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  2. Béréchit
  3. Vayétsé

וַיֵּצֵא

Vayétsé

l'échelle de Yaakov et sa famille

Illustration : alexblend.com
Section hebdomadaire
7 sur 54
Versets
Béréchit 28,10–32,3
Parties
13
Temps de lecture
3 h 40 min

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Vayétsé — section hebdomadaire sur le chemin de Yaakov vers 'Haran, sa famille et son retour à la maison. Dans le sténogramme, Alex Blend analyse le songe de l'échelle, les relations avec Ra'hel, Léa et Lavan, le travail et la prière de Yaakov. L'hébreu, la translittération et la traduction sont accompagnés de commentaires sur la Torah et la haftara.

Vayétsé : la plus merveilleuse des échelles

Béréchit 28,10–22

Nous nous souvenons de la façon dont Yaakov sort : d'un côté, il fuit Essav, sa colère, comme l'en suppliait sa maman ; de l'autre côté, selon la bénédiction de Yits'hak, il va prendre une fiancée.

וַיֵּצֵא יַעֲקֹב מִבְּאֵר שָׁבַע וַיֵּלֶךְ חָרָנָה

vayetsé yaakóv mibbe'ér cháva vayélekh 'harána

10 Et Yaakov sortit de Bé'ér-Chéva, et il alla à 'Haran.

Si nous nous en souvenons, Rivka disait que Yaakov devait fuir à 'Haran, tandis que Yits'hak envoya Yaakov à Paddan-Aram. Nous n'entrerons pas dans les subtilités géographiques, il s'agit à peu près de la même chose, mais le langage est différent. Ici la Torah nous dit que Yaakov fuit à 'Haran ; c'est-à-dire que Yaakov fuit Essav dans une plus grande mesure qu'il ne va chercher une fiancée, du moins pour le moment. La distance de Bé'ér-Chéva à 'Haran, pour que vous vous la représentiez, c'est 17 jours de route. Si nous regardons un peu plus profondément pourquoi la Torah met l'accent sur le fait que c'est une fuite et non une expédition pour chercher une fiancée, alors c'est la première fois que le peuple d'Israël, en puissance le peuple d'Israël (pour l'instant en la personne d'un seul homme nommé Yaakov), part en exil hors du pays d'Israël. C'est précisément la première fuite, le premier exil. Il y a eu auparavant qu'Avraham descendait en Égypte à cause de la famine, mais ce n'était pas une fuite. Ici, en revanche, c'est le premier exil de l'histoire d'Israël, de la proto-histoire d'Israël. Où fuit Yaakov ? Dans la ville de 'Haran. Et qu'est-ce que 'Haran ? 'Haran, comme nous nous en souvenons, est mentionné au moment où meurt Téra'h, il meurt à 'Haran. Aussitôt après cela apparaît Avraham. Et, dans une certaine mesure, on peut dire que, du point de vue spirituel, Yaakov s'enfuit dans l'« avant-Avraham », descend dans le monde « d'avant Avraham » ; dans le premier exil du peuple d'Israël. Encore une signification du mot 'Haran – 'harón Av ou la colère de Dieu. De même, les derniers mots de ce verset, vayélekh 'harána (et il s'enfuit à 'Haran), peuvent se traduire par et la colère s'en alla, la colère d'Essav s'en alla. Voilà une phrase à significations multiples. Ainsi, Yaakov – dans le premier exil de l'histoire d'Israël.

וַיִּפְגַּע בַּמָּקוֹם

vayifgá bammakóm

11 Et il tomba sur un certain lieu…

Un verbe étonnant, lifgóa, nous l'avons rencontré quand Avraham demanda aux fils de 'Het de rencontrer Éfron ben Tso'har, quand il leur achetait la grotte. Il dit : « Donnez-moi la possibilité de le rencontrer (וּפִגְעוּ – לִי) ». Et le mot lifgóa signifie rencontrer, tomber sur, se heurter. Une autre signification de ce mot, que nous trouvons dans le livre du prophète Yirméyahou au chapitre 7, verset 16 – intercéder ou prier : « …Ne me priez pas, n'intercédez pas devant moi », dit le Très-Haut. Le verbe lifgóa – prier, être plongé dans la prière, prier d'une prière de protection.

On peut dire que Yaakov, dans l'état d'un fugitif aux perspectives incertaines, dans un état d'âme troublé, marche plongé dans la prière ; et, mû par cette prière, conduit par le Très-Haut, selon son GPS divin intérieur, il tombe sur un certain lieu.

vayálen cham ki-vá hachémech

… et il passa la nuit là, parce que le soleil était venu…

Dans la langue hébraïque, dans la langue de la Torah, l'expression le soleil s'est couché (va hachémech) – le soleil est venu. Le soleil est venu là où il s'en allait le matin, c'est-à-dire à l'ouest. Il y a ici une tournure très intéressante : il passa la nuit là parce que le soleil s'était couché. On peut en comprendre que le soleil s'est couché plus tôt qu'il ne s'y attendait. Encore une fois, si l'on dit que Yaakov marche mû par la prière et par son désir intérieur d'une direction, d'une conduite de la part du Très-Haut, alors le Très-Haut fait coucher le soleil un peu avant l'heure, dirigeant Yaakov sur ce chemin, pour qu'il passe la nuit en ce lieu précis.

וַיִּקַּח מֵאַבְנֵי הַמָּקוֹם וַיָּשֶׂם מְרַאֲשֹׁתָיו וַיִּשְׁכַּב בַּמָּקוֹם הַהוּא׃

vayikká'h me'avné hammakóm vayássem mera'achotáv vayichkáv bammakóm hahoú

…et il prit des pierres de ce lieu, et les mit à son chevet, et se coucha en ce lieu même.

On peut se représenter que Yaakov ramassa des pierres, les mit sous sa tête et se coucha là ; c'est la traduction littérale. Les commentateurs racontent une histoire étonnante, un midrach si étonnant. Quand nous disons « midrachim », et les midrachim sont parfois un peu magiques, il faut comprendre non pas le sens littéral, mais ce qu'ils ont en vue. Ainsi, le midrach raconte que, lorsqu'il choisissait les pierres, chaque pierre disait : « Choisis-moi ! Moi, mets-moi sous ta tête ». Et le Très-Haut, dans Sa miséricorde, réunit les pierres en une seule, fit une seule grande pierre orthopédique, sur laquelle il était commode pour Yaakov de dormir. Il semble que ce soit, là encore, simplement un midrach magique, mais il dit que le Très-Haut nous réunit (nous disons : avoním – pierres, baním – fils) en un seul peuple, il parle de l'habileté du Très-Haut à faire de la multitude un seul, car par la suite nous verrons que la pierre, elle, est une seule.


וַיַּחֲלֹם וְהִנֵּה סֻלָּם

VAYA'HALÓM VEHINNÉ SOULLÁM

12 Et il s'endormit, et vit un songe, et voici – une échelle…

On peut le comprendre de différentes manières, entre autres on peut comprendre que voilà, lui-même dans le songe, il rêvait qu'il était – une échelle. C'est sur ce verset que nous allons devoir nous arrêter longuement.

Vaya'halóm vehinné soulám – et il s'endormit, et voici – une échelle. Regardons le mot soulám – échelle. Si quelqu'un regarde le texte hébreu, il verra à l'intérieur de la petite lettre lámed (ל) un point, c'est-à-dire soullám, comme avec un « l » doublé. Cela signifie que la racine du mot doit se lire comme סלל (samekh-lamed-lamed), comme il nous a frayé un chemin ou il nous a ouvert un chemin, comme il est dit : « il nous a ouvert un chemin à travers son corps ». Soullám – une échelle qui fraie un chemin vers la terre et vers les cieux, relie le céleste et le terrestre. Nous allons tout de suite lire à ce sujet :

סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה וְרֹאשׁוֹ מַגִּיעַ הַשָּׁמָיְמָה

soullám mouttsáv ártsa verochó maggíya hachamáyma

…une échelle est posée vers la terre (précisément posée vers la terre, c'est-à-dire en direction de la terre), et sa tête atteint les cieux…

Voilà un hébreu si « maladroit ». On pourrait dire que c'est un hébreu maladroit, si Celui Qui a donné la Torah n'était pas un grand connaisseur de l'hébreu. Cela indique une direction de mouvement déterminée. L'échelle se meut simultanément en direction de la terre et des cieux, et vers le haut, et vers le bas.

וְהִנֵּה מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים עֹלִים וְיֹרְדִים בּוֹ׃

vehinné mal'akhé elohím olím veyoredím bo

…et voici, les messagers de Dieu (ou les anges de Dieu) montent et descendent par elle (par l'échelle).

On peut comprendre de différentes manières, et essayons de nous rappeler les différentes interprétations de ce songe. Certains disent : voilà, Yaakov voit qu'il est lui-même – l'échelle, qu'il est en puissance le peuple d'Israël, et il se voit comme une échelle par laquelle se réalisent tous les desseins divins, toute la conduite divine du monde. Tous les messagers, tous les anges de Dieu – tous montent et descendent vers lui, à travers lui ; il est comme un système de liaison entre les cieux et la terre. Et on peut dire, si l'on se rappelle les paroles du Machia'h : « Vous verrez les anges de Dieu », que Yaakov voit la promesse du Machia'h, la promesse du salut.

D'autres commentateurs disent qu'on a montré à Yaakov toute l'histoire d'Israël, toute l'histoire de l'humanité. On lui a montré comment Babylone monte par l'échelle et ensuite descend. La Perse, la Grèce, Rome montent ; elles montent et descendent. Et le Très-Haut demande à Yaakov de monter par cette échelle. Et Yaakov dit : « J'ai peur d'y monter, parce que moi aussi je descendrai, moi non plus je ne tiendrai pas ! » Et le Très-Haut dit : « Yaakov, si tu montes, tu ne descendras pas. Je te le promets ». Mais Yaakov ne monte pas par cette échelle. C'est encore une interprétation, et cette interprétation est eschatologique, une interprétation liée à l'histoire mondiale et à son développement jusqu'à la fin du monde.

Il y a une interprétation intéressante dans le Targoum, l'ancienne traduction araméenne. Quand nous disons Targoum, ce ne sont pas tout à fait des commentaires, c'est précisément une traduction ; ce qu'on lisait dans les synagogues comme traduction (comme nous lisons aujourd'hui la traduction de Yossifon ou la traduction synodale), et cela était compris comme le sens simple de la Torah. Et voici, il y est dit que marchaient deux anges, qui étaient restés après la destruction de Sédom. Ils accompagnèrent Yaakov jusqu'à l'échelle, eux-mêmes montèrent par l'échelle. Naturellement, des multitudes d'anges les accueillent en les questionnant sur les nouvelles de là-bas, sur la terre (rappelons-nous que c'est un midrach). Et les anges disent : « Nous avons vu là-bas un homme (au sens de – Yaakov), dont le visage ressemble à ce visage qui est gravé, dont le bas-relief se trouve sur le trône du SEIGNEUR ». Et c'est un midrach qui dit que le visage de Yaakov était comme le visage du Machia'h, qui, comme nous le savons, est représenté sur le saint trône (il existe de tels midrachim). Et les anges s'étonnèrent que, et dans les cieux, et sur la terre, il y ait un seul et même homme. C'est un midrach qui parle de la promesse du Machia'h sur la Terre ; et tout cela, ce sont des midrachim très intéressants et profonds, et il y a des profondeurs et des profondeurs de profondeurs autour de ces midrachim. Mais il faut se rappeler que Yaakov est dans le trouble, dans la peur et, outre les immenses tableaux de l'histoire mondiale, a simplement besoin d'encouragement. Et c'est pourquoi il y a une telle probabilité, il y a une telle approche, que ce songe, Yaakov le comprendra tout au long de son chemin ultérieur, de tout son exil ultérieur, de toute sa vie ultérieure jusqu'au retour dans la maison paternelle. Yaakov méditera cette échelle, ce songe et réfléchira à cela, et cela signifie que toute la signification de ce songe, nous ne la dévoilerons que par la suite.

וְהִנֵּה יְהוָה נִצָּב עָלָיו וַיֹּאמַר אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵי אַבְרָהָם אָבִיךָ וֵאלֹהֵי יִצְחָק

vehinné adonáy nittsáv aláv vayomár aní adonáy elohé avrahám avíkha velohé yits'hák

13 Et voici, le SEIGNEUR se tient près de lui (ici ce n'est pas clair : le SEIGNEUR se tient près de l'échelle ou près de Yaakov) et dit : « Je suis le SEIGNEUR, Dieu d'Avraham, ton père, et Dieu de Yits'hak...

Certains disent que le SEIGNEUR se tenait en haut de l'échelle, d'autres, que le SEIGNEUR se tenait à côté de Yaakov.

D'habitude, le Très-Haut ne mentionne pas des gens vivants, comme Dieu de gens vivants, qui sont encore en vie. C'est ce que disent les midrachim, ce que disent les commentateurs, que le Très-Haut ne lie pas Son Nom aux noms des vivants, mais puisque Yits'hak est malade, aveugle, il est déjà considéré comme pour ainsi dire mort. C'est ainsi qu'on essaie d'expliquer le fait qu'ici le SEIGNEUR mentionne le nom de Yits'hak. D'autres disent que Yits'hak, puisqu'il est déjà mort, il était déjà sur l'autel (on peut dire qu'il est le prototype du Machia'h ressuscité), il est déjà premier-né, sinon d'entre les morts, alors premier-né des morts. C'est pourquoi il peut être mentionné par Dieu, comme Dieu de Yits'hak. Et le Très-Haut continue, et lui dit la promesse :

הָאָרֶץ אֲשֶׁר אַתָּה שֹׁכֵב עָלֶיהָ לְךָ אֶתְּנֶנָּה וּלְזַרְעֶךָ׃

ha'árets achér attá chokhév aléha lekhá ettenénna oulzar'ékha

…La terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai, à toi et à ta semence.


וְהָיָה זַרְעֲךָ כַּעֲפַר הָאָרֶץ וּפָרַצְתָּ יָמָּה וָקֵדְמָה וְצָפֹנָה וָנֶגְבָּה וְנִבְרֲכוּ בְךָ כָּל-מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה וּבְזַרְעֶךָ׃

vehayá zar'akhá ka'afár ha'árets oufaratstá yámma vakédma vetsafóna vanégba venivrekhoú vekhá kol-michpe'hót ha'adamá ouvzar'ékha

14 Et ta semence sera comme la poussière de la terre, et tu iras à l'est, et à l'ouest, et au nord, et au sud, et en toi seront bénis tous les peuples de la terre et par ta semence.

C'est une bénédiction sur la terre et une bénédiction sur le pouvoir ; sur le fait que le SEIGNEUR donnera à Yaakov cette bénédiction, au fond, pour l'avenir.

וְהִנֵּה אָנֹכִי עִמָּךְ וּשְׁמַרְתִּיךָ בְּכֹל אֲשֶׁר-תֵּלֵךְ וַהֲשִׁבֹתִיךָ אֶל-הָאֲדָמָה הַזֹּאת כִּי לֹא אֶעֱזָבְךָ עַד אֲשֶׁר אִם-עָשִׂיתִי אֵת אֲשֶׁר-דִּבַּרְתִּי לָךְ׃

vehinné anokhí immákh ouchmartíkha bekhól acher-telékh vahachivotíkha el-ha'adamá hazzót ki lo e'ezovkhá ad achér im-assíti et acher-dibbárti lakh

15 Voici, je suis avec toi, et je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre, car je ne te quitterai pas, jusqu'à ce que J'aie accompli tout ce dont Je t'ai parlé ».

Une immense promesse reçoit ici notre Patriarche Yaakov. D'un côté, la vision (l'échelle), à laquelle il est pour l'instant difficile de donner une interprétation concrète. De l'autre côté, la promesse de Dieu est telle qu'on ne saurait être plus concret, répétant littéralement en plusieurs phrases la bénédiction qui avait été donnée à Avraham : et michpe'hót ha'adamá – semence de la terre, et zar'akhá ka'afár ha'árets – semence comme la poussière de la terre. Ce sont des promesses qui ont été données précisément à Avraham et qui ne se sont pas répétées. Et Yaakov connaît sûrement ces promesses.

וַיִּיקַץ יַעֲקֹב מִשְּׁנָתוֹ וַיֹּאמֶר אָכֵן יֵשׁ יְהוָה בַּמָּקוֹם הַזֶּה וְאָנֹכִי לֹא יָדָעְתִּי:

vayikáts yaakóv michenató vayomer akhén yech adonáy bammakóm hazzé ve'anokhí lo yadá'ti

15 Et Yaakov s'éveilla de son sommeil et dit : « Oui, le SEIGNEUR est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ».

Le mot likóts – s'éveiller, être alerte, mais il est un peu lié au mot katsoúts, kots – il s'est piqué, en tressaillant brusquement, il s'est réveillé de son sommeil.

Qu'est-ce que Yaakov ne savait pas ? Eh bien, il va de soi qu'en chaque lieu sur la terre Sa gloire remplit toute la terre. Mais ici il s'agit d'une présence déterminée, d'un lieu où Dieu peut se révéler à l'homme ; ou peut-être Yaakov dit-il : « Dieu a pourvu à ce que je me trouve en ce lieu, c'est le dessein de Dieu qui était présent ici, et moi, je ne le savais pas. Dieu voulait une rencontre avec moi précisément ici, Dieu m'a fixé ici un rendez-vous ».

וַיִּירָא וַיֹּאמַר מַה-נּוֹרָא הַמָּקוֹם הַזֶּה אֵין זֶה כִּי אִם-בֵּית אֱלֹהִים וְזֶה שַׁעַר הַשָּׁמָיִם

vayirá vayomár ma-norá hammakóm hazzé en ze ki im-bét elohím vezé chá'ar hachamáyim

16 Et il eut peur : « Comme ce lieu est terrible ! Ce n'est rien d'autre que la maison de Dieu, et c'est la porte des cieux ».

Un parallèle intéressant. Vous vous souvenez de l'histoire ? Après le déluge, le peuple décida de construire une tour à Babylone, et Dieu y confondit les langues. Ils voulaient construire une tour pour monter au ciel. Et ici nous voyons une échelle qui atteint le ciel, que le Très-Haut Lui-même a dressée, auprès de laquelle le Très-Haut Lui-même se tenait. Les Babyloniens eux-mêmes, selon leur étymologie populaire, appelaient leur ville Bavel, porte de Dieu. Nous connaissons l'histoire : l'explication, elle, est autre. Il fut un temps où les savants considéraient que Babilou – c'est réellement la porte de Dieu, et que dans la Torah l'étymologie est fausse. Aujourd'hui, les chercheurs parlent déjà d'une autre opinion : Bavel – c'est en réalité confusion, chaos ; c'est-à-dire qu'ils pensent qu'ils sont la porte de Dieu, mais chez eux c'est un bazar complet, et la porte, en réalité, est ici, à Beit-El. Dans la maison de Dieu il y a la porte des cieux, parce que là il y a l'échelle que le Très-Haut a dressée, et c'est un parallèle évident avec la tour de Babel.

וַיַּשְׁכֵּם יַעֲקֹב בַּבֹּקֶר וַיִּקַּח אֶת-הָאֶבֶן אֲשֶׁר-שָׂם מְרַאֲשֹׁתָיו וַיָּשֶׂם אֹתָהּ מַצֵּבָה וַיִּצֹק שֶׁמֶן עַל-רֹאשָׁהּ:

vayachkém yaakóv babbóker vayikká'h et-ha'éven acher-sám mera'achotáv vayássem otá mattsevá vayitsók chémen al-rochá

18 Et Yaakov se leva tôt le matin (apparemment, s'étant réveillé, il pouvait encore dormir un peu ou rester un peu couché), et prit la pierre qu'il avait mise auparavant à son chevet, et en fit une « matséva » (ou un monument de pierre, une stèle), et versa de l'huile dessus.

Vous voyez, ici il y a une seule pierre, alors qu'au début il y en avait beaucoup, c'est pourquoi le midrach parle du fait que les pierres se sont unies. Bien qu'on puisse comprendre cela de différentes manières, et peut-être ne vaut-il pas la peine de focaliser l'attention sur ces détails.

La pierre s'est transformée en matséva, en stèle ; le lieu s'est transformé en maison de Dieu ; tout acquiert des traits de sainteté, tout, en se sanctifiant, change. Et Yaakov lui-même doit aussi changer. Des commentaires intéressants disent : « D'où Yaakov a-t-il de l'huile ? » Un homme qui, semble-t-il, n'a rien pris, il va ensuite demander de la nourriture et des vêtements. Et les commentateurs disent que, lorsqu'il ramassait les pierres, il trouva une cruche d'huile, et l'huile qu'elle contenait ne s'épuisait pas, et c'est la première préfiguration du miracle de 'Hanouka. 'Hanouka, nous nous en souvenons, est une fête historique liée à l'huile. La fête du RenouvellementL'auteur appelle ici 'Hanouka « fête du renouvellement », comme la traduction russe du Nouveau Testament (Év. Yo'hanan 10,22) ; les bibles françaises disent « fête de la Dédicace ». Nous suivons le mot de l'auteur. (comme elle est nommée dans le Nouveau Testament) commence par un récipient à l'huile inépuisable. Et les commentateurs disent qu'ici, encore avant l'apparition du premier et du second Temple, avait déjà eu lieu le premier miracle de 'Hanouka : Yaakov trouva une cruche d'huile. Beaucoup sont même si audacieux qu'ils tracent un tel parallèle : « C'est la même cruche de Yaakov que trouvèrent ensuite aussi les Maccabées ». Bien entendu, encore une fois, quand nous parlons d'un midrach, il ne faut pas le comprendre littéralement. Mais le même miracle qui envoya l'huile à Yaakov la donna aussi aux Maccabées. Vous direz que, bien entendu, Yaakov pouvait prendre de l'huile pour la route. Bien sûr, il pouvait prendre de l'huile pour la route, même dans une quantité telle qu'il en faut pour en verser sur une pierre, et ce n'est pas faire tomber une petite goutte. Alors il faut se représenter qu'il portait avec lui un tas de biens de toutes sortes, et c'est une question discutable, parce qu'il dit : « Je n'ai passé ce chemin qu'avec un seul bâton ». Et nous observons de manière suivie que Yaakov sort sans rien. Bref, ceux qui veulent voir un miracle voient un miracle ; ceux qui veulent voir une explication rationnelle peuvent voir une explication rationnelle, même sans être tout à fait convaincus qu'elle est rationnelle.

וַיִּקְרָא אֶת-שֵׁם-הַמָּקוֹם הַהוּא בֵּית-אֵל וְאוּלָם לוּז שֵׁם-הָעִיר לָרִאשֹׁנָה:

vayikrá et-chem-hammakóm hahoú bet-él ve'oulám louz chem-ha'ír larichoná

19 Et il appela ce lieu Beit-El, et le nom de cette ville était d'abord Louz.

Nous apprenons soudain que ce lieu – il est une ville. Bien que ce ne soit pas une ville, mais ville dans l'Écriture – ir (c'est un lieu où l'on veille). Le mot ir – ville, vient du mot ער – être veillant, regarder, plate-forme d'observation, lieu d'observation, il se trouve haut sur la montagne. Ce lieu est aujourd'hui plus ou moins connu, selon la plupart des opinions nous savons où il se trouve. On y emmène les touristes, on le leur montre. Louz est une ville liée à une histoire intéressante. Louz – c'est ainsi qu'on appelle, dans l'anatomie spirituelle juive, un petit os qui se trouve dans la partie occipitale, en dessous du crâne. Et c'est précisément celui qui ne se décompose jamais, et il contient, pour parler de façon très conventionnelle, une sorte d'ADN spirituel pour la résurrection des morts. Tout cela, bien sûr, ce sont des images : il y avait une ville de Louz, dans laquelle personne ne mourait jamais, et ainsi de suite. Très nombreux sont les midrachim liés à ce qu'est Louz ; ce sont des images dans lesquelles nous n'entrerons pas maintenant. Je dirai simplement que Louz n'est pas un nom simple. Celui que cela intéresse peut chercher ; celui que cela n'intéresse pas peut le négliger.

וַיִּדַּר יַעֲקֹב נֶדֶר לֵאמֹר אִם-יִהְיֶה אֱלֹהִים עִמָּדִי וּשְׁמָרַנִי בַּדֶּרֶךְ הַזֶּה אֲשֶׁר אָנֹכִי הוֹלֵךְ וְנָתַן-לִי לֶחֶם לֶאֱכֹל וּבֶגֶד לִלְבֹּשׁ

vayiddár yaakóv néder lemór im-yihyéLa translittération de l'original place les lettres de ce mot dans le désordre ; nous suivons l'hébreu : yihyé. elohím immadí ouchmaráni baddérekh hazzé achér anokhí holékh venatan-lí lé'hem le'ekhól ouvéged lilbóch

20 Et Yaakov jura d'un serment, en disant : « Si Dieu est avec moi, et me garde sur ce chemin par lequel je vais, et me donnait du pain à manger et un vêtement pour me vêtir,

Faites attention : Yaakov ne répond pas à la première partie concernant la terre, il ne réagit d'aucune façon. Le SEIGNEUR a dit : « Je serai avec toi », et Yaakov dit : « Si le SEIGNEUR est avec moi ». De nouveau, Dieu dit : « Je te garderai, où que tu ailles », et Yaakov dit : « Et me gardera sur ce chemin, et moi, j'irai par ce chemin ».

וְשַׁבְתִּי בְשָׁלוֹם אֶל-בֵּית אָבִי וְהָיָה יְהוָה לִי לֵאלֹהִים

vechavtí vechalóm el-bét aví vehayá adonáy li lelohím.

21 Et que je revienne en paix à la maison de mon père, et Il sera pour moi Dieu.

וְהָאֶבֶן הַזֹּאת אֲשֶׁר-שַׂמְתִּי מַצֵּבָה יִהְיֶה בֵּית אֱלֹהִים וְכֹל אֲשֶׁר תִּתֶּן-לִי עַשֵּׂר אֲעַשְּׂרֶנּוּ לָךְ

veha'éven hazzót acher-sámti mattsevá yihyé bet elohím vekhól achér titten-lí assér a'asserénnou lakh

22 Cette pierre, que j'ai posée en matséva (nous avons dit – en stèle), sera une maison de Dieu, et de tout ce que Tu me donneras, je mettrai à part la dîme ».

Ainsi, le SEIGNEUR a promis à Yaakov qu'Il lui donnerait la terre et la semence et ferait de lui celui qui relie la terre et le ciel. Une promesse grandiose, Yaakov l'a reçue du Très-Haut. Yaakov dit ici : « Si le SEIGNEUR me donne seulement un vêtement et de la nourriture, et me garde sur ce chemin-ci, que j'ai déjà choisi, et est avec moi, et me ramène à la maison ». Ici il est très important, faites attention, que, de même que le Très-Haut a promis de ramener, de même Yaakov parle d'être ramené à la maison. Pourquoi est-il important pour nous de nous en souvenir ? On peut diviser ce serment ainsi : « Et je reviendrai à la maison, et alors cette stèle, j'en ferai une maison de Dieu ». Et une question se pose : qu'attend Yaakov pendant six ans ? 14 ans il a travaillé pour deux femmes, 6 ans il a travaillé pour le bétail, c'est-à-dire que Yaakov restait hors de la terre d'Israël simplement pour s'enrichir ? Et la réponse – non. Il attendait l'appel du Très-Haut. Le Très-Haut a dit : « Je ramènerai », et Yaakov attend ici que le Très-Haut le ramène. Si nous mettons le point dans le serment de Yaakov après le 21e verset, alors tout deviendra compréhensible. Yaakov jure que, si toutes ces conditions s'accomplissent – si le Très-Haut est avec lui, le garde sur le chemin par lequel il va, lui donne du pain pour manger, un vêtement pour se vêtir, le ramène dans la maison de son père et est pour lui Dieu – alors cette pierre, sur laquelle Yaakov a versé l'huile, qu'il a sanctifiée et marquée (on dit que l'huile ne se lave pas vite, même par la pluie, et Yaakov ne comptait pas partir pour 20 ans, il ne savait pas pour combien de temps il partait), alors cette pierre, à la place de cette pierre, à la place de cette stèle, il en fera une maison de Dieu. Des questions se posent : pourquoi Yaakov ne dit-il rien, d'aucune façon, des premières promesses du Très-Haut, et pourquoi signe-t-il si modestement le contrat avec le Très-Haut ? Qu'est-ce que c'est – un manque de foi envers le Très-Haut, comme beaucoup essaient de le dire, ou bien est-ce tout de même le manque de foi de Yaakov en lui-même ? Il comprend qu'il peut se révéler indigne de tout ce que dit le Très-Haut. La vie est compliquée, Yaakov a agi bien des fois étrangement, et il dit peut-être, disons-le ainsi, humblement : « Si seulement je pouvais ceci, si seulement je pouvais faire ceci, c'est seulement de ceci que je peux faire serment, parce que je ne sais pas si je serai capable de davantage ». On peut parler énormément de ce passage, on peut en parler à l'infini.

Le patriarche ailé

Béréchit 29,1–17

וַיִּשָּׂא יַעֲקֹב רַגְלָיו וַיֵּלֶךְ אַרְצָה בְנֵי-קֶדֶם

vayissá yaakov ragláv vayélekh ártsa vene-kédem

1 Et Yaakov leva ses pieds (ou et Yaakov porta ses pieds), et il alla au pays oriental.

Il n'a pas simplement levé les pieds, bien sûr, comme les lève un homme assis sur le canapé quand quelqu'un balaie à côté, ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il y a une telle expression : vayissá eynáv – et il leva les yeux, il enclencha une sorte de vision prophétique ; cela arriva à Avraham quand il vit l'autre agneau. Il y a la notion vayissá kol – et il éleva la voix, vayissá yad – et il leva la main (dans un serment). C'est-à-dire élever à un niveau plus haut. On peut dire que Yaakov est devenu ailé, ses pieds sont devenus légers, se sont allongés, se sont renforcés. Et c'est précisément cela que la Torah décrit : il a enclenché le mode « turbo ».

Nous avons dit que Rivka l'envoyait à 'Haran, Yits'hak – à Paddan-Aram, c'est une seule et même chose. Ici, un troisième nom – le pays oriental. D'un côté, c'est la réunion des deux lignes – il est allé vers l'est. Ne précisons pas où. D'un autre côté, c'est une indication on ne peut plus concrète, et faites attention au nombre de parallèles qui surgissent ici. Après le meurtre de Hevel, ayant reçu un châtiment du Très-Haut, Kayin s'en alla vers l'est. Après s'être séparé d'Avraham, Lot s'en alla vers l'est. Et une décennie plus tard, Avraham renvoie les fils des concubines au pays oriental. L'est, c'est la direction de l'exil ; c'est là que s'en vont ceux qui se séparent de la famille, ceux qui tôt ou tard disparaîtront de l'intrigue biblique. Dans notre cas, Yaakov, aux pieds ailés, va vers l'est, va en galoút, en exil. Mais il reste le héros principal du récit, le héros principal de la ligne biblique, parce que le Très-Haut est avec lui. C'est en cela la particularité du fait que le peuple d'Israël, dans l'avenir, est un peuple qui porte le Divin, même en étant en exil.


וַיַּרְא וְהִנֵּה בְאֵר בַּשָּׂדֶה וְהִנֵּה-שָׁם שְׁלֹשָׁה עֶדְרֵי-צֹאן רֹבְצִים עָלֶיהָ כִּי מִן-הַבְּאֵר הַהִוא יַשְׁקוּ הָעֲדָרִים וְהָאֶבֶן גְּדֹלָה עַל-פִּי הַבְּאֵר׃

VAYÁR VEHINNÉ VE'ÉR BASSADÉ VEHINNE-CHÁM CHELOCHÁ EDRE-TSÓN ROVETSÍM ALÉHA KI MIN-HABBE'ÉR HAHÍ YACHKOÚ HA'ADARÍM VEHA'ÉVEN GEDOLÁ AL-PÍ HABBE'ÉR

2 Et il vit : voici un puits dans le champ, et là trois troupeaux de bétail, trois troupeaux de moutons, qui sont couchés près de ce puits, car c'est de ce puits que boiront les troupeaux de moutons, et une grande pierre sur la bouche du puits.

Faites attention au mot הַהִוא (hahi) – ce. Il serait plus correct de l'écrire avec la petite lettre youd(הַהִיא), mais ici il est écrit comme hou, c'est comme « il » au lieu de « elle ». Et de tels cas, dans l'Écriture, il y en a onze, et personne ne connaît l'explication de cela. Il est possible qu'il s'agisse d'un des dialectes répandus à cette époque.


וְנֶאֶסְפוּ-שָׁמָּה כָל-הָעֲדָרִים וְגָלֲלוּ אֶת-הָאֶבֶן מֵעַל פִּי הַבְּאֵר וְהִשְׁקוּ אֶת-הַצֹּאן וְהֵשִׁיבוּ אֶת-הָאֶבֶן עַל-פִּי הַבְּאֵר לִמְקֹמָהּ׃

vene'esfou-chámma kol-ha'adarím vegaleloú et-ha'éven me'ál pi habbe'ér vehichkoú et-hattsón vehechívou et-ha'éven al-pí habbe'ér limkomá

3 Et, quand tous les troupeaux de moutons se rassemblaient là, on ôtait la pierre de la bouche du puits, on abreuvait les troupeaux de moutons et on remettait la pierre sur la bouche du puits, de nouveau.

Il y a une particularité intéressante dans tout ce texte. Ici on mentionne tson (le bétail), on mentionne des troupeaux, des troupeaux de moutons, on mentionne le puits, mais on ne mentionne pas les bergers. Si on lit bêtement, on peut penser que ce sont les moutons eux-mêmes qui ôtent la pierre et la roulent de nouveau en place. Les bergers ne sont pas mentionnés ici, c'est comme s'ils n'existaient pas. Ils sont là, mais ils ne sont pas là, ils ne le seront pas au fil de la conversation de Yaakov avec eux-mêmes. Yaakov converse, et il est compréhensible qu'il converse avec les bergers, mais nous sommes obligés de compléter le tableau, parce que les bergers ne sont jamais nommés.


וַיֹּאמֶר לָהֶם יַעֲקֹב אַחַי מֵאַיִן אַתֶּם וַיֹּאמְרוּ מֵחָרָן אֲנָחְנוּ׃

vayomer lahém yaakóv a'háy me'áyin attém vayomeroú me'harán aná'hnou.

4 Et Yaakov leur dit (on ne comprend pas à qui, « leur ») : « Frères, d'où êtes-vous ? » Et ils dirent : « Nous sommes de 'Haran ».


וַיֹּאמֶר לָהֶם הַיְדַעְתֶּם אֶת-לָבָן בֶּן-נָחוֹר וַיֹּאמְרוּ יָדָעְנוּ׃

vayomer lahém hayda'tém et-laván ben-na'hór vayomeroú yadá'nou

5 Et il leur dit : « Peut-être connaissez-vous Lavan ben Na'hor (le fils de Na'hor) ? » Et ils dirent : « Nous connaissons ».

וַיֹּאמֶר לָהֶם הֲשָׁלוֹם לוֹ וַיֹּאמְרוּ שָׁלוֹם וְהִנֵּה רָחֵל בִּתּוֹ בָּאָה עִם-הַצֹּאן׃

vayomer lahém hachalóm lo vayomeroú chalóm vehinné ra'hél bittó ba'á im-hattsón

6 Et il demanda : « Tout va-t-il bien pour lui ? Y a-t-il la paix chez lui ? » Et ils dirent : « Oui, pour lui tout va bien, et voici Ra'hel, sa fille, qui vient avec le bétail ».

Le mot chalóm signifie paix. Sans doute, quiconque a un peu eu affaire à l'hébreu connaît ce mot ; ha – c'est une particule interrogative, hachalóm – y a-t-il la paix chez lui, tout va-t-il bien pour lui ? Quand on demande à quelqu'un comment va sa santé, on lui demande comment va sa paix – ma chlomkhá, comment va ta paix ou en quoi consiste l'essence de ta paix, si l'on traduit littéralement. Voilà une question si peu simple, en apparence simple.

Et Yaakov pose une question de passant, une question de badaud, pose aux bergers une question :


וַיֹּאמֶר הֵן עוֹד הַיּוֹם גָּדוֹל לֹא-עֵת הֵאָסֵף הַמִּקְנֶה הַשְׁקוּ הַצֹּאן וּלְכוּ רְעוּ׃

vayomer hen od hayom gadól lo-ét he'asséf hammikné hachkoú hattsón oulkhoú re'oú

7 Et il dit : « Voici, il y a encore une longue journée devant, et ce n'est pas encore le temps de faire rentrer les troupeaux de moutons ; abreuvez le bétail et allez paître plus loin, pourquoi êtes-vous assis ici ? »

C'est la question d'un professionnel. Et faites attention, nous avons lu avant cela qu'on lui répond entre les dents. Il est venu, a parlé humainement, a salué, a dit : « Frères, dites ». Ils ne lui répondent pas « frère », leurs réponses sont plus courtes que ses questions, et au rythme de la conversation on peut comprendre qu'ils veulent se débarrasser de lui. Mais là Yaakov pose une question professionnelle, cela les pique.


וַיֹּאמְרוּ לֹא נוּכַל עַד אֲשֶׁר יֵאָסְפוּ כָּל-הָעֲדָרִים וְגָלֲלוּ אֶת-הָאֶבֶן מֵעַל פִּי הַבְּאֵר וְהִשְׁקִינוּ הַצֹּאן׃

vayomeroú lo noukhál ad achér ye'assefoú kol-ha'adarím vegaleloú et-ha'éven me'ál pi habbe'ér vehichkínou hattsón

8 Et ils dirent : « Nous ne pouvons pas le faire, tant que tous les troupeaux ne se sont pas rassemblés, et on roulera la pierre de la bouche du puits, et nous abreuverons le bétail ».

Naturellement, les commentateurs ont des vues différentes sur toute cette histoire.

Premièrement, pourquoi la Torah nous raconte-t-elle le dialogue de Yaakov avec les bergers sans nommer les bergers ? En général, nous voyons souvent des scènes au puits ; nous verrons souvent des bergers tout au long de l'Écriture. On peut comparer, en se transportant dans l'avenir, avec l'histoire des bergers de Midyan, que rencontre Moché et qui chassent du puits les sept filles de Yitro (et c'est par là que commence l'histoire de Moché chez Yitro, le prêtre de Midyan). Ici, en revanche, il y a une sorte d'unité collective ; les bergers ont fait un système social, une commune, ils se sont unis, ce n'est qu'ensemble qu'ils peuvent abreuver le bétail. Au lieu de chasser (comme les bergers de Midyan) des fillettes faibles, ils attendent dans ce cas que paraisse Ra'hel et, somme toute, se comportent de manière très amicale.

Il y a d'autres vues sur cette question, des commentateurs disent que les bergers se sont emparés de ce puits, l'ont conquis, qu'ils le bouchent avec une pierre pour que personne n'abreuve le bétail. Et, comme je le dis toujours, les commentateurs parlent davantage d'eux-mêmes que de ceux qu'ils commentent. Ceux des commentateurs qui vivaient dans les pays orientaux et savent comment vivent les bergers, ce sont justement eux qui disent que les bergers ici se sont unis et se comportent de façon tout à fait humaine. Et ici on nous décrit simplement, on nous donne une telle coupe de la société dans laquelle existe Lavan, existe sa fille cadette Ra'hel, que les bergers traitent poliment, sans mépris, et cela vaut bien quelque chose.


עוֹדֶנּוּ מְדַבֵּר עִמָּם וְרָחֵל בָּאָה עִם-הַצֹּאן אֲשֶׁר לְאָבִיהָ כִּי רֹעָה הִוא׃

odénnou medabbér immám vera'hél bá'a im-hattsón achér le'avíha ki ro'á hi

9 Et tandis qu'il parle encore avec eux – et voici Ra'hel qui vient avec son bétail, qui est à son père, parce qu'elle – est bergère.

Avant cela, les bergers n'étaient pas nommés, ils étaient en quelque sorte sans visage. Il était clair que c'étaient des bergers, mais personne n'a dit qu'ils étaient bergers. Mais voici que Ra'hel – est bergère, elle vient avec ses brebis. Et de quoi cela parle-t-il ? Du fait que les bergers la considèrent comme leur égale ; peut-être même qu'elle les commande en partie, on peut aussi le comprendre ainsi à partir de ce texte. En tout cas, à la différence des filles de Yitro, qu'on chasse et qui attendent que tous soient passés, ici tous attendent Ra'hel. Et, apparemment, ils l'attendent non pas pour qu'elle les aide de ses fortes mains de femme à faire rouler la pierre, mais ils l'attendent par respect pour elle. En tout cas, c'est ce que dit le sens simple du texte.


וַיְהִי כַּאֲשֶׁר רָאָה יַעֲקֹב אֶת-רָחֵל בַּת-לָבָן אֲחִי אִמּוֹ וְאֶת-צֹאן לָבָן אֲחִי אִמּוֹ וַיִּגַּשׁ יַעֲקֹב וַיָּגֶל אֶת-הָאֶבֶן מֵעַל פִּי הַבְּאֵר וַיַּשְׁקְ אֶת-צֹאן לָבָן אֲחִי אִמּוֹ׃

vayhí ka'achér ra'á yaakóv et-ra'hél bat-laván a'hí immó ve'et-tsón laván a'hí immó vayiggách yaakóv vayágel et-ha'éven me'ál pi habbe'ér vayáchk et-tsón laván a'hí immó

10 Et il arriva, quand Yaakov vit Ra'hel, fille de Lavan, frère de sa mère (c'est-à-dire sa cousine), et le bétail de Lavan, frère de sa mère, et Yaakov s'approcha, et fit rouler la pierre de la bouche du puits, et abreuva le bétail de Lavan, frère de sa mère.

Ici les commentateurs divergent d'opinions. Il y a ceux qui disent (et nous nous souvenons de ce dont nous parlions tout au début – Yaakov a les pieds ailés, il est devenu un dur, il a enclenché le mode turbo) : ici il a fait rouler seul la pierre que plusieurs bergers posaient. D'autres disent que lui, ayant vu, décida d'aider et, d'un seul élan avec les bergers, fit rouler cette pierre. Si nous remplissons (et nous remplissons) le pchat, le sens simple, de symbolisme, alors il n'est déjà plus simple. Rappelons-nous que Yaakov, dans notre section, a déjà soulevé une pierre. C'est la pierre qui était à son chevet ; elle était liée à l'échelle, elle était liée au fait que Yaakov reliait le céleste et le terrestre, à travers Yaakov une telle promesse est donnée. Ici le puits – c'est le souterrain, la capacité de faire monter l'eau divine de l'intérieur, d'éveiller chez les autres la passion pour le Créateur. Faire rouler la pierre qui empêche l'eau de se répandre, et commencer à distribuer l'eau (comme il est dit : quiconque a soif, viens à moi et bois) – c'est aussi une sorte de préfiguration du Machia'h, la révélation de l'eau divine dans le monde. Et si nous regardons cela ainsi, alors, bien sûr, Yaakov a ouvert ce puits lui-même.

Ainsi, on laisse passer Ra'hel devant, et il y a un détail très intéressant :


וַיִּשַּׁק יַעֲקֹב לְרָחֵל וַיִּשָּׂא אֶת-קֹלוֹ וַיֵּבְךְּ׃

vayichák yaakóv lera'hél vayissá et-koló vayévk

11 Et Yaakov embrassa Ra'hel, et éleva sa voix, et pleura.

Le mot vayáchk (il abreuva) et le mot vayichák (il embrassa) – c'est, à l'écrit, un seul et même mot. Oui, on abreuve de baisers, le baiser – c'est aussi une sorte d'abreuvement. Bien que les racines soient différentes, ici il s'écrit de la même façon. Et prêtons attention au fait que Ra'hel – c'est aussi une petite brebis, la traduction du nom Ra'hel – petite brebis. Yaakov abreuva le bétail et embrassa Ra'hel – c'est presque une seule et même action.

Pourquoi a-t-il pleuré ? Encore une fois, les commentateurs disent des choses différentes. Les uns disent qu'il a pleuré parce qu'il ne s'est pas retenu et a embrassé la jeune fille, et que cela manque de pudeur. D'autres disent, et je suis enclin à être d'accord avec eux, que Yaakov a pleuré parce qu'il était parvenu jusqu'à quelqu'un des siens, parce que, ayant surmonté une longue route, il a rencontré quelqu'un des siens, un proche, il a rencontré la famille.

וַיַּגֵּד יַעֲקֹב לְרָחֵל כִּי אֲחִי אָבִיהָ הוּא וְכִי בֶן-רִבְקָה הוּא וַתָּרָץ וַתַּגֵּד לְאָבִיהָ׃

vayaggéd yaakov lera'hél ki a'hí avíha hou vekhí ven-rivká hou vattárots vattaggéd le'avíha

12 Et Yaakov dit à Ra'hel qu'il est le frère de son père, parce qu'il est le fils de Rivka, et elle courut le raconter à papa.

C'est tout à fait normal de le dire ainsi, bien qu'il soit le fils de la sœur de son père. Mais, puisqu'il est plus âgé qu'elle, dans la tradition juive, dans la tradition orientale, un cousin aîné peut être comme un oncle. C'est en partie la raison de la confusion sur la parenté de Mordékhaï et Ester, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit maintenant.


וַיְהִי כִשְׁמֹעַ לָבָן אֶת-שֵׁמַע יַעֲקֹב בֶּן-אֲחֹתוֹ וַיָּרָץ לִקְרָאתוֹ וַיְחַבֶּק-לוֹ וַיְנַשֶּׁק-לוֹ וַיְבִיאֵהוּ אֶל-בֵּיתוֹ וַיְסַפֵּר לְלָבָן אֵת כָּל-הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה׃

vayhí khichmóa lavan et-chéma yaakov ben-a'hotó vayárots likrató vay'habbek-ló vaynachek-ló vayvi'éhou el-betó vaysappér lelaván et kol-haddevarím ha'élle

13 Et il arriva, quand Lavan entendit cette nouvelle de l'arrivée de Yaakov, fils de sa sœur, qu'il courut à sa rencontre, et l'étreignit, et l'embrassa, et l'amena dans la maison. et il raconta à Lavan toutes ces choses.

Et de nouveau Lavan apparaît sur notre scène. Lavan – un nom qui se traduit blanc, mais on peut aussi le traduire meloubán – roué, professionnel, un vieux routier roué, un rusé roué. Et, comme beaucoup le disent, il n'est pas si lavan, il n'est pas blanc, il est – noir. Et, somme toute, les commentateurs et les midrachim le dépeignent de façon très négative, mais c'est si l'on considère les textes de la Torah comme étant en noir et blanc. Par exemple, Rabbi Chlomo Yits'haki (Rachi) dit : « Il l'embrassa pour vérifier ce qu'il avait dans la bouche. Il l'étreignit pour vérifier s'il ne cachait pas des bourses ». C'est-à-dire qu'il vérifiait ce qu'il avait bien pu apporter avec lui, s'il n'avait pas quelque chose sur lui (parfois les enfants regardent ainsi dans les mains des adultes venus en visite – ont-ils apporté des cadeaux) ; c'est une telle qualité qu'on attribue à Lavan. Mais on peut dire que Lavan pouvait aussi simplement se réjouir : un parent est arrivé. Il n'est pas obligatoire que tout ce qui est humain soit étranger à Lavan.

Encore une question qu'il vaut la peine d'examiner : de quoi donc, au juste, Yaakov a parlé à Lavan. Première supposition – il a dit : « Oncle Lavan, je suis venu demander votre fille en mariage. J'ai regardé, votre fille est belle. Donnez-moi votre fille ». Maman et papa, pourquoi donc l'avaient-ils envoyé ? Chercher une femme. Autre variante, et elle convient mieux pour le sens, parce que la conversation sur la fiancée viendra plus loin : Yaakov lui a raconté toute l'histoire de son conflit avec Essav et lui a simplement demandé un asile politique temporaire contre son frère, et c'est cela qu'il lui a raconté.

וַיֹּאמֶר לוֹ לָבָן אַךְ עַצְמִי וּבְשָׂרִי אָתָּה וַיֵּשֶׁב עִמּוֹ חֹדֶשׁ יָמִים׃

vayomer lo lavan akh atsmí ouvsarí átta vayéchev immó 'hódech yamím

14 Et Lavan lui dit : « Tu es mon os et ma chair ». et il demeura avec lui trente jours, un mois il demeura avec lui.

Trente jours – c'est le temps pendant lequel un homme peut se sentir invité chez des parents en Orient ; ensuite il serait déjà temps de définir les relations.


וַיֹּאמֶר לָבָן לְיַעֲקֹב הֲכִי-אָחִי אַתָּה וַעֲבַדְתַּנִי חִנָּם הַגִּידָה לִּי מַה-מַּשְׂכֻּרְתֶּךָ׃

vayomer lavan leyaakóv hakhi-a'hí átta va'avadtáni 'hinnám haggída li ma-maskourtékha

15 Et Lavan dit à Yaakov : « Bien que tu me sois frère, pourquoi donc travaillerais-tu pour moi gratuitement. Dis-moi, combien veux-tu par mois ? »

On peut supposer que les trente jours n'étaient pas seulement une période d'invité, mais aussi une période d'essai. Yaakov est un berger professionnel, assis dans les tentes, il sait s'y prendre avec le bétail, le travail lui réussissait. Et Lavan décida de l'engager de façon permanente, et dit : « Dis-moi ton salaire, bien que tu me sois parent, ce n'est pas agir en parent que de t'utiliser gratuitement ».

וּלְלָבָן שְׁתֵּי בָנוֹת שֵׁם הַגְּדֹלָה לֵאָה וְשֵׁם הַקְּטַנָּה רָחֵל׃

oulelaván cheté vanót chem haggedolá le'á vechém hakketanná ra'hél

16 Et Lavan avait deux filles : le nom de la grande (ou de l'aînée) – Léa, le nom de la petite (ou de la cadette) – Ra'hel.

Intéressant, n'est-ce pas ? Jusqu'à ce moment nous ne connaissions que la fille cadette, Ra'hel. Il s'avère qu'il y a aussi l'aînée, mais elle a réussi pendant un mois à ne pas se montrer, sinon à Yaakov, du moins, en tout cas, au lecteur.

וְעֵינֵי לֵאָה רַכּוֹת וְרָחֵל הָיְתָה יְפַת-תֹּאַר וִיפַת מַרְאֶה׃

ve'ené le'á rakkót vera'hél hayetá yefat-tó'ar vifát mar'é

17 Et les yeux de Léa sont doux, et Ra'hel – svelte et belle d'apparence.

Oh, combien de commentaires il y a à ce sujet ! Beaucoup disent – ses yeux sont rougis de pleurs, ils sont brouillés de larmes. Pourquoi ? Parce qu'elle entendait les gens dire : « Voilà, Lavan a deux filles, et Yits'hak a deux fils. L'aînée épousera l'aîné, la cadette – le cadet. Comme c'est bien ! Comme Dieu a tout arrangé ! » Elle demande : « Et que fait l'aîné ? » On lui disait : « L'aîné – un chasseur, un méchant, un meurtrier ». – « Et du cadet, quoi ? » – « Le cadet – un juste, un berger, un homme bon ». Et à cause de cela Léa pleurait. D'autres disaient que Léa avait des yeux doux et beaux, et que Ra'hel était belle en tout, mais que ses yeux n'étaient pas très beaux, parce que Ra'hel pleurait. Et elle pleurait parce qu'elle savait qu'elle était stérile, elle craignait que Yaakov ne divorce d'elle et qu'elle doive épouser Essav. Il y a beaucoup de commentaires différents au sujet des yeux, parce qu'il est difficile de comprendre l'expression « yeux doux ». Plus loin nous rencontrerons : à propos de David il est dit qu'il est rach, qu'il est doux, et qu'il a de beaux yeux. Et c'est pourquoi je suis enclin à être d'accord avec les commentaires qui disent que Léa a de beaux yeux. Et la tradition juive dit : si une jeune fille a de beaux yeux, il n'y a pas besoin de regarder tout le reste du corps. Elle est bien, les yeux t'ont plu – prends-la, épouse-la, tu l'aimeras.

C'est-à-dire, ou bien l'une est plus belle que l'autre, ou bien tout de même les yeux doux, faibles de Léa – c'est un défaut. Encore une fois, chacun des commentateurs, chacun des lecteurs le comprendra à sa manière ; il y a la possibilité de le comprendre dans un sens ou dans l'autre.

Le début de la vie de famille

Béréchit 29,18–35

Nous nous sommes arrêtés au fait que Lavan a proposé à Yaakov de ne pas travailler pour lui gratuitement, mais de fixer lui-même son salaire. Et là, aussitôt, la Torah a mentionné que Lavan a deux filles : l'aînée Léa, une jeune fille aux yeux inhabituels, et la cadette Ra'hel, une jeune fille belle d'aspect.

וַיֶּאֱהַב יַעֲקֹב אֶת-רָחֵל וַיֹּאמֶר אֶעֱבָדְךָ שֶׁבַע שָׁנִים בְּרָחֵל בִּתְּךָ הַקְּטַנָּה׃

vaye'eháv yaakóv et-ra'hél vayomer e'evódkha chéva chaním bera'hél bittekhá hakketanná

18 Et Yaakov aima Ra'hel et dit : « Je travaillerai pour toi sept ans pour Ra'hel, ta fille cadette ».

Les commentateurs disent que Yaakov, en homme lui aussi aguerri, sachant qui est Lavan, convient aussitôt avec lui, concrètement, qu'il travaillera chez lui pour Ra'hel. Sachant que, juridiquement, Lavan est capable de renommer ses filles, de « mélanger » ses filles comme bon lui semble, il dit : « Pas ton esclave, pas l'une quelconque de tes esclaves que tu pourrais appeler Ra'hel, mais ta fille, et ta fille cadette, nous en convenons de façon tout à fait concrète ». Yaakov détaille, autant que possible, son salaire.

וַיֹּאמֶר לָבָן טוֹב תִּתִּי אֹתָהּ לָךְ מִתִּתִּי אֹתָהּ לְאִישׁ אַחֵר שְׁבָה עִמָּדִי:

vayomer laván tov tittí otá lakh mittittí otá le'ích a'hér chevá immadí

19 Et Lavan lui répond : « Mieux vaudrait que je te la donne à toi plutôt qu'à un autre homme qui vit avec moi ».

Mieux valent, bien sûr, les mariages à l'intérieur d'un grand clan. Naturellement, à Dieu ne plaise, il ne s'agit pas de mariages incestueux. Lavan dit : « L'affaire est bonne, sept ans pour la fille, parfait ». Eh bien, on peut se représenter que Lavan reçoit pour sa fille un prix de la fiancée, pour parler en langage moderne, d'un montant de sept salaires annuels. Chacun peut calculer lui-même combien cela fait.


וַיַּעֲבֹד יַעֲקֹב בְּרָחֵל שֶׁבַע שָׁנִים וַיִּהְיוּ בְעֵינָיו כְּיָמִים אֲחָדִים בְּאַהֲבָתוֹ אֹתָהּ׃

vaya'avód yaakov bera'hél chéva chaním vayihyoú ve'enáv keyamím a'hadím be'ahavató otá

20 Et Yaakov travailla pour Ra'hel sept ans, et ils furent à ses yeux comme quelques jours, parce qu'il l'aimait.

Mû par l'amour, Yaakov ne remarqua pas comment le temps s'était envolé : tant il aimait Ra'hel.


וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל-לָבָן הָבָה אֶת-אִשְׁתִּי כִּי מָלְאוּ יָמָי וְאָבוֹאָה אֵלֶיהָ׃

VAYOMER YAAKOV EL-LAVAN HAVÁ ET-ICHTÍ KI MALEOÚ YAMÁY VE'AVÓA ELÉHA

21 Et Yaakov dit à Lavan : « Amène-moi ma femme, car mon temps est écoulé (mes jours se sont remplis, si l'on traduit littéralement), et j'entrerai auprès d'elle ».

Ainsi, d'habitude, quand les gens convenaient de fiançailles, ils concluaient un accord selon lequel le fiancé, le mari potentiel, accomplirait un certain travail, ferait une certaine tâche, ou qu'un certain délai s'écoulerait. Souvenez-vous, on proposait de laisser Rivka à la maison quelques mois ou un an, pour qu'elle y vive encore. Ensuite venait le fiancé, devenu déjà mari, et il réclamait sa femme. Ici, selon les coutumes de cette époque, Yaakov réclame sa femme.

וַיֶּאֱסֹף לָבָן אֶת-כָּל-אַנְשֵׁי הַמָּקוֹם וַיַּעַשׂ מִשְׁתֶּה׃

VAYE'ESSÓF LAVAN ET-KOL-ANCHÉ HAMMAKÓM VAYÁ'AS MICHTÉ

22 Et Lavan rassembla tous les habitants de ce lieu et fit un festin.

Bien sûr, on peut comprendre qu'il s'agit ici simplement d'un festin de noces, que Lavan a simplement organisé en l'honneur simplement des noces de sa fille. Les commentateurs disent que Lavan et tous les habitants de ce lieu virent comment le lieu commença à prospérer et à se développer avec l'arrivée de Yaakov, qui apporta avec lui la bénédiction : les puits devinrent pleins d'eau, et le fourrage se mit à suffire. Ensuite nous verrons que même des fils naquirent à Lavan avec l'arrivée de Yaakov. Et Yaakov lui-même dit : « Tu as été béni par mes pieds ». Souvenez-vous, nous avons lu tout au début du chapitre que Yaakov leva ses pieds ; voilà, c'est aussi l'un des facteurs. Et les commentateurs disent que Lavan a peut-être réuni tout ce festin pour comploter, pour que tout le peuple soit dans le complot – garder Yaakov encore sept ans en ce lieu, afin de vivre encore sept ans sans soucis ; une si précieuse petite cruche, « petite marmite, cuis ! », il n'eut pas envie de la laisser échapper de ses mains.

וַיְהִי בָעֶרֶב וַיִּקַּח אֶת-לֵאָה בִתּוֹ וַיָּבֵא אֹתָהּ אֵלָיו וַיָּבֹא אֵלֶיהָ:

vayhí va'érev vayikká'h et-le'á vittó vayavé otá eláv vayavó eléha

23 Et ce fut le soir : et il prit Léa (qui prit ? Lavan, qui avait organisé le festin), sa fille, et l'amena vers lui ; et lui entra auprès d'elle.

On voit que Léa est ici amenée de force – il la prit et l'amena vers lui. Léa n'agit pas ici de sa propre volonté. Une femme moderne demandera naturellement : « Comment donc Léa ne s'est-elle pas indignée ? Comment n'a-t-elle pas résisté ? Comment a-t-elle permis qu'on lui fasse une chose pareille ? » Et la femme moderne, je la comprends tout à fait et je suis solidaire avec elle, et Dieu merci, aujourd'hui les femmes peuvent penser ainsi. En ces temps lointains, les femmes épousaient le plus souvent des gens qu'elles n'aimaient pas. Une rare exception fut dans la famille de ce même Lavan, quand on demanda à Rivka si elle voulait se marier. Et même jusqu'au XIXe siècle, que dis-je, au XXe siècle encore, les parents en Orient mariaient leurs filles sans trop leur faire savoir avec qui elles se mariaient. Et aujourd'hui en Israël, chez les Bédouins et les Arabes, c'est l'usage : on marie de jeunes filles à des hommes bien plus âgés qu'elles, contre leur volonté. Résistent-elles ? Non. Parce que cette non-résistance, cette humilité – c'est le signe d'une bonne jeune fille, c'est une bonne conduite. Et, puisque Léa est une bonne jeune fille, dans ce cas précis elle ne s'oppose pas non plus à ce qu'on l'amène ainsi et qu'on la marie. Il faut toujours se rappeler que nous vivons au XXIe siècle et regardons depuis le XXIe siècle, mais ce n'est pas notre époque que nous regardons.

וַיִּתֵּן לָבָן לָהּ אֶת-זִלְפָּה שִׁפְחָתוֹ לְלֵאָה בִתּוֹ שִׁפְחָה:

VAYITTÉN LAVAN LA ET-ZILPÁ CHIF'HATÓ LELE'Á VITTÓ CHIF'HÁ

23 Et Lavan lui donna Zilpa, son esclave, à Léa, sa fille, comme esclave.

Cette phrase est construite de façon très compliquée ; encore une fois, à première vue, agrammaticale, si son auteur n'était pas Celui Qui est le Père de toute grammaire. Nous lirons par la suite comment Lavan donne Bilha comme esclave à Ra'hel, et là la construction est un peu différente ; nous y prêterons attention. De ce texte on peut voir que Bilha et Zilpa, les deux esclaves, ont été interverties, comme le dit le midrach ; et il y a là aussi une certaine tromperie. Zilpa est la plus jeune et, peut-être, Yaakov voyait que Zilpa préparait tout. Zilpa était à l'origine la nourrice, la bonne d'enfant de la fille cadette, et c'est pourquoi Yaakov ne soupçonna rien. Lavan est-il un homme bon ? Et peut-on appeler un cadeau généreux le fait que Lavan non seulement donne la femme pour laquelle Yaakov a travaillé (enfin, pas tout à fait celle-là, mais il la donne), mais encore ajoute une esclave à chacune de ses filles. Est-ce là une attraction d'une générosité inouïe ? Non, ce n'en est pas une. Nous nous souvenons comment on envoyait Rivka : selon les traditions de cette époque, outre la nourrice, on envoya encore avec elle des na'arót, jeunes filles esclaves, puisqu'une jeune fille de famille riche souvent ne s'occupe pas elle-même de ses cheveux, on lui peigne les cheveux. Souvent elle ne fait pas non plus beaucoup de travaux de la maison ; selon l'aisance de la famille, la maîtresse des esclaves fait de moins en moins de travaux. Ra'hel, étant bergère, n'est manifestement pas une fille aux mains délicates ; mais beaucoup de choses, il n'était simplement pas d'usage qu'une femme les fasse elle-même. Par exemple, la femme était habillée par des esclaves, j'en parle souvent ; c'est précisément pour cela que les fermetures des vêtements de femme sont – dans l'autre sens. Quand on mariait une femme d'une famille respectable, on lui donnait des servantes et des esclaves.

Le nom Zilpa vient du verbe zaléf – qui s'est écoulée, qui s'est vidée, c'est-à-dire quelque chose comme un citron pressé ; ce nom a une très mauvaise connotation.

De même, le nom Bilha vient de la racine blay – épuisée, tarie, usée. On peut dire que ces jeunes filles ont de tels noms, pas très bons, ce qui indique leur état ; pas les meilleures des esclaves.


וַיְהִי בַבֹּקֶר וְהִנֵּה-הִוא לֵאָה וַיֹּאמֶר אֶל-לָבָן מַה-זֹּאת עָשִׂיתָ לִּי הֲלֹא בְרָחֵל עָבַדְתִּי עִמָּךְ וְלָמָּה רִמִּיתָנִי׃

vayhí vabbóker vehinne-hí le'á vayomer el-laván ma-zót assíta li haló vera'hél avádti immákh velámma rimmitáni

25 Et voici le matin ; et voici qu'il s'avère que c'est Léa. Et il dit à Lavan : « Qu'est-ce que tu m'as fait ? C'est bien pour Ra'hel que j'ai travaillé chez toi, pourquoi m'as-tu trompé ? »

Ce qui passa dans la tête de Yaakov, il est difficile de se le représenter. Une terrible tromperie. Et on ne comprend pas ce qu'il faut faire ici avec Léa. On ne comprend pas ce que dira de cela Ra'hel. Et le dira-t-elle seulement ? Ra'hel aussi est une jeune fille humble, et elle aussi peut dire : « En toute chose, la volonté de papa ». Yaakov est dans le désarroi.

וַיֹּאמֶר לָבָן לֹא-יֵעָשֶׂה כֵן בִּמְקוֹמֵנוּ לָתֵת הַצְּעִירָה לִפְנֵי הַבְּכִירָה:

VAYOMER LAVÁN LO-YE'ASSÉ KHEN BIMKOMÉNOU LATÉT HATTSE'IRÁ LIFNÉ HABBEKHIRÁ

26 Et Lavan dit (Lavan lui répond brièvement et de façon piquante) : « Mais en nos lieux (à la différence de vos lieux), cela ne se fait pas, de donner la fille cadette avant l'aînée.

C'est-à-dire que c'est chez vous, là-bas, que les frères cadets se faufilent à la place des aînés, reçoivent la bénédiction et s'enfuient avec. Dans nos contrées, cela ne se fait pas, dans nos contrées, d'abord la fille aînée, et ensuite la cadette. Tu pensais qu'ici aussi tu t'en tirerais comme avec papa ? Non, ici tu ne t'en tireras pas.

Le midrach raconte un dialogue intéressant. Et de nouveau, quand nous parlons du midrach, nous devons comprendre que le midrach ne prétend pas à une quelconque historicité, mais à un caractère métaphorique. Le midrach raconte que Yaakov dit à Léa : « Comment as-tu pu agir ainsi avec moi ? Car toute la nuit je t'ai dit : “Ra'hel, Ra'hel”, et tu me répondais ». À quoi Léa lui répond et dit, encore une fois de façon piquante : « J'ai appris, j'avais un bon maître. N'est-ce pas toi qui as dit à ton père : “Je suis ton fils, Essav ?” » Il revient à Yaakov ce qui s'appelle en hébreu mesure pour mesure – midá kenéged midá : là où il a trompé, là il s'est retrouvé trompé. À Lavan aussi, cela reviendra plus tard. Mais une question se pose : pourquoi cela s'est-il passé ainsi, Ra'hel était-elle vraiment destinée par le sort à Yaakov ?

Et de même qu'à première vue Essav devait recevoir le droit d'aînesse, et Yaakov non, exactement de la même façon ici aussi : bien qu'il semblât que Ra'hel était destinée à Yaakov, Léa aussi lui était destinée. C'est ce que le Très-Haut a prévu, et par la suite nous le verrons. Ra'hel, c'est ici et maintenant, ce dont on a envie maintenant. Léa, c'est l'avenir, Léa, c'est un regard plus large.

Ici on peut s'arrêter, faire un petit retour en arrière, au moment où Yaakov est arrivé au puits. En général, dans la tradition russe, on dit : rencontrer une femme avec des seaux vides, c'est un mauvais présage. La tradition juive dit que c'est un bon présage, à commencer par Éliézer, serviteur d'Avraham, qui rencontra Rivka au puits avec des cruches vides ; ensuite Yaakov rencontre Ra'hel ; ensuite Cha'oul, qui rencontre au puits des naarót (des jeunes filles) ; et Moché, qui rencontre au puits les filles du prêtre de Midyan. Apparemment, la rencontre d'une femme aux seaux vides annonce un mariage avec cette femme, apparemment tel est le présage ; mais – non. La rencontre au puits d'une femme qui porte des seaux vides, des cruches vides, c'est le présage d'une bénédiction que l'homme recevra. Et il faut voir dans la femme précisément le présage, et non la bénédiction elle-même. Peut-être cela signifiera-t-il aussi le mariage avec cette femme. Peut-être. Mais peut-être cette femme est-elle le chemin vers une autre femme, comme dans le cas présent pour Yaakov, pour sa lignée. Léa enfantera plus d'enfants, et dans l'avenir le Machia'h, le roi Machia'h, sortira de Léa, celui qui sera appelé « Semence », « Machia'h », sera de Léa. C'est-à-dire que Léa est destinée à Yaakov, de même que le droit d'aînesse est destiné à Yaakov ; et si le droit d'aînesse, il le prend, l'histoire avec Léa ne lui plaît pas beaucoup. Lavan poursuit sa réponse et dit :

מַלֵּא שְׁבֻעַ זֹאת וְנִתְּנָה לְךָ גַּם-אֶת-זֹאת בַּעֲבֹדָה אֲשֶׁר תַּעֲבֹד עִמָּדִי עוֹד שֶׁבַע-שָׁנִים אֲחֵרוֹת׃

mallé chevoúa zot venittená lekhá gam-et-zót ba'avodá achér ta'avód immadí od cheva-chaním a'herót

27 Passe la semaine de fête avec celle-ci, et nous te donnerons aussi celle-ci, pour le travail que tu travailleras chez moi encore sept ans ».

Regardez comment Lavan se comporte envers ses filles : « Passe la semaine de fête pour celle-ci, et nous te donnerons aussi celle-ci ». À vrai dire, Lavan ne se comporte pas très bien ici envers ses filles : celle-ci et celle-ci, la conversation est vraiment méprisante ; et le mépris non seulement envers Yaakov, mais aussi envers les filles, au moyen desquelles, en fait, il donne une leçon à Yaakov. À la différence de Léa, pour laquelle il fallait travailler sept ans et ensuite se marier, Yaakov peut au bout d'une semaine prendre Ra'hel chez lui et est obligé de travailler encore sept ans. C'est déjà un système de crédit, quand tu prends quelque chose et que pendant sept ans tu dois le payer ; l'attitude envers cela est tout à fait différente, bien entendu.

וַיַּעַשׂ יַעֲקֹב כֵּן וַיְמַלֵּא שְׁבֻעַ זֹאת וַיִּתֶּן-לוֹ אֶת-רָחֵל בִּתּוֹ לוֹ לְאִשָּׁה:

vayá'as yaakov ken vaymallé chevoúa zot vayitten-ló et-ra'hél bittó lo le'ichá

28 Et Yaakov fit ainsi, et passa les sept jours de fête avec celle-ci, et il lui donna Ra'hel, sa fille, pour femme.

וַיִּתֵּן לָבָן לְרָחֵל בִּתּוֹ אֶת-בִּלְהָה שִׁפְחָתוֹ לָהּ לְשִׁפְחָה:

VAYITTÉN LAVÁN LERA'HÉL BITTÓ ET-BILHÁ CHIF'HATÓ LA LECHIF'HÁ

29 Et Lavan donna à Ra'hel, sa fille, sa servante Bilha.

Encore une fois, Bilha, c'est, pour ainsi dire, une servante de moindre qualité. Dans le mot לָהּ (la) nous voyons un mappik, c'est ainsi qu'on appelle le point à l'intérieur de la lettre הּ (hé), la même chose que le daguech dans les consonnes. C'est-à-dire « la » avec l'accent précisément sur à elle ; en donnant comme servante indique encore une fois qu'il y a là un dessein, que cela n'aurait pas dû être ainsi à l'origine.


וַיָּבֹא גַּם אֶל-רָחֵל וַיֶּאֱהַב גַּם-אֶת-רָחֵל מִלֵּאָה וַיַּעֲבֹד עִמּוֹ עוֹד שֶׁבַע-שָׁנִים אֲחֵרוֹת׃

VAYAVÓ GAM EL-RA'HÉL VAYE'EHÁV GAM-ET-RA'HÉL MILLE'Á VAYA'AVÓD IMMÓ OD CHEVA-CHANÍM A'HERÓT

30 Et il vint aussi vers Ra'hel, et il aima Ra'hel aussi plus que Léa, et il travailla avec lui encore sept ans.

Il vaut la peine de prêter attention au mot aussi : et il aima Ra'hel aussi. Que signifie …aussi plus que Léa ? Les commentateurs disent qu'un homme d'habitude (c'est une tradition talmudique, et elle est à la base de la psychologie juive) aime sa première femme, et c'est envers la première femme qu'il a le plus grand amour. C'est pourquoi c'est un miracle que la deuxième femme, et de plus si vite, Yaakov l'ait aimée plus que Léa. Étant entré chez Léa, devenu le mari de Léa, Yaakov aima Léa ; quand il aima Ra'hel davantage, Léa devint celle qu'on appelle senou'á, et souvent on traduit cela en russe par haïe. Mais que signifie haïe ? S'il la haïssait, comment enfantait-elle de lui des enfants ? Haïe, cela signifie qu'il l'aimait moins. Nous avons rencontré cette histoire auparavant. Dans le livre de Béréchit, il y avait un certain Lamekh, qui prit pour lui deux femmes, Ada et Tsila. Ada, c'est la femme pour les naissances, la procréation et le travail du ménage. Elle est idá – celle qui dirige, celle qui est dans la communauté. Et Tsila, celle qui se trouve dans son ombre, sous son ombrage, cette femme est davantage pour l'amour. Chez Yaakov, malheureusement, apparaît la même division dans sa famille. Ra'hel devient l'épouse aimée de Yaakov.

וַיַּרְא יְהוָה כִּי-שְׂנוּאָה לֵאָה וַיִּפְתַּח אֶת-רַחְמָהּ וְרָחֵל עֲקָרָה:

VAYÁR ADONÁY KI-SENOU'Á LE'Á VAYIFTÁ'H ET-RA'HMÁ VERA'HÉL AKARÁ

31 Et le SEIGNEUR vit que Léa était haïe, et ouvrit son sein, et Ra'hel – stérile.

Je le répète, haïe non pas au sens où on le dit habituellement en langue russe, Léa est négligée, disons-le ainsi. Prêtez attention – Léa aussi était stérile à l'origine. Le SEIGNEUR, par miséricorde, ouvrit son sein.


וַתַּהַר לֵאָה וַתֵּלֶד בֵּן וַתִּקְרָא שְׁמוֹ רְאוּבֵן כִּי אָמְרָה כִּי-רָאָה יְהוָה בְּעָנְיִי כִּי עַתָּה יֶאֱהָבַנִי אִישִׁי׃

vattáhar le'á vattéled ben vattikrá chemó re'ouvén ki amerá ki-ra'á adonáy be'onyí ki attá ye'ehaváni ichí

32 Et Léa conçut, et enfanta un fils, et l'appela Réouven (réou – voyez, ben – fils) : « Le SEIGNEUR regarde avec mes yeux, et maintenant mon mari m'aimera ».

C'est-à-dire mon mari verra le SEIGNEUR dans mes yeux, et maintenant mon mari m'aimera. Prêtez attention au fait qu'en général, dans l'Écriture, on donne souvent aux enfants des noms en prédisant un certain rôle qu'ils porteront dans cette vie, et non simplement des noms, comme cela arrive souvent aujourd'hui, quand on choisit un nom beau ou sonore. Le nom, c'est ce que la famille, ou la mère et le père, acquièrent avec l'enfant, ce que cet enfant signifie pour eux et quels changements ils veulent dans leur destin. C'est-à-dire que le nom n'est pas donné comme ça, et on peut réfléchir au nom aussi dans cette optique.


וַתַּהַר עוֹד וַתֵּלֶד בֵּן וַתֹּאמֶר כִּי-שָׁמַע יְהוָה כִּי-שְׂנוּאָה אָנֹכִי וַיִּתֶּן-לִי גַּם-אֶת-זֶה וַתִּקְרָא שְׁמוֹ שִׁמְעוֹן׃

vattáhar od vattéled ben vattómer ki-chamá adonáy ki-senou'á anókhi vayitten-lí gam-et-zé vattikrá chemó chim'ón

32 Et elle devint enceinte encore une fois, et de nouveau enfanta un fils et dit : « Puisque le SEIGNEUR a entendu que je suis haïe, et m'a donné aussi celui-ci ». Et elle l'appela Chimon (cela signifie l'écoute).

Elle dit : « Dieu entend mon état ». Si la première fois elle a dit : « Le SEIGNEUR regarde », ici – « Le SEIGNEUR m'entend, et donc Il travaille avec moi ». Ce n'est pas un coup de chance, pas un voilà-voilà-voilà, ça va arriver tout de suite, mais : « Le SEIGNEUR m'entend, le SEIGNEUR me conduit à ce que mon mari m'aime. Et j'appellerai ce fils Écoute, comme signe que le SEIGNEUR m'entend constamment ».


וַתַּהַר עוֹד וַתֵּלֶד בֵּן וַתֹּאמֶר עַתָּה הַפַּעַם יִלָּוֶה אִישִׁי אֵלַי כִּי-יָלַדְתִּי לוֹ שְׁלֹשָׁה בָנִים עַל-כֵּן קָרָא-שְׁמוֹ לֵוִי׃

vattáhar od vattéled ben vattómer attá happá'am yillavé ichí eláy ki-yaládti lo chelochá vaním al-kén kara-chemó leví

34 Et elle devint encore enceinte, et dit : « Voilà, maintenant mon mari m'accompagnera, parce que je lui ai enfanté trois fils » ; et c'est pourquoi elle l'appela du nom de Lévi.

Lévi, c'est celui qui est melavé (celui qui raccompagne, qui accompagne ou compagnon). Pourquoi a-t-elle exprimé une idée si étrange ? Il est agréable pour un mari de sortir se promener avec les enfants. C'est une procession si agréable, avec trois enfants il est plus agréable de marcher qu'avec, par exemple, Ra'hel seule. Mon mari marchera maintenant avec moi, parce qu'avec moi va une suite de trois enfants ; ainsi on peut se promener, bomber davantage le torse.


וַתַּהַר עוֹד וַתֵּלֶד בֵּן וַתֹּאמֶר הַפַּעַם אוֹדֶה אֶת-יְהוָה עַל-כֵּן קָרְאָה שְׁמוֹ יְהוּדָה וַתַּעֲמֹד מִלֶּדֶת׃

vattáhar od vattéled ben vattómer happá'am odé et-adonáy al-kén kare'á chemó yehoudá vatta'amód millédet

35 Et elle enfanta encore, et enfanta un fils, et dit : « Cette fois je rendrai grâce au SEIGNEUR » ; et c'est pourquoi elle l'appela du nom de Yéhouda (il y aura reconnaissance). Et elle cessa d'enfanter.

Elle s'arrêta, « elle se leva d'enfanter », si l'on traduit littéralement, elle cessa d'enfanter. Les commentateurs disent que, puisqu'elle cessa de prier, puisque, en fait, par le nom de l'enfant elle a dit : « C'est tout, c'est tout, merci à toi, SEIGNEUR ! Maintenant tout va réussir ! », ce processus, qui avait commencé avec Chimon (quand elle parlait de l'écoute, du fait que le Très-Haut travaille), elle l'a interrompu : maintenant tout est achevé. Elle l'a décidé elle-même, c'est pourquoi il est arrivé qu'elle a cessé d'enfanter. Elle a perdu, suspendu cette bénédiction ; voilà de quelle manière on peut le comprendre.

Querelles d'amoureux

Béréchit 30,1–13


וַתֵּרֶא רָחֵל כִּי לֹא יָלְדָה לְיַעֲקֹב וַתְּקַנֵּא רָחֵל בַּאֲחֹתָהּ

vattére ra'hél ki lo yaledá leyaakóv vattekanné ra'hél ba'a'hotá

1 Et Ra'hel vit qu'elle n'enfantait pas à Yaakov. Et Ra'hel fut jalouse de sa sœur...

C'est-à-dire qu'un temps suffisamment long s'était écoulé pour que Ra'hel comprenne : quelque chose ne va pas chez elle et elle est, apparemment, stérile.

Il est intéressant de prêter attention au verbe tekanné – fut jalouse, il signifie aussi bien être jaloux qu'envier. S'il est employé avec la petite lettre בּ (bet), avec la préposition b, comme ici – vattekanné ra'hél ba'a'hotá – alors cela signifie que Ra'hel veut être comme sa sœur, une sorte de concurrence surgit ; c'est-à-dire pour que personne ne soit sans enfants. S'il était écrit le'a'hotá, cela signifierait qu'elle envie sa sœur : c'est injuste, la sœur enfante des enfants, et je ne veux pas qu'elle ait des enfants. C'est-à-dire que dans le premier cas – je veux que moi aussi j'aie des enfants ; dans le second cas – je ne veux pas qu'elle ait des enfants. Entre la petite lettre בּ (bet) etל (lamed) il y a une si grande différence. Que fait une femme de son chagrin, de son problème ? Elle va vers son mari, vers Yaakov.

וַתֹּאמֶר אֶל-יַעֲקֹב הָבָה-לִּי בָנִים וְאִם-אַיִן מֵתָה אָנֹכִי׃

VATTÓMER EL-YAAKÓV HAVA-LÍ VANÍM VE'IM-ÁYIN METÁ ANÓKHI

…ET ELLE DIT À YAAKOV : « APPORTE-MOI DES ENFANTS, ET SINON – JE MOURRAI ».

Combien de souffrance humaine on voit dans ces paroles de Ra'hel. Et là, on aurait pu s'attendre à ce que Yaakov ferme son Talmud, mette de côté son ordinateur portable, la prenne dans ses bras, la serre contre lui et dise : « Prions ensemble » ou au moins, comme Elkana, dise : « Je t'aime quand même ». Mais Yaakov répond autrement.

וַיִּחַר-אַף יַעֲקֹב בְּרָחֵל וַיֹּאמֶר הֲתַחַת אֱלֹהִים אָנֹכִי אֲשֶׁר-מָנַע מִמֵּךְ פְּרִי-בָטֶן׃

VAYI'HAR-ÁF YAAKÓV BERA'HÉL VAYOMER HATÁ'HAT ELOHÍM ANÓKHI ACHER-MANÁ MIMMÉKH PERI-VÁTEN

2 et le nez de yaakov se mit à souffler contre ra'hel, et il dit : « suis-je donc à la place de dieu, qui ne t'a pas donné de fruit ? »

'Harón-af ou le souffle du nez – c'est un euphémisme pour la colère dans la Torah. Yaakov se mit en colère contre Ra'hel.

Il y a là une querelle conjugale, et une multitude de commentaires sur cette querelle conjugale ; or des querelles conjugales, il n'y en a pas beaucoup dans la Torah, et il est intéressant de les commenter. Les commentaires, bien entendu, ont tous été écrits par des hommes et reflètent le regard de différents hommes de différentes époques sur cette situation.

Il y a des commentaires qui disent (le midrach dit) : à ce moment-là, le Très-Haut dit à Yaakov : « Tu opprimes une femme qui est venue vers toi avec son chagrin. Tu recevras une rétribution en ceci que tous tes enfants se tiendront devant l'un des rares enfants de celle-ci, Yossef, et se prosterneront devant lui ». Ce sera au chapitre 50 du livre de Béréchit, quand ils viendront en Égypte et diront : « Nous sommes tes esclaves ». Et lui leur dira : « Suis-je donc à la place de Dieu ? » Yossef aurait pu dire cela avec colère, mais il leur pardonne et dit : « Il y a une rétribution – mesure pour mesure, et on ne doit pas offenser les enfants ; on ne doit pas offenser non plus les femmes qui veulent des enfants ».

D'autres commentateurs disent : « Yaakov s'est fâché parce que Ra'hel est venue et, comme une adolescente, s'est mise à le faire chanter avec le suicide. Du genre : “Si tu ne me donnes pas d'enfants, je me tue, je vais carrément mourir”. Yaakov a dit : “Qu'est-ce que c'est que ces discours dans une famille ? Est-ce ainsi qu'il convient d'agir dans une vraie famille juive ? Tu es pourtant une femme juive, n'est-ce pas ?”

D'autres disent que Yaakov lui a dit : « C'est toi qui n'as pas d'enfants. Ici il est écrit – Dieu n'a pas donné d'enfants à toi. Quand Yits'hak, notre Patriarche, priait pour Rivka, il ne savait pas lequel des deux était stérile, il n'avait pas d'enfants, et il priait, et c'est pourquoi il a reçu une réponse. Mais moi, je sais que j'ai des enfants, alors excuse-moi, c'est ton problème – l'absence de tes enfants. Je viens à toi, je te donne la couverture conjugale. Alors ne t'indigne pas ». Il y a de tels commentaires.

D'autres commentaires disent : « J'essaie de prier, j'ai prié pour toi, mais ça ne marche pas ».

Et des troisièmes commentaires disent : « Ne peux-tu donc pas, Ra'hel chérie, prier toi-même pour toi ? » Et plus loin il dit : « Voilà, si tu t'adresses à moi et dis qu'Avraham a prié pour Sara, et que Yits'hak a prié pour Rivka, alors toi aussi, peut-être, tu agiras comme Sara et tu me donneras ta concubine, pour commencer par là toute l'affaire ? » Et plus loin nous lisons :


וַתֹּאמֶר הִנֵּה אֲמָתִי בִלְהָה בֹּא אֵלֶיהָ וְתֵלֵד עַל-בִּרְכַּי וְאִבָּנֶה גַם-אָנֹכִי מִמֶּנָּה׃

vattómer hinné amatí vilhá bo eléha veteléd al-birkáy ve'ibbané gam-anokhí mimménna

3 voici mon esclave Bilha ; viens vers elle, et elle enfantera sur mes genoux et je me rebâtirai, je m'établirai moi aussi par elle, moi aussi je croîtrai par elle.

On peut traduire aussi par « je m'adopterai un fils par elle », exactement de même qu'on dit que, quand Hagar était avec Avraham et que Yits'hak naquit, cela conduisit à ce qu'ensuite le Très-Haut eut pitié de Sara et lui donna du fruit. Et les commentateurs disent que voilà à peu près quelle est la réflexion de Ra'hel. D'autres disent qu'ici Ra'hel dit à Yaakov : « Tu ne m'as pas du tout comprise comme il faut. Je ne voulais pas te dire que tu pries pour moi, ni que tu me décroches des enfants comme une petite étoile du ciel. J'ai engagé toute cette conversation pour que tu entres chez mon esclave, que tu la prennes, et elle enfantera sur mes genoux, et je t'enfanterai un fils ; j'aurai un fils, je me rebâtirai par lui. Voilà où je voulais en venir avec tout cela. Toi, comme toujours, tu ne m'as pas écoutée jusqu'au bout. Jamais tu ne m'écoutes jusqu'au bout, voilà, de nouveau tu m'as interrompue, et en plus tu m'as crié dessus ». Tant d'approches différentes qui racontent le conflit dans la famille ; et, on peut le dire, bien sûr, les commentateurs ont envie de justifier Yaakov. Yaakov est notre Patriarche, il est notre maître, notre timonier, et chez lui, semble-t-il, il ne peut pas y avoir d'erreurs. Mais mon Yaakov, mon Yaakov personnel (c'est ce que je pense), c'est un Yaakov qui a mal agi envers Ra'hel, lui a répondu avec colère. La colère envers une femme qui se sent offensée, c'est mal. Et il ne l'a pas écoutée, et quand nous n'écoutons pas quelqu'un, nous ne lui laissons pas s'exprimer, cela le frappe. La personne commence à porter cela en elle. Et nous pouvons dire : « Les femmes n'agissent pas ainsi ». Et nous pouvons dire : « Un petit garçon ne peut pas avoir peur du noir ». Et il s'en va dormir dans sa chambre avec la peur du noir, il réprime sa peur. S'il s'est disputé avec quelqu'un, nous ne pouvons haïr personne : « Dieu préserve ! Tu ne peux pas éprouver de tels sentiments ! » Et la personne commence à réprimer ses sentiments. Les problèmes dans la famille, les problèmes dans l'âme d'une personne commencent par le fait qu'on ne l'écoute pas. Yaakov a mal agi ici. Et le Très-Haut, je crois à ce midrach, l'a réprimandé, lui a rendu mesure pour mesure et lui a dit : « Yaakov, ce n'est pas bien d'agir ainsi. Yacha, ce n'est pas bien de traiter ainsi les femmes ». Yaakov est un homme, il est fait de sang et de chair, et parfois il se conduit comme un homme ordinaire.

Les commentateurs se posent encore la question : pourquoi Ra'hel n'enfante-t-elle pas ? Et certains disent : quand il y a un immense amour entre les époux, quand il y a un tel amour, alors il ne reste pas assez de place chez la femme pour la maternité, ou bien l'homme ne veut pas la laisser aller pour qu'elle s'arrête en mèreLe russe dit littéralement « pour qu'elle s'arrête en mère », sans doute au sens de « pour qu'elle devienne mère » ; nous avons gardé la tournure de l'original. ; à cause d'un amour excessif, à cause d'une sensualité excessive, ils ne peuvent pas avoir d'enfant. D'autres disent que c'est le péché de Ra'hel, que Ra'hel le percevait ainsi ; c'est son péché, quelque part son erreur, quelque part elle est coupable. Peut-être en ce qu'il est arrivé qu'elle a laissé sa sœur se marier avant elle, et que pendant toute une semaine Léa a été l'épouse exclusive de Yaakov ; peut-être en cela.

D'autres commentateurs, il existe une telle couche de sages dans le judaïsme, disent que tout tient au nom ; dans le nom doit se trouver la petite lettre י (youd) ou la petite lettre הּ (hé). Quand il manque la petite lettre הּ (hé), alors la femme ne peut pas enfanter. Voilà, il y avait Saraï (שָׂרַי), on l'a renommée Sara (שָׂרָה), et elle a pu enfanter. Dans le nom Ra'hel (רָחֵל) il n'y a pas de lettre hé, de cette lettre féminine. C'est vraiment une petite lettre très féminine, car elle s'ajoute aux substantifs pour qu'ils deviennent des substantifs du genre féminin. Si elle avait été Ra'helá ou Raa'hel, alors elle aurait pu enfanter ; il faut seulement changer le nom. Très nombreux sont aujourd'hui de tels maîtres, kabbalistes, qui disent : « Change ici le nom, change ici la combinaison, et tout te réussira ». Oui, en effet : celui qui change de nom, qui change le nom dans son essence, celui-là change sa vie. Mais ce n'est pas de la magie, et cela ne fonctionne pas de cette manière. Et voilà, les commentateurs disent : « Voilà, j'ai une esclave, elle s'appelle Bilha. Et dans le nom Bilha (בִלְהָה) il y a carrément deux petites lettres hé à la fin. Pourquoi lui en faut-il autant ? De toute façon elle est esclave. Disons qu'elle sera BilhaEn russe, la nouvelle forme proposée ne diffère du nom Bilha que par la prononciation du « l », nuance que le français ne peut pas rendre ; les deux formes s'écrivent donc ici Bilha., et que moi je serai Ra'hilá. Et j'enfanterai, et elle enfantera, et tout ira bien, laisse-moi me rebâtir par elle ». Mais il faut traiter avec prudence tous ces jeux avec les lettres.

Et voyons-y le sens simple. Et le sens simple, c'est que Ra'hel se souvient de ce qui s'est passé avec Sara. Ra'hel veut très fort des enfants, veut qu'il y ait des enfants dans sa tente. Yaakov entre chez Léa, qui a des enfants, joue avec eux le soir. Et que doit faire Ra'hel ? Et elle aussi veut des enfants. Elle veut elle-même passer du temps avec des enfants, veut être mère. Il ne s'agit pas ici seulement de Yaakov : Ra'hel a un immense instinct de maternité, un immense désir de maternité, et elle va jusqu'à donner son esclave pour épouse à Yaakov. C'est ainsi qu'il est écrit – elle la donna pour épouse à Yaakov.

וַתִּתֶּן-לוֹ אֶת-בִּלְהָה שִׁפְחָתָהּ לְאִשָּׁה וַיָּבֹא אֵלֶיהָ יַעֲקֹב׃

VATTITTEN-LÓ ET-BILHÁ CHIF'HATÁ LE'ICHÁ VAYAVÓ ELÉHA YAAKÓV

4 Et elle donna sa servante à Yaakov pour femme, et Yaakov vint vers elle.

Intéressant : pour désigner les esclaves, il y a en hébreu deux mots. Il y a le mot amá – servante, esclave, qui est temporaire. Il y a le mot chif'há – une esclave qui est esclave pour toujours ; cette chif'há n'est d'habitude pas issue des Juifs. Et pourquoi sont-elles appelées ici – et Bilha, et, par la suite, Zilpa – du mot chif'há ? Car quand elles se marient, il faut les affranchir ; si la maîtresse les donne en mariage, elle les affranchit. Pourquoi donc est-elle appelée chif'há ? Parce que, comme le disent les commentateurs, telle est son ascendance. Elle est née d'une concubine, c'est pourquoi elle est à moitié illégitime. Ainsi, Ra'hel, à la vieille manière, celle de la grand-mère, celle de Sara, donne sa servante pour femme à Yaakov.


וַתַּהַר בִּלְהָה וַתֵּלֶד לְיַעֲקֹב בֵּן׃

vattáhar bilhá vattéled leyaakóv ben

5 Et Bilha devint enceinte, et enfanta un fils à Yaakov.

Prêtez attention, il est écrit : et elle enfanta un fils à Yaakov ; ce n'est pas à Ra'hel qu'elle l'a enfanté, il est écrit : à Yaakov. Pourquoi est-ce juridiquement important ? Parce que nous ne parlons pas ici simplement de quelques scènes de famille ou de règlements de comptes familiaux. Nous parlons de la création des tribus d'Israël. Bilha a enfanté un fils à Yaakov ; nous reviendrons encore à cette formulation qui est écrite ici.


וַתֹּאמֶר רָחֵל דָּנַנִּי אֱלֹהִים וְגַם שָׁמַע בְּקֹלִי וַיִּתֶּן-לִי בֵּן עַל-כֵּן קָרְאָה שְׁמוֹ דָּן׃

vattómer ra'hél danánni elohím vegám chamá bekolí vayitten-lí ben al-kén kare'á chemó dan

6 Et Ra'hel dit : « Le SEIGNEUR m'a rendu justice (ou le SEIGNEUR m'a jugée), et a entendu ma voix, et m'a donné un fils ; c'est pourquoi elle l'appela Dan (au sens de : a jugé, dans la langue du tribunal).

En langue russe, l'expression « le SEIGNEUR m'a jugée » peut être perçue de façon univoquement négative – « le SEIGNEUR m'a condamnée ». Ici : « Le SEIGNEUR m'a donné ce qui me revient par jugement ». Apparemment (si nous nous rappelons ce que disent les commentateurs), Yaakov a conseillé Ra'hel, a enseigné à Ra'hel à prier elle-même pour elle-même, et Ra'hel prie pour elle-même, et voici qu'elle dit : « Le SEIGNEUR a entendu ma voix ».

Mais les relations de Yaakov et de Bilha ne s'arrêtent pas là.

וַתַּהַר עוֹד וַתֵּלֶד בִּלְהָה שִׁפְחַת רָחֵל בֵּן שֵׁנִי לְיַעֲקֹב׃

VATTÁHAR OD VATTÉLED BILHÁ CHIF'HÁT RA'HÉL BEN CHENÍ LEYAAKÓV

7 Et elle devint encore enceinte, et Bilha, la servante de Ra'hel, enfanta un second fils à Yaakov.

Et nous nous souvenons qu'à ce moment-là Léa, ayant enfanté Yéhouda, avait cessé d'enfanter. Elle avait dit : « Maintenant je bénirai le SEIGNEUR. Bon, c'est tout, ça suffit » – et elle cessa d'enfanter. Elle cessa d'enfanter peut-être parce qu'elle avait eu des problèmes de femme, nous y reviendrons encore. Mais maintenant Ra'hel, pour ainsi dire, entre elle aussi en concurrence et dit : « Voilà, j'en ai déjà deux. Comme ça, je vais bientôt rattraper ma sœur ».


וַתֹּאמֶר רָחֵל נַפְתּוּלֵי אֱלֹהִים נִפְתַּלְתִּי עִם-אֲחֹתִי גַּם-יָכֹלְתִּי וַתִּקְרָא שְׁמוֹ נַפְתָּלִי׃

vattómer ra'hél naftoulé elohím niftálti im-a'hotí gam-yakhólti vattikrá chemó naftalí

8 Et Ra'hel dit : « D'une lutte immense et puissante je me suis entrelacée avec ma sœur, et je l'ai vaincue (je l'ai surmontée) ». Et elle lui donna le nom de Naftali.

Le mot naftoulé signifie ruse, perfidie, liée au tressage, à la torsion : en me tordant, je me suis entrelacée (ou j'ai lutté) avec ma sœur (le mot elohím, qu'on traduit habituellement par Dieu, on peut ici le traduire par grande ou forte ; ce sens existe aussi, il existe la notion de meoumát elohím – une agitation forte, et ainsi de suite) ; d'une forte lutte j'ai lutté avec ma sœur, d'un fort entrelacement je me suis entrelacée avec ma sœur.

Le mot yakhólet, likhól signifie pouvoir. Victoire, dans beaucoup de langues slaves, c'est peremóga : j'ai pu plus qu'elle, je l'ai surmontée.

Naftalí – épreuve, ma torsion ; ou, on peut même dire, ma perfidie, ma ruse. Nous avons déjà fait remarquer que les noms peuvent contenir en eux certaines prières ou certains remerciements. Et ici elle dit : « Je suis une lutteuse, je suis une victorieuse ». Ici on peut dire qu'elle parle comme parlerait aujourd'hui un Israélien : « Ça y est ! Je l'ai fait ! J'ai vaincu ma sœur ! » Des paroles très humaines. Nous devons nous rappeler que ces gens ne savaient pas, aucun d'eux ne savait (je le répète pour la énième fois), qu'ils vivaient dans la Bible. Ils vivaient. C'étaient des gens réels, qui vivaient, respiraient, parlaient, discutaient, se disputaient, se vexaient et pouvaient se réjouir de leurs victoires. Mais ce n'était pas si simple.


וַתֵּרֶא לֵאָה כִּי עָמְדָה מִלֶּדֶת וַתִּקַּח אֶת-זִלְפָּה שִׁפְחָתָהּ וַתִּתֵּן אֹתָהּ לְיַעֲקֹב לְאִשָּׁה׃

vattére le'á ki amedá millédet vattikká'h et-zilpá chif'hatá vattittén otá leyaakóv le'ichá

9 Alors Léa remarqua que, tiens, elle n'enfantait plus depuis longtemps ; et elle prit Zilpa, sa servante, et la donna elle aussi à Yaakov pour femme.

Pourquoi Léa fait-elle cela ? Seul le Rambam (Maïmonide), de tous les commentateurs, remarque qu'en fait les femmes n'aiment pas amener à leur mari une seconde femme. Apparemment, Léa sentait certains problèmes du côté féminin ; nous y reviendrons encore plus tard, quand nous parlerons du remède contre la stérilité, des fruits rouges et ainsi de suite. Mais pour l'instant Léa, qui a dit : « Hop là ! Alors on pouvait faire comme ça ?! », donne elle aussi sa servante à Yaakov pour femme.


וַתֵּלֶד זִלְפָּה שִׁפְחַת לֵאָה לְיַעֲקֹב בֵּן׃

VATTÉLED ZILPÁ CHIF'HÁT LE'Á LEYAAKÓV BEN

10 Et Zilpa, la servante de Léa, enfanta elle aussi un fils à Yaakov (c'est-à-dire que ce fils aussi sera parmi les tribus).

וַתֹּאמֶר לֵאָה בְּגָד (בָּא גָד) וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ גָּד׃

VATTÓMER LE'Á BA GAD VATTIKRÁ ET-CHEMÓ GAD

11 Et Léa dit : « La chance est venue ». Et elle lui donna le nom de Gad.

Ici il y a une divergence de lecture. Il existe la notion de ktív – correction des scribes. On peut comprendre qu'il est écrit deux mots – ba gad (בָּא גָד), c'est-à-dire : le bonheur est venu, le bonheur est tombé du ciel, la chance a tourné. Et on peut comprendre – begad (בְּגָד), il a trahi. Au sens où lui, Yaakov, m'a trahie, et moi je ne l'ai pas trahi ; il m'a trahie, il a eu des enfants avec une autre femme, je ne l'ai pas trahi. C'est sa vision de la situation. Dans sa compréhension – nous le verrons dans le passage suivant – Ra'hel lui a carrément enlevé son mari ; et de cela aussi nous parlerons encore.

Gad signifie celui qui accumule, qui rassemble, qui apporte la chance. Un nom aux sens très multiples, et on peut le traduire de façons très différentes, et, en général, ce verset peut être traduit de dizaines de manières différentes, vraiment de dizaines.

וַתֵּלֶד זִלְפָּה שִׁפְחַת לֵאָה בֵּן שֵׁנִי לְיַעֲקֹב׃

VATTÉLED ZILPÁ CHIF'HÁT LE'Á BEN CHENÍ LEYAAKÓV

12 Et Zilpa, la servante de Léa, enfanta un second fils à Yaakov.

Maintenant le score devient 2:2. Zilpa aussi enfante à Yaakov un second fils.

וַתֹּאמֶר לֵאָה בְּאָשְׁרִי כִּי אִשְּׁרוּנִי בָּנוֹת וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ אָשֵׁר׃

VATTÓMER LE'Á BE'OCHRÍ KI ICHEROÚNI BANÓT VATTIKRÁ ET-CHEMÓ ACHÉR

13 Et Léa voit cet enfant, et dit : « Heureuse suis-je, parce que toutes les filles me béniront ». Et elle l'appela Acher.

Toutes les filles me béniront – de là on peut voir que l'enfant est né très beau. Et tous les descendants d'Acher, ses filles, épouseront des kohanim (on le sait de sources plus tardives), parce que les jeunes filles seront des beautés, toutes à l'image de leur bel ancêtre. C'est-à-dire que Léa vit un si beau garçon et dit : « Eh bien, maintenant toutes les jeunes filles me diront bienheureuse, me béniront, parce que ses filles, et ses petites-filles, et ses arrière-petites-filles – il y aura de la beauté pour toutes ». Et les filles des autres diront : « Oh là là ! Quel beau garçon ! Quelle chance a eue sa mère ! » Et elle l'appela Acher, ce qui signifie – celui qui donne le bonheur.

Compléments alimentaires et Dieu

Béréchit 30,14–24


וַיֵּלֶךְ רְאוּבֵן בִּימֵי קְצִיר-חִטִּים וַיִּמְצָא דוּדָאִים בַּשָּׂדֶה

vayélekh re'ouvén bimé ketsir-'hittím vayimtsá douda'ím bassadé

14 Et Réouven alla au temps de la moisson du blé, et trouva dans le champ des pommes de mandragore…

Arrêtons-nous ici pour l'instant. Réouven est le premier-né de Yaakov et de Léa. Comme nous le savons, Yaakov vécut chez Lavan (jusqu'à la naissance de Yossef, dont il sera question plus loin) quatorze ans. Sept ans Yaakov travailla pour Ra'hel, il était un homme non marié. Les événements qui sont décrits ici – Réouven et les pommes de mandragore – se passent la cinquième année après que Yaakov s'est marié. Et cela signifie que Réouven est un garçon de quatre ans. Cela signifie qu'il n'a pas sorti un guide d'identification des plantes et n'a pas dit : « Oh là là ! Mandragora officinarum ! Il faut l'apporter à maman, parce qu'elle aide contre la stérilité ». Mais il a trouvé ou bien les baies rouges vives de la mandragore, ou bien, ce qui est le plus probable, la racine rose de la mandragore, qui ressemble beaucoup à un petit bonhomme. Le petit bonhomme s'est intéressé au petit bonhomme de bois trouvé dans le champ. Et il l'a apporté en cadeau à maman Léa, qui est assise dans la tente, chez qui Yaakov n'entre pas. Peut-être est-elle triste, et peut-être voit-il qu'elle est triste. Eh bien, aux mamans joyeuses les enfants apportent d'habitude des cadeaux. Réouven, très probablement, ne connaît aucune propriété curative de la mandragore, comme un petit enfant ordinaire. Des propriétés curatives sont attribuées à la mandragore précisément parce que sa racine ressemble à un petit bonhomme, et donc conduit à la naissance de petits bonshommes ; c'est ainsi que les gens raisonnent souvent. Ni la Torah, ni les recherches scientifiques ne soutiennent l'idée que la mandragore soit efficace ; mais voilà, un tel complément alimentaire existait à cette époque. Réouven l'a trouvé et l'a apporté à sa mère.

וַיָּבֵא אֹתָם אֶל-לֵאָה אִמּוֹ וַתֹּאמֶר רָחֵל אֶל-לֵאָה תְּנִי-נָא לִי מִדּוּדָאֵי בְּנֵךְ׃

VAYAVÉ OTÁM EL-LE'Á IMMÓ VATTÓMER RA'HÉL EL-LE'Á TENI-NÁ LI MIDDOUDA'É BENÉKH

… et il apporta à Léa, sa mère (il apporta à maman en cadeau une jolie petite racine). Ra'hel dit à Léa : « Donne-moi un peu de la mandragore de ton fils ».

Cela n'a sans doute pas très bel air, quand une maman demande le cadeau qu'un fils a apporté à une autre maman ; d'autant plus quand ce sont des sœurs, entre lesquelles il y a des relations si compliquées.

Il faut faire un petit retour en arrière et se rappeler l'état de Léa. Après que Léa eut enfanté Yéhouda, le quatrième fils, il est dit : et elle cessa d'enfanter. Léa enfanta le premier fils, Réouven, ensuite – Chimon, ensuite – Lévi, ensuite – Yéhouda, et ensuite elle cessa d'enfanter. Remarquons qu'après, elle enfantera encore Yissakhar, Zévouloun et Dina. Quatre plus trois (ce n'est pas difficile à calculer) égale sept. En tout, Léa enfanta sept enfants en sept ans. Et une question naturelle se pose : mais quand donc a-t-elle cessé d'enfanter ? Sept enfants en sept ans – n'importe quelle maman dira : « C'est énormément ». Et la plupart des mamans diront : « C'est carrément beaucoup trop ». Qui donc dira qu'une telle femme est stérile ? Et il faut comprendre ce que signifie elle cessa d'enfanter, dans quel état elle est, ce qui se passe maintenant avec Léa.

Certains commentateurs disent que, pendant un an, elle a tout de même cessé d'enfanter, et que Zévouloun et Dina sont des jumeaux ; c'est pourquoi on obtient sept enfants en sept ans, alors qu'en réalité une année a été stérile. Mais il est difficile de supposer qu'une femme qui a enfanté quatre enfants et qui, pendant un an après cela, n'a pas enfanté, s'inquiétera d'être stérile, même en ces temps difficiles.

D'autres commentateurs disent que Léa a décidé de ne plus enfanter. Elle a dit à Yaakov : « Le cinquième, Yacha, c'est toi-même qui l'enfanteras. J'en ai enfanté quatre, il faudrait déjà que j'élève ceux-là ». Et c'est aussi une approche logique, cela arrive dans les familles. Ou bien Yaakov a décidé qu'il avait assez d'enfants de Léa. Et là encore, Léa a cessé d'enfanter contre son gré. Pourquoi – contre son gré ? Parce que plus loin nous comprendrons que, quand elle enfante, il est écrit : « Dieu entendit Léa ». Enfanter, elle le voulait tout de même, très probablement.

Il y a encore un détail important, un détail qui peut ne pas être compréhensible pour chaque lecteur, mais qui est compréhensible pour le lecteur oriental, familier de l'histoire. Il y a des archétypes déterminés, des principes déterminés, qui se conservent. Ce sont des principes selon lesquels les épouses enfantent deux fois plus que les concubines. Na'hor a douze enfants – huit de son épouse, quatre de sa concubine. Léa a, à ce moment-là, quatre enfants, deux de la concubine. Nous savons que, quand les fils d'Israël entreront en Égypte, descendront en Égypte, avec eux iront trente-deux descendants de Léa et seize descendants de Zilpa, c'est-à-dire deux contre un ; quatorze descendants de Ra'hel et sept descendants de Bilha, aussi deux contre un (c'est le chapitre 46 du livre de Béréchit, pour qui s'y intéressera et voudra le relire). Quand Léa a enfanté quatre enfants et que, nous le savons, Zilpa en enfantera encore deux, la mission d'enfantement de Léa s'achève là. Et c'est pourquoi, peut-être, il est écrit qu'elle cessa d'enfanter. Son mari ne s'est jamais vraiment intéressé à elle, nous voyons qu'il aime davantage Ra'hel. Et tout le bonheur de Léa – passer du temps avec ses enfants, et voilà que son fils lui apporte un cadeau, et sa sœur veut lui prendre ce cadeau, et Léa connaît en plus les propriétés curatives de ce complément alimentaire, et elle y croit.

וַתֹּאמֶר לָהּ הַמְעַט קַחְתֵּךְ אֶת-אִישִׁי וְלָקַחַת גַּם אֶת-דּוּדָאֵי בְּנִי

VATTÓMER LA HAM'ÁT KA'HTÉKH ET-ICHÍ VELAKÁ'HAT GAM ET-DOUDA'É BENÍ

15 Et Léa dit à Ra'hel : « Est-ce peu pour toi, ou quoi, que tu aies pris mon mari, mais le cadeau de mon fils aussi, tu le prends ! » …

Pas ichénou, pas notre mari, aussi étrange que cela sonne aujourd'hui ; c'était notre mari pour les jeunes filles. Mais : « Tu as pris mon mari ». Car Léa l'a épousé la première, et Ra'hel s'est jointe à cette famille ensuite, elle a en fait pris le mari de Léa, l'a pris lui-même, et son attention, et son amour. Et voilà que Léa parle comme elle le ressent : ce n'est pas la bouche de la femme qui parle, c'est le cœur de la femme qui parle, « la bouche parle de l'abondance du cœur ». Et ici il ne s'agit pas des propriétés médicales de la mandragore, très probablement ; ici il s'agit de sentimentalité, d'amour, de relations familiales.

וַתֹּאמֶר רָחֵל לָכֵן יִשְׁכַּב עִמָּךְ הַלַּיְלָה תַּחַת דּוּדָאֵי בְנֵךְ׃

VATTÓMER RA'HÉL LAKHÉN YICHKÁV IMMÁKH HALLÁYLA TÁ'HAT DOUDA'É VENÉKH

… et Ra'hel dit : « Qu'il couche donc avec toi cette nuit, en échange des mandragores de ton fils ».

Elle ne dit pas : le mari couchera, parce que le mari, c'est un sujet de conversation évident. Une phrase terrible, en fait. Lisons plus loin pour comprendre pourquoi elle est terrible.

וַיָּבֹא יַעֲקֹב מִן-הַשָּׂדֶה בָּעֶרֶב וַתֵּצֵא לֵאָה לִקְרָאתוֹ

vayavó yaakóv min-hassadé ba'érev vattetsé le'á likrató

16 Et Yaakov vint le soir du champ, et Léa sortit à sa rencontre…

Souvenons-nous de qui est venu du champ la fois précédente – Essav. Yaakov a ce qu'Essav n'a pas : il a du potage de lentilles, et Essav est venu sans rien. Et Essav veut « du rouge, du rouge », et vend pour cela son droit d'aînesse. Ici, cela revient d'une manière étonnante. Yaakov vient du champ, et, semblerait-il, c'est précisément Yaakov qui va maintenant être dans le rôle d'Essav, mais non : « cela a ricoché » sur Ra'hel, Ra'hel est dans le rôle d'Essav. Elle donne la nuit de son mari pour « du rouge, du rouge », pour les pommes de mandragore du fils de Léa, qui, dans son dessein, devaient lui donner la possibilité de devenir enceinte.

Le midrach dit que, parce qu'elle a dédaigné la nuit avec le juste (elle a dit : « Et alors, Yaakov couchera une nuit avec Léa, rien de terrible n'arrivera »), à cause de cela elle n'est pas enterrée avec lui. Parce qu'elle a dédaigné une seule nuit passée avec lui sur une même couche, elle n'est pas enterrée avec Yaakov. Et elle a, comme il est écrit, perdu la primauté. Pourquoi le midrach dit-il qu'elle a perdu la primauté ? C'est une allusion à Essav. Comme Essav, en son temps, a dédaigné la primauté, ainsi Ra'hel a dédaigné l'égalité avec sa sœur. Elle devait enfanter quatre enfants, et Bilha encore deux, mais cela ne s'est pas passé ainsi, parce qu'elle a dédaigné son amour, l'amour de Yaakov pour elle, comme Essav a dédaigné, en son temps, le droit d'aînesse.

Et Léa ne tient pas en place dans la tente, tant elle se sent seule et tant une seule nuit avec son mari est importante pour elle. Très probablement, pas du tout pour devenir enceinte de lui, on ne devient pas enceinte à chaque nuit. Pourquoi a-t-elle besoin de cette seule nuit ? Elle cherche l'amour de son mari, Léa cherche tout le temps l'amour de son mari. Elle cherche l'amour de son mari, et elle éprouve une telle mélancolie qu'elle est prête à marchander de façon humiliante, en fait, pour une seule nuit avec son mari. Elle n'a pas pu l'attendre dans la tente ; peut-être regardait-elle constamment derrière le rideau de la tente, peut-être envoyait-elle constamment Réouven sur la route. Mais, d'une manière ou d'une autre, Yaakov revient du champ, et l'impatiente Léa l'accueille.

וַתֹּאמֶר אֵלַי תָּבוֹא כִּי שָׂכֹר שְׂכַרְתִּיךָ בְּדוּדָאֵי בְּנִי וַיִּשְׁכַּב עִמָּהּ בַּלַּיְלָה הוּא׃

vattómer eláy tavó ki sakhór sekhartíkha bedouda'é bení vayichkáv immá balláyla hou

… et elle lui dit : « Tu viendras à moi aujourd'hui, car d'un paiement je t'ai payé, pour les mandragores de mon fils ». Et il coucha avec elle cette nuit-là.

Et il coucha avec elle cette nuit-là – c'est une allusion à une autre histoire, à l'histoire de Lot. Au sujet de Lot il est dit (quand il entra chez ses filles) : et il coucha avec elle cette nuit-là, il ne sut pas, en se couchant et en se levant… C'est l'histoire de Lot.

Yaakov – sait. Lot est enivré, et il agit, peut-on dire, comme une victime de violence et de tromperie ; on peut dire que Lot est contraint à l'intimité avec ses filles. De même ici Yaakov, comme Lot, est forcé, ce n'est pas de son plein gré qu'il entre chez sa femme. Yaakov est un homme passif dans sa famille : il n'y a pas ici un tel Yaakov Yits'hakovitch qui frapperait du poing sur la table et dirait : « Qu'est-ce que vous faites ? Vous êtes – des Juifs ? » Ou bien : « Où, où donc a-t-on vu que dans une famille juive les femmes mènent ainsi leurs maris par le bout du nez ? » Mais elles les mènent, et comment ! Yaakov est un homme passif, et la Torah nous le montre par de petits traits imperceptibles.


וַיִּשְׁמַע אֱלֹהִים אֶל-לֵאָה וַתַּהַר וַתֵּלֶד לְיַעֲקֹב בֵּן חֲמִישִׁי׃

vayichmá elohím el-le'á vattáhar vattéled leyaakóv ben 'hamichí

17 Et Dieu entendit Léa, et elle devint enceinte, et enfanta à Yaakov un cinquième fils.

Dieu entendit sa mélancolie, Dieu entendit son affliction. Peut-on dire que Léa était stérile, pour qu'elle prie pour la naissance d'enfants ? Non, elle ne l'était pas. Elle en a enfanté quatre et a dit : « Je rendrai grâce au SEIGNEUR ». Mais il y a un cri, même les actes peuvent parfois être un cri de prière.

Prêtez attention : si, au sujet des quatre enfants, il est écrit simplement elle enfanta, ici c'est la formule, la notation, comme à l'égard d'une concubine – elle enfanta à Yaakov un cinquième fils. Pourquoi est-ce écrit ainsi ? Parce que, comme nous l'avons dit, à vrai dire, c'est Ra'hel qui devait enfanter ce fils. Mais parce que Ra'hel a dédaigné la nuit avec Yaakov, elle est devenue la mère d'un plus petit nombre de tribus. On ne peut pas dire simplement comme ça : « Et alors, je donnerai une nuit avec mon mari, et cela se terminera par une seule nuit ». Les petits actes ont souvent un prix élevé.


וַתֹּאמֶר לֵאָה נָתַן אֱלֹהִים שְׂכָרִי אֲשֶׁר-נָתַתִּ שִׁפְחָתִ לְאִישִׁי וַתִּקְרָא שְׁמוֹ יִשָּׂשכָר׃

vattómer le'á natán elohím sekharí acher-natátti chif'hatí le'ichí vattikrá chemó yissakhár

18 Et Léa dit : « Dieu m'a donné une récompense, un paiement pour avoir donné mon esclave à mon mari » ; et elle lui donna le nom de Yissakhar.

Et ici, c'est la même phrase que nous avons lue au verset 16 : « D'un paiement je t'ai payé ».

Le mot sakhár lui-même et le nom Yissakhár signifient il sera payé, ou celui qui recevra un paiement, ou celui qui recevra une récompense ; il renvoie précisément à ces paroles mêmes de Léa : sakhór sekhartíkha, d'un paiement je t'ai payé. Et la langue dans laquelle Léa s'exprime renvoie aussi à cela : elle parle de l'esclave qu'elle a donnée, du désir de continuer la lignée. L'esclave est simplement un symbole. Ici, son acte, c'est un symbole de la continuation de l'enfantement de la famille. Peut-être, parce que l'esclave a enfanté, Yaakov est-il de nouveau apparu dans la tente de Léa, et l'amour s'est-il de nouveau enflammé en elle. Il est très difficile de comprendre les motifs d'une femme, d'autant plus d'une femme qui a vécu il y a plus de 3000 ans. Mais, puisque les gens changent peu, on peut supposer qu'il est difficile de relier le nom Yissakhar au fait que Yaakov a été acheté ; c'est vraiment trop vilain de donner un tel nom à un enfant. Et elle a vu la racine de tous les événements dans le fait qu'elle a donné son esclave à Yaakov.


וַתַּהַר עוֹד לֵאָה וַתֵּלֶד בֵּן-שִׁשִּׁי לְּיַעֲקֹב׃

vattáhar od le'á vattéled ben-chichí leyaakóv

19 Et Léa devint enceinte encore une fois, et enfanta à Yaakov un sixième fils.

Encore une fois, enfanta à Yaakov. Il n'est pas écrit simplement enfanta, comme pour les quatre enfants précédents ; de nouveau, la formulation est comme à l'égard des concubines.


וַתֹּאמֶר לֵאָה זְבָדַנִי אֱלֹהִים אֹתִי זֵבֶד טוֹב הַפַּעַם יִזְבְּלֵנִי אִישִׁי כִּי-יָלַדְתִּי לוֹ שִׁשָּׁה בָנִים וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ זְבֻלוּן׃

vattómer le'á zevadáni elohím otí zéved tov happá'am yizbeléni ichí ki-yaládti lo chichá vaním vattikrá et-chemó zevouloún

20 Et Léa dit : « Le SEIGNEUR m'a gratifiée d'un don magnifique ; cette fois il va m'ennoblir, prendre soin de moi, parce que je lui ai enfanté six fils » ; et elle lui donna le nom de Zévouloun (celui qui fertilise).

Le mot zevadáni signifie don, cadeau, un certain cadeau très précieux ; le SEIGNEUR, peut-on dire, m'a couverte d'or.

Dans le mot yizbeléni la racine záyin-bet-lámed (זבל) signifie il fertilisera, il sera avec moi, il me fertilisera, il m'ennoblira, il me cultivera. Bien que le mot zével en hébreu moderne signifie simplement ordures, engrais, mais zével en hébreu ancien signifie un lieu qui enrichit, ennoblit, aménage. Et Zévouloun, ce n'est pas simplement un nom que l'on donne à un fils, c'est aussi l'un des noms du Temple.

וְאַחַר יָלְדָה בַּת וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמָהּ דִּינָה׃

ve'a'hár yáleda bat vattikrá et-chemá diná

21 Et ensuite elle enfanta une fille, et lui donna le nom de Dina.

Nous avons déjà dit que les commentateurs, cherchant à expliquer une certaine allusion à la stérilité de Léa, qui en sept ans enfante sept enfants, disent qu'avec Zévouloun est née Dina, c'est pourquoi il y a eu une année de stérilité. Léa a eu une année sur sept où elle n'a pas enfanté, et à ce moment-là elle s'est considérée comme stérile. Pourquoi une telle question se pose-t-elle ? Parce qu'il n'est pas écrit « et elle devint enceinte, et enfanta une fille ». Et peut-être en est-il bien ainsi ; il est tout à fait possible de le traduire ainsi. Mais une autre variante, plus proche, plus compréhensible pour moi, est celle-ci : puisque Dina n'est mentionnée ici qu'en raison de ce qui lui arrivera par la suite, et qu'elle n'est pas des tribus d'Israël, il n'est pas écrit à son sujet « et elle devint enceinte, et enfanta ». On peut le comprendre d'une manière ou d'une autre.


וַיִּזְכֹּר אֱלֹהִים אֶת-רָחֵל וַיִּשְׁמַע אֵלֶיהָ אֱלֹהִים וַיִּפְתַּח אֶת-רַחְמָהּ׃

vayizkór elohím et-ra'hél vayichmá eléha elohím vayiftá'h et-ra'hmá

22 Et le SEIGNEUR se souvint de Ra'hel, et Élohim, Dieu, entendit à son sujet, et ouvrit son sein à elle aussi.

Quand il est dit que le SEIGNEUR se souvint, cela ne signifie évidemment pas qu'Il était assis, pensif, et que tout à coup se souvint : « Et comment va Ra'hel, là-bas, il faut aller voir ». Se souvint signifie que le temps est venu, que dans l'horaire divin est arrivé le temps de s'occuper de Ra'hel. Et cela signifie qu'il est nécessaire au Très-Haut d'intervenir maintenant dans ce qui arrive à Ra'hel. Il gouverne, bien sûr, le monde entier et dirige constamment, mais parfois Il intervient, en changeant la nature des choses. Quand il est écrit vayizkór, on entend une intervention dans le cours naturel des événements.

Nous voyons qu'il s'est passé beaucoup de temps pendant lequel Ra'hel restait stérile ; et elle devait enfanter, parce que Léa avait déjà cessé d'enfanter. Mais qu'a fait Ra'hel ? Elle a vendu cette possibilité qui était la sienne d'enfanter (si l'on comprend à travers les commentaires) pour des pommes de mandragore. Elle a pris un complément alimentaire, elle a pris une herbe médicinale au lieu de l'aide du Très-Haut, elle a décidé d'agir par quelques voies à elle, et au bout du compte la mandragore a eu sur elle l'effet inverse. Il ne faut pas se hâter de condamner cette femme, elle a fait de son mieux. Parfois nous essayons de déployer des efforts dans ce monde, nous faisons quelque chose en pensant que Dieu nous bénira. Dieu dit : « Je te bénirai dans toutes tes actions ». Là où nous ne faisons rien, Dieu ne peut pas nous bénir. Pour recevoir la bénédiction, nous devons faire quelque chose ; la bénédiction, elle porte toujours sur des actions. Et peut-être est-ce cela que Ra'hel essayait de faire ; mais elle a dédaigné une nuit avec son mari en échange d'un quelconque complément biologiquement actif, d'un quelconque médicament. Et sa décision n'était pas juste ; le motif était bon, mais la tentative n'a pas réussi. Elle s'est trompée, et nous aussi nous nous trompons très souvent, et chacun de nous, il arrive, échange parfois des mandragores. Et on peut essayer de trouver dans sa vie les moments où nous avons fait cela, de le découvrir et de ne plus le faire. Ainsi, le SEIGNEUR se souvint de Ra'hel, ouvrit son ventre.

וַתַּהַר וַתֵּלֶד בֵּן וַתֹּאמֶר אָסַף אֱלֹהִים אֶת-חֶרְפָּתִי:

vattáhar vattéled ben vattómer assáf elohím et-'herpatí

23 Et elle devint enceinte, et enfanta un fils, et dit : « Le SEIGNEUR a ramassé, a emporté l'opprobre ».

On peut dire : m'a ôté l'opprobre par petits morceaux, a ramassé sur moi l'opprobre, comme on peut ramasser du gruau répandu sur le sol ; ainsi le SEIGNEUR lui a ôté l'opprobre.

וַתִּקְרָא אֶת-שְׁמוֹ יוֹסֵף לֵאמֹר יֹסֵף יְהוָה לִי בֵּן אַחֵר:

vattikrá et-chemóLa translittération de l'original écrit ici seulement « chem », avec l'accent sur la consonne ; l'hébreu porte « chemó » (son nom), que nous suivons. yosséf lemór yosséf adonáy li ben a'hér

24 Et elle l'appela du nom de Yossef, en disant : « Dieu m'ajoutera encore un fils ».

Le mot יוֹסֵף (yosséf) est proche par la racine du mot אָסַף (assáf). Mais ce n'est pas en remerciement à Dieu de ce qu'il a ramassé sur elle l'opprobre qu'elle l'a appelé Yossef. Nous avons dit que, quand une personne nomme, donne un nom à ses enfants, c'est une sorte de prière sur ce qui changera dans la vie des parents. Et aujourd'hui encore cela existe dans la tradition orientale, par exemple chez les peuples turciques : quand naissent beaucoup de filles, on appelle une fille d'un nom qui se traduit par « amènera un garçon », ou qui s'appelle « il y aura un tournant », c'est-à-dire que naîtront ensuite des garçons. Au moyen du nom, on essaie non seulement de planifier le destin, mais aussi de planifier la famille. Et ici, d'une part, Ra'hel exprime sa reconnaissance au Très-Haut de ce qu'il a ramassé l'opprobre, d'autre part, un seul garçon, c'est peu, et on a envie d'avoir encore des enfants. Et il est tout à fait naturel qu'elle dise : « Je crois que Dieu me donnera encore des enfants », et elle appelle son fils Yossef. Et à peu près à cette période s'achèvent les 14 ans de la vie de Yaakov chez Lavan.

Ruses de berger

Béréchit 30,25–43

Avant de commencer à lire ce passage, je voudrais dire que ce passage est très difficile du point de vue de la langue. Chaque fois qu'il y a une difficulté quelconque, il y a beaucoup de commentaires. À quoi la difficulté est-elle liée ? Au fait que dans le passage il y a énormément de termes pastoraux, liés à l'agriculture, au travail de berger. Or le peuple d'Israël s'est trouvé longtemps en galoút, en exil, et ne s'occupait pas d'élevage ; c'est pourquoi beaucoup de termes, les significations de beaucoup de mots sont perdus ou mis en doute. Nous pouvons deviner leur signification d'après le sens général. Mais toute personne russophone d'aujourd'hui peut-elle dire ce que signifie une robe de cheval isabelle, pie, alezan clair ou tigrée ? Celui qui travaille avec les chevaux dira facilement la signification de chacun de ces mots. Mais la plupart, même ceux pour qui le russe est la langue maternelle, ne connaissent guère bien ces mots. Nous lisons un texte très semblableLe russe dit littéralement « un texte très semblable », sans préciser semblable à quoi ; nous l'avons traduit tel quel., c'est pourquoi il y aura beaucoup de lectures divergentes. Beaucoup de lectures divergentes aussi du fait qu'il s'agit d'une sorte de document juridique. Mais de cela nous parlerons en cours de route.


וַיְהִי כַּאֲשֶׁר יָלְדָה רָחֵל אֶת-יוֹסֵף וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל-לָבָן שַׁלְּחֵנִי וְאֵלְכָה אֶל-מְקוֹמִי וּלְאַרְצִי׃

vayhí ka'achér yaledá ra'hél et-yossef vayomer yaakóv el-laván chelle'héni va'elekha el-mekomí oul'artsí

25 Et il arriva, quand Ra'hel eut enfanté Yossef, que Yaakov dit à Lavan : « Raccompagne-moi (ou renvoie-moi), et j'irai en mon lieu et en mon pays.

Il manque ici, bien sûr, « dans la maison de mon père ». Pourquoi cela manque-t-il ? La raison ici, c'est la politesse orientale classique. Il est gênant pour notre Patriarche, Yaakov, de dire à Lavan que sa famille n'est pas ici, alors que ses deux femmes et une ribambelle d'enfants sont avec lui ici, chez Lavan, son beau-père. Dire : « Bon, on est bien chez vous ; je vais donc rentrer chez moi, dans ma famille », – ce n'est pas très poli, en quelque sorte. Et Yaakov s'efforce d'être poli, et il poursuit la conversation avec Lavan.

תְּנָה אֶת-נָשַׁי וְאֶת-יְלָדַי אֲשֶׁר עָבַדְתִּי אֹתְךָ בָּהֵן וְאֵלֵכָה כִּי אַתָּה יָדַעְתָּ אֶת-עֲבֹדָתִי אֲשֶׁר עֲבַדְתִּיךָ׃

tená et-nacháy ve'et-yeladáy achér avádti otekhá bahén ve'elékha ki attá yadá'ta et-avodatí achér avadtíkha

26 Donne-moi mes femmes, et mes enfants, pour lesquels j'ai travaillé pour toi, et je m'en irai ! Tu connais mon labeur, tu sais comment j'ai travaillé pour toi ».

Pourquoi les enfants sont-ils inclus dans la liste ? Les enfants sont inclus dans la liste simplement parce que c'est la langue parlée. Et « je t'ai servi pour elles » est dit au pluriel féminin ; pour elles – pour les filles je t'ai servi.

Yaakov n'a pas simplement attendu la naissance de Yossef, il a attendu que se terminent les sept ans qu'il devait travailler comme second terme pour Ra'hel. Maintenant il ne doit plus rien à Lavan, cesse d'avoir le statut d'esclave, de travailleur salarié, a le statut d'homme libre (nous y reviendrons encore), veut partir. Et que demande-t-il dans le cas présent, si l'on comprend la langue orientale ? Il dit : « Tu sais avec quelle honnêteté je t'ai servi pour tes filles. Maintenant donne-moi la dot qui revient à tes filles, et je partirai ». Yaakov n'a rien avec quoi partir ; il a traversé le Jourdain, comme il le dira plus tard, « avec son bâton ». Il est venu sans rien, et maintenant, avec quoi rentrera-t-il chez lui ? Avec douze enfants (avec douze, parce que Dina est la douzième) ? Et c'est tout. Or il faut bien vivre d'une manière ou d'une autre. C'est pourquoi il est logique de demander à Lavan une dot pour les filles ; c'est aussi honnête qu'il a honnêtement travaillé pour les filles.

יֹּאמֶר אֵלָיו לָבָן אִם-נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ

vayomer eláv laván im-ná matsáti 'hen be'enékha

27 Et Lavan lui dit : « Si j'ai trouvé grâce à tes yeux…

Lavan n'a pas très envie de laisser partir Yaakov. C'est le début d'une demande.

נִחַשְׁתִּי וַיְבָרֲכֵנִי יְהוָה בִּגְלָלֶךָ:

ni'háchti vayvarekhéni adonáy biglalékha

…j'ai compris que ma bénédiction a été obtenue à travers toi »

Le mot ni'háchti peut signifier plusieurs choses. Premièrement : « J'ai pratiqué la divination, j'ai disposé certains objets de divination et j'ai pratiqué la divination ». Deuxièmement, cela peut signifier : « J'ai deviné, j'ai compris, j'ai pigé depuis longtemps, j'ai démêlé cela depuis longtemps ». Et la troisième signification : « Je me suis mis à prospérer (d'une racine ancienne, c'est une sorte de dialecte local de Lavan) ».

Nous nous souvenons que, quand Yaakov a vu un songe, on lui a dit : « En toi seront bénis tous les peuples. Celui qui te prendra pour allié, celui-là recevra la bénédiction ». Yaakov reçoit ici de cela un témoignage de la part de Lavan, qui dit : « J'ai vu, j'ai pigé, j'ai deviné que Dieu m'a béni à travers toi ». Nous voyons que Lavan n'avait que des filles. Plus loin nous voyons que des fils lui sont déjà nés pendant ce temps. C'est une grande bénédiction. Son bétail s'est multiplié, ses biens se sont multipliés. Il voit qu'avec l'arrivée de Yaakov la bénédiction est venue chez lui, comme Dieu l'a promis à Yaakov.

וַיֹּאמַר נָקְבָה שְׂכָרְךָ עָלַי וְאֶתֵּנָה׃

vayomár nokvá sekharekhá aláy ve'etténa

28 Et il dit : « Dis-moi combien je dois te payer, fixe toi-même ton salaire, et je te le paierai ».

Peut-être est-ce le traditionnel « restez, asseyez-vous encore » oriental, comme Lapin le disait à Winnie l'Ourson : « Eh bien, si vous ne voulez plus rien… », et il faudrait se lever et partir ; mais observons la réaction de Yaakov.


וַיֹּאמֶר אֵלָיו אַתָּה יָדַעְתָּ אֵת אֲשֶׁר עֲבַדְתִּיךָ וְאֵת אֲשֶׁר-הָיָה מִקְנְךָ אִתִּי׃

vayomer eláv attá yadá'ta et achér avadtíkha ve'ét acher-hayá miknekhá ittí

29 Et il lui dit : « Tu sais tout, comment j'ai travaillé pour toi. Et tout ton bétail était avec moi.

כִּי מְעַט אֲשֶׁר-הָיָה לְךָ לְפָנַי וַיִּפְרֹץ לָרֹב וַיְבָרֶךְ יְהוָה אֹתְךָ לְרַגְלִי וְעַתָּה מָתַי אֶעֱשֶׂה גַם-אָנֹכִי לְבֵיתִי׃

ki me'át acher-hayá lekhá lefanáy vayifróts laróv vayvárekh adonáy otekhá leraglí ve'attá matáy e'essé gam-anokhí levetí

30 Car le peu qui était à toi devant moi, et cela s'est multiplié en abondance (tout ton bien s'est répandu), et le SEIGNEUR t'a béni à mes pieds (ou à ma venue) ; et voici maintenant (après que, par moi, tu as déjà reçu la bénédiction, que j'ai honnêtement travaillé pour toi, et que ton bétail s'est multiplié, et que tu t'es enrichi grâce à moi), quand donc travaillerai-je pour ma maison ? »

La racine פְרֹץ (prots) dans le mot וַיִּפְרֹץ (vayifrots) vient ici de cette même bénédiction que le Très-Haut a donnée à Yaakov près de l'échelle : « Je te multiplierai, Je te répandrai ».

Rappelons-nous ce que nous disions, « Yaakov prit ses pieds, leva ses pieds ». Ici, ces mêmes pieds en mode turbo, des pieds ailés, ils apportent la bénédiction à Lavan.

La phrase la'assót levetí (faire pour la maison) est devenue une expression consacrée. Quand un dirigeant, un président ou un chef de gouvernement quitte un poste d'État pour s'occuper d'affaires privées, on dit qu'il est parti la'assót levetí (faire pour sa maison). Yaakov dit : « Ici, je me suis occupé avec toi, c'est pour ton bien-être que j'ai vécu ici. Quand donc m'occuperai-je de moi-même ? »

וַיֹּאמֶר מָה אֶתֶּן-לָךְ וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב לֹא-תִתֶּן-לִי מְאוּמָה אִם-תַּעֲשֶׂה-לִּי הַדָּבָר הַזֶּה אָשׁוּבָה אֶרְעֶה צֹאנְךָ אֶשְׁמֹר׃

vayomer ma etten-lákh vayomer yaakóv lo-titten-lí me'oúma im-ta'asse-lí haddavár hazzé achoúva er'é tsonekhá echmór

31 Lavan continue de parler : « Que puis-je te proposer ? » Et Yaakov dit : « Ne me donne rien, mais si tu fais ainsi, je reviendrai et je ferai paître ton bétail et je le garderai.

Nous nous souvenons qu'en réalité Yaakov n'a pas d'argent, pas de moyens quelconques avec lesquels il pourrait retourner en Canaan.

Ici, nous voyons de nouveau une phrase très intéressante. Yaakov a fait un néder (serment) : « De tout ce que Tu me donneras, quand je reviendrai, si Tu me gardes, je Te donnerai la dixième partie ». Ici, dans la conversation, dans les paroles de Yaakov, on retrouve de nouveau titén (tu donneras), echmór (je garderai, je reviendrai). Ce sont les mêmes mots que Yaakov prononce. Apparemment, il a tout le temps dans la tête ce même serment, cette même bénédiction, ce par quoi tout a commencé. Pourquoi Yaakov s'attarde-t-il, pourquoi ne retourne-t-il pas en Canaan ? Il s'est déjà marié, il a déjà élevé des enfants, et Essav, sans doute, n'est plus le même depuis longtemps. Il peut y avoir beaucoup de raisons à cela. Et les commentateurs interprètent (comme je le dis souvent) en fonction de ce qu'ils pensent eux-mêmes de Yaakov, de leur rapport personnel envers lui. Nous-mêmes faisons si souvent ainsi et mettons dans la Torah, dans l'Écriture, certains de nos propres sens.

Certains condamnent Yaakov et disent : « Le SEIGNEUR a promis de bénir, il faut tout abandonner et aller en Canaan ». Certains disent : « Eh bien, Yaakov doit nourrir sa maison, il doit entretenir sa maison ».

Il y a encore une circonstance. Nous avons dit que le serment de Yaakov peut se lire de différentes manières. Il attend peut-être (et il y a des raisons à cela) le moment où le Très-Haut le fera revenir. Ici, quand il entend les propositions de Lavan, bien qu'il voulût déjà partir, il commence à dire les paroles de ce serment et attend que le Très-Haut l'appelle. Et il décide de rester. En tout cas, il ne faut pas se hâter de condamner Yaakov pour son désir de gagner de l'argent. Combien de Juifs riches vivent dans le galoút, prospèrent, se font là-bas des capitaux et ensuite viennent en Israël, et bénissent Israël. Notre but, en tout cas, est de n'offenser personne.

Ainsi donc, Yaakov dit à Lavan, à proprement parler, les conditions auxquelles il est prêt à sauver son bétail.

אֶעֱבֹר בְּכָל-צֹאנְךָ הַיּוֹם הָסֵר מִשָּׁם כָּל-שֶׂה נָקֹד וְטָלוּא וְכָל-שֶׂה-חוּם בַּכְּשָׂבִים וְטָלוּא וְנָקֹד בָּעִזִּי וְהָיָה שְׂכָרִי׃

e'evór bekhol-tsonekhá hayom hassér michám kol-sé nakód vetaloú vekhol-se'hoúm bakkesavím vetalou venakód ba'izzím vehayá sekharí

32 Passe par tout ton troupeau et retire de là toute brebis mouchetée et tachetée, et tout agneau brun parmi les brebis, et le moucheté et le tacheté parmi les chèvres, et ce sera pour moi une récompense ;

Les mouchetés (nakód), ce sont de petites taches, taloú, ce sont de grandes taches.

On peut le comprendre de différentes manières. Certains disent ainsi : « Yaakov propose à Lavan de prendre pour lui tout le bétail moucheté, tacheté, de ne laisser à Yaakov que le blanc, et alors tout ce qui est moucheté sera la récompense de Yaakov, et tout le blanc restera ainsi chez Lavan (Lavan est bien blanc, c'est le blanc qui lui restera) ».

La deuxième variante, et cette variante est plus commode à la lecture, est la suivante. Yaakov est un berger expérimenté, un homme pas du tout bête, et il comprend que du bétail blanc, il est difficile que naisse du moucheté. Bien sûr, on peut dire qu'il connaît un tour de magie pour rendre les brebis tachetées. On peut dire qu'il avait déjà vécu alors la révélation du Très-Haut dont il parlera plus tard.

Mais une offre si généreuse doit éveiller chez Lavan le soupçon : « Yaakov manigance quelque chose ici ». Et, très probablement, Yaakov propose de séparer dès maintenant, de tout le troupeau qu'il fait paître, la partie bigarrée. Et si le bigarré se multiplie, ce sera sa récompense, et le blanc qui se multipliera sera la récompense de Lavan. Une répartition très simple, logique. Et ensuite Yaakov poursuit :


וְעָנְתָה-בִּי צִדְקָתִי בְּיוֹם מָחָר כִּי-תָבוֹא עַל-שְׂכָרִי לְפָנֶיךָ כֹּל אֲשֶׁר-אֵינֶנּוּ נָקֹד וְטָלוּא בָּעִזִּים וְחוּם בַּכְּשָׂבִים גָּנוּב הוּא אִתִּי׃

ve'aneta-bí tsidkatí beyom ma'hár ki-tavó al-sekharí lefanékha kol acher-enénnou nakód vetaloú ba'izzím ve'hoúm bakkesavím ganoúv hou ittí

33 Et ma justice témoignera pour moi. Demain, quand tu viendras me donner le salaire, tout ce qui n'est pas moucheté et tacheté parmi les chèvres, et tout ce qui n'est pas brun parmi les brebis, considère que c'est comme volé, cela ne m'appartient pas.

Et ainsi on comprendra quelle brebis est à qui, parce qu'on le voit : elle est tachetée – donc elle est à moi, blanche – à toi, et le salaire se verra tout de suite. Devant toi parlera ma justice, il sera évident combien me payer : tout ce qui n'est pas bigarré est à toi.

וַיֹּאמֶר לָבָן הֵן לוּ יְהִי כִדְבָרֶךָ׃

vayomer laván hen lou yehí khidvarékha

34 Et Lavan dit : « Allez, formidable, qu'il en soit comme tu le dis ».

Ainsi, et pourtant pas ainsi. Lavan ne serait pas Lavan s'il n'avait pas, lui aussi, conçu quelque opération spéciale.

וַיָּסַר בַּיּוֹם הַהוּא אֶת-הַתְּיָשִׁים הָעֲקֻדִּים וְהַטְּלֻאִים וְאֵת כָּל-הָעִזִּים הַנְּקֻדּוֹת וְהַטְּלֻאֹת כֹּל אֲשֶׁר-לָבָן בּוֹ וְכָל-חוּם בַּכְּשָׂבִים וַיִּתֵּן בְּיַד-בָּנָיו׃

vayássar bayom hahoú et-hatteyachím ha'akouddím vehattelou'ím ve'ét kol-ha'izzím hannekouddót vehattelou'ót kol acher-laván bo vekhol-'hoúm bakkesavím vayittén beyad-banáv

35 Et il retira ce jour-là du troupeau les boucs tachetés et mouchetés, et toutes les chèvres mouchetées et bigarrées, toutes celles en qui il y avait une partie blanche, et la partie brune parmi les brebis, et il donna à ses fils.

Qu'a-t-il fait ? Du bétail qui appartenait à Yaakov selon cette répartition, de tout le bigarré, il a retiré les grands boucs, il a retiré tous les reproducteurs et a laissé à Yaakov les jeunes bêtes, qui ne se reproduiront pas de sitôt.

וַיָּשֶׂם דֶּרֶךְ שְׁלֹשֶׁת יָמִים בֵּינוֹ וּבֵין יַעֲקֹב וְיַעֲקֹב רֹעֶה אֶת-צֹאן לָבָן הַנּוֹתָרֹת׃

vayássem dérekh chelóchet yamím benó ouvén yaakóv veyaakóv ro'é et-tsón laván hannotarót

36 Et il mit une distance de trois jours de chemin entre lui et Yaakov (pour qu'ils ne courent pas de-ci de-là) ; et Yaakov fait paître tout ce qui est resté.

C'est-à-dire que Lavan a pris la partie la plus forte du bétail, y compris la partie tachetée, et a laissé à Yaakov le petit jeune bétail tacheté. Et ce que tu veux en faire, fais-le, ce qui se multipliera, c'est à toi.

Il y a, je le répète encore une fois, beaucoup de commentateurs qui disent que Yaakov, à l'origine, demandait pour lui seulement le bétail blanc. Et ce qui sortirait tacheté du blanc, cela serait à lui. Il y a beaucoup de commentaires différents. Nous ne pouvons pas nous tenir à plusieurs versions à la fois, c'est pourquoi nous nous tiendrons à cette version-ci. Et celui qui veut lire autrement, eh bien, libre à lui, historiquement ce n'est pas si important.


וַיִּקַּח-לוֹ יַעֲקֹב מַקַּל לִבְנֶה לַח וְלוּז וְעֶרְמוֹן וַיְפַצֵּל בָּהֵן פְּצָלוֹת לְבָנוֹת מַחְשֹׂף הַלָּבָן אֲשֶׁר עַל-הַמַּקְלוֹת׃

vayikka'h-ló yaakóv makkál livné la'h veloúz ve'Ermón vayfattsél bahén petsalót levanót má'hsof hallaván achér al-hammaklót

37 Et Yaakov prit une petite branche de peuplier (aujourd'hui livané, c'est un petit bouleau, mais il est peu probable que Yaakov ait eu un petit bouleau), et une petite branche de noisetier, et une petite branche de châtaignier, et il y traça en sillons des bandes blanches, il en arracha l'écorce par petites bandes (pour que, comme le bâton d'un policier, ces petites branches deviennent rayées).

וַיַּצֵּג אֶת-הַמַּקְלוֹת אֲשֶׁר פִּצֵּל בָּרֳהָטִים בְּשִׁקֲתוֹת הַמָּיִם אֲשֶׁר תָּבֹאןָ הַצֹּאן לִשְׁתּוֹת לְנֹכַח הַצֹּאן וַיֵּחַמְנָה בְּבֹאָן לִשְׁתּוֹת׃

vayattség et-hammaklót achér pittsél barehatím bechikatót hammáyim achér tavóna hattsón lichtót lenókha'h hattsón vaye'hámna bevo'án lichtót

38 Et ces petits bâtons à sillons, il les plaça dans les mangeoires et les abreuvoirs pour l'eau, où le bétail venait boire (devant l'arrivée du bétail), et ils s'échauffaient quand ils venaient boire.

Ici, la racine יחמ (ye'hoúm) dans le mot וַיֵּחַמְנָה (vaye'hámna) signifie l'excitation sexuelle de l'animal : « et ils s'échauffaient quand ils venaient boire ». En voyant ces petites bandes mouchetées, ils s'échauffaient, c'est ce qu'on dit ; et c'était comme si précisément cet aspect changeait la robe des petites brebis qui naissaient, c'est ce que dit l'une des lectures classiques répandues. RaSaG (Rav Saadia Gaon) dit aussi que dans l'eau passait un aphrodisiaque venant de ces petites branches, passait une substance qui les poussait à boire. Et d'autres commentateurs disent qu'en voyant ces petits bâtons, ils s'étiraient vers eux, cela les amusait, ils avaient peur, ils commençaient à jouer. Le but de Yaakov était, par un tel jeu, d'exciter les jeunes bêtes, de pousser les jeunes bêtes à se reproduire.


וַיֶּחֱמוּ הַצֹּאן אֶל-הַמַּקְלוֹת וַתֵּלַדְןָ הַצֹּאן עֲקֻדִּים נְקֻדִּים וּטְלֻאִים׃

vaye'hemoú hattsón el-hammaklót vatteládna hattsón akouddim nekouddím outlou'ím

39 Et le bétail s'excitait à cause de ces petits bâtons, et le bétail mettait bas des ceinturés, et des mouchetés, et des tachetés.

C'est-à-dire que Yaakov poussait le jeune bétail à donner une portée. De nouveau ici l'eau, les puits, ou – l'eau, les abreuvoirs –, un lieu qui apporte des fruits.

La science se moque beaucoup, cela fait souvent l'objet d'une telle moquerie, que les anciens Juifs croyaient que, si l'on place quelque chose de bariolé, les enfants aussi seront bariolés. Beaucoup d'anecdotes au sujet de l'âne qu'on a rencontré en chemin, et c'est pourquoi le fils est devenu un âne ; ou bien – ce que la femme verra quand elle est enceinte, tels seront ses enfants ; cela est resté chez beaucoup de peuples. Il est évident que l'aspect visible, c'est comme un stimulant visuel, un objet visuel d'excitation.


וְהַכְּשָׂבִים הִפְרִיד יַעֲקֹב וַיִּתֵּן פְּנֵי הַצֹּאן אֶל-עָקֹד וְכָל-חוּם בְּצֹאן לָבָן וַיָּשֶׁת-לוֹ עֲדָרִים לְבַדּוֹ וְלֹא שָׁתָם עַל-צֹאן לָבָן׃

vehakkesavím hifríd yaakóv vayittén pené hattsón el-akód vekhol-'hoúm betsón laván vayáchet lo adarím levaddó velo chatám al-tsón laván

40 Et Yaakov sépara les brebis, et tourna les animaux vers les tachetés, il les tourna tous face aux tachetés et aux bruns, et il sépara son bétail tacheté, et ne le mélangeait plus avec le blanc.

וְהָיָה בְּכָל-יַחֵם הַצֹּאן הַמְקֻשָּׁרוֹת וְשָׂם יַעֲקֹב אֶת-הַמַּקְלוֹת לְעֵינֵי הַצֹּאן בָּרֳהָטִים לְיַחְמֵנָּה בַּמַּקְלוֹת׃

vehayá bekhol-ya'hém hattsón hamkoucharót vesám yaakóv et-hammaklót le'ené hattsón barehatím leya'haménna bammaklót

41 Et il arriva, quand les animaux s'excitaient, quand c'étaient ceux qui étaient plus forts, que Yaakov plaçait devant eux ses petits bâtons.

Ici, il a déjà séparé les troupeaux, et les troupeaux ont grandi, et les animaux s'échauffent d'eux-mêmes les uns pour les autres.

וּבְהַעֲטִיף הַצֹּאן לֹא יָשִׂים וְהָיָה הָעֲטֻפִים לְלָבָן וְהַקְּשֻׁרִים לְיַעֲקֹב׃

ouvha'atíf hattsón lo yassím vehayá ha'atoufím lelaván vehakkechourím leyaakóv

42 Mais pour les bêtes faibles il n'en mettait pas. Et il advint que les faibles revenaient à Lavan, et les fortes – à Yaakov.

Ensuite Yaakov séparait les fortes (et leur donnait davantage l'occasion de s'exciter) et les faibles, qui se multipliaient moins. Et il en résultait que les fortes revenaient à Yaakov (comme une sélection naturelle), et les faibles restaient à Lavan.

וַיִּפְרֹץ הָאִישׁ מְאֹד מְאֹד וַיְהִי-לוֹ צֹאן רַבּוֹת וּשְׁפָחוֹת וַעֲבָדִים וּגְמַלִּים וַחֲמֹרִים׃

vayifróts ha'ích me'ód me'ód vayhiló tson rabbót ouchfa'hót va'avadím ougmallím va'hamorím

43 Et cet homme s'étendit beaucoup, beaucoup, et il eut du bétail, et des femmes esclaves, et des esclaves, et des chameaux, et des ânes.

Ici, Yaakov est appelé pour la première fois du mot ha'ích (cet homme, mari, gaillard, homme important). Au lieu que Yaakov soit un esclave, un fugitif, un homme qui vit, qui travaille chez Lavan pour sa pitance, ou pour des femmes, ou pour autre chose encore, il s'est lui-même étendu et développé beaucoup, beaucoup. C'est-à-dire qu'il faisait le commerce du bétail, vendait du bétail, achetait des femmes esclaves, et des esclaves, et des chameaux et des ânes, et s'est enrichi très fortement.

Nous avons vu comment Yaakov est resté. Et nous demandons : « Mais Yaakov a-t-il eu raison de rester ? Mais a-t-il bien agi ? » La bénédiction du Très-Haut sur ses biens, sur tout ce qui lui arrive, – tout cela est un témoignage remarquable de ce que Yaakov a eu raison de rester.

Répétons. Lavan a retiré les reproducteurs de son troupeau, et Yaakov devait favoriser l'excitation des bêtes. Dans la période de leur excitation, il incitait d'abord les jeunes bêtes à se multiplier et a multiplié tous les troupeaux. Ensuite il séparait les tachetées et les blanches, les faibles et les fortes, et régulait ainsi la sélection naturelle. On peut dire que Yaakov est ici le premier sélectionneur.

Par la suite nous lirons comment Yaakov raconte un songe, et nous parlerons encore des secrets de la génétique juive. Pour ce texte, pour ce fragment, je le répète, il existe énormément de traductions et de variantes de lecture différentes. Toutes sont à la fois compréhensibles et incompréhensibles, parce qu'il y a beaucoup de termes agricoles et peu d'agriculteurs qui se sont occupés de traduire l'Écriture.

Voilà donc une histoire compliquée, dans laquelle les kabbalistes, d'ailleurs, voient aussi de la magie. Il y a des mondes entiers dans la kabbale, et on peut en parler, si l'on parle de la kabbale, mais nous ne nous en occupons pas maintenant. Il y a énormément d'histoires différentes autour de ce récit ; nous, nous avons essayé d'en analyser le sens simple.

Conseil de famille

Béréchit 31,1–21

Nous nous sommes arrêtés au fait qu'après l'accord avec Lavan sur son salaire, Yaakov, avec la bénédiction du Très-Haut, s'est très fortement enrichi et est devenu un homme très important.


וַיִּשְׁמַע אֶת-דִּבְרֵי בְנֵי-לָבָן לֵאמֹר לָקַח יַעֲקֹב אֵת כָּל-אֲשֶׁר לְאָבִינוּ וּמֵאֲשֶׁר לְאָבִינוּ עָשָׂה אֵת כָּל-הַכָּבֹד הַזֶּה׃

vayichmá et-divré vene-laván lemór laká'h yaakóv et kol-achér le'avínou oume'achér le'avínou assá et kol-hakkavód hazzé

1 Et il entendit, Yaakov entendit les paroles des fils de Lavan, qui disaient : « Yaakov a pris tout ce qui était à notre père, et de ce qui était à notre père il s'est fait cet honneur ».

Remarquez, nous l'avons déjà rencontré dans le chapitre précédent, que des fils sont apparus chez Lavan. Avant que Yaakov vienne chez lui, il n'avait que des filles, maintenant il a déjà des fils. Et les commentateurs voient (et Lavan lui-même le dit) qu'il s'est mis à prospérer avec l'arrivée de Yaakov. Les fils, je le répète, sont une partie de la bénédiction.

C'est-à-dire que les gens voyaient (non seulement la famille, mais aussi les gens autour) que Yaakov devenait un homme important. Il a des esclaves, il a des femmes esclaves, et il acquiert de l'autorité. Et les fils de Lavan commencent à dire que non, ce n'est pas du tout une quelconque bénédiction de Yaakov, c'est la bénédiction de notre père. C'est à cause de lui, grâce à lui que Yaakov acquiert de l'autorité. Souvenez-vous, dans un cas semblable de ce genre, Avraham répondit au roi de Sédom : « Je ne prendrai rien de toi, pour que tu ne dises pas : j'ai enrichi Avraham ». Voilà, ici, en partie, une situation semblable.

וַיַּרְא יַעֲקֹב אֶת-פְּנֵי לָבָן וְהִנֵּה אֵינֶנּוּ עִמּוֹ כִּתְמוֹל שִׁלְשׁוֹם׃

vayár yaakóv et-pené laván vehinné enénnou immó kitmól chilchóm

2 Et Yaakov vit le visage de Lavan, et voici, il n'était pas avec lui comme cela était hier-avant-hier.

Le visage, dans le cas présent, ce n'est pas simplement son visage, sa physionomie qu'il a vue, mais il a vu comment Lavan se comporte envers lui.

L'expression tmól chilchóm (littéralement hier-avant-hier) se traduit par tout récemment. C'est-à-dire que Yaakov a vu que les fils avaient « fait courir des bruits », bien que Lavan ait vu et ait lui-même témoigné que sa bénédiction était venue à travers Yaakov et qu'il s'était très fortement accru avec l'arrivée de Yaakov. Et nous voyons que les fils eux-mêmes sont aussi une partie de cette bénédiction. Néanmoins les bruits pénètrent dans le cœur de Lavan, et Lavan ne croit plus autant à ce qu'il disait lui-même et ne se comporte plus aussi bien envers Yaakov. Yaakov comprend tout cela, naturellement, se plonge dans la réflexion et, très probablement, Yaakov prie à ce sujet.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל-יַעֲקֹב שׁוּב אֶל-אֶרֶץ אֲבוֹתֶיךָ וּלְמוֹלַדְתֶּךָ וְאֶהְיֶה עִמָּךְ׃

vayomer adonáy el-yaakóv chouv el-érets avotékha oulmoladtékha ve'ehyé immákh

3 Et le SEIGNEUR dit à Yaakov : « Retourne au pays de tes pères et dans ta patrie, et je serai avec toi ».

Nous nous souvenons : quand Yaakov prêtait serment, nous disions qu'il y a deux lectures, et l'une des variantes est de lire : « quand Dieu me fera revenir ». Et ici le SEIGNEUR dit : « Ça y est, le temps est venu pour toi de revenir ». Et la situation extérieure, et des rumeurs pas bonnes sont parties, des pensées pas bonnes se sont glissées chez Lavan, et le Très-Haut lui-même confirme – il le faut, il est déjà temps de se préparer.

וַיִּשְׁלַח יַעֲקֹב וַיִּקְרָא לְרָחֵל וּלְלֵאָה הַשָּׂדֶה אֶל-צֹאנוֹ׃

vayichlá'h yaakóv vayikrá lera'hél oulele'á hassadé el-tsonó

4 Et Yaakov envoya (envoya quelqu'un de ses serviteurs), et appela Ra'hel et Léa au champ, vers le bétail.

Remarquez que c'est Ra'hel qui vient en premier dans la liste. Si l'on parle selon l'ancienneté, comme il aurait convenu de le dire dans le texte, il aurait fallu dire : et il appela Léa et Ra'hel. Et bien que Léa soit devenue sa femme la première, ici Ra'hel est plus importante pour Yaakov, et c'est pourquoi la Torah le souligne. Et aujourd'hui, quand nous bénissons nos filles, nous disons : « Que le SEIGNEUR t'établisse comme Sara, Rivka, Ra'hel et Léa ». Et de nouveau Ra'hel précède Léa. C'est donc ainsi que cela s'est établi historiquement, ce n'est pas toujours la chronologie qui détermine l'ancienneté. Et pas seulement chez les frères, comme chez Essav et Yaakov, mais nous voyons que chez les filles aussi cela arrive, quoique de façon non officielle.

Ainsi, Yaakov les appelle au champ, vers le bétail. Cela signifie que, visiblement, elles ne font pas paître avec lui, elles vivent dans la maison de leur père, et là Yaakov ne veut pas parler. Les commentateurs expliquent : « C'est une bonne coutume orientale – se concerter hors de la ville, où il n'y a pas d'oreilles superflues ». Certains commentateurs parlent de toute une étiquette : « Bénis soient les gens qui ne mordent pas dans un morceau entier, mais en coupent peu à peu, qui n'embrassent pas les lèvres, mais embrassent les mains, et qui se consultent hors de la ville ». Le sens est le suivant : ne pas salir les autres par ses conversations ; même si une personne n'écoute pas aux portes, elle ne doit pas toujours entendre des règlements de comptes quelconques. C'est pourquoi, si vous voulez parler de quelque chose d'important et que vous craignez que la conversation devienne longue et qu'une dispute quelconque apparaisse, sortez parler hors de la ville. Ce n'est évidemment pas, aujourd'hui, un conseil pratique, mais c'est ce que les sages percevaient comme une bonne qualité, positive.

Ainsi, Yaakov appela Ra'hel et Léa au champ, pour parler avec elles.

וַיֹּאמֶר לָהֶן רֹאֶה אָנֹכִי אֶת-פְּנֵי אֲבִיכֶן כִּי-אֵינֶנּוּ אֵלַי כִּתְמֹל שִׁלְשֹׁם וֵאלֹהֵי אָבִי הָיָה עִמָּדִי׃

vayomer lahén ro'é anokhí et-pené avikhén ki-enénnou eláy kitmól chilchóm velohé aví hayá immadí

5 Et il leur dit : « Je vois le visage de votre père, qui n'est pas envers moi comme tout récemment ; mais le Dieu de mon père a été avec moi.

C'est-à-dire qu'il dit : « Votre père a changé d'attitude envers moi, mais ce n'est pas parce que j'ai mal fait quelque chose quelque part. Pourquoi est-ce que je parle ainsi ? Parce que mon Dieu, le Dieu de mon père a été avec moi. Si j'avais péché, Dieu et Lavan se seraient détournés de moi, et je chercherais les erreurs en moi-même. Mais puisque Dieu est avec moi, et que Lavan fait je ne sais quelles manières, alors c'est que les problèmes ne sont pas de mon côté, les problèmes sont chez Lavan ».


וְאַתֵּנָה יְדַעְתֶּן כִּי בְּכָל-כֹּחִי עָבַדְתִּי אֶת-אֲבִיכֶן׃

ve'atténa yeda'tén ki bekhol-ko'hí avádti et-avikhén

6 Et vous saviez que de toute ma force j'ai servi votre père.

Un pronom intéressant, atténa (vous), qui s'emploie quand on s'adresse à deux jeunes filles. En hébreu moderne on dit attém, avec en finale m – vous, qui s'emploie à l'égard des hommes (pluriel) ; attén, avec en finale n – vous, qui s'emploie à l'égard des femmes (pluriel). Mais en hébreu ancien il y avait encore aussi le duel atténa – vous, quand on s'adresse à deux jeunes filles.

וַאֲבִיכֶן הֵתֶל בִּי וְהֶחֱלִף אֶת-מַשְׂכֻּרְתִּי עֲשֶׂרֶת מֹנִים וְלֹא-נְתָנוֹ אֱלֹהִים לְהָרַע עִמָּדִי׃

va'avikhén hétel bi vehe'helíf et-maskourtí asséret moním velo-netanó elohím lehará immadí

7 Et votre père, soit il plaisantait, soit il me trompait (on peut dire, il me roulait), et il changeait mon salaire dix fois, mais Dieu ne lui a pas permis de me nuire.

Ici, c'est bien sûr une hyperbole, une exagération. Effectivement, Lavan a changé le salaire à l'égard de Ra'hel et de Léa, effectivement, Lavan changeait le salaire avec les bêtes tachetées, blanches, et en cela il n'avait pas les mains propres. Mais ce n'est évidemment pas 10 fois. Ici la Torah parle un langage humain. Il est important pour nous de le savoir, non pas pour comprendre combien de fois donc Lavan a trompé Yaakov. En fin de compte, ce n'est pas si critique. C'est important pour comprendre ce qu'il en est quand, dans d'autres endroits de la Torah, nous lisons : « il n'y a pas de juste, pas même un seul » ; ou : « ce n'est qu'ainsi que s'atteint la perfection », ou : « vous êtes parfaits », et ainsi de suite. Il faut comprendre que l'expression que nous percevons littéralement, mot à mot, est une expression du langage humain. Même quand le Très-Haut parle, Il parle un langage humain, et à plus forte raison quand on écrit des psaumes ou quand Ra'hel dit : « Donne-moi des enfants ou je meurs ». Tout cela est du langage humain, et dans la Torah il y a beaucoup de langage humain, et dans les psaumes il y a beaucoup de langage humain, et chez les prophètes il y a beaucoup de langage humain, et même quand le Très-Haut parle, Il parle aux gens et parle de façon humaine. C'est pourquoi le langage humain est l'un des niveaux de compréhension de ce qui est écrit dans la Torah, dans les Prophètes, dans l'Écriture et, sans aucun doute, dans le Nouveau Testament. Et c'est très important pour ne pas interpréter comme des juristes stupides, mais comprendre de quoi il est question en général, quelle langue est employée, à qui cela s'adresse et comment le comprend celui qui le lit.

אִם-כֹּה יֹאמַר נְקֻדִּים יִהְיֶה שְׂכָרֶךָ וְיָלְדוּ כָל-הַצֹּאן נְקֻדִּים וְאִם-כֹּה יֹאמַר עֲקֻדִּים יִהְיֶה שְׂכָרֶךָ וְיָלְדוּ כָל-הַצֹּאן עֲקֻדִּים׃

im-kó yomár nekouddím yihyé sekharékha veyaledoú kol-hattsón nekouddím ve'im-kó yomár akouddím yihyé sekharékha veyaledoú kol-hattsón akouddím

8 S'il disait : les tachetés, à petits points, à petites pommes seront ton salaire, toutes enfantaient des tachetés ; et s'il disait : ceux qui sont « en bottines » (il existe une telle robe sur les pattes des brebis) seront ton salaire, alors c'est de tels que tout le bétail enfantait.


וַיַּצֵּל אֱלֹהִים אֶת-מִקְנֵה אֲבִיכֶם וַיִּתֶּן-לִי׃

vayattsél elohím et-mikné avikhém vayitten-lí

9 Et ainsi, tout doucement, le SEIGNEUR a séparé, a mis à part (comme couche après couche, comme molécule après molécule), brebis après brebis, le bétail de votre père et me l'a remis.


וַיְהִי בְּעֵת יַחֵם הַצֹּאן וָאֶשָּׂא עֵינַי וָאֵרֶא בַּחֲלוֹם וְהִנֵּה הָעַתֻּדִים הָעֹלִים עַל-הַצֹּאן עֲקֻדִּים נְקֻדִּים וּבְרֻדִּים׃

vayhí be'ét ya'hém hattsón va'essá enáy va'ére ba'halóm vehinné ha'attoudím ha'olím al-hattsón akouddím nekouddím ouvrouddím

10 Et il arriva, au moment où le bétail entrait en chaleur, que je levai les yeux et vis en songe – voici, les boucs, MONTÉS SUR LES BREBIS, SONT RAYÉS, tachetés et bigarrés.

Nous avons dit que leva les yeux, leva la voix, leva les pieds – c'est le passage à une certaine vision spirituelle. Et Yaakov vit un songe prophétique.

J'ai déjà dit que les robes des brebis sont très difficiles à traduire de l'hébreu, puisque chez nous il n'y a pas eu d'élevage pastoral pendant longtemps, et que la terminologie s'est presque perdue. Mais le sens général est compréhensible : Yaakov voit en songe que même de brebis blanches peut naître une descendance tachetée. Nous avons lu auparavant que cela se faisait à l'aide des baguettes que Yaakov taillait. Maintenant nous lisons au sujet du songe que Yaakov raconte. C'est tellement étonnant que certains commentateurs, interprètes – aussi bien classiques que chercheurs de l'Écriture – disent que Yaakov a inventé ce songe pour impressionner les jeunes filles. Mais cela ressemble très peu à Yaakov. Finissons la lecture, et ensuite nous en parlerons.


וַיֹּאמֶר אֵלַי מַלְאַךְ הָאֱלֹהִים בַּחֲלוֹם יַעֲקֹב וָאֹמַר הִנֵּנִי׃

vayomer eláy mal'ákh ha'elohím ba'halóm yaakóv va'omár hinnéni

11 Et l'ange du SEIGNEUR me dit en songe : « Yaakov ! » et je dis : « Me voici ! »

וַיֹּאמֶר שָׂא-נָא עֵינֶיךָ וּרְאֵה כָּל-הָעַתֻּדִים הָעֹלִים עַל-הַצֹּאן עֲקֻדִּים נְקֻדִּים וּבְרֻדִּים כִּי רָאִיתִי אֵת כָּל-אֲשֶׁר לָבָן עֹשֶׂה לָּךְ׃

vayomer sa-ná enékha our'é kol-ha'attoudím ha'olím al-hattsón akouddím nekouddím ouvrouddím ki ra'íti et kol-achér laván ósse lakh

12 Et il dit : « Lève tes yeux et vois : tous les animaux adultes qui montent sur le bétail, rayés, tachetés et bigarrés, car j'ai vu tout ce que Lavan te faisait.

Il y a des règles déterminées dans la manière dont se manifeste l'hérédité. Il y a certaines qualités qui sont appelées prépondérantes ou dominantes, à savoir : si l'un des parents a les yeux foncés, et l'autre – les yeux bleus, c'est précisément celui aux yeux foncés qui a le plus de chances de transmettre l'hérédité ; si l'un des parents a la peau foncée, et l'autre – est blanc, la peau foncée a plus de chances de transmission héréditaire. Les qualités héritées peuvent être aussi bien faibles que fortes. Cela ne signifie pas que les faibles ne peuvent pas se manifester, cela signifie qu'elles se manifesteront dans un plus petit nombre de cas. Ici le Très-Haut montre en songe à Yaakov : toute la génétique va changer, et les règles génétiques de l'allèle récessif et dominant, ou du génotype, du phénotype et de tout le reste ne fonctionneront ici d'aucune manière, parce que le Très-Haut intervient. La question se pose : qu'est-ce qui a donc tout de même agi ? Les baguettes ou l'intervention du Très-Haut ? Ou peut-être, en effet, Yaakov a-t-il inventé l'intervention du Très-Haut ? Nous lisons une histoire semblable – celle de la tour de Babel. D'abord nous apprenons comment les fils de Noa'h se sont établis sur la terre, et ensuite comment ils ont construit la tour et comment ils se sont dispersés. Il y a les causes de leur dispersion et il y a la manière dont Dieu l'a arrangé, la description de l'une devance la description de l'autre. Et ici Yaakov agit, fait son affaire, et le Très-Haut fait la sienne. Ici se révèle un mystère : Yaakov peut agir, il a sa propre logique, il agit selon des lois qui relèvent en partie de ce monde. Le Très-Haut, Lui, est Celui Qui est capable de faire en sorte que l'allèle récessif devienne dominant, que les qualités faibles deviennent fortes : c'est un classique de la Torah, quand le faible devient fort.

Et le Très-Haut dit : « Je suis intervenu pour toi non pas parce que Je t'aime et non pas parce que tu es élu, mais parce que J'ai vu ce que Lavan te fait ». C'est-à-dire que le Très-Haut ne récompense pas l'un aux dépens de l'autre, si cet autre se conduit comme il convient. Le Très-Haut a béni Yaakov aux dépens de Lavan non pas parce que Yaakov est plus aimé que Lavan, mais parce que Lavan ne se conduisait pas comme il faut.


אָנֹכִי הָאֵל בֵּית-אֵל אֲשֶׁר מָשַׁחְתָּ שָּׁם מַצֵּבָה אֲשֶׁר נָדַרְתָּ לִּי שָׁם נֶדֶר עַתָּה קוּם צֵא מִן-הָאָרֶץ הַזֹּאת וְשׁוּב אֶל-אֶרֶץ מוֹלַדְתֶּךָ׃

anokhí ha'él bet-él achér machá'hta cham mattsevá achér nadárta li cham néder attá koum tse min-ha'árets hazzót vechoúv el-érets moladtékha

13 Je suis ce Dieu de Beit-El (de la maison de Dieu), où tu as fait et oint une stèle, où tu m'as juré par un serment. Maintenant lève-toi (cela ne signifie pas que Yaakov est assis et qu'il doit se lever et partir, koum – c'est comme prends et fais), sors de ce pays et retourne dans ta patrie ».

Sur cette citation des paroles du Très-Haut s'achève le long discours que Yaakov tient, comme nous nous en souvenons, devant ses femmes – Ra'hel et Léa. Que dit-il ? Il dit : « Mes chères petites, votre père m'opprime, et nous sommes déjà au bord de l'inimitié. Et bien qu'il soit votre père (je répète constamment qu'il est votre père), vous voyez comme il a changé d'attitude envers moi. Mais Dieu est avec moi. Et c'est à vous maintenant de choisir ce que vous allez faire ensuite ».

וַתַּעַן רָחֵל וְלֵאָה וַתֹּאמַרְנָה לוֹ הַעוֹד לָנוּ חֵלֶק וְנַחֲלָה בְּבֵית אָבִינוּ׃

vattá'an ra'hél vele'á vattomárna lo haód lánou 'hélek vena'halá bevét avínou

14 Et Ra'hel et Léa répondirent, et dirent : « Nous n'avons plus rien du tout dans la maison de notre père, il ne nous est rien resté là-bas.


הֲלוֹא נָכְרִיּוֹת נֶחְשַׁבְנוּ לוֹ כִּי מְכָרָנוּ וַיֹּאכַל גַּם-אָכוֹל אֶת-כַּסְפֵּנוּ׃

haló nokhriyot ne'hchávnou lo ki mekharánou vayokhal gam-akhól et-kaspénou

15 Nous sommes carrément considérées ici comme des étrangères, parce qu'il nous a vendues, et il a mangé l'argent pour lequel il nous a vendues.


כִּי כָל-הָעֹשֶׁר אֲשֶׁר הִצִּיל אֱלֹהִים מֵאָבִינוּ לָנוּ הוּא וּלְבָנֵינוּ וְעַתָּה כֹּל אֲשֶׁר אָמַר אֱלֹהִים אֵלֶיךָ עֲשֵׂה׃

ki kol-ha'ócher achér hittsíl elohím me'avínou lánou hou oulvanénou ve'attá kol achér amár elohím elékha assé

16 Car tout ce que le SEIGNEUR Dieu a tiré, a trait de notre père – cela nous appartient, à nous et à nos fils. Et maintenant

fais tout ce que Dieu te dira ».

Ainsi, Yaakov a exposé la situation et a dit : « Voici votre père, qui se conduit ainsi avec moi, et voici Dieu. Choisissez qui a raison ». Ce n'est pas toujours simple – choisir entre son père et Dieu. C'est-à-dire que, quand nous sommes assis à raisonner en théorie et que nous ne sommes pas devant un choix, il nous semble que nous suivrons, bien sûr, Dieu. Mais il est parfois difficile d'aller contre sa famille, et ici, il faut le dire, Lavan s'est beaucoup efforcé de faciliter ce choix à ses filles.


וַיָּקָם יַעֲקֹב וַיִּשָּׂא אֶת-בָּנָיו וְאֶת-נָשָׁיו עַל-הַגְּמַלִּים׃

vayákom yaakóv vayissá et-banáv ve'et-nacháv al-haggemallím

17 Et Yaakov se leva, fit monter ses fils et ses femmes sur les chameaux,


וַיִּנְהַג אֶת-כָּל-מִקְנֵהוּ וְאֶת-כָּל-רְכֻשׁוֹ אֲשֶׁר רָכָשׁ מִקְנֵה קִנְיָנוֹ אֲשֶׁר רָכַשׁ בְּפַדַּן אֲרָם לָבוֹא אֶל-יִצְחָק אָבִיו אַרְצָה כְּנָעַן׃

vayinhág et-kol-miknéhou ve'et-kol-rekhouchó achér rakhách mikné kin'yanó achér rakhách befaddán arám lavó el-yits'hák avív ártsa kená'an

18 Et il emmena tout son bétail, et tous les biens qu'il avait acquis, et tout ce qui est lié au bétail qu'il avait acquis à Padan-Aram, et il partit pour venir vers Yits'hak, son père, dans le pays cananéen.

Avant cela, comme nous nous en souvenons, la Torah ne mentionnait pas que Yaakov, lui, va chez son père, dans sa famille, car Yaakov disait tout le temps « votre père ». Mais maintenant, après que les filles de Lavan ont dit : « Tu es notre famille », on peut dire : « Je vais chez mon père », et cela n'offensera personne. Et pendant ce temps...


וְלָבָן הָלַךְ לִגְזֹז אֶת-צֹאנוֹ וַתִּגְנֹב רָחֵל אֶת-הַתְּרָפִים אֲשֶׁר לְאָבִיהָ׃

velaván halákh ligzóz et-tsonó vattignóv ra'hél et-hatterafím achér le'avíha

19 Lavan alla tondre les brebis, et Ra'hel vola les térafim qui étaient chez son père.

Les térafim, c'est une sorte d'idole. Nous ne savons pas à quoi il ressemblait, il y a différentes opinions à ce sujet. Soit ce sont certains restes humains, par exemple, un crâne dans lequel on plaçait certaines potions pour qu'il parle, soit ce sont encore d'autres choses semblables. Bref, des choses assez sauvages – un os humain ou autre chose, le plus souvent lié aux parties réellement impures des morts. Ou des récipients d'huile, faits eux aussi d'os, qui produisaient une certaine musique – en un mot, une sorte de magie. L'important, c'est que ce n'est pas forcément une magie agissante, pas forcément qu'elle fonctionnait. L'important, c'est que Lavan y croyait et, apparemment, Ra'hel y croyait aussi, parce qu'elle l'a volé. La description de ces térafim est assez effrayante pour que je la cite iciLe russe dit littéralement « assez effrayante pour que je la cite ici » ; le sens voulu est sans doute « trop effrayante pour que je la cite ». Nous avons gardé la tournure de l'original., elle troublera manifestement beaucoup de jeunes gens et surtout de femmes.


וַיִּגְנֹב יַעֲקֹב אֶת-לֵב לָבָן הָאֲרַמִּי עַל-בְּלִי הִגִּיד לוֹ כִּי בֹרֵחַ הוּא׃

vayignóv yaakóv et-lév laván ha'arammí al-belí higgíd lo ki voréa'h hou

20 Et Yaakov vola le cœur de Lavan l'Araméen, parce qu'il s'enfuit sans le lui dire.


וַיִּבְרַח הוּא וְכָל-אֲשֶׁר-לוֹ וַיָּקָם וַיַּעֲבֹר אֶת-הַנָּהָר וַיָּשֶׂם אֶת-פָּנָיו הַר הַגִּלְעָד׃

vayivrá'h hou vekhol-acher-ló vayákom vaya'avór et-hannahár vayássem et-panáv har haggil'ád

21 Et il s'enfuit, lui et tout ce qui était à lui, et se leva, et traversa le fleuve, et se dirigea du côté de la montagne de Guilad.

Guerre et paix

Béréchit 31,22–32,3

וַיֻּגַּד לְלָבָן בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי כִּי בָרַח יַעֲקֹב׃

vayouggád lelaván bayom hachelichí ki vará'h yaakóv

22 À Lavan, le troisième jour, on dit que Yaakov s'était enfui.

Nous nous souvenons que trois jours – c'est un temps intéressant. Autrefois Moché demandait de s'éloigner à trois jours de chemin et de célébrer une fête, et nous en parlerons encore.


וַיִּקַּח אֶת-אֶחָיו עִמּוֹ וַיִּרְדֹּף אַחֲרָיו דֶּרֶךְ שִׁבְעַת יָמִים וַיַּדְבֵּק אֹתוֹ בְּהַר הַגִּלְעָד׃

vayikká'h et-e'háv immó vayirdóf a'haráv dérekh chiv'át yamím vayadbék otó behár haggil'ád

23 Et il prit (Lavan prit) ses frères avec lui, et le poursuivit sept jours, et l'atteignit presque sur la montagne de Guil'ad.

Il y a Yaakov, qui se déplace avec de grands biens, avec le bétail, avec les femmes, avec les chameaux, et ceux-ci ne marchent pas vite, ce ne sont pas du tout des sprinteurs, mais malgré tout il se déplace. Et il y a Lavan, qui, apparemment, se déplace vite, mais il lui a fallu sept jours pour rattraper Yaakov. C'est aussi une sorte de miracle.

וַיָּבֹא אֱלֹהִים אֶל-לָבָן הָאֲרַמִּי בַּחֲלֹם הַלָּיְלָה וַיֹּאמֶר לוֹ הִשָּׁמֶר לְךָ פֶּן-תְּדַבֵּר עִם-יַעֲקֹב מִטּוֹב עַד-רָע׃

vayavó elohím el-laván ha'arammí ba'halóm halláyla vayomer lo hichámer lekhá pen-tedabbér im-yaakóv mittóv ad-rá

24 Mais le SEIGNEUR apparut en songe à Lavan l'Araméen cette nuit-là et lui dit : « Garde-toi, prends garde à ne présenter aucune réclamation à Yaakov, à ne pas lui parler du bon jusqu'au mauvais, (aucun règlement de comptes avec Yaakov) ».

וַיַּשֵּׂג לָבָן אֶת-יַעֲקֹב וְיַעֲקֹב תָּקַע אֶת-אָהֳלוֹ בָּהָר וְלָבָן תָּקַע אֶת-אֶחָיו בְּהַר הַגִּלְעָד׃

vayasség laván et-yaakóv veyaakóv taká et-aholó bahár velaván taká et-e'háv behár haggil'ád

25 Et Lavan rattrapa Yaakov. Or Yaakov dressa une tente sur la montagne. Lavan, lui, dressa avec ses frères sur la montagne de Guil'ad.

C'est-à-dire que Yaakov installa des tentes, dressa le camp, alors que Lavan s'installa simplement : à propos de Lavan il n'est pas écrit dressa une tente. Et cela confirme que Lavan se déplaçait sans grand camp, sans grands biens. Et cela nous parle de nouveau de vitesses de déplacement différentes, pas très logiques, s'il n'y avait pas l'intervention de Dieu.

וַיֹּאמֶר לָבָן לְיַעֲקֹב מֶה עָשִׂיתָ וַתִּגְנֹב אֶת-לְבָבִי וַתְּנַהֵג אֶת-בְּנֹתַי כִּשְׁבֻיוֹת חָרֶב׃

vayomer laván leyaakóv me assíta vattignóv et-levaví vattenahég et-benotáy kichvouyot 'hárev

26 Et Lavan dit à Yaakov : « Que m'as-tu fait ? Et tu as volé mon cœur, et tu as pris mes filles, comme si elles avaient été prises en captivité par l'épée.

« Comme des captives tu m'as emmené mes filles, tu les as emmenées sans me demander, sans prendre congé, comme des soldats emmènent des captives de la cour ». Toute armée est appelée 'hárev (épée), peu importe qu'elle ait une épée ou non ; c'est le nom des guerriers – porteurs d'épée.


לָמָּה נַחְבֵּאתָ לִבְרֹחַ וַתִּגְנֹב אֹתִי וְלֹא-הִגַּדְתָּ לִּי וָאֲשַׁלֵּחֲךָ בְּשִׂמְחָה וּבְשִׁרִים בְּתֹף וּבְכִנּוֹר׃

lámma na'hbéta livróa'h vattignóv otí velo-higgádta li va'achalle'hakhá besim'há ouvchirím betóf ouvkhinnór

27 Pourquoi t'es-tu enfui en secret et m'as-tu volé ? Et ne me l'as-tu pas dit ? Je t'aurais renvoyé avec joie, avec des chants, avec des tambourins, avec un violon.

Que signifie m'as-tu volé ? Cela signifie as-tu volé ma conscience. Il y a beaucoup de sortes différentes de vol et de pillage. Par exemple, si une personne empêche une autre de dormir, cela s'appelle gnivát chiná – vol du sommeil. Si une personne en trompe une autre (par exemple, en disant : « Ce produit-ci est bon ») ou discrédite quelqu'un d'autre, cela s'appelle gnivát dá'at – tromperie de la conscience, tromperie de la perception du monde d'une personne, tromperie de sa réalité. Et ici Lavan dit : « Pourquoi as-tu volé ma connaissance ? Pourquoi as-tu volé ma perception du monde » ?

Kinór – ce n'est pas tout à fait un violon, plutôt une harpe, ou un psaltérion, ou quelque autre instrument à cordes. Aujourd'hui en hébreu kinór, c'est le violon. Quand on a restauré l'hébreu, les noms pour les instruments ou les objets qui n'existaient pas en hébreu, on les prenait souvent dans quelques textes anciens. Ainsi, par exemple, l'électricité s'est mise à s'appeler 'hachmál, comme le nom de l'ange dans le char de la vision du prophète Yé'hezkel. Et des exemples de ce genre, il y en a beaucoup.

וְלֹא נְטַשְׁתַּנִי לְנַשֵּׁק לְבָנַי וְלִבְנֹתָי עַתָּה הִסְכַּלְתָּ עֲשׂוֹ׃

veló netachtáni lenachék levanáy velivnotáy attá hiskálta asó

28 Et tu ne m'as même pas permis d'embrasser mes fils (par fils on entend les petits-enfants, les descendants) et mes filles. Ainsi as-tu fait !

יֶשׁ-לְאֵל יָדִי לַעֲשׂוֹת עִמָּכֶם רָע וֵאלֹהֵי אֲבִיכֶם אֶמֶשׁ אָמַר אֵלַי לֵאמֹר הִשָּׁמֶר לְךָ מִדַּבֵּר עִם-יַעֲקֹב מִטּוֹב עַד-רָע׃

yech-le'él yadí la'asót immakhém ra velohé avikhém émech amár eláy lemór hichámer lekhá middabbér im-yaakóv mittóv ad-rá

29 Et moi j'ai de la force, je peux tout à fait vous faire beaucoup de mal. Mais le Dieu de votre père m'a parlé le soir, en disant : « Ne parle avec Yaakov ni en bien ni en mal ».

וְעַתָּה הָלֹךְ הָלַכְתָּ כִּי-נִכְסֹף נִכְסַפְתָּה לְבֵית אָבִיךָ לָמָּה גָנַבְתָּ אֶת-אֱלֹהָי׃

ve'attá halókh halákhta ki-nikhsóf (likhsóf – se consumer d'envie, convoiter de convoitise) nikhsáfta levét avíkha lámma ganávta et-eloháy

30 Sans doute es-tu parti parce que tu as désiré de toute ton âme aller dans la maison de ton père. Mais pourquoi as-tu volé mon dieu (ou – MES PETITS DIEUX) ? »


וַיַּעַן יַעֲקֹב וַיֹּאמֶר לְלָבָן כִּי יָרֵאתִי כִּי אָמַרְתִּי פֶּן-תִּגְזֹל אֶת-בְּנוֹתֶיךָ מֵעִמִּי׃

vayá'an yaakóv vayomer lelaván ki yaréti ki amárti pen-tigzól et-benotékha me'immí

31 Et Yaakov répondit et dit à Lavan : « J'ai raisonné, j'ai eu peur que tu ne laisses pas partir tes filles avec moi.

עִם אֲשֶׁר תִּמְצָא אֶת-אֱלֹהֶיךָ לֹא יִחְיֶה נֶגֶד אַחֵינוּ הַכֶּר-לְךָ מָה עִמָּדִי וְקַח-לָךְ וְלֹא-יָדַע יַעֲקֹב כִּי רָחֵל גְּנָבָתַם׃

im achér timtsá et-elohékha lo yi'hyé néged a'hénou hakker-lekhá ma immadí veka'h-lákh velo-yadá yaakóv ki ra'hél genavátam

32 Si tu trouves ton dieu, que cela soit devant nos frères. Regarde tout ce qui est avec moi. Si tu le trouves, prends-le » ; car Yaakov ne savait pas que Ra'hel les avait volés.


וַיָּבֹא לָבָן בְּאֹהֶל יַעֲקֹב וּבְאֹהֶל לֵאָה וּבְאֹהֶל שְׁתֵּי הָאֲמָהֹת וְלֹא מָצָא וַיֵּצֵא מֵאֹהֶל לֵאָה וַיָּבֹא בְּאֹהֶל רָחֵל׃

vayavó laván be'ohel-yaakóv ouv'óhel le'á ouv'óhel cheté ha'amahót veló matsá vayetsé me'óhel le'á vayavó be'óhel ra'hél

33 Et Lavan entra dans la tente de Yaakov, et dans la tente de Léa, et dans la tente des deux esclaves, et ne trouva pas. Et il sortit de la tente de Léa, et alla dans la tente de Ra'hel.

Remarquez : c'est Lavan qui mène une fouille minutieuse, les petits dieux lui sont chers.

וְרָחֵל לָקְחָה אֶת-הַתְּרָפִים וַתְּשִׂמֵם בְּכַר הַגָּמָל וַתֵּשֶׁב עֲלֵיהֶם וַיְמַשֵּׁשׁ לָבָן אֶת-כָּל-הָאֹהֶל וְלֹא מָצָא׃

vera'hél lake'há et-hatterafím vattesimém bekhár haggamál vattéchev alehém vaymachéch laván et-kol-ha'óhel veló matsá

34 Et Ra'hel prit ces térafim, et les mit dans le coussin du chameau, et s'assit dessus. Et Lavan « palpa » (lemachéch- tâter) tout, toute la tente, et ne trouva pas.

Il y a un certain coussin que l'on place entre la selle et le chameau, et qui recueille la sueur. Et bien que beaucoup disent que les chameaux ne transpirent pas, il y a néanmoins un « collecteur de sueur », c'est-à-dire qu'un certain liquide, ils en sécrètent tout de même.


וַתֹּאמֶר אֶל-אָבִיהָ אַל-יִחַר בְּעֵינֵי אֲדֹנִי כִּי לוֹא אוּכַל לָקוּם מִפָּנֶיךָ כִּי-דֶרֶךְ נָשִׁים לִי וַיְחַפֵּשׂ וְלֹא מָצָא אֶת-הַתְּרָפִים׃

vattómer el-avíha al-yí'har be'ené adoní ki lo oukhál lakoúm mippanékha ki-dérekh nachím li vay'happés veló matsá et-hatterafím

35. Et Ra'hel dit à son père : « Que cela ne fâche pas mon seigneur, que je ne puisse me lever devant toi, car j'ai ce qu'ont habituellement les femmes ». Et il chercha, et il ne trouva pas les térafim.


וַיִּחַר לְיַעֲקֹב וַיָּרֶב בְּלָבָן וַיַּעַן יַעֲקֹב וַיֹּאמֶר לְלָבָן מַה-פִּשְׁעִי מַה חַטָּאתִי כִּי דָלַקְתָּ אַחֲרָי׃

vayí'har leyaakóv vayárev belaván vayá'an yaakóv vayomer lelaván ma-pich'í ma 'hattatí ki dalákta a'haráy

36 Et cela irrita Yaakov, et il se mit en colère contre Lavan, et Yaakov répondit et dit à Lavan : « Quel est ce péché, en quoi ai-je péché, pour que tu te sois ainsi enflammé à courir après moi ?

Le mot délek en hébreu moderne signifie carburant ; le verbe dalákti – je me suis allumé, je me suis enflammé. Tu t'es tellement rué après moi !


כִּי-מִשַּׁשְׁתָּ אֶת-כָּל-כֵּלַי מַה-מָּצָאתָ מִכֹּל כְּלֵי-בֵיתֶךָ שִׂים כֹּה נֶגֶד אַחַי וְאַחֶיךָ וְיוֹכִיחוּ בֵּין שְׁנֵינוּ׃

ki-micháchta et-kol-keláy ma-matsáta mikkól kele-vetékha sim ko néged a'háy ve'a'hékha veyokhí'hou ben chenénouLa translittération de l'original écrit le dernier mot avec « ch » au lieu de « n » ; nous suivons l'hébreu : chenénou, « nous deux ».

37 Tu as palpé tous mes instruments, tous mes ustensiles ; qu'as-tu trouvé de tous les ustensiles de ta maison ? Pose-le ici, devant mes parents et devant tes parents, ET ILS JUGERONT ENTRE NOUS.

Ici le mot frère est employé au sens de parent. Yaakov, bien sûr, est sans frères. Sa maisonnée, il l'appelle frères et dit : « Vas-y, sors tout ce que tu as trouvé à toi, montre les résultats de la fouille. Voici les témoins. Vas-y, présente-le “pour le procès-verbal” ».


זֶה עֶשְׂרִים שָׁנָה אָנֹכִי עִמָּךְ רְחֵלֶיךָ וְעִזֶּיךָ לֹא שִׁכֵּלוּ וְאֵילֵי צֹאנְךָ לֹא אָכָלְתִּי׃

ze esrím chaná anokhí immákh re'helékha ve'izzékha lo chikkélou ve'elé tsonekhá lo akhálti

38 Vingt ans, je suis avec toi. Et tes petites brebis, et tes petits chevreaux, les loups ne les dévoraient pas, et ils ne périssaient pas. Et des agneaux de ton bétail je n'ai pas mangé.


טְרֵפָה לֹא-הֵבֵאתִי אֵלֶיךָ אָנֹכִי אֲחַטֶּנָּה מִיָּדִי תְּבַקְשֶׁנָּה גְּנֻבְתִי יוֹם וּגְנֻבְתִי לָיְלָה׃

terefá lo-hevéti elékha anokhí a'hatténna miyadí tevakchénna genouvetí yom ougnouvetí láyla

39 Je ne t'apportais pas la bête déchirée, et tu me la décomptais, tu ne me tenais pas quitte de ce qui était volé le jour et de ce qui était volé la nuit.

Des conditions tout à fait serviles. Il existe une notion : de quelque manière qu'on fasse paître le bétail, il y a malgré tout quelque dommage. Il en était ainsi dans beaucoup d'accords. Mais dans beaucoup, vraiment ? Difficile à dire, parce qu'il ne nous est pas parvenu tant de documents de cette époque. Mais néanmoins, sur certaines choses, nous pouvons parler.

הָיִיתִי בַיּוֹם אֲכָלַנִי חֹרֶב וְקֶרַח בַּלָּיְלָה וַתִּדַּד שְׁנָתִי מֵעֵינָי׃

hayíti vayom akhaláni 'hórev vekéra'h balláyla vattiddád chenatí me'enáy

40 Et le jour la chaleur me dévorait, et je gelais la nuit, et le sommeil errait loin de mes yeux.

En hébreu nedudéy chná – c'est l'insomnie, l'« errance » du sommeil ; le sommeil qui se promène.

זֶה-לִּי עֶשְׂרִים שָׁנָה בְּבֵיתֶךָ עֲבַדְתִּיךָ אַרְבַּע-עֶשְׂרֵה שָׁנָה בִּשְׁתֵּי בְנֹתֶיךָ וְשֵׁשׁ שָׁנִים בְּצֹאנֶךָ וַתַּחֲלֵף אֶת-מַשְׂכֻּרְתִּי עֲשֶׂרֶת מֹנִים׃

ze-lí esrím chaná bevetékha avadtíkha arba-esré chaná bichté venotékha vechéch chaním betsonékha vatta'haléf et-maskourtí asséret moním

41 Moi, voilà vingt ans que je t'ai servi : quatorze ans pour tes deux filles et six ans pour ton bétail, et toi, dix fois tu m'as changé mon salaire.

De nouveau la même hyperbole. Yaakov exagère en disant cela aux filles de Lavan, qui peuvent ne pas être au courant. Ici il parle avec Lavan, et il est clair que c'est une exagération telle, que ce n'est pas précisément 10 fois qui est entendu.


לוּלֵי אֱלֹהֵי אָבִי אֱלֹהֵי אַבְרָהָם וּפַחַד יִצְחָק הָיָה לִי כִּי עַתָּה רֵיקָם שִׁלַּחְתָּנִי אֶת-עָנְיִי וְאֶת-יְגִיעַ כַּפַּי רָאָה אֱלֹהִים וַיּוֹכַח אָמֶשׁ׃

loulé elohé aví elohé avrahám oufá'had yits'hák háya li ki attá rekám chilla'htáni et-onyí ve'et-yegía kappáy ra'á elohím vayokha'h ámech

42 Si ce n'était le Dieu de mon père, le Dieu d'Avraham et la crainte de Yits'hak, alors, Dieu le voit, tu m'aurais peut-être même renvoyé les mains vides ; Dieu a vu comment j'ai travaillé, et Dieu a jugé la nuit dernière ».

Nous avons dit que Dieu ne joint pas Son Nom au nom d'un juste, il est dangereux de parler ainsi. C'est pourquoi ici il dit « la crainte de Yits'hak », c'est-à-dire ce Dieu que Yits'hak craint.

Dieu a jugé la nuit dernière – on entend par là, apparemment, que Dieu est venu à Lavan et lui a parlé.


וַיַּעַן לָבָן וַיֹּאמֶר אֶל-יַעֲקֹב הַבָּנוֹת בְּנֹתַי וְהַבָּנִים בָּנַי וְהַצֹּאן צֹאנִי וְכֹל אֲשֶׁר-אַתָּה רֹאֶה לִי-הוּא וְלִבְנֹתַי מָה-אֶעֱשֶׂה לָאֵלֶּה הַיּוֹם אוֹ לִבְנֵיהֶן אֲשֶׁר יָלָדוּ׃

vayá'an laván vayomer el-yaakóv habbanót benotáy vehabbaním banáy vehattsón tsoní vekhól acher-attá ro'é li hou velivnotáy ma-e'essé la'élle hayom o livnehén achér yaládou

43 Et Lavan dit à Yaakov : « Les filles – ce sont mes filles, et les fils – ce sont mes fils (je ne sais rien du tout, tout est à moi !), et le bétail aussi est à moi, et tout ce que tu vois autour est à moi ; mais que ferai-je avec mes fillettes, avec celles qui sont là et celles qui naîtront encore ?

Et Lavan fait une proposition à Yaakov :

וְעַתָּה לְכָה נִכְרְתָה בְרִית אֲנִי וָאָתָּה וְהָיָה לְעֵד בֵּינִי וּבֵינֶךָ׃

ve'attá lekhá nikhretá verít aní va'átta vehayá le'éd bení ouvenékha

44 Allons, concluons une alliance, et elle sera à jamais entre moi et toi ».


וַיִּקַּח יַעֲקֹב אָבֶן וַיְרִימֶהָ מַצֵּבָה׃

vayikká'h yaakóv áven vayriméha mattsevá

45 Et Yaakov prit une pierre, et construisit une stèle.

De nouveau, nous nous en souvenons, au début du chemin Yaakov prend une pierre et construit une stèle. Et ici il construit une stèle.


וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב לְאֶחָיו לִקְטוּ אֲבָנִים וַיִּקְחוּ אֲבָנִים וַיַּעֲשׂוּ-גָל וַיֹּאכְלוּ שָׁם עַל-הַגָּל׃

vayomer yaakóv le'e'háv liktoú avaním vayik'hoú avaním vaya'asou-gál vayokhelou cham al-haggál

46 Et Yaakov dit à ses frères : « Ramassez des pierres ! » Et ils prirent des pierres, et firent une crête, et mangèrent là, sur la crête.

Ici, à ses frères, c'est à ses proches. Il n'a pas de frères ici, précisément de frères ; les frères, ce sont dans le cas présent ceux qui sont allés avec lui dans sa famille.

Le mot גַּל (gál) en hébreu moderne signifie vague.

וַיִּקְרָא-לוֹ לָבָן יְגַר שָׂהֲדוּתָא וְיַעֲקֹב קָרָא לוֹ גַּלְעֵד׃

vayikra-ló laván yegár sahadoutá veyaakóv kára lo gal'éd

47 Et Lavan l'appela Yégar Sahadouta (lieu du témoignage) ; et Yaakov appela ce lieu Gal-Éd (crête éternelle).

Dans le mot sahadoutá (témoignage), la racineשהד (chin-hé-dalet) est employée même dans la langue russe moderne, quand on dit le mot arabe « chahids », de la racine du mot témoins.

Le mot gal'éd : gál – crête, ed – mont du témoignage, ou mont éternel.

C'est-à-dire que yegár sahadoutá – c'est la version araméenne (Lavan est bien un Araméen), et Yaakov nomme dans sa propre langue.


וַיֹּאמֶר לָבָן הַגַּל הַזֶּה עֵד בֵּינִי וּבֵינְךָ הַיּוֹם עַל-כֵּן קָרָא-שְׁמוֹ גַּלְעֵד׃

vayomer laván haggál hazzé ed bení ouvenekhá hayom al-kén kara-chemó gal'éd

48 Et Lavan dit : « Cette crête est témoin entre moi et toi désormais, c'est pourquoi elle a été appelée du nom de Gal-Éd.

וְהַמִּצְפָּה אֲשֶׁר אָמַר יִצֶף יְהוָה בֵּינִי וּבֵינֶךָ כִּי נִסָּתֵר אִישׁ מֵרֵעֵהוּ׃

vehammitspá achér amár yítsef adonáy bení ouvenékha ki nissatér ich mere'éhou

49 Et ce lieu que nous indiquons, c'est un lieu d'observation ; que le SEIGNEUR regarde, veille sur nous, quand nous nous serons cachés l'un de l'autre.

Puisque c'est une crête, de là on voit dans différentes directions. Et le mot mitspá, qui est employé, vient du verbe litspót – regarder au loin, scruter. Que le SEIGNEUR soit ici et scrute, veille sur nous, quand nous nous serons cachés l'un de l'autre. Le SEIGNEUR – Il est Grand, Omnivoyant, et rien ne se cachera de Lui.

אִם-תְּעַנֶּה אֶת-בְּנֹתַי וְאִם-תִּקַּח נָשִׁים עַל-בְּנֹתַי אֵין אִישׁ עִמָּנוּ רְאֵה אֱלֹהִים עֵד בֵּינִי וּבֵינֶךָ׃

im-te'anné et-benotáy ve'im-tikká'h nachím al-benotáy en ich immánou re'é elohím ed bení ouvenékha

50 Si tu prives mes filles de la cohabitation conjugale (ou si tu te mets à les tourmenter, mais, plus probablement, c'est la première signification) et si tu prends, en plus d'elles, des femmes supplémentaires, il n'y a personne entre nous, mais Dieu regarde ».

Vous voyez quelle leçon importante Lavan a apprise pour lui-même de cette histoire ? Il a compris que Dieu regarde.

וַיֹּאמֶר לָבָן לְיַעֲקֹב הִנֵּה הַגַּל הַזֶּה וְהִנֵּה הַמַצֵּבָה אֲשֶׁר יָרִיתִי בֵּינִי וּבֵינֶךָ׃

vayomer laván leyaakóv hinné haggál hazzé vehinné hamattsevá achér yaríti bení ouvenékha

51 Et Lavan dit à Yaakov : « Voici cette crête et voici la stèle que j'ai dressée entre moi et toi ;


עֵד הַגַּל הַזֶּה וְעֵדָה הַמַּצֵּבָה אִם-אָנִי לֹא-אֶעֱבֹר אֵלֶיךָ אֶת-הַגַּל הַזֶּה וְאִם-אַתָּה לֹא-תַעֲבֹר אֵלַי אֶת-הַגַּל הַזֶּה וְאֶת-הַמַּצֵּבָה הַזֹּאת לְרָעָה׃

ed haggál hazzé ve'edá hammattsevá im-áni lo-e'evór elékha et-haggál hazzé ve'im-attá lo-ta'avór eláy et-haggál hazzé ve'et-hammattsevá hazzót lera'á

52 Témoin est cette crête et témoin est cette stèle, que je ne passerai pas vers toi par-delà cette crête, et que tu ne passeras pas vers moi par-delà cette crête et cette stèle, que nous ne franchirons pas la frontière avec de mauvaises intentions.

אֱלֹהֵי אַבְרָהָם וֵאלֹהֵי נָחוֹר יִשְׁפְּטוּ בֵינֵינוּ אֱלֹהֵי אֲבִיהֶם וַיִּשָּׁבַע יַעֲקֹב בְּפַחַד אָבִיו יִצְחָק׃

elohé avrahám velohé na'hór yichpetoú venénou elohé avihém vayichavá yaakóv befá'had avív yits'hák

53 Le Dieu d'Avraham et le Dieu de Na'hor jugeront entre nous ». Et Yaakov jura par la crainte de son père Yits'hak.


וַיִּזְבַּח יַעֲקֹב זֶבַח בָּהָר וַיִּקְרָא לְאֶחָיו לֶאֱכָל-לָחֶם וַיֹּאכְלוּ לֶחֶם וַיָּלִינוּ בָּהָר׃

vayizbá'h yaakóv zéva'h bahár vayikrá le'e'háv le'ekhol-lá'hem vayokhelou lé'hem vayalínou bahár

54 Et Yaakov offrit un sacrifice sur la montagne, et convoqua ses frères pour manger du pain ; et ils prirent du pain, et ils passèrent la nuit sur la montagne.

Le pain – c'est une célébration commune. Ils ne mangèrent, très probablement, pas seulement du pain : c'est un festin, c'est la conclusion d'un pacte, la conclusion d'une alliance (nous verrons encore cela plus tard chez Moché).

Ainsi, ils ont terminé ce qui avait commencé par une querelle, ils l'ont terminé par un festin et une réconciliation.


וַיַּשְׁכֵּם לָבָן בַּבֹּקֶר וַיְנַשֵּׁק לְבָנָיו וְלִבְנוֹתָיו וַיְבָרֶךְ אֶתְהֶם וַיֵּלֶךְ וַיָּשָׁב לָבָן לִמְקֹמוֹ׃

vayachkém laván babbóker vaynachék levanáv velivnotáv vayvárekh ethém vayélekh vayáchov laván limkomó

55 Et Lavan se réveilla tôt le matin, et embrassa ses fils et ses filles, et les bénit, et s'en alla, et Lavan retourna en son lieu.

C'est le dernier verset du chapitre 31, et nous passons au chapitre 32 et lisons :


וְיַעֲקֹב הָלַךְ לְדַרְכּוֹ וַיִּפְגְּעוּ-בוֹ מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים׃

veyaakóv halákh ledarkó vayifge'ou-vó mal'akhé elohím

1 Et Yaakov alla son chemin ; et des anges de Dieu le rencontrèrent.

De nouveau Yaakov rencontre des anges. Quand il partait, il a rencontré des anges, il revient – et de nouveau il rencontre des anges. Ce par quoi l'histoire commence, c'est par cela qu'elle se termine.

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב כַּאֲשֶׁר רָאָם מַחֲנֵה אֱלֹהִים זֶה וַיִּקְרָא שֵׁם-הַמָּקוֹם הַהוּא מַחֲנָיִם׃

vayomer yaakóv ka'achér ra'ám ma'hané elohím ze vayikrá chem-hammakóm hahou ma'hanáyim

2 Et Yaakov dit, quand il les vit : « C'est le camp du SEIGNEUR ! » Et il appela ce lieu Ma'hanaïm (deux camps).

On peut et on doit prêter attention au fait que le Très-Haut, en faisant sortir Yaakov de la maison de Lavan, dit : « Voilà, J'ai fait ainsi pour toi avec le bétail, parce que J'ai vu ce que t'a fait Lavan ». Si nous faisons un parallèle avec la sortie d'Égypte, là le Très-Haut dit : « J'ai vu l'oppression par laquelle les Égyptiens vous oppriment » (c'est le chapitre 3 du livre de Chémot).

Voici encore quelques exemples.

Yaakov dit à Lavan : « Renvoie-moi, et j'irai dans ma maison, dans mon pays. Donne-moi mes enfants et mes femmes et ce que j'ai gagné chez toi, et je m'en irai ». Et Moché dit : « Laisse partir mon peuple, et ils serviront le Très-Haut dans le désert ; et nos jeunes, et nos vieillards, et nous irons servir le Très-Haut ».

Nous lisons que le Très-Haut a donné le bétail de Lavan petit à petit entre les mains de Yaakov. Et nous lisons aussi : « …et ils dépouillèrent l'Égypte ».

On a dit à Lavan que Yaakov était parti. Et on a dit à Pharaon que le peuple s'était enfui. Tous deux se mettent à la poursuite. Et il est dit que le SEIGNEUR avertit Lavan de ne pas faire, de ne rien dire de mal à Yaakov. Et dans le livre de Chémot, Dieu envoie un ange.

Ici il est dit : j'ai vu que Tu m'as béni. Et au chapitre 12 du livre de Chémot il est dit aussi : et moi, on m'a béni.

Nous lisons que le SEIGNEUR dit : « Maintenant lève-toi et va-t'en de ce pays ». Et Pharaon dit : « Levez-vous et sortez ». Ici il est écrit קוּם צֵא (koum tsé) au singulier, et dans le livre de Chémot nous lirons קוּםוּ צְּאוּ (koúmou tséou).

Ces quelques points, je les cite pour montrer qu'il y a un parallèle profond entre le galoút dans lequel Yaakov descend la première fois et la sortie du galoút, quand cela arrivera à Israël. Et ici, et là il y aura des anges, et il y a beaucoup, encore beaucoup de parallèles. Peut-être, quand nous arriverons au livre de Chémot, en parlerons-nous plus en détail, mais pour l'instant j'ai simplement indiqué les points principaux. Très, très riche en événements a été la section Vayétsé, et il est impossible de l'examiner tout entière dans tous les détails.

Le nom de la section hebdomadaire se traduit « Et il sortit ». Et effectivement, au tout début de la section nous lisons que Yaakov sort de Béer Chéva. Sans doute le mot et il sortit (vayétsé) sonne-t-il solennellement et même un peu nonchalamment, mais ce n'est pas au sujet de Yaakov. Il fuit la colère de son frère Essav. Certains disent qu'il est obligé de se frayer un chemin par des routes détournées, craignant qu'Essav ne l'attrape. Yaakov va vers l'inconnu. Il n'a pas lu le livre de Béréchit, il ne sait pas ce qui sera. Il a l'espérance dans le Très-Haut, mais il ne sait pas ce qui lui arrivera. Dès la première nuit il voit un songe étonnant, reçoit une révélation et un affermissement de la part du Très-Haut, et, s'étant réveillé au matin, Yaakov fait au Très-Haut un serment. Une prière-serment très inhabituelle par rapport à tout ce que nous avons lu jusque-là. Lisons (Béréchit 28,20) :

וַיִּדַּר יַעֲקֹב נֶדֶר לֵאמֹר

vayiddár yaakóv néder lemór

20 Et Yaakov jura un serment, en disant :

Arrêtons-nous sur le mot néder, qui se traduit habituellement par serment ou vœu. Le mot russe pour serment est un mot lié au mot maudit, damné et, somme toute, c'est une malédiction de soi-même. L'hébreu néder ou nadar, c'est ce qui est rendu permanent, ce qui se rapporte à l'éternel, au continu et à l'infini. C'est-à-dire que si le mot russe pour serment signifie malédiction, le mot hébreu néder, au contraire, est plus proche de la bénédiction, de ce qui te relie à l'éternel, à la source de l'éternité. Pour la suite de notre conversation, cela sera très important.

אִם-יִהְיֶה אֱלֹהִים עִמָּדִי וּשְׁמָרַנִי בַּדֶּרֶךְ הַזֶּה אֲשֶׁר אָנֹכִי הוֹלֵךְ וְנָתַן-לִי לֶחֶם לֶאֱכֹל וּבֶגֶד לִלְבֹּשׁ׃

im-yihyé elohím immadí ouchmaráni baddérekh hazzé achér anokhí holékh venatan-lí lé'hem le'ekhól ouvéged lilbóch.

« Si Dieu est avec moi, et me protège (ou me gardera) sur ce chemin par lequel je vais, et me donne du pain pour manger et un vêtement pour me vêtir,

וְשַׁבְתִּי בְשָׁלוֹם אֶל-בֵּית אָבִי וְהָיָה יְהוָה לִי לֵאלֹהִים׃

vechavtí vechalóm el-bét aví vehayá adonáy li lelohím.

21 et que je revienne en paix dans la maison de mon père, et le SEIGNEUR sera pour moi Dieu,

וְהָאֶבֶן הַזֹּאת אֲשֶׁר-שַׂמְתִּי מַצֵּבָה יִהְיֶה בֵּית אֱלֹהִים

veha'éven hazzót acher-sámti mattsevá yihyé bet elohím

22 et cette pierre que j'ai posée ici en pilier sera la maison de Dieu

C'est-à-dire qu'elle sera le lieu de ma rencontre avec Dieu, peut-être le lieu des sacrifices.

וְכֹל אֲשֶׁר תִּתֶּן-לִי עַשֵּׂר אֲעַשְּׂרֶנּוּ לָךְ׃

vekhól achér titten-lí assér a'asserénnou lakh.

et tout ce que tu me donneras, de tout ce que tu me donneras, je mettrai à part la dîme.

C'est une prière-serment. Les conditions sont les suivantes : si Dieu est avec moi, et me garde sur ce chemin par lequel je vais, et me donne du pain pour manger, et un vêtement pour me vêtir, et que je revienne en paix dans la maison de mon Père. C'est la condition ! Que sera-t-il fait, s'il en est ainsi ? Alors le SEIGNEUR sera pour moi Dieu, et cette pierre que j'ai posée ici sera la maison de Dieu, et de tout ce que Tu me donneras, je mettrai à part la dîme.

Regardons l'essence du marché. Et s'il ne le garde pas ? Si Yaakov ne réussit pas à revenir dans sa terre natale ? S'il n'a pas toujours du pain et n'a pas toujours un vêtement ? Le Très-Haut sera-t-il alors son Dieu ? Yaakov mettra-t-il à part la dîme ? Quelle est l'essence du serment, et pourquoi faire serment au Très-Haut ? Pourquoi ne pouvait-on pas simplement dire : « SEIGNEUR, je vais vers l'inconnu, je vais par un chemin inconnu ! Aie pitié de moi ! Garde-moi ! Donne-moi du pain pour manger, un vêtement pour me vêtir, et ramène-moi dans la maison de mon père ». Pourquoi faut-il se lier par un serment ? À quoi sert au Très-Haut la dîme de Yaakov ? Si quelqu'un me dit : « Alex, si tu me donnes cent chékels, je te donnerai dix de ces cent », – c'est un marché très étrange, à première vue.

Pourquoi faut-il un serment ? Et quelle est l'essence du serment ? Et que demande ici Yaakov ?

La prière de Yaakov, en tant que prière, semblerait très simple. Donne-moi du pain à manger et un vêtement à mettre, et ramène-moi en paix à la maison. Une prière simple, que tout le monde ne sait pas prier. Nous demandons souvent au Très-Haut et recevons ce qui ne nous convient pas, ce dont nous n'avons pas envie. Que faire ? Il y a du pain, mais pas de dents pour le manger. Parfois il y a de l'argent, beaucoup d'argent, mais l'avarice ne permet pas de le dépenser. Parfois tu as dépensé l'argent et tu t'es acheté quelque chose, mais l'avarice ne permet pas de tirer du plaisir de ce quelque chose que tu as acheté. L'avarice dit : « Attends une occasion propice, attends une fête pour mettre ce vêtement, attends des invités de marque pour manger dans ce service, attends, ne te presse pas, quand en auras-tu encore un pareil ». Tu as bien acheté, semble-t-il, mais de toute ta vie tu ne t'en es pas servi. Yaakov demande une chose très simple et sage. Donne-moi du pain et un vêtement, mais de telle sorte que j'en tire du plaisir. Du pain, pour pouvoir le manger tranquillement et ne pas penser à combien j'ai dépensé pour lui et combien coûte chaque bouchée. Un vêtement, pour pouvoir le mettre tranquillement, sans craindre de le salir quelque part, que quelque part il ne convienne pas à mon statut, que quelque part j'aie peur d'être arrivé, dans un vêtement si propre, là où il ne fallait pas. Comme un jour mon fils hébréophone a dit : « J'ai rencontré sur l'aire de jeux une petite fille, elle s'appelle Fautpas ». Il a compris ainsi qu'en russe la petite fille s'appelait Fautpas, parce qu'on lui disait tout le temps justement cela. Et une personne peut, en ayant quelque chose, en ayant mis elle-même sur elle quelque robe blanche, se dire : « Faut pas », et s'appeler elle-même Fautpas. Eh bien, Yaakov n'a pas besoin de cela. Yaakov demande des choses très simples. Nous demandons au Très-Haut simplement du pain et un vêtement.

Pourquoi faut-il faire serment ? Il y a aussi d'autres serments dans l'Écriture. Ainsi, par exemple, au vingt et unième chapitre du livre de Bémidbar, quand le Cananéen, le roi d'Arad, tente d'attaquer et attaque Israël et capture beaucoup de prisonniers, il est écrit :

וַיִּדַּר יִשְׂרָאֵל נֶדֶר לַיהוָה וַיֹּאמַר אִם-נָתֹן תִּתֵּן אֶת-הָעָם הַזֶּה בְּיָדִי וְהַחֲרַמְתִּי אֶת-עָרֵיהֶם׃

vayiddár yisraél néder ladonáy vayomár im-natón tittén et-ha'ám hazzé beyadí veha'haramtí et-arehém.

2 tout le peuple d'Israël jura par serment au SEIGNEUR et dit : « si tu livres ce peuple entre mes mains, je vouerai à l'anathème toutes leurs villes ».

Tout ce que je prendrai, tout sera à Toi. Je ne prendrai pour moi aucun butin. Tout Te sera consacré. De nouveau, SEIGNEUR, Tu veux me donner la victoire ? Donne-la. Tu ne veux pas me donner la victoire ? Eh bien, que faire ! Il ne m'est pas donné de vaincre. Se peut-il que nous essayions de soudoyer le Très-Haut avec les biens de ces villes, alors que ces gens, Il pourrait de toute façon, en le voulant, les prendre. Mais que dis-je ! Le monde entier Lui appartient.

Encore un exemple de serment – 'Hana (1 Chmouël 1,11) 'Hana n'a pas d'enfants, elle vient prier devant le Très-Haut et lui demande, elle aussi, avec un serment.

וַתִּדֹּר נֶדֶר וַתֹּאמַר יְהוָה צְבָאוֹת אִם-רָאֹה תִרְאֶה בָּעֳנִי אֲמָתֶךָ וּזְכַרְתַּנִי וְלֹא-תִשְׁכַּח אֶת-אֲמָתֶךָ וְנָתַתָּה לַאֲמָתְךָ זֶרַע אֲנָשִׁים

vattiddór nedér vattomár adonáy tsva'ót im-ra'ó tir'é ba'ani amatékha ouzkhartáni velo-tichká'h et-amatékha venatátta la'amatékha zéra anachím

11 et elle jura par serment et dit : « SEIGNEUR Tsva'ot. si tu vois les souffrances de ta servante, et que tu te souviens de moi, (c'est-à-dire que je serai incluse dans ton dessein), et ne me rejettes pas, et n'oublies pas ta servante, et que tu donnes à ta servante une semence d'hommes,

C'est-à-dire, tu me donneras d'enfanter un fils.

וּנְתַתִּיו לַיהוָה כָּל-יְמֵי חַיָּיו וּמוֹרָה לֹא-יַעֲלֶה עַל-רֹאשׁוֹ׃

venatattív leadonáy kol-yeméyDans la translittération de l'original, le mot « jours » a perdu son « y » initial ; nous suivons l'hébreu : yeméy. 'hayáv oumorá lo-ya'alé al-rochó

je le consacrerai au SEIGNEUR tous les jours de sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête ».

De nouveau, 'Hana demande au Très-Haut : « SEIGNEUR, aie pitié de moi, regarde mes souffrances. Vois donc, je me tiens devant Toi, moi, une simple femme israélite, qui ne veut en tout et pour tout qu'avoir un fils, comme toutes les femmes. Aie pitié de moi, donne-moi un enfant ». Pourquoi faut-il un serment, pourquoi faut-il consacrer cet enfant au Très-Haut ? Et, ce qui est le plus important, pourquoi ces serments fonctionnent, pourquoi le Très-Haut répond quand nous Lui demandons avec un serment ? Ou pourquoi les prières avec serments sont-elles plus souvent acceptées par le Très-Haut ? Pourquoi sont-elles plus importantes pour le Très-Haut ?

Pour David aussi les serments étaient importants. Comme nous le lisons, David dit au psaume 22 :

הַצִּילָה מֵחֶרֶב נַפְשִׁי מִיַּד-כֶּלֶב יְחִידָתִי׃

hattsíla me'hérev nafchí miyad-kélev ye'hidatí

21 sauve mon âme de l'épée, du chien sauve ma Yé'hida

Yé'hida – c'est un niveau plus élevé de l'âme.

מֵאִתְּךָ תְהִלָּתִי בְּקָהָל רָב נְדָרַי אֲשַׁלֵּם נֶגֶד יְרֵאָיו׃

me'ittkhá tehillatí bekahál ráv nedaráy achallém negéd yere'áv

26 de toi – tout ce que j'ai, tout ce dont je suis glorieux, – c'est ta gloire. dans une immense assemblée de gens je m'acquitterai de mes vœux.

Et chez David il y a encore beaucoup de choses sur l'acquittement des vœux. Et au psaume 50 nous lisons :

זְבַח לֵאלֹהִים תּוֹדָה וְשַׁלֵּם לְעֶלְיוֹן נְדָרֶיךָ׃

zvá'h le'elohím todá vechallém le'elyón nedarékha

14 offre au SEIGNEUR un sacrifice de reconnaissance et accomplis tes vœux devant le Très-Haut.

Plus loin, au psaume 56 :

בֵּאלֹהִים בָּטַחְתִּי לֹא אִירָא מַה-יַּעֲשֶׂה אָדָם לִי׃

be'elohím batá'hti lo iyrá ma ya'assé adám li

12 j'espère en Dieu et je ne crains pas, que me fera un homme ?

עָלַי אֱלֹהִים נְדָרֶיךָ אֲשַׁלֵּם תּוֹדֹת לָךְ׃

aláy elohím nedarékha achallém todót lákh

13 sur moi, SEIGNEUR, sont tes vœux, je te dois des vœux, je t'ai juré des vœux, je te rendrai des actions de grâces.

Ici David dit encore une chose étonnante : que les serments devant le SEIGNEUR, les vœux au SEIGNEUR, ils sont – une protection et l'aident à ressentir la présence divine et à ne pas craindre les hommes. Et qu'est-ce que c'est, un vœu ? Nous disons le mot serment, mais ici il est plus juste de dire vœu. Que signifie ce vœu ? Nous voyons que Yaakov aussi, qui dit : « Je Te donnerai la dîme. Tu seras pour moi le Très-Haut, Tu seras mon Dieu ». Cela ne signifie pas que Dieu n'est pas encore Dieu pour lui, que le SEIGNEUR n'est pas encore Dieu pour lui, qu'il n'a pas l'intention de donner la dîme ainsi. Il dit : « Si je reviens à la maison, je témoignerai que cela vient de Toi. Je témoignerai que c'est Ton dessein, que c'est – une manifestation de Ta gloire. Et cette dîme dans le monde ne sera pas comme un pot-de-vin pour Toi. Ce sera un témoignage de Ta glorification, mon témoignage que ce n'est pas moi qui l'ai fait, mais Toi ». Yaakov dit devant le Très-Haut : « Je ne peux rien, fais-le, Toi ». Et l'exaucement de sa prière, il le noue en un nœud avec quelque chose d'éternel, avec quelque chose qui appartient à l'éternité. C'est-à-dire que mon retour à la maison aura de l'importance non seulement pour moi, mais aussi pour quelque chose d'éternel. Il comptera pour la Gloire de Dieu. Le serment – c'est l'engagement de l'homme, le témoignage de l'homme que ce qu'il demande révélera la Gloire de Dieu sur la terre.

De même aussi ce dont Yisraël fait serment, en disant : « Toutes ces villes, nous les vouerons à l'anathème. Tous verront que nous ne l'avons pas fait pour piller ces villes, mais pour Te glorifier. Pour que ce ne soit pas un événement momentané, mais un événement éternel. Pour que se révèle sur nous la Gloire de Dieu ».

Et de même le serment de 'Hana. 'Hana dit : « Je donnerai cet enfant à la maison où l'on sert l'Éternel. Il appartiendra à l'Éternel. Ce que je demande, je le demande non seulement pour moi, je le demande aussi pour l'Éternité. Pour laisser une trace dans le monde à venir, pour la glorification de Dieu sur cette terre ».

Et tous les vœux, toutes les prières dont parle David, sont aussi liés à la glorification du Très-Haut, à la glorification de Son nom. David en parle constamment : « Je Te glorifierai, je parlerai de Toi. Tout ce que Tu feras pour moi, toute ma gloire – c'est Ta Gloire, et je La proclamerai. J'agirai pour Ta Gloire ».

Il est très important de dire, pour les croyants messianiques, pour ceux qui pratiquent la prière au nom de Yéchoua, que ces mêmes mots que nous disons à la fin : « Au nom de Yéchoua haMachia'h », – ce ne sont pas des mots magiques, pas quelque mot de passe magique qui donne à notre prière un laissez-passer pour les cieux. Par là même nous disons que ce que nous demandons, nous le demandons non seulement pour nous, mais aussi pour la glorification du Nom de Yéchoua Machia'h. Si Tu me donnes cela, alors je glorifierai le Nom de haMachia'h Yéchoua. Voilà pourquoi je le demande. Au nom de l'accomplissement de cette mission (faire des nations des disciples) que le Machia'h nous a donnée. Au nom de ceci, que les nations connaissent haMachia'h. Voilà pourquoi nous ajoutons ces mots. C'est aussi une sorte de vœu. Un vœu, et non un mot de passe avec lequel nous entrons sans faire la queue, pour ainsi dire. Et cela, bien sûr, donne de la force à nos prières, comme nous avons vu que le vœu donne de la force aux prières. Mais nous devons comprendre, pour que ce ne soient pas des paroles vides, pour que ce ne soit pas un faux vœu, nous devons comprendre vraiment : où est ce que nous demandons ? Où y a-t-il là de la place pour la réalisation du dessein divin ? Où est-ce vraiment en Son nom ? Nous venons avec Son nom et en Son nom nous demandons quelque chose. N'aurons-nous pas honte devant Lui, quand Il apprendra que nous avons demandé cela en Son Nom ? Cela aussi, il faut s'en souvenir constamment. Et il faut traiter ces mots avec prudence, comme tout vœu.

Parler de la prière – c'est une tâche ingrate. Ce sujet est très complexe. Un sujet très douloureux pour beaucoup de gens qui prient pendant des années, parce que nous savons qu'il y a beaucoup de prières sans réponse, il y a beaucoup de prières qui restent sans réponse. Et il y a beaucoup d'explications différentes, bien tournées et joliment inventées, de pourquoi les prières restent sans réponse. On peut dire : « Papa ne dit pas toujours “oui” ! Papa peut dire “non” ! » Papa peut dire « non ». Mais est-ce si souvent ? On peut dire, en réalité, que le Très-Haut nous donne non pas ce que nous voulons, mais ce dont nous avons besoin. Bien, magnifique, remarque juste. Mais alors pourquoi nous demande-t-Il ce dont nous avons besoin ? Pourquoi épanchons-nous devant Lui notre cœur ? Pourquoi épanchons-nous devant Lui notre âme ? Beaucoup d'explications différentes, et elles ne satisfont pas l'homme, parce que moi, j'expliquerai du point de vue de la raison, alors que l'homme à la prière duquel le Très-Haut ne répond pas le ressent par ses sentiments. La raison ne peut pas expliquer aux sentiments. Ce sont des langues différentes, la conversation se fait dans des langues différentes. Et ce sentiment d'amertume, de contrariété, d'insatisfaction devant une prière sans réponse est connu de tous.

Le Talmud dit qu'il y a trois problèmes dont l'homme souffre quotidiennement. 1) Ce sont les pensées de péché. Il ne passe pas un jour sans que, à propos de quelque chose, quelque pensée séditieuse ne se glisse. 2) C'est la médisance. Si l'homme n'est pas muet et qu'il parle avec les gens, il lui arrive presque quotidiennement de dire quelque chose de mauvais sur quelqu'un. 3) Et ce sont les pensées de la prière. Les pensées de la prière, on peut les comprendre ainsi : quand nous prions, nous regardons quelque part ailleurs, le vent nous emporte, et nous ne sommes pas là où nous prions, nos pensées ne sont pas là. Mais une autre compréhension des pensées sur la prière – c'est l'affliction d'une prière sans réponse. Je me suis pourtant tant efforcé, j'ai tout si bien exposé, j'en ai vraiment tellement besoin, je le veux tellement, c'est si important, même pas pour moi. Et nous prions pour des situations très importantes, très tragiques, pour la survie d'enfants, pour le salut de familles, et que sais-je encore, et grande est la déception constante. Et comme dit le Talmud : « C'est propre à l'homme – d'être déçu quotidiennement par des prières non accomplies. De ressentir de l'amertume de ce que les prières ne s'accomplissent pas, ne trouvent pas de réponse ». Quand nous lions la réponse à nos prières à l'éternité, quand nous sommes vraiment prêts à lier l'obtention de la réponse à nos prières à l'éternité, la réponse à nos prières est transférée dans la sphère de l'éternité, et alors la réponse ne sera pas toujours instantanée. La réponse peut être, pour ainsi dire, à l'échelle historique. Cela ne console pas, mais cela commence à consoler quand toi, vraiment, tu mets l'accent sur la gloire de Dieu qui est dans ta prière.

Nous avons lu dans la section hebdomadaire précédente que, quand Essav entendit qu'on lui avait pris la bénédiction, il cria d'un grand cri. Le cri – c'est aussi une prière vers le Très-Haut. Le midrach dit : « Le Très-Haut entendit ce cri d'Essav, et la rétribution pour Israël vint plus tard, aux jours de Pourim, quand Mordékhaï entendit et cria d'un grand cri face à la menace contre le peuple d'Israël ».

Les commentateurs disent que, quand Sara opprimait Hagar et que Hagar criait vers le Très-Haut, Il entendit son cri, et les descendants de Yichmaël opprimèrent le peuple d'Israël. Ce sont des midrachim qui disent : « Se peut-il que notre prière ne soit pas entendue maintenant ? » Peut-être la prière pour la guérison de cet enfant-ci agira-t-elle pour la guérison d'un autre enfant. Mais chez le Très-Haut il ne reste pas de prières sans réponse. Si nous nous habituons vraiment, si nous pouvons nous habituer (et je ne suis pas encore au bout de ce chemin), si nous apprenons à prier non seulement pour cette guérison-ci, mais aussi pour la gloire de Dieu, qui se révèle à travers la guérison, alors la guérison d'un autre enfant sera aussi en partie une réponse à nos prières. Non, cela n'enlèvera pas l'amertume de ce que la prière n'a pas reçu de réponse. Cela n'enlèvera pas l'amertume de la mort, à Dieu ne plaise, ou de la maladie d'un enfant. Mais cela donnera une consolation pour l'éternité.

Dans l'histoire de nos Patriarches, qui est racontée si en détail dans le livre de Béréchit, il y a quelque chose d'étonnant. Ce sont les mères stériles. Le midrach Psikta dit à ce sujet ainsi : « Sept femmes stériles : Sara, Rivka, Ra'hel, Léa, 'Hana, la femme de Manoa'h (la femme de Manoa'h, comme nous nous en souvenons, – c'est la maman de Chimchon, eux aussi n'ont pas eu d'enfants pendant longtemps) et Tsiyon. Tsiyon dans ce cas – c'est Yérouchalaïm, qui est souvent comparée à une femme stérile. Autour, semblerait-il, tant de femmes en bonne santé ? Essav se marie, et ses femmes enfantent, Yichmaël se marie, et ses femmes enfantent. Mais il suffit que Yits'hak, ou Yaakov, ou Avraham prenne une femme, pour que ces femmes se révèlent stériles. Et c'est une grande énigme, même au sujet de Léa il est dit : “Et Dieu vit que Léa – est méprisée et lui ouvrit le sein”. C'est-à-dire que Léa aussi avait besoin d'une intervention divine pour enfanter.

Que se passe-t-il ? Pourquoi dans la maison de Yaakov, dans la maison d'Avraham, dans la maison de Yits'hak, des femmes stériles ? Si vous alliez chez un rabbin ou chez un pasteur, on vous dirait : « Fouillez, fouillez dans vos péchés. Examinez-vous. Peut-être y a-t-il quelque part chez vous un manque de foi. Peut-être que quelque part vous priez mal, vous levez mal les mains, ou vous lisez mal l'Écriture, ou vous faites mal encore autre chose. Le maguid de Doubno, Yaakov Krants, maître de Doubno, qui vécut au XVIIIe siècle, a donné une telle explication : « Les enfants de nos matriarches, les enfants de toutes ces femmes dont il est question ici, doivent être des enfants obtenus du Très-Haut par la prière, nés comme fruit des prières, comme fruit des miracles, non par la force de la biologie, par la disposition de la femme à enfanter. Ils sont – les enfants de Yaakov, non les petits-enfants de Lavan, ils sont nés par un miracle. Yits'hak n'est pas le petit-fils de Téra'h, parce qu'il est né par un miracle. Il y a une intervention divine au milieu, qui pour ainsi dire rompt la chaîne généalogique, rompt le lien de cause à effet. Il se produit un redémarrage de la généalogie ou une réinitialisation de la généalogie aux paramètres du Fabricant. Et la généalogie de Yits'hak vient d'Avraham, et non de Téra'h. La généalogie des fils de Yaakov ne vient pas de Lavan, mais de Léa et de Ra'hel.

La prière est nécessaire pour éveiller le miracle. On peut, bien sûr, dire : « Ah, si cela m'est dû, je le recevrai. Si cela ne m'est pas dû, je ne le recevrai pas. Pourquoi donc prierais-je du tout ? » Si nous travaillons quelque part, nous attendons que le salaire arrive sur notre compte. Le patron n'attend pas que nous passions chercher le salaire. À quoi cela lui servirait-il ? Cela s'appelle la mise en place des processus, pour que le salaire arrive au bon moment sur notre compte et que nous ne dérangions pas le patron. Notre Patron veut qu'on Le dérange, veut que nous comprenions que ce que nous recevons, c'est Son don, c'est Sa grâce, la manifestation de Sa grâce. Quand nous Le prions, ces mêmes vœux dont il est question ici, c'est aussi la promesse que notre rencontre avec Lui, notre communion avec Lui ont une nature surnaturelle. Il y a une histoire drôle connue, sous différentes formes, sur un homme qui cherche une place de stationnement et dit : « SEIGNEUR, si Tu m'aides à trouver une place de stationnement, alors je… Ah, voilà, excuse-moi, j'ai trouvé ! » Et l'essence du serment est justement en ceci que nous disons : « Nous ne pouvons pas trouver. Ce qui nous arrivera, nous ne l'attribuerons pas à un concours de circonstances ou à notre chance. Nous ne voulons rien recevoir comme fruit des événements naturels de ce monde, d'un événement naturel de ce monde. Même si les événements se dérouleront naturellement, nous voulons voir le miracle de Ton intervention dans ce qui nous arrivera ». L'exaucement de notre prière se déconnectera du lien de cause à effet. C'est ce que nous incluons dans notre prière, quand notre prière, comme la prière de Yaakov, comme la prière de 'Hana et comme les prières que nous avons vues, est accompagnée d'un vœu. Voilà quelle est l'essence du vœu.

Bien sûr, il faut comprendre ce que nous promettons et comment nous comptons glorifier le Très-Haut. Une compréhension erronée de cela peut mener au malheur. Un tel malheur est arrivé à Yifta'h de Guil'ad, du livre de Choftim, qui promit au Très-Haut, en cas de victoire, d'offrir en sacrifice d'holocauste la première chose qui sortirait à sa rencontre. Nous savons ce qui s'est passé là. Sa fille est sortie à sa rencontre. J'ai sur le sujet de Yifta'h un entretien à part. Et ici je dirai seulement qu'il est important de comprendre comment précisément l'exaucement de notre prière, la réponse à notre prière glorifiera le Très-Haut. Comment nous Le glorifierons pour l'exaucement de notre prière. Pour que ce ne soit pas si terrible.

Pour finir sur une note optimiste et joyeuse, je vais raconter une histoire drôle juive. Un héros connu des histoires drôles juives – Guerchélé Ostropoller. Guerchélé, de la bourgade d'Ostropol, – une sorte d'équivalent juif d'Ivanouchka le Sot ou de Hadji Nasreddin. Un jour le rabbi lui demanda : « Guerchélé, comment arrives-tu à prier avec une prière si courte ? Moi, je suis un homme savant, instruit, je lis mieux que toi. Et pourtant il me faut beaucoup de temps pour lire la prière. Comment parviens-tu à le faire si vite ? » Et Guerchélé lui répondit : « Rabbi, vous êtes un homme distingué et important, vous avez beaucoup de soucis, et pour la yéchiva, et pour la communauté, et pour l'argent. Moi, je suis un homme simple, et je viens au Très-Haut et je Lui dis : “Père, je suis un bon à rien. Que peut-on encore faire de moi ? Bénis ma femme et ma chèvre, et je Te glorifierai à travers elles ».

On peut aussi ainsi, on peut par une prière très simple, par des choses très simples, glorifier le Très-Haut. La paix avec sa femme, la joie de la communion avec sa femme, le revenu, l'aisance tirée d'une simple exploitation, d'une chèvre, peuvent aussi glorifier le Très-Haut. Cela ne doit pas être quelque chose de grandiose. Il ne faut pas avoir peur de prier pour des choses simples du quotidien et dire : « Oh, puisque par notre prière nous ne devons que Le glorifier, alors seulement dans ce qui est festif, seulement dans quelque chose de grand et simpleLe russe dit bien « grand et simple », alors que le contexte semble plutôt opposer le grand au simple ; nous avons traduit littéralement. ». Non, il suffit de ce par quoi nous avons commencé – manger du pain, mettre un vêtement. La femme et la chèvre aussi, je vous en prie, et c'est aussi important. C'est-à-dire une prière simple dans les choses les plus simples, pour le plus simple, pour le plus important, pour le plus grand, pour le plus luxueux, pour le plus nécessaire, pour tout ce que nous voulons, mais pour la glorification du Très-Haut. C'est en cela qu'est l'essence du vœu.

Ce fut une conversation sur la prière de Yaakov et en général sur les prières et les serments.

La section hebdomadaire Vayétsé commence par ceci : le Patriarche Yaakov, Yaakov Yits'hakovitch, sort de la maison de ses parents, fuit la maison de ses parents devant la colère de son frère Essav. Dans une certaine mesure, c'est l'antithèse de ce qui se passe dans la section hebdomadaire Lekh Lekha, quand le Très-Haut dit à Avraham : « Va hors de la maison de ton père, hors de ta patrie, va hors de ton pays ». Et ici Yaakov aussi sort de son pays, de la maison de son père, non par ordre du Très-Haut, mais selon le dessein du Très-Haut, c'est-à-dire que c'est le lekh lekha caché de Yaakov. Il va pour ainsi dire hors du pays promis, et non vers le pays promis. Et naturellement, il est assailli, tourmenté par de nombreux doutes sur ce chemin. Et si Essav le poursuivait et le tuait ? Et si, pour son mensonge, quelque châtiment le frappait ? Il se retrouve, peut-être, seul pour la première fois. Si Essav, c'est un chasseur, un homme qui a l'habitude de rester seul, Yaakov, lui, c'est un homme qui vit sous les tentes. Et, peut-être, il se retrouve pour la première fois seul avec lui-même, sorti de la maison de son père. On peut imaginer ce qui se passe dans son âme. Voici ce que nous raconte la Torah sur ces événements :

   וַיֵּצֵא יַעֲקֹב מִבְּאֵר שָׁבַע וַיֵּלֶךְ חָרָנָה׃

VAYETSE YAAKOV MIBBE'ER CHAVA VAYELEKHLa translittération de l'original écrit ici « yo » au lieu de « e » ; nous suivons l'hébreu : vayelekh. 'HARANA

10. Et Yaakov sortit de Béer-Chéva, et s'en alla à 'Haran.

   וַיִּפְגַּע בַּמָּקוֹם

VAYIFGA BAMMAKOM

11 Et il arriva en un lieu

Il vaut la peine de s'arrêter sur ces deux mots. Vayifgá bamakóm – on peut dire et il se retrouva en quelque lieu. Et le plus souvent c'est bien ainsi qu'on le traduit. Bien que ce soit la plus inexacte de toutes les traductions. Le verbe vayifgá signifie se heurter à quelque chose, se cogner contre quelque chose, atteindre quelque chose. Par exemple, paga bo – cela veut dire il l'a offensé ou il l'a atteint. Nifga – cela veut dire il s'est offensé. Pigoua en hébreu moderne signifie attentat terroriste. Bgia – c'est l'atteinte de la cible. Yaakov s'est heurté à quelque chose, a rencontré quelque chose. Il est très difficile d'appliquer cela à un lieu. Peut-être que Yaakov s'est réellement heurté, est tombé sur ce lieu. On peut comprendre que Yaakov, en ce lieu, s'est heurté à quelque chose de particulier. Il y a beaucoup de différentes couches de compréhension, beaucoup de différents commentaires à ce sujet.

Certains commentateurs disent que vayifgá signifie et il pria. Pourquoi ? Pourquoi le verbe paga signifie-t-il aussi a prié ? Parce que, quand nous prions, nous cherchons la rencontre avec le Très-Haut, nous cherchons comment nous heurter au Très-Haut. Et c'est pourquoi le verbe est réellement applicable aussi dans ce sens-là.

Ainsi, Yaakov se heurte, se retrouve en quelque lieu dont la Torah, sans le nommer, parle de manière particulière :

וַיָּלֶן שָׁם כִּי-בָא הַשֶּׁמֶשׁ

VAYALEN CHAM KI-VA HACHEMECHLa translittération de l'original écrit « yo » dans le mot « soleil » ; nous suivons l'hébreu : hachemech.

et il passa la nuit là, parce que le soleil s'était couché

De nouveau, les commentateurs s'arrêtent là-dessus et se posent la question : pourquoi écrire « il passa la nuit là, parce que le soleil s'était couché » ? Il est clair que Yaakov passera la nuit quelque part, quand le soleil se couchera ». Et les commentateurs expliquent que le Très-Haut a arrangé les choses ainsi : le soleil se couchera justement au moment où Yaakov sera en ce lieu. Il semble à Yaakov que c'est par hasard qu'il s'est endormi là, parce que le soleil s'était couché. En réalité, le Très-Haut, quelque part là-bas, raisonne : « Yaakov est arrivé. Il est temps pour le soleil de se coucher, pour que Yaakov passe la nuit ici ». Le dessein du Très-Haut s'accomplit invisiblement.

La Torah décrit comment il se prépare au sommeil :

וַיִּקַּח מֵאַבְנֵי הַמָּקוֹם וַיָּשֶׂם מְרַאֲשֹׁתָיו וַיִּשְׁכַּב בַּמָּקוֹם הַהוּא׃

VAYIKKA'H ME'AVNE HAMMAKOM VAYASSEM MERA'ACHOTAV VAYICHKAV BAMMAKOM HAHOU

il prit d'entre les pierres qui étaient en ce lieu, et les posa autour de sa tête, et s'endormit en ce lieu-là.

Trois fois nous lisons le mot makóm (lieu) dans ce verset. Certains commentateurs disent que makóm – c'est une indication du lieu où il y aura ensuite le Temple. Le lieu que le Très-Haut a choisi.

Au verset 17 nous lisons que Yaakov, en quittant le lieu, déjà après tout cela, dit :

וַיִּירָא וַיֹּאמַר מַה-נּוֹרָא הַמָּקוֹם הַזֶּה אֵין זֶה כִּי אִם-בֵּית אֱלֹהִים וְזֶה שַׁעַר הַשָּׁמָיִם׃

VAYIRA VAYOMAR MA-NORA HAMMAKOM HAZZE EN ZE KI IM-BET ELOHIM VEZE CHA'AR HACHAMAYIM

17 et il eut peur, et dit : « comme il est étonnant, comme il est redoutable, ce lieu, c'est la maison de Dieu, ce sont les portes des cieux ».

Après que Yaakov aura vu là un songe, il comprendra que c'est un lieu particulier, qu'on peut appeler « portes des cieux » ou « maison de Dieu ». Qu'a vu Yaakov en songe ? C'est sans doute l'un des songes les plus célèbres de l'histoire de l'humanité. Combien y a-t-il de songes dont on se souvient au bout de plusieurs milliers d'années ?

   וַיַּחֲלֹם וְהִנֵּה סֻלָּם מֻצָּב אַרְצָה וְרֹאשׁוֹ מַגִּיעַ הַשָּׁמָיְמָה וְהִנֵּה מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים עֹלִים וְיֹרְדִים בּוֹ׃

VAYA'HALOM VEHINNÉ SOULLÁM MOUTTSÁV ÁRTSA VEROCHÓ MAGGÍYA HACHAMÁYMA

12 et il vit un songe. Et voici, une échelle se tient sur la terre (descend sur la terre), et sa tête arrive jusqu'aux cieux.

Une construction étonnante. D'un côté elle descend sur la terre, de l'autre côté elle arrive jusqu'aux cieux. Quelque part nous avons déjà lu cela, à propos d'une construction très semblable. Au chapitre 11 du livre de Béréchit :

הָבָה נִבְנֶה-לָּנוּ עִיר וּמִגְדָּל וְרֹאשׁוֹ בַשָּׁמַיִם

HAVA NIVNE-LANOU IR OUMIGDAL VEROCHO VACHAMAYIM

4 « Construisons-nous une ville et une tour, et son sommet atteindra jusqu'aux cieux ».

Effectivement, la tour de Babel a commencé par le fait que les bâtisseurs avaient l'idée d'une construction très semblable à cette échelle, qui irait de la terre jusqu'aux cieux. Certes, sur cette construction devaient marcher des gens, et non des anges de Dieu. Il y a encore quelques différences : dans l'échelle de Yaakov nous voyons qu'elle atteint bel et bien les cieux et le SEIGNEUR lui-même se tient au-dessus de cette échelle, dans l'une des lectures en tout cas. Au sujet de la tour de Babel, le Très-Haut dit : « Je vais donc descendre et voir ». C'est-à-dire : « Je vais donc descendre et voir ce qu'ils ont construit là qui atteint le ciel. Depuis les cieux, on ne voit pas tellement bien ». Voilà pour vous un tel parallèle.

D'un côté, les Babyloniens eux-mêmes, les habitants de la ville de Babylone, ne croyaient pas que le nom de leur ville provenait du verbe bilboul (mélanger), mais considéraient qu'il signifie bab el – portes des dieux, portes célestes. Exactement comme Yaakov l'a dit de son endroit. Et ils construisaient la tour, ils avaient la mémoire de cette tour qui atteignait les cieux, par laquelle des gens devaient monter. De l'autre côté, Yaakov.

D'un côté, un tas de pierres cuites, que les habitants de Babylone voulaient dépenser pour la construction de la tour. Le midrach raconte qu'ils appréciaient tant ces briques cuites que, si quelqu'un tombait de l'échelle pendant la construction, ils ne s'affligeaient pas beaucoup, mais si des briques tombaient, c'était pour eux une vraie tragédie. De l'autre côté, ce que Yaakov a construit, – c'est un petit amas de pierres. Mais il se relie d'une certaine façon à quelque chose qui atteint les cieux. Quand nous relisons le songe de Yaakov, on peut dire qu'il y a là un hébreu pas très simple, pas très compréhensible, et si l'on ose le dire, pas très correct. J'en ai déjà parlé de nombreuses fois. Il s'endormit, et voici une échelle. On peut dire qu'il s'est senti lui-même échelle. Il rêve qu'il est une échelle, sur laquelle (sur lui, sur Yaakov) des anges marchent vers le haut et vers le bas. C'est précisément l'homme qui peut devenir l'échelle reliant le céleste et le terrestre. Les pierres travaillées sont le symbole des réalisations industrielles, le symbole de la puissance productive de l'homme. Les pierres que rassemble Yaakov, ce sont des pierres non travaillées, non taillées, avec de telles pierres on peut construire un autel au Très-Haut. Et un petit amas de pierres, et la capacité d'atteindre les cieux. Un grand tas de briques travaillées, vers lequel le Très-Haut descend pour voir ce qu'il y a là et comment c'est là.

Les Babyloniens construisaient leur tour pour ne pas se disperser sur la terre. Le Très-Haut, en punition, les dispersa sur la terre. Lors de la promesse à Yaakov, le Très-Haut, d'un côté, dit : « Je t'amènerai dans cette terre ». De l'autre côté, Il dit : « Et tu te répandras ». Ce n'est déjà plus comme une punition, mais comme une bénédiction. « Et tu te répandras de tous côtés ».

Quel est le secret de cette échelle de Yaakov ? Pourquoi s'avère-t-elle, en tant que projet, plus réussie que la tour de Babel. Peut-être précisément dans les pierres. La première fois que nous lisons au sujet des pierres, nous lisons que Yaakov prit des pierres qui étaient en cet endroit et les plaça à son chevet. Ensuite nous lisons que la pierre est devenue comme une seule pierre. Le midrach ne passe pas à côté de cela et dit que ce sont plusieurs pierres qui se sont soudées en une seule.

Et certains disent : « Ce sont 12 pierres, 12 tribus, qui se sont unies en un seul peuple ». D'un côté, le Très-Haut choie, éduque un seul peuple. De l'autre côté, le Très-Haut prend soin de la préservation de chacune des tribus. Il y a des individualités chez tous ces peuples. Ils se soudent en une seule pierre, s'unissent en un seul peuple, mais ne perdent pas leur originalité. Les gens deviennent une partie d'un seul peuple, sans devenir de nouveaux, de quelconques hommes soviétiques rénovés, qui doivent tailler leur caractère et ce n'est qu'une fois taillés qu'ils s'assemblent. Mais les gens, des pierres simples, non taillées, se soudent en une seule pierre, en gardant leur individualité. Si l'on transpose cela dans le langage de la nourriture, on peut prendre un mets comme le bortsch et le plov, qui se compose de nombreux composants, chaque composant peut être senti. Si on passe cela au mixeur, « en faire de la purée », alors ce sera un produit complètement différent. Israël, c'est un plat imprégné des saveurs de tous ses composants. C'est ce à quoi le Très-Haut prépare Yaakov. C'est ce qui deviendra l'échelle qui atteint les cieux. Une société de gens unis en un seul tout unique, mais avec des individualités différentes, où chacun peut rester lui-même. Où chacun peut conserver son individualité et révéler son individualité. Le Très-Haut a créé la diversité des hommes. Nous sommes tous différents. Chacun de nous a ses talents, ses capacités, ses ondes de lumière, que nous révélons dans ce monde. En nous unissant en peuple de Dieu, le Très-Haut ne nous « normalise » pas, ne nous nivelle pas, mais veut que nous nous unissions en un seul peuple, avec un seul but unique, avec un seul service unique, avec le service du Dieu unique. Chacun dans sa langue, chacun avec ses instruments, chacun avec ses vases. Et au niveau de l'humanité, c'est la louange dans toutes les langues. Le Très-Haut veut que dans les langues de quelques petits peuples aussi il y ait une louange pour Lui. Que tout homme (il n'y a pas de grand et de petit homme) Le loue avec ses instruments, avec ses vases. Et c'est en cela la différence principale entre l'échelle de Yaakov et la tour de Babel.

La tour de Babel, c'est une communauté de gens qu'on a forcés à être une communauté. Qu'on a taillés, cuits, comme des briques, pour qu'ils s'ajustent facilement les uns aux autres. Là, l'individualité est perdue. L'individualité est sacrifiée à l'unité. L'échelle de Yaakov est conçue comme une échelle dans laquelle chaque homme est une échelle, par laquelle montent vers le haut ses propres talents, capacités, désirs et redescendent bénis, sanctifiés par le Créateur. Et c'est ce qui unira le peuple d'Israël. Ce qui unit précisément les gens de Dieu. Parce que Dieu, c'est le Dieu non de l'uniformité, non d'un quelconque ordre monotone, mais le Dieu de la diversité, qui établit l'harmonie. C'est une particularité de l'écriture du Très-Haut. Et c'est ce vers quoi Il nous conduit.

Essaie de te souder à un homme qui n'est pas comme toi, en acceptant l'individualité d'autrui. Essaie d'être dans une société de gens dont chacun est particulier, dont chacun n'est pas comme toi, peut-être n'est pas habillé comme il te plaît, ne pense pas comme il te plaît. peut-être ne croit pas tout à fait comme il te plaît et ne parle pas tout à fait comme il te plaît. Le Très-Haut rassemble ces pierres, et elles doivent s'unir en un seul peuple. C'est ce miracle que le Très-Haut enseigne à Yaakov. La toute première révélation à lui, quand il sort à peine de la terre. Bien sûr, il y a ici aussi la promesse : « Je serai avec toi ». Et, quand nous regardons quelque homme qui n'est pas comme nous, pas du tout comme nous, il est bon aussi de se rappeler que Dieu est avec lui, Dieu le conduit. Et Yaakov, sorti de la maison de son père, à ce moment le Très-Haut pour ainsi dire l'adopte. Le Très-Haut se révèle à lui comme Père : « Je suis le Dieu d'Avraham, ton père, le Dieu de Yits'hak ». Pourquoi pas « de Yits'hak, ton père » ? Parce que la notion de père devient plus large. Le Très-Haut lui-même devient pour ainsi dire le Père de Yaakov. Nous sommes Ses enfants et devons accepter Ses autres enfants, parce que c'est notre famille. Nous sommes une famille, nous ne sommes pas simplement un corps social. C'est la différence, peut-être, de la future Jérusalem par rapport à Babylone. Il vaut toujours la peine de vérifier : que construisons-nous précisément ? Jérusalem ou Babylone ?

Bien sûr, il y a beaucoup de points de vue, beaucoup d'autres commentaires sur ce songe de Yaakov, et dans une clé historique, et dans une clé psychologique. Quels commentaires ne sont pas apparus en quelques milliers d'années, mais j'ai eu envie aujourd'hui de parler précisément sous cet angle.

Aujourd'hui nous allons parler, vous et moi, de l'amour entre le patriarche Yaakov et une jeune fille nommée Ra'hel. Nous parlerons aussi d'un meurtre, bien qu'en réalité, bien sûr, il n'y ait aucun meurtre dans notre section hebdomadaire.

Donc, Yaakov fuit la colère de son frère. Il fuit de Béer-Chéva en direction de 'Haran. Et il arrive jusqu'à 'Haran. Près du puits il rencontre sa parente, une jeune fille nommée Ra'hel, qui était venue au puits avec le bétail. Nous lisons, voici ce que dit la Torah : vayichák yaakóv lera'hél (et Yaakov embrassa Ra'hel), vayissá et-koló (et il éleva sa voix) vayévk (et il pleura). Voilà quelle rencontre il y eut entre eux.

Plus loin nous lisons que Yaakov, bien sûr, raconta à Ra'hel qui il était et d'où il venait. Ra'hel, joyeuse, court à la maison et raconte tout à papa. Et papa, joyeux (et le papa de Ra'hel s'appelle Lavan, elle est Ra'hel Lavanovna), invite Yaakov dans sa maison. Ici nous apprenons que Lavan a encore une fille. oulelaván cheté vanót (et Lavan avait deux filles) chem hagedolá leá (le nom de la fille aînée était Léa) vechém haketaná ra'hél (et le nom de la fille cadette était Ra'hel).

La Torah décrit les deux filles de Lavan. ve'ené leá rakót (et Léa avait les yeux doux). Littéralement, le mot rakot signifie doux, mais il peut signifier bien des choses quand nous décrivons des yeux. Les termes de l'ophtalmologie ancienne nous sont mal connus, c'est pourquoi nous nous appuyons sur les commentateurs, qui disent : « Et Léa avait l'habitude de pleurer, tout lui vient avec des larmes. Elle voit tout avec effort. Rien ne lui est évident, et en tout il lui faut démêler les choses ».

D'autres commentateurs disent : « Léa a pleuré toute sa vie ». Pourquoi a-t-elle pleuré toute sa vie ? Parce que, dès le tout début, dès que les fillettes sont nées, on a fiancé l'aînée, Léa, au frère aîné Essav, et la cadette, Ra'hel, on l'a fiancée au frère cadet Yaakov. C'était l'usage. C'est une tradition connue et répandue en ces temps-là. Et Léa pleurait : pourquoi était-elle échue à un tel scélérat. Elle pleurait et, peut-être, priait encore pour Essav. Il y a beaucoup de versions différentes. D'une manière ou d'une autre, la Torah dit ici que Léa a un certain problème avec les yeux. C'est, en réalité, un problème très sérieux. Un problème sérieux, parce que dans le monde antique, et aujourd'hui aussi c'est évident, les yeux étaient considérés comme le reflet, le conducteur de la lumière intérieure d'une personne. Et au sujet d'une jeune fille il est dit que, si la fiancée a les yeux clairs, de beaux yeux, il n'y a plus besoin de rien vérifier. Le corps n'a pas besoin d'être vérifié. Tout, cela veut dire, va bien chez elle. S'il y a des problèmes avec les yeux, cela veut dire qu'il faut fouiller plus loin et vérifier le corps. Très mauvais signe dans la description d'une personne, quand on dit qu'elle a quelque chose aux yeux.

Au contraire, au sujet de Ra'hel la Torah dit : vera'hél haetá yefat-tóar (et Ra'hel était belle de stature, belle de silhouette) vifát mar'é (et belle de visage). Eh bien, tout simplement une jeune fille au physique de mannequin. Ra'hel est une beauté comme on en écritLe russe dit littéralement « une beauté écrite », expression courante pour une beauté parfaite, comme peinte ; l'auteur la prend au pied de la lettre, puisque c'est la Torah qui l'écrit., au sens littéral du mot. C'est ce que dit ici la Torah.

Plus loin nous lisons : vaye'eháv yaakóv et-ra'hél (et Yaakov aima Ra'hel) vayomer (et il dit à Lavan, le papa des deux jeunes filles) e'evódkha chéva chaním bera'hél bitekhá haketaná (je te servirai 7 ans pour Ra'hel, ta fille cadette). Et encore plus loin nous lisons : vaya'avód yaakov bera'hél (et Yaakov servit pour Ra'hel) chéva chaním (7 ans) vayihyú ve'enáv (et ces sept années furent à ses yeux) keyamím a'hadím (comme quelques jours) be'ahavató otá (parce qu'il l'aimait).

Voilà quelle description des relations entre Yaakov et Ra'hel nous lisons dans notre section hebdomadaire. L'histoire semblerait simple et banale, bien qu'elle contienne, à mon avis, la plus belle description de l'amour d'un homme pour une femme, quand Yaakov a travaillé 7 ans pour mériter Ra'hel, ces 7 ans lui ont paru comme un seul jour. Qui aujourd'hui est prêt à attendre une fiancée 7 ans, et à plus forte raison à travailler 7 ans pour elle ? Une décision pas simple. Une décision pas simple aujourd'hui, et en ces temps-là aussi. Et voilà que nous, au XXIe siècle, nous lisons ce texte. Et ce texte, on l'a lu pendant beaucoup, beaucoup d'années. Et souvent il a été difficile pour les lecteurs, et les commentateurs sont aussi des lecteurs de la Torah, d'accepter que Yaakov puisse aimer Ra'hel.

Quand on rencontre pour la première fois ce texte au 'héder, quand au garçon ou à la fille qui étudient ce texte (plus souvent au garçon, parce que les filles l'étudient plus tard) à 4 – 5 ans, le maître du 'héder lit et dit ainsi : « Et Yaakov embrassa Ra'hel. Et il éleva sa voix. Et il pleura. Dans un élan de sentiments il arriva que Yaakov ne se retint pas et embrassa Ra'hel, et aussitôt il se repentit de son acte irréfléchi. Comment peut-on comme ça prendre une fille et l'embrasser ? Comment peut-on donner libre cours à ses sentiments humains ? C'est pourquoi Yaakov aussitôt pleura. Ce sont des larmes de repentir ». C'est le premier commentaire sur la Torah qu'entend un garçon juif ordinaire. Yaakov ne peut pas simplement embrasser sa parente éloignée, même si c'est une belle jeune fille. Yaakov doit l'embrasser et se repentir.

Pourquoi Yaakov a-t-il pleuré ? À cette question les commentateurs donnent des réponses différentes. Les uns disent : « Par l'Esprit Saint Yaakov vit qu'ils – Ra'hel et Yaakov – ne seraient pas enterrés ensemble. Il vit tout ce qu'ils traverseraient, qu'ils ne seraient pas enterrés ensemble, et c'est pour cela qu'il pleura ». D'autres disent : « Yaakov pleura en se comparant à Éliézer, le serviteur d'Avraham. Le serviteur d'Avraham, Éliézer, était venu avec de riches cadeaux. Et il avait offert un anneau pour le nez, et des boucles d'oreilles, et il avait offert beaucoup de choses, et des bracelets. Et Yaakov est venu les mains vides. “Comme nous avons dégénéré !” – pleura Yaakov ».

Et ce qui se passe, ce que nous voyons dans les commentaires, quand nous rencontrons une telle interprétation, quand nos commentateurs essaient de nous expliquer ce que nous aurions pu soudain penser, que l'ancêtre Yaakov a quelques sentiments humains. Il est un juste, à chaque pas il rencontre des anges. Comment peut-il simplement embrasser une jeune fille ? Comment peut-il simplement, humainement, pleurer ? Et quand nous rencontrons plus loin que Yaakov aima Ra'hel, dont il est dit qu'elle est belle, on nous donne aussi toutes sortes d'explications de ce phénomène.

Les uns disent : « Yaakov a rencontré Ra'hel près du puits – c'est un signe du Très-Haut. Il l'a vue près du puits, comme jadis sa maman avait rencontré Éliézer, l'envoyé de son fiancé, près du puits. Ce fut pour lui un signe. Il vit que c'était un signe de Dieu, que Ra'hel lui était destinée par le Très-Haut Lui-même. Et c'est pourquoi il aima Ra'hel ».

D'autres disent : « Sa maman l'a instruit et lui a dit : “Quand tu verras près du puits une fille, belle comme moi, et de stature, et d'aspect, alors sache-le, c'est ta fille à toi.” Yaakov l'a ainsi reconnue et c'est pourquoi il l'a aimée ».

Des troisièmes commentateurs disent : « Bien sûr, Yaakov, en tant que juste, aurait dû d'abord s'adresser à la fille aînée, et aimer la fille aînée, et épouser la fille aînée. Car un juste ne peut tout de même pas venir chez Lavan et dire : “Écoute, je sais que tu as deux filles, mais ton aînée n'est pas assez belle pour moi, figurez-vous. Je veux épouser la cadette. C'est ta petite cadette qui m'a tapé dans l'œil.” » « Non » – disent les commentateurs. Mais Yaakov craignait que s'il prenait maintenant en plus la jeune fille qui était à l'origine destinée à Essav, et nous avons parlé d'une telle tradition, alors Essav n'attendrait plus le deuil de son père, mais, Dieu nous en garde, viendrait et le tuerait. Parce que combien de temps Yaakov peut-il encore se moquer du pauvre Essav ? Si Yaakov prend en plus sa fiancée, alors Yaakov ne s'en tirera pas. Et c'est pourquoi Yaakov, modestement, ne regarde que Ra'hel, et à Léa il ne songe même pas. Encore une fois, il est difficile d'admettre que Yaakov a simplement aimé la belle Ra'hel.

D'autres disent : « Voilà, quand Yaakov s'adresse à Lavan et lui dit : “Je veux travailler 7 ans pour Ra'hel, ta fille cadette”, il dit : “Pour ta petite, je vais travailler ici 7 ans, car elle est petite, elle est menue, elle est sans importance, elle reviendra moins cher” ». Yaakov regarde la jeune fille qui est dans ses moyens. Et nous, quoi qu'on nous fasse, nous ne verrons pas que la Torah dit que Ra'hel est belle et que Yaakov a aimé la belle Ra'hel. Nous priverons Yaakov de tous les sentiments humains. Quoi qu'il en soit, nous ferons de lui un homme juste, dont tous les calculs ne sont que saints, et nous ne laisserons à Yaakov rien d'humain.

Au chapitre 22 du livre de Chémot, dans le tout dernier verset (dans certaines traductions il est le 31, dans d'autres le 30), le Très-Haut dit : « Soyez pour Moi des hommes saints ». Il a déjà des anges saints. Vous, soyez des hommes saints. Soyez saints avec vos saintes qualités humaines, des qualités humaines que vous sanctifierez. Vous pouvez aimer une belle jeune fille. Une jeune fille peut tomber amoureuse d'un beau garçon. C'est normal. C'est une propriété humaine. Cette propriété humaine sera sanctifiée. Mais nous voulons tellement que le juste soit privé de tout ce qui est humain.

En réalité, cette tentation mène à ce que nous-mêmes, souvent, nous soyons privés de tout ce qui est humain. « Je suis croyant, et tout ce qui est humain m'est étranger. J'ai fait mes études à la yéchiva. J'ai la smikha de rabbin. Et je ne ressens rien d'humain. Je suis au-dessus de tous ces sentiments. Au-dessus des sentiments de mes enfants, au-dessus des sentiments de ma femme. Et toutes ces sentimentalités, ses mièvreries de petite fille – tout cela n'est pas pour moi. J'étudie la Torah ici, ne me touchez pas. Et ne touchez pas à Yaakov, en réalité il n'est pas comme ça. Il n'a que des calculs saints ».

Voilà justement pourquoi je dis que les commentateurs, les exégètes, les lecteurs de l'Écriture sainte tuent souvent les héros de l'Écriture sainte, en ne leur donnant pas le droit d'être des hommes. En ne donnant pas à Yaakov le droit de simplement tomber amoureux d'une jeune fille. En ne donnant pas droit au doute, à l'erreur, à l'élan, au baiser ou aux pleurs. En ne lui donnant pas de droits et en se donnant à soi-même le droit de ne pas sentir, de ne pas aimer, de ne pas pleurer, de ne pas compatir, de ne pas être sensible aux sentiments humains des autres. Nous ferons de Yaakov un ange et nous jouerons à l'ange Alex, à qui tout sera étranger, tout ce qui est humain, tout ce qui est sensible. Et il vivra seulement d'une sainteté affectée. Mais, je le répète encore, le Très-Haut dit : « Et vous serez pour Moi des hommes saints ». Toi, sois d'abord un homme, et ensuite sois saint.

Il y a, bien sûr, des nuances. La nuance consiste en ce que l'histoire qui est arrivée à Yaakov, l'amoureux, celui qui était tombé amoureux, peut nous arriver à nous aussi. Et elle nous arrive bel et bien. Yaakov, après la nuit de noces, découvrit soudain que, quand vint l'heure du petit-déjeuner, quand la jeune fille devait aller cuire de fines galettes, couper la brynza, les herbes, ou servir quelque autre petit-déjeuner, ou quelque autre matin qu'ils avaient, et soudain c'est le matin, et voici Léa, pas Ra'hel, mais Léa. Tout homme qui prend femme, toute femme qui prend mari, se heurte à cela – que soudain ce n'est pas Ra'hel, c'est Léa ; soudain ce n'est pas Yaakov, mais ce sont les mains d'Essav, collées un tout petit, tout petit peu à Yaakov. Nous avons vu une chose, et quand nous sommes entrés dans des relations plus intimes, quand ce qui était caché s'est révélé, soudain il s'avère que là il y a encore aussi Léa. Là, Essav aussi peut encore se glisser quelque part. Ce sont justement nos qualités humaines, que nous sanctifions, qui nous permettront d'accepter cette part de notre proche qui a besoin de réparation, peut-être d'ajustement, qui n'est pas de mannequin, qui n'a pas une apparence de mannequin, qui ne produit pas d'emblée une impression qui mène jusqu'à l'évanouissement amoureux. Ce travail de Yaakov et de Léa, de Yaakov et de Ra'hel, est un travail pour chacun de nous. Pour Ra'hel et pour Léa – c'est aussi un travail. Mais le plus important pour un homme qui s'est engagé sur le chemin de la sainteté, c'est de rester un homme. Que ce soit un homme qui marche vers la sainteté, qui ne tue en lui rien d'humain, qui peut se permettre de tomber amoureux de Ra'hel, pour aimer aussi Léa, qui est là à l'intérieur, pour, peut-être, se permettre de voir la beauté de celle dont il est amoureux.

Encore une fois, peut-être pour la mille et unième fois, je raconterai qu'une fois, dans ma jeunesse, un rabbin m'a dit : « Tu cherches quoi, la plus belle femme du monde, pour l'épouser ? » J'ai dit : « Eh bien, pourquoi pas ? » Il a dit : « Parce que je suis marié à la plus belle femme du monde depuis déjà 20 ans. Elle, excuse-moi, est prise ». Ce sont des sentiments humains sanctifiés par la sainteté. Se permettre d'être un homme, de considérer sa femme comme la plus belle femme du monde, et de l'aimer, et de garder avec elle la sainteté. Et permettre à Yaakov d'aimer Ra'hel, d'embrasser Ra'hel, de pleurer avec Ra'hel ensemble. Permettre à Yaakov de travailler 7 ans pour elle, pour qu'ils passent en courant comme un seul jour. Permettre à Yaakov de dire simplement avec tendresse : « C'est de Ra'hel, ta fille cadette, qu'il s'agit », et non de marchander pour elle. Se permettre d'être un homme aimant, compatissant, partageant les émotions des autres.

Ne tuez pas Yaakov, ne tuez pas nos patriarches, ne tuez pas David, Chlomo, ne tuez pas Avraham et Yits'hak. Voyons en eux des hommes vivants.

Dans Béréchit (29,20) nous lisons : « Et Yaakov servit pour Ra'hel 7 ans. Et ils furent à ses yeux comme quelques jours, par son amour pour elle ». Une histoire très connue de tous, sans doute, et chacun de ceux qui étudient la Bible l'a lue plus d'une fois. Les héros de la Bible nous semblent souvent quelque chose de, comme ça, abstrait, vivant dans la Bible. Mais, si on se l'applique à soi-même, servir 7 ans pour une femme, 7 ans chercher à obtenir sa fiancée, c'est une décision très difficile. Encore une fois, chacun peut se l'appliquer à soi-même.

La Torah nous dit que ces 7 ans furent à ses yeux comme quelques jours, parce qu'il l'aimait. Ici, encore une fois, une question surgit. Si j'aime quelque chose, si je veux beaucoup quelque chose, alors je l'attends en général avec impatience. Plus j'aime quelque chose, plus je veux quelque chose, plus impatiemment je l'attends. Et, si nous aimons quelqu'un, nous pourrions dire : « Ces 7 ans lui parurent une éternité. Ces 7 ans furent pour lui comme 7000 ans, parce qu'il l'aimait et voulait s'unir à elle ». Mais ils lui parurent comme quelques jours. Pourquoi en est-il ainsi ? Et différents commentateurs essaient de donner différentes réponses à la question : pourquoi en est-il ainsi ? Et, comme c'est d'habitude le cas, le commentaire en dit plus sur le commentateur que sur le texte lui-même.

Rabbi Chlomo Yits'haki, connu comme Rachi, dit : « Quand Rivka envoyait Yaakov, elle dit : “Reste là-bas quelques jours”. Et Yaakov, quand il accepta le service de 7 ans pour sa fiancée, comprit que ces fameux quelques jours, ce fameux temps court, ces 7 ans – c'est, pour ainsi dire, sa sentence en exil pour avoir agi ainsi envers son frère, afin d'apaiser son frère. Et c'est pourquoi il attendait tranquillement, calmement. Cela n'a absolument aucun lien avec Ra'hel. Il le percevait comme un signe que lui avait donné sa mère ».

Rabbi Méir Leïb Kempner, plus connu comme Malbim, donne un commentaire complètement différent. Il dit : « Yaakov aimait tellement Ra'hel, elle avait tant de prix pour lui, qu'il raisonnait : “La belle affaire, quelques 7 ans en comparaison de Ra'hel. 7 ans – les voilà, 7 ans, mais Ra'hel, elle, oh là là, comme elle est importante ! J'aurais servi pour elle même 50 ans. Et j'aurais même donné ma vie pour elle. Et là, en tout et pour tout, 7 ans. Des broutilles ! On a demandé peu pour elle. Elle vaut davantage. C'est pourquoi ce n'est que ça, servir 7 ans” ». Et quand Malbim se pose à lui-même la question : « Et qu'en est-il du fait que vraiment un homme, quand il aime quelque chose, l'attend avec impatience ? » Malbim dit qu'il y a deux sortes d'amour. HéchevL'original écrit ici « Héchev » pour la première sorte d'amour ; il s'agit peut-être du mot hébreu 'héchek (désir). Nous avons gardé la forme de l'original. – c'est quand l'amour revient en fin de compte à moi. Je peux aimer le poisson, mais en réalité j'aime le manger. Exactement de la même façon on peut, Dieu nous en garde, aimer aussi une femme. Tu aimes qu'elle soit à toi. Tu aimes parce que tu en jouis, puisqu'elle te prépare un bon bortsch ou qu'elle t'amidonne bien tes chemises. Tu es simplement bien avec elle, à l'aise, joyeux, et tu l'aimes dans ta vie. En fin de compte c'est un désir qui revient à toi-même. Et alors, quand tu l'attends, ou que tu attends le déjeuner, ou que tu attends un voyage à Disneyland, tu attends vraiment avec impatience. Mais si l'affaire se rapporte aux valeurs du monde spirituel, alors il se trouve que là la fin elle-même sanctifie le moyen. Certains attribuent à Machiavel, certains à Ignace de Loyola la phrase « La fin justifie les moyens ». Une phrase étrange et le plus souvent fausse. Mais dans le monde spirituel une fin sainte peut rendre les moyens saints, peut élever les moyens au niveau spirituel. Et Yaakov servait, mais son âme n'était pas sur la terre. Son âme était dans le monde spirituel. C'est pourquoi là cela lui parut comme des jours comptés.

Il y a encore un commentateur – 'Harlap, qui dit que ce travail parut à Yaakov comme des jours comptés, parce que Yaakov aimait ce travail. Eh bien, il aimait être berger, cela lui plaisait. Et quelle est la pensée de 'Harlap ? Que le Très-Haut lui a donné la possibilité de mériter sa fiancée par un chemin commode pour lui – par ce travail qu'il pouvait faire. On ne l'a pas mis admin système, on ne l'a pas fait sous-chef, on ne l'a pas mis coiffeur, on lui a donné de servir par ce travail qui lui plaît. En cela se manifeste la grâce de Dieu à son égard.

J'aime encore un commentaire, qui dit qu'au fond, Yaakov a bien remplacé Ra'hel dans le métier de berger. Avant cela, comme nous le voyons, quand Yaakov fait la connaissance de Ra'hel, c'est justement Ra'hel qui faisait paître le bétail. Et chaque fois qu'il courait après les brebis, quand il gelait dans la tente, quand il défendait les brebis, quand il s'abîmait les pieds, quand il avait froid ou quand il avait chaud, il disait : « Gloire à Dieu, que ce soit moi, et non Ra'hel ! » Et ainsi, à cause de l'amour pour elle, du fait qu'il la protège de ce travail, ce service lui parut comme un seul jour.

Voilà une telle question et une telle diversité de réponses à cette question. Et chacun peut se poser cette question, se donner une réponse. Peut-être une autre, peut-être choisir l'une de celles-ci. Je ne donne pas ici de réponse juste. Selon mon habitude, je jette simplement du petit bois dans le feu de vos réflexions.

Haftara

Béréchit Hochéa 12,13–14,10

Au temps d'Antiochos Épiphane, et c'était il y a très longtemps, quand les Grecs régnaient en Terre sainte, ils interdirent aux Juifs de lire à la synagogue des passages de la Torah. Les Juifs usèrent de ruse et, au lieu des passages de la Torah, se mirent à lire des passages des livres prophétiques proches par le sens, de sorte que, pour ainsi dire, nous n'enfreignons pas la loi et nous écoutons la Parole de Dieu. Les Grecs sont partis de la Terre sainte et n'y règnent plus depuis longtemps, mais il s'avère que nous nous séparons plus facilement des occupants que de nos propres traditions. La tradition de lire les livres prophétiques avec la section hebdomadaire s'est ainsi conservée, et ce passage, qui correspond à chaque section hebdomadaire, s'appelle haftara (libération). À notre section hebdomadaire correspond, dans la tradition des communautés ashkénazes, le passage qui commence au verset 13 du chapitre 12 du livre de Hochéa et va jusqu'à la fin du livre. Alors, commençons :

וַיִּבְרַח יַעֲקֹב שְׂדֵה אֲרָם

vayivrá'h yaakóv sedé arám

13 et yaakov s'enfuit dans les champs d'aram,

C'est cette histoire que nous lisons justement dans notre section hebdomadaire. Yaakov avinou (le patriarche Yaakov) fuit la colère de son frère Essav chez les Araméens, dans la ville de 'Haran, chez son oncle Lavan.

וַיַּעֲבֹד יִשְׂרָאֵל בְּאִשָּׁה וּבְאִשָּׁה שָׁמָר׃

vaya'avód yisraél be'ichá ouv'ichá chamár

…et israël travailla pour une femme, et pour une femme garda le bétail.

Le prophète raconte de nouveau l'histoire, que nous connaissons tous, de Yaakov qui resta dans la maison de Lavan, son oncle. Lavan lui dit : « Eh bien, tu ne vas tout de même pas travailler gratuitement ! » Et Yaakov, qui était tombé amoureux de Ra'hel, la fille de Lavan, dit qu'il travaillerait pour elle. Pour Ra'hel, il fallut travailler en fin de compte non pas 7 ans, mais 14, mais nous avons lu que Yaakov l'aimait tant que le temps passait sans qu'il s'en aperçoive. Ainsi, le prophète nous rappelle cette histoire et dit ensuite :

וּבְנָבִיא הֶעֱלָה יְהוָה אֶת-יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרָיִם וּבְנָבִיא נִשְׁמָר׃

ouvnaví he'elá adonáy et-yisraél mimmitsráyim ouvnaví nichmár

14 par un prophète le SEIGNEUR fit monter israël d'égypte, et par un prophète le peuple fut gardé.

Ces deux versets, 13 et 14, se trouvent l'un avec l'autre dans une étonnante harmonie, qui disparaît complètement dans la traduction. Pour le voir, il nous faut revenir un peu au tout premier mot de la Torah, au mot béréchit (au commencement). Quand nous l'avons lu, nous avons dit que la préposition bé est en réalité polysémique, et on peut la comprendre comme pour le commencement ou par le commencement, comme par un instrument, comme, par exemple, avec des pinces, de même – par le commencement, on peut comprendre ; au commencement. Il y a différentes compréhensions. Et à ce qui est dit de Yaakov, puisque c'est la même préposition bé, on peut appliquer cela. Yaakov était dans les champs araméens pour une femme, pour une femme il travaillait et pour une femme il gardait. On peut dire qu'il gardait aussi la femme elle-même, il était là et gardait non seulement le bétail, mais il protégeait aussi la femme elle-même. C'est une phrase très polysémique. Et la même préposition est employée à propos du Très-Haut et d'Israël. Le Très-Haut envoya en Égypte un prophète, pour agir par le prophète, par Moché, bien sûr, par lequel le Très-Haut agit constamment et dont il dit : « Moché, fidèle dans toute Ma maison ». Moché est l'envoyé fidèle du Très-Haut auprès du peuple d'Israël.

Ainsi, Hochéa nous dit que, de même que Yaakov vivait dans les champs araméens et servait là pour une femme, exactement de la même façon le Très-Haut descendit en Égypte par un prophète pour faire sortir Israël. Et par un prophète le peuple d'Israël fut gardé, de nouveau le même verbe. Il y a ici une mise en parallèle de Yaakov et de Ra'hel, de leurs relations, et des relations du Très-Haut et d'Israël. On peut comprendre cela comme une sorte de comparaison qui n'est pas en faveur de Yaakov. On peut dire que Yaakov, là-bas, à cause d'une femme, s'est empêtré et n'a pas pu revenir pendant 20 ans, alors que le Très-Haut est descendu et a fait sortir son peuple, et montrer combien le Très-Haut est supérieur à Yaakov. Ou bien cela parle de Moché et montre combien Moché est supérieur à Yaakov. De telles compréhensions existent, il est difficile de les dire fausses, parce qu'elles s'inscrivent dans le texte, dans le contexte – moins. Mais ce n'est guère ce que le prophète veut dire.

Plus probablement, le prophète dit : « Regardez, Ma relation, celle du Très-Haut, envers vous est comme la relation de Yaakov envers Ra'hel, là c'est du pur romantisme, là c'est presque l'état amoureux. Amoureux de vous, Je vous ai fait sortir d'Égypte, regardez Ma grâce, Mon amour pour vous ». Nos relations avec le Très-Haut sont semblables à Yaakov amoureux. Le Très-Haut aime, est amoureux de nous, comme Yaakov était amoureux de la jeune Ra'hel, et a agi de la même façon que Yaakov avec Ra'hel. De même que Yaakov avec Ra'hel, Il a peiné pour nous et nous a protégés. Cela exige du respect, de la vénération, un amour en retour et de la reconnaissance. Mais ensuite le Très-Haut parle de colère.

הִכְעִיס אֶפְרַיִם תַּמְרוּרִים

hikh'ís efráyim tamrourím

15 éfraïm m'a amèrement offensé,

Tamrourim – c'est une très forte amertume, tout simplement une amère amertume. M'a très fortement irrité, M'a rendu l'âme amère.

וְדָמָיו עָלָיו יִטּוֹשׁ

vedamáv aláv yittóch

Et son sang sera jeté, aspergé sur lui, son sang giclera sur lui,

C'est-à-dire que son sang sera versé.

וְחֶרְפָּתוֹ יָשִׁיב לוֹ אֲדֹנָיו׃

ve'herpató yachív lo adonáv.

et sa honte, son maître la lui rendra.

Le SEIGNEUR lui montrera ce qu'il est en réalité. Il le ramènera à cet état honteux, indigne, dans lequel il était sans son Maître. Et celui-là – c'est Éfraïm, c'est Israël, c'est notre peuple. Ici se termine le chapitre 12, et commence le chapitre 13.

כְּדַבֵּר אֶפְרַיִם רְתֵת

kedabbér efráyim retét

1 Quand parlait Éfraïm – tous tremblaient, tous étaient remplis de tremblement.

Éfraïm est un camarade qui fait autorité dans le peuple d'Israël. Yirméyahou (31,8) dit au nom du SEIGNEUR : « Éfraïm est Mon premier-né ». Éfraïm, pendant longtemps, en tant que tribu, occupa une position de leader parmi les tribus d'Israël, tous étaient dans le tremblement quand il parlait.

נָשָׂא הוּא בְּיִשְׂרָאֵל וַיֶּאְשַׁם בַּבַּעַל וַיָּמֹת׃

nassá hou beyisraél vaye'chám babbá'al vayamót.

il fut élevé en israël, il était respecté et honoré en israël, mais il se trouva coupable par son lien avec ba'al et mourut, éfraïm tomba par son lien avec les idoles.

La tradition hassidique juive, la mystique juive (et elle ne surgit pas de rien, elle se fonde sur la bénédiction de Yaakov, que par Éfraïm viendront de nombreux peuples) affirme qu'Éfraïm a pour mission d'être la main, la manche, qui relie Israël et les peuples. Par lui devait s'accomplir, se dérouler le service d'Israël envers les peuples, mais c'est un travail très dangereux, comme le travail sur des lignes à haute tension, qui exige d'être constamment en gants, pour ne pas se salir d'idoles, pour ne pas tomber dans l'impureté au milieu de laquelle on se trouve, comme dans un hôpital pour maladies infectieuses. Car les peuples servaient des idoles, et il y avait là parfois une abomination tout simplement incroyable. Et Éfraïm s'est lié aux Ba'alim, s'est contaminé de baalisme et par cela a péri.

וְעַתָּה יוֹסִפוּ לַחֲטֹא וַיַּעְשׂוּ לָהֶם מַסֵּכָה מִכַּסְפָּם כִּתְבוּנָם

ve'attá yossífou la'ható vaya'asoú lahém massekhá mikkaspám kitvounám

2 et maintenant ils ont continué à pécher, ils ont ajouté encore du péché et se sont fait à leurs frais, avec l'argent du budget, un masque d'idole selon leur entendement.

C'est-à-dire qu'ils ont investi toutes leurs technologies dans la fabrication de ce masque.

עֲצַבִּים מַעֲשֵׂה חָרָשִׁים

atsabbím ma'assé 'harachím

c'est une idole faite de main d'homme, l'ouvrage d'artisans.

La high-tech de cette époque, les hautes technologies.

כֻּלֹּה לָהֶם הֵם אֹמְרִים זֹבְחֵי אָדָם עֲגָלִים יִשָּׁקוּן׃

koulló lahém hem omerím zove'hé adám agalím yichakoún

et tout cela – pour l'idolâtrie. ils disent, eux, comme dans le proverbe, ils offrent des hommes en sacrifice, et embrassent les veaux.

C'est une telle moquerie. Tous les gens dans le monde entier, même les idolâtres, offrent des veaux en sacrifice et embrassent des hommes. Qui embrassons-nous ? Nous embrassons des gens, nous embrassons nos proches, autrefois il était d'usage d'embrasser les maîtres. Mais eux, au contraire, ont tellement perverti leur raison qu'ils embrassent des veaux et offrent des hommes en sacrifice. Et cela ne peut pas durer longtemps, ce n'est pas un ordre dans les relations avec le Très-Haut et dans les relations avec le monde. C'est pourquoi le Très-Haut dit :

לָכֵן יִהְיוּ כַּעֲנַן-בֹּקֶר

lakhén yihyoú ka'anan-bókerLa translittération de l'original omet le « n » final du mot « comme une nuée » ; nous suivons l'hébreu : ka'anan.

3 c'est pourquoi ils seront comme un petit nuage du matin.

Qu'arrive-t-il au petit nuage du matin ? Il fond.

וְכַטַּל מַשְׁכִּים הֹלֵךְ כְּמֹץ יְסֹעֵר מִגֹּרֶן

vekhattál machkím holékh kemóts yeso'ér miggóren

comme la rosée qui disparaît à l'aube, comme la balle qu'on emporte de l'aire

C'est un exemple qu'on emploie très souvent, quand on lance le grain en l'air et qu'à côté on allume un feu. Le vent emporte la balle du côté du feu, parce qu'elle est légère, et le grain tombe à terre.

וּכְעָשָׁן מֵאֲרֻבָּה׃

oukh'achán me'aroubbá.

et comme la fumée d'une cheminée.

Le Très-Haut, par le prophète, donne quatre exemples de choses éphémères en ce monde : le nuage du matin, la rosée d'avant l'aube, la balle qui brûle dans le feu, et la fumée de la cheminée. Tout cela est éphémère, tout cela disparaîtra, tout cela est pour peu de temps, quoique visible, perceptible à l'œil, mais cela n'existera pas longtemps.

וְאָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם

ve'anokhí adonáy elohékha me'érets mitsráyim

4 mais je suis ton dieu du pays d'égypte

Tous ces serviteurs du culte, qui disparaîtront, tout ce service est éphémère. Et ces idoles elles-mêmes disparaîtront aussi. Je suis ton Dieu du pays d'Égypte. Depuis combien d'années déjà Me connais-tu ? Je ne suis pas éphémère, Je ne disparaîtrai pas. Ne t'inquiète pas – Je n'ai pas disparu, et n'espère pas – Je ne disparaîtrai pas. Je suis ce même Dieu qui se souvient de toi depuis le pays d'Égypte.

וֵאלֹהִים זוּלָתִי לֹא תֵדָע

velohím zoulatí lo tedá

et tu ne trouveras aucun dieu, excepté moi

Tout ce que tu essaies, tout cela est fiction, c'est une illusion d'optique. Il n'y a pas d'autre Dieu.

וּמוֹשִׁיעַ אַיִן בִּלְתִּי׃

oumochíya áyin biltí

et il n'y a pas de sauveur, excepté moi.

אֲנִי יְדַעְתִּיךָ בַּמִּדְבָּר בְּאֶרֶץ תַּלְאֻבוֹת׃

aní yeda'tíkha bammidbár be'érets tal'ouvót

5 je t'ai connu, je t'ai vu dans le désert, quand tu étais parmi les terres salines.

Tal'ouvót – c'est une terre striée de fissures.

כְּמַרְעִיתָם וַיִּשְׂבָּעוּ שָׂבְעוּ וַיָּרָם לִבָּם עַל-כֵּן שְׁכֵחוּנִי׃

kemar'itám vayisbá'ou save'oú vayárom libbám al-kén chekhe'hoúni

6 quand je me suis mis à les faire paître et qu'ils se sont rassasiés, ils se sont rassasiés et leur cœur s'est élevé, s'est soulevé, c'est pourquoi ils m'ont oublié.

À ceux qui veulent étudier plus en profondeur ce chapitre avec ses parallèles, regardez combien Hochéa construit ce chapitre sur le cantique Haazinou (Dévarim 31,19–21), sur le cantique que Moché enseigne à tout le peuple d'Israël. Peut-être parce qu'alors tout le peuple le connaissait. Combien il y a ici de parallèles de toutes sortes avec ce cantique et combien Hochéa le répète, s'y accroche. Relisez simplement ces cantiques, ici la prophétie de Hochéa et là-bas le cantique de Moché. Leur cœur s'est élevé, et ils ont oublié aussi ces temps où ils paissaient sur les terres salines, où ils n'avaient rien à manger et dépendaient entièrement de Moi, et ils M'ont oublié. Et le Très-Haut dit : « Je me manifesterai dans votre vie ».

וָאֱהִי לָהֶם כְּמוֹ-שָׁחַל כְּנָמֵר עַל-דֶּרֶךְ אָשׁוּר׃

va'ehí lahém kemo-chá'hal kenamér al-dérekh achoúr

7 je serai pour eux comme un jeune lion. Je les guetterai comme un tigre.

Cette expression – kenamér al-dérekh achoúr, peut se comprendre aussi comme un tigre qui va par le chemin de l'Assyrie. Le mot achour peut signifier le nom du pays, mais il peut aussi signifier le verbe je guetterai, j'épierai. À en juger par l'écriture, par les particularités de l'écriture, il s'agit ici quand même du verbe, je vous épierai. J'épierai où vous frapper, comme un tigre vous guette.

אֶפְגְּשֵׁם כְּדֹב שַׁכּוּל

efgechém kedóv chakkoúl

8 je les rencontrerai comme un ours qui a perdu ses enfants.

L'un des sens du verbe livgoch en hébreu biblique est attaquer quelqu'un. C'est une image très connue de tous les peuples qui vivent à côté des ours. Si l'on tue les oursons d'un ours, il ne trouve pas de repos tant qu'il ne s'est pas vengé. Un ours qui a perdu ses petits, c'est un ours très effrayant. Je vous rencontrerai comme un ours qui a perdu ses petits.

וְאֶקְרַע סְגוֹר לִבָּם

ve'ekrá segór libbám

et je déchirerai ce qui enclôt leur cœur.

On peut traduire cela comme ce qui faisait vivre leur cœur en sécurité, des sortes d'ouvrages de défense qu'ils avaient construits autour d'eux, mais on peut aussi le comprendre simplement, comme un animal, déchire la cage thoracique de sa proie. Une image effrayante.

וְאֹכְלֵם שָׁם כְּלָבִיא חַיַּת הַשָּׂדֶה תְּבַקְּעֵם׃

ve'okhelém cham kelaví 'hayát hassadé tevakke'ém

Et je les mangerai là, comme une lionne qui déchire, prend quelques morceaux de sa proie et ensuite les jette, et c'est la bête des champs qui finira de les dévorer.

Le Très-Haut peint un tableau effrayant de ce qui arrive parce qu'Israël a oublié le Très-Haut et adore d'autres dieux. On peut vérifier si ces autres dieux sauveront, si ces autres forces sauveront Israël. Et le Très-Haut dit :

שִׁחֶתְךָ יִשְׂרָאֵל כִּי-בִי בְעֶזְרֶךָ׃

chi'hetkhá yisra'él ki-ví ve'ezrékha

9 tu t'es perdu toi-même, Israël, parce que tu t'es attaqué à moi, tu as abattu, renversé ton pilier, ton aide, celui qui était pour toi un pilier.

Si l'on compare les relations de Yaakov et de Ra'hel, la femme est ezer, l'homme est ez, ils s'aident l'un l'autre. Tu as trahi ton Appui, ton Soutien, ton Nourricier, c'est pourquoi, par là même, ce n'est pas Moi que tu as perdu, c'est toi-même que tu as perdu.

אֱהִי מַלְכְּךָ אֵפוֹא וְיוֹשִׁיעֲךָ בְּכָל-עָרֶיךָ וְשֹׁפְטֶיךָ אֲשֶׁר אָמַרְתָּ תְּנָה-לִּי מֶלֶךְ וְשָׂרִים׃

ehí malkekhá efó veyochi'akhá bekhol-arékha vechofetékha achér amárta tena-lí mélekh vesarím

10 où sont donc tes rois ? peut-être te sauveront-ils dans tes villes ? et tes juges ? Comme tu me persuadais : « donne-moi un roi et donne-moi des dignitaires ? »

C'est l'histoire du premier livre de Chmouël, quand le Très-Haut disait : « Vous Me méprisez, quand vous voulez un roi. Ce n'est pas le prophète, c'est moi que vous méprisez, quand vous voulez un roi. Vous renoncez à la relation avec Moi. Le roi s'est mis à vous éduquer, à vous gouverner, et voilà qu'il vous a menés là où il vous a menés ». Ce n'est pas un reproche à Cha'oul, ce n'est pas un reproche à un roi concret, c'est en général un reproche au système sur lequel Yisraël a insisté, qu'il voulait recevoir, et le Très-Haut termine ce discours.

אֶתֶּן-לְךָ מֶלֶךְ בְּאַפִּי וְאֶקַּח בְּעֶבְרָתִי׃

etten-lekhá mélekh be'appí ve'ekká'h be'evratí

11 je te donnerai un roi dans la colère et je prendrai dans la fureur

Dans la colère – Je ne suis pas content que tu M'aies demandé un roi. Je ne voulais pas te donner ce roi, mais Je te l'ai donné. Avec colère, mais Je l'ai donné. Ce à quoi le roi t'a mené, ce à quoi t'a mené tout ce système, où ce n'est pas le Très-Haut, mais les hommes qui gouvernent, cela, Je l'enlèverai dans la fureur. Pourquoi le Très-Haut commence-t-il ici à parler des rois et des royaumes ? Le roi s'occupe de politique, c'est son métier, l'une des obligations de sa fonction. En tant que politicien, il a conclu à tour de bras des traités avec différents pays, y compris avec l'Assyrie, et avec la politique assyrienne, avec l'influence culturelle assyrienne, avec les biens de consommation courante assyriens, ont pénétré dans le pays aussi les dieux assyriens et la religion assyrienne. Le roi s'est mis à faire de la politique, il est devenu dépendant, le peuple est devenu dépendant de l'Assyrie. Et voilà ce qui en est résulté, un tel lien avec la royauté, avec la foi en la force du roi, en la force de la politique, avec l'espérance placée dans le roi. Voilà pourquoi le Très-Haut dit à propos du roi :

צָרוּר עֲוֹן אֶפְרָיִם

tsaroúr avón efráyim

12 solidement lié, joint au dossier, est le péché d'Éfraïm

C'est ainsi qu'on joignait au dossier certaines feuilles, certains témoignages. On peut le comprendre aussi comme un terme juridique, ton péché est joint au dossier.

צְפוּנָה חַטָּאתוֹ׃

tsefouná 'hattató

et son crime est caché.

Et les pièces à conviction, Je les ai aussi mises dans un coffre-fort sous bonne garde. Tout le dossier compromettant sur toi est gardé chez Moi.

חֶבְלֵי יוֹלֵדָה יָבֹאוּ לוֹ הוּא-בֵן לֹא חָכָם כִּי-עֵת לֹא-יַעֲמֹד בְּמִשְׁבַּר בָּנִים׃

'hevlé yoledá yavó'ou lo hou-vén lo 'hakhám ki-ét lo-ya'amód bemichbár baním

13 il est comme un nourrisson dans le ventre de sa mère, les contractions commencent, et lui – c'est un fœtus quelconque et sot, il n'est pas un fils intelligent, il ne sort pas par l'endroit par lequel sortent d'habitude les enfants.

Le mot michbar est compris de différentes manières. Certains le comprennent comme le nom d'une chaise ou d'un fauteuil sur lequel la femme accouche, mais il est plus probable de le comprendre comme l'endroit par lequel les enfants sortent, l'endroit par lequel la femme accouche. Le nourrisson refuse de sortir du ventre, il ne veut pas grandir, il ne comprend pas que ces contractions doivent le chasser d'une certaine situation, que quelque chose en lui doit mourir, quelque chose naître, qu'il doit d'une certaine façon se reformater.

Et voici l'un des versets les plus difficiles à comprendre de notre chapitre. Le Très-Haut dit :

מִיַּד שְׁאוֹל אֶפְדֵּם מִמָּוֶת אֶגְאָלֵם אֱהִי דְבָרֶיךָ מָוֶת אֱהִי קָטָבְךָ שְׁאוֹל נֹחַם יִסָּתֵר מֵעֵינָי׃

miyád che'ól efdém mimmávet eg'além ehí devarékha mávet ehí katovkhá che'ól nó'ham yissatér me'enáy

14 des mains du Chéol je les sauverai et de la mort je le délivrerai. où sont tes plaies, mort ? où est ton fouet, Chéol ? le repentir se cachera de moi.

Le mot nó'ham est souvent employé dans le sens étonnant du repentir de Dieu. Par exemple, quand la Torah nous raconte la décision du Très-Haut d'envoyer le déluge sur la terre et dit que le Très-Haut se repentit, on emploie le verbe de la même racine yinná'hem. On peut comprendre ce verset de façons complètement différentes, selon la manière dont nous y placerons les intonations. On peut dire ainsi : « Eh bien, maintenant vous pensez que Je vais délivrer le peuple des mains du chéol ? Le sauver de la mort ? Eh bien non, tout regret s'est caché de Moi, et maintenant, allez, mort, apporte tes plaies, allez, chéol, apporte ton fouet, maintenant Je vais en finir avec Israël ! » Cette compréhension s'inscrit tout à fait dans ce verset. « Cette fois-ci, c'est sûr, Je ne changerai pas d'avis ». C'est ainsi qu'on peut comprendre ce verset.

Mais on peut le comprendre, et nous connaissons une telle interprétation, qui dit : « Est-ce que Je n'aurais donc pas pitié de ce peuple ? Est-ce que Je ne le délivrerai pas de la main du chéol ? Est-ce que Je ne le sauverai pas de la mort ? Eh bien, qu'avez-vous à vous attrouper ici avec vos instruments ? Qu'êtes-vous venus faire ici ? Je ne vais pas l'exécuter. Où sont maintenant tes instruments, tes plaies, que tu as apportées ici, mort ? Où vas-tu les employer ? Que vas-tu faire de ton fouet, chéol ? Pensiez-vous donc que la compassion, que la miséricorde Me sont cachées ? » Une telle compréhension existe aussi, et tout dépend seulement de la manière dont nous placerons ici les signes de ponctuation.

Des dialogues étonnants avec le Très-Haut, nous en rencontrons chez le prophète Amos. Quand le Très-Haut lui dévoile en partie qu'Il va amener un certain malheur sur Israël, le prophète dit : « Comment Yaakov survivra-t-il ? Je T'en supplie, pardonne, il est si petit ! » Et le SEIGNEUR s'adoucit, le SEIGNEUR fait preuve de miséricorde. Et dans le verset suivant nous lisons la description de la fragilité d'Israël, de la fragilité d'Éfraïm et de ce qui peut lui arriver, si la miséricorde du SEIGNEUR n'est pas sur lui.

כִּי הוּא בֵּן אַחִים יַפְרִיא יָבוֹא קָדִים רוּחַ יְהוָה מִמִּדְבָּר עֹלֶה וְיֵבוֹשׁ מְקוֹרוֹ וְיֶחֱרַב מַעְיָנוֹ הוּא יִשְׁסֶה אוֹצַר כָּל-כְּלִי חֶמְדָּה׃

ki hou ben a'hím yafrí yavó kadím roúa'h adonáy mimmidbár olé veyevóch mekoró veye'heráv ma'yanó hou yichsé otsár kol-kelí 'hemdá

15 même s'il est florissant parmi ses frères, viendra un vent d'est du SEIGNEUR depuis le désert, et il desséchera sa source, pillera, détruira sa source, et tout le trésor sera pillé.

Nous lirons le premier verset du chapitre 14 et ensuite nous comprendrons tout d'un coup.

תֶּאְשַׁם שֹׁמְרוֹן כִּי מָרְתָה בֵּאלֹהֶיהָ בַּחֶרֶב יִפֹּלוּ עֹלְלֵיהֶם יְרֻטָּשׁוּ וְהָרִיּוֹתָיו יְבֻקָּעוּ׃

te'chám chomerón ki maretá belohéha ba'hérev yippólou olelehém yerouttáchou vehariyotáv yevoukká'ou

1 Samarie sera reconnue coupable parce qu'elle a fait la guerre, s'est révoltée contre son Dieu, ils tomberont par l'épée, leurs nourrissons auront le crâne fracassé, seront écrasés contre les pierres, et leurs femmes enceintes seront éventrées.

Des choses effrayantes vont se produire, si le Très-Haut permet à cette colère de se déployer pleinement. Un tel tableau effrayant est peint, et le Très-Haut s'adresse par le prophète et dit : « Je ne veux pas cela ! Est-ce que vous, vous voulez cela ? » Mais souvenez-vous comment, dans le chapitre précédent, nous avons dit qu'un seul verset peut se lire de deux manières. Si on le lit quand même de sorte que le Très-Haut n'est pas prêt à épargner son peuple, alors nous devons comprendre aussi la suite de sorte que le Très-Haut dit : « Je ferai tout cela pour que vous vous repentiez enfin, pour que vous reveniez à Moi, pour que vous naissiez enfin de ces contractions. Si vous ne naissez pas de faibles contractions, Je vous secouerai par de fortes contractions ». D'une manière ou d'une autre, avec un appel au repentir. Et en toute justice, je le répète, il faut citer aussi une telle compréhension du texte.

שׁוּבָה יִשְׂרָאֵל עַד יְהוָה אֱלֹהֶיךָ כִּי כָשַׁלְתָּ בַּעֲוֹנֶךָ׃

choúva yisra'él ad adonáy elohékha ki khachálta ba'avonékha

2 Reviens, Yisraël, au SEIGNEUR ton Dieu, car tu as glissé sur ton péché, par ton péché tu es allé loin de Moi.

קְחוּ עִמָּכֶם דְּבָרִים

ke'hoú immakhém devarím

3 prenez avec vous des paroles

Il ne faut pas de taureaux, il ne faut pas de bétail, il ne faut rien – prenez avec vous des paroles.

וְשׁוּבוּ אֶל-יְהוָה אִמְרוּ אֵלָיו כָּל-תִּשָּׂא עָוֹן וְקַח-טוֹב וּנְשַׁלְּמָה פָרִים שְׂפָתֵינוּ׃

vechoúvou el-adonáy imroú eláv kol-tissá avón veka'h-tóv ounchallemá farím sefaténou

et revenez au SEIGNEUR. porte notre péché et accepte, comme un bien, accepte, comme ce qui est bon, que nous apporterons, comme des taureaux, le fruit de nos lèvres.

C'est la possibilité de remplacer le sacrifice par la prière. Ses lèvres, comme un taureau, c'est de cela que parle le SEIGNEUR par le prophète.

אַשּׁוּר לֹא יוֹשִׁיעֵנוּ עַל-סוּס לֹא נִרְכָּב

achoúr lo yochi'énou al-soús lo nirkáv

4 l'Assyrie ne nous sauvera pas, et nous ne défilerons plus majestueusement à cheval

Apparemment, cela signifie que nous ne participerons plus à quelques événements royaux internationaux avec des cortèges solennels.

וְלֹא-נֹאמַר עוֹד אֱלֹהֵינוּ לְמַעֲשֵׂה יָדֵינוּ אֲשֶׁר-בְּךָ יְרֻחַם יָתוֹם׃

velo-nómar od elohénou lema'assé yadénou acher-bekhá yerou'hám yatóm

et nous n'appellerons plus dieu l'ouvrage de nos mains, parce que chez toi il y a de la miséricorde pour l'orphelin

Si vous venez avec de telles paroles, on peut prévenir tout ce malheur.

אֶרְפָּא מְשׁוּבָתָם אֹהֲבֵם נְדָבָה כִּי שָׁב אַפִּי מִמֶּנּוּ׃

erpá mechouvatám ohavém nedavá ki chav appí mimménnou

5 je guérirai leur perfidie, je les aimerai tout simplement, pour rien, parce que ma colère s'est retirée de lui.

אֶהְיֶה כַטַּל לְיִשְׂרָאֵל יִפְרַח כַּשּׁוֹשַׁנָּה וְיַךְ שָׁרָשָׁיו כַּלְּבָנוֹן׃

ehyé khattál leyisraél yifrá'h kachochanná veyákh characháv kallevanón

6 je serai la rosée pour Israël, et il fleurira comme le lis, et il s'enracinera par ses racines, comme celui du Liban, comme le cèdre du Liban.

יֵלְכוּ יֹנְקוֹתָיו וִיהִי כַזַּיִת הוֹדוֹ וְרֵיחַ לוֹ כַּלְּבָנוֹן׃

yelekhoú yonekotáv vihi khazzáyit hodó veréya'h lo kallevanón

7 ses branches s'étendront et seront comme les branches de l'arbre à olives, comme l'olivier. et sa majesté et son odeur seront comme celles du cèdre du Liban.

יָשֻׁבוּ יֹשְׁבֵי בְצִלּוֹ

yachoúvou yochevé vetsilló

8 et ceux qui sont assis à son ombre reviendront,

De nouveau les gens seront assis sur des bancs à l'ombre des arbres, de nouveau il y aura la tranquillité et la paix.

יְחַיּוּ דָגָן

ye'hayoú dagán

de nouveau ils planteront le blé

Littéralement – ils feront revivre les céréales.

וְיִפְרְחוּ כַגָּפֶן זִכְרוֹ כְּיֵין לְבָנוֹן׃

veyifre'hoú khaggáfen zikhró keyén levanón

et ils fleuriront comme la vigne, ils seront largement étendus comme la vigne.

Et zikhró peut se traduire par son souvenir, mais ici c'est aussi le parfum. Ce qui se répand, ce qui se propage à son sujet, comme le vin du Liban. Voici ce que dira Éfraïm :

מַה-לִּי עוֹד לָעֲצַבִּים אֲנִי עָנִיתִי וַאֲשׁוּרֶנּוּ

ma-lí od la'atsabbím aní aníti va'achourénnou

9 à quoi bon pour moi encore ces idoles ? je me suis tourné, désormais je ne ferai plus que regarder vers lui.

On peut traduire le mot aníti – j'en ai fini de souffrir, j'ai assez souffert et maintenant je ne regarderai plus que vers Lui.

אֲנִי כִּבְרוֹשׁ רַעֲנָן מִמֶּנִּי פֶּרְיְךָ נִמְצָא׃

aní kivróch ra'anán mimménni per'yekhá nimtsá

je suis comme un cyprès élancé et en moi se trouveront tes fruits.

Si Tu cherches des fruits dans ce monde, Tu cherches la gloire dans ce monde, Tu cherches la glorification, que je Te serve, dans mon labeur il y aura des fruits pour Toi.

מִי חָכָם וְיָבֵן אֵלֶּה נָבוֹן וְיֵדָעֵם כִּי-יְשָׁרִים דַּרְכֵי יְהוָה וְצַדִּקִים יֵלְכוּ בָם וּפֹשְׁעִים יִכָּשְׁלוּ בָם׃

mi 'hakhám veyáven élle navón veyeda'ém ki-yecharím darkhé adonáy vetsaddikím yélekhou vam oufoche'ím yikkáchelou vam

10 celui qui est sage comprendra cela, celui qui est intelligent le connaîtra, car les voies du SEIGNEUR sont droites, les justes y marcheront, mais les méchants y glisseront. Malgré tout, le Très-Haut dit : « Je prenais soin de toi. Mon amour pour toi est comme l'amour de Yaakov pour Ra'hel, un amour tendre, lumineux. Et tu M'as trahi, et tu M'as affligé, et J'étais déjà prêt à t'anéantir. Mais Je te ferai grâce ». Il y a de la place pour la grâce. Il y aura un pardon pour Israël, le Très-Haut conduira Israël à la réparation. Où sont tous ceux qui se préparaient à être des exécuteurs du châtiment, qui se préparaient à être des « condamnateurs » ? Ce n'est pas seulement une question adressée à la mort et au chéol, c'est une question adressée aussi à moi, par exemple. Il y a des gens à propos desquels il est réjouissant de penser qu'ils seront punis, qu'ils brûleront en enfer, j'ai déjà moi-même aiguisé ma hache populaire pour les châtier. Eh bien, et combien de nos amis sont tels que, par sévérité et par justice, ils sont prêts à aiguiser la hache et à aller châtier quelqu'un, tuer, ou se réjouir que quelqu'un brûle en enfer, éternel ou non éternel. Et c'est pourquoi souvent nous, comme la mort, venons avec des plaies ou, comme le chéol, venons avec un fouet, dans l'attente du règlement de comptes. Un jour, un des maîtres m'a raconté l'histoire d'un couple âgé à qui il avait demandé : « Comment avez-vous réussi à vivre si longtemps ensemble ? » Et ils lui ont répondu : « Tu sais, autrefois il était d'usage de réparer les choses, de repriser les chaussettes, de réparer le primus. Les gens réparaient les choses, ils ne les jetaient pas tout de suite, même les petites choses. Tout dans le ménage était important, on réparait tout, on recollait, on reprisait, on ressoudait, et combien d'outils il y avait pour cela dans les maisons ». Et exactement de la même façon le Très-Haut ne se presse pas de jeter quelque chose quelque part, et ne se presse pas de nous jeter quelque part. Il garde aussi son peuple, lui fait grâce, le reprise, ici le soude, là le colle, ailleurs le répare. Parfois c'est douloureux, parfois c'est à la lime, et parfois Il enlève même des copeaux au rabot. Mais le Très-Haut n'abandonne pas le peuple, le Très-Haut répare, sait redresser. Oui, par Sa voie ne passeront que les justes, les méchants glisseront sur Ses voies. Il est impossible de faire passer de force le peuple, dans l'état de méchant, par les voies du Très-Haut, mais redresser le peuple, c'est possible, et le Très-Haut y travaille constamment, c'est Son labeur. Il nous a fait sortir d'Égypte, Il a pris soin de nous, comme Yaakov de Ra'hel, et continue de prendre soin de nous. Gloire à Lui pour cela.

À lire aussi : Toldot, Vayichla'h, prière et sections hebdomadaires de la Torah.

Original russe : alexblend.com
Cette traduction a été réalisée avec l’aide de l’IA et nécessite encore une révision linguistique et une correction par des locuteurs natifs.

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    1. 1Vayétsé : la plus merveilleuse des échelles 28,10–22
    2. 2Le patriarche ailé 29,1–17
    3. 3Le début de la vie de famille 29,18–35
    4. 4Querelles d'amoureux 30,1–13
    5. 5Compléments alimentaires et Dieu 30,14–24
    6. 6Ruses de berger 30,25–43
    7. 7Conseil de famille 31,1–21
    8. 8Guerre et paix 31,22–32,3
    9. 9La prière de Yaakov
    10. 10De la tour à l'échelle
    11. 11Soyez des hommes
    12. 12Des jours comptés
    13. 13Haftara Hochéa 12,13–14,10

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