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- 'Hayé Sara
חַיֵּי שָֹרָה
'Hayé Sara
Makhpéla et la fiancée de Yits'hak
- Section hebdomadaire
- 5 sur 54
- Versets
- Béréchit 23,1–25,18
- Parties
- 9
- Temps de lecture
- 2 h 7 min
- Vues
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'Hayé Sara est la section hebdomadaire sur la famille d'Avraham et la continuation de son chemin. Dans le sténogramme, Alex Blend analyse l'achat de la grotte de Makhpéla, la recherche d'une fiancée pour Yits'hak, les actes d'Éliézer et les destinées des fils de Kétoura. Le matériel comprend l'hébreu, la translittération, la traduction et l'interprétation de l'auteur.
'Hayé Sara : Avraham et les Terriens
Béréchit 23,3–20
Nous allons commencer à lire l'histoire de la façon dont Avraham a acheté en possession funéraire, pour lui-même et pour tout notre peuple (et pour nous aussi), la grotte qui, alors comme aujourd'hui, s'appelait Méarat Hamakhpéla (ou Grotte Double). On pourrait penser que la Torah aurait pu simplement mentionner cet événement comme un fait et dire : « Voici, Avraham alla chez son voisin, qui s'appelait Éfron Ben-Tso'har, et lui acheta pour la pleine somme, pour quatre cents chékels (huit kilogrammes d'argent selon la compréhension moderne), un terrain avec une grotte, qui devint une possession funéraire, où il enterra Sara et où plus tard il fut lui-même enterré. Il y aurait eu un récit aussi court, qui, avec la concision de la Torah, aurait très bien pu tenir en un seul verset. Néanmoins, la Torah nous rapporte le contenu complet des négociations d'Avraham avec Éfron, qui peut sembler ennuyeux à certains, comme un contrat de vente d'appartement, auquel seul un juriste comprendrait peut-être quelque chose. N'étant pas juristes et ne sachant pas grand-chose de la jurisprudence antique, nous allons essayer de lire ce que la Torah veut nous dire par cette histoire et quelle conclusion nous pouvons en tirer pour nous-mêmes, ce que nous pouvons comprendre. Efforçons-nous de comprendre et de voir quelque chose d'actuel pour nous.
וַיָּקָם אַבְרָהָם מֵעַל פְּנֵי מֵתוֹ וַיְדַבֵּר אֶל-בְּנֵי-חֵת לֵאמֹר׃
Vayákom avrahám me'ál pené metó Vaydabbér el-bene-'hét lemór
3 Et Avraham se leva de devant son défunt, de devant Sara, Et se mit à parler avec les fils de 'Het :
Les fils de 'Het – ce sont les fils du descendant de Canaan. Canaan, rappelons-le, – c'est le fils de 'Ham, que Noa'h a maudit. Le pays dans lequel Avraham vit s'appelle, à proprement parler, Canaan, du nom de leur ancêtre. Le mot kéna'an signifie soumission, humilité. Le mot 'het signifie peur, terreur. Un nom peu joyeux pour un peuple indique dans une certaine mesure la qualité que le peuple travaille en lui-même. Quand nous parlons de soumission, il y a de bonnes sortes de soumission : la soumission au Très-Haut, la soumission aux commandements. Il y a une soumission négative : au destin, aux circonstances, la soumission aux idoles, à ses propres mauvaises qualités, etc. Le mot 'het – c'est la peur, et aussi la terreur, une qualité plus négative, plus lourde, mais on peut dire que Dieu fait venir le 'het, fait venir la peur sur Ses ennemis, c'est ce que nous rencontrons dans le Tanakh. Voilà le nom qu'a ce peuple. Le pays lui-même s'appelle aussi Canaan. Le pays qu'Avraham a reçu en héritage s'appelait Canaan, le lieu de la réparation de la qualité de soumission. Ainsi, Avraham parle avec ses voisins. Et il commence ainsi :
גֵּר-וְתוֹשָׁב אָנֹכִי עִמָּכֶם
ger-vetocháv anokhí immakhém
4 « Étranger et habitant permanent je suis avec vous,
Une étonnante combinaison de deux mots opposés. Qui d'autre appelle ainsi qui ? Tout le peuple d'Israël est appelé ainsi. C'est ainsi que nous appelle le Très-Haut. Dans le livre de Vayikra, Il dit que la terre ne peut pas être vendue pour toujours, parce que la terre Lui appartient, et nous, nous sommes des étrangers et des habitants permanents – guérim-vétochavim, la même expression, seulement au pluriel. immadi – auprès de Moi, dit le SEIGNEUR. En un certain sens, nous sommes tous des extraterrestres, nous appartenons tous à un autre monde, au monde du Très-Haut, et sommes des étrangers sur la terre. Ou bien (cela arrive aussi, malheureusement), au contraire, nous sommes des habitants permanents sur la terre et des étrangers auprès du Très-Haut. Alors nous, notre lien avec Lui est temporaire, tant que nous vivons ici. Qu'a dit Avraham au peuple des Hittites ? Il a dit : « Je suis un extraterrestre et un habitant avec vous, ensemble avec vous », c'est-à-dire que vous aussi, vous pouvez, comme moi, être des extraterrestres, des touristes sur cette terre, en prenant conscience du caractère temporaire de votre séjour sur cette terre. Et ensuite il dit une chose encore plus étrange :
תְּנוּ לִי אֲחֻזַּת-קֶבֶר עִמָּכֶם וְאֶקְבְּרָה מֵתִי מִלְּפָנָי׃
tenoú li a'houzzat-kéver immakhém ve'ekberá metí millefanáy
Donnez-moi une possession funéraire parmi vous, Et j'enterrerai mes morts auprès de moi ».
Avraham a besoin d'une possession funéraire. Qu'est-ce que c'est ? C'est un lieu où les gens déposaient les défunts. On ne les enfouissait pas dans la terre – on les déposait dans une grotte. Au bout d'un an, quand le corps s'était décomposé, il restait les os, on les rassemblait et on les plaçait dans une boîte de pierre spéciale, qui s'appelait glouskma (ou, en langue russe, s'appelle ossuaire) et qu'on posait sur une étagère. À côté, les autres défunts de cette famille étaient réunis à leurs ancêtres, étaient réunis à leur peuple. C'est ainsi qu'un homme pouvait acquérir une possession funéraire. À cette époque, comme nous le savons d'après les lois, les recueils de lois du Proche-Orient qui nous sont parvenus, seul un habitant local pouvait avoir de la terre en possession, une possession funéraire. En fait, Avraham demande ici aux Hittites la citoyenneté, il demande qu'on lui donne un passeport en lien avec l'achat d'un bien immobilier. On dit qu'en fin de compte nous sommes tous des étrangers sur cette terre.
וַיַּעֲנוּ בְנֵי-חֵת אֶת-אַבְרָהָם לֵאמֹר לוֹ׃
vaya'anoú vene-'hét et-avrahám lemór lo
5 Et les Hittites répondirent à Avraham, en lui disant :
שְׁמָעֵנוּ
chema'énou
6 « Nous avons entendu
Chéma'énou – c'est un terme dont nous savons qu'il est utilisé dans les documents akkadiens, babyloniens, comme début des répliques dans les négociations, il marque le début des négociations. Chaque réplique de chaque participant commence par le verbe lichmoa – entendre.
שְׁמָעֵנוּ אֲדֹנִי נְשִׂיא אֱלֹהִים אַתָּה בְּתוֹכֵנוּ
chema'énou adoní nesí elohim attá betokhénou
Écoute, seigneur, Tu es chez nous – un président (un ministre ou un prince de Dieu),
Tu es parmi nous un extraterrestre, tu es parmi nous un étranger. Tu n'as aucun rapport avec nous. Nous ne voulons pas de cette part, de cette seconde part que tu as là-bas avec un certain Élohim. Tu es pour nous Son ambassadeur iciLe russe dit littéralement « tu es notre Son ambassadeur ici », une tournure orale inachevée ; nous l'avons rendue par « pour nous »., nous-mêmes, nous ne voulons pas avoir affaire à Lui. Mais en même temps, nous sommes un peuple hospitalier.
בְּמִבְחַר קְבָרֵינוּ קְבֹר אֶת-מֵתֶךָ
bemiv'hár kevarénou kevór et-metékha
Dans n'importe laquelle de nos tombes enterre ton proche.
Nous ne te donnerons pas notre grotte, c'est-à-dire que nous ne te vendrons pas d'appartement pour tes morts, nous te louerons pour eux un hôtel.
אִישׁ מִמֶּנּוּ אֶת-קִבְרוֹ לֹא-יִכְלֶה מִמְּךָ מִקְּבֹר מֵתֶךָ׃
ich mimménnou et-kivró lo-yikhlé mimmekhá mikkevór metékha
Personne n'interdira, personne ne t'enlèvera sa tombe, Enterre tes morts ».
C'est-à-dire : nous ne te donnerons pas ici de résidence permanente et nous ne te vendrons pas d'appartement ici, mais à titre précaire, pour ainsi dire, tu peux vivre dans nos tombes. Nous sommes bien disposés envers toi, semble-t-il, mais ne nous en demande pas trop. Pourquoi répondent-ils ainsi ? Nous avons dit que seul un citoyen peut obtenir un appartement, et c'est pourquoi ils ne le vendront qu'à un citoyen. On peut prendre la chose par l'autre bout et dire que, par l'acquisition d'un appartement, on obtient la citoyenneté, c'est une question d'interprétation de la loi. Les Hittites l'interprètent dans ce sens-là. Ce qui veut dire : oui, en effet, le SEIGNEUR dit que toute la terre Lui appartient, c'est pourquoi on ne peut absolument pas vendre la terre à qui que ce soit, et toute vente ne sera qu'une apparence de vente. C'est pourquoi le Très-Haut Lui-même nous appelle guérim-vétochavim – étrangers et habitants. Mais les Hittites ne veulent pas de pont, ne veulent pas de lien, d'interpénétration du monde Divin et du monde terrestre, c'est pourquoi ils interprètent la loi comme ils l'interprètent. Avraham a apparemment quelques relations parmi les Hittites, parce qu'il dit au septième verset :
וַיָּקָם אַבְרָהָם וַיִּשְׁתַּחוּ לְעַם-הָאָרֶץ לִבְנֵי-חֵת׃
vayákom avrahám vayichtá'hou le'am-ha'árets livne-'hét
7 Et Avraham se leva, et se prosterna devant le peuple de la terre – les Hittites.
Remarquez qu'à partir de ce moment, les Hittites sont appelés am-ha'arets – peuple de la terre. Si Avraham est un étranger, alors les Hittites sont des Terriens.
וַיְדַבֵּר אִתָּם לֵאמֹר אִם-יֵשׁ אֶת-נַפְשְׁכֶם לִקְבֹּר אֶת-מֵתִי מִלְּפָנַי שְׁמָעוּנִי
vaydabbér ittám lemór im-yéch et-nafchekhém likbór et-metí millefanáy chema'oúni
8 Et il leur parla, en disant : « Si votre âme y est disposée, Pour que je puisse enterrer, si vous voulez vraiment m'aider à enterrer mes défunts, Écoutez-moi,
Ici commence l'exposé des requêtes. Oui, nous avons dit que, dans les négociations, les requêtes ou les déclarations commencent par le verbe écouter.
וּפִגְעוּ-לִי בְּעֶפְרוֹן בֶּן-צֹחַר׃
oufig'ou-lí be'efrón ben-tsó'har
Mettez-moi en relation avec un homme du nom d'Éfron ben-Tso'har.
Un nom très intéressant. Éfron – poussière, diminutif du mot poussière – ofar. Tso'har – c'est blanc, clair, d'un blanc de neige. Les midrachim et surtout le livre du Zohar racontent beaucoup de choses intéressantes sur cet homme. En particulier, il est dit qu'Éfron est ce même Douma – l'Ange qui, dans le Chéol, est responsable des tombes des hommes et qui a les clés de toutes les tombes. Pourquoi le livre du Zohar dit-il cela ? Naturellement, il ne faut pas le comprendre au sens littéral, mais cela nous aidera un peu à comprendre le sens littéral ici. Voulant obtenir une possession funéraire dans le pays d'Israël, Avraham (et nous avons souvent dit qu'Avraham est en quelque sorte un nouvel Adam, il répare beaucoup de ce qu'a fait Adam) choisit le lieu où reposeront ses défunts, symboliquement tout le peuple de Dieu jusqu'à la résurrection. Il choisit, il rend la terre capable de ressusciter les hommes, posant ainsi ce que le Machia'h réalisera ensuite pleinement. Et c'est pourquoi, symboliquement, ces clés se trouvent entre les mains d'Éfron ben Tso'har. C'est aussi symboliquement qu'il est dit que là, dans la grotte, reposent déjà Adam et 'Hava. Bien qu'on puisse aussi le comprendre littéralement, en tout cas, aujourd'hui encore on raconte qu'Adam est enterré là. 'Hava – c'est une histoire un peu différente, dans laquelle nous n'entrerons pas.
וְיִתֶּן-לִי אֶת-מְעָרַת הַמַּכְפֵּלָה אֲשֶׁר-לוֹ אֲשֶׁר בִּקְצֵה שָׂדֵהוּ בְּכֶסֶף מָלֵא יִתְּנֶנָּה לִי בְּתוֹכְכֶם לַאֲחֻזַּת-קָבֶר׃
veyitten-lí et-me'arát hammakhpelá acher-ló achér biktsé sadéhou bekhéssef malé yittenénna li betokhekhémLa translittération russe porte ici une coquille ; la translittération française suit l'hébreu : betokhekhém (« parmi vous »). la'a'houzzat-káver
9 Et cet Éfron ben-Tso'har me donnera cette même grotte double, Qui est à lui au bout de son champ, Pour la pleine somme il me la donnera À l'intérieur, parmi vous, En possession funéraire ».
C'est-à-dire : je veux quand même essayer de parler avec l'homme qui s'appelle Éfron ben Tso'har et lui demander de me céder quand même en possession funéraire, c'est-à-dire non pas un hôtel, mais un appartement funéraire, je veux quand même vous l'acheter, à cet homme qui s'appelle Éfron ben Tso'har.
וְעֶפְרוֹן יֹשֵׁב בְּתוֹךְ בְּנֵי-חֵת וַיַּעַן עֶפְרוֹן הַחִתִּי אֶת-אַבְרָהָם בְּאָזְנֵי בְנֵי-חֵת לְכֹל בָּאֵי שַׁעַר-עִירוֹ לֵאמֹר׃
ve'efrón yochev betókh bene-'hét vayá'an efrón ha'hittí et-avrahám be'ozné vene-'hét lekhól ba'é cha'ar-iró lemór
10 Or Éfron, justement, est assis au milieu d'eux tous. Et Éfron le Hittite répondit à Avraham Aux oreilles des fils de 'Het, De sorte que tous les gens qui font autorité, tous ceux qui viennent à la porte de la ville, entendent.
לֹא-אֲדֹנִי
lo-adoní
11 « Non, mon seigneur.
Quoi – non ? Il n'est pas d'accord pour donner une possession funéraire à Avraham. Voici ce qu'il dit :
שְׁמָעֵנִי הַשָּׂדֶה נָתַתִּי לָךְ וְהַמְּעָרָה אֲשֶׁר-בּוֹ לְךָ נְתַתִּיהָ לְעֵינֵי בְנֵי-עַמִּי נְתַתִּיהָ לָּךְ קְבֹר מֵתֶךָ׃
chema'éni hassadé natátti lakh vehamme'ará acher-bó lekhá netattíha le'ené vene-ammí netattíha lakh kevór metékha
Écoute, Je t'ai donné le champ Et la grotte qui est dedans, je te l'ai donnée, Devant la face de tout le peuple Je te l'ai donnée, toi, enterre tes morts ».
Qu'a répondu Éfron ? Racontons-le encore une fois. Il a dit : « Non, pas comme ça ! Je t'ai donné le champ, et dans le champ il y a la grotte. Enterre-y tes morts ». Eh bien, il semble que ce soit justement ce qu'Avraham avait demandé. À première vue. Pourquoi donc Éfron dit-il non, quand c'est oui ? En réalité, il y a une différence subtile. Avraham demandait la grotte, et avec elle le champ. La partie principale de la possession sera la grotte. Comment possède-t-on une possession funéraire ? Une possession funéraire s'acquiert par le fait qu'on y enterre les défunts. Comment prend-on possession d'un champ ? On prend possession d'un champ de deux manières. La première façon d'acquérir un terrain en général, c'est de donner de l'argent pour lui. Et à partir du moment où je l'ai payé, il est considéré comme mien. Deuxième façon : j'ai payé, mais il n'est pas considéré comme mien tant que je ne me suis pas mis à le cultiver. En tout cas, le champ est considéré comme ma propriété tant que je le cultive. Avraham dit : « Donnez-moi la grotte, donnez-moi la possibilité de semer, de déposer ce qui est mort, qui ressuscitera dans le monde à venir. Et qu'à côté il y ait le champ ». Éfron dit : « Non, ça ne marchera pas. Je te donnerai le champ, dans lequel il faut semer ce qui lèvera chaque année. Et en plus, je te donnerai la grotte. Et si tu ne cultives pas le champ, alors ta propriété sur la grotte aussi sera mise en question ». Et cette situation ne convient pas trop à Avraham.
וַיִּשְׁתַּחוּ אַבְרָהָם לִפְנֵי עַם הָאָרֶץ׃
vayichtá'hou avrahám lifné am-ha'árets
12 Et Avraham se prosterna devant le peuple de la terre (Avraham se prosterna devant les Terriens).
וַיְדַבֵּר אֶל-עֶפְרוֹן בְּאָזְנֵי עַם-הָאָרֶץ לֵאמֹר אַךְ אִם-אַתָּה לוּ שְׁמָעֵנִי נָתַתִּי כֶּסֶף הַשָּׂדֶה קַח מִמֶּנִּי וְאֶקְבְּרָה אֶת-מֵתִי שָׁמָּה׃
vaydabbér el-efrón be'ozné am-ha'árets lemór akh im-attá lou chema'éni natátti késsef hassadé ka'h mimménni ve'ekberá et-metí chámma
13 Et il parla à Éfron aux oreilles des Terriens, en présence des Terriens, En disant : « Si tu écoutes, écoute, s'il te plaît, /ou/ ma proposition. Je t'ai donné l'argent pour le champ, Prends-le de moi, Pour que j'enterre là-bas les morts ».
C'est-à-dire que je t'achèterai le champ, mais avec le droit d'utiliser cette terre agricole comme cimetière. Avraham propose une autre échappatoire juridique.
וַיַּעַן עֶפְרוֹן אֶת-אַבְרָהָם לֵאמֹר לוֹ׃
vayá'an efrón et-avrahám lemór lo
14 Et Éfron dit à Avraham, en disant :
אֲדֹנִי שְׁמָעֵנִי אֶרֶץ אַרְבַּע מֵאֹת שֶׁקֶל-כֶּסֶף
adoní chema'éni érets arbá me'ót chekel-késsef
15 « Écoute-moi, seigneur, voici ma proposition : Un morceau de terre qui vaut quatre cents chékels d'argent,
Or nous avons dit qu'un chékel, c'est environ 19,2 d'argent. Donc, quelque chose comme huit kilogrammes (très arrondi).
בֵּינִי וּבֵינְךָ מַה-הִוא וְאֶת-מֵתְךָ קְבֹר׃
bení ouvenékha ma-hí ve'et-metekhá kevór
Qu'est-ce que c'est pour nous ? Toi, enterre tes morts ».
Ici, traduisons : La terre qui vaut quatre cents chékels, entre moi et toi, qu'est-elle. Et, ce qu'il est important de voir ici, c'est une sorte de clin d'œil d'Éfron à Avraham : « Entre moi et toi, que tu as acheté le champ et que tu l'as payé. Quatre cents chékels d'argent, c'est un si bon prix, un prix plein. Personne ne s'opposera à cette transaction, et ensuite toi, mitkha kaver – par le fait que tu enterreras ici les morts, tu acquerras cette terre. C'est-à-dire que ce n'est pas la culture du champ qui sera l'acquisition de cette terre, mais le fait que tu enterreras ici Sara. De cette façon, elle deviendra pour toi une possession funéraire.
וַיִּשְׁמַע אַבְרָהָם אֶל-עֶפְרוֹן וַיִּשְׁקֹל אַבְרָהָם לְעֶפְרֹן אֶת-הַכֶּסֶף אֲשֶׁר דִּבֶּר בְּאָזְנֵי בְנֵי-חֵת אַרְבַּע מֵאוֹת שֶׁקֶל כֶּסֶף עֹבֵר לַסֹּחֵר׃
vayichmá avrahám el -efrón vayichkól avrahám le'efrón et-hakkéssef achér dibbér be'ozné vene-'hét arbá me'ót chékel késsef ovér lasso'hér
16 Et Avraham écouta Éfron Et Avraham pesa pour Éfron Le poids d'argent dont il avait parlé aux oreilles des fils de 'Het. Et quatre cents chékels d'argent furent payés.
Ainsi Avraham, par un accord caché, a obtenu la possibilité d'acquérir précisément la terre en tant que terre qui garde les morts pour la résurrection, qui garde le Divin. Mais aux yeux de tous les gens, c'est simplement l'acquisition d'une terre pour de l'argent. Et nous lisons ensuite l'explication juridique, ce qui était visible pour les autres et ce qui n'était visible que pour le lecteur.
וַיָּקָם שְׂדֵה עֶפְרוֹן אֲשֶׁר בַּמַּכְפֵּלָה
vayákom sedé efrón achér bammakhpelá
17 Et devint le champ d'Éfron, qui est bémakhpéla (qui est près de la grotte)
Remarquez, si auparavant la grotte était près du champ, maintenant c'est le champ qui est près de la grotte, c'est-à-dire que le champ est secondaire.
אֲשֶׁר לִפְנֵי מַמְרֵא הַשָּׂדֶה וְהַמְּעָרָה אֲשֶׁר-בּוֹ וְכָל-הָעֵץ אֲשֶׁר בַּשָּׂדֶה אֲשֶׁר בְּכָל-גְּבֻלוֹ סָבִיב׃
achér lifné mamré hassadé vehamme'ará acher-bó vekhol-ha'éts achér bassadé achér bekhol-gevouló savív
Devant la chênaie de Mamré, le champ Et toute la grotte qui est dedans, Et tout arbre qui est dans le champ, Qui est dans toutes les limites.
לְאַבְרָהָם לְמִקְנָה לְעֵינֵי בְנֵי-חֵת בְּכֹל בָּאֵי שַׁעַר-עִירוֹ׃
le'avrahám lemikná le'ené vene-'hét bekhól ba'é cha'ar-iró
18 Il devint l'acquisition d'Avraham Devant les yeux des Hittites, de tous ceux qui sont assis là.
C'est-à-dire que tous ont compris qu'il avait acheté le champ, et la grotte qui s'y trouve, et tout ce qui est autour de la grotte, tous les arbres et tous les biens. Avraham a acheté tout le jardin, mais ne s'est pas mis à le cultiver. Ce n'est pas par la culture de la terre qu'il l'a acquis. Le pays d'Israël ne s'acquiert pas par l'agriculture, bien que l'agriculture en Israël soit merveilleuse, elle est bénie de multiples fois. Mais comment Avraham, à proprement parler, a-t-il consolidé cette propriété ? Nous lisons cela au 19e verset :
וְאַחֲרֵי-כֵן קָבַר אַבְרָהָם אֶת-שָׂרָה אִשְׁתּוֹ אֶל-מְעָרַת שְׂדֵה הַמַּכְפֵּלָה עַל-פְּנֵי מַמְרֵא הִוא חֶבְרוֹן בְּאֶרֶץ כְּנָעַן׃
ve'a'hare-khén kavár avrahám et-sará ichtó el-me'arát sedé hammakhpelá al-pené mamré hi 'hevrón be'érets kená'an
19 Et après cela Enterra Avraham sa femme, Sara, dans la grotte près du champ de Makhpéla, devant la chênaie de Mamré, Qui est – 'Hévron, Dans le pays cananéen.
וַיָּקָם הַשָּׂדֶה וְהַמְּעָרָה אֲשֶׁר-בּוֹ לְאַבְרָהָם
vayákom hassadé vehamme'ará acher-bó le'avrahám
20 Et alors devinrent le champ et la grotte qui est dedans – à Avraham
Il semble que se répète ce qui est écrit au 17e verset, mais ce qui est important, c'est précisément comment Avraham a acquis. Par la foi que la terre, au fond, n'est pas une terre agricole, mais une possession funéraire, dans laquelle aussi il y aura la résurrection après l'enterrement.
לַאֲחֻזַּת-קָבֶר מֵאֵת בְּנֵי-חֵת׃
la'a'houzzat-kavér me'ét bene-'hét
Il devint une possession funéraire, Il fut obtenu des Terriens.
Les étrangers ont vaincu. Ce ne sont pas ceux qui vivent avec la terre et se nourrissent de la terre qui ont vaincu, ce sont ceux qui espèrent la résurrection des morts qui ont vaincu. Ont vaincu ceux qui choisissent par l'ensemencement, aussi étrange que cela paraisse, Maarat Hamakhpéla, comme grotte funéraire, comme lieu où l'homme mort se prépare à sa résurrection, dans l'attente de sa résurrection. On peut demander : mais à quoi cela servait-il à Éfron le Hittite ? Apparemment, il connaissait Avraham et agissait comme un disciple d'Avraham. Ce n'est pas pour rien qu'Avraham le connaissait par son nom. C'est la possibilité pour un homme du peuple de toucher à l'enseignement d'Avraham par la prise de conscience des principes de vie selon lesquels vit Avraham.
Les midrachim, je le répète, disent beaucoup de mal d'Éfron. C'est un très mauvais bonhomme, si l'on en croit les midrachim : il parlait trop, et il a gonflé le prix. Mais le prix – c'est un prix assez ordinaire, et il parlait, somme toute, de façon ordinaire. Si on lit le pchat de l'Écriture, cette méchanceté d'Éfron ne se voit pas. Mais voilà ce qui s'ouvre au niveau du pchat, plus un peu ce que j'ai justement essayé de raconter.
וְאַבְרָהָם זָקֵן בָּא בַּיָּמִים וַיהוָה בֵּרַךְ אֶת־אַבְרָהָם בַּכֹּל׃
ve'avrahám zaken ba bayamim vadonáy berákh et-avrahám bakkol
1 Avraham vieillit, entra dans les jours, et le SEIGNEUR bénit Avraham en tout.
C'est-à-dire que la vieillesse d'Avraham est venue en son temps, il n'est pas devenu vieux avant l'heure. Yaakov dira à Pharaon (47,9) : « J'ai l'air beaucoup plus vieux que mon âge. En réalité, je ne devrais pas être si vieux, la vie m'a malmené ». Avraham a l'air vieux conformément à son âge. Il est vieux, mais il a, pour ainsi dire, vécu sa vie, il a connu la plénitude des jours.
« Le SEIGNEUR a béni en tout » – cela signifie spirituellement, matériellement, dans toutes-toutes-toutes les couches de la vie. Le midrach demande : « Comment peut-on dire que le Très-Haut Dieu a béni Avraham en tout, si Avraham n'avait pas de fille ? » Et le midrach lui-même répond : « Il avait une fille, simplement ce n'est pas écrit. Il avait une fille, et c'est elle justement qui s'appelait Bakol (en tout) ». Bon, ce n'est qu'un midrach. Autour de ce midrach se construisent beaucoup de pensées sur le fait que l'esclave d'Avraham comptait marier son fils à la fille d'Avraham. Bon, et beaucoup de choses de ce genre. Mais, comme disent les commentateurs, on ne peut pas marier un fils issu du sens simple de la Torah à une fille issue du midrach, c'est pourquoi ils n'ont pas pu se marier. Ainsi, Avraham a vieilli, il réussit en tout.
וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל־עַבְדּוֹ זְקַן בֵּיתוֹ הַמֹּשֵׁל בְּכָל־אֲשֶׁר־לוֹ שִׂים־נָא יָדְךָ תַּחַת יְרֵכִי׃
vayomer avrahám el-avdo zekán betoLa translittération russe écrit ce mot (« sa maison ») avec un v initial ; l'hébreu a un b, que nous suivons. hammochel bekhol-acher-lo sim-ná yadekhá tá'hat yerekhi
2 et Avraham dit à son esclave, l'ancien de sa maison, celui qui gère tous les biens d'Avraham : « mets la main sous ma cuisse (c'est-à-dire sur la circoncision)
Quand nous lisons le mot esclave (nous avons nos propres représentations de l'esclavage), nous nous représentons l'esclave comme un homme qui marche avec une épaule nue (chez les gens riches, les deux épaules étaient couvertes, chez l'esclave – une seule, pour épargner l'étoffe du maître, pour qu'il porte les charges sur sa peau, et non sur la peau ou l'étoffe dans laquelle le maître cousait ses vêtements), c'est-à-dire un tel homme harassé de travail. L'esclave d'Avraham dont il est question ici, c'est l'intendant d'Avraham, c'est le gérant des biens, c'est un homme du niveau d'un ministre d'un petit pays. C'est précisément à lui qu'Avraham s'adresse.
Les gens jurent aujourd'hui sur la Bible, ou sur la Constitution américaine, ou sur la Constitution de la France, et Avraham demande à son esclave de jurer sur la circoncision, sur le sceau de l'alliance avec le Très-Haut. Il n'a pas encore de Torah, pas de Tanakh, pas de Bible sur laquelle on pourrait poser la main, c'est pourquoi il propose de poser la main sur la circoncision.
וְאַשְׁבִּיעֲךָ בַּיהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמַיִם וֵאלֹהֵי הָאָרֶץ אֲשֶׁר לֹא־תִקַּח אִשָּׁה לִבְנִי מִבְּנוֹת הַכְּנַעֲנִי אֲשֶׁר אָנֹכִי יוֹשֵׁב בְּקִרְבּוֹ׃
ve'achbi'akhá badonáy elohé hachamáyim velohé ha'árets achér lo-tikká'h ichá livní mibbenót hakkena'aní achér anokhí yochév bekirbó
3 et je t'adjurerai par le SEIGNEUR, Dieu du ciel et de la terre, que tu ne prennes pas de femme pour mon fils parmi les filles de Canaan, au milieu duquel j'habite.
Ici Dieu est appelé Dieu du Ciel et de la Terre, plus loin nous verrons un autre nom et essaierons de comprendre quelle est donc la différence.
Avraham comprend qu'il est béni, qu'il réussit, et il y a sans doute beaucoup de voisines, de prétendantes, qui rêvent que Yits'hak puisse être pour elles un bon parti. Ou bien quelqu'un pourrait lui plaire, et s'il arrive quelque chose à Avraham, l'esclave peut tout bonnement marier Yits'hak à une quelconque jeune fille cananéenne – juger lui-même qu'une quelconque jeune fille cananéenne serait pour lui un parti convenable.
כִּי אֶל־אַרְצִי וְאֶל־מוֹלַדְתִּי תֵּלֵךְ וְלָקַחְתָּ אִשָּׁה לִבְנִי לְיִצְחָק׃
ki el-artsí ve'el-moladtí telékh velaka'htá ichá livní leyits'hak
4 mais dans mon pays, dans ma patrie, va, et là tu prendras une femme pour mon fils Yits'hak.
Avraham lui-même, en son temps, s'est mis en route, parcourant ce chemin depuis sa patrie jusqu'au pays de Canaan, et il désire que la femme qu'aura son fils parcoure, elle aussi, ce chemin. Avraham ne sait pas encore que ce sera Rivka, que ce sera de nouveau la famille de Tera'h – en somme, toutes les épouses des Patriarches seront par la suite des filles de Tera'h, seront de la famille de Tera'h. Mais Avraham envoie le serviteur et dit : « Que la future épouse, elle aussi, parcoure cette distance. Beaucoup disent que, bien sûr, si un homme s'apparente à quelqu'un en Canaan, il ira à certaines fêtes chez son beau-père et peu à peu, peu à peu, il peut adopter les coutumes. Si au contraire le beau-père est loin, il sera difficile aussi d'adopter les coutumes, et une jeune fille acceptera plus facilement les coutumes d'un peuple lointain, au milieu duquel elle sera prise. Beaucoup de commentateurs disent qu'après qu'Avraham a failli offrir son fils en sacrifice, il n'y avait pas tellement de gens désireux de se lier avec son fils, et la famille d'Avraham était considérée comme une famille bien étrange. C'est pourquoi Yits'hak reste pratiquement un homme non marié jusqu'à quarante ans, c'est un âge assez avancé.
Et le serviteur pose une question tout à fait naturelle :
וַיֹּאמֶר אֵלָיו הָעֶבֶד אוּלַי לֹא־תֹאבֶה הָאִשָּׁה לָלֶכֶת אַחֲרַי אֶל־הָאָרֶץ הַזֹּאת הֶהָשֵׁב אָשִׁיב אֶת־בִּנְךָ אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־יָצָאתָ מִשָּׁם׃
vayomer eláv ha'éved ouláy lo-tové ha'ichá lalékhet a'haráy el-ha'árets hazzót hehachév achív et-binkhá el-ha'árets acher-yatsáta michám
5 Et le serviteur lui dit : « Peut-être que la femme que je trouverai, la belle-fille potentielle, ne voudra pas déménager dans le pays cananéen, alors dans ce cas, que Yits'hak déménage, je le ramènerai dans le pays d'où tu es sorti ? »
C'est toujours ainsi quand de jeunes mariés décident où ils vont vivre : à Jérusalem, ou à Bné-Brak, à Our Kasdim, ou à 'Haran, ou peut-être vivront-ils à 'Hévron. Peut-être que la femme dira : « D'accord, qu'il vienne et qu'il vive ici ».
Mais Avraham dit que nous sommes appelés à mettre en valeur cette terre, elle nous est donnée, et nous amenons des gens sur cette terre pour la mettre en valeur. Le but de notre vie, le but de notre développement, c'est de vivre en coopération avec cette terre, c'est pourquoi en aucun cas ne ramène Yits'hak là-bas.
וַיֹּאמֶר אֵלָיו אַבְרָהָם הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן־תָּשִׁיב אֶת־בְּנִי שָׁמָּה׃
vayomer eláv avrahám hichámer lekhá pen-tachiv et-beni chámma
6 Et Avraham lui dit : « Garde-toi donc de ramener là-bas mon fils !
Et ensuite il explique et dit ceci :
יְהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמַיִם אֲשֶׁר לְקָחַנִי מִבֵּית אָבִי וּמֵאֶרֶץ מוֹלַדְתִּי וַאֲשֶׁר דִּבֶּר־לִי וַאֲשֶׁר נִשְׁבַּע־לִי לֵאמֹר לְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת־הָאָרֶץ הַזֹּאת הוּא יִשְׁלַח מַלְאָכוֹ לְפָנֶיךָ וְלָקַחְתָּ אִשָּׁה לִבְנִי מִשָּׁם׃
adonáy elohé hachamáyim achér leka'háni mibbét aví oume'érets moladtí va'achér dibber-lí va'achér nichba-lí lemór lezar'akhá ettén et-ha'árets hazzót hou yichlá'h mal'akhó lefanékha velaka'htá ichá livní michám
7 Le SEIGNEUR, Dieu des cieux, qui m'a pris de la maison de mon père, du pays de ma patrie, qui m'a parlé, qui m'a juré (nous avons lu ce serment dans la section précédente), en disant : « À ta semence je donnerai cette terre », il enverra un ange devant toi, et tu prendras de là-bas une femme pour mon fils.
Au troisième verset, nous avons lu que le SEIGNEUR est le Dieu des Cieux et de la Terre. Ici, nous lisons « le SEIGNEUR – Dieu des Cieux ». C'est-à-dire que, lorsqu'Avraham adjure Éliézer, il dit : « Je t'adjurerai par le nom du SEIGNEUR – Dieu des Cieux et de la Terre », et ici, au verset 7 – seulement Dieu des Cieux. Pourquoi cela ? Parce que c'est justement Avraham qui, en marchant sur la terre d'Israël, incarne la facette terrestre de la divinité de Dieu. C'est-à-dire que c'est justement par Avraham, par cette alliance, que le Très-Haut se révèle comme Dieu de la Terre. Quand il s'est révélé à Avraham tout au début, Il était le Dieu des Cieux. Il est clair qu'Il avait aussi un pouvoir absolu sur la terre, nous parlons de l'accomplissement, de la réalisation du plan.
Que dit ici Avraham au sujet de l'ange ? Il ne s'agit pas de dire que, littéralement, à quelques mètres devant le serviteur, un ange marchera et arrangera tout. Mais le Très-Haut enverra Ses serviteurs et arrangera tout de telle sorte que « tu prendras de là-bas une femme pour mon fils ». Nous reviendrons encore à cet ange.
וְאִם־לֹא תֹאבֶה הָאִשָּׁה לָלֶכֶת אַחֲרֶיךָ וְנִקִּיתָ מִשְּׁבֻעָתִי זֹאת רַק אֶת־בְּנִי לֹא תָשֵׁב שָׁמָּה׃
ve'im-ló tové ha'ichá lalékhet a'harékha venikkíta michevou'atí zot rak et-bení lo tachév chámma
8 Et si la femme ne veut pas aller à ta suite, tu seras quitte de ce serment, seulement ne ramène pas mon fils là-bas ».
Après que toutes les conditions du serment ont été éclaircies, le serviteur prête ce serment :
וַיָּשֶׂם הָעֶבֶד אֶת־יָדוֹ תַּחַת יֶרֶךְ אַבְרָהָם אֲדֹנָיו וַיִּשָּׁבַע לוֹ עַל־הַדָּבָר הַזֶּה׃
vayassem ha'eved et-yado tá'hat yerekh avrahám adonáv vayichává lo al-haddavár hazze
9 Et le serviteur mit sa main sous la cuisse de son maître, et lui jura au sujet de cette affaire.
וַיִּקַּח הָעֶבֶד עֲשָׂרָה גְמַלִּים מִגְּמַלֵּ אֲדֹנָיו וַיֵּלֶךְ וְכָל־טוּב אֲדֹנָיו בְּיָדוֹ וַיָּקָם וַיֵּלֶךְ אֶל־אֲרַם נַהֲרַיִם אֶל־עִיר נָחוֹר׃
vayikka'h ha'eved assara gemallím miggemallé adonav vayélekh vekhol-touv adonav beyado vayakom vayélekh el-aram naharayim el-ír na'hor
10 Et le serviteur prit dix chameaux parmi les chameaux de son maître, et s'en alla, et tout le bien du maître était dans sa main ; et il se leva, et s'en alla à Aram-Naharaïm, l'entre-deux-fleuves, à la ville de Na'hor.
Dix chameaux…Pour se faire une idée, la capacité de charge moyenne d'un chameau est d'environ 400 kilogrammes. Question : pourquoi dix chameaux ? Ils peuvent bien porter 4 tonnes de charge – a-t-il pris avec lui des provisions, ou bien tant d'or et de cadeaux ? En réalité, le serviteur prévoyant prend avec lui le moyen de transport sur lequel voyageront ensuite Rivka, ses servantes – c'est-à-dire que toute une flotte de taxis part chercher la fiancée pour Yits'hak.
וַיַּבְרֵךְ הַגְּמַלִּים מִחוּץ לָעִיר אֶל־בְּאֵר הַמָּיִם לְעֵת עֶרֶב לְעֵת צֵאת הַשֹּׁאֲבֹת׃
vayavrékh haggemallím mi'hoúts la'ír el-be'ér hammáyim le'ét
érev le'ét tset hacho'avót
11 Et il délia les chameaux hors de la ville, près du puits d'eau, à l'approche du soir, au moment où sortent les puiseuses pour abreuver le bétail.
Et ici, le serviteur a un dilemme compliqué, il a une question compliquée : et comment, au juste, saura-t-il quelle fiancée prendre ? Il est dans un pays étranger, les jeunes filles vont sortir maintenant, et ce sera « karavaï, karavaï, qui tu veux – choisis ».
וַיֹּאמַר יְהוָה אֱלֹהֵי אֲדֹנִי אַבְרָהָם הַקְרֵה־נָא לְפָנַי הַיּוֹם וַעֲשֵׂה־חֶסֶד עִם אֲדֹנִי אַבְרָהָם׃
vayomar adonay elohe adoni avraham hakre-ná lefanáy hayom va'asse-'hessed im adoni avrahám
12 Et il dit : « SEIGNEUR, Dieu de mon maître Avraham ! Fais arriver devant moi un tel hasard et fais grâce à mon maître, Avraham !
הִנֵּה אָנֹכִי נִצָּב עַל־עֵין הַמָּיִם וּבְנוֹת אַנְשֵׁי הָעִיר יֹצְאֹת לִשְׁאֹב מָיִם׃
hinné anokhí nittsáv al-én hammáyim ouvnót anché ha'ír yotse'ót lich'óv máyim
13.Voici, je me tiendrai près de la source, et les filles des habitants de la ville sortiront pour tirer l'eau.
וְהָיָה הַנַּעֲרָ אֲשֶׁר אֹמַר אֵלֶיהָ הַטִּי־נָא כַדֵּךְ וְאֶשְׁתֶּה וְאָמְרָה שְׁתֵה וְגַם־גְּמַלֶּיךָ אַשְׁקֶה אֹתָהּ הֹכַחְתָּ לְעַבְדְּךָ לְיִצְחָק וּבָהּ אֵדַע כִּי־עָשִׂיתָ חֶסֶד עִם־אֲדֹנִי׃
vehayá hanna'ará achér omár eléha hatti-ná khaddékh ve'echté ve'amerá cheté vegam-gemallékha achké otá hokhá'hta le'avdekhá leyits'hák ouvá edá ki-assíta 'héssed im-adoní
14 Et il arrivera que la jeune fille à qui je dirai : « Incline la cruche, que je boive », et qui me dira : « Bois, et j'abreuverai aussi tes chameaux », tu l'as destinée à ton serviteur, à Yits'hak, et par là je saurai que tu as fait grâce à mon maître »
C'est-à-dire qu'Éliézer demande au Très-Haut, comme signe, un certain comportement de la jeune fille : je dirai ainsi à la jeune fille, si elle répond ainsi, alors qu'il en soit ainsi. Peut-on faire cela dans la vie de tous les jours, comme l'a fait Éliézer ? Il y a des cas où nous voyons que le Très-Haut y répond dans un sens favorable, comme, par exemple, ici ou avec Guidon. Il y a le cas de Yifta'h, qui a dit : « La première chose qui sortira de ma maison, je l'offrirai en holocauste », et une grande tragédie est arrivée. C'est pourquoi, s'il y a intérieurement une telle révélation, alors on peut sans doute agir ainsi, mais il faut être très prudent avec ce genre de promesses.
וַיְהִי־הוּא טֶרֶם כִּלָּה לְדַבֵּר וְהִנֵּה רִבְקָה יֹצֵאת אֲשֶׁר יֻלְּדָה לִבְתוּאֵל בֶּן־מִלְכָּה אֵשֶׁת נָחוֹר אֲחִי אַבְרָהָם וְכַדָּהּ עַל־שִׁכְמָהּ׃
vayhi-hoú térem killá ledabbér vehinné rivká yotsét achér youlledá livtou'él ben-milká échet na'hór a'hí avrahám vekhaddá al-chikhmá
15 Et il advint, il n'avait même pas encore fini de parler, et voici que sort Rivka, qui était née de Bétouël, fils de Milka, femme de Na'hor, petite-fille de Na'hor, frère d'Avraham, et sa cruche sur son épaule.
Il ne sait encore rien de cette jeune fille, mais s'il existe au monde un instant merveilleux, alors le serviteur a tout de suite compris – c'est celui-là. Très probablement, le serviteur a vu quelque chose qui l'a poussé à faire ce qu'il fera plus tard.
וְהַנַּעֲרָ טֹבַת מַרְאֶה מְאֹד בְּתוּלָה וְאִישׁ לֹא יְדָעָהּ וַתֵּרֶד הָעַיְנָה וַתְּמַלֵּא כַדָּהּ וַתָּעַל׃
vehanna'ará továt mar'é me'ód betoulá ve'ích lo yeda'á vattéred ha'áyna vattemallé khaddá vattá'al
16 Et la jeune fille est très belle d'apparence (cela, le serviteur pouvait aussi le voir), elle est vierge, et aucun homme ne l'a connue (cela, le serviteur ne le sait pas, c'est la Torah qui nous l'apprend). ELLE DESCENDIT À LA SOURCE, REMPLIT LA CRUCHE ET LA REMONTA.
C'est-à-dire qu'il fallait descendre la cruche au bout d'une corde, dans le puits, et cela peut faire 35-40 mètres, et la cruche, d'ailleurs, de 25 litres ou de 30 litres.
Et là, le serviteur comprend que voilà – c'est elle. Voilà, c'est justement maintenant, c'est justement de cette jeune fille qu'il faut s'approcher avec une façon de faire connaissance si originale pour l'époque.
וַיָּרָץ הָעֶבֶד לִקְרָאתָהּ וַיֹּאמֶר הַגְמִיאִינִי נָא מְעַט־מַיִם מִכַּדֵּךְ׃
vayárots ha'éved likratá vayomer hagmi'íni na me'at-máyim mikkaddékh
17 Et le serviteur courut à sa rencontre, et dit : « Donne-moi, s'il te plaît, une gorgée d'eau, mouiller un tout petit peu mes lèvres à ta cruche (il ne lui dit pas ce qu'il avait prévu, mais le sens général est le même).
וַתֹּאמֶר שְׁתֵה אֲדֹנִי וַתְּמַהֵר וַתֹּרֶד כַּדָּהּ עַל־יָדָהּ וַתַּשְׁקֵהוּ׃
vattómer cheté adoní vattemahér vattóred kaddá al-yadá vattachkéhou
18 Et elle lui dit : « Bois, seigneur ! », et elle se hâta, et descendit la cruche de son épaule sur sa main, et lui donna à boire.
C'est-à-dire qu'elle ne le laisse même pas tenir la cruche pour qu'il en boive lui-même, elle tient la cruche à bout de bras, et le serviteur boit.
וַתְּכַל לְהַשְׁקֹתוֹ וַתֹּאמֶר גַּם לִגְמַלֶּיךָ אֶשְׁאָב עַד אִם־כִּלּוּ לִשְׁתֹּת׃
vattekhál lehachkotó vattómer gam ligmallékha ech'áv ad im-killoú lichtót
19 Et elle acheva de lui donner à boire, et dit : « Je puiserai aussi pour tes chameaux, jusqu'à ce qu'ils aient fini de boire ».
Il est intéressant qu'elle ne donne pas aux chameaux la même eau que celle qu'il a bue. Elle verse l'eau et en puise encore pour les chameaux. Nous avons parlé de la capacité de charge des chameaux : pour abreuver dix chameaux, il faut prendre au minimum 500 litres d'eau, c'est-à-dire qu'elle descendra et remontera 20 fois sa petite cruche de 25 litres.
Et il y a encore quelque chose qui fait s'arrêter à cet endroit pour parler de l'âge de Rivka. Chaque fois qu'on lit cette section hebdomadaire, on me demande s'il est vrai que Rivka avait 3 ans. D'où vient d'ailleurs ce chiffre ? Nous avons parlé auparavant de ce d'où l'on déduit que Yits'hak avait 37 ans au moment du sacrifice. Sara meurt, elle a 127 ans, elle a enfanté Yits'hak à 90 ans, et il en ressort qu'il a 37 ans, puisqu'on relie la mort de Sara à la nouvelle du sacrifice. Juste après l'offrande en sacrifice, il est écrit : « et alors on apprit que Rivka était née ». Et ensuite nous lisons que Yits'hak s'est marié quand il avait 40 ans, 3 ans plus tard – eh bien, voilà qu'avec ces calculs astucieux il en ressort que Rivka a 3 ans. Bien sûr, Rivka est ici une adolescente, elle a 13-14 ans, et certainement pas 3 ans. Mais pourquoi de tels midrachim apparaissent-ils ? Peut-être pour montrer le caractère de Rivka. Nous voyons ici qu'elle se comporte un peu comme une adolescente, une jeune fille si libre, mais il y a aussi en elle l'innocence d'une petite fille de trois ans, peut-être la capacité de s'étonner, de se réjouir des petites choses, et ainsi de suite. Voilà une telle remarque sur l'âge de Rivka.
וַתְּמַהֵר וַתְּעַר כַּדָּהּ אֶל־הַשֹּׁקֶת וַתָּרָץ עוֹד אֶל־הַבְּאֵר לִשְׁאֹב וַתִּשְׁאַב לְכָל־גְּמַלָּיו׃
vattemahér vatte'ár kaddá el-hachóket vattaróts od el-habbe'ér lich'óv vattich'áv lekhol-gemalláv
20 Et elle courut avec sa cruche, et elle courut encore au puits pour puiser, et puisa pour tous les chameaux.
Et au verset 21, nous lisons qu'il se produit un petit changement. On n'appelle plus le serviteur serviteur, on l'appelle ha'ich (homme), c'est une sorte d'homme d'affaires, pas tel que nous nous représentions le serviteur. Ich – c'est un homme qu'on peut se représenter dans un veston coûteux, avec une cravate, des boutons de manchette, etc. Il est – un homme avec dix chameaux, avec des domestiques, avec des cadeaux en or – en somme, un businessman qui fait impression.
וְהָאִישׁ מִשְׁתָּאֵה לָהּ מַחֲרִישׁ לָדַעַת הַהִצְלִיחַ יְהוָה דַּרְכּוֹ אִם־לֹא׃
veha'ích michta'é la ma'harích ladá'at hahitslía'h adonáy darkó im-ló
21 Cet homme s'étonne d'elle, et il est bouleversé, et veut savoir si le SEIGNEUR a fait réussir son chemin ou non.
וַיְהִי כַּאֲשֶׁר כִּלּוּ הַגְּמַלִּים לִשְׁתּוֹת וַיִּקַּח הָאִישׁ נֶזֶם זָהָב בֶּקַע מִשְׁקָלוֹ וּשְׁנֵי צְמִידִים עַל־יָדֶיהָ עֲשָׂרָה זָהָב מִשְׁקָלָם׃
vayhi ka'achér killoú haggemallím lichtót vayikká'h ha'ích
nézem zaháv béka michkaló ouchné tsemidím al-yadéha assará zaháv michkalám
22 Et il advint, quand les chameaux eurent cessé de boire, que cet homme prit un anneau d'or pour le nez (une parure répandue pratiquement jusqu'au Moyen Âge) d'un demi-chékel de poids (environ 100 grammes, un lourd anneau d'or), et deux bracelets d'or, il les lui mit aux bras, d'un poids de dix pièces d'or (chacun d'eux aussi d'environ cent grammes).
וַיֹּאמֶר בַּת־מִי אַתְּ הַגִּידִי נָא לִי הֲיֵשׁ בֵּית־אָבִיךְ מָקוֹם לָנוּ לָלִין׃
vayomer bat-mí att haggídi na li hayéch bet-avíkh makóm lánou lalín
23 Et il dit : « De qui es-tu la fille ? Dis-moi, s'il te plaît, y a-t-il dans la maison de ton père de la place pour que nous puissions passer la nuit ? »
Naturellement, presque tout habitant qui vient au puits a intérêt à recevoir des hôtes pour la nuit. Chaque maison devient, si besoin, une auberge, parce que c'est une bonne occasion de gagner de l'argent, et puis de faire connaissance avec quelqu'un.
וַתֹּאמֶר אֵלָיו בַּת־בְּתוּאֵל אָנֹכִי בֶּן־מִלְכָּה אֲשֶׁר יָלְדָה לְנָחוֹר׃
vattómer eláv bat-betou'él anókhi ben-milká achér yaledá lena'hór
24 Et elle lui dit : « Je suis la fille de Bétouël, fils de Milka, qui est né de Na'hor ».
וַתֹּאמֶר אֵלָיו גַּם־תֶּבֶן גַּם־מִסְפּוֹא רַב עִמָּנוּ גַּם־מָקוֹם לָלוּן׃
vattómer eláv gam-téven gam-mispó rav immánou gam-makóm laloún
25 Et elle lui dit : « Et du foin, et tout ce qui est nécessaire, nous avons de tout en suffisance, et de la place pour passer la nuit ».
וַיִּקֹּד הָאִישׁ וַיִּשְׁתַּחוּ לַיהוָה׃
vayikkód ha'ich vayichtá'hou ladonáy
26 Et cet homme se prosterna devant le SEIGNEUR.
וַיֹּאמֶר בָּרוּךְ יְהוָה אֱלֹהֵי אֲדֹנִי אַבְרָהָם אֲשֶׁר לֹא־עָזַב חַסְדּוֹ וַאֲמִתּוֹ מֵעִם אֲדֹנִי אָנֹכִי בַּדֶּרֶךְ נָחַנִי יְהוָה בֵּית אֲחֵי אֲדֹנִי׃
vayomer baroúkh adonáy elohé adoní avrahám achér lo-azávLa translittération russe porte ici, par erreur, le chiffre 3 à la place de la lettre z ; nous suivons l'hébreu. 'hasdó va'amittó me'ím adoní anokhí baddérekh na'háni adonáy bét a'hé adoní
27 Et il dit : « Béni soit le SEIGNEUR, Dieu de mon seigneur, d'Avraham, qui n'a pas abandonné sa bonté et sa vérité et qui m'a conduit tout droit dans la maison du frère de mon seigneur.
Il n'avait pas de telles indications, il n'avait pas de telles instructions de venir dans la maison du frère, et il voit qu'il s'est produit un miracle miraculeux, une merveille merveilleuse. Il n'est pas simplement tombé dans une bonne maison à 'Haran, mais il est tombé dans la maison d'Avraham.
וַתָּרָץ הַנַּעֲרָ וַתַּגֵּד לְבֵית אִמָּהּ כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה׃
vattárots hanna'ará vattaggéd levét imma kaddevarím ha'élle
28 Et la jeune fille courut, et raconta à la maison de sa mère tout cela.
וּלְרִבְקָה אָח וּשְׁמוֹ לָבָן וַיָּרָץ לָבָן אֶל־הָאִישׁ הַחוּצָה אֶל־הָעָיִן׃
oulrivká a'h ouchmó laván vayárots laván el-ha'ích ha'hoútsa el-ha'áyin
29 Or Rivka a un frère, son nom est Lavan. Et il courut au-devant de cet homme noble, dehors, hors de la ville, vers la source.
וַיְהִי כִּרְאֹת אֶת־הַנֶּזֶם וְאֶת־הַצְּמִדִים עַל־יְדֵי אֲחֹתוֹ וּכְשָׁמְעוֹ אֶת־דִּבְרֵי רִבְקָה אֲחֹתוֹ לֵאמֹר כֹּה־דִבֶּר אֵלַי הָאִישׁ וַיָּבֹא אֶל־הָאִישׁ וְהִנֵּה עֹמֵד עַל־הַגְּמַלִּים עַל־הָעָיִן׃
vayhí kir'ót et-hannézem ve'et-hattsemidím al-yedé a'hotó
oukhchom'ó et-divré rivká a'hotó lemór ko-dibbér eláy ha'ích vayavó el-ha'ích vehinné oméd al-haggemallím al-ha'áyin
30 Et il advint, quand il vit l'anneau d'or au nez et les bracelets au bras de sa sœur et quand il entendit le récit de Rivka, qui disait : « Ainsi m'a parlé cet homme », et il vint vers l'homme, et celui-ci se tient encore avec les chameaux près de la source.
Et, naturellement, Lavan invite chez lui le riche hôte. Et il ne sait pas encore que c'est un parent, mais c'est un riche hôte qui est venu et qui, apparemment, a certaines vues sur sa sœur. On peut faire sa connaissance, peut-être qu'on peut faire affaire avec lui.
וַיֹּאמֶר בּוֹא בְּרוּךְ יְהוָה לָמָּה תַעֲמֹד בַּחוּץ וְאָנֹכִי פִּנִּיתִי הַבַּיִת וּמָקוֹם לַגְּמַלִּים׃
vayomer bo beroúkh adonáy lámma ta'amód ba'hoúts ve'anokhí
pinníti habbáyit oumakóm laggemallím
31 Et il lui dit : « Allons, béni soit le SEIGNEURLe russe dit « béni soit le SEIGNEUR » ; l'hébreu peut aussi se comprendre comme « béni du SEIGNEUR », adressé à l'homme. Nous traduisons le russe tel quel.. Pourquoi te tenir ici seul dehors ? J'ai préparé la maison et de la place pour les chameaux ».
וַיָּבֹא הָאִישׁ הַבַּיְתָה וַיְפַתַּח הַגְּמַלִּים וַיִּתֵּן תֶּבֶן וּמִסְפּוֹא לַגְּמַלִּים וּמַיִם לִרְחֹץ רַגְלָיו וְרַגְלֵי הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר אִתּוֹ׃
vayavó ha'ích habbáyta vayfattá'h haggemallím vayittén téven oumispó laggemallím oumáyim lir'hóts ragláv veraglé ha'anachím achér ittó
32 Et l'homme vint à la maison, dessella les chameaux, et donna du foin et de la nourriture aux chameaux, et de l'eau pour l'ablution des pieds à lui et aux gens qui sont avec lui (on accueille tout le monde, on nourrit tout le monde).
וַיִּישֶׂם (וַיּוּשַׂם) לְפָנָיו לֶאֱכֹל וַיֹּאמֶר לֹא אֹכַל עַד אִם־דִּבַּרְתִּי דְּבָרָי וַיֹּאמֶר דַּבֵּר׃
vayoussám lefanáv le'ekhól vayomer lo okhál ad im-dibbárti
devaráy vayomer dabbér
33 Et on mit devant lui de la nourriture, et il dit (car il est un ich, car il est un seigneur) : « Je ne mangerai rien tant que je n'aurai pas dit ce que j'ai à dire ». Et il lui dit : « Parle ! »
וַיֹּאמַר עֶבֶד אַבְרָהָם אָנֹכִי׃
vayomár éved avrahám anókhi
34 Et il dit : « Je suis le serviteur d'Avraham
Probablement, dans cette famille, on sait qui est Avraham. Avraham – c'est leur frère, il ne leur parvient pas tellement de nouvelles de lui.
וַיהוָה בֵּרַךְ אֶת־אֲדֹנִי מְאֹד וַיִּגְדָּל וַיִּתֶּן־לוֹ צֹאן וּבָקָר וְכֶסֶף וְזָהָב וַעֲבָדִם וּשְׁפָחֹת וּגְמַלִּים וַחֲמֹרִים׃
vadonáy berákh et-adoní me'ód vayigdál vayitten-ló tson ouvakár vekhéssef vezaháv va'avadím ouchfa'hót ougmallím
va'hamorím
35. Et le SEIGNEUR a béni mon seigneur très fortement. Et il l'a fait grandir, et lui a donné du petit bétail, du gros bétail, et de l'argent, et de l'or, et des serviteurs, et des servantes, et des chameaux, et des ânesses.
וַתֵּלֶד שָׂרָה אֵשֶׁת אֲדֹנִי בֵן לַאדֹנִי אַחֲרֵי זִקְנָתָהּ וַיִּתֶּן־לּוֹ אֶת־כָּל־אֲשֶׁר־לוֹ׃
vattéled sará échet adoní vén ladoní a'haré ziknatá vayitten-ló et-kol-acher-ló
36 Et Sara, la femme de mon seigneur, enfanta un fils à mon seigneur après qu'elle eut vieilli. Et il lui a légué tout ce qu'il a.
Une telle préparation au fait que Yits'hak est un parti remarquable.
וַיַּשְׁבִּעֵנִי אֲדֹנִי לֵאמֹר לֹא־תִּקַּח אִשָּׁה לִבְנִי מִבְּנוֹת הַכְּנַעֲנִי אֲשֶׁר אָנֹכִי יֹשֵׁב בְּאַרְצוֹ׃
vayachbi'éni adoní lemór lo-tikká'h ichá livní mibbenót hakkena'aní achér anokhí yochev be'artsó
37 Et mon seigneur m'a fait jurer, en disant : « Ne prends pas de femme pour mon fils d'entre les filles cananéennes, dans le pays desquelles j'habite.
Il faut toujours prêter attention, quand il y a une redite, à certaines inexactitudes. Avraham n'a pas dit ainsi. Il a dit : « … d'entre les filles cananéennes, au milieu desquelles j'habite ». En d'autres termes, regardez dans quel milieu il me faut vivre, regardez avec qui j'ai affaire. Ici le serviteur dit « …dans le pays desquelles j'habite », sans l'attitude d'Avraham, sans un quelconque mépris envers les Cananéens. Cela est caché. Pour quoi faire ? Pour que ne naissent pas de rumeurs superflues.
אִם־לֹא אֶל־בֵּית־אָבִי תֵּלֵךְ וְאֶל־מִשְׁפַּחְתִּי וְלָקַחְתָּ אִשָּׁה לִבְנִי׃
im-ló el-bet-aví telékh ve'el-michpa'htí velaka'htá ichá livní
38 Mais non, tu iras dans la maison de mon père, dans la maison de ma famille, et de là tu prendras une femme pour mon fils.
Cela aussi, c'est ce qu'Avraham n'a pas dit, aussi étrange que cela paraisse. Avraham l'envoyait dans sa ville natale, mais ne l'envoyait pas dans la maison paternelle. Ici Éliézer change de nouveau l'histoire, en la racontant autrement qu'elle s'est passée. Il y a beaucoup d'avis différents sur la raison pour laquelle il parle ainsi. Et le plus compréhensible est de le dire ainsi. Si l'on ne raconte pas qu'Avraham l'a envoyé à une adresse spéciale – « voici cette rue, voici cette maison » –, et qu'on raconte les choses comme elles sont, qu'Éliézer a rencontré Rivka d'une manière si merveilleuse, alors une description si forte de la manifestation de la volonté Divine peut priver la famille de Lavan, de Rivka, de la liberté de choix. Si tant de miracles se produisent, alors comment ne pas consentir ? Au lieu de « forcer » sur les miracles et de dire : « Regardez comme tout s'est merveilleusement passé, c'est bien Dieu Lui-même qui l'a ordonné ! », ici le serviteur d'Avraham, qui est aussi un homme respecté, raconte autrement : « C'est ainsi qu'Avraham l'a conçu – m'envoyer dans la maison natale ».
וָאֹמַר אֶל־אֲדֹנִי אֻלַי לֹא־תֵלֵךְ הָאִשָּׁה אַחֲרָי׃
va'omár el-adoní ouláy lo-telékh ha'ichá a'haráy
39 Et j'ai dit à mon seigneur : « Peut-être qu'elle ne me suivra pas.
וַיֹּאמֶר אֵלָי יְהוָה אֲשֶׁר־הִתְהַלַּכְתִּי לְפָנָיו יִשְׁלַח מַלְאָכוֹ אִתָּךְ וְהִצְלִיחַ דַּרְכֶּךָ וְלָקַחְתָּ אִשָּׁה לִבְנִי מִמִּשְׁפַּחְתִּי וּמִבֵּית אָבִי׃
vayomer eláy adonáy acher-hithallákhti lefanáv yichlá'h mal'akhó ittákh vehitslía'h darkékha velaka'htá ichá livní mimmichpa'htí oumibbét aví
40 Et il m'a dit : « Le SEIGNEUR, devant qui j'ai marché, enverra un ange avec toi et couronnera de succès ton chemin, et tu prendras pour mon fils une femme de ma famille, de la maison de mon père.
Le troisième changement qu'Éliézer apporte à la description des événements, c'est « …enverra un ange avec toi ». Dans le discours d'Avraham, il y avait « … devant toi ». Quand l'ange marche devant toi, il arrange tout, quand il est avec toi – eh bien, comme dans la chanson, « si avec un ami tu pars en chemin, la route est plus gaie ». On comprend qu'avec un ange c'est plus simple, c'est-à-dire que tout réussira. Et dans le premier cas, comme Avraham l'a dit, tout sera arrangé. De nouveau, Éliézer, par son récit, n'écrase pas la liberté de volonté, la liberté de choix de Bétouël, de Rivka, de Lavan, de tous les présents.
אָז תִּנָּקֶה מֵאָלָתִי כִּי תָבוֹא אֶל־מִשְׁפַּחְתִּי וְאִם־לֹא יִתְּנוּ לָךְ וְהָיִיתָ נָקִי מֵאָלָתִי׃
az tinnaké me'alatí ki tavó el-michpa'htí ve'im-ló
yittenoú lakh vehayíta nakí me'alatí
41 Et alors tu seras libre de mon serment, si tu viens dans ma famille. Et s'ils ne te donnent pas (s'ils ne consentent pas à te donner leur fille), alors tu seras pur de mon serment.
וָאָבֹא הַיּוֹם אֶל־הָעָיִן וָאֹמַר יְהוָה אֱלֹהֵי אֲדֹנִי אַבְרָהָם אִם־יֶשְׁךָ־נָּא מַצְלִיחַ דַּרְכִּי אֲשֶׁר אָנֹכִי הֹלֵךְ עָלֶיהָ׃
va'avó hayom el-ha'áyin va'omár adonáy elohé adoní avrahám im-yechkha-ná matslía'h darkí achér anokhí holékh aléha
42 Aujourd'hui je suis venu au puits et j'ai dit : « SEIGNEUR, Dieu de mon seigneur Avraham, si tu as la volonté de me faire réussir sur le chemin par lequel je vais,
הִנֵּה אָנֹכִי נִצָּב עַל־עֵין הַמָּיִם וְהָיָה הָעַלְמָה הַיֹּצֵאת לִשְׁאֹב וְאָמַרְתִּי אֵלֶיהָ הַשְׁקִינִי־נָא מְעַט־מַיִם מִכַּדֵּךְ׃
hinné anokhí nittsáv al-en hammáyim vehayá ha'almá hayotsét lich'óv ve'amartí eléha hachkini-ná me'at-máyim mikkaddékh
43 Voici, je me tiendrai près du puits, et il arrivera, la jeune fille (alma – une jeune demoiselle) sortira puiser de l'eau, et je dirai : « donne-moi à boire un tout petit peu d'eau de ta cruche »
וְאָמְרָה אֵלַי גַּם־אַתָּה שְׁתֵה וְגַם לִגְמַלֶּיךָ אֶשְׁאָב הִוא הָאִשָּׁה אֲשֶׁר־הֹכִיחַ יְהוָה לְבֶן־אֲדֹנִי׃
ve'amerá eláy gam-attá cheté vegám ligmallékha ech'áv hi
ha'ichá acher-hokhía'h adonáy leven-adoní
44 Et si elle me dit : « toi aussi, tu boiras, et pour tes chameaux je puiserai », alors c'est la femme que le SEIGNEUR a destinée au fils de mon seigneur.
Il raconte plus ou moins comme cela s'est passé.
אֲנִי טֶרֶם אֲכַלֶּה לְדַבֵּר אֶל־לִבִּי וְהִנֵּה רִבְקָה יֹצֵאת וְכַדָּהּ עַל־שִׁכְמָהּ וַתֵּרֶד הָעַיְנָה וַתִּשְׁאָב וָאֹמַר אֵלֶיהָ הַשְׁקִינִי נָא׃
aní térem akhallé ledabbér el-libbí ve
hinnéLa translittération russe omet ici le h de « vehinné » (« et voici ») ; nous suivons l'hébreu. rivká yotsét vekhaddá al-chikhmá vattéred ha'áyna vattich'áv va'ómar eléha hachkíni na
45 Je venais tout juste de finir de parler à mon cœur, et voici, Rivka sortit, et sa cruche sur son épaule, et elle descendit, et puisa, et je dis : « Donne-moi à boire ! »
Il raconte, on peut dire, il vante la fille auprès de ses proches.
וַתְּמַהֵר וַתּוֹרֶד כַּדָּהּ מֵעָלֶיהָ וַתֹּאמֶר שְׁתֵה וְגַם־גְּמַלֶּיךָ אַשְׁקֶה וָאֵשְׁתְּ וְגַם הַגְּמַלִּים הִשְׁקָתָה׃
vattemahér vattóred kaddá me'aléha vattómer cheté vegam-
gemallékha achké va'écht vegám haggemallím hichkáta
46 Et elle se hâta, et descendit la cruche, et dit : « Bois, et tes chameaux aussi je les abreuverai ». Je bus, et elle abreuva aussi mes chameaux.
וָאֶשְׁאַל אֹתָהּ וָאֹמַר בַּת־מִי אַתְּ וַתֹּאמֶר בַּת־בְּתוּאֵל בֶּן־נָחוֹר אֲשֶׁר יָלְדָה־לּוֹ מִלְכָּה וָאָשִׂם הַנֶּזֶם עַל־אַפָּהּ וְהַצְּמִידִים עַל־יָדֶיהָ׃
va'ech'ál otá va'omár bat-mí att vattómer bat-betou'él ben-
na'hór achér yaleda-ló milká va'assím hannézem al-appá
vehattsemidím al-yadéha
47 Je l'interrogeai et dis : « De qui es-tu la fille ? » Et elle raconta : « Fille de Bétouël, fils de Na'hor, que Milka lui enfanta ». Et alors je lui mis un anneau au nez et lui passai de petits bracelets à la main.
וָאֶקֹּד וָאֶשְׁתַּחֲוֶה לַיהוָה וָאֲבָרֵךְ אֶת־יְהוָה אֱלֹהֵי אֲדֹנִי אַבְרָהָם אֲשֶׁר הִנְחַנִי בְּדֶרֶךְ אֱמֶת לָקַחַת אֶת־בַּת־אֲחִי אֲדֹנִי לִבְנוֹ׃
va'ekkód va'echta'havé ladonáy va'avarékh et-adonáy elohé adoní avrahám achér hin'háni bedérekh emét laká'hat et-bat-a'hí adoní livnó
48 Je me prosternai devant le SEIGNEUR et bénis le SEIGNEUR, Dieu de mon seigneur Avraham, qui m'a conduit sur le chemin véritable, pour prendre la fille du frère de mon seigneur comme épouse pour le fils de mon seigneur.
Après tout ce qu'il raconte ici, il fait une proposition qu'il est difficile de refuser.
וְעַתָּה אִם־יֶשְׁכֶם עֹשִׂים חֶסֶד וֶאֱמֶת אֶת־אֲדֹנִי הַגִּידוּ לִי וְאִם־לֹא הַגִּידוּ לִי וְאֶפְנֶה עַל־יָמִין אוֹ עַל־שְׂמֹאל׃
ve'attá im-yechkhém ossím 'héssed ve'emét et-adoní haggídou li ve'im-ló haggídou li ve'efné al-yamín o al-semól
49 Maintenant donc, si vous voulez agir avec bonté et vérité envers mon seigneur, dites-le-moi, et sinon, dites-le-moi aussi. Et alors j'irai à droite ou à gauche.
C'est-à-dire : « Si vous voulez, après ces paroles-ci – vous pouvez agir comme il faut, comme je le comprends, et donner Rivka au fils de mon seigneur, à Yits'hak. Et si vous ne voulez pas – eh bien, je comprends, tout est entre les mains de Dieu, et j'irai à droite ou à gauche ».
Impressionnés par cette histoire (la maison de Rivka n'est quand même pas si impie que ça), ils lui répondent :
וַיַּעַן לָבָן וּבְתוּאֵל וַיֹּאמְרוּ מֵיְהוָה יָצָא הַדָּבָר לֹא נוּכַל דַּבֵּר אֵלֶיךָ רַע אוֹ־טוֹב׃
vayá'an laván ouvtou'él vayomerou meadonáy yatsá haddavár lo noukhál dabbér elékha ra o-tóv
50 Et Lavan et Bétouël répondirent, et dirent : « Cela est sorti du SEIGNEUR. Nous ne pouvons te dire ni mal, ni bien ».
Lavan est le frère aîné, et le père lui fait écho. Ici, à l'ordre des noms, on voit que c'est Lavan qui décide tout.
הִנֵּה־רִבְקָה לְפָנֶיךָ קַח וָלֵךְ וּתְהִי אִשָּׁה לְבֶן־אֲדֹנֶיךָ כַּאֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה׃
hinne-rivká lefanékha ka'h valékh outhí ichá leven-adonékha ka'achér dibbér adonáy
51 Voici, Rivka est devant toi, prends et va. Et qu'elle soit l'épouse du fils de ton seigneur, comme l'a dit le SEIGNEUR.
וַיְהִי כַּאֲשֶׁר שָׁמַע עֶבֶד אַבְרָהָם אֶת־דִּבְרֵיהֶם וַיִּשְׁתַּחוּ אַרְצָה לַיהוָה׃
vayhí ka'achér chamá éved avrahám et-divrehém vayichtá'hou ártsa ladonáy
52 Et il arriva, quand il entendit leurs paroles, qu'il se prosterna jusqu'à terre devant le SEIGNEUR.
וַיּוֹצֵא הָעֶבֶד כְּלֵי־כֶסֶף וּכְלֵי זָהָב וּבְגָדִים וַיִּתֵּן לְרִבְקָה וּמִגְדָּנֹת נָתַן לְאָחִיהָ וּלְאִמָּהּ׃
vayotsé ha'éved kele-khéssef oukhlé zaháv ouvgadím vayittén lerivká oumigdanót natán le'a'híha oul'immá
53 Et le serviteur sortit des vases d'argent, des objets en argent, des objets en or, et des vêtements, et les donna à Rivka, et des douceurs (toutes sortes de petites noix et de petits biscuits), il les donna aux frères et à la maman.
וַיֹּאכְלוּ וַיִּשְׁתּוּ הוּא וְהָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־עִמּוֹ וַיָּלִינוּ וַיָּקוּמוּ בַבֹּקֶר וַיֹּאמֶר שַׁלְּחֻנִי לַאדֹנִי׃
vayokheloú vayichtoú hou veha'anachím acher-immó vayalínou
vayakoúmou vabbóker vayomer challe'hoúni ladoní
54 Et ils mangèrent, et burent, lui et les gens qui étaient avec lui, et passèrent la nuit là, et se levèrent le matin, et il leur dit : « Laissez-moi partir vers mon seigneur ».
Il y a différentes coutumes quant à la manière dont on peut laisser partir une fille, une sœur. On peut dire : « Nous avons fait ici maintenant les fiançailles, et la noce sera plus tard, dans un an », comme c'était très souvent l'usage. Et c'est pourquoi, comme option, ils lui proposent :
וַיֹּאמֶר אָחִיהָ וְאִמָּהּ תֵּשֵׁב הַנַּעֲרָ אִתָּנוּ יָמִים אוֹ עָשׂוֹר אַחַר תֵּלֵךְ׃
vayomer a'híha ve'immá techév hanna'ará ittánou yamím o asór a'hár telékh
55 Et ses frères et sa maman dirent : « Que la fillette reste avec nous un jour, ou quelques-uns, ou un an, jusqu'à ce que tu partes ».
C'est-à-dire, laisse-la rassembler sa dot, laisse-la rassembler ses esprits, laisse-la se préparer. C'est, en principe, aussi une variante normale de relations. Mais qu'est-ce que cela signifie ? Eh bien, cela veut dire : reviens encore dans dix jours, deux semaines, un mois, six mois avec les mêmes cadeaux, et nous te la donnerons.
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם אַל־תְּאַחֲרוּ אֹתִי וַיהוָה הִצְלִיחַ דַּרְכִּי שַׁלְּחוּנִי וְאֵלְכָה לַאדֹנִי׃
vayomer alehém al-te'a'haroú otí vadonáy hitslía'h darkí
challe'hoúni ve'elekhá ladoní
56 Et il dit : « Ne me retenez pas, s'il vous plaît. Ne voyez-vous donc pas que le SEIGNEUR a pourvu à tout ? Laissez-moi partir, et j'irai vers mon seigneur ».
וַיֹּאמְרוּ נִקְרָא לַנַּעֲרָ וְנִשְׁאֲלָה אֶת־פִּיהָ׃
vayomeroú nikrá lanna'ará venich'alá et-píha
57 Et ils dirent : « Et nous, appelons donc la jeune fille et demandons-lui ».
Alors ils emploient un tel procédé : « Demandons à la fillette ! » Jusque-là, remarquez, personne n'avait rien demandé du tout à Rivka. Et c'est, au fond, la première et, sans doute, la seule fois où l'on demande à une femme si elle veut se marier avec quelqu'un.
וַיִּקְרְאוּ לְרִבְקָה וַיֹּאמְרוּ אֵלֶיהָ הֲתֵלְכִי עִם־הָאִישׁ הַזֶּה וַתֹּאמֶר אֵלֵךְ׃
vayikre'oú lerivká vayomeroú eléha hatelekhí im-ha'ích hazzé vattómer elékh
58 Et ils appelèrent Rivka, et lui dirent : « Iras-tu avec cet homme ? » Et elle dit : « J'irai ».
C'est une réponse très inattendue, même par le style : « Quoi, tu vas aller avec cet homme ?! – Eh bien, j'irai ! »
וַיְשַׁלְּחוּ אֶת־רִבְקָה אֲחֹתָם וְאֶת־מֵנִקְתָּהּ וְאֶת־עֶבֶד אַבְרָהָם וְאֶת־אֲנָשָׁיו׃
vaychalle'hoú et-rivká a'hotám ve'et-meniktá ve'et-éved avrahám ve'et-anacháv
59 Et ils envoyèrent Rivka, leur sœur, et sa nourrice, et le serviteur d'Avraham, et ses gens.
De nouveau il devient éved Avraham (serviteur d'Avraham), il se retransforme, d'ich, d'homme d'affaires, en serviteur d'Avraham.
וַיְבָרֲכוּ אֶת־רִבְקָה וַיֹּאמְרוּ לָהּ אֲחֹתֵנוּ אַתְּ הֲיִי לְאַלְפֵי רְבָבָה וְיִירַשׁ זַרְעֵךְ אֵת שַׁעַר שֹׂנְאָיו׃
vayvarekhoú et-rivká vayomeroú la a'hoténou att hayí le'alfé
revavá veyirách zar'ékh et chá'ar sone'áv
60 Et ils bénirent Rivka, et lui dirent : « Notre petite sœur, c'est toi, que de toi naissent des milliers et des milliers, et que ta semence possède les portes, les demeures de tes ennemis ».
Une très belle bénédiction, il faut le dire, qu'ils disent à leur sœur : « Que tu aies beaucoup d'enfants, et qu'ils réussissent ». C'est avec une telle bénédiction qu'ils la laissent partir. Très souvent nous voyons dans les bénédictions les valeurs « terre » et « semence » (comment nous, nous bénirions, je ne sais pas, peut-être souhaiterions-nous d'autres valeurs), c'est la valeur principale pour ces générations-là.
וַתָּקָם רִבְקָה וְנַעֲרֹתֶיהָ וַתִּרְכַּבְנָה עַל־הַגְּמַלִּים וַתֵּלַכְנָה אַחֲרֵי הָאִישׁ וַיִּקַּח הָעֶבֶד אֶת־רִבְקָה וַיֵּלַךְ׃
vattakóm rivká vena'arotéha vattirkávna al-haggemallím vattelákhna a'haré ha'ích vayikká'h ha'éved et-rivká vayelákh
61 Et Rivka se leva, et ses servantes (Rivka aussi va avec une suite), et elles montèrent sur les chameaux, et elles allèrent à la suite de cet homme. Et le serviteur prit Rivka, et s'en alla.
C'est-à-dire que les jeunes filles voient qu'elles vont à la suite d'un ich, elles s'imaginent voyager avec un noble don. Mais c'est un serviteur qui les conduit. Et comme cela se combine joliment dans un seul verset !
Et voici qu'enfin nous voyons comment ces gens se rencontrent. Le premier enfant juif, un enfant purement juif, le premier enfant dont le papa et la maman sont juifs, se trouve une épouse.
וְיִצְחָק בָּא מִבּוֹא בְּאֵר לַחַי רֹאִי וְהוּא יוֹשֵׁב בְּאֶרֶץ הַנֶּגֶב׃
veyits'hák ba mibbó be'ér la'háy ro'í vehou yochév be'érets hannégev
62 Et Yits'hak vint du puits qui s'appelle Béër la'haï-roï, et lui, il vit dans le Néguev.
C'est le puits de Hagar, et, apparemment, Yits'hak était en visite chez son frère Yichmaël. Lui-même vit dans le Néguev, dans la région de Béër-Chéva, il voyage entre Béër-Chéva et Yérou'ham, à peu près ce coin-là. Il y a là beaucoup de désert, qui fleurit au printemps, beaucoup d'herbes odorantes – romarin, moutarde, menthe, lavande – que n'y pousse-t-il pas.
וַיֵּצֵא יִצְחָק לָשׂוּחַ בַּשָּׂדֶה לִפְנוֹת עָרֶב וַיִּשָּׂא עֵינָיו וַיַּרְא וְהִנֵּה גְמַלִּים בָּאִים׃
vayetsé yits'hák lasoúa'h bassadé lifnót árev vayissá enáv vayár vehinné gemallím ba'ím
63 Et Yits'hak sortit pour réfléchir un peu dans le champ avant le soir, et leva les yeux, et vit, voici, quelqu'un sur des chameaux.
Il est intéressant que les traductions anciennes, en particulier latines, donnent le mot meditation (méditer), mais lassoua'h – c'est réfléchir un peu, creuser un peu, tendre l'oreille un peu, rester un peu avec soi-même.
וַתִּשָּׂא רִבְקָה אֶת־עֵינֶיהָ וַתֵּרֶא אֶת־יִצְחָק וַתִּפֹּל מֵעַל הַגָּמָל׃
vattissá rivká et-enéha vattére et-yits'hák vattippól me'ál haggamál
64 Et à ce moment Rivka aussi lève les yeux, voit Yits'hak et tout simplement dégringole, tombe du chameau.
Il semble qu'à la vue de cet homme qui médite, qui marche sans hâte, qui se comporte, très probablement, de façon très étrange – Yits'hak apparaît souvent comme un homme étrange – Rivka tombe du chameau.
וַתֹּאמֶר אֶל־הָעֶבֶד מִי־הָאִישׁ הַלָּזֶה הַהֹלֵךְ בַּשָּׂדֶה לִקְרָאתֵנוּ וַיֹּאמֶר הָעֶבֶד הוּא אֲדֹנִי וַתִּקַּח הַצָּעִיף וַתִּתְכָּס׃
vattómer el-ha'éved mi-ha'ích hallazé haholékh bassadé likraténou vayomer ha'éved hou adoní vattikká'hLa translittération russe commence ce mot (« et elle prit ») par un b au lieu d'un v ; nous suivons l'hébreu. hattsa'íf vattitkás
65.Et elle dit au serviteur (déjà elle aussi s'adresse à lui – serviteur) : « Qu'est-ce que c'est que cet homme-là, un homme pareil (c'est ainsi que se comprend ce mot – halazé), qui marche dans le champ à notre rencontre ? » Et le serviteur dit : « C'est mon seigneur ». Et elle prit une sorte de fichu, et se couvrit (elle comprit que c'était son fiancé, son futur mari).
וַיְסַפֵּר הָעֶבֶד לְיִצְחָק אֵת כָּל־הַדְּבָרִים אֲשֶׁר עָשָׂה׃
vaysappér ha'éved leyits'hák et kol-haddevarím achér assá
66 Et le serviteur raconta à Yits'hak tout ce qu'il avait fait.
Apparemment, Yits'hak pouvait même ne pas savoir que quelqu'un lui cherchait une fiancée. Ici, c'est le serviteur qui lui raconte tout, mais Yits'hak a confiance dans le serviteur.
וַיְבִאֶהָ יִצְחָק הָאֹהֱלָה שָׂרָה אִמּוֹ וַיִּקַּח אֶת־רִבְקָה וַתְּהִי־לוֹ לְאִשָּׁה וַיֶּאֱהָבֶהָ וַיִּנָּחֵם יִצְחָק אַחֲרֵי אִמּוֹ׃
vayvi'éha yits'hák ha'óhela sará immó vayikká'h et-rivká vattehi-ló le'ichá vaye'ehaveha vayinna'hém yits'hák a'haré immó
67 Et Yits'hak l'amena dans la tente de Sara, sa mère, et prit Rivka, et elle devint sa femme, et il l'aima, et Yits'hak se consola après sa mère.
On entend là une phrase pas si simple : Yits'hak l'emmène d'abord dans la tente, et ce n'est qu'ensuite, quand elle est déjà devenue sa femme, qu'il l'a aimée. Yits'hak et Rivka construisent ensemble une relation dans laquelle naît l'amour. Ce n'est pas l'amour qui a engendré la relation, mais la relation qui a engendré l'amour. Voilà une telle histoire.
Le chapitre 25 est riche en événements très différents.
וַיֹּסֶף אַבְרָהָם וַיִּקַּח אִשָּׁה וּשְׁמָהּ קְטוּרָה׃
vayossef avrahám vayikká'h ichá ouchmá ketourá
1. Et Avraham ajouta, et prit une femme, son nom était Kétoura.
Chez les commentateurs, c'est le tout premier mot Et ajouta qui pose difficulté. D'habitude, on ajoute à quelque chose qui existe déjà. On peut dire : « Avraham avait deux femmes, Hagar et Saraï, et il leur ajouta une troisième femme, et c'est Kétoura. Certains commentateurs disent : « Et encore avant la mort de Saraï, Avraham avait encore une autre femme, et son nom était Kétoura ». Mais c'est une explication assez étrange. D'autres disent qu'Avraham a simplement repris la femme qui avait déjà été sa femme – Hagar, et que maintenant elle s'appelle Kétoura. De très nombreux commentateurs, interprètes enseignent que Kétoura et Hagar sont une seule et même personne. Pourquoi en est-il ainsi ? Parce que l'un des commentateurs de la Torah les plus populaires, Rabbi Chlomo Yits'haki, rapporte justement cette opinion. Il dit que Kétoura, c'est Hagar. Pourquoi s'est-elle mise à s'appeler Kétoura ? Premièrement : le nom Kétoura peut se traduire à partir du mot encensement, parce que, de sa noble conduite, une telle odeur s'est répandue dans le monde entier. Et deuxièmement : Kétoura peut se traduire par liée, elle a gardé son attachement, son lien avec Avraham malgré tout. Il y a encore un midrach qui dit qu'Avraham avait trois femmes : Saraï – des descendants de Chem, Hagar – des descendants de 'Ham et Kétoura – des descendants de Yéfet. C'est-à-dire que Kétoura, selon cette compréhension (et, très probablement, c'est la compréhension la plus juste), est issue d'un autre peuple, ce n'est pas Hagar.
Que signifie donc, dans ce contexte, « et Avraham ajouta » ? Après que Yits'hak eut pris une femme, Avraham regarda cela et pensa : « Je suis encore jeune, il y a encore de la poudre dans les poudrières », et prit lui aussi une femme. C'est-à-dire que dans la famille d'Avraham, dans la famille de Yits'hak, dans leur grande, grande famille, il y a deux mariages d'un coup. Nous avons dit qu'il n'y avait peut-être pas de mariages comme fêtes, comme célébrations, mais, d'une manière ou d'une autre, Avraham aussi prit une femme, et son nom était Kétoura.
Pourquoi prend-il une femme ? Eh bien, avant tout, il se souvient encore qu'il est le Père de nombreux peuples, et s'il prend une femme parmi les descendants de Yéfet, alors, même dans le sens simple, cela se comprend assez bien.
וַתֵּלֶד לוֹ אֶת־זִמְרָן וְאֶת־יָקְשָׁן וְאֶת־מְדָן וְאֶת־מִדְיָן וְאֶת־יִשְׁבָּק וְאֶת־שׁוּחַ׃
vatteléd lo et-zimrán ve'et-yokchán ve'et-medán ve'et-midyán ve'et-yichbák ve'et-choúa'h.
2 Et elle lui enfanta Zimran, et Yakchan, et Madan, et Midyan, et Yichbak, et Choua'h.
Le fils aîné – Zimran. Le nom Zimran peut signifier celui qui célèbre, qui chante des cantiques au Très-Haut, ou celui qui taille la vigne. On taille le cep de vigne pour qu'il ne prenne pas trop de sève. En tout cas, on peut dire que c'est quelqu'un qui travaille dans le champ de Dieu.
Le nom Yakchan – de la racine du mot ékéch – celui qui capture, le chasseur d'oiseaux.
Madan – celui qui juge. Midyan – celui qui provoque des querelles, qui sait troubler la tranquillité. On peut dire – celui qui sait être un leader dissident.
Le nom Yichbak signifie délaissé, oublié, celui à qui on ne prête pas attention. Des noms comme, par exemple, 'Haïm (vie), ou Alter (vieillard), ou Rafaël (mon Dieu – guérisseur), ou Mouchka (mouche), ou Paul (petit) sont donnés aux enfants qui ont été malades, pour que les esprits impurs les laissent tranquilles (il y avait une telle croyance). Eh bien, quel esprit impur aurait envie de se battre avec un garçon nommé Vieillard ou une fille nommée Mouche ? Pourquoi s'embêter avec eux ?
Et le dernier fils des six – Choua'h, celui, qui sait mener des dialogues, peut faire parvenir sa pensée jusqu'à l'auditeur.
Au fond, si l'on regarde, les noms qu'Avraham donne à ses enfants de Kétoura sont liés au service, et on peut les comprendre ainsi.
וְיָקְשָׁן יָלַד אֶת־שְׁבָא וְאֶת־דְּדָן וּבְנֵי דְדָן הָיוּ אַשּׁוּרִם וּלְטוּשִׁים וּלְאֻמִּים׃
veyokchán yalád et-chevá ve'et-dedán ouvné dedán hayoú achourím oultouchím oul'oummím
3 Yakchan engendra Chva et Dédan. Et les fils de Dédan – Achourim, et Létouchim, et Léoumim (ce sont des familles qui vivaient sous des tentes, des familles nomades).
Chva – un homme plein de sagesse, chez qui les cheveux blancs sont venus en même temps que la sagesse, c'est-à-dire sage comme un vieillard. Dédan – celui qui nourrit, qui est capable de nourrir comme au sein, c'est-à-dire qui se soucie de prendre soin, un tuteur.
וּבְנֵי מִדְיָן עֵיפָה וָעֵפֶר וַחֲנֹךְ וַאֲבִידָע וְאֶלְדָּעָה כָּל־אֵלֶּה בְּנֵי קְטוּרָה׃
ouvné midyán efá va'éfer va'hanókh va'avidá ve'elda'á kol-élle bené ketourá
4 Et les fils de Midyan – Éfa, et Éfer, et 'Hanokh, et Avida, et Élda'a, tous fils de Kétoura.
Le nom 'Hanokh se rencontre chez quatre personnes différentes, c'est un nom très populaire. Avida – c'est et mon père sait. Élda'a – c'est Dieu-connaissance. Nous voyons que les noms des enfants de Midyan sont liés à la connaissance, à l'étude.
וַיִּתֵּן אַבְרָהָם אֶת־כָּל־אֲשֶׁר־לוֹ לְיִצְחָק׃
vayittén avrahám et-kol-acher-ló leyits'hák
5 Avraham donna tout ce qu'il avait à Yits'hak.
Les enfants qui sont nés de Kétoura n'ont pas reçu, peut-on dire, d'héritage matériel. Rabbi Chlomo Yits'haki, dont nous avons déjà parlé, raconte qu'Avraham donna des cadeaux à ses enfants des concubines. Ces cadeaux sont liés à la mystique de l'Orient (le Livre des mutations, les cartes de tarot et toutes ces choses-là), aux côtés obscurs de la connaissance. Il explique ainsi, sans doute, l'origine juive de toutes ces idées. Très probablement, ils ont aussi reçu des cadeaux matériels, mais absolument tout l'héritage, Avraham l'a donné à Yits'hak.
וְלִבְנֵי הַפִּילַגְשִׁים אֲשֶׁר לְאַבְרָהָם נָתַן אַבְרָהָם מַתָּנֹת וַיְשַׁלְּחֵם מֵעַל יִצְחָק בְּנוֹ בְּעוֹדֶנּוּ חַי קֵדְמָה אֶל־אֶרֶץ קֶדֶם׃
velivné happilagchím achér le'avrahám natán avrahám mattanót
vaychalle'hém me'ál yits'hák benó be'odénnou 'hay kédma el-eréts kédem
6 Et aux fils des concubines qui sont à Avraham, Avraham donna des cadeaux, et il les renvoya loin de Yits'hak, son fils, tant qu'il était encore vivant, vers le pays oriental (à l'est du pays d'Israël).
C'est-à-dire que l'un des derniers désirs d'Avraham, l'un de ses derniers soucis, était de protéger Yits'hak de ces nouveaux frères à lui, qui pouvaient prétendre et à l'héritage, et à une sorte de guerre spirituelle avec lui. C'est pourquoi, encore de son vivant, Avraham les renvoya.
Nous rencontrons par la suite dans l'Écriture presque tous leurs noms en tant que pères de peuples.
וְאֵלֶּה יְמֵי שְׁנֵי־חַיֵּי אַבְרָהָם אֲשֶׁר־חָי מְאַת שָׁנָה וְשִׁבְעִים שָׁנָה וְחָמֵשׁ שָׁנִים׃
ve'élle yemé chene-'hayé avrahám acher-'háy me'át chaná vechiv'ím chaná ve'haméch chaním
7 Et voici les années de la vie d'Avraham, qu'il vécut – cent ans, et soixante-dix ans et cinq ans (c'est-à-dire qu'Avraham vécut 175 ans).
וַיִּגְוַע וַיָּמָת אַבְרָהָם בְּשֵׂיבָה טוֹבָה זָקֵן וְשָׂבֵעַ וַיֵּאָסֶף אֶל־עַמָּיו׃
vayigvá vayámot avrahám besevá tová zakén vesavéya vaye'ássef el-ammáv
8 Et il atteignit la limite de l'épuisement, et Avraham mourut dans une bonne vieillesse, vieux, rassasié de vie (c'est-à-dire qu'il mourut sans regretter quelque chose qui n'aurait pas été fait, telle est la bénédiction d'Avraham), et il se joignit à son peuple.
וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ יִצְחָק וְיִשְׁמָעֵאל בָּנָיו אֶל־מְעָרַת הַמַּכְפֵּלָה אֶל־שְׂדֵה עֶפְרֹן בֶּן־צֹחַר הַחִתִּי אֲשֶׁר עַל־פְּנֵי מַמְרֵא׃
vayikberoú otó yits'hák veyichma'él banáv el-me'arát hammakhpelá el-sedé efrón ben-tsó'har ha'hittí achér al-pené mamré
9 Yits'hak et Yichmaël ensemble l'enterrèrent dans la grotte de Makhpéla, la grotte double, dans le champ d'Éfron, fils de Tso'har-le-Hittite, près de Mamré.
הַשָּׂדֶה אֲשֶׁר־קָנָה אַבְרָהָם מֵאֵת בְּנֵי־חֵת שָׁמָּה קֻבַּר אַבְרָהָם וְשָׂרָה אִשְׁתּוֹ׃
hassadé acher-kaná avrahám me'ét bene-'hét chámma koubbár avrahám vesará ichtó
10 Dans ce champ même qu'Avraham acheta aux fils de 'Het ; là fut enterré Avraham, et Sara, sa femme.
וַיְהִי אַחֲרֵי מוֹת אַבְרָהָם וַיְבָרֶךְ אֱלֹהִים אֶת־יִצְחָק בְּנוֹ וַיֵּשֶׁב יִצְחָק עִם־בְּאֵר לַחַי רֹאִי׃
vayhí a'haré mót avrahám vayvárekh elohím et-yits'hák benóLa translittération russe écrit ce mot (« son fils ») avec un v initial ; nous suivons l'hébreu : benó. vayéchev yits'hák im-be'ér la'háy ro'í
11 Et il arriva, après la mort d'Avraham, Dieu bénit Yits'hak, son fils (c'est-à-dire que la bénédiction d'Avraham passa à Yits'hak), et Yits'hak habite près du puits de La'haï-Roï (à ce même endroit, près de ce même puits auquel Hagar avait donné un nom en son temps).
Ainsi, Yits'hak habite à côté de Yichmaël. Puisque la Torah l'a mentionné et puisque nous avons lu la promesse du Très-Haut qu'Il bénirait Yichmaël, nous lisons ensuite la généalogie de Yichmaël.
וְאֵלֶּה תֹּלְדֹת יִשְׁמָעֵאל בֶּן־אַבְרָהָם אֲשֶׁר יָלְדָה הָגָר הַמִּצְרִית שִׁפְחַת שָׂרָה לְאַבְרָהָם׃
ve'élle toledót yichma'él ben-avrahám achér yaledá hagár hammitsrít chif'hát sará le'avrahám
12 Voici la généalogie de Yichmaël, fils d'Avraham, que Hagar l'Égyptienne, l'esclave de Sara, enfanta à Avraham.
וְאֵלֶּה שְׁמוֹת בְּנֵי יִשְׁמָעֵאל בִּשְׁמֹתָם לְתוֹלְדֹתָם בְּכֹר יִשְׁמָעֵאל נְבָיֹת וְקֵדָר וְאַדְבְּאֵל וּמִבְשָׂם׃
ve'élle chemót bené yichma'él bichmotám letoledotám bekhór yichma'él nevayot vekedár ve'adbe'él oumivsám
13 Voici les noms des fils de Yichmaël selon leurs noms, selon leur naissance : le premier-né Névayot (celui qui enfonce les piquets de la tente), et Kédar (c'est la couleur noire des tentes), et Adbé'el (celui qui éveille Dieu, éveille en Dieu la générosité), et Mivsam (celui qui fait le commerce des épices).
וּמִשְׁמָע וְדוּמָה וּמַשָּׂא׃
oumichmá vedoumá oumassá
14 Et Michma (celui qui instruit, donne des leçons), et Douma (le silencieux), et Massa (celui qui transporte).
חֲדַד וְתֵימָא יְטוּר נָפִישׁ וָקֵדְמָה׃
'hadád vetemá yetoúr nafích vakédma
15 'Hadad (aigu, entreprenant), et Téma (capable d'établir un plan), Yétour (capable de réaliser certains programmes), Nafich (celui qui s'occupe de mise à l'échelle, d'expansion), et Kadma (celui qui va de l'avant, celui qui apporte le progrès dans la société).
En somme, d'après ces noms, on voit que les descendants de Yichmaël sont des gens qui s'occupent principalement de commerce, bien qu'aucun commerce n'avance sans armée.
אֵלֶּה הֵם בְּנֵי יִשְׁמָעֵאל וְאֵלֶּה שְׁמֹתָם בְּחַצְרֵיהֶם וּבְטִירֹתָם שְׁנֵים־עָשָׂר נְשִׂיאִם לְאֻמֹּתָם׃
élle hém bené yichma'él ve'élle chemotám be'hatsrehém ouvtirotám chenem-assár nesi'ím le'oummotám
16 Voici, ce sont les fils de Yichmaël, et voici leurs noms selon leurs cours, selon leurs châteaux, douze gouvernants.
Douze gouvernants – c'est ce que le Très-Haut avait promis de faire sortir de Yichmaël. Il est important, sans doute, de dire ici, important et intéressant : nous avons l'habitude de considérer, et nous avons tellement l'habitude de dire, que les Arabes sont considérés comme les descendants de Yichmaël. En réalité, les fils, les descendants de Yichmaël vivaient, jusqu'à la période perse, autour du pays d'Israël et ont été emmenés en exil avec les dix tribus d'Israël. C'est pourquoi leur trace s'est perdue, et maintenant il n'est pas possible de déterminer qui est réellement descendant de Yichmaël. Mais la tradition s'est formée ainsi que l'on appelait les marchands, les nomades du désert, yichmaélites. C'est, pour ainsi dire, un surnom idéologique, il leur est resté collé. Et, naturellement, quand l'islam se formait et que Muhammad avait besoin d'appuyer d'une manière ou d'une autre sa prétention – sur quelle base et dans quel statut « d'alliance » il se rattache à toute cette tradition –, alors est apparue la tradition selon laquelle ils sont les descendants de Yichmaël. Le Coran ne raconte pas, ne nomme pas le fils qu'Avraham a offert en sacrifice. At-Tabari, historien de l'islam, avance dix arguments en faveur de ce que c'est Yits'hak, dix arguments en faveur de ce que c'est Yichmaël. Les historiens de l'islam primitif ne le savaient pas, mais peu à peu s'est affermie dans l'islam la tradition selon laquelle ils sont les descendants de Yichmaël. Il n'y a aucun fondement historique à cela.Le russe emploie ici entre guillemets un adjectif qui signifie « cher, sacré » mais qui est formé sur le mot « alliance » ; ce jeu de mots ne passe pas en français, nous gardons le sens « d'alliance ».
וְאֵלֶּה שְׁנֵי חַיֵּי יִשְׁמָעֵאל מְאַת שָׁנָה וּשְׁלֹשִׁים שָׁנָה וְשֶׁבַע שָׁנִים וַיִּגְוַע וַיָּמָת וַיֵּאָסֶף אֶל־עַמָּיו׃
ve'élle chené 'hayé yichma'él me'át chaná ouchlochím chaná vechéva chaním vayígva vayamót vaye'ássef el-ammáv
17 Et voici les années de la vie de Yichmaël – 137 ans, et il défaillit, et mourut, et se joignit à son peuple.
וַיִּשְׁכְּנוּ מֵחֲוִילָה עַד־שׁוּר אֲשֶׁר עַל־פְּנֵי מִצְרַיִם בֹּאֲכָה אַשּׁוּרָה עַל־פְּנֵי כָל־אֶחָיו נָפָל׃
vayichkenoú me'havilá ad-choúr achér al-pené mitsrayím bo'akhá achoúra al-pené khol-e'háv nafál
18 et ces descendants vivaient depuis la partie sud du pays d'Israël, devant l'Égypte, sur le territoire de toute la partie sud du désert du Sinaï.
C'est ici que se termine un petit morceau qui était consacré à l'histoire des fils de Yichmaël. Nous y toucherons un peu plus tard, quand nous lirons d'autres chapitres.
Nous allons parler, vous et moi, et de la section hebdomadaire actuelle 'Hayé Sara, et de la section hebdomadaire précédente Vayéra. Nous commencerons par le chapitre 18 du livre de Béréchit, dans lequel il est raconté comment le Très-Haut Lui-même vint en visite chez Avraham et lui annonça que bientôt lui et Sara auraient un fils. Au verset 12, nous lisons la réaction de Sara :
וַתִּצְחַק שָׂרָה בְּקִרְבָּהּ
vattits'hák sará bekirbá
12 Et Sara rit tout près d'elle-même (si l'on traduit mot à mot) ou au-dedans d'elle-même,
Sara rit intérieurement.
לֵאמֹר אַחֲרֵי בְלֹתִי
lemór a'haré velotí
Disant : « Après qu'a cessé chez moi ce qui est ordinaire chez les femmes,
Le mot blyot en hébreu moderne, et d'ailleurs aussi en hébreu de cette époque, signifie la cessation des règles chez la femme ou la ménopause. Après que la ménopause est survenue chez moi
הָיְתָה-לִּי עֶדְנָה
hayeta-lí edná
La jeunesse m'est revenue, un rajeunissement m'est arrivé
La volupté m'a atteinte – si l'on traduit littéralement.
וַאדֹנִי זָקֵן׃
vadoní zakén
Et mon mari est vieux.
Sans doute tout le monde connaît ce verset. Tout le monde s'est même, d'une façon ou d'une autre, représenté Sara en train de rire. Certains commentateurs disent qu'à ce moment même, avant de se mettre à rire, Sara sentit que son corps rajeunissait ou que ses règles avaient commencé, et cela provoqua chez elle un sourire narquois.
Nous avons dit qu'il y a toujours la possibilité de regarder sous un autre angle tel ou tel verset de la Torah que nous connaissons bien. Et aujourd'hui je vous propose de lire ce fragment avec les yeux du rav Naftali Tsvi Yéhouda Berlin. Et il dit ceci : « Ici, Sara rit de ce que ce qui se produit est inattendu, même comme un miracle ». D'habitude, nous, les humains, même quand nous attendons un miracle, nous imaginons que le miracle se produira d'une manière déterminée. Bien sûr, Sara savait que le Très-Haut avait promis un enfant à Avraham. Quand Avraham et Sara eurent vieilli, que pouvait-on s'imaginer ? Comment serait ce miracle ? Peut-être qu'ils rajeuniraient tous les deux soudainement, deviendraient jeunes et concevraient un enfant ? Ou peut-être qu'il se produirait un miracle tel que les vieillards – Avraham et Sara – concevraient un enfant ? On peut se le représenter ainsi, et on peut se le représenter ainsi.
Nous tous, quand nous imaginons un miracle, nous nous le représentons souvent d'une manière déterminée. « Si un magicien arrive en volant, – s'imaginait le crocodile Guéna, – alors il arrivera forcément dans un hélicoptère bleu. Un magicien peut-il voler sans hélicoptère ? Et il montrera un film gratuitement ». Nous voyons d'avance comment sera ce miracle. Or la décision du Très-Haut dans ce cas (comme le rav Naftali Tsvi Yéhouda comprend ce texte) est une décision inhabituelle. Sara a rajeuni, mais Avraham n'a pas rajeuni. Et, d'un côté, il s'avère que c'est un miracle pour Sara : la jeunesse lui est revenue et elle pourra concevoir et enfanter. Et le miracle pour Avraham, c'est qu'il pourra, vieillard, avoir un enfant.
Quand le Très-Haut répète ces paroles à Avraham, au verset 13 nous lisons :
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-אַבְרָהָם לָמָּה זֶּה צָחֲקָה שָׂרָה לֵאמֹר הַאַף אֻמְנָם אֵלֵד וַאֲנִי זָקַנְתִּי׃
vayomer adonáy el-avrahám lámma ze tsa'haká sará lemór ha'áf oumnám eléd va'aní zakanti
13 Et le SEIGNEUR dit à Avraham : « Pourquoi Sara a-t-elle ri, disant : “Est-ce que vraiment j'enfanterai ? J'étais vieille, et mon mari est resté un vieillard” ».
Nous savons tous comment les commentateurs classiques interprètent ce texte, pourquoi le Très-Haut n'a pas rapporté mot pour mot ce que dit Sara. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit maintenant. Il s'agit de ce que notre monde, notre regard sur le monde, notre représentation du monde est stéréotypée, même quand parfois nous attendons un miracle. Nous attendons que ce miracle se produise d'une manière déterminée. Et j'ai déjà parlé du mot ts'hok (rire). Le mot ts'hok (rire) se compose pour ainsi dire de deux mots : tsé (sors) et 'hok (limites) – sors des limites de la loi, brise ton schéma. Chez Sara s'est produite une rupture, une cassure de la pensée stéréotypée, et c'est pour cela qu'elle s'est mise à rire. Ses représentations du miracle n'atteignaient pas la Toute-Puissance du Créateur. C'est pourquoi le Créateur lui dit : « Ne programme pas, ne fixe pas de scénario pour le miracle ». Le caractère miraculeux du Créateur est au-dessus de tout scénario.
Nous avons dit et nous dirons encore que le regard sur tel ou tel verset de la Torah peut être différent. Mais quand tel ou tel commentaire explique la Torah, il est important que le tableau de l'interprétation soit cohérent. C'est pourquoi il est intéressant de voir comment le rav Naftali Tsvi Yéhouda interprète l'âge, la durée de vie d'Avraham et de Sara. Sara, comme nous le savons (c'est déjà notre section hebdomadaire), a vécu cent vingt-sept ans, et Avraham a vécu cent soixante-quinze ans. C'est étonnant, si l'on regarde cela avec les yeux du rav Naftali Tsvi, on peut dire : chez Sara, il y a eu un « rembobinage » en arrière, elle a rajeuni, disons, jusqu'à 25 – 30 ans (nous ne savons pas). Elle a été rajeunie. Et, semble-t-il, c'est bien elle qui aurait dû vivre beaucoup plus longtemps qu'Avraham. Pourquoi Avraham a-t-il vécu 175 ans, et Sara – 127 ? Et le rav explique que, puisque Sara était plus jeune, certaines de ses tâches, un certain travail qui était le sien, elle les faisait plus vite et elle est venue à bout de toutes ses tâches, de tout ce qu'il lui revenait d'accomplir dans sa vie, plus tôt qu'Avraham. Nous voyons souvent des gens qui n'auront jamais notre âge, qui sont morts sans avoir atteint quarante, trente-cinq, trente ans et qui ont réussi à faire plus que nous, parce qu'ils ont peut-être, d'une certaine manière, vécu trop vite. Cela se rencontre à tout bout de champ. La jeune Sara arrivait à faire plus que le vieil Avraham qui ne se pressait pas, c'est pourquoi elle a achevé son service plus tôt et a quitté ce monde plus tôt.
Cela peut être une leçon pour nous aussi. Quand nous essayons de faire le plus possible, d'arriver à faire ceci, encore cela et encore ceci, c'est un bon trait, mais il faut aussi savoir garder la mesure. Et il faut se souvenir que pour toute chose sous le soleil il y a son temps. Et parfois il faut savoir s'arrêter, ne pas presser sa vie et faire les choses avec une certaine part de lenteur, afin de prolonger ses années.
Voilà un tel regard non standard sur un verset que nous connaissons tous, qu'on trouve chez Rabbi Naftali Tsvi Yéhouda Berlin. On n'est pas obligé d'être d'accord avec cela et, ce qui est le plus important, on n'est pas obligé de ne pas être d'accord tout de suite et de chercher où donc il a tort ici, et d'arracherLe russe dit littéralement « arracher » ; le sens voulu (sans doute « lancer » ou « s'écrier ») n'est pas certain, nous gardons le mot littéral. : « Mais peut-être que ce verset-ci contredit cela, ou que ce verset-là contredit cela ? » Parce que, peut-être, vous vous convaincrez que le rav a une explication et pour ce verset-là, et pour l'autre. L'important n'est pas de trouver où discuter, ni de transformer ce que nous entendons en slogan, mais d'apprendre quelque chose de ce que nous entendons de ces regards non standard, inhabituels sur la Torah. C'est d'ailleurs pour cela que je partage ces approches non standard.
Pour commencer, rappelons-nous un peu comment s'est terminée la section hebdomadaire précédente. Elle se terminait par ceci : on raconta à Avraham que sa parente Milka avait aussi enfanté. Et le mot aussi renvoie à Sara (exactement comme Sara), peut-être exactement de la même manière, et peut-être exactement pareil, au même moment. Il y a là une sorte d'allusion de la Torah au fait que, lorsqu'au premier plan nous voyons la description de la vie des pères, des descendants de Téra'h, à l'arrière-plan, à la périphérie de la Torah, à la périphérie de notre récit, il y a l'histoire des mères de la nation, qui grandissent elles aussi dans la maisonnée de Téra'h. Et Sara, et Rivka, et plus tard Ra'hel et Léa seront elles aussi de la famille de Téra'h, et rien par hasard, personne ne naît par hasard. On pourrait s'attendre à ce que Rivka soit née et qu'elle soit destinée (c'est évident, non ?) à être la fiancée de Yits'hak. Pourtant, tout n'est pas si simple. Et notre section hebdomadaire 'Hayé Sara sera consacrée, entre autres, à la recherche d'une fiancée pour Yits'hak. Tout commence par ceci : Avraham envoie son serviteur, Éliézer, dans sa patrie, pour qu'il ne prenne pas une femme cananéenne pour le fils de son maître, mais qu'il lui prenne une femme de sa patrie. Et des motifs de cela nous ne parlerons pas aujourd'hui, mais nous essaierons de regarder comment les choses se sont passées et pourquoi précisément ainsi. Commençons par lire la conversation d'Éliézer et d'Avraham :
3-5. Je te ferai jurer par le SEIGNEUR, Dieu des cieux et Dieu de la terre, que tu ne prendras pas de femme pour mon fils parmi les filles du Canaani, au milieu duquel je vis. Mais tu iras sur ma terre, dans ma patrie, et tu prendras une femme pour mon fils, pour Yits'hak ». Et le serviteur lui dit : « Peut-être la femme ne voudra-t-elle pas me suivre sur cette terre, dois-je ramener ton fils sur la terre d'où tu es sorti ? »
Quelle est la question du serviteur ? Eh bien, il est clair que la fiancée sera de la famille. La question, c'est où nous allons vivre, ou bien où nous irons pour le sabbat ? Pour le dire à la manière juive, dans quelle synagogue irons-nous ? Et Avraham répond : « Non, envoyer Yits'hak là-bas – ce n'est pas une option ».
6. Et Avraham lui dit : « Garde-toi de ramener mon fils là-bas ».
Nous vivrons donc ici, chez nous.
7. « Le SEIGNEUR, Dieu des cieux, qui m'a pris de la maison de mon père et de la terre de ma naissance, et Qui a parlé de moi, et m'a juré ainsi : “À ta descendance je donnerai cette terre”, Il enverra Son ange devant toi, et tu prendras une femme pour mon fils de là-bas ».
Que dit Avraham ? « Dieu m'a promis cette terre. C'est sur cette terre que nous prendrons la fiancée, sinon, sans terre, à quoi bon une fiancée pour nous ? »
8. « Et si la femme ne veut pas te suivre, tu es libre de ce serment envers moi. seulement ne ramène pas mon fils là-bas ».
Voilà quelle conversation eut lieu entre Éliézer et Avraham. Bien que nous disions Éliézer, il faut noter ici que le nom d'Éliézer n'est pas mentionné une seule fois dans toute cette histoire. Il est tout le temps nommé simplement le serviteur d'Avraham, il n'a pas de nom propre. Tout son service, tout au long de tout le chapitre, c'est le service d'Avraham. Il est comme l'incarnation d'Avraham, chez Avraham, dans sa patrie, c'est pourquoi son nom n'est pas prononcé ici, lui personnellement n'est pas là. Aussi étrange que cela soit, la Torah, avare de mots, qui d'habitude peut décrire des millénaires en quelques lignes, soudain, de manière inattendue, répète par les mots d'Éliézer tout le récit de la façon dont les choses se sont passées et dont il a prêté le serment d'Avraham. Et nous verrons que, lorsque Éliézer raconte de nouveau comment les choses se sont passées, il apporte quelques changements au récit des événements. Nous relirons cela et essaierons de comprendre pourquoi, dans quel but Éliézer fait cela et quelles conclusions qui en découlent sont actuelles pour nous. Voici ce que raconte Éliézer dans la maison de Rivka :
37. Et mon maître m'a fait jurer, en disant : « Ne prends pas de femme pour mon fils parmi les filles du Canaani, sur la terre duquel je vis ».
Nous nous souvenons qu'Avraham a dit : « Au milieu desquels je vis ». C'est-à-dire, voilà, regardez, au milieu desquels, parmi qui il faut vivre. Ne prends pas parmi ceux-là. Ici, en racontant de nouveau, Éliézer adoucit un certain manque de respect envers Canaan, qui existe chez Avraham, car il veut que Rivka aille là-bas, il ne veut pas l'effrayer d'avance.
38. « Si d'abord tu ne vas pas dans la maison de mon père et vers ma famille » – raconte Éliézer.
Mais les choses ne se sont pas passées ainsi. Avraham l'envoyait sur ma terre et dans ma patrie. Une chose est d'arriver dans la ville natale d'Avraham, autre chose est d'arriver dans la famille d'Avraham. Pourquoi Éliézer change-t-il cela ? Si l'on suppose qu'Avraham envoyait Éliézer simplement dans sa ville, et que là il y a une coïncidence si étonnante qu'Éliézer n'est pas simplement venu, mais est venu précisément dans la maison de Rivka, alors cela peut enchaîner la volonté des auditeurs, les obliger à dire : « Eh bien, puisque tout s'est ainsi arrangé, alors il faut assurément se marier, il faut donner Rivka en mariage. Il y a assurément une nécessité ». Et une telle formulation peut priver les gens de la liberté de choix.
Et ensuite Éliézer continue à tout raconter plus ou moins exactement, à l'exception d'un détail au sujet de l'Ange, dont Avraham a dit : « Dieu l'enverra devant toi ». Éliézer dit : « Dieu l'enverra avec toi ». Pourquoi, et dans quel but, et quelle est la différence ? Quand un Ange va devant quelqu'un, il marche en avant, en aménageant, en résolvant tous les problèmes, de sorte que devant l'homme s'étend déjà un tapis rouge et qu'il ne lui reste plus qu'à faire un pas, qu'à le parcourir. Si l'Ange va avec l'homme, alors l'homme lui-même résout les problèmes au fur et à mesure qu'ils arrivent. L'Ange, qui est à côté, l'aide simplement en cela. Pourquoi est-il important de changer cela ? Dans le même but. Si l'Ange est venu en avant, alors on s'attend à ce que dans la famille de Bétouël, dans la famille de Rivka, on ait déjà tout décidé et qu'ils doivent être prêts à donner Rivka. Puisque l'Ange est allé devant, alors… L'Ange n'est pas passé chez vous, vous n'avez pas vu l'Ange ? C'est vous qui n'avez pas vu l'Ange, vous – vous êtes indignes, vous – vous êtes incroyants. Et cela, encore une fois, enchaîne la liberté de choix de la famille de Bétouël. Et ce n'est pas ce que veut Éliézer. C'est pourquoi il change certains détails dans la description des événements.
Pour Éliézer, c'est déjà clair, il a déjà dit que le Très-Haut hitslia'h – lui a donné le succès dans son chemin. Il a déjà vu la main de Dieu dans tous ces événements, mais il ne veut pas que tout son tableau, sa vision privent Rivka de son libre arbitre. Il ne veut pas que Rivka se marie par prophétie, que cela ait l'air comme si le SEIGNEUR était apparu dans la maison de Bétouël et avait dit : « Ainsi dis-Je : Rivka doit se marier et partir avec cet homme ». Éliézer raconte les circonstances, mais laisse une liberté de manœuvre à la famille de la fiancée. Il ne leur dit pas : « Si vous n'êtes pas d'accord, vous irez contre la prophétie, vous irez contre la volonté de Dieu ». Il veut qu'ils voient eux-mêmes et qu'ils consentent eux-mêmes. Et c'est ce qui se passe.
50. Et Lavan et Bétouël répondirent, et dirent : « C'est du SEIGNEUR que cela procède. Nous ne pouvons te dire au contraire ni bien, ni mal ».
Ils dirent : « Vraiment, tout cela vient de Dieu. Comment pourrions-nous objecter ? » Et néanmoins ils ne vinrent pas à Rivka et ne lui dirent pas : « Nous avons reçu des prophéties. L'Esprit Saint nous a révélé. Ainsi parle le SEIGNEUR : tu dois te marier, partir maintenant avec cet homme, partir avec lui en Canaan ». Ils interrogent la bouche de la jeune fille, ils interrogent la demoiselle :
58. « Iras-tu avec cet homme ? » Et elle répond : « J'irai ».
59. Et ils prirent leur sœur Rivka, sa nourrice, et les envoyèrent avec Éliézer ».
Tout au long de toute l'histoire, Éliézer, et les lecteurs, et même, à une certaine étape, les frères et les parents avaient la compréhension que tout vient du SEIGNEUR. Il y avait la compréhension que c'est précisément cette décision-là que le Très-Haut attend, mais cela était caché jusqu'au tout dernier moment, pour que Rivka puisse décider elle-même si elle suivrait cette prophétie.
C'est la toute première description d'une demande en mariage, il n'y en a pas avant. Et à partir de cela se construisent les coutumes juives du mariage. Premièrement, il faut demander à la fiancée si elle veut se marier ? Le père n'a pas le droit de marier sa fille de force. Que faire si la jeune fille veut se marier, mais que les parents sont contre ? Que dit la tradition ? La tradition dit : « Marie-toi ». C'est précisément ainsi que tout est organisé : toutes les circonstances passent au second plan et il ne reste que ta volonté. La tradition dit : « Il est impossible de contraindre un homme par une prophétie à prendre femme ou à prendre mari ». Nous verrons plus tard chez Hochéa une certaine exception, mais c'est une prophétie particulière, qui lui a été donnée. Dieu ne peut pas contraindre un homme par Sa prophétie à contracter un quelconque mariage, et les parents ne le peuvent pas non plus. Il y a en cela une liberté complète. Et cette liberté est assurée même par le fait qu'Éliézer cache à ses auditeurs une partie de la réalité. En ce qui concerne le mariage, le Très-Haut donne une liberté complète. Nous lisons en plusieurs endroits dans l'Écriture que le mariage vient du Très-Haut et que le Très-Haut veut que cela soit caché, que cela soit secret, que cela ne soit pas manifesté comme : « Ainsi parle le SEIGNEUR. Celle-ci est destinée à celui-ci ». Bien que le Talmud raconte qu'aux cieux une telle voix retentit et que chaque jeune fille et chaque jeune homme naissent avec une destinée. Pour chacun il y a quelqu'un à lui, destiné, mais le libre arbitre est donné et ce n'est que par sa libre volonté que l'homme peut entrer dans le mariage. Cela sonne pour nous comme un avertissement contre toutes sortes de mariages par prophéties et contre les prophéties concernant le mariage. Nous voyons que même lorsque les circonstances étaient prophétiques, cela était caché aux auditeurs, pour que le choix soit fait non par prophétie, mais par la propre volonté humaine. Et c'est en cela que consiste l'accomplissement de la volonté de Dieu. Nous voyons que Rivka épouse Yits'hak, à qui elle est destinée, peut-être, dès la naissance même de Yits'hak. Tout s'accomplit par la Volonté de Dieu, mais en synergie, en harmonie avec la libre volonté de l'homme.
Voilà ce que nous pouvons tirer de cette histoire pour nous-mêmes, pour nos enfants, pour la paix dans nos familles.
Nous allons lire une partie de l'histoire de la façon dont Éliézer, le serviteur d'Avraham, est allé chercher une fiancée pour Yits'hak.
וַיֹּאמֶר אַבְרָהָם אֶל-עַבְדּוֹ זְקַן בֵּיתוֹ הַמֹּשֵׁל בְּכָל-אֲשֶׁר-לוֹ
vayomer avrahám el-avdó zekán betó hammochél bekhol-acher-ló
2 Et Avraham dit à son Serviteur, l'Ancien de sa maison, qui gouverne tout ce qu'il a :
Avraham parle à un homme qui est son serviteur de longue date, son vieux serviteur, qui administre tous les biens d'Avraham. Imaginez-vous le niveau de confiance d'Avraham envers cet homme.
שִׂים-נָא יָדְךָ תַּחַת יְרֵכִי׃
sim-ná yadekhá tá'hat yerekhí
« Mets ta main sous ma cuisse
C'est-à-dire glisse la main sous la cuisse et pose-la à l'endroit où est la circoncision, où est le signe de l'alliance, pour le serment.
וְאַשְׁבִּיעֲךָ בַּיהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמַיִם וֵאלֹהֵי הָאָרֶץ אֲשֶׁר לֹא-תִקַּח אִשָּׁה לִבְנִי מִבְּנוֹת הַכְּנַעֲנִי אֲשֶׁר אָנֹכִי יוֹשֵׁב בְּקִרְבּוֹ׃
ve'achbi'akhá badonáy elohé hachamáyim velohé ha'árets achér lo-tikká'h ichá livní mibbenót hakkena'aní achér anokhí yochév bekirbó
3 Et je t'adjurerai par le Nom du Dieu des cieux et du Dieu de la terre, Que tu ne prennes pas de femme pour mon fils parmi les filles du peuple cananéen, Au milieu duquel j'habite.
כִּי אֶל-אַרְצִי וְאֶל-מוֹלַדְתִּי תֵּלֵךְ
ki el-artsí ve'el-moladtí telékh
4 Mais tu iras dans mon pays et dans ma patrie,
C'est-à-dire littéralement dans mon quartier, dans ma cour.
וְלָקַחְתָּ אִשָּׁה לִבְנִי לְיִצְחָק׃
velaka'htá ichá livní leyits'hák
Pour prendre une femme pour mon fils, Yits'hak ».
וַיֹּאמֶר אֵלָיו הָעֶבֶד אוּלַי לֹא-תֹאבֶה הָאִשָּׁה לָלֶכֶת אַחֲרַי אֶל-הָאָרֶץ הַזֹּאת
vayomer eláv ha'éved ouláy lo-tové ha'ichá lalékhet a'haráy el-ha'árets hazzót
5 Le serviteur lui dit : « Peut-être cette femme ne daignera-t-elle pas me suivre dans ce pays ?
Toutes les femmes ne sont pas prêtes à l'émigration pour un mariage, même avec un homme d'une famille aussi illustre que la famille d'Avraham.
הֶהָשֵׁב אָשִׁיב אֶת-בִּנְךָ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר-יָצָאתָ מִשָּׁם׃
hehachév achív et-binkhá el-ha'árets acher-yatsáta michám
Peut-être, dans ce cas, dois-je ramener ton fils dans le pays d'où tu es sorti ? »
וַיֹּאמֶר אֵלָיו אַבְרָהָם הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן-תָּשִׁיב אֶת-בְּנִי שָׁמָּה׃
vayomer eláv avrahám hichámer lekhá pen-tachív et-bení chámma
6 Et Avraham lui dit : « Garde-toi, De ne pas ramener là-bas mon fils.
יְהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמַיִם אֲשֶׁר לְקָחַנִי מִבֵּית אָבִי וּמֵאֶרֶץ מוֹלַדְתִּי וַאֲשֶׁר דִּבֶּר-לִי וַאֲשֶׁר נִשְׁבַּע-לִי לֵאמֹר לְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת-הָאָרֶץ הַזֹּאת הוּא יִשְׁלַח מַלְאָכוֹ לְפָנֶיךָ וְלָקַחְתָּ אִשָּׁה לִבְנִי מִשָּׁם׃
adonáy elohé hachamáyim achér leka'háni mibbét aví oume'érets moladtí va'achér dibber-lí va'achér nichba-lí lemór lezar'akhá ettén et-ha'árets hazzót hou yichlá'h mal'akhó lefanékha velaka'htá ichá livní michám
7 Le Dieu des cieux, Qui m'a pris de la maison de mon père, de mon coin natal, Qui m'a parlé Et qui m'a juré, en disant : « À ta semence Je donnerai cette terre », Il enverra Son ange Devant toi, Et tu ramèneras de là-bas une femme pour mon fils.
« Je crois que le SEIGNEUR, qui a promis de donner cette terre à ma descendance, Il arrangera tout de telle sorte que mon fils n'aura pas besoin de partir quelque part hors de cette terre pour se prendre une femme ». Et, effectivement, Yits'hak est le seul des Patriarches qui n'a jamais quitté les frontières du pays d'Israël. Peut-être grâce à cette prière d'Avraham. Avraham dit : « Le SEIGNEUR enverra l'Ange devant toi ». Cela signifie que c'est comme si quelqu'un allait marcher devant toi et arranger toutes tes affaires, et tu prendras de là-bas une femme pour mon fils.
וְאִם-לֹא תֹאבֶה הָאִשָּׁה לָלֶכֶת אַחֲרֶיךָ וְנִקִּיתָ מִשְּׁבֻעָתִי זֹאת רַק אֶת-בְּנִי לֹא תָשֵׁב שָׁמָּה׃
ve'im-ló tové ha'ichá lalékhet a'harékha venikkíta michevou'atí zot rak et-bení lo tachév chámma
8 Et si cette femme ne veut tout de même pas te suivre, Tu seras pur de ce serment, tu ne dois rien, Seulement ne ramène pas mon fils là-bas ».
Ainsi, Avraham donne à Éliézer un ordre tout à fait concret d'aller dans un lieu très concret avec une mission très concrète.
וַיָּשֶׂם הָעֶבֶד אֶת-יָדוֹ תַּחַת יֶרֶךְ אַבְרָהָם אֲדֹנָיו וַיִּשָּׁבַע לוֹ עַל-הַדָּבָר הַזֶּה׃
vayássem ha'éved et-yadó tá'hat yérekh avrahám adonáv vayicháva lo al-haddavár hazzé
9 Et le serviteur mit sa main sous la cuisse d'Avraham, son maître Et lui jura, lui jura cela.
וַיִּקַּח הָעֶבֶד עֲשָׂרָה גְמַלִּים מִגְּמַלֵּי אֲדֹנָיו וַיֵּלֶךְ וְכָל-טוּב אֲדֹנָיו בְּיָדוֹ וַיָּקָם וַיֵּלֶךְ אֶל-אֲרַם נַהֲרַיִם אֶל-עִיר נָחוֹר׃
vayikka'h ha'éved assará gemallím miggemallé adonáv vayélekh vekhol-toúv adonáv beyadó vayákom vayélekh el-arám naharáyim el-ír na'hór
10 Et le serviteur prit dix chameaux Parmi les chameaux de son maître Et partit. Et tout le bien, toutes les richesses de son maître dans sa main. Et il se leva, et alla à Aram-Naharaïm, À la ville de Na'hor.
Que ce soit long ou court, le serviteur arrive à la ville de Na'hor. La Torah ne raconte pas à quelle vitesse cela s'est passé. Les midrachim racontent que cela ne s'est pas passé très vite, mais cela ne nous importe pas maintenant.
וַיַּבְרֵךְ הַגְּמַלִּים מִחוּץ לָעִיר
vayavrékhLa translittération russe omet ici une syllabe ; nous suivons l'hébreu, qui se lit « vayavrékh ». haggemallím mi'hoúts la'ír
11 Et il coucha, fit asseoir les chameaux hors de la ville,
Le mot yévarékh ressemble à lévarékh – bénir. Le mot brakha – de la même racine, se traduit par bénédiction. Effectivement, la racine bérékh – genou. Comme le genou est ce qui relie deux parties de la jambe, ainsi la brakha relie, comme le petit genou relie le haut et le bas. Il coucha les chameaux, les chameaux se couchent en pliant les genoux.
אֶל-בְּאֵר הַמָּיִם לְעֵת עֶרֶב לְעֵת צֵאת הַשֹּׁאֲבֹת׃
el-be'ér hammáyim le'ét érev le'ét tset hacho'avót
Près du puits Avant le crépuscule ; avant que l'on sorte puiser l'eau.
Et là se produit quelque chose d'inhabituel. Le serviteur commence à prier. C'est, probablement, la première histoire d'une prière de la route.
וַיֹּאמַר יְהוָה אֱלֹהֵי אֲדֹנִי אַבְרָהָם הַקְרֵה-נָא לְפָנַי הַיּוֹם
vayomár adonáy elohé adoní avrahám hakre-ná lefanáy hayom
12 Et il dit : « SEIGNEUR de mon maître, SEIGNEUR d'Avraham ! Fais qu'il m'arrive aujourd'hui…
Le mot hakré – du mot mikré – hasard.
וַעֲשֵׂה-חֶסֶד עִם אֲדֹנִי אַבְרָהָם׃
va'asse-'héssed im adoní avrahám
Et fais grâce à mon maître, Avraham.
הִנֵּה אָנֹכִי נִצָּב עַל-עֵין הַמָּיִם וּבְנוֹת אַנְשֵׁי הָעִיר יֹצְאֹת לִשְׁאֹב מָיִם׃
hinné anokhí nittsáv al-én hammáyim ouvnót anché ha'ír yotse'ót lich'óv mayim
13 Voici, je me trouve près de la source des eaux, Et les filles des citadins sortent pour puiser de l'eau,
וְהָיָה הַנַּעֲרָ אֲשֶׁר אֹמַר אֵלֶיהָ הַטִּי-נָא כַדֵּךְ וְאֶשְׁתֶּה וְאָמְרָה שְׁתֵה וְגַם-גְּמַלֶּיךָ אַשְׁקֶה אֹתָהּ הֹכַחְתָּ לְעַבְדְּךָ לְיִצְחָק וּבָהּ אֵדַע כִּי-עָשִׂיתָ חֶסֶד עִם-אֲדֹנִי׃
vehayá hanna'ará achér omár eléha hatti-ná khaddékh ve'echté ve'amerá cheté vegam-gemallékha achké otá hokhá'hta le'avdekhá leyits'hák ouvá edá ki-assíta 'héssed im-adoní
14 Et il arrivera que la jeune fille à qui je dirai : « Incline ta cruche, Et je boirai », – Et elle me dira : « Bois, et j'abreuverai aussi tes chameaux », – Tu l'as choisie pour ton serviteur Yits'hak, Et par elle je saurai que Tu as fait grâce à mon maître ».
Ensuite, nous savons qu'il n'avait pas encore eu le temps de finir de parler que Rivka arrive, et tout s'est passé comme il l'avait demandé, et même mieux. Et il s'est même passé qu'il est tombé justement dans la maison où il devait venir, etc. Tout s'est passé comme il fallait.
Voici la question. Avraham a envoyé le serviteur dans un lieu tout à fait concret à l'intérieur de la ville. Personne n'a dit au serviteur de prier d'une manière ou d'une autre et de fixer d'une manière ou d'une autre quelle femme sortirait. Et si soudain était sortie une femme boiteuse, ou borgne, ou aux cheveux blancs, ou chauve, ou encore autre chose, et qu'elle avait dit ce qu'Éliézer voulait entendre ? Dans le livre de Choftim, nous lisons la triste histoire d'un homme qui avait promis d'offrir au SEIGNEUR en holocauste la première chose qui sortirait de la maison à sa rencontre, et c'est sa fille qui sortit. C'est l'histoire de Yifta'h. Et comment peut-on savoir que quelque chose de semblable n'arrivera pas ? Les commentateurs débattent et en parlent beaucoup.
Tout le monde ne sait pas que le texte de la Torah ne se compose pas seulement de lettres, mais contient aussi des signes de cantillation, des sortes de notes qui indiquent l'intonation avec laquelle il faut prononcer tel ou tel mot. En hébreu, cela s'appelle ta'ameï hamikra – les goûts du texte. Et, effectivement, cela indique les intonations, car de la manière dont nous prononçons tel ou tel mot dépend la manière dont on peut le comprendre. On peut dire : « Excusez-moi », on peut dire : « Eh bien, excusez-moi ». Et ce seront des « excusez-moi » complètement différents. Et il en est ainsi de beaucoup de mots. Et, quand nous lisons le texte de la Torah, on peut le lire dans la langue ancienneLe russe dit littéralement « dans la langue ancienne » (ou « à l'ancienne ») ; le sens exact n'est pas clair, nous avons traduit mot à mot., en parlant avec expression, et on peut exprimer les signes de cantillation qui sont indiqués dans le texte. Certains signes étaient même transmis par des gestes, et pas seulement par l'intonation. Et ici, au-dessus du mot Et il dit, qui se trouve au début du 12e verset, se trouve un signe inhabituel qui s'appelle silsoul (ou trille). Dans tout le livre de Béréchit, il ne se rencontre que trois fois. Une fois, il se rencontre dans Béréchit (19,16), quand nous lisons au sujet de Lot. De lui il est dit : « Lot tardait, traînait ».
וַיִּתְמַהְמָהּ
vayitmahma, – si on lit simplement. Là, on prononce le mot avec un trille.
La deuxième fois, c'est le même mot, mais à propos de Yossef. Quand Yossef s'enfuit loin de la femme de Potifar, il y a là le même mot, un certain désarroi, le trouble de Lot, un certain désarroi, un trouble chez Yossef. Et la troisième fois, ce mot se rencontre ici, au 12e verset. Par ces intonations, la Torah transmet le trouble, une certaine confusion dans la conscience du héros.
Quand je me mets en route, je m'efforce de tout, tout, tout planifier : où je prendrai le bus et quel bus je prendrai, où je descendrai, où je mangerai un morceau, où je passerai la nuit et tout le reste, j'aimerais le savoir. Nous voulons tous planifier quand nous nous mettons en route. Nous avons tous l'habitude de prier pour ce que nous faisons. Et voici comment sonne la prière de la route, la prière traditionnelle que prie tout Juif en se mettant en route :
Que ce soit Ta volonté, Dieu, notre Tout-Puissant, et Dieu Tout-Puissant de nos pères, de nous conduire par un chemin de paix, de diriger nos pas sur un sentier de paix, de nous tracer une route prospère et de nous mener au but de notre voyage pour la vie, la joie et la paix ; et de nous ramener en paix, et de nous délivrer des mains de tous les ennemis et de tous ceux qui nous guettent en embuscade, des bêtes sauvages, et des mains des brigands que nous pourrions rencontrer sur le chemin, et de tous les malheurs qui surviennent dans le monde. Envoie la bénédiction sur toutes les œuvres de nos mains. Et donne-nous de trouver grâce, bénédiction et miséricorde à Tes yeux et aux yeux de chacun qui nous voit. Et entends la voix de notre supplication, car Tu es Dieu, qui prête l'oreille aux prières et aux supplications. Béni sois-Tu, Dieu, qui écoute la prière.
Cette prière, tout Juif la lit en se mettant en route. Qu'y a-t-il dans cette prière ? Qui prie une telle prière ? Un homme qui ne sait absolument rien. Qui ne sait pas où il peut arriver, où il lui faudra s'arrêter et à quoi il peut se heurter. Quand nous avons tout planifié, tout bien planifié et rangé dans des cases, dans ce plan qui est le nôtre il arrive qu'il ne se trouve pas de place pour que le Très-Haut y manifeste Son action. Nous avons tout planifié, mais nous ne Lui avons pas demandé ce qu'Il veut. Par notre prière, par notre appel au Très-Haut, nous suspendons pour ainsi dire nos plans et nous demandons, nous tournons notre cœur vers le Très-Haut et nous essayons d'accorder nos plans avec Lui, de Lui donner une place dans nos plans. Comme l'a dit le Rabbi de Kotsk : « Dieu se trouve là où nous Le laissons entrer ». Dans cette prière de la route, nous laissons entrer Dieu dans notre route, bien planifiée, rangée dans des cases.
Dans cette prière qui est la sienne, Éliézer, le serviteur d'Avraham, laisse lui aussi entrer le Très-Haut, s'adresse au Très-Haut, bien qu'il sache aussi au sujet de l'Ange qui marche devant lui, et il a un horaire précis, une indication précise d'Avraham. Ici, c'est le moment de se sentir dans le trouble, de se sentir non pas maître de la situation, nullement maître de la situation, de s'adresser au Très-Haut avec la question : « Quels sont Tes plans au sujet de ma route ? »
Il m'est arrivé de voyager énormément, de voyager avec les enfants. Et quand quelque chose n'allait pas comme il fallait, quand j'étais coincé dans un embouteillage, que j'avais raté le bus ou qu'il était arrivé encore autre chose, il se produisait toujours des choses étonnantes. C'est précisément dans ces écarts par rapport aux plans, quand, nous étant écartés, ayant oublié nos plans, les enfants et moi, nous priions, que le Très-Haut envoyait dans notre vie des gens très inhabituels, bons, dont la connaissance m'est restée pour de nombreuses années. Avec de nombreux maîtres, de simples gens bons, des gens inhabituels, des gens qui m'ont aidé, ou des gens qui avaient besoin de mon aide. Le Très-Haut me conduisait au moment où je restais coincé en route, où mes plans se mélangeaient, où tout se passait autrement que je le voulais. À ce moment-là se produisaient des miracles qui se révélaient parfois plus importants que la route elle-même, plus importants que tout ce qui se passait autour. Le but du voyage se révélait déjà secondaire, cela aussi arrivait.
Le Machia'h dit : « Je suis le Chemin ». Dans le Machia'h s'unissent le divin et l'humain. C'est une synchronisation constante, une confrontation constante de ses plans avec les plans de Dieu, un séjour constant dans cette prière intérieure qui ne donne plus la confusion, mais l'assurance. Un planement constant au-dessus de ce monde, au-dessus des plans et des desseins de ce monde. Le franchissement du relief du terrain accidenté de ce monde, et même l'utilisation de ce relief à ses propres fins. C'est l'une des compréhensions possibles de ce que dit le Machia'h : « Je suis le Chemin ». Le Chemin, c'est une route planifiée, avec un appel au Créateur planifié, de chaque minute, de chaque seconde. Ce n'est pas une chose simple, mais c'est seulement ainsi que nous arrivons à cela, à ce but où le Très-Haut veut nous conduire. À la paix, à la bénédiction dans les cœurs de tous ceux qui nous voient, comme le dit aussi la prière de la route.
C'est l'un des angles de compréhension. Bien sûr, on peut en citer aussi des dizaines d'autres au sujet de la raison pour laquelle Éliézer s'arrête ici et prie. C'est une école pour nous – s'arrêter pour la prière. Même quand nous pensons que Dieu nous a déjà tout dit, même là où nous pensons que nous comprenons Sa volonté, même là où il nous a été donné, semble-t-il, des indications tout à fait précises sur ce qu'il faut faire.
Étonnant livre que la Torah. Parfois elle est très prolixe. Certains dialogues, qu'on pourrait exposer en quelques lignes ou simplement résumer, la Torah les reprend en détail, en les déployant sur des chapitres entiers. Dans notre section hebdomadaire, nous voyons le marchandage d'Avraham pour la grotte Méarat Hamakhpéla ou, par exemple, les raisonnements du serviteur Éliézer quand il va prendre une fiancée pour Yits'hak. À beaucoup, cela peut paraître superflu et incompréhensible. Pourquoi la Torah décrit-elle tout cela si en détail ? Bien sûr, Dieu nous en garde, il n'y a pas dans la Torah un seul mot superflu. Il arrive aussi le contraire, que la Torah soit très laconique. Et une intrigue que Dostoïevski aurait pu mettre au fondement d'un roman, et Hollywood – au fondement d'un long métrage, la Torah l'expose en quelques lignes seulement, de façon dense, vive, mais très brève.
Nous allons parler, vous et moi, d'un exemple du second genre, nous parlerons d'un seul verset, ou plutôt même d'un seul mot, qui est très important, que pendant longtemps différentes personnes ont essayé de comprendre. Et, comme c'est souvent le cas, cela parle non seulement du mot lui-même, mais aussi des gens. Nous allons lire, vous et moi, à partir du premier verset du 24e chapitre du livre de Béréchit.
וְאַבְרָהָם זָקֵן בָּא בַּיָּמִים וַיהוָה בֵּרַךְ אֶת-אַבְרָהָם בַּכֹּל׃
ve'avrahám zakén ba bayamím vadonáy berákh et-avrahám bakkól
1 Avraham devint vieux et vint dans les jours, et le SEIGNEUR bénit Avraham avec tout.
Arrêtons-nous, vous et moi, sur le mot bakol. Bakol peut se traduire par en tout, c'est-à-dire en tout ce qu'il avait, ou avec tout – avec tout, comme avec un instrument, comme avec un marteau. Il y a quelque chose qui s'appelle tout, et c'est avec cela que Dieu a béni Avraham. Il est difficile de comprendre de quoi il s'agit. Le serviteur même d'Avraham, dont nous avons déjà parlé, dit que Dieu a béni Avraham avec beaucoup de choses : « Et le SEIGNEUR a beaucoup béni mon maître, et il est devenu grand, et Il lui a donné des moutons, et des bœufs, et de l'argent, et de l'or, et des serviteurs, et des servantes, et des chameaux, et des ânes ». C'est avec beaucoup de choses que Dieu a béni Avraham. Bien sûr, on peut souvent dire : « Dieu m'a béni avec beaucoup de choses ». Et moi aussi, j'ai beaucoup de choses, mais j'aimerais que, dans ma vieillesse, je puisse dire : « Et le SEIGNEUR m'a béni avec tout ». Encore mieux, que quelqu'un d'autre puisse dire cela de moi. On peut aussi l'écrire sur une pierre tombale. Ce sera une bonne inscription. De quoi s'agit-il donc ? Pourquoi la Torah ne nous a-t-elle pas énuméré ici, comme l'a énuméré Éliézer, combien il avait de chameaux, combien de servantes, combien de serviteurs, combien d'argent et combien d'or. Parce que les servantes, l'argent et l'or ont une certaine limite. Ce n'est pas tout.
Qu'est-ce donc que tout ? Beaucoup, au cours de nombreuses générations, ont essayé de le comprendre. Dans le Talmud, il y a une discussion, et différentes opinions sont exprimées. L'un des sages dit : « En tout, cela signifie qu'il n'avait pas de fille. Si à un homme naissent des fils – ainsi raisonne ce sage –, c'est une grande bénédiction, et celui qui est ainsi béni est béni en tout ». Que puis-je dire, en tant que père de filles, qui voit dans ses filles une si grande bénédiction que, non seulement les siennes, mais il a encore adopté des fillettes, avec l'aide de Dieu ? Je me réjouis beaucoup de mes filles, et je considère que c'est une grande bénédiction, et avec ce maître je ne peux pas être d'accord.
Un autre objecte : « Au contraire, la bénédiction d'Avraham consistait justement en ce qu'il avait aussi des filles. Et ses filles, il a réussi à les élever justes ». L'opinion est belle, elle me plaît davantage, mais d'après la Torah, elle est difficile à fonder.
Un troisième considère qu'Avraham avait une fille, elle s'appelait Bakol (avec tout). C'est le nom de la fille, et cette fille est une telle bénédiction, une telle joie pour le papa. De nouveau, cela me plaît, mais c'est difficile à fonder.
D'autres disent : « Avraham était un grand guérisseur, un connaisseur de tout, et les gens venaient à lui pour des conseils, avec des questions, avec des problèmes, avec des idées, et il aidait tout le monde, absolument tout le monde. Le SEIGNEUR l'a béni avec la connaissance de tout ». Chacun, bien sûr, est libre de juger par lui-même, mais à mon avis, bon, c'est une bénédiction comme ci, comme ça, quand autour de toi il y a constamment des gens et qu'on te demande constamment quelque chose.
D'autres estiment qu'Avraham avait une pierre précieuse sur la poitrine, une sorte de camée, que quiconque voyait était aussitôt guéri. Après sa mort, le Très-Haut a repris ce camée.
Il y a ceux qui disent que le mot bakol signifie par la guématria bén (fils), et que la bénédiction d'Avraham, c'est son digne fils, Yits'hak. On peut le comprendre aussi. Mais pourquoi la Torah ne dirait-elle pas : « Et le SEIGNEUR bénit Avraham avec un fils merveilleux, Itsik, un bon garçon juif d'une bonne famille juive ? » C'est discutable aussi.
Le midrach dit que bakol, cela signifie que le Très-Haut a donné à Avraham de gouverner son mauvais penchant, quoi qu'il arrive à Avraham, quels que soient les événements qui se produisaient autour de lui. Et lui, à ce moment-là, qui est-il ? Il est à ce moment-là veuf, un homme dont le fils n'est pas encore marié. Il n'a pas pu, ni par ses prières, ni par sa justice, annuler l'exil du peuple d'Israël, l'exil de ses descendants, dont avait parlé le Très-Haut. Et tous ses jours sont très difficiles. Longtemps il a été sans enfant, il espérait un enfant. Il y a encore Yichmaël, avec qui non plus on ne comprend pas très bien ce qui se passe. Si l'on regarde de l'extérieur, ce n'est pas tout à fait tout qui va bien chez Avraham. D'ailleurs, quand nous disons tout va bien, ce sont des mots assez pompeux. Il n'arrive pas que tout aille bien. Il n'arrive pas qu'il y ait tout, il n'arrive pas que je sache tout faire ou que je sache tout. Mais ici, ce n'est pas nous qui le disons, c'est la Torah qui témoigne d'Avraham. Et quand les sages disent que tout, c'est que le Très-Haut a fait d'Avraham le gouverneur de son propre mauvais penchant, même le mauvais penchant d'Avraham servait le Très-Haut, tout l'être spirituel d'Avraham était béni, était soumis au Très-Haut.
Une autre compréhension dit que bakol a un rapport avec le commandement de l'amour pour le Très-Haut. Il y a un commandement dans lequel ce mot résonne aussi, bakhol : « Et tu aimeras le SEIGNEUR ton Dieu de tout ton cœur » – békhol lévavkha. Que signifie de tout ton cœur ? Puis-je aimer de tout mon cœur de telle sorte que, dans mon cœur, il n'y ait de place ni pour mes enfants, ni pour ma femme, ni pour mes parents, ni pour mes amis, ni, en fin de compte, pour la moto « Harley Davidson » que le voisin gare non loin de chez moi ? Est-ce que cela peut être ? Et ici, il est dit d'Avraham que même son amour pour quelqu'un ou pour quelque chose, Avraham l'utilisait pour son édification, pour sa correction, pour remplir son cœur d'amour pour le Très-Haut. Même en aimant quelqu'un ou en s'attachant à quelque chose, Avraham y voyait la bénédiction du Très-Haut et tournait cet amour vers le Très-Haut. Yétsér ara – son mauvais penchant, comme un sparring-partner dans le sport. Toute personne qui a fait du sport dira qu'un partenaire fort, un adversaire fort, c'est celui qui renforce, celui qui justement fait de toi un sportif. Si tous tes combats sont avec quelqu'un de plus faible que toi, tu ne grandiras jamais en tant que sportif. Si toutes les tâches que tu résoudras sont de celles que tu sais déjà résoudre, qu'il t'est facile de résoudre, tu ne grandiras jamais. Le Très-Haut a donné à Avraham une telle bénédiction qu'elle n'était pas dans le monde extérieur. Elle ne s'exprimait pas dans des costumes, dans des parfums chers, dans des ânes, dans des servantes ou des chameaux, bien que les ânes, les servantes et les chameaux fussent là. Elle s'exprimait en ceci que tout ce qui arrivait à Avraham, tout, Avraham pouvait le recevoir avec amour, tout le tourner vers l'apprentissage de l'amour pour le Créateur. C'est ce même bakol avec lequel le SEIGNEUR a béni Avraham. Avec Avraham commence le dépassement du péché, le dépassement du mauvais penchant. Au sujet de Yits'hak, fils d'Avraham, il sera dit plus tard dans Béréchit (chapitre 27) :
Et Yits'hak trembla d'un tremblement très grand et dit : « Qui est donc celui qui a chassé du gibier et me l'a apporté, et j'ai mangé de tout ? »
Yits'hak n'avait pas tout – il a mangé de tout. Comment décrire la différence entre en tout ou avec tout et de tout ? Si chez Avraham, tout, c'est comme une petite valise, un sac qu'il porte constamment avec lui, Yits'hak, lui, ne reçoit pas le sac lui-même, il reçoit de celui-ci. Tout est entre les mains du Très-Haut, de ce tout le Très-Haut bénit Yits'hak. Avraham avait le récipient entier, tandis que Yits'hak a seulement été nourri de ce récipient. Et enfin, Yaakov s'élève au niveau le plus haut. Nous lisons dans le 33e chapitre de Béréchit (il s'agit ici de la rencontre de Yaakov avec Essav) :
Et il dit : « Pourquoi as-tu toutes ces troupes que j'ai rencontrées ? » Et Yaakov dit : « Pour trouver grâce aux yeux de mon seigneur ». Et Essav dit : « J'ai beaucoup, mon frère, que ce qui est à toi soit à toi ».
De nouveau, nous voyons ici qu'Essav, comme Éliézer, quand il parle d'Avraham, dit : « J'ai beaucoup, et mon maître a beaucoup ».
Mais Yaakov dit : « Oh, non. Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, alors accepte mon présent de ma main, car j'ai vu ton visage comme le visage d'un ange. Tu t'es montré bienveillant envers moi. Accepte donc mon présent qui t'est offert, parce que Dieu m'a fait grâce et j'ai tout ».
Si Avraham avait ce récipient devant lui, si Yits'hak a été nourri de ce récipient, Yaakov, lui, a ce tout déjà à l'intérieur de lui-même. Et, même si Yaakov dira plus tard : « Amers, tristes et pénibles ont été mes jours », même s'il se plaindra à Pharaon, ces jours, ce poids, c'est ce qui l'instruit, comme des entraînements durs. Comme un homme qui peut dire : « Je me suis durement entraîné ».
Ce chemin commence avec Avraham, qui a reçu du Très-Haut la bénédiction bakol. Quand nous lisons le Birkat amazon (bénédiction pour le repas) chez des hôtes, nous demandons de bénir les maîtres de maison qui ont partagé avec nous la nourriture, bakol mikol kol : bakol – comme Avraham est béni, mikol – de tout, comme Yits'hak a été béni, et kol – comme Yaakov est béni. Ce n'est pas la prospérité extérieure ou, disons, pas seulement la prospérité extérieure. Il ne s'agit pas du tout des biens, pas de ce qui se passe au-dehors. Il s'agit de ce qui se passe à l'intérieur d'Avraham. À l'intérieur d'Avraham – il est béni avec tout. Parce que tout ce qui lui arrive, tous les événements de sa vie, toutes ses joies et toutes ses peines, il les perçoit comme des bénédictions. Le midrach dit : « Voici trois à qui le Très-Haut a donné de goûter la saveur du monde à venir déjà dans ce monde. Ces trois sont Avraham, Yits'hak, Yaakov, comme il est écrit : bakol, mikol, kol. Voici trois sur qui le mauvais penchant n'avait pas de pouvoir : ce sont Avraham, Yits'hak, Yaakov, comme il est écrit à leur sujet : bakol, mikol, kol ». C'est-à-dire qu'il s'agit de transformations intérieures, de bénédictions de l'intérieur de la constitution spirituelle de nos Patriarches.
Un maître hassidique, que, d'après le livre qu'il a écrit, nous appelons Sfat Émet, enseigne aussi sur ce sujet, réfléchit aussi à ce que signifie donc bakol. Avraham était « branché » sur la source qui s'appelle kol – tout. Quand nous bénissons le Très-Haut pour la nourriture qu'Il nous donne, nous disons : « Béni sois-Tu, SEIGNEUR notre Dieu, Roi, Souverain de l'univers, que tout arrive par Sa parole ». Tout dans le monde est créé par la parole du Très-Haut. La parole du Très-Haut est ce qui donne la vie à tout. Dans le tout premier chapitre du livre de Béréchit, au tout début de la Torah, nous voyons déjà que le Très-Haut crée le monde entier par Sa parole. Le Très-Haut dit : « Lumière – sois ». Et la lumière fut. La parole du Très-Haut est ce qui édifie tout ce qui existe dans ce monde. Dans le livre de Dévarim, il est écrit : « Ce n'est pas de pain seul que vivra l'homme ». On peut le comprendre, on peut le traduire ainsi : « l'homme ne vit pas du pain lui-même, mais de la parole qui sort de la bouche de Dieu ». Ce qui donne la vie… Il semble que ce soit le pain, il semble que ce soit quelque chose qui a pris la forme du pain, en réalité, c'est la Parole de Dieu qui a donné la vie au pain et qui nous donnera la vie. C'est ce que le Machia'h répond à Satan à la proposition de changer les pierres en pain. La première révélation sur la parole, comme sur les petites briques dont se compose tout dans l'univers, a été donnée à Avraham. C'est à Avraham le premier qu'il a été donné de goûter, de voir que tout arrive par la parole de Dieu. C'est le début d'un long chemin de réparation des relations entre Dieu et l'homme, d'un chemin au bout duquel la parole deviendra chair. Et, on peut dire qu'Avraham a eu un toucher, un contact avec la parole du Très-Haut. Par Avraham, Yits'hak et Yaakov a commencé la révélation de la parole du Très-Haut dans l'humanité.
Et, après avoir rapporté différentes opinions et différentes réponses à la question, j'ai envie de donner ma propre réponse à la question – que signifie : le SEIGNEUR a béni Avraham avec tout ? Ce ne sont pas les biens, ce n'est pas la santé, ce n'est pas quelque chose en dehors d'Avraham. Cela signifie que tout ce qui arrive à Avraham, tout est sa bénédiction. Parce que derrière tout ce qui lui arrive, il voit le visage du Très-Haut. Quoi qu'il lui arrive, il sait que kol (tout), c'est la bénédiction du Très-Haut. Yaakov vit déjà et peut être le porteur de cette bénédiction, peut la transmettre au peuple d'Israël. Mais tout commence avec Avraham. Voilà un mot si simple, et tant de discussions à son sujet.
Aujourd'hui, nous allons lire une histoire étonnante que la Torah raconte au tout début du 25e chapitre du livre de Béréchit. Après toutes les péripéties de sa vie difficile, déjà veuf, ayant enterré et pleuré sa femme bien-aimée Sara, ayant marié son fils bien-aimé Yits'hak, Avraham Avinou, le Patriarche Avraham, prend soudain de nouveau une femme. Dans cette histoire, tout est étonnant. Et il n'est pas étonnant que chaque verset, chaque mot de cette histoire suscite des discussions parmi les sages et les commentateurs. Lisons, vous et moi, cette histoire et essayons de comprendre ce qu'il y a derrière.
וַיֹּסֶף אַבְרָהָם
vayossef avrahám
1 Et Avraham ajouta
Le verbe vayossif (ou léossif) s'emploie quand un homme fait quelque chose qui a déjà été fait, qu'il a déjà fait. Par exemple, si un homme a deux femmes et qu'il en prend une troisième, c'est et il ajouta, et il prit pour lui une troisième femme.
וַיִּקַּח אִשָּׁה וּשְׁמָהּ קְטוּרָה׃
vayikká'h ichá ouchmá ketourá
Et il prit une femme. Cette femme s'appelle Kétoura.
Le premier sens du mot kétoura – celle qui encense. Le deuxième sens du mot kétoura – liée, du mot nœud, liée ou liée jusqu'à un certain temps.
Bien entendu, les sages débattent sur tous les points. Que signifie vayosséf – et il ajouta ? On ne peut ajouter qu'à des femmes déjà existantes, disent certains. Avraham, à ce moment-là, n'a pas de femmes. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que, comme cela arrive souvent, la Torah ne raconte pas tout dans l'ordre chronologique. Ici, à la fin de l'histoire, à la fin de l'exposé de la biographie d'Avraham, la Torah rappelle : « Et d'ailleurs, Avraham avait encore une autre femme. Déjà quand Sara était vivante, il lui a ajouté une femme qui s'appelle Kétoura, et elle aussi lui a enfanté des enfants. Maintenant, quand est venu le temps de partager l'héritage, la Torah se souvient de ces enfants. C'est pourquoi il est écrit vayosséf ! »
D'autres expliquent vayosséf autrement. Yits'hak s'est marié et Avraham aussi s'est marié. Vayosséf, c'est-à-dire que dans la famille d'Avraham il y a encore une personne, Avraham lui-même est entré dans le mariage. Yits'hak s'est marié, et Avraham, lui, est allé et s'est marié aussi. Et c'est, à mon avis, la compréhension la plus juste.
Il y a encore une opinion, selon laquelle Kétoura, c'est la même Hagar, et alors vayosséf signifie qu'Avraham a de nouveau pris pour épouse Hagar. Hagar, qui a changé ses actes, a changé son mode de vie, et ses bonnes actions sont devenues comme un bon encensement, c'est pourquoi elle est appelée Kétoura (ou celle qui encense, ou celle qui est encensée). Il y a des raisons pour une telle position, parce que, comme nous le voyons, quand Yits'hak rencontre Rivka, il vient d'un lieu qui s'appelle Bé'er La'haï Roï, le lieu où vit Yichmaël, c'est son lieu de résidence. Et beaucoup disent : « Il allait là-bas pour réconcilier Hagar avec Avraham ». Et l'autre interprétation du nom Kétoura comme liée peut aussi se rapporter à Hagar. Elle s'est liée à Avraham, elle ne s'est mariée avec personne d'autre, ce qui a permis à Avraham de la reprendre ». Il y a aussi une telle compréhension, bien que je ne sois pas d'accord avec elle, mais pourquoi ne pas la partager aussi ?
Mais, si nous lisons « Divreï haYamim », si nous lisons d'autres sources, on peut tout de même comprendre que les enfants de Hagar et les enfants de Kétoura sont énumérés séparément. Il y a de sérieuses objections à considérer qu'il s'agit d'une seule et même femme. Il se trouve que le commentateur le plus connu, le plus populaire – Rachi – a rapporté justement ce commentaire. C'est pourquoi c'est justement son opinion qui est devenue la plus répandue. Mais, en réalité, ce n'est pas la seule opinion.
Dans le Talmud, il y a l'opinion d'un homme qui dit : « Nous ne savons pas. C'est une autre femme ». Nous connaissons celle qui s'appelle Kétoura, et, à part cela, nous ne savons rien d'elle.
Il y a un midrach qui dit : « Avraham avait trois femmes : Saraï – descendante de Chem, Hagar l'Égyptienne – descendante de 'Ham, et voici Kétoura – d'entre les fils de Yéfet. Ainsi s'est accomplie en Avraham la prophétie qu'il serait le père de nombreux peuples. De nombreux peuples, et dans la famille de 'Ham, et dans la famille de Yéfet, et dans la famille de Chem. C'est un beau midrach. Ainsi donc, Avraham prend pour lui une femme qui s'appelle Kétoura.
וַתֵּלֶד לוֹ אֶת-זִמְרָן
vattéled lo et- zimrán
2 Et elle lui enfanta six fils, L'aîné – Celui qui taille la vigne.
C'est ainsi que se traduit le sens de ce nom. Il peut aussi signifier celui qui célèbre, du mot lizamér – chanter. Celui qui taille la vigne, ce n'est pas simplement un travail. C'est celui qui enlève à la vigne tout le superflu, qui, par un processus compliqué et douloureux, rend la vigne plus viable. Pas simplement un travail, mais un service pénible.
יָקְשָׁן
Yokchán
Oiseleur
Le mot yokéch – piège à oiseaux. Chasseur.
מְדָן
medán
Querelleur, rebelle, celui qui déclenche des disputes, des bagarres.
Ce n'est pas du tout forcément dans un mauvais sens. Cela peut aussi être un service du Très-Haut, bien que pénible. Au chapitre 15 du livre de Yirméyahou, le prophète se lamente : « Malheur à moi, ma mère, de ce que tu m'as enfanté homme de querelle et de dispute – riv et madon avec toute la terre. Je n'ai prêté à intérêt à personne, et personne ne m'a prêté, et tous me maudissent ». C'est-à-dire que ce même madon – dispute, qui est à la base du nom, peut aussi être un service du Très-Haut, y compris le service d'un prophète.
מִדְיָן
midyán
Un homme qui sait organiser un tribunal, un organisateur expérimenté, un manager. Il sait aussi fixer les prix, etc. (la racine est, très probablement, din – jugement).
יִשְׁבָּק
yichbak
Celui qui sera abandonné.
Quand nous rencontrons de tels noms, il nous semble : pourquoi donc appeler un homme abandonné ou délaissé ? Nous rencontrons aussi des localités qui s'appellent anim – les pauvres ou zanoa'h – abandonnées, laissées à l'abandon. Pourquoi les gens donnent-ils de tels noms ? Pour ne pas être pillé. Mieux vaut être un homme discret, petit. Comme disait Joseph Brodsky : « S'il t'est échu de naître dans l'empire, mieux vaut vivre dans une province perdue au bord de la mer ». Voilà, yichbak peut aussi se traduire par celui qui vit dans une province perdue au bord de la mer. Cette même racine se trouve dans le mot savakhvani, comme le transcrivent les traductions russes. Quand Yéchoua dit sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné ? » Chibbaktani dans la version araméenne du psaume, qui se transcrit en savakhvani, – c'est la même racine.
Et le dernier des enfants :
שׁוּחַ׃
choúa'h
Celui qui nage loin, capable de se maintenir sur l'eau, ou fortifié, entouré d'un fossé, bien protégé.
Ce sont les noms des six enfants que Kétoura a enfantés à Avraham.
וְיָקְשָׁן יָלַד אֶת-שְׁבָא וְאֶת-דְּדָן
veyokchán yalád et-chevá ve'et- dedán
3 À Yokchan naquirent deux fils : Chaba – vieillard et Dédan – terre basse.
Pourquoi peut-on appeler un enfant vieillard ? En yiddish, chez les Juifs ashkénazes, on appelait alter – vieillard. Aux fillettes on donnait parfois le nom de Mouchka, Mouche, là encore pour rendre petite, discrète, n'attirant pas l'attention, y compris l'attention de certaines forces impures, mais aussi l'attention du pouvoir, l'attention des ennemis. Un nom modeste pour la modestie.
וּבְנֵי דְדָן הָיוּ אַשּׁוּרִם וּלְטוּשִׁים וּלְאֻמִּים׃
ouvné dedán hayoú achourím oultouchím oul'oummím
Et les fils de Dédan furent Ceux qui vivent dans des camps, Ceux qui vivent dans des cabanes ou des tentes Et ceux qui se répartissent par villages, par localités.
C'est-à-dire que la Torah raconte simplement que les fils de Dédan se sont divisés en petites tribus et en petits clans.
וּבְנֵי מִדְיָן עֵיפָה וָעֵפֶר וַחֲנֹךְ וַאֲבִידָע וְאֶלְדָּעָה כָּל-אֵלֶּה בְּנֵי קְטוּרָה׃
ouvné midyán efá va'éfer va'hanókh va'avidá ve'elda'á kol-élle bené ketourá
4 Et les fils de Midyan : Le Fatigué Et la poussière, va'Hanokh (nous avons déjà parlé de lui), Mon père, qui sait ou Dieu qui sait, Dieu sait. Tous ceux-là sont les fils de Kétoura.
וַיִּתֵּן אַבְרָהָם אֶת-כָּל-אֲשֶׁר-לוֹ לְיִצְחָק׃
vayittén avrahám et-kol-acher-ló leyits'hák
5.Et Avraham donna tout ce qu'il avait à Yits'hak.
Tout ce qu'il avait, ce sont, bien sûr, les biens fonciers, les maisons, etc., c'est-à-dire les biens immobiliers. Tous les droits sur la terre et sur l'héritage de la terre sainte – tout cela, seul Yits'hak l'a reçu.
וְלִבְנֵי הַפִּילַגְשִׁים אֲשֶׁר לְאַבְרָהָם
velivné happilagchím achér le'avrahám
6 Et aux fils des concubines, Qu'avait Avraham…
Que signifie aux fils des concubines, ou plus exactement, de quelles concubines est-il question ? Certains disent qu'Avraham a pris et renvoyé toutes, toutes, toutes les concubines qui vivaient chez lui dans le camp, tous les enfants illégitimes, non les siens, mais ceux des autres, tous ceux qui étaient là, il les a renvoyés et a rendu son camp pur. Commentaire assez étrange. D'autres affirment qu'Avraham était un homme riche, un homme important, et qu'il pouvait se permettre (pour ces temps-là, cela ne violait pas les principes moraux) de nombreuses concubines. D'autres encore disent : « En réalité, Avraham avait deux concubines, Hagar et Kétoura, et c'est d'elles qu'il est question ». Mais alors on ne comprend pas pourquoi Yichmaël n'est pas renvoyé, puisqu'il participera plus tard à l'enterrement d'Avraham ? D'autres encore disent qu'il est écrit pilagchim, et que cela veut dire de nombreuses concubines. Mais, en réalité, d'après l'écriture, on peut comprendre une seule concubine, et il s'agit de cette même Kétoura. Il n'y a pas de réponse univoque, et je penche davantage vers l'opinion qu'Avraham pouvait tout à fait avoir plusieurs concubines et qu'il les renvoie. En fin de compte, Yaakov aussi avait des concubines, bien plus tard. Ainsi donc, en renvoyant les concubines, Avraham ne les renvoie pas comme ça :
נָתַן אַבְרָהָם מַתָּנֹת וַיְשַׁלְּחֵם מֵעַל יִצְחָק בְּנוֹ בְּעוֹדֶנּוּ חַי
natán avrahám mattanót vaychalle'hém me'ál yits'hák benó be'odénnou 'hay
…Avraham donna des présents Et les renvoya loin de Yits'hak, son fils, Tant que celui-ci était encore vivant ou tant qu'il est encore vivant
Qui est encore vivant ? S'il s'agit d'Avraham (nous avons, bien sûr, rencontré des cas où des gens participent à un vote après leur mort, mais que des gens renvoient quelqu'un après leur mort, cela, nous ne l'avons encore jamais rencontré), il est clair qu'Avraham a renvoyé de son vivant, pourquoi écrire que c'était encore de son vivant ? Du vivant de Yits'hak ? Alors ce n'est pas clair non plus. Parce que, puisqu'Avraham est vivant, Yits'hak aussi est vivant. Pourquoi écrire bé'odénou 'haï ? Il s'agit de ce qu'Avraham a renvoyé tous ces fils loin de Yits'hak encore du vivant de Yits'hak, pour que Yits'hak ne pense pas que c'est une sorte d'héritage, d'héritage qu'il doit laisser aux générations suivantes. Avraham a décidé que, tant que Yits'hak serait encore vivant, déjà avant sa mort, ces peuples, ces fils seraient déjà partis.
קֵדְמָה
kédma
Vers l'orient, dans le pays oriental.
Les présents et le pays oriental se sont si joliment assemblés que beaucoup de commentateurs disent : « Toute la mystique de l'Orient, le yoga, le Livre des mutations, les présents, les tours de passe-passe, tout le reste. Les fils d'Avraham ne voulaient tellement pas le quitter, ils aimaient tellement le pays d'Israël qu'il a dû leur montrer, leur offrir toutes sortes de tours, toutes sortes de sorcelleries orientales, pour qu'ils quittent ce pays ». Et les Chinois, les Hindous et les autres, selon une telle interprétation, sont les descendants de ces mêmes fils de Kétoura auxquels Avraham, selon cette interprétation, a enseigné toutes sortes de pratiques magiques, mystiques, ésotériques et autres. Ayant des connaissances en magie et en sorcellerie, il aurait, paraît-il, transmis de telles connaissances à ses fils et les aurait envoyés en Orient. Il existe une telle interprétation. Je ne peux pas dire que je puisse être d'accord avec elle. Dans le Tanakh, nous rencontrons les Madianites, et les Midyanites, et d'autres de cette liste, en tant que gens qui font commerce d'or, qui font commerce d'aromates. Et, très probablement, on peut se le représenter ainsi : Avraham a effectivement renvoyé ses fils et leur a donné des présents, leur a donné de l'argent qui leur permettra de se lancer dans le commerce et de mener une vie aisée. C'est-à-dire qu'il ne les a pas laissés partir les mains vides, mais il les a renvoyés, et ils se sont dispersés. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas dire exactement qui s'est dispersé où, mais si nous acceptons la version du midrach selon laquelle Avraham a épousé une fille de Yéfet, et la version est assez logique, alors, très probablement, ces peuples se sont retrouvés, par la suite, en Europe.
Le commentateur médiéval Abarbanel, qui vivait à l'époque de l'expulsion d'Espagne, donne six raisons pour lesquelles, à son avis, Avraham a pris Kétoura pour femme. Premièrement, comme nous l'avons déjà dit, parce qu'il est le père de nombreux peuples. Parce que le Très-Haut, comme Il le dit lui-même, bénit les œuvres des mains. Il faut faire des récipients qui seront bénis. Deuxièmement, pour qu'on ne pense pas que la circoncision affaiblit l'homme. Au contraire, affirmer la thèse que formulera plus tard Yéchayahou (chapitre 40) : « Ceux qui espèrent dans le SEIGNEUR renouvelleront leur force ». Troisièmement, pour que Yichmaël assimile que Yits'hak sera l'unique héritier. Si les fils de l'épouse légitime et les fils de la vieillesse n'héritent pas, à plus forte raison Yichmaël, qui est le fils d'une esclave. Quatrièmement (raison assez étrange, mais Abarbanel la cite), pour nous enseigner, à nous, ses descendants, que dans le premier mariage il est important de choisir et de sélectionner sa femme et de rechercher sa généalogie, comme Avraham le fait avec Saraï et comme Avraham ordonne à Éliézer de le faire avec Rivka. Lui-même ne craint pas de prendre une femme issue de certains peuples qui ne conviennent pas, parce qu'il contracte un second mariage. Abarbanel dit : « C'est pour nous montrer que le second mariage n'est pas aussi important que le premier » (il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec toutes ses idéesLe russe dit qu'on n'est pas obligé d'adhérer à toutes ses idées, et non qu'il serait interdit de le faire ; la traduction a été corrigée en ce sens.). Cinquièmement, pour montrer à Yits'hak un amour particulier. Car nous savons que les enfants de la vieillesse sont particulièrement aimés. Bén zikounim (fils de la vieillesse) – c'est d'habitude un enfant gâté, couvé d'amour, mais Avraham renvoie loin de Yits'hak même les fils de la vieillesse. À mon avis, c'est une action pédagogique assez cruelle – mettre au monde six enfants pour les renvoyer et démontrer quelque chose à Yits'hak. Et, sixièmement, Abarbanel dit : « Pour que Yichmaël ne haïsse pas tant Yits'hak. S'il ne renvoie pas que lui, Yichmaël ne sera pas si vexé que cela ». Ce sont les arguments que donne Abarbanel. Et, en somme, cela systématise, résume les principaux arguments que la tradition judaïque avance ici.
Mais essayons de discerner dans la tradition juive encore d'autres indications sur qui sont les fils de Kétoura, et ce seront des versions messianiques. Il y a une histoire intéressante dans le Talmud. Dans le traité Zraïm, les sages discutent des dimensions de l'autel. Rabbi Mani (c'est à peu près le IIIe siècle) dit que, au fond, les dimensions de l'autel ne sont pas si importantes, l'essentiel est qu'elles ne soient pas inférieures à celles de l'autel qu'a construit Moché. C'est-à-dire que les dimensions de l'autel de Moché ne sont pas un dogme, c'est une sorte de minimum, car Moché construisait l'autel dans des conditions de campement. Ce même Rabbi Mani dit : « Et cela signifie que c'est d'une coudée ». Aussitôt, les élèves se mettent à se moquer de lui : « Mais la Torah dit concrètement au chapitre 27 du livre de Chémot : “Cinq coudées sur cinq coudées”. Ce rav n'aurait-il donc pas lu la Torah, pour qu'il dise : “D'une coudée” ? » Mais Rabbi Yossi intervient dans la conversation et dit : « Sans doute le maître voulait-il parler du socle sur lequel se trouve l'autel. Autour de l'autel, il fait effectivement une coudée ». Et il dit : « Oui, tu as compris mon opinion, et ceux qui se moquent de moi, ce sont des fils de Kétoura ». Pour nous, le fond de la discussion, ce sur quoi les sages discutaient, n'est pas important. Pour nous, ce qui est important, c'est que Rabbi Mani a appelé fils de Kétoura les élèves qui ne voulaient pas l'écouter, qui ne voulaient pas approfondir ses paroles.
Quand le Talmud emploie une expression qui peut ne pas être comprise des élèves, il donne encore un autre exemple de l'emploi de cette expression. Dans notre cas, le Talmud raconte une histoire au sujet de Rabbi Tarfon et de ses neveux. Un jour, il était assis et enseignait à ses neveux, et les neveux étaient des cancres, ils ne voulaient pas l'écouter et étaient inattentifs. Et alors Rabbi Tarfon leur dit : « Il est écrit dans le livre de Béréchit : “Et Avraham prit encore une autre femme, et elle s'appelle Yo'hani” ». Au lieu de dire qu'elle s'appelait Kétoura, il leur dit qu'elle s'appelait Yo'hani. Yo'hani est le nom d'une sorte de Baba Yaga babylonienne, une sorcière connue. Et les élèves soudain sursautèrent et crièrent : « Non, non, non ! Ce n'est pas Yo'hani qu'il a prise pour femme, mais Kétoura ». Et il dit : « Vous êtes des désobéissants, ceux qui ne savent pas écouter, ceux qui ne savent pas poser de questions, vous êtes des fils de Kétoura ».
Pourquoi les fils de Kétoura, ce sont ceux-ci, et pourquoi les fils de Kétoura, ce sont ceux-là ? Comme nous l'avons dit, l'une des significations du nom Kétoura est liée, nouée, celle qui est liée, dont la conscience est liée, qui n'est pas encore capable de comprendre et de percevoir. Les fils de Kétoura, ce sont ceux qui ne sont pas encore prêts à recevoir l'enseignement, ceux qui ne sont pas encore prêts à la révélation de la Torah. C'est ainsi qu'on peut le comprendre.Le russe dit littéralement « pourquoi les fils de Kétoura sont ceux-ci et pourquoi les fils de Kétoura sont d'autres » ; il s'agit sans doute des deux groupes d'élèves des deux récits du Talmud. Nous avons gardé la phrase telle quelle.
Dans la tradition juive, il y a encore un récit intéressant qui confirme notre version selon laquelle les fils de Kétoura sont des gens qui sont préparés d'avance à écouter la Torah, préparés d'avance à entendre la Torah, mais cela ne leur a pas encore été ouvert, jusqu'au temps fixé. Peut-être jusqu'au temps de la venue du Machia'h. Dans le traité Sofrim, il y a encore une histoire intéressante sur les fils de Kétoura. On y raconte qu'Avraham prit les fils de Kétoura et leur construisit à l'ouest une grande ville, entourée d'un très haut mur de fer. Si haut que même le soleil n'y pénètre pas, c'est pourquoi ils sont les fils de Kétoura – liés jusqu'au temps fixé dans la ville de fer. Et il leur laissa là des présents : des pierres précieuses et d'autres objets précieux, pour qu'ils s'en servent comme de lumière. Et à la fin des jours, au temps du Machia'h, ils sortiront avec ces présents de cette ville de fer. Ici, on peut voir un parallèle avec les mages qui sont venus se prosterner devant le Machia'h. Une autre compréhension de ce midrach est que, quand le soleil s'obscurcira, quand se produira le changement des luminaires, ces fils de Kétoura sortiront et apporteront au monde une lumière nouvelle. Et cette compréhension aussi est dans une clé messianique.
Il existe donc une certaine tradition selon laquelle les fils de Kétoura, les fils de la liée, sont les descendants d'Avraham cachés parmi d'autres peuples. Des descendants qui auront à révéler en eux-mêmes la semence d'Avraham par la foi, par la révélation qu'ils recevront quand ils seront prêts. Voilà une telle interprétation messianique, et nous ne l'avons pas tant inventée que lue. Elle est effectivement consignée dans des sources juives anciennes. Comme toute histoire de la Torah, cette histoire a encore beaucoup de facettes qu'on pourrait encore découvrir et découvrir. Mais nous, nous nous arrêterons là.
Entre autres choses, la section hebdomadaire raconte l'histoire de la manière dont Avraham appela à lui son serviteur – Éliézer, et lui fit prêter serment qu'il irait à Aram Naharaïm et qu'il prendrait de là une fiancée pour Yits'hak, afin que la fiancée de Yits'hak ne soit pas une des jeunes filles du pays.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Éliézer se prépare pour l'expédition et, au bout d'un temps long ou court, il arrive à Aram Naharaïm, où il s'arrête près d'un puits. Bon, arriver jusqu'à la ville, c'est la moitié du chemin, la moitié de l'affaire, mais comment choisir dans la ville, dans une ville inconnue, étrangère, une fiancée pour un homme aussi étonnant que Yits'hak ? Comment reconnaître une jeune fille qui conviendra à une telle famille et deviendra une bonne épouse pour Yits'hak ? On peut choisir à la manière du monde : par la beauté – belle, par la richesse – riche ou pauvre, et par les relations – à quel point elle est de noble origine. Mais dans notre cas, on peut, bien sûr, faire intervenir quelques signes miraculeux. Par exemple, si elle lui dit en tchouvache : Yr kaç pultăr ! – Irakach pouldar ! – Bonsoir ! – alors c'est la fiancée qui convient. Ou comment trouver un critère de reconnaissance de la belle-fille pour Avraham ? La langue tchouvache ne convient pas très bien. Et voici ce que dit Éliézer :
« Et il dit : “SEIGNEUR, Dieu de mon maître Avraham, procure-moi une rencontre en ce jour et fais grâce à mon Maître, Avraham. Voici, je me tiens près de la source d'eau, et les filles des habitants de la ville sortent puiser de l'eau. Que la jeune fille à qui je dirai : ‘Incline ta cruche, et je boirai’, et qui dira : ‘Bois. J'abreuverai aussi tes chameaux’, soit celle que Tu as destinée à Ton serviteur Yits'hak. Et par cela je saurai que Tu as fait grâce à mon maître” ».
Voici quel signe Éliézer demande au Très-Haut : « Je demanderai à la jeune fille : “Donne-moi à boire”. Et elle dira : “Bois ! J'abreuverai aussi tes chameaux !” » Voilà de quoi cela a l'air au premier regard.
Regardons cela un peu de l'extérieur. Un homme grand, d'une taille énorme (comme on le raconte), mais en tout cas un homme, Éliézer, qui est à la tête d'une caravane, qui a avec lui et des serviteurs et des accompagnateurs, qui n'est pas seul, se tient tout près de la source et s'adresse à une petite jeune fille fragile : « Donne-moi à boire ! » Et elle lui répond : « Bois ! J'abreuverai aussi tes chameaux ! » C'est-à-dire qu'elle ne lui répond pas : « Va travailler ! » ou « Tu as les mains de travers, toi, ou quoi, tu ne peux pas boire tout seul ? » Sans aucun reproche, elle l'aide, et cela en soi est étonnant.
Nous aimons aider quand personne ne peut aider quelqu'un, sauf nous, ou quand personne d'autre ne se trouve à côté. Ici, à côté, il y a plein d'autres jeunes filles, à côté il y a plein de gars qui peuvent lui donner à boire, et lui-même peut d'ailleurs boire. Pourquoi Rivka l'aide-t-elle tout de même ? Et pourquoi est-ce un signe ?
Rappelons-nous ce que nous avons vu et ce qu'Éliézer a vu dans la maison d'Avraham ? Quand Avraham, par une journée torride, est assis et voit des voyageurs, il ne sait pas encore que ce sont des anges, il ne sait pas du tout qui ils sont. Il court déjà à leur rencontre, il donne déjà l'ordre d'abattre un veau, pas juste comme ça, mais un veau en l'honneur d'invités de hasard. Nous avons lu le livre de Béréchit et nous savons qu'ils ne sont pas de hasard. Avraham, comme il est écrit à ce sujet, a reçu des anges sans le savoir. S'il les avait connus, il ne les aurait même pas nourris, car à quoi bon de la nourriture pour des anges. Mais pour des inconnus, il était prêt à courir quelque part, à organiser, à demander à Sara de façonner des galettes, à exiger qu'on égorge un veau. Cela signifie que la réception des invités va durer plusieurs heures.
Souvent on me demande : comment est-ce donc, le lait et la viande chez Avraham ? Imaginez-vous, les galettes, il les a servies tout de suite, et le temps que cuise la viande du veau – c'est plusieurs heures.
On dirait qu'Avraham brûle simplement du désir d'hospitalité et que seul cela le meut. Et la même chose meut Rivka. Elle n'a aucune raison d'abreuver les chameaux d'Éliézer et de donner à boire à Éliézer lui-même. Elle est hospitalière, il y a en elle l'ardeur de ce commandement, c'est justement pour cela qu'elle convient le mieux à Yits'hak. Où trouver encore une telle « folle comme il faut » qui conviendrait à Yits'hak ? Voilà pourquoi Éliézer demande un tel signe.
Lisez aussi : Vayéra, Toldot, les fils de Kétoura et les sections hebdomadaires de la Torah.