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תּוֹלְדוֹת
Toldot
Yits'hak, Yaakov et Essav
- Section hebdomadaire
- 6 sur 54
- Versets
- Béréchit 25,19–28,9
- Parties
- 8
- Temps de lecture
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Toldot — la section hebdomadaire sur la famille de Yits'hak, sur Yaakov et Essav. Dans le sténogramme, Alex Blend analyse le droit d'aînesse, les puits, les relations entre les parents et les fils, ainsi que les trois bénédictions. Le texte en hébreu, la translittération et la traduction sont accompagnés de commentaires sur la Torah et sur la haftara tirée de Malakhi.
Toldot : la génétique divine
Béréchit 25,19–28
וְאֵלֶּה תּוֹלְדֹת יִצְחָק בֶּן-אַבְרָהָם אַַבְרָהָם הוֹלִיד אֶת-יִצְחָק׃
ve'élle toledót yits'hák ben-avrahám avrahám holíd et-yits'hák
19 Voici la généalogie de Yits'hak, fils d'Avraham : Avraham engendra Yits'hak.
Chose étonnante : la Torah, avare de mots, nous dit d'abord que Yits'hak est le fils d'Avraham, puis, en expliquant la généalogie, elle dit : Avraham engendra Yits'hak. Pourquoi se répéter ainsi ? C'est déjà clair, semble-t-il.
Abarbanel, l'un des commentateurs médiévaux, dit : « Nous voyons dans la généalogie de Yits'hak qu'il est le fils d'Avraham. Il ressemble à Avraham. Avraham a pris femme quand il avait quarante ans (ce n'est pas écrit en toutes lettres, cela se déduit par des calculs), et Yits'hak a pris femme quand il avait quarante ans (et cela, c'est vraiment écrit). Avraham a pris une femme de sa famille, et Yits'hak a pris une femme de sa famille. Chez tous les deux, les femmes étaient stériles. Avraham a d'abord engendré (disons-le entre guillemets) un “mauvais fils”, Yichmaël, et seulement ensuite il a engendré Yits'hak. Et chez Yits'hak est d'abord né un “bon à rien”, disons-le ainsi, Essav, puis – Yaakov. Avraham aimait Yichmaël le bon à rien, et Yits'hak aimait Essav le bon à rien. Mais contre sa volonté, Avraham a éloigné Yichmaël de l'héritage sur l'insistance de Sara ; Yits'hak, contre sa volonté, lui aussi non sans la participation de sa femme, a privé Essav de la bénédiction. Dans les deux cas, c'étaient bien sûr la volonté de Dieu et le dessein de Dieu qui s'accomplissaient. Et aux jours de Yits'hak, et aux jours d'Avraham, il y eut une famine, tous deux allèrent à Guérar, tous deux creusèrent des puits… Beaucoup de choses semblables ! Et l'on voit qu'Avraham a engendré Yits'hak, Yits'hak répète sa biographie. Les gens ne se ressemblent pas seulement extérieurement, et ce n'est pas seulement l'ADN qui transmet la ressemblance. Voilà ce que nous dit ici la Torah : Yits'hak est tout le portrait de son père. Voilà, à proprement parler, ce que veut dire ce verset.
הִי יִצְחָק בֶּן-אַרְבָּעִים שָׁנָה בְּקַחְתּוֹ אֶת-רִבְקָה בַּת-בְּתוּאֵל הָאֲרַמִּי מִפַּדַּן אֲרָם אֲחוֹת לָבָן הָאֲרַמִּי לוֹ לְאִשָּׁה׃
vayhí yits'hák ben-arba'ím chaná beka'htó et-rivká bat-betou'él ha'arammí mippaddán arám a'hót laván ha'arammí lo le'ichá
20 Et Yits'hak avait quarante ans quand il prit Rivka, fille de Bétouël l'Araméen de Padan-Aram, sœur de Lavan l'Araméen, pour femme.
Nous avons parlé lors de l'entretien précédent de la raison pour laquelle la Torah rappelle plusieurs fois que Rivka est araméenne, que sa famille est araméenne, bien qu'elle-même ne soit pas très araméenne. Sa famille est assimilée, mais elle, elle s'est préservée de l'assimilation, mais c'est un autre entretien.
Mais ici, on peut se poser une autre question. La généalogie de Yits'hak, la biographie de Yits'hak… Si vous étiez le biographe de Yits'hak, si j'étais le biographe de Yits'hak, je ne commencerais pas par le mariage. Je commencerais par la naissance miraculeuse ou par la violence familiale, quand Yichmaël le harcelait. Apparemment, c'était douloureux. Aujourd'hui, une personne peut vivre toute sa vie avec ces traumatismes et aller de psychologue en psychologue. Le sacrifice, l'événement le plus radical qui soit, le plus extraordinaire qui soit dans l'histoire d'Israël. Pourquoi la Torah commence-t-elle justement par le mariage ?
Rabbi RaYaTs donne à cela une réponse étonnante : « C'est pour vous enseigner que le changement quotidien, de tous les jours, du monde est plus important que le sacrifice ». Le service de tous les jours, quand maman se lève pour l'enfant, quand papa va faire les courses ; quand papa se lève pour l'enfant, et que maman va faire les courses ; quand papa fait la vaisselle, quand maman fait le ménage, quand nous discutons les uns avec les autres… En nous occupant des tracas quotidiens, de tous les jours, en changeant la réalité quotidienne, routinière, apparemment ennuyeuse, nous faisons une chose plus importante que l'akéda, parce que l'akéda, c'est un exploit, c'est un événement extraordinaire, alors que Dieu a créé le monde et veut se manifester dans le monde ordinaire. C'est pourquoi le tamisage des petites choses, le petit, le menu tamisage du monde, la séparation du mauvais d'avec le bon dans les détails, est bien plus important que l'akéda. C'est pourquoi la Torah commence la vie de Yits'hak par le mariage de Yits'hak.
וַיֶּעְתַּר יִצְחָק לַיהוָה לְנֹכַח אִשְׁתּוֹ כִּי עֲקָרָה הִוא וַיֵּעָתֶר לוֹ יְהוָה וַתַּהַר רִבְקָה אִשְׁתּוֹ׃
vaye'tár yits'hák ladonáy lenókha'h ichtó ki akará hi vaye'áter lo adonáy vattahár rivká ichtó
21 Et Yits'hak s'adressa (nous analyserons ce mot) au SEIGNEUR au sujet de sa femme, car elle était stérile, et le SEIGNEUR lui répondit, et Rivka, sa femme, devint enceinte.
Voilà, le mot vayé'tar peut être analysé. Ce mot est lié à la racine aïn-tav-reïch, et il signifie la fourche, avec laquelle on remue et retourne le foin. Si l'on traduit littéralement, Yits'hak a grimpé au ciel, il est sorti prier avec une fourche, il a grimpé au ciel pour y fouiller, retourner les jugements, annuler les sentences, changer la réalité par sa prière là-haut, et il est dit : et le Très-Haut lui retourna. Ici, un seul et même mot est employé et dans la prière, et dans la réponse. Yits'hak essayait de retourner, et le Très-Haut retourna selon sa parole. Et c'est une réponse pour les gens – oui, il existe une prière efficace, qui est appelée à produire un changement dans les mondes supérieurs, dans les mondes où l'avenir est préparé d'avance, et l'on peut y grimper avec une fourche. Mais c'est purement symbolique, parce qu'en réalité, c'est le Très-Haut qui retourne. Et dans ce cas, il a apparemment fallu à Yits'hak vingt ans de prière pour que Rivka devienne enceinte.
וַיִּתְרֹצֲצוּ הַבָּנִים בְּקִרְבָּהּ
vayitrotsetsoú habbaním bekirbá
22 Et les enfants couraient, s'agitaient dans son sein, dans ses entrailles (si l'on traduit littéralement) …
Ici, il faut dire que Rivka elle-même ne sait pas que ce sont des fils, que ce sont des fils qui courent dans son ventre. De son point de vue, il se passe quelque chose dans son ventre. Comment la Torah décrit-elle d'habitude les naissances ? Et elle devint enceinte, et elle enfanta (vattahar vétéled). Ici, de façon inattendue, entre conçut et enfanta, il y a deux versets entiers, toute une chaîne d'événements. Rivka a senti quelque chose de pas bon dans son ventre. Sa mère est loin, sa belle-mère est morte ; peut-être qu'après s'être renseignée auprès des femmes, comme on dirait aujourd'hui, après avoir fait le tour des forums « de mamans », elle n'a trouvé aucune réponse.
וַתֹּאמֶר אִם-כֵּן לָמָּה זֶּה אָנֹכִי
vattómer im-kén lámma ze anókhi
…et elle dit : s'il en est ainsi, pourquoi donc moi ?
La phrase est très obscure, il existe sur elle des commentaires mystiques, liés au Dieu de ce monde, au Dieu du monde à venir. Nous n'allons pas entrer là-dedans maintenant. Regardons la phrase simple d'une femme simple. Elle peut signifier : « Qu'ai-je fait pour mériter cela, personne n'a eu cela, qu'ai-je fait pour mériter cela, pourquoi cela m'arrive-t-il ? » Et dans l'autre cas : « Mais qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je fais là, assise, à réfléchir, à me perdre en conjectures, à faire le tour des forums “de mamans” ? Je vais m'adresser au Très-Haut ». Et elle alla demander au Très-Haut. C'est-à-dire, première variante – elle a dit : « Qu'ai-je fait pour mériter cela ? » Eh bien, et avec cette question, elle est allée vers le Très-Haut. Et deuxième variante – elle a dit : « Mais qu'est-ce que je rame, il faut bien aller vers le Très-Haut avec la question. Peut-être que ce n'est pas un “qu'ai-je fait pour mériter cela ?”, peut-être que c'est un “dans quel but ?”, peut-être encore autre chose ». En tout cas, la décision de Rivka, c'est que, quand la situation échappe au contrôle, quand quelque chose ne se passe pas comme on le voudrait, il faut se présenter devant le Très-Haut, moins réfléchir, demander davantage au Très-Haut.
וַתֵּלֶךְ לִדְרֹשׁ אֶת-יְהוָה׃
vattélekh lidróch et-adonáy
…et elle alla demander au Très-Haut.
Les commentateurs en viennent à la pensée qu'elle est allée vers le lieu qui, chez Avraham, dans la famille d'Avraham, était depuis longtemps considéré comme un lieu de communication avec le Très-Haut. C'est le puits d'El 'Haï Roï, où l'ange avait parlé avec Hagar. Nous voyons que presque cinquante ans après cette conversation, bien des années après, Yits'hak, au moment de son mariage, Yits'hak âgé de quarante ans, revient d'El 'Haï Roï, où il était sorti prier. Apparemment, on peut supposer qu'il y avait un tel lieu de prière pour la famille d'Avraham, et que c'est là que Rivka est allée prier. Mais ce n'est même pas l'essentiel. L'important, c'est que nous voyons ici pour la première fois qu'une personne, après ses réflexions, s'est adressée au Très-Haut avec une question. Avant cela, nous avons vu qu'on adressait des souhaits au Très-Haut : si c'est ainsi, alors ainsi, ou bien Yits'hak, comme nous le voyons maintenant, qui priait avec une fourche pour sa femme... Ici, une femme, Rivka, la première dans la famille d'Avraham, le premier fruit de l'éducation d'Avraham, qui, avec son dialogue intérieur, avec ses problèmes intérieurs, vient au Très-Haut.
וַיֹּאמֶר יְהוָה לָהּ
vayomer adonáy la …
23 Et le SEIGNEUR lui dit…
Nous ne savons pas ce qu'elle est donc allée demander. Peut-être demandait-elle : « Qu'y a-t-il dans mon ventre, n'y a-t-il pas de danger pour ma grossesse, n'y a-t-il pas de danger pour ma vie ? » Et c'est aussi une question pas évidente : « Mes enfants ne sont-ils pas malades ? » Eh bien, et tout le reste. Peut-être même : « Ne suis-je pas possédée par quelque esprit impur ». Il est difficile d'imaginer ce qui pouvait se passer dans la tête d'une femme de cette époque. Mais le SEIGNEUR lui répond et dit :
שְׁנֵי גֹיִים (גוֹיִם) בְּבִטְנֵךְ וּשְׁנֵי לְאֻמִּים מִמֵּעַיִךְ יִפָּרֵדוּ
chené goyím bevitnékh ouchné le'oummím mimme'áyikh yipparédou
…deux peuples sont dans ton sein, et deux nations se sépareront de tes entrailles (se sépareront de ton sein, en substance, deux peuples) …
Littéralement – mé'ayim ; mais, quand la Torah dit bétel – le ventre, kervaïm – les entrailles, mé'ayim – les intestins, il ne faut pas comprendre que ceux qui lisaient la Torah croyaient que les bébés sortent de l'intestin. Non, c'est simplement une description des entrailles.
וּלְאֹם מִלְאֹם יֶאֱמָץ וְרַב יַעֲבֹד צָעִיר׃
oul'óm mil'óm ye'emáts veráv ya'avód tsa'ír
…l'un surmontera l'autre, et l'aîné le cadet servirLe russe, comme l'hébreu, place « l'aîné » et « le cadet » côte à côte sans dire lequel sert l'autre. La traduction garde cet ordre ambigu, que l'auteur examine plus loin. (cela, nous l'examinerons encore).
Dans l'histoire, comme le prédit le Très-Haut, deux peuples vont constamment se quereller, rivaliser pour la royauté.
Dans le livre du prophète Yé'hezkel (26,5), cela est très bien décrit. Tyr dit de Jérusalem : « Elle est brisée, elle est la porte du peuple, elle se tourne vers moi, je me remplirai, elle est dévastée. Quand je me remplis, elle est dévastée. Eh bien, en conséquence, à l'inverse, quand elle se remplit, je suis dévastée ». Il existe une telle interdépendance : tantôt Rome domine, tantôt Israël domine. Mais nous verrons que le pouvoir d'Israël, la révélation de la gloire d'Israël, vient après la révélation de la gloire d'Essav.
Avec la dernière partie de la prophétie, il y a des difficultés. Littéralement, cela sonne – et l'aîné le cadet servira. On peut comprendre : et l'aîné, le cadet le servira, ou, à l'inverse, et l'aîné servira le cadet. Ici, on peut objecter : mais si le cadet doit servir l'aîné, alors pourquoi prononcer une telle prophétie, c'est ainsi que cela se passe d'habitude. Mais justement, dans l'histoire juive, cela se passe de différentes façons, et nous voyons que le cadet devient l'aîné, que les derniers deviennent les premiers, et le miracle, au contraire, c'est que cela ne se produise pas. Et c'est pourquoi il existe une telle compréhension de ce qui est dit plus loin dans la section : Rivka comprenait qu'Essav ne devait pas recevoir la bénédiction, connaissant justement cette prophétie, que l'aîné servira le cadet. Et Yits'hak connaissait peut-être cette prophétie par les paroles de Rivka, mais essayait de l'interpréter autrement, mû par son amour pour Essav. Eh bien, ces gars-là, nous ne faisons encore que les découvrir.
Ainsi, peut-être cette prophétie pouvait-elle être interprétée de deux façons, et par la suite Rivka et Yits'hak l'ont interprétée de deux façons.
וַיִּמְלְאוּ יָמֶיהָ לָלֶדֶת
vayimleoú yaméha lalédet
24 Et ses jours d'enfanter s'accomplirent…
Pour cette époque, c'est important, quand une femme est enceinte de jumeaux, et avec une grossesse si difficile, qu'elle ne les ait pas mis au monde au septième mois ou au huitième mois. Elle les a portés jusqu'au terme, les petits sont nés à terme, donc Dieu protégeait sa grossesse.
וְהִנֵּה תוֹמִם בְּבִטְנָהּ׃
vehinné tomím bevitná
…et voici, des jumeaux dans son sein, dans son ventre.
Le mot tomim est écrit ici avec une faute. Il serait plus correct d'écrire tav-alef-vav-mem-mem. Ici, la petite lettre alef est omise. La Torah ne fait pas de fautes de grammaire, mais elle omet souvent une lettre quand il est question d'une certaine imperfection. Et ici il est dit : oui, extérieurement, ils sont tomim, extérieurement, ils sont jumeaux, mais intérieurement, cette « gémellité » ne sera pas forcément ainsi. Et même extérieurement, ils vont ensuite diverger, il n'y a pas d'intégrité, parce que l'un, en somme, déviera vers de mauvais chemins, l'autre ira par le chemin juste.
D'autres commentateurs disent que le mot tomim doit ici être compris comme le mot toumim (du mot tam – pleinement parfait). L'un, un juste parfait, l'autre, un méchant parfait. Mais ne calomnions pas Essav comme s'il était un méchant parfait. Nous savons qu'il a une place dans le dessein de Dieu.
Il est intéressant d'examiner le mot toma (jumeau) : c'est, à proprement parler, le prénom Thomas, un prénom grec, russe bien connu. Thomas est un mot qui signifie jumeau. Le fait est que la petite lettre tav ne se prononçait pas toujours ainsi. On peut dire qu'à une certaine étape, elle se prononçait de façon proche du ti-eitch (th) anglais, et c'est pourquoi Toma est devenu Thomas. Voilà, ici – deux Thomas dans son ventre.
וַיֵּצֵא הָרִאשׁוֹן אַדְמוֹנִי כֻּלּוֹ כְּאַדֶּרֶת שֵׂעָר וַיִּקְרְאוּ שְׁמוֹ עֵשָׂו׃
vayetsé harichón admoní koulló ke'addéret se'ár vayikreoú chemó essáv
25 Et le premier sortit vermeil et tout couvert de poils, et on l'appela Essav.
Vermeil, velu, vigoureux, mûr – ce ne sont pas des qualités très mauvaises, on peut même dire bonnes. Il est sorti un tel petit gaillard, un poupon joufflu, déjà avec une chevelure, et c'est pourquoi on l'a appelé Essav. Le mot Essav, on peut dire, d'une part – fait, du mot la'assot ; assav – ce sont aussi ses affaires, ses actions – nous aborderons plus tard ces significations du nom. Une autre signification est rattachée au mot éssév – couvert d'herbe, petite pelouse, on peut traduire ainsi. Et, encore une fois, nous savons qu'il y a des midrachim typologiques, et là où Essav, dans les midrachim, se transforme en méchant parfait, on dit : Essav, c'est assa chav (fait en vain). Eh bien, que peut faire un homme qui porte un tel nom ? Une coquille vide. Va et vis avec ça. Si c'est ainsi qu'on l'a appelé, quels reproches lui faire ? Eh bien, c'est plutôt du midrach, rétroactif. La Torah, encore une fois, utilise un jeu de mots, et la Torah orale aussi, pour montrer, pour indiquer certaines qualités.
וְאַחֲרֵי-כֵן יָצָא אָחִיו וְיָדוֹ אֹחֶזֶת בַּעֲקֵב עֵשָׂו וַיִּקְרָא שְׁמוֹ יַעֲקֹב וְיִצְחָק בֶּן-שִׁשִּׁים שָׁנָה בְּלֶדֶת אֹתָם׃
ve'a'hare-khén yatsá a'hív veyadó o'hézet ba'akév essáv vayikrá chemó ya'akóv veyits'hák ben-chichím chaná belédet otám
26 Après cela sortit son frère, et sa petite main tient le talon d'Essav ; et son nom fut appelé Yaakov. Yits'hak avait soixante ans quand ils naquirent.
Comme nous l'avons déjà dit, il s'est marié à quarante ans, les enfants sont nés à soixante, vingt ans de prière ont porté de tels fruits.
Yaakov est né, lui qui se tenait au talon d'Essav, et il lui fut donné le nom de Yaakov. Du fait que Yaakov se tient au talon d'Essav, on déduit, comme une prophétie, que le pouvoir de Yaakov viendra après le pouvoir d'Essav, que le pouvoir de Yaakov est dans le monde à venir. Yaakov peut se traduire à partir du mot akév – talon ; il existe le mot obstacle, et ici le mot arrière-obstacle. Yaakov, c'est celui qui attrape par-derrière, par le talon.
Il y a une réflexion sur la question de savoir qui lui a donné un tel nom, puisqu'il est dit : et son nom fut appelé Yaakov. Et quand Essav, indigné par la brakha (bénédiction) volée, fait des reproches à son père, il prononce : « Ce n'est pas pour rien que son nom a été appelé Yaakov ». Il ne dit pas : « Tu l'as appelé Yaakov », mais : « Ce n'est pas pour rien que son nom a été appelé Yaakov » – et ici il m'a intercepté, et ici il m'a roulé, on peut le dire ainsi. C'est-à-dire que les commentateurs voient en cela (et, effectivement, on peut voir en cela) que le nom de Yaakov lui a été donné prophétiquement par le Très-Haut.
וַיִּגְדְּלוּ הַנְּעָרִים וַיְהִי
vayigdeloú hanne'arím vayhí
27 Et les garçons grandirent…
On raconte que, quand on plante un myrte à côté d'un épineux, au début on ne les distingue pas. Il existe un tel arbre, très semblable au myrte, et au début on ne voit pas qui est qui. Quand les arbres grandissent, le myrte donne son parfum, eh bien, et l'épineux donne ses épines. Quand les enfants ont grandi, il est devenu clair qui est qui. Et qui est qui ?
עֵשָׂו אִישׁ יֹדֵעַ צַיִד אִישׁ שָׂדֶה וְיַעֲקֹב אִישׁ תָּם יֹשֵׁב אֹהָלִים׃
essáv ich yodéya tsáyid ich sadé veya'akóv ich tám yochév ohalím
…Essav – homme du savoir de la chasse, homme spécialiste de la chasse, homme des champs, et Yaakov – homme simple, assis dans les tentes.
De nouveau, quand les commentateurs se heurtent à ceux qui sont assis dans les tentes, et quand nous créons une image lumineuse de Yaakov, on dit : « Il était assis dans les tentes de la Torah ». Ici, très probablement, le sens simple ne dit rien des tentes de la Torah, mais dit que Yaakov était un simple berger, c'est un travail moins compliqué que celui de chasseur, qui doit sortir quelque part sur une terre neutre étrangère et conquérir le monde, en substance, attraper des animaux là où il n'y a pas de pouvoir humain évident, ouvert.
וַיֶּאֱהַב יִצְחָק אֶת-עֵשָׂו כִּי-צַיִד בְּפִיו וְרִבְקָה אֹהֶבֶת אֶת-יַעֲקֹב׃
vaye'eháv yits'hák et-essáv ki tsayíd befív verivká ohévet et-ya'akóv
28 Et Yits'hak aimait Essav, parce que le gibier est dans sa bouche, et Rivka aime Yaakov.
Et Yits'hak se prit d'amour, peut-on traduire, pour Essav, et Rivka aime Yaakov. Yits'hak se prit d'amour pour Essav, parce qu'il a le gibier dans la bouche. Se prit d'amour, c'est-à-dire qu'il ne l'aimait pas au début, mais qu'il s'est mis à l'aimer. Le gibier dans la bouche – les commentateurs voient en cela qu'Essav n'était pas seulement un bon chasseur, mais aussi un camarade à la parole facile, un bon manipulateur, un bon orateur, il savait faire impression.
Certains commentateurs donnent un tel exemple, et ce midrach se rencontre souvent, c'est pourquoi on a envie de l'analyser. Essav venait et posait à Yits'hak des questions intelligentes : comment prélever la dîme du foin et du sel. Et, bien sûr, quand une personne vient et pose des questions si compliquées, alors – voilà à quoi il pense même, voilà quel camarade profond. Cela plaisait à Yits'hak. Eh bien, en réalité, quel mal y a-t-il, si une personne s'est vraiment tellement pénétrée d'amour pour Dieu qu'elle veut prélever la dîme même de son sel ? Nous ne savons vraiment pas comment prélever la dîme du sel, comment prélever la dîme du foin. Qu'est-ce, de manière générale, que le prélèvement de la dîme dans la compréhension biblique, quand nous parlons de légumes, de fruits, de la production de la terre d'Israël ? Quand nous prélevons la dîme sur les fruits que nous avons fait pousser, les fruits se divisent en saint et en profane. Nous mangeons le profane, dans le saint se mange le saint. Mais nos fruits ont un contact avec la sainteté par la dîme, par la dîme nous les faisons participer à la sainteté. Et voici Essav, qui veut faire participer à la sainteté et la paille, et le sel. Et nous disons qu'il est chasseur, que là aussi, au-delà des frontières du monde sédentaire, il domine tout le temps… Voilà, semble-t-il, un homme qui portera la bonne nouvelle, qui portera la bonne nouvelle de Yits'hak dans le monde : Essav, il veut même faire participer le sel à la sainteté ! Mais le problème, c'est que, quand on lui répondait : « Nous ne savons pas encore comment prélever la dîme du sel, et de la paille, nous ne savons pas comment le faire ». Alors Essav dit : « Eh bien, alors je ne prélèverai pas de dîme du tout ». S'il est impossible de faire participer le monde entier à la sainteté, alors rien du tout ne peut être fait participer à la sainteté. C'est l'un des problèmes spirituels d'Essav.
On peut trouver en soi un Essav, quand une personne dit : « Tout ou rien ! Si je ne peux pas observer absolument tous-tous-tous les commandements, alors je ne les observerai pas du tout. Si je ne peux pas accomplir tous-tous-tous les points d'une affaire, je ne m'y attaquerai pas du tout ! » Tout ou rien – cela fonctionne très rarement comme une bonne qualité, plus souvent comme une mauvaise.
Eh bien, voilà pour la question d'Essav, et Rivka aime Yaakov. Pourquoi aime-t-elle Yaakov ? Eh bien, premièrement, parce que Yaakov est un garçon si casanier, et parce qu'elle avait entendu la prophétie de la bouche du Très-Haut.
Nous allons relire l'histoire du potage de lentilles et du droit d'aînesse vendu.
וַיָּזֶד יַעֲקֹב נָזִיד
vayázed yaakóv nazíd
29 Et Yaakov mijota un ragoût, un potage épais…
Le premier mot – mijota – est employé en hébreu de manière tout aussi polysémique qu'en russe. On peut dire : qui a mijoté cette affaire, qui a lancé tout cela ? Le mot cuire est employé bien plus souvent au sens culinaire.
Yaakov s'est lancé dans un ragoût. Pourquoi s'y est-il lancé, pourquoi Yaakov s'est-il soudain approché de la marmite ? À cette question, il y a différentes réponses. Avant tout, la plus simple, celle qui s'impose : un ragoût de lentilles (nous apprendrons plus tard qu'il est de lentilles) – une sorte de repas de célibataire. Même dans une maison riche, pleine d'aisance, il existe une sorte de fast-food. Le potage de lentilles, le ragoût de lentilles avec un peu d'oignon ou d'ail revenu, d'huile d'olive, de lentilles et d'eau bouillante – un « Rollton » typique de l'époque. Yaakov pouvait simplement manger du fast-food tout en s'occupant de ses propres affaires.
D'autres commentateurs disent (et nous comprendrons plus tard pourquoi c'est important) que la lentille est un signe de deuil. Les petites lentilles orange ressemblent à des visages humains, seulement elles n'ont pas de bouche. Et pour une personne en deuil, on préparait un potage de lentilles comme symbole d'une sorte de silence ; c'est un silence que l'on peut manger, un silence de l'affliction que l'on peut manger. Beaucoup ne le comprennent pas, mais tel était le symbolisme à cette époque.
Le livre « Zohar » propose encore une autre version intéressante. Il dit que Yaakov savait qu'Essav se laisserait prendre au potage de lentilles, il avait trouvé la corde sensible de son âme, puisque Essav s'appelle justement édom – rouge ou roux. Et, comme il le fera par la suite avec les baguettes dans la maison de Lavan, c'est exactement de la même façon rusée que Yaakov attrape ici Essav.
Voilà, il existe trois explications de ce genre. Je me sens plus proche de l'explication selon laquelle Yaakov faisait simplement la cuisine, il a eu envie d'un potage de lentilles, pourquoi ne le ferait-il pas. Nous parlerons encore des autres explications.
וַיָּבֹא עֵשָׂו מִן-הַשָּׂדֶה וְהוּא עָיֵף׃
vayavó essáv min-hassadé vehoú ayéf
…et Essav vint des champs ; et lui, il est fatigué.
Là encore, il existe de nombreux commentaires. Les commentateurs de la Torah et les midrachim aiment beaucoup blâmer Essav, c'est, pour ainsi dire, un sport national – dire du mal d'Essav. Et les commentateurs disent : « Ce jour-là, il a commis un meurtre et violé une jeune fille fiancée, il a commis cinq crimes, et il a commis deux crimes – bref, il était fatigué du péché, d'avoir péché toute la journée délibérément et obstinément ».
D'autres commentateurs disent : « Un homme qui est parti à la chasse peut s'égarer pendant plusieurs jours, se perdre en chemin, marcher trois-quatre jours sans route, sans nourriture, sans eau, et là, forcément, on se fatigue ». Essav est un honnête chasseur, il grandit dans la maison de Yits'hak ; et simplement, un homme est parti à la chasse, s'est égaré, a erré et s'est fatigué. Somme toute, une chose naturelle.
Il y a des commentateurs qui, tout en acceptant tout cela, voient encore une autre couche. Essav, dans la vie, est un fatigué. Il existe une catégorie de gens qui sont fatigués de la vie, tout les ennuie et rien ne leur plaît, et c'est souvent pour cela que les gens tombent dans le péché, dans la débauche, dans certaines aventures dépravées de ce genre ; et alors les actes, les péchés d'Essav peuvent être compris de manière allégorique. Essav est un homme fatigué dans la vie.
De tous ces commentaires, là encore, je choisirais le plus simple, le plus évident : Essav s'est égaré, a erré, a chassé toute la journée, et il est rentré à la maison fatigué. Aucune mystique.
וַיֹּאמֶר עֵשָׂו אֶל-יַעֲקֹב הַלְעִיטֵנִי נָא מִן-הָאָדֹם הָאָדֹם הַזֶּה כִּי עָיֵף אָנֹכִי עַל-כֵּן קָרָא-שְׁמוֹ אֱדוֹם׃
vayomer essáv el-yaakóv hal'iténiLa translittération de l'original omet ici la première voyelle de ce mot ; nous suivons l'hébreu : hal'iténi. na min-ha'adóm ha'adóm hazzé ki ayéf anókhi al-kén kara-chemó edóm
30 Et Essav dit à Yaakov (un verbe étonnant, al'iténi – donne-moi à manger à la petite cuillère, comme on nourrit un nourrisson ou comme on soigne un malade) : « verse-moi, nourris-moi (justement, nourris-moi avec soin) de ce rouge, rouge, car je suis fatigué » ; c'est pourquoi on l'appelle Édom.
Ici, ce n'est pas très clair. Se peut-il que Yaakov se soit mis, depuis ce temps-là, à le taquiner et à dire : « Rouge, rouge ». Et comme si les gens autour s'étaient mis à le taquiner, parce que Yaakov avait raconté à tout le monde cette histoire. Cela ne sied pas très bien à Yaakov, un tel acte ne lui fait pas tellement honneur.
Mais on peut comprendre ce texte autrement aussi. Essav était fatigué, c'est pourquoi il n'avait pas la force de discerner ce qu'il avait devant lui – une bouillie d'avoine ou une crème brûlée –, et il a simplement dit « du rouge, du rouge », pour ne pas se rappeler comment cela s'appelle au juste ; pour ne pas dire – donne-moi ce nazid, donne-moi ce ragoût. Il n'y avait pas dans son lexique, de fatigue, de tels mots, parce qu'il était si fatigué qu'il n'avait même pas la tête au nom du potage. Ici, la situation est compréhensible : un homme fatigué est rentré à la maison, là son frère cadet fait la cuisine, et le frère cadet a certaines obligations envers l'aîné. Et le frère aîné, de fatigue, lui dit : « Nourris-moi, ressuscite-moi avec ce potage ».
וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב מִכְרָה כַיּוֹם אֶת-בְּכֹרָתְךָ לִי׃
vayomer yaakóv mikhrá khayom et-bekhoratekhá li
31 Et Yaakov dit : « et toi, vends-moi comme aujourd'hui ton droit d'aînesse ».
Cela semble un acte pas très beau, au lieu de nourrir son propre frère. Et qui ne nourrirait pas un frère affamé, revenu des champs, même si c'est un scélérat, même si l'on se rappelle comment il arrive parfois entre frères que les frères aînés oppriment les cadets ? Et où vous a-t-on élevé, camarade Yaakov, ne savez-vous donc pas qu'il faut respecter les aînés, même les frères aînés, nourrir l'affamé, nourrir le pauvre ? Qu'est-ce qui vous prend tout à coup de parler d'une manière si étrange ? C'est pour les commentateurs une question très sérieuse et importante. Et certains disent que, puisque Essav demande comme dans l'enfance (Essav nourrissait le petit Yaakov à la petite cuillère – telles sont les obligations du frère aîné envers le cadet), et si Essav confie à Yaakov le rôle du grand frère qui prend soin du cadet, alors on peut aussi vendre le droit d'aînesse.
Une autre variante dit qu'une partie de la conversation est restée hors champ. Essav a demandé : « Et quoi, on a du potage de lentilles aujourd'hui ? » À quoi Yaakov a répondu : « C'est un potage de deuil pour la mort d'Avraham ». Et Essav dit : « Comment ? Avraham est mort ?! Cet homme, ce grand juste, l'homme qui a servi Dieu toute sa vie, qui était prêt à offrir notre père en sacrifice, il est mort ?! Eh bien, alors je n'ai plus aucune chance, est-ce à moi de rivaliser avec lui en droiture ? À quoi bon pour moi le droit d'aînesse, et à quoi bon pour moi la vie ? » Et regardez ce qui est écrit dans le verset précédent : « Je suis déjà bien assez fatigué ». On peut le comprendre aussi ainsi, et alors Yaakov a dit : « Eh bien, vends-moi le droit d'aînesse, puisque tu es si fatigué ».
Mais, très probablement, Yaakov essaie simplement de parler avec Essav quand il est fatigué, quand il est plus disposé à vendre le droit d'aînesse, et cet échange des rôles dont nous avons parlé le pousse peut-être à cela. Nous ne pouvons pas dire qu'une personne agit toujours sincèrement et à cent pour cent honnêtement. Avec Yaakov, cela se passe de différentes façons, il y a là une certaine vivacité ou une certaine roublardise chez notre Patriarche. Mais il propose un marché honnête – vends-moi aujourd'hui ton droit d'aînesse. Que lui répond Essav ?
וַיֹּאמֶר עֵשָׂו הִנֵּה אָנֹכִי הוֹלֵךְ לָמוּת וְלָמָּה-זֶּה לִי בְּכֹרָה׃
vayomer essáv hinné anokhí holékh lamoút velamma-zé li bekhorá
32 Et Essav dit : « voici, je vais à la mort, à quoi bon donc pour moi le droit d'aînesse ? ».
On peut le comprendre à la lumière de ce que nous avons raconté au sujet de la ligne qui parle du deuil pour Avraham : « Si Avraham est mort et qu'il n'a aucune chance, alors moi aussi je vais mourir, et à quoi bon ce droit d'aînesse avec son service du Très-Haut, avec tous ses avantages et ses inconvénients. Même si l'on parle du fait que le premier-né reçoit une plus grande part de la maison, à quoi bon pour moi ? Je suis chasseur, chaque jour je vais à la mort, je mourrai de toute façon, et à quoi bon amasser des richesses si l'on meurt de toute façon, à quoi bon pour moi le droit d'aînesse ? »
Mais on peut aussi comprendre ainsi : « Chaque jour je vais à la mort, je suis chasseur, c'est mon travail. Le droit d'aînesse, avec sa nécessité de gérer le budget familial, d'être prêtre, de répondre de la famille, de tous – ce n'est pas pour moi, je suis un franc-tireur, “ni feu ni lieu, mais on ne paie pas d'impôts au roi”. Je vivrai ainsi, et à quoi bon pour moi le droit d'aînesse ? » – ainsi raisonna Essav.
וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב הִשָּׁבְעָה לִּי כַּיּוֹם וַיִּשָּׁבַע לוֹ וַיִּמְכֹּר אֶת-בְּכֹרָתוֹ לְיַעֲקֹב׃
vayomer yaakóv hichávea li kayom vayichavá lo vayimkór et-bekhorató leyaakóv
33 Et Yaakov lui dit : « jure-moi aujourd'hui ! » Et Essav jura.
Il jura, parce que le droit d'aînesse est en général difficile à vendre, et il doit y avoir une formulation nette : je te transmets, je te donne mon droit d'aînesse. D'ordinaire, un serment se fait devant un tribunal, en présence de témoins, parce qu'à un serment, somme toute, il est facile de se dérober. Mais dans la famille de Yaakov, il y a le Nom de Dieu, il y a la connaissance de Dieu, il y a la compréhension que là, tout le temps, en chacun d'eux sont présents Avraham et Yits'hak – et en Yaakov, et en Essav. Et chacun d'eux est une sorte de tribunal qui se transmetL'original parle littéralement d'un tribunal « qui passe de main en main », comme un trophée transmis. Le sens exact n'est pas tout à fait clair, la traduction reste donc littérale., c'est pourquoi Essav jure hardiment et transmet son droit d'aînesse à Yaakov. Il y aura encore plus tard des disputes à ce sujet, mais pas dans ce passage qui est le nôtre.
וְיַעֲקֹב נָתַן לְעֵשָׂו לֶחֶם וּנְזִיד עֲדָשִׁים
veyaakóv natán le'essáv lé'hem ounzíd adachím
34 Et Yaakov donna à Essav du pain et un potage de lentilles...
Ici, il devient clair que le potage était bien de lentilles. Pourquoi ne l'a-t-on pas dit tout de suite ? Parce qu'on nous montrait un peu le monde aussi par les yeux d'Essav. Remarquez que Yaakov donne aussi du pain à Essav, pour qu'on ne dise pas qu'il a utilisé un danger pour la vie afin de conclure le marché et seulement de maintenir la vie. Yaakov donne plus que ce qu'Essav demandait. Certains commentateurs voient ici un festin solennel, la conclusion d'une alliance, c'est-à-dire une sorte d'image de la fraction du pain, en disant encore que, si le pain et le potage étaient l'œuvre des mains de Yaakov, et que lui seul pouvait les donner, le vin, Essav pouvait aller le prendre dans la petite cave de la maison. Et c'est pourquoi beaucoup voient aussi en cela la conclusion d'une alliance, la conclusion d'un accord, qui se fait sur le pain et le vin. Mais on ne peut pas partout ni toujours le comprendre ainsi.
וַיֹּאכַל וַיֵּשְׁתְּ וַיָּקָם וַיֵּלַךְ וַיִּבֶז עֵשָׂו אֶת-הַבְּכֹרָה׃
vayokhal vayécht vayákom vayelákh vayívez essáv et-habbekhorá
…et il mangea, et il reprit ses esprits, et il se leva, et il s'en alla, et Essav méprisa son droit d'aînesse.
Ici, c'est décrit en très courts bonds : vayokhal – et il mangea, vayécht – et il reprit ses esprits, vayakom – et il se leva, vayélakh – et il s'en alla, vayivez – et il méprisa. Le mot bouz signifie il considéra comme honteux, il considéra comme insignifiant, il considéra comme une chose qu'on peut jeter aux autres.
Lisons encore une fois : et il mangea, et il se remit, et il se leva, et il s'en alla, et Essav méprisa son droit d'aînesse. Ayant déjà mangé et étant revenu à lui, – et il se leva, et il s'en alla, et, ayant repris des forces, Essav dédaigna quand même son droit d'aînesse. Il n'y a pas chez lui une sorte de cri du genre : « Qu'est-ce que j'ai fait et pourquoi ai-je agi ainsi ? » Non, il n'a pas de regret particulier au sujet de ce qui s'est passé.
L'un des commentateurs, Ibn Ezra, dit qu'Essav méprisa le droit d'aînesse parce qu'au moment où l'affaire eut lieu, la famille de Yits'hak s'était complètement appauvrie, il n'y a pas là d'héritage à partager.
Voici ce que dit Ibn Ezra. Il a dédaigné ce droit d'aînesse parce qu'il a vu que son père n'avait pas de riche héritage. Beaucoup s'étonnent à ce sujet : « Comment cela a-t-il pu être ? Avraham a pourtant laissé à Yits'hak un riche héritage ». Mais ceux qui s'étonnent n'ont-ils donc jamais vu des gens riches dans leur jeunesse et ruinés à leur vieillesse ? En témoigne le fait que Yits'hak aimait Essav parce qu'il avait besoin de sa nourriture. Si dans la maison de son père il y avait eu du pain en abondance, Essav, qui le respectait, n'aurait pas vendu le droit d'aînesse pour un plat. Si son père s'était nourri chaque jour de mets savoureux, quel serait le sens de ce qui est dit : « Chasse-moi du gibier » ? Et pourquoi Yaakov n'avait-il pas de beaux vêtements, et pourquoi sa mère ne lui a-t-elle pas donné d'or et d'argent pour la route, de sorte qu'il a dû dire : « Et Dieu me donnera du pain pour nourriture, et un habit pour me vêtir » ? Pourquoi la mère aimante ne lui a-t-elle pas envoyé de moyens de subsistance, de sorte qu'il a dû garder le troupeau ? Et le verset où il est dit au sujet de Yits'hak – « et cet homme devint grand (26,13) » – se rapporte au temps où il n'avait pas encore vieilli. Les gens au cœur aveugle pensent que la richesse est l'une des qualités du juste. Cependant, l'histoire du prophète Éliyahou prouve le contraire. Ou bien on demande : « Pourquoi le Très-Haut a-t-il privé Yits'hak de biens ? » Peut-être répondront-ils plutôt pourquoi Il l'a privé de la vue ? Et qu'ils ne nous glissent pas des midrachim dans lesquels, en réalité, est caché un mystère, car les desseins du Très-Haut sont insondables et la raison humaine n'est pas capable de les saisir. D'autres disaient : « Mais il avait pourtant du bétail, puisque Rivka a dit : “Va donc au troupeau” ». Peut-être lui restait-il une petite quantité de bétail. Ou peut-être est juste l'interprétation selon laquelle par va au troupeau on entendait aller à l'endroit où il y a un troupeau, c'est-à-dire là où l'on vend du bétail.
Et Ibn Ezra rapporte ici l'opinion courante selon laquelle Essav, vivant d'intérêts matériels, ne voyait pas d'intérêts matériels dans les biens de Yits'hak, parce que Yits'hak, à cette époque, était ruiné. Yits'hak était-il ruiné – c'est une autre histoire. Le sens ici est que pour Essav, le droit d'aînesse est une chose matérielle ; puisqu'il n'y a ici aucun avantage matériel, mieux vaut manger aujourd'hui, mieux vaut un potage de lentilles dans la marmite qu'un héritage douteux dans l'avenir. De cette manière, on fait d'Essav un homme de ce monde seulement, appartenant seulement à ce monde.
Mais il y a ceux qui, naturellement, objectent au sujet de Yits'hak, et c'est une longue discussion. Quand nous analyserons la bénédiction et le chemin de Yaakov vers 'Haran, nous en reparlerons encore. Pour l'instant, laissons ouverte la question de la richesse ou de la pauvreté de Yits'hak. Essav a considéré le droit d'aînesse comme sans valeur, il l'a considéré comme sans valeur du tout, parce que le potage de lentilles, c'est ce qu'il peut y avoir de moins cher. C'est comme vendre par dépit une maison pour une boîte d'allumettes, ce sont des valeurs incomparables. Essav s'est débarrassé du droit d'aînesse, et il ne s'agit pas tant du potage de lentilles.
Voilà, voilà quelle histoire s'est passée. D'elle partent encore d'autres questions, auxquelles la Torah donnera des réponses par la suite. Ce n'est pas toujours qu'à la fin du chapitre tout est clair.
Nous commençons avec vous à lire le chapitre 26 du livre de Béréchit.
וַיְהִי רָעָב בָּאָרֶץ מִלְּבַד הָרָעָב הָרִאשׁוֹן אֲשֶׁר הָיָה בִּימֵי אַבְרָהָם וַיֵּלֶךְ יִצְחָק אֶל-אֲבִימֶּלֶךְ מֶלֶךְ-פְּלִשְׁתִּים גְּרָרָה׃
Vayhí ra'áv ba'árets millevád hara'áv harichón achér hayá bimé avrahám vayélekh yits'hák el-avimmélekh melekh-pelichtím gerára
1 Et il y eut une famine dans le pays, plus forte, outre cette première famine qui avait eu lieu aux jours d'Avraham. Et Yits'hak alla vers Avimélekh, roi des Plichtim, à Guérar.
Le mot millevad – ici, on peut dire une famine encore plus forte qu'aux jours d'Avraham. Nous nous souvenons, nous avons lu qu'au tout début de sa communication avec le Très-Haut, dès qu'Avraham se trouva en Terre sainte, il y eut une famine, et Avraham descendit en Égypte. Dans notre cas, Yits'hak va sur la route de l'Égypte. Il va vers un roi dont le royaume se trouve sur la route de l'Égypte.
Avimélekh – ce n'est très probablement pas un nom propre, mais peut-être le titre du roi philistin. Mon père est roi, c'est-à-dire mon Dieu est roi ou Je suis roi par la puissance de Dieu – c'est ainsi qu'on peut traduire, interpréter dans ce cas ce nom. Donc, il est roi des plichtim. Mais ce ne sont pas ces mêmes plichtim qui viendront plus tard, à l'époque des Juges, ce sont d'autres plichtim. Plichtim – ceux qui font irruption dans le pays, du mot lifloch – attaquer, faire irruption. C'est un certain peuple qui s'associe lui-même à une telle attaque, à la conquête, et il vit dans le pays de Canaan. Et Yits'hak arrive à Guérar chez Avimélekh dans le but, très probablement, de descendre plus loin en Égypte.
וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה וַיֹּאמֶר אַל-תֵּרֵד מִצְרָיְמָה שְׁכֹן בָּאָרֶץ אֲשֶׁר אֹמַר אֵלֶיךָ׃
vayerá eláv adonáy vayomer al-teréd mitsráyma chekhón ba'árets achér omár elékha
2 Et le SEIGNEUR lui apparut, et lui dit : « Ne descends pas en Égypte, mais habite en bon voisin dans le pays que je te dirai.
Il y a beaucoup de mots différents pour désigner le fait d'habiter. Chkhon – c'est sois voisin, vis en bon voisin dans le pays dans lequel Je demeurerai. Du même mot vient le mot chakhen (voisin) ; et de lui aussi le mot chékhina (présence divine, voisinage de Dieu avec nous). C'est-à-dire que le Très-Haut a dit à Yits'hak : « Tu n'as pas besoin de descendre en Égypte ; sois, vis en voisin dans le pays que Je te dirai ». Dans ce cas, il s'agit ici de Guérar. Pourquoi le Très-Haut dit-il à Yits'hak de ne pas descendre en Égypte ? Il se trouve que de tous les Patriarches – Avraham, Yits'hak, Yaakov – seul Yits'hak, il est le seul qui n'a jamais quitté le pays de Canaan. Yits'hak est un habitant permanent de Canaan, un habitant permanent de la Terre Sainte. Comment peut-on interpréter cela ? Ayant été une fois élevé sur l'autel, Yits'hak est consacré pour l'autel. Même s'il a été descendu de l'autel, même si le sacrifice n'a pas été offert – son corps est consacré, il est tout entier consacré et ne peut plus descendre, le statut de son service ne peut pas changer. C'est pourquoi il reste dans le pays d'Israël et a pour cela une bénédiction particulière. Le Très-Haut lui dit :
גּוּר בָּאָרֶץ הַזֹּאת וְאֶהְיֶה עִמְּךָ וַאֲבָרְכֶךָּ כִּי-לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת-כָּל-ָאֲרָצֹת הָאֵל וַהֲקִמֹתִי אֶת-הַשְּׁבֻעָה אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתִּי לְאַבְרָהָם אָבִיךָ׃
gour ba'árets hazzót ve'ehyé immekhá va'avarekhékka ki-lekhá oulzar'akhá ettén et-kolLa translittération de l'original porte ici une autre préposition ; le texte hébreu dit « et-kol » (tous), que nous suivons. ha'aratsót ha'él vahakimotí et-hachevou'á achér nichbá'ti le'avrahám avíkha
3 Vis temporairement en bon voisin, Je serai avec toi, et Je te bénirai. Car à toi et à ta semence je donnerai tous ces pays, Et j'accomplirai le serment que j'ai juré à avraham, ton père.
Si chkhon – c'est vis en bon voisin, nous l'avons lu, ici gour – c'est une demeure temporaire ; séjourne, séjourne dans ce pays. Et tout cela, tous ces États qui sont ici autour, et les rois – tout cela t'appartiendra, à toi et à ta semence.
וְהִרְבֵּיתִי אֶת-זַרְעֲךָ כְּכוֹכְבֵי הַשָּׁמַיִם וְנָתַתִּי לְזַרְעֲךָ אֵת כָּל-הָאֲרָצֹת הָאֵל וְהִתְבָּרֲכוּ בְזַרְעֲךָ כֹּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ׃
vehirbetí et-zar'akhá kekhokhevé hachamáyim venatattí lezar'akhá et kol-ha'aratsót ha'él vehitbarekhoú vezar'akhá kol goyé ha'árets
4 Et je multiplierai ta semence comme les étoiles du ciel, Et je donnerai à ta semence tous ces pays, Et par ta semence seront bénis tous les peuples de la terre.
Le cinquième verset de notre chapitre est très important. Beaucoup le prennent et l'utilisent pour prouver telles ou telles de leurs positions. Pourquoi le Très-Haut dit-il à Yits'hak qu'Il le bénira et que par sa semence seront bénis tous les peuples ? Nous lisons :
עֵקֶב אֲשֶׁר-שָׁמַע אַבְרָהָם בְּקֹלִי וַיִּשְׁמֹר מִשְׁמַרְתִּי מִצְוֹתַי חֻקּוֹתַי וְתוֹרֹתָי׃
Ékev acher-chamá avrahám bekolí vayichmór michmartí mitsvotáy 'houkkotáy vetorotáy
5 Parce qu'avraham a écouté ma voix et a gardé ma garde, mes commandements, mes lois et mes enseignements ».
Et voilà, ces quelques catégories (a gardé la garde, commandements, lois et enseignements), beaucoup essaient de les répartir à leur façon. Dans l'ensemble, la majorité des commentateurs arrive à la conclusion qu'Avraham observait même les moindres décrets des rabbins, et observait aussi dans les moindres détails la Torah orale, et observait tout-tout-tout.
Le plus ancien découpage de cette liste dit que chamar michmarti (montait la garde) – cela signifie qu'il se gardait de l'idolâtrie. Ici, il y a un renvoi à l'épisode où Avraham fendit, brisa, selon la tradition, les idoles dans la maison de son père. Bien que ce soit une tradition, c'est une tradition assez ancienne, elle est mentionnée dans des livres dès avant le Ier siècle de notre ère. Mitsvotaï (cela est dit dans la Torah) – les commandements d'établir des tribunaux et de juger d'un jugement de vérité. 'Houkkotaï – ce sont les lois, liées à la circoncision. Torotaï – c'est l'enseignement qu'Avraham apportait au monde. C'est-à-dire qu'Avraham n'était pas seulement porteur de l'enseignement, il était celui qui le transmettait, qui le répandait. Et c'est pourquoi, par l'ensemble de tout cela, les peuples du monde peuvent être bénis par la semence d'Avraham.
Une approche plus tardive dit qu'Avraham observait la Torah proprement dite. Il l'observait, mais quelle lumière cela apportait-il aux peuples environnants ? Telle est l'objection qui existe contre ce commentaire. Bien que ce commentaire, bien sûr, ait lui aussi le droit d'exister, des gens très autorisés ont exprimé ce point de vue, que les Pères observaient toute la Torah avec les décrets des rabbins. Ce point de vue, le pharisaïsme a commencé à le développer dans la période du IIe au IVe siècle de notre ère, après la destruction du Temple, quand il fallait renforcer les positions de la Torah orale face aux positions d'abord des Samaritains, puis aussi d'autres gens qui ne reconnaissaient pas l'autorité de la Torah Orale et contestaient d'une manière ou d'une autre les pharisiens. Bref, cette interprétation, elle est destinée à défendre et à confirmer l'autorité du judaïsme orthodoxe sous la forme dans laquelle il est parvenu jusqu'à nos jours. Dire que l'interprétation est fausse, on ne peut pas, mais voilà, il y a de telles questions à son sujet.
וַיֵּשֶׁב יִצְחָק בִּגְרָר׃
vayéchev yits'hák bigrár
6 Et Yits'hak s'établit à Guérar.
Et nous lisons ici, ce qui est intéressant, un troisième verbe qui désigne le fait d'habiter : yéchev signifie une demeure sédentaire. Ayant entendu tout cela, Yits'hak décida : bon, d'accord, je vivrai à Guérar, de toute façon toute cette terre me sera donnée.
וַיִּשְׁאֲלוּ אַנְשֵׁי הַמָּקוֹם לְאִשְׁתּוֹ וַיֹּאמֶר אֲחֹתִי הִוא כִּי יָרֵא לֵאמֹר אִשְׁתִּי פֶּן-יַהַרְגֻנִי אַנְשֵׁי הַמָּקוֹם עַל-רִבְקָה כִּי-טוֹבַת מַרְאֶה הִיא׃
vayich'aloú anché hammakóm le'ichtó vayomer a'hóti hi ki yaré lemór ichtí pen-yahargoúni anché hammakóm al-rivká ki-továt mar'é hi
7 Et les gens, les habitants du lieu, se mirent à demander au sujet de sa femme : « Qui est cette beauté avec toi ? » et il dit : « c'est – ma sœur », parce qu'il craignait de dire : « c'est – ma femme », de peur que les habitants de ce lieu ne le tuent à cause de sa femme, à cause de Rivka, parce qu'elle est très belle.
De nouveau, nous voyons le même problème dans la perception, par la famille d'Avraham, de ceux qui n'appartiennent pas à la famille d'Avraham. De nouveau, Yits'hak a un grand degré de méfiance envers son entourage. Il ne croit pas qu'on ne le tuera tout simplement pas à cause de Rivka, il ne croit pas à l'existence d'une quelconque crainte de Dieu chez Avimélekh.
וַיְהִי כִּי אָרְכוּ-לוֹ שָׁם הַיָּמִים וַיַּשְׁקֵף אֲבִימֶלֶךְ מֶלֶךְ פְּלִשְׁתִּים בְּעַד הַחַלּוֹן וַיַּרְא וְהִנֵּה יִצְחָק מְצַחֵק אֵת רִבְקָה אִשְׁתּוֹ׃
vayhí ki-arekhou-ló cham hayamím vayachkéf avimélekh mélekh pelichtím be'ád ha'hallón vayár vehinné yits'hák metsa'hék et rivká ichtó
8 et il arriva, quand il eut vécu là assez longtemps, qu'un jour Avimélekh, roi des plichtim, regardait par la fenêtre et vit : voici que Yits'hak faisait rire (littéralement) Rivka, sa femme.
Yits'hak métsa'hek – on peut dire que Yits'hak « yits'hake » sa femme, Yits'hak joue avec sa femme. Apparemment, le roi de Guérar a vu quelque chose qui ne ressemblait pas à ce qui se passe entre un frère et une sœur. Il a vu des caresses, ou quelques attouchements tendres, il a vu ce qui a fait comprendre : il ne s'agit pas d'un frère et d'une sœur. Et, naturellement, il a eu peur. Remarquez, ici, à la différence des histoires précédentes, personne n'a pris Rivka, personne n'a attenté à elle. Ici, il n'y a pas de Pharaon, et le roi ne manifeste pas non plus son pouvoir.
וַיִּקְרָא אֲבִימֶלֶךְ לְיִצְחָק וַיֹּאמֶר אַךְ הִנֵּה אִשְׁתְּךָ הִוא וְאֵיךְ אָמַרְתָּ אֲחֹתִי הִוא וַיֹּאמֶר אֵלָיו יִצְחָק כִּי אָמַרְתִּי פֶּן-אָמוּת עָלֶיהָ׃
vayikrá avimélekh leyits'hák vayomer akh hinné ichtekhá hi ve'ékh amárta a'hóti hi vayomer eláv yits'hák ki amárti pen-amoút aleha
9 Et Avimélekh appela Yits'hak, et dit : « C'est bien ta femme, comment donc as-tu dit : “elle est pour moi – une sœur ?” ». et Yits'hak dit : « j'ai raisonné ainsi : on va bien encore me tuer ici à cause d'elle ».
וַיֹּאמֶר אֲבִימֶלֶךְ מַה-זֹּאת עָשִׂיתָ לָּנוּ כִּמְעַט שָׁכַב אַחַד הָעָם אֶת-אִשְׁתֶּךָ וְהֵבֵאתָ עָלֵינוּ אָשָׁם׃
vayomer avimélekh ma-zót assíta lánou kim'át chakháv a'hád ha'ám et-ichtékha vehevetá alénou achám
10 et Avimélekh dit : « que nous as-tu donc fait ? il s'en est fallu de peu que l'un du peuple ne couche avec ta femme et tu nous aurais fait entrer dans le péché ».
Avimélekh a-t-il la crainte de Dieu ? Bien sûr qu'il l'a. Avimélekh dit : « Qu'as-tu donc fait ? Par tes soupçons, tu as fait que quelqu'un aurait pu tomber chez nous dans le péché. Tu te souciais de ta vie, mais et nous, et notre état à nous ? ». Et alors, tenant compte de toute la finesse des sentiments de Yits'hak et de toute la complexité de la situation qui s'était créée, Avimélekh fait ainsi :
וַיְצַו אֲבִימֶלֶךְ אֶת-כָּל-הָעָם לֵאמֹר הַנֹּגֵעַ בָּאִישׁ הַזֶּה וּבְאִשְׁתּוֹ מוֹת יוּמָת׃
vaytsáv avimélekh et-kol-ha'ám lemór hannogéya ba'ích hazzé ouv'ichtó mot youmát
11 et Avimélekh ordonna à tout le peuple, en disant : « quiconque touchera cet homme et sa femme mourra de mort ».
C'est-à-dire : puisque vous êtes si craintifs, puisque vous avez si peur, j'établis une loi spéciale : « Et quiconque touchera cet homme et sa femme mourra de mort ». Yits'hak reste vivre dans le pays d'Avimélekh.
וַיִּזְרַע יִצְחָק בָּאָרֶץ הַהִוא וַיִּמְצָא בַּשָּׁנָה הַהִוא מֵאָה שְׁעָרִים וַיְבָרֲכֵהוּ יְהוָה׃
vayizrá yits'hák ba'árets hahí vayimtsá bachaná hahí me'á che'arím vayvarekhehou adonáy
12 et Yits'hak sema dans ce pays, et il trouva cette année-là cent mesures, et le SEIGNEUR le bénit.
C'est-à-dire que tout ce que Yits'hak avait semé, il le reçut cette année-là au centuple, il l'augmenta, pour ainsi dire, cent fois. Et le SEIGNEUR le bénit. Et cela, bien que nous parlions, somme toute, d'années de famine.
וַיִּגְדַּל הָאִישׁ וַיֵּלֶךְ הָלוֹךְ וְגָדֵל עַד כִּי-גָדַל מְאֹד׃
vayigdál ha'ích vayélekh halókh vegadél ad ki-gadál me'ód
13 Et l'homme crût, l'homme s'agrandit, et il allait, et il allait, et il s'agrandissait, jusqu'à ce qu'il se fût agrandi très fortement.
וַיְהִי-לוֹ מִקְנֵה-צֹאן וּמִקְנֵה בָקָר וַעֲבֻדָּה רַבָּה וַיְקַנְאוּ אֹתוֹ פְּלִשְׁתִּים׃
vayhí-ló mikne-tsón oumikné vakár va'avouddá rabbá vaykan'oú otó pelichtím
14 et il eut des biens en petit bétail, des biens en gros bétail et une multitude de serviteurs. Et les plichtim se mirent à l'envier.
Ils se mirent à dire : « Un homme quelconque arrive sur notre terre, dans notre pays. Nous lui avons, semble-t-il, donné asile. Et lui, semble-t-il, sème tout doucement. Peut-être n'a-t-il pas reçu les meilleures terres, mais chez lui tout réussit, il a tout. Et nous alors ? Et chez nous, “le crocodile ne se laisse pas attraper, la noix de coco ne pousse pas”. Nous n'avons pas une bénédiction comme celle de Yits'hak ! » Et cela suscite l'envie, et l'envie est un sentiment terrible qui, comme disent les sages, chasse, expulse l'homme de ce monde.
וְכָל-הַבְּאֵרֹת אֲשֶׁר חָפְרוּ עַבְדֵי אָבִיו בִּימֵי אַבְרָהָם אָבִיו סִתְּמוּם פְּלִשְׁתִּים וַיְמַלְאוּם עָפָר׃
vekhol-habbe'erót achér 'haferoú avdé avív bimé avrahám avív sittemoúm pelichtím vaymal'oúm afár
15 et tous les puits qu'avaient creusés les serviteurs d'Avraham, son père, au temps d'Avraham, son père, tous, les plichtim les comblèrent, les fermèrent et les remplirent de poussière.
Les puits sont des lieux d'usage public. Un puits, c'est bien, c'est un lieu irremplaçable dans le désert. D'un côté, on peut s'en approcher, boire de l'eau. Mais c'est aussi un lieu où les maîtres peuvent organiser des activités publiques : une sorte de puits de bienfaisance, on peut y distribuer des brochures, on peut encore y faire quelque chose de ce genre. Et, naturellement, ces puits, chacun des puits, c'est une victoire de l'homme sur le désert. Si c'est l'action d'Avraham, alors cela garde aussi la mémoire d'Avraham. Il y a des commentateurs qui comprennent et interprètent ce qui se passe au niveau du rémez, à travers l'allusion. Ils disent que les gens qui, en leur temps, passaient chez Avraham dans sa tente, qui étaient des fidèles de la communauté d'Avraham, ont cessé d'y aller quand les puits ont été comblés, quand on les a fermés de poussière.
וַיֹּאמֶר אֲבִימֶלֶךְ אֶל-יִצְחָק לֵךְ מֵעִמָּנוּ כִּי-עָצַמְתָּ-מִמֶּנּוּ מְאֹד׃
vayomer avimélekh el- yits'hák lekh me'immánou ki-atsámta-mimménou me'ód
16 et Avimélekh dit à Yits'hak : « va-t'en de chez nous, car tu es devenu beaucoup plus fort que nous ».
Peut-être Yits'hak représente-t-il un danger économiquement, parce que c'est un projet très réussi, les gens regardent. Et puis, en outre, à la lumière de ce dont nous avons parlé, peut-être idéologiquement aussi. Pourquoi donc chez Yits'hak tout réussit-il, et chez Avimélekh pas autant ?
וַיֵּלֶךְ מִשָּׁם יִצְחָק וַיִּחַן בְּנַחַל-גְּרָר וַיֵּשֶׁב שָׁם׃
vayélekh michám yits'hák vayí'han bena'hal-gerár vayéchev cham
17 et Yits'hak s'en alla de là, et il établit son camp dans la source de Guérar, et il s'établit là.
Vayi'han – encore un mot intéressant pour désigner le lieu de résidence : Yits'hak est allé encore un tout petit peu vers le sud-est et s'est arrêté là.
Nous allons relire le passage qui raconte comment notre Patriarche Yits'hak creusait des puits, et ses voisins, les plichtim (plichtim), l'empêchaient de le faire.
וַיָּשָׁב יִצְחָק
vayáchov yits'hák
18 Et Yits'hak était assis…
Le mot était assis (yéchav) signifie était assis au sens littéral, assis pour étudier quelque chose, c'est-à-dire qu'il s'est installé plus confortablement et a mené une vie sédentaire. Il y a le mot lagour – vivre quelque part temporairement, et il y a le mot lachévet – vivre quelque part pour longtemps. Ainsi donc, Yits'hak s'établit dans une région déterminée.
וַיַּחְפֹּר אֶת-בְּאֵרֹת הַמַּיִם אֲשֶׁר חָפְרוּ בִּימֵי אַבְרָהָם אָבִיו וַיְסַתְּמוּם פְּלִשְׁתִּים אַחֲרֵי מוֹת אַבְרָהָם וַיִּקְרָא לָהֶן שֵׁמוֹת כַּשֵּׁמֹת אֲשֶׁר-קָרָא לָהֶן אָבִיו׃
vaya'hpór et-be'erót hammáyim achér 'haferoú bimé avrahám avív vaysattemoúm pelichtím a'haré mot avrahám vayikrá lahén chemót kachemót acher-kará lahén avív
…et il recreusa les puits d'eau qui avaient été creusés au temps de son père, Avraham, et que les plichtim avaient bouchés, avaient comblés, les plichtim, après la mort d'Avraham ; et il les nomma de noms (les – ce sont les puits) comme les noms dont les avait appelés son père, Avraham.
Beaucoup de choses incompréhensibles d'emblée. Un commentateur de la Torah aussi connu que Nahmanide se pose immédiatement la question : pourquoi la Torah nous raconte-t-elle tout cela ? Creuser des puits, c'est en général un travail de terrassier, un travail pas si digne de gloire que cela. Beaucoup de gens en gagnent leur vie ; un métier dur, digne, respecté. Mais pourquoi en parler comme d'un grand événement ? De tous les événements de centaines d'années, la Torah choisit le plus important, et, naturellement, la question se pose : qu'y a-t-il donc ici d'important ?
Encore une question qui se pose : d'où viennent ici les plichtim ? Les plichtim sont apparus dans le pays d'Israël beaucoup plus tard, à l'époque des Juges, déjà après la captivité d'Égypte, on peut dire plusieurs siècles plus tard. Ces plichtim-là se sont construit des villes au bord de la mer, ils ne parlaient pas une langue sémitique, et ils avaient des séguens (chefs militaires), ils n'avaient pas de système monarchique unique. Ici, nous voyons que les plichtim ont un roi, qu'ils sont bergers, et qu'ils parlent, à en juger par les noms, une langue sémitique.
Et que ne disent pas les commentateurs, les chercheurs ! Il y a des gens qui abordent la Torah de façon critique, et pour eux il est tout de suite clair que les Juifs ont inventé tout cela, et que celui qui a écrit cela ne connaissait pas l'histoire. Mais on peut dire que les plichtim sont en général des étrangers, des envahisseurs, des « infiltrés », si l'on traduit littéralement le mot léflyoch, et qu'il existait beaucoup de peuples qui s'appelaient ainsi. Aussi étrange que cela paraisse, nos voisins d'aujourd'hui, les Palestiniens, se sont eux aussi choisi un tel nom, bien qu'ils n'aient, bien entendu, aucun rapport ni avec les plichtim du temps d'Avraham, ni avec les plichtim du temps de David. C'est tout à fait par hasard que c'est devenu un nom permanent, un drapeau rouge passant de main en main pour les ennemis d'Israël dans le pays d'Israël.
Nous nous souvenons que déjà Avraham avait eu des disputes avec Avimélekh au sujet des puits. Avraham avait alors apporté sept agneaux et avait dit que c'était là le symbole du fait qu'il n'avait pas touché au puits d'Avimélekh, et là-dessus ils s'étaient réconciliés. C'est ainsi qu'est apparue Béer-Chéva. La dispute à propos de l'eau, à propos des puits comme sources de vie, se transmet chez les Juifs et chez les plichtim. Et l'une des propriétés des ivrim dans le pays, c'est d'ouvrir des puits. Yits'hak déterre les puits que son père avait creusés et que les plichtim avaient comblés. Et, comme nous l'avons dit, Nahmanide et beaucoup d'autres commentateurs ne comprennent pas pourquoi faire cela. Et, quand les commentateurs ne comprennent pas quelque chose, ils transposent les événements directs sur un mode allégorique. Nous allons maintenant suivre la pensée de Nahmanide, puis nous essaierons quand même d'éclaircir quel est donc le sens simple de ce qui se passe, pourquoi Yits'hak fait tout cela.
וַיַּחְפְּרוּ עַבְדֵי-יִצְחָק בַּנָּחַל וַיִּמְצְאוּ-שָׁם בְּאֵר מַיִם חַיִּים׃
vaya'hperoú avde-yits'hák banná'hal vayimtseou-chám be'ér máyim 'hayím
19 Et les serviteurs de Yits'hak creusèrent à l'embouchure du ruisseau (bana'hal – l'embouchure de la source), et ils trouvèrent là une source, un puits d'eau vive.
Ce n'est déjà plus la restauration des puits qu'avait faits Avraham, ce sont déjà de nouveaux puits. Yits'hak poursuit l'œuvre d'Avraham, il continue à creuser des puits. Mais ce n'était pas si simple.
וַיָּרִיבוּ רֹעֵי גְרָר עִם-רֹעֵי יִצְחָק לֵאמֹר לָנוּ הַמָּיִם וַיִּקְרָא שֵׁם-הַבְּאֵר עֵשֶׂק כִּי הִתְעַשְּׂקוּ עִמּוֹ׃
vayarívou ro'é gerár im-ro'é yits'hák lemór lánou hammáyim vayikrá chem-habbe'ér éssek ki hit'assekoú immó
20 Et les bergers de Guérar vinrent et se mirent à se disputer avec les bergers de Yits'hak, en disant : « c'est notre eau ! » Et Yits'hak appela ce puits Ochek (ce qui signifie offense ou oppression), parce qu'on l'offensait, parce qu'on avait agi injustement envers lui.
Par exemple, quand une personne, profitant de la situation de détresse d'une autre, l'embauche et lui paie peu d'argent, ne lui verse pas toute la somme ou encore autre chose, cela s'appelle ochek. À en juger par le fait que Yits'hak a donné un nom à ce puits, il a tout de même défendu le puits. Ainsi, le premier puits dont il est question est appelé Ochek.
וַיַּחְפְּרוּ בְּאֵר אַחֶרֶת וַיָּרִיבוּ גַּם-עָלֶיהָ וַיִּקְרָא שְׁמָהּ שִׂטְנָה׃
vaya'hperoú be'ér a'héret vayarívou gam-aléha vayikrá chemá sitná
21 Et ils creusèrent un autre puits, et ils se disputèrent aussi à son sujet, et il appela ce puits du mot Sitna. (Sitna – de la même racine que satan – inimitié).
וַיַּעְתֵּק מִשָּׁם וַיַּחְפֹּר בְּאֵר אַחֶרֶת וְלֹא רָבוּ עָלֶיהָ וַיִּקְרָא שְׁמָהּ רְחֹבוֹת וַיֹּאמֶר כִּי-עַתָּה הִרְחִיב יְהוָה לָנוּ וּפָרִינוּ בָאָרֶץ׃
22 Et il se copia de là, il se déplaça vers un autre endroit, et il creusa un autre puits, et à propos d'elle, à propos de ce puits, on ne se disputa pas (je dis « d'elle », parce que le puits est du genre féminin en hébreu) ; et il appela son nom Ré'hovot – largeur, espace, et dit : « aujourd'hui le SEIGNEUR nous a “mis au large”, et nous nous sommes multipliés sur la terre ».
Et il se copia – du mot déménager, lié à la racine oték (copie », exemplaire).Le nom de la ville de Ré'hovot en Israël existe encore aujourd'hui. Remarquez : ré'hovot – hir'hiv de la même racine.
וַיַּעַל מִשָּׁם בְּאֵר שָׁבַע׃
vayá'al michám be'ér cháva
23 Et il monta de là à Béer-Chava.
Ainsi, revenons à la pensée de Nahmanide (ou Ramban), qui dit : « Apparemment, il n'y a pas de sens simple dans cette affaire ; et, comme ce n'est pas une si grande occupation que de creuser des puits, il y a ici un certain mystère ». Quel mystère y a-t-il ici ? Et Ramban dit : « Puisque l'eau est vive et que le puits en général est lié à la Torah (il n'est pas difficile d'en donner des exemples dans l'Écriture), on peut comparer les trois puits aux trois Temples ».
Le Premier Temple – Ochek (offense) – a été détruit à cause des luttes intestines, quand les gens partageaient la terre, partageaient les biens ; l'injustice dans le partage du pays. La chute du Temple a commencé par le fait qu'Israël s'est divisé, et ce n'est qu'ensuite qu'est apparue l'idolâtrie, et tout le reste, mais tout a commencé par des querelles de biens en Israël.
Le Deuxième Temple s'est effondré à cause de la haine gratuite. Simplement l'offense, simplement la méchanceté à l'état pur, ou Sitna.
Et le Troisième Temple, qui sera, il sera enfin l'espace. Vous vous souvenez de la prière de Zkharya, quand est né Yo'hanan l'Immergeur (le Baptiste) ? Zkharya a dit : « Maintenant on nous donnera de servir le Très-Haut sans crainte, maintenant nous recevrons de l'espace ». L'attente messianique est liée à l'attente de l'espace dans le service, de la liberté dans le service du Très-Haut, de la liberté et vis-à-vis de l'oppression des peuples, et vis-à-vis du péché, et de tout. Et voilà ici le mot Ré'hovot. Ramban cite cela à propos du Troisième Temple. Il dit : « Ces trois puits symbolisent les trois Temples ».
D'autres commentateurs disent que les trois puits sont liés aux trois fêtes du mois de Tichreï. Le premier, le deuxième jour de Roch haChana, quand il y a des accusations, et quand il y a la réprimande, et quand il y a l'examen des actes de l'homme concernant ses biens, et quand en haut un procès s'ouvre contre l'homme – ce sont les deux premiers puits. Le troisième puits (Ré'hovot), c'est Yom Kippour, quand l'homme vient et qu'il n'y a déjà plus d'accusation contre lui, le tribunal n'écoute déjà plus la partie accusatrice. Le suivant sera le puits de Béer-Chéva, le puits d'eau vive (nous en parlerons encore), il symbolise Soukkot, dont il est dit : « Puisez les eaux dans la sainteté ».
Voilà donc de tels commentaires mystiques. Et bien que les commentaires mystiques soient en général une bonne chose, il faut comprendre aussi le sens simple de la Torah, le sens simple de ce qui est écrit, et nous l'analyserons sans faute.
Après une vidéo, je vais d'ailleurs le raconter, est apparu un tel commentaire : « Et comment n'avez-vous pas honte de raconter que tous ces événements ont réellement eu lieu. Nous sommes au XXIe siècle, il serait temps d'étudier la science de la kabbale ». Eh bien, la science de la kabbale, comme nous le savons, a été inventée au XXIe siècle, et la kabbale elle-même, nous l'avons étudiée, mais nous n'allons pas nous en occuper. Et en effet, notre tâche est de parler du fait que la Torah a un sens simple, ordinaire. Ce sens simple, nous essayons de l'analyser, afin d'avancer de là vers de nouvelles profondeurs de compréhension.
Ainsi, de telles interprétations mystiques, surnaturelles, existent bien, mais nous allons continuer un tout petit peu et essayer de parler de la raison pour laquelle Yits'hak fait tout cela.
וַיֵּרָא אֵלָיו יְהוָה בַּלַּיְלָה הַהוּא וַיֹּאמֶר אָנֹכִי אֱלֹהֵי אַבְרָהָם אָבִיךָ אַל-תִּירָא כִּי-אִתְּךָ אָנֹכִי וּבֵרַכְתִּיךָ וְהִרְבֵּיתִי אֶת-זַרְעֲךָ בַּעֲבוּר אַבְרָהָם עַבְדִּי׃
vayerá eláv adonáy balláyla hahoú vayomer anokhí elohé avrahám avíkha al-tirá ki-ittekhá anókhi ouverakhtíkha vehirbetí et-zar'akhá
ba'avoúr avrahám avdí
24 Et le SEIGNEUR se révéla à lui cette nuit-là, et dit : « Je suis le Dieu d'Avraham, ton père ; ne crains pas, car je suis avec toi, et je te bénirai, et je multiplierai ta semence à cause d'Avraham, mon serviteur ».
וַיִּבֶן שָׁם מִזְבֵּחַ וַיִּקְרָא בְּשֵׁם יְהוָה וַיֶּט-שָׁם אָהֳלוֹ וַיִּכְרוּ-שָׁם עַבְדֵי-יִצְחָק בְּאֵר׃
vayíven chám mizbéya'h vayikrá bechém adonáy vayet-chám aholó vayikhrou-chám avde-yits'hák be'ér
25 Et Yits'hak bâtit là un autel, et invoqua le nom du SEIGNEUR, et dressa là sa tente, et là les ouvriers de Yits'hak, les serviteurs de Yits'hak, creusèrent eux aussi un puits.
Après que Yits'hak a creusé trois puits, le SEIGNEUR lui apparaît à Béer-Chava et dit : « Je suis avec toi, je te bénirai à cause d'Avraham ». Yits'hak continue l'œuvre d'Avraham.
On peut comprendre les commentateurs médiévaux, qui écrivaient ce qu'ils écrivaient. Je vis dans la ville de Béer-Chéva, dont il est question ici, qui a cessé d'exister il y a de nombreux siècles. Quand les Juifs sont revenus à l'époque de la domination turque, vers 1917, la ville de Béer-Chéva a été rétablie, reconstruite. Et on lui a donné le nom de Béer-Chéva. Exactement de la même manière ont été rétablies les villes de Tel-Aviv, Bneï-Brak, Ré'havot, la localité d'Ichtamoa, Soussia, Bet-Lé'hem de Galilée et ainsi de suite. Les Juifs revenaient dans le pays, et ils donnaient aux villes qu'ils construisaient à l'emplacement des anciennes villes les noms des anciennes villes. Nous ne sommes pas des gens nouveaux sur cette terre, nous continuons. Il est très difficile d'être un pionnier, mais le pionnier a le feu, l'enthousiasme, il est plein de forces, il brûle. Être un deuxième pionnier est bien plus compliqué. Il est bien plus simple de creuser des puits que de déterrer des puits comblés.
Yits'hak est célèbre pour être le premier continuateur de l'œuvre, il est le premier fils de parents croyants, la deuxième génération de croyants, la deuxième génération de révolutionnaires. Le « Zohar », livre mystique lui aussi, dit qu'à partir du moment où les plichtim ont comblé les puits, à partir de ce moment tous les prosélytes, la plupart des prosélytes qu'Avraham avait convertis, ont cessé de croire. C'est, bien sûr, de la mystique, mais on peut se représenter Avraham comme un homme très actif : il creusait des puits. Et, pour parler en langage moderne, près des puits on distribuait des flyers, des brochures ; le puits, c'est un centre où l'on viendra, tout le monde veut de l'eau, n'est-ce pas ; chacun voulait boire, abreuver son bétail – et là, juste à côté, il y a des cours de Torah, des conférences sur la section hebdomadaire, là on te distribuera des petites brochures, et, s'il le faut, on te fera même la circoncision. Un très bon endroit pour le service – le puits, un point où tout le monde vient. Et l'on peut tout à fait supposer qu'Avraham, en homme d'action, utilisait les puits pour le service, pour le travail social. Nous avons déjà dit dans cette section qu'on sortait vers le puits, le puits était un tel lieu de rencontre de l'homme avec la nature spirituelle. Auprès du puits ont lieu, en général, énormément de rencontres dans la Torah. Le puits est un lieu très significatif et emblématique. En dégageant les puits, Yits'hak le deuxième pionnier reprend le relais d'Avraham même là où ce relais a échoué, et donne les anciens noms à ces mêmes puits, il rétablit, en substance, l'œuvre d'Avraham. Et c'est pourquoi le Très-Haut s'adresse à lui, vient et bénit Yits'hak, renouvelle, proclame encore une fois la bénédiction à Yits'hak à cause du serviteur Avraham ; c'est-à-dire que Yits'hak est béni par le fait qu'il continue l'œuvre d'Avraham. Il est facile de commencer de nouveaux projets, de brûler pour de nouvelles idées. Il est bien plus difficile de vivre et de manifester le service dans une quelconque vie quotidienne. Nous-mêmes sommes souvent obligés de déterrer des puits en nous, en nous levant chaque jour pour la prière, en nous occupant chaque jour des enfants, en faisant un quelconque travail quotidien et routinier, en étant des deuxièmes pionniers, des troisièmes pionniers, des quatrièmes pionniers... C'est parfois plus difficile que d'être des pionniers, c'est vraiment une tâche difficile.
Et à partir du moment où Yits'hak continue avec les puits, il y a un tournant dans la relation avec les Philistins.
וַאֲבִימֶלֶךְ הָלַךְ אֵלָיו מִגְּרָר וַאֲחֻזַּת מֵרֵעֵהוּ וּפִיכֹל שַׂר-צְבָאוֹ׃
va'avimélekh halákh eláv miggerár va'a'houzzát mere'éhou oufikhól sar-tseva'ó
26 De Guérar vint à lui Avimélekh ; Avimélekh, le roi philistin, vint à lui de la capitale ; et A'houzat, son intendant, ministre de l'Agriculture, et un homme du nom de Fikhol, et il est le chef militaire d'Avimélekh.
Le mot fikhol, si on le lit comme une racine sémitique, signifiera pi – au multiple, multiplier par et kol – multiplier par tout. Si l'on dit : pichtayim – deux fois, alors pikhol – toutes les fois ; c'est-à-dire que pikhol peut se traduire par une sorte de plus fort que tous, un tel nom de personne.
Et voilà que ces trois camarades – le roi, le ministre de l'Agriculture et le ministre de la Défense – sont venus en délégation auprès de Yits'hak, qui venait d'être chassé de Guérar. Un changement brusque de statut, qui s'est produit, à proprement parler, à cause de quoi ? À cause d'un travail obstiné et persévérant.
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יִצְחָק מַדּוּעַ בָּאתֶם אֵלָי וְאַתֶּם שְׂנֵאתֶם אֹתִי וַתְּשַׁלְּחוּנִי מֵאִתְּכֶם׃
vayomer aléhem yits'hák maddoúa batém eláy ve'attém senetém otí vattechalle'hoúni me'ittekhém
27 Et Yits'hak leur dit : « pourquoi êtes-vous venus à moi ? Vous me haïssiez pourtant, et c'est vous qui m'avez chassé de chez vous ».
וַיֹּאמְרוּ רָאוֹ רָאִינוּ כִּי-הָיָה יְהוָה עִמָּךְ וַנֹּאמֶר תְּהִי נָא אָלָה בֵּינוֹתֵינוּ בֵּינֵינוּ וּבֵינֶךָ וְנִכְרְתָה בְרִית עִמָּךְ׃
vayomeroú ra'ó ra'ínou ki-hayá adonáy immákh vannómer tehí na alá benoténou benénou ouvenékha venikhretá verít immákh
28 Et ils lui dirent : « voyant, nous avons vu (il existe un tel redoublement – “mout tamout” – de mort tu mourras, “chamo chamati” – d'ouïe j'ai entendu, “ra'o ra'inou” – voyant nous avons vu), c'est-à-dire que nous avons vu avec une pleine certitude que le SEIGNEUR était avec toi ». Et ils lui dirent : « concluons donc une alliance avec toi.
אִם-תַּעֲשֵׂה עִמָּנוּ רָעָה כַּאֲשֶׁר לֹא נְגַעֲנוּךָ וְכַאֲשֶׁר עָשִׂינוּ עִמְּךָ רַק-טוֹב וַנְּשַׁלֵּחֲךָ בְּשָׁלוֹם אַתָּה עַתָּה בְּרוּךְ יְהוָה׃
im-ta'assé immánou ra'á ka'achér lo nega'anoúkha vekha'achér assínou immekhá rak-tóv vannechalle'hakhá bechalóm attá attá beroúkh adonáy
29 Si tu nous fais du mal, alors que nous ne t'avons pas touché et alors que nous n'avons fait avec toi que du bien. et toi, tu es maintenant béni du SEIGNEUR ».
Quand on conclut une alliance, on dit habituellement : il t'arrivera ceci et cela, si tu nous fais quelque chose de mal. Mais parfois cela n'est pas nommé, pour faire comprendre que ce sera vraiment très, très mauvais, nous ne voulons même pas dire quoi : il t'arrivera ainsi et ainsi, si tu nous fais du mal, alors que nous ne t'avons pas touché.
C'est-à-dire qu'arrive une délégation publique, et elle dit à Yits'hak la chose suivante : « Nous nous sommes, disons, emportés en te chassant. Concluons une alliance entre nous : nous te laissons pour ainsi dire partir en paix et nous ne te faisons aucun mal, et toi non plus, tu ne nous touches pas, tu ne nous fais pas la guerre et tu te comportes pacifiquement ». Apparemment, les plichtim craignaient certaines actions de la part de Yits'hak. Mais, très probablement, ce n'est pas une alliance de sécurité. Ils veulent avoir l'amitié, avoir une union avec Yits'hak. Remarquez : dans le mot brit (union), comme dans le mot brakha (bénédiction), les deux premières lettres sont bet-reï. bet-reich – c'est la racine qui signifie la jonction avec quelque chose. Les plichtim disent pour ainsi dire : « Par cette union avec un homme béni de Dieu, nous nous joignons à celui qui est béni de Dieu, en concluant avec lui un traité de paix, et par là même nous aurons une part des bénédictions. Et voici, tu es béni de Dieu ».
וַיַּעַשׂ לָהֶם מִשְׁתֶּה וַיֹּאכְלוּ וַיִּשְׁתּוּ׃
vayá'as lahém michté vayokheloú vayichtoú
30 Et Yits'hak leur fit un festin, et ils mangèrent, et ils burent.
וַיַּשְׁכִּימוּ בַבֹּקֶר וַיִּשָּׁבְעוּ אִישׁ לְאָחִיו וַיְשַׁלְּחֵם יִצְחָק וַיֵּלְכוּ מֵאִתּוֹ בְּשָׁלוֹם׃
vayachkímou vabbóker vayichaveoú ich le'a'hív vaychalle'hém yits'hák vayelekhoú me'ittó bechalóm
31 Et ils se levèrent le matin, et ils se jurèrent frère à frère, et Yits'hak les renvoya et les raccompagna (ce ne sont plus eux qui l'ont chassé. Nous avons dit que le mot lichloa'h signifie à la fois chasser, et renvoyer, et raccompagner. Ici, dans un sens positif, Yits'hak les a raccompagnés), et ils s'en allèrent de chez lui en paix.
La persévérance, la constance de Yits'hak a brisé les plichtim : pas moins de trois personnes sont venues à Yits'hak, une puissante délégation politique, et l'ont persuadé de conclure un traité de paix, la paix en position de force. Comme l'histoire se répète de façon intéressante : aujourd'hui encore nous sommes en guerre avec ceux qui se nomment « Palestiniens », y compris une guerre pour l'eau.
Et après cela, après que Yits'hak a conclu l'alliance avec les plichtim (et c'est encore un aspect), le peuple d'Israël, potentiellement en Yits'hak, a commencé à donner, à ouvrir l'eau vive au monde. Il a conclu une alliance selon laquelle le monde entier aussi a la possibilité, en la personne des Philistins, le premier peuple étranger, de se brancher, de se joindre, de s'abreuver à cette eau. Et c'est le résultat du travail de Yits'hak et de la bénédiction du Très-Haut.
וַיְהִי בַּיּוֹם הַהוּא וַיָּבֹאוּ עַבְדֵי יִצְחָק וַיַּגִּדוּ לוֹ עַל-אֹדוֹת הַבְּאֵר אֲשֶׁר חָפָרוּ וַיֹּאמְרוּ לוֹ מָצָאנוּ מָיִם׃
vayhí bayóm hahoú vayavóou avdé yits'hák vayaggídou lo al-odót habbe'ér achér 'hafárou vayomeroú lo matsánou máyim
32 Et ce même jour vinrent les serviteurs de Yits'hak, et ils lui racontèrent au sujet du puits qu'ils avaient creusé, et ils lui dirent : « nous avons trouvé de l'eau ».
וַיִּקְרָא אֹתָהּ שִׁבְעָה עַל-כֵּן שֵׁם-הָעִיר בְּאֵר שֶׁבַע עַד הַיּוֹם הַזֶּה׃
vayikrá otá chiv'á al-kén chem-ha'ír be'ér chéva ad hayóm hazzé
33 Et il appela ce puits Chéva, c'est pourquoi le nom de cette ville est Béer-Chéva jusqu'à ce jour.
Ici, un lecteur attentif peut demander : « Attendez, attendez, mais déjà auparavant, déjà à l'époque d'Avraham, cette ville s'appelait déjà Béer-Chéva ? » Pas tout à fait exact – elle s'appelait Béer-Chava, du chiffre sept. Bien que sept en hébreu se dise aussi chéva, dans les groupes de mots les vocalisations changent un peu ; et là-bas c'était le Puits des Sept, et ici c'est, au sens plein, le Puits du Serment, bien que là-bas aussi cela ait été lié à un serment. Voilà donc un petit casse-tête linguistique.
De quoi parle cette parabole ? Si l'on n'entre pas dans la mystique – d'un travail constant et obstiné, de la transmission du relais, du fait qu'il ne faut pas seulement être un pionnier, il faut avoir une deuxième, une troisième, une quatrième génération de ceux qui serviront ; de ceux qui sont venus rétablir le pays d'Israël (il est même étonnant de penser quelle génération ils étaient). Dans la Torah, il est raconté que, quand le Très-Haut fit sortir – après que Miryam fut morte – fit sortir le peuple vers le puits, là où Aharon et Moché frappèrent le rocher, il est dit là un mot étonnant : « puits creusé par des princes, les nobles du peuple l'ont creusé avec leurs bâtons ». C'est le texte de la Torah. Le Midrach Rabba pose la question : « Comment donc l'ont-ils creusé avec des bâtons ? » Et le midrach dit : « C'est par le mérite d'Avraham, comme il est écrit dans le psaume : “Il fendit le rocher, et l'eau coula, elle coula comme un fleuve dans le désert, car Il se souvenait de sa sainte alliance avec Avraham, son serviteur” ».
Un des côtés de l'alliance : nous creusons – Dieu donne l'eau. Nous creusons dans le désert, là où, semble-t-il, il n'y a pas d'eau – le Très-Haut donne l'eau. En apparaissant parmi ces peuples, dans ces contrées où il n'y a pas la Torah, où, semble-t-il, on ne connaît pas Dieu, si tu es un disciple d'Avraham, alors creuse, et il y aura de l'eau.
Il y a encore un passage étonnant sur le lien des puits avec la Torah, des puits avec le service. C'est le livre du prophète Yirméyahou (2,13) : « Car ton peuple a commis deux maux. Moi, la Source d'eau vive, ils M'ont abandonné, et ils se sont taillé des citernes fendues, qui ne peuvent pas retenir l'eau ». Outre qu'on peut faire un puits et chercher l'eau sous la terre, l'eau qui monte de sous la terre, on peut faire une fosse et y accumuler l'eau de pluie. Elle, bien sûr, s'en ira à travers la terre, s'infiltrera dans la terre, se dégradera. La fosse est aussi un moyen d'accumuler l'eau, mais un très mauvais moyen. Et le Très-Haut dit : « On M'a oublié, on a cessé d'utiliser les puits d'eau vive ». Ce n'est pas seulement pour les peuples du monde, pas seulement pour les autres qu'il faut constamment creuser, mais en soi-même aussi il faut constamment creuser un puits, pour qu'il y ait de l'eau vive.
Ce qui nous attend, c'est le récit de la façon dont Yits'hak voulait bénir ses fils. Il arrive souvent que l'histoire change de sens selon le verset, l'endroit à partir duquel on commence à la lire. Si nous commençons à lire depuis le tout début du chapitre 27, à partir du fait que Yits'hak a vieilli, notre histoire se transformera en la description de la façon dont la femme et le fils cadet d'un vieil homme l'ont trompé, lui et son fils aîné, et tout cela sera une histoire de tromperie.
Si en revanche nous commençons à lire deux versets plus tôt, avec le récit du mariage d'Essav, nous verrons une histoire qui commence par le mariage d'Essav et se termine par le mariage d'Essav. On obtient une sorte de récit symétrique, dans lequel il y a une bénédiction, il y a une tentative de tromperie, mais il ne s'agit pas du tout de cela.
Différents commentateurs, selon ce qu'ils veulent dire à leurs lecteurs, à leurs disciples, commentent ce passage de différentes manières. Nous commencerons de façon non classique : nous commencerons par la fin du chapitre 26, au verset 34, avec le récit du mariage d'Essav. Pourquoi cela convient-il ? Nous voyons de nouveau le mot vayhi (et il fut) comme début d'une certaine histoire. Par ce mot, comme par les mots il était une fois, une histoire peut tout à fait commencer. Ainsi,
וַיְהִי עֵשָׂו בֶּן-אַרְבָּעִים שָׁנָה וַיִּקַּח אִשָּׁה אֶת-יְהוּדִית בַּת-בְּאֵרִי הַחִתִּי וְאֶת-בָּשְׂמַת בַּת-אֵילֹן הַחִתִּי׃
vayhí essáv ben-arba'ím chaná vayikká'h ichá et-yehoudít
bat-be'erí ha'hittí ve'et-basemát bat-elón ha'hittí
34 Et Essav avait quarante ans (c'est l'âge classique du mariage dans la maison d'Avraham), et il prit pour femme Yéhoudit, fille de Béri le Hittite, et Basmat, fille d'Élon le Hittite.
C'est-à-dire qu'à quarante ans Essav a décidé de se marier selon les traditions de ses ancêtres et a pris deux femmes, toutes deux hittites, toutes deux des femmes du lieu. Ce n'est pas tout à fait selon la tradition, et l'Écriture dit ensuite :
וַתִּהְיֶיןָ מֹרַת רוּחַ לְיִצְחָק וּלְרִבְקָה׃
vattihyéna mórat roúa'h leyits'hak oulrivká
35 Et ce fut amer à l'esprit de Yits'hak et de Rivka à cause de cela.
Ils étaient morat roua'h – amertume d'esprit ou oppression de l'esprit. Le mot morat peut provenir du mot mor – amertume, ou du mot mora – crainte. Ici, il y a unanimité au sens littéral entre Yits'hak et Rivka, les femmes hittites d'Essav leur déplaisent à tous les deux.
וַיְהִי כִּי-זָקֵן יִצְחָק וַתִּכְהֶיןָ עֵינָיו מֵרְאֹת
vayhí ki-zakén yits'hák vattikhhéna enáv mere'ót
1 Et il fut, quand Yits'hak vieillit et que ses yeux s'obscurcirent, pour voir…
Le mot kéhé signifie s'obscurcir ou se ternir. Dans le monde antique, on croyait que les yeux voient grâce au fait qu'ils émettent un rayon en direction de l'objet et attrapent le rayon réfléchi, c'est-à-dire que les yeux voient grâce au fait qu'ils brillent eux-mêmes. L'hébreu s'est formé à partir des représentations du peuple, et c'est pourquoi des yeux sombres, assombris, ce sont des yeux « à demi aveuglés ».
וַיִּקְרָא אֶת-עֵשָׂו בְּנוֹ הַגָּדֹל וַיֹּאמֶר אֵלָיו בְּנִי וַיֹּאמֶר אֵלָיו הִנֵּנִי׃
vayikrá et-essáv benó haggadól vayomer eláv bení vayomer
eláv hinnéni
…et il appela son fils Essav, son fils aîné, et lui dit : « fiston ! » et il lui dit : « me voici ! »
Ici commence un parallèle qui se développera en filigrane, un parallèle de l'histoire avec le sacrifice de Yits'hak. Nous allons le voir maintenant.
וַיֹּאמֶר הִנֵּה-נָא זָקַנְתִּי לֹא יָדַעְתִּי יוֹם מוֹתִי׃
vayomer hinne-ná zakánti lo yadá'ti yom motí
2 Et il dit : « voici que j'ai vieilli, et je ne sais pas quand je mourrai.
וְעַתָּה שָׂא-נָא כֵלֶיךָ תֶּלְיְךָ וְקַשְׁתֶּךָ וְצֵא הַשָּׂדֶה וְצוּדָה לִּי צֵידָה (צָיִד)׃
ve'attá sa-ná khelékha telyekhá vekachtékha vetsé hassadé vetsoúda li tsáyid
3 Et maintenant rassemble tes instruments, ton carquois et tes flèches (ou, on peut dire, tes lances et tes flèches) à toi, et sors dans les champs et chasse-moi du gibier.
Le mot sa signifie apporte, élève ; telyekha – instruments, le mot kli – n'importe quel instrument, pas forcément une arme.
וַעֲשֵׂה-לִי מַטְעַמִּים כַּאֲשֶׁר אָהַבְתִּי וְהָבִיאָה לִּי וְאֹכֵלָה בַּעֲבוּר תְּבָרֶכְךָ נַפְשִׁי בְּטֶרֶם אָמוּת׃
va'asse-lí mat'ammím ka'achér ahávti vehaví'a li ve'okhéla ba'avoúr tevarekhekhá nafchí betérem amoút
4 Et fais-moi des mets délicats, des gourmandises (le mot mat'ammim est de la même racine que le mot ta'am – goût), et fais-moi des gourmandises que j'aime, et apporte-les-moi, et je les mangerai, afin que mon âme te bénisse avant que je meure ».
וְרִבְקָה שֹׁמַעַת בְּדַבֵּר יִצְחָק אֶל-עֵשָׂו בְּנוֹ וַיֵּלֶךְ עֵשָׂו הַשָּׂדֶה לָצוּד צַיִד לְהָבִיא׃
verivká chomá'at bedabbér yits'hák el-essáv benó vayélekh essáv hassadé latsoúd tsáyid lehaví
5 Et Rivka entend ce que dit Yits'hak à Essav, son fils. et Essav alla dans le champ pour rapporter du gibier.
Remarquez, c'est en fait aussi son fils à elle, et on aurait pu dire – bna, à son fils à elle ou bnam, à leur fils ; mais la Torah dit que Yits'hak s'adresse à Essav, son fils à lui, parlant par là des relations proches qui existent entre Essav et Yits'hak. Essav sait quelle petite viande papa aime, quelles épices y mettre, et nous verrons ici encore plusieurs fois combien Essav et Yits'hak sont finement liés.
וְרִבְקָה אָמְרָה אֶל-יַעֲקֹב בְּנָהּ לֵאמֹר הִנֵּה שָׁמַעְתִּי אֶת-אָבִיךָ מְדַבֵּר אֶל-עֵשָׂו אָחִיךָ לֵאמֹר׃
verivká amerá el-yaakóv bená lemór hinné chamá'ti et-avíkha medabbér el-essáv a'híkha lemór
6 Et Rivka dit à son fils, Yaakov, en disant : « voici, j'ai entendu ton père parlant avec Essav, ton frère, en disant :
Et Rivka raconte à Yaakov ce que Yits'hak a dit à Essav. Et, remarquez, elle le raconte de manière pas très exacte.
הָבִיאָה לִּי צַיִד וַעֲשֵׂה-לִי מַטְעַמִּים וְאֹכֵלָה וַאֲבָרֶכְכָה לִפְנֵי יְהוָה לִפְנֵי מוֹתִי׃
havía li tsayíd va'asse-lí mat'ammím ve'okhéla va'avarekhekhá lifné adonáy lifné motí
7 « Apporte-moi du gibier, et fais-moi des gourmandises, et je mangerai, et je te bénirai devant le SEIGNEUR, avant que je meure ».
Si nous regardons ce qu'a dit Yits'hak, nous verrons qu'il a dit : « Procure-moi du gibier » ; ici – « apporte ». Apporte peut signifier – « si tu n'en trouves pas, apporte-le du troupeau ». « Fais-moi des gourmandises » – Rivka n'y ajoute pas « comme j'aime », parce que d'où Yaakov saurait-il comment il aime. Elle veut le convaincre que la tâche est simple. « Et je mangerai » – ici Yits'hak avait dit : « Attrape et apporte, et je mangerai » ; mais Rivka, puisqu'elle a déjà dit apporte, ne peut pas répéter une deuxième fois apporte. Si l'on invente quelque chose, si l'on arrange quelque chose à sa façon, il faut le faire de façon bien ficelée ou, pour parler en langage scientifique, de façon cohérente. Rivka le fait de façon bien ficelée, et c'est pourquoi la deuxième fois elle ne dit pas apporte ; c'est le troisième changement des paroles de Yits'hak. « Et je te bénirai devant le SEIGNEUR » – voilà, Yits'hak n'avait pas mentionné le SEIGNEUR, mais ainsi, premièrement, c'est plus convaincant pour Yaakov, deuxièmement, c'est plus convaincant pour Rivka elle-même, qu'elle agit bien, que cela sera devant le SEIGNEUR.
Quatre changements en quelques mots. Remarquez comme Rivka sait transmettre les paroles de manière à arriver à ses fins. Et ensuite Rivka dit :
וְעַתָּה בְנִי שְׁמַע בְּקֹלִי לַאֲשֶׁר אֲנִי מְצַוָּה אֹתָךְ׃
ve'attá vení chemá bekolí la'achér aní metsavvá otákh
8 « Maintenant donc, fiston, écoute ma voix, par laquelle je te commande.
Les deux derniers mots metsavva otakh (je te commande) placent Yaakov dans la situation où sa mère lui a commandé, et il s'agit déjà du respect des parents, il n'est pas si simple de refuser.
לֶךְ-נָא אֶל-הַצֹּאן וְקַח-לִי מִשָּׁם שְׁנֵי גְּדָיֵי עִזִּים טֹבִים וְאֶעֱשֶׂה אֹתָם מַטְעַמִּים לְאָבִיךָ כַּאֲשֶׁר אָהֵב׃
lekh-ná el-hattsón veka'h-lí michám chené gedayé izzím tovím ve'e'essé
otám mat'ammím le'avíkha ka'achér ahév
9 Va au troupeau (au troupeau, ou au marché où l'on vend le bétail), et prends-moi de là deux petits de chèvres, deux bons chevreaux ; j'en ferai des gourmandises pour ton père, comme il aime.
Prêtons attention à l'expression gédayé izzim, alors que le mot gédayé est employé à propos de faire cuire le chevreau dans le lait de sa mère. D'où vient l'interprétation selon laquelle le chevreau peut être n'importe quel petit ? Du fait qu'ici il est dit « petits de chèvre », on admet que ce peuvent être d'autres petits, sinon elle aurait dit simplement : chteï gdayim (deux chevreaux). Il n'existe pas de chevreaux de chèvre, on ne peut pas dire deux chevreaux de chèvre. C'est ainsi, en tout cas, que le comprennent les commentateurs.
Comme il aime – c'est la partie du travail que Rivka prend sur elle. À Yaakov elle n'a pas dit qu'il devait faire comme il aime, nous nous souvenons qu'elle a changé les paroles.
La question se pose : n'est-ce pas beaucoup, deux chevreaux, pour le vieux grand-père Yits'hak ? Certains commentateurs disent : « C'était Pessa'h, et un chevreau est une préfiguration, une préfiguration du sacrifice pascal ». Il y a différentes opinions à ce sujet, mais on peut dire que les chevreaux étaient, si c'étaient des petits de chèvre, les plus savoureux, ils sont assez petits et, peut-être, étaient préparés pas seulement pour Yits'hak lui-même, c'est pourquoi deux chevreaux apparaissent ici. Et ensuite Rivka continue de dire ce qu'il faut faire :
וְהֵבֵאתָ לְאָבִיךָ וְאָכָל בַּעֲבֻר אֲשֶׁר יְבָרֶכְךָ לִפְנֵי מוֹתוֹ׃
vehevetá le'avíkha ve'akhál ba'avoúr achér yevarekhekhá lifné motó
10 Et tu les apporteras à ton père, et il mangera, afin qu'il te bénisse avant sa mort ».
וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל-רִבְקָה אִמּוֹ
vayomer yaakóv el-rivká immó
11 Et Yaakov dit à Rivka, sa mère…
Que va dire maintenant Yaakov ? « Dieu m'en garde ! Pourquoi tromper papa ? N'agissons pas ainsi ». Non, il ne dit pas cela. Il lui dit ceci :
הֵן עֵשָׂו אָחִי אִישׁ שָׂעִר וְאָנֹכִי אִישׁ חָלָק׃
hen essáv a'hí ich saír ve'anokhí ich 'halák
…voici, mon frère, Essav, est un homme velu, et moi, je suis un homme lisse.
Pourquoi parle-t-il ainsi ? Eh bien, on ne peut tout de même pas accuser maman et dire : « Maman, tu es une trompeuse ». Il y a encore le respect envers la mère, et ici, on peut dire, Yaakov essaie de courir entre les gouttes de pluie. Il ne veut pas offenser maman, toute cette entreprise, apparemment, ne lui plaît pas beaucoup. Rivka, nous le voyons, lui commande, et il essaie d'objecter.
אוּלַי יְמֻשֵּׁנִי אָבִי וְהָיִיתִי בְעֵינָיו כִּמְתַעְתֵּעַ וְהֵבֵאתִי עָלַי קְלָלָה וְלֹא בְרָכָה׃
ouláy yemouchéni aví vehayíti ve'enáv kimta'téya vehevetí aláy kelalá veló verakhá
12 Peut-être que mon père me palpera, et je serai à ses yeux un trompeur, et j'attirerai sur moi une malédiction, et non une bénédiction ».
Le mot lita'atéa signifie berner, ensorceler, peut-être créer un mirage ; ta'atoua – c'est mirage en hébreu moderne.
C'est-à-dire, si mon père découvre que je suis un trompeur, il me maudira, et ne me bénira pas.
וַתֹּאמֶר לוֹ אִמּוֹ עָלַי קִלְלָתְךָ בְּנִי אַךְ שְׁמַע בְּקֹלִי וְלֵךְ קַח-לִי׃
vattómer lo immó aláy kilelatekhá bení akh chemá bekolí velékh
ka'h-lí
13. Et sa mère lui dit : « que ta malédiction soit sur moi ; mais toi, écoute, et va, et prends-moi, va et prends-moi des chèvres ».
Que ta malédiction soit sur moi peut signifier deux choses. La première – si tu es maudit, alors c'est moi qui porterai cette malédiction. La seconde – je réglerai la question de la malédiction. La première – on peut dire : « Je ne faisais qu'exécuter l'ordre de maman, et c'est pourquoi, en quelque sorte, la mère que tu m'as donnée, elle m'a dit, et j'ai fait » (le cas d'Adam). Eh bien, et la seconde variante – Rivka dira : « C'est moi qui suis coupable de tout, je prends sur moi les malédictions, je porterai la malédiction de mon fils ». Nous verrons qu'il y a encore d'autres variantes.
וַיֵּלֶךְ וַיִּקַּח וַיָּבֵא לְאִמּוֹ
vayélekh vayikká'h vayavé le'immó
14 Et il alla, et il prit, et il apporta à sa mère…
Souvent de telles expressions successives sont employées quand une personne fait quelque chose résolument, sans trop le vouloir, et le fait sans réfléchir. Très souvent on rencontre cela dans les souvenirs de soldats qui se retrouvent dans une situation difficile. Il n'y a pas chez lui j'ai pensé, mais – je me suis levé, j'ai couru, je me suis accroupi, je suis tombé, je me suis caché… Il n'y a pas ici de réflexion, il y a une sorte d'automatisme du corps qui agit. Cela, aussi bien dans le bon sens que dans un sens pas très bon. Ici Yaakov est allé, a pris, a apporté, c'est-à-dire qu'il a fait sans grande envie ce qu'il fallait, et l'a apporté à sa mère.
וַתַּעַשׂ אִמּוֹ מַטְעַמִּים כַּאֲשֶׁר אָהֵב אָבִיו׃
vattá'as immó mat'ammím ka'achér ahév avív
…et sa mère fit des gourmandises, comme les aime son père.
וַתִּקַּח רִבְקָה אֶת-בִּגְדֵי עֵשָׂו בְּנָהּ הַגָּדֹל הַחֲמֻדֹת אֲשֶׁר אִתָּהּ בַּבָּיִת וַתַּלְבֵּשׁ אֶת-יַעֲקֹב בְּנָהּ הַקָּטָן׃
vattikká'h rivká et-bigdé essáv bená haggadól ha'hamoudót achér ittá babbáyit vattalbéch et-yaakóv bená hakkatán
15 Et Rivka prit les vêtements d'Essav, son fils aîné, les vêtements d'apparat, qu'il portait à la maison, et en habilla Yaakov, son fils cadet.
Relisons : « Et Rivka prit les vêtements, les vêtements d'apparat de son fils aîné, qu'il portait à la maison, et les mit au fils cadet ». De cela nous concluons, et les sages concluent, qu'Essav avait un vêtement particulier, d'apparat, qu'il portait à la maison. Beaucoup de gens ont une petite veste, un frac pour sortir ; Essav avait un frac pour entrer. C'est pourquoi on dit qu'Essav, soi-disant, aimait et honorait beaucoup ses parents. Beaucoup de commentateurs disent qu'on peut apprendre d'Essav le respect envers les parents ; d'autres disent qu'Essav est un hypocrite. Nous n'allons pas entrer là-dedans, mais nous allons entrer dans ceci : Rivka habille Yaakov comme un petit.
וְאֵת עֹרֹת גְּדָיֵי הָעִזִּים הִלְבִּישָׁה עַל-יָדָיו וְעַל חֶלְקַת צַוָּארָיו׃
ve'ét orót gedáye ha'izzím hilbícha al-yadáv ve'ál 'helkát tsavvaráv
16 Et les petites peaux des chevrettes, elle les mit sur ses mains et sur les parties de son cou.
Et c'est elle aussi qui lui colla des petits morceaux de peau de chèvre avec le poil.
וַתִּתֵּן אֶת-הַמַּטְעַמִּים וְאֶת-הַלֶּחֶם אֲשֶׁר עָשָׂתָה בְּיַד יַעֲקֹב בְּנָהּ׃
vattíten et-hammat'ammím ve'et-hallé'hem achér assáta beyád yaakóv bená
17 Et elle lui donna les gourmandises et le pain qu'elle avait cuit, et les remit dans les mains de Yaakov, son fils.
Elle l'a habillé, l'a recouvert de poils et lui a remis, lui a refilé un plateau, et sur le plateau – les gourmandises qu'elle avait faites pour Yits'hak, et du pain. D'où vient ici le pain ? Il est clair que Yits'hak, qui avait vécu longtemps avec Rivka, reconnaissait à coup sûr le pain de Rivka. La signification du pain, c'est qu'en voyant le pain, si toute l'affaire s'éclaircit, Yits'hak comprendra que Rivka est mêlée à cela, et, peut-être, la malédiction épargnera Yaakov et tombera sur Rivka, parce qu'on verra que voilà, elle est impliquée dans cette affaire. Ou peut-être Yits'hak se retiendra et ne maudira personne.
Il y a encore un parallèle avec le fait qu'en son temps Essav avait demandé à Yaakov, quand il était arrivé affamé (c'était dans cette même section), un potage de lentilles et Yaakov lui avait donné du pain en bonus. Dans la famille il y a une telle tradition – ajouter du pain à ce qui est servi. Ainsi, il peut y avoir plusieurs explications à la raison pour laquelle le pain apparaît ici.
וַיָּבֹא אֶל-אָבִיו וַיֹּאמֶר אָבִי וַיֹּאמֶר הִנֶּנִּי מִי אַתָּה בְּנִי׃
vayavó el-avív vayomer aví vayomer hinnénni mi attá bení
18 Et il vint vers son père et dit : « mon père ! » Et il dit : « me voici ; et toi, qui es-tu, fiston ? »
C'est d'ailleurs la seule fois de toute la conversation où Yaakov appelle Yits'hak avi (mon père), à la différence d'Essav, qui ensuite dira de nombreuses fois justement avi. Soit parce que Yaakov n'a pas de si bonnes relations avec Yits'hak, soit parce que, s'étant déguisé, il est gêné et a honte, étant sous l'apparence d'un autre, d'appeler Yits'hak père.
Ainsi se termine l'histoire de la préparation de Yaakov et de son introduction dans la maison, dans la tente de Yits'hak, sous l'apparence d'Essav, toute l'histoire des déguisements. Ensuite viendra l'histoire des bénédictions et de leur absence, elle n'est pas moins intéressante.
Nous allons lire l'histoire de la façon dont Yaakov et Essav sont entrés chez leur père Yits'hak pour recevoir la bénédiction. Ainsi, Rivka a équipé Yaakov, l'a habillé des vêtements de fête d'Essav, lui a collé des peaux de chevreau, pour qu'au toucher il soit velu, et lui a donné un plateau avec toutes sortes de bonnes choses et avec du pain pour Yits'hak. Et c'est dans cet état que le verset 18 du chapitre 27 trouve Yaakov.
וַיָּבֹא אֶל-אָבִיו וַיֹּאמֶר אָבִי וַיֹּאמֶר הִנֶּנִּי מִי אַתָּה בְּנִי׃
vayavó el-avív vayomer aví vayomer hinnénni mi attá bení
18 Et il vint vers son père, et dit : « papa ! » Et Yits'hak lui répondit : « me voici ; toi, qui es-tu, fiston ? »
Pourquoi demande-t-il ? Qui attendait-il ? Ou plutôt, qui n'attendait-il pas ? Essav était parti chercher du gibier et, apparemment, d'après les calculs de Yits'hak, il ne devait pas encore être revenu. C'est pourquoi la question est telle – qui es-tu, fiston ?
Il y a beaucoup d'interprétations en réalité, mais nous lisons le pchat et essayons de comprendre précisément le sens simple ; et les interprétations mystiques, elles existent, et je ne veux nullement discuter avec elles, simplement notre tâche est l'analyse du sens simple.
וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל-אָבִיו אָנֹכִי עֵשָׂו בְּכֹרֶךָ עָשִׂיתִי כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ אֵלָי קוּם-נָא שְׁבָה וְאָכְלָה מִצֵּידִי בַּעֲבוּר תְּבָרֲכַנִּי נַפְשֶׁךָ׃
vayomer yaakóv el-avív anokhí essáv bekhorékha assíti ka'achér dibbárta eláy koum-ná chevá ve'okhlá mittsedí ba'avoúr tevarekhánni nafchékha
19 Et Yaakov dit à son père : « je suis ton fils, le premier-né, Essav ; j'ai fait comme tu me l'as dit ; lève-toi donc (ou prends donc), assieds-toi et mange de ma chasse, de mon gibier, afin que ton âme me bénisse ».
Beaucoup de commentateurs, naturellement, n'aiment pas cela. Il existe des midrachim qu'on appelle archétypiques. Yaakov, d'un côté, selon le pchat (selon le sens simple), c'est simplement Yaakov, fils de Yits'hak, simplement un homme. Dans le monde archétypique, dans le monde où tout a une signification symbolique, Yaakov, c'est Israël ; et c'est tout le peuple juif qui a volé la bénédiction. C'est pourquoi, dans les disputes avec les opposants, il faut citer des midrachim et des interprétations qui justifient Yaakov. Ainsi, dans le monde chrétien sont nés des midrachim qui disent que Yaakov n'a pas menti ici. À la question qui es-tu ? il a répondu : « Moi. Essav, ton premier-né ». C'est-à-dire qu'il a dit deux phrases séparées. Eh bien, bien entendu, c'est du drach, et selon le sens simple Yaakov trompe banalement et grossièrement son père et dit – anokhí essáv bekhorékha (je suis Essav, ton premier-né).
J'ai fait comme tu me l'as dit. Si vous vous souvenez, Yits'hak ne sait pas que quelqu'un d'autre a entendu sa conversation avec Essav, et c'est pourquoi le fait même que le garçon qui est devant lui sache, c'est déjà comme une bonne preuve qu'il est Essav ; en plus, il a fait ce qu'on lui avait dit.
וַיֹּאמֶר יִצְחָק אֶל-בְּנוֹ מַה-זֶּה מִהַרְתָּ לִמְצֹא בְּנִי וַיֹּאמֶר כִּי הִקְרָה יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לְפָנָי׃
vayomer yits'hák el-benó ma-zé mihárta limtsó bení vayomer ki hikrá adonáy elohékha lefanáy
20 Et Yits'hak demande à son fils : « comment donc toi, quelle est cette rapidité avec laquelle tu as trouvé, mon fils, comment as-tu pu trouver si vite le gibier » ? Et il lui répondit : « car le SEIGNEUR, ton Dieu, me l'a permis, l'a “occasionné” pour moi, m'a ménagé une occasion ».
Et nous pouvons voir ici quel parallèle il y a entre cela et l'histoire du sacrifice de Yits'hak. Le Très-Haut s'adresse à Avraham et dit : « Lève-toi, prends ton fils, va et offre-le-moi en sacrifice ». Un ordre semblable par la structure du discours, Yits'hak le donne à Essav : « Lève-toi, prends ton arc, prends ton carquois et apporte-moi du gibier ». Et il y a une question – quel est ce gibier, d'où est venu le gibier, d'où viendra le gibier ? Et la réponse : le SEIGNEUR a pourvu au gibier. Pour le lecteur de la Torah, c'est un bon parallèle, clair : Yits'hak se trouve dans la même situation, on le met de nouveau dans l'ignorance, en utilisant l'omniscience du Très-Haut. C'est symbolique.
וַיֹּאמֶר יִצְחָק אֶל-יַעֲקֹב גְּשָׁה-נָּא וַאֲמֻשְׁךָ בְּנִי הַאַתָּה זֶה בְּנִי עֵשָׂו אִם-לֹא׃
vayomer yits'hák el-yaakóv gecha-ná va'amouchekhá bení ha'attá ze bení essáv im-ló
21 Et Yits'hak dit à Yaakov : « approche donc, et je te palperai, fiston, est-ce bien toi, mon fils Essav, ou non ».
Toute une série de commentateurs disent : « Puisque Yaakov a dit Adonáy Elohékha, Yits'hak a soupçonné quelque chose de mauvais ». Essav, aux yeux de ces commentateurs, est un homme incroyant, et il ne mentionne pas si facilement le nom de Dieu. Yaakov, en disant Adonáy Elohékha, en disant le SEIGNEUR ton Dieu, s'est trahi. Mais nous savons par ces mêmes commentateurs qu'Essav allait poser des questions sages à Yits'hak, et comment peut-il se faire que, quel que soit le fils qui grandit dans la maison de Yits'hak, il ne mentionne pas le nom de Dieu ?
Pourquoi donc Yits'hak a-t-il douté ? Si, encore une fois, on regarde précisément le sens simple, nous verrons plus loin : Essav, chaque fois qu'il s'adresse à son père, ajoute aví. Il termine chaque phrase par le mot papa, père, chez lui le père est mentionné un mot sur deux. Yaakov parle de manière moins courtoise, et, peut-être, c'est justement cela qui suscite le doute chez Yits'hak.
וַיִּגַּשׁ יַעֲקֹב אֶל-יִצְחָק אָבִיו וַיְמֻשֵּׁהוּ וַיֹּאמֶר הַקֹּל קוֹל יַעֲקֹב וְהַיָּדַיִם יְדֵי עֵשָׂו׃
vayiggách yaakóv el-yits'hák avív vaymouchéhou vayomer hakkól kol yaakóv vehayadáyim yedé essáv
22 Et Yaakov s'approcha de Yits'hak, son père, et il le palpa, et dit : « la voix – voix de Yaakov, et les mains – mains d'Essav ».
Ce dicton, d'ailleurs, est utilisé aujourd'hui en hébreu. Quand quelqu'un fait une affaire par les mains d'autrui, nous pouvons dire : « Les mains de Lévan, la voix d'Éran » ou quelque chose d'encore plus particulier.
Yits'hak entend une chose, au toucher il en perçoit une autre. Que décide-t-il ? Il suit ce qu'il a perçu au toucher.
וְלֹא הִכִּירוֹ כִּי-הָיוּ יָדָיו כִּידֵי עֵשָׂו אָחִיו שְׂעִרֹת וַיְבָרְכֵהוּ׃
veló hikkiró ki-hayoú yadáv kidé essáv a'hív se'irót vayvarekhéhou
23 Et il ne le reconnut pas, il ne reconnut pas Yaakov, car ses mains étaient comme les mains d'Essav, son frère, velues – et il le bénit.
Il ne l'a pas encore béni, mais il a déjà décidé de le bénir, c'est-à-dire qu'il a compris qu'il allait maintenant le bénir. Et il a encore redemandé :
וַיֹּאמֶר אַתָּה זֶה בְּנִי עֵשָׂו וַיֹּאמֶר אָנִי׃
vayomer attá ze bení essáv vayomer áni
24 Et il dit : « es-tu vraiment mon fils Essav ? » Et il dit, confirma : « oui, moi ».
Ici, Yits'hak cherche déjà une confirmation de ce dont il s'est lui-même convaincu.
וַיֹּאמֶר הַגִּשָׁה לִּי וְאֹכְלָה מִצֵּיד בְּנִי לְמַעַן תְּבָרֶכְךָ נַפְשִׁי וַיַּגֶּשׁ-לוֹ וַיֹּאכַל וַיָּבֵא לוֹ יַיִן וַיֵּשְׁתְּ׃
vayomer haggícha li ve'okhelá mittséd bení lemá'an tevarekhekhá nafchí vayaggech-ló vayokhál vayáve lo yáyin vayécht
25 Et il dit : « apporte-moi, et je mangerai de la chasse, fiston, afin que mon âme te bénisse ». et il lui donna, et il mangea, et il lui donna du vin, et il but.
Remarquez, comme nous le disions dans le cas précédent, avec la vente du droit d'aînesse, il y avait peut-être du vin. Ici nous voyons avec certitude qu'il y a du pain et du vin lors de la bénédiction de Yaakov, bien que Yits'hak pense qu'il bénit Essav.
וַיֹּאמֶר אֵלָיו יִצְחָק אָבִיו גְּשָׁה-נָּא וּשְׁקָה-לִּי בְּנִי׃
vayomer eláv yits'hák avív gecha-ná ouchka-liLa translittération de l'original ajoute ici une voyelle ; nous suivons l'hébreu : ouchka. bení
26 Et Yits'hak, son père, lui dit : « approche-toi de moi et embrasse-moi, fiston ».
וַיִּגַּשׁ וַיִּשַּׁק-לוֹ וַיָּרַח אֶת-רֵיחַ בְּגָדָיו וַיְבָרֲכֵהוּ וַיֹּאמֶר רְאֵה רֵיחַ בְּנִי כְּרֵיחַ שָׂדֶה אֲשֶׁר בֵּרֲכוֹ יְהוָה׃
vayiggách vayichak-ló vayára'h et-réya'h begadáv vayvarekhéhou vayomer re'e réya'h bení keréya'h sadé achér berekhó adonáy
27 Et il s'approcha, et l'embrassa, et Yits'hak sentit, renifla l'odeur de ses vêtements, et le bénit. Et il dit : « regardez donc, regarde-moi ça, l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ que le SEIGNEUR a béni (ou parce que le SEIGNEUR l'a béni).
Le champ… Nous nous souvenons que Yits'hak, quand il rencontre Rivka, sort dans le champ. Le champ est le lieu de la prière de Yits'hak, le lieu de sa méditation, le lieu de ses réflexions, de la rencontre avec le Très-Haut. L'odeur d'Essav est comme l'odeur du champ, l'odeur de la jeunesse de Yits'hak, son adolescence, sa communion avec le Très-Haut, la rencontre avec Rivka… Du romantisme, et pas seulement. Et Yits'hak le bénit et dit :
וְיִתֶּן-לְךָ הָאֱלֹהִים מִטַּל הַשָּׁמַיִם וּמִשְׁמַנֵּי הָאָרֶץ וְרֹב דָּגָן וְתִירֹשׁ׃
veyitten-lékha ha'elohím mittál hachamáyim oumichmanné ha'árets veróv dagán vetiróch
28 Et Dieu te donnera de la rosée du ciel, et des graisses de la terre, des sols les plus fertiles, beaucoup de céréales et de raisin ;
C'est une bénédiction pour que la terre, la terre d'Israël porte du fruit (ha'árets – c'est la terre d'Israël), porte du fruit pour Essav, mais, en substance, c'est Yaakov qui reçoit cette bénédiction.
יַעַבְדוּךָ עַמִּים וְיִשְׁתַּחֲוֻ (וְיִשְׁתַּחֲווּ) לְךָ לְאֻמִּים הֱוֵה גְבִיר לְאַחֶיךָ וְיִשְׁתַּחֲוּוּ לְךָ בְּנֵי אִמֶּךָ אֹרְרֶיךָ אָרוּר וּמְבָרֲכֶיךָ בָּרוּךְ׃
ya'avdoukhá ammím veyichta'havoú lékha le'oummím hevé gevír le'a'hékha veyichta'havoú lekhá bené immékha orerékha aroúr oumvarekhékha baroúkh
29 Des peuples te serviront, et des nations se prosterneront devant toi (on entend le pouvoir de gouvernement dans le pays), et tu seras le maître de ton frère, et les fils de ta mère se prosterneront devant toi ; celui qui te maudit – maudit, et celui qui te bénit – béni ».
Les tribus voisines seront au service d'Essav, c'est ce qu'entend Yits'hak, mais il s'avère – de Yaakov. Il est intéressant que l'expression ya'avdoukhá ammím soit utilisée comme forme plaisante de merci, quand on remercie quelqu'un, on lui dit (pour un verre de thé servi on peut dire) : ya'avdoukhá ammím. Nous rappelons simplement la bénédiction qui a été reçue.
Voilà une telle bénédiction, une telle brakha qu'a donnée Yits'hak. Il pensait la donner à Essav, mais il l'a donnée à Yaakov.
Et ce n'est pas la bénédiction d'Avraham, comme l'attendait peut-être Rivka quand elle disait : « Il bénira devant le SEIGNEUR ». L'essence de la bénédiction – Yits'hak voulait bénir la famille, le premier-né pour la direction de la famille. Exactement de la même manière, Yaakov avant sa mort bénira Yéhouda et dira lui aussi : « Tes frères se prosterneront devant toi ». Les frères se prosterneront signifie tu dirigeras tes frères, mais cela ne le place pas au-dessus de tous les frères.
C'est-à-dire que Yits'hak donne à Yaakov, premièrement, la bénédiction de la terre, deuxièmement, la direction politique, la politique extérieure – ce sont les ammím (peuples) et les le'oummím (nations), et la direction de la 'hamoula (famille) – c'est la prééminence dans la famille, la politique intérieure. Voilà une telle bénédiction. Et la bénédiction selon laquelle orerékha aroúr – celui qui fait la guerre contre toi sera maudit et oumvarekhékha baroúkh – celui qui bénit, qui se joint à toi, sera béni. Ceux qui seront en alliance, en paix avec toi, seront bénis ; ceux qui feront la guerre contre toi seront maudits. Voilà une telle bénédiction.
Il y a beaucoup de commentaires mystiques et profonds à ce sujet. Encore une fois, je ne discute pas avec eux et je ne les sous-estime en aucune mesure. Simplement, nous analysons ici le pchat (ou le sens simple de ce qui est écrit).
וַיְהִי כַּאֲשֶׁר כִּלָּה יִצְחָק לְבָרֵךְ אֶת-יַעֲקֹב וַיְהִי אַךְ יָצֹא יָצָא יַעֲקֹב מֵאֵת פְּנֵי יִצְחָק אָבִיו וְעֵשָׂו אָחִיו בָּא מִצֵּידוֹ׃
vayhí ka'achér killá yits'hák levarékh et-yaakóv vayhí akh yatsó yatsá yaakóv me'ét pené yits'hák avív ve'essáv a'hív ba mittsedó
30 Et il arriva, quand Yits'hak eut fini de bénir Yaakov ; et il arriva, à peine Yaakov était-il sorti, c'est-à-dire que Yaakov avait à peine eu le temps de sortir de chez Yits'hak, son père, et voilà qu'arrive Essav.
Eh bien, à quoi cela ressemble-t-il ? Cela ressemble à la naissance, quand Essav est sorti le premier. Maintenant la situation change, et c'est Yaakov qui est sorti le premier. Yaakov a devancé Essav. Il y a encore un parallèle, plus ancien : deux frères, Kayin et Hevel. Kayin est chasseur, Hevel est cultivateur ; Hevel reçoit la bénédiction, en substance, son sacrifice est accepté, Kayin ne la reçoit pas. Cela a conduit alors au fratricide, et ici, eh bien, que dire, ici la situation est très semblable.
יַּעַשׂ גַּם-הוּא מַטְעַמִּים וַיָּבֵא לְאָבִיו וַיֹּאמֶר לְאָבִיו יָקֻם אָבִי וְיֹאכַל מִצֵּיד בְּנוֹ בַּעֲבוּר תְּבָרֲכַנִּי נַפְשֶׁךָ׃
vayá'as gam-hoú mat'ammím vayavé le'avív vayomer le'avív yakoúm aví veyokhál mittséd benó ba'avoúr tevarekhánni nafchékha
31 Et lui aussi prépara des mets savoureux, et les apporta à son père, et dit à son père : « mon père se lèvera (vous voyez, il utilise souvent le mot père), et mangera du gibier de son fils, afin que ton âme me bénisse ».
וַיֹּאמֶר לוֹ יִצְחָק אָבִיו מִי-אָתָּה וַיֹּאמֶר אֲנִי בִּנְךָ בְכֹרְךָ עֵשָׂו׃
vayomer lo yits'hák avív mi-átta vayomer aní binkhá vekhorekhá essáv
32 Et Yits'hak, son père, lui dit : « toi, qui es-tu » ? Et il dit : « je suis ton fils, ton premier-né, Essav ».
Remarquez : ton fils, ton premier-né, deux fois il s'adresse à son père. Essav rappelle constamment que Yits'hak est son papa, il parle tout autrement avec son père.
וַיֶּחֱרַד יִצְחָק חֲרָדָה גְּדֹלָה עַד-מְאֹד וַיֹּאמֶר מִי-אֵפוֹא הוּא הַצָּד-צַיִד וַיָּבֵא לִי וָאֹכַל מִכֹּל בְּטֶרֶם תָּבוֹא וָאֲבָרֲכֵהוּ גַּם-בָּרוּךְ יִהְיֶה׃
vaye'herád yits'hák 'haradá gedolá ad-me'ód vayomer mi-efó hou hattsad-tsáyid vayáve li va'okhál mikkól betérem tavó va'avarekhéhou gam-baroúkh yihyé
33 Et Yits'hak s'effraya d'une grande frayeur (que se passe-t-il donc dans sa famille ?!), et dit : « mais qui est donc alors ce petit chasseur ? et il m'a apporté, et j'ai déjà tout mangé avant que je le bénisse ; lui aussi sera béni ».
Peu à peu Yits'hak comprend qu'il lui est arrivé ici un grand malheur, que quelqu'un est venu. Bon, qui est venu ? Yaakov est venu, c'est déjà clair. Mais il a pourtant dit : « Celui qui te bénit – est béni, et celui qui te maudit sera maudit ». Et il ne peut déjà plus changer cela. On ne peut pas reprendre, rembobiner la brakha en arrière, et c'est pourquoi il dit : « Et lui aussi sera béni ». Déjà quand il a appris que c'était Yaakov, Yits'hak dit quand même : « Et lui aussi sera béni ».
כִּשְׁמֹעַ עֵשָׂו אֶת-דִּבְרֵי אָבִיו וַיִּצְעַק צְעָקָה גְּדֹלָה וּמָרָה עַד-מְאֹד וַיֹּאמֶר לְאָבִיו בָּרֲכֵנִי גַם-אָנִי אָבִי׃
kichmó'a essáv et-divré avív vayits'ák tse'aká gedolá oumará ad-me'ód vayomer le'avív barekhéni gam-áni aví
34 Et, quand Essav entendit les paroles de son père, il s'écria d'un cri grand et amer, extrêmement fort ; et il dit à son père : « et moi aussi, bénis-moi, papa ! »
וַיֹּאמֶר בָּא אָחִיךָ בְּמִרְמָה וַיִּקַּח בִּרְכָתֶךָ׃
vayomer ba a'híkha bemirmá vayikká'h birkhatékha
35 Et Yits'hak lui répondit : « ton frère est venu par tromperie et a pris ta bénédiction ».
C'est très étrange. Et nous devons essayer de comprendre pourquoi Yits'hak ne peut pas bénir Essav aussi, pourquoi il ne lui est pas resté de bénédiction ?
וַיֹּאמֶר הֲכִי קָרָא שְׁמוֹ יַעֲקֹב וַיַּעְקְבֵנִי זֶה פַעֲמַיִם אֶת-בְּכֹרָתִי לָקָח וְהִנֵּה עַתָּה לָקַח בִּרְכָתִי וַיֹּאמַר הֲלֹא-אָצַלְתָּ לִּי בְּרָכָה׃
vayomer hakhí kará chemó yaakóv vaya'kevéni ze fa'amáyim et-
bekhoratí laká'h vehinné attá laká'h birkhatí vayomár halo-
atsálta li berakhá
36 Et il dit (c'est Essav qui parle) : « c'est bien pour cela qu'il a été nommé Yaakov, il m'a surpassé en ruse (surpassé en vivacité, surpassé en adresse) deux fois. Il a pris mon droit d'aînesse, et voilà que maintenant il a pris aussi ma bénédiction ; peut-être se trouvera-t-il chez toi quelque bénédiction pour moi ? »
Le mot yaakov – c'est débrouillard, dégourdi. On le traduit souvent par ruse, j'ai moi aussi dit tout à l'heure m'a surpassé en ruse, mais ce n'est pas tout à fait de la ruse, c'est plutôt justement la débrouillardise, le sens pratique de la vie, la capacité à réussir, à se tenir au talon, l'adresse, disons-le ainsi.
Yits'hak ne veut pas dire ce qu'il va dire maintenant :
וַיַּעַן יִצְחָק וַיֹּאמֶר לְעֵשָׂו הֵן גְּבִיר שַׂמְתִּיו לָךְ וְאֶת-כָּל-אֶחָיו נָתַתִּי לוֹ לַעֲבָדִים וְדָגָן וְתִירֹשׁ סְמַכְתִּיו וּלְכָה אֵפוֹא מָה אֶעֱשֶׂה בְּנִי׃
vayá'an yits'hák vayomer le'essáv hen gevír samtív lákh ve'et-kol-e'háv natátti lo la'avadím vedagán vetiróch semakhtív oulkhá efó ma e'essé bení
37 répondit Yits'hak, et dit à Essav : « je l'ai établi maître sur toi, et tous ses frères, je les lui ai donnés en esclavage ; et je lui ai donné les céréales et le raisin – et maintenant, que puis-je faire, mon fils ? »
Remarquez que Yits'hak, lui aussi, change l'ordre, et il commence par ce qui est le plus important pour Essav, et dit : « Tous ses frères, je les lui ai donnés en esclavage, et je l'ai établi chef sur toi ». C'est par cela que se terminait la bénédiction, et elle commençait par le raisin et les céréales. Mais ici Yits'hak change – il commence par le plus terrible pour aller vers le moins terrible, quand il raconte de nouveau la bénédiction. Il vaut toujours la peine de prêter attention aux détails dans les récits répétés, ils disent beaucoup de choses. Yits'hak a dit : « J'ai fait ceci, et ceci, et ceci. Que dois-je donc changer maintenant ? »
וַיֹּאמֶר עֵשָׂו אֶל-אָבִיו הַבְרָכָה אַחַת הִוא-לְךָ אָבִי בָּרֲכֵנִי גַם-אָנִי אָבִי וַיִּשָּׂא עֵשָׂו קֹלוֹ וַיֵּבְךְּ׃
vayomer essáv el-avív haverakhá a'hát hi-lekhá aví barekhéni gam-áni aví vayissá essáv koló vayévk
38 Et Essav dit à son père : « n'as-tu donc qu'une seule bénédiction, papa ? Bénis-moi aussi, papa ! » Et Essav s'écria, et pleura.
Un guerrier, un chasseur, un gaillard combatif, en pleine forme, prêt à survivre longtemps dans la forêt – et soudain il s'est mis à pleurer. Le cœur d'un père se déchirera quand il entend une chose pareille.
וַיַּעַן יִצְחָק אָבִיו וַיֹּאמֶר אֵלָיו הִנֵּה מִשְׁמַנֵּי הָאָרֶץ יִהְיֶה מוֹשָׁבֶךָ וּמִטַּל הַשָּׁמַיִם מֵעָל׃
vayá'an yits'hák avív vayomer eláv hinné michmanné ha'árets yihyé mochavékha oumittál hachamáyim me'ál
39 Et Yits'hak répondit, et lui dit : « voici, loin de la graisse de la terre sera ta demeure, et loin de la rosée du ciel d'en haut ;
On peut traduire cela de différentes manières – michmané, mais voilà, il y a cette petite lettre mi (de) au début du mot, et on peut traduire (et, sans doute, c'est ainsi qu'il est juste de traduire ici) par loin.
וְעַל-חַרְבְּךָ תִחְיֶה וְאֶת-אָחִיךָ תַּעֲבֹד וְהָיָה כַּאֲשֶׁר תָּרִיד וּפָרַקְתָּ עֻלּוֹ מֵעַל צַוָּארֶךָ׃
ve'al-'harbekhá ti'hyé ve'et-a'híkha ta'avód vehayá ka'achér taríd oufaraktá oulló me'ál tsavvarékha
40 Et par ton épée tu vivras, et ton frère tu serviras. Et il fut : quand tu t'en iras, quitteras cette terre, deviendras un errant de la terre, alors tu rejetteras son fardeau de ton cou ».
Oh, mot difficile à traduire que tarid. Certains disent que c'est du mot méret (quand tu te révolteras), mais grammaticalement ce n'est pas très juste. D'autres disent que c'est du mot pleurer – quand tu hurleras, quand tu clameras. D'autres encore disent : quand tu t'en iras, quand tu « nomadiseras ailleurs », quand tu quitteras cette terre. Nous traduirons, très probablement, selon la troisième variante – quand tu t'en iras.
וַיִּשְׂטֹם עֵשָׂו אֶת-יַעֲקֹב עַל-הַבְּרָכָה אֲשֶׁר בֵּרֲכוֹ אָבִיו וַיֹּאמֶר עֵשָׂו בְּלִבּוֹ יִקְרְבוּ יְמֵי אֵבֶל אָבִי וְאַהַרְגָה אֶת-יַעֲקֹב אָחִי׃
vayistóm essav et-yaakóv al-habberakhá achér berekhó avív vayomer essáv belibbó yikrevoú yemé ével aví ve'ahargá et-yaakóv a'hí
41 Et Essav haït Yaakov à cause de la bénédiction que son père lui avait donnée, et Essav dit dans son cœur : « voici, les jours de mon deuil pour mon père prendront fin (du vivant de mon père je ne veux pas le faire, pour qu'il ne me maudisse pas), et je tuerai Yaakov, mon frère ».
וַיֻּגַּד לְרִבְקָה אֶת-דִּבְרֵי עֵשָׂו בְּנָהּ הַגָּדֹל וַתִּשְׁלַח וַתִּקְרָא לְיַעֲקֹב בְּנָהּ הַקָּטָן וַתֹּאמֶר אֵלָיו הִנֵּה עֵשָׂו אָחִיךָ מִתְנַחֵם לְךָ לְהָרְגֶךָ׃
vayouggád lerivká et-divré essáv bená haggadól vattichlá'h vattikrá leyaakóv bená hakkatán vattomér eláv hinné essáv a'híkha mitna'hém lekhá lehorgékha
42 Et les paroles d'Essav, son fils aîné, parvinrent à Rivka, et elle envoya, et appela Yaakov, son fils cadet, et lui dit : « voici, Essav, ton frère, t'attend pour te tuer ;
Et cela a été dit à Rivka, on a rapporté cela à Rivka. Qui donc l'a rapporté, si Essav l'a dit dans son cœur ? Les commentateurs disent : « D'où Rivka sait-elle tout cela, entend-elle tout ? Elle prie beaucoup, et elle sent de manière prophétique ce qui se passe et entre le mari et le fils, et dans le cœur du fils ». En tout cas, ici nous lisons : ce qu'Essav projetait dans son cœur, Rivka le sait, et cela lui a été rapporté. Tous deux sont ses enfants, elle s'inquiète pour tous les deux, elle s'inquiète de ce qu'ils peuvent maintenant s'entretuer. Et ce n'est pas que Yaakov ait forcément eu peur d'Essav (peut-être est-il même plus fort), mais tuer son frère et être tué par son frère – ni l'un ni l'autre n'est une très bonne perspective.
וְעַתָּה בְנִי שְׁמַע בְּקֹלִי וְקוּם בְּרַח-לְךָ אֶל-לָבָן אָחִי חָרָנָה׃
ve'attá vení chemá bekolí vekoúm berá'h-lekhá el-laván a'hí 'harána
43 Et maintenant, fiston, écoute ma voix : va, fuis-t'en chez mon frère Lavan à 'Haran.
וְיָשַׁבְתָּ עִמּוֹ יָמִים אֲחָדִים עַד אֲשֶׁר-תָּשׁוּב חֲמַת אָחִיךָ׃
veyachavtá immó yamím a'hadím ad acher-tachoúv 'hamát a'híkha
44 Et tu demeureras avec lui quelques jours, jusqu'à ce que se calme la colère de ton frère,
Remarquez la racine chouv, qui revient encore et encore.
עַד-שׁוּב אַף-אָחִיךָ מִמְּךָ וְשָׁכַח אֵת אֲשֶׁר-עָשִׂיתָ לּוֹ וְשָׁלַחְתִּי וּלְקַחְתִּיךָ מִשָּׁם לָמָה אֶשְׁכַּל גַּם-שְׁנֵיכֶם יוֹם אֶחָד׃
ad-choúv af-a'híkha mimmekhá vechakhá'h et acher-assíta lo vechala'htí oulka'htíkha michám lamá echkál gam-chenekhém yom e'hád
45 Jusqu'à ce que la colère de ton frère se retourne (de nouveau la racine chouv), et qu'il oublie ce qui a été fait ; et alors j'enverrai et je te prendrai de là-bas ; pourquoi devrais-je vous perdre tous les deux en un seul jour ? »
וַתֹּאמֶר רִבְקָה אֶל-יִצְחָק קַצְתִּי בְחַיַּי מִפְּנֵי בְּנוֹת חֵת אִם-לֹקֵחַ יַעֲקֹב אִשָּׁה מִבְּנוֹת-חֵת כָּאֵלֶּה מִבְּנוֹת הָאָרֶץ לָמָּה לִּי חַיִּים׃
vattómer rivká el-yits'hák kátsti ve'hayáy mippené benót 'hét im-lokéya'h yaakóv ichá mibbenot-'hét ka'élle mibbenót ha'árets láma li 'hayím
46 Et Rivka vint, et dit à Yits'hak : « les filles de 'Het m'ont lassée à mort (ces Hittites m'ont lassée à mort, pire que la bouillie de semoule) ; si Yaakov prend pour lui une femme parmi les filles de 'Het, celles-ci, qui habitent ici, alors je n'ai plus du tout de raison de vivre ».
Yaakov l'entend, mais, à la différence de la fois précédente, il ne réagit pas. Nous n'entendons pas, nous ne voyons pas la réaction de Yaakov à ce que Rivka lui a dit de s'enfuir. Yaakov ne veut pas s'enfuir, il ne sied pas au fondateur d'un peuple de courir. Mais Rivka ne se décourage pas, et elle vient chez Yits'hak. Et vous souvenez-vous par quoi tout a commencé ? Eh bien, tout a commencé par le fait qu'Essav a pris pour épouses des Hittites. Et ici elle dit : « Si notre Yacha épouse une goya, alors ma vie est ratée ».
N'ayant pas réussi dans sa conversation avec Yaakov, Rivka s'adresse à Yits'hak, et, semble-t-il, voici la scène où nous pouvons pour la première fois voir que Yits'hak et Rivka se sont parlé. Mais nous ne voyons pas qu'ils se sont parlé. Yits'hak l'entend, mais nous n'entendons pas de réponse, nous n'entendons pas de dialogue entre Yits'hak et Rivka.
Au début du chapitre 28, nous lisons :
וַיִּקְרָא יִצְחָק אֶל-יַעֲקֹב וַיְבָרֶךְ אֹתוֹ וַיְצַוֵּהוּ וַיֹּאמֶר לוֹ לֹא-תִקַּח אִשָּׁה מִבְּנוֹת כְּנָעַן׃
vayikrá yits'hák el-yaakóv vayvárekh otó vaytsavvéhou vayomer lo lo-tikká'h ichá mibbenót kená'an
1 Et Yits'hak appela Yaakov, et le bénit, et lui ordonna, et lui dit : « ne prends pas pour toi une femme cananéenne ;
Et à ce moment-là, nous savons que la première bénédiction était destinée à Essav, mais c'est Yaakov qui l'a reçue. La deuxième bénédiction, qui, somme toute, n'est même pas vraiment une bénédiction, – c'est Essav qui l'a reçue ; il a reçu ce qui était destiné, justement, à Yaakov. Maintenant Yits'hak parle délibérément, précisément à Yaakov.
Et lui ordonna – souvenons-nous, dans le premier cas Rivka ordonne, et Yaakov exécute ; dans le deuxième cas elle dit écoute, et Yaakov n'écoute pas. Maintenant arrive Yits'hak, et il ordonne :
קוּם לֵךְ פַּדֶּנָה אֲרָם בֵּיתָה בְתוּאֵל אֲבִי אִמֶּךָ וְקַח-לְךָ מִשָּׁם אִשָּׁה מִבְּנוֹת לָבָן אֲחִי אִמֶּךָ׃
koum lekh paddéna arám béta vetou'él aví immékha veka'h-lekhá michám ichá mibbenót laván a'hí immékha
2 Lève-toi, va à Padan-Aram, va chez le père de ta mère (c'est-à-dire, va chez ton grand-père), prends-toi là une femme parmi les filles de Lavan, le frère de ta mère (prends-toi ta nièce pour épouse).
וְאֵל שַׁדַּי יְבָרֵךְ אֹתְךָ וְיַפְרְךָ וְיַרְבֶּךָ וְהָיִיתָ לִקְהַל עַמִּים׃
ve'él chaddáy yevarékh otekhá veyafrekhá veyarbékha vehayíta likhál ammím
3 Et le SEIGNEUR Chaddaï, Dieu Chaddaï, te bénira, et te multipliera, et t'agrandira, et tu seras une assemblée de peuples.
וְיִתֶּן-לְךָ אֶת-בִּרְכַּת אַבְרָהָם לְךָ וּלְזַרְעֲךָ אִתָּךְ לְרִשְׁתְּךָ אֶת-אֶרֶץ מְגֻרֶיךָ אֲשֶׁר-נָתַן אֱלֹהִים לְאַבְרָהָם׃
veyitten-lékha et-birkát avrahám lekhá oulzar'akhá ittákh lerichtekhá et-eréts megourékha acher-natán elohím le'avrahám
4 Et il te donnera la bénédiction d'Avraham, à toi et à ta semence, pour que tu hérites ta terre, que Dieu a donnée à Avraham ».
Voilà à qui est donnée la bénédiction d'Avraham, et d'ailleurs elle n'était pas destinée à Essav ; c'est à Yaakov que Yits'hak la donne : « Tu pars vers une terre étrangère, mais Dieu Chaddaï te donnera d'hériter, à toi et à ta semence, cette terre ».
וַיִּשְׁלַח יִצְחָק אֶת-יַעֲקֹב וַיֵּלֶךְ פַּדֶּנָה אֲרָם אֶל-לָבָן בֶּן-בְּתוּאֵל הָאֲרַמִּי אֲחִי רִבְקָה אֵם יַעֲקֹב וְעֵשָׂו׃
vayichlá'h yits'hák et-yaakóv vayélekh paddéna arám el-laván ben-betou'él ha'arammí a'hí rivká em yaakóv ve'éssav
5 Et Yits'hak envoya Yaakov, et il alla à Padan-Aram, chez Lavan, fils de Bétouël, frère de Rivka, qui est la mère de Yaakov et d'Essav.
Pourquoi la mère de Yaakov et d'Essav est mentionnée ici, nous en parlerons au début de la section suivante.
וַיַּרְא עֵשָׂו כִּי-בֵרַךְ יִצְחָק אֶת-יַעֲקֹב וְשִׁלַּח אֹתוֹ פַּדֶּנָה אֲרָם לָקַחַת-לוֹ מִשָּׁם אִשָּׁה בְּבָרֲכוֹ אֹתוֹ וַיְצַו עָלָיו לֵאמֹר לֹא-תִקַּח אִשָּׁה מִבְּנוֹת כְּנָעַן׃
vayár essáv ki-verákh yits'hák et-yaakóv vechillá'h otó paddéna arám laka'hat-ló michám ichá bevarekhó otó vaytsáv aláv lemór lo-tikká'h ichá mibbenót kená'an
6 Et Essav vit que Yits'hak avait béni Yaakov et l'avait envoyé à Padan araméen, pour qu'il prenne de là une femme, et, en le bénissant, il lui ordonna, et dit : « ne prends pas pour toi pour épouse une Cananéenne ».
Regardez ce qui se passe. Au lieu de fuir, de fuir de nuit, par petits bonds, la colère de son frère, Yaakov reçoit officiellement une lettre de créance d'ambassadeur. Il va se marier, c'est son papa qui l'a envoyé, il ne fuit personne, la tête fièrement levée il va à Padan-Aram, chez son grand-père, chez ses nièces, pour se marier. Ainsi tout a bien tourné.
Nous parlerons dans la section suivante de la raison pour laquelle il s'est trouvé que Yaakov est parti sans un sou, et qu'il n'a même pas de pain ni de vêtements pour la route.
וַיִּשְׁמַע יַעֲקֹב אֶל-אָבִיו וְאֶל-אִמּוֹ וַיֵּלֶךְ פַּדֶּנָה אֲרָם׃
vayichmá yaakóv el-avív ve'el-immó vayélekh paddéna arám
7 Et Yaakov écouta son père, et sa mère, et alla à Padan araméen.
וַיַּרְא עֵשָׂו כִּי רָעוֹת בְּנוֹת כְּנָעַן בְּעֵינֵי יִצְחָק אָבִיו׃
vayár essáv ki raót benót kená'an be'ené yits'hák avív
8 Et Essav vit (voilà ce qui est important) que les filles de Canaan étaient mauvaises aux yeux de Yits'hak, son père.
Vous vous souvenez par quoi tout a commencé ? Cela ne plaisait pas à tous les deux, à Yits'hak et à Rivka, qu'Essav ait épousé des Hittites (26,35). Et ici nous voyons que cela ne plaisait ni à la mère, ni au père (au verset 7). Et Essav comprit que c'était désagréable pour son père, que cela faisait mal à son père, et alors Essav essaie, peut-être, de faire quelque chose de bien.
וַיֵּלֶךְ עֵשָׂו אֶל-יִשְׁמָעֵאל וַיִּקַּח אֶת-מָחֲלַת בַּת-יִשְׁמָעֵאל בֶּן-אַבְרָהָם אֲחוֹת נְבָיוֹת עַל-נָשָׁיו לוֹ לְאִשָּׁה׃
vayélekh essáv el-yichma'él vayikká'h et-ma'halát bat-yichma'él ben-avrahám a'hót nevayot al-nacháv lo le'ichá
9 Et Essav alla chez Yichmaël, et prit une femme qui s'appelle Ma'halyat bat Yichmaël ben Avraham (fille de Yichmaël Avramovitch), qui est la sœur de Naviot, et il l'ajouta à ses femmes.
Et Yichmaël – c'est aussi un parent, aussi, les fils de Yichmaël sont aussi des neveux de Yits'hak.
Ma'halyat – cela signifie maladive ou qui envoie des maladies. On appelle parfois ainsi les enfants – malade, ou vieille, ou petite mouche – pour, selon la croyance, chasser les esprits mauvais. Dans le sens où, si l'esprit mauvais sait que la fillette s'appelle Petite vieille ou Petite mouche, pourquoi irait-il s'en prendre à elle, elle est déjà bien lésée comme ça.
Essav s'est fait une telle lignée généalogique, qui gênera peut-être moins Yits'hak et Rivka. Essav aussi, en somme, s'est mis à réfléchir à quelque chose.
Dans l'entretien précédent (26,34), nous avons commencé justement par la noce, par le mariage d'Essav, et cela se termine ici de nouveau par le mariage d'Essav, et Yaakov part se marier. À proprement parler, c'est cela qui détermine la séparation dans la famille des Pères. Il aurait pu se faire qu'Essav et Yaakov soient tous les deux des parties du peuple, mais maintenant ils sont temporairement séparés. Et l'essentiel de tout n'est pas tant la bénédiction volée, pas tant que Yaakov serait ici un héros négatif (bien qu'on puisse, bien sûr, considérer la bénédiction volée de toutes sortes de manières) ; mais il y a aussi l'histoire du mariage d'Essav avec des femmes locales, ses tentatives de se mêler aux autres peuples.
Avec l'aide de Dieu, nous parlerons aujourd'hui, vous et moi, de l'amour paternel et de l'attitude à son égard au cours de nombreux siècles. Dans Béréchit (25,28), nous lisons :
וַיֶּאֱהַב יִצְחָק אֶת־עֵשָׂו כִּי־צַיִד בְּפִיו וְרִבְקָה אֹהֶבֶת אֶת־יַעֲקֹב׃
vaye'eháv yits'hák et-essáv ki-tsáyid befív verivká ohévet et-yaakóv
28 Et Yits'hak aima Essav, parce que la proie est dans sa bouche, Et Rivka aime Yaakov.
Donc, essayons d'abord de donner différentes variantes de traductions et de compréhension de ce verset. Il est clair que Yits'hak aima Essav ki-tsáyid befív, on peut dire, parce qu'Essav rapporte une proie entre les dents, parce qu'il est un pourvoyeur. Rapporter une proie entre les dents, c'est une sorte de métaphore. Essav est un pourvoyeur. Il est, on peut dire, un homme qui réussit dans le monde, il prospère. Il peut rapporter du gibier. Et pour cela Yits'hak l'aime.
Une autre version de tsáyid befív, c'est le gibier en bouche, dans la bouche de Yits'hak lui-même. C'est-à-dire qu'Essav apporte du gibier. Yits'hak aime manger du gibier. Et pour la nourriture savoureuse, procurée pour la table, Yits'hak l'aime. Il y a encore plusieurs compréhensions différentes, nous en parlerons.
verivká ohévet et-yaakóv – c'est compréhensible, Rivka aime Yaakov.
Les commentateurs (et les commentateurs, ce sont ceux qui ont lu la Torah jusqu'au bout et savent quel scélérat est Essav. Et ils ont même lu les prophètes, chez qui il est dit : « Essav, Je l'ai haï ») se posent la question de savoir comment il a pu arriver que Yits'hak aime Essav.
Certains commentateurs disent : « Mais il ne s'est rien passé de particulier. Vous comprenez simplement mal le texte de la Torah. Ou bien il faut comprendre le texte de la Torah sous un autre angle ». Par exemple, Rabbi David Kim'hi écrit ainsi : « Il n'est même pas besoin de dire qu'il aimait Yaakov ». C'est-à-dire que pour la Torah il est évident, selon l'avis de Rabbi David Kim'hi, que Yits'hak aime Yaakov. « Et Yaakov, il l'aimait davantage, et Essav, il l'aimait seulement pour le gibier qu'il prenait ». C'est-à-dire que Yits'hak aime davantage Yaakov. Cela va de soi qu'il aime davantage Yaakov, parce que Yaakov est juste, parce qu'il vit dans les tentes, parce que c'est lui, à proprement parler, qui hérite de toute la tradition de la famille. Mais Essav aussi, Yits'hak l'aime aussi, parce qu'il prend des proies. C'est-à-dire que chez Yits'hak il y a de la place, en vertu de sa justice ou en vertu de quelque attachement culinaire, il y a de la place pour aimer aussi Essav. Et Rivka, qui n'est peut-être pas aussi juste, peut-être plus juste, au contraire, qui n'a pas une telle passion pour le gibier, elle aime Yaakov. Rabbi Sforno pense à peu près de même et dit : « Et Essav aussi, il l'aimait, bien que, sans aucun doute, il sût qu'il n'était pas aussi intègre que Yaakov ».
C'est-à-dire, que disent ces commentateurs ? Bien sûr, il aimait davantage Yaakov, mais en Essav aussi il trouvait de quoi l'aimer, parce que Yits'hak est juste, et Essav est malgré tout son fils. Et c'est pourquoi il ne faut pas s'étonner que la Torah parle ici de l'amour de Yits'hak pour Essav.
Pourquoi est-il difficile d'être d'accord avec le point de vue de ces commentateurs respectés ? Parce que, semble-t-il, la Torah oppose tout de même ici Yits'hak et Rivka et dit que Yits'hak aime Essav, que c'est justement Essav qu'il aime davantage, et que Rivka aime Yaakov.
Il existe un autre avis, qui dit que Yits'hak, du fait qu'il est un bûcheur, un saint, du fait que sa vue s'est affaiblie ou du fait d'autre chose encore, est une sorte de naïf. Et Essav est un chasseur, la proie est dans sa bouche. Et par sa bouche il prend Yits'hak au piège. Essav va, rôde aux portes des yéchivot, aux portes des lieux où l'on étudie la Loi. Il écoute, écoute, écoute et pose des questions, pour paraître intelligent et saint aux yeux de papa. Comme on en donne l'exemple, il demandait à son père : « Et comment prélève-t-on la dîme sur le sel ? Et comment prélève-t-on la dîme sur le foin ? » Il posait de telles questions intelligentes pour paraître saint, et il donnait de lui-même l'impression d'un homme juste. Et, selon l'avis des commentateurs, Yits'hak percevait cette image en père aimant et c'est pourquoi il aimait le trompeur Essav.
Et d'autres commentateurs disent que Yits'hak voyait la réussite d'Essav, sa poigne en affaires, la poigne d'un homme d'affaires. Soit dit en passant, en tant qu'homme ayant passé son temps dans l'étude de la Torah, dans les réflexions et les prières, cette poigne mondaine en affaires, il l'aimait et l'admirait. Et sur Rivka, qui venait d'un autre milieu, cela ne faisait pas d'impression. Donc, il y a une explication : Yits'hak aime Essav parce que Yits'hak est un peu simplet et naïf, un peu pas de ce monde, et Essav en profite.
La troisième opinion dit que Yits'hak aime simplement manger, aime simplement les plaisirs de ce monde. Ainsi, par exemple, le midrach Cho'her Tov dit : « Comme Yits'hak était un fils de la vieillesse, il était gâté et habitué à toutes sortes de nourritures coûteuses. Et Essav lui procurait de la nourriture et lui donnait à boire du bon vin ». Cela aussi semble compréhensible. Faible est Yits'hak. Il est né dans la famille d'Avraham, comme fils de la vieillesse. Bien sûr, Avraham et Sara gâtaient leur enfant. Yits'hak a grandi, il n'a pas surmonté son caractère gâté. C'est pourquoi le fait qu'Essav lui apporte de la nourriture, et nous savons qu'Essav prend réellement soin de papa, il lui apportait de la nourriture. Nous avons lu à un autre endroit qu'Essav allait chez lui en habits de fête. Essav pouvait faire une fête à papa. Apparemment, il aimait faire une fête à papa. Et Yits'hak l'aimait beaucoup pour cela. Il y a aussi un tel point de vue, qui essaie d'expliquer pourquoi malgré tout un Yits'hak si juste, si saint, aime un Essav si bon à rien, si malchanceux.
Il y a aussi d'autres commentateurs qui voient en Yits'hak un stratège. Et ils disent qu'en regardant cette ampleur de la chasse d'Essav, ses capacités à réussir dans le monde, Yits'hak comprenait que Yaakov, bien sûr, est un homme pur, naïf, ouvert à la Torah, honnête, mais que répandre la Torah dans le monde, ce n'est pas son affaire. Ici, il faut une poigne commerciale de business. Ici, il faut un projet de business. Et ici, il faut la réussite d'Essav. Et ce serait formidable de tourner toute cette réussite, les capacités d'Essav vers la Torah. Et c'est pourquoi, en stratège, Yits'hak aime beaucoup Essav, voit en lui ce potentiel, le potentiel d'un homme d'action qui sera nécessaire quand la Torah, l'enseignement, se répandra non seulement dans le pays de Canaan, mais aussi dans le monde entier.
Il y en a qui disent que Yits'hak comprenait à quel point Essav est corrompu, à quel point ses qualités d'âme sont mauvaises. Et en même temps il comprenait que si le Très-Haut a placé en Essav un tel (disons-le entre guillemets ou sans) mauvais potentiel, alors Il a placé en lui aussi le potentiel de réparation. Et ce potentiel de réparation, c'est la capacité de réparer les péchés, non seulement de pécher, mais aussi de réparer les péchés. On peut dire que, par la suite, c'est la qualité du roi David ; justement la capacité de faire téchouva, d'accomplir le repentir, c'est ce que David a réalisé pleinement. Il y a beaucoup de ressemblance entre David et Essav. Yaakov voyait ce potentielL'original dit ici « Yaakov », alors que tout le paragraphe parle de Yits'hak. La traduction garde le nom tel qu'il figure dans l'original., et l'appréciait beaucoup, et voulait beaucoup l'éveiller, le réaliser. Car cette même capacité de vaincre le péché, c'est une qualité messianique.
D'autres commentateurs, en particulier Rav Yéhouda Ilaï, parle de la pensée dissidente d'Essav, voit en Essav un homme qui pense hors des cadres communément admis. Plus tard, dans l'histoire judaïque, il y aura un tel maître, Rabbi Méir, qui est toujours en désaccord. Et, si les sages expriment quelque avis, Rabbi Méir essaie d'exprimer un avis alternatif, qui d'une certaine manière ne tient pas dans les sages, bien qu'il soit souvent d'une tête plus intelligent qu'eux. Mais par la suite il restera ainsi dans la législation juive comme « et d'autres, pensant autrement, disent », parfois même sans le nom « Rabbi Méir », un homme d'une pensée tout à fait hors norme, le père, on peut dire, de la diversité de pensée, dont naissent des gens habiles, pensant si différemment que dans le Talmud on rencontre la mention « Et dans la Torah de Rabbi Méir il est écrit non pas ainsi, mais ainsi. Il est écrit : non pas un vêtement de peau, mais un vêtement de lumière, par exemple ». Une pensée si différente qu'on pourrait penser que chez lui il est écrit autrement dans la Torah. Non, bien sûr. Chez lui il est écrit de même dans la Torah, mais il voit d'autres sens, il est capable de penser absolument autrement que tous les autres. Et c'est cette pensée dissidente, cette capacité de présenter une autre pensée, que voit peut-être Yits'hak.
Il y en a qui disent que Yits'hak comprenait qu'Essav était, pour s'exprimer en langage moderne, un adolescent difficile, et un adolescent difficile a particulièrement besoin d'amour. Si tu rencontres un homme avec certaines qualités pénibles, aider à leur réparation, c'est une tâche très importante. Avec tes propres qualités, auxquelles tu te heurtes, il faut aussi savoir t'aimer, bien que toi aussi tu sois parfois Essav. Il faut savoir réparer ces qualités, et non les briser.
Car nulle part, en réalité, la Torah, l'enseignement juif sur la morale et l'éthique n'enseignent à briser quelque qualité, ils parlent toujours de réparation. Et il arrive très souvent qu'un homme se retrouve jeté sur le bas-côté, parce qu'on l'a inscrit parmi les Essav et qu'on l'a simplement jeté. Ou bien il s'est lui-même inscrit parmi les Essav et s'est jeté. Ou, au contraire, il s'est mis à se briser, en se domptant, il marchait sur la gorge de sa propre chanson, et finalement il n'a pas supporté cette brisure, et s'est de nouveau retrouvé sur le bas-côté, voire s'est complètement égaré du chemin. Et Yits'hak, en pédagogue, selon cette approche, en maître, comprenait qu'Essav avait besoin d'amour. Et c'est pourquoi il aimait beaucoup Essav.
Il y a encore une approche, admise parmi les commentateurs, qui voit en Yits'hak un juste absolument humble, qui accepte tout ce que lui donne le Très-Haut. Il aime Essav parce que c'est le premier-né que lui a donné le Très-Haut. Si le Très-Haut a jugé que Yits'hak devait avoir un tel premier-né, c'est donc que cela doit être ainsi. Yits'hak, qui aime Dieu, aime son premier-né Essav, comprend que c'est pour le bien, comprend que c'est ainsi qu'il le faut. Et il aime Essav parce qu'il aime Dieu, Qui a envoyé Essav dans sa vie, par la décision Duquel, par la volonté Duquel Essav lui-même est devenu premier-né. C'est justement pour cela, selon une telle approche, que Yits'hak ne s'inquiète pas beaucoup lorsque se produit toute cette confusion avec la bénédiction, comprenant que cela aussi vient de Dieu, que c'est Dieu qui l'a arrangé, que c'est Dieu qui l'organisera pour le bien. Voilà encore un merveilleux regard sur les relations de Yits'hak et d'Essav. Et il m'est proche.
Bien que me soit plus proche le regard selon lequel il est simplement propre à l'homme, et à l'homme Yits'hak, d'aimer son fils, parce qu'il l'a vu petit, parce qu'il l'a vu nouveau-né, parce qu'il l'a tenu dans ses bras, parce que c'est ton fils, la chair de ta chair. Et, même s'il est potentiellement un scélérat, on peut malgré tout lui manifester de l'amour, il est le premier-né, et il a besoin de ton amour. Tu as besoin de l'amour pour lui. Cela arrive simplement. L'amour vient à l'improviste. C'est pourquoi il est dit ici : « Yits'hak aima Essav ». Il l'aima parce que c'est simplement son fils.
Toute cette diversité d'approches, je ne l'énumère nullement pour construire quelque tableau, faire un schéma ou rassembler quelque collection. Tout cela reflète différents regards des gens sur certaines relations auxquelles nous sommes confrontés. Dans le cas présent, l'amour d'un père pour son fils. Pourquoi le père aime-t-il son fils ? Parce que, peut-être, le père est quelque part un peu simplet, un peu bête. Et le fils le trompe. Ou bien, que voulons-nous voir dans la situation ? La bêtise humaine, l'attachement humain à quelque chose de charnel ? Ou bien, peut-être, la sainteté humaine ? Ou bien, peut-être, naturellement, l'amour ? Avec quels instruments et comment analysons-nous la situation ? Qu'est-ce que cela dit de nous-mêmes ? Sommes-nous capables d'aimer Essav ? Aimons-nous quelqu'un pour la nourriture qu'il nous donne ? Aimons-nous quelqu'un en nous laissant tromper parce que quelqu'un a créé une belle image. Essayons-nous de poser de belles questions intelligentes pour paraître intelligent et juste ?
Tout cela, c'est l'expérience du peuple dans la compréhension d'un seul verset simple sur l'amour d'un père et d'un fils. Et tant de facettes s'y révèlent.
À notre section hebdomadaire Toldot correspond le début du livre du prophète Malakhi.
מַשָּׂא דְבַר־יְהוָה אֶל־יִשְׂרָאֵל בְּיַד מַלְאָכִי׃
massa dvar adonay el yisra'el beyad mal'akhi
1 La charge des paroles du SEIGNEUR à Israël entre les mains de Malakhi.
« Voici les paroles du SEIGNEUR, la charge des paroles du SEIGNEUR ou le fardeau des paroles du SEIGNEUR ». Une telle épithète, une telle métaphore est employée par le prophète. « Voici pour vous un sac de paroles du SEIGNEUR dans mes mains, le fardeau des paroles du SEIGNEUR dans mes mains, les mains du prophète Malakhi ». Qui est Malakhi, nous ne le savons pas. Il y a tant d'opinions différentes à ce sujet qu'il y en a qui disent que ce n'est pas du tout un nom propre, ce n'est pas le nom particulier d'un homme, ce n'est pas un homme quelconque qui s'appelait Malakhi. C'est un prophète qui prophétise sur l'Ange du SEIGNEUR, et c'est pourquoi c'est son pseudonyme d'artiste, Malakhi. Il y a beaucoup d'opinions différentes, et, sans doute, nous n'avons pas la possibilité de trancher de façon univoque lequel d'entre eux a raison. C'est pourquoi nous allons lire la prophétie elle-même.
אָהַבְתִּי אֶתְכֶם אָמַר יְהוָה וַאֲמַרְתֶּם
ahavti etkhem amar adonay va'amartem
2 « Je vous ai aimés, – dit le SEIGNEUR (un début si beau, si lumineux, une bonne nouvelle). Et vous, vous direz :
Il faut noter que tout le livre du prophète Malakhi est construit sous la forme d'un tel dialogue : le Très-Haut parle et le peuple (ou le kohen, ou encore quelqu'un d'autre) lui répond. C'est la forme littéraire du livre du prophète Malakhi. Vous avez dit :
בַּמָּה אֲהַבְתָּנוּ הֲלוֹא־אָח עֵשָׂו לְיַעֲקֹב נְאֻם־יְהוָה
bamma ahavtanou halo a'hLa translittération de l'original porte ici un autre mot ; le texte hébreu dit « a'h » (frère), que nous suivons. essav leyaakov ne'oum adonay
« …en quoi consiste ton amour pour nous ? » (à cette question le Très-Haut répond) « Voici donc, Essav est frère de Yaakov…
Essav et Yaakov ont un seul et même père, et ils ont une seule et même maman. Ce n'est pas un mérite des pères. Ce n'est pas une quelconque raison généalogique. Tous deux sont fils des mêmes parents.
וָאֹהַב אֶת־יַעֲקֹב׃
va'ohav et yaakov
… mais j'ai aimé Yaakov.
וְאֶת־עֵשָׂו שָׂנֵאתִי
ve'et essav saneti
3 et Essav, je l'ai haï…
« Ici il n'y a aucun lien avec les ancêtres. Voici Essav, voici Yaakov. L'un, Je l'ai aimé, l'autre, haï ». Le mot sanéti se traduit j'ai haï. En russe, tout ce qui est lié à la haine sonne très durement. En réalité, séna ce n'est pas la haine, pas toujours la haine dans ce sens russe si dur de ce mot. Parfois c'est aimait moins. Comme il est dit, par exemple, dans la Torah, qu'un homme aura deux femmes, il aimera l'une et haïra l'autre. Non pas qu'il la haïra – il se comportera envers elle avec moins d'amour. « Et Essav, je l'ai haï ».
וָאָשִׂים אֶת־הָרָיו שְׁמָמָה וְאֶת־נַחֲלָתוֹ לְתַנּוֹת מִדְבָּר׃
va'assim et harav chemama ve'et na'halato letannot midbar
…et je ferai de ses montagnes une désolation, Et sa part d'héritage, je la donnerai aux renards du désert (ou aux chacals du désert) ».
« Regardez, – dit le Très-Haut, – levez vos yeux et regardez vers le sud-est, vers Édom, vers le pays d'Essav. Vous êtes revenus dans votre pays, vous restaurez votre terre, et la terre vous donne ses fruits. Regardez ce qui se passe avec le pays d'Édom. Là où mon amour ne s'est pas manifesté. Regardez, Édom est une désolation. Des chacals et des renards sur sa terre ; là où vous plantez et récoltez, vos voisins, les Édomites, sont loin de vivre ainsi. Voilà l'expression de mon amour. Vous direz : “Bon, d'accord, nous avons bien un tel ancien mouvement sioniste, un mouvement national pour le retour. Voilà, nous sommes revenus et avons prospéré. Mais peut-être que, tout à coup, les choses tourneront ainsi que ces Édomites, parallèlement à notre sionisme, inventeront un édoumisme, ils reviendront et se mettront à restaurer leur pays. Est-ce donc Ton amour ? C'est notre mérite.” Et ici le Très-Haut dit :
כִּי־תֹאמַר אֱדוֹם רֻשַּׁשְׁנוּ וְנָשׁוּב וְנִבְנֶה חֳרָבוֹת כֹּה אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת הֵמָּה יִבְנוּ וַאֲנִי אֶהֱרוֹס וְקָרְאוּ לָהֶם גְּבוּל רִשְׁעָה וְהָעָם אֲשֶׁר־זָעַם יְהוָה עַד־עוֹלָם׃
ki tomar edom rouchachnou venachouv venivne 'haravot ko amar adonay tsvaot hemma yivnou va'ani eheros vekar'ou lahem gvoul rich'a veha'am acher za'am adonay ad olam
4 Et si Édom dit : « Nous sommes ruinés, allons, revenons et rebâtissons nos ruines ». ainsi a dit le SEIGNEUR des armées : « eux bâtiront, et moi je détruirai. et on les appellera contrée des méchants, peuple contre lequel le SEIGNEUR est irrité pour toujours.
וְעֵינֵיכֶם תִּרְאֶינָה וְאַתֶּם תֹּאמְרוּ יִגְדַּל יְהוָה מֵעַל לִגְבוּל יִשְׂרָאֵל׃
ve'eyneykhem tir'ena ve'attem tomrou yigdal adonay me'al ligvoul yisra'elLa translittération de l'original omet le dernier mot du verset, « yisra'el » (Israël), présent dans le texte hébreu ; nous l'avons ajouté.
5 et vos yeux le verront. et alors vous direz : « le SEIGNEUR s'est magnifié aussi au-delà des frontières d'Israël ».
Regardez, pour Édom il n'y a pas de restauration. Même s'ils le veulent, ils ne pourront pas restaurer leur terre, et s'ils essaient, ils recevront une destruction encore plus grande. Je serai glorifié en cela, et vous en serez témoin. C'est pourquoi comprenez et assimilez que Je vous aime.
Mais tout n'est pas aussi rose qu'il peut sembler aux premières paroles du prophète.
בֵּן יְכַבֵּד אָב וְעֶבֶד אֲדֹנָיו וְאִם־אָב אָנִי אַיֵּה כְבוֹדִי וְאִם־אֲדוֹנִים אָנִי אַיֵּה מוֹרָאִי אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת לָכֶם הַכֹּהֲנִים בּוֹזֵי שְׁמִי וַאֲמַרְתֶּם בַּמֶּה בָזִינוּ אֶת־שְׁמֶךָ׃
ben yekhabbed av ve'eved adonav ve'im av ani aye khvodi ve'im adonim ani aye mora'i amar adonay tsvaot lakhem hakkohanimDans la translittération de l'original, il manque une voyelle à ce mot ; nous suivons l'hébreu : hakkohanim. bozey chmi va'amartem bamme vazinou et chmekha
6 « un fils honore son père, et un serviteur honore son maître. si je suis pour vous un père, où est l'honneur envers moi ? et si je suis pour vous un maître, où est la crainte devant moi ? » – a dit le SEIGNEUR des armées (quand nous lisons SEIGNEUR des armées, c'est la manifestation du Créateur avec sa force destructrice, une force sur eux, sur les armées). Or chez vous, des kohanim qui méprisent mon Nom. Et vous, vous direz : « en quoi consiste notre mépris envers ton nom ? »
Le Très-Haut dit au verset 7 :
מַגִּישִׁים עַל־מִזְבְּחִי לֶחֶם מְגֹאָל וַאֲמַרְתֶּם בַּמֶּה גֵאַלְנוּךָ בֶּאֱמָרְכֶם שֻׁלְחַן יְהוָה נִבְזֶה הוּא׃
maggichim al mizbe'hi le'hem mego'al va'amartem bamme ge'alnoukha be'emarkhem choul'han adonay nivzeDans la translittération de l'original, ces deux mots sont collés ; nous les séparons comme dans l'hébreu. hou
7 « Vous apportez un pain abject (répugnant) sur ma table (sur mon autel). vous direz : “qu'avons-nous donc fait de répugnant envers toi ?” “Mais vous dites bien que le menu de dieu est méprisable (méprisable est sa table, et ce Dieu le mangera bien comme ça, Il mange toute sorte de saletés)
וְכִי־תַגִּשׁוּן עִוֵּר לִזְבֹּחַ אֵין רָע
vekhi taggichoun ivver lizboa'h eyn ra
8 « Si vous apportez un animal aveugle en sacrifice, n'est-ce pas un mal ?
Dans le livre Dévarim (15,21) il y a une interdiction directe d'apporter un aveugle en sacrifice : « Mais s'il a un défaut, boiteux ou aveugle, de façon générale un défaut mauvais, alors ne l'apporte pas en sacrifice au SEIGNEUR, ton Dieu ». Et ici le Très-Haut accuse les kohanim de violer cette interdiction directe et continue :
וְכִי תַגִּישׁוּ פִּסֵּחַ וְחֹלֶה אֵין רָע הַקְרִיבֵהוּ נָא לְפֶחָתֶךָ הֲיִרְצְךָ
vekhi taggichou pissea'h ve'hole eyn ra hakrivehou na lefe'hatekha hayirtsekha
… Si vous apportez un boiteux et un malade, n'est-ce pas un mal ? peut-être l'apporterez-vous à votre pacha (à votre dirigeant) ?
Quand les Perses dominaient sur la Terre sainte, on appelait les dirigeants pa'ha. Et, en conséquence, telle ou telle région de gouvernement s'appelait pa'hva, pachalik. Puis les Turcs ont emprunté ce nom, et c'est pourquoi beaucoup, sans doute, ont entendu l'expression « pacha turc ». Ici le Très-Haut propose – essayez de lui apporter en cadeau un tel animal.
אוֹ הֲיִשָּׂא פָנֶיךָ אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת׃
o hayissa fanekha amar adonay tsvaot
… Sera-t-il content et te montrera-t-il de la bienveillance ? » – dit le SEIGNEUR des armées.
Le Très-Haut dit : « Essayez d'offrir une telle chose à un roi terrestre, observez sa réaction. Faisons une expérience ».
וְעַתָּה חַלּוּ־נָא פְנֵי־אֵל וִיחָנֵנוּ מִיֶּדְכֶם הָיְתָה זֹּאת הֲיִשָּׂא מִכֶּם פָּנִים אָמַר
יְהוָה צְבָאוֹת׃
ve'atta 'hallou na fney el vi'haneni miyedkhem hayta zot hayissa mikkem panim amar adonay tsvaot
9 « Et maintenant vous demandez à Dieu qu'il vous fasse grâce ? C'est de vos mains que tout cela est venu. Vous avez vous-mêmes attiré sur vous ce malheur. Comptez-vous vraiment qu'il accepte de vous ce sacrifice ? » – dit le SEIGNEUR.
Comptez-vous vraiment qu'Il, le Roi céleste, accepte le sacrifice que même un roi terrestre n'accepterait pas.
מִי גַם־בָּכֶם וְיִסְגֹּר דְּלָתַיִם וְלֹא־תָאִירוּ מִזְבְּחִי חִנָּם אֵין־לִי חֵפֶץ בָּכֶם אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת וּמִנְחָה לֹא־אֶרְצֶה מִיֶּדְכֶם׃
mi gam bakhem veyisgor delatayim velo ta'irou mizbe'hi 'hinnam eyn li 'hefets bakhem amar adonay tsvaot oumin'ha lo ertse miyedkhem
10 « qui donc parmi vous fermerait les portes (peut-être se trouvera-t-il là quelqu'un parmi vous qui fermera les portes du Temple, pour que vous ne veniez plus ici), pour que vous n'éclairiez pas (du mot lumière) En vain mon autel (éteignez donc déjà la lumière, tournez l'interrupteur, fermez les portes et oubliez le chemin de mon autel) ? Je n'ai aucun désir envers vous, – a dit le SEIGNEUR, – Et d'aucun don de vous je n'ai besoin.
כִּי מִמִּזְרַח־שֶׁמֶשׁ וְעַד־מְבוֹאוֹ גָּדוֹל שְׁמִי בַּגּוֹיִם וּבְכָל־מָקוֹם מֻקְטָר מֻגָּשׁ לִשְׁמִי וּמִנְחָה טְהוֹרָה כִּי־גָדוֹל שְׁמִי בַּגּוֹיִם אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת׃
ki mimmizra'h chemech ve'ad mevo'o gadol chmi baggoyim ouvekhol makom mouktar mouggach lichmi oumin'ha tehora ki gadol chmi baggoyim amar adonay tsvaot
11 Car du lever du soleil jusqu'à son coucher (dans ce cas, de l'orient à l'occident) Grand est mon nom parmi les peuples, Et en tout lieu un encensement en mon nom Et un don pur, Car grand est mon nom parmi les peuples.
Une phrase très difficile à comprendre. À ce moment-là, autant que nous sachions, seul le peuple d'Israël sert le Très-Haut. Et on peut le comprendre ainsi. « Si je m'étais adressé à l'un des autres peuples, en tout lieu on m'aurait apporté le meilleur du meilleur et on m'aurait donné le meilleur encensement en mon honneur ».
Une autre compréhension dit que, surtout après le décret sur la restauration de Jérusalem, quand tous les peuples ont vu comment le Très-Haut manifeste son amour envers son peuple, sont apparus des justes qui ont pris conscience de la force du Très-Haut et se sont mis à brûler de l'encens pour Lui et à apporter des sacrifices. Il y a aussi une telle compréhension, pharisienne pourrait-on dire, selon laquelle les sages enseignent la Torah dans le monde entier, et cela est comme un encensement et comme un sacrifice. Et ici il y a une opposition entre les prêtres et les sages.
Encore une compréhension dit que même parmi les idolâtres, parmi ceux qui se prosternent devant les idoles, il y en a qui comprennent que derrière tout cela il y a un Dieu unique. « Et pourtant c'est Moi qu'ils glorifient et comprennent ».
וְאַתֶּם מְחַלְּלִים אוֹתוֹ בֶּאֱמָרְכֶם שֻׁלְחַן אֲדֹנָי מְגֹאָל הוּא וְנִיבוֹ נִבְזֶה אָכְלוֹ׃
ve'attem me'hallelim oto be'emarkhem choul'han adonay mego'al hou venivo nivze akhlo
12 « Et vous, vous dénigrez, vous déshonorez mon nom (ce Nom qui est glorifié parmi les païens). Vous le dénigrez quand vous dites : “Cet autel répugnant du Très-Haut. Vous salissez par vos paroles abjectes ce que vous apportez sur l'autel”.
On peut le comprendre aussi ainsi : simplement pitoyable est ce don qui est apporté au SEIGNEUR. Ou on peut le comprendre aussi ainsi : il n'y a aucun profit, les revenus de cet autel sont insignifiants. Une expression très difficile à comprendre. D'où de nombreuses variantes de traduction.
וַאֲמַרְתֶּם הִנֵּה מַתְּלָאָה וְהִפַּחְתֶּם אוֹתוֹ אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת וַהֲבֵאתֶם גָּזוּל וְאֶת־הַפִּסֵּחַ וְאֶת־הַחוֹלֶה וַהֲבֵאתֶם אֶת־הַמִּנְחָה הַאֶרְצֶה אוֹתָהּ מִיֶּדְכֶם אָמַר יְהוָה׃
va'amartem hinne mattla'a vehippa'htem oto amar adonay tsvaot vahavetem gazoulLa translittération de l'original porte ici « gadol » (grand), alors que l'hébreu dit « gazoul » (volé), et elle ajoute une consonne finale à « ha'hole » (le malade) ; nous suivons l'hébreu. ve'et happissea'h ve'et ha'hole vahavetem et hammin'ha ha'ertse ota miyedkhem amar adonay
13 Et vous dites : « voici un animal faible, décrépit ». et vous le pomponnez et me l'apportez en sacrifice. vous dites : « voici une peine, voici bien une corvée d'apporter un sacrifice ». et vous tirez des tronches mécontentes ».
On peut comprendre ainsi, et ainsi. L'un comme l'autre est fort peu flatteur à l'égard des kohanim. Le Très-Haut dit : « Je vous aime. J'aime tout le peuple, pas seulement les kohanim ». Cette conversation avec les kohanim, comme nous le voyons dès le premier verset du premier chapitre, ce n'est pas une conversation avec les kohanim en tête-à-tête, c'est une conversation avec le peuple en présence de tout le peuple, et avec les kohanim au sujet des kohanim. Le Très-Haut s'adresse ici non pas aux kohanim, mais avant tout à tout le peuple, qu'ils servent, et dit : « Je vous aime, mais vous avez un problème : vos kohanim se sont gâtés, vos serviteurs se sont gâtés. Je ne vous ai pas aimés pour quelque mérite, Je vous ai aimés comme ça, tout simplement. Mais où est le respect ? Où est le respect de la part de ceux qui doivent être à l'avant-garde, devant tout le peuple dans ce respect, dans cette révérence ? Où sont le respect et la révérence des kohanim, quand votre mission, mission honorable, grande mission de la prêtrise, qui vous a été imposée, est pour vous une corvée, est pour vous une sorte de peine dont on ne tire aucun profit, et vous tous n'attendez que du profit. Et vous apportez ce qui a été pillé, ce qui a été acquis malhonnêtement ». Et le boiteux, et le malade. Vous raisonnez : « Puisque le Très-Haut mange n'importe quoi, donnons-Lui n'importe quoi, c'est cela que nous apporterons. Si de toute façon cet autel ne rapporte aucun revenu, déchargeons sur lui, donnons-y tout ce qui n'y convient pas. Le meilleur, nous le donnons au gouverneur, ce qui est moins bon, nous le prenons pour nous, et le troisième choix ou le septième choix, cela ira bien au Très-Haut, sur l'autel. Il mangera tout de toute façon ». Ce don, vous me l'apportez ».
הַאֶרְצֶה אוֹתָהּ מִיֶּדְכֶם אָמַר יְהוָה׃
ha'ertse ota miyedkhem amar adonay
… Pensez-vous vraiment que je voudrai l'accepter de vos mains, dit le SEIGNEUR ?
וְאָרוּר נוֹכֵל וְיֵשׁ בְּעֶדְרוֹ זָכָר וְנֹדֵר וְזֹבֵחַ מָשְׁחָת לַאדֹנָי כִּי מֶלֶךְ גָּדוֹל אָנִי אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת וּשְׁמִי נוֹרָא בַגּוֹיִם׃
ve'arour nokhel veyech be'edro zakhar venoder vezovea'h mach'hat la'adonay ki melekh gadol ani amar adonay tsvaot ouchmi nora vaggoyim
14 « maudit est le trompeur qui a dans son troupeau un mâle sans défaut, et il a fait un vœu, et il sacrifie au Très-Haut un sacrifice pourri, car je suis un grand roi, – dit le SEIGNEUR, – et mon nom inspire la crainte parmi les païens (ou fait trembler les païens) ».
Le SEIGNEUR dit : « Maudit celui qui a un bon animal dans son troupeau, mais M'apporte quelque animal malade. On ne peut pas agir ainsi avec Moi, car Je suis le Grand Roi. Si le pacha, votre gouverneur perse, n'accepte pas de vous un tel don, comment pouvez-vous compter que j'accepte cela de vous ? »
C'est la fin du premier chapitre. Nous continuerons à lire le deuxième chapitre.
וְעַתָּה אֲלֵיכֶם הַמִּצְוָה הַזֹּאת הַכֹּהֲנִים׃
ve'atta alekhem hammitsva hazzot hakkohanim
1 « Maintenant donc Voici pour vous ce commandement, kohanim.
Ici, c'est une adresse aux kohanim, mais la conversation, comme nous l'avons lu au tout début, se déroule devant tout le peuple. Le Très-Haut ne fait pas ici de messes basses avec les kohanim, mais parle publiquement de ce qui peut leur arriver.
אִם־לֹא תִשְׁמְעוּ וְאִם־לֹא תָשִׂימוּ עַל־לֵב לָתֵת כָּבוֹד לִשְׁמִי אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת וְשִׁלַּחְתִּי בָכֶם אֶת־הַמְּאֵרָה וְאָרוֹתִי אֶת־בִּרְכוֹתֵיכֶם
im lo tichme'ou ve'im lo tassimou al lev latet kavod lichmi amar adonay tsvaot vechilla'hti vakhem et hamme'era ve'aroti et birkhoteykhem
2 Si vous n'écoutez pas, si vous ne prenez pas à cœur de rendre honneur, de vénérer mon nom, – dit le SEIGNEUR Tsvaot, – j'enverrai sur vous des malédictions (on peut comprendre et traduire cela aussi comme Je vais envoyer la malédiction à travers vous, vous deviendrez une malédiction), et je ferai de votre bénédiction une malédiction…
Nous savons par le livre de Bémidbar (chapitre 6) que l'une des tâches, l'un des privilèges des kohanim, c'est de bénir le peuple d'Israël. Il est dit : « Et vous prononcerez Mon Nom sur les fils d'Israël, et Je les bénirai ». Ici le SEIGNEUR dit : « Je les maudirai. Votre bénédiction, Je la ferai malédiction ».
וְגַם אָרוֹתִיהָ כִּי אֵינְכֶם שָׂמִים עַל־לֵב׃
ve gam arotiha ki eynekhem samim al lev
… Et déjà, on peut dire, je l'ai maudite (votre bénédiction), parce que vous ne prenez pas à votre cœur, (vous ne corrigez pas votre cœur)
הִנְנִי גֹעֵר לָכֶם אֶת־הַזֶּרַע וְזֵרִיתִי פֶרֶשׁ עַל־פְּנֵיכֶם פֶּרֶשׁ חַגֵּיכֶם וְנָשָׂא אֶתְכֶם אֵלָיו׃
hineni go'er lakhem et hazzera vezeriti ferech al pneykhem perech 'haggekhemLa translittération de l'original commence ce mot par un h simple, alors que l'hébreu a la lettre 'Het ; nous suivons l'hébreu : 'haggekhem. venassa etkhem elav
3 je punirai vos descendants et je jetterai les excréments des sacrifices sur vos visages (il y a ici un jeu de mots : hazéra (semence) et zériti (j'ai dispersé). pas simplement des excréments, mais), les excréments de vos sacrifices. Et je vous jetterai dehors avec eux. (Je vous jetterai dehors, de la même façon qu'on jette dehors, qu'on jette les excréments).
וִידַעְתֶּם כִּי שִׁלַּחְתִּי אֲלֵיכֶם אֵת הַמִּצְוָה הַזֹּאת לִהְיוֹת בְּרִיתִי אֶת־לֵוִי אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת׃
vida'etem ki chilla'hti alekhem et hammitsva hazzot lihyot briti et levi amar adonay tsvaot
4 Et vous saurez que Je vous ai donné ce commandement, pour être avec l'alliance de Lévi, – a dit le SEIGNEUR. – Vous êtes ceux qui servent cette Alliance que J'ai conclue avec la tribu de Lévi en son temps.
בְּרִיתִי הָיְתָה אִתּוֹ הַחַיִּים וְהַשָּׁלוֹם וָאֶתְּנֵם־לוֹ מוֹרָא וַיִּירָאֵנִי וּמִפְּנֵי שְׁמִי נִחַת הוּא׃
briti hayata itto ha'hayim vehachalom va'etnem lo mora vayira'eni oumippney chmi ni'hat hou
5 Il y avait une Alliance avec lui : de vie et de paix. Et je leur ai donné la crainte, et ils craignaient, ils tremblaient devant Moi ET ÉTAIENT REMPLIS DE RÉVÉRENCE DEVANT Mon Nom.
תּוֹרַת אֱמֶת הָיְתָה בְּפִיהוּ וְעַוְלָה לֹא־נִמְצָא בִשְׂפָתָיו בְּשָׁלוֹם וּבְמִישׁוֹר הָלַךְ אִתִּי וְרַבִּים הֵשִׁיב מֵעָוֹן׃
torat emet hayata befihou ve'avla lo nimtsa visfatav bechalom ouvemichor halakh itti verabbim hechiv me'avon
6 La Torah véritable était dans leur bouche, Et il n'y avait aucune fausseté dans Sa bouche. par des chemins paisibles et droits il marchait. Paisiblement et droitement il marchait avec Moi, Et il en a détourné beaucoup de l'iniquité.
Quand Lévi servait, quand les kohanim servaient conformément à leur alliance et étaient dans l'alliance, ils ont pu en délivrer beaucoup du péché.
כִּי־שִׂפְתֵי כֹהֵן יִשְׁמְרוּ־דַעַת וְתוֹרָה יְבַקְשׁוּ מִפִּיהוּ כִּי מַלְאַךְ יְהוָה־צְבָאוֹת הוּא׃
ki siftey kohen yichmerou da'at vetora yevakchou mippihou ki malakh adonay tsvaot hou
7 Car la bouche du kohen garde la connaissance Et la Torah, on doit la demander de Sa bouche, Car Il est l'Ange (le messager) du SEIGNEUR des Armées, Il (c'est-à-dire que c'est au kohen qu'on doit s'adresser, et lui, en conséquence, doit être le messager de Dieu, du Dieu des armées)
וְאַתֶּם סַרְתֶּם מִן־הַדֶּרֶךְ הִכְשַׁלְתֶּם רַבִּים בַּתּוֹרָה שִׁחַתֶּם בְּרִית הַלֵּוִי אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת׃
ve'attem sartem min hadderekh hikhechaltem rabbim battora chi'hattem brit hallevi amar adonay tsvaot
8 Mais vous, vous vous êtes écartés du chemin, et, au contraire, vous avez permis à beaucoup de glisser dans la Torah, Et vous avez détruit l'alliance avec Lévi, – a dit le SEIGNEUR des Armées.
וְגַם־אֲנִי נָתַתִּי אֶתְכֶם נִבְזִים וּשְׁפָלִים לְכָל־הָעָם כְּפִי אֲשֶׁר אֵינְכֶם שֹׁמְרִים אֶת־דְּרָכַי וְנֹשְׂאִים פָּנִים בַּתּוֹרָה׃
vegam ani natatti etkhem nivzim ouchfalim lekhol ha'am kefi acher eynekhem chomrim et drakhay venossim panim battora
9 Et Je vous rendrai aussi méprisés et humiliés devant tout le peuple, Parce que vous ne gardez pas Mes chemins et que vous faites acception de personnes envers la Torah ». Ici se termine la haftara de la section hebdomadaire, c'est-à-dire le passage du livre des prophètes qui est lu avec la section hebdomadaire Toldot. La section hebdomadaire Toldot – section qui raconte la naissance d'Essav et de Yaakov, le début des affrontements entre eux, la vente du droit d'aînesse, la querelle à cause de la bénédiction – tout cela se reflète dans une certaine mesure dans l'histoire du prophète Malakhi, qui parle lui aussi de la bénédiction, de l'alliance et de l'amour du Très-Haut. Du fait que, oui, la faveur du Très-Haut va toujours à Yaakov, tandis qu'Essav est, disons, un personnage de second plan. Mais en même temps, ceux aussi qui se trouvent au tout premier plan, les kohanim aussi, avec qui il y a une alliance, envers qui il y a de l'amour, qui doivent exprimer l'amour du peuple pour le Très-Haut, eux peuvent changer la bénédiction en malédiction. L'essence de la bénédiction, c'est qu'elle est à double tranchant. Et si le peuple ne se ravise pas, si les kohanim ne cessent pas de mépriser le Nom du Très-Haut, cela peut très mal finir pour le peuple et pour les serviteurs du peuple. Et ce ne sont pas des paroles adressées seulement aux kohanim. Ce sont des paroles pour tout homme qui a pris sur lui, ou qui estime que le Très-Haut lui a donné la mission de Le servir, en l'établissant enseignant, guide. Oui, toute mission que le Très-Haut nous a donnée, on peut la transformer de bénédiction en malédiction si on la néglige. Et il faut constamment veiller sur soi et regarder à l'intérieur de soi.
Lisez aussi : 'Hayé Sara, Vayétsé, Toldot en format audio et les sections hebdomadaires de la Torah.