1. Sections hebdomadaires
  2. Béréchit
  3. Vayichla'h

וַיִּשְׁלַח

Vayichla'h

Yaakov, Essav et le retour

Illustration : alexblend.com
Section hebdomadaire
8 sur 54
Versets
Béréchit 32,4–36,43
Parties
16
Temps de lecture
4 h 27 min

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Vayichla'h est la section hebdomadaire sur le retour de Yaakov et la rencontre avec Essav. Alex Blend analyse la prière, la lutte et le changement de nom, l'histoire de Dina, la vie de la famille et le retour à la maison. Le sténogramme comprend l'hébreu, la translittération, la traduction et les commentaires de l'auteur sur la Torah et la haftara.

Vayichla'h : les anges et les prières

Béréchit 32,4–13

Nous commençons l'étude de la section hebdomadaire Vayichla'h. Cette section commence au verset 4 du chapitre 32 du livre de Béréchit, mais, pour mieux comprendre, nous commencerons à lire un peu plus tôt – à partir du verset 2 de ce même chapitre.

וְיַעֲקֹב הָלַךְ לְדַרְכּו וַיִּפְגְּעוּ־בוֹ מַלְאֲכֵי אֱלֹהִים׃

veyaakóv halákh ledarkó vayifgeou-vó mal'akhé elohím

2 Yaakov alla son chemin (nous nous souvenons qu'après la rencontre avec Lavan il alla son chemin), Et des anges de Dieu le rencontrèrent.

Une rencontre si inattendue a eu lieu. Nous nous souvenons que, lorsque Yaakov partait sur son chemin au début de la section hebdomadaire Vayétsé, il a vu un songe avec l'échelle et les anges, et, selon certaines versions, les anges l'ont accompagné jusqu'à la frontière du pays. En tout cas, au début de son chemin Yaakov a vu des anges et maintenant, à son retour, il voit de nouveau des anges. Il y a beaucoup de commentaires sur le thème des anges. Nous ne voyons au début aucune communication entre les anges et Yaakov, comme si Yaakov passait à côté et voyait : oh, des anges ! Exactement comme nous pouvons regarder des chevaux qui paissent dans un pré. Les commentateurs disent que, peut-être, les anges ont été envoyés simplement comme une délégation qui accueille Yaakov, – une sorte de parade d'honneur qui accueille les présidents au pied de la passerelle des avions. D'autres disent, et cela m'est plus proche et plus compréhensible, que Yaakov, en quittant le pays d'Israël et en partant sur son chemin, a vu une échelle (dans laquelle il est lui-même comme préfiguration du Machia'h, comme préfiguration du peuple d'Israël) – une échelle par laquelle descendent et montent les anges. En d'autres termes, les anges montent vers le haut, comme les désirs, les plans, les desseins et les prières d'un homme juste (quand nous sommes, bien sûr, justes), et en réponse à nos prières des anges descendent et produisent une certaine action dans ce monde. C'est pourquoi Yaakov, en tant qu'homme-échelle, voit ici des anges. Plus loin nous lisons :

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב כַּאֲשֶׁר רָאָם מַחֲנֵה אֱלֹהִים זֶה

VAYOMER YAAKÓV KA'ACHÉR RA'ÁM MA'HANÉ ELOHÍM ZE

3 Et Yaakov dit, quand il les vit : « c'est le camp de Dieu ».

Un camp – ce n'est pas une petite ville, pas une localité permanente. Un camp – c'est une ville de tentes, un lieu de résidence temporaire, où vivent des gens partis à la guerre ou aux travaux agricoles. Il y a encore les camps de pionniers et les camps scouts. Et il dit : « Le camp de Dieu, c'est cela ».

וַיִּקְרָא שֵׁם־הַמָּקוֹם הַהוּא מַחֲנָיִם׃

VAYIKRÁ CHEM-HAMMAKÓM HAHOÚ MA'HANÁYIM

Et il appela ce lieu ma'hanáyim (deux camps).

Pourquoi deux camps ? Peut-être parce que le camp était sur la terre et dans les cieux. L'échelle a grandi jusqu'au niveau d'un camp. Il y a là aussi une préfiguration du Machia'h, qui relie le céleste et le terrestre, et une préfiguration du Temple, qui est sur la terre à la ressemblance du céleste. Et les anges interagissent entre ces deux Temples de la même façon qu'ils interagissent entre le céleste et le terrestre. Voilà ce qu'a vu Yaakov. Nous ne voyons pour l'instant aucune communication entre lui et les anges. Et maintenant nous pouvons commencer à lire la section hebdomadaire Vayichla'h.

וַיִּשְׁלַח יַעֲקֹב מַלְאָכִים לְפָנָיו אֶל־עֵשָׂו אָחִיו

VAYICHLÁ'H YAAKÓV MAL'AKHÍM LEFANÁV EL-ESSÁV A'HÍV

4 Et Yaakov envoya des anges devant sa face vers Essav – son frère

 Le mot malákh, qui est employé ici, peut se comprendre comme ange ou comme messager. C'est-à-dire qu'un simple homme, qu'on a envoyé quelque part avec une certaine mission, peut aussi être appelé malákh. Nous rencontrons cela dans l'Écriture. C'est pourquoi ce que fait Yaakov peut se comprendre aussi bien comme « Yaakov envoya des anges devant sa face », que comme « Yaakov envoya une délégation devant sa face vers son frère Essav ». Dans le premier cas, cela peut signifier que Yaakov sait communiquer avec les anges et a un certain pouvoir de leur commander et envoie des anges, pour qu'ils préparent tout le nécessaire pour une rencontre diplomatique des deux frères sur un territoire neutre. Autre version : Yaakov envoie des gens ordinaires – des parlementaires. On comprend les craintes de Yaakov, ses inquiétudes : il n'a pas vu son frère depuis plusieurs dizaines d'années et ne sait pas si sa colère s'est apaisée, comment il est maintenant, dans quel état… Et, bien que le Très-Haut ait donné à Yaakov la promesse qu'il serait sauvé, que tout irait bien, lui ait donné d'incroyables promesses en matière de protection et de sécurité (nous comprenons que toutes les promesses que le Très-Haut nous donne ne signifient pas que nous ne devons rien faire : les promesses du Très-Haut, c'est la promesse que nos actions réussiront), Yaakov décide d'agir par plusieurs voies. Comme nous le verrons plus tard, la première voie, ce sont les négociations, l'apaisement, la tentative de trouver un langage commun. Très probablement, ce n'est pas pour rien qu'est employé ici le mot malakhím : Yaakov envoie de simples gens terrestres, mais ses mérites, ses prières, ses soucis incitent aussi des anges de ce même camp à se joindre, et chacun d'eux, à son niveau, résout certaines tâches. Nous disons souvent que l'ange, chacun des anges, n'est envoyé que pour une seule chose. Dans la tradition juive, autant que nous le sachions, les anges n'ont jamais de mode « multitask », de mode multitâche. Mais quand les anges ont beaucoup de tâches, on peut envoyer beaucoup d'anges différents, chacun avec sa tâche. Ainsi, nous voyons que Yaakov envoie des messagers vers Essav, son frère.

אַרְצָה שֵׂעִיר שְׂדֵה אֱדוֹם׃

ÁRTSA-SE'ÍR SEDÉ EDÓM

...vers le pays de Sé'ir, dans le champ d'Édom.

C'est la rive de la mer Morte opposée à l'Israël moderne, la région au sud de Jéricho, et ce n'est pas une partie du pays d'Israël. C'est un territoire neutre frontalier. Yaakov est très préoccupé, inquiet de ce qui se passe avec Essav, Yaakov craint cette rencontre : avec lui il y a des gens, des enfants, il est plein d'anxiété, et une rencontre sur un territoire neutre est la plus commode pour lui. Yaakov donne aux messagers une instruction très détaillée, et à partir de cette instruction on peut supposer que, très probablement, ce sont tout de même des gens ordinaires. Et voici ce que nous lisons :

וַיְצַו אֹתָם לֵאמֹר

VAYTSÁV OTÁM LEMÓR

5 Et il leur enjoignit (il leur donnait un ordre), en disant :

Le mot tsav signifie ordonner, commander, mais commander en pressant. Le mot mitsvá (commandement) signifie, bien sûr, un ordre, mais un ordre qui presse, qui nous incite à l'accomplissement. Ici la racine יְצַו (yetsáv) vient de la même racine que le mot mitsvá (commandement).

כֹּה תֹאמְרוּן לַאדֹנִי לְעֵשָׂו כֹּה אָמַר עַבְדְּךָ יַעֲקֹב עִם־לָבָן גַּרְתִּי וָאֵחַר עַד־עָתָּה׃

KO-TOMEROÚN LADONÍ LE'ESSÁV KO AMÁR AVDEKHÁ YAAKÓV IM-LAVÁN GÁRTI VA'E'HÁR AD-ATTÁ

« Ainsi direz-vous à mon seigneur Essav : Ainsi a dit ton serviteur Yaakov : « j'ai vécu avec Lavan, et je me suis attardé jusqu'à présent.

וַיְהִי־לִי שׁוֹר וַחֲמוֹר צֹאן וְעֶבֶד וְשִׁפְחָה וָאֶשְׁלְחָה לְהַגִּיד לַאדֹנִי לִמְצֹא־חֵן בְּעֵינֶיךָ׃

VAYHI-LÍ CHOR VA'HAMÓR TSON VE'ÉVED VECHIF'HÁ VA'ECHLE'HÁ LEHAGGÍD LADONÍ LIMTSO-'HÉN BE'ENÉKHA

6 Et j'ai des bœufs et des ânes, du bétail, et des serviteurs, et des servantes, Et je vous ai envoyés (j'ai envoyé cette délégation) pour saluer mon seigneur et trouver grâce à ses yeux (grâce à tes yeux dans ce cas précis) ».

C'est-à-dire que la première chose que fait Yaakov, ses premières actions avant la rencontre avec Essav, c'est l'apaisement. Les commentateurs, les rabbins disent : « Nous devons voir dans ces actions de Yaakov un manuel, une brève méthode pour apprendre seul « Trois étapes pour négocier avec ceux qui détiennent le pouvoir, avec les puissants de ce monde ». Tout commence par l'apaisement.

וַיָּשֻׁבוּ הַמַּלְאָכִים אֶל־יַעֲקֹב לֵאמֹר אנוּ אֶל־אָחִיךָ אֶל־עֵשָׂו

VAYACHOÚVOU HAMMAL'AKHÍM EL-YAAKÓV LEMÓR BÁNOU EL-A'HÍKHA EL-ESSÁV

7 Et les anges revinrent vers Yaakov, en disant : « Nous sommes allés vers ton frère Essav,

Nous ne lisons pas la conversation que les anges ont eue avec Essav. Puisque la Torah se concentre sur les sentiments de Yaakov, nous regardons tous les événements (c'est à la fois un procédé littéraire et un procédé éducatif) tels qu'ils sont vus par les yeux de Yaakov. Nous ne savons pas ce qu'Essav a dit aux anges.

Quand nous lisons les midrachim, lisons les commentaires à ce sujet, il faut comprendre (je répéterai encore une fois que certains midrachim caractérisent Yaakov, et d'autres – Essav) qu'aux époques de polémique, quand il fallait être apologète (défenseur du judaïsme), quand surgissaient des accusations sans fondement à l'adresse des Juifs sur le thème du frère qui avait volé le droit d'aînesse et quand on attribuait à nos Patriarches certaines qualités négatives, pour noircir le peuple, naissait souvent une réaction en retour. C'est pourquoi sont apparus de très nombreux midrachim dénigrants à l'égard d'Essav. Et voici qu'ici, au verset 7, nous lisons que les anges ont dit : « Nous sommes allés vers ton frère Essav ». Certains commentaires disent : « Nous pensions que c'était ton frère, nous sommes venus à lui, pensant qu'il s'était réconcilié, qu'il est bien ton frère, mais il est toujours Essav. Il te hait toujours ». Il y a ici une lecture qui met dans le texte ce qui, très probablement, (à mon avis, en tout cas) n'est pas dans le texte. Ils disent : « Nous sommes venus vers ton frère ».

וְגַם הֹלֵךְ לִקְרָאתְךָ וְאַרְבַּע־מֵאוֹת אִישׁ עִמּוֹ׃

VEGÁM HOLÉKH LIKRATEKHÁ VE'ARBA-MEÓT ICH IMMÓ

...et lui aussi vient à ta rencontre, et avec lui 400 hommes ».

D'après la réponse des anges, d'après le récit des anges, on ne comprend pas du tout dans quel but vient Essav. À première vue, ils disent : « Voici Essav, il est ton frère »…, sans mentionner aucune menace. L'expression holékh likratekhá se rencontre dans l'Écriture 14 fois. 11 fois elle se rencontre dans le sens de sort à ta rencontre avec de bonnes intentions et 3 fois, quand il s'agit précisément de guerre. En général, quand nous demandons à quelqu'un de venir à notre rencontre, au sens de « nous rendre un service », nous utilisons en hébreu moderne le même mot. Et on peut comprendre que les anges disent : « Voici, Essav s'avance contre toi avec 400 guerriers » (400 hommes, ce n'est pas la délégation qu'un frère conduirait simplement comme ça), et on peut comprendre que « lui aussi vient à ta rencontre avec les mêmes intentions que toi ». Yaakov, en tout cas, reste dans l'incompréhension, et cette incompréhension lui donne de l'inquiétude, et il commence à se préparer à la guerre. Peut-être même pas de l'incompréhension, mais une compréhension un peu erronée – nous y reviendrons encore quand nous analyserons leur rencontre. Quelle est donc au juste l'intention d'Essav ? Qu'est-ce qu'Essav lui-même avait l'intention de faire ?

וַיִּירָא יַעֲקֹב מְאֹד וַיֵּצֶר לוֹ וַיַּחַץ אֶת־הָעָם אֲשֶׁר־אִתּוֹ וְאֶת־הַצֹּאן וְאֶת־הַבָּקָר וְהַגְּמַלִּים לִשְׁנֵי מַחֲנוֹת׃

VAYIRÁ YAAKÓV ME'ÓD VAYÉTSER LO VAYÁ'HATS ET-HA'ÁM ACHER-ITTÓ VE'ET-HATTSÓN VE'ET-HABBAKÁR VEHAGGEMALLÍM LICHNÉ MA'HANÓT

8 Yaakov eut très peur, et il devint triste, Et il divisa le peuple en deux parties : ceux qui étaient avec lui, il (et le peuple qui était avec lui, et le petit bétail, et le gros bétail, et les chameaux) les divisa en deux camps.

Vayá'hats vient de la racine moitié. Et il « partagea en moitiés » le peuple.

וַיֹּאמֶר אִם־יָבוֹא עֵשָׂו אֶל־הַמַּחֲנֶה הָאַחַת וְהִכָּהוּ וְהָיָה הַמַּחֲנֶה הַנִּשְׁאָר לִפְלֵיטָה׃

VAYOMER IM-YAVÓ ESSÁV EL-HAMMA'HANÉ HA'A'HÁT VEHIKKÁHOU VEHAYÁ HAMMA'HANÉ HANNICH'ÁR LIFLETÁ

9 Si Essav va vers l'un des camps et le frappe, il restera encore un camp pour la délivrance.

C'est-à-dire que la deuxième action que fait Yaakov, – c'est l'aménagement de voies de repli, de solutions de rechange. Nous disons que c'est aussi une instruction sur la manière de négocier avec ceux qui détiennent le pouvoir : il y a aussi une solution de rechange, il ne faut pas faire entièrement confiance à ceux qui détiennent le pouvoir. Après cela Yaakov s'attelle à la troisième tâche. La troisième tâche importante – c'est la prière. On peut demander : et pourquoi Yaakov n'a-t-il pas commencé tout de suite à prier, pourquoi ne s'appuie-t-il pas du tout sur les promesses du Très-Haut ? Si nous nous en souvenons, dans la section précédente nous avons lu comment Yaakov parle avec ses femmes, parle de sa vie chez leur père – Lavan, de ses relations avec Lavan, dit que Lavan a changé d'attitude envers lui et que ses fils se comportent mal envers lui, et ce n'est qu'ensuite que Yaakov mentionne que le Très-Haut lui a dit de partir et de rentrer à la maison. Pourquoi Yaakov ne fait-il pas l'inverse ? Et les commentateurs disent : « Si tu expliques quelque chose à quelqu'un, si tu veux inciter quelqu'un à certaines actions, alors ne dis pas “ainsi a dit Dieu”, “Dieu l'a ordonné ainsi”. Explique d'abord à l'homme un certain bon sens qui se trouve dans ces actions, et ensuite dis que c'est ainsi qu'a dit le SEIGNEUR ». L'homme doit d'abord comprendre le bon sens qui est dans l'action. Nous avons déjà lu cela à plusieurs reprises dans le livre de Béréchit : quand Éliézer raconte comment Avraham l'a envoyé, il raconte lui aussi de telle façon que les gens voient d'abord le bon sens et la main de Dieu dans ces événements, et ensuite seulement comprennent que cela vient directement de Dieu, pour que la parole de Dieu ne soit pas l'élément d'une quelconque manipulation, etc.

Et, d'autre part, on ne peut pas dire au Très-Haut : « Tu me l'as promis, alors Toi, fais-le ! » Le Très-Haut dit, en promettant de nous bénir : « Je te bénirai dans toutes tes actions ». C'est-à-dire que, pour recevoir la bénédiction, nous devons produire une certaine action. Y compris la prière. C'est-à-dire que, même si le Très-Haut nous a promis quelque chose, même si quelque chose nous est préparé, même si le Très-Haut a déjà ordonné que cela soit, la prière – c'est tout de même un moyen important. Tout au début du livre de Béréchit nous lisons : « En ce temps-là il n'y avait aucune plante ni aucun arbuste sur la terre ». Mais auparavant nous avons lu que le Très-Haut a ordonné à l'herbe de pousser. Un dilemme surgit : pourquoi n'y en avait-il pas – parce que la vapeur ne montait pas. L'herbe était déjà prête, elle était sous la terre, et les arbustes aussi : tout était prêt à sortir, il fallait seulement prier. La prière de l'homme – c'est ce qui a mis en marche, pourrait-on dire, la terre prête à l'usage. Et ici Yaakov prie pour que cette bénédiction se mette en marche, pour qu'elle agisse.

Et après que Yaakov a déjà envoyé les messagers, et après qu'il a préparé le camp, il commence la prière. Il est tout à fait naturel qu'au cours des nombreuses années de commentaire de l'Écriture tous n'aient pas pensé ainsi, et beaucoup disent : « Si tu as appelé huit fois dans ce chapitre Essav ton seigneur, il y aura huit rois d'Édom qui régneront avant les rois d'Israël. Puisque tu pries en dernier, et que d'abord tu fais des actes, alors il y aura ceci et cela, et autre chose... ». Et pourtant la conclusion générale que tirent les sages est la suivante : le Très-Haut bénit les actes, et l'acte peut souvent être placé avant la prière – faire, et prier pour le succès de cet acte. Bien que cela ne signifie pas, bien sûr, qu'on ne puisse pas prier aussi avant l'acte lui-même, et pendant l'acte. En général, on peut toujours prier.

Au verset 10 nous lisons la prière de Yaakov proprement dite :

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֱלֹהֵי אָבִי אַבְרָהָם וֵאלֹהֵי אָבִי יִצְחָק יְהוָה הָאֹמֵר אֵלַי שׁוּבלְאַרְצְךָ וּלְמוֹלַדְתְּךָוְאֵיטִיבָה עִמָּךְ׃

VAYOMER YAAKÓV ELOHÉ AVÍ AVRAHÁM VELOHÉ AVÍ YITS'HÁK ADONÁY HA'OMÉR ELÁY CHOUV LE'ARTSEKHÁ OULMOLADTEKHÁ VE'ETÍVA IMMÁKH

10 Et Yaakov dit : « SEIGNEUR, qui m'as dit : “reviens dans ton pays et dans ta patrie, Et Je ferai, créerai pour toi le bien ».

Le mot lehetív, ici avec la racine tov – avec la même racine que dans le mot tov (bien). Ve'etív – c'est faire mieux. Je ferai pour toi de mieux en mieux, Je te rendrai meilleur.

קָטֹנְתִּי מִכֹּל הַחֲסָדִים וּמִכָּל־הָאֱמֶת אֲשֶׁר עָשִׂיתָ אֶת־עַבְדֶּךָ כִּי בְמַקְלִי עָבַרְתִּי אֶת־הַיַּרְדֵּן הַזֶּה וְעַתָּה הָיִיתִי לִשְׁנֵי מַחֲנוֹת׃

KATÓNTI MIKKÓL HA'HASSADÍM OUMIKKOL-HA'EMÉT ACHÉR ASSÍTA ET-AVDÉKHA KI VEMAKLÍ AVÁRTI ET-HAYARDÉN HAZZÉ VE'ATTÁ HAYÍTI LICHNÉ MA'HANÓT

11 Je suis petit, je suis indigne, je ne suis pas de taille à contenir toutes les bontés et toute la vérité (la vérité – c'est dans ce cas aussi la tsedaká – une action juste, une action bonne), que Tu as faites pour Ton serviteur, car c'est avec un bâton que j'ai traversé ce Jourdain, et maintenant j'ai deux camps.

צִּילֵנִי נָא מִיַּד אָחִי מִיַּד עֵשָׂו כִּי־יָרֵא אָנֹכִי אֹתוֹ פֶּן־יָבוֹא וְהִכַּנִי אֵם עַל־בָּנִים׃

HATTSILÉNI NA MIYÁD A'HÍ MIYÁD ESSÁV KI-YARÉ ANOKHÍ-OTÓ PEN-YAVÓ VEHIKKÁNI EM AL-BANÍM

12 Sauve-moi, de grâce, de mon frère, d'Essav, car je le crains, de peur qu'il ne vienne et ne me frappe, la mère et les fils.

Au chapitre 22 du livre de Dévarim il y a le commandement de renvoyer l'oiseau du nid : « Quand tu trouveras un nid, prends le nid, mais renvoie la mère. Ne prends pas la mère et les fils ensemble ». Et chez Hochéa il y a une parole disant que la mère et les fils ont péri. La mère et les fils qui périssent, – c'est la destruction totale, c'est l'effondrement de tout. Et le Très-Haut commande de ne pas prendre la mère et les fils dans le nid, de ne pas détruire tout le monde entièrement, même chez les oiseaux. Et Yaakov prie : « Je ne veux pas qu'Essav puisse m'attraper et détruire tout simplement toute ma lignée, les mères et les fils – tous jusqu'à la racine. J'en ai très peur ». Il ne craint pas tant Essav qu'il a peur et s'inquiète pour ses proches, et il en appelle à la miséricorde du Très-Haut, Lui dépeint ce tableau, où la mère et le fils sont détruits ensemble. Il est intéressant que, là encore, pour les commentateurs qui voient en Essav la typologie d'Édom, puis – de Rome et plus tard – du christianisme catholique et des ennemis permanents d'Israël (une sorte de centre de l'antisémitisme), il soit difficile de commenter et d'expliquer pourquoi Yaakov appelle Essav son frère. Et le Midrach Zouta dit : « Le mot a'hí (sauve-moi de mon frère) signifie que, quand Yaakov est allé à 'Haran, Essav a envoyé derrière lui un explorateur du nom d'A'hi ». Et Yaakov prie à ce sujet. Pourquoi est-ce que je cite ce midrach, ce commentaire ? Nous sommes en danger de lire l'Écriture comme nous le voulons, d'accepter ce que nous voulons. Ici nous voyons que Yaakov, plusieurs fois, en son absence, appelle Essav frère et seigneur. Ce n'est pas de l'auto-humiliation, c'est ce que Yaakov pense lui-même, c'est sa propre parole. Bien que Yaakov ressente Essav comme un frère, et puisse l'appeler seigneur, et soit prêt à se réconcilier avec lui, il a très peur. Il a entendu qu'Essav emmène avec lui 400 hommes. Il ne veut pas prendre de risque et, après toutes ses actions, dans sa prière il demande à Celui Qui peut donner le salut de le sauver de son frère. Ainsi est-il dit de l'homme qui veut la sagesse : « Qu'il étudie et demande la sagesse au Très-Haut » ; de l'homme qui veut des enfants : « Qu'il aille vers sa femme et demande à Celui Qui donne les enfants qu'il ait des enfants ». Et ici Yaakov esquisse un plan déterminé pour se délivrer d'Essav et demande au Très-Haut que n'agissent pas seulement les messagers terrestres, mais aussi les célestes, que le Très-Haut le sauve de la main de son frère, Essav, et que ne périssent pas la mère avec les enfants, que ne soit pas détruite toute sa lignée.

וְאַתָּה אָמַרְתָּ הֵיטֵב אֵיטִיב עִמָּךְ וְשַׂמְתִּי אֶת־זַרְעֲךָ כְּחוֹל הַיָּם אֲשֶׁר לֹא־יִסָּפֵר מֵרֹב׃

VE'ATTÁ AMÁRTA HETÉV ETÍV IMMÁKH VESAMTÍ ET-ZAR'ÁKHA KE'HÓL HAYÁM ACHÉR LO-YISSAFÉR MERÓV

13 Et Tu m'as dit : « de bien Je te comblerai et Je mettrai ta semence comme le sable de la mer, qui ne sera pas comptée à cause de sa grandeur ».

C'est la fin de la prière de Yaakov. Au fond, il dit : « SEIGNEUR, Tu as fait tant pour moi pendant tout ce temps ! » Le début de toute prière, le début d'une conversation avec le Créateur – c'est la gratitude. Nous ne venons pas à Lui avec une exigence, nous reconnaissons avant tout qu'Il fait pour nous bien assez. Notre demande envers Lui – ce n'est pas l'exigence de ce qui nous est dû. Yaakov dit : « Je suis petit en comparaison de toutes les bontés que Tu as faites. Mais comment donc multiplierai-je ma semence comme le sable de la mer, si maintenant Essav vient et me tue, et la mère, et les enfants ? Sauve-moi de lui ». « Car je le crains » — un aveu très honnête. Si la nuit un enfant vient vers nous et dit : « J'ai peur de dormir », que lui répondons-nous ? « Mon garçon, tu es déjà grand, il ne faut pas avoir peur ». Il s'en va abattu, avec sa peur. Nous faisons tous à peu près ainsi.

Notre prière – c'est aussi, entre autres, l'expression de nos sentiments intérieurs, que nous ne voulons pas garder en nous. On n'a pas dit à Yaakov d'en haut : « Yaakov, Je te l'ai pourtant promis, tu es pourtant un juste, tu es pourtant, en fin de compte, le Patriarche du peuple juif, tu es un exemple pour beaucoup de croyants ! Comment peux-tu ne pas croire et avoir peur ? » Personne ne lui dit cela, parce que Dieu, c'est celui qui entend et qui écoute, et non celui qui a envie de continuer à dormir, qui ne veut juste pas qu'on dérange son confort, comme cela nous arrive quand nous répondons aux peurs de nos enfants.

Yaakov commence à préparer l'apaisement d'Essav, prépare une solution de rechange et s'adresse au Très-Haut par la prière, en disant que, malgré les promesses, il est indigne de toute la bonté que le Très-Haut a accomplie envers lui.

Ce n'est pas par la force qu'on lutte

Béréchit 32,14–30

 שָׁם בַּלַּיְלָה הַהוּא וַיִּקַּח מִן־הַבָּא בְיָדוֹ מִנְחָה לְעֵשָׂו אָחִיו׃

VAYALÉN CHAM BALLÁYLA HAHOÚ VAYIKKÁ'H MIN-HABBÁ VEYADÓ- MIN'HÁ LE'ESSÁV A'HÍV

14 Et Yaakov passa la nuit là en cette nuit-là, et il prit de ce qui était dans sa main (de tout ce qu'il avait gagné chez Lavan) en cadeau pour son frère Essav :

Le mot min'há est aujourd'hui plus connu comme prière de midi et comme nom du sacrifice de midi – le sacrifice de propitiation. La racine du mot min'há – c'est le mot nóa'h, exactement le même que le nom du Patriarche – faire reposer, calmer, consoler, pacifier. Alors, que fait Yaakov ? En plus des trois points qu'il a accomplis – ce que nous avons lu plus tôt – il prépare un cadeau de propitiation pour son frère Essav.

עִזִּים מָאתַיִם וּתְיָשִׁים עֶשְׂרִים רְחֵלִים מָאתַיִם וְאֵילִים עֶשְׂרִים׃

IZZÍM MATÁYIM OUT'YACHÍM ESRÍM RE'HELÍM MATÁYIM VE'ELÍM ESRÍM

15 200 chevrettes et 20 boucs, 200 brebis et 20 béliers.

Les brebis et les béliers – ce sont des animaux qui ne travaillent pas du tout dans l'exploitation. Personne ne fait travailler ni les boucs, ni les brebis. Ce sont des animaux qui paissent et ne font que manger. Leur travail – devenir de la viande. C'est pourquoi, en tant que compagnons les plus libres, animaux les plus oisifs, ils sont enclins au romantisme, et un bouc peut couvrir dix chèvres, un bélier – dix brebis, et Yaakov les envoie précisément dans une telle proportion.

גְּמַלִּים מֵינִיקוֹת וּבְנֵיהֶם שְׁלֹשִׁים

GEMALLÍM MENIKÓT OUVNEHÉM CHELOCHÍM

16 Des chameaux – des nourrices (c'est-à-dire des chamelles) et leurs fils, des chamelons, – 30 têtes.

Ici il n'y a pas besoin de couples, parce que la chamelle est déjà avec son chamelon. C'est déjà une future famille.

פָּרוֹת אַרְבָּעִים וּפָרִים עֲשָׂרָה

PARÓT ARBA'ÍM OUFARÍM ASSARÁ

...40 vaches et 10 taureaux.

Une proportion de un à quatre. Pourquoi ? Parce que le taureau travaille davantage, et il ne peut déjà plus couvrir dix vaches. Voilà, quatre, c'est juste ce qu'il lui faut.

אֲתֹנֹת עֶשְׂרִים וַעְיָרִם עֲשָׂרָה׃

ATONÓT ESRÍM VA'YARÍM ASSARÁ

...Des ânesses 20 et des ânes 10.

Chez les ânes la proportion est déjà de un à deux. Vous comprenez vous-mêmes. C'est-à-dire que plus l'animal travaille dur, moins il peut couvrir de femelles. Le mâle est moins fougueux ou moins romantique. Les sages en ont tiré une conclusion aussi à l'égard des hommes. Comme les maris ont certaines obligations envers leurs femmes, les sages disent : « Si tu mènes une vie oisive, tu as plus d'obligations envers ta femme qu'un homme qui est occupé à un dur labeur ». Nous n'approfondirons pas cette question, mais il y a là une logique propre.

וַיִּתֵּן בְּיַד־עֲבָדָיו עֵדֶר עֵדֶר לְבַדּוֹ וַיֹּאמֶר אֶל־עֲבָדָיו עִבְרוּ לְפָנַי וְרֶוַח תָּשִׂימוּ בֵּין עֵדֶר וּבֵין עֵדֶר׃

VAYITTÉN BEYÁD-AVADÁV ÉDER ÉDER LEVADDÓ VAYOMER EL-AVADÁV IVROÚ LEFANÁY VERÉVA'H TASSÍMOU BEN ÉDER OUVÉN ÉDER

17 Et il donna dans les mains de ses serviteurs, il remit à ses serviteurs troupeau après troupeau. et il dit à ses serviteurs : « Allez devant moi et laissez un intervalle entre chaque troupeau ».

Éder, éder (troupeau après troupeau). C'est-à-dire qu'il a divisé tout ce bétail en 7 troupeaux différents, pour que les troupeaux arrivent jusqu'à Essav avec une pause d'une heure, une heure et demie ou deux. Voilà quel était le dessein.

וַיְצַו אֶת־הָרִאשׁוֹן לֵאמֹר כי יִפְגָּשְׁךָ עֵשָׂו אָחִי וִשְׁאֵלְךָ לֵאמֹר לְמִי־אַתָּה וְאָנָה תֵלֵךְ וּלְמִי אֵלֶּה לְפָנֶיךָ׃

VAYTSÁV ET-HARICHÓN LEMÓR KI YIFGACHEKHÁ ESSÁV A'HÍ OUCH'ELEKHÁ LEMÓR LEMI-ATTÁ VE'ÁNA TELÉKH OULMÍ ÉLLE LEFANÉKHA

18 Et aux serviteurs qui conduisent le premier troupeau, il ordonna, en disant : « Si Essav – mon frère – te rencontre et te demande, en disant : “à qui es-tu, et où vas-tu, et vers qui vas-tu ?”,

C'est-à-dire, si mon frère te rencontre et se met à te questionner.

וְאָמַרְתָּ לְעַבְדְּךָ לְיַעֲקֹב מִנְחָה הִוא שְׁלוּחָה לַאדֹנִי לְעֵשָׂו וְהִנֵּה גַם־הוּא אַחֲרֵינוּ׃

VE'AMARTÁ LE'AVDEKHÁ LEYAAKÓV MIN'HÁ HI CHELOU'HÁ LADONÍ LE'ESSÁV VEHINNÉ GAM-HOÚ A'HARÉNOU

19 tu lui diras : « j'appartiens à Yaakov, et voici, il envoie un don de propitiation à mon seigneur Essav, et lui aussi vient à notre suite ».

וַיְצַו גַּם אֶת־הַשֵּׁנִי גַּם אֶת־הַשְּׁלִישִׁי גַּם אֶת־כָּל־הַהֹלְכִים אַחֲרֵי הָעֲדָרִים לֵאמֹרכַּדָּבָר הַזֶּה תְּדַבְּרוּן אֶל־עֵשָׂו בְּמֹצַאֲכֶם אֹתוֹ׃

VAYTSÁV GAM ET-HACHENÍ GAM ET-HACHELICHÍ GAM ET-KOL-HAHOLEKHÍM A'HARÉ HA'ADARÍM LEMÓR KADDAVÁR HAZZÉ TEDABBEROÚN EL-ESSÁV BEMOTSA'AKHÉM OTÓ

20 Et au deuxième, et au troisième il ordonna de même, Et à tous ceux qui vont derrière les troupeaux, en disant : « Parlez ainsi à Essav, quand vous le rencontrerez ».

וַאֲמַרְתֶּם גַּם הִנֵּה עַבְדְּךָ יַעֲקֹב אַחֲרֵינוּ כִּי־אָמַר אֲכַפְּרָה פָנָיו בַּמִּנְחָה הַהֹלֶכֶת לְפָנָי וְאַחֲרֵי־כֵן אֶרְאֶה פָנָיו אוּלַי יִשָּׂא פָנָי׃

VA'AMARTÉM GAM HINNÉ AVDEKHÁ YAAKÓV A'HARÉNOU KI-AMÁR AKHAPPERÁ FANÁV BAMMIN'HÁ HAHOLÉKHET LEFANÁY VE'A'HARE-KHÉN ER'É FANÁV OULÁY YISSÁ FANÁY

21 Et vous direz (vous allez dire), Et surtout dites que « voici, Yaakov vient derrière nous », car il a dit : « J'expierai, je redresserai le visage, je l'apaiserai par la min'ha – par des cadeaux de propitiation, que j'ai envoyés devant moi, et après cela je verrai son visage, peut-être me fera-t-il grâce »…

Yaakov a monté encore un programme : il envoie à Essav 7 troupeaux à intervalles, disons, d'une heure, une heure et demie – un programme pour une journée entière, – et chacun des bergers dira : « Bientôt Yaakov viendra, il t'envoie un cadeau de propitiation ». Que fait Yaakov pendant ce temps ?

וַתַּעֲבֹר הַמִּנְחָה עַל־פָּנָיו וְהוּא לָן בַּלַּיְלָה־הַהוּא בַּמַּחֲנֶה:

VATTA'AVÓR HAMMIN'HÁ AL-PANÁV VEHOÚ LAN BALLAYLA-HAHOÚ BAMMA'HANÉ

22 Et la min'ha s'en alla de lui (toute cette délégation à plusieurs couches, en plusieurs coups s'en est allée), et lui-même resta passer la nuit dans le camp à ce moment-là.

La nuit, des événements inattendus commencent à se produire :

וַיָּקָם בַּלַּיְלָה הוּא וַיִּקַּח אֶת־שְׁתֵּי נָשָׁיו וְאֶת־שְׁתֵּי שִׁפְחֹתָיו וְאֶת־אַחַד עָשָׂר יְלָדָיו וַיַּעֲבֹר אֵת מַעֲבַר יַבֹּק׃

VAYÁKOM BALLÁYLA HOU VAYIKKÁ'H ET-CHETÉ NACHÁV VE'ET-CHETÉ CHIF'HOTÁV VE'ET-A'HÁD ASSÁR YELADÁV VAYA'AVÓRDans la translittération de l'original, il manque une syllabe à ce mot. La ligne française suit l'hébreu : vaya'avór. ET MA'AVÁR YABBÓK

23 Et il se leva d'un bond cette nuit-là, et il prit ses deux femmes et ses deux servantes, ses onze enfants, et il passa à gué la rivière Yabok.

La rivière Yabok coule d'est en ouest, c'est-à-dire que Yaakov a fait passer ses femmes et ses enfants de ce côté-là d'où doit venir Essav. Pourquoi est-il écrit : « 11 enfants » ? Parce que la petite Dina va avec sa maman. Il y a une autre version, qui dit que Yaakov a caché Dina dans un coffre, pour qu'Essav ne voie pas Dina, âgée de deux ans, et ne s'enflamme pas d'amour pour elle… Mais lisons le sens simple : une petite fille de sept ans traversera la rivière, très probablement, dans les bras de sa mère. Ainsi, Yaakov fait passer ses femmes et ses enfants du côté d'Essav.

וַיִּקָּחֵם וַיַּעֲבִרֵם אֶת־הַנָּחַל וַיַּעֲבֵר אֶת־אֲשֶׁר־לוֹ׃

VAYIKKA'HÉM VAYA'AVIRÉM ET-HANNÁ'HAL VAYA'AVÉR ET-ACHER-LÓ

24 Et il les prit, et il les fit passer à travers le ruisseau, et tout ce qu'il avait, il le fit passer aussi à travers lui.

Yaakov transporte tout son camp : et le bétail, et les tentes, et les biens – il transporte tout à travers le Yabok de ce côté-là d'où viendra Essav. Et il fait tout cela au milieu de la nuit. Pouvez-vous vous représenter ce que c'est que de se réveiller au milieu de la nuit, de lever quatre femmes, 11 enfants, dont l'aîné n'a pas encore douze ans, et avec eux commencer, la nuit, en l'absence d'éclairage, de ponts et de vêtements suffisamment chauds, à traverser la rivière et en plus, sans doute, sans faire trop de bruit, puis traîner pendant la moitié de la nuit tous ses biens ? C'est-à-dire que c'est une opération pas simple qu'a entreprise Yaakov, et il serait intéressant de comprendre pourquoi…

Les commentateurs disent des choses différentes à ce sujet. Rachbam propose une variante très intéressante : « Toute cette entreprise de Yaakov avec les délégations vers Essav – c'est une feinte ». 7 bergers viendront l'un après l'autre et diront : « Yaakov, voici, vient à notre suite, et ceci est un cadeau pour toi ». Et Yaakov se lèvera la nuit et partira par un autre chemin et maintenant il ne rencontrera pas Essav, plus tard, d'une manière ou d'une autre, quand les circonstances s'y prêteront, quand le renseignement rapportera une autre situation, et non pas 400 combattants, peut-être qu'alors Yaakov le rencontrera, mais pour l'instant il veut s'enfuir. Bien qu'il ait déjà envoyé des anges, dressé le camp, prié et rappelé au Très-Haut toutes les bénédictions, les promesses que le Très-Haut lui avait données, la peur l'emporte, et Yaakov veut se sauver. Ainsi, Yaakov a transporté tout le camp et, apparemment, il est revenu, comme disent les commentateurs, « ramasser encore toutes sortes de menues choses », après avoir déjà transporté, fait traverser tout le monde.

וַיִּוָּתֵר יַעֲקֹב לְבַדּוֹ וַיֵּאָבֵק אִישׁ עִמּוֹ

VAYIVVATÉR YAAKÓV LEVADDÓ VAYE'AVÉK ICH IMMÓ

25 Et Yaakov resta seul (seul de l'autre côté du Yabok, sur lequel il est seul, sur lequel il était au départ), Et un « ich » lutta avec lui

Nous avons lu dans le chapitre précédent qu'on a commencé à appeler Yaakov ich, quand il est devenu important. Ich – c'est une personnalité importante. Littéralement c'est homme, mais très souvent c'est aussi employé dans le sens d'ange. Et, à en juger par notre contexte, il s'agit ici d'un ange. Le mot laye'avék (lutter, ici vaye'avék) vient du mot avák (poussière, se rouler dans la poussière). Mais bien que le mot lutte vienne du mot se rouler dans la poussière, bien entendu, cela ne signifie pas toujours qu'il faille obligatoirement se rouler dans la poussière. Ainsi, quelqu'un a lutté avec lui.

עַד עֲלוֹת הַשָּׁחַר׃

AD ALÓT HACHÁ'HAR

...jusqu'à l'aube.

Nous lisons, vous et moi, l'une des histoires les plus mystérieuses du Pentateuque. Voici, on demande souvent : « Qui regardaient-ils, qui allait vers les filles des hommes et que se passait-il là ? » Mais bien plus complexe et plus intéressante – c'est notre histoire : qui donc et pourquoi a soudain commis une attaque de bandit contre Yaakov ? D'autant plus pas contre son camp, qui était resté sans lui, qu'on pouvait piller, mais précisément contre lui-même, quand il était resté seul. Qui est celui qui luttait avec lui ?

Beaucoup de commentateurs, comme Rachi ou Kanati, disent que c'est l'ange d'Essav. L'ange d'Essav, qui voulait abattre Yaakov, battre Yaakov, affaiblir Yaakov et intimider Yaakov. D'autres disent que le Très-Haut a obligé l'ange d'Essav à aller vers Yaakov, pour que Yaakov remporte une sorte de victoire d'entraînement sur l'ange, sur celui qui dirige Essav, avec son ange gardien céleste, et qu'alors on puisse dire : « Et dans les cieux, et sur la terre tu as vaincu Essav ».

L'ancien targoum Yonatan dit que l'ange qui a lutté avec Yaakov, c'est l'archange Mikhaël, qui est venu pour, en fait, ne pas donner à Yaakov la possibilité de s'enfuir, pour le retenir toute la nuit (à l'aube il n'est déjà plus si facile de s'enfuir) et, si possible, comme nous le verrons, lui blesser la jambe. Arrêtons-nous là-dessus. D'une manière ou d'une autre, toute cette mission angélique avait pour but que Yaakov comprenne qu'il ne devait pas s'enfuir. C'est précisément pour cela qu'on l'a attaqué.

Savez-vous comment on acquiert un animal ? Quand un homme a donné de l'argent pour une vache, pour un taureau, pour un chameau, cet animal n'est pas encore devenu son acquisition : on considère comme moment du début de la possession celui où l'homme a tiré l'animal derrière lui, l'a appelé ou l'a frappé par derrière avec une baguette, et qu'il s'est mis en marche, a bougé d'un pas. Il arrive parfois que le Très-Haut, quand Il veut nous acquérir, veut nous prendre à Lui, peut aussi d'abord soit nous appeler (et si nous faisons un pas – nous sommes à Lui), soit nous frapper par derrière avec une baguette, si nous n'avançons pas : alors ce sera la variante du fouet. Et ici on avertit Yaakov, on lui montre qu'il ne doit pas fuir Essav. Le Très-Haut dit : « Je t'ai béni, Je t'ai promis de te garder, Je t'ai promis aussi de t'éduquer ». Tous ceux qu'Il accueille, Il les châtie. C'est-à-dire une miséricorde si particulière envers Yaakov, qu'un ange lui est envoyé pour lutter avec lui.

וַיַּרְא כִּי לֹא יָכֹל לוֹ

VAYÁR KI LO YAKHÓL LO

26 Et l'ange vit qu'il ne pouvait pas venir à bout de lui

Nous savons que, bien qu'on instruise Yaakov, l'ange a des droits limités (comme en son temps le SEIGNEUR a donné à satan accès à Job), l'ange n'a pas reçu le droit d'anéantir Yaakov.

וַיִּגַּע בְּכַף־יְרֵכוֹ

VAYIGGÁ BEKHAF-YEREKHÓ

...et il toucha (si l'on traduit littéralement) la paume de la cuisse.

Il toucha la cuisse – le nerf qui passe le long de la cuisse. C'est un nerf très important, et si on le touche (le nerf ou le tendon), l'homme commence à boiter.

וַתֵּקַע כַּף־יֶרֶךְ יַעֲקֹב הֵאָבְקוֹ עִמּוֹ׃

VATTÉKA KAF-YÉREKH YAAKÓV BEHE'AVEKÓLa translittération de l'original intervertit deux lettres dans ce mot. La ligne française suit l'hébreu : behe'avekó. IMMÓ

...et il tordit (vrilla) la cuisse de Yaakov, quand il luttait avec lui.

C'est-à-dire que Yaakov a reçu une blessure et une boiterie. Un homme boiteux ne peut déjà plus s'enfuir. C'est en cela, en somme, que consistait la tâche de l'ange.

וַיֹּאמֶר שַׁלְּחֵנִי כִּי עָלָה הַשָּׁחַר

VAYOMER CHALLE'HÉNI KI ALÁ HACHÁ'HAR

27 Et il dit : « Laisse-moi partir, car l'aube se lève ».

Pourquoi est-il si important pour l'ange que l'aube soit venue ? Une chose est de retenir Yaakov jusqu'à l'aube, c'est compréhensible, parce qu'à la lumière il est plus difficile de fuir, mais pourquoi lui-même a-t-il eu besoin si urgemment de rentrer à la maison ? Les commentateurs disent : « Les anges commencent le matin le chant au Très-Haut, et c'est justement le moment pour l'ange de se libérer ». On peut objecter : « Mais chez nous la terre est ainsi faite que tout le temps quelque part c'est le matin. Même quand chez moi c'est le soir, quelque part chez quelqu'un c'est le matin. Toujours quelque part c'est le matin et toujours quelque part c'est le soir ». Et il y a plusieurs points de vue différents là-dessus. Les uns disent : « Eh bien oui, les anges de chaque pays, de chaque, disons, fuseau horaire chantent constamment et le chant du matin, et celui du soir, et celui de midi, et ainsi la louange retentit pour le Très-Haut dans l'éternité ». D'autres disent que la capitale – la Jérusalem céleste – vit selon l'heure terrestre de Jérusalem, et que les aubes et les couchers de soleil y sont aussi à l'heure de Jérusalem. Mais, probablement, nous n'obtiendrons pas de réponse unique à la question : pourquoi il était si important pour l'ange de se libérer au lever du soleil, à l'aurore. On peut, bien sûr, supposer beaucoup de choses, et il est toujours bon de supposer, c'est bien pour cela qu'elle est la Torah, pour que nous réfléchissions sur elle, mais une réponse unique, nous ne l'obtiendrons pas.

וַיֹּאמֶר לֹא אֲשַׁלֵּחֲךָ כִּי אִם־בֵּרַכְתָּנִי׃

VAYOMER LO ACHALLE'HAKHÁ KI IM-BERAKHTÁNI

...ET (YAAKOV LUI) RÉPONDIT : « JE NE TE LAISSERAI PAS PARTIR, SI TU NE ME BÉNIS PAS ».

וַיֹּאמֶר אֵלָיו מַה־שְּׁמֶךָ וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב׃

VAYOMER ELÁV MA-CHEMÉKHA VAYOMER YAAKÓV

28 Et l'ange lui dit : « comment t'appelles-tu ? » Et il répondit : « Yaakov ».

Ici apparaît une étrangeté : est-ce que l'ange n'a pas reçu d'en haut un ordre de mission précis ? Ne lui a-t-on pas dit : « Va, voici une photographie, attaque cet homme-là, il s'appelle Yaakov Yits'hakovitch, il est juif ? Attaque précisément celui-là, fais attention, ne le confonds avec personne d'autre, n'attaque pas un autre. Voici le numéro de passeport, le lieu de résidence, le nom de famille, le prénom, le numéro fiscal – on t'a tout donné... » ? Pourquoi soudain l'ange demande-t-il ? Parfois, quand nous disons un nom, quand nous demandons un nom pour les prières, quand nous demandons de prier, il est important de bien prononcer le nom comme une transmission de pouvoirs. Qui es-tu ? Qui es-tu vraiment ? Quel est ton nom maintenant ? Et le nom peut être un instrument pour la bénédiction. Nous voyons comment Yéchoua dit en réponse aux noms : « Tu t'appelles ainsi et ainsi, Je ferai... », c'est-à-dire qu'en partant du nom, on peut aussi bénir.

וַיֹּאמֶר לֹא יַעֲקֹב יֵאָמֵר עוֹד שִׁמְךָ י אִם־יִשְׂרָאֵל כִּי־שָׂרִיתָ עִם־אֱלֹהִים וְעִם־אֲנָשִׁים וַתּוּכָל׃

VAYOMER LO YAAKÓV YE'AMÉR OD CHIMKHÁ KI IM-YISRAÉL KI-SARÍTA IM-ELOHÍM VE'IM-ANACHÍM VATTOUKHÁL

29 Et il (l'ange) lui dit : « ton nom ne sera plus dit “Yaakov”, mais tu seras appelé “yIsraël” : Tu as gouverné avec Dieu et avec les hommes, et tu as pu ».

Le verbe saríta est difficile à traduire. Les textes grecs le traduisent par dominait avec Dieu ou régnait en prince avec Dieu. Les textes juifs, araméens et les commentateurs l'interprètent aussi à partir du mot srerá (pouvoir) – gouverner avec Dieu. Et alors le nom Yisraël signifie « celui qui affermira sur la terre le pouvoir et la force de Dieu ». Quand donc Yaakov a-t-il gouverné avec Dieu ? Eh bien, à proprement parler, c'est bien pour cela que lui est donnée la bénédiction d'Avraham : « tu peux lier et sur la terre, et dans les cieux ; et sur la terre, et dans les cieux un certain pouvoir t'est donné ». Yaakov, nous nous en souvenons, a commencé son chemin par l'échelle du ciel jusqu'à la terre, par laquelle montent et descendent les anges, et ici on peut dire que l'ange annonce à Yaakov qu'il est monté sur cette échelle, qu'il est devenu cet instrument même de gouvernement. D'un autre côté, chez Hochéa nous lisons que Yaakov « a lutté avec l'ange », et Hochéa emploie ce même mot, mais là il est plus évident que ce mot signifie lutta. Et alors on peut traduire par « luttant avec Dieu ». Comment comprendre cela ? Un peuple qui lutte contre Dieu... Une telle expression, semble-t-il, ne sonne pas très bien. Mais nous nous souvenons comment, par exemple, Moché intercédait pour son peuple et disait : « Si Tu ne leur pardonnes pas, efface-moi du livre dans lequel Tu m'as inscrit ». Le peuple qui est intercesseur et représentant pour le monde entier, pour les hommes (dans les cieux) – c'est un peuple qui, en partie, lutte avec Dieu. L'avocat, le représentant de l'humanité dans les cieux, le prêtre qui se tient devant Dieu, lui aussi, peut-on dire, dans une certaine mesure lutte avec Dieu. Se trouvant dans une crainte et un tremblement incroyables devant Lui, Moché se présente tout de même pour le peuple, demande le pardon du peuple, lutte, apaise la colère de Dieu. Et ici on peut voir un parallèle avec ce par quoi nous avons commencé : Yaakov peut apaiser la colère de Dieu, il n'a pas besoin d'apaiser Essav, et c'est pourquoi il a reçu un lutteur pour avoir apaisé celui qu'il ne fallait pas.

וַיִּשְׁאַל יַעֲקֹב וַיֹּאמֶר הַגִּידָה־נָּא שְׁמֶךָ וַיֹּאמֶר לָמָּה זֶּה תִּשְׁאַל לִשְׁמִי

VAYICH'ÁL YAAKÓV VAYOMER HAGGIDANÁ CHEMÉKHA VAYOMER LAMMÁ ZE TICH'ÁL LICHMÍ

30 Et Yaakov demanda et dit : « dis-moi ton nom ». Et il lui répondit : « pourquoi vas-tu demander mon nom ? »

Et pourquoi demandait-il ? N'est-ce donc pas compréhensible ? Ici on peut dire : « Ce n'est pas moi que tu dois bénir, je ne suis ici qu'un instrument, tu sais qui bénir, tu sais de qui la bénédiction sera ma bénédiction ».

וַיְבָרֶךְ אֹתוֹ שָׁם׃

VAYVÁREKH OTÓ CHAM

...Et il le bénit là.

« Yaakov bénit l'ange là » et « l'ange bénit Yaakov là » – ici on peut le comprendre de différentes manières, mais, très probablement, l'ange a béni Yaakov par un nouveau nom, et Yisraël a béni l'ange, a béni le Très-Haut, Qui a fait quelque chose par l'ange. Bien sûr, toujours, quand on commente un tel épisode, au sujet duquel il y a beaucoup de commentaires, de réflexions et d'opinions, – c'est toujours discutable et c'est toujours difficile. Il ne faut pas oublier que oui, en effet, la Torah que nous lisons nous dévoile : nos commentaires parlent de nous, et non des héros de la Torah, et la Torah est appelée à nous changer, et non nous – les héros de la Torah. S'il y a certaines réflexions, désaccords, disputes, si quelqu'un voit autrement, eh bien, c'est parce que quelqu'un est – autre, pas comme moi. C'est tout à fait normal, tout à fait normal de ne pas être d'accord, de ne pas accepter, de discuter, de s'indigner, de voir autre chose, de voir un tout autre Yaakov et un tout autre ange. L'essentiel – que la Torah nous change et nous fasse grandir, et non que nous exigions quelque chose des héros, condamnions ou justifiions les héros. Ce n'est pas pour cela que c'est écrit. La Torah est un livre sur eux, mais elle doit être lue sur nous. C'est mon opinion personnelle.

Et voilà qu'ils se sont rencontrés

Béréchit 32,31–33,5

Ainsi donc, nous avons laissé Yaakov sur la rive du torrent de Yabok et maintenant nous continuons à lire à partir du verset 31 :

וַיִּקְרָא יַעֲקֹב שֵׁם הַמָּקוֹם פְּנִיאֵל

VAYIKRÁ YAAKÓV CHEM HAMMAKÓM PENI'ÉL

31 Et Yaakov appela le nom de ce lieu « Péniël »,

Si nous regardons le nom, pni, c'est visage ou mon visage et el, c'est Dieu. On peut le lire aussi bien comme « visage de Dieu », que comme « mon visage – Dieu ». Pourquoi Yaakov l'a-t-il appelé ainsi ?

כִּי־רָאִיתִי אֱלֹהִים פָּנִים אֶל־פָּנִים וַתִּנָּצֵל נַפְשִׁי׃

KI-RA'ÍTI ELOHÍM PANÍM EL-PANÍM VATTINNATSÉL NAFCHÍ

parce que j'ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée.

Nous savons que par le mot elohím (Dieu) on désigne souvent les anges. Hochéa, en racontant de nouveau l'histoire de la lutte nocturne de Yaakov, dit lui aussi que Yaakov a lutté précisément avec un ange. Là, chez Hochéa, se trouve le mot malákh, et c'est déjà tout à fait clair. Néanmoins nous savons que le mot malákh signifie messager. Le messager de Dieu, c'est une ressemblance de Dieu. C'est pourquoi on peut dire que Dieu se montre à nous sous l'aspect d'anges, Dieu envoie des anges pour manifester quelque chose de Son essence. Et Yaakov pouvait tout à fait dire qu'il avait vu Dieu face à face. Quand nous parlions de l'échelle de Yaakov, nous avons mentionné le midrach-commentaire selon lequel le visage qui est sur le trône du Très-Haut rappelle le visage de Yaakov. Les anges voyaient, comparaient et disaient : « Nous avons vu celui dont la face est un bas-relief sur le trône de Dieu ». Comme nous avons vu une préfiguration du Machia'h. Ici on peut dire que, en luttant avec l'ange, Yaakov a dévoilé son visage, Yaakov a vu en lui-même le visage du Très-Haut. Nous verrons plus tard comment cela est lié au fait que, vraisemblablement, c'est l'ange d'Essav qui a lutté avec lui, quand Yaakov dira à Essav : « J'ai vu en toi le visage du Très-Haut ». Car ils sont finalement, bien qu'ils diffèrent fortement d'aspect, malgré tout semblables, ces deux frères.

Ainsi donc, péniël, c'est une vision de Dieu d'une certaine manière. Peut-être qu'il a été révélé à Yaakov qu'en tant qu'Israël – c'est ainsi qu'il sera appelé par la suite – il porte en lui une force divine, et le potentiel de cela (comme le dira plus tard le Machia'h : « Qui m'a vu a vu le Père ») s'est déjà entrouvert dès maintenant à Yaakov, et c'est pourquoi le lieu s'appelle Péniël.

וַיִּזְרַח־לוֹ הַשֶּׁמֶשׁ

VAYIZRA'H-LÓ HACHÉMECH

32 Et le soleil se leva pour lui,

Lo signifie pour lui. Pourquoi pour lui ? Ne s'est-il donc pas levé pour les autres ? À ce sujet il y a différents commentaires. La plupart des commentateurs disent : « Le soleil se leva pour lui – le soleil qui guérit (nous savons que chez Malakhi il est dit : “Voici, le jour vient, et il est comme un four brûlant pour les méchants” – le soleil peut être une terrible fournaise, mais pour les justes il y a chémech tsdaká – le soleil de justice), et la lumière divine, par le soleil et la lumière solaire, a été envoyée à Yaakov pour la guérison ». Mais c'est encore plus intéressant si l'on revient au début de l'histoire – à l'histoire dans la section Vayétsé, quand Yaakov part en chemin. Nous avons dit qu'il a passé la nuit dans un lieu déterminé, parce que le Très-Haut a fait coucher le soleil plus tôt pour lui, afin de le retenir en un certain lieu. Ici le soleil se lève exactement de la même façon pour Yaakov, pour que l'aube arrive. Et plus loin nous lisons :

כַּאֲשֶׁר עָבַר אֶת־פְּנוּאֵל וְהוּא צֹלֵעַ עַל־יְרֵכוֹ׃

KA'ACHÉR AVÁR ET-PENOU'ÉL VEHOÚ TSOLÉYA AL-YEREKHÓ

...quand il passait par Pénouël. Et il boite de sa hanche.

Le mot tsoléya (boiteux) signifie un côté, une face, une côte, mais dans ce cas précis, sans ambiguïté, tsoléya, c'est penche d'un côté. Le résultat de la blessure que Yaakov a reçue, c'est la boiterie.

Naturellement, il y a des midrachim qui disent : « ...le soleil se leva et le guérit... ». Les uns disent qu'il l'a guéri tout de suite, d'autres versions disent que Yaakov est resté boiteux. La boiterie, nous l'avons dit, c'est peut-être la conséquence du désir de l'ange, envoyé par le Très-Haut, de retenir Yaakov, de l'empêcher de fuir. D'un autre côté, nous voyons que Yaakov, malgré l'abondance des bénédictions que le Très-Haut lui donne, boite, il a peur de s'engager sans ambiguïté sur le chemin qui suit les promesses, il se renforce constamment, constamment quelque part il prend des précautions et redouble de précautions. Et, d'un côté, c'est bien – c'est bien de douter de soi, c'est bien de douter d'être digne de quelque chose (en général, l'introspection, l'autocritique, c'est une bonne qualité de l'homme, la modestie, c'est une bonne qualité de l'homme), mais ici cela se transforme déjà en boiterie. Et cela est montré à Yaakov, et à travers Yaakov c'est un exemple pour nous tous. Sa boiterie dans le monde spirituel, son manque de disposition à dire « je suis le fils de la promesse » et, peut-être, son manque de disposition à se présenter hardiment, comme possesseur de la bénédiction, devant Essav, aboutit en fin de compte à la boiterie. Yaakov ne vient pas comme possesseur de la promesse. Et, d'un autre côté, nous pouvons dire que c'est aussi pour nous un exemple.

עַל־כֵּן לֹא־יֹאכְלוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל

AL-KÉN LO-YOKHELOÚ VENE-YISRAÉL

33 C'est pourquoi les fils d'Israël ne mangeront pas

Vené Yisraél ici n'est pas d'après le nom de Yaakov, mais comme nom du peuple (c'est-à-dire d'après le nom dans l'avenir), car cela est écrit quand Israël existe déjà.

אֶת־גִּיד הַנָּשֶׁה אֲשֶׁר עַל־כַּף הַיָּרֵךְ עַד הַיּוֹם הַזֶּה כִּי נָגַע בְּכַף־יֶרֶךְ יַעֲקֹב בְּגִיד הַנָּשֶׁה׃

ET-GÍD HANNACHÉ ACHÉR AL-KÁF HAYARÉKH AD HAYÓM HAZZÉ KI NAGÁ BEKAF-YÉREKH YAAKÓV BEGÍD HANNACHÉ

...ce nerf même (de la hanche, que l'ange a touché), qui est dans la hanche jusqu'à ce jour, parce que l'ange a touché ce nerf dans la hanche de Yaakov.

Quel lien, semblerait-il ? Pourquoi notre tâche est-elle justement de ne pas manger ce nerf ? Pourquoi ne pas faire, en mémoire de cet événement, un jour où nous boiterions tous ? Pas commode, mais tout à fait mémorable. Nous avons beaucoup de ces signes qui ne sont pas très commodes. Pourquoi, au contraire, ne pas manger ce nerf ? Pourquoi ne pas marquer cette mémoire d'une autre manière encore ? Et ici il y a deux approches différentes. Les uns disent que Yaakov était fort, capable de résister à l'ange en tout, c'est-à-dire qu'il possédait une force suffisante, un niveau de sainteté suffisant, mais, puisque dans la vie de famille, puisque avec ses femmes il y a chez lui un certain bazar, je n'ai pas peur de ce mot, c'est justement cet endroit de la hanche qui est vulnérable, il a souffert, et nous ne le mangeons pas parce qu'il est pour nous imparfait – nous ne pouvons pas, nous ne sommes pas capables d'élever les étincelles divines qui sont en lui. D'autres, au contraire, disent que, puisque l'ange a touché la hanche, une interaction du Très-Haut a eu lieu avec elle, et elle a été sanctifiée. Le Très-Haut, est-il dit, a touché les montagnes, et elles ont fumé – une immense transformation s'est produite en cela. Il y a encore un point de vue : dans ce cas, nous corrigeons en quelque sorte ce qu'a fait l'ange, nous, en vainquant l'animal (car, en réalité, quel rapport ce nerf chez les animaux a-t-il avec le nerf chez l'homme ?), nous remportons sur lui la victoire, mais nous ne lui portons pas un coup sous la ceinture, nous ne touchons pas ce nerf, parce que nous n'agissons pas comme l'ange. Il y a aussi une telle approche. Ici, encore une fois, nous nous attardons longtemps sur ce thème, mais le thème est intéressant. Bien sûr, vous pouvez demander : est-ce que l'ange l'emportait sur Yaakov ? Il y a aussi une telle version, on peut aussi lire ce texte ainsi, on ne peut pas y échapper, car c'est Yaakov qui est pressé avec l'aube, c'est Yaakov qui a sa famille sur l'autre rive du fleuve, il lui faut y aller, il lui faut d'urgence rejoindre sa famille, qu'Essav est sur le point d'attaquer, tandis que l'ange... Bon, l'histoire du chant de louange est bonne et convenable, mais l'ange peut ne se presser nulle part. Chez Hochéa il est dit que Yaakov pleurait et suppliait l'ange de le laisser partir, c'est-à-dire qu'ici Yaakov a simplement tenu bon dans la lutte avec l'ange, mais l'ange a employé un coup interdit sous la ceinture, c'est pourquoi nous ne mangeons pas ce nerf.

Car toute l'histoire de la lutte de Yaakov et de l'ange est extrêmement complexe, multiforme, et il y a beaucoup de versions sur le thème « pourquoi cela a eu lieu ». On peut, par exemple, dire que, de même qu'on donne à un homme des poisons à petite dose, pour qu'il s'habitue et acquière un antidote contre une grande dose de poison, ou comme on donne à un homme une poliomyélite atténuée, pour qu'il vienne à bout de la poliomyélite (je ne veux pas ouvrir ici le thème des vaccins), exactement de la même façon on a donné à Yaakov l'ange d'Essav affaibli, pour qu'il puisse vaincre Essav lui-même. Encore une fois, chaque commentateur, dans toute l'histoire juive du commentaire, entrouvrait les portes de son propre cœur en parlant de ces mêmes événements, et si vous voyez un autre tableau, alors regardez non seulement ce que cela dit de Yaakov, mais aussi ce que cela dit de vous, de nous et de tout ce qui est avec nous. Sur ce, nous terminerons l'histoire de la lutte de Yaakov avec l'ange et terminerons le chapitre 32. Commençons à lire à partir du verset 1 du chapitre 33.

וַיִּשָּׂא יַעֲקֹב עֵינָיו וַיַּרְא וְהִנֵּה עֵשָׂו בָּא וְעִמּוֹ אַרְבַּע מֵאוֹת אִישׁ

VAYISSÁ YAAKÓV ENÁV VAYÁR VEHINNÉ ESSÁV BA VE'IMMÓ ARBÁ MEÓT ICH

1 Et Yaakov éleva (et leva) ses yeux, et vit : et voici, Essav vient, et avec lui 400 hommes.

Comme l'avaient exactement rapporté les éclaireurs, Essav approche, et avec lui 400 hommes. Bien entendu, Yaakov ne les a pas tous comptés, mais il s'est assuré que oui, il y a ici quelque 400 hommes. En général, quand nous lisons des jugements d'estimation du genre « j'ai vu une foule, et il y avait là 10 000 personnes ou 12 000 personnes », il faut se rappeler que, bien sûr, il n'y a pas ici de calculs arithmétiques exacts.

וַיַּחַץ אֶת־הַיְלָדִים עַל־לֵאָה וְעַל־רָחֵל וְעַל שְׁתֵּי הַשְּׁפָחוֹת׃

VAYÁ'HATS ET-HAYLADÍM AL-LE'Á VE'AL-RA'HÉL VE'ÁL CHETÉ HACHEFA'HÓT

...Et il partagea les enfants de Ra'hel et de Léa d'un côté, et les enfants des concubines de l'autre côté.

וַיָּשֶׂם אֶת־הַשְּׁפָחוֹת וְאֶת־יַלְדֵיהֶן רִאשֹׁנָה וְאֶת־לֵאָה וִילָדֶיהָ אַחֲרֹנִים וְאֶת־רָחֵל וְאֶת־יוֹסֵף אַחֲרֹנִים׃

VAYÁSSEM ET-HACHEFA'HÓT VE'ET-YALDEHÉN RICHONÁ VE'ET-LE'Á VILADÉHA A'HARONÍM VE'ET-RA'HÉL VE'ET-YOSSÉF A'HARONÍM

2 Les concubines (ou les esclaves) et leurs enfants, il les plaça devant, et les enfants de Léa, il les plaça derrière eux, et Yossef (bien entendu, avec Ra'hel), il le plaça derrière tous.

Ainsi, il plaça derrière lui le camp, à l'avant duquel les concubines avec leurs enfants (ou les esclaves avec leurs enfants), derrière – Léa avec ses enfants et tout à l'arrière – Ra'hel avec ses enfants – ses enfants à elle sont les plus petits. Mais nous nous souvenons que ses enfants – c'est Yossef. Elle n'a qu'un seul fils, Yossef, il a peut-être un an à ce moment-là. Alors, que fait Yaakov ? Comme dans le cas précédent, avant la traversée de la rivière, Yaakov fait deux camps. Vous vous souvenez, nous disions : Yaakov passait à côté des anges, il vit deux camps d'anges et appela ce lieu « Ma'hanaïm » ? Yaakov boite toujours en ce sens que dans les cieux, dans le céleste, il ne met pas son espérance : ses camps sont divisés non pas à la verticale – en haut et en bas –, mais à l'horizontale. Il utilise, oui, une certaine idée, ce n'est pas pour rien qu'il y a ici 2 camps et là 2 camps (le mot camp n'est pas mentionné en vain si souvent ici), Yaakov dresse 2 camps et compte sur son astuce. Beaucoup disent que Yaakov (pour une raison ou une autre, il est d'usage chez les chrétiens de parler ainsi) est un lâche et un faible et qu'il a mis les femmes en avant. Il a disposé ses femmes. On peut demander : et alors, ne traitait-il donc pas de la même façon aussi les enfants des esclaves ? Non, il ne les traitait pas de la même façon. Yaakov avait une division sociale stricte dans la famille : les enfants des esclaves pouvaient s'occuper de travaux plus durs, pouvaient être plus prêts au combat, pouvaient être simplement des combattants, et oui, Yaakov a une hiérarchie à l'égard de ses enfants, à l'égard de sa famille, cela ne l'honore pas, mais c'est ainsi. Mais tout de même, avec ceux avec qui il le peut (il n'a apparemment pas tant de gens), il se place en avant de cette armée. Nous nous souvenons qu'Avraham, avec une armée d'un peu plus de 300 hommes, a fait bien des choses en son temps, et Essav arrive avec 400 hommes – pour ces temps-là un rassemblement très fort, et Yaakov, malgré toutes les promesses, malgré le combat préparatoire avec l'ange, a quand même peur, et c'est pourquoi il a divisé son arrière et l'a disposé selon l'ordre dans lequel il aime chacun.

וְהוּא עָבַר לִפְנֵיהֶם וַיִּשְׁתַּחוּ אַרְצָה שֶׁבַע פְּעָמִים עַד־גִּשְׁתּוֹ עַד־אָחִיו׃

VEHOÚ AVÁR LIFNEHÉM VAYICHTÁ'HOU ÁRTSA CHÉVA PE'AMÍM AD-GICHTÓ AD-A'HÍV

3 Et lui alla devant, Et 7 fois il se prosterna, jusqu'à ce qu'il arrive près d'Essav.

Dans le cas de David et Yonatan, nous nous en souvenons, il y avait 3 prosternations, ici 7 prosternations. Yaakov a d'abord envoyé 7 offrandes, maintenant il se prosterne 7 fois. Et ce n'est pas pour rien : 7, c'est le nombre du peuple, 7 est lié à ce qui n'appartient pas au peuple d'Israël, c'est un nombre très important. Tout ce qui est lié au peuple d'Israël est caractérisé par le nombre 12. 70 peuples, 7 peuples de la terre, 12 apôtres, 7 diacres pour les veuves et les orphelins hellénistes – c'est une histoire un peu à part. Et les corbeilles qui restaient étaient au nombre de 12 et de 7, et bien d'autres choses encore sont liées à 12 et à 7. Yaakov s'approche et se prosterne 7 fois, envoie 7 cadeaux et, semble-t-il, confirme par là même la bénédiction d'Essav sur la terre sainte. D'un autre côté, Yaakov a la bénédiction dont l'a béni le Très-Haut. Yaakov est revenu avec une bénédiction, il n'a pas besoin de la bénédiction prise par la ruse, c'est pourquoi, encore une fois, selon la version de ceux qui disent que c'est Yaakov qui demandait à l'ange de le laisser partir, et que l'ange demandait de le bénir, Yaakov rend à l'ange la brakha qu'il avait reçue, la bénédiction qu'il avait reçue, parce qu'il a sa propre bénédiction. Plus encore, il est déjà lui-même la source des bénédictions. Tout cela, Yaakov l'a traversé, tout cela, Yaakov le sait, mais la peur devant Essav reste chez Yaakov, et il se conduit ici vraiment comme un esclave : lentement, en se prosternant 7 fois, avec une énorme peur, il va à la rencontre d'Essav. Essav se conduit tout à fait autrement. Nous lisons :

וַיָּרָץ עֵשָׂו לִקְרָאתוֹ וַיְחַבְּקֵהוּ וַיִּפֹּל עַל־צַוָּארָו וַיִּשָּׁקֵהוּ וַיִּבְכּוּ׃

VAYÁROTS ESSÁV LIKRATÓ VAY'HABBEKÉHOU VAYIPPÓL AL-TSAVVARÁV VAYICHAKÉHOU VAYIVKOÚ

4 Et Essav courut à sa rencontre, et l'étreignit, et tomba sur son cou, et l'embrassa, et ils pleurèrent.

D'abord nous lisons les verbes. Vous vous souvenez, nous disions que, quand sont décrites des actions rapides, l'Écriture parle par des verbes : il courut à sa rencontre, et l'étreignit, et tomba sur son cou, et l'embrassa, et ensemble ils pleurèrent. Ce n'est que quand Essav eut embrassé Yaakov, ce n'est qu'alors qu'ils pleurèrent ensemble. Vous vous souvenez, quand Yaakov s'en va, Yits'hak pleure, et Essav pleure, et Yaakov embrasse son père. Ici le baiser et les pleurs se sont rejoints, et ce cercle aussi s'est refermé. Je veux arrêter l'attention sur le mot tsavár (cou). C'est simplement pour ceux qui étudient l'hébreu. Dans la Torah, si nous lisons le texte, il est écrit tsavaráv avec les lettres youd et vav à la fin, comme s'il avait des cous (beaucoup de cous). Il y a ici une correction des scribes, dans laquelle la lettre youd est absente. Le fait est que le mot tsavár désigne un côté du cou. Cela devient comme un organe pair. Comme l'homme a des épaules, des oreilles, des joues… De même il a aussi des cous. Et sur l'un des cous Essav tomba et pleura. Mais depuis le changement de l'hébreu, cou est devenu un mot unique, c'est pourquoi on a obtenu la graphie tsavaráv. Et nous lisons plus loin (le personnage qui agit, nous l'avons dit, c'est Essav) :

וַיִּשָּׂא אֶת־עֵינָיו וַיַּרְא אֶת־הַנָּשִׁים וְאֶת־הַיְלָדִים וַיֹּאמֶר מִי־אֵלֶּה לָּךְ וַיֹּאמַר הַיְלָדִים אֲשֶׁר־חָנַן אֱלֹהִים אֶת־עַבְדֶּךָ׃

VAYISSÁ ET-ENÁV VAYÁR ET-HANNACHÍM VE'ET-HAYLADÍM VAYOMER MI-ÉLLE LAKH VAYOMÁR HAYLADÍM ACHER-'HANÁN ELOHÍM ET-AVDÉKHA

5 Et il leva les yeux, et vit les épouses et les enfants (ou les femmes et les enfants), et dit : « Ceux-ci, qui sont-ils pour toi ? » Et il dit : « Les enfants dont le SEIGNEUR a gratifié ton serviteur ».

Yaakov commence à présenter son camp à Essav.

Ici se termine le cycle quotidien de la Torah. Quand, le sabbat, nous lisons toute la section hebdomadaire, 7 personnes sont appelées à la Torah, et nous divisons en conséquence la section hebdomadaire en 7 parties selon les 7 lectures. Je lis chaque jour l'une des lectures que chacun lira le sabbat. S'il semble parfois que les rabbins se disputent les uns avec les autres, ce n'est pas une dispute, c'est une divergence d'opinions. Il n'est pas dit ici : « tu as tort, et toi, tu as raison » – cela arrive en général très rarement chez nous –, nous comprenons que nous sommes différents et que la Torah a de nombreux visages, et ce n'est qu'ensemble que nous pouvons créer une compréhension unique. La Torah a été donnée sur une montagne, et une montagne est ainsi faite qu'on ne la voit pas toute à la fois. Le peuple campait tout autour, c'est pourquoi, pour obtenir une image panoramique, il faut regarder avec tout le peuple. Bon, c'est encore une de ces digressions non lyriques.

Ainsi, nous avons laissé nos héros à ce moment dramatique où, contrairement aux attentes de Yaakov, Essav ne l'a pas attaqué, mais, au contraire, a couru vers lui, l'a étreint, l'a embrassé, et eux, émus, ont pleuré ensemble. Quand ils eurent assez pleuré et se furent assez étreints, Essav regarda tout ce peuple qui est avec Yaakov et lui demanda : « Qui sont tous ces gens qui sont avec toi ? » Et Yaakov lui répond : « Ce sont mes enfants, que m'a donnés le SEIGNEUR ». Et arrive le moment le plus approprié pour présenter les enfants. Dans la description de cette présentation il y a quelques subtilités de langue, sur lesquelles nous essaierons d'attirer l'attention, avec l'aide de Dieu.

Et voilà, ils se sont séparés

Béréchit 33,6–20

וַתִּגַּשְׁןָ הַשְּׁפָחוֹת הֵנָּה

VATTIGGÁCHNA HACHEFA'HÓT HÉNNA

6 Et s'approchèrent ici les esclaves

Quand nous disons « s'approchèrent ici », nous voulons dire « s'approchèrent de l'endroit » où se tenaient Yaakov et Essav, et avant cela elles se tenaient à l'écart.

וְיַלְדֵיהֶן וַתִּשְׁתַּחֲוֶיןָ׃

VEYALDEHÉN VATTICHTA'HAVÉNA

...et leurs enfants et se prosternèrent.

Lisons encore une fois : « Et s'approchèrent les esclaves ici et leurs enfants et se prosternèrent ». Une construction linguistique étrange. Plus étrange encore est le fait que ichta'havín – c'est le féminin. Selon l'étiquette de ce temps-là, les enfants des esclaves ne se prosternent pas avec les esclaves. Seules les esclaves se prosternent, et les enfants sont considérés comme leur partie, une partie des biens du maître. Les enfants ne sont pas une unité indépendante, seules les esclaves se sont prosternées. Ce sont des particularités de l'étiquette que Yaakov observe.

וַתִּגַּשׁ גַּם־לֵאָה וִילָדֶיהָ וַיִּשְׁתַּחֲווּ וְאַחַר נִגַּשׁ יוֹסֵף וְרָחֵל וַיִּשְׁתַּחֲווּ׃

VATTIGGÁCH GAM-LE'Á VILADÉHA VAYICHTA'HAVOÚ VE'A'HÁR NIGGÁCH YOSSÉF VERA'HÉL VAYICHTA'HAVOÚ

7 et s'approcha Léa et ses enfants et se prosternèrent (ici nous voyons une autre forme du verbe : tous se prosternèrent). Et après cela s'approcha (ou se rapprocha) Yossef avec Ra'hel et ils se prosternèrent.

Un verbe un peu différent : Yossef pour ainsi dire se rapproche, marche devant sa maman. Et la maman a l'air de le suivre. Les commentateurs disent une chose étonnante : « Yossef craignait que sa belle maman n'entraîne Essav vers quelques mauvaises pensées, n'éveille en lui quelques mauvaises pensées, ou qu'Essav ne lui jette le mauvais œil, ou ne veuille la prendre ». Bref, Yossef, qui est un petit garçon à ce moment-là, s'inquiète et couvre sa maman de lui-même, pour que personne ne voie sa beauté. Quand nous lisons cela, il nous semble : bon, quelle bêtise, un petit garçon peut-il donc cacher une femme adulte ? Nous savons que Ra'hel est une femme belle de taille et d'apparence, donc grande et svelte. Visiblement pas une naine. Avez-vous déjà vu comment les enfants, en rencontrant des inconnus, se cachent derrière la jupe de leur maman et regardent de derrière elle, ayant honte de se montrer ? Et pendant longtemps il faut les faire sortir de derrière leur maman, de derrière la jupe de leur maman. Yossef se conduit exactement à l'opposé, de façon enfantine aussi, mais exactement à l'opposé. Comme une sorte de petit garçon héros, il se place devant Ra'hel et, de toute son allure, fait comprendre : « ne touchez pas à ma maman ». Est-ce enfantin ? Très enfantin. Est-ce naïf ? Très naïf. Mais en même temps Yossef montre son caractère en tant qu'enfant, car les enfants aussi sont différents. C'est pourquoi, oui, Yossef a pensé : « Ma maman est trop belle, ma maman est trop tendre, il faut protéger maman de ce bonhomme méchant et incompréhensible » et il est sorti devant Ra'hel. Voilà comment on peut le comprendre. Car nous lisons un livre sur des gens, pas tout à fait un livre magique, bien qu'il y ait eu beaucoup de merveilleux dans la vie de ces gens. Ainsi, tous se sont présentés.

וַיֹּאמֶר מִי לְךָ כָּל־הַמַּחֲנֶה הַזֶּה אֲשֶׁר פָּגָשְׁתִּי

VAYOMER MI LEKHÁ KOL-HAMMA'HANÉ HAZZÉ ACHÉR PAGÁCHTI

8 Et il dit (ESSAV) (ici Essav n'est pas nommé, mais on comprend que c'est justement lui qui parle) : « QUE SONT DONC TOUS CES CADEAUX-CI QUE J'AI VUS, TOUS CES CAMPS QUE J'AI RENCONTRÉS ? » (ainsi dans la plupart des traductions)

Nous nous souvenons que Yaakov envoie 7 troupeaux, 7 groupes, l'un après l'autre. Et il dit instamment à tous de raconter que c'est un cadeau, que c'est un don et que par là il veut apaiser Essav. Et voilà que soudain Essav demande : mi lekhá kol-hamma'hané hazzé (que sont ces camps que j'ai rencontrés ?) Si l'on regarde le sens littéral du texte, Essav dit : mi lekha (qui pour toi, à qui envoies-tu tout cela, que tu m'envoyais ?). On peut comprendre aussi autrement : « qui t'a donné tout cela, que tu essayais ici de m'offrir ? » De là nous pouvons tirer cette conclusion qu'Essav n'a pas accepté les cadeaux de Yaakov, ils sont revenus et se sont mis à attendre Essav sur place. De cela aussi nous pouvons comprendre qu'Essav, dès le départ, n'avait pas l'intention de faire la guerre. On aurait pu ne pas laisser repartir les premiers messagers qui étaient venus lui parler, et ne pas communiquer de renseignements sur le nombre avec lequel il se tenait là. On aurait pu accepter tous les dons, mais Essav ne se conduit pas ainsi, il va dès le départ à la rencontre de Yaakov avec de tout autres buts. Et ici il demande avec une certaine ironie : mi lekhá kol-hamma'hané hazzé ? (que sont ces camps que tu m'envoyais ?)

וַיֹּאמֶר לִמְצֹא־חֵן בְּעֵינֵי אֲדֹנִי׃

VAYOMER LIMTSO-'HÉN BE'ENÉ ADONÍ

Et il lui répond (YAAKOV) : « trouver grâce aux yeux de mon seigneur ».

וַיֹּאמֶר עֵשָׂו יֶשׁ־לִי רָב אָחִי יְהִי לְךָ אֲשֶׁר־לָךְ׃

VAYOMER ESSÁV YECH-LÍ RAV A'HÍ YEHÍ LEKHÁ ACHER-LÁKH

9 Essav lui répondit : « Frère, j'ai tout, que soit à toi ce qui est à toi ».

Faites attention aux subtilités des relations. Yaakov dit : « Trouver grâce aux yeux de mon seigneur », tandis qu'Essav dit : « Frère, j'ai tout ». Yaakov n'arrive toujours pas à faire sortir de lui le mot « frère », et Essav ne s'adresse nulle part à lui comme à un esclave.

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אַל־נָא אִם־נָא מָצָאתִי חֵן בְּעֵינֶיךָ וְלָקַחְתָּ מִנְחָתִי מִיָּדִי כִּי עַל־כֵּן רָאִיתִי פָנֶיךָ כִּרְאֹת פְּנֵי אֱלֹהִים וַתִּרְצֵנִי׃

VAYOMER YAAKÓV AL-NÁ IM-NÁ MATSÁTI 'HEN BE'ENÉKHA VELAKA'HTÁ MIN'HATÍ MIYADÍ KI AL-KÉN RA'ÍTI FANÉKHA KIR'ÓT PENÉ ELOHÍM VATTIRTSÉNI

10 Et Yaakov dit : « S'il te plaît, allons, il ne faut pas, si donc j'ai trouvé grâce à tes yeux, prends ce don de moi, CAR J'AI VU LE VISAGE COMME LE VISAGE DE DIEU ET APAISÉ ».

Il y a des commentateurs qui disent que dans toute cette phrase de Yaakov il y a une allusion cachée : « Tu sais quoi, Essav ? Moi, l'autre jour, j'ai lutté avec Dieu, avec l'Ange de Dieu, et j'ai tenu bon, alors mieux vaut ne pas discuter et prends le cadeau ». Yaakov, selon ces commentaires, montre encore les dents, rétorque encore hargneusement à Essav. D'un autre côté, on peut dire que dans l'Ange de Dieu qui venait à lui (et nous disions que c'est peut-être l'ange d'Essav et que c'est peut-être l'ange qui, tout de même, n'a pas envoyé les gens d'Essav), derrière Essav, derrière la nécessité de lui donner ce don, Yaakov voit le visage du Très-Haut. « C'est le Très-Haut qui a prévu que je te donne ce don ». Nous disons de nouveau que Yaakov est un homme pas très décidé, pas très courageux, et sa lutte autour de la bénédiction, c'est la lutte de toute sa vie, c'est pourquoi il dit ensuite :

קַח־נָא אֶת־בִּרְכָתִי

KA'H-NÁ ET-BIRKHATÍ

11 prends mon cadeau, ma bénédiction,

Yaakov, dans ce retour du don, dans cette offrande du don, voit le retour de la bénédiction à Essav : « Voici ce que tu aurais pu recevoir, voici ce que tu aurais pu gagner, je te le donne. Je n'ai plus besoin de ta bénédiction ». Et rappelons-nous que la dispute ne portait pas sur la bénédiction d'Avraham, ce n'est pas à elle que Yaakov renonce, Yaakov renonce à la bénédiction de prospérité, de domination. Et si Yaakov a reçu la bénédiction par laquelle Yits'hak a dit « tes frères se prosterneront devant toi », ici, nous le voyons, il démontre que celui qui se prosterne devant Essav, c'est justement lui-même. Yaakov, dans ce cas, essaie de rendre à Essav sa bénédiction.

אֲשֶׁר הֻבָאת לָךְ כִּי־חַנַּנִי אֱלֹהִים וְכִי יֶשׁ־לִי־כֹל וַיִּפְצַר־בּוֹ וַיִּקָּח׃

ACHÉR HOUVAT LAKH KI-'HANNÁNI ELOHIM VEKHÍ YECH-LI-KHÓL VAYIFTSAR-BÓ VAYIKKÁ'H

...Car le SEIGNEUR m'a fait grâce, J'ai tout ». Et il insista longtemps, et Essav prit.

Chaque fois que l'Écriture emploie le verbe liovtsír (persuader), ce n'est pas de l'étiquette, c'est vraiment une situation où l'un veut donner et l'autre ne veut pas accepter. Les deux hommes sont sincères. Ce n'est pas comme quelque part où il est d'usage de refuser si l'on vous a proposé de manger ou proposé un cadeau. Ce n'est pas une question de politesse. Essav ne veut vraiment rien prendre. Il est venu avec de tout autres intentions. Nous nous souvenons que l'ange a proclamé à Yaakov qu'on le renommerait Yisraël, qu'on l'appellerait Yisraël. Nous, d'un autre côté, savons que Yaakov est mort en restant Yaakov. Quand sa mort est décrite, il est bel et bien appelé Yaakov. Yaakov, c'est un nom qui est devenu un sobriquet, un surnom, au sens de roublard, débrouillard, rusé, malhonnête. Et Yaakov essaie de s'en débarrasser, pour qu'on ne dise pas qu'il a obtenu la bénédiction par tromperie. Ce n'est pas une question de prophétie, pas une question de destination, mais une question de réputation. Yaakov – Yichar El – celui qui est droit devant Dieu, celui qui reçoit honnêtement de Dieu ce qu'il reçoit, marche devant Dieu honnêtement. C'est l'une des compréhensions du nom Yisraël, nous en avons aussi déjà parlé. Et, pour qu'on ne dise pas de Yaakov qu'il prend à tort les bénédictions d'autrui (qu'il escroque avec les bénédictions), il persuade Essav de prendre ses dons. C'est une formalité nécessaire.

וַיֹּאמֶר נִסְעָה וְנֵלֵכָה וְאֵלְכָה לְנֶגְדֶּךָ׃

VAYOMER NIS'Á VENELÉKHA VE'ELEKHÁ LENEGDÉKHA

12 (ESSAV) DIT : « allons de pair avec toi, mettons-nous en route ».

C'est-à-dire qu'Essav dit : « Bon, voilà, je t'ai rencontré, maintenant je vais t'accompagner, viens avec moi, nous irons ensemble à ta vitesse ». Que se passera-t-il ici, si Yaakov obéit ? Yaakov suivra Essav à Sé'ir, Yaakov se retrouvera sous la protection d'Essav et ira à l'endroit d'où Essav est venu, et pas du tout au pays de Canaan. C'est ce qui ne convient pas du tout du tout à Yaakov.

וַיֹּאמֶר אֵלָיו אֲדֹנִי יֹדֵעַ י־הַיְלָדִים רַכִּים

VAYOMER ELÁV ADONÍ YODÉ'A KI-HAYLADÍM RAKKÍM

13 Yaakov dit : « Mon seigneur sait, car les enfants sont petits chez moi,

Encore une fois, faites attention : « seigneur, pas frère ». Les enfants sont petits – ce ne sont pas des enfants tendres (pour que nous comprenions, plus tard nous verrons à quel point Chimon et Lévi sont des enfants tendres). Yaakov dit : « J'ai avec moi des enfants faiblards, avec moi des enfants petits ».

וְהַצֹּאן וְהַבָּקָר עָלוֹת עָלָי וּדְפָקוּם יוֹם אֶחָד וָמֵתוּ כָּל־הַצֹּאן׃

VEHATTSÓN VEHABBAKÁR ALÓT ALÁY OUDFAKOÚM YOM E'HÁD VAMÉTOU KOL-HATTSÓN

...Et le petit bétail, et le gros bétail (si je passe en mode rapide, tout le bétail mourra, même si on les pousse une seule journée de marche).

Et que propose Yaakov ?

יַעֲבָר־נָא אֲדֹנִי לִפְנֵי עַבְדּוֹ

YA'AVAR-NÁLa translittération de l'original a ici un « o » là où l'hébreu a un « a ». La ligne française suit l'hébreu : ya'avar. ADONÍ LIFNE AVDÓ

14 Que le seigneur aille devant moi (lifné avdó – devant son esclave).

Encore une fois Yaakov dit : « Que mon seigneur aille devant son esclave ».

וַאֲנִי אֶתְנָהֲלָה לְאִטִּי לְרֶגֶל הַמְּלָאכָה אֲשֶׁר־לְפָנַי וּלְרֶגֶל הַיְלָדִים עַד אֲשֶׁר־אָבֹא אֶל־אֲדֹנִי שֵׂעִירָה׃

VA'ANÍ ETNAHALÁ LE'ITTÍ LERÉGEL HAMMELAKHÁLa translittération de l'original a ici un « o » là où l'hébreu a un « a ». La ligne française suit l'hébreu : hammelakhá. ACHER-LEFANÁY OULRÉGEL HAYLADÍM AD ACHER-AVÓ EL-ADONÍ SE'ÍRA

...Et moi, j'irai sans hâte (leytnaél beytí – j'agirai lentement). J'irai avec mes biens et à la vitesse des enfants, Jusqu'à ce que j'arrive au seigneur de Sé'ir.

C'est-à-dire « toi, va devant, et nous, avec l'aide de Dieu, nous te rattraperons sans hâte ». Mais Essav continue de faire preuve de sollicitude. Ici il faut se souvenir qu'Essav est la partie qui accueille et qu'il doit vraiment, selon l'étiquette, prendre soin de Yaakov.

וַיֹּאמֶר עֵשָׂו אַצִּיגָה־נָּא עִמְּךָ מִן־הָעָם אֲשֶׁר אִתִּי

VAYOMER ESSÁV ATTSIGA-NÁ IMMEKHA MIN-HA'ÁM ACHÉR ITTÍ

15 Essav dit : « Peut-être devrais-je laisser auprès de toi un peu de gens parmi ceux qui sont avec moi ? »

Ces paroles d'Essav aussi entrouvrent un peu ses intentions. Si Essav était venu avec un groupe de brutes armées, alors, en voyant Yaakov et en renonçant à l'attaquer, il aurait eu honte de les montrer. Comme si un homme marchait sur quelqu'un avec un couteau et changeait brusquement d'avis, il cacherait le couteau, ne le montrerait pas et n'y ferait aucune allusion. Essav parle de ses gens ouvertement. Donc, il n'avait pas dès le départ l'intention d'attaquer Yaakov.

וַיֹּאמֶר לָמָּה זֶּה אֶמְצָא־חֵן בְּעֵינֵי אֲדֹנִי׃

VAYOMER LÁMMA ZE EMTSA-'HÉN BE'ENÉ ADONÍ

...Et il dit, pourquoi cela (à quoi bon cela pour moi) ? Pour moi l'essentiel, c'est que tu sois heureux, L'essentiel, c'est que je trouve grâce aux yeux de mon seigneur.

וַיָּשָׁב בַּיּוֹם הַהוּא עֵשָׂו לְדַרְכּוֹ שֵׂעִירָה׃

VAYÁCHOV BAYOM HAHOÚ ESSÁV LEDARKÓ SE'ÍRA

16 En ce jour-là, Essav s'en retourna sur son chemin vers Sé'ir.

Cela semble être un verset très simple. Chaque fois que nous lisons bayom hahoú (en ce jour-là) dans l'Écriture, cela parle d'événements historiques, importants. Il y a même une chanson comme ça : « Bayom hahou, bayom hahou – en ce jour-là il en sera ainsi et ainsi, ou en ce jour-là il en fut ainsi et ainsi »… Il y en a de très nombreux exemples dans l'Écriture. De quoi s'agit-il ici ? Il s'agit de ce qu'en ce jour-là s'est accomplie de façon univoque, officielle et définitive la séparation entre Yaakov et Essav, qui ensuite, de manière archétypale, se traduira par la séparation entre Israël et Édom et se transformera en une séparation globale dans l'esprit, qui existe encore aujourd'hui. C'est pourquoi, quand nous lisons bayom hahoú, il est grand temps de dresser l'oreille.

וְיַעֲקֹב נָסַע סֻכֹּתָה וַיִּבֶן לוֹ בָּיִת וּלְמִקְנֵהוּ עָשָׂה סֻכֹּת עַל־כֵּן קָרָא שֵׁם־הַמָּקוֹם סֻכּוֹת׃

VEYAAKÓV NASSÁ SOUKKÓTA VAYÍVEN LO BÁYIT OULMIKNÉHOU ASSA SOUKKOT AL-KÉN KARÁ CHEM-HAMMAKÓM SOUKKÓT

17 Et Yaakov alla à Soukkot et se bâtit une maison, et pour son bétail il fit des cabanes, c'est pourquoi il appela ce lieu Soukkot.

Pourquoi tout à coup, de façon inattendue, la Torah parle-t-elle d'une halte que Yaakov a faite en chemin ? Assurément, Yaakov s'est arrêté bien des fois avec son bétail. De si longues marches. Nous avons dit que de Padan-Aram jusqu'au pays d'Israël, jusqu'à 'Hévron, Yaakov a une vingtaine de jours de marche, si l'on marche d'un bon pas. Si l'on marche avec la famille, avec le bétail, ce chemin peut prendre plus d'un mois. Pourquoi la Torah mentionne-t-elle cette halte ? Parce que Soukkot, c'est la porte du pays d'Israël. Ce lieu a été retrouvé, nous savons bien où il se trouve. Yaakov fait en quelque sorte une réinstallation, une reprogrammation, une remise à zéro de lui-même : il s'arrête à l'entrée du pays d'Israël et fait en quelque sorte une première halte, dès qu'il entre, pourrait-on dire, pour s'adapter au climat spirituel particulier de cette terre. Et il appelle ce lieu Soukkot (Cabanes).

וַיָּבֹא יַעֲקֹב שָׁלֵם עִיר שְׁכֶם אֲשֶׁר בְּאֶרֶץ כְּנַעַן בֹאוֹ מִפַּדַּן אֲרָם וַיִּחַן אֶת־פְּנֵי הָעִיר׃

VAYAVÓ YAAKÓV CHALÉM IR CHEKHÉM ACHÉR BE'ÉRETS KENÁ'AN BEVOÓ MIPPADDÁN ARÁM VAYI'HÁN ET-PENÉ HA'ÍR

18 Et dans son intégrité et sain et sauf, Yaakov arriva dans la ville de Ch'khem, qui est dans le pays cananéen, dans son retour de Padan-Aram, et il s'établit devant la ville.

Où Yaakov n'est-il pas passé ? Avant tout, Yaakov n'est pas passé à 'Hévron, où vit encore son papa. Yaakov n'est pas passé à Beit-El, où il avait promis à son Papa céleste d'apporter un sacrifice. Yaakov va à Ch'khem, vers ses anciens lieux.

וַיִּקֶן אֶת־חֶלְקַת הַשָּׂדֶה אֲשֶׁר נָטָה־שָׁם אָהֳלוֹ מִיַּד בְּנֵי־חֲמוֹר אֲבִי שְׁכֶם בְּמֵאָה קְשִׂיטָה׃

VAYÍKEN ET-'HELKÁT HASSADÉ ACHÉR NATA-CHÁM AHOLO MIYÁD BENE-'HAMÓR AVÍ CHEKHÉM BEME'Á KESSITÁ

19 Et il acheta le champ, la parcelle du champ dans lequel il avait dressé sa tente, De la main (des mains) de 'Hamor, père de Ch'khem, pour cent pièces.

'Hamór, c'est un âne, mais c'est aussi le nom d'un homme. Et ce 'Hamor est le père de Ch'khem, cela nous est simplement raconté parce que Ch'khem 'Hamorovitch se manifestera encore. Ch'khem, c'est l'épaule, 'Hamor, c'est l'âne, voilà des noms. Et que lisons-nous ensuite ? Il l'acheta pour 100 kessit. 100 kessit, ce sont 100 pièces d'argent, une petite somme d'argent, disons, pour une terre – à peu près le salaire de quatre mois d'un journalier à l'époque. Ainsi se termine ici le grand exil, le premier grand exil de notre Patriarche Yaakov. De Padan-Aram, Yaakov revient en Israël, il revient au pays d'Israël, mais il n'est toujours pas revenu à l'autel, il n'est pas passé chez son père.

Il y a des commentateurs qui disent qu'il est passé chez son père,

que la Torah ne l'a simplement pas raconté, parce que la Torah n'est pas un livre biographique, et que, bien sûr, Yaakov est passé chez son père. Et je peux être d'accord avec le fait que la Torah n'est vraiment pas un livre biographique, c'est certain, mais composer le texte de telle manière que nous pensions que Yaakov n'est pas passé chez son père – c'est étonnant pour la Torah. Et c'est pourquoi, très probablement, Yaakov ne va pas chez son père, ne va pas chez sa mère, qui à ce moment-là est encore en vie. Et ce sont toutes des questions qui se poseront encore devant nous. Il n'est pas allé à l'autel, il n'est pas allé chez son père – il est allé tout droit à Ch'khem, et à Ch'khem il s'est installé. Cela deviendra la cause de nombreux événements désagréables dans la suite de la vie de Yaakov, dont nous parlerons encore avec vous. Et le dernier verset de notre chapitre dit :

וַיַּצֶּב־שָׁם מִזְבֵּחַ

VAYATTSEV-CHÁM MIZBÉA'H

20 Et il dressa là un autel,

Il n'a pas construit un autel, mais a simplement posé une certaine pierre. Pourquoi est-ce important ? Parce que nous parlerons ensuite de l'autel à Beit-El.

וַיִּקְרָא־לוֹ אֵל אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃

VAYIKRA-LÓ EL ELOHÉ YISRAÉL

...Et sur cet autel il donna un nom qui signifie « Dieu – c'est le Dieu d'Israël ».

Dieu, c'est le Dieu Qui lui a donné le nom de Yisraël. Il n'a pas nommé Dieu en son propre honneur, mais Dieu, c'est le Dieu Qui bénit d'une bénédiction méritée, Qui demeure avec l'homme et dans sa pauvreté, et dans ses malheurs, et en cela aussi donne la bénédiction. Et c'est le Dieu au sujet de Qui personne ne peut dire que Sa bénédiction a été volée. C'est une telle proclamation qui clôt, en fait, le retour de Yaakov du galout (de l'exil).

Petite Dina, Dina

Béréchit 33,18–34,19

Et maintenant nous allons lire l'une des histoires les plus tristes de la vie de Yaakov et, peut-être, de tout le livre de Béréchit – l'histoire de Dina. L'histoire de Dina est racontée au chapitre 34 du livre de Béréchit, mais nous commencerons un peu plus tôt, nous reviendrons à ce que nous avons déjà lu et commencerons à lire à partir du verset 18 du chapitre 33.

וַיָּבֹא יַעֲקֹב שָׁלֵם עִיר שְׁכֶם אֲשֶׁר בְּאֶרֶץ כְּנַעַן

VAYAVÓ YAAKÓV CHALÉM IR CHEKHÉM ACHÉR BE'ÉRETS KENÁ'AN

18 Et Yaakov parvint intact à la ville de Ch'khem, qui est dans le pays cananéen.

Prêtons attention au mot chalém (entier). Les commentateurs disent : « Cela nous fait allusion au fait que Yaakov a été guéri de sa boiterie, il est arrivé entier, vivant et en bonne santé, comme il l'avait demandé dans son serment devant le Très-Haut. C'est la réponse du Très-Haut au serment ». Et néanmoins, cette expression a quelques étrangetés.

En hébreu, dans le Tanakh, jamais le nom d'une ville ne se place après le mot « ville ». C'est-à-dire que ir ch'khem est une tournure peu commode pour l'hébreu. Or, près de Ch'khem, il y a encore aujourd'hui un lieu appelé Chalem. C'est pourquoi il est tout à fait possible de traduire ainsi : « Et Yaakov arriva à Chalem, près de la ville de Ch'khem, qui est dans le pays cananéen ».

בֹאוֹ מִפַּדַּן אֲרָם וַיִּחַן אֶת־פְּנֵי הָעִיר׃

BEVOÓ MIPPADDÁN ARÁM VAYI'HÁN ET-PENÉ HA'ÍR

...Dans son retour de Padan-Aram.

Vayi'hán peut se traduire par il s'arrêta au visage de la ville, c'est-à-dire il s'arrêta en face de la ville. On peut aussi le traduire à partir du mot 'hen (il embellit la ville). C'est ce que font les midrachim, qui parlent la langue contemporaine de celui qui les écoute. Ainsi, les midrachim disent que Yaakov introduisit sa monnaie, installa ses bains, construisit ses théâtres et, en un mot, mit en place son infrastructure culturelle, sans se joindre à Ch'khem. Le lieu de Yaakov devient un si beau, si accueillant quartier de culture à côté de Ch'khem. Et, plus encore, Yaakov fait ce que personne d'autre n'avait fait avant lui :

וַיִּקֶן אֶת־חֶלְקַת הַשָּׂדֶה אֲשֶׁר נָטָה־שָׁם אָהֳלוֹ

VAYÍKEN ET-'HELKÁT HASSADÉ ACHÉR NATA-CHÁM AHOLO

19 Yaakov acheta le champ dans lequel il avait dressé sa tente.

Si nous nous en souvenons, Avraham insistait pour que l'objet de l'achat ne soit pas un champ, mais un lieu de sépulture. Avraham n'acquérait pas de terre agricole dans le pays d'Israël. Mais Yaakov, lui, le fait. Yaakov s'établit, « s'installe à demeure » près de Ch'khem. Et de qui a-t-il acheté cette terre ?

 מִיַּד בְּנֵי־חֲמוֹר אֲבִי שְׁכֶם

MIYÁD BENE-'HAMÓR AVÍ CHEKHÉM

…Des mains des fils de 'Hamor – père de Ch'khem.

Très intéressant, n'est-ce pas ? Les fils de 'Hamor – père de Ch'khem. C'est-à-dire qu'il l'acheta à Ch'khem et à ses frères. Et il l'acheta pour 100 kessit – nous avons expliqué cette question la dernière fois. Yaakov s'achète une terre, s'aménage un territoire. Or une terre achetée, c'est un territoire délimité.

וַיַּצֶּב־שָׁם מִזְבֵּחַ

VAYATTSEV-CHÁM MIZBÉA'H

20 Et il dressa là un autel,

Et il dressa là un autel. Nous avons aussi parlé des particularités de ce mot. Il n'a pas construit un autel (un autel, d'habitude, on le construit), mais il l'a dressé, comme une matséva, comme une stèle, comme cela avait été le cas à Beit-El en son temps.

וַיִּקְרָא־לוֹ אֵל אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃

VAYIKRA-LÓ EL ELOHÉ YISRAÉL

...Et il appela cet autel « Dieu – le Dieu d'Israël ».

En fait, l'autel, c'est la place centrale de la ville ou sa porte, selon l'organisation de la ville. Dans le sud, c'est plutôt la porte. À la porte de la ville, Yaakov dressa un autel. Il s'acquiert un tel lieu. En fait, Yaakov construit l'État d'Israël. Le premier État d'Israël. À peine a-t-il reçu le nom de Yisraël qu'il construit l'État d'Israël, qui affirmera (nous l'avons déjà dit) que la bénédiction n'est pas donnée gratuitement, que tous voient comment on acquiert la bénédiction, que le Très-Haut bénit le travail, que le Très-Haut bénit la droiture dans toute situation, dans toute conduite. Nous l'avons dit, c'est un vaste sujet.

Yaakov n'a pas tant de population que cela dans son petit État. Il ne faut pas penser que Ch'khem non plus soit grand. À Ch'khem, il y avait 40-50 hommes. Pour parler dans la langue israélienne moderne, Ch'khem, c'est une 'hamoula ou une ma'hala – c'est un lieu où vit une famille, où vit un clan : un petit hameau, un village, et ainsi de suite. Ville, cela sonne trop grand pour Ch'khem. Yaakov n'a pas tant de population que cela. Parmi eux… Faisons connaissance avec l'une des principales héroïnes du chapitre 34 du livre de Béréchit.

וַתֵּצֵא דִינָה בַּת־לֵאָה אֲשֶׁר יָלְדָה לְיַעֲקֹב לִרְאוֹת בִּבְנוֹת הָאָרֶץ׃

VATTETSÉ DINÁ BAT-LE'Á ACHÉR YALEDÁ LEYAAKÓV LIR'ÓT BIVNÓT HA'ÁRETS

1 sortit Dina, la fille de Léa, que Léa avait enfantée à Yaakov, pour regarder les filles de ce pays.

Elle n'est pas appelée ici Dina bat Yaakov (Dina fille de Yaakov). Vous vous souvenez, nous disions comment naissent les enfants qui n'étaient pas destinés à l'origine à naître de Léa ? Et c'est pourquoi il est écrit « qu'elle avait enfantée à Yaakov ». Ainsi, Dina, fille de Léa, sortit pour regarder les filles de Ch'khem. Dina est née environ un an ou peut-être deux ans avant que Yaakov n'accepte de travailler encore 6 ans, 6 ans après cela il a travaillé pour Lavan. Dina a 8 ans au moment où Yaakov sort de Padan-Aram, et donc ici, dans notre histoire, nous avons affaire à une fillette de 8-9, bon, au maximum, 10 ans, qui est sortie pour regarder les filles de cette terre. Imaginez la vie de Dina. C'est l'unique fille, qui a 11 frères. Elle n'est pas l'aînée, sur qui serait retombé beaucoup de travail à la maison. Elle est la plus jeune, et il y a encore les enfants des esclaves, il y a des esclaves dans cette maison. Peut-être est-elle choyée, elle est comblée de la tendresse de ses frères, mais elle n'a pas d'amies, elle n'a personne avec qui se lier d'amitié, personne avec qui jouer. Elle est, pour ainsi dire, en instruction à domicile, on l'instruit à la maison.

Quand ma fille était en 3e-4e année en instruction à domicile, elle est venue un jour me trouver et m'a demandé : « Papa, à partir de quel âge est-ce que je peux travailler ? » J'ai dit : « Eh bien, en Israël, avec certaines restrictions, on peut travailler à partir de 12-13 ans. Pourquoi tu demandes ? » Elle a répondu : « J'aimerais beaucoup travailler. » « Et qu'est-ce que tu aimerais faire comme travail ? » « J'aimerais faire le ménage dans des appartements. » Et j'ai demandé : « Qu'est-ce que c'est que ce désir si étrange pour une fillette – aller faire le ménage dans des appartements ? Ce n'est pas un divertissement. » Elle a répondu : « Comme ça, je rencontrerais là-bas des enfants, je ferais leur connaissance et je me mettrais à jouer avec eux. » Une nostalgie propre à une personne qui ne peut pas, en raison de certaines conditions déterminées, fréquenter son entourage. Une fillette de 8-10 ans veut des amies. Elle veut voir comment les filles s'habillent, comment elles se parent, comment elles jouent à l'élastique et à la marelle ou à quoi d'autre encore elles jouent. Une petite fille curieuse est sortie et est allée à Ch'khem. Peut-être serrait-elle dans son poing un peu d'argent pour quelque bijou de fantaisie… Bref, c'est une sortie assez naïve, même pas d'une adolescente, mais d'une fillette. Naturellement, les commentateurs voient cela autrement. Chacun a sa Dina. Certains disent : « Voilà, il est écrit : vatetsé Dina (et Dina sortit), donc Dina est yats'anít – une sortante ou l'équivalent hébraïque du mot coureuse. Bon, et d'autres pensées de ce genre. Nous essaierons quand même de nous attacher au pchat. Elle est sortie du territoire de Yaakov.

וַיַּרְא אֹתָהּ שְׁכֶם בֶּן־חֲמוֹר

VAYÁR OTÁ CHEKHÉM BEN-'HAMÓR

2 Et la vit un homme, Qui se nomme Ch'khem ben 'Hamor.

Ch'khem ben 'Hamor – Ch'khem fils de 'Hamor. Le nom 'Hamor, je le rappelle, se traduit par âne. Il ne faut pas s'en étonner, c'est un nom tout à fait convenable pour l'époque.

הַחִוִּי נְשִׂיא הָאָרֶץ וַיִּקַּח אֹתָהּ וַיִּשְׁכַּב אֹתָהּ וַיְעַנֶּהָ׃

HA'HIVVÍ NESÍ HA'ÁRETS VAYIKKÁ'H OTÁ VAYICHKÁV OTÁ VAY'ANNÉHA

...Il est un représentant du peuple 'hivvite (un glorieux fils du peuple 'hivvite), Il est le fils du prince du pays. Et il la prit, Et se coucha avec elle, et la viola.

Et voilà, le mot y'ané doit être analysé à part. Il faut analyser à part beaucoup de mots. Le mot laanót signifie tourmenter, causer de la douleur. Mais ce même mot signifie aussi la cohabitation conjugale. Quand la Torah ordonne à l'homme de ne pas priver sa femme de la cohabitation conjugale, elle utilise le mot ouná. Le commandement fait à l'homme, la nuit du sabbat, de donner du plaisir à la femme sur le plan sexuel s'appelle aussi ouná. C'est-à-dire qu'on peut dire aussi bien « il la tourmentait », que « il lui causait certains sentiments ». Les commentateurs disent qu'il n'y avait pas ici de tourment, qu'il n'y avait pas ici d'intention de causer de la douleur. Mais, puisque c'est une petite fille, alors, naturellement, l'intimité avec un homme adulte ou même avec un adolescent (nous ne connaissons pas l'âge de ce camarade) est très douloureuse. On voit que cet homme est mené par une sorte d'élan malsain, impur. Nous disons que, quand la Torah énumère des verbes, cela signifie un élan, mais pas des pensées. Et si cela avait été avec son consentement, il aurait été écrit vayichkáv imá, mais ici il est écrit vayichkáv otá (il la coucha). Et il lui causa de la douleur. Et c'est cela qui se produit chez lui par élan, et cet élan est manifestement abject et impur. Mais plus loin nous lisons :

וַתִּדְבַּק נַפְשׁוֹ בְּדִינָה בַּת־יַעֲקֹב

VATTIDBÁK NAFCHÓ BEDINÁ BAT-YAAKÓV

3 Et son âme s'attacha à Dina, FILLE DE YAAKOV,

C'est ce même mot tidabék, que prononce Adam quand il dit : « L'homme laissera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme ». Ici tidabék signifie son âme s'attacha à Dina. Ici Dina est appelée bat Yaakov (fille de Yaakov). Et, faites attention, si dans le verset précédent il est dit « il la prit, coucha avec elle, la tourmenta », ici elle est déjà appelée par son nom. C'est-à-dire qu'il a soudain discerné que ce n'est pas simplement une fillette, pas un quelconque objet sexuel, il a vu en elle quelque chose de plus grand.

וַיֶּאֱהַב אֶת־הַנַּעֲרָ וַיְדַבֵּר עַל־לֵב הַנַּעֲרָ׃

VAYE'EHÁV ET-HANNA'ARÁ VAYDABBÉR AL-LÉV HANNA'ARÁ

...Et il aima cette jeune fille, Et il parla au cœur de la jeune fille

Si quelqu'un lit en hébreu, il remarquera qu'il est écrit là sans la petite lettre ה à la fin. Il y a différents commentaires à ce sujet. Très probablement, c'est une ancienne manière d'écrire. Mais les commentateurs disent : « Donc, elle n'a même pas encore grandi, c'est une fillette pas encore formée, c'est pourquoi elle est naará, mais cela s'écrit comme náar (jeune homme) ». Il parlait selon le cœur de la jeune fille. De la dernière phrase on comprend (elle est d'habitude employée justement ainsi) qu'il a trouvé des mots pour le cœur de la jeune fille. C'est-à-dire qu'après ce viol douteux, et à cet âge le consentement ou le non-consentement de la jeune fille ne joue absolument aucun rôle (on peut considérer cela comme une violence), il la console, il parle à son cœur. Et voilà, cette expression « il lui parlait selon son cœur » signifie qu'il a obtenu une certaine bienveillance de sa part. De nouveau, nous parlons d'une fillette de 10 ans. Nous parlons d'une fillette de 10 ans qui n'a que des frères. Elle est entourée d'amour, elle n'a pas d'expérience des relations avec les hommes. Et regardons donc, de manière générale, ce qui s'est passé ici.

En Orient, il y a une tradition, une tradition terrible, mais elle s'est conservée jusqu'à aujourd'hui – c'est la tradition de voler des épouses. Tout cela est loin de toujours ressembler à ce qu'on voit dans le célèbre film de Gaïdaï « Les Aventures de Chourik ». On vole la jeune fille contre sa volonté, cela arrive, et on la retient dans sa maison. Parfois on la viole. Et dans une communauté orientale, si une jeune fille a été violée, si elle a été souillée, ses propres parents disent : « Qui a besoin de toi maintenant ? Reste maintenant ici. Et où iras-tu maintenant ? » Cela se produit aussi au XXIe siècle.

Mais nous voyons cela aussi dans l'Écriture, dans un autre cas, quand Amnon viole Tamar et la chasse. Et Amnon lui dit : « Lève-toi, va-t'en. » Et elle lui dit : « Non, car ce mal de me chasser est plus grand que celui que tu m'as fait auparavant. » C'est-à-dire que pour Tamar ce violeur Amnon sera un sauveur s'il devient son mari. C'est un mal qu'il la chasse. Pour nous, du point de vue du XXIe siècle, c'est difficile à comprendre. Nous lisons dans le livre de Dévarim : « Si quelqu'un rencontre une jeune fille qui n'est pas fiancée, et la saisit, et couche avec elle, et qu'on les surprenne, alors que l'homme qui a couché avec elle donne au père de cette jeune fille 50 pièces d'argent, et qu'elle soit sa femme, parce qu'il l'a possédée, il ne pourra pas divorcer d'elle tous les jours de sa vie. » C'est-à-dire que ces règles étaient destinées à protéger la jeune fille. La jeune fille violée se retrouvait dans la dépendance du violeur, et le violeur, la Torah le contraint au mariage. Quand Amnon s'y refuse, Tamar lui dit : « C'est la chose la plus terrible que tu pouvais me faire. » C'est plus effrayant que le viol lui-même. Voilà ce qui se passe entre Dina et Ch'khem. Après qu'il est venu vers elle, après qu'est arrivé ce qui est arrivé, il s'est attaché à elle, il lui parle selon son cœur. Il est facile de lui parler selon son cœur, parce qu'elle comprend qu'elle est souillée, qu'elle n'a nulle part où aller, qu'elle est en totale dépendance de lui. Il lui parlait selon son cœur et pouvait tout à fait dire : « Je donnerai pour toi une bonne dot, un bon kalym, et tout ira bien, nous nous arrangerons avec tes parents. » Et c'est, à proprement parler, ce qu'il s'apprête justement à faire.

Il est intéressant que le midrach compare l'amour du Très-Haut pour Israël à l'amour de Ch'khem pour Dina. Dans le midrach il est dit qu'au sujet d'Israël, au sujet du Très-Haut, il est dit : « en Lui son âme a désiré » – c'est ce que dira par la suite le père de Ch'khem –, « il l'a voulu, et l'a aimé, et a parlé avec lui » – toutes les épithètes amoureuses que Ch'khem et son père appliquent à Dina. Ainsi les sages interprètent l'amour du Très-Haut pour Israël et disent : « Tout cela, nous l'apprenons du cas de ce même scélérat. » Ch'khem est un scélérat, mais certains sentiments humains ne lui sont pas étrangers. Ayant commis un crime, il veut être avec cette jeune fille. Peut-être ses motifs sont-ils purement égoïstes – « voilà, je veux cette jeune fille » –, néanmoins il agit de manière responsable, il ne la retient pas chez lui, il parle avec le père.

וַיֹּאמֶר שְׁכֶם אֶל־חֲמוֹר אָבִיו לֵאמֹר קַח־לִי אֶת־הַיַּלְדָּה הַזֹּאת לְאִשָּׁה׃

VAYOMER CHEKHÉM EL-'HAMÓR AVÍV LEMÓR KA'H-LÍ ET-HAYALDÁ HAZZÓT LE'ICHÁ

4 Et Ch'khem dit à son père, 'Hamor, en disant : « Prends-moi cette fillette (cette gamine) pour épouse ».

Le mot yaldá indique clairement que Dina est encore tout à fait une fillette. « Prends-moi cette fillette pour épouse ».

וְיַעֲקֹב שָׁמַע כִּי טִמֵּא אֶת־דִּינָה בִתּוֹ וּבָנָיו הָיוּ אֶת־מִקְנֵהוּ בַּשָּׂדֶה וְהֶחֱרִשׁ יַעֲקֹב עַד־בֹּאָם׃

VEYAAKÓV CHAMÁ KI TIMMÉ ET-DINÁ VITTÓ OUVANÁV HAYOÚ ET-MIKNÉHOU BASSADÉ VEHE'HERÍCH YAAKÓV AD-BO'ÁM

5 Et Yaakov entend qu'il a souillé Dina, sa fille. Et ses fils étaient avec le bétail aux champs. Et Yaakov se tut jusqu'à leur arrivée.

Dans ce chapitre nous voyons d'emblée deux changements importants. À partir de ce moment, le rôle de Yaakov comme père de famille, comme personnage principal, va passer au second plan, va diminuer. Et sur la scène vont apparaître les bneï Yisraël, bneï Yaakov (les fils de Yaakov). Les fils commencent à agir. Il y a aussi un second détail important dont nous ne pouvons pas ne pas parler. Il y a bien longtemps s'est produit un événement très semblable : Avraham bâtit un autel à Ch'khem, s'apprêtait à aller à Beit-El (où Yaakov non plus ne s'apprête pas encore à aller, mais doit aller), mais en chemin la famine le surprit. Il descend en Égypte, et en Égypte on lui prend sa femme. Dans l'intervalle historique entre Ch'khem et Beit-El, on prend aussi sa femme à Yits'hak. Bon, bien sûr, une épouse, c'est une femme mariée, pas une fille fiancée, mais tout de même la situation est semblable. Dans ce cas-là, nous voyons l'intervention du Très-Haut. Et là, celui qui a pris la femme est frappé d'un fléau. Et là, Avraham reçoit du bétail et s'enrichit par cela. Ici, cela arrive aussi, mais ici le Très-Haut n'intervient pas.

Les commentateurs voient en cela le fait que le Très-Haut remet de plus en plus de responsabilités, de plus en plus d'actions entre les mains de l'homme. La société, le peuple d'Israël – c'est un peuple dans lequel les gens agiront, dans lequel Dieu donne aux gens d'agir, donne le pouvoir d'accomplir certains actes, de prendre certaines décisions. Quand bien même, au début, ils seraient radicalement erronés. Le lecteur qui se souvient de tous les événements précédents doit s'attendre à ce qu'au milieu de cette histoire Ch'khem 'Hamorovitch soit frappé de quelque grave apoplexie, tombe malade et ne puisse rien faire à Dina. Mais cela ne se produit pas. Non pas parce que le Très-Haut a abandonné ce peuple, mais parce que le Très-Haut soutient et fortifie ce peuple pour qu'il accomplisse Sa volonté sur la terre. Et pendant ce temps...

וַיֵּצֵא חֲמוֹר אֲבִי־שְׁכֶם אֶל־יַעֲקֹב לְדַבֵּר אִתּוֹ׃

VAYETSÉ 'HAMÓR AVI-CHEKHÉM EL-YAAKÓV LEDABBÉR ITTÓ

6 'Hamor, le père de Ch'khem, sortit vers Yaakov pour parler avec lui.

וּבְנֵי יַעֲקֹב בָּאוּ מִן־הַשָּׂדֶה

OUVNÉ YAAKÓV BÁOU MIN-HASSADÉ

7 Et (pendant qu'il va parler avec Yaakov) les fils de Yaakov vinrent des champs.

La première fois que nous avons lu cela, quand Essav vint des champs, il avait une certaine faiblesse, et Yaakov avait ce dont Essav a besoin. Nous nous souvenons de ce qui s'est passé. La deuxième fois, nous avons lu au sujet des pommes de mandragore, quand Yaakov vint des champs, et là Léa, dans une certaine mesure, joua déjà le rôle de Yaakov… En somme, il y a certains parallèles. Ici, les fils de Yaakov viennent des champs et apprennent que quelqu'un leur a pris leur sœur bien-aimée.

 כְּשָׁמְעָם וַיִּתְעַצְּבוּ הָאֲנָשִׁים וַיִּחַר לָהֶם מְאֹד כִּי־נְבָלָה עָשָׂה בְיִשְׂרָאֵל לִשְׁכַּב אֶת־בַּת־יַעֲקֹב וְכֵן לֹא יֵעָשֶׂה׃

KECHOM'ÁM VAYIT'ATTSEVOÚ HA'ANACHÍM VAYI'HÁR LAHÉM ME'ÓD KI NEVALÁ ASSÁ VEYISRAÉL LICHKÁV ET-BAT-YAAKÓV VEKHÉN LO YE'ASSÉ

...Et ils furent très fortement attristés, et cela les irrita beaucoup, parce qu'une infamie a été commise en Israël – coucher avec la fille de Yaakov, et cela ne se fait pas.

Le mot navál est lié à la chair morte, à la charogne. On peut traduire le mot khén par vrai, vérité. Alors la traduction sera : « Et la justice n'est pas faite ». C'est-à-dire que Yaakov l'a appris plus tôt et s'est tu. Les fils sont venus et se sont irrités de ce qu'on avait abîmé leur sœur et que la justice n'était pas faite. Et le père de Ch'khem parle avec lui.

וַיְדַבֵּר חֲמוֹר אִתָּם לֵאמֹר שְׁכֶם בְּנִי חָשְׁקָה נַפְשׁוֹ בְּבִתְּכֶם תְּנוּ נָא אֹתָהּ לוֹ לְאִשָּׁה׃

VAYDABBÉR 'HAMÓR ITTÁM LEMÓR CHEKHÉM BENÍ 'HACHEKÁ NAFCHÓ BEVITTEKHÉM TENOÚ NA OTÁ LO LE'ICHÁLa translittération de l'original omet le petit mot « lo » (à lui), qui figure dans le texte hébreu. La ligne française suit l'hébreu.

8 Et 'Hamor parla avec eux, disant : « Mon fiston Ch'khem, son âme a convoité votre fille. Donnez-la-lui donc pour épouse ».

'Hamor ne parle déjà plus avec le père, mais avec les frères. Pendant qu'il marchait, les frères se sont joints, et 'Hamor parle avec eux. Il était bien parti pour parler avec le père, mais il parle avec les frères. Et pourquoi « votre fille » ? Bien sûr, des frères aînés peuvent appeler leur petite sœur aussi leur fille.

וְהִתְחַתְּנוּ אֹתָנוּ בְּנֹתֵיכֶם תִּתְּנוּ־לָנוּ וְאֶת־בְּנֹתֵינוּ תִּקְחוּ לָכֶם׃

VEHIT'HATTENOÚ OTÁNOU BENOTEKHÉM TITTENOU-LÁNOU VE'ET-BENOTÉNOU TIK'HOÚ LAKHÉM

9 Et vous vous marierez avec nous, vos filles, vous nous les donnerez, et nos filles, vous les prendrez pour vous.

'Hamor propose en fait une certaine voie d'assimilation. Dans le livre de Dévarim nous lisons : « Ne t'allie pas avec eux, ne donne pas ta fille à son fils, et ne prends pas sa fille pour ton fils ». Dans le livre de Choftim nous lisons la condamnation d'un tel lien : « Et ils prenaient leurs filles pour épouses, et leurs propres filles, ils les agréaientDans cette citation du livre de Choftim, l'original dit littéralement que les fils d'Israël « approuvaient » leurs filles pour les fils de ces peuples, et non qu'ils les « donnaient ». Nous avons traduit mot à mot. pour leurs fils, et ils servaient leurs dieux ». Et dans le livre d'Ezra nous lisons : « Et maintenant, ne donnez pas vos filles à leurs fils, ne prenez pas leurs filles pour vos fils, et à jamais recherchez leur paix et leur bien, afin que vous soyez forts, et vous mangerez le meilleur de ce qu'il y a dans ce pays, et vous le transmettrez en héritage à vos fils à jamais ». L'une des règles de l'héritage de la terre : ne pas se mêler aux peuples étrangers. Mais, bien entendu, ni 'Hamor ni Ch'khem n'avaient lu le livre d'Ezra, et ils ne comprennent pas très bien les principes selon lesquels vivent les fils de Yaakov. Et 'Hamor développe sa pensée et dit :

וְאִתָּנוּ תֵּשֵׁבוּ וְהָאָרֶץ תִּהְיֶה לִפְנֵיכֶם שְׁבוּ וּסְחָרוּהָ וְהֵאָחֲזוּ בָּהּ׃

VE'ITTÁNOU TECHÉVOU VEHA'ÁRETS TIHYÉ LIFNEKHÉM CHEVOÚ OUS'HAROÚHA VEHE'A'HAZOÚ BA

...et vous habiterez avec nous (c'est-à-dire que nous vous donnerons notre citoyenneté), et notre pays sera devant vous, habitez-y, achetez-y et retenez-le.

C'est-à-dire que 'Hamor propose les pleins droits civiques pour Yaakov et sa famille. Mais lui, 'Hamor, n'est pas venu seul, avec lui est venu aussi Ch'khem – son fils.

וַיֹּאמֶר שְׁכֶם אֶל־אָבִיהָ וְאֶל־אַחֶיהָ אֶמְצָא־חֵן בְּעֵינֵיכֶם וַאֲשֶׁר תֹּאמְרוּ אֵלַי אֶתֵּן׃

VAYOMER CHEKHÉM EL-AVÍHA VE'EL-A'HÉHA EMTSA-'HÉN BE'ENEKHÉM VA'ACHÉR TOMEROÚ ELÁY ETTÉN

11 Et Ch'khem dit au père de celle-ci et à ses frères : « Pourvu seulement que je trouve grâce à vos yeux.

הַרְבּוּ עָלַי מְאֹד מֹהַר וּמַתָּן וְאֶתְּנָה כַּאֲשֶׁר תֹּאמְרוּ אֵלָי וּתְנוּ־לִי אֶת־הַנַּעֲרָ לְאִשָּׁה׃

HARBOÚ ALÁY ME'ÓD MÓHAR OUMATTÁN VE'ETTENÁ KA'ACHÉR TOMEROÚ ELÁY OUTNOU-LÍ ET-HANNA'ARÁ LE'ICHÁ

12 Fixez-moi la dot la plus élevée que vous pouvez, je vous la donnerai, comme vous direz. Seulement, donnez-moi cette fille pour épouse ».

Nous disions que la Torah fait connaître le prix moyen du marché pour une jeune fille dans ce cas. Pardonnez-moi, cela sonne très cyniquement, mais, effectivement, tels étaient les rapports, une dot était fixée, un paiement pour la jeune fille était fixé dans une telle situation. D'un côté, on faisait ainsi pour que cela ne devienne pas une cause de chantage, quand le père peut exiger une somme énorme, et que la fille reste dans un tel état de suspens. De l'autre côté, pour que le violeur ne puisse pas dire : « Je n'ai pas tant d'argent, et c'est pourquoi je ne l'épouserai pas ». Tout cela paraît cynique, tout cela paraît abject, horrible depuis notre XXIe siècle. Mais on n'était pas du tout au XXIe siècle.

Ainsi, 'Hamor a proposé les droits civiques et politiques, et Ch'khem, de son côté, a demandé : « Donnez-moi n'importe quel prix, et je paierai ». Il semblerait que, dans la situation où Dina, elle, se trouve à ce moment-là dans le palais de Ch'khem (s'il a un palais), cela devienne une proposition qu'il est difficile de refuser.

וַיַּעֲנוּ בְנֵי־יַעֲקֹב אֶת־שְׁכֶם וְאֶת־חֲמוֹר אָבִיו בְּמִרְמָה וַיְדַבֵּרוּ אֲשֶׁר טִמֵּא אֵת דִּינָה אֲחֹתָם׃

VAYA'ANOÚ VENE-YAAKÓV ET-CHEKHÉM VE'ET-'HAMÓR AVÍV BEMIRMÁ VAYDABBÉROU ACHÉR TIMMÉ ET DINÁ A'HOTÁM

13 Les fils de Yaakov répondirent à eux deux avec ruse (remarquez, les personnages qui agissent ici sont les fils. Yaakov est ici présent, mais ce sont les fils qui parlent et agissent), parce qu'il avait souillé leur sœur Dina.

וַיֹּאמְרוּ אֲלֵיהֶם לֹא נוּכַל לַעֲשׂוֹת הַדָּבָר הַזֶּה לָתֵת אֶת־אֲחֹתֵנוּ לְאִישׁ אֲשֶׁר־לוֹ עָרְלָה כִּי־חֶרְפָּה הִוא לָנוּ׃

VAYOMEROÚ ALEHÉM LO NOUKHÁL LA'ASÓT HADDAVÁR HAZZÉ LATÉT ET-A'HOTÉNOU LE'ÍCH ACHER-LÓ ORLÁ KI-'HERPÁ HI LÁNOU

14 Et ils leur dirent : « Nous ne pouvons pas faire une telle chose pour un homme qui n'a pas de circoncision, un homme qui n'est pas circoncis : c'est pour nous une honte.

אַךְ־בְּזֹאת נֵאוֹת לָכֶם אִם תִּהְיוּ כָמֹנוּ לְהִמֹּל לָכֶם כָּל־זָכָר׃

AKH-BEZÓT NE'ÓT LAKHÉM IM TIHYOÚ KHAMÓNOU LEHIMMÓL LAKHÉM KOL-ZAKHÁR

15 Mais nous vous serons favorables, si vous êtes comme nous, si vous êtes comme nous, pour que vous vous fassiez circoncire, vous tous.

Remarquez : une ruse dans la ruse. Apparemment, ils disent d'abord : « Nous ne pouvons pas donner notre fille à un homme incirconcis ». On pourrait croire que l'exigence de se faire circoncire est d'abord présentée comme une exigence adressée seulement à Ch'khem lui-même. Mais, d'un autre côté, « nous serons d'accord avec vous, seulement si vous êtes tous comme nous ». Pourquoi ? Parce que c'est bien vous qui proposez que nous prenions vos filles et que nous vous donnions nos filles. C'est-à-dire que vous devez circoncire tout individu de sexe masculin.

וְנָתַנּוּ אֶת־בְּנֹתֵינוּ לָכֶם

VENATÁNNOU ET-BENOTÉNOU LAKHÉM

16 Et nous vous donnerons nos filles (celles que nous voudrons).

Remarquez, il y a ici beaucoup de subtilités dans les formulations : nous vous donnerons des filles, ce n'est pas vous qui prendrez, mais nous qui vous donnerons nos filles, celles que nous voudrons et pour lesquelles nous serons d'accord.

וְאֶת־בְּנֹתֵיכֶם נִקַּח־לָנוּ וְיָשַׁבְנוּ אִתְּכֶם וְהָיִינוּ לְעַם אֶחָד׃

VE'ET-BENOTEKHÉM NIKKA'H-LÁNOU VEYACHÁVNOU ITTEKHÉM VEHAYÍNOU LE'ÁM E'HÁD

… Et nous prendrons vos filles, et nous habiterons avec vous, et nous serons avec vous un seul peuple (encore une fois « nous prendrons vos filles, celles que nous voudrons »).

וְאִם־לֹא תִשְׁמְעוּ אֵלֵינוּ לְהִמּוֹל וְלָקַחְנוּ אֶת־בִּתֵּנוּ וְהָלָכְנוּ׃

VE'IM-LÓ TICHME'OÚ ELÉNOU LEHIMMÓL VELAKÁ'HNOU ET-BITTÉNOU VEHALÁKHNOU

17 Et si vous ne nous écoutez pas (pour vous faire circoncire), nous prendrons notre fille et nous partirons ».

Voilà le plan qu'ils ont. Il semblerait qu'il y ait une possibilité de tout régler à l'amiable, dans un sens ou dans l'autre. Nous parlerons encore de ce en quoi consistait donc la ruse des frères. Et si Yaakov était présent et a entendu parler de cette ruse, alors pourquoi ce qu'ils ont fait ensuite ne lui a-t-il pas plu ? En quoi donc consistait la ruse ? Mais nous lisons ici un moment inattendu de la situation :

וַיִּיטְבוּ דִבְרֵיהֶם בְּעֵינֵי חֲמוֹר וּבְעֵינֵי שְׁכֶם בֶּן־חֲמוֹר׃

VAYITEVOÚ DIVREHÉM BE'ENÉ 'HAMÓR OUV'ENÉ CHEKHÉM BEN-'HAMÓR

18 Et elles leur plurent, elles plurent aux yeux de 'Hamor, leurs paroles. Et à Ch'khem aussi elles plurent.

Au papa comme au fils, leurs paroles plurent. Ainsi se terminèrent les négociations.

וְלֹא־אֵחַר הַנַּעַר לַעֲשׂוֹת הַדָּבָר כִּי חָפֵץ בְּבַת־יַעֲקֹב וְהוּא נִכְבָּד מִכֹּל בֵּית אָבִיו׃

VELO-E'HÁR HANNÁ'AR LA'ASÓT HADDAVÁR KI 'HAFÉTS BEVAT-YAAKÓV VEHOÚ NIKHBÁD MIKKÓL BET AVÍV

19 Et le jeune homme ne tarda pas à faire cela, car il avait désiré la fille de Yaakov, et il est le plus respecté dans toute la maison du père.

Ainsi, il est le plus respecté, et il fut le premier à se faire circoncire de manière exemplaire et démonstrative. Et, bien sûr, nous nous attendons à ce qu'à sa suite toute la maison se fasse circoncire.

C'est qu'elle est grande, la famille

Béréchit 34,20–35,5

Ainsi, 'Hamor, avec son père, est allé négocier avec les fils de Yaakov pour prendre Dina pour épouse. Son père a fait une proposition, somme toute, de caractère commercial. Il a dit : « Nous vous accorderons ici toutes sortes de droits civiques, nous conclurons un traité d'amitié et de coopération économique mutuellement avantageuse et nous ferons avancer de toutes les manières votre situation économique ». Son fils, amoureux de la jeune fille qu'il avait violée, a dit : « Fixez la dot que vous voulez, je suis prêt à payer autant que vous voudrez, je n'ai besoin de rien du tout, pourvu seulement que je trouve grâce à vos yeux ». Deux propositions de ce genre, et sans doute le père a-t-il regardé d'un très mauvais œil son fils, qui l'empêche de s'occuper d'économie et propose n'importe quelle somme d'argent. Ce n'est pas ainsi qu'on mène des négociations.

Les fils de Yaakov, offensés, outragés et pressentant un malheur, répondent à la proposition du père et du fils en même temps et, comme le dit la Torah, répondent avec ruse. En quoi consiste la ruse, pour l'instant le lecteur ne le comprend pas. Ils disent : « Chez nous, il n'est pas d'usage de donner une fille à un incirconcis. Que l'homme se fasse circoncire, et que tous chez vous se fassent circoncire, alors nous coopérerons et, en somme, nous deviendrons un seul peuple ». Ces paroles plaisent et au père et au fils, ils ne comprennent pas encore où est la perfidie ici, et nous non plus, nous ne comprenons pas encore où est la perfidie ici. Le père et le fils retournent dans leur Ch'khem natal, le fils se fait aussitôt circoncire, et nous continuons à lire l'histoire.

וַיָּבֹא חֲמוֹר וּשְׁכֶם בְּנוֹ אֶל־שַׁעַר עִירָם וַיְדַבְּרוּ אֶל־אַנְשֵׁי עִירָם לֵאמֹר׃

VAYAVÓ 'HAMÓR OUCHKHÉM BENÓ EL-CHÁ'AR IRÁM VAYDABBEROÚ EL-ANCHÉ IRÁM LEMÓR

20 Et 'Hamor vint avec son fils aux portes de leur ville ET ILS PARLÈRENT AVEC LES HABITANTS DE LEUR VILLE, EN DISANT :

הָאֲנָשִׁים הָאֵלֶּה שְׁלֵמִים הֵם אִתָּנוּ

HA'ANACHÍM HA'ÉLLE CHELEMÍM HEM ITTÁNOU

21 « ces gens, ils sont honnêtes avec nous,

Remarquez, dans le discours du père et du fils, qu'ils prononcent à Ch'khem, on n'entend que « voici, nous avons à côté de nous une famille, elle est déjà un fait établi ». Personne ne parle de devoir leur accorder la citoyenneté ou de les rendre d'une manière ou d'une autre égaux en droits. « Ils sont déjà là ».

 וְיֵשְׁבוּ בָאָרֶץ וְיִסְחֲרוּ אֹתָהּ וְהָאָרֶץ הִנֵּה רַחֲבַת־יָדַיִם לִפְנֵיהֶם אֶת־בְּנֹתָם נִקַּח־לָנוּ לְנָשִׁים וְאֶת־בְּנֹתֵינוּ נִתֵּן לָהֶם׃

VEYECHEVOÚ VA'ÁRETS VEYIS'HAROÚ OTÁ VEHA'ÁRETS HINNÉ RA'HAVAT-YADÁYIM LIFNEHÉM ET-BENOTÁM NIKKA'H-LÁNOU LENACHÍM VE'ET-BENOTÉNOU NITTÉN LAHÉM

...Et ils vivent dans ce pays, ET ILS Y FONT DU COMMERCE. ET VOICI, DEVANT EUX IL Y A BEAUCOUP DE TERRE. NOUS PRENDRONS CHEZ EUX LES FILLES QUE NOUS CHOISISSONS, ET LES FILLES QUE NOUS VOUDRONS, NOUS LES LEUR DONNERONS.

Le père et le fils viennent avec une proposition commerciale, ils disent : « À côté de nous vit déjà cette famille, voyez donc comme ils ont embelli notre ville, quelle grande bénédiction c'est pour nous ! Faisons, dans des buts économiques, ceci et cela… Comment entrer avec eux en coopération économique ? »

אַךְ־בְּזֹאת יֵאֹתוּ לָנוּ הָאֲנָשִׁים לָשֶׁבֶת אִתָּנוּ לִהְיוֹת לְעַם אֶחָד בְּהִמּוֹל לָנוּ כָּל־זָכָר כַּאֲשֶׁר הֵם נִמֹּלִים׃

AKH-BEZÓT YE'ÓTOU LÁNOU HA'ANACHÍM LACHÉVET ITTÁNOU LIHYÓT LE'ÁM E'HÁD BEHIMMÓL LÁNOU KOL-ZAKHÁR KA'ACHÉR HEM NIMMOLÍM

22 SUR CETTE BASE ILS CONSENTIRONT À ÊTRE AVEC NOUS UN SEUL PEUPLE, SI NOUS CIRCONCISONS TOUT MÂLE, COMME ILS LE FONT.

Il n'y a ici pas un mot sur l'amour de Ch'khem pour Dina, absolument pas un mot sur de quelconques projets matrimoniaux. Ici on dit : « Voyez, il y a une famille à côté, et, si nous nous faisons circoncire, nous pourrons faire un grand bond économique ».

מִקְנֵהֶם וְקִנְיָנָם וְכָל־בְּהֶמְתָּם הֲלוֹא לָנוּ הֵם אַךְ נֵאוֹתָה לָהֶם וְיֵשְׁבוּ אִתָּנוּ׃

MIKNEHÉM VEKIN'YANÁM VEKHOL-BEHEMTÁM HALÓ LÁNOU HEM AKH NE'ÓTA LAHÉM VEYECHEVOÚ ITTÁNOU

23 ET LEUR BÉTAIL, ET TOUS LEURS BIENS, TOUTES LEURS BÊTES : NOUS POURRONS BIEN LES TIRER À NOUS (nous pourrons tout leur soutirer), NOUS POURRONS LES DÉPOUILLER, MAIS ACCEPTONS LEUR PROPOSITION, ET ILS RESTERONT AVEC NOUS ».

L'idée est la suivante : ces voisins sont riches, voyez combien de joie ils apportent à nos petits enfants, combien de bénédiction ils apportent dans notre ville, ils sont déjà un fait établi, ils vivent ici, allons, pour les garder ici, pour que nous puissions tout doucement les dépouiller et leur traire tout ce qu'ils ont, faisons-nous circoncire. Ce n'est absolument pas ce dont parlaient les frères, absolument pas ce que proposaient les frères et absolument pas ce que 'Hamor lui-même proposait aux frères. Il est envisagé une union purement économique. C'est-à-dire, que veut 'Hamor ? 'Hamor veut, sur la base de ce qui s'est passé, sur cette tragédie, faire un bond, s'élever économiquement, élever son peuple, et, bon, son propre statut.

וַיִּשְׁמְעוּ אֶל־חֲמוֹר וְאֶל־שְׁכֶם בְּנוֹ כָּל־יֹצְאֵי שַׁעַר עִירוֹ וַיִּמֹּלוּ כָּל־זָכָר כָּל־יֹצְאֵי שַׁעַר עִירוֹ׃

VAYICHME'OÚ EL-'HAMÓR VE'EL-CHEKHÉM BENÓ KOL YOTSE'É CHÁ'AR IRÓ VAYIMMÓLOU KOL-ZAKHÁR KOL-YOTSE'É CHÁ'AR IRÓ

24 ET ILS ÉCOUTÈRENT 'HAMOR ET CH'KHEM, TOUS CEUX QUI ENTRENT PAR LEURS PORTES, ET ILS CIRCONCIRENT TOUS CEUX QUI ENTRAIENT PAR LES PORTES DE LA VILLE (tous ceux qui se trouvent sous la juridiction de cette ville, ils les circoncirent).

Je vous le rappelle, ils ont circoncis tout le monde parce qu'ils attendaient de cela un profit économique. Il n'y a ici ni repentir pour ce qui a été fait, ni désir de se réconcilier. Il n'est absolument pas fait mention d'un quelconque conflit qui aurait eu lieu entre Yaakov et 'Hamor, entre les fils de Yaakov et Ch'khem. Il n'y a absolument rien, il y a une sorte – hop ! – d'idée économique. Et à plus forte raison il n'y a pas ici de circoncision au nom du Ciel et selon le commandement de Dieu. Simplement « faisons comme eux, pour qu'ils ne soient pas trop dégoûtés d'être avec nous ».

Une telle action a lieu. Et après cela ? Peu à peu, tous les habitants de la ville se font circoncire. Dina reste chez Ch'khem, dans le palais ou dans la maison (on ne comprend pas où elle se trouve là-bas). Dans le camp de Yaakov, on ne s'attendait pas du tout, très probablement, à ce que 'Hamor et compagnie acceptent de se faire circoncire. Peut-être que la perfidie était là. Ils s'attendaient à ce que 'Hamor ne veuille pas se faire circoncire, que la ville ne veuille pas se faire circoncire, qu'ils se lèvent et s'en aillent. En tout cas, nous voyons que ce n'est pas sur le conseil des frères, pas en tant que raison collective, que les frères Chimon et Lévi commencent à agir.

וַיְהִי בַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי בִּהְיוֹתָם כֹּאֲבִים וַיִּקְחוּ שְׁנֵי־בְנֵי־יַעֲקֹב שִׁמְעוֹן וְלֵוִי אֲחֵי דִינָה אִישׁ חַרְבּוֹ וַיָּבֹאוּ עַל־הָעִיר בֶּטַח וַיַּהַרְגוּ כָּל־זָכָר׃

VAYHÍ VAYÓM HACHELICHÍ BIHYOTÁM KO'AVÍM VAYIK'HOÚ CHENE-VENE-YAAKÓV CHIM'ÓN VELEVÍ A'HÉ DINÁ ICH 'HARBÓ VAYAVÓ'OU AL-HA'ÍR BÉTA'H VAYAHARGOÚ KOL-ZAKHÁR

25 ET IL ARRIVA LE TROISIÈME JOUR, QUAND ILS ÉTAIENT MALADES (les Ch'khémites) APRÈS LA CIRCONCISION, ET DEUX FILS DE YAAKOV, CHIMON ET LÉVI, FRÈRES DE DINA, PRIRENT CHACUN SON ÉPÉE, ET ENTRÈRENT DANS LA VILLE AVEC ASSURANCE, ET TUÈRENT TOUS LES HOMMES.

Un génocide terrible, effroyable. Maintenant imaginez : Dina est violée, les violeurs arrivent, mènent des négociations, les fils essaient d'une manière ou d'une autre de tirer Dina de là, mais leur plan de ruse échoue peut-être, et ils n'obtiennent pas ce qu'ils voulaient. Passe un jour, un deuxième, un troisième. Personne dans la maison de Yaakov ne fait absolument rien. Et alors Chimon et Lévi, deux frères, dont il est dit a'hé Dina (frères de Dina)… Pourquoi est-il dit ainsi ? Par le père, bien sûr, Dina a plus de frères, et par la mère Réouven est le frère aîné, mais Réouven, comme nous le verrons plus loin, est un homme d'un caractère un peu différent. Ainsi, vous vous souvenez de l'histoire où Lavan a rattrapé le camp de Yaakov ? Nous y lisions que Lavan entrait tour à tour dans la tente de Ra'hel, dans la tente de Léa, dans la tente de Yaakov et dans la tente de chacune des esclaves. Nous en concluons qu'ils vivent séparément et que chaque maman vit avec ses enfants. Les enfants ne sont pas encore si grands : Chimon a 14 ans, Lévi 13, c'est-à-dire que beaucoup d'enfants sont encore auprès de leurs mamans, chacun grandit dans sa tente, et c'est pourquoi Chimon et Lévi attendent trois jours. Ils supposent que Yaakov va maintenant trouver quelque chose, ce que vont faire les autres, ce que vont faire les autres frères. Mais Yaakov se tait.

Dans quelques chapitres, nous entendrons comment Yossef a péri, et là il est dit que Yaakov déchira ses vêtements et resta en deuil. Ici, en revanche, Yaakov se tait complètement, attend que ses fils reviennent. Et peut-être que les frères de Dina ont ce sentiment que personne ne se soucie même de leur petite sœur. Eux (« vers les épées se sont élancées nos mains ») attaquent la ville, le clan de 'Hamor, les tuent tous, tuent tous les hommes, dégageant ainsi le chemin vers le palais (ou vers la maison).

וְאֶת־חֲמוֹר וְאֶת־שְׁכֶם בְּנוֹ הָרְגוּ לְפִי־חָרֶב וַיִּקְחוּ אֶת־דִּינָה מִבֵּית שְׁכֶם וַיֵּצֵאוּ׃

VE'ET-'HAMÓR VE'ET-CHEKHÉM BENÓ HAREGOÚ LEFI-'HÁREV VAYIK'HOÚ ET-DINÁ MIBBÉT CHEKHEM VAYETSÉ'OU

26 ET 'HAMOR, ET CH'KHEM, SON FILS, ILS LES TUÈRENT PAR L'ÉPÉE, ET PRIRENT DINA DE LA MAISON DE CH'KHEM, ET SORTIRENT.

Personne, à part les deux petits frères bien-aimés, n'a pris la défense de Dina. Si nous écoutons la voix, écoutons la mélodie de la Torah, nous entendrons qu'ici la Torah elle-même ne parle pas de ces versets avec réprobation. Continuons à lire.

בְּנֵי יַעֲקֹב בָּאוּ עַל־הַחֲלָלִים וַיָּבֹזּוּ הָעִיר אֲשֶׁר טִמְּאוּ אֲחוֹתָם׃

BENÉ YAAKÓV BÁ'OU AL-HA'HALALÍM VAYAVÓZZOU HA'ÍR ACHÉR TIMME'OÚ A'HOTÁM

27 ET LES FILS DE YAAKOV VINRENT et pillèrent la ville de ceux qui avaient outragé, qui avaient abîmé leur petite sœur.

Le texte ne permet pas tout à fait de comprendre ici s'il s'agit des mêmes frères, de Chimon et Lévi, ou si, ayant appris que les frères avaient ramené Dina, les autres frères aussi se sont abattus sur la ville pour la piller : à quoi bon laisser les biens se perdre. Et qu'ont-ils pris ?

אֶת־צֹאנָם וְאֶת־בְּקָרָם וְאֶת־חֲמֹרֵיהֶּם וְאֵת אֲשֶׁר־בָּעִיר וְאֶת־אֲשֶׁר בַּשָּׂדֶה לָקָחוּ׃

ET-TSONÁM VE'ET-BEKARÁM VE'ET 'HAMOREHÉM VE'ÉT ACHER-BA'ÍR VE'ET-ACHÉR BASSADÉ LAKÁ'HOU

28 Leur bétail et leur gros bétail, ET LES ÂNES – tout ce qui était dans la ville et dans le champ, ils le prirent.

On peut s'indigner et dire : « Quel pillage ! Bon, d'accord, Chimon et Lévi ont défendu leur sœur, défendu l'honneur outragé. Mais qu'en est-il des autres (ou bien ce sont les mêmes) ? Pourquoi donc piller la ville ? » Nous lisons une histoire semblable dans le livre de Bémidbar, l'histoire de la guerre contre les Midyanites, quand Israël (aussi, d'ailleurs, dans un cas de débauche privée) fit la guerre aux Midyanites, et là le Très-Haut Lui-même bénit, et une partie de la vengeance fut le pillage de Midyan. Nous y lirons exactement la même liste, en tout cas une liste très semblable du butin (c'est dans le livre de Bémidbar), sauf peut-être les ânes. En général, quand on énumère les trophées, on énumère rarement les ânes, mais ici il y a apparemment une sorte de moquerie, une sorte de pique à l'adresse du roi local, qui s'appelle 'Hamor (ou Âne). C'est-à-dire que les frères ont emporté aussi les ânes. Ainsi, nous avons vu que Chimon et Lévi ont fait un certain raid déterminé dans le cadre de l'opération de libération de la sœur. Eux-mêmes (ou quelqu'un d'autre) ont pris et pillé la ville.

וְאֶת־כָּל־חֵילָם וְאֶת־כָּל־טַפָּם וְאֶת־נְשֵׁיהֶם שָׁבוּ וַיָּבֹזּוּ וְאֵת כָּל־אֲשֶׁר בַּבָּיִת׃

VE'ET-KOL-'HELÁM VE'ET-KOL-TAPPÁM VE'ET-NECHEHÉM CHAVOÚ VAYAVÓZZOU VE'ÉT KOL-ACHÉR BABBÁYIT

29 Et les esclaves, et tous les récipients, et les enfants, et les femmes – ils pillèrent tout.

Un beau jour, le troisième jour, le Patriarche Yaakov l'apprend après coup. Nous disions que maintenant arrive le temps où Yaakov, en tant que personnage agissant, passe au second plan. Ce qui se passe ne plaît pas du tout à Yaakov. Et, à proprement parler, il se peut que la Torah n'aime pas que cela ne plaise pas à Yaakov. Nous lirons encore à ce sujet plus loin.

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל־שִׁמְעוֹן וְאֶל־לֵוִי עֲכַרְתֶּם אֹתִי לְהַבְאִישֵׁנִי בְּיֹשֵׁב הָאָרֶץ בַּכְּנַעֲנִי וּבַפְּרִזִּי וַאֲנִי מְתֵי מִסְפָּר וְנֶאֶסְפוּ עָלַי וְהִכּוּנִי וְנִשְׁמַדְתִּי אֲנִי וּבֵיתִי׃

VAYOMER YAAKÓV EL-CHIM'ÓN VE'EL-LEVÍ AKHARTÉM OTÍ LEHAV'ICHÉNI BEYOCHÉV HA'ÁRETS BAKKENA'ANÍ OUVAPPERIZZÍ VA'ANÍ METÉ MISPÁR VENE'ESFOÚ ALÁY VEHIKKOÚNI VENICHMADTÍ ANÍ OUVETÍ

30 Et Yaakov dit à Chimon et à Lévi : « Vous m'avez rendu odieux (vous avez gâché ma réputation, vous m'avez couvert de honte) devant les habitants du pays, Canaani, Frizi. Et moi, je n'ai qu'une poignée de gens avec moi, et ils se rassembleront contre moi, et ils me battront, et je serai anéanti, moi et ma maison ».

Avec qui Yaakov parlait-il maintenant ? Yaakov parlait avec ses enfants : avec son deuxième fils Chimon, avec son troisième fils Lévi – avec ceux que lui avait enfantés une épouse pas très aimée, mais tout de même son épouse, Léa. Pourquoi donc Yaakov parle-t-il comme s'il les séparait de lui-même ? Nous le verrons aussi par la suite. Parce que pour Yaakov, la maison, ce sont dans une plus grande mesure les fils de Ra'hel. Ce sont Binyamin et Yossef. Voilà ceux qui seront ses fils. Nous le verrons tout au long de l'histoire de Yaakov. Yaakov dira encore à ses dix fils : « Vous savez que je n'ai que deux fils ». C'est la complexité du rapport de Yaakov avec ses enfants. Nous disions que Dina et ses frères grandissent dans la tente de Léa. Yaakov vit dans la tente de Ra'hel. Il est tout à fait possible que papa soit pour eux quelque peu lointain. Dans la famille, les relations sont très compliquées, pas simples. Yaakov, aux yeux des enfants, essaie aux dépens de leur sœur de construire des sortes de relations économiques. Tout cela a l'air assez mauvais. Et d'ailleurs, ce sont justement les fils de Yaakov qui ont répondu avec ruse. Yaakov lui-même, c'est tout à fait possible, était d'accord pour régler la situation de sorte que Dina reste mariée à Ch'khem. Il nous est très difficile maintenant de supposer ce qu'il pensait. Il y a différents midrachim. Les midrachim veulent nous enseigner. Les midrachim nous enseignent toujours que ces gens sont pour nous un exemple, et très souvent les maîtres disent que leur exemple est dans les bonnes actions. Pour moi, il est clair que ce sont des gens vivants, qui vivent comme des gens vivants, avec leurs difficultés. Et pour nous, l'exemple, ce sont leurs bonnes actions et leurs actions pas tout à fait bonnes. Tout ce comportement si divers qui est le leur est pour nous un exemple. Yaakov a des relations compliquées dans la famille, et cela s'exprime dans les relations entre ses fils.

Comment Chimon et Lévi se sont-ils sentis ? Apparemment, ils se sont sentis lésés, ils ont senti qu'aux dépens de leur mère, par le mépris envers leur sœur, on essaie de régler certaines questions. Et envers la libération de Dina, la Torah a une attitude sans équivoque bonne. Ici, les frères ne sont condamnés nulle part. Yaakov, lui, n'acceptera jamais leur acte, jusqu'à la fin de sa vie.

Envers le pillage de la ville, on peut avoir des attitudes différentes. Il y a beaucoup de commentateurs qui disaient : « C'était bien de libérer Dina – ce n'était pas bien de piller la ville ». Certains disaient : « Mais voyons, dans la guerre contre les Midyanites, on a pillé la ville ! C'est la bénédiction du Très-Haut ». De nouveau, nous faisions un parallèle avec le moment où Sara se retrouve chez Pharaon et où Avraham, par ce moyen, sort avec de grands biens. Et ici, on peut dire que les enfants font la même chose, seulement Dieu les a déjà dotés d'un certain pouvoir d'agir, leur a donné les forces d'agir.

Ainsi, Yaakov s'abat sur eux avec un terrible reproche et dit : « Bon, c'est fini, maintenant tout le monde ici va me tuer ». On aurait pu terminer la scène sur ce reproche, mais la volonté de l'auteur de la Torah – du Très-Haut – était que le dernier mot reste à l'un des frères, qui a dit :

וַיֹּאמְרוּ הַכְזוֹנָה יַעֲשֶׂה אֶת־אֲחוֹתֵנוּ׃

VAYOMEROÚ HAKHZONÁ YA'ASSÉ ET-A'HOTÉNOU

31 « Est-ce donc comme avec une prostituée qu'on agira avec notre sœur ? »

C'est un mot très grossier qui est employé ici. C'est-à-dire : « notre sœur n'est pas celle aux dépens de laquelle vous allez régler certains problèmes économiques, certains problèmes d'État. Nous prenons la défense de l'honneur de notre sœur ». Dina retourne dans la maison natale et disparaît presque complètement de l'horizon. Je ne sais pas comment Yaakov la considérait avant tout cela, mais Dina n'existe plus pour personne. Elle est mentionnée dans la liste des gens qui sont descendus en Égypte. C'est-à-dire qu'elle a vécu encore un certain temps, qu'elle était membre de la famille. Tous les commentateurs ne se réjouissent pas qu'elle soit restée dans l'histoire juive, c'est pourquoi il y a des midrachim qui disent qu'elle est devenue l'épouse de Job. Il y a ceux qui disent que Dina a conçu de Ch'khem (oui, oui, à un âge aussi jeune) et a enfanté une fille nommée Asnat, que Yaakov a envoyée en Égypte et qui deviendra plus tard l'épouse de Yossef. En somme, les commentateurs ont du mal à caser Dina quelque part. Certains disent qu'elle est devenue l'épouse de Chimon. Et, en somme, l'histoire de Dina devient souvent un papier de tournesol pour comprendre ce que représente une personne, selon ce qu'elle pense de Dina. Voilà, on dit que Chimon l'a prise, mais une femme qui a été une fois avec un homme incirconcis ne pourra plus avoir de plaisir avec un circoncis. Et beaucoup-beaucoup-beaucoup d'histoires semblables. Chacun parle de Dina de l'abondance de son cœur, et c'est merveilleux que nous soyons si différents et que nous puissions dire des choses différentes.

Aussitôt après cela, la Torah dit que ces événements (les commentateurs le relèvent aussi) qui se produisent dans la vie de Yaakov se produisent parce qu'il tarde à tenir sa promesse. Aussitôt après cela, le Très-Haut s'adresse à Yaakov et lui dit :

וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֶל־יַעֲקֹב קוּם עֲלֵה בֵית־אֵל וְשֶׁב־שָׁם וַעֲשֵׂה־שָׁם מִזְבֵּחַ לָאֵל הַנִּרְאֶה אֵלֶיךָ בְּבָרְחֲךָ מִפְּנֵי עֵשָׂו אָחִיךָ׃

VAYOMER ELOHÍM EL-YAAKÓVLa translittération de l'original porte ici par erreur une autre syllabe à la place de « el » (vers). La ligne française suit l'hébreu : el-yaakóv. KOUM ALÉ VET-ÉL VECHEV-CHÁM VA'ASSE-CHÁM MIZBÉA'H LA'ÉL HANNIR'É ELÉKHA BEVOR'HAKHÁ MIPPENÉ ESSÁV A'HÍKHA

1 Dieu dit à Yaakov : « Lève-toi, monte à Beit-El et habite là, et fais là un autel au Dieu qui s'est révélé à toi quand tu fuyais Essav, ton frère ».

C'est intéressant, Dieu ne dit pas : « Fais-Moi un autel », mais dit : « Voilà, tu as bien promis, accomplis ta promesse envers ce Dieu-là, envers cette représentation de Dieu que tu avais, en laquelle elle s'est transformée. Mets en cela toute ta connaissance du Très-Haut ». Le Très-Haut continue d'enseigner à Yaakov à se servir de ses bénédictions sur la terre d'Israël.

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל־בֵּיתוֹ וְאֶל כָּל־אֲשֶׁר עִמּוֹ הָסִרוּ אֶת־אֱלֹהֵי הַנֵּכָר אֲשֶׁר בְּתֹכְכֶם וְהִטַּהֲרוּ וְהַחֲלִיפוּ שִׂמְלֹתֵיכֶם׃

VAYOMER YAAKÓV EL-BETÓ VE'ÉL KOL-ACHÉR IMMÓ HASSÍROU ET-ELOHÉ HANNEKHÁR ACHÉR BETOKHEKHÉM VEHITTAHAROÚ VEHA'HALÍFOU SIMLOTEKHÉM

2 ET Yaakov DIT À SA MAISON et à tous ceux qui sont avec lui : « ôtez toutes les idoles qui sont parmi vous, et purifiez-vous, et purifiez vos vêtements.

Nous, nous pensions que Yaakov et sa famille étaient tous monothéistes, et d'où auraient-ils bien pu avoir des petits dieux ? Les commentateurs disent que Yaakov a simplement rendu les lois plus strictes. Désormais, chaque petit plateau sur lequel est dessiné un petit soleil, chaque petite cruche sur laquelle est dessinée la lune, il faut les enlever. Il est tout à fait possible que, lors du pillage de Ch'khem, il soit revenu aux Juifs beaucoup d'or, d'autres parures diverses qui étaient liées aux idoles, beaucoup de vaisselle idolâtre et ainsi de suite. Yaakov dit : « Vérifions encore une fois nos biens, mettons encore une fois de côté et passons en revue les choses qu'il ne faut pas emporter avec nous ».

וְנָקוּמָה וְנַעֲלֶה בֵּית־אֵל וְאֶעֱשֶׂה־שָּׁם מִזְבֵּחַ לָאֵל הָעֹנֶה אֹתִי בְּיוֹם צָרָתִי וַיְהִי עִמָּדִי בַּדֶּרֶךְ אֲשֶׁר הָלָכְתִּי׃

VENAKOÚMA VENA'ALÉ BET-ÉL VE'E'ESSE-CHÁM MIZBÉA'H LA'ÉL HA'ONÉ OTÍ BEYOM TSARATÍ VAYHÍ IMMADÍ BADDÉREKH ACHÉR HALÁKHTI

3 et levons-nous, et allons à Beit-El, et faisons là un autel à Dieu, qui me répond aux jours de ma fuite, qui a été avec moi sur tout le chemin par lequel j'ai marché ».

וַיִּתְּנוּ אֶל־יַעֲקֹב אֵת כָּל־אֱלֹהֵי הַנֵּכָר אֲשֶׁר בְּיָדָם וְאֶת־הַנְּזָמִים אֲשֶׁר בְּאָזְנֵיהֶם וַיִּטְמֹן אֹתָם יַעֲקֹב תַּחַת הָאֵלָה אֲשֶׁר עִם־שְׁכֶם׃

VAYITTENOÚ EL-YAAKÓV ET KOL-ELOHÉ HANNEKHÁR ACHÉR BEYADÁM VE'ET-HANNEZAMÍM ACHÉR BE'OZNEHÉM VAYITMÓN OTÁM YAAKÓV TÁ'HAT HA'ELÁ ACHÉR IM-CHEKHÉM

4 ET ILS DONNÈRENT À YAAKOV TOUS les petits dieux qui étaient dans leurs mains, et les anneaux qui étaient à leurs oreilles (beaucoup d'anneaux, effectivement, avaient une valeur de protection ; ce n'est pas une lutte contre les anneaux en général), ET Yaakov les enfouit sous le chêne qui est à Ch'khem.

Presque une carte de pirates, n'est-ce pas ? Cela se fait, comme le disent les commentateurs, pour que, si quelqu'un trouve soudain sous le chêne des parures, trouve des sortes de réserves d'objets en or, il comprenne qu'il vaut mieux ne pas y toucher, que c'est frappé d'interdit et qu'il vaut mieux ne pas du tout l'effleurer.

וַיִּסָּעוּ וַיְהִי חִתַּת אֱלֹהִים

VAYISSÁOU VAYHÍ 'HITTÁTLa translittération de l'original écrit ici un second « h » à la place du double « t ». La ligne française suit l'hébreu : 'hittát (terreur). ELOHÍM

5 Et ils partirent, ET IL Y EUT une crainte

Le mot elohím est parfois, dans de telles combinaisons, compris comme quelque chose de grand. Parfois roúa'h elohím, ce n'est pas l'Esprit de Dieu, mais un vent fort. Eymát elohím, ce n'est pas la crainte devant Dieu, mais une forte crainte, le mot rach elohím – un grand bruit. On peut dire : « ...et il y eut une grande crainte ».

 עַל־הֶעָרִים אֲשֶׁר סְבִיבֹתֵיהֶם וְלֹא רָדְפוּ אַחֲרֵי בְּנֵי יַעֲקֹב׃

AL-HE'ARÍM ACHÉR SEVIVOTEHÉM VELÓ RADEFOÚ A'HARÉ BENÉ YAAKÓV

...sur toutes les villes qui sont autour d'eux, et ils ne poursuivirent pas les fils de Yaakov.

C'est la conclusion de l'histoire, qui dans une certaine mesure répond aux appréhensions de Yaakov, qui craignait que, voilà, maintenant ils se lèvent et le tuent. Non. Soit c'est la crainte de Dieu, qui arrête tout le monde, soit c'est une grande crainte, qui a saisi tout le monde. On peut comprendre d'une façon ou d'une autre, mais personne ne poursuit Yaakov. Et il s'avère que ses peurs, ses doutes sont sans fondement. Est-ce que cela confirme que les fils ont agi correctement ? Pour moi, c'est un bon signe en faveur du fait que la Torah approuve les actions de Chimon et Lévi. Un autre moment encore est intéressant : nous lisons que les frères « prirent Dina et la firent sortir, l'emportèrent hors de la maison de Ch'khem » – c'est l'action inverse de celle par laquelle tout avait commencé, quand Dina sortit et que Ch'khem la prit. C'est-à-dire qu'ils ont rétabli le statu quo, ramené la situation à son état normal, initial.

C'est là-dessus que la Torah termine l'histoire de Dina. Une triste histoire, dont chacun tirera des conclusions selon son entendement. Chaque fois que je relis cette histoire, chaque fois que je donne la leçon, ma parole, j'ai les larmes aux yeux à cause de tout cela. J'aime tant ma chère Dina, et j'ai tant de peine pour elle et pour tout ce qui lui est arrivé. Moi-même, j'ai des filles curieuses et bien-aimées…

Le retour à la maison

Béréchit 35,6–35,29

Ainsi, nous avons laissé Yaakov au moment où, ayant reçu une révélation du Très-Haut, il s'apprête enfin à accomplir sa promesse et part de Ch'khem pour Beit-El. Contrairement aux craintes qu'il avait, personne ne poursuit sa famille. Il quitte tranquillement la région, parce que, comme en témoigne la Torah, la peur s'est justement abattue sur tous ceux d'alentour, sur tous les voisins. Avant de continuer à lire sur Yaakov, il est temps de demander pourquoi, pour parler en langage moderne, il attendait une invitation spéciale. C'était pourtant sa promesse : venir à Beit-El, dresser au Très-Haut un autel, Lui donner la dîme… Bref, tout cela, c'est lui-même qui l'avait dit. Et voilà, il vit à Ch'khem et ne s'apprête apparemment pas à aller à Beit-El, tant que le Très-Haut ne s'est pas adressé à lui. Il y a beaucoup de commentaires différents qui disent que Yaakov a simplement oublié, que Yaakov est simplement ingrat. On dit que le Très-Haut envoie à Yaakov épreuve sur épreuve : tantôt l'ange d'Essav, tantôt Essav lui-même, tantôt l'histoire de Dina, pour que Yaakov se souvienne enfin. Et finalement le Très-Haut dit : « Combien de temps peut-on donc le frapper ? J'irai lui dire directement ce que Je veux de lui ». Mais souvenons-nous de l'échelle de Yaakov. Le Très-Haut promet à Yaakov qu'Il le gardera et le ramènera dans ce pays, et Yaakov, en réponse, fait un serment et dit : « Si je reviens en paix à la maison de mon père, alors j'irai et j'offrirai un sacrifice à Beit-El ». Ici, il n'est pas encore revenu à la maison de son père, donc le cercle n'est pas encore fermé, et il attend que vienne le temps d'accomplir la promesse, quand donc il arrivera à la maison de son père. Pourquoi ne va-t-il pas à la maison de son père ? C'est une tout autre conversation. Ainsi, Yaakov interprète à sa manière, le Très-Haut à la sienne. Le Très-Haut se révèle à Yaakov et dit : « Ici, en cas de désaccord, nous décidons à Ma manière, ainsi que je l'ai formulé. C'est Ma formulation, Mon interprétation de la loi qui est en vigueur. Et bien que, oui, la liberté t'ait été donnée, que ton nom soit Yisraël et que le pouvoir t'ait été donné de réaliser beaucoup de choses, tu exécuteras Mes lois, Mes règles, et tu agiras à Ma manière ». Et à partir de ce moment, continuons à lire.

וַיָּבֹא יַעֲקֹב לוּזָה אֲשֶׁר בְּאֶרֶץ כְּנַעַן הִוא בֵּית־אֵל הוּא וְכָל־הָעָם אֲשֶׁר־עִמּוֹ׃

VAYAVÓ YAAKÓV LOÚZA ACHÉR BE'ÉRETS KENÁ'AN HI BET-ÉL HOU VEKHOL-HA'ÁM ACHER-IMMÓ

6 et Yaakov vint à Louz, qui est dans le pays cananéen, et c'est Beit-El, il vint à Beit-El, Yaakov et tout le peuple qui est avec lui.

Tout son clan est enfin arrivé à Beit-El. Yaakov, qui autrefois marchait seul, fugitif qui se cachait de tout le monde, arrive maintenant à Beit-El avec tout son peuple nombreux.

וַיִּבֶן שָׁם מִזְבֵּחַ וַיִּקְרָא לַמָּקוֹם אֵל בֵּית־אֵל כִּי שָׁם נִגְלוּ אֵלָיו הָאֱלֹהִים בְּבָרְחוֹ מִפְּנֵי אָחִיו׃

VAYÍVEN CHAM MIZBÉA'H VAYIKRÁ LAMMAKÓM EL BET-ÉL KI CHAM NIGLOÚ ELÁV HA'ELOHÍM BEVOR'HÓ MIPPENÉ A'HÍV

7 et il bâtit là un autel, Et appela le lieu El Beit-El (Dieu de Beit-El), parce que là Dieu s'était révélé à lui, quand il fuyait devant Essav.

Certains partisans de théories mystiques verront dans le mot nigloú un pluriel. Si nous lisons directement et mot à mot, on obtiendra « là se révélèrent à lui des dieux, quand il fuyait devant Essav ». Le mot elohím, effectivement, peut se conjuguer avec des verbes au pluriel, mais il n'indique en aucune manière une pluralité de dieux, il indique des particularités de la grammaire hébraïque.

וַתָּמָת דְּבֹרָה מֵינֶקֶת רִבְקָה וַתִּקָּבֵר מִתַּחַת לְבֵית־אֵל תַּחַת הָאַלּוֹן וַיִּקְרָא שְׁמוֹ אַלּוֹן בָּכוּת׃

VATTÁMOT DEVORÁ MENÉKET RIVKÁ VATTIKKAVÉR MITTÁ'HAT LEVET-ÉL TÁ'HAT HA'ALLÓN VAYIKRÁ CHEMÓ ALLÓN BAKHOÚT

8 et Dévora, la nourrice de Rivka, mourut, et elle fut enterrée près de Beit-El sous un chêne, et il lui donna le nom « chêne des pleurs » (« chêne du deuil »).

Il m'est déjà arrivé de faire des cours au sujet de Rivka, au sujet de Dévora, la nourrice de Rivka, et au sujet de savoir d'où Rivka tenait la sagesse, la compréhension et certaines manières propres à la maison d'Avraham. J'ai discuté en détail de qui est cette personne, et pourquoi ici la Torah mentionne son nom, et d'où, de manière générale, dans la famille de Yaakov, qui n'est pas encore rentré chez lui, est venue la nourrice de Rivka. Il y a différentes opinions à ce sujet. Rivka, quand elle a fait partir Yaakov, a dit : « Le temps viendra, et j'enverrai te chercher ». Et on peut dire que Dévora, c'est celle qu'elle a envoyée. Il y a beaucoup de versions différentes. Apparemment, ce n'est pas seulement pour Rivka que cette femme était proche, peut-être était-elle aussi la bonne d'enfants, la nourrice de Yaakov. Voilà, elle est ainsi particulièrement signalée ici. Et peut-être est-ce pour cela que Yaakov la pleure et l'enterre.

Après cela, le Très-Haut se révèle de nouveau à Yaakov. Et une question se pose : y a-t-il en général un quelconque lien entre ces chaînes, entre ces événements, entre les maillons de cette chaîne ? Voici, Yaakov est arrivé à Beit-El, il a bâti un autel, la nourrice est morte, le Très-Haut se révèle à lui. Y a-t-il une logique quelconque, ou n'y a-t-il ici qu'une chronologie ? Si l'on se souvient que Rivka envoie Yaakov dans son pays avec un but déterminé et que Yaakov revient maintenant, on peut en conclure que, dans un certain sens, la mission de Yaakov est terminée.

Nous ne savons pas si Rivka est vivante à ce moment-là. Très probablement, Rivka n'est déjà plus en vie. Certains disent que la mort de Rivka a coïncidé avec la mort de la nourrice. La nourrice a appris la mort de celle qu'elle avait nourrie et elle est morte elle aussi. En tout cas, c'est une clôture, la fin du voyage de Yaakov, et ces gens qui ont accompli leur mission, ces gens dont l'œuvre est terminée, quittent eux aussi la scène. Et pourquoi (une des variantes de la réflexion) Rivka meurt tôt – parce qu'elle a, en son temps, pris sur elle la malédiction de Yaakov.

וַיֵּרָא אֱלֹהִים אֶל־יַעֲקֹב עוֹד בְּבֹאוֹ מִפַּדַּן אֲרָם וַיְבָרֶךְ אֹתוֹ׃

VAYERÁ ELOHÍM EL-YAAKÓV OD BEVO'Ó MIPPADDÁN ARÁM VAYVÁREKH OTÓ

9 le Très-Haut apparaît encore une fois à Yaakov à son retour de Padan-Aram.

Quand Yaakov a déjà accompli sa promesse, le Très-Haut a accompli Sa promesse, Il lui apparaît et dit :

וַיֹּאמֶר־לוֹ אֱלֹהִים שִׁמְךָ יַעֲקֹב לֹא־יִקָּרֵא שִׁמְךָ עוֹד יַעֲקֹב כִּי אִם־יִשְׂרָאֵל יִהְיֶה שְׁמֶךָ וַיִּקְרָא אֶת־שְׁמוֹ יִשְׂרָאֵל׃

VAYOMER-LÓ ELOHÍM CHIMKHÁ YAAKÓV LO-YIKKARÉ CHIMKHÁ OD YAAKÓV KI IM-YISRAÉL YIHYÉ CHEMÉKHA VAYIKRÁ ET-CHEMÓ YISRAÉL

10 ton nom « Yaakov » (ton surnom « Yaakov ») ne sera plus ainsi. Mais « Yisraël » sera ton nom, et il l'appela du nom « Yisraël ».

C'est déjà le deuxième changement de nom. On peut dire que l'ange qui a lutté avec lui l'a aussi renommé, ou lui a donné une information d'initié, une information interne de ce genre : « Regarde quelles nouvelles je connais : bientôt on te renommera Yisraël ». D'une manière ou d'une autre, le nom « Yaakov » accompagne Yaakov jusqu'à la fin de ses jours, il n'est jamais devenu Yisraël en tout. L'Écriture l'appelle tantôt Yisraël, tantôt Yaakov, et il en sera ainsi toute sa vie. Et c'est pourquoi nous disions que Yaakov n'est pas simplement un nom, c'est un nom qui gâte la réputation, dans un certain sens à cause d'une connotation telle que rusé, homme roublard. Et ici le Très-Haut dit : « Je te purifie de cette réputation, personne ne dira que tu as gagné quelque chose par la ruse ». Ce dilemme, d'ailleurs, est actuel jusqu'à aujourd'hui en ce qui concerne Israël et les nations du monde, et on peut en parler séparément et longuement.

וַיֹּאמֶר לוֹ אֱלֹהִים אֲנִי אֵל שַׁדַּי פְּרֵה וּרְבֵה גּוֹי וּקְהַל גּוֹיִם יִהְיֶה מִמֶּךָּ וּמְלָכִים מֵחֲלָצֶיךָ יֵצֵאוּ׃

VAYOMER LO ELOHÍM ANÍ EL CHADDÁY PERÉ OURVÉ GOY OUK-HÁL GOYÍM YIHYÉ MIMMÉKKA OUMLAKHÍM ME'HALATSÉKHA YETSÉ'OU

11 et le SEIGNEUR lui dit : « Je suis Dieu Chaddaï, sois fécond et multiplie, un peuple et une assemblée de peuples viendront de toi, et des rois sortiront de tes reins.

Chaddaï – c'est Dieu, gardien des frontières, c'est un nom féminin particulier de Dieu, parce que le mot chad signifie sein. Je suis un Dieu « corpulent », « à forte poitrine », un Dieu Qui est capable d'allaiter ceux qui s'appuient sur Lui. C'est l'une des significations du nom. Bien entendu, Dieu n'a ni mains, ni pieds, ni tête, et encore moins de sein. Ce sont des images par lesquelles Dieu se révèle aux hommes.

וְאֶת־הָאָרֶץ אֲשֶׁר נָתַתִּי לְאַבְרָהָם וּלְיִצְחָק לְךָ אֶתְּנֶנָּה וּלְזַרְעֲךָ אַחֲרֶיךָ אֶתֵּן אֶת־הָאָרֶץ׃

VE'ET-HA'ÁRETS ACHÉR NATÁTTI LE'AVRAHÁM OULYITS'HÁK LEKHÁ ETTENÉNNA OULZAR'AKHÁ A'HARÉKHA ETTÉN ET-HA'ÁRETS

12 et le pays que j'ai donné à Avraham et à Yits'hak, à toi je le donnerai, et à ta descendance après toi je donnerai ce pays ».

וַיַּעַל מֵעָלָיו אֱלֹהִים בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר־דִּבֶּר אִתּוֹ׃

VAYÁ'AL ME'ALÁV ELOHÍM BAMMAKÓM ACHER-DIBBÉR ITTÓ

13 et le SEIGNEUR s'éleva au-dessus de lui.

On peut dire que c'était une entrée de Dieu en Yaakov ou une descente (comme les langues de feu). D'après ce verset, on voit que Dieu demeurait comme sur Yaakov en parlant avec lui, et ensuite s'éleva d'auprès de lui.

וַיַּצֵּב יַעֲקֹב מַצֵּבָה בַּמָּקוֹם אֲשֶׁר־דִּבֶּר אִתּוֹ מַצֶּבֶת אָבֶן וַיַּסֵּךְ עָלֶיהָ נֶסֶךְ וַיִּצֹק עָלֶיהָ שָׁמֶן׃

VAYATTSÉV YAAKÓV MATTSEVÁ BAMMAKÓM ACHER-DIBBÉR ITTÓ MATTSÉVET ÁVEN VAYASSÉKH ALÉHA NÉSSEKH VAYITSÓK ALÉHA CHÁMEN

14 ET YAAKOV ÉRIGEA UNE STÈLE là où il avait parlé avec lui (une stèle de pierre), et Versa sur elle une libation de vin, et versa sur elle une libation d'huile.

וַיִּקְרָא יַעֲקֹב אֶת־שֵׁם הַמָּקוֹם אֲשֶׁר דִּבֶּר אִתּוֹ שָׁם אֱלֹהִים בֵּית־אֵל׃

VAYIKRÁ YAAKÓV ET-CHÉM HAMMAKÓM ACHÉR DIBBÉR ITTÓ CHAM ELOHÍM BET-ÉL

15 Yaakov appelle le lieu où Dieu avait parlé avec lui « Beit-El ».

C'est-à-dire que Beit-El apparaît sans équivoque sur la carte, désormais devant tout le peuple d'Israël. Déjà, peut-on dire, tout Israël, tout le clan de Yaakov, tous appellent ce lieu Beit-El. Ce lieu, d'ailleurs, s'appelle jusqu'à aujourd'hui Beit-El. On y emmène des touristes, on leur montre où Yaakov a vu le songe, une très belle vue panoramique s'ouvre de là-bas.

וַיִּסְעוּ מִבֵּית אֵל וַיְהִי־עוֹד כִּבְרַת־הָאָרֶץ לָבוֹא אֶפְרָתָה וַתֵּלֶד רָחֵל וַתְּקַשׁ בְּלִדְתָּהּ׃

VAYIS'OÚ MIBBÉT EL VAYHI-ÓD KIVRAT-HA'ÁRETS LAVÓ EFRÁTA VATTÉLED RA'HÉL VATTEKÁCH BELIDTÁ

16 Et ils sortirent de Beit-El, et il restait encore une distance considérable jusqu'à Éfrata, et Ra'hel commença à accoucher, et elle avait de la difficulté avec l'accouchement.

Yaakov sort, il a à marcher quelque 70 kilomètres, sans doute, par un terrain accidenté. Ra'hel a un accouchement, peut-être imprévu, peut-être précoce, parce que sinon Yaakov se serait simplement attardé jusqu'à ce qu'elle ait accouché. Ra'hel accouche, son accouchement se complique, son accouchement n'est pas simple.

וַיְהִי בְהַקְשֹׁתָהּ בְּלִדְתָּהּ וַתֹּאמֶר לָהּ הַמְיַלֶּדֶת אַל־תִּירְאִי כִּי־גַם־זֶה לָךְ בֵּן׃

VAYHÍ VEHAKCHOTÁ BELIDTÁ VATTÓMER LA HAM'YALLÉDET AL-TIR'ILa translittération de l'original note ce mot sans la séparation de l'Alef et avec une autre voyelle finale. La ligne française suit l'hébreu : tir'i. KI-GAM-ZÉ LAKH BEN

17 Et voici, elle souffre de l'enfantement, Et la Sage-femme lui dit : « ne crains pas, car voici, toi aussi tu as un garçon (ou bien voici, tu as encore un garçon) ».

Apparemment, elle a des contractions difficiles. Elle souffre et a peur de mourir. Combien de commentateurs ont essayé de comprendre cette phrase de la sage-femme ! Les uns disent qu'avec Yossef sont nées pas moins de deux filles. Ra'hel souffrait de ce que, voici, elle accouchait de triplés, de deux filles, et accoucher de filles – il y a, on ne sait pourquoi, cette certitude chez les rabbins et chez tous les peuples orientaux – est plus douloureux que d'accoucher de garçons. Moi-même, je n'ai pas accouché, bien sûr, j'ai seulement pratiqué des accouchements, j'ai reçu et des garçons et des filles, et, semble-t-il, d'après mes observations, il est aussi douloureux pour une femme d'accoucher d'un garçon que d'une fille. Mais c'est ce qu'on croyait alors. Et voici qu'il est dit : « Ne t'inquiète pas, le troisième sera un garçon, ce sera plus facile pour toi ». D'autres disent qu'elle accouchait et que la sage-femme la rassurait : « Regarde comme Dieu t'aime, Il a entendu tes prières, et voici, il t'est né un garçon ». Il y a différents points de vue, différents commentaires, et l'on voit que nos maîtres, de mémoire bénie, étaient loin d'avoir tous assisté à des accouchements.

Il me semble que, quand la sage-femme a vu que c'était un garçon, cela signifiait que le garçon était déjà sorti, que l'accouchement était déjà terminé. Comment connaître le sexe de l'enfant ? Alors il n'y avait pas d'échographie, il n'y avait pas d'appareils quelconques. D'abord apparaît la tête, puis le petit corps, puis ce par quoi, à proprement parler, on peut reconnaître le sexe : est-ce un garçon ou une fille. Et donc, si l'on voit que c'est un garçon, cela veut dire que le garçon est déjà né. Et la sage-femme dit à Ra'hel : « N'aie pas peur, le voici, le garçon, le voici, il t'est né ». Et par là elle la console. Naturellement, toute femme s'attendrit en voyant l'enfant. En souffrant pendant l'accouchement, les femmes disent toutes sortes de choses, du genre : « mais plus jamais je n'accoucherai », « pas question que je recommence », « la prochaine fois, qu'il accouche lui-même », mais, quand elles voient l'enfant, elles s'attendrissent fortement. Et, très probablement, c'est ainsi que la sage-femme rassurait Ra'hel.

וַיְהִי בְּצֵאת נַפְשָׁהּ כִּי מֵתָה וַתִּקְרָא שְׁמוֹ בֶּן־אוֹנִי וְאָבִיו קָרָא־לוֹ בִנְיָמִין׃

VAYHÍ BETSÉT NAFCHÁ KI MÉTA VATTIKRÁ CHEMÓ BEN-ONÍ VE'AVÍV KARA-LÓ VINYAMÍN

18 Et il arriva, au moment où son âme s'en allait, quand elle mourait, qu'elle lui donna le nom de Ben-Oni. Mais le père l'appela Binyamin.

Ra'hel est quand même morte, elle n'a pas supporté cet accouchement, elle a 36 ans, c'est son deuxième accouchement, un accouchement difficile, et elle a appelé le garçon Ben-Oni (fils de mon deuil). Mais le père l'a appelé Binyamin. C'est aussi, à première vue, une histoire très étrange, car c'est, au fond, la dernière demande de Ra'hel, qui désirait tant devenir mère, sa dernière volonté – appeler son fils Fils du deuil, bien que, sans doute, il aurait été difficile pour le garçon de vivre avec un tel nom. Le nom Ben-Oni peut se comprendre comme fils du deuil, mais le mot on a, étonnamment, encore un autre sens – force. On peut dire Fils de mon deuil, et on peut dire Fils de ma force. Yaakov l'appelle Binyamin (fils de ma dextre), ce qui peut aussi signifier Fils de la force. Le mot yamin signifie force. Et on peut comprendre que Yaakov ne renomme pas Ben-Oni, mais donne une sorte de commentaire sur son nom, donne une explication de ce nom, dit qu'il s'agit de la force de Ra'hel. Bien que Ra'hel ait un destin si tragique et si triste, elle n'a pu mettre au monde que deux enfants et elle est morte en couches. Dans la tradition juive, c'est précisément Ra'hel qui est considérée comme la mère du peuple juif. Nous en avons déjà parlé. Le prophète Yirméyahou décrit précisément Ra'hel comme celle qui pleure les enfants d'Israël. C'est précisément Ra'hel qui est devenue le symbole de la mère, bien qu'on appelle aussi Léa mère.

Pourquoi Ra'hel est-elle morte précisément maintenant et ici ? Et les commentateurs disent : « Il y a là une vérité : Yaakov lui-même a maudit Ra'hel quand il a dit à Lavan : “Celui qui a volé ces térafim, si tu les trouves chez quelqu'un, qu'il meure” ». Mais, en réalité, Lavan ne les a trouvés chez personne. La malédiction d'un juste a de la force, et il est tout à fait possible que cela soit devenu la cause de la mort. Il est tout à fait possible que la cause ait été aussi l'attitude légère de Ra'hel envers sa propre mort, quand elle a dit : « Donne-moi des enfants, ou je mourrai ». Mais faut-il toujours rechercher le péché d'un homme quand il meurt ? Si Yaakov n'avait pas maudit Ra'hel, si Ra'hel n'avait pas parlé de sa mort, aurait-elle vécu plus longtemps ? Nous parlerions de toute façon de la raison pour laquelle elle est morte.

Yaakov part pour 'Haran afin de se trouver une femme. Il se trouve qu'il tombe amoureux de Ra'hel, veut épouser Ra'hel, mais à l'avenir c'est Léa qui devient la mère de toute la famille, la mère du peuple, et Yaakov est enterré avec Léa. Et c'est pourquoi on peut supposer que c'est justement Léa qui lui était, censément, destinée. Ra'hel est la compagne de Yaakov dans sa fuite, dans son exil, et à son retour elle ne peut plus être avec lui. Comme Moché ne pouvait pas entrer dans le pays d'Israël, de même Ra'hel ne peut pas rester mère dans le pays d'Israël, et elle pleurera les fils qui partent en galout. Bien sûr, c'est difficile à réaliser que Ra'hel n'a pas vécu dans la Bible, c'est une femme vivante, et Yaakov est un homme vivant, et il a le destin d'un homme vivant. Quand il vivait en exil, deux épouses étaient une sorte de compromis, mais dans le pays d'Israël cela ne marche pas ainsi. Tout comme Yéhochoua bin Noun et Moché ne pouvaient pas être tous les deux chefs dans le pays d'Israël. On peut faire un tel parallèle.

וַתָּמָת רָחֵל וַתִּקָּבֵר בְּדֶרֶךְ אֶפְרָתָה הִוא בֵּית לָחֶם׃

VATTÁMOT RA'HÉL VATTIKKAVÉR BEDÉREKH EFRÁTA HI BET LÁ'HEM

19 et Ra'hel mourut, et fut enterrée sur le chemin d'Éfrat, c'est-à-dire Beit-Lé'hem.

וַיַּצֵּב יַעֲקֹב מַצֵּבָה עַל־קְבֻרָתָהּ הִוא מַצֶּבֶת קְבֻרַת־רָחֵל עַד־הַיּוֹם׃

VAYATTSÉV YAAKÓV MATTSEVÁ AL-KEVOURATÁ HI MATTSÉVET KEVOURAT-RA'HÉL AD-HAYOM

20 et Yaakov fit une stèle sur sa tombe, et cette stèle est sur la tombe de Ra'hel jusqu'à ce jour.

Qu'est-ce qui nous manque ici ? Ici, il nous manque le deuil. Yaakov aimait beaucoup Ra'hel, mais il n'a pas déchiré ses vêtements, n'a pas pleuré, n'a pas crié, ne s'est pas roulé dans la poussière, ni lui, ni son fils. Tout cela s'est passé d'une certaine manière comme une affaire pratique : il l'a enterrée vite, l'a mise en terre. Je pense que la tragédie était dans l'âme de Yaakov, et qu'elle était forte. Maintenant, simplement, au fil du récit, ce n'est pas le moment d'en parler. Yaakov réalisera tout, comprendra tout, tout deviendra clair quand il bénira ses enfants. Pour l'instant, il est en route, sa femme est morte et lui a laissé un petit garçon nommé Binyamin, dont il faut maintenant prendre soin.

וַיִּסַּע יִשְׂרָאֵל וַיֵּט אָהֳלֹה מֵהָלְאָה לְמִגְדַּל־עֵדֶר׃

VAYISSÁ YISRA'ÉL VAYÉT AHOLÓ MEHÁL'A LEMIGDAL-ÉDER

21 et Israël se leva (c'est Yaakov), et dressa sa tente près de Migdaleï Adar.

וַיְהִי בִּשְׁכֹּן יִשְׂרָאֵל בָּאָרֶץ הַהִוא, וַיֵּלֶךְ רְאוּבֵן וַיִּשְׁכַּב אֶת־בִּלְהָה פִּילֶגֶשׁ אָבִיו

VAYHÍ BICHKÓN YISRA'ÉL BA'ÁRETS HAHÍ VAYÉLEKH RE'OUVÉNLa translittération de l'original écrit le nom de Réouven avec une voyelle en trop. La ligne française suit l'hébreu : re'ouvén. VAYICHKÁV ET-BILHÁ PILÉGECH AVÍV

22 Et il arriva, quand Israël se trouvait dans cette contrée, que Réouven vint et viola Bilha, la concubine de son père,

Les commentateurs disent, en essayant de toutes les manières de justifier Réouven : « Il est venu et a seulement dérangé les draps sur le lit de Bilha, pour qu'il semble qu'il couchait avec elle. En réalité, il n'a pas osé coucher avec elle ». D'autres disent, comme le dit le Or haHaïm : « Les commentateurs ont bien parlé, il est bon de cacher un péché, mais nous comprenons bien qu'ils parlent ainsi pour couvrir l'impiété de Réouven ». Ainsi, Réouven vient et couche avec Bilha, la concubine de son père.

 וַיִּשְׁמַע יִשְׂרָאֵל וַיִּהְיוּ בְנֵי־יַעֲקֹב שְׁנֵים עָשָׂר׃

VAYICHMÁ YISRA'ÉL VAYIHYOÚ VENE-YAAKÓV CHENÉM ASSÁR

…et Israël entendit cela (c'est tout, rien de plus n'est dit à ce sujet). Israël avait 12 enfants.

Bien entendu, il faut essayer de comprendre ce qu'est, au fond, cette histoire. Nous disions la dernière fois que la famille de Yaakov n'est pas très unie : chaque femme vit dans sa tente : Ra'hel vit dans sa tente, Bilha dans sa tente, Zilpa dans la sienne, Léa dans la sienne, Yaakov dans la sienne. Et chacun des enfants vivait avec sa mère. Quand Ra'hel était vivante, on pouvait dire qu'elle et Léa étaient des « co-épouses ». En hébreu, deux femmes d'un même homme, l'une par rapport à l'autre, s'appellent tsará. C'est une sorte de parenté. Les enfants de Léa pouvaient dire de Ra'hel : « Bon, c'est la sœur de ma mère. Maintenant, son esclave va être la favorite par rapport à ma mère ? Cela n'arrivera pas ! » Yaakov, après la mort de Ra'hel, s'est très probablement installé pour vivre dans la tente de Bilha, parce qu'il est clair qu'en tant qu'esclave de Ra'hel elle s'occupera de ses enfants, il est clair qu'il est bon pour Yaakov d'être là où sont ses jeunes enfants : Binyamin et le tout petit Yossef. Et si les autres enfants attendaient que, devenu veuf de Ra'hel, Yaakov accorde d'une manière ou d'une autre de l'attention à sa femme mal-aimée mais féconde, Léa, cela ne s'est pas produit. Et Réouven commet une chose insolente, terrible : il entre et viole Bilha. Une histoire semblable s'est produite bien des siècles plus tard avec le roi David et son fils Avchalom. David fuit devant Avchalom, laissant chez lui 10 concubines pour garder la maison. Avchalom, lui, sur le conseil d'A'hitofel, dresse une tente sur le toit de la maison royale, au vu de tout le peuple y fait entrer les concubines de David et les viole. Et, quand David revient chez lui, reprend le règne, rétablit le statu quo, il renvoie ses femmes, ces concubines qui sont les siennes, en les entretenant. Il est écrit : « Et il n'alla pas vers elles jusqu'au jour de leur mort ». Une concubine souillée par quelqu'un est interdite à son mari. Réouven fait en sorte que maintenant il soit impossible à Yaakov de coucher avec Bilha, et, peut-être, il se souviendra enfin qu'il a, en fait, encore une femme, la mère de ses enfants, – Léa, la mère de Réouven, et il ira s'installer chez Léa. Nous ne connaissons pas la réaction de Yaakov, immédiate en tout cas, comme pour la mort de Ra'hel. Yaakov se tait, mais aussitôt il est écrit : « Et les fils de Yaakov : 12 ». C'est-à-dire qu'ici Yaakov s'est souvenu que « papa, maman et moi, nous sommes une famille unie », et ici on commence à parler du fait que Yaakov a en tout 12 fils. Et ici (si nous nous en souvenons, nous disions auparavant que c'était toujours Ra'hel qui était mentionnée en premier, bien qu'elle soit la sœur cadette) c'est Léa qui est mentionnée en premier :

בְּנֵי לֵאָה בְּכוֹר יַעֲקֹב רְאוּבֵן וְשִׁמְעוֹן וְלֵוִי וִיהוּדָה וְיִשָּׂשכָר וּזְבוּלֻן׃

BENÉ LE'Á BEKHÓR YAAKÓV RE'OUVÉN VECHIM'ÓN VELEVÍ VIHOUDÁ VEYISSAKHÁR OUZVOULOÚN

23 les fils de Léa : Réouven, premier-né de Yaakov, Chimon, Lévi, Yéhouda, Yissakhar et Zévouloun.

Six enfants de Léa.

בְּנֵי רָחֵל יוֹסֵף וּבִנְיָמִן׃

BENÉ RA'HÉL YOSSÉF OUVINYAMÍN

24 les fils de Ra'hel : Yossef et Binyamin.

וּבְנֵי בִלְהָה שִׁפְחַת רָחֵל דָּן וְנַפְתָּלִי׃

OUVNÉ VILHÁ CHIF'HÁT RA'HÉL DAN VENAFTALÍ

25 LES FILS DE BILHA, ESCLAVE DE RA'HEL : Dan et Naftali.

Sont énumérés les noms des fils de Ra'hel, des fils de Bilha.

וּבְנֵי זִלְפָּה שִׁפְחַת לֵאָה גָּד וְאָשֵׁר אֵלֶּה בְּנֵי יַעֲקֹב אֲשֶׁר יֻלַּד־לוֹ בְּפַדַּן אֲרָם׃

OUVNÉ ZILPÁ CHIF'HÁT LE'Á GAD VE'ACHÉR ÉLLE BENÉ YAAKÓV ACHÉR YOULLAD-LÓ BEFADDÁN ARÁM

26 les fils de Zilpa, esclave de Léa : Gad et Acher. Voilà les enfants qui sont nés à Padan-Aram.

Remarquez : qui n'est pas né à Padan-Aram ? Binyamin n'est pas né à Padan-Aram. Et ici on peut dire que soit la Torah n'est pas précise, soit elle parle en langage figuré : « Bon, la plupart des enfants sont nés à Padan-Aram, disons-le ainsi », soit l'exil de Yaakov ne s'est pas terminé tant qu'il n'est pas arrivé dans la maison de Yits'hak. Et même quand il vivait à Ch'khem et allait à Beit-El, tant qu'il n'était pas revenu auprès de Yits'hak, il se trouve encore à Padan-Aram. Voilà, on peut comprendre cela de différentes manières.

וַיָּבֹא יַעֲקֹב אֶל־יִצְחָק אָבִיו מַמְרֵא קִרְיַת הָאַרְבַּע הִוא חֶבְרוֹן אֲשֶׁר־גָּר־שָׁם אַבְרָהָם וְיִצְחָק׃

VAYAVÓ YAAKÓV EL-YITS'HÁK AVÍV MAMRÉ KIR'YÁT HA'ARBÁ HI 'HEVRÓN ACHER-GAR-CHÁM AVRAHÁM VEYITS'HÁKDans la translittération de l'original, le nom Yits'hak est écrit deux fois avec les deux dernières consonnes inversées. La ligne française suit l'hébreu.

27 Et Yaakov vint vers Yits'hak, son père, à Kiryat Arba, qui est 'Hévron, là où vécurent Avraham et Yits'hak.

וַיִּהְיוּ יְמֵי יִצְחָק מְאַת שָׁנָה וּשְׁמֹנִים שָׁנָה׃

VAYIHYOÚ YEMÉ YITS'HÁK ME'ÁT CHANÁ OUCHMONÍM CHANÁ

28 Et Yits'hak avait 180 ans,

וַיִּגְוַע יִצְחָק וַיָּמָת וַיֵּאָסֶף אֶל־עַמָּיו זָקֵן וּשְׂבַע יָמִים וַיִּקְבְּרוּ אֹתוֹ עֵשָׂו וְיַעֲקֹב בָּנָיו׃

VAYIGVÁ YITS'HÁK VAYÁMOT VAYE'ÁSSEF EL-AMMÁV ZAKÉN OUSVÁ YAMÍM VAYIKBEROÚ OTÓ ESSÁV VEYAAKÓV BANÁV

29 Et Yits'hak atteignit, et mourut, et fut réuni à son peuple, vieux et rassasié de jours, et l'enterrèrent Essav, Yaakov et les fils.

Le mot vayig'á est souvent mentionné dans le sens de il mourut, mais leaguía, c'est se fatiguer, atteindre. C'est-à-dire que Yits'hak atteignit l'âge où son service prit fin. Souvent on dit du juste qu'il n'est pas mort, il a atteint. C'est, semble-t-il, une bonne fin dans cette histoire : Yits'hak mourut dans la satiété, dans la vieillesse, ayant vu avant sa mort Yaakov et ses fils. Nous ne savons rien de sa réaction, nous ne savons rien de ce qui se passait. Apparemment, s'étant réjoui et ayant attendu jusqu'au bout – sans doute Yits'hak n'attendait-il que cela –, il meurt aussitôt, après avoir béni Essav, Yaakov et ses fils. Et ils l'enterrent ensemble. Peut-être est-ce ici la différence avec l'enterrement de Sara, où Yits'hak n'était pas là. Bien qu'Essav et Yaakov vivent séparément, qu'ils soient partis chacun de son côté, ils sont tout de même venus rendre les derniers honneurs à leur père.

Dans cette section hebdomadaire, nous lisons la rencontre de Yaakov et d'Essav et la préparation à cette rencontre. La Torah nous entrouvre le monde intérieur de Yaakov, raconte ce qui se passe en lui. Au chapitre 32, au verset 8, nous lisons :


וַיִּירָא יַעֲקֹב מְאֹד וַיֵּצֶר לוֹ

vayirá yaakov me'od vayetserLa translittération de l'original a ici un « o » ; l'hébreu se lit vayetser, et la ligne française suit l'hébreu. lo

8 Et Yaakov eut très fortement peur, et il lui devint amer (étroit)

Le mot yétser vient de la racine tsar (étroit), mais de cette même racine vient aussi le mot tsara (malheur) : il lui devint amer, il sentit le malheur. Et beaucoup de commentateurs se posent des questions : comment et pourquoi un tel pilier de la foi, le Patriarche, le Père des douze tribus, a-t-il peur ; et pourquoi la Torah nous le raconte-t-elle ? Plus loin, nous lisons la prière de Yaakov, qui entrouvre elle aussi une fenêtre sur son monde intérieur. Nous allons lire à partir du verset 10 du chapitre 32.

וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֱלֹהֵי אָבִי אַבְרָהָם וֵאלֹהֵי אָבִי יִצְחָק יְהוָה הָאֹמֵר אֵלַי שׁוּב לְאַרְצְךָ וּלְמוֹלַדְתְּךָ וְאֵיטִיבָה עִמָּךְ׃

vayomer yaakov elohe avi avrahám veloheLa translittération de l'original écrit le second « Dieu de » avec un « i » final ; l'hébreu a la même forme que la première fois (elohe), et la ligne française suit l'hébreu. avi yits'hák adonáy ha'omer eláy chouv le'artsekhá oulmoladtekhá VE'ETÍVA IMMAKH

10 Et Yaakov dit : « Dieu de mon père, d'Avraham, et Dieu de mon père, de Yits'hak, le SEIGNEUR, qui me dit : “retourne dans ton pays et dans ta patrie, et je te ferai du bien !”

Remarquez le temps du verbe : non pas le SEIGNEUR qui m'a dit, mais le SEIGNEUR qui me dit. C'est-à-dire que pendant que Yaakov marche et fait cela, le SEIGNEUR lui dit de le faire. Yaakov est mû par la parole de Dieu, par la providence de Dieu, c'est pourquoi Dieu ne lui a pas dit va dans ton pays, mais lui dit ici et maintenant : « Va dans ton pays ». Au verset 11, Yaakov dit une chose étonnante :

קָטֹנְתִּי מִכֹּל הַחֲסָדִים וּמִכָּל-הָאֱמֶת אֲשֶׁר עָשִׂיתָ אֶת-עַבְדֶּךָ כִּי

בְמַקְלִי עָבַרְתִּי אֶת-הַיַּרְדֵּן הַזֶּה וְעַתָּה הָיִיתִי לִשְׁנֵי מַחֲנוֹת׃

KATONTI MIKOL HA'HASSADÍM OUMIKOL-HA'EMET ACHER ASÍTA ET-AVDEKHA KI VEMAKLÍ AVARTI ET hayarden hazze ve'attá hayiti lichne ma'hanot

11 je suis petit de toutes les bontés et de toute la vérité que tu as faites à ton serviteur. (ou l'on peut dire : « Par laquelle tu as fait ton serviteur »).

Que signifie cette phrase : je suis petit ? Dans la plupart des traductions, il est écrit ici : « je ne suis pas digne » ; « Tes bontés sont plus grandes que moi ». C'est une traduction étonnante. En réalité, l'homme n'est digne d'aucune bonté. La bonté, c'est ce qui nous est fait par bonté, non de droit, non comme quelque chose de gagné, mais quand on a eu pitié de nous et qu'on nous a donné ce que nous ne sommes pas dignes de recevoir. C'est pourquoi, quoi que nous recevions par bonté, partout où retentit le mot 'hessed (bonté), il y a là quelque chose que nous recevons sans l'avoir mérité.

De quoi parle donc Yaakov ? L'une des manières de comprendre katonti mikol ha'hassadim – je suis devenu petit grâce à toutes Tes bontés. Il arrive que le Très-Haut fasse quelque bonté à un homme, le gratifie de quelque chose, et cet homme peut s'enorgueillir, peut ressentir : « Voilà comme je suis génial. Puisque le Très-Haut m'a fait ceci et cela, c'est que je suis important à Ses yeux. Regardez à quelle place Il m'a mis, regardez ce qu'Il m'a donné, de quels talents Il m'a doté. » Grande tentation pour nous tous, grande tentation de s'enorgueillir de quelques-uns de ses dons ou de quelques bontés. Yaakov dit ici qu'en plus de ces bontés il y avait aussi Ta bonté, dans toutes Tes bontés, que cette bonté m'enseignait à comprendre combien je suis petit, combien je suis indigne de tout ce que Tu fais et combien la différence entre ce que Tu me donnes et ce que je suis. Combien cette différence est grande. J'ai reçu par Ta bonté Tes bontés comme une bonté. Je ne me suis pas enorgueilli de Ta bonté.

D'autres commentateurs disent : « Je ressens maintenant de la peur (katonti). Je suis tombé de ce niveau du super-Yaakov peut-être intrépide, que tous craignaient et qui ne craignait personne. » Dans l'Écriture, nous trouvons de très nombreux versets qui disent que celui qui s'appuie, qui met son espérance en Dieu, l'homme croyant, ne doit pas avoir peur. « Béni l'homme qui s'appuie sur le SEIGNEUR et dont l'appui sera le SEIGNEUR. » « Heureux l'homme qui place son espérance dans le SEIGNEUR et ne se tourne pas, pour demander de l'aide, vers les arrogants et les menteurs. » « Nombreux sont les maux du vicieux, mais celui qui espère dans le SEIGNEUR sera entouré de bienveillance. » Et de telles citations, il y en a encore une multitude. Et il y a une chanson un peu pop bien connue, « Celui qui croit, celui-là n'a pas peur ». Ce sont de très belles paroles. Au niveau de l'homme croyant, dans la sainteté et la justice, l'homme n'a pas peur. Yaakov ressent la peur, et il sent, peut-être, que c'est pour lui une chute, que c'est pour lui une descente à ce niveau où il ne doit pas être. Mais il dit : « Et le fait que je sois descendu à ce niveau, et le fait que j'aie peur, le fait que je me sois amoindri, que je sois devenu petit (katonti), – c'est Ta bonté. Ta bonté, qui me donne la possibilité de sentir la douceur de Ta présence, de sentir la douceur de l'absence de peur, comme si Tu me laissais dans cette peur pour que je sente combien Toi, combien Ta protection, combien l'espérance en Toi sont importants pour moi. » C'est aussi une compréhension possible de cette phrase de Yaakov.

Troisième compréhension du mot katonti – je me suis amoindri, je ne peux pas contenir, je ne peux pas contenir toutes Tes bontés, je suis petit, et Tes bontés ne tiennent pas en moi. Vous savez comment ça se passe ? Un nouveau-né, dans les premiers mois de sa vie, accumule rapidement de la graisse grâce au lait maternel. Quand il a environ 3 mois, 25-30 % de son poids, c'est de la graisse. Pour un adulte, ce serait mortel. Chez lui, la plus grande partie des réserves d'énergie va à la croissance, il grandit, grandit, grandit, grandit, et soudain, à un an, ce n'est plus la plus grande partie de l'énergie qui va à la croissance, mais seulement un tout petit peu, seulement 4 %. Il est plein d'énergie, plein de forces. Quand je regarde mes enfants, les enfants en général, je pense : si je cours une demi-heure comme il court toute la journée, je vais m'allonger et rester couché après cela 3 jours sans forces. L'enfant est plein de forces, plein d'énergie. L'énergie qu'il a ne tient pas en lui. Autrefois, l'énergie partait dans le maintien de la température du corps. Aujourd'hui, nous habillons l'enfant, c'est pourquoi d'habitude il n'a pas froid, il n'a nulle part où aller, et il ne fait que courir, sauter, bondir, et en plus l'enfant a un poids moindre. Et pour courir quelque part, pour sauter sur quelque chose, un enfant de vingt kilos dépense, bien sûr, beaucoup moins d'énergie qu'un adulte de quatre-vingts kilos. L'enfant a beaucoup d'énergie, il a envie de courir, de sauter, et par conséquent il n'a pas envie de s'occuper de certaines choses. Dans cette joie d'enfant qui est la sienne, il dit : « Je ne veux pas faire ça, je ne veux pas, ça m'ennuie, ceci, ça m'ennuie, cela, je ne veux pas. Je ne veux pas sortir de mon état de course, de jeu et ainsi de suite. » Qu'est-ce que cela signifie pour Yaakov ? Yaakov dit en quelque sorte : « Je suis plein d'énergie, je suis là-haut, je suis en relation avec le Très-Haut, même quand je peine, quand je travaille, quand je fais quelque chose, je me tiens constamment devant le Très-Haut, je m'affaire constamment devant Lui, comme un enfant, dans l'accomplissement des commandements, dans Son service. Et de cette joie de la communion avec le Très-Haut, je ne veux pas être distrait par la guerre. » Un jour, Galitch, dans le poème « Kaddich », a écrit : « J'ai tout reçu, ô Dieu, pleinement. Où, dans quel registre dois-je signer ? Je ne demande qu'une chose : sauve-moi de la haine. Elle ne m'est pas due. » Yaakov, qui a tout reçu pleinement et qui est vraiment petit en comparaison de tout le 'hessed, en comparaison de toute cette bonté qu'il a reçue, dit ici, comme un enfant : « Je ne veux pas, je ne veux pas faire la guerre, je ne veux pas être distrait de ces bénédictions. Je ne veux pas être distrait par la guerre avec Essav, je ne veux pas être distrait par la haine. »

On peut comprendre sa phrase ainsi aussi. Comme je l'ai déjà dit, les commentaires en disent plus sur le commentateur que sur Yaakov. Et quand nous regardons les différentes opinions, nous voyons la diversité des gens dans le peuple d'Israël. Ce n'est pas pour que nous disions : avec celui-ci nous sommes d'accord, et avec celui-là nous ne sommes pas d'accord, bien que cela aussi soit bien. C'est pour que, en écoutant les différentes opinions, nous formions notre propre opinion sur ce que signifie pour nous ce katonti.

Il y a aussi une autre explication du mot katonti. En réalité, si nous lisons la promesse que Yaakov a reçue pendant le songe dans lequel il a vu l'échelle, voici ce qui y est dit : « Je suis le SEIGNEUR, Dieu d'Avraham, Ton père, et Dieu de Yits'hak. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donnerai, à toi et à ta descendance. Et ta descendance sera comme le sable de la terre, et tu te répandras à l'ouest, à l'est, au nord, au sud, et en toi et en ta descendance seront bénies toutes les tribus de la terre. Et voici, Je suis avec toi et te garderai partout où tu iras. Et je te ramènerai dans cette terre, car Je ne t'abandonnerai pas jusqu'à ce que j'aie fait ce que Je t'ai dit. » C'est la promesse que Yaakov a reçue en route vers 'Haran. Plus tard, quand le Très-Haut lui ordonne de rentrer chez lui, le Très-Haut parle ainsi : « Et le SEIGNEUR dit à Yaakov : “Retourne dans la terre de tes pères et dans ta patrie, et Je serai avec toi”. » Yaakov dit : « Peut-être mes promesses ont-elles diminué ? Peut-être, à cause de certains de mes péchés, à cause de certaines de mes erreurs, les promesses que j'ai maintenant ne sont-elles plus celles d'avant ? Les promesses sont-elles devenues moindres ? Et, en outre, les promesses portaient sur moi. Tu as dit : “Je serai avec toi.” Et oui, bien que Tu aies parlé de multiplier ma semence et tout ça, Tu ne m'as pas promis de sauver mes enfants et mes femmes. Ils ne sont pas forcément dans la promesse, et je m'inquiète pour eux. J'ai peur : et si je n'étais pas digne de préserver ma famille, mes enfants. » Et cela aussi est propre à l'homme, car nous condamnons assez facilement Yaakov. Beaucoup de commentateurs disent : « Comment ça, Yaakov a eu peur ? Comment ça, Yaakov a été effrayé ? » Pourtant, en se mettant à sa place, il est si facile de comprendre : Yaakov marche avec ses femmes, avec ses enfants, avec son bétail, il est tellement sans défense, et à sa rencontre vient Essav avec quatre cents guerriers. Et même s'il n'anéantit pas tout, même s'il tue deux fils sur douze, ou la fille, ou Ra'hel, ou Léa, ou l'une des esclaves, ne faut-il pas avoir peur de cela ? N'est-ce pas effrayant ? Yaakov a peur, car peut-être quelqu'un n'est pas sous cette promesse, pas sous cette protection. Fallait-il que Yaakov mette son espérance dans le Très-Haut ? Oui, bien sûr. Peut-on avoir peur dans une telle situation ? Oui, bien sûr, on peut.

Nous continuons à parler de cette prière que Yaakov a priée avant sa rencontre avec son frère Essav. Dans l'entretien précédent, nous avons réfléchi aux paroles de Yaakov : « Je suis petit en comparaison de toutes les bontés que Tu m'as faites ». Nous avons analysé cette phrase, les manières de la comprendre et les leçons que nous pouvons en tirer. Aujourd'hui, nous allons parler de la phrase suivante de cette prière :

כִּי בְמַקְלִי עָבַרְתִּי אֶת-הַיַּרְדֵּן הַזֶּה וְעַתָּה הָיִיתִי לִשְׁנֵי מַחֲנוֹת׃

KI VEMAKLÍ AVÁRTI ET-HAYARDÉN HAZZÉ VE'ATTÁ HAYÍTI LICHNÉ MA'HANÓT

10 …car avec mon bâton j'ai traversé ce Jourdain, et maintenant j'ai deux camps. 

La toute première compréhension qui s'impose ici – Yaakov remercie le Très-Haut pour tout ce que le Très-Haut a fait pour lui. Ce n'est pas aussi banal qu'il y paraît. Avant cela, nous ne voyons pas de prière de remerciement des pères. Nous voyons un sacrifice en remerciement, mais pas à ce point une prière de remerciement. Le sentiment de gratitude – c'est un sentiment qu'il faut apprendre. Tout sentiment qu'a un homme se conserve chez lui pendant un certain temps. Un fils est né à un homme, et l'homme se réjouit une semaine, bon, dix jours il se réjouit. Et ensuite la vie reprend ses droits, la routine commence. C'est exactement pareil si un homme a quelque chagrin. L'homme a été dans le chagrin un moment et s'est consolé. Comment conserver un sentiment ? Le sentiment de joie, le sentiment de tristesse, le sentiment de gratitude ? On peut faire des sortes de petits nœuds pour se souvenir.

Comment cela se faisait dans la maison de Yaakov, nous pouvons le voir avec Léa. À propos de Léa, il est écrit : « Et elle conçut encore et enfanta un fils. Et elle dit : “Cette fois, je rendrai grâce au SEIGNEUR (je remercierai le SEIGNEUR)”. C'est pourquoi elle lui donna le nom de Yéhouda (il remerciera le SEIGNEUR) ». Léa appelle son fils Yéhouda, en fait, en remerciement au SEIGNEUR. Désormais, chaque fois que ce nom est prononcé, même inconsciemment, même quelque part là-bas, au bord de la conscience, résonnera : « Nous remercions le SEIGNEUR. Nous nous souvenons envers qui nous devons être reconnaissants ». C'est symbolique que notre peuple s'appelle aussi yéhoudim – ceux qui remercient le Très-Haut, ceux qui voient derrière tout ce qui arrive le Très-Haut et comprennent qu'il faut Le remercier, et Le remercient. 

Et ici, dans la prière de Yaakov, nous voyons aussi que se révèle la gratitude envers le Très-Haut. Commentant la prière du Chéma, les sages disaient : « Il est écrit :


וְאָהַבְתָּ אֵת יְהוָה אֱלֹהֶיךָ בְּכָל-לְבָבְךָ וּבְכָל-נַפְשְׁךָ וּבְכָל-מְאֹדֶךָ׃

VE'AHAVTÁ ET ADONÁY ELOHÉKHA BEKHOL-LEVAVEKHÁ OUVKHOL-NAFCHEKHÁ OUVKHOL-ME'ODÉKHA

5 et aime le SEIGNEUR, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton avoir. (on peut comprendre la dernière phrase de différentes manières).

Les sages disaient que bekhol-levavekhá (de tout ton cœur), c'est Avraham. À propos d'Avraham, il est écrit chez le prophète Yéchayahou (41,8) : « Et toi, Yisraël, mon serviteur, Yaakov, que J'ai choisi, semence d'Avraham, qui M'a aimé ». Le Très-Haut Lui-même témoigne qu'Avraham l'a aimé. Ouvkhol-nafchekhá (de toute ton âme) – c'est écrit à propos de Yits'hak. Pourquoi est-ce écrit ainsi ? Parce que Yits'hak était prêt à donner son âme sur les autels pour son amour envers le Très-Haut. Ouvkhol-me'odékha (la dernière phrase) – et les sages la relient au mot hod (gratitude). Et ils disent : « C'est ce qui est lié à Yaakov, parce que Yaakov dit : “Car avec mon bâton j'ai passé ce Jourdain, et maintenant j'ai deux camps” ». C'est justement notre verset. C'est-à-dire que la compréhension la plus simple de ce verset, c'est la gratitude de Yaakov. 

La gratitude aide beaucoup dans la prière. Quand nous prions pour quelqu'un ou pour quelque chose et que nous avons une difficulté, un blocage dans notre prière, il est très bon de s'arrêter, de cesser de demander. Ou non seulement de demander, mais aussi de remercier. Remercier le Très-Haut pour ce qui est déjà là, pour ce que nous pouvons déjà voir, pour ce qu'il a déjà fait pour nous. Si nous prions pour un parent et que nous voulons, que ce soit sa guérison, que ce soit son amendement, que ce soit la réconciliation avec lui, commencer à remercier pour le fait qu'il est dans notre vie. Voir quelque chose de bon que Dieu a fait à travers lui ou que Dieu a fait en lui, et remercier pour cela. La gratitude, assurément, est très importante dans les relations entre les gens. Et, assurément, dans les relations entre l'homme et le Très-Haut. C'est pourquoi c'est une qualité très importante, et il est très important de l'apprendre. 

Et pour revenir à notre midrach sur ve'ahavta (aime le Très-Haut), comme nous le voyons, ce verset du livre de Dévarim sur l'amour envers le Très-Haut est réparti comme entre les Patriarches, comme si dans les Patriarches nous voyions la racine de ce que nous sommes tenus de faire, de ce que nous sommes tenus d'observer. Nous sommes leurs descendants, et dans leurs actions, dans leur mode de vie, il y a aussi nos commandements et notre mode de vie. Et souvent, quand il arrive quelque chose à nos Patriarches, c'est une préfiguration de ce qui nous arrivera. À ce propos, les maîtres disent que le Très-Haut ne nous raconte pas de fables, ne nous raconte pas des histoires. C'est-à-dire que la Torah, ce n'est pas un livre d'Hérodote sur l'histoire ou de Strabon sur la géographie. La Torah ne nous raconte pas l'histoire pour l'histoire. La Torah nous raconte le passé pour que nous comprenions mieux le présent. Et si ce passé, si ces histoires ne nous apprennent rien dans le présent, alors nous lisons mal. 

Il y a une histoire intéressante qui est racontée dans le midrach Béréchit Rabbati. (Il ne faut pas confondre, il y a deux midrachim aux noms semblables – Béréchit Rabba et Béréchit Rabbati, je parle du second). Ce midrach dit ainsi : « Avec mon bâton… » (nous avons déjà parlé de la préposition be) on peut dire par mon bâton j'ai traversé le Jourdain. Et le midrach dit que Yaakov toucha le Jourdain avec son bâton pour le traverser. Comme il est écrit chez le prophète Amos : « Pour trois crimes d'Édom et pour quatre, je ne détournerai pas de lui la colère. Parce qu'il a poursuivi son frère avec l'épée ». Le Très-Haut a une raison de ne pas pardonner à Essav, de ne pas pardonner à Édom, parce qu'il a poursuivi son frère avec l'épée. Et le midrach dit : « Essav s'est bel et bien lancé à la poursuite de Yaakov, quand Yaakov s'enfuyait loin de lui, quand Yaakov allait à 'Haran. Yaakov arriva jusqu'au Jourdain (ici, la scène est très semblable à ce que nous voyons lors du partage de la mer). Yaakov arriva jusqu'au Jourdain et vit qu'il n'avait nulle part où fuir, et il cria vers le Très-Haut. Le Très-Haut lui parla, et Yaakov, avec son bâton, fendit le fleuve Jourdain et passa, comme à pied sec, avec le bâton, à travers ce fleuve. Essav arriva en courant jusqu'au fleuve Jourdain et comprit que Yaakov avait traversé d'une manière ou d'une autre (peut-être à la nage), et Essav dut traverser lui-même. Bon, il s'en sortit, bien sûr, ce n'était pas un gamin, et puis le Jourdain n'est pas un obstacle si infranchissable. Pendant ce temps, Yaakov entra dans une grotte dans laquelle il y avait des sources chaudes. Il y entra parce qu'il fait froid, parce qu'on a envie de se réchauffer, parce qu'on a envie, peut-être, de se laver dans ces sources. Essav vit cela et boucha avec une pierre l'entrée de la grotte, se frotta les mains en disant : “Bon, c'est fini, Yaakov est fichu. Il ne sortira pas de là”. Et avec le sentiment du devoir accompli, il repartit chez lui. Le Très-Haut envoya un ange, et l'ange repoussa cette pierre. Selon d'autres versions, le Très-Haut donna à Yaakov une autre sortie de la grotte. Bien sûr, c'est un midrach, et quelqu'un dira que c'est simplement du folklore. Mais regardez combien de préfigurations il y a dans cette histoire. Il y a le partage de la mer, et la sortie de la grotte, et beaucoup d'autres choses encore. Pourquoi les midrachim racontent-ils cela ? Parce que les midrachim essaient constamment de retracer le lien entre les Patriarches et nous. Quand Yaakov fait quelque chose, il est appelé Israël. Et nous – Israël en Yaakov – faisons quelque chose. C'est pourquoi les midrachim racontent une telle histoire. Il ne faut pas forcément considérer cela comme historiquement authentique. Et les auteurs des midrachim ne pensaient peut-être pas nous raconter que cela s'est passé ainsi. Mais par ces images, ils nous transmettent l'idée de l'unité de l'histoire. 

Encore un midrach, qui est de nature semblable, parle de l'unité de l'histoire. Il dit ainsi : « ki vemaklí (avec mon bâton) – ce bâton était chez Yéhouda (après Yaakov, il était chez Yéhouda). Comme il est écrit : “Quel gage te donnerai-je donc ?” (c'est quand Yéhouda parle avec Tamar). Elle dit : “Ton sceau, et ton cordon, et ton bâton qui est dans ta main”. Et le midrach dit : “C'est le même bâton”. Et c'est lui qui était chez Moché, comme il est écrit : “Et ce bâton, prends-le dans ta main. Par lui tu accompliras les signes”. C'est lui qui était dans les mains d'Aharon, comme il est écrit : “Aharon jeta son bâton devant Pharaon, devant ses serviteurs, et il devint un serpent”. C'est lui aussi qui était chez le roi David, comme il est écrit : “Et il prit son bâton dans sa main”. C'est lui qui était chez chaque roi jusqu'à la destruction du Temple. Et il sera de nouveau dans la main du roi Machia'h.

De quoi parle ce midrach ? Ce midrach ne dit pas forcément que, voilà, il y avait un tel bâton magique qui passait du père au fils, de roi en roi. Il s'agit du fait qu'il y a un bâton qui joue un rôle déterminé dans l'histoire juive. Chez les prophètes aussi, il sera souvent mentionné. Le bâton comme image, comme objet à travers lequel le Très-Haut révèle sa force, et qui symbolise le pouvoir et apparaît dans chaque génération. C'est comme une allusion à l'écriture singulière du Très-Haut, à un genre singulier dans lequel le Très-Haut agit. Le midrach dit que c'est un seul et même bâton, et par là il dit : « Celui qui se tient derrière le bâton est un seul et Le même ». 

Il y a aussi des tentatives tout à fait différentes de comprendre la phrase ki vemaklí (avec mon bâton). Par exemple, une idée de ce genre : « Je n'ai rien pris à Essav. C'est-à-dire que si j'avais pris de la maison de mon père de l'argent, des économies, du bétail, et que je m'étais lancé dans les affaires (la raison, d'ailleurs, est dans l'argent)Cette remarque entre parenthèses dit mot pour mot « la raison, d'ailleurs, est dans l'argent » ; son lien exact avec la phrase n'est pas clair, elle est donc traduite littéralement., Essav aurait pu dire : “Eh bien, rends ce que tu as pris, avec les intérêts. Tout ce que tu as pris est à moi, parce que tu l'as pris de la maison de mon père, et tu as volé ma bénédiction”. Mais je suis parti avec un bâton, je n'avais rien. Tout ce que j'avais, ce n'est pas aux dépens d'Essav, c'est pourquoi sauve-moi d'Essav. Il n'a aucun motif de me faire des reproches ».

On revient aussi à cette compréhension dont nous avons déjà parlé, à savoir que Yaakov a peur. Yaakov a peur et dit : « Quand je venais ici, on m'a promis la protection ». Quelle protection ? La mienne et celle de ce bâton. « Peut-être ne m'a-t-on pas promis la protection des femmes et des enfants et du bétail ». C'est aussi une peur compréhensible, et nous en avons déjà parlé. 

D'autres commentateurs disent que vemaklí (avec mon bâton), ce sont les souvenirs des temps difficiles. Quand un homme vit une aubeL'original dit littéralement « vit une aube » ; il s'agit peut-être d'une faute de frappe pour « vit un épanouissement ». La traduction garde le mot de l'original., vit un état de prospérité, quand il a deux camps, il doit se souvenir que dans l'affliction aussi, quand il était avec un bâton, le Très-Haut était aussi avec lui. Cela arrive souvent, on me demande : « Pourquoi une maladie m'est-elle arrivée ? Pourquoi un malheur m'est-il arrivé ? Pourquoi ai-je eu un accident ? Pourquoi quelque chose d'aussi mauvais m'est-il arrivé ? » Personne ne vient demander : « Pourquoi ai-je gagné à la loterie ? Pourquoi m'a-t-on offert une voiture ? Pourquoi m'a-t-on donné une prime ? Pourquoi me naissent-ils de bons enfants en bonne santé ? Et pourquoi la grossesse de ma femme se passe-t-elle facilement ? » Voir Dieu dans le fait qu'il était avec toi quand tu étais avec un bâton, te souvenir que Dieu était avec toi quand tu étais avec un bâton, – c'est une qualité très importante pour un homme. Et beaucoup disent : « Yaakov dit ici : “Tu étais avec moi là-bas, Tu es avec moi ici, Tu es toujours avec moi, et je me souviens de Ta présence. C'est pourquoi Tu peux me sauver d'Essav” ». 

Au XVe siècle vivait un maître qui s'appelait Yaakov ben Acher, il est plus connu sous le nom de Baal haTourim (chez nous, il est d'usage d'appeler les gens d'après le titre du livre qu'ils ont écrit). Yaakov ben Acher était un grand maître de la Loi. Il a écrit beaucoup de livres sur la Loi, sur la halakha, sur les subtilités des dispositions juridiques halakhiques, et ainsi de suite. La légende dit que son beau-père se moqua un jour de lui et dit : « Toi, Yaakov, tu écris tout le temps sur la Loi et sur la Loi. Mais le texte simple, la Torah simple, es-tu capable de l'analyser ? » Et, ému par ce défi, Yaakov ben Acher écrivit en une seule nuit un commentaire sur la Torah, sans utiliser aucune source, sans aller sur internet (parce qu'il y avait encore 500 ans avant internet), sans utiliser de bibliothèques, simplement de mémoire, par son savoir. Et dans son commentaire il y a beaucoup de mathématiques, beaucoup de guématria, il remarque beaucoup de subtilités. Et dans son commentaire il écrit : « …vemaklí (avec ce bâton) – c'est, en guématria, Yaakov. “Quand je suis passé, j'étais simplement Yaakov, Yaakov et rien de plus. Il n'y avait là rien d'autre que Yaakov” ». 

D'autres commentateurs disent : « Yaakov prononce ici : “C'est bien Toi qui m'as offert tout cela. Et puisque Tu m'as offert tout cela, convient-il à un roi de reprendre ce qu'Il a offert ?” » Comme l'a dit la femme de Manoa'h (souvenez-vous, la femme de Manoa'h, c'est la maman de Chimchon), quand Manoa'h dit : « Nous allons mourir, parce que nous avons vu Dieu », sa femme lui dit : « Si le SEIGNEUR avait voulu nous faire mourir, Il n'aurait pas accepté de notre main l'holocauste et le don de céréales, et ne nous aurait pas montré tout cela, et ne nous aurait pas fait entendre maintenant une chose pareille ». C'est-à-dire que si Dieu donne des promesses, si Dieu commence à construire quelque chose, ce n'est pas pour détruire. Yaakov dit : « C'est bien Toi qui m'as donné tout cela. Tu m'as donné tout cela, c'est pourquoi tu ne me reprendras pas tout cela ». 

S'il nous semble parfois que notre vie est détruite ou qu'une de nos entreprises est détruite, peut-être pourrons-nous, nous aussi, comprendre que le Très-Haut a participé à cette entreprise, nous a aidés à la construire, et qu'Il ne la détruira pas. Donc cela ne fait que nous sembler, peut-être. Cela aussi, on peut le prendre comme un moyen de travailler sur soi, de comprendre ce qui se passe autour. 

Une autre compréhension dit que vemaklí, c'est j'étais ferme comme une canne, j'étais ferme, « inbrisable ». Et maintenant j'ai deux camps ». C'est vraiment étonnant que Yaakov parle de deux camps. Pourquoi ? Parce que Yaakov a divisé en deux camps tout son peuple, non parce qu'ils ne tenaient pas dans un seul camp. Et si Yaakov l'avait voulu, si cela avait été stratégiquement important pour lui, il aurait divisé son peuple en 15 camps, et en 10. C'est lui qui a décidé en combien de camps diviser. Le nombre de camps, selon cette compréhension, ne parle pas des biens, de l'importance des biens. Pourquoi Yaakov parle-t-il de deux camps ? Parce qu'il dit : « Et maintenant je ne suis plus aussi solide, et maintenant je suis obligé de prendre des mesures de sécurité. Avant, je me jetais sans peur dans la bataille et je pouvais entrer avec un bâton dans le Jourdain. Et maintenant, tu vois, j'ai tellement peur que je divise mon camp en deux. Je suis déjà devenu prudent ». Nous revenons de nouveau au mot katonti – je suis petit, c'est pourquoi Toi, aide-moi, Toi, sauve-moi. 

Encore une compréhension dit : « J'ai fait autrefois ce qui était exigé de moi, ce qui était nécessaire. J'ai traversé le Jourdain avec un bâton. J'ai été chez Lavan, et j'y suis resté autant qu'il le fallait. Et voilà, j'ai deux camps. Mais je ne fais pas appel à mes mérites. Je ne veux pas de récompense pour mes actes. Je fais appel à Ta grâce. Je veux – fais-moi grâce et agis avec moi selon la grâce, pour que Tu ne me rendes pas de récompense pour quelques-uns de mes actes, pour que cela ne compte pas comme si, Dieu préserve, je recevais une récompense pour mes actes. Car alors l'action du jugement aussi sera entière, et je ne tiendrai pas. J'ai fait cela, oui. J'ai traversé le Jourdain. Oui, j'ai divisé en deux camps. Oui, j'ai tout fait. Mais Toi, agis avec moi comme si je n'avais rien fait. Agis avec moi selon la grâce. Pas en mérite pour quelque chose. Seulement selon Ta grâce ». 

Une telle compréhension et une telle approche sont aussi possibles, aussi nécessaires. Il est très important que l'homme, en venant au Très-Haut, ne dise pas : « Je te sers. Depuis 20 ans je suis rabbin. Depuis 30 ans je suis pasteur. J'ai une immense communauté. Je fais ceci, et ceci, et cela ». Tu viens avec la liste de tes actes. Et Yaakov dit : « Je veux que ce soit selon la grâce ». Et ceux qui avancent une telle compréhension nous enseignent à ne pas nous focaliser sur nos réussites, à en remercier le Très-Haut et à dire : « Oui, cela existe, mais je demande la grâce. Agis avec moi selon la grâce, non selon la récompense, non en mérite pour mes actes ». 

Et il y a des commentateurs qui disent : « Je veux que tout soit au-dessus de la nature, car c'est surnaturel ». C'est surnaturel qu'un homme qui est parti avec un bâton, et qui n'avait rien d'autre que ce bâton, se soit ainsi enrichi. Tout ce que j'ai fait, ce ne sont pas des choses naturelles, je ne me suis pas enrichi parce que je suis un homme d'affaires redoutable, parce que je suis un manager, parce que je sais gérer. Tout, je l'ai reçu par une voie surnaturelle. Et c'est pourquoi je ne peux rien faire moi-même, c'est pourquoi je prie et je m'adresse à Toi : « Toi, viens, et Toi, fais, et Toi, aide-moi à être sauvé de mon frère Essav ».

Regardez comme les commentateurs interprètent différemment un seul et même mot, quelles conclusions différentes, quelles leçons différentes ils en tirent. Chacun pour son temps, pour lui-même, pour sa communauté, pour ceux qu'il enseigne, pour ceux auprès de qui il apprend. Et pourquoi est-ce que je raconte toute cette diversité d'opinions ? Pas pour que quelqu'un choisisse la bonne. C'est comme un magasin d'instruments de musique dans lequel vient quelqu'un, et l'un s'achètera une guitare, un autre – une harpe, et un troisième – un tambour. Qu'est-ce qu'il est juste d'acheter ? Chacun achète ce dont il joue, ce qui est en accord avec lui, ce sur quoi il peut jouer de la musique. Et parmi ces commentaires, on peut choisir, trouver quelque chose qui sera en accord avec vous. Et peut-être cela vous donnera-t-il la possibilité de faire votre propre découverte, d'ouvrir votre propre profondeur de compréhension dans cette prière. C'est pourquoi ne cherchez pas ce qui est juste. Cherchez encore moins ce qui est faux. C'est d'ailleurs un principe assez important dans l'étude de l'Écriture. Je le répète encore une fois (j'en ai déjà parlé bien des fois) : il faut s'habituer au fait qu'il y a des gens qui ne sont pas plus bêtes que vous et moi, qui ne sont pas moins honnêtes, pas moins sincères que vous et moi, qui n'aiment pas Dieu moins que nous, mais qui comprennent quelque chose autrement que nous. Il faut apprendre à accepter ces gens, à accepter ces opinions et, dans la mesure du possible, s'il y a de quoi, à apprendre d'eux tout cela. Voilà quelques mots sur le bâton avec lequel Yaakov a traversé le Jourdain.

Nous continuons, vous et moi, à parler de cette prière que Yaakov a priée avant la rencontre avec Essav. Aujourd'hui, nous parlerons des paroles de Yaakov que nous lisons dans la section Vayichla'h (32,12) :

הַצִּילֵנִי נָא מִיַּד אָחִי מִיַּד עֵשָׂו כִּי-יָרֵא אָנֹכִי אֹתוֹ

HATTSILÉNI NA MIYÁD A'HÍ MIYÁD ESSÁV KI-YARÉ ANOKHÍ OTÓ

12 Sauve-moi donc de la main de mon frère, de la main d'Essav, car j'ai peur de lui...

Avant tout, les commentateurs attirent l'attention sur une certaine répétition. מִיַּד אָחִי מִיַּד עֵשָׂו (miyád a'hí miyád Essáv) de la main de mon frère, de la main d'Essav. Yaakov aurait pu dire : « Sauve-moi de la main de mon frère », car il n'a pas d'autre frère qu'Essav. Yaakov aurait pu dire : « Sauve-moi d'Essav », et il est clair que c'est son frère. Pourquoi une telle répétition ? Bien sûr, cela peut être simplement le langage de la prière. Yaakov est un homme, il parle comme un homme, et parfois il peut s'exprimer d'une manière qui n'est pas vérifiée jusqu'à la lettre. Évidemment, c'est ainsi. Mais quand nous voyons une répétition dans la Torah, nous comprenons qu'elle n'est pas là pour rien. Et, même si Yaakov n'a pas vérifié quelque chose jusqu'à la lettre, le Très-Haut, qui nous a donné la Torah, l'a vérifié. C'est pourquoi nous prenons ces répétitions au sérieux. Et beaucoup de commentateurs essaient de comprendre quelque chose pour eux-mêmes sur nous ou sur Yaakov, en se fondant sur cette répétition. Et voici quelles compréhensions sont venues à différentes personnes pendant tout le temps de l'étude de la Torah.

Les uns disent que מִיַּד אָחִי מִיַּד עֵשָׂו (miyád a'hí miyád essáv) des mains de mon frère, des mains d'Essav, cela concerne ceux qui ont l'air d'un frère, mais qui en réalité sont Essav. Il y a des gens qui nous semblent des frères, des amis proches, que nous considérons comme les nôtres, mais à un certain moment ils voudront nous perdre, et peut-être, quelque part, veulent-ils tout le temps nous perdre. C'est un loup dans une peau de brebis. Sauve-moi de tels gens.

D'autres commentateurs disent que Yaakov n'est pas ici simplement Yaakov, il est le Patriarche d'un peuple qui sera appelé et du nom de Yaakov, et du nom de Yisraël. Et Essav n'est pas simplement Essav, Essav aussi est le Patriarche d'un peuple. Et c'est pourquoi Yaakov ne prie pas seulement pour lui-même. Il dit : « Sauve-moi de mon frère. Maintenant, sauve-moi de mon frère, et mes descendants, sauve-les d'Essav, des descendants d'Essav, de l'inimitié avec ses descendants ».

D'autres disent : « Ici Yaakov demande : “Sauve-moiמִיַּד אָחִי (miyád a'hí) de la proximité, de la fraternité avec Essav, de la fraternité avec celui dont je ne dois pas être le frère, celui dont la fraternité, la parenté me corrompra. Et sauve-moi מִיַּד עֵשָׂו (miyád essáv) d'Essav, sauve-moi d'Essav, en tant qu'ennemi. Et ne me laisse pas non plus être en inimitié avec lui” ». Parce que parfois l'inimitié est aussi dangereuse que l'amitié. L'inimitié avec un méchant est aussi dangereuse que l'amitié avec un méchant, parce que l'inimitié peut dévorer l'homme. C'est pourquoi Yaakov dit ici : « Sauve-moi et de l'amitié avec lui, et de l'inimitié avec lui ». Mettons une clôture et vivons en paix de part et d'autre de la clôture.

Le commentateur hassidique Rabbi Yaakov-Yossef ha-Kohen, d'entre les disciples du Baal Chem Tov, transpose ces paroles de Yaakov dans le travail intérieur de l'homme. Bien sûr, ce n'est pas littéralement ce que dit Yaakov, c'est une certaine leçon que Rabbi Yaakov nous enseigne. Il dit que dans notre corps il y a des organes que nous pouvons appeler אָחִי (a'hí) mon frère. Ce sont des organes qui travaillent indépendamment de notre conscience. Le cœur, les poumons, les reins – ils travaillent. Nous ne devons pas chaque fois ordonner au cœur de pomper le sang et chaque fois essayer d'ordonner aux poumons de faire une inspiration. Plus encore, nous ne pouvons même pas les arrêter, nous ne pouvons pas cesser de cligner des yeux, cesser de respirer, arrêter notre cœur. Mais il y a des organes que nous devons soumettre, vaincre : nos petites mains espiègles, nos petits yeux curieux, nos oreilles curieuses, notre langue sans retenue – ce sont des organes que nous devons nous soumettre, pour qu'ils ne nous séduisent pas. Et si nous regardons cela sous cet angle, nous pouvons dire : « Yaakov demande ici de faire que mon corps soit sain, que tout ce qui doit fonctionner fonctionne, disons, en régime normal. Et tout ce que je dois soumettre, tout ce qui ne doit pas me séduire, que cela ne me séduise pas. Aide-moi à faire en sorte que mes séducteurs – les mains, les yeux, les oreilles, la langue – ne me séduisent pas ».

Il y a un midrach qui rapporte une parabole : une charrette chargée de haches, de lames de haches, traversait la forêt. Et les arbres furent saisis de tremblement, en pensant : « Maintenant, avec cette quantité de haches, on va abattre toute la forêt ». Mais un sage qui était dans la forêt dit : « Arbres, s'il ne se trouve pas chez vous de frère parmi ces lames de hache, si aucun arbre ne lui donne de manche, si aucun de vos frères ne se retrouve dans le camp de ces haches, sans le manche, qui est fait de bois, ces lames ne sont bonnes à rien ». Si votre frère ne se retrouve pas dans le camp d'Essav, alors Essav ne pourra rien vous faire. Et Yaakov, si l'on regarde à travers le prisme de cette parabole, prie pour ne donner à Essav aucune force de sa part, aucun prétexte de sa part.

« Nous savons, – disent d'autres commentateurs, – que l'homme a deux penchants : yétser hatov (le bon penchant) et yétser hara (le mauvais penchant, le séducteur). Le yétser hara vient aux gens simples et peut simplement pousser un homme simple à une mauvaise action : “Allez, achète une bouteille de vodka et bois-la”, par exemple. À l'homme qui se considère sage, qui est instruit dans la Torah, qui essaie d'aller vers la justice, ce même yétser hara vient sous l'aspect d'un sage et dit : “Mais c'est permis, en réalité, mais il n'y a pas une telle interdiction, mais c'est, en réalité, une sorte de Moyen Âge. Ce n'est pas la Torah. Dieu n'est pas ainsi. Le SEIGNEUR a-t-il dit ainsi ?” Et ici Yaakov demande : “Sauve-moi du mauvais penchant qui vient sous l'apparence du bon penchant. Sauve-moi de ceux qui veulent me pousser au mal, en faisant passer ce mal pour le bien” ».

Kédouchat Lévi, Rabbi Lévi Yits'hak de Berditchev, dit : « Sauve-moi de la fraternité avec Essav, sauve-moi de ce que nous avons une seule racine, rends-moi miraculeux, comme né de nouveau, une nouvelle création, pour que mon lien spirituel avec Essav au niveau de la racine de nos âmes cesse ».

Et je citerai encore un commentaire pour finir. Il y a des interprètes qui disent que אָחִי (a'hí), c'est la qualité. Essav est le frère de Yaakov. En tant que frère de Yaakov, il a été élevé dans la maison de Yits'hak, il a certains mérites, certaines connaissances, certains enseignements, et il a certains critères qualitatifs qui lui permettent de s'opposer à Yaakov, c'est-à-dire une proximité qualitative. Et מִיַּד עֵשָׂו (miyád essáv), c'est quantitativement : de son armée, de ces quatre cents hommes qui marchent avec lui. C'est-à-dire : et de son esprit, et de sa force, sauve-moi.

Voilà quelles compréhensions il y a au sujet de ce que Yaakov demande. Et Yaakov explique sa demande :

כִּי-מִפוֹחֵד אֲנִי אֹתוֹ

ki-mifo'héd aní otó

…parce que j'ai peur de lui

Cette phrase est en réalité étonnante. Bien que, semble-t-il, il n'y ait ici que 4 mots. Le fait est que le verbe לְפַחֵד (lefa'héd) avoir peur s'emploie avec deux prépositions. Il y a une préposition qui s'emploie pour montrer la peur devant quelqu'un. Par exemple, la peur devant certaines personnes, certains événements ou quelque chose d'autre. Il y a une préposition qui parle de la peur devant Dieu. C'est-à-dire qu'on peut dire : -מִ מִפוֹחֵד אֲנִי (aní mifo'héd mi) – j'ai peur de quelqu'un, par exemple, מִזְאֵב מִפוֹחֵד אֲנִי (aní mifo'héd mize'év) – j'ai peur du loup. Quand nous disons : « -אֶת מִפוֹחֵד אֲנִי )aní mifo'héd et) – cela veut dire j'ai peur de Dieu ». On peut en donner plusieurs exemples. Par exemple, dans le livre de Dévarim (7,19).

כֵּן-יַעֲשֶׂה יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְכָל-הָעַמִּים אֲשֶׁר-אַתָּה יָרֵא מִפְּנֵיהֶם׃ 

ken-ya'assé adonáy elohékha lekhol-ha'ammím acher-attá yaré mippenehém

… Ainsi fera le SEIGNEUR, ton Dieu, à tous les peuples dont tu as peur.

-יָרֵא מִ (yare mi) avec la préposition « mi » – tu as peur des peuples. Ou, par exemple, dans le livre de Chémot (9,30) :

וְאַתָּה וַעֲבָדֶיךָ יָדַעְתִּי כִּי טֶרֶם תִּירְאוּן מִפְּנֵי יְהוָה אֱלֹהִים׃

ve'attá va'avadékha yadá'tiDans la translittération de l'original, il manque le « t » de yada'ti (je sais). La ligne française suit l'hébreu. ki térem tire'oún mippené adonáy elohím

Mais toi et tes serviteurs, je le sais, de nouveau vous ne craindrez pas le SEIGNEUR

C'est Moché qui dit cela à Pharaon. Ici, ce n'est pas vous tremblerez devant le SEIGNEUR, c'est précisément vous aurez peur de lui. Au sujet de Cha'oul, il est dit qu'il avait peur de David. וַיֹּאסֶף שָׁאוּל לֵרֹא מִפְּנֵי דָוִד (ve yosséf cha'oúl lerá mifnéy davíd) et Cha'oul avait de plus en plus peur de David (1 Chmouël (18,29)). Ce sont des exemples de la façon dont le verbe לְיִרְאָה (leyir'á) s'emploie avec la préposition -מִ (mi).

Mais Yaakov l'emploie avec la préposition -אֶת (et). Voyons comment il s'emploie avec la préposition -אֶת (et). Nous lisons dans le livre de Dévarim (6,24) :

וַיְצַוֵּנוּ יְהוָה לַעֲשׂוֹת אֶת-כָּל-הַחֻקִּים הָאֵלֶּה לְיִרְאָה אֶת-יְהוָה

vaytsavvénou adonáy la'assót et-kol-ha'houkkím ha'élle leyir'á et-adonáy

Et le SEIGNEUR nous a ordonné d'accomplir tous ces statuts, afin de craindre le SEIGNEUR

Craindre le SEIGNEUR לְיִרְאָה אֶת-יְהוָה (leira et Adonaï).

« Et maintenant, Israël, qu'est-ce que le SEIGNEUR Dieu exige de toiL'original porte ici « son SEIGNEUR Dieu exige de toi ? », manifestement pour « qu'est-ce que le SEIGNEUR Dieu exige de toi ? » (Dévarim 10,12). Nous traduisons selon ce sens évident. ? Que tu craignes le SEIGNEUR ». C'est le chapitre 10 du livre de Dévarim. Et enfin, Yossef répond à ses frères : « כִּי יְהוָהָ אֲנִי יָרֵא (ki Adonáy aní yaré) je crains Dieu ». C'est-à-dire qu'il y a une règle déterminée d'emploi du verbe לְיִרְאָה (leyir'á) craindre. Et Yaakov parle ici comme s'il craignait Essav comme il convient de craindre le Très-Haut, comme il convient de craindre quelqu'un qui possède une certaine sainteté.

Il y a une histoire étonnante où cette préposition participe à un jeu diplomatique. C'est l'histoire d'Adoniyahou. Adoniyahou essaie de prendre la royauté après David. Il festoie déjà, il s'est déjà presque senti roi. Et voici ce que nous lisons : « Alors eurent peur et se levèrent tous les invités qui étaient chez Adoniyahou, et chacun s'en alla par son chemin. » Toute sa compagnie, toute sa suite s'est enfuie. « Et Adoniyahou, ayant eu peur de Chlomo (c'est-à-dire ici מִ (mi) de), se leva, et s'en alla, et saisit les cornes de l'autel. Et il fut rapporté à Chlomo et dit : “Voici, Adoniyahou craint le roi Chlomo” ». Ici on dit au roi qu'Adoniyahou craint -אֶת (et), non pas מִ (mi), mais -אֶת (et), comme quelque chose de digne, comme on craint l'oint de Dieu. Et voici qu'il saisit les cornes de l'autel. C'est-à-dire qu'on rapporte au roi Chlomo sous une forme diplomatique ce qui se passe en réalité avec Adoniyahou. Il ne craint pas le roi comme on craint une bête sauvage. Mais on rapporte au roi qu'il craint le roi par respect. Il a une certaine crainte respectueuse devant le roi.

Manifestement, la différence entre -אֶת (et) et מִ (mi) est très importante et très grande. Pourquoi Yaakov dit-il -אֶת (et), et non מִ (mi) ? Certains disent que c'est lié aux mérites d'Essav. Car Essav vit dans la terre sainte. Essav, tout ce temps où Yaakov était chez Lavan, accomplissait le commandement d'honorer les parents. Il a certains mérites. Et Yaakov dit : « Je crains, je crains une compétition avec Essav dans le domaine des mérites, c'est pourquoi je demande, pour moi, s'il te plaît, non selon les mérites, mais par grâce. Je crains que ses quelques mérites... Moi, bien sûr, je suis le Patriarche, je suis Yaakov, et tout ce qui est écrit sur moi dans le livre de Béréchit, bien que je ne l'aie pas encore lu, mais je l'ai vécu. Et tout de même je crains : et si Essav avait certains mérites ? Nous n'allons pas nous mesurer là-dessus. Je demande par grâce. » On peut le comprendre ainsi. « Je le crains, même les mérites qu'il a, je les crains. »

Nous, en tant que croyants, comptons très souvent sur le fait que Dieu nous protégera, qu'Il est de notre côté. Même si nous nous disputons avec quelqu'un, nous pouvons admettre, nous devons admettre la pensée que celui avec qui nous nous disputons, Dieu l'aime aussi et le soutient, et peut-être ne l'abandonnera pas non plus. C'est ce qui se passe avec Yaakov. Il ne veut pas, selon cette compréhension-là, juger qu'il est sans équivoque bon et qu'Essav est sans équivoque mauvais. Nous sommes des hommes, et tous sont aimés de Dieu, et tous sont conduits par DieuL'original dit littéralement que tous sont « introduits » par Dieu, probablement pour « conduits » par Dieu ; nous traduisons « conduits »..

Mais les commentateurs essaient de comprendre plus loin d'où vient au fond cette peur chez Yaakov. Et si nous nous souvenons, Yaakov, quand il allait à 'Haran, fit un serment au Très-Haut que, quand il reviendrait et que « le SEIGNEUR sera mon Dieu, – cette pierre que j'ai dressée sera un monument, une maison de Dieu ; et de tout ce que Tu me donneras, je Te donnerai la dixième partie » (Béréchit 28,20). Quand le Très-Haut s'adresse à Yaakov à 'Haran, Il dit : « Je suis le Dieu à qui, à Beit-El, tu as oint un monument et fait là un vœu. Maintenant lève-toi, sors de ce pays et retourne dans ton pays natal. » Le Très-Haut ne dit pas simplement à Yaakov de retourner dans son pays natal, mais lui dit : « Je suis le Dieu à qui tu as fait un vœu, tu as oint un monument. » C'est-à-dire : « Tu as encore une dette, tu ne retournes pas simplement dans la terre sainte, mais tu dois Me donner le maasser (la dîme) de tout. » Rappelons ici encore un détail. Cela s'est passé quand Yaakov faisait le serment. Yaakov voit le Très-Haut, voit son fameux songe avec l'échelle, et le Très-Haut dit : « Je te ramènerai dans le pays, je te donnerai ce pays, à toi et à ta semence. » Quand Yaakov fait le serment, ce serment est presque symétrique à la promesse que le Très-Haut lui donne. La seule différence – Yaakov ne dit rien du pays, de la terre, de l'héritage. Il dit : « Je reviendrai dans la maison de mon père. » Quand le Très-Haut donne l'ordre : « Retourne dans le pays, je te donnerai le pays », – Il parle à l'échelle nationale, globale. Yaakov ne fait encore qu'apprendre cela, et il dit : « Si seulement je pouvais retourner dans la maison de mon père. » C'est pourquoi Yaakov franchit la frontière, il s'est déjà séparé de Lavan, ils ont déjà dressé le monceau, il a déjà vu les anges, et les anges, nous l'avons dit ailleurs, – c'est souvent un poste-frontière. Yaakov est revenu dans le pays, et à partir de ce moment il faudrait aller là-bas, à Beit-El, en premier lieu, et y offrir un sacrifice, et y donner la dîme, comme Yaakov l'avait promis. Mais Yaakov, lui, se souvient de ce qu'il a dit. Or il a dit (et c'est là justement la petite différence) : « …quand je reviendrai dans la maison parentale. » Dans la maison parentale, il ne revient pas encore. Et la différence même entre ce que le Très-Haut exigeait et ce en quoi il avait fait un vœu, il ne l'a pas encore saisie. Il est encore Yaakov et ne s'est pas encore réalisé comme Yisraël, c'est-à-dire qu'il n'a pas encore saisi la dimension nationale de sa tâche, lui-même comme Patriarche, comme maître de ce futur pays. C'est pourquoi le retour dans le pays n'est pas encore important pour lui, ce qui lui importera, c'est le retour dans la maison parentale. Il est Yaakov, Yaakov Yits'hakovitch, et pour l'instant ne se pense pas comme davantage.

Les midrachim, les sages prennent très au sérieux ce retard de Yaakov. Par exemple, dans le recueil Béréchit Rabba nous lisons : « Rabbi Aba a dit : “À l'heure des malheurs – des vœux, et à l'heure du plaisir – l'oubli” ». C'est-à-dire : quand tu passais le Jourdain avec un bâton, tu as fait des vœux à foison. Quand tu vas avec deux camps, tu as oublié cela. « Rabbi Lévi a dit : “Ta herse s'est bloquée – frappe dessus” ». C'est-à-dire : quand chez toi quelque chose ne marche pas, tu frappes. Autrefois on frappait même sur les distributeurs d'eau gazeuse ou sur les téléphones publics. On cite l'exemple que le Très-Haut s'adressera ensuite à Yaakov et dira : « Lève-toi, monte à Beit-El. » C'est-à-dire que le Très-Haut a déjà lui-même directement exigé l'accomplissement du vœu. Non pas parce qu'il a besoin de ces dîmes de Yaakov. C'est fait pour Yaakov. C'est l'exigence du Très-Haut. Non pas l'exigence : « Et où sont mes dîmes ? Où sont mes béliers ? Où est ma viande ? Où est mon argent ? » C'est l'exigence : « Et où est ton engagement dans le service en tant que Patriarche ? Où est ce Yaakov, ce Yisraël, à qui j'ai promis cette terre et ce pays ? Pourquoi n'accomplis-tu pas ce vœu ? Pourquoi n'as-tu pas pris conscience de cette mission qui est la tienne ? » Ici le midrach dit : si tu n'accomplis pas les vœux, alors tu es comme Essav. Essav n'accomplit pas les vœux, et toi tu n'accomplis pas les vœux. Ici, encore une fois, un retour et un certain jeu de mots : « Sauve-moi d'être Essav. De ne pas accomplir les vœux, comme Essav n'accomplit pas les vœux. » C'est, comme je l'ai déjà dit, le recueil de midrachim Béréchit Rabba.

Dans le recueil Vayikra Rabba il y a des paroles plus dures à l'égard de Yaakov : « Rabbi Chmouël bar Na'hman a dit : “Quiconque fait un vœu et tarde à accomplir le vœu en viendra à la fin à l'idolâtrie, à la débauche et à l'effusion de sang.” Les trois crimes les plus terribles, dont il est dit : “Il mourra et ne transgressera pas.” D'où savons-nous que ces trois conséquences découlent de la violation ou du retard dans l'accomplissement d'un vœu ? “De l'histoire de Yaakov”, dit le midrach. De l'idolâtrie, il est dit, quand Yaakov se prépare à aller à Beit-El, il dit : “Ôtez les idoles.” De la débauche – c'est l'histoire de Dina, une histoire terrible est arrivée dans la maison de Yaakov. Et l'effusion de sang – c'est ce qu'ont fait Chimon et Lévi. » Ce même midrach ajoute, et les sages y ajoutent et disent : « Quiconque tarde à accomplir un serment enterre sa femme. » Et cela aussi, naturellement, est une histoire qui arrivera à Yaakov.

Yaakov est revenu dans le pays, Yaakov se trouve déjà au seuil de recevoir un nouveau nom, et il ne saisit toujours pas le degré de sa mission. Il se voit toujours simplement comme un membre de la famille de Yits'hak qui n'est pas encore rentré à la maison. Encore un long chemin, et il ne saisit pas son retour dans le pays qui sera appelé pays d'Israël.

Plus encore, prêtons attention à ce que fait Yaakov quand il entre dans le pays, et à partir du moment où il doit donner la dîme au Très-Haut. Nous lisons au chapitre 32 du livre de Béréchit : « Et il passa là cette nuit. Et il prit de ce qu'il avait, en présent pour Essav. » Ici, le mot min'ha. Min'ha – c'est aussi le nom d'un sacrifice au Très-Haut. « Et il prit en présent pour Essav, son frère, deux cents chèvres et vingt boucs, deux cents brebis et vingt béliers, des chamelles laitières avec leurs petits, des vaches, des bœufs, des ânesses » (Béréchit 32,13–15). La Torah énumère minutieusement tout ce que fait Yaakov. Yaakov est très fort en mathématiques, mais cela ressemble beaucoup à ceci : la min'ha (l'offrande du maasser), au lieu de la donner au Très-Haut, Yaakov la donne à Essav. Ce retard dans la prise de conscience de sa mission et, par conséquent, dans l'accomplissement du vœu embrouille la conscience de Yaakov, et ce qui revient au Très-Haut, il l'envoie à Essav. C'est une tentative de régler les relations avec Essav, au lieu de rendre son dû au Très-Haut. Et nous lisons plus loin, Yaakov dit : « Si j'ai trouvé grâce à tes yeux, alors accepte le don de ma main, car j'ai vu ton visage comme j'ai vu le visage de Dieu. » Ce que Yaakov dit à Essav : « J'ai vu ton visage comme j'ai vu le visage de Dieu, c'est pourquoi je t'apporte la min'ha, je te donne une offrande semblable à un sacrifice. » Et plus loin il dit : « Accepte donc mon don, qui t'a été apporté, car Dieu m'a fait des dons, et j'ai tout. » Souvenez-vous, Yaakov a dit : « De tout je Te donnerai la dîme. » Ici il dit : « J'ai tout, c'est pourquoi accepte le don. » Mais il ne le dit pas au Très-Haut, il le dit à Essav.

La non-acceptation, la non-acceptation temporaire de sa mission de Patriarche, le retard dans l'accomplissement du vœu – tout cela éloigne Yaakov du Très-Haut. Oui, le Très-Haut aime Yaakov, le Très-Haut a promis de prendre soin de lui, le Très-Haut a promis de veiller sur lui constamment, et cela se produit, mais ici Yaakov ne fait qu'apprendre à être Yisraël. Yaakov recevra le nom de Yisraël, un changement de nom très important. Yaakov – c'est celui qui va par des chemins détournés. Yisraël vient du mot יָּשָׁר (yachar) droit. Yaakov – c'est le talon, les talons – c'est la base du mot Yisraël. On peut comprendre לִ רֹאשׁ )li roch) j'ai une tête – c'est aussi la tête. Yaakov ne fait encore que se préparer à acquérir une tête. En partie, l'attaque de l'ange est une réponse à sa prière, c'est une tentative de le secouer, une tentative de l'orienter vers une nouvelle compréhension de la relation avec le Très-Haut. Et Yaakov apprendra encore cela, mais pour l'instant il craint son frère Essav, il le craint et emploie pour cela le verbe qui est employé à l'égard du Très-Haut.

Que nous enseigne cette peur de Yaakov ? Sans doute que marcher avec le Très-Haut, ce n'est pas marcher avec le Très-Haut comme avec des lunettes dans la poche de poitrine, ni même comme avec des lunettes sur le nez. C'est un regard constant vers le Très-Haut, une écoute attentive de ce qu'Il exige de nous, une audition constante de Sa voix. Et si dans cette écoute du Très-Haut surgit une fausse note, alors le Très-Haut nous quitte et la peur vient. Et cela peut arriver même à un si grand juste, que nous ne pouvons critiquer qu'avec une grande prudence, et même pas lui-même, Yaakov, le Patriarche, mais ce qui vient de lui, cette « yaakovité » qui est en nous-mêmes. La trouver en nous-mêmes et corriger précisément cela. Ce n'est pas pour que nous montrions Yaakov du doigt.

Voilà sous quel angle nous avons regardé aujourd'hui la prière de Yaakov. Bien sûr, il y a d'autres regards, d'autres approches, il y en a une infinité, et chacun a les siens. Et peut-être, la prochaine fois, regarderons-nous cela sous un autre angle.

Très souvent, ces derniers temps, on m'interroge sur le changement de nom. Pour les gens, il est devenu d'actualité de chercher, de se choisir un nom juif, de changer son nom. Et les gens me posent des questions : « Peut-on faire cela ? Faut-il faire cela ? Cela apportera-t-il quelque chose ? Et si cela apporte quelque chose, qu'est-ce que cela apportera ? Et si on le fait, comment le faire ? » Et notre section hebdomadaire, puisqu'elle parle de la manière dont le Très-Haut a changé le nom de Yaakov en Yisraël, est une bonne occasion de répondre à quelques questions liées au changement de nom.

Avant tout, la réponse à la question : « Peut-on changer de nom ? » Nous voyons dans l'Écriture que le Très-Haut change le nom des gens. Nous voyons dans l'Écriture qu'un père peut changer le nom de son fils. Ainsi, par exemple, quand Binyamin est né, sa maman lui a donné le nom בֶּן-אוֹנִי (ben-'oní) fils de ma douleur. Qu'a fait Yaakov ? Yaakov a pris le mot אוֹנִי ('oni) ma douleur et y a vu un autre sens – ma force. Et pour qu'il n'y ait pas cette ambiguïté, Yaakov l'a appelé בִּנְיָמִין (Binyamín) fils de ma force, interprétant désormais sans équivoque le mot אוֹן ('on). C'est-à-dire que nous voyons qu'un père aussi peut changer le nom de son fils. Nous voyons que Pharaon donne un nouveau nom à Yossef. Moché donne un nouveau nom à son assistant, le nomme du nom de Yéhochoua. Nous voyons que le Très-Haut envoie un prophète, par le prophète donne à Chlomo le nom de Yédidya. Nous voyons que, par exemple, Paro-Nékhou, le souverain égyptien, a changé le nom d'Élyakim en celui d'Éoyakim. Nous voyons que le roi de Babylone a changé le nom de Matani en Atsitkiyahou. Nous voyons que le prophète Yirméyahou a changé le nom de Pach'hor, qui l'avait libéré de la fosse, et lui a dit : « Ton nom sera Mogor Méssaviv » : « Et il arriva le lendemain, Pach'hor fit sortir Yirméyahou de la fosse, et Yirméyahou lui dit : “Ce n'est pas Pach'hor que le SEIGNEUR t'a donné pour nom, mais Mogor Méssaviv” ». Nous voyons qu'une personne peut changer elle-même son nom. Naomi, du livre de Rout, dit : « Ne m'appelez plus Naomi, mais Mara sera mon nom. » Naomi signifie agréable, douce, et Mara – amère, celle qui éprouve l'amertume. Pourquoi prendrait-elle un tel nom ? Si tout le monde dit d'elle : « La malheureuse », – et l'appelle ainsi, peut-être aura-t-elle fini de souffrir à travers cela, et le Très-Haut aura pitié d'elle, de la malheureuse.

Nous voyons qu'on peut changer de nom. Et la question se pose, bien sûr : « Mais pourquoi ? » Et essayons de comprendre à qui et pourquoi on changeait les noms. Commençons, bien sûr, par אַבְרָם ('Avrám), que le Très-Haut a appelé אַבְרָהָם ('Avrahám), en ajoutant à son nom une petite lettre ה (hey). La lettre ה (hey) n'est pas simplement une lettre en trop. Le Très-Haut dit : « Tu seras appelé père de nombreux peuples, tu n'es plus ici, plus en Canaan, tu deviens une personnalité d'envergure mondiale. » Ce n'est pas simplement la lettre ה (hey), c'est le changement de vocation d'Avraham.

Il en va de même pour שָׂרַי (Saráy). שָׂרַי (Saráy), ce n'est plus la petite princesse, c'est שָׂרָה (Sará), celle qui possède le pouvoir. Et, d'ailleurs, nous avons dit que Saraï, ce n'est pas tout à fait un changement de nom, elle est déjà Sara, cette essence est déjà en elle, c'est pourquoi le Très-Haut a dit : « N'appelle pas Saraï du nom de Saraï, mais Sara est son nom. » Non pas : sera son nom, mais : est déjà son nom.

Yaakov reçoit le nom de Yisraël. À ce sujet, il y a beaucoup de réflexions différentes, et les uns disent (et moi aussi j'en ai parlé) que Yaakov, c'est ce qui fait un détour, c'est ce qui prend par la ruse. יִשְׂרָאֵל (Yisra'él) vient du mot יָשָׁר (yachár) – ce qui est droit, ce qui avance droit. C'est-à-dire que le Très-Haut dit : « Tu n'auras plus la réputation de rusé et de filou, tout le monde saura que ce que tu as fait, tu l'as honnêtement gagné, tu l'as honnêtement reçu. » Dans le cas de Yaakov, ses deux noms fonctionnent, parce qu'il s'agit là non pas tant même du nom que de la réputation, c'est pourquoi le Très-Haut lui-même, par la suite, appelle Yaakov tantôt Yaakov, tantôt Yisraël. Une autre compréhension dit que Yaakov, c'est le talon, la plante du pied, la base, le fondement sur lequel l'homme se tient. Avec les lettres du nom Yisraël, on peut composer la phrase רֹאשׁ לִי (roch li) – j'ai une tête. C'est-à-dire que le mot, le nom Yisraël ajoute à Yaakov une tête. Ce n'est plus seulement une sorte de coulage de fondations, c'est déjà une maison avec mansarde, fenêtres et girouette.

De Ben-Oni, qui est Binyamin, nous avons déjà parlé.

Dans le cas de Yossef, Pharaon lui change son nom (nous en avons parlé), lui donne une nouvelle vocation, un nouveau nom.

Dans le cas de יְהוֹשֻׁעַ (Yehochoúa), Moché prie pour que le SEIGNEUR protège הוֹשֵׁעַ (Hochéa) et ajoute à son nom une petite lettre י (youd), la lettre initiale du Nom divin, pour que le SEIGNEUR se manifeste davantage dans sa vie.

Le cas de Chlomo est étonnant, parce que le Très-Haut a envoyé un prophète dire que chez le Très-Haut, dans son téléphone, disons-le ainsi, Chlomo est enregistré comme Yédidya, comme le bien-aimé du SEIGNEUR. Personne d'autre n'a jamais appelé Chlomo Yédidya.

Plus loin, nous lisons le cas où des souverains donnaient à leurs vassaux ou à leurs serviteurs de nouveaux noms – ce sont Élékim, Matanya, Pach'hour. Nous avons parlé des prophètes : Daniël, 'Hananya, Micha'el, Azarya – tous ont reçu de nouveaux noms en Babylonie.

Et Naomi, qui a dit : « Ne m'appelez pas Naomi, appelez-moi Mara. »

Et Pierre, à qui on a dit : « Tu es une pierre, et sur cette pierre… » Sans doute avons-nous ainsi décrit la plupart des cas.

Donc, on peut changer de nom, nous le voyons. Maintenant la question : mais qu'est-ce, au fond, qu'un nom ? Je ne peux pas changer ma jambe, je ne peux pas changer mon œil, c'est une partie de moi. Le nom, c'est comme une sorte de mallette avec laquelle je marche constamment, parce que je suis constamment en service. Si un homme est plombier, il marche avec un certain jeu d'outils. Si un homme est dentiste, il a un autre jeu d'outils. Qu'est-ce que notre nom ? C'est notre agenda, dans lequel sont inscrits tous nos plans, toutes nos tâches. C'est notre uniforme, notre tenue de travail, et ce sont nos outils – ce que le nom nous donne. C'est-à-dire que, quand nous naissons, nos parents (c'est un tel mystère) reçoivent – s'ils sont dans une relation saine avec le Très-Haut – une sorte de prophétie sur les tâches qui se présenteront à leur fils ou à leur fille. Et conformément à cette prophétie, à la révélation de l'Esprit qu'ils peuvent recevoir, ils nomment leur enfant. C'est ainsi que cela aurait dû être idéalement, mais, malheureusement, cela ne se passe pas ainsi. C'est pourquoi nous rencontrons des noms qui ont depuis très, très longtemps perdu leurs significations d'origine. Quand nous rencontrons un Dmitri, nous ne pensons pas qu'il est consacré à la déesse Déméter, et pourtant c'est la déesse de l'agriculture. Et Dmitri (c'est ainsi qu'on appelait les cultivateurs), c'est un nom commode : « Tu cultiveras bien la terre, tu seras un bon paysan », – si tu es consacré à la déesse de la fertilité Déméter. Une affaire avantageuse. Si tu es consacré à Artémis et que tu t'appelles Artiom, c'est aussi une affaire avantageuse, parce que c'est la jeunesse éternelle, la beauté, la santé. Eh bien, et comme vous le savez : « Bénie soit Artémis d'Éphèse ! » Bien sûr, ces noms ont déjà perdu certaines de leurs significations d'origine.

Il y a des noms qui suivent les événements. Par exemple, l'année 1961, l'Union soviétique, la percée dans l'espace, et des centaines de milliers de garçons furent appelés Youra en l'honneur de Youri Gagarine. Je ne parle même pas de toutes sortes de Vladlen, nommés en l'honneur de Vladimir Lénine, et ainsi de suite. Les gens donnent à leurs enfants des noms selon une certaine idéologie qui leur est propre, selon certaines de leurs conceptions, en l'honneur de certains parents. Simplement un nom qui a plu, ou le nom de quelqu'un qu'on a entendu dans un film, ou le nom d'un footballeur célèbre, d'un hockeyeur, d'une de leurs idoles.

Et devant l'enfant, quand il grandit, devient adulte, se pose la question : « Est-ce que je veux vivre avec cela ? Ai-je besoin de vivre avec cela ? Et peut-être devrais-je changer cette petite boîte avec mes outils. Peut-être que je vais constamment au conservatoire avec les outils d'un plombier et je me demande : “Mais pourquoi donc ça ne marche pas dans ma vie ?” » Et l'homme peut s'arrêter et réfléchir : « Est-ce que je veux être avec un tel nom ? » Si les parents étaient sur un autre canal, si leur tête était remplie d'idéologie, ou des convictions de parents, ou de la douceur de la sonorité d'un certain nom, et qu'ils n'ont pas prêté l'oreille à cette voix de la prophétie qui aurait pu retentir pour eux, qui leur était envoyée, alors maintenant on peut bien s'arrêter et réfléchir : « Voyons, je vais écouter. Peut-être entendrai-je cette voix. » Mais prudemment, parce qu'ici on peut tomber dans le même piège et entendre la voix d'intérêts personnels qui te sont plus agréables, et ne pas passer de son propre canal au canal de la sainteté.

On peut essayer de remplir le nom d'un sens nouveau. Prenons, par exemple, le nom Aïda. On peut le comprendre comme אָעִידָה ('a'ida) – je témoignerai. On peut aussi interpréter dans une clé biblique le nom Galina : גְּאַלִי-נָא (g'ali-ná) – délivre-moi donc, sauve-moi donc. C'est-à-dire que certains noms peuvent, sans être changés, être d'une certaine façon refaits, repensés dans une clé hébraïque. Et voici, par exemple, le nom Natalia. À l'origine, ce nom vient du latin Natalia (Natalia) – native, proche. Mais Natalia peut aussi être נֶטַע לַאדֹנָי (néta ladonáy) une pousse pour le Très-Haut. Peut-être נָטָה לִי יָהּ (natá lí yáh) le Très-Haut s'est penché vers moi, le Très-Haut intercède pour moi. D'un autre côté, Natacha, le nom abrégé, c'est נְטוּשָׁה (ntouchá) laissée, abandonnée. Et si une femme le ressent et que cela la gêne réellement, alors il faut changer de nom. Si cela ne la gêne pas, alors non, il ne faut pas. Si elle n'a pas une telle compréhension dans le cœur, alors il ne faut pas non plus. Il vit un tas de Dmitri qui ne pensent pas du tout à Déméter. Et demande-leur qui elle est, ils ne diront pas forcément qui est cette déesse.

Et pourtant, il faut aborder le changement de nom avec prudence, car chaque nom, c'est malgré tout un certain ensemble d'outils et un certain carnet, un certain agenda, un calendrier Google, ou Any.do, ou encore un autre programme qui s'inscrit dans la liste de nos tâches. Et nous devons réfléchir : « Est-ce que nous voulons accepter cela ? Comment sont-ils donc, ces héros dont nous voulons prendre le nom, quelles qualités possédaient-ils ? » C'est pourquoi on aborde le changement de nom avec assez de prudence. Il arrive qu'un homme soit malade ou que tout aille de travers pour lui, alors qu'il porte un nom normal, simple, déjà un nom juif quelconque. Alors on ajoute un nom à son nom. C'est aussi une possibilité. On peut ajouter à son nom un nom juif. On ajoute le nom Rafaël – Dieu mon guérisseur, ou 'Haïm – vie. On considère que cela ajoutera de la santé à l'homme. Par là, nous déposons dans son récipient, dans sa petite boîte à outils, aussi la santé. Qu'y a-t-il de mal ? C'est une bonne chose.

Comment change-t-on de nom ? Avant tout, on réfléchit longuement et on prend une décision. Est-ce que je le veux ? Suis-je prêt, suis-je prête à toutes les conséquences qui y seront liées ? Après avoir bien réfléchi, la meilleure solution, c'est de réunir 10 personnes dans une réunion de famille ou de communauté et de l'annoncer. Pourquoi dans la communauté ? Parce que, d'un côté, le nom est notre propriété, de l'autre côté, ce sont surtout les autres qui s'en servent. C'est pourquoi il serait bon d'avertir ceux qui s'en servent. S'il est possible que ce soit fait par une personne respectée, craignant Dieu, un serviteur en qui vous avez confiance, que vous respectez et qui peut non seulement l'annoncer, mais aussi bénir, alors c'est une solution tout à fait merveilleuse. Si l'on n'arrive pas à réunir 10 personnes, si l'on n'arrive pas à réunir une communauté au sens large de ce mot, alors nous nous souvenons que sur deux ou trois témoins toute chose sera établie. C'est pourquoi on peut en fait réunir deux ou trois témoins, et en présence de deux ou trois témoins l'annoncer et dire : « Désormais mon nom ne sera plus Polina, mais Sara. Désormais mon nom ne sera plus Vassili, mais Mordékhaï. » Chacun comme il veut le faire. Eh bien, et il est important que ce nom soit réellement utilisé. On peut garder ce nom pour l'usage familial. Cela aussi, bien sûr, est possible. Il vaut la peine de calculer toutes les possibilités, de voir comment ce nom sonnera en diminutif, comment ce nom sonnera en forme affectueuse, comment ce nom sonnera en entier, et ainsi de suite. Car si, dans le quartier de Méa Chéarim, on appelle affectueusement Sroulik un homme du nom de Yisraël, cela sonne très bien pour Méa Chéarim, mais il n'en sera pas ainsi dans toutes les contrées. Voilà à quoi il faut réfléchir. Et ce n'est qu'après avoir bien réfléchi, après avoir fait tout cela, que vous deviendrez une personne avec un nouveau nom. Et non, pas avec un nouveau destin. Avec un nouvel ensemble d'outils, avec un nouvel agenda, avec de nouvelles tâches. Mais il faudra longtemps pour apprendre cela.

Eh bien, et je veux terminer notre courte conversation par une petite histoire. Autrefois, les chefs de yéchivas (yéchiva – c'est un établissement d'enseignement juif) allaient en Amérique ou en Europe pour collecter de l'argent pour leurs établissements d'enseignement. Et l'un de ces hommes était un chef de yéchiva qui s'appelait Gad. Et voilà qu'il arriva qu'il vint en Amérique, se retrouva chez un homme très, très riche, vint à lui et dit : « Donne-moi de l'argent pour la yéchiva. » L'homme lui dit : « Comment t'appelles-tu ? » Il dit : « Je m'appelle Gad. » Le millionnaire lui dit : « Eh bien, voici pour toi 7 dollars. Merci d'être venu. » Gad s'en étonna beaucoup, eh bien, il se mit à l'écart pour attendre dans le petit couloir : « Et comment ça se passe pour les autres ? » Le solliciteur suivant sort de chez ce millionnaire, et Gad lui demande : « Ce richard, combien t'a-t-il donné ? » L'autre répond : « Il m'a donné 453 dollars. » Gad, étonné, dit : « Mais comment ça se fait ? J'ai une yéchiva, tu as une yéchiva, pourquoi à toi 453, et à moi 7 ? » L'homme dit : « Tu comprends, cet homme, ce richard, c'est un grand original, et il calcule la guématria du nom du solliciteur. Chez toi, par exemple, la petite lettre ג (guimel), c'est 3 en guématria, la petite lettre ד (dalet), 4 en guématria, reçois 7 dollars. Et moi, je m'appelle Avram Yits'hak, alors j'ai reçu, en conséquence, 453 dollars. » « Bon, d'accord, dit Gad, j'en tirerai les conclusions qui s'imposent. » Et quelque temps après, cet homme réapparaît chez le richard, et le richard, selon son habitude, lui demande de nouveau : « Comment t'appelles-tu ? » L'homme dit : « Eh bien, je m'appelle Arta'hchasta. » Arta'hchasta, il avait appris à le prononcer entre-temps. Le richard dit : « Allons donc, ce nom n'existe pas, laisse tomber. » Eh bien, l'autre ouvre le livre d'Ézra et montre : « Voilà, regarde, ce nom existe. » Et le richard nota d'abord ce nom, puis se mit à calculer la guématria, et cela donne 971 dollars. Et c'est, je vous le dis, le nom avec la plus grande valeur numérique de tout le Tanakh. Et le richard se mit à compter les dollars, soudain il s'arrêta, regarda : « Écoute, ton visage me dit quelque chose. N'est-ce pas toi qui es venu chez moi il y a quelques jours ? Seulement, il me semble qu'alors tu t'appelais Gad. » L'autre dit : « Eh bien, oui, c'est vrai, je suis venu, oui, je m'appelais Gad. Mais, tu sais, dans le livre de Dévarim, quand Moché bénit, il dit : “Béni soit celui qui a donné de l'espace à Gad.” Et voilà, le SEIGNEUR m'a donné de l'espace, et j'étais Gad, et maintenant je suis devenu Arta'hchasta. » On raconte que le richard décida que cette plaisanterie valait 970 dollars, et il donna le don à Gad.

C'est simplement un exemple humoristique de changement de nom. Et nous allons nous arrêter là, avec l'espoir d'avoir répondu à la plupart des questions.

Notre conversation d'aujourd'hui, je voudrais la commencer par une sorte de confession. Bien que je croie absolument que toute la Torah est douce, utile, importante pour l'enseignement, il s'est trouvé, et je n'y peux rien, que certains chapitres de la Torah me plaisent davantage que d'autres. J'aime beaucoup suivre la vie des Patriarches, vivre toutes les péripéties de leur vie, être avec eux dans la joie et dans le chagrin, partager leurs tragédies, leurs doutes, leurs victoires. J'aime beaucoup les récits de la Torah, l'histoire du peuple d'Israël et tout ce qui s'y rattache. Mais il y a de ces chapitres qu'il m'est extrêmement pénible de lire. On lit ce chapitre et on se dit, premièrement, pourquoi est-il là, deuxièmement, quand donc finira-t-il enfin. Et, d'un côté, on comprend, oui, bien sûr, ce sont les paroles de Dieu qui te sont dites, elles sont importantes pour toi, de l'autre côté, il y a cette incompréhension : pourquoi fouiller dans des noms, des généalogies qui n'en finissent pas. C'est une occupation très pénible, et il est difficile d'en tirer du plaisir. L'un de ces chapitres pour moi, on peut le dire, depuis ma plus tendre jeunesse, a été le chapitre 36 du livre de Béréchit.

La Torah contient énormément de généalogies. Dès le tout début, nous lisons : « Voici la généalogie de la Terre et du Ciel au jour de leur création ; voici la généalogie d'Adam אֵלֶּה תּוֹלְדֹת אָדָם (éle toledót adám), voici la généalogie de Noa'h אֵלֶּה תּוֹלְדֹת נֹחַ (éle toledót nóa'h) ». Les généalogies sont nombreuses. Et il n'y a qu'un seul homme dans toute l'Écriture à qui sont consacrées dans le Tanakh deux généalogies, dont il est dit deux fois : אֵלֶּה תּוֹלְדֹת (éle toledót) d'untel. Qui est cet homme ? Cet homme, c'est Essav. Et il est très étonnant de voir pourquoi c'est justement Essav qui a mérité un tel honneur que la Torah dise deux fois : אֵלֶּה תֹּלְדוֹת עֵשָׂו (éle toledót esáv). Moi, bien sûr, j'aurais lu avec beaucoup plus de plaisir trois fois la généalogie de Yits'hak ou d'Avraham, et là, tiens, voilà Essav. Tout cela dans le seul chapitre 36, qui contient en outre, en tout, 7 généalogies différentes. Une partie d'entre elles, c'est la généalogie de Sé'ir, de ceux qui vivaient dans le pays avant Essav. Et quand on lit, la question se pose : mais pourquoi donc ? C'est cette même question que se posait aussi, selon la tradition, le méchant roi Ménaché, qui se moquait de la Torah et disait : « Voilà, c'était important pour le SEIGNEUR de nous faire savoir comment s'appelait la concubine d'Essav et comment s'appelait la femme d'Essav. »

Aujourd'hui, je veux tout de même lire avec vous le chapitre 36 du livre de Béréchit, parler d'Essav, de l'une de ses femmes, et essayer de comprendre pourquoi ce chapitre a été écrit pour nous. Je vais lire en russe, parce que ce n'est pas une étude de la Torah aussi traditionnelle, mais une libre conversation.

Voici la généalogie d'Essav, qui est aussi Édom. Essav prit ses femmes parmi les filles de Canaan : Ada, fille d'Élon le Hittite, et Oholivama, fille d'Ana, petite-fille de Tsivon le Hivvite, et Bosmat, fille de Yichmaël, sœur de Névayot. Et Ada enfanta à Essav Élifaz, et Bosmat enfanta Réouël, et Oholivama enfanta Yéouch, Yalam et Kora'h. Ce sont les fils d'Essav qui lui naquirent dans le pays de Canaan.

Bien qu'à première vue ce soit une généalogie simple et ennuyeuse, il s'y trouve quelques détails intéressants. En parlant des trois femmes d'Essav (Ada, Oholivama et Bosmat), la Torah ne mentionne que pour Oholivama le nom du père et le nom du grand-père. Soulignons cela et nous y reviendrons plus tard.

Si, dans la première liste, où sont énumérées les femmes qu'Essav prit, Oholivama est à la deuxième place, dans la liste des femmes qui enfantèrent des enfants, Oholivama se retrouve de manière inattendue à la troisième place. Bien que, semble-t-il, elle ait enfanté plus que toutes. Mettons cela aussi de côté, retenons-le et, de manière générale, plaçons une loupe au-dessus d'Oholivama, qui est fille d'Ana, petite-fille de Tsivon le Hivvite. Nous reviendrons encore à elle.

Ce petit passage se termine au cinquième verset par les mots :

Ce sont les fils d'Essav qui lui naquirent dans le pays de Canaan.

Si nous nous tournons vers le texte plus haut, vers la fin du chapitre 35, nous lirons une histoire semblable au sujet de Yaakov, le frère d'Essav. Remarquons-le, ce sont des frères jumeaux, c'est toujours intéressant d'observer des jumeaux, d'observer comment se copient, se répètent certains événements historiques, biographiques dans la vie des jumeaux. Au sujet de Yaakov, nous lisons :

Les fils de Léa : le premier-né de Yaakov, Réouven, et Chimon, et Lévi, et Yéhouda, et Yissakhar, et Zévouloun ; les fils de Ra'hel : Yossef et Binyamin ; les fils de Bilha…

Et nous lisons à la fin :

Ce sont les fils de Yaakov qui lui naquirent à Padan-Aram.

Donc, deux jumeaux. « Ce sont les fils de Yaakov qui lui naquirent à Padan-Aram. » « Ce sont les fils d'Essav qui lui naquirent dans le pays de Canaan. » Eh bien, cela semble pareil, mais ce n'est pas pareil, parce que toute la famille d'Essav est née dans la terre promise de Canaan, alors que toute la famille de Yaakov est pratiquement née à Padan-Aram, hors du pays d'Israël. Deux frères avec un destin si différent.

Ensuite, nous lisons :

Et Essav prit ses femmes, et ses fils, et ses filles, et toutes les âmes de sa maison, et ses troupeaux, et tout son bétail, et tout son bien, qu'il avait acquis dans le pays de Canaan, et il s'en alla dans un autre pays, loin de la face de Yaakov, son frère.

 Et au sujet de Yaakov, nous lisons :

Et Yaakov se leva, et il fit monter ses enfants et ses femmes sur les chameaux, et il emmena son bétail, et tout son avoir qu'il avait acquis, le bétail, à proprement parler, le sien, qu'il avait acquis à Padan-Aram, pour aller vers Yits'hak, son père, dans le pays de Canaan.

Donc, l'un des frères, qui a eu presque toute sa famille hors de la terre promise, saisit, rassemble en tas toute sa famille et part pour la terre promise. Comment l'autre frère réagit-il à cela, celui qui a vécu tout le temps dans ce même pays promis ? Il part de la terre promise pour Sé'ir.

Dans le livre de Dévarim (2,12), nous lisons :

Et à Sé'ir habitaient auparavant les Horites, mais les fils d'Essav les chassèrent de devant eux, et les exterminèrent, et s'établirent à leur place, comme Yisraël a fait avec la terre de son héritage, que le SEIGNEUR leur a donnée.

Les Horites avaient été, peu de temps auparavant, relativement peu de temps auparavant, malmenés par Avraham pendant la guerre d'Avraham contre plusieurs rois, eux aussi en avaient pris pas mal là-bas, c'est un peuple un peu affaibli, et Essav arrive et s'en empare là-bas, sur le mont Sé'ir.

En continuant de lire le chapitre 36, prêtons attention à un certain lien entre les versets 8 et 9 :

Et Essav s'établit sur le mont Sé'ir, Essav, qui est aussi Édom.

C'est la conclusion de la généalogie qui commence au verset 1 : « Voici la généalogie d'Essav, qui est aussi Édom ». Au verset 9, nous lisons :

Voici la généalogie d'Essav, père des Édomites, qui sont sur le mont Sé'ir.

Ici, il n'est déjà plus Édom, pas un homme qu'on appelle du nom d'Édom, pas un homme surnommé Édom, mais le père d'un peuple qui s'appelle les Édomites. C'est-à-dire qu'Essav s'assimile, Essav se dissout dans un autre peuple, et ce peuple devient les Édomites.

La deuxième généalogie, ce n'est pas encore une généalogie d'Essav. C'est l'histoire de la façon dont un homme du nom d'Essav, qui est aussi Édom, fils de Yits'hak, a emmené sa famille hors de la terre promise et en a fait un autre peuple. L'histoire de la façon dont Essav est devenu le père d'un autre peuple. Ce n'est pas tout à fait une seule et même généalogie qui se répète deux fois.

Vous n'avez pas encore oublié Oholivama ? Prêtez attention au verset 10.

Voici les noms des fils d'Essav : Élifaz, fils d'Ada, femme d'Essav, Réouël, fils de Bosmat, femme d'Essav.

Et ensuite viennent les énumérations des petits-fils. Qui n'est pas mentionné ici, qui a disparu ici ? Et c'est Oholivama qui a disparu ici. D'abord, elle est apparue dans la généalogie d'Essav à la deuxième place, puis elle, qui avait déjà enfanté trois enfants (plus que toutes les autres femmes, d'ailleurs), est passée à la troisième place. Maintenant elle, qui a toujours enfanté plus d'enfants que toutes les autres femmes, a carrément disparu de la liste à ce moment-là. Pourquoi ? Il n'est pourtant pas dit qu'elle n'est pas aimée, qu'elle est méprisée, qu'elle est morte. On ne sait rien de la raison pour laquelle elle a disparu du verset 10. Au verset 14, la Torah se souvient pour ainsi dire : « Ah oui, il y avait encore Oholivama ».

Et voici les fils d'Oholivama, fille d'Ana, fille de Tsivon, femme d'Essav. Elle enfanta à Essav Yéouch, et Yalam, et Kora'h ». Arrêtons-nous pour l'instant.

Revenons de nouveau au verset 9 :

Voici la généalogie d'Essav, père des Édomites, qui sont sur le mont Sé'ir.

Si nous parlons des parallèles entre les jumeaux, alors au chapitre 37 nous verrons : « Voici la généalogie de Yaakov, Yossef avait 18 ans, et il lui arriva telle chose, et telle chose, et telle chose ». Et là aussi, ce n'est pas clair, oui, comment ça, la généalogie de Yaakov, alors que voilà Yossef. Mais en parallèle avec ce chapitre, nous voyons que la généalogie de Yaakov, en fait, commencera par ceci : il y aura Yossef, il descendra en Égypte et commencera la captivité d'Égypte, d'où est, et partira, et se bâtira le peuple d'Israël. La généalogie d'Essav commence par ceci : il se transforme en Édomites, c'est-à-dire que, dans la suite de son chemin, il devient une partie du peuple édomite à travers toutes ses femmes.

Lisons plus loin, au verset 20 :

Voici les fils de Sé'ir le Horite, qui habitaient dans ce pays.

C'est-à-dire que la Torah, tout à coup, non seulement nous parle de la généalogie d'Essav lui-même, qui est venu et, comme nous l'avons lu dans le livre de Dévarim, a chassé les Horites et s'est établi à leur place, mais aussi, on ne sait pourquoi (nous allons comprendre tout de suite pourquoi), nous raconte la généalogie du Horite.

Voici les fils de Sé'ir le Horite, qui habitaient dans ce pays : Lotan et Choval, Tsivon et Ana. (nous avons déjà entendu parler de Tsivon). Et Dichon, Étser et Dichan – ce sont les anciens des Horites, des fils de Sé'ir, dans le pays d'Édom.

Le mot ancien, qui est employé ici, אַלּוּף (aloúf), c'est un terme purement horite, on le rencontrera ensuite beaucoup, beaucoup de siècles plus tard dans le livre de Zékharya, mais à ce moment-là, dans la région, c'est le terme horite pour l'ancien. On comprend que leurs anciens étaient appelés par leur terme. Au verset 24, nous lisons :

Et voici les fils de Tsivon : Aya et Ana (et ensuite quelque chose d'étonnant), « C'est cet Ana qui trouva les mulets dans le désert, quand il faisait paître les ânes de Tsivon, son père ».

Si quelqu'un était tourmenté par la question de savoir qui a trouvé les mulets en faisant paître le bétail de Tsivon, son père, maintenant nous voyons la réponse – c'est Ana. D'ailleurs, dans le texte lui-même, on ne voit absolument pas ce qu'il a trouvé exactement. Peut-être que c'étaient des mulets, selon certaines versions ce sont des géants, selon d'autres versions ce sont des eaux thermales chaudes, selon d'autres versions encore ce sont des tas d'or quelconques. Bref, il y a différentes versions et différents points de vue, et ce qui importe, ce n'est pas tant ce qu'il a trouvé que le fait que la Torah veut nous faire savoir qu'il l'a trouvé. Pourquoi la Torah nous communique-t-elle de manière inattendue de tels renseignements ? Nous pouvons déjà le comprendre d'après le verset suivant :

Voici les enfants d'Ana : Dichon et Oholivama, fille d'Ana.

La Torah nous dit : « Regardez, regardez, c'est cette même Oholivama ». La Torah répète même deux fois dans un seul verset qu'elle est fille d'Ana, bien que cela ait déjà été dit auparavant. Comme si la Torah nous montrait par tous les moyens : « Regardez, c'est Oholivama, elle est descendante de Sé'ir le Horite, elle est des gens du pays, elle est d'une famille sur laquelle on a même déjà composé des légendes ». Par exemple, au sujet d'Ana, nous savons – c'est cet Ana même qui a trouvé autrefois quelque chose de très important, Ana le légendaire. C'est une légende locale, une tradition locale. Essav se fond dans le peuple de Sé'ir. D'un côté, nous lisons qu'Essav a effectivement conquis ce peuple et en a chassé la plus grande partie, de l'autre côté, il s'est apparenté à lui à tel point que même les légendes et les traditions sont devenues communes. Vous vous souvenez, quand Rout s'adresse à Naomi, elle dit avant tout : « Ton peuple est mon peuple, ton Dieu est mon Dieu ». D'abord nous acceptons le peuple avec sa tradition, même avec sa tradition orale, ensuite seulement vient l'adoration de Dieu. C'est ainsi que se fait le guiyour en Israël. Exactement de la même façon, malheureusement, les descendants d'Avraham aussi pouvaient s'éloigner. D'abord nous entrons en relation avec une personnalité légendaire avec ses légendes, et ensuite suivra aussi l'adoration d'autres dieux. Tel est aussi le chemin d'Essav, d'une famille peu nombreuse, de peut-être 400 personnes, qui est tout de même redoutable pour les Horites affaiblis, et ils les ont conquis, ils en ont peut-être chassé une partie, mais en tant que peuple les Horites sont plus forts et capables d'assimiler Essav, et cette assimilation a lieu. De cela naît le peuple édomite.

À ce moment-là, le parallèle de la généalogie de Yaakov, c'est Yossef, c'est la descente en Égypte. C'est-à-dire la généalogie d'Essav, père des Édomites, et la généalogie de Yaakov, père de Yossef, qui descendra en Égypte. Voilà un parallèle assez compliqué. Quand Yaakov passe par l'Égypte, revient comme un peuple puissant qui peut conquérir le pays et, effectivement, chasser tous les peuples et ne plus se dissoudre en eux, ne plus s'assimiler à eux, Essav conquiert le pays d'un ennemi un peu affaibli et s'assimile peu à peu dans ce pays. Et c'est là la différence entre les deux jumeaux. L'un reste sur la terre où il a émigré, c'est-à-dire qu'il a émigré de Canaan à Sé'ir et s'y est fixé. Il s'y est fixé tellement qu'il s'est apparenté, a construit des liens avec ce peuple, est devenu une partie de lui.

Nous lisons plus loin, au verset 40, encore une liste de noms, les noms אַלּוּפֵי עֵשָׂו (aloufé essav). J'ai dit que le mot אַלּוּף (aloúf) se rapporte au nom de lignée des Horites, c'est-à-dire que les Essaviens, ses descendants, se sont déjà approprié ces noms. Et, si nous lisons, l'ancien Oholivam, l'ancien Éla, Pinon – ce sont déjà des noms horites. C'est-à-dire que les descendants d'Essav sont effectivement devenus des Édomites, de là est sorti un tel peuple, les Édomites. Ce ne sont déjà plus des descendants ou, plus exactement, pas des héritiers spirituels de Yits'hak, si l'on traduit en langage pratique. Peut-être qu'Essav a encore circoncis les trois premiers fils d'Oholivama, très probablement il les a circoncis, mais déjà leurs descendants étaient incirconcis, et ils sont devenus une partie d'un autre peuple.

Les descendants de Yaakov, eux, descendirent en Égypte, s'y formèrent en peuple et ensuite montèrent au pays d'Israël déjà comme un peuple entier et uni. Si l'on regarde cela de l'extérieur, il semble que chez Essav tout se passe de façon bénie : il a grandi en Canaan, et il a tout conquis, et tout lui réussit vite, alors que la délivrance du Très-Haut se produit, comme on le dit en hébreu, קמעא קמעא (kima kima – pas à pas, à tout petits, petits pas). Et Yaakov ne se presse pas de se fixer dans le pays, c'est-à-dire que lui-même, peut-être, se presse bien, mais il y a la conduite du Très-Haut, selon laquelle il faut bâtir sur un fondement solide. Et Dieu fait descendre le peuple d'Israël en Égypte.

Toute la différence de comportement tient, à proprement parler, au fait que l'un est sous la conduite de Dieu, et l'autre pas tout à fait. Et les étapes qu'ils traversent sont des étapes semblables. Ce chapitre, ainsi, est au fond consacré à quoi ? Au fait qu'un peuple se construit et qu'un autre peuple se détruit. Comment un peuple, qui semblait s'être affermi en Canaan, est descendu en exil. Comment, dans ce même exil, il n'a pas pu se préserver comme peuple, mais s'est transformé en un autre peuple, en Édomites. D'un autre côté, les descendants de Yaakov, qui avait engendré tous ses fils hors de Canaan, sont revenus en Canaan, mais ne se sont pas établis tout de suite en Canaan, ne se sont pas assimilés parmi les peuples cananéens. Ils sont descendus en Égypte selon la prévoyance du Très-Haut, c'est pourquoi יוֹסֵף תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב (toledót yaakóv yossef) la généalogie de Yaakov, c'est Yossef. Et c'est à travers Yossef que se fera la création et la formation du peuple juif. Il ne s'établira pas tout de suite en Canaan, parce que, s'il venait tout de suite en Canaan, il apparaîtrait toutes sortes d'Oholivamas, et il n'y en aurait pas de nombre. Et les enfants ne seraient déjà plus des descendants d'Avraham, ils se couperaient de leurs racines, s'assimileraient, se dissoudraient, et quelque part, d'une manière ou d'une autre, peut-être, quelques vieux noms se glisseraient, et certaines gens commenceraient bientôt à chercher leurs racines juives. Comme le disent les sages maîtres, un Juif, c'est celui dont les petits-enfants seront juifs. Chez Essav, avec les petits-enfants, cela n'a pas marché, comme nous le voyons par Oholivama. On peut, bien sûr, objecter que des petits-enfants, il en a bien, de ses deux autres femmes, mais en réalité Oholivama montre simplement la tendance, c'est pourquoi elle est mentionnée si soigneusement, plusieurs fois, sous des formes tout à fait différentes dans ce chapitre. Mais le Très-Haut a prévu différemment les destins des jumeaux. Oui, ils sont parallèles, et nous voyons beaucoup de parallèles qu'il y a dans les destins des jumeaux Yaakov et Essav. Mais ces différentes généalogies, qui sont dispersées en mosaïque dans le chapitre 36, contiennent une comparaison, des parallèles avec la vie de Yaakov, qui montrent combien différemment les jumeaux passent par les mêmes étapes de la vie. Parallèlement dans le temps, mais perpendiculairement, peut-on dire, dans l'espace spirituel.

La Torah raconte davantage sur Yaakov que sur nos autres Patriarches. Davantage que sur Avraham et Yits'hak. Et cela signifie que Celui qui a donné la Torah veut que nous regardions de plus près sa vie pleine d'événements. Et notre section Vayichla'h est, elle aussi, pleine de nombreux événements intéressants. Et l'un des événements les plus clés, et, sans doute, l'événement clé dans la vie de Yaakov, c'est que le nom de Yaakov a changé. Et ce changement de nom se produit même deux fois. D'abord l'ange qui luttait avec lui lui dit :

Ce n'est plus Yaakov que sera prononcé ton nom, mais Yisraël, car tu as lutté avec Dieu, avec l'Ange de Dieu, et avec les hommes, et tu as vaincu.

Et plus loin, dans notre même section, le Très-Haut lui dit :

Ton nom est Yaakov, tu ne seras plus désormais appelé du nom de Yaakov. Ton nom est Yaakov, mais tu ne seras plus désormais appelé du nom de Yaakov, mais Yisraël sera ton nom. Et il lui donna le nom de Yisraël.

Et des questions se posent. Premièrement, pour quoi et pourquoi le nom a-t-il changé deux fois ? Deuxièmement, pourquoi le Très-Haut dit-Il une phrase aussi étonnante : « Ton nom est Yaakov, et tu ne seras plus appelé Yaakov ? » Et plus loin, nous pouvons bien voir que Yaakov, jusqu'à sa mort même, a continué d'être appelé du nom de Yaakov, ainsi, dans Béréchit (49,33), nous lisons :

Et Yaakov acheva de donner ses ordres à ses fils, et il ramena ses pieds sur la couche, et il expira, et il fut réuni à son peuple

Si nous comparons cela avec d'autres cas où quelqu'un dans la Torah a changé son nom, nous verrons une chose étrange. Voici comment Avraham a changé de nom. Le Très-Haut lui a dit :

Et tu ne seras plus appelé Avram, mais ton nom sera Avraham, car père d'une multitude de peuples, je te donnerai de le devenir.

C'est-à-dire qu'Avram était Avram, il est devenu Avraham, parce que le Très-Haut lui a changé sa vocation (ou lui a révélé la vocation à laquelle il était préparé). Et, puisqu'il deviendra père d'une multitude de peuples, on lui a changé son nom.

Un autre cas, c'est Yéhochoua Ben-Noun. On l'appelait Hochéa. Et nous lisons :

Et Moché appela Hochéa, fils de Noun, Yéhochoua.

Les commentateurs disent : « Pourquoi a-t-il fait ainsi ? » C'était une sorte de prière. « Yéhochoua – Il te sauvera. Le SEIGNEUR te sauvera. Que le Très-Haut te sauve du virus, du complot des explorateurs. Que le Très-Haut te sépare des explorateurs. » C'est-à-dire que c'est soit une bénédiction d'un certain genre, une prière pour l'homme (et nous disons souvent que le nom que les parents donnent à l'enfant est une prière pour lui) ; soit ce sont les changements qu'il apportera dans la famille ; soit c'est l'annonce de la vocation que révèle le Très-Haut.

Dans le cas de Yisraël, nous ne voyons ni l'un ni l'autre. Et la question se pose : qu'est-ce donc, malgré tout, que ce changement de nom ? Si nous regardons la vie de Yaakov depuis le tout début de sa vie, c'est une vie-combat. Oui, même avant le début de sa vie, quand il était encore dans le sein avec Essav, nous voyons que déjà alors : « וַיִּתְרֹצֲצוּ (vayitrotsetsoú) et s'agitaient les enfants dans le sein de Rivka ». Déjà alors Yaakov ne s'entendait pas avec le monde environnant. Déjà alors ce n'était pas facile pour lui. Quand Yaakov est né, nous savons qu'il a reçu le nom de Yaakov. Et ce nom lui-même avait une connotation pas très bonne. Ce n'est pas pour rien qu'Essav dit : « Voilà pourquoi on l'appelle Yaakov. Parce qu'il m'a trompé. » Yaakov, cela veut dire rusé, malin, filou, qui obtient tout sans que ce soit par son propre travail. Et c'est une telle réputation qui s'est formée autour de Yaakov. Effectivement, on peut le dire, si on le regarde d'un œil pas très bienveillant, il a pris et enlevé à son frère le droit d'aînesse, profitant de ce que celui-ci était affamé et fatigué. Ensuite il a trompé son père, il a obtenu la bénédiction par tromperie. Il s'est enfui. Et il s'est enfui, là aussi, chez un sacré filou, un homme pas très bon, qui lui aussi le contraignait à des actions pas très simples. Sa vie n'a pas été du tout rose, comme il le racontera ensuite lui-même à Pharaon. Ensuite le retour en Canaan, la mort de sa femme bien-aimée (l'une des plus grandes tragédies, sans doute, dans la vie de Yaakov), le viol de Dina, la vente de Yossef et beaucoup, beaucoup d'autres malheurs. On peut dire, à commencer par le fait que Yaakov était un fils non aimé de son père, Yaakov était un étranger dans la maison de Lavan, Yaakov a perdu la femme qu'il aimait et a vécu avec une femme qui, comme le dit la Torah, était haïe de lui. Bon, c'est une exagération de la Torah, c'est une métaphore de la Torah. Une vie pas très simple pour un homme. Et ce nom Yaakov, et l'accusation constante d'avoir volé quelque chose à quelqu'un : à Essav le droit d'aînesse, à Lavan le bétail, et, va savoir, quoi encore et à qui. Et voilà qu'apparaît un ange qui lutte avec lui, et il dit : « On ne dira plus que tes bénédictions, tu les as reçues par une voie impure, déloyale. Désormais, tout ce que tu reçois dans ta vie, toutes les bénédictions que tu recevras, les gens verront qu'elles sont gagnées honnêtement. Il n'y aura rien de gratis, ce ne sera pas simple, mais il y aura une bénédiction que tu gagneras par ta vie. »

Yaakov symbolise une sorte de lutte de Yaakov et d'Israël. Qui Dieu favorise-t-il, avec qui se trouve le Très-Haut ? Pouvons-nous dire que l'homme qui est né dans la réussite, vit dans la réussite, ne connaît pas le chagrin, ne connaît pas les malheurs, c'est l'homme avec qui est Dieu ? Ou, au contraire, l'homme qui gagne tout par son travail ? Comme il est dit, les justes souffrent dans leur jeunesse et sont tranquilles, rassasiés dans leur vieillesse. Peut-être est-ce avec cet homme-là qu'est Dieu ? Comment le déterminer ? Yaakov, Israël, c'est l'exemple de ce dilemme qui se pose aussi devant chaque homme, quand il évalue sa situation, et devant l'homme, quand il regarde les autres.

Le fils bien-aimé de Yaakov, c'est Yossef. Et Yaakov, qui avait lui-même souffert de ne pas être le fils bien-aimé, distingue Yossef et, par là, l'expose déjà. Yossef arrive en Égypte sous la forme d'un esclave à moitié nu. On le traîne sur les marchés d'esclaves, dans le meilleur des cas à moitié nu, sinon complètement nu. Il est pitoyable, épuisé. On le met en vente. Potifar l'achète et voit que Dieu est avec lui. Et Yossef fait carrière, comme esclave, dans la maison de Potifar, parce que Potifar voit que Dieu est avec lui, il lui fait de plus en plus confiance. Et sur une fausse accusation, Yossef se retrouve en prison. Semble-t-il, un esclave volé, accusé faussement (on ne sait pas si le chef de la prison savait qu'il était accusé faussement), s'est retrouvé en prison. Le chef voit que Dieu est avec lui, et de nouveau il le fait avancer, cette fois en prison. Cet homme qui, en apparence, est pitoyable, malheureux, et que peut-il y avoir de pire qu'un esclave qui s'est retrouvé en prison ? De qui, plus que de lui, peut-on dire que Dieu l'a abandonné ? Mais on voit que Dieu est avec lui. On voit qu'il porte la Lumière de Dieu, et qu'à travers lui on voit Dieu, malgré toutes ses difficultés. Et si nous comparons cela avec la vie de Yaakov, nous verrons que c'est une répétition de la vie de Yaakov.

Yaakov traverse un tas de désagréments. Sa vie, on ne peut d'aucune façon l'appeler confortable. Nous l'avons déjà dit, dans tous ses malheurs, dans toutes ses détresses, quand Yaakov se trompe, et quand Yaakov commet de terribles erreurs, et quand Yaakov a peur d'Essav, et quand Yaakov a peur de ce qu'ont fait ses propres enfants dans l'affaire de Dina – dans toutes les situations, le Yaakov qui a raison, le Yaakov qui se trompe, le Yaakov affligé, le Yaakov peureux, le Yaakov rusé – le Très-Haut révèle qu'Il est avec lui. C'est le témoignage principal. Personne ne dira plus que quelque chose t'est tombé gratis, et rien ne te tombera plus gratis. C'est une bénédiction après laquelle pas beaucoup de gens courront, parce qu'on a envie de vivre facilement et confortablement. Mais c'est justement cela que Yaakov reçoit quand on change son nom. C'est ce qui se reflétera ensuite dans la vie de Yossef. C'est ce que nous recevons, nous, quand nous sommes appelés bneï Yisraël. Nous luttons avec la réalité, nous luttons avec ces obstacles, avec ces défis que le Très-Haut place devant nous. Tout ce qui nous arrive, c'est ce que le Très-Haut veut nous apprendre.

Chacun de nos obstacles, chaque empêchement dans notre vie, c'est une leçon du Très-Haut. Et le Très-Haut dit : « Je vais vous instruire, vous êtes dans mon école, comme mes élèves. Rien ne sera en vain pour vous. Ce que vous recevrez, vous le gagnerez. » Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de grâce, que le Très-Haut ne comble pas le juste de dons sans fin. Cela ne veut pas dire : si tu ne gagnes pas, tu ne reçois pas. Il s'agit de ceci : s'approcher du Très-Haut, construire avec Lui une relation, c'est le travail d'entrer dans Sa grâce. C'est aussi un travail. Et c'est ce qui sera visible pour tous. Et c'est ce que signifie le nom Yisraël. Celui qui reçoit la bénédiction par le fait qu'il montre que Dieu est avec lui dans le dépassement des difficultés, dans le dépassement d'une situation de vie, dans le dépassement de ses propres défauts, de certains événements de sa propre vie, de certains de ses problèmes. Ce changement de nom est capital dans la vie de Yaakov et très important dans l'histoire juive.

Dans notre section, il y a, là encore, plusieurs témoignages historiques importants. Le premier témoignage dont nous pouvons parler, c'est la rencontre de Yaakov et d'Essav. Yaakov rentre chez lui, en Canaan. Il n'y avait pas été depuis de nombreuses années. Tout son séjour hors de Canaan symbolise l'exil. En conséquence, le retour de Yaakov en Canaan symbolise le retour à la judéité. Encore un jour avant qu'il ne doive rencontrer Essav, quelqu'un l'attaque. Quelqu'un lutte avec lui la nuit jusqu'à l'aurore. Les commentateurs débattent sur le thème : « Qui cela pouvait-il bien être ? » Certains disent que c'était l'ange protecteur d'Essav. D'autres disent que c'était un homme quelconque parmi les gens de Lavan.

Mais il y a aussi un autre commentaire. Et selon ce commentaire, c'est un ange-messager du Très-Haut qui luttait avec Yaakov. Tout le temps que Yaakov était en exil, il vivait la vie d'un simple homme séculier. Dans sa vie, il y avait très peu de ce qui est de Dieu. Et c'est pourquoi, avant le retour en Canaan, avant le retour dans la terre qui lui était destinée, un ange est envoyé pour le réveiller, pour le préparer à la mission, pour éveiller en lui le principe spirituel. Et avec cet éveil, Yaakov reçoit un nouveau nom : Yisraël. Ce nom Yisraël n'est pas encore une nouvelle personnalité, ce n'est pas encore un Yaakov renouvelé. Ce n'est encore qu'une semence, un germe de la nouvelle personnalité. Nous pouvons voir qu'après qu'Avram est devenu Avraham, après que le Très-Haut lui a donné un nouveau nom, Il ne s'adresse jamais plus à lui par l'ancien nom. Exactement de la même façon Saraï, qui a commencé à s'appeler Sara, on ne l'appelle plus Saraï. Mais à Yaakov, le Très-Haut s'adresse de différentes manières. Tantôt Yaakov, tantôt Yisraël. Selon l'avis des sages, cela dépend de l'état spirituel dans lequel se trouve Yaakov. Il en ressort qu'après cette lutte du matin, Yaakov doit encore seulement devenir Yisraël.

Nous pouvons voir ce qui se passe quand Yaakov rencontre son frère Essav. Nous devons nous rappeler que Yaakov, en recevant la bénédiction de Yits'hak, a reçu le sacerdoce. Entre Yaakov et Essav, il n'y a pas seulement des relations fraternelles, mais aussi des relations de prêtre et de peuple. Yaakov, dans sa conversation avec Essav lors de leur rencontre, se nomme huit fois serviteur. Huit fois il dit à Essav : « Tu es le maître. » Et cela, bien qu'Essav soit appelé à servir Yaakov. Nous voyons dans la conversation qu'Essav a pardonné à Yaakov. Nous voyons qu'Essav est content de le voir. Les commentateurs juifs disent que, quand Essav vit Yaakov, son cœur s'attendrit. Mais Yaakov, de son côté, n'a pas cru Essav jusqu'au bout. Essav se propose d'accompagner Yaakov. Il promet même d'aller lentement, de sorte que ce soit commode pour Yaakov. Mais Yaakov, par une ruse, s'éloigne d'Essav. Il ne croit pas Essav et, à plus forte raison, n'est pas prêt à le servir. On peut voir dans cet acte des pères un signe pour les descendants : le retour du peuple d'Israël dans la terre d'Israël, selon le dessein du Très-Haut, devait être lié au service des peuples du monde, des descendants d'Essav. Nous devions nous attendre à ce que Yisraël revienne pour le sacerdoce. Mais, une fois revenu, Yaakov n'a pas accepté de servir Essav. Yaakov n'est pas entré dans le sacerdoce. C'est pourquoi le retour actuel d'Israël dans la terre, c'est encore un retour selon la chair, et non selon l'esprit. Exactement comme Yaakov n'a pas pu devenir Yisraël dès qu'il est entré dans la terre, exactement de la même façon ses descendants entrent dans la terre pour l'instant seulement comme Yaakov, non comme Yisraël. Et nous devons attendre, implorer et rapprocher de toutes les manières le retour spirituel d'Israël. Pour que le monde soit réparé, pour que vienne le royaume du Machia'h, il est nécessaire qu'Israël occupe la position sacerdotale. Israël lui-même ne le veut pas. Les peuples du monde n'y sont pas prêts. Mais c'est le dessein du Très-Haut, tel qu'il est révélé dans la Torah.

Je voudrais parler avec vous de trois mots importants, à mon avis, qui décrivent la forme, l'image de l'interaction entre l'homme et le Très-Haut. Ces mots se rencontrent dans notre livre de Béréchit, à partir de la section hebdomadaire Vayéra et jusqu'à la section hebdomadaire Mikets. Le premier mot dont nous allons parler, c'est le mot hinnéni, ce qui, traduit en russe, signifie me voici. Pour la première fois dans la bouche d'un homme, ce mot retentit quand Avraham le prononce. Au chapitre 22 du livre de Béréchit, nous lisons :

וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וְהָאֱלֹהִים נִסָּה אֶת-אַבְרָהָם וַיֹּאמֶר אֵלָיו ַבְרָהָם וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי׃

vayhi a'hár haddevarím ha'elle veha'elohim nissá et-avraham vayomer eláv avraham vayomer hinneni

1 Et ce fut après ces paroles, et Dieu éprouvait Avraham et lui dit : « Avraham ! » et Avraham répondit : « Me voici ! »

« Me voici. » Que signifie cette phrase ? Cela semble bien clair : « Moi, me voilà. Me voilà, moi, ici. Je suis prêt à exécuter votre mission. Je suis arrivé à votre disposition. Je suis tout entier à votre disposition. » D'un côté, cette phrase contient une certaine humilité : « Moi, me voilà, je suis devant Toi, je suis prêt à accomplir Ta volonté. » De l'autre côté, cette phrase signifie aussi que j'ai un certain potentiel, que j'ai certaines forces avec lesquelles je suis prêt à accomplir cette volonté. On peut dire que la phrase hinnéni retentit dans la bouche d'un homme quand l'homme se trouve face à la Présence divine sous une forme ou une autre, même quand c'est un dialogue entre un père et un fils. Nous lisons plus loin, quand Yits'hak et Avraham vont déjà vers le lieu du sacrifice. Il se produit une scène très dramatique.

Vayomer yits'hák el-avraham avív (et Yits'hak dit à Avraham, son père) vayomer (et il dit). Apparemment, une double répétition. Il y eut un silence, et ensuite : « Et Yits'hak dit à Avraham, son père, et il dit… » Ces mots coûtent beaucoup à Yits'hak. « Et il lui dit : Avi (papa) ! » Vayomer hinneni (et il dit : « Me voici »). Quand déjà presque tout est devenu clair, quand ils sont déjà allés vers le lieu du sacrifice, le père voit dans le dialogue avec Yits'hak un dialogue avec le Très-Haut. C'est un homme qui accomplit la volonté du Très-Haut, et ici le père le sert comme il se tient devant la Chékhina, comme si la présence divine se révélait dans les paroles de Yits'hak. Et le père lui répond : « Hinneni vení (me voici, mon fils) ». Et Yits'hak pose sa célèbre question : « Hinne ha'ech veha'etsím (voici le feu et le bois), ve'ayyé hassé le'olá (mais où est l'agneau pour le sacrifice) ? » Ici de nouveau Avraham dit à Yits'hak : « Je suis tout entier à ta disposition, je suis tout prêt à t'aider. » Ensuite nous entendons pour la troisième fois ce hinnéni, quand l'ange appelle Avraham et lui dit de ne pas toucher au jeune homme. Et ici Avraham dit : « Je suis tout prêt à m'arrêter, je ne m'accroche pas à l'accomplissement de ce commandement, je n'ai pas besoin d'entrer dans l'histoire comme le père qui a offert son fils en sacrifice, de m'en glorifier. Me voilà, moi, tout mon potentiel, toutes mes forces sont de nouveau prêts à servir le Très-Haut à tout moment. »

Essav vient chercher la bénédiction auprès de Yits'hak, son père, nous lisons au chapitre 27 :

וַיְהִי כִּי-זָקֵן יִצְח, וַתִּכְהֶיןָ עֵינָיו מֵרְאֹ וַיִּקְרָא אֶת-עֵשָׂו בְּנוֹ הַגָּדֹ וַיֹּאמֶר אֵלָיו בְּנִ וַיֹּאמֶר אֵלָיו הִנֵּנִי׃

vayhi ki-zakén yits'hák vattikhhena enáv mere'ót vayikrá et-essáv benó haggadol vayomer eláv bení vayomer eláv hinneni

1 et il advint, quand Yits'hak eut vieilli, et ses yeux s'obscurcirent pour voir, et il appela Essav son premier-né, et lui dit : « mon fils ! » et il lui dit : « me voici ! »

Essav se distingue en ce qu'il accomplit très scrupuleusement le commandement d'honorer son père et sa mère. Nous lisons à ce sujet plus loin que Rivka sort même les vêtements spéciaux dans lesquels Essav entrait chez son père. Essav sait quoi préparer pour son père. Essav aime son père, prend soin de lui. Et, quand Yits'hak l'appelle, Essav le perçoit comme le fait de se tenir devant la Chékhina divine. De nouveau : « Je suis tout entier à ta disposition ». Il est intéressant que, quand Yaakov vient chez Yits'hak pour la bénédiction, Yits'hak lui dit : « Hinéni (me voici) ». Il ne le dit pas à Essav, qui est venu ensuite. Yaakov, qui est venu par la ruse, entend de son père ce même hinéni (me voici). Me voici – cela signifie : je suis prêt à mettre toutes mes forces, moi-même tout entier, à ta disposition. Je suis à côté de toi, et je suis tout entier à ton service. Je suis tout entier prêt à te servir de toutes mes forces. C'est le premier mot dont je voulais parler. Notre réponse fréquente à l'appel du Très-Haut, quand nous lui disons : « Hinéni (me voici) ». « Me voici, envoie-moi », comme l'a dit Yéchayahou, « me voici, je suis prêt. Toutes mes forces, mes outils, mes talents, mes capacités – tout cela pour que je Te serve ».

Le deuxième mot employé dans notre section hebdomadaire, c'est le mot que dit Yaakov quand il s'adresse dans la prière au Très-Haut. C'est le mot katónti (je suis devenu petit). « Je suis devenu petit au regard de toutes les bontés que Tu as faites pour ton serviteur, car avec un bâton j'ai passé le Jourdain, et maintenant je suis devenu comme deux camps (katónti mikól ha'hassadím (je suis devenu petit au regard de toutes les bontés) (Béréchit 32,10). Voyant toutes ces bontés qui sont arrivées dans ma vie, je vois que Tu agis non seulement par ma force, non seulement par hinéni, non seulement par le fait que je suis prêt à Te donner toutes mes forces, moi-même tout entier, mais Tu agis aussi par ma faiblesse, par katónti, par le fait que je ne suis pas. Je T'ai suivi après avoir vu un songe, après avoir vu le songe de la bénédiction, quand le Très-Haut se tenait près de l'échelle. Avec un seul bâton j'ai passé le Jourdain, je suis parti à Ta suite dans ma diminution. Je n'ai cessé de diminuer, de diminuer... Seules Tes bontés ont accru mes forces et ma richesse, mon bien-être. Je suis fort uniquement parce que je suis devenu petit par Tes bontés. C'est pourquoi maintenant je ne vais pas beaucoup agir. Je n'ai pas la force d'agir beaucoup, d'agir de toute ma force. Je ne peux pas dire : « Hinéni, voici toute ma force, tout mon potentiel est à Ta disposition. Toi, protège-moi de mon frère, d'Essav. Je m'en remets de nouveau à Toi en ce que je suis petit, et Tu me sauveras. Et je Te remercie pour les bontés. Et je suis riche de Tes bontés. Que Tes bontés continuent de me protéger ».

Nous ne pouvons pas toujours, et nous n'avons pas toujours la force d'agir. La situation n'est pas toujours telle que nous soyons forts. Et nous ne pouvons pas toujours dire : « Tu l'as bien promis, Tu es derrière moi, je vais agir de toute ma force ». Non, ici on peut dire : « Par Ta promesse, par Ta bonté… Et moi, je ne serai ici qu'une petite part de moi-même. Je ne suis pas, je ne suis pas de taille maintenant à dire ce même hinéni, tout mon potentiel T'appartient ».

Le troisième mot dont je veux parler, c'est le mot bil'adáy. Yossef l'emploie quand il répond à Pharaon. Au chapitre 41 du livre de Béréchit, déjà dans la section hebdomadaire Mikets, Yossef répond à Pharaon et lui dit :

וַיַּעַן יוֹסֵף אֶת-פַּרְעֹה לֵאמֹר בִּלְעָדָי אֱלֹהִים יַעֲנֶה אֶת-שְׁלוֹם פַּרְעֹה׃

vayá'an yosséf et-par'ó lemór bil'adáy elohim ya'ané et-chelóm par'ó

16 et Yossef répondit à Pharaon, en disant : « sans moi Dieu répondra sur la paix, sur l'état de Pharaon ».

C'est-à-dire que Yossef dit : « Je ne suis même pas petit dans cette histoire, ce n'est pas qu'il y ait un tout petit peu de moi ici, c'est qu'il n'y a pas du tout de moi ici. Et maintenant Dieu va agir en dehors de moi, sans moi. Je suis ici un haut-parleur, une enceinte, un relais. Je ne ferai que transmettre ce que Dieu dit. Je ne prendrai absolument aucune part, pas même une toute petite, toute petite part, à ce que Dieu opère. Seul Dieu parlera, seul Dieu révélera. Ma tâche, c'est de me déconnecter, de devenir entièrement le conducteur de ce que fait Dieu, de ce que Dieu dira ».

C'est la haute voltige des relations avec le Très-Haut. Il peut sembler que hinéni, quand je suis tout entier prêt, et quand je suis fort, et quand tous mes outils – c'est très fort, cela me donne la possibilité de participer au processus de la création du monde, à la réparation du monde. Mais bil'adáy, c'est un niveau très élevé, quand je suis prêt à ce que Dieu agisse à travers moi, et que moi je n'y agisse en rien : ni par ma pensée, ni par mes rêves, ni par mes plans, sans diriger le Très-Haut, peut-être même pas par la prière : « Ne fais pas ainsi et ne fais pas ainsi ». Mais simplement laisser le Très-Haut agir à travers soi, sans Lui inventer des scénarios, des solutions et sans fantasmer sur les perspectives d'avenir. C'est le niveau auquel Yossef dit ce mot-là : « Bil'adáy (sans moi Dieu agira). Je ne suis pas du tout ici. Non seulement pas hinéni, je ne suis même pas katónti ».

Voilà, en bref, trois niveaux d'interaction entre l'homme et le Très-Haut. Chacun d'eux est merveilleux, chacun d'eux est à propos. Pour chacun d'eux il y a sa place sous le soleil, sa place au moment voulu. C'est comme trois billets, trois attestations que nous pouvons sortir de notre poche. Et au bon moment sortir la bonne attestation et ne pas se tromper – c'est très important.

À la section hebdomadaire Vayichla'h correspond, en tant que passage prophétique, non pas du tout un passage, mais un livre entier – le livre du prophète Ovadyahou, le livre le plus court du Tanakh. Il ne contient que 21 versets. C'est justement lui que nous allons lire.

Sur le prophète Ovadyahou lui-même, nous ne savons presque rien, sauf le nom. Certains commentateurs disent que c'est ce même Ovadyahou qui, au temps de la persécution des prophètes, les sauvait. Nous lisons cela dans le premier livre des Mélakhim (18,4) :

Et il advint, quand Izével exterminait les prophètes du SEIGNEUR, qu'Ovadyahou prit 100 prophètes et les cacha par 50 dans une caverne, et les nourrit de pain et d'eau.

Ici l'Écriture nous raconte que l'intendant de la maison d'A'hav, du nom d'Ovadyahou, au temps des persécutions des prophètes, organisa toute une opération pour les sauver et les pourvoir de pain et d'eau. C'est, sans aucun doute, un grand exploit. Et il s'exposait, bien entendu, à un danger mortel. Les commentateurs disent : « Voilà, en récompense de cette ardeur, de ce zèle pour les prophètes, Ovadyahou reçut lui-même la prophétie ». D'autres commentateurs disent : « Mais il n'est pas obligatoire, si quelqu'un s'appelle Ovadyahou, que ce soit le même Ovadyahou ». Ovadyahou, c'est un nom très répandu. Et, peut-être, était-ce un tout autre Ovadyahou.

Il y a aussi des commentateurs qui disent que, peut-être, cet homme ne s'appelait pas du tout Ovadyahou. Car le mot ovadiyahou signifie serviteur du SEIGNEUR. Ainsi a pu signer, comme d'un pseudonyme, quelque homme modeste qui dit : « Je ne suis qu'un prophète, je ne fais que porter la parole de Dieu ». Et ainsi, nous restons dans l'ignorance de qui est donc le prophète Ovadyahou. Mais nous allons, vous et moi, lire son livre.

חֲזוֹן עֹבַדְיָה כֹּה-אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה לֶאֱדוֹם

'HAZÓN 'OVADYÁ KO-'AMÁR 'ADONÁY HACHÉM le'edóm

1 Vision d'Ovadyahou. Ainsi a dit le SEIGNEUR à Édom…

Toujours, quand je rencontre cette expression – ADONAÏ HACHEM (en russe on peut traduire Maître SEIGNEUR, dans la traduction synodale il y a d'habitude Souverain SEIGNEUR), je suis quelque peu embarrassé du fait que la langue russe est beaucoup moins tolérante envers les tautologies que l'hébreu. Eh bien, traduisons ici par SEIGNEUR.

שְׁמוּעָה שָׁמַעְנוּ מֵאֵת יְהוָה וְצִיר בַּגּוֹיִם שֻׁלָּח

CHMOU'Á CHAMÁ'NOU ME'ÉT HACHÉM VETSÍR BAGGOYÍM CHOULLÁ'H

…Nous avons entendu une chose entendue de la part du SEIGNEUR (nous avons entendu une nouvelle de la part du SEIGNEUR), et un envoyé est envoyé vers les païens…

צִיר (tsir) – c'est un certain envoyé qui fait des navettes, c'est-à-dire un envoyé qui accomplit sa mission en permanence. Celui qui est un canal d'action permanent par rapport à un autre homme, ou un envoyé permanent du Très-Haut vers d'autres peuples. Quelle mission a cet envoyé ? Pour autant que nous puissions le comprendre d'après ce livre et d'après le livre de Yirméyahou, cet ange transmet des pensées, met dans la tête des rois et des dirigeants des idées précises. En l'occurrence, il dit :

קוּמוּ וְנָקוּמָה עָלֶיהָ לַמִּלְחָמָה׃

KOÚMOU VENAKOÚMA 'ALÉHA LAMMIL'HAMÁ

…« levons-nous et montons contre elle (c'est-à-dire contre Édom) en guerre ».

Telle est la nouvelle que le prophète Ovadyahou entendit du Très-Haut. Nous y reviendrons encore un peu plus tard.

הִנֵּה קָטֹן נְתַתִּיךָ בַּגּוֹיִם בָּזוּי אַתָּה מְאֹד׃

HINNÉ KATÓN NETATTÍKHA BAGGOYÍM BAZOÚY 'ATTÁ ME'ÓD

2 voici, je t'ai donné petit parmi les nations, Tu es très méprisé.

Ce ne sont pas les dimensions qui sont visées ici. Il y a de petits États – Monaco et Andorre, le Liechtenstein et le Luxembourg. Et ils ne sont nullement méprisés. La Somalie, qui est bien plus grande par le territoire et par la population, jouit de bien moins de respect, d'une bien plus mauvaise réputation. Il s'agit ici justement de la réputation : « Je t'ai fait petit, tu es très méprisé ».

Tournons-nous maintenant vers un autre prophète – le prophète Yirméyahou, qui s'adresse lui aussi à Édom au chapitre 49 :

J'ai entendu une nouvelle de la part du SEIGNEUR, et un messager est envoyé vers les peuples : « Rassemblez-vous et allez contre elle et montez à la guerre ». Et voici, Je t'ai fait petit parmi les peuples et méprisé.

C'est presque mot pour mot la même chose. On peut dire que soit Yirméyahou raconte avec ses propres mots les paroles d'Ovadyahou, soit Ovadyahou raconte avec ses propres mots les paroles de Yirméyahou. Mais en réalité, ce n'est ni l'un ni l'autre. Que se passe-t-il ? En effet, dans le monde d'en haut, dans un certain monde supérieur, le Très-Haut envoie ses envoyés vers les peuples et leur dit : « Montez en guerre contre Édom ». Les deux prophètes le voient et décrivent une seule et même vision. C'est pourquoi Ovadyahou dit : שְׁמוּעָה שָׁמַעְנוּ (chmou'á chamá'nou)nous avons entendu une nouvelle. Ce n'est pas moi qui ai entendu, mais nous qui avons entendu. Ceux qui voient les mondes supérieurs, ceux-là voient ce qui se passe, et le prophète Ovadyahou est l'un d'eux.

Il explique pourquoi un tel malheur est arrivé à Essav :

זְדוֹן לִבְּךָ הִשִּׁיאֶךָ

zdón libbekhá hichi'ékha

3 la malveillance de ton cœur t'a séduit…

Comme 'Hava le dit du serpent : הַנָּחָשׁ הִשִּׁיאַנִי (hana'hách hichi'áni) – le serpent m'a séduite. Que disait donc Essav dans son cœur ?

שֹׁכְנִי בְחַגְוֵי-סֶּלַע

chokhní ve'hagve-séla

… « je vis dans les fentes des rochers » …

Essav pensait (et il était logique de le penser) qu'il vivait dans une région montagneuse, difficile d'accès, sur une hauteur montagneuse, derrière des rochers infranchissables, et il se sentait suffisamment en sécurité.

מְרוֹם שִׁבְתּוֹ אֹמֵר בְּלִבּוֹ מִי יוֹרִדֵנִי אָרֶץ׃

mróm chivtó 'omér blibbó mí yoridéni 'árets

…et son cœur, par le sentiment de la hauteur sur laquelle il vit, raisonnait : « qui me jettera à terre ? »

Eh bien, vraiment, qui partira en guerre contre Édom à travers ces rochers difficilement franchissables, à travers ces montagnes infranchissables, pour combattre et le jeter à bas ? Édom s'est installé de manière très sûre, très confortable.

Le Très-Haut dit :

אִם-תַּגְבִּיהַּ כַּנֶּשֶׁר וְאִם-בֵּין כּוֹכָבִים שִׂים קִנֶּךָ מִשָּׁם אוֹרִידְךָ נְאֻם-יְהוָה׃

'im-tagbíah kannécher ve'im-bén kokhavím sím kinnékha michám 'oridkhá ne'oum-hachém

4 « Même si tu t'élèves comme l'aigle, et même si tu établis ton nid parmi les étoiles, de là aussi Je te ferai descendre », – dit le SEIGNEUR.

Le SEIGNEUR dit : « Ce qui est inaccessible aux hommes est accessible pour Moi. Je te ferai descendre. Tu ne peux nulle part te sentir en sécurité ».

De nouveau, tournons-nous et comparons avec ce que dit le prophète Yirméyahou :

« Tu étais une terreur pour tous. L'insolence de ton cœur t'a trompé, toi qui habites parmi les fentes des rochers, au sommet des collines. Même si tu fais ton nid aussi haut que l'aigle, de là aussi Je te précipiterai » – parole du SEIGNEUR.

De nouveau, deux prophètes disent presque avec les mêmes mots presque la même pensée, parce qu'ils voient et observent un seul et même phénomène céleste.

Ensuite, le prophète présente comment on peut évaluer l'ampleur du dommage qui sera causé à Édom :

אִם-גַּנָּבִים בָּאוּ-לְךָ אִם-שׁוֹדְדֵי לַיְלָה אֵיךְ נִדְמֵיתָה הֲלוֹא יִגְנְבוּ דַּיָּם

'im-gannavím ba'ou-lekhá 'im-chódede láyla 'ékh nidméta haló yignevoú dayám

5 À qui ressembles-tu ? Comme si des voleurs étaient venus chez toi, des pillards nocturnes !? Mais ils n'emporteront tout simplement qu'autant qu'il leur en faut…

C'est-à-dire qu'aucun pillard nocturne, aucun voleur ne peut te piller ainsi. Comment pille un voleur ? Il emporte tout ce qui a le plus de valeur, le met dans des sacs et emporte autant qu'il peut emporter.

אִם-בֹּצְרִים בָּאוּ לָךְ הֲלוֹא יַשְׁאִירוּ עֹלֵלוֹת׃

'im-botsrím bá'ou lákh haló yach'írou 'olelót

…SI LES PILLEURS DE VIGNE SONT VENUS, ILS LAISSERONT POURTANT LES PETITES BAIES, ENCORE PAS MÛRES.

Il y avait de ces gens (il y en a encore maintenant) qui s'introduisent dans les vignes d'autrui, volent le raisin d'autrui, – les pilleurs de vigne. Mais même les voleurs ne prennent pas jusqu'au dernier reste.

אֵיךְ נֶחְפְּשׂוּ עֵשָׂו נִבְעוּ מַצְפֻּנָיו׃

'ékh ne'hpesoú 'essáv niv'oú matspounáv

6 Comment cela a-t-il pu arriver ? Qui donc a mené une telle fouille que tout ce qui était possible a été déniché chez Essav ? Tout ce qui était possible a été découvert ?

Et de nouveau nous voyons un parallèle avec le prophète Yirméyahou :

Si des vendangeurs étaient venus chez toi, n'auraient-ils pas laissé des baies non cueillies ? Si des voleurs étaient venus la nuit, ils n'auraient pourtant dérobé qu'autant qu'il leur faut. Mais J'ai dépouillé Essav jusqu'à le mettre à nu, découvert son refuge secret. Et il ne pourra pas se cacher. Sa descendance est anéantie, et ses frères et ses voisins, et il ne sera plus.

Ici, le Très-Haut dit : « Si quelqu'un te regarde, il pensera ainsi : “Qu'y a-t-il eu ici ? Des voleurs ? Non, des voleurs n'auraient pas volé autant. Des pillards quelconques ? Des pillards non plus n'auraient pas emporté autant. C'est seulement la main du Très-Haut, seul le Très-Haut pouvait dépouiller ainsi Essav ” ». Et le Très-Haut lui-même dit : « Oui, c'est Moi qui t'ai dépouillé jusqu'à te mettre à nu ».

Essav avait des alliés. En fait, il était en son temps un camarade respecté dans sa région, et il n'est pas devenu d'un coup si honteux. Le prophète dit :

עַד-הַגְּבוּל שִׁלְּחוּךָ כֹּל אַנְשֵׁי בְרִיתֶךָ

'ad-haggvoúl chill'hoúkha kól 'anché vritékha

7 jusqu'à la frontière t'ont accompagné tous les gens de ton alliance, tous tes alliés…

On peut le comprendre de différentes manières. Le verset, effectivement, n'est pas très compréhensible. On peut le comprendre ainsi : « Ils allaient avec toi, ils combattaient avec toi jusqu'aux frontières de leurs royaumes. Quand ils libéraient leurs royaumes, ils cessaient de combattre ». On peut aussi le comprendre autrement : « Ils t'ont simplement accompagné jusqu'aux frontières quand tu venais chez eux. Ils t'accompagnaient jusqu'au seuil, te tapaient sur l'épaule et disaient : “Mon petit Essav, que Dieu t'aide, tout le bien possible pour toi ” ».

הִשִּׁיאוּךָ יָכְלוּ לְךָ אַנְשֵׁי שְׁלֹמֶךָ לַחְמְךָ יָשִׂימוּ מָזוֹר תַּחְתֶּיךָ אֵין תְּבוּנָה בּוֹ׃

hichi'oúkha yakhloú lekhá 'anché chlomékha la'hmekhá yassímou mazór ta'htékha én tvouná bó

…tous tes compagnons te rouleront et l'emporteront sur toi. et ceux qui mangeaient ton pain se sont mis à te dresser un obstacle, en disant : « il n'y a en lui aucune intelligence. Il a, apparemment, perdu la raison ».

Ou bien : « Il t'est arrivé quelque chose de tel que tu as perdu le respect de tes alliés, qu'ils ne veulent plus avoir affaire à toi. D'une manière ou d'une autre, tu as cessé d'être respecté sur la scène internationale ».

Au verset 8, le prophète donne la réponse à la question de savoir comment une telle chose est arrivée :

הֲלוֹא בַּיּוֹם הַהוּא נְאֻם-יְהוָה וְהַאֲבַדְתִּי חֲכָמִים מֵאֱדוֹם וּתְבוּנָה מֵהַר עֵשָׂו׃

haló bayóm hahoú ne'oum-hachém veha'avadtí 'hakhamím me'edóm outvouná mehár 'essáv

8 « car en ce jour-là, – a dit le SEIGNEUR, – je ferai périr les sages d'Édom et l'intelligence de la montagne d'Essav ».

Certains chercheurs, commentateurs disent que, peut-être, Essav, le royaume édomite en général, avait certaines technologies particulières ou une philosophie particulière, une sagesse. Certains considèrent Yov et ses hôtes comme des Édomites et disent qu'ils avaient justement de telles connaissances philosophiques. On peut le comprendre simplement : le bon sens qu'avaient Essav, ses dirigeants, a disparu, ce bon sens qui leur permettait de gouverner l'État, et cela de telle sorte que d'autres rois et gouvernants voyaient la nécessité ou le profit de conclure certains accords avec Essav. Et là, nous pouvons de nouveau voir un parallèle chez le prophète Yirméyahou au chapitre 49 :

Au sujet d'Édom, ainsi a dit le SEIGNEUR Tsévaot : « N'y a-t-il plus de sagesse à Téman ? Le conseil des sages a disparu. Leur sagesse s'est émoussée.

Ici, de nouveau, nous voyons que différents prophètes parlent de manière très concordante.

וְחַתּוּ גִבּוֹרֶיךָ תֵּימָן לְמַעַן יִכָּרֶת-אִישׁ מֵהַר עֵשָׂו מִקָּטֶל׃

ve'hattoú gibborékha temán lmá'an yikkaret-'ích mehár 'essáv mikkátel

9 et tes héros ont pris peur, Teïman, afin que tous soient exterminés sans exception, une ruine complète sera sur la montagne d'Essav.

Teïman, c'est la deuxième capitale, on peut dire, la capitale économique d'Édom, comme par exemple Sydney en Australie.

מֵחֲמַס אָחִיךָ יַעֲקֹב תְּכַסְּךָ בוּשָׁה

me'hamás 'a'híkha ya'akóv tkasskhá vouchá

10 parce que tu avais de l'inimitié envers ton frère Yaakov, la honte te couvrira…

« La honte te couvrira », « ton vêtement deviendra la honte » – c'est-à-dire « Et extérieurement tu auras un air honteux » ; c'est une sorte de nudité que rien ne peut couvrir.

וְנִכְרַתָּ לְעוֹלָם׃

venikhrátta l'olám

…et tu seras retranché pour toujours.

Quel était donc le problème ? Édom, à cette époque, était l'allié d'Israël. Quand Israël s'est retrouvé dans le malheur, Édom a trahi son allié, est passé de l'autre côté et a pris une part active au pillage d'Israël. Plus encore, les Israélites fugitifs qui se trouvaient sur le territoire d'Édom, les Édomites les ont livrés à Névoukhadnetsar.

À partir du verset 11, le prophète commence à énumérer article par article les infractions qu'Essav a commises.

בְּיוֹם עֲמָדְךָ מִנֶּגֶד בְּיוֹם שְׁבוֹת זָרִים חֵילוֹ וְנָכְרִים בָּאוּ שַׁעֲרוֹ (שְׁעָרָיו) וְעַל-יְרוּשָׁלִַם יַדּוּ גוֹרָל גַּם-אַתָּה כְּאַחַד מֵהֶם׃

byóm 'amadkhá minnegedLa translittération de l'original omet le mot minneged (en face). Il a été ajouté d'après le texte hébreu, sans marque d'accent. byóm chvót zarím 'heló venakhrím bá'ou che'aráv ve'al-yerouchaláyim yaddoú gorál gam-'attá ke'a'hád mehem

11 au jour où tu te tenais tranquillement et regardais, au jour où des étrangers emmenaient captive son armée et jetaient le sort sur Jérusalem, tu étais l'un d'eux.

Édom projeta de s'emparer d'Israël et de Yéhouda affaiblis et de s'approprier ces terres. De s'y déployer, comme se déploie un occupant sur les terres conquises. C'est de cela que parle le prophète Yé'hezkel :

Parce que tu avais une inimitié éternelle et que tu livrais à l'épée la maison de Yisraël au temps du malheur et au temps du dernier péché. Parce que tu disais : « Ces deux peuples, ces deux pays seront à moi et nous les posséderons ».

Quelque chose de semblable était déjà arrivé au sud d'Israël : son influence, après la mort de Chlomo, s'affaiblit dans la région d'Eïlat, les Édomites prirent aux Juifs les ports d'Eïlat. C'est-à-dire que la racine du péché d'Édom (d'Essav), c'est son hostilité envers son frère Yaakov. Et cette hostilité n'est pas née d'hier, elle est ancienne et cachée.

וְאַל-תֵּרֶא בְיוֹם-אָחִיךָ בְּיוֹם נָכְרוֹ וְאַל-תִּשְׂמַח לִבְנֵי-יְהוּדָה בְּיוֹם אָבְדָם

ve'al-tíre vyom-'a'híkha byóm nakhró ve'al-tismá'h livne-yehoudá byóm 'avdám

12 ne regarde pas tranquillement le jour du malheur de ton frère, le jour où des étrangers l'ont capturé, et ne te réjouis pas au sujet des fils de Yéhouda le jour où ils périssent…

Certains traduisent ces injonctions, qui commencent par וְאַל- (ve'al-), par tu n'aurais pas dû, mais en réalité אַל- ('al-) est un avertissement pour l'avenir : ne fais pas ainsi, ne fais pas ce qui est énuméré ici. Et, apparemment, cette injonction ne s'adresse pas seulement à Essav, parce que plus loin il sera question de tous les peuples.

וְאַל-תַּגְדֵּל פִּיךָ בְּיוֹם צָרָה

ve'al-tagdél píkha byóm tsará

…et n'ouvre pas grand ta bouche (c'est-à-dire ne ris pas à pleine voix) au jour du malheur.

Et de nouveau nous pouvons nous tourner vers un autre prophète, vers Amos :

Ainsi a dit le SEIGNEUR : « Pour trois crimes d'Édom et pour quatre, Je ne détournerai pas de lui la colère. Parce qu'il a poursuivi son frère avec l'épée, et a rejeté sa pitié, et sa colère se déchaînait, et il gardait à jamais sa fureur, et J'enverrai le feu sur Teïman, et il dévorera les palais de Botsra.

C'est tiré du premier chapitre du prophète Amos. Et de nouveau nous voyons que les prophètes parlent à l'unisson à Essav et de son passé, et de son présent, et de son avenir.

אַל-תָּבוֹא בְשַׁעַר-עַמִּי בְּיוֹם אֵידָם אַל-תֵּרֶא גַם-אַתָּה בְּרָעָתוֹ בְּיוֹם אֵידוֹ וְאַל-תִּשְׁלַחְנָה בְחֵילוֹ בְּיוֹם אֵידוֹ׃

'al-tavó vcha'ar-'ammí byóm 'edám al-tére gam-'attá bra'ató byóm 'edó ve'al-tichlá'hna v'heló byóm 'edó

13 ne viens pas aux portes de mon peuple au jour de leur malheur, ne viens pas simplement contempler bouche bée leur infortune ; ne va pas, toi aussi, contempler bouche bée son malheur au jour de son affliction. et n'étends pas ta main sur les biens au jour de son malheur, ne pille pas, ne t'enrichis pas de son malheur ;

וְאַל-תַּעֲמֹד עַל-הַפֶּרֶק לְהַכְרִית אֶת-פְּלִיטָיו

ve'al-ta'amód 'al-happérek lehakhrít 'et-plitáv

14 et ne te poste pas aux carrefours pour achever ses réfugiés…

Encore une fois, seulement quelques mots, mais combien est vil ce que le prophète mentionne ici. Effectivement, les Édomites sortaient aux carrefours, sur certaines routes par lesquelles fuyaient les réfugiés, et ne les laissaient pas s'enfuir, les tuaient et les pillaient.

וְאַל-תַּסְגֵּר שְׂרִידָיו בְּיוֹם צָרָה׃

ve'al-tasgér sridáv byóm tsará

…et ne livre pas ses réfugiés au temps du malheur.

Ne pas livrer les réfugiés à leur ennemi était, pour ces temps-là, une règle humaine normale. Dans le premier chapitre du livre du prophète Amos, le Très-Haut dit ne pas pardonner aux habitants de Tsor et aux habitants de Gaza d'avoir livré des réfugiés aux ennemis. C'est un acte très immoral, quel que soit le profit derrière lequel il se cache. Et Ovadyahou termine par un avertissement que ce jugement approche, qu'il est déjà proche.

כִּי-קָרוֹב יוֹם-יְהוָה עַל-כָּל-הַגּוֹיִם כַּאֲשֶׁר עָשִׂיתָ יֵעָשֶׂה לָּךְ גְּמֻלְךָ יָשׁוּב בְּרֹאשֶׁךָ׃

ki-karóv yom-hachém 'al-kol-haggoyím ka'achér 'assíta ye'ásse lákh gmoulkhá yachoúv brochékha

15 parce que le jour du SEIGNEUR est proche sur toutes les nations, comme tu faisais, ainsi il te sera fait à toi aussi, et la rétribution sera sur ta tête.

Ce que tu as fait, la manière dont tu agissais envers ton frère Israël, ainsi en sera-t-il de toi aussi.

כִּי כַּאֲשֶׁר שְׁתִיתֶם עַל-הַר קָדְשִׁי יִשְׁתּוּ כָל-הַגּוֹיִם תָּמִיד וְשָׁתוּ וְלָעוּ וְהָיוּ כְּלוֹא הָיוּ׃

Kí ka'achér chtitém 'al-hár kadchí yichtoú khol-haggoyím tamíd vechatoú vela'oú vehayoú kló hayoú

16 parce que, comme tu as bu sur la montagne de ma sainteté, ainsi toutes les nations qui ont opprimé Israël boiront ; et elles buvaient, et elles s'enivreront tellement qu'elles partiront dans une beuverie éternelle, et ce sera comme si elles n'avaient pas été.

Elles s'enivreront tellement que dans cette ivresse qui est la leur elles resteront pour toujours, comme si elles n'avaient jamais été. Dans le livre d'Ékha, nous lisons des paroles semblables au sujet d'Essav : « Réjouis-toi et sois dans l'allégresse, fille d'Édom, qui habites dans le pays d'Outs, jusqu'à toi aussi parviendra la coupe. Tu boiras jusqu'à l'ivresse et tu vomiras ». L'image est un peu différente, mais la pensée est semblable.

וּבְהַר צִיּוֹן תִּהְיֶה פְלֵיטָה וְהָיָה קֹדֶשׁ וְיָרְשׁוּ בֵּית יַעֲקֹב אֵת מוֹרָשֵׁיהֶם׃

ouvehár tsiyón tihyé fletá veháya kódech vyarchoú bét yaakóv ét morachehém

17 et sur le mont Sion il y aura la délivrance, et il y aura un lieu saint ; et les fils d'Israël hériteront l'héritage.

וְהָיָה בֵית-יַעֲקֹב אֵשׁ וּבֵית יוֹסֵף לֶהָבָה וּבֵית עֵשָׂו לְקַשׁ וְדָלְקוּ בָהֶם וַאֲכָלוּם וְלֹא-יִהְיֶה שָׂרִיד לְבֵית עֵשָׂו כִּי יְהוָה דִּבֵּר׃

vehayá vet-yaakóv 'éch ouvét yosséf lehavá ouvét 'essáv lekách vedalkoú vahém va'akhaloúm vlo-yihyé saríd lvét 'essáv ki hachém dibbér

18 Et la maison de Yaakov sera un feu, la maison de Yossef une flamme, et la maison d'Essav – de la paille ; et ils l'allumeront, et il la mangera, et il n'y aura pas de reste pour la maison d'Essav, comme l'a dit le SEIGNEUR.

Ici, nous voyons non seulement l'idée de la punition d'Essav, mais aussi une nouvelle facette de la délivrance, du retour et de la réunification de la maison de Yossef et de la maison de Yaakov, c'est-à-dire de la réunification d'Israël et de Yéhouda. Voici ce que nous lisons chez le prophète Yé'hezkel au chapitre 37 :

Et la parole du SEIGNEUR me fut dite : « Et toi, fils d'homme, prends-toi un bâton et écris dessus : “À Yéhouda et aux fils de Yisraël qui se sont unis à lui”. Et prends un autre bâton et écris dessus : “À Yossef, bâton d'Éfraïm et de tous les fils d'Israël qui se sont unis à lui”. Et rapproche-les l'un de l'autre, comme si tu avais un seul bâton, et ils deviendront un dans ta main ».

Ici, le SEIGNEUR, par le prophète Yé'hezkel, dit la même chose que ce qu'Il dit non pas directement, mais comme tout à fait en passant, par le prophète Ovadyahou : le peuple d'Israël s'unira en un seul peuple. De l'embrasement du peuple d'Édom parle aussi le prophète Amos, lisons-le encore une fois :

Et J'enverrai le feu sur Teïman, et il dévorera les palais.

C'est-à-dire que de nouveau les prophètes prophétisent d'une seule voix à Édom un seul et même avenir.

Et le prophète Ovadyahou continue de parler d'Israël :

וְיָרְשׁוּ הַנֶּגֶב אֶת-הַר עֵשָׂו וְהַשְּׁפֵלָה אֶת-פְּלִשְׁתִּים וְיָרְשׁוּ אֶת-שְׂדֵה אֶפְרַיִם וְאֵת שְׂדֵה שֹׁמְרוֹן וּבִנְיָמִן אֶת-הַגִּלְעָד׃

Vyarchoú hannégev 'et-hár 'essáv vehachfelá 'et-plichtím vyarchoú 'et-sedé 'efráyim ve'ét sedé chomrón ouvinyamín 'et-haggil'ád

19 Et les habitants du Néguev hériteront la montagne d'Essav, et les habitants de la ChfÉla, les habitants de la plaine basse, hériteront les territoires des Plichtim (Philistins), et ils hériteront le champ d'Éfraïm, et les champs de Samarie, et Binyamin, c'est-à-dire Guilad.

וְגָלֻת הַחֵל-הַזֶּה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר-כְּנַעֲנִים עַד-צָרְפַת וְגָלֻת יְרוּשָׁלִַם אֲשֶׁר בִּסְפָרַד יִרְשׁוּ אֵת עָרֵי הַנֶּגֶב׃

vegaloút ha'hel-hazzé livné yisra'él 'acher-kna'aním 'ad-tsarfát vegaloút yerouchaláyim 'achér bisfarád yirchoú 'ét 'aré hannégev

20 Et l'armée exilée des fils de Yisraël, qui est en Canaan jusqu'à Tsarfat (le Liban central), et les exilés de Yérouchalayim, qui sont à SardosL'original écrit ici « Sardos » comme lieu où se trouvent les exilés de Yérouchalayim ; le verset hébreu nomme Sefarad. Nous gardons la forme de l'original., tous ils hériteront et peupleront les montagnes du Néguev.

וְעָלוּ מוֹשִׁעִים בְּהַר צִיּוֹן לִשְׁפֹּט אֶת-הַר עֵשָׂו

ve'aloú mochi'ím bhár tsiyón lichpót 'et-hár 'essáv

21 Et les délivrés (sauvés) sur le mont Tsiyon jugeront la montagne d'Essav…

On peut dire que c'est une préfiguration du procès de Nuremberg, c'est-à-dire que du côté d'Essav seront jugés les criminels de guerre. Ce sera un véritable tribunal, qui sera institué dans le pays d'Israël. Bien sûr, l'homme a envie d'agir souvent selon l'appel de la chair. Il y a beaucoup de gens qu'on a envie de tuer, d'étrangler, de leur briser le cou et de leur procurer diverses autres « gentillesses ». La Torah nous est donnée pour juger les gens selon la Torah, pour que nous retenions ce principe animal qui est le nôtre. Et ici il y a une promesse du prophète qu'il n'y aura pas de règlement de comptes, qu'il n'y aura pas de génocide, rien de tel n'arrivera. Il y aura un jugement selon la Torah, et par cela s'affermit le royaume de Dieu.

וְהָיְתָה לַיהוָה הַמְּלוּכָה׃

vehaytá lachém hammloukhá

…le royaume et le pouvoir seront au SEIGNEUR.

Le SEIGNEUR montrera son pouvoir de manière manifeste par le fait que le peuple d'Israël reviendra dans son pays. Et ceux qui l'opprimaient, même ceux qui se réjouissaient méchamment de l'oppression du peuple d'Israël, ceux qui se réjouissaient de son malheur, – tous ils comparaîtront devant le tribunal. Précisément le jugement qui s'exerce sur les criminels, même sur les criminels de guerre, – c'est l'affermissement du royaume du Très-Haut. Par cela le monde entier connaît que le Très-Haut est Roi et Juge.

Voilà, nous avons fini de lire le livre du prophète Ovadyahou.

Eh bien, pour finir sur une bonne note, je vais vous raconter un conte sur Essav et Israël. Rabbi Éléazar ben Chimon se promenait sur le bord de la mer à Jaffa et vit un navire qui, littéralement sous ses yeux, coula. Un Romain, réchappé du naufrage sur un débris du navire, nagea jusqu'au rivage. Mais, étant complètement nu, il fut obligé de se cacher dans la mer. À cette époque, beaucoup parmi Israël allaient se prosterner à Yérouchalayim, comme il leur est prescrit trois fois par an (eh bien, littéralement, l'histoire du bon Samaritain). Le Romain, lui, se mit à les appeler, en disant : « Je suis des fils de votre frère aîné Essav. Donnez-moi le moindre des vêtements, pour que je puisse couvrir ma nudité, car je suis épuisé par la mer, il ne me reste rien ». Les Israélites lui répondirent : « Que tous les fils de ton peuple soient ainsi épuisés ». Voyant Rabbi Éléazar, le Romain lui dit : « Je vois que tu es un ancien dans ton peuple, apparemment instruit dans le respect envers les créatures. Donne-moi un vêtement, pour que je puisse couvrir ma honte ». Rabbi Éléazar portait sept vêtements. Il ôta un vêtement et le donna au Romain, le fit entrer dans sa maison, le nourrit, lui donna à boire, le raccompagna avec honneurs et lui donna deux cents deniers pour la route.

Bien des années plus tard, mourut à Rome le césar scélérat, et on nomma à sa place ce Romain-là même qui se noyait près des côtes de Jaffa. Et il rendit un décret concernant Israël : condamner à mort tous les hommes, et les femmes – à l'esclavage. Les sages se mirent à persuader Rabbi Éléazar : « Va chez le césar et obtiens une réconciliation avec lui, tu es pourtant un homme intelligent ». Il dit : « Vous connaissez pourtant ce peuple, il ne fait rien pour rien ». Ils dirent : « Voici pour toi 4 mille deniers, va et réconcilie-toi avec lui ».

Le rabbi prit cet argent et alla à Rome sauver les Juifs. Il se tint aux portes royales et dit : « Allez et annoncez au roi qu'un Judéen est arrivé et veut parler ». On l'annonça. Le roi dit : « Amenez-le ». En le voyant, le césar descendit du trône, tomba sur sa face, en disant : « Que fait ici mon seigneur ? Et qu'est-ce qui a obligé mon seigneur à faire un si long chemin ? » Rabbi Éléazar répondit : « Je suis venu te demander d'avoir pitié du peuple et d'annuler la sentence ». Le césar lui répondit : « Y a-t-il du mensonge dans la Torah ? » « Non », – répondit Rabbi Éléazar. Le césar dit : « N'est-il pas écrit dans la Torah : “L'Amoréen et le Moabite n'entreront pas dans la communauté de Dieu ?” Pourquoi ? Parce qu'ils ne vous ont pas accueillis avec du pain et de l'eau. Et il est écrit : “Ne méprise pas l'Édomite, car il est ton frère”. Ne suis-je pas des fils d'Essav, votre frère ? Mais ils ne m'ont pas fait grâce quand je me noyais là-bas. Et celui qui transgresse la Torah mérite la mort ». Rabbi Éléazar ben Chimon dit : « Même s'ils ont péché contre toi, fais-leur grâce ». Le césar dit : « Eh bien, rabbi, tu es un homme adulte. Tu sais, chez nous rien ne se fait si simplement ». Rabbi Éléazar dit : « Eh bien, bien sûr, je sais. Voici pour toi 4 mille deniers ». Le césar dit : « Que ces 4 mille deniers soient pour toi la rétribution pour les 200 que tu m'as donnés. Et ton peuple sera sauvé à cause de toi. Entre dans le trésor et prends sept vêtements pour ce vêtement que tu m'as donné. Va en paix vers ton peuple. Je lui ferai grâce à cause de toi ». Et les sages dirent au sujet de Rabbi Éléazar : « C'est de lui qu'il est dit : envoie ton pain sur l'eau ». Cette histoire est racontée dans le recueil de midrachim sur le livre de Kohélet. C'est juste un conte. On peut y croire, on peut aussi, et même il vaut mieux, ne pas y croire, mais l'histoire est instructive, de quelque côté qu'on la tourne.

Lisez aussi : Vayétsé, Vayéchev, la prière et les sections hebdomadaires de la Torah.

Original russe : alexblend.com
Cette traduction a été réalisée avec l’aide de l’IA et nécessite encore une révision linguistique et une correction par des locuteurs natifs.

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    1. 1Vayichla'h : les anges et les prières 32,4–13
    2. 2Ce n'est pas par la force qu'on lutte 32,14–30
    3. 3Et voilà qu'ils se sont rencontrés 32,31–33,5
    4. 4Et voilà, ils se sont séparés 33,6–20
    5. 5Petite Dina, Dina 33,18–34,19
    6. 6C'est qu'elle est grande, la famille 34,20–35,5
    7. 7Le retour à la maison 35,6–35,29
    8. 8Je suis petit devant toutes les bontés
    9. 9Avec son bâton
    10. 10De mon frère, d'Essav
    11. 11Le changement de nom. Pourquoi et comment ?
    12. 12Voici la généalogie d'Essav
    13. 13Le changement de nom de Yaakov
    14. 14Le retour d'Israël
    15. 15Trois mots
    16. 16Haftara (Ovadyahou)

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