaire, une sorte d'étape qu'on peut aussi ne pas mentionner, bien que Yossef en Égypte soit une figure importante.
Le dernier verset du livre de Béréchit :
וַיָּמָת יוֹסֵף בֶּן-מֵאָה וָעֶשֶׂר שָׁנִים וַיַּחַנְטוּ אֹתוֹ וַיִּישֶׂם בָּאָרוֹן בְּמִצְרָיִם׃
vayámot yosséf ben-me'á va'ésser chaním vaya'hantoú otó vayíssem ba'arón bemitsráyim
26 Et Yossef mourut à l'âge de cent dix ans, et on l'embauma, et on le mit dans un cercueil en Égypte.
Voilà une fin si rapide pour une longue histoire. Toute l'histoire de l'univers, puis l'histoire de la création du peuple juif, toute la vie des Pères – dans le livre de Béréchit.
Nous nous arrêterons sur la conversation de Yaakov et de Yossef. Yaakov demande à Yossef de ne pas l'enterrer en Égypte. Yaakov lui dit : « Mets ta main sous ma cuisse ». Cela signifie prêter serment. Et quand Yossef lui répond, Yossef dit simplement : « Je ferai comme tu as dit ». Alors Yaakov répète la demande de prêter serment, il dit : « Jure ». Et Yossef jure.
Dans la Torah, un peu plus tôt, il y a une demande semblable d'Avraham. Au chapitre 24 du livre de Béréchit, Avraham dit à Éliézer : « Mets ta main sous ma cuisse, et je prendrai de toi un serment devant le SEIGNEUR ». Et que fait l'esclave ? Au verset 9 du même chapitre il est écrit : « L'esclave mit sa main sous la cuisse d'Avraham et lui prêta serment ». Nous voyons une certaine différence. L'esclave d'Avraham, Éliézer, prête aussitôt serment. À la différence de lui, Yossef dit d'abord simplement : « Je ferai comme tu as dit ». C'est seulement ensuite, à la demande de son père, que Yossef prête tout de même serment. Pourquoi une telle différence ?
Les commentateurs juifs disent que c'est la différence entre l'esclave et le fils. L'esclave est un homme non libre. Il faut le lier, comme avec des chaînes, par la promesse d'un serment. Il ne peut rien faire librement. À la différence de lui, le fils est un homme libre et peut pratiquer lui-même l'obéissance, obéir à son père. C'est pourquoi il suffisait à Yossef de répondre simplement : « Je ferai selon ta parole ». Il n'avait pas à jurer. Et pourtant, on ne comprend alors pas pourquoi Yaakov insiste sur le serment.
Pour trouver la réponse à cette question, il faut se tourner vers la conversation de Yossef et de Pharaon, plus tard. Yossef, se tenant devant Pharaon, est un homme non libre. Il possède un très grand pouvoir, mais il est encore esclave. Yossef dit à Pharaon, il commence son adresse à Pharaon par les mots : « Mon père m'a lié par un serment ». Yossef ne pouvait pas venir chez Pharaon et dire : « Mon père m'a demandé ». Il ne pouvait même pas dire : « J'ai promis ». C'est important, mais ce n'est pas un argument suffisant pour Pharaon. C'est pourquoi Yossef vient chez Pharaon et dit : « Maintenant je ne suis déjà plus libre. Mon père m'a lié par un serment ». Pour Pharaon, c'est très compréhensible. C'est encore un argument important pour Pharaon. En plus de tout ce que Yossef dira plus tard pour que Pharaon accepte. C'est-à-dire que le serment que Yaakov a demandé à Yossef est nécessaire pour les relations de Yossef avec Pharaon, et non pour le père.
On peut voir là un parallèle dont parle Yéchoua. Yéchoua parle des esclaves et des fils. L'esclave est un homme non libre, le fils est un homme libre. Tous deux obéissent à leur maître, à leur père. Ainsi, Éliézer a fait ce qu'Avraham lui avait demandé, et Yossef a fait ce que son père lui avait demandé. Et c'est exactement la même relation avec la loi donnée par le Très-Haut. Quand le peuple était dans l'état d'esclaves, il était lié par un serment. En Yéchoua il y a la filiation et il n'y a pas de serment. Mais cela n'abolit pas l'obéissance, cela n'abolit pas la nécessité d'observer la loi. Seulement, le fils observe la loi volontairement, sans être lié par un serment.
Qu'est-ce qui a changé à partir du moment où Yéchoua est venu ? Paul en parle. L'homme était esclave du péché, et à cause de cela il se trouvait soumis à la nature pécheresse, comme Yossef aussi se trouvait soumis à Pharaon. Pour savoir surmonter sa nature pécheresse, il fallait lui dire : « Je suis lié par un serment ». La mort et la résurrection de Yéchoua ont détruit cette dépendance, et les relations sont devenues des relations entre Dieu et des fils. C'est pourquoi un serment n'est plus requis. De simples promesses suffisent. Comme Yossef dit : « Je ferai selon tes paroles ». Mais cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de nécessité d'obéissance. C'est pourquoi nous, n'étant pas liés par un serment, sommes tout de même obligés d'accomplir la loi, parce que c'est la volonté du Père, que nous aimons
Cette section hebdomadaire contient particulièrement beaucoup de bénédictions. Elle est presque entièrement consacrée aux bénédictions. D'abord nous lisons que Yaakov bénit Yossef, Éfraïm et Ménaché. Ensuite nous lisons que Yaakov rassemble tous ses fils, qui ne sont déjà plus jeunes. Ce ne sont pas des enfants, ce sont déjà des fils adultes. On peut dire qu'il rassemble la première assemblée du peuple d'Israël et bénit chaque tribu selon sa bénédiction.
Mais ces bénédictions, si nous les regardons, ne ressemblent pas beaucoup aux bénédictions que nous avons l'habitude de voir. Ce n'est pas une bénédiction : « Sois en bonne santé, je te souhaite du bonheur dans ta vie personnelle, que tu aies beaucoup d'argent, pour que tu prospères ou pour que tu n'aies pas mal aux dents ». De telles bénédictions, il n'y en a presque pas. Les bénédictions que donne Yaakov, ce sont des sortes d'outils, des conseils qu'il donne à ses fils pour révéler leur potentiel positif ou, au contraire, pour ne pas révéler leur potentiel négatif. Car la capacité d'un homme à ne pas se nuire à lui-même, c'est aussi une grande bénédiction.
Yaakov commence par bénir Éfraïm et Ménaché. Ce n'est pas simplement une bénédiction. Yaakov dit : « Dans toutes les générations du peuple d'Israël on bénira toujours les fils : “Que le Très-Haut te place comme Éfraïm et comme Ménaché” ». Et jusqu'à aujourd'hui il en est ainsi. Quand je rentre à la maison et que mon fils s'approche de moi, je le bénis : « Que le Très-Haut te bénisse et te place comme Éfraïm et comme Ménaché ». Les filles, nous les bénissons et nous disons : « Puisses-tu être comme Sara, Rivka, Ra'hel et Léa. Que le Très-Haut te rende telle ». Nous ne disons pas pour les fils : « Sois comme Avraham, Yits'hak et Yaakov, comme Aharon et Moché, comme le roi David ». Rien de tel. Nous disons, comme l'a décrété, comme a établi la tradition le Patriarche Yaakov : « Sois comme Éfraïm et Ménaché ». Quelle est cette particularité d'Éfraïm et de Ménaché, pour que par leur nom, dit Yaakov à Yossef, on bénisse en Israël ?
Nous savons très peu de choses sur ces hommes, presque rien. Que savons-nous d'Éfraïm et de Ménaché ? Qu'ils sont les enfants de Yossef, qu'ils ont grandi en Égypte. C'est la première raison. La capacité d'élever des enfants qui, même dans un entourage étranger, même parmi des non-croyants, des gens d'une autre foi, des opposants, gardent leur foi, gardent leur éducation. La force d'Éfraïm et de Ménaché, c'est la capacité d'être des étrangers et de rester des étrangers, de garder sa culture, sa foi, la foi de son peuple, même quand tu es courtisan en Égypte. La culture égyptienne est si attirante, et c'est si génial de s'y plonger et de devenir enfin l'un des leurs.
Encore une raison de la bénédiction comme Éfraïm et Ménaché, qu'expliquent les sages, c'est que pour la première fois dans l'histoire en général et dans le livre de Béréchit, un grand-père bénit ses petits-enfants. On dit, et j'ai eu plus d'une fois l'occasion de l'entendre : « Le Juif dont les petits-enfants seront juifs, celui-là est véritablement croyant, celui qui saura non seulement élever ses enfants croyants à coups de bâton ou d'une manière ou d'une autre, mais dont les enfants sauront élever leurs propres enfants croyants ». Yaakov voit ses petits-enfants croyants. Bien sûr, ce ne sont pas ses premiers petits-enfants. Nous savons que, quand Yaakov descend en Égypte, la nombreuse descendance de Yaakov est aussi énumérée. Mais ce sont, là encore, ceux qui ont gardé la foi parmi les étrangers. C'est la capacité d'une génération à se maintenir, la capacité d'un petit-fils à venir vers son grand-père et à reprendre la tradition. Et c'est aussi l'une des facettes de la bénédiction, la raison pour laquelle nous bénissons comme Éfraïm et Ménaché.
Encore un regard intéressant, qui dit qu'Éfraïm et Ménaché sont des hommes différents. Il y a des physiciens, il y a des poètes lyriques, il y a des littéraires, il y a des techniciens, les hommes sont de tempéraments différents. Quand un enfant s'approche de nous, nous ne savons pas encore qui il est, nous ne savons pas quelle âme vit en lui, de quels talents le Très-Haut l'a doté. C'est pourquoi, si mon enfant de trois ans s'approche de moi et que je lui dis : « Que le Très-Haut fasse de toi un dentiste ou un violoniste, ou un écrivain », je ne sais pas si le Très-Haut le veut. Est-ce que j'arrose la fleur qui pousse réellement dans l'âme de mon fils ? Éfraïm et Ménaché, ce sont justement deux opposés. L'un est un « bûcheur », celui qui est capable d'étudier la Torah, entièrement plongé dans le monde de la science. L'autre est plongé dans la réalisation de l'idée dans ce monde. Il s'occupe de la vertu, de l'aumône, chez lui tournent des programmes sociaux. Et nous bénissons nos enfants : « Si tu es Éfraïm, sois béni comme Éfraïm. Si tu es Ménaché, alors sois béni comme Ménaché ». Chacun selon sa bénédiction. Yaakov est le premier à donner aux enfants des bénédictions différentes en accord avec leur nature, en accord avec la nature de chacun d'eux, et c'est ce qu'il nous enseigne à nous aussi. Quand nous bénissons, nous ne bénissons pas simplement : « Sois heureux ». Nous donnons une bénédiction, un conseil, auquel, avec l'aide de Dieu, notre fils (ou notre fille) se tiendra et qui l'aidera, lui (ou elle), dans la vie.
Et encore une, la quatrième raison. Peut-être la plus importante. Tout au long de l'histoire du livre de Béréchit, nous avons lu comment les frères sont en inimitié, à commencer par Kayin et Hevel. Ensuite nous avons lu comment il a fallu envoyer Yichmaël loin de Yits'hak, comment Yaakov a fui Essav et s'est caché de lui. Nous avons lu comment les frères ont vendu Yossef. Tout le livre de Béréchit est pénétré de la jalousie des frères les uns envers les autres, de la difficulté d'accepter (c'est très difficile d'accepter) que quelqu'un soit aimé plus que toi. Peut-être le premier à l'avoir fait fut Yéhouda, qui, se tenant devant le fonctionnaire égyptien, ne sachant pas que c'était Yossef, dit : « Voici notre père, et voici, il a un fils bien-aimé. Et nous, nous ne sommes pas très aimés, mais nous aimons tout de même notre père. Nous acceptons que notre père n'aime pas ses enfants de la même façon ». Éfraïm et Ménaché sont les deux premiers frères qui ont gardé la paix entre eux, entre lesquels il n'y a aucune querelle, aucune division. C'est la première génération d'hommes qui ne sont pas en inimitié. Les premiers vrais Israélites, les premiers vrais disciples, qui ont de l'amour entre eux et n'ont pas d'inimitié entre eux.
Quand nous bénissons les enfants, je dis à mon fils : « Que le Très-Haut fasse de toi Éfraïm et Ménaché, sachant ne pas être en inimitié avec tes frères, ne pas envier tes frères ». C'est un conseil très important.
Il y a aussi des bénédictions qui, à première vue, nous semblent des malédictions. Par exemple, nous lisons la bénédiction de Réouven. Yaakov lui dit : « Tu es les prémices de ma force, tu es mon premier-né, tu es ma puissance, mais tu es spontané, précipité, impulsif, non retenu dans tes actes, c'est pourquoi ne prends pas la tête, n'occupe pas de positions de leader. Tu vois combien de destruction tu peux apporter dans des positions de leader ? » C'est aussi une bénédiction. Une bénédiction, ce n'est pas seulement quand on dit à un homme de quoi il vaut la peine de s'occuper, mais aussi quand on lui dit de quoi il ne vaut pas la peine de s'occuper. Et dans ce cas, on a dit à Réouven : « Tu ne peux pas être un leader ».
Nous avons parlé de deux frères – Éfraïm et Ménaché. Comme c'est formidable, quand les frères sont ensemble ! Mais nous lisons dans cette même section la bénédiction (quelqu'un va maintenant mettre ce mot en doute) de Chimon et de Lévi. Yaakov dit : « Chimon et Lévi sont frères, dans leur conseil n'entrera pas mon âme, parce qu'ils sont un instrument de colère dans leurs mains, parce que… » Et ainsi de suite. Chacun se souvient sûrement de ces paroles. Yaakov dit : « Chimon et Lévi sont frères. Vous êtes des garçons formidables, justement en tant que frères, mais quand vous êtes ensemble, vous êtes dangereux l'un pour l'autre. Je ne veux pas participer à vos affaires communes, je vous disperserai, je vous séparerai ». Comme un maître sépare deux bons garçons qui font des bêtises ensemble. Au bout du compte, Lévi n'est pas si mauvais que ça, il a reçu un service immense, important. Moi-même, en tant que kohen, en tant que descendant de Lévi, je peux le dire. Par la tradition nous savons que les descendants de Chimon s'occupaient d'instruire les enfants. Eux aussi allaient et erraient à travers les tribus d'Israël. La tribu de Chimon est entourée de tous côtés, sur la carte, par la tribu de Yéhouda. Elle est comme isolée de tous. Des garçons formidables séparément. Ensemble, ne soyez pas amis, s'il vous plaît. Soyez frères, mais ne lancez pas d'entreprises communes. C'est aussi un conseil important, une recommandation importante pour la vie. C'est la partie des bénédictions dans lesquelles Yaakov dit comment, à proprement parler, rester béni, comment garder cette bénédiction.
Et c'est seulement à son quatrième fils, Yéhouda, que Yaakov dit :
יְהוּדָה אַתָּה יוֹדוּךָ אַחֶיךָ
YEHOUDA ATTA YODOÚKHA A'HÉKHA
8 ...Toi, les frères t'ont imposé les mains...
Le mot Yéhouda, Yaakov le relie par un jeu de mots au mot יַד(yad) imposer la main sur quelqu'un. « Toi, les frères t'ont désigné comme leader. Tu t'es toi-même distingué de la foule comme leader ». Ce n'est pas seulement une indication pour Yéhouda. C'est, dans ce cas, une indication pour tous les frères, pour tout Israël, que c'est par ses qualités de leader, par ses capacités à prendre la responsabilité, dans les situations critiques, que le leader se détermine. La bénédiction, ce n'est donc pas une traduction, quand nous lisons le mot « bénédiction », la traduction du mot russe, la traduction du mot latin benediction – bénir, dire de bonnes paroles. « Nous te félicitons pour ton anniversaire, nous te souhaitons du bonheur dans ta vie personnelle. Winnie ». C'est la bénédiction en langue russe. La bénédiction en hébreu, c'est le mot בְּרָכָה(brakha), le mot relier, être une jointureLe russe dit ici littéralement « être un petit genou », mot qui désigne aussi une articulation ; « jointure » garde l'idée de relier.. C'est ce qui donne à l'homme les outils pour être rattaché au Très-Haut.
Si pour Éfraïm et Ménaché l'essentiel, c'est l'unité, c'est l'absence d'inimitié, chez Chimon et Lévi il n'y a pas d'inimitié entre eux, ils s'entendent parfaitement entre eux, mais ce n'est pas bon pour ceux qui les entourent. C'est pourquoi Yaakov dit : « Vous qui êtes si unis, je vous séparerai ». Et cela aussi, c'est une bénédiction.
Et la nature de la bénédiction consiste en ceci, que tous ne sont pas bénis de la même façon. À certains d'être ensemble, à d'autres d'être séparément. L'autorité du père, la conduite de l'Esprit qui était sur Yaakov, l'a révélé.
Et cette section ne contient pas seulement des bénédictions qui sont importantes, utiles, intéressantes, mais aussi des bénédictions qui sont mystérieuses et incompréhensibles, parce que, je l'avoue honnêtement, non seulement moi, mais n'importe qui ayant lu ce livre peut dire que les bénédictions sont écrites dans une langue poétique incompréhensible, très belle. Quand on lit, cela coupe le souffle, mais on ne comprend pas tout ce qui y est écrit. La bénédiction, c'est notre vision à l'égard de chacun des enfants, le développement de sa nature, pas de la nôtre, mais de sa nature à lui. C'est ce que nous avons vu en lui, c'est une aide pour qu'il sache ce qu'il est. Et c'est un récit non pas sur ce qu'il faut être, mais sur la manière d'être, sur la manière de vivre avec Dieu, de garder la relation avec Dieu, et sur ce qu'il faut pour cela dans des choses très, très pratiques, au niveau de : être ensemble ou se tenir à l'écart, être leader ou ne pas être leader. Les conseils les plus pratiques, qui deviennent des bénédictions dans la bouche de Yaakov. Voilà l'une des leçons importantes de notre section hebdomadaire.
L'un des thèmes principaux de la section hebdomadaire Vayé'hi, ce sont les bénédictions. Et c'est sans doute une bonne occasion de parler des bénédictions. Nous aimons tous qu'on nous bénisse. Nous aimons bénir, nous voulons être bénis par le Très-Haut. En tant qu'heureux père d'enfants, je veux être aussi le père d'enfants heureux. Et je crois que la bénédiction du Très-Haut est la clé de leur bonheur.
Dans la famille juive, il est d'usage de bénir les enfants chaque sabbat. Quand la famille s'installe le soir à la table du sabbat, les enfants s'approchent du père et le père les bénit.
En bénissant les garçons, nous disons : « Que le Très-Haut t'établisse comme Éfraïm et Ménaché ». C'est l'accomplissement d'une sorte de commandement que Yaakov-Yisraël a donné devant son fils Yossef. Nous lisons cela dans Béréchit (48,20) :
בְּךָ יְבָרֵךְ יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר יְשִׂמְךָ אֱלֹהִים כְּאֶפְרַיִם וְכִמְנַשֶּׁה
bekhá yevarékh yisraél lemór yesimekhá elohím ke'efráyim vekhimnaché
20 …par toi ou par tes noms bénira Israël, en disant comme Éfraïm et comme Ménaché…
Notre patriarche Yaakov a dit que c'est ainsi que nous bénirions nos fils, en souhaitant que le Très-Haut les place comme Éfraïm et Ménaché.
Quand nous bénissons les filles, nous disons : « Que le Très-Haut t'établisse comme Sara, Rivka, Ra'hel et Léa ». Comme nos quatre matriarches.
À vrai dire, c'est justement la vie de nos matriarches qui est décrite dans le livre de Béréchit. C'est justement leur vie de famille qui est décrite avec le plus de détails. Nulle part ailleurs dans tout le Tanakh nous ne voyons une si grande attention portée à la vie de famille. Moché ne parle presque pas avec Tsippora. Et nulle part ailleurs nous ne pouvons observer la vie conjugale d'aussi près que dans le livre de Béréchit. Et il n'est pas étonnant que la bénédiction se fonde sur la vie des matriarches.
Nous voulons que nos enfants soient comme Sara, Rivka, Ra'hel et Léa. Comme toutes les quatre à la fois. Comment est-ce possible ?
Un jour, ma fille, qui avait déjà grandi, m'a demandé : « Papa, mais vraiment, Sara est une femme à la vie très dure, elle a longtemps été stérile. Et avec Avraham, tout n'est pas simple. Rivka, Ra'hel, Léa, ces femmes sont-elles si heureuses ? Est-ce que tu veux vraiment que je répète leur destin en quelque chose ? » Et j'aimerais révéler un peu le sens de la bénédiction, quand nous bénissons les filles et voulons qu'elles soient comme Sara, Rivka, Ra'hel et Léa. Bien sûr, nous ne voulons pas qu'elles soient longtemps stériles, ni qu'on les livre à Pharaon, ni qu'elles doivent organiser quelque intrigue contre leur mari, ni qu'on les marie par tromperie, ni qu'il leur arrive encore quelque chose de ce genre.
De quoi s'agit-il donc ici, à proprement parler ?
Chaque femme, chaque personne, dans sa vie de famille, passe par des étapes, par des situations liées à l'union de Sara, de Rivka, de Ra'hel et de Léa. On peut le formuler ainsi : devant chaque jeune fille, dans la vie de famille, peuvent se dresser les tâches de Sara, de Rivka, de Ra'hel et de Léa. Et nous voulons lui donner une bénédiction pour l'accomplissement de ces tâches.
Commençons et regardons ce qu'est la vie de famille de Sara. Quelle est la particularité de la vie de famille de Sara ? Eh bien, bien sûr, la stérilité, la longue attente d'un enfant. Sara est allée à la suite d'Avraham. Et les sages disent qu'Avraham avait une promesse, le Très-Haut lui parlait. Sara y est allée même sans promesse. Sara y est allée sur une intuition purement féminine.
Le Très-Haut dit à Avraham (Béréchit 21,12) :
כֹּל אֲשֶׁר תֹּאמַר אֵלֶיךָ שָׂרָה שְׁמַע בְּקֹלָהּ
kol achér tomár elékha sará chemá bekolá
12 Tout ce que te dit Sara, écoute sa voix.
Les sages disent : « Sara, la matriarche, est plus grande qu'Avraham en prophétie ». Dans ce sens qu'Avraham recevait effectivement la prophétie et que le Très-Haut parlait avec lui. Sara a du flair, elle est comme, disent les sages, ointe de l'Esprit Saint. C'est une citation des sources juives. Elle est conduite par l'Esprit et, sur une intuition purement féminine, elle ressent ce que veut le Très-Haut. En ce sens elle est plus grande qu'Avraham en prophétie.
Nous pouvons remarquer encore un détail intéressant quand le Très-Haut donne aux époux de nouveaux noms. (Béréchit 17,5) :
וְלֹא־יִקָּרֵא עוֹד אֶת־שִׁמְךָ אַבְרָם וְהָיָה שִׁמְךָ אַבְרָהָם כִּי אַב־הֲמוֹן גּוֹיִם נְתַתִּיךָ׃
velo-yikkaré od et-chimkhá avrám vehayá chímkha avrahám ki av-hamón goyím netattíkha
5 et ton nom ne sera plus appelé Avram et ton nom sera Avraham. car Je te ferai, te donnerai d'être le père de nombreux peuples.
Au sujet de Sara, c'est dit un peu autrement (Béréchit 17,15).
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל־אַבְרָהָם שָׂרַי אִשְׁתְּךָ לֹא־תִקְרָא אֶת־שְׁמָהּ שָׂרָי כִּי שָׂרָה שְׁמָהּ׃
vayomer elohím el-avrahám saráy ichtekhá lo-tikrá et-chemá saráy ki sará chemá
15 et Dieu dit à Avraham : « n'appelle pas Saraï, ta femme, Saraï. parce que son vrai nom est Sara ».
Elle est déjà Sara. Que tu l'appelles Saraï, c'est par erreur. Saraï – cela sonne un peu avec un pronom possessif – ma princesse. On peut le comprendre aussi comme un suffixe diminutif – petite princesse. Et certains l'interprètent même à partir d'une tout autre racine – grincheuse, difficile.
Sara, c'est la souveraine. Elle a déjà le pouvoir. Ne l'appelle pas Saraï. Ce n'est pas son nom, c'est une tromperie optique de la vue, qu'elle soit Saraï, c'est ce qu'il te semble. Elle est Sara.
Toi, tu ne seras Avraham qu'ensuite, pour l'instant tu es Avram. Tu seras Avraham, tu deviens Avraham, elle était déjà Sara. C'est la particularité de Sara. Elle est plus forte que son mari. Comme on le dit souvent, derrière chaque homme qui réussit il y a une femme forte. La femme forte, c'est cette Sara, capable de tenir bon dans différentes situations, capable d'apporter du soutien à son mari dans différentes situations, s'il faut le pousser à quelque action. Le prix de cette force, comme c'est souvent le cas, c'est la solitude. Je pense que l'un des traits caractéristiques des relations entre Sara et Avraham, c'est que Sara est une femme seule. Elle est souvent obligée de tenir tête seule à seul, tantôt à Pharaon, tantôt à Avimélekh.
Dans Béréchit 23,2 nous lisons que Sara est morte :
וַתָּמָת שָׂרָה בְּקִרְיַת אַרְבַּע הִוא חֶבְרוֹן בְּאֶרֶץ כְּנָעַן וַיָּבֹא אַבְרָהָם לִסְפֹּד לְשָׂרָה וְלִבְכֹּתָהּ׃
vattámatDans la translittération russe, le premier mot a un o à la place du second a ; la translittération française suit l'hébreu. sará bekir'yát arbá hi 'hevrón be'érets kená'an vayavó avrahám lispód lesará velivkotá
2 Et Sara mourut à Kiryat Arba, qui est 'Hévron, dans le pays cananéen. et Avraham vint pour porter le deuil de Sara et la pleurer.
Il y a des midrachim selon lesquels, à ce moment-là, Avraham était au sacrifice de Yits'hak. Quoi qu'il en soit, Sara était seule quand elle mourut. Seule. La solitude est une partie inséparable de sa vie.
Qu'est-ce que cela signifie pour nous, pour nos filles ? Est-ce d'ailleurs une bénédiction ou une malédiction ? Parfois il faut, on est obligée de faire quelque chose seule, pour que ton mari réussisse. Parfois, pour réussir, il faut être seule, il faut être forte, être un arrière solide, si le mari se trouve dans la bonne guerre. Et il faut que le Très-Haut bénisse, pour que ce ne soit pas : « Ouf, de nouveau je suis seule ». Pour que ce soit dans l'amour pour le mari et dans l'aspiration à voir dans son succès à lui son propre succès. C'est une situation très difficile, dans laquelle peut se trouver chaque femme, et d'ailleurs chaque homme aussi peut s'y trouver.
Dans le Talmud, dans le traité Bava Batra, est racontée une histoire étonnante sur Rabbi Bana, qui s'occupait de peindre les grottes. Comme on dit, des tombeaux peints. Il peignait les tombeaux pour que ceux qui vont de Babylone et d'autres pays à Jérusalem pour se prosterner n'entrent pas dans un lieu impur et ne se souillent pas. On les peint. Ils sont beaux, mais il les peint pour qu'on ne s'en approche pas, on avertit de l'impureté. Et voici que cet homme, Rabbi Bana, peignait les tombeaux et entra un jour dans la grotte Me´arát a-Makhpelá, où sont Avraham et Sara. Et voici la scène qu'il décrit d'après les paroles d'Éliézer, l'esclave d'Avraham, qu'il voit là. Il lui demande ce que font Avraham et Sara dans ce monde-là. Et Éliézer lui dit : « Avraham est couché sur la poitrine de Sara, et Sara lui inspecte la tête ». Inspecter la tête, c'est une scène ancienne de ce genre, quand il y avait la pédiculose (les poux), et l'on s'enlevait les uns aux autres les poux de la tête. Une caresse très particulière. Mais de quoi parle ce midrach à travers une image terrestre si grossière ? Sara libère Avraham de toutes sortes de petites choses. Elle fait en sorte que sa tête ne soit pas encombrée de toutes sortes de petites choses, pour qu'Avraham, son mari, puisse mener cette même, disons, bonne guerre, puisse s'occuper de cette juste cause dont nous parlons. C'est, bien sûr, un midrach et une historiette, mais elle illustre bien les relations d'Avraham et de Sara. Une femme forte, qui est capable, justement grâce à sa force, d'être au second rôle.
Les relations de Rivka et de Yits'hak sont tout autres. Nous savons très peu de choses sur eux, en réalité. La Torah nous parle d'eux avec parcimonie, mais nous pouvons voir quelque chose. Tout au début, nous lisons la rencontre de Rivka et de Yits'hak (Béréchit 24,64) :
וַתִּשָּׂא רִבְקָה אֶת־עֵינֶיהָ וַתֵּרֶא אֶת־יִצְחָק וַתִּפֹּל מֵעַל הַגָּמָל׃
vattissá rivká et-enéha vattére et-yits'hák vattippól me'ál haggamál
64 et Rivka leva ses yeux, et vit Yits'hak, et tomba du chameau.
Ou, peut-on dire, elle descendit d'un bond, sauta du chameau. De nouveau, il y a des midrachim qui décrivent comment elle tombait du chameau. Il y en a de beaux, il y en a de pas très beaux. Nous n'allons pas maintenant nous y attarder.
וַתֹּאמֶר אֶל־הָעֶבֶד מִי־הָאִישׁ הַלָּזֶה הַהֹלֵךְ בַּשָּׂדֶה לִקְרָאתֵנוּ
vattómer el-ha'éved mi-ha'ích hallazé haholékh bassadé likraténou…
65 Et elle dit à l'esclave : « Qui est-ce, qu'est-ce que c'est que cet homme-là ? »
Si l'on traduit littéralement mi-ha'ích hallazé – qu'est-ce que c'est que cet homme-là, qui marche à travers le champ à notre rencontre.
וַיֹּאמֶר הָעֶבֶד הוּא אֲדֹנִי וַתִּקַּח הַצָּעִיף וַתִּתְכָּס׃
vayomer ha'éved hou adoní vattikká'h hattsa'íf vattitkás
et l'esclave dit : « c'est mon maître ». et elle prit l'écharpe et se couvrit.
Elle prit un châle, peut-on dire, et se couvrit. Le fait de se couvrir est un élément très important. Cela n'est dit de personne d'autre. On peut, bien sûr, orienter ici les pensées du côté de la halakha, du côté de la Loi, et dire : « Voici pour vous un exemple que la femme se couvre quand elle se marie ».
Mais ce fait de se couvrir a un élément très important symboliquement. Il y a une unité, comme un « enveloppement » du couple de Yits'hak et de Rivka dans leur monde intérieur. Yits'hak fait entrer Rivka dans la tente de sa mère. On peut dire, dans le lieu le plus cher, le plus intime pour lui. C'est justement là qu'il l'aima, là que naquit son amour pour elle. À travers l'ouverture de l'intérieur vers l'extérieur. Les midrachim en parlent joliment, disant que Yits'hak se mit à reconnaître les manifestations extérieures dans le monde comme la manifestation de sa mère Sara, que la bougie ne s'éteignait pas, et que la 'hala ne rassissait pas. Ce ne sont que des images, tout était si familier, si proche, si intime.
Nous lisons plus loin (Béréchit 25,21) :
וַיֶּעְתַּר יִצְחָק לַיהוָה
vaye'tár yits'hák ladonáy
21 et Yits'hak criait vers le SEIGNEUR.
J'ai souvent parlé du mot iatér – il remuait à la fourche dans les cieux, il essayait de changer la situation dans les cieux.
לְנֹכַח אִשְׁתּוֹ כִּי עֲקָרָה הִוא
lenókha'h ichtó ki akará hi
(littéralement) en présence de sa femme, comme auprès de sa femme, parce qu'elle est stérile.
Que signifie en présence de sa femme ? On peut le comprendre de différentes manières. On peut dire que, voilà, elle venait vers lui, il posait la main sur sa tête et priait : « SEIGNEUR, de grâce, aie pitié de Rivka ! » On peut dire que Yits'hak priait avec le souci de Rivka. Mais si l'on regarde un peu plus loin. Yits'hak ressentait constamment dans son monde, dans son cœur, la présence de Rivka. Et dans cet état il priait et criait vers le Très-Haut.
Chacun de nous, les maris, connaît-il les pensées de notre femme et peut-il comprendre ce pour quoi elle prie quand elle entre dans sa chambre pour prier ? Connaissons-nous ses prières secrètes, cachées ? Ou bien sont-elles pour nous des secrets justement parce que son monde intérieur est loin de notre monde intérieur ?
Chez Yits'hak et Rivka, à ce moment, il y a une unité dans leur monde intérieur. Les commentateurs disent que Yits'hak dit au Très-Haut : « D'aucune femme au monde je ne veux d'enfants, seulement de cette femme ». Et à ce moment, d'une seule voix avec lui, Rivka dit : « Je ne veux d'enfants de personne, seulement de Yits'hak ». Ils parlaient d'une seule voix. Il y avait entre eux une unité spirituelle. L'unité spirituelle est la composante clé du mariage de Yits'hak et de Rivka.
Quand nous bénissons notre fille, d'être comme Rivka, nous bénissons sa capacité à révéler son monde intérieur devant son mari et à voir le monde intérieur de son mari, pour se trouver avec lui dans une unité spirituelle. C'est une qualité très importante. Cela ne signifie pas qu'il faille en tout être d'accord avec son mari et se soumettre à son mari, comme nous le voyons dans l'histoire des bénédictions, quand Rivka, si l'on peut dire, intrigue contre Yits'hak. Mais à quel point elle le comprend en tout, à quel point elle le ressent, nous le voyons tout de même, ce sentiment existe. Peut-être n'est-ce pas un usage tout à fait juste de ce sentiment, et nous voyons que nos aïeules et nos aïeux n'ont pas toujours été à la hauteur du défi qui se tenait devant eux. Et pourtant nous voyons à quel point Rivka ressent Yits'hak ici.
Notre aïeul Yaakov avait des relations familiales avec deux femmes. Voilà bien de quoi se prendre la tête à deux mains. La vie familiale du patriarche Yaakov – à qui, semble-t-il, souhaiterait-on une chose pareille ?
Voici les relations de Yaakov avec Ra'hel. Yaakov aime Ra'hel. Il semble qu'entre eux il y ait un amour réciproque. Tout va bien. Cela ressemble beaucoup à ce à quoi ressemble le mariage de nos jours. Un garçon aime une fille, ils se marient et commencent à vivre ensemble. Mais dans le cas du Patriarche Yaakov, ils n'ont pas d'enfants. Leur défi, que lance ce mariage, le défi qui est le but de ce mariage, la leçon qu'ils doivent apprendre dans ce mariage, ce sont les enfants.
Quand un homme et une femme s'aiment et vivent ensemble, une tâche très importante pour eux est de révéler le potentiel de son conjoint, d'être un catalyseur, de soutenir le conjoint dans la révélation de son potentiel.
Quand un Juif prend une femme en mariage, ils concluent un contrat, ils proclament devant tous un certain contrat, et selon ce contrat l'homme promet de donner à sa femme la nourriture, la boisson, un abri, des vêtements et l'entretien. Que signifie l'entretien ? Parnassá lifornéssota – lui assurer la subsistance, soutenir sa vie. Tout ce qui a été énuméré n'est-il pas la parnassá, n'est-il pas cet entretien que l'homme donne ? Bien sûr. Mais ici on entend révéler son potentiel, révéler son contenu, remplir sa vie de sens. Le devoir du mari est de remplir de sens la vie de sa femme, c'est-à-dire de révéler sa créativité, de révéler ses capacités, son potentiel, de contribuer à la révélation de son potentiel.
C'est très difficile. Il est plus simple de dire : reste à la maison, l'argent, je l'apporterai ; reste à la maison et regarde des séries ; lis des livres ou bien fais donc tout un petit sac de marmots. Apparemment c'est une chose bénie, et bonne, et juste. Et des commandements. Pour certains, c'est la révélation du potentiel. Mais l'un ne va pas toujours de pair avec l'autre.
C'est la relation de Yaakov et de Ra'hel. C'est pourquoi Ra'hel vient vers Yaakov et dit (Béréchit 30,1) :
הָבָה־לִּי בָנִים וְאִם־אַיִן מֵתָה אָנֹכִי׃
hava-lí vanim ve'im-áyin metá anókhi
1 Donne-moi des enfants, et sinon, je meurs.
Donne-moi quelques fruits, ou je mourrai, donne-moi des réalisations de moi-même, ou sans cela je ne vivrai pas. Ce sont les tâches de Yaakov et de Ra'hel.
C'est pourquoi, en quoi bénissons-nous la fille ? Que son époux l'aide à révéler son potentiel et que, de même, elle aide à révéler le potentiel de son époux.
Le quatrième couple, c'est de nouveau le patriarche Yaakov et Léa. Et là, il semblerait bien que Léa soit une erreur, une tromperie. Qu'a ressenti Yaakov quand, le matin, il a découvert Léa, la mal-aimée, dans son lit ? Je ne parle même pas de ce que Léa pouvait ressentir, de ce que Ra'hel pouvait ressentir. Tout cela, c'est une situation très triste. Et la première pensée : « Ah, cette Léa ! C'est une erreur, c'est une tromperie. Un enfant trouvé dans ma vie ».
Quand les sages veulent dire qu'un homme doit constamment garder en tête certaines pensées, ils donnent en exemple des billets dans la poche. Un homme doit avoir des billets dans sa poche. Par exemple, l'un des maîtres hassidiques dit : « Un homme doit avoir dans sa poche deux billets. Sur l'un il est écrit “Le monde a été créé pour moi”, sur l'autre, “Je suis poussière et cendre”. Et il faut savoir quand se servir de l'un et quand de l'autre ». Par exemple, de ce qui est dans la tête d'un homme, il doit y avoir certaines pensées, certaines notions, certaines idées. Concernant la vie de famille, les maîtres hassidiques disent qu'un homme doit avoir dans sa poche jusqu'à trois billets. Trois questions auxquelles un homme doit constamment se donner une réponse dans la vie de famille. La première : pourquoi ai-je épousé cette femme ? Et, de même, pourquoi me suis-je mariée avec cet homme ? La deuxième : pourquoi cette femme m'a-t-elle épousé ? Ou, de même, pourquoi cet homme m'a-t-il épousée ? Et la troisième, commune à tous : pourquoi le Très-Haut nous a unis ? Qu'est-ce que le Très-Haut attend de nous ? C'est un mystère. Un mystère.
Car si, à la question pourquoi je me suis marié, je peux répondre d'une manière ou d'une autre. Si, à la question pourquoi elle m'a épousé, je peux aussi répondre d'une manière ou d'une autre. La réponse à la troisième question, nous la recevons toute la vie.
Dans le cas de Yaakov, il ne savait pas du tout pourquoi il avait épousé cette femme. C'était une mauvaise intention de la part de Lavan. Le Très-Haut avait son propre plan. Et combien d'enfants Léa a donnés à Yaakov. Et quels seront ces enfants ? Quel sera leur rôle dans l'héritage, dans le peuple d'Israël ? Quel est le dessein du Très-Haut concernant Yaakov et Léa ? C'est une question longue d'une vie. On voudrait beaucoup que nous trouvions tous la réponse à cette question.
C'est la bénédiction dont nous bénissons la fille, quand nous disons : « Et que le Très-Haut te place comme Léa ».
Ce sont quatre tâches qu'il est utile d'apprendre à accomplir dans la vie de famille, utile pour le bonheur. Parfois c'est difficile, parfois c'est agréable. Mais c'est ce qui, selon l'avis des sages, forme un homme heureux.
C'est, bien sûr, exclusivement mon regard, en tant que père. C'est ce que j'ai entendu d'autres maîtres et que j'ai pris. Tout cela, ce ne sont pas mes idées, mais ce qui m'est proche en tant que père de filles, ce que je mets dans cette bénédiction. Évidemment, chacun, là encore, est libre de bénir et d'y mettre quelque chose de sien.
Je vais résumer, rassembler les quatre facettes de la bénédiction. C'est la capacité de se retirer au second rôle, de voir l'importance de la famille, de l'union dans son ensemble plus grande que sa propre importance, parfois. La connaissance du monde intérieur de son époux et les capacités de lui ouvrir, de lui confier son monde intérieur. La disposition à révéler avec son époux son potentiel et à aider son époux, à révéler son potentiel. Et enfin, une union juste, c'est une union dans laquelle le mari et la femme ne se regardent pas l'un l'autre, mais regardent le Très-Haut. Le plus grand mystère, la tâche la plus importante, c'est de comprendre pourquoi le Très-Haut nous a unis, pourquoi le Très-Haut a uni deux chairs en une seule.
C'est là l'essence de la bénédiction des filles, comme Sara, Rivka, Ra'hel et Léa.
En plus de cela, nous bénissons les filles par la bénédiction des prêtres. Dans ce cas, le père, il est le prêtre, la donnera à sa fille.
Et, naturellement, nous prions aussi avec nos propres mots pour notre fille, pour chacune des filles, comme nous voyons, comme nous comprenons en quoi il faut la bénir.
À la suite de la bénédiction des filles, nous essaierons de comprendre ce qu'est la bénédiction paternelle des fils, comment bénir les enfants en général et ce qu'on met dans cette bénédiction.
Comment bénissons-nous les fils ? Par les paroles de notre Patriarche Yaakov : « Que le Très-Haut te rende comme Éfraïm et comme Ménaché ! » Éfraïm et Ménaché, c'est le modèle que nous plaçons devant nos enfants. Si pour les filles ce sont Sara, Rivka, Ra'hel et Léa, nos matriarches, sur lesquelles nous savons beaucoup, dont nous pouvons dire beaucoup de choses. Alors pour les fils, ce sont Éfraïm et Ménaché.
Si l'un des fils vous demande, me demande : « Papa, maman, mais pourquoi, au fond, comme Éfraïm et Ménaché, pourquoi pas comme Avraham, Yits'hak, Yaakov, Yossef, Moché, Aharon, David ? En quoi voulez-vous que je les imite ? En quoi voyez-vous le bonheur et la bénédiction de ces enfants ? Parlez-moi d'eux ! »
Sur Éfraïm et Ménaché, nous pouvons raconter très peu, mais néanmoins nous pouvons quelque chose. Et nous allons essayer, vous et moi, de regarder et de comprendre pourquoi nous bénissons les enfants comme Éfraïm et Ménaché, pourquoi nous voulons que nos enfants soient comme Éfraïm et Ménaché. Pour le comprendre, nous lirons à partir du verset 8 du chapitre 48 du livre de Béréchit. C'est, je l'avoue, une autre section, c'est la section Vayé'hi. Mais, comme le thème des bénédictions a un rapport avec notre section, nous la lirons.
וַיַּרְא יִשְׂרָאֵל אֶת־בְּנֵי יוֹסֵף
vayár yisraél et-bené yosséf
8 Et Yisraël vit les fils de Yossef.
Yisraël, c'est Yaakov
וַיֹּאמֶר מִי־אֵלֶּה׃
vayomer mi-élle
et demanda : « qui sont ces enfants ? »
Pourquoi Yisraël ne reconnaît-il pas les enfants ? Il vit déjà depuis 17 ans, apparemment, à ce moment-là, en Égypte. Il devait avoir vu les fils de Yossef. Soit ce sont des problèmes d'éclairage, soit le problème de la vue de Yisraël, dont la Torah parle plus loin. Soit les petits ont très fortement grandi pendant le temps où ils ne se sont pas vus. Et Yaakov dit ainsi : « Mais qui est-ce ? Mais qui a grandi ainsi ? » Mais alors on ne comprend pas pourquoi la Torah nous rapporte ces paroles. Soit tout cela est vrai : et l'éclairage, et les enfants ont grandi, et Yaakov a la vue affaiblie. Mais la Torah nous rapporte cela pour montrer qu'à travers ces enfants il y aura un grand ralliement des peuples à Israël. Nous en parlerons encore.
Et Yaakov dit mi-éle, s'étonnant de voir une telle multitude de ses enfants. Une question quelque peu prophétique chez Yaakov. Ainsi, Yaakov voit quelqu'un à côté de Yossef et demande : « Qui est-ce ? »
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל־אָבִיו בָּנַי הֵם אֲשֶׁר־נָתַן־לִי אֱלֹהִים בָּזֶה וַיֹּאמַר קָחֶם־נָא אֵלַי וַאֲבָרֲכֵם׃
vayomer yosséf el-avív banáy hem acher-natan-lí elohím bazé vayomer ka'hem-ná eláy va'avarekhém
9 Et Yossef dit à son père : « Ce sont mes fils, que Dieu m'a donnés en ce lieu ». Et il lui dit : « Prends-les auprès de moi, et je les bénirai ».
וְעֵינֵי יִשְׂרָאֵל כָּבְדוּ מִזֹּקֶן לֹא יוּכַל לִרְאוֹת וַיַּגֵּשׁ אֹתָם אֵלָיו וַיִּשַּׁק לָהֶם וַיְחַבֵּק לָהֶם׃
ve'ené yisraél kavedoú mizzóken lo youkhál lir'ót vayaggéch otám eláv vayichákLa translittération russe omet ici le son « ch » ; l'hébreu a « vayichák » (et il embrassa), que nous suivons. lahém vay'habbék lahém
10 Et les yeux de Yisraël s'étaient affaiblis de vieillesse. Et Yossef les approcha de lui. Et il les embrassa, et les étreignit.
וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל־יוֹסֵף רְאֹה פָנֶיךָ לֹא פִלָּלְתִּי וְהִנֵּה הֶרְאָה אֹתִי אֱלֹהִים גַּם אֶת־זַרְעֶךָ׃
vayomer yisraél el-yosséf re'ó fanékha lo fillálti vehinné her'á otí elohím gam et-zar'ékha
11 Et Yisraël dit à Yossef : « Je n'espérais même pas voir ton visage. Voici que le SEIGNEUR m'a donné de voir même ta semence ». (quelle grande bénédiction)
וַיּוֹצֵא יוֹסֵף אֹתָם מֵעִם בִּרְכָּיו וַיִּשְׁתַּחוּ לְאַפָּיו אָרְצָה׃
vayotsé yosséf otám me'ím birkáv vayichtá'hou le'appáv ártsa
12 Et Yossef les prit de ses genoux, et ils se prosternèrent devant lui jusqu'à terre.
Yossef les prit de ses genoux. Les petits se sont assis sur les genoux du grand-père, les enfants ont visiblement plus de 17 ans. Et, très probablement, ce fait de les asseoir sur les genoux et la bénédiction ont la signification d'une adoption. Nous voyons ici que Yaakov adopte, prend pour fils les fils de Yossef. Au fond, Yaakov en parle justement au 5e verset de notre chapitre 48, quand il dit : « Éfraïm et Ménaché seront pour moi comme Réouven et Chimon ».
וַיִּקַּח יוֹסֵף אֶת־שְׁנֵיהֶם אֶת־אֶפְרַיִם בִּימִינוֹ מִשְּׂמֹאל יִשְׂרָאֵל וְאֶת־מְנַשֶּׁה בִשְׂמֹאלוֹ מִימִין יִשְׂרָאֵל
vayikká'h yosséf et-chenehém et-efráyim biminó missemól yisraél ve'et-menaché vismoló mimín yisraél
13 Et Yossef les prit tous les deux. Éfraïm à sa main droite, à la gauche de Yisraël, et Ménaché, il le plaça à sa main gauche, à la droite de Yisraël.
Pour qu'Israël pose la main droite sur le premier-né Ménaché, la main gauche sur Éfraïm.
וַיַּגֵּשׁ אֵלָיו׃
Vayaggéch eláv
et les amena vers lui.
Mais Yaakov agit contrairement aux attentes de Yossef.
יִּשְׁלַח יִשְׂרָאֵל אֶת־יְמִינוֹ וַיָּשֶׁת עַל־רֹאשׁ אֶפְרַיִם וְהוּא הַצָּעִיר וְאֶת־שְׂמֹאלוֹ עַל־רֹאשׁ מְנַשֶּׁה שִׂכֵּל אֶת־יָדָיו כִּי מְנַשֶּׁה הַבְּכוֹר׃
vayichlá'h yisraél et-yeminó vayachet al-róch efráyim vehoú hattsa'ír ve'et-semoló al-róch menaché sikkél et-yadáv ki menaché habbekhór
14 Et Yisraël étendit sa main droite et la posa sur la tête d'Éfraïm. Or il est jeune, le plus petit des deux frères. Et la main gauche sur la tête de Ménaché. Il croisa ses mains, parce que Ménaché est le premier-né.
Bien que le premier-né soit Ménaché, Yaakov s'apprête à bénir le cadet Éfraïm comme premier-né, au fond, la situation n'est pas du tout nouvelle pour le livre de Béréchit et, on peut dire, habituelle.
Nous sauterons ici au verset 17 et lirons la suite.
וַיַּרְא יוֹסֵף כִּי־יָשִׁית אָבִיו יַד־יְמִינוֹ עַל־רֹאשׁ אֶפְרַיִם וַיֵּרַע בְּעֵינָיו וַיִּתְמֹךְ יַד־אָבִיו לְהָסִיר אֹתָהּ מֵעַל רֹאשׁ־אֶפְרַיִם עַל־רֹאשׁ מְנַשֶּׁה׃
vayár yosséf ki-yachít avív yad-yeminó al-róch efráyim vayéra be'enáv vayitmókh yad-avív lehassír otá me'ál roch-efráyim al-róch menaché
17 Et Yossef vit que son père avait posé la main droite sur la tête d'Éfraïm. Et ce fut mal à ses yeux. Et il souleva la main de son père, pour l'ôter de la tête d'Éfraïm et la poser sur la tête de Ménaché.
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל־אָבִיו לֹא־כֵן אָבִי כִּי־זֶה הַבְּכֹר שִׂים יְמִינְךָ עַל־רֹאשׁוֹ׃
vayomer yossef el-avív lo-khén aví ki-zé habbekhór sim yeminekhá al-rochó
18 Et Yossef dit à son père : « Pas ainsi, papa. C'est lui le premier-né. Pose ta main droite sur lui ».
Peut-être que papa voit mal, et il a confondu, faute d'y voir clair. Ce serait dommage que les fils reçoivent des bénédictions incorrectes.
וַיְמָאֵן אָבִיו וַיֹּאמֶר יָדַעְתִּי בְנִי יָדַעְתִּי גַּם־הוּא יִהְיֶה־לְּעָם וְגַם־הוּא יִגְדָּל וְאוּלָם אָחִיו הַקָּטֹן יִגְדַּל מִמֶּנּוּ
Vayma'én avív vayomer yadá'ti vení yadá'ti gam-hoú yihye-le'ám vegam-hoú yigdál ve'oulám a'hív hakkatón yigdál mimménou
19 Mais le père refusa de faire ainsi et dit : « Je sais, mon petit, je sais. Lui aussi deviendra un peuple, et lui aussi grandira, mais son frère cadet sera plus grand que lui ».
Yaakov dit ensuite une prophétie sur Éfraïm. Et de l'accomplissement de cette prophétie, nous avons beaucoup parlé. Maintenant, nous ne nous y attarderons pas. Yaakov dit :
וְזַרְעוֹ יִהְיֶה מְלֹא־הַגּוֹיִם׃
vezar'ó yihyé melo-haggoyím
et sa semence sera la plénitude des nations.
Peut-être que le fait que Yaakov n'ait pas reconnu les fils au début est justement une allusion à cette plénitude des nations, aux nombreux qui se sont joints. Bien que la plénitude des nations ne soit pas non plus, ici, la seule traduction possible. Et voici qu'ici nous arrivons à l'essence même de la bénédiction, à ce d'où est venue la bénédiction des fils, par laquelle nous bénissons aujourd'hui.
וַיְבָרֲכֵם בַּיּוֹם הַהוּא לֵאמוֹר בְּךָ יְבָרֵךְ יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר יְשִׂמְךָ אֱלֹהִים כְּאֶפְרַיִם וְכִמְנַשֶּׁה
vayvarekhém bayom hahoú lemór bekhá yevarékh yisraél lemór yesimekhá elohím ke'efráyim vekhimnaché
20 et il les bénit en ce jour-là, disant : « par toi bénira Yisraël (par toi – c'est par Yossef), disant : que te place, ou que te fasse le Très-Haut comme Éfraïm et comme Ménaché »
C'est cette bénédiction même dont nous parlons. Et le premier à la prononcer fut le Patriarche Yaakov, le grand-père d'Éfraïm et de Ménaché
וַיָּשֶׂם אֶת־אֶפְרַיִם לִפְנֵי מְנַשֶּׁה׃
vayássem et-efráyim lifné menaché
et il plaça Éfraïm devant Ménaché
C'est, à proprement parler, l'histoire du premier cas où l'on a béni comme Éfraïm et comme Ménaché. Ainsi est née cette bénédiction, qui existe aussi de nos jours.
Que pouvons-nous en apprendre pour nous-mêmes, en tirer ? Et comment comprendre ce qu'il faut donc mettre dans cette bénédiction ?
Premièrement, tout commence par le fait qu'Israël voit ses petits-enfants comme de loin. Et Yossef lui dit : « Ce sont les enfants que Dieu m'a donnés ici, en Égypte ». Éfraïm et Ménaché sont nés en Égypte, mais ils peuvent s'approcher de Yaakov. Ils ne sont pas partis dans d'autres peuples, ils ont gardé leur identité. Quels que soient les noms qu'ils portaient, où qu'ils vivent, ils ont gardé leur appartenance à Israël. C'est une grande bénédiction.
Quand nous bénissons nos enfants, nous voulons nous aussi que, malgré n'importe quel entourage, malgré tout ce qui est autour, ils gardent leur foi. C'est très important.
La deuxième partie de la même chose. Le grand-père voit ses petits-enfants. Quand nous élevons nos enfants, nous voulons que nos enfants restent croyants, qu'ils aient les mêmes relations avec Dieu que nous. Voire meilleures que nous. Qu'ils s'approchent du Très-Haut, qu'ils gardent notre foi. Et le meilleur fruit que nous puissions voir, ce sont des petits-enfants croyants. On dit : est juif celui dont les petits-enfants seront juifs. C'est très actuel pour la bénédiction, que la foi soit non seulement gardée, mais aussi transmise aux enfants. C'est Éfraïm et Ménaché. Que nous voyions nos Éfraïm et Ménaché derrière nos enfants. C'est une grande bénédiction. Éfraïm et Ménaché, ce sont les premiers petits-enfants que bénit un grand-père.
Encore une qualité importante d'Éfraïm et de Ménaché. Ce sont les deux premiers frères dans tout le livre de Béréchit qui ne se disputent pas l'un avec l'autre. Entre les frères, à commencer par Hevel et Kayin, c'est l'inimitié. Et dans la famille d'Avraham, c'est l'inimitié entre Yichmaël et Yits'hak, ensuite – Yaakov et Essav, et les frères qui vendent Yossef. Et voici que dans les fils de Yossef nous voyons des frères qui coexistent en paix. La coexistence pacifique avec les gens qui nous sont proches, c'est très important. C'est aussi une grande bénédiction – savoir être en paix avec ses frères. L'un des éléments qui la composent, c'est quand Yaakov intervertit les frères. Le point sensible dans le livre de Béréchit, quand le cadet devient l'aîné. Que voyons-nous ? Ménaché n'a pas de jalousie à l'égard d'Éfraïm. Il ne garde pas de rancune cachée, il n'envie pas Éfraïm. Peut-être même se réjouit-il de son succès, comme nous le verrons plus loin dans le cas d'Aharon et de Moché, quand Aharon vient joyeux de ce que Moché est établi plus grand que lui. Peut-être est-ce ici le commencement. Chez Éfraïm, d'un autre côté, il n'y a pas d'orgueil, « parce que je suis plus balèze ». Ne pas s'enorgueillir de ses succès, ne pas tomber dans l'orgueil à cause de sa réussite et ne pas envier celui qui réussit mieux que toi. C'est aussi une qualité très importante.
Naftali Tsvi Berlin dit encore une chose très importante. Selon, cette fois, le midrach, Éfraïm et Ménaché sont des enfants différents. L'un étudie la Torah et est fort en Torah, l'autre est entrepreneur et vit dans le monde matériel et prospère matériellement, sans oublier le Très-Haut. Quand nous bénissons les enfants. Nous devons bénir ce qui est déposé en eux, ces talents qui sont déposés en eux. Si notre fils a un talent musical, bénir son talent musical, s'il a le sens du commerce – bénir son sens du commerce, tout ce qui est donné par le Très-Haut. La bénédiction doit se poser sur ce en quoi l'enfant est déjà béni. Et ici nous disons ki Éfraïm et ki Ménaché. Si tu es Éfraïm par ton âme, sois béni comme Éfraïm. Si tu es Ménaché – comme Ménaché, reçois cette bénédiction que le Très-Haut veut te donner précisément à toi, précisément dans ce domaine, précisément là où le Très-Haut veut te bénir, où Il t'a déjà béni, où Il a déposé en toi une richesse pour la réalisation de soi, là sois béni. C'est une partie très importante de la bénédiction. Et c'est aussi pourquoi nous bénissons comme Éfraïm et comme Ménaché.
Encore une raison est donnée par le Sfat Émet. Éfraïm et Ménaché étaient des petits-enfants et sont devenus des fils. On peut ainsi comparer avec un homme qui, d'un trou perdu obscur, s'est installé dans la capitale et a commencé une vie de capitale. Des gens qui ne sont pas venus d'une famille croyante, qui sont venus au Très-Haut de loin, étant des étrangers. Et, semblerait-il, il y a ce qu'on appelle un plafond de verre, au-dessus duquel on ne s'élève pas. Si tu es petit-fils, tu ne deviendras jamais fils. Mais non, tu le deviendras ! Tu peux surmonter toutes les limitations naturelles en t'approchant du Très-Haut. Surmonter les barrières infranchissables sur le chemin vers le Très-Haut. C'est aussi la bénédiction d'Éfraïm et de Ménaché. Deux frères qui ont fait l'impossible, étaient des petits-enfants et sont devenus des fils.
Voilà les sens que nous pouvons dévoiler, pour commencer, dans la bénédiction des enfants, quand nous les bénissons par « Que le Très-Haut te fasse comme Éfraïm et comme Ménaché ».
La bénédiction du sabbat sur les enfants se termine habituellement par la bénédiction d'Aharon. Le père bénit les fils par la bénédiction d'Aharon, et la mère aussi peut bénir, si le père n'est pas à côté. Et en plus de cela, il y a aussi la prière pour les enfants (une prière très importante aussi), que nous prononçons. Bien sûr, chacun peut et doit prier pour ses enfants avec ses propres mots. Seulement, nous recevons dans notre cœur des instructions sur la prière pour les enfants. Néanmoins, il existe aussi une prière par laquelle il est d'usage de prier dans tout le peuple d'Israël.
Prière pour les enfants
Que ce soit Ta volonté, SEIGNEUR, notre Dieu et Dieu de nos pères, que nous soyons dignes d'élever nos fils et nos filles par la voie la plus digne et la meilleure. Chacun d'eux par la voie qui lui convient le mieux. Que nous puissions pénétrer dans les profondeurs de leur âme, afin d'étudier leurs capacités et leurs traits de caractère et de les élever en conséquence. Aide-nous à ne nous tromper en aucun détail dans l'éducation des enfants. Et puissions-nous être dignes de voir tous nos descendants sans exception marcher dans le droit chemin, le chemin frayé pour nous par nos pères. Qu'il en soit ainsi ! Et après que les enfants seront sortis de notre autorité et de notre maison, nos yeux sont tournés vers Toi, en haut, avec la prière que Tu nous fasses réussir dans leur éducation. Car Tu sais combien est difficile l'éducation d'enfants innocents et naïfs et combien il est difficile de les préserver, pour que le feu étranger ne les touche pas, que Dieu nous en garde ! Et Tu sais combien d'épreuves traversent nos enfants.
C'est pourquoi nous Te demandons, notre Père céleste, qui veut le bien de chacun de ses enfants, de nous apprendre à être pour eux un exemple dans la vie la plus pieuse. Et aussi qu'il soit en notre pouvoir de nous adresser à leur cœur, et ainsi d'être écoutés par eux. Quand nous les instruisons dans Ta Torah selon Ton commandement, afin qu'il n'y ait pas besoin de sévérité, mais que nous ayons de l'influence sur eux, de les inciter à prêter l'oreille à tout ce que nous dirons. Et donne-nous de connaître ce grand bien qui est caché dans l'éducation des enfants dans la Torah. Car chacun d'eux est un maillon dans la chaîne de la préservation de notre Torah, la chaîne du service envers Toi. Que tout notre effort dans l'éducation des enfants s'accomplisse avec un amour infini, avec une action de grâce incessante envers Toi et avec la conscience de combien grande est Ta bonté envers nous.
Rends-nous dignes et donne-nous d'avoir des enfants sains de corps et d'esprit, que tous leurs organes, leurs membres soient sains et en bon état et que leur âme soit saine et ferme. Et pourvois à tous leurs besoins en subsistance, en dignité et en faveur, afin qu'ils n'aient pas besoin de la charité, mais qu'ils se nourrissent de Ta main généreuse.
C'est la prière traditionnelle par laquelle il est d'usage de prier pour les enfants. Je ne sais pas si tous peuvent y dire amen, mais moi, j'y dis hardiment et avec assurance amen.
En terminant l'étude du livre de Béréchit, j'aimerais essayer de regarder de plus près certains de ses héros, les fils de Yaakov. Essayer de regarder certains d'entre eux et de voir en eux des hommes vivants, de comprendre leur caractère, de réfléchir à ce dont ils vivaient, à ce qu'ils étaient. J'ai décidé d'en parler parce que je remarque qu'ils nous paraissent trop impersonnels – soit à cause de leur héroïsme, soit parce que ce sont de maigres descriptions qui racontent leur histoire. Tout de même, quelque chose, nous pouvons le comprendre, quelque chose, nous pouvons le reconstituer, ou au moins recevoir de quoi nourrir la réflexion.
Et je veux commencer par le premier-né de Yaakov, par le garçon nommé Réouven. L'histoire de sa naissance est la suivante. Comme nous le savons, Léa s'est retrouvée mariée malgré elle. C'est le résultat d'une supercherie, cela, ni Yaakov ne le voulait, ni Léa elle-même, cela, Ra'hel ne le voulait pas. Au résultat, Léa s'est retrouvée la troisième de trop, une femme méprisée, non aimée. Et on peut s'imaginer combien c'était amer pour elle. Cela n'a pas échappé aux yeux aimants du Très-Haut. Nous lisons en Béréchit (29,31–32) :
Le SEIGNEUR vit que Léa n'était pas aimée, et ouvrit son sein, et Ra'hel était sans enfants. Et Léa conçut, et enfanta un fils, et lui donna le nom de Réouven, car elle disait : « Puisque le SEIGNEUR a regardé mon affliction, maintenant, oui, mon mari m'aimera ».
Le nom Réouven signifie en traduction littérale : réou – regardez, du verbe lir'ot – regarder, voir à l'impératif pluriel – regardez, vous ; ben – fils. C'est-à-dire : regardez, voici, j'ai un fils.
Certains commentateurs, principalement des midrachim médiévaux, essaient de donner à ce nom une certaine signification prophétique, de dire : « Regardez, voici mon premier-né. Il ne sera pas comme le premier-né de mon beau-père Yits'hak, il ne ressemblera pas à Essav, il ne vendra pas son droit d'aînesse, il ne fera pas beaucoup de ces bêtises qu'a faites Essav. Mon premier-né n'est pas comme son premier-né ». Par là, les commentateurs introduisent un certain esprit de compétition à l'intérieur de la famille de Yaakov, déjà même au niveau de la naissance. Mais si l'on regarde directement le sens simple, alors il est clair que Léa se réjouit qu'un fils lui soit né. Je pense que de très nombreuses mamans s'empressent de partager avec le monde la joie de la naissance de leur premier enfant, et beaucoup de mamans ont envie de crier : « Regardez, regardez, j'ai un fils ! Regardez mon fils, comme il est beau ! » À mon avis, c'est un élan tout à fait naturel d'une jeune mère. En outre, depuis les temps anciens (et nous parlons bien de temps anciens), une femme qui avait enfanté un fils pouvait compter sur un plus grand amour de son mari. C'est ce à quoi pense Léa, ce dont elle se réjouit.
Un premier-né est né à Yaakov – Réouven. Un premier-né, pour une famille dans l'Antiquité, et que dire, aujourd'hui aussi, compte énormément. Réouven est le premier-né dans une grande famille, dans la famille de nos Patriarches. Il est le premier-né de douze. Même dans la bénédiction de Yaakov, à la toute fin du livre de Béréchit (49,3), Yaakov dit : « Tu es les prémices de ma force, tu es mon premier-né ! », le premier-né biologique. Mais outre la notion de békhora (primauté, droit d'aînesse), il existe encore une notion très semblable, très consonante, békhira (élection). C'est-à-dire qu'on peut devenir le leader de la famille par deux voies : par le droit d'aînesse, puisque tu es le fils aîné, si tu peux réaliser cette aînesse, et par l'élection, puisque la vie ne suit pas toujours la biologie. C'est pourquoi le père, de son côté, peut décider de transmettre le leadership, de transmettre le sceptre dans la famille non pas au fils aîné, et ce n'est déjà plus la békhora (droit d'aînesse), mais la békhira (élection). Et voilà, puisque Réouven est le premier-né, la question de l'élection se posera pour lui de façon aiguë, pourrait-on dire. Se montrera-t-il digne de la primauté ? Et aujourd'hui, regardant depuis notre temps, nous voyons que la tribu de Réouven n'a rien fait de tant soit peu significatif dans l'histoire juive, en dehors de quelques petits détails dont nous parlerons. Réouven, en tant que premier-né, ne se montrera pas à la hauteur, et il serait intéressant pour nous de comprendre comment cela arrivera.
Mais sa vie, son enfance ou sa première jeunesse commence par un événement très intéressant. Réouven alla aux jours de la moisson du blé (c'est-à-dire que c'est à peu près la fête de Chavouot) et trouva des mandragores dans le champ (Béréchit 30,14–16). Il est très intéressant de savoir pourquoi il est mentionné ici à quelle période cela se passa. Les mandragores se rencontrent très rarement à cette période, c'est la première chose. Deuxièmement, si c'est Chavouot, alors c'est la nuit du don de la Torah ou la veille de la nuit du don de la Torah, et en cela aussi il y a peut-être un sens particulier. Ainsi, Réouven, aux jours de la moisson du blé, trouve une racine de mandragore. La racine de mandragore est une petite racine qui a un aspect très inhabituel et qui convient donc pour que même un tout petit garçon l'apporte à sa maman pour la lui montrer : « Maman, regarde ce que j'ai trouvé » ! Ainsi fit aussi Réouven, et il l'apporta à Léa, sa mère. Manifestement, il la montrait à tout le monde et disait : « Regardez ce que j'apporte à maman ! », parce que Ra'hel aussi l'apprit.
La racine de mandragore était considérée comme un remède contre la stérilité. Les recherches modernes disent à ce sujet des choses différentes. Que ce soit vraiment ainsi ou non, on le croyait. Et Ra'hel apprit que Léa avait un remède si célèbre. Elle vint naturellement chez elle, comme chez une sœur, et demanda : « Donne-moi des mandragores de ton fils ! » Mais celle-ci lui dit : « Est-ce peu pour toi de prendre mon mari, et de prendre encore aussi les mandragores de mon fils ? » Que dit Léa ? « Non seulement mon mari se trouve tout le temps chez toi, mais tu veux encore me prendre les mandragores de mon fils ? » Léa en veut à Ra'hel de ce que son mari, celui de Léa, se trouve constamment chez Ra'hel. Quoi qu'il en soit, Léa l'a épousé la première. Il y a même des commentateurs qui disent : « Léa ne savait absolument rien des projets de Yaakov et de Ra'hel. Léa pensait que voilà, son père avait décidé de la marier, cela se faisait souvent sans consentement. Léa ne savait absolument pas que quelqu'un trompait quelqu'un ici, et elle s'est retrouvée par hasard dans cette histoire ». Il y a aussi une telle approche.
Quoi qu'il en soit, ici l'histoire est très tragique, et Ra'hel se décide et dit : « Qu'il couche, lui, c'est-à-dire Yaakov, avec toi cette nuit pour les mandragores de ton fils ». Cela arrange beaucoup Léa. Cela arrange beaucoup Léa avant tout parce que, par là, Ra'hel donne à Léa la bénédiction d'être avec Yaakov. Ce n'est désormais plus une tromperie, plus une supercherie. Quoi qu'il en soit, de sa propre bouche Ra'hel a dit : « Qu'il couche avec toi aujourd'hui ».
Et de nouveau les commentateurs remarquent que maintenant le mariage de Léa et de Yaakov se trouve à un tout autre stade. Ce n'est plus un mariage volé, mais c'est un mariage avec consentement et bénédiction. Quand Yaakov revient, Léa sort à sa rencontre, comme la mariée sort à la rencontre du marié.
Et elle dit : « Entre chez moi, car je t'ai loué pour les mandragores de mon fils », et il coucha avec elle cette nuit-là.
La tradition dit que ce renoncement de Ra'hel à Yaakov fut la raison pour laquelle Ra'hel n'est pas enterrée avec Yaakov. Parce qu'elle a ainsi négligé une nuit avec Yaakov, une nuit avec son mari, elle n'est pas enterrée à côté de lui.
Qu'a fait ici Réouven, quel est le rôle de Réouven dans tout cela ? Pourquoi est-il même dit que c'est Réouven qui l'a fait ? Le premier-né de Léa, Réouven, a changé les relations entre sa mère et son père, c'est la première chose. Deuxièmement, Ra'hel a reçu les mandragores et par cela aussi a conçu. C'est-à-dire que le premier-né de Léa a joué un rôle important dans la naissance du premier-né de Ra'hel, c'est aussi très important. Par Réouven, même par un tout petit Réouven, quelque chose se fait dans la famille de Yaakov, car il n'y a pas de hasards. Et ensuite nous quittons Réouven pour des années, pourrait-on dire. Nous ne savons pas ce qui lui arrive.
Après la mort de Ra'hel, quand Yaakov voit dans son esclave, sa concubine Bilha, une sorte de prolongement de Ra'hel et s'installe presque définitivement pour vivre dans sa tente, se produit un incident très désagréable (Béréchit 35,22) :
Il advint, pendant le séjour d'Israël dans ce pays, que Réouven alla et coucha avec Bilha, la concubine de son père, et Israël l'entendit.
Les commentateurs, bien sûr, sont horrifiés par cet événement. C'est très difficile à expliquer d'une manière ou d'une autre, c'est pourquoi il y a des interprétations qui disent : « Non, bien sûr, à Dieu ne plaise, il n'est pas entré directement chez Bilha. Il a simplement mis la couche sens dessus dessous, là ». Certains disent : « Il a pris et transporté le lit de Yaakov dans une autre tente ». Mais le sens de la Torah est simple et implacable : Réouven est entré chez la concubine de son père. Que cela signifie-t-il donc ? Peut-être est-ce un acte désespéré, audacieux, une tentative de prendre d'une manière ou d'une autre la défense de sa mère abandonnée, une action spontanée d'un sentiment de justice impuissant. Peut-être très juvénile, et donc très spontanée. Une lutte pour la justice menée dans la colère.
On peut aussi voir en cela autre chose : une prétention à confirmer sa primauté, son droit à l'héritage. Nous voyons plusieurs exemples semblables dans le Tanakh. On peut prendre l'exemple de l'histoire de Chlomo et d'Adoniyahou (1 Mélakhim 2,12–22), quand David meurt et laisse la royauté à son fils Chlomo – non pas au premier-né, mais à l'élu. Et le premier-né offensé, Adoniyahou, qui avait déjà eu le temps de se faire coudre une livrée et célébrait déjà son quasi-avènement par droit de premier-né, et non par droit d'élu, dit à Bat Chéva : « La royauté aurait dû me revenir, tu le comprends bien ». C'est-à-dire qu'Adoniyahou dit : « Par la primauté, la royauté est à moi », mais il s'est trouvé que c'est békhira (par choix), et la royauté revient à Chlomo. Mais que demande Adoniyahou ? Il demande à Bat Chéva d'intercéder pour lui auprès du roi Chlomo, qui vient de monter sur le trône, pour qu'il lui donne Avichag la Sunamite, il demande qu'on lui donne la concubine de David pour épouse. Et, quand Chlomo entend cette demande, il comprend où Adoniyahou veut en venir et dit à sa mère : « Demande donc pour lui aussi la royauté, car il est mon frère aîné, et pour lui, et pour Évyatar le kohen, et pour Yoav, fils de Tsérouya ». Puisque Adoniyahou demande Avichag la Sunamite, il attente à la royauté, il essaie ainsi de confirmer sa primauté. Ainsi, la békhora (droit d'aînesse) de nouveau contre la békhira (élection).
Dans la lutte pour le pouvoir, la même méthode est utilisée auparavant par Avchalom, un autre fils de David. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans le 2e livre de Chmouël (16,2–22) :
Et dit (Avchalom à A'hitofel) : « Donnez votre conseil, que devons-nous faire ? » Et A'hitofel dit à Avchalom : « Entre chez les concubines de ton père, qu'il a laissées pour garder la maison, et tout Israël entendra que tu es devenu odieux à ton père, et les mains de ceux qui sont avec toi deviendront plus fortes ».
C'est-à-dire, proclame ton pouvoir, entre en confrontation ouverte avec ton père dans la lutte pour la primauté, dans la lutte pour la succession au pouvoir.
Et nous connaissons encore une histoire, quand Ichbochet, fils de Cha'oul, dit à Avner, fils de Ner : « Pourquoi es-tu entré chez la concubine de mon père Cha'oul » ? Cha'oul avait une concubine qui s'appelait Ritspa, fille d'Aya. Et Avner fit ce qu'il fit.
On peut comprendre l'action de Réouven ici comme une prétention à affermir sa primauté, puisqu'il sent que son autorité se perd complètement. Yaakov pleure Ra'hel morte, il s'est attaché de toute son âme à Bilha, et nous savons qu'il aimait Yossef plus que tous ses fils. Et nous savons que la Torah donnera plus tard un commandement particulier justement sur cette situation, quand un homme a deux femmes : l'une, il l'aime, l'autre, il la hait, et de celle qui n'est pas aimée il a un premier-né (comme Réouven). La Torah interdira de priver du droit d'aînesse le fils de la femme non aimée. Réouven craint qu'à cause de son amour pour Yossef, Yaakov, peut-être, le prive du droit d'aînesse. C'est pourquoi (peut-être pour cela) il se décide à un pas si désespéré. De nouveau une sorte de tentative impuissante de lutter pour la justice, une révolte impuissante.
Mais, comme dans tous les autres cas que nous avons énumérés, ni Avner, ni Avchalom, ni Adoniyahou n'ont obtenu quoi que ce soit par une action semblable. Réouven s'est couvert de honte aux yeux de son père. Nous l'avons appris quand nous lisions la bénédiction de Yaakov. Une sorte d'action précipitée, une sorte de tentative, peut-être, de lutte pour la justice, qui ne peut pas se déverser, ne peut pas s'exprimer par la bonne voie – voilà ce qui se tient derrière les actions de Réouven ici. Peut-être a-t-il été trahi par son incapacité à s'arrêter et à prendre trois profondes inspirations, à s'arrêter et à réfléchir.
L'épisode suivant que nous voyons, c'est la vente de Yossef. Un épisode connu de tous, quand Réouven entend comment les frères (très probablement, ce sont Chimon et Lévi) se mettent d'accord entre eux pour tuer Yossef. Réouven veut délivrer Yossef de la mort, Réouven veut sauver Yossef, et il est l'aîné. Mais Réouven, ayant une conscience, ayant de la délicatesse de conscience, n'ose pas montrer cette délicatesse de conscience. Il craint de paraître, peut-être, trop bon aux yeux de ses frères, ou il considère ses frères indignes de comprendre sa conscience. Mais, d'une manière ou d'une autre, ses qualités de leader, son leadership de premier-né, Réouven ne les manifeste pas ici. Il dit : « Ne lui portons pas de coups mortels, ne versez pas de sang. Jetez-le dans cette fosse qui est dans le désert, et ne portez pas la main sur lui (Béréchit 37,21–22) ». En d'autres termes : « Jetons-le dans la fosse, et il y mourra de lui-même, du soleil, de la soif, des bêtes sauvages, des scorpions, des serpents. Il crèvera tout seul, ne le tuons pas ». À nous, lecteurs, la Torah laisse entrevoir que Réouven ruse, il veut sauver Yossef et le ramener à la maison. L'intention est bonne, mais il a peur de le dire. C'est pourquoi on ne prend pas Réouven au sérieux, sa délicatesse de conscience ne se traduit pas en paroles vraies, il n'a pas pu dire, et même se forcer à dire, il n'a pas pu : « Frères, ne le tuons pas. Accueillons-le tranquillement, mangeons avec lui, racontons-lui comment nous allons, et renvoyons-le à la maison chez papa. Ne lui faisons aucun mal ». C'est ce qu'il voulait lui-même, mais il n'a pas osé le dire, soit craignant de paraître trop bon, soit craignant ses frères. Et, comme nous nous en souvenons, les frères écoutèrent Yéhouda, qui dit : « Et quel profit avons-nous donc à le jeter comme ça ? Vendons-le aux Yichmaélites (Béréchit 37,26–27) ».
On ne sait pas, ensuite, où disparaît pour un certain temps Réouven. Il y a des commentateurs qui disent : « Réouven passait son temps dans le jeûne et la prière pour ce qu'il avait fait avec Bilha, et c'est pourquoi, quand les frères se sont assis pour manger, il ne s'est pas assis avec eux, mais s'est écarté pour prier ». Il y a aussi des commentateurs qui disent : « Réouven est allé à la maison chez son père, parce que c'était le moment de prendre soin de son père ». C'est très étrange, parce que de là-bas il y a très loin à aller, et on ne comprend pas comment des commentateurs qui vivaient dans le pays d'Israël ont pu se permettre d'écrire une telle chose. Mais de quoi parlent les deux versions ? Imaginez que le moment est venu de sauver Yossef, le moment où l'on peut faire quelque chose et le sortir de la fosse. Mais Réouven décide : « Je vais tout de suite achever ma prière, je vais tout de suite finir de porter mon vêtement de sac, voilà, je finis de jeûner et j'y vais aussitôt ». Comment établit-il ses priorités ? Et, même si l'on suppose qu'il devait, par respect pour son père, aller rendre honneur à son père, de nouveau, comment les priorités sont-elles établies ici ? Que choisit Réouven ? Et pourquoi y va-t-il, même si l'on accepte l'une de ces versions. Ces deux versions parlent bien de Réouven, de son caractère, de cette délicatesse de conscience-là qui ne trouve pas l'emploi qui convient et qui, au lieu de pousser à une forme de droiture, l'entraîne dans des endroits incompréhensibles, parce qu'il a peur de cette délicatesse de conscience. Quoi qu'il en soit, Réouven, d'une manière incompréhensible (peut-être cela aussi dit-il quelque chose de lui), ne s'est pas trouvé au bon moment au bon endroit. Et quand il arrive à la fosse, qu'il n'y trouve pas Yossef et que, ne connaissant pas toute l'histoire, il pense très probablement que Yossef a simplement péri, il déchire ses vêtements, pleure et dit : « Et moi, maintenant, où vais-je aller ? »
Les commentateurs disent : « C'est le premier cas où un homme fait téchouva (repentir) non pas parce que le Très-Haut lui a dit : “Allons, allons, allons !”, non pas sous la peur de quelque chose, mais par désir d'être bon, par désir d'être droit ». Le Midrach Rabba, un recueil de midrachim, dit à ce sujet ainsi : « Le Saint, béni soit-Il, lui dit : “Jamais encore un homme, péchant devant Moi, n'est revenu en se repentant, et toi, tu t'es repenti le premier. Par ta vie, je jure que ton descendant commencera par le repentir”, c'est-à-dire par la prédication du repentir. Et qui est-ce donc ? C'est le prophète Hochéa, qui dit : « Reviens, Israël, au SEIGNEUR, ton Dieu… ». Les commentateurs disent : « Il y aura un prophète parmi les descendants de Réouven. Le Très-Haut ne laissera pas sans récompense cet élan qui fut le sien. Fût-il si impuissant, fût-il si inoffensif, un élan qui ne pouvait déjà plus rien réparer, le Très-Haut le lui comptera pourtant à travers de nombreuses générations, quand de ses descendants se lèvera Hochéa, qui appellera les gens au repentir. Réouven a su se repentir, ouvrir, montrer cette délicatesse de conscience qui était la sienne, resté seul à seul avec le Créateur près de la fosse devenue vide. Il n'a jamais pu entrouvrir à personne la porte de cette droiture-là qui était la sienne. Et pour cela, pour son repentir devant le Très-Haut, il lui est promis qu'il y aura quelqu'un qui mènera cela jusqu'au bout, un prophète de ses descendants, qui appellera à la droiture et s'affligera simplement dans son cœur avec son impuissante délicatesse de conscience et sa droiture. Réouven est un homme bon, mais d'une impuissance navrante.
Après un certain temps, nous voyons de nouveau Réouven : comment Réouven, avec ses frères, arrive chez Yossef en Égypte, comment les frères disent : « Voilà, le malheur nous a atteints ! ». Réouven fait remarquer (comme une maman polonaise) : « Je l'avais bien dit, je l'ai pourtant dit, ne péchez pas contre le garçon. Mais vous n'avez pas écouté, voilà que son sang est réclamé ». Cette phrase « Je l'avais bien dit, je vous l'avais bien dit » (sans doute beaucoup ont été à la fois dans le rôle de ceux qui l'entendent et dans le rôle de ceux qui la disent) est une phrase dénuée de sens. Une phrase qui se dit pour se justifier : « j'ai pourtant essayé, je voulais pourtant, j'avais pourtant à l'intérieur une telle intention ». C'est une tentative de se justifier d'une manière ou d'une autre.
Si l'on approfondit un peu ce texte, les frères disent : « Nous avons entendu ses cris et nous n'avons pas réagi ». En réalité, ils n'ont pas entendu, ils s'étaient assis, sans doute, quelque part ailleurs que près de la fosse, en tout cas il n'est pas écrit qu'ils aient entendu des cris de Yossef. Mais, regardant en arrière, il leur semble déjà qu'ils ont entendu. De même Réouven, regardant en arrière, reconstruit le passé à sa manière et y insère un Réouven qui disait aux frères quelque chose de ce genre (alors qu'il disait aux frères tout autre chose). Mais ce qu'il a vraiment dit, il ne veut pas s'en souvenir. Il pense, dans son rôle imaginaire, que tout ce qu'il voulait dire, tout ce qu'il craignait de dire, il l'a vraiment dit. C'est ainsi que cela existe dans ses souvenirs. Quoique, de nouveau, il existe une telle opinion : « Par là, Réouven rappelle qu'il appelait alors les frères à la téchouva, appelait les frères au repentir ».
Eh bien, moi aussi j'aime beaucoup Réouven, et j'ai envie de le justifier, mais voilà, cette inoffensivité et cette impuissance-là l'empêchent très fortement d'être aussi juste qu'il veut l'être. Je me reconnais souvent en Réouven. Moi aussi, parfois, j'ai un peu peur de dire quelque chose. Je crains parfois d'être incompris, parfois je pense d'avance : « Non, ces gens ne sont pas dignes, ils ne me comprendront pas, ils n'accepteront pas de faire quelque chose de bien ». J'ai souvent peur d'être bon, j'ai souvent peur d'être scrupuleux, de dire quelque chose et de paraître si « gentil ». Cette peur existe, il arrive qu'elle me rattrape, heureusement de moins en moins. Et pourtant je connais le Réouven en moi, et cela m'aide à aimer Réouven.
Un certain temps passe, et il faudrait aller en Égypte chercher de la nourriture. Comme nous nous en souvenons, Yossef, qui pour les frères est simplement un quelconque noble dignitaire égyptien, a exigé qu'on amène Binyamin. Yaakov ne consent pas, les frères commencent à mener des négociations avec lui. Encore en partie en tant que premier-né, c'est Réouven qui engage le premier la conversation.
Et Réouven dit à son père, en disant : « Tu feras mourir mes deux fils si je ne te le ramène pas (Binyamin). Remets-le entre mes mains, et je te le rendrai. (Béréchit 42,37).
Réouven fait une proposition intéressante : « Si je ne le ramène pas, tue mes deux fils ». Yaakov s'en sentira-t-il soulagé ? Si, disons, il arrive quelque chose à Binyamin en Égypte, Yaakov se réjouira et, pour se consoler, tuera les deux fils de Réouven. Bon, c'est difficile à croire, c'est difficile de croire tout court que c'est une proposition sérieuse. Et les commentateurs disent : « C'est une sorte de rhétorique. Ici, Réouven veut dire : “Binyamin m'est plus cher que mes deux fils. Binyamin est plus important pour moi que mes deux fils ». Naturellement, Yaakov ne réagit pas à cela, parce qu'il n'y a derrière cela aucune utilité pratique, aucune pensée, aucun plan.
Traduit en langage pratique, Réouven dit : « J'aime beaucoup Binyamin ». Et c'est tout ce qu'il peut dire. Et cela ressemble à la façon dont nous disons à quelqu'un : « Dieu t'aime ». C'est vrai, Dieu aime, mais nous-mêmes, nous ne montrons en rien cet amour, aucune activité pratique de notre part ne suit cela, et Réouven est dans une situation semblable. Il conçoit le bien, mais ne se décide pas à prendre sur lui la responsabilité de faire ce bien. De nouveau, il a ce même problème : il veut le bien, mais il n'y arrive pas. Celui qui peut persuader Yaakov, c'est celui qui commence déjà (peut-être malgré lui) à mener contre Réouven la lutte pour le futur droit d'aînesse, pour la future primauté.
Et Yéhouda dit à Israël, son père : « Laisse aller le jeune garçon avec moi, nous nous lèverons, et nous irons, et nous vivrons, et nous ne mourrons pas – nous, toi et nos enfants. Je me porte garant de lui. De mes mains tu le réclameras. Si je ne te le ramène pas et ne le place pas devant ta face, je serai coupable envers toi tous les jours (Béréchit 43,8–9).
Qu'est-ce qui distingue les paroles de Yéhouda de celles de Réouven ? Eh bien, premièrement, Yéhouda est plus insistant, et il sait travailler avec les objections (comme on dirait aujourd'hui), pour convaincre Yaakov. Deuxièmement, Yéhouda prend sur lui la responsabilité et dit : « C'est moi qui répondrai de lui ». Pas simplement « je l'aime », mais « s'il lui arrive quelque chose, alors voilà, tu feras ceci et cela ». Yéhouda dit : « Moi ! C'est moi qui le protégerai. Je réponds de lui ! C'est-à-dire que je veillerai sur lui en pratique, et, s'il lui arrive quelque chose, je serai coupable envers toi toute ma vie ». Réouven ne peut pas dire cela, parce qu'il est déjà coupable envers Yaakov. Après l'histoire avec Bilha, que Yaakov ne lui a pas pardonnée jusqu'à la fin de sa vie, il n'a rien à perdre, il n'a pas cette réputation qu'a Yéhouda. C'est pourquoi ici, de nouveau, Yéhouda prend la primauté, et, pourrait-on dire, à partir de ce moment Réouven passe complètement au second plan.
Quand déjà le peuple revient d'Égypte, la tribu de Réouven voit des prairies inondables avant même l'entrée dans le pays d'Israël et de nouveau dit précipitamment : « Je veux ! Je m'installerai ici ! » Et de cette manière, pour ainsi dire, elle se coupe partiellement du pays d'Israël. Le bon côté de cette précipitation fut que, du vivant même de Moché, c'est pour la première fois précisément sur le territoire de la tribu de Réouven qu'apparurent des villes de refuge. Et il me semble que cela s'harmonise très bien avec la personnalité de Réouven. D'un autre côté, s'étant retrouvée coupée du pays d'Israël principal, de la partie principale du pays d'Israël, cette tribu fut aussi la première à subir le coup de la dispersion. Tout a deux côtés.
Dans le livre de Choftim, nous lirons le chant de Débora après la victoire sur les Cananéens. Débora dit : « Mais la tribu de Réouven n'est finalement pas sortie au combat. Elle aurait pu venir, mais n'est pas venue » (Choftim 5,15–16). La séparation se produit, et la tribu de Réouven s'éloigne toujours plus, et plus, et plus.
Et avant cela, en bénissant ses fils, Yaakov dit ainsi à Réouven : « Réouven, tu es mon premier-né, ma vigueur et les prémices de ma force » (Béréchit 49,3–4). L'expression réchit oni (prémices de ma force) est une expression qui correspond toujours au premier-né. C'est-à-dire que Yaakov confirme que Réouven est le premier-né biologique, qui prétendait au droit d'aînesse, il avait le droit d'aînesse – békhoura, mais il n'a pas pu tirer parti de ce droit d'aînesse, n'a pas pu devenir premier-né, remplir le rôle de premier-né. Et c'est pourquoi, au lieu de la békhoura (droit d'aînesse), selon le principe de la békhira (élection), sa place a été prise par Yéhouda. Yaakov parle ainsi du potentiel de Réouven : « Comble de dignité, comble de puissance ». Que signifie donc tout cela ?
Dans la tradition, on considérait que le premier-né rassemble réellement en lui toutes les forces. Comme si le corps de l'homme accumulait un certain trésor pour la naissance du premier enfant. Et le premier enfant pouvait naître (pour ces temps-là) quand le papa pouvait avoir quatorze, peut-être quinze, peut-être vingt ans. Mais une énorme quantité de temps passe pendant que s'accumulent les forces pour le premier enfant, et ensuite la période de temps diminue déjà. Réchit oni – le premier tir, mes premières prémices de force. Le plus important, c'est l'enfant dans la famille, le premier-né, c'est ainsi aujourd'hui encore (c'est moi qui vous le dis, en tant que plus jeune fils d'une famille nombreuse).
Mais aussitôt Yaakov dit : « Impétueux (pa'haz – agité) comme l'eau, tu n'auras pas la prééminence, car tu es monté sur la couche de ton père. Tu as souillé par là celui qui montait sur ma couche. En d'autres termes, à cause de ta précipitation, parce que tu cherches à précipiter les événements, tu ne pourras pas être premier-né. Tu ne seras pas le leader de notre famille, tu ne dirigeras pas notre famille, tu n'y arriveras pas ». Yaakov dit que le malheur principal de Réouven, c'est sa précipitation. Plein de bonnes intentions, Réouven se hâte tant de réaliser ces bonnes intentions qu'il oublie tous ceux qui l'entourent, ceux-là mêmes à qui, à proprement parler, il veut faire ce bien. Et c'est pourquoi il n'arrivera pas à diriger la famille, il n'arrivera pas à être un leader. C'est un homme bon, Réouven. Très probablement, nous ne verrons pas que quelque part il ait vraiment voulu faire quelque chose de mal, il a toujours voulu « bien faire », mais toujours – seul. Il ne pouvait pas distinguer à côté de lui d'autres gens bons, leur confier de faire quelque chose de bien ensemble, et cela l'empêchait d'être bon et l'empêchait assurément d'être un bon dirigeant, un bon leader pour la famille. De là aussi cette précipitation dont parle Yaakov. Si tu es le seul bon et que tout ne peut dépendre que de toi, alors, bien sûr, il faut se hâter. On voulait faire au mieux, et ça finissait comme toujours. Cela, je le connais aussi par moi-même, dans ma vie.
Avec Réouven, tout n'a pas tourné simplement. Eh bien, voilà, telle est sa vie. C'est Réouven. Je vous prie de l'aimer et de lui faire bon accueil. Justement l'un et l'autre, je vous prie et de l'aimer, et de lui faire bon accueil.
J'aimerais parler du deuxième fils de Yaakov et de Léa, de Chimon. Quand nous parlions de Réouven, premier-né de Yaakov et de Léa, nous lisions que le Très-Haut vit que Léa était méprisée, et ouvrit son sein. Léa enfanta un premier-né et l'appela Réouven, ce qui signifie : regardez, voici, j'ai un garçon. Elle était pleine d'espoir que, puisqu'elle avait pu enfanter à Yaakov un premier-né, maintenant Yaakov la remarquerait et l'aimerait, et que leurs relations s'arrangeraient. Et tous ses espoirs, elle les a mis dans ce nom, dans cette joie de la naissance du premier-né.
Et voilà, le temps passe, peut-être un an, un an et demi après la naissance de Réouven, et Chimon vient au monde. Voici ce que nous lisons sur l'histoire de sa naissance : « Et elle conçut de nouveau, et enfanta un fils, et dit : “Le SEIGNEUR a entendu que je suis non aimée, et m'a donné aussi celui-ci. Et elle lui donna le nom de Chimon ». (Béréchit 29,33)
Voilà comment, en quelques mots, la Torah raconte la naissance de Chimon. La Torah elle-même ne dit pas que Léa enfanta parce que le SEIGNEUR avait entendu qu'elle n'était pas aimée : cela a été dit à propos de Réouven. Mais c'est précisément à cela que Léa elle-même relie la naissance de Chimon. Et ici, le SEIGNEUR n'a pas vu, mais a entendu, c'est-à-dire a pénétré dans les profondeurs les plus profondes, dans le murmure du cœur de Léa, dans cette amertume de son cœur, et lui a donné un garçon du nom de Chimon. Ici, il n'y a déjà plus d'espoir ni d'attente que le mari voie, ou que d'une manière ou d'une autre l'attitude change. « M'a donné aussi celui-ci » – on peut le comprendre ainsi : pour qu'Il me console dans cette haine, dans ce mépris envers moi, dans cette non-reconnaissance qui est la mienne, cet éloignement, ce manque d'amour... Voilà quelle étonnante, difficile prophétie, quelle tâche difficile, quel programme Léa dépose dans la naissance de Chimon. C'est un garçon-défenseur. Un garçon qui doit défendre maman Léa, offensée sans l'avoir mérité, haïe sans l'avoir mérité. Eh bien, et pas seulement maman Léa, mais tous ceux qui sont avec elle. Les midrachim disent que Chimon grandit en garçon très grand et très fort, ce qui, encore une fois, correspond à la trame générale du récit.
Que signifie le nom Chimon ? La compréhension la plus simple et la plus juste, c'est que le nom Chimon vient du verbe chma (entendre), et signifie écoute ou celui qui écoute, c'est-à-dire l'écoute de Dieu, la réponse à mes prières, ou celui qui écoute. Celui qui écoute – ici la compréhension est, bien sûr, large. Avant tout, sans doute, c'est celui qui obéit au père, celui qui obéit à Dieu. Mais peut-être y a-t-il ici aussi le sens : celui qui m'écoutera, celui qui entendra cette amertume qui est la mienne et me défendra. Ce sont là les compréhensions qui concernent le sens direct du nom.
Les sages, dans les midrachim, partant de l'histoire de la tribu de Chimon, disaient que Chimon signifie aussi sam avon – celui par qui viendra le péché. On a en vue ici que, par la suite, la tribu de Chimon pécha par Zimri ben Salou au moment où Israël se prostituait avec les femmes de Midyan dans le désert. Une autre compréhension – sam aïn, c'est-à-dire l'œil envieux, et ici les sages faisaient allusion à l'envie de Chimon envers Yossef. Tout cela, ce sont des commentaires et des midrachim, et, bien entendu, cela peut être une tentative de trouver les racines des actions de Chimon dans le nom, mais ce n'est pas le sens direct du nom. Dans le milieu chrétien, il existe encore une interprétation, selon laquelle le nom Chimon est lié au roseau. Cette interprétation est apparue par erreur. Le fait est que l'un des apôtres est appelé Chimon Zilot (ou Kana – zélateur). Le mot kana (zélateur), est effectivement proche par le son du mot kané (roseau). Voilà d'où vient la traduction du nom Chimon par roseau. Mais le nom n'a pas un tel sens.
Ainsi, Chimon, c'est celui qui entend, sensible, qui répond à quiconque offense sa mère, réagissant peut-être brusquement à toute offense, un défenseur ; un garçon qui grandit en homme très fort.
Nous lirons tout de suite la première histoire de sa biographie, c'est l'histoire avec Dina. Au sujet de Dina, nous avons lu que cette fillette – la fille de Yaakov, la seule fille dans la famille, la fille de Léa – est très probablement une enfant chérie, « la petite chérie à son papa ». Elle sortit se promener, fut violée, fut enlevée à Ch'khem, et les frères obtinrent par la ruse que les habitants de Ch'khem se fassent circoncire. Et ensuite nous lisons une histoire que nous connaissons déjà, mais nous la relirons encore une fois.
« Et il advint : le troisième jour, quand ils (c'est-à-dire les habitants de Ch'khem) étaient souffrants, deux fils de Yaakov, Chimon et Lévi, frères de Dina, prirent chacun son épée, et attaquèrent la ville avec assurance, et tuèrent tous les hommes. 'Hamor et Ch'khem, son fils, ils les tuèrent aussi par l'épée, et prirent Dina de la maison de Ch'khem, et sortirent. Et les fils de Yaakov vinrent vers les tués et pillèrent la ville parce qu'on avait déshonoré leur sœur. Ils emmenèrent leur petit et leur gros bétail, et leurs ânes, et ce qui était dans la ville, et ce qui était dans les champs, et toutes leurs richesses, et tous leurs enfants et leurs femmes, ils les firent captifs, et pillèrent tout ce qui était dans les maisons ». (Béréchit ch. 34)
En réponse à l'acte ignoble de Ch'khem, Chimon, défenseur de sa maman offensée, de sa famille offensée, déborde de sentiment de justice et de colère. Avec son frère Lévi, il attaque la ville de Ch'khem. Il faut dire que c'est un acte très courageux. Les frères, à ce moment-là, sont des adolescents. Peut-être ont-ils 13-14 ans. Peut-être sont-ils un peu plus âgés – des adolescents qui attaquent une ville entière, massacrent une ville entière. Ensuite, apparemment, les autres frères arrivent et pillent tout. Mais outre le fait que la ville fut pillée, tous les environs furent aussi pillés. Comme l'a dit un de mes amis : « On abat la forêt – les copeaux volent ».
Cela provoque l'indignation de Yaakov : « Et Yaakov dit à Chimon et à Lévi : “Vous m'avez noirci, en me rendant odieux aux habitants de ce pays” ». Si l'on traduit mot à mot, Yaakov dit évichou – vous m'avez fait puer (boéch en hébreu moderne, c'est une mouffette, une bête puante) : « Vous m'avez rendu puant pour tous les habitants de cette terre et odieux aux Cananéens, aux Périzéens. Ils vont venir maintenant, et moi, j'ai peu de gens, et ils pourront m'anéantir ». Et les frères disent : « Traitera-t-on donc notre sœur comme une prostituée ?! » Très probablement, ce n'est pas la défense de Dina par ses frères qui a indigné Yaakov, qui a provoqué sa colère.
Nous nous souvenons que, quand Yaakov bénit Chimon et Lévi, il dit arour apam, maudite soit leur colère (nous en parlerons encore). Quand le vengeur, quand l'homme qui lutte pour la justice déborde d'une juste colère, alors la colère peut rendre l'homme impur. Par conséquent, ses actes aussi deviennent impurs. Je peux dire que Chimon et Lévi me sont très proches, moi aussi, peut-être, j'aimerais parfois prendre l'épée en main (bon, massacrer une ville entière, je ne le peux pas, je ne suis pas un grand guerrier), et leur désir m'est proche et compréhensible.
Ainsi, le jeune Chimon est fort, juste, ardent, aimant, attentionné. Mais cette ardeur qui est la sienne est dangereuse en ce qu'il peut alors se révéler coléreux. Dans la famille de Réouven, de Chimon, de Lévi, de tous les frères, il y a encore un jeune garçon nommé Yossef, dont nous avons parlé et dont nous parlerons encore. Et il est clair que Yossef, peut-être, irritera Chimon plus que quiconque. Premièrement, il est le fils aimé de l'épouse aimée, en comparaison de la maman non aimée de Chimon. Deuxièmement, alors que Chimon et Lévi, à l'adolescence, étaient déjà aux champs, Yossef se donne beaucoup moins de peine, il a une chemise d'apparat, il est proche de son père, et en plus, c'est un rêveur de songes.
En somme, Chimon a toutes les raisons d'avoir des sentiments très « non fraternels » envers Yossef. Et, quand nous lisons la vente de Yossef, la Torah ne dit rien du rôle de Chimon dans cette histoire. Bien qu'il soit clair, si l'on raisonne, que ce sont très probablement seulement les fils de Léa qui font paître à Dotan. Les fils des esclaves font paître séparément, et les fils de Ra'hel, Yossef et Binyamin, ils sont, cela va de soi, avec leur père en Canaan. Réouven et Yéhouda, deux autres fils de Léa, nous le voyons, ne voient pas d'un très bon œil cette entreprise (tuer Yossef), et il devient clair que (et les midrachim le disent) ce sont précisément Chimon et Lévi qui menaient, très probablement, toute cette histoire avec l'idée de faire périr Yossef. L'un des midrachim dit que Chimon fut celui qui s'y résolut et, disons-le ainsi, poussa de ses propres mains Yossef dans la fosse. Au fond, cela convient bien à Chimon.
Au IIe siècle avant notre ère vivait un homme inconnu, mais très intéressant, qui rassembla tous les matériaux sur les fils de Yaakov, sur les douze Patriarches, et écrivit un tel midrach, une telle œuvre, qui s'appelle « Testament des douze Patriarches ». D'après le texte de ce midrach, chacun des fils de Yaakov, de Réouven à Binyamin, rassemble ses fils avant sa mort. Chacun raconte à ses fils sa vie, certains de ses problèmes, certaines de ses difficultés dans ses relations avec le Très-Haut, dans ses relations avec ses frères, les difficultés de sa vie, et leur donne une instruction. Au sujet de Chimon, ce midrach dit une chose étonnante. Il dit que Chimon raconte à ses enfants qu'il haïssait Yossef, et le haïssait tellement que (cela, la Torah le dit aussi) il ne pouvait pas lui parler paisiblement, ne pouvait rien faire avec lui et voulait le tuer. Il se trouva qu'au moment où Yossef arriva à Dotan, Chimon avait été envoyé à Ch'khem acheter des onguents pour les moutons, et entre-temps Yossef fut vendu, et Chimon ne put pas y prendre part. Chimon voulait le tuer, peut-être l'aurait-il poussé dans la fosse (selon ce midrach), mais Dieu l'en a préservé. Nous voyons ici deux approches de la manière de regarder l'histoire juive, deux regards sur l'histoire juive. Les uns disent : « Le Très-Haut agit par les hommes, par Réouven, par Yéhouda. Et Yossef, par Réouven et Yéhouda, fut sauvé d'un meurtre immédiat ». Les autres disent : « Le Très-Haut agit en sous-main, et c'est pourquoi Chimon – or on ne l'aurait pas arrêté, il est fort, il est plein de haine, plein de colère, il aurait tué Yossef – le Très-Haut l'a envoyé ailleurs ». Du fait que Yossef prendra ensuite précisément Chimon en otage (Béréchit 42,24), on peut conclure (et on le fait aussi) que c'est précisément Chimon qui a poussé Yossef dans la fosse. Et voilà, quand nous racontons l'histoire de la façon dont Chimon a été otage, nous voyons que Yaakov ne s'est pas beaucoup pressé de le délivrer, peut-être, encore une fois, parce qu'il se souvenait de l'histoire avec Dina et avec Lévi. Là-dessus, semble-t-il, toute l'histoire de Chimon qui est racontée dans la Torah se termine.
Nous avons déjà lu les bénédictions de Yaakov avant sa mort. Yaakov bénit ses enfants – oui, souvenons-nous-en, il les bénit précisément, c'est-à-dire qu'il ne maudit ni ne punit aucun d'eux. Et tout ce qui est dit à cette occasion, même si c'est perçu de manière aiguë et douloureuse, est une bénédiction. Et voici ce que Yaakov dit aux frères, à Chimon et à Lévi : « Chimon et Lévi sont frères, les armes du brigandage leur sont propres ». (Béréchit 49,5–7).
On peut traduire cela ainsi : les instruments qu'ils possèdent, tous leurs biens, ce sont des biens pillés. Et on peut le comprendre autrement : ils agissent dans ce monde en prédateurs. C'est-à-dire qu'ils sont enclins au pillage, à la manifestation de la violence, à prendre avec culot ou par la force, même en se fondant sur un sentiment de justice. Et ensuite : « Que mon âme n'entre pas dans leur conseil. Ne t'unis pas à leur assemblée, mon honneur ».
C'est-à-dire que, quand des affaires communes lient Chimon et Lévi, Yaakov dit : « Je ne réponds pas d'eux ». Et nous verrons plus tard dans la Torah que, quand sont décrites certaines histoires, par exemple sur Kora'h de la tribu de Lévi, il n'est pas dit qu'il est fils de Yaakov. Quand viendra l'histoire de Zimri ben Salou de la tribu de Chimon – là non plus, il n'est pas dit qu'il est fils de Yaakov. C'est-à-dire que Yaakov dit : « Je ne veux pas lier mon nom à certaines affaires de ces gens ». Et ensuite Yaakov dit : « Maudite soit leur colère, car elle est forte, et leur fureur, car elle est dure ». Le mot apam (colère), si on le traduit mot à mot, c'est leur nez. Le mot af (nez) a aussi le sens de colère ou de narines. De larges narines, un long souffle, celui qui est capable de respirer longtemps – érékh apaïm (Dieu longanime, Dieu aux longues narines). Ici, en revanche, ce sont des narines larges, gonflées de colère, qui sont remplies d'air, et cet oxygène résonne tellement qu'il ne laisse pas l'homme respirer, cette colère prive l'homme de raison.
Ensuite nous verrons qu'entre Chimon et Lévi se produira une séparation. L'un d'eux, Lévi, devenu l'ancêtre de la lignée sacerdotale, de la lignée lévitique, apprendra la très importante capacité de voir l'impureté et de ne pas devenir soi-même impur. Voir quand il se passe quelque chose d'impur, s'en indigner, y réagir, s'y opposer, mais ne pas tomber dans la colère, ne pas devenir soi-même impur. C'est important, c'est une qualité importante pour un kohen. Compatir à certaines faiblesses de l'homme, et non s'en indigner, ne pas en accabler l'homme, c'est-à-dire s'indigner, mais sans colère. Chez Chimon, cela réussit beaucoup moins bien, et nous le verrons plus tard précisément dans l'histoire avec les Midyanites. Mais lisons jusqu'au bout la bénédiction de Yaakov.
Yaakov dit : « Je les diviserai en Yaakov et je les disperserai en Israël ». C'est-à-dire que les lévites, nous le verrons par la suite, n'auront pas de part d'héritage, ils seront dispersés, sans avoir leur propre terre ; la tribu de Lévi n'a pas de part d'héritage. Le sort de la tribu de Chimon, nous le lisons dans le livre de Yéhochoua ben Noun, tomba au milieu de la tribu de Yéhouda, et les fils de Chimon, toute la tribu de Chimon vivra dans la partie sud du territoire de la tribu de Yéhouda, dans le sud ennuyeux, ennuyeux d'Israël (Béer-Chéva et Rou'hama – ce sont aussi des régions actuelles), c'est pourquoi certains ont interprété le nom Chimon à partir du mot chi'amoum – ennui, mélancolie ; la tribu ennuyeuse.
Les deux tribus sont privées d'une certaine autonomie. Les lévites, c'est clair, iront enseigner Israël, ils seront dépendants d'Israël. D'un côté, les maîtres d'Israël, de l'autre, – dépendants de la bienveillance des Israélites. Au sujet de la tribu de Chimon, on cite cet exemple : ils devinrent maîtres des petits enfants et scribes, c'est-à-dire que ce sont des métiers qui n'apportent pas de richesse particulière et exigent un contact constant, constant avec les gens.
Quand un homme est colérique ou quand un homme est zélé jusqu'à la colère, zélé au point que cela dépasse les limites d'un zèle juste, alors il est bon pour un tel homme de ne pas avoir de richesse, de ne pas avoir d'influence, de ne pas avoir de force, sinon il brûlera tout simplement tout autour de lui. Si un tel homme avait quelque domaine, quelque terre où il embaucherait des ouvriers, il épuiserait ces ouvriers par ses chicanes et par sa colère. Pour apaiser la colère, les tribus (c'est ainsi que cela s'explique) doivent être dispersées, doivent tomber dans la dépendance des gens. Ce n'est pas une punition pour la colère, c'est un chemin de réparation de cette colère, de la fureur, de la précipitation, peut-être. En son temps, Chimon et Lévi n'ont pas pris conseil de Yaakov, n'ont pas pris conseil de leur père, ils ont pris les armes à la hâte. La colère, encore une fois, gonfle l'homme et le présente comme une sorte de potentat, égal à Dieu, c'est pourquoi on dit souvent que « celui qui se met en colère est semblable à un idolâtre ».
Et voilà, c'est sur cela que l'histoire de Chimon dans le livre de Béréchit se termine. Et ensuite, naturellement, nous ne pouvons plus lire que sur la tribu de Chimon. Et que lisons-nous sur la tribu de Chimon ? Nous lisons une histoire, une histoire très triste, selon laquelle la tribu de Chimon s'est trouvée mêlée à l'un des péchés les plus terribles qui se soient produits dans le désert, au péché avec les Midyanites. Nous lisons au sujet de Zimri ben Salou : « Et le nom de l'homme tué, qui fut tué avec la Midyanite, celui que tua Pin'has – Zimri ben Salou, chef de la maison paternelle de Chimon ». (Bémidbar 25,14).
C'est précisément le chef de la maison paternelle de Chimon, le chef de la tribu de Chimon, qui fut tué par Pin'has de la tribu de Lévi. Remarquez comme les chemins des frères se séparent ici : il fut tué par Pin'has de la tribu de Lévi. Nous, probablement, pour ne pas anticiper les événements, nous analyserons toute cette situation quand nous parlerons de Lévi et de Pin'has – et comment Chimon s'y est trouvé, et comment Pin'has s'y est trouvé, et pour l'instant nous en tiendrons simplement compte comme d'un événement historique. Et voilà, c'est de là que vient cette interprétation même du nom Chimon comme « celui par qui viendra le péché ». Celui par qui viendra le péché sur le peuple d'Israël, le péché par les Midyanites. Toute la tribu de Chimon, très probablement, y était mêlée. Nous pouvons le voir dans le livre de Bémidbar (1,22–23). Tout au début, nous lisons que les recensés de la tribu de Chimon étaient 59 300, et après l'histoire de Zimri nous lisons que dans la tribu de Chimon il y a 22 200 âmes (Bémidbar 26,12–14). C'est-à-dire que la simple arithmétique dit que plus de 27 mille personnes de la tribu de Chimon périrent pour ce même péché avec les Midyanites, toute la tribu se trouva ruinée.
Et de nouveau, les commentateurs disent : « Quand un homme est rempli d'une colère juste, quand à la droiture se mêle la colère, alors lui et sa descendance seront éprouvés en cela ». Je peux dire de moi-même que très souvent j'ai dénoncé certains péchés et certains problèmes chez d'autres gens l'écume aux lèvres, débordant d'une colère juste. Mais ensuite il était difficile de tenir moi-même dans les mêmes situations, dans des problèmes très semblables. Cela arrive souvent. Et peut-être que vous aussi, vous trouverez en vous et la colère juste, et le compte qu'il faut rendre pour cette colère juste, pour une colère qui, n'étant pas juste, chevauche le sentiment de droiture. C'est pourquoi il y a une certaine régularité dans la suite de l'histoire de la tribu de Chimon. Et une séparation s'est produite, quand Pin'has de la tribu de Lévi a pu cette fois manifester précisément un zèle pur sans mélange de colère (apparemment, c'est ainsi, puisque ensuite une alliance sacerdotale est conclue avec lui), et que Zimri de la tribu de Chimon n'a pas pu le faire.
Par la suite, dans la bénédiction de Moché, qui est donnée aux tribus, nous ne rencontrons déjà plus la tribu de Chimon. Certains commentateurs disent que la tribu de Chimon est incluse ici dans la tribu de Yéhouda (comme nous l'avons dit, ensuite le lot de la tribu de Chimon sera au milieu de la tribu de Yéhouda). Et, somme toute, on peut se le représenter ainsi : la bénédiction de Yéhouda inclut aussi la bénédiction de Chimon. Mais, d'une façon ou d'une autre, Moché n'a pas pardonné, n'a pas effacé ce crime de la tribu de Chimon, et la tribu de Chimon est restée sans la bénédiction de Moché, c'est-à-dire qu'elle n'a pas reçu quelque mission propre lors de l'entrée dans le pays d'Israël. Longtemps, les représentants de cette tribu vécurent à côté de Yéhouda. Nous savons qu'au moment de la division du royaume, comme le dit le livre de Divreï haYamim, beaucoup de la tribu de Chimon passèrent à Yéhouda, et c'est pourquoi ils survécurent à l'exil, c'est-à-dire que toute la tribu de Chimon ne fut pas exilée, elle ne partit pas tout entière en galout. Plus tard, nous voyons que la tribu se dissout peu à peu et dans les peuples voisins, et dans la tribu de Yéhouda. Et aujourd'hui, la tribu de Chimon en tant que telle n'existe pas.
Il y eut encore une histoire où un représentant de la tribu de Chimon se trouva sur le trône pendant un certain temps. Cet homme s'appelait Zimri. Voici ce que raconte à ce sujet le Tanakh : « La vingt-sixième année du règne d'Assa, roi de Yéhouda, Éla, fils de Bacha, devint roi sur Israël à Tirtsa, et régna deux ans ». (1 Mélakhim 16,8–20). C'est-à-dire que, quand Assa était roi en Yéhouda, la vingt-sixième année de son règne, dans le pays voisin, en Israël (ce sont déjà, malheureusement, deux royaumes différents), Éla monta sur le trône et régna à Tirtsa deux ans. Et ensuite : « Et son serviteur, Zimri, conspira contre lui ». Zimri de la tribu de Chimon, serviteur de ce même roi Éla, fit une conspiration contre son maître. Et il n'était pas simplement un serviteur, c'est-à-dire pas un homme de ménage, pas un balayeur, pas un cuisinier, mais il avait la charge de la moitié de tous les chars, c'est-à-dire que c'était un homme haut placé, bien que serviteur. « Et, quand Éla, roi d'Israël, se fut enivré à Tirtsa (il buvait dans la maison de son supérieur – l'intendant de la cour, qui s'appelait Artsa), alors Zimri entra, et le frappa, et le mit à mort la vingt-septième année du règne d'Assa, roi de Yéhouda, et devint roi à sa place ». C'est-à-dire que, par la voie d'une conspiration, le serviteur se souleva contre son maître. Ce serviteur est de la tribu de Chimon, et il devint roi. Mais cela ne dura pas longtemps. Il est écrit que le peuple campait près de Guibton, chez les Plichtim : « Quand le peuple qui campait entendit que Zimri avait conspiré et tué le roi, alors le même jour, dans le camp, tous les Israélites firent roi Omri, chef de l'armée, et Omri monta avec eux tous, et ils assiégèrent Tirtsa ». Ils entrèrent, et Zimri fut brûlé vif dans son palais pour tout le mal qu'il avait fait aux yeux du SEIGNEUR. Zimri de la tribu de Chimon ne put régner en tout qu'une semaine.
Personne d'autre de remarquable n'est apparu de la tribu de Chimon dans toute l'histoire. Quand les sages disent : « Il n'y a eu personne de la tribu de Chimon ni parmi les juges, ni parmi les prophètes, ni parmi les rois », on leur objecte : « Mais voyons, il y a bien eu Zimri ! » Mais Zimri ne l'a été qu'une semaine, et qu'est-ce qu'une semaine pour un règne, c'est comme si cela ne comptait pas du tout.
Peut-on dire que Zimri reflète d'une manière ou d'une autre la nature de Chimon ? On aimerait dire que non, que c'est une figure accidentelle et que c'est arrivé ainsi par hasard qu'il soit de la tribu de Chimon. Mais cette même colère, la précipitation, le zèle se manifestent tout de même ici chez Zimri, et c'est pourquoi ce n'est pas par hasard que cet homme est de la tribu de Chimon, et cette qualité demeure dans la tribu de Chimon.
Pour que ce soit clair, nous ne voulons pas dire par là que Chimon est un homme colérique, jaloux, un homme méchant comme ça. C'est un homme croyant, un homme qui s'efforce de servir le Très-Haut, mais il commet des erreurs caractéristiques, qui lui sont propres, et c'est ce qui ne lui réussit pas. C'est ce qui peut aussi ne pas nous réussir, nous aussi pouvons nous retrouver à sa place. C'est-à-dire qu'il ne faut pas en tirer la conclusion que Chimon – c'est quelqu'un de mauvais, d'indigne, de méchant. Mais sa maman lui a donné une tâche déterminée, et dans cette tâche il y a différents bouts, différentes facettes. Et parfois, débordant d'un sentiment d'offense pour sa maman, pour la justice, pour la patrie, pour le royaume, Chimon peut commettre dans la colère des actes dont Yaakov a justement dit : « Maudite soit sa colère ».
C'est ce que Chimon peut nous enseigner ou ce que nous pouvons apprendre avec Chimon : en prenant soin de la justice, de la loi, de la droiture, de la pureté, ne pas se mettre en colère, ne pas déborder de sa propre colère, humaine, ne pas laisser son souffle se dérégler, ne pas devenir malveillant. Voilà, probablement, ce qui était dangereux pour Chimon, et ce qui peut être dangereux pour nous. Telle est l'histoire du deuxième fils de notre Patriarche Yaakov et de notre Matriarche Léa.
La bénédiction de Yéhouda
Dans cet entretien, nous allons essayer de regarder d'une manière nouvelle la bénédiction de Yaakov à Yéhouda. Voici ce que nous lisons dans la Torah, au chapitre 49 du livre de Béréchit. Yaakov dit à son fils :
Yéhouda, jeune lion, tu te tenais à l'instant au-dessus de ta proie, et voici que déjà tu t'es étiré et allongé, comme un lion, et qui osera le déranger ?
Voilà une telle bénédiction, et elle serait, probablement, beaucoup plus compréhensible si Yaakov s'était arrêté au milieu, si Yaakov avait dit : « Yéhouda, tu déchires ta proie comme un lion », et avait présenté Yéhouda comme un lion qui déchire sa proie ou pose la patte sur un animal qu'il vient de tuer, comme on le dessine parfois très joliment. Mais Yaakov dit autre chose, il ajoute deux choses importantes. Premièrement, tu es גּוּר אַרְיֵה (gour aryé), tu es un petit de lion, tu n'es encore qu'un lionceau, toutes les qualités du lion se sont manifestées en toi, mais elles ont encore à grandir et à grandir. Deuxièmement, Yaakov ne termine pas sa bénédiction sur le fait que le lion déchire sa proie, mais après cela le lion encore se couche et s'étire, comme un lion. Pourquoi et dans quel but Yaakov ajoute-t-il cela ? Voici l'une des facettes de la compréhension, mais pour la comprendre, essayons d'abord de faire une digression et de parler un peu d'autre chose.
Sur le tableau de bord de la plupart des automobiles, il y a un instrument dont presque personne ne se sert. Cet instrument s'appelle le compte-tours. Il montre combien de tours par minute effectue le vilebrequin de l'automobile. En fait, il montre à quel point l'automobile se donne à fond, à quel point elle travaille à pleine puissance. Beaucoup de compte-tours ont une zone rouge, qui montre que l'automobile tourne à très haut régime, travaille jusqu'à l'usure. Elle peut travailler dans un tel régime, mais si elle travaille longtemps dans un tel régime, cela finira mal. Nous aussi, les humains, avons une sorte de compte-tours invisible. Et, bien qu'aujourd'hui personne ne regarde les compte-tours des automobiles, il y a dans notre langage des expressions qui sont restées de cette époque : à plein régime, ou baisser le régime, ou monte en régime, quand nous travaillons jusqu'à l'usure, quand nous travaillons à plein régime, quand nous sentons un danger pour nous, quand nous nous battons pour nous-mêmes, quand nous sentons la vague, quand nous prêchons, enseignons, parlons, célébrons, quand nous sommes au centre de l'attention, quand on nous regarde, quand on nous admire, quand nous sentons que le Très-Haut accomplit par nous une bonne œuvre, même la plus petite. Voilà, ici c'est le moment pour nous de travailler à plein régime, et notre compte-tours est dans la zone rouge, ici nous nous battons comme un lion. Il y a des situations où nous avons offensé quelqu'un, commis un péché, peut-être un péché grave, et c'est le moment de venir demander pardon. Si nous péchions, si nous commettions cet acte à plein régime, si les accusations que nous lancions à l'adresse d'autres personnes étaient en première page de notre journal mural personnel, alors, quand nous demandons pardon, ce sera quelque part en dernière page en petits caractères. S'excuser, demander pardon, travailler sur nous-mêmes, nous le pouvons souvent, ou le voulons, ou y sommes prêts seulement à bas régime. Et cela non plus, pas toujours.
Yéhouda a une certaine autre qualité. Nous lisons à ce sujet quand Yéhouda se retrouve pris dans une histoire et que son péché avec sa propre belle-fille Tamar est découvert. Comme le raconte le chapitre 38 du livre de Béréchit, Yéhouda est entré chez sa belle-fille Tamar, l'ayant prise pour une prostituée. Et voici comment il est raconté comment toute cette affaire s'est éclaircie : « Et il advint après trois mois, et l'on dit à Yéhouda, en disant : “Tamar, ta belle-fille, s'est prostituée, et même voici, elle est enceinte de sa prostitution”. Et Yéhouda dit », – ici Yéhouda juge comme un lion et dit : « Faites-la sortir, et qu'elle soit brûlée ». Bref, clair, émotionnel, voilà la décision d'un lion, et non d'un lionceau. « Mais à peine eut-elle été emmenée dehors qu'elle envoya dire à son beau-père : “C'est de l'homme à qui sont ces objets que je suis devenue enceinte”. Et elle dit : “Reconnais donc à qui sont ce sceau, et ce cordon, et ce bâton” ». Yéhouda reconnaît, reconnaît avec horreur à qui sont ce sceau, et ce cordon, et ce bâton. « Et Yéhouda reconnut et dit : “Elle est plus juste que moi, parce que je ne l'ai pas donnée à Chéla, mon fils” ». Yéhouda, avec les mêmes intonations, devant le même peuple, en toute honnêteté, comme un lion, peut dire : « Elle est plus juste que moi ». Cette phrase, il est très difficile pour un homme de la dire. Très difficile de la dire à voix haute. On peut quelque part la chuchoter, on peut quelque part la marmonner. Yéhouda la dit tout à fait clairement, à voix haute. Il est un lion, et, quand il est couché, quand il s'est couché à terre, quand il est tombé, il reste malgré tout un lion. Quand ce n'est déjà plus un combat pour la proie, mais quand c'est une chute. Et dans cette chute qui est la sienne, il est couché non comme un blaireau, mais comme un lion. Et un lion se distinguera toujours d'un blaireau, même couché. C'est en cela que réside l'essence de la bénédiction de Yaakov. Yéhouda peut être un lion non seulement dans l'état où il attaque sa proie en rugissant ou déchire sa proie en rugissant, mais aussi quand il veut changer, quand il se repent.
Nous avons vu ce qui s'est passé entre David et le prophète Natan. Et l'on peut aussi, pour parler le langage profane, dire : « Il est roi, comme un lion, le roi des animaux, qui s'est allongé. Qui le fera lever ? » Qui, semblerait-il, peut forcer un lion à se repentir de quelque chose avec une ardeur de lion, devant qui se repentira-t-il ? C'est un lion, tout de même. David pouvait donner un ordre, et personne n'aurait plus jamais revu le prophète Natan nulle part. David aurait pu s'indigner, mais David, avec la même véhémence avec laquelle il dit : « Fils de mort, il mérite la mort, l'homme qui a fait ce que toi, prophète Natan, tu m'as raconté », exactement de la même manière, avec la même véhémence, avec la même ardeur de lion, David prononce une prière de repentance et dit : « J'ai péché devant le SEIGNEUR ». La propriété, la capacité d'être un lion quand tu dis : « Elle est plus juste que moi ». Ou quand tu dis : « J'ai péché devant le SEIGNEUR ». La disposition à dire cela, bien que tu sois roi, et que tu puisses simplement anéantir les accusateurs, et que personne, pour parler le langage de la bénédiction de Yaakov, ne te fera lever.
C'est l'une des facettes de la bénédiction que Yaakov donne à Yéhouda, et Dieu veuille que nous l'ayons tous aussi. Savoir parfois reconnaître ses torts devant ses enfants, devant sa femme, devant ses subordonnés, devant celui qui est plus faible que nous ou dépend de nous, savoir reconnaître sa faute et s'efforcer de se corriger, tendre justement à se corriger soi-même, sans faire attention à qui pensera quoi. Être un lion de telle sorte que notre compte-tours dépasse le maximum. Voilà ce que l'on souhaite comme bénédiction.
Dans notre section hebdomadaire, il est raconté comment le Patriarche Yaakov, avant sa mort, rassembla tous ses fils pour bénir chacun d'eux. Comme le dit la Torah, « chacun selon sa bénédiction ». C'est-à-dire que chaque fils a reçu une bénédiction et une instruction conformes à sa nature. Ce qui reflète sa nature intérieure, son potentiel, ce qui lui permettra de développer ce potentiel, de s'affermir dans le service. C'est-à-dire que Yaakov ne bénit pas tout le monde d'une bénédiction unique, mais trouve pour chacun sa bénédiction.
Mais quand nous regardons cette bénédiction, nous comprenons qu'elle diffère fortement de la façon dont nous sommes prêts à bénir nos enfants et nos proches. Nous souhaitons à nos enfants, à nos proches, certaines choses concrètes. Nous disons : « Sois prospère dans ton travail, bonne santé à toi, de longues années de vie, beaucoup, beaucoup d'argent pour toi, du bonheur de tes enfants, et ainsi de suite ». Nous souhaitons à nos enfants, à nos proches, des choses tout à fait concrètes. Et les bénédictions de Yaakov diffèrent si fortement de la façon dont nous avons l'habitude de bénir que parfois on ne comprend pas tout à fait : est-ce bien une bénédiction, et en quoi consiste ici la bénédiction ?
Voici ce que dit Yaakov à son fils Yissakhar :
יִשָּׂשכָר חֲמֹר גָּרֶם רֹבֵץ בֵּין הַמִּשְׁפְּתָיִם׃
YISSAKHÁR 'HAMÓR GÁREM ROVÉTS BEN HAMMICHPETÁIM
14 « Yissakhar – un âne robuste, qui s'est couché entre ».
On peut traduire entre les ballots de son fardeau, on peut traduire entre les enclos pour le bétail. Il y a différentes traductions, mais voilà la bénédiction que reçoit Yissakhar.
On a dit à Yissakhar : « Yissakhar, fiston, et toi, tu es un âne ». Il est loin d'être agréable pour tout le monde aujourd'hui d'entendre une telle bénédiction. Tout le monde sait que nous appelons âne un homme malchanceux, lent à comprendre, celui qui se retrouve dans différentes histoires désagréables, stupides. Et quelle bénédiction est-ce donc de dire à son fils : « Tu es un âne, fiston ». En quoi consiste donc le service de la tribu de Yissakhar ?
La tradition dit que la tribu de Yissakhar a un accord particulier avec la tribu de Zévouloun. Au fond, de cet accord parle aussi Moché au chapitre 33 du livre de Dévarim. Voici ce qui y est dit. Moché aussi bénit toutes les tribus d'Israël. Et voici comment il bénit la tribu de Zévouloun :
וְלִזְבוּלֻן אָמַר שְׂמַח זְבוּלֻן בְּצֵאתֶךָ וְיִשָּׂשכָר בְּאֹהָלֶיךָ׃
VELIZVOULOÚN AMÁR SEMÁ'H ZEVOULOÚN BETSETÉKHA VEYISSAKHÁR BE'OHALÉKHA
18 Et à Zévouloun il dit : « sois béni, réjouis-toi, exulte, Zévouloun, dans ta sortie, et Yissakhar pendant ce temps est assis dans tes tentes.
עַמִּים הַר-יִקְרָאוּ שָׁם יִזְבְּחוּ זִבְחֵי-צֶדֶק
AMMÍM HAR-YIKRÁOU CHAM YIZBE'HOÚ ZIV'HE-TSÉDEK
19 ET LES PEUPLES SERONT APPELÉS À LA MONTAGNE, ET LÀ ILS OFFRIRONT DES SACRIFICES JUSTES ».
Il y a un certain accord particulier, comme nous le voyons, ici, entre Zévouloun et Yissakhar, une certaine symbiose particulière entre eux, qui permet d'amener à la montagne les peuples du monde. Les sages disent que Yissakhar est assis, travaille en Terre Sainte, étudie la Torah et met en œuvre ses connaissances pour son travail en Terre Sainte. Zévouloun voyage à travers le monde, s'occupe de commerce et fait connaître les réalisations et les produits de Yissakhar. Et, voyant ces merveilleuses curiosités que Zévouloun apporte dans d'autres pays depuis le pays d'Israël, les peuples du monde se demandent, perplexes, d'où viennent ces idées, d'où viennent ces fruits, et sont par là même attirés vers la montagne sainte, où ils offriront des sacrifices au Très-Haut.
Dans le premier livre de Divreï haYamim (12,33), il est dit des fils de Yissakhar qu'ils
יוֹדְעֵי בִינָה לַעִתִּים לָדַעַת מַה-יַּעֲשֶׂה יִשְׂרָאֵל
YOD'ÉYLa translittération russe écrit le premier mot avec un « ou » et sans séparation ; nous suivons l'hébreu : yod'éy (« ceux qui connaissent »). VINÁ LA'ITTÍM LAADÁT MA-YAASSÉ YISRAÉL
33 …savent discerner les temps et savent par cela, par leur savoir, ce qu'Israël doit faire…
C'est-à-dire que ce sont des gens qui savent ce qu'il faut faire. C'est pourquoi la tradition est arrivée à la conclusion que la tribu de Yissakhar est le noyau principal de ceux qui étudient la Torah, de ces gens qui étudient la Torah, comprennent la volonté du Très-Haut pour le peuple d'Israël et peuvent donner, transmettre cette volonté au peuple lui-même et, par Zévouloun, aussi aux autres peuples. C'est-à-dire que c'est la capitale, comme la capitale de la connaissance divine, la capitale de la Torah, le centre de la Torah dans le peuple d'Israël, qui étudie la Torah. C'est principalement la tribu de Yissakhar. Bien sûr, tout le peuple est appelé à étudier la Torah, mais il y a cette académie particulière, comme le dit le livre de Divreï haYamim.
Après la dispersion des dix tribus, nous comprenons cela dans un sens spirituel : ceux qui aujourd'hui étudient la Torah et s'occupent de l'étude de la Torah ont besoin des mêmes instruments que portait la tribu de Yissakhar, et la bénédiction de Yissakhar à celui qui travaille dans la même spécialité, qui a pris le relais de Yissakhar et continue son œuvre. Bien sûr, il reste une question concernant la tribu de Lévi, qui sert d'enseignants pour Israël. Ce sont deux services quelque peu différents. Bien sûr, la tribu de Yissakhar ne remplace pas la tribu de Lévi, et la tribu de Lévi ne remplace pas la tribu de Yissakhar. Et leurs services sont proches, mais tout de même différents.
Et voilà que c'est justement ce Yissakhar, justement cet académicien, que le Patriarche Yaakov appelle âne, et il faut comprendre pourquoi. Et la réponse qui est donnée est la suivante. L'âne, c'est celui qui porte son fardeau, ne rue pas et ne donne pas de coups de cornes, n'attaque pas ses maîtres, comme un autre animal. On aurait pu, bien sûr, trouver un animal plus beau, comme, par exemple, le cheval ou le lion. Mais le lion ne se soumet à personne, et le cheval peut tout de même, à un certain moment, sentir, manifester sa force, son caractère. Celui qui a travaillé avec des chevaux le sait. C'est justement l'âne qui porte son fardeau et ne résiste pas.
Certaines données disent que l'âne peut porter en poids même plus que ne porte un cheval, mais lentement. Le cheval ne peut pas aller aussi lentement que l'âne avec sa charge. L'âne peut aller lentement, peut aller à une vitesse qui convient aux femmes et aux enfants. C'est-à-dire que l'âne est assez patient avec ce fardeau, il peut le porter progressivement. Comme Yaakov disait à Essav : « Nous irons à la vitesse de nos femmes et de nos enfants ». Et l'âne peut aller à la vitesse des femmes et des enfants, il est assez patient pour porter aussi son fardeau patiemment. On peut dire ainsi que Yissakhar enseigne la Torah à ceux qui ont pris du retard sur elle, à ceux qui, pour une raison ou une autre, s'en sont détachés, à ceux à qui il faut plus lentement, plus simplement, plus clairement, ou bien aux tout, tout lointains, aux peuples tout à fait lointains, qui vivent loin, il faut aussi parler du Très-Haut. Mais parfois aussi en Israël, dans un état de malheur, dans un état d'alarme, il faut l'instruction de Yissakhar, et parfois Yissakhar est le conseiller de ce qu'il faut faire à Israël.
Et encore une particularité de l'âne. L'âne est une créature peu exigeante. Il peut, effectivement, se coucher n'importe où, c'est pourquoi on néglige souvent l'âne. Mais dans ce cas, celui qui est couché entre les enclos pour le bétail ou qui s'est étendu parmi les ballots, c'est un âne qui s'est couché, s'est reposé quelque part, et c'est bien qu'il se soit couché, c'est bien qu'il se soit reposé. L'âne, à cet égard, ne fait pas le difficile pour le lieu où passer la nuit. Il n'a pas toujours besoin de conditions particulièrement confortables. L'âne ne cherche pas cet honneur. L'âne porte simplement son fardeau. C'est pourquoi Avraham aussi voyage sur un âne, et Moché voyage sur un âne, et le Machia'h voyage sur un âne.
Au sujet de l'âne du Machia'h, il y a un midrach étonnant, qui dit que, quand le Machia'h entre dans Jérusalem et que la foule le salue, on jette des feuilles de palmier, quelqu'un jette des vêtements sous ses pieds. L'âne pense que c'est lui qu'on salue, que c'est de lui que tous se réjouissent. Une telle pensée peut se glisser chez l'âne. Voilà, toute l'apparence de l'âne, le fait qu'il est un âne, ne lui permet pas de se réjouir de cette joie. Et tout homme, chacun de nous, quand nous partageons la Torah, certaines connaissances, a tellement envie de dire : « Regardez, c'est moi qui partage cela. C'est en m'écoutant que les gens, maintenant, restent bouche bée d'étonnement. C'est quand ils m'écoutent que leurs yeux brillent. C'est à moi, ce qui les enthousiasme ». Et l'on peut tomber dans l'embuscade de ce petit âne. Eh bien, c'est pour cela, sans doute, que le petit âne est de toute façon si peu avenant, pour ne pas tomber dans cette embuscade, pour ne pas tomber dans ce piège.
Voilà l'une des facettes de la compréhension de la bénédiction de Yissakhar, comme d'un petit âne qui passe la nuit entre les enclos du bétail ou entre les ballots.
Comment le fait qu'on t'ait traité d'âne peut-il être pour toi une bénédiction ? Pour un homme qui enseigne la Torah aux gens simples, peut-être éloignés de la Torah, peut-être détachés de la Torah, il est très important parfois d'être un âne, c'est-à-dire de posséder ces qualités-là de l'âne. Et ces qualités de Yissakhar, Yaakov les bénit. C'est pourquoi, si on t'a traité d'âne, ce n'est pas toujours mauvais.
J'ai envie de parler de l'étonnante tribu de Dan. Voici comment Yaakov bénit Dan :
דָּן יָדִין עַמּוֹ
DAN YADÍN AMMÓ
16 Dan jugera son peuple,
Pour l'instant, nous traduirons cela par jugera, mais plus tard nous examinerons encore ce verbe.
כְּאַחַד שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל׃
KEA'HÁD CHIVTÉ YISRAÉL
comme l'une des tribus d'Israël
יְהִי-דָן נָחָשׁ עֲלֵי-דֶרֶךְ שְׁפִיפֹן עֲלֵי-אֹרַח הַנֹּשֵׁךְ עִקְּבֵי-סוּס וַיִּפֹּל רֹכְבוֹ אָחוֹר׃
yehi-dan na'hách ale-dérekh chefifón ale-óra'h hannochékhLa translittération russe note dans ce mot (« qui mord ») une voyelle « yo » ; l'hébreu a un « é », que nous suivons. IKKEVE-SOÚS VAYIPPÓL ROKHEVÓ A'HÓR
17 Dan sera un serpent sur la route, un Aspic (comme on le traduit habituellement, ou une VIPÈRE) sur le sentier, qui mord le cheval au talon, et le cavalier, qui est sur ce cheval, tombe en arrière
לִישׁוּעָתְךָ קִוִּיתִי יְהוָה׃
LICHOU'ATEKHÁ KIVVÍTI adonÁy
18 En ton salut j'espère, moi, SEIGNEUR »
Voilà une telle bénédiction, qui n'est pas du tout compréhensible d'emblée. Commençons d'abord par examiner le mot יָדִין (yadin). La racine יָדִין (yadin) vient de la racine דִין (din) jugement, de la même racine dont vient aussi le nom דָּן (dan) celui qui juge. דָּן יָדִין (dan yadin), c'est une sorte de jeu de mots. On peut dire en russe : « Dan va daner ». Le mot יָדִין (yadin), cependant, désigne aussi combattre pour, rétribuer, rendre réparation en justice pour. Ainsi, par exemple, au psaume 135 (selon la numérotation massorétique, hébraïque) : « Car le SEIGNEUR jugera son peuple et consolera ses serviteurs ». Ou, par exemple, au psaume 110, au verset 6 : « Il jugera les nations, remplira de cadavres, brisera la tête d'une grande puissance ». Juger, c'est aussi prendre la défense, rendre justice, faire rétribution pour quelqu'un. Et, très probablement, c'est justement cette fonction de Dan qui est visée ici.
Que signifie כְּאַחַד שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל (ke'a'hád chivté yisraél) comme l'une des tribus d'Israël ? Bien que Dan soit le fils d'une servante, qu'il ne descende pas de l'une des matriarches (de Ra'hel et de Léa), il est devenu le commandant de l'un des quatre camps. Au deuxième chapitre du livre de Bémidbar, nous lisons : « La bannière du camp de Dan, au nord, selon leurs armées, et le chef des fils de Dan, A'hiézer, fils d'Amichadaï ». C'est-à-dire que Dan est le commandant du camp, et avec lui, à côté de lui, dans son camp, sous son commandement, il y a la tribu d'Acher et la tribu de Naftali. Dan est le seul des fils des servantes à avoir été établi dans un tel rôle de chef.
Il vaut encore la peine de prêter attention au chef des fils de Dan, il s'appelle A'hiézer. Le nom A'hiézer peut se traduire par frérot, laisse-moi t'aider, ou un frère qui aidera toujours, frère-aidant, un frère prêt à venir en aide. Justement comme un frère. Sans regarder de haut, sans s'enorgueillir de son aide. Un frère qui est prêt à venir en aide.
Au chapitre 10 du livre de Bémidbar, voici ce que nous lisons sur le camp de Dan : « Ensuite s'avançait le camp des fils de Dan, qui fermait la marche de tous les camps ». Le mot מְאַסֵּף (me'asséf) est ici celui qui ferme la marche ou celui qui rassemble. Et de nouveau est mentionné A'hiézer, ce même homme dont nous avons dit que son nom se traduit frère, laisse-moi t'aider. Ainsi, Dan est le chef du camp qui avance en fermant la marche. Le mot celui qui ferme la marche ici, comme nous l'avons dit, signifie aussi celui qui rassemble.
Dans le Talmud sont rapportées deux opinions, deux points de vue ou deux images de la fermeture de la marche. Les uns disent : « Il marchait comme une boîte », c'est-à-dire qu'il marchait et, derrière, ramassait toutes les choses perdues. Les autres disent : « Il marchait comme un rondin », comme une sorte de rondin qui avance et, par derrière, pousse, pousse en avant, pousse en avant tous ceux qui sont à la traîne.
Que peut-on perdre en chemin ? On peut perdre une chaussure, on peut perdre un téléphone, on peut perdre un parapluie. Autrefois on disait qu'on perd le plus souvent des parapluies, maintenant on perd le plus souvent des téléphones. Mais on peut, Dieu nous en préserve (et nous avons vu ce cas l'été dernier), oublier un enfant dans la voiture. On peut se perdre soi-même, on peut simplement être distancé par le camp. Et tout cela relève de la tribu de Dan, comme le dit l'un des commentateurs dans Daat Zkénim : « Il s'arrêtait et s'attardait avec ceux qui sont en retard ». Cela parle de tous ces enseignants qui travaillent avec des enfants à la traîne. Des enfants qui n'arrivent pas à suivre les études comme les autres enfants. Il y a des enseignants qui consacrent leur vie à apprendre, à s'occuper justement de ces enfants-là. Là, il n'y aura pas de quelconques récompenses. Ils ne gagneront peut-être jamais aux Olympiades et ne recevront peut-être jamais de médaille d'or. Mais il y a des enseignants qui s'occupent justement d'eux, qui travaillent avec eux. Peut-être les préparent-ils à l'école, les préparent-ils à des études normales. Il y a des gens qui travaillent avec des enfants autistes. Et si, auparavant, un garçon ne pouvait pas tenir une cuillère dans ses mains, et que maintenant il tient une cuillère dans ses mains, c'est une grande victoire. Récemment, j'ai lu le post d'un homme qui racontait comment tout un groupe avait travaillé avec un garçon autiste, quels progrès ils avaient vus et combien la maman avait été déçue. Très souvent, les exploits de ces gens, les réalisations de ces gens ne sont même pas visibles au regard, pas visibles à l'œil. Tellement invisibles sont ces héros de la tribu de Dan. Mais ils sont A'hiézer, qui dit : « Je vais t'aider, frérot. Laisse-moi m'attarder, laisse-moi m'arrêter pour toi ». Si une bande d'enfants marche et que nous voulons savoir lequel d'entre eux, pour ainsi dire, est accepté, lequel d'entre eux est populaire dans cette bande, alors, si un garçon ou une fille s'arrête pour arranger quelque chose, nouer ses lacets, et qu'avec elle (lui) tous s'arrêtent, c'est celui qui est accepté dans le groupe, celui que tout le monde aime. Et si on se moque de lui, si l'on dit : « Encore ce disgracieux, ce maladroit, voilà qu'il s'est encore arrêté ». Eh bien, c'est une tout autre affaire. Et Dan, c'est celui qui marche derrière et s'arrête avec ceux qui se sont attardés, s'arrête avec ceux qui sont perdus et les aide à avancer. C'est la vocation de Dan, c'est ce à quoi il est établi, comme nous voyons la manifestation de la qualité de la tribu de Dan chez différentes personnes.
Il y a une histoire dans le Talmud sur un homme qui s'appelait Rabbi Préida. C'était un grand rabbin, connu, très respecté en Babylonie, mais il lui était échu un élève pour qui il était très difficile de comprendre quoi que ce soit. On raconte (et c'est peut-être une exagération, mais c'est une histoire si instructive) qu'il fallait répéter 400 fois quelque chose à cet élève pour qu'il comprenne. Et Rabbi Préida, bien qu'il fût si respecté, si important et, peut-être, si occupé, s'occupait de cet élève et parcourait avec lui 400 fois tel ou tel texte, pour que l'élève comprenne. Nous avons envie de fréquenter des intellectuels, nous avons envie de converser dans nos petites cuisines, dans un cercle étroit. Un élève qui comprend à la quatre-centième fois, tout le monde est loin de l'aimer. Un jour, il arriva que Rabbi Préida vint à la maison d'étude et dit à l'élève : « Excuse-moi, aujourd'hui je suis pressé, nous ferons avec toi ces 400 fois, mais simplementLe russe dit littéralement « mais simplement » ; le sens exact de cette précision n'est pas clair, la traduction reste donc littérale. ». Et à la fin, quand le rabbi eut étudié avec l'élève 400 fois, l'élève soudain ne comprit rien. Et le rabbi demanda : « Que s'est-il passé aujourd'hui ? Qu'est-il arrivé de particulier aujourd'hui ? » Et l'élève dit : « Eh bien, je pensais que tu étais pressé. J'avais tout le temps peur que tu partes. Je ne pensais qu'à cela, et c'est pourquoi je n'étais pas capable de comprendre ». Et Rabbi Préida revint et étudia avec lui encore une fois. C'est la particularité de ce qu'on appelle מְאַסֵּף (me'asséf) – celui qui marche derrière et rend ce qui est perdu, qui rassemble, qui ramène ceux qui sont perdus et ceux qui sont à la traîne.
C'est aussi celui qui tient la ligne de défense. Quand Israël venait à peine de sortir d'Égypte, n'avait pas encore reçu la Torah, n'avait pas encore reçu le pays d'Israël, alors qu'il était encore à peine à la sortie d'Égypte, Amalek attaqua Israël et, comme il est dit : « Il les frappa à la queue ». Il les frappa sur ceux qui marchaient מְאַסֵּף (me'asséf), sur ceux qui marchaient en rassemblant. Ils repoussaient l'attaque. Tenir la défense. Tenir la défense pour ceux qui, peut-être, se sont détachés de la société, ont dévié de la voie, comme on a coutume de le dire dans le monde religieux, ont peut-être été attirés par la drogue, ont peut-être été attirés par quelque mauvaise culture, par quelque société. Et ici vient Dan, qui, comme un serpent, mord le cavalier, qui ne laisse pas approcher justement de ceux-là, sur lesquels, peut-être, tout le monde a déjà fait une croix, qui prend leur défense et combat pour eux. La bénédiction de Yaakov se termine par une phrase étonnante :
לִישׁוּעָתְךָ קִוִּיתִי יְהוָה׃
LICHOU'ATEKHÁ KIVVÍTI ADONÁY
18 en Ton salut J'espère, SEIGNEUR
C'est pour la première fois depuis plusieurs sections hebdomadaires, depuis six-sept sections du livre de Béréchit, qu'apparaît pour la première fois le nom Adonaï, le nom SEIGNEUR. Jusque-là, il est écrit Élohim. Le nom Adonaï parle traditionnellement du ra'hem, de la qualité de Dieu – la miséricorde. Mais ce n'est pas tout à fait la miséricorde dont on parle en langue russe. C'est une qualité de Dieu qui parle de la longanimité. Elle vient de la racine רֶחֶם (ré'hem) matrice. Quand un embryon apparaît dans le ventre de la mère, il lui faut 9 mois pour grandir, pour devenir un petit bonhomme. 9 mois de travail patient, minutieux sur un tout petit, tout petit embryon, 3 petits tubes qui deviendront un homme. Cet homme, seul peut le discerner, pour ainsi dire, le ventre de la mère, seul lui peut prendre soin de lui. Une nourriture lente, progressive, attentionnée de ceux qui sont en retard sur tous. C'est un type particulier de leadership, et ce n'est pas pour rien que, peut-être, a été placé à ce leadership un homme qui est sorti du milieu d'une esclaveLe russe dit littéralement « sorti du milieu d'une esclave » : la forme peut désigner une esclave (Dan est le fils de la servante Bilha) ou être une coquille pour « des esclaves ». La traduction suit la lettre..
Un train a une voiture de tête qui peut pousser le train par l'arrière. Dans beaucoup de modèles occidentaux, dans certains modèles russes de trains, il y a une voiture qui peut pousser le train par l'arrière. Quand le train doit faire demi-tour, il roule simplement en marche arrière. Et l'on peut dire : « Dan, c'est la locomotive qui pousse le train par l'arrière ».
À quoi d'autre peut-on comparer la tribu de Dan, ce travail-là, le travail invisible de Dan ? Quel service est le plus populaire, le plus héroïque dans n'importe quel hôpital ? C'est la maternité. Là se produit la joie de la naissance des enfants. Il y a le service de chirurgie. Il y a les succès de la neurochirurgie, qui sont connus. Il y a des opérations célèbres. Il y a la chirurgie abdominale. La neurochirurgie. Là se produisent des choses remarquables, merveilleuses. Et quelque part là-bas, il y a un service où une jeune fille travaille avec un grand-père. Et le grand-père, pour être un peu autonome, a besoin, excusez-moi pour ce détail technique, d'aller lui-même jusqu'aux toilettes. Et voilà qu'elle travaille avec le grand-père et dit cinq fois : « Lève les bras, lève la jambe, lève la jambe gauche, lève la jambe droite. Bravo ! » Elle le regarde avec des yeux admiratifs. On peut aussi citer ici, tiré de la kabbale, que Dan est lié à l'œil droit, à l'œil qui regarde avec bonté, à la capacité de regarder avec bonté. Mais laissons la kabbale. Elle le regarde et dit : « Bravo ! » Et à la fin d'un mois de travail avec ces petits succès, elle dit : « Votre Fima, un grand-père de 92 ans, peut rentrer à la maison, et maintenant il pourra aller lui-même jusqu'aux toilettes, il pourra se laver lui-même les mains, il pourra se lever lui-même du lit, se coucher dans son lit, il peut aller à la cuisine, s'apporter à manger ». C'est sa réussite à elle, c'est sa victoire à elle. Personne, à part peut-être les proches du grand-père Fima, ne se réjouira avec elle de cette réussite. On ne l'affichera pas au tableau d'honneur, on ne la présentera pas comme une héroïne. C'est un travail menu, minutieux, des travaux menus, minutieux, sans lesquels l'existence du peuple est impossible, sans lesquels toute la médecine est inutile.
Au chapitre 52 du livre de Yéchayahou, il est écrit que Dieu lui-même aussi est le Rassembleur. Voici ce qui est dit au verset 12 : « Car ce n'est pas avec hâte que vous sortirez, et vous ne partirez pas en courant, car devant vous marchera le SEIGNEUR, et comme gardien derrière vous ». Le même mot qui ici, on ne sait pourquoi, et dans toutes les autres traductions est traduit par gardien, mais מְאַסֵּף (méassef) Celui qui rassemble, derrière vous, le Dieu d'Israël. Dieu se révèle, peut-être, comme celui qui conduit en tête, comme la tribu de Yéhouda, en tête de tous les camps. Et Dieu se révèle comme la tribu de Dan, qui marche derrière tous les camps.
Quand on construisait le tabernacle, nous savons que le SEIGNEUR a établi Bétsal'el comme artisan principal et maître principal, mais il est dit que Bétsal'el avait aussi un aide. Il est écrit : « Voici, je lui adjoindrai Oholi'av, fils d'A'hissamakh ». Remarquez, A'hissamakh de la tribu de Dan. A'hissamakh. Comment se traduit ce nom ? C'est un frère sur qui l'on peut compter. Regardez combien les noms sont importants ici. Ainsi, auprès de lui est présenté A'hissamakh de la tribu de Dan, « et dans le cœur de tout sage de cœur j'ai mis la sagesse, et ils feront tout ce que je t'ai ordonné ». Le SEIGNEUR désigne une paire de maîtres – Bétsal'el et Oholi'av, fils d'A'hissamakh de la tribu de Dan. La tribu de Yéhouda et la tribu de Dan travaillent en paire.
Dans le recueil de midrachim Midrach Tan'houma, correspondant à la section hebdomadaire Ki Tissa, au paragraphe 13, il est dit : « Rabbi 'Hanin ben Pazi a dit : “Il n'y a pas de tribu plus grande que la tribu de Yéhouda. La tribu de Yéhouda est la tribu la plus glorieuse. Et il n'y a pas de tribu plus méprisée que la tribu de Dan”. Le Très-Haut a dit : “Pour qu'il n'y ait pas en lui, en Yéhouda, d'orgueil, et pour que l'on sache que toutes les tribus sont égales devant le Très-Haut, je les unirai dans le travail”. Rabbi 'Hanina a dit : “C'est un exemple de ce qu'on ne doit jamais mépriser aucune tribu, parce que le tabernacle a été créé par cette paire, et de même aussi le Temple” ».
Qu'est-il dit du Temple ? Du Temple il est dit que c'est Chlomo, de la tribu de Yéhouda, qui l'a construit. Et il est dit dans Divreï haYamim : « Et maintenant j'ai envoyé un homme habile, ayant des connaissances, 'Houram Avi, fils d'une femme d'entre les filles de Dan. Son père est un homme de Tsor ». C'est-à-dire que Chlomo, de la tribu de Yéhouda, avait lors de la construction du Temple un aide de la tribu de Dan.
L'auteur du livre Tiféret Chlomo, le rabbi de Radomsk, dit que, quand la Michna dit : « Juge chaque homme du côté de l'acquittement, efforce-toi d'acquitter chaque homme, alors on peut comprendre cela : “Sois comme Dan, qui acquitte chaque homme” ». Cela ne veut pas dire qu'il dit : « Cet homme est innocent, et toi tu es innocent, et toi tu es innocent, et toi tu as raison ». Non, cela veut dire que l'homme cherche les qualités et part simplement du fait qu'il a devant lui un homme qui n'est pas perdu. Malgré toute la faute, tous les actes, tous, peut-être, les malheurs, l'homme regarde l'autre et dit : « Cet homme n'est pas perdu ». Que ce soit un grand-père de 92 ans qui a survécu à un AVC, mais nous lui apprendrons à se lever et à aller jusqu'à la cuisine. Que ce soit un enfant en retard, qui ne comprend pas encore tout, nous nous arrêterons et travaillerons avec lui. Que ce soit un homme qui bégaie fortement, nous nous arrêterons et écouterons jusqu'au bout ce qu'il veut dire, peut-être lui sourirons-nous, le soutiendrons-nous, si bien qu'il cessera même de bégayer.
Il y a aussi cette compréhension que Dan qui juge, c'est celui qui juge son yétser, son mauvais penchant, c'est-à-dire qui tourne le jugement vers lui-même et dit : « Je suis tout de même l'un du peuple. Je suis comme l'un de la tribu d'Israël. Je m'examine moi-même, à quel point je suis simplement l'un de tous, à quel point je ne suis pas quelqu'un de spécial, à qui il faut une approche spéciale ». Nous pouvons parfois nous juger nous-mêmes d'une manière spéciale. Ici il est dit : « Non, les qualités de Dan, c'est la capacité de regarder en soi et de se voir soi-même ».
Un très grand nombre de croyants posent la question de savoir pourquoi au septième chapitre du livre de l'Apocalypse la tribu de Dan est absente. Cela a donné lieu à beaucoup de spéculations, comme, par exemple, l'idée que l'antéchrist s'élèvera de la tribu de Dan, ou, par exemple, que, eh bien, ce n'est pas pour rien que Dan est semblable à un serpent : il sera un serpent, et le serpent sera l'antéchrist, et il attaquera le cavalier, qui symbolise le Christ. Et beaucoup, beaucoup d'autres idées différentes. Entre parenthèses je dirai que justement dans la tradition juive il y a une pensée, elle n'est pas l'unique opinion, il y avait une telle opinion, il y avait une telle attente, que le père du Machia'h serait de la tribu de Yéhouda, et sa maman de la tribu de Dan. C'est-à-dire que chez les Juifs il y avait une attente diamétralement opposée.
Et, naturellement, quand nous essayons de trouver la réponse à cette question, nous cherchons et trouvons facilement que la tribu de Dan, malgré toute sa destination élevée, malgré tout ce dont nous avons parlé, tombait dans l'idolâtrie, et se corrompait par l'idolâtrie, et commettait bien des choses, mais il faut se rappeler que cela concerne aussi tout le peuple d'Israël. Tout le peuple d'Israël était, disons, profondément mêlé à l'idolâtrie, on n'y peut rien, c'était ainsi. Pourquoi justement la tribu de Dan, avec la destination dont nous avons parlé, avec les fonctions qui lui avaient été confiées, dont nous avons parlé, pourquoi est-ce justement elle qui est soudain punie pour l'idolâtrie ?
Je dis toujours que les commentaires en disent plus sur le commentateur que sur le texte. Et je comprends bien que c'est justement maintenant le moment où mon commentaire, ma compréhension en dira plus sur moi, peut-être, que sur le texte, mais tout de même c'est ma compréhension du texte, je le vois dans le texte, je me vois dans ce texte, ce texte en moi. Et je veux dire que dans l'Apocalypse (7,9) il est écrit : « Après cela je regardai, et voici, une grande multitude de gens, que personne ne pouvait compter, de tous les clans, et des tribus, et des peuples, et des langues, se tenait devant le trône et devant l'Agneau, en vêtements blancs et avec des branches de palmes dans leurs mains ». Je pense que cette grande multitude de gens, ce sont ceux que, eh bien, au sens figuré, Dan a amenés en fauteuils roulants, ceux qui ne sont pas arrivés aux premiers rangs, ceux qu'a amenés Dan, ceux qui se sont perdus, sont restés en arrière ou ne se tenaient même pas à côté, ou étaient même loin, ou ne pouvaient même pas venir. Il y a ceux qui sont scellés, marqués du sceau, et ceux qui, ainsi, restés en arrière du camp, sont venus, se tiennent en grande multitude à côté. Et à côté de lui la tribu de Dan. C'est la fête de la tribu de Dan. La tribu qui, comme un serpent, combattait contre chacun qui essayait d'attaquer, qui essayait de capturer, qui essayait de frapper les plus faibles. Il est très difficile, très difficile de combattre pour les plus faibles. Mais la grâce du SEIGNEUR est sur sa longanimité, sur son désir, sur sa disposition à s'occuper de nous, à nous placer comme dans un ventre maternel, à nous faire croître comme des embryons. C'est en cela que j'espère, moi.
Et avec une grande bénédiction à tous ceux qui, peut-être, veulent devenir justement un tel enseignant pour des enfants au développement particulier. À ces parents qui élèvent des enfants autistes, à ceux qui, comme ma fille, par exemple, s'occupent d'enfants autistes, à tous ceux qui se donnent de la peine avec les personnes âgées, avec les faibles, avec les adolescents décrochés, qui se sont retrouvés à la rue ou se sont retrouvés en mauvaise compagnie, avec une grande bénédiction. Vous portez la bannière de la tribu de Dan !
Haftara. (I Mélakhim 2,1–12)
Dans notre section, Yaakov, avant sa mort, bénit ses fils et donne une dernière instruction. Avec cette section hebdomadaire, il est d'usage de lire un passage dans lequel David, avant sa mort, donne une dernière instruction à son fils Chlomo. Ce sont les 12 premiers versets du chapitre 2 du premier livre de Mélakhim.
Il faut dire un peu de chose sur la numérotation des livres des Règnes. Dans le texte hébreu, il y a deux livres de Chmouël, qui dans la traduction synodale correspondent au premier et au deuxième livres des Règnes. C'est pourquoi, quand nous parlons du premier livre des Règnes dans la traduction hébraïque, c'est dans la traduction synodale le troisième livre des Règnes.
Ainsi, nous lisons dans le premier livre de Mélakhim (2,1–12) le Testament de David à son fils Chlomo.
וַיִּקְרְבוּ יְמֵי־דָוִד לָמוּת וַיְצַו אֶת־שְׁלֹמֹה בְנוֹ לֵאמֹר׃
vayikrevou yemey david lamout vayetsav et chlomo vno lemor
1 Et les jours de David approchèrent, pour mourir (David est déjà tout à fait vieux. Nous lisons que même ses vêtements ne le réchauffent pas. Il a beaucoup vieilli, et la mort s'approche de lui), Et il ordonna à son fils Chlomo, en disant :
אָנֹכִי הֹלֵךְ בְּדֶרֶךְ כָּל־הָאָרֶץ וְחָזַקְתָּ וְהָיִיתָ לְאִישׁ׃
anokhi holekh bederekh kol ha'arets ve'hazakta vehayitaLa translittération russe omet une voyelle dans ce mot ; la ligne française suit l'hébreu. le'ich
2 « Je m'en vais, comme cela arrive à tous sur la terre. (Tout homme est mortel, et David aussi est mortel. Et David parle calmement du fait que voilà, maintenant il s'en va). Mais toi, tu dois devenir un homme fait (te fortifier, mûrir).
Nous avons dit récemment (quand nous avons parlé du jugement de Chlomo) que Chlomo a pris place sur le trône alors qu'il était adolescent. Et David, avant sa mort, lui dit : « Toi, mon fiston Chlomo, tu devras mûrir tôt, devenir tôt un homme fait, parce que sur tes épaules reposera la royauté. Tu dois devenir un homme pour régner sur Israël ». Et la première chose que David dit à Chlomo : « Mûris, deviens un homme ».
וְשָׁמַרְתָּ אֶת־מִשְׁמֶרֶת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לָלֶכֶת בִּדְרָכָיו לִשְׁמֹר חֻקֹּתָיו מִצְוֹתָיו וּמִשְׁפָּטָיו וְעֵדְוֹתָיו
vechamarta et michmeret adonay elohekha lalekhet bidrakhav lichmor 'houkkotav mitsvotav oumichpatav ve'edotav
3 Et garde ce que t'a confié le SEIGNEUR ton Dieu, Va dans ses voies (c'est-à-dire que les buts que tu te fixes, les adresses vers lesquelles tu vas, doivent correspondre au dessein du Très-Haut), Observe ses lois, ses prescriptions, ses jugements, ses témoignages…
חֻקֹּתָיו (lois) – le mot 'hok – quelque chose que nous ne comprenons pas, mais que nous acceptons. Il y a certains commandements dont le sens nous est incompréhensible et inaccessible, mais nous savons que Celui qui nous les a donnés est plus sage que nous, c'est pourquoi nous observons ces commandements. Ces commandements relèvent de la catégorie 'hok. מִצְוֹתָיו (mitsvotav) – prescriptions, tsav – c'est un ordre. Mitsvá – prescription. Les prescriptions, c'est ce qui concerne les relations entre l'homme et le Très-Haut. Par exemple, le Chabbat, la dîme, la kachrout, la pureté de la famille et le reste. וּמִשְׁפָּטָיו (oumichpatáv) – Ses jugements. Les jugements, c'est ce qui concerne les relations de l'homme avec son prochain. Le mot lichpót, chipoút, c'est la capacité de raisonner. Chofét, c'est le juge, celui qui sait, là encore, juger, raisonner, celui qui peut choisir le comportement juste, dans la sainteté, envers son prochain. Ainsi, il faut observer les ordonnances du Très-Haut, Ses commandements envers Lui, les lois, les relations dans la société et עֵדְוֹתָיו (edotáv) – Ses témoignages. Ce que nous faisons, ce que nous observons, nous ne l'observons pas simplement pour observer, nous sommes en outre, à bien des égards, placés pour Lui être des témoins. Certains commandements, certains traits de notre caractère, ce que nous atteignons, la manière dont nous vivons, doivent être un témoignage pour les autres peuples de Qui est le Très-Haut, comment Il est et ce qu'Il fait dans son peuple. Voilà ce à quoi, comme David le dit à Chlomo, il faut se tenir.
כַּכָּתוּב בְּתוֹרַת מֹשֶׁה לְמַעַן תַּשְׂכִּיל אֵת כָּל־אֲשֶׁר תַּעֲשֶׂה וְאֵת כָּל־אֲשֶׁר תִּפְנֶה שָׁם׃
kakkatouv betorat moche lema'an taskil et kol acher ta'asse ve'et kol acher tifne cham
…Comme tout cela est écrit dans la Torah de Moché, afin que tu réussisses en tout ce que tu fais et en tout ce vers quoi tu te tourneras (ce à quoi tu t'adresseras).
Parfois un homme entreprend une certaine affaire. Il ne sait pas si cette affaire vient de Dieu, s'il la fait vraiment correctement. Et ici David dit à Chlomo : « Si tu suis tout ce que je dis, alors toutes tes entreprises aussi seront couronnées de succès ». C'est-à-dire que tu n'entreprendras pas une affaire qui déplaît au Très-Haut.
לְמַעַן יָקִים יְהוָה אֶת־דְּבָרוֹ אֲשֶׁר דִּבֶּר עָלַי לֵאמֹר אִם־יִשְׁמְרוּ בָנֶיךָ אֶת־דַּרְכָּם לָלֶכֶת לְפָנַי בֶּאֱמֶת בְּכָל־לְבָבָם וּבְכָל־נַפְשָׁם לֵאמֹר לֹא־יִכָּרֵת לְךָ אִישׁ מֵעַל כִּסֵּא יִשְׂרָאֵל׃
lema'an yakim adonay et dvaro acher dibber alay lemor im yichmerou vanekha et darkam lalekhet lefanay be'emet bekhol levavam ouvekhol nafcham lemor lo yikkaretLa translittération russe ajoute une syllabe finale à ce mot ; la ligne française suit l'hébreu. lekha ich me'al kisse yisra'el
4 afin que le SEIGNEUR accomplisse le serment qu'il m'a dit, en disant : « si tes fils gardent leur voie, pour marcher devant moi dans la vérité, de tout leur cœur et de toute leur âme, – alors Dieu a juré et a dit : ton descendant ne disparaîtra pas du trône en Israël ».
Si tu observes tout ce qui a été dit et que tes descendants l'observent, alors s'accomplira le serment du SEIGNEUR, que notre semence, notre lignée ne quittera pas le trône d'Israël. C'est David qui donne une instruction à Chlomo, c'est une instruction générale sur la manière de vivre et la manière de régner.
Et ensuite vient une liste de tâches, une liste d'affaires particulières.
וְגַם אַתָּה יָדַעְתָּ אֵת אֲשֶׁר־עָשָׂה לִי יוֹאָב בֶּן־צְרוּיָה אֲשֶׁר עָשָׂה לִשְׁנֵי־שָׂרֵי צִבְאוֹת יִשְׂרָאֵל לְאַבְנֵר בֶּן־נֵר וְלַעֲמָשָׂא בֶן־יֶתֶר וַיַּהַרְגֵם וַיָּשֶׂם דְּמֵי־מִלְחָמָה בְּשָׁלֹם
vegam atta yadata et acher assa li yo'av ben tsrouya acher assa lichney sarey tsivot yisra'el le'avner ben ner vela'amassa ven yeter vayahargem vayassem dmey mil'hama bechalom
5 aussi, tu sais ce que m'a fait Yoav, fils de Tsrouya, ce qu'il a fait aux deux commandants des armées en Israël, à Avner, fils de Ner, et à Amassa, fils de Yéter, et il les a tués, et il a versé le sang de guerre de ses alliés…
C'est-à-dire qu'au lieu de tuer ceux qui nous font la guerre, il a versé le sang des alliés. On peut le dire aussi autrement : il a agi comme à la guerre en temps de paix. Et par là même il s'est souillé de sang.
וַיִּתֵּן דְּמֵי מִלְחָמָה בַּחֲגֹרָתוֹ אֲשֶׁר בְּמָתְנָיו וּבְנַעֲלוֹ אֲשֶׁר בְּרַגְלָיו׃
vayitten dmey mil'hama ba'hagorato acherDans la translittération russe, ce mot (« qui ») porte une lettre erronée ; la translittération française suit l'hébreu. bematnav ouvena'alo acher beraglav
… et il a souillé du sang de la guerre la ceinture qui est sur ses reins, et la chaussure qui est à ses pieds.
Il y a beaucoup de midrachim à ce sujet. Nous n'allons pas entrer là-dedans. On peut dire simplement : Yoav ben Tserouya s'est souillé de sang.
David passe ici sous silence encore un meurtre qu'a commis Yoav ben Tserouya, quand il a tué le fils de David – Avchalom. Pourquoi David n'en parle-t-il pas ? Nous allons essayer de réfléchir.
Quel homme est-ce donc ? Nous lisons à son sujet qu'il était le chef de toute l'armée de David. Nous lisons cela plusieurs fois dans le deuxième livre de Chmouël (8,16 et 20,23), que Yoav avait été placé à la tête de toute l'armée. Yoav fit preuve d'un héroïsme robuste. Nous lisons cela dans le premier livre de Divreï haYamim (11,6) : « Et David dit : “Celui qui frappera le premier les Jébuséens sera son chef et son commandant (c'est-à-dire le chef de l'armée à Jérusalem)”. Et Yoav ben Tserouya monta le premier et devint son chef ». C'est-à-dire qu'on peut dire que Yoav ben Tserouya est un compagnon de lutte, un compagnon d'armes de David, un guerrier héros, qui a des décorations militaires. Très tôt il s'est rallié à David. Tserouya est la demi-sœur du roi David, et ses enfants sont appelés du nom de leur mère (un cas rare dans une description, ce qui indique à quel point elle était une femme forte, volontaire). C'est un proche parent de David, il s'est rallié parce que, apparemment, Cha'oul pourchassait les parents de David.
Yoav avait un frère nommé Assaël. Lors d'un affrontement avec Avner, quand Avner était encore l'ennemi de David et était du côté de Cha'oul, voici quelle histoire s'est produite pendant la bataille : « Et Assaël (c'est le frère de Yoav) poursuivit Avner, et il ne s'écartait ni à droite ni à gauche des traces d'Avner. Avner se retourna et dit : “Est-ce toi, Assaël ?” Et celui-ci dit : “Moi.” Et Avner lui dit : “Détourne-toi à droite ou à gauche, et saisis-toi de l'un de ces jeunes gens, et prends-toi son armure”. C'est-à-dire qu'Avner lui disait : “Ne me touche pas, poursuis quelqu'un d'autre, pourquoi est-ce justement moi que tu poursuis ?” Mais Assaël ne voulut pas le lâcher. Et de nouveau Avner dit à Assaël : “Lâche-moi, pourquoi devrais-je t'abattre mort à terre, et comment me montrerai-je ensuite à Yoav, ton frère ?” Mais celui-ci ne voulut pas le lâcher. Et Avner le frappa au ventre avec le bout arrière de la lance, et la lance le transperça, et il tomba là et mourut sur place. Et il advint : chacun qui arrivait à l'endroit où Assaël était tombé et mort s'arrêtait ». Naturellement, le cadavre d'Assaël attirait l'attention des gens, tous savaient de qui il était le frère, tous connaissaient cet homme, et cela ralentissait le cours de la bataille. Comme aujourd'hui, s'il y a un accident sur la route, les badauds s'arrêtent, de même les gens qui allaient au combat s'arrêtaient et regardaient Assaël.
« Et Yoav et Avichaï poursuivirent Avner. Le soleil était déjà couché quand ils arrivèrent à la colline d'Amma, qui est en face de Gué'h, sur la route du désert de Guiv'on. Et les Binyaminites se rassemblèrent derrière Avner, et formèrent une seule troupe, et se tinrent au sommet de la colline. Et Avner cria vers Yoav, et dit : “L'épée tuera-t-elle éternellement ? Ne sais-tu pas que les conséquences seront amères ? Et jusqu'à quand ne diras-tu pas aux gens de cesser de poursuivre leurs frères ?” Et Yoav dit : “Aussi vrai que Dieu est vivant, et si tu n'avais pas parlé, dès le matin chacun de ces gens aurait cessé de poursuivre son frère”. Et Yoav sonna du chofar, et tout le peuple s'arrêta, et ils ne poursuivirent plus Israël, et ne combattirent plus ».
Il y eut une bataille dans laquelle Assaël, le frère de Yoav, poursuivait justement Avner, ayant décidé de tuer justement lui. Mais Avner tua Assaël, bien qu'il l'eût averti plusieurs fois. Ensuite, à la fin de la journée, Avner cria vers Yoav pour la paix, Yoav sonna du chofar, et la paix fut rétablie.
Au bout d'un certain temps, Avner passe du côté de David. Nous lisons ainsi : « Avner vint auprès de David à 'Hévron, et avec lui 20 hommes. Et David fit un festin pour Avner et pour les hommes qui étaient avec lui. Et Avner dit à David : “Je me lèverai et j'irai, et je rassemblerai auprès de mon seigneur le roi tous les Israélites, et ils concluront avec toi une alliance, et tu régneras selon le désir de ton âme”. Et David laissa partir Avner, et il s'en alla en paix. Et voici que les serviteurs de David et Yoav revinrent d'une expédition et apportèrent avec eux un riche butin. Mais Avner n'était pas avec David à 'Hévron, car il l'avait laissé partir, et il s'en était allé en paix. Quand Yoav arriva, et toute son armée avec lui, on lui raconta qu'Avner, fils de Ner, était venu auprès du roi, et que celui-ci l'avait laissé partir, et qu'il s'en était allé en paix ». Ainsi, Avner avait conclu une alliance avec David quand l'armée de David était quelque part en campagne, combattait pour David. Quand Yoav arrive, il apprend qu'Avner a festoyé ici avec David et que David l'a tranquillement laissé partir. « Et Yoav vint auprès du roi et dit : “Qu'as-tu fait ? Avner est venu chez toi. Pourquoi donc l'as-tu laissé partir, et il s'en est allé ? Tu connais pourtant Avner, fils de Ner. Il est venu t'enjôler, connaître tes entrées et tes sorties, découvrir tout ce que tu fais”. Et Yoav sortit de chez David et envoya des messagers après Avner. Et ils le ramenèrent de Bor Hassira. Or David ne le savait pas. Et, quand Avner revint à 'Hévron, Yoav l'emmena à l'intérieur de la porte, pour parler tranquillement avec lui. Et là il le frappa au ventre. Et celui-ci mourut pour le sang d'Assaël, frère de Yoav. Et David l'apprit, et dit : “Je suis innocent, moi et mon royaume, devant le SEIGNEUR, du sang d'Avner, fils de Ner” ».
En somme, l'histoire est compréhensible. Yoav apprend, apparemment, après cette bataille, qu'Avner a tué son frère. Maintenant Avner arrive, conclut une alliance, et non seulement il conclut une alliance avec David, mais il y a un sérieux danger que maintenant ce meurtrier de son frère devienne chef de l'armée à la place de Yoav et que Yoav doive lui obéir. Et Yoav, bien sûr, a peur. En outre, il est possible que ce soit la plus parfaite vérité que Yoav est un combattant dévoué à David. Et il pense vraiment que cet Avner ne peut pas entrer honnêtement en alliance avec David. Et c'est pourquoi il décide de trancher à sa façon à la place du roi et, du même coup, de venger son frère, et il tue Avner. David en est bouleversé, se tourne vers le SEIGNEUR et dit : « Je suis pur de ce sang, je ne le savais vraiment pas ». Avant sa mort, comme nous le voyons, il dit à Chlomo : « Ce que m'a fait Yoav ben Tserouya ». Pourquoi à moi ? Parce que ces hommes – et Avner, et Amassa (dont nous lirons encore) – étaient vraiment des envoyés de David, ils s'occupaient d'exécuter les missions de David. Et c'est pourquoi celui qui a fait quelque chose contre eux a fait quelque chose aussi contre David.
Le deuxième chef militaire dont parle ici David, c'est Amassa ben Yéter. Le roi l'envoya avec une mission déterminée, rassembler des gens, et lui donna un délai de trois jours. Amassa, en ces trois jours, n'y parvint pas. Et le roi, ayant imaginé d'autres missions, envoya entre autres Yoav ben Tserouya. Et en route Yoav ben Tserouya et son armée, son groupe d'hommes, rencontre Amassa et, par ruse, ayant laissé tomber son fourreau, Yoav ben Tserouya se baisse, comme s'il essayait d'embrasser la barbe d'Amassa. Il lui plante un couteau sous la cinquième côte, et Amassa périt lui aussi. Il périt ici, apparemment, parce que Yoav ben Tserouya, de nouveau tout à fait sincèrement, voit dans ce retard d'Amassa, dans ce que fait Amassa, du sabotage et de la trahison. Et c'est pourquoi il le tue, et celui qui accompagnait Amassa dit aussitôt : « Nous sommes pour David, et nous sommes pour Yoav ». C'est-à-dire que cette action qui est la sienne trouve un soutien dans les masses. En effet, il n'est pas le seul à penser ainsi, qu'Amassa, à cause de son retard, est un traître et un saboteur. C'est le deuxième cas où David envoie quelqu'un en mission. Yoav ben Tserouya – serviteur fidèle, allié fidèle de David – prend sur lui trop de choses et, en conséquence, tue celui qu'il ne fallait pas tuer, et de nouveau, par là même, il entache l'honneur, entache la dignité de David.
En même temps, nous voyons dans tous les textes (quand le Tanakh parle de Yoav ben Tserouya) que cet homme jouit d'une énorme popularité dans l'armée et dans le peuple. Un homme décidé et qui ose des actions inhabituelles. Un homme qui a un tas de mérites, et dans l'ombre de David, peut-être, il n'a pas tant d'autorité, et son autorité ne menace pas David. Avec Chlomo, il peut se passer une tout autre histoire. Très probablement, il est évident pour David qu'un guerrier et politicien aussi respecté, décidé, expérimenté que Yoav ben Tserouya sera un adversaire sérieux pour Chlomo et que, tant que Yoav ben Tserouya est vivant, il n'obtiendra pas l'autorité qu'il doit obtenir, étant malgré tout dans l'ombre de Yoav ben Tserouya, dans l'ombre d'un vieux soldat aguerri, d'un héros, qui en même temps est un homme spontané et incontrôlable. Et c'est pourquoi, peut-être, il n'est pas question ici de vengeance. Car s'il était question d'une vengeance personnelle de David, alors avant tout David aurait mentionné, comme nous l'avons dit, Avchalom, son fils, que Yoav a tué. Mais David parle des chefs militaires, David parle du fait que Yoav ben Tserouya a un tel penchant – s'emparer du pouvoir, prendre le pouvoir entre ses mains. Et il a déjà conclu une alliance avec Adoniyahou, frère de Chlomo et son rival dans la lutte pour le trône. C'est pourquoi il dit à Chlomo :
וְעָשִׂיתָ כְּחָכְמָתֶךָ וְלֹא־תוֹרֵד שֵׂיבָתוֹ בְּשָׁלֹם שְׁאֹל׃
ve'assita ke'hakhmatekha velo tored seyvato bechalom che'ol
6 Toi donc, agis selon ta sagesse et ne laisse pas ses cheveux blancs descendre en paix dans les enfers.
David dit : « Tu es un garçon intelligent, débrouille-toi, trouve quelque grief, trouve quelque prétexte contre Yoav ben Tserouya, trouve de quoi le faire périr, ne le laisse pas vieillir tranquillement, parce qu'il sera pour toi un rival. Toi, fais ainsi selon ta sagesse ». C'est la première injonction de la liste particulière des affaires que David donne à son fils Chlomo.
Il est très difficile, bien sûr, de justifier ici David, et une partie de ces missions semblent simplement une sorte de vengeance humaine. Eh bien ! David, bien sûr, est un homme, et c'est peut-être une leçon pour nous, que jusqu'à la fin de sa vie il reste un homme. Certaines qualités humaines, y compris la rancune, lui sont propres. On peut et on doit se souvenir qu'il existe aussi une telle compréhension.
En même temps, on peut y voir aussi un souci politique ou, disons, des sentiments mêlés, et le souci de l'avenir de Chlomo, et la rancœur accumulée contre Yoav ben Tserouya. Et voici la deuxième mission.
וְלִבְנֵי בַרְזִלַּי הַגִּלְעָדִי תַּעֲשֶׂה־חֶסֶד וְהָיוּ בְּאֹכְלֵי שֻׁלְחָנֶךָ כִּי־כֵן קָרְבוּ אֵלַי בְּבָרְחִי מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם אָחִיךָ׃
oulivney varzillay haggil'adi ta'asse 'hessed vehayou be'okhley choul'hanekha ki khen karvou elay bevar'hi mippney avchalom a'hikha
7 Mais aux fils de Barzilaï (Barzilaï de Guil'ad) fais preuve de bonté, Et qu'ils soient de ceux qui mangent à ta table, parce qu'ils ont été proches de moi au temps où je fuyais ton frère Avchalom.
Et en effet, quand David avec ses hommes fuit Avchalom, nous lisons : « Et il advint, quand David arriva à Ma'hanaïm, que Chové, fils de Na'hach, de Rava des Ammonites, et Makhir, fils d'Amiël, de Lo-Dévar, et Barzilaï le Guil'adite, de Rakhli, apportèrent des lits et des plats, de la vaisselle d'argile, et du blé, et de l'orge, et de la farine, et des épis séchés, et des fèves, et des lentilles également séchées, et du miel, et de l'huile, et des moutons, et des fromages de lait de vache (c'est-à-dire que ces gens apportèrent énormément de nourriture) à David et aux gens qui étaient avec lui, pour nourriture, car ils disaient : “Le peuple a faim, et il est fatigué, et tourmenté par la soif dans le désert” ». Ces quelques hommes, parmi eux Barzilaï de Guil'ad, décidèrent de faire preuve de bonté envers les gens de David, qui étaient très nombreux, et leur apportèrent une assez grande quantité de nourriture, sans lésiner, ils apportèrent une nourriture variée.
Après que toute l'histoire tragique avec Avchalom s'est terminée, quand David traverse le Jourdain, nous lisons voici quelle histoire. « Et Barzilaï le Guil'adite descendit de Raglim, et passa en second le Jourdain, pour l'accompagner au-delà du Jourdain. (C'est-à-dire que Barzilaï, en plus, rend honneur, rend hommage à David et traverse avec lui le Jourdain). Or Barzilaï était très vieux, âgé de quatre-vingts ans, et il avait entretenu le roi pendant tout le temps de son séjour à Ma'hanaïm, car c'était un homme très riche. Et le roi dit à Barzilaï : “Viens avec moi, et je t'entretiendrai chez moi à Yérouchalaïm”. Mais Barzilaï dit au roi : “Combien d'années me reste-t-il encore à vivre, pour que j'aille avec le roi à Yérouchalaïm ? J'ai aujourd'hui quatre-vingts ans. Distinguerai-je le bon du mauvais ? (Ici, littéralement, la connaissance du bien et du mal, comme dans le livre de Béréchit). Ton serviteur sentira-t-il le goût de ce qu'il mangera et de ce qu'il boira ? Est-ce que j'écouterai encore la voix des chanteurs et des chanteuses ? Et pourquoi donc ton serviteur serait-il à charge à mon seigneur le roi ? Seulement parce que ton serviteur passera le Jourdain. Pourquoi donc le roi me récompenserait-il d'une telle récompense ? Permets-moi donc de retourner, et je mourrai dans ma ville, auprès du tombeau de mon père et de ma mère. Mais voici ton serviteur Kimam (ici il parle de son fils), qu'il parte, lui, avec mon seigneur le roi, et fais avec lui ce qui te plaît”. Et le roi dit : “Que Kimam vienne avec moi, et je ferai pour lui ce qui te plaît, et tout ce que tu désireras de moi, je le ferai pour toi” ». David sait être reconnaissant, et il accepte la demande de Barzilaï de Guil'ad et dit : « Ton fils Kimam est mon hôte éternel, je l'entretiendrai éternellement et lui fournirai tout le nécessaire ». Et ce commandement, cette mission, il la transmet aussi à son fils Chlomo.
L'une des trois missions particulières que David donne à Chlomo à l'heure de sa mort, c'est d'être reconnaissant pour le bien, de garder la reconnaissance pour le bien fait autrefois dans les générations suivantes. Déjà le fils de David, peut-être, fera du bien aux descendants de Barzilaï de Guil'ad en ce qu'ils mangeront à sa table. Ne pas seulement se souvenir du mal, mais se souvenir aussi du bien. C'est la deuxième affaire, la deuxième mission de la liste.
Et de nouveau on peut demander : mais alors, qu'en est-il de Yoav ben Tserouya ? Car cet homme possède une énorme quantité de mérites, il a fait beaucoup de bien pour David, et, on peut dire, dans une large mesure, dans le monde matériel, David lui doit son royaume. Il y a de son mérite dans le fait que David soit devenu roi. Pourquoi donc une telle ingratitude envers Yoav ben Tserouya ? Parce qu'avec son caractère emporté, avec son manque de retenue et avec le fait qu'il a pris la décision de se ranger du côté d'Adoniyahou, David n'a pas d'issue. Pas vraiment d'issue, s'il comprend que la volonté du Très-Haut est que Chlomo devienne roi. Pour préserver le royaume de Chlomo, David n'a pas d'autre issue que de chercher des moyens, de charger Chlomo de chercher des moyens de faire périr Yoav.
וְהִנֵּה עִמְּךָ שִׁמְעִי בֶן־גֵּרָא בֶן־הַיְמִינִי מִבַּחֻרִים וְהוּא קִלְלַנִי קְלָלָה נִמְרֶצֶת בְּיוֹם לֶכְתִּי מַחֲנָיִם וְהוּא־יָרַד לִקְרָאתִי הַיַּרְדֵּן וָאֶשָּׁבַע לוֹ בַיהוָה לֵאמֹר אִם־אֲמִיתְךָ בֶּחָרֶב׃
vehinne imkha chim'i ven guera ven hayemini mibba'hourim vehou kilelani klala nimretset beyom lekhti ma'hanaim vehou yarad likrati hayarden va'echava loLa translittération russe omet ici le mot hébreu « lo » (« à lui ») ; la translittération française suit l'hébreu. vaadonay lemor im amitekha be'harev
8 Et voici, avec toi il y a encore aussi Chimi ben Guéra, fils de haYémini, de la ville de Ba'hourim. Et il m'a maudit d'une forte malédiction, quand je passais par Ma'hanaïm. Et il (après cela) est descendu vers moi au Jourdain, et je lui ai juré par le SEIGNEUR, en disant : « Tu ne mourras pas par l'épée » (et je lui ai juré par le SEIGNEUR que je ne le tuerais pas par l'épée).
Voici l'histoire de Chimi ben Guéra. « Et quand David arriva à Ba'hourim, voici que de là sortit un homme de la famille de Cha'oul nommé Chimi ben Guéra. Il sortit, et il injuriait, et il jetait des pierres sur David et sur tous les serviteurs du roi David. Et tout le peuple et tous les braves de David étaient à sa droite et à sa gauche (c'est-à-dire qu'ils protégeaient David). Et ainsi parlait Chimi en injuriant : “Va-t'en, va-t'en dehors, assassin et scélérat. Le SEIGNEUR a fait retomber sur toi tout le sang de la maison de Cha'oul, à la place duquel tu es devenu roi. Et le SEIGNEUR a livré ton royaume entre les mains d'Avchalom, ton fils, et te voici dans le malheur, car tu es un assassin.” Et Avichaï fils de Tserouya dit au roi (de nouveau nous voyons le fils de Tserouya – c'est le frère de Yoav, fils de Tserouya) : “Pourquoi ce chien mort insulte-t-il mon seigneur ? Permets, j'irai et je lui ôterai la tête.” Et le roi dit : “Qu'y a-t-il entre vous et moi, fils de Tserouya ? Qu'il insulte. Sans doute le SEIGNEUR lui a-t-il ordonné d'insulter David. Qui donc peut dire : pourquoi fais-tu ainsi ?” Et David dit à Avichaï et à tous ses serviteurs : “Voici, si mon fils, qui est sorti de mes entrailles, peut chercher mon âme, combien plus maintenant ce Binyaminite. Laissez-le, qu'il insulte. Sans doute le SEIGNEUR le lui a-t-il ordonné. Peut-être le SEIGNEUR verra-t-il mon humiliation, et le SEIGNEUR rendra le bien pour ses injures d'aujourd'hui.” Et David et ses gens allaient par le chemin, et Chimi allait du côté de la montagne à sa rencontre, et il injuriait, et il jetait des pierres sur lui, et il le couvrait de poussière ».
C'est compréhensible : David est persécuté, pourchassé, avec un petit groupe de gens il traverse la ville de Ba'hourim, et voilà qu'est venu un homme nommé Chimi ben Guéra, et il se moque de lui. Il est très difficile de se représenter combien David a le cœur lourd. Il est obligé de fuir devant son fils. Son peuple est divisé, son âme aussi est divisée, et il s'inquiète pour son fils et dit : « Plus doucement avec mon fils ». D'un autre côté, il comprend toute l'horreur de ce que son fils a fait, et David comprend que, apparemment, il a certaines difficultés dans sa relation avec le Créateur, et que, peut-être, c'est le Créateur lui-même qui crée pour lui toute cette situation. C'est pourquoi, sur tout ce fond, ce que fait Chimi ben Guéra n'est déjà plus aussi douloureux que tout le reste qui se passe à côté.
Quand tout se termine comme cela se termine, David traverse de nouveau le Jourdain. Nous avons vu que Barzilaï de Guilad est venu et ce qui lui est arrivé. Chimi ben Guéra est venu lui aussi. « Quand le bac passa, pour faire traverser la maison du roi et accomplir sa volonté, Chimi fils de Guéra tomba devant le roi, quand celui-ci devait traverser le Jourdain, et il dit au roi : “Ne m'impute pas de faute, mon seigneur, et ne te souviens pas de ce en quoi ton serviteur a péché le jour où mon seigneur sortait de Yérouchalaïm, et ne prends pas cela, roi, à cœur, car moi, ton serviteur, je sais que j'ai péché. Et voici, aujourd'hui je suis venu le premier de toute la maison de Yossef, pour sortir à la rencontre de mon seigneur.” Et Avichaï fils de Tserouya répondit et dit : “Se peut-il que pour cela seulement Chimi ne soit pas mis à mort, lui qui a insulté l'oint du SEIGNEUR.” Avichaï fils de Tserouya (de nouveau un fils de Tserouya, les fils de Tserouya sont des gars impétueux) dit : “Se peut-il que pour cela seulement tu lui pardonnes ?” Et David dit : “Qu'y a-t-il entre vous et moi, fils de Tserouya, pour que vous me soyez aujourd'hui un obstacle ? Est-ce aujourd'hui qu'on mettrait à mort un homme en Israël ? Car je sais que je suis maintenant roi sur Israël.” Et il dit à ChimiLe russe peut se lire « et Chimi dit » ou « et il dit à Chimi » ; le contexte (le roi lui fait ensuite un serment) indique la seconde lecture, retenue ici. : “Tu ne mourras pas.” Et le roi jura ». David dit : « Aujourd'hui c'est fête, j'ai vaincu, je sais de toute façon maintenant que je suis roi. Et maintenant quoi, quelle différence cela fait-il, comment et quand cet homme m'a maudit là-bas ? Ne gâchons pas la fête ».
Mais le trouble de David fuyant devant Avchalom, et la fête de David célébrant la victoire, ont pris fin. Et le roi Chlomo reprend le royaume, le quotidien royal l'attend. Peut-être est-ce pour cela que David se souvient de cette histoire et veut ici malgré tout une rétribution. De nouveau, c'est très difficile à comprendre et à accepter, si l'on ne comprend pas et n'accepte pas que David est un homme, comme nous, et qu'il a ses qualités humaines.
De nouveau David dit à Chlomo :
וְעַתָּה אַל־תְּנַקֵּהוּ כִּי אִישׁ חָכָם אָתָּה וְיָדַעְתָּ אֵת אֲשֶׁר תַּעֲשֶׂה־לּוֹ וְהוֹרַדְתָּ אֶת־שֵׂיבָתוֹ בְּדָם שְׁאוֹל׃
ve'atta al tenakkehou ki ich 'hakham atta veyadata et acher ta'asse lo vehoradta et seyvato bedam che'ol
9 toi donc, ne le laisse pas pur, car tu es sage (tu trouveras à quoi t'accrocher), Tu trouveras, tu sauras quoi faire de lui. Et, ensanglantés, ses cheveux blancs s'en iront au chéol (aux enfers).
C'est la fin de la liste des affaires, des affaires privées, que David lègue à Chlomo. Yoav ben Tserouya, qui doit être éliminé, les fils de Barzilaï, qui doivent être entretenus à la table du roi, Chimi ben Guéra, qu'il faut aussi éliminer. Il est difficile, d'une certaine façon, d'évaluer de l'extérieur ce que David demande à Chlomo à sa dernière heure au sujet de Yoav ben Tserouya. Nous avons dit que, peut-être, c'est une nécessité politique. Avec les fils de Barzilaï tout est clair, avec Chimi ben Guéra tout est plus compliqué. Mais, peut-être, vraiment, cela rongeait David depuis de longues années, un serment le liait, et ici il demande à Chlomo de régler les comptes à sa place, compte tenu de la situation, de l'état dans lesquels il a reçu le coup de Chimi ben Guéra.
וַיִּשְׁכַּב דָּוִד עִם־אֲבֹתָיו וַיִּקָּבֵר בְּעִיר דָּוִד׃
vayichkav david im avotav vayikkaver be'ir david
10 Et David se coucha avec ses pères. Et il fut enterré dans la ville de David.
וְהַיָּמִים אֲשֶׁר מָלַךְ דָּוִד עַל־יִשְׂרָאֵל אַרְבָּעִים שָׁנָה בְּחֶבְרוֹן מָלַךְ שֶׁבַע שָׁנִים וּבִירוּשָׁלִַם מָלַךְ שְׁלֹשִׁים וְשָׁלֹשׁ שָׁנִים׃
vehayamim acher malakh david al yisra'el arba'im chana be'hevron malakh cheva chanim ouvirouchalaim malakh chlochim vechalochLa translittération russe porte ici la conjonction « et » en russe au lieu du mot hébreu ; la translittération française suit l'hébreu. chanim
11 Et les jours où David régna sur Israël furent de 40 ans : À 'Hévron il régna 7 ans, Et à Jérusalem il régna 33 ans.
וּשְׁלֹמֹה יָשַׁב עַל־כִּסֵּא דָּוִד אָבִיו וַתִּכֹּן מַלְכֻתוֹ מְאֹד׃
ouchlomo yachav al kisse david aviv vattikkon malkhouto me'od
12 Et Chlomo, lui, s'assit sur le trône de David, son père, et il affermit son royaume extrêmement.
Voilà donc l'histoire du testament de David à son fils Chlomo.
Lisez aussi : Vayigach, Chémot, les douze tribus d'Israël et les sections hebdomadaires de la Torah.