בֹּא
Bo
Pessa'h et la sortie d'Égypte
- Section hebdomadaire
- 15 sur 54
- Versets
- Chémot 10,1–13,16
- Parties
- 11
- Temps de lecture
- 3 h 13 min
- Vues
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Bo — section hebdomadaire sur les dernières plaies d'Égypte, Pessa'h et la sortie d'Israël de l'esclavage. Alex Blend analyse l'affrontement entre Moché et Pharaon, le premier commandement et les questions des enfants. Le sténogramme comprend l'hébreu, la translittération, la traduction, les commentaires de l'auteur et la haftara de Yirméyahou.
Bo : il y aura de quoi raconter
Chémot 10,1–20
Avec l'aide de Dieu, nous allons aujourd'hui, vous et moi, commencer à étudier la section hebdomadaire Bo. C'est la troisième section hebdomadaire du livre de Chémot. Nous continuons à lire sur l'affrontement entre Moché et Pharaon.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה בֹּא אֶל־פַּרְעֹה כִּי־אֲנִי הִכְבַּדְתִּי אֶת־לִבּוֹ וְאֶת־לֵב עֲבָדָיו לְמַעַן שִׁתִי אֹתֹתַי אֵלֶּה בְּקִרְבּוֹ׃
vayomer adonáy el-moché bo el-par'ó ki-aní hikhbádti et-libbó ve'et-lév avadáv lemá'an chití ototáy élle bekirbó
1 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Entre chez Pharaon » (ou allons chez Pharaon), car J'ai appesanti son cœur et le cœur de ses serviteurs, afin que Je place ces signes en son sein.
Usage très inhabituel du verbe lavo, venir (à l'impératif – bo). Il peut signifier venir quelque part, arriver à un lieu de destination, achever un chemin. Mais il peut aussi signifier une proposition d'aller. Ici on peut comprendre que le Très-Haut dit : « Moché, allons ensemble, allons chez Pharaon ».
C'est-à-dire, en d'autres termes : « Toute cette résistance que J'ai permise à Pharaon, quand il dit : bon, voyons ce que tu feras ensuite, bon, voyons ce que tu feras encore, – tout cela était pour que Je lui montre toute Ma force. Je ne voulais pas garder en réserve quelques miracles intéressants, Je voulais Me révéler dans toute Ma force ». Et ensuite le Très-Haut continue et explique une chose étonnante.
וּלְמַעַן תְּסַפֵּר בְּאָזְנֵי בִנְךָ וּבֶן־בִּנְךָ אֵת אֲשֶׁר הִתְעַלַּלְתִּי בְּמִצְרַיִם וְאֶת־אֹתֹתַי אֲשֶׁר־שַׂמְתִּי בָם וִידַעְתֶּם כִּי־אֲנִי יְהוָה׃
oulmá'an tesappér be'ozné vinkhá ouven-binkhá et achér hit'allálti bemitsráyim ve'et-ototáy acher-sámti vam vida'tém ki-ani adonáy
2 Afin que tu racontes dans la bouche de ton fils et du fils de ton fils ce que J'ai fait en Égypte, et vous raconterez comment Je Me suis joué de l'Égypte, et les miracles que J'ai faits parmi eux, et vous saurez que Je suis le SEIGNEUR.
Prêtons attention au mot hit'allalti (se moquer, se jouer de). La racine de ce mot est alila – action, on peut dire, le fait de tourner les pages. Mais quand on ajoute le préfixe it-, cela signifie que le verbe devient réfléchi. Par exemple, likhtov – c'est écrire, léhitkatév – s'écrire. Voilà, ce -sia russe se traduit en hébreu par le préfixe it-. C'est-à-dire : « Je Me suis moqué, Je Me suis joué, J'ai manifesté Ma force contre l'Égypte. Je donnais des forces à Pharaon, comme il le voulait, pour qu'il puisse se sentir fort et pour qu'on puisse voir ce combat de deux forces. Et en partie, c'était bien sûr une moquerie, parce que Pharaon l'avait choisi ainsi. Ainsi Je Me glorifiais, J'agissais et Je Me jouais de l'Égypte ».
Que nous révèle ici le Très-Haut ? Il a donné toute cette situation et a permis à toute cette situation de se développer, afin d'accomplir beaucoup de miracles, afin de montrer une longue résistance à Pharaon. Et tout cela pour que nous puissions écrire des mémoires, pour que nous ayons de quoi nous souvenir et de quoi transmettre à nos enfants, pour que nous puissions raconter combien notre SEIGNEUR est grand, fort et merveilleux, et que nous le transmettions à nos enfants.
וַיָּבֹא מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן אֶל־פַּרְעֹה וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו כֹּה־אָמַר יְהוָה אֱלֹהֵי הָעִבְרִים עַד־מָתַי מֵאַנְתָּ לֵעָנֹת מִפָּנָי שַׁלַּח עַמִּי וְיַעַבְדֻנִי׃
vayavó moché ve'aharón el-par'ó vayomeroú eláv ko-amár adonáy elohé ha'ivrím ad-matáy me'ánta le'anót mippanáy challá'h ammí veya'avdoúni
3 Et Moché et Aharon vinrent chez Pharaon, et lui dirent : « Ainsi a dit le SEIGNEUR Dieu des Hébreux : “Jusqu'à quand refuseras-tu de répondre à Ma demande ? Envoie Mon peuple, et ils Me serviront !
כִּי אִם־מָאֵן אַתָּה לְשַׁלֵּחַ אֶת־עַמִּי הִנְנִי מֵבִיא מָחָר אַרְבֶּה בִּגְבֻלֶךָ׃
ki im-ma'én attá lechalléya'h et-ammí hinení meví ma'hár arbé bigvoulékha
4 Car, si tu refuses d'envoyer Mon peuple, voici, demain J'amènerai des sauterelles dans tes frontières.
Remarquez, il se passe ici quelque chose de tout à fait étonnant. Le Très-Haut n'a pas dit à Moché ce qu'il fallait dire à Pharaon. Le Très-Haut n'a pas ordonné quelle plaie précisément annoncer. Et Moché parle des sauterelles. Parle-t-il de sa propre volonté, le Très-Haut le lui a-t-il dit, le Très-Haut lui a-t-il permis d'essayer une fois d'inventer lui-même une plaie ? Bon, en somme, bien sûr, pourquoi pas. Mais nous avons commencé par ce que le Très-Haut a dit à Moché : « Bo el-par'o (allons chez Pharaon) ». Le Très-Haut est venu avec Aharon et Moché, l'Esprit de Dieu est présent sur eux. Et par l'Esprit de Dieu (c'est ainsi, probablement, qu'on peut le comprendre) Moché annonce que la prochaine plaie de ce programme éducatif sera la sauterelle. Et nous nous souvenons que le Très-Haut a dit qu'Il fait tous ces miracles pour que nous et nos enfants ayons de quoi raconter. Chez le prophète Yoël (1,3–4) il est fait mention de la sauterelle : « Racontez-le à vos enfants, et vos enfants à leurs enfants, et les enfants de ces enfants à la génération suivante (c'est, en fait, une citation de la Torah). Ce qu'a laissé le gazam, la sauterelle l'a mangé (c'est l'une des traductions possibles, en réalité il est question ici de quatre espèces différentes de sauterelles), et ce qu'a laissé la sauterelle, le yélek l'a mangé, et ce qu'a laissé le yélek, le 'hassil l'a mangé ».
Ainsi, nous savons qu'il y a la sauterelle, en hébreu elle s'appelle arbé. Ce mot vient de deux significations : arbé au sens de multitude, une sorte d'immense nuée, un essaim de quelque chose et érvé, qui signifie détruire, faire périr. La sauterelle a plusieurs stades de développement différents. Dès qu'elle éclot, elle s'appelle yélek ou criquets. Ce sont encore des créatures pas développées, elles n'ont pas d'ailes développées, elles ne peuvent pas voler loin. Ensuite elles se transforment, à proprement parler, en ce que nous appelons arbé, simplement sauterelle. Et l'étape suivante de leur développement, c'est le 'hassil, du mot lé'hassél, tout détruire jusqu'à la racine. C'est la sauterelle la plus puissante, la sauterelle grégaire, qui se rassemble en essaim. Selon la saison et les particularités du climat, la sauterelle se développe d'une manière ou d'une autre. Elle peut ne jamais commencer à former des essaims, si elle a suffisamment de nourriture.
Ici il est question simplement de la sauterelle (arbé). Mais ce qui est intéressant, c'est que dans les Téhillim, quand les auteurs des psaumes se souviennent des plaies d'Égypte, ils nomment deux espèces supplémentaires de sauterelles : dans Téhillim 78,46 – ce sont le 'hassil et l'arbé, dans Téhillim 105,34 – ce sont le yélek et l'arbé. C'est-à-dire, qu'y a-t-il d'étonnant ici ? La sauterelle se trouve habituellement sous une seule de ses formes. Ici, comme dans le « Conte des Douze mois », ce qui est séparé dans le temps et dans l'espace s'est merveilleusement réuni. Le vent a poussé de toute la région plusieurs espèces différentes de sauterelles, qui d'habitude ne vont pas ensemble et qui, s'étant rassemblées, se sont abattues sur le pays. Et cet événement est si grandiose que des siècles plus tard le prophète Yoël aussi dit qu'on peut raconter cela aux enfants et aux petits-enfants. Et il se peut tout à fait qu'il parle par le même Esprit que Moché. Et peut-être voyons-nous ici un exemple de ce que Moché se manifeste dans la pratique comme Dieu pour Pharaon, ce que le Très-Haut lui avait promis (7,1), et qu'il peut lui-même proclamer une plaie, conduit par l'Esprit. C'est un phénomène étonnant.
Ainsi, les sauterelles des quatre espèces se jetteront et détruiront, rongeront tout, de la cime jusqu'aux racines ou des racines jusqu'à la cime. Voilà la menace qui sort de la bouche de Moché à l'adresse de Pharaon. Et Pharaon ? Pharaon se tient avec sa suite ou trône au milieu de sa suite : car le Très-Haut a dit qu'Il avait aussi appesanti les cœurs des serviteurs. Et Moché poursuit le récit et dit :
וְכִסָּה אֶת־עֵין הָאָרֶץ וְלֹא יוּכַל לִרְאֹת אֶת־הָאָרֶץ וְאָכַל אֶת־יֶתֶר הַפְּלֵטָה הַנִּשְׁאֶרֶת לָכֶם מִן־הַבָּרָד וְאָכַל אֶת־כָּל־הָעֵץ הַצֹּמֵחַ לָכֶם מִן־הַשָּׂדֶה׃
vekhissá et-én ha'árets veló youkhál lir'ót et-ha'árets ve'akhál et-yéter happeletá hannich'éret lakhém min-habbarád ve'akhál et-kol-ha'éts hattsoméya'h lakhém min-hassadé
5 Et elle couvrira l'œil de la terre, et elle anéantira le reste de ce qui a été préservé, ce qui vous est resté après la grêle, et elle mangera tout arbre qui pousse chez vous dans le champ.
C'est-à-dire que la sauterelle couvrira tout l'horizon. C'est bien ce qui arrive, elle fond réellement de cette manière, elle attaque en essaim. Un essaim de sauterelles, ce sont 100 milliards d'individus. Il est difficile de se représenter un tel nombre. Et ce sont 100 mille tonnes qu'elles anéantissent en une seule séance, en un seul accroupissement. Il n'y a aucun moyen de lutter contre la sauterelle, on cherche encore aujourd'hui des moyens de lutter contre elle. Et dans l'Égypte ancienne, à plus forte raison, il n'y avait aucun moyen pour cela. Et c'était clair : tout ce que la grêle n'avait pas achevé, tout ce qu'on avait réussi à sauver, tout ce qui n'avait pas encore mûri, tout ce qu'on avait réussi à mettre en réserve par un travail accablant – tout cela périrait. La sauterelle, premièrement, mangera tout jusqu'au dernier brin. Deuxièmement, il faut prêter attention à un détail assez important : il sera impossible de voir. Dans la plaie des sauterelles est déjà contenue dès le départ la plaie des ténèbres, dont il sera question plus tard. Déjà ici commenceront des problèmes d'orientation, parce qu'il sera impossible de voir la terre. Et Moché continue de peindre devant Pharaon un tableau haut en couleur.
וּמָלְאוּ בָתֶּיךָ וּבָתֵּי כָל־עֲבָדֶיךָ וּבָתֵּי כָל־מִצְרַיִם אֲשֶׁר לֹא־רָאוּ אֲבֹתֶיךָ וַאֲבוֹת אֲבֹתֶיךָ מִיּוֹם הֱיוֹתָם עַל־הָאֲדָמָה עַד הַיּוֹם הַזֶּה וַיִּפֶן וַיֵּצֵא מֵעִם פַּרְעֹה׃
oumale'oú vattékha ouvatté khol-avadékha ouvatté khol-mitsráyim achér lo-ra'oú avotékha va'avót avotékha miyom heyotám al-ha'adamá ad hayom hazzé vayífen vayetsé me'ím par'ó
6 Et tes maisons seront remplies d'elle, et les maisons de tes serviteurs, et toutes les maisons égyptiennes. Ce que n'ont pas vu tes pères et les pères de tes pères depuis qu'ils sont sur la terre jusqu'à ce jour ». Et il se retourna et sortit de chez Pharaon.
C'est la fin du discours de Moché. Moché a dit : « Si tu ne renvoies pas le peuple, une grande invasion de sauterelles se rassemblera ». Il faut dire que dans les chroniques, depuis les temps anciens jusqu'à nos années, on aime consigner les invasions de sauterelles. Le peuple reste affamé, il a davantage de temps, et beaucoup de vers et de poèmes sont composés sur le thème de la sauterelle, quelle ravageuse elle est. L'invasion de sauterelles est immortalisée dans la création orientale, nous le voyons chez le prophète Yoël, et il y a beaucoup de choses sur la sauterelle chez d'autres prophètes juifs. Et ici Moché ajoute : « Et ce sera quelque chose que vous n'avez absolument jamais vu ! »
Et Moché sort, bon, en claquant presque la porte. Il n'attend de Pharaon aucune réponse. D'un côté, il a dit : « Si tu ne renvoies pas… », de l'autre côté, il n'attend pas de réponse : « Une petite minute, vous ne m'avez pas écouté jusqu'au bout, et je voulais dire… ». Non, Moché n'attend rien, il se retourne et s'en va. Peut-être est-ce un effet secondaire de cet état de proximité avec Dieu qui a commencé par les mots bo el-par'o (allons chez Pharaon), comme nous l'avons déjà remarqué.
וַיֹּאמְרוּ עַבְדֵי פַרְעֹה אֵלָיו עַד־מָתַי יִהְיֶה זֶה לָנוּ לְמוֹקֵשׁשַׁלַּח אֶת־הָאֲנָשִׁים וְיַעַבְדוּ אֶת־יְהוָה אֱלֹהֵיהֶם הֲטֶרֶם תֵּדַע כִּי אָבְדָה מִצְרָיִם׃
vayomeroú avdé far'ó eláv ad-matáy yihyé ze lánou lemokéch challá'h et-ha'anachím veya'avdoú et-adonáy elohehém hatérem tedá ki avedá mitsráyim
7 Et les serviteurs de Pharaon lui dirent : « Jusqu'à quand cet homme sera-t-il pour nous un obstacle ? Renvoie donc enfin ces gens, qu'ils servent leur Dieu. Se peut-il que tu n'aies pas encore compris que l'Égypte périt ? »
Mokéch dans la langue moderne, c'est une mine (arme), mais ici c'est un obstacle, ce sur quoi nous trébuchons, un croche-pied et ainsi de suite. C'est-à-dire : « Jusqu'à quand allons-nous constamment nous jeter sur l'embrasure qui s'appelle Moché ? Jusqu'à quand allons-nous “pleurer comme des souris, mais continuer à manger ce cactus” ? Peut-être que cela suffit déjà ? »
Dans le hassidisme (et on peut d'ailleurs dire que c'est aussi le pchat, le sens simple de la Torah ici), quand un homme non croyant résiste au Très-Haut et pense : « Pour l'instant je ne vais pas encore écouter, je vais encore agir à ma façon, je n'accepte pas ces reproches », alors il commence à s'agiter, à chercher on ne sait quelles voies à lui, et à tout ce qui va se passer il trouvera une explication rationnelle, comme Pharaon en trouvait – jusqu'à ce qu'il entende, qu'il comprenne que « l'Égypte périt », que sans le Très-Haut c'est la perdition, que la guerre contre le Très-Haut est vouée à la perdition. C'est alors qu'il pourra changer quelque chose. C'est, à proprement parler, le test auquel ses serviteurs soumettent maintenant Pharaon. Remarquez que, bien que le Très-Haut ait appesanti aussi les cœurs des serviteurs, ils ne sont pas privés de la liberté de choix, ils peuvent dire : « Bon, oui, nous non plus, bien sûr, nous ne voulons pas, mais toute cette histoire de sauterelles, nous la voulons encore moins ».
וַיּוּשַׁב אֶת־מֹשֶׁה וְאֶת־אַהֲרֹן אֶל־פַּרְעֹה וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם לְכוּ עִבְדוּ אֶת־יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם מִי וָמִי הַהֹלְכִים׃
vayoucháv et-moché ve'et-aharón el-par'ó vayomer alehém lekhoú ivdoú et-adonáy elohekhém mi vamí haholekhím
8 Et on ramena Moché et Aharon chez Pharaon, et il leur dit : « Allez et servez votre Dieu ! Qui donc, chez vous, ira là-bas » ?
Dans la langue d'aujourd'hui, mi vami – c'est « Qui est qui », de courtes biographies de personnalités connues par pays, toutes les célébrités. Dans la langue biblique, c'est qui et qui, c'est-à-dire dans quelle composition vous voudrez aller. Car nous savons que, lorsque le peuple d'Israël est allé enterrer Yaakov, tout le peuple est allé, mais on a laissé le bétail et les enfants, c'était raisonnable, mais en même temps cela est devenu un précédent. Et maintenant Pharaon demande : « Qui ira, dans quelle composition voulez-vous aller ? »
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה בִּנְעָרֵינוּ וּבִזְקֵנֵינוּ נֵלֵךְ בְּבָנֵינוּ וּבִבְנוֹתֵנוּ בְּצֹאנֵנוּ וּבִבְקָרֵנוּ נֵלֵךְ כִּי חַג־יְהוָה לָנוּ׃
vayomer moché bin'arénou ouvizkinénou nelékh bevanénou ouvivnoténou betsonénou ouvivkarénou nelékh ki 'hag-adonáy lánou
9 Et Moché dit : « Avec les jeunes et avec les vieux nous irons, nous irons avec nos fils et avec nos filles, nous irons, nous, avec notre petit bétail et avec notre gros bétail, car c'est la fête de notre Dieu ».
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יְהִי כֵן יְהוָה עִמָּכֶם כַּאֲשֶׁר אֲשַׁלַּח אֶתְכֶם וְאֶת־טַפְּכֶם רְאוּ כִּי רָעָה נֶגֶד פְּנֵיכֶם׃
vayomer alehémLa translittération de l'original écrit ici un g dur au lieu du h de l'hébreu dans alehém (« à eux ») ; nous suivons l'hébreu. yehí khen adonáy immakhém ka'achér achallá'h etkhém ve'et-tappekhém re'oú ki ra'á néged penekhém
10 Et il leur dit : « Il en sera ainsi, que votre SEIGNEUR soit avec vous, quand je vous envoie, vous et vos enfants. Voyez, vous projetez le mal.
Les paroles de Pharaon peuvent aussi se comprendre ainsi : « Voyez, le malheur sera avec vous, si vous partez avec les enfants et avec les femmes, avec la partie faible de votre peuple. Vous ne les avez pas pris cette fois-là, cette fois-là il était logique de ne pas les prendre ». Et cette fois-là, la Torah nous a dit qu'on n'avait pas pris les enfants aux funérailles de Yaakov, parce que les enfants sont faibles à la marche. Ici, en revanche, Pharaon dit : « Voyez, rien de bon ne vous attend ». C'est pourquoi les hassidim aiment les commentaires qui disent que par'o (Pharaon) – c'est, d'après les lettres, pé (bouche) ra (mauvaise), puisque Pharaon dit tout le temps à l'homme des choses mauvaises : « Tu n'es nécessaire nulle part, à toi de rester esclave en Égypte, à quoi bon vous agiter, où voulez-vous aller, rien de bon ne sortira de vous ». Et c'est aussi une couche possible de compréhension. Le commentaire simple est que Pharaon dit : « Où donc vous apprêtez-vous à aller avec tous vos biens, avec vos femmes et vos enfants ? Mon cœur sent que vous tramez quelque chose de mauvais ! » Et il a une autre idée.
לֹא כֵן לְכוּ־נָא הַגְּבָרִים וְעִבְדוּ אֶת־יְהוָה כִּי אֹתָהּ אַתֶּם מְבַקְשִׁים וַיְגָרֶשׁ אֹתָם מֵאֵת פְּנֵי פַרְעֹה׃
lo khen lekhou-ná haggevarím ve'ivdoú et-adonáy ki otá attém mevakchím vaygárech otám me'ét pené far'ó
11 Nous n'agirons pas ainsi : que les hommes aillent et servent le Très-Haut, car c'est ce que vous demandez ». Et on les chassa de devant la face de Pharaon.
Pharaon, en substance, a dit : « Si vous voulez vraiment aller servir, vous prosterner – c'est une bonne chose. Mais qu'est-ce qu'une femme a à faire à l'église ? Elle n'a rien à y faire, une femme n'a pas à participer à la fête. Allez-y, les gars, laissez tout le monde, ainsi vous irez aussi plus vite, et votre adoration sera de qualité, et les enfants resteront en sécurité, et moi je serai tranquille ». Pharaon non plus n'a voulu écouter aucune objection et là-dessus il les a chassés. Il essaie de se conduire de façon tout aussi impolie.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה נְטֵה יָדְךָ עַל־אֶרֶץ מִצְרַיִם בָּאַרְבֶּה וְיַעַל עַל־אֶרֶץ מִצְרָיִם וְיֹאכַל אֶת־כָּל־עֵשֶׂב הָאָרֶץ אֵת כָּל־אֲשֶׁר הִשְׁאִיר הַבָּרָד׃
vayomer adonáy el-moché neté yadekhá al-érets mitsráyim ba'arbé veyá'al al-érets mitsráyim veyokhál et-kol-éssev ha'árets et kol-achér hich'ír habbarád
12 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Étends ta main sur le pays d'Égypte avec la sauterelle, et elle montera sur le pays d'Égypte, et elle mangera toute l'herbe de la terre, tout ce qu'a laissé la grêle ».
Prêtons attention au fait que le Très-Haut dit à Moché : « Étends ta main avec le bâton, étends-la sur la sauterelle ». C'est-à-dire que, même lorsque nous agissons selon la volonté de Dieu, il doit y avoir une intention à l'intérieur : « Je ne lève pas simplement, je ne fais pas un quelconque exercice de gymnastique, je lève avec un ordre, que ce sera la sauterelle. Et Dieu fait de moi un collaborateur pour que, selon ma parole, cette intention qui est la mienne conduise justement à ce qu'il y ait une invasion de sauterelles ».
וַיֵּט מֹשֶׁה אֶת־מַטֵּהוּ עַל־אֶרֶץ מִצְרַיִם וַיהוָה נִהַג רוּחַ קָדִים בָּאָרֶץ כָּל־הַיּוֹם הַהוּא וְכָל־הַלָּיְלָה הַבֹּקֶר הָיָה וְרוּחַ הַקָּדִים נָשָׂא אֶת־הָאַרְבֶּה׃
vayét moché et-mattéhou al-érets mitsráyim vadonáy nihag roua'h-kadím ba'árets kol-hayom hahou vekhol-halláyla habbóker hayá veroúa'h hakkadím nassá et-ha'arbé
13 Et Moché étendit son bâton sur Mitsraïm, et le SEIGNEUR dirigea un esprit venant de l'est sur la terre, et tout le jour, et toute la nuit, et tout le matin il y eut le vent d'est, et le vent apportait la sauterelle.
וַיַּעַל הָאַרְבֶּה עַל כָּל־אֶרֶץ מִצְרַיִם וַיָּנַח בְּכֹל גְּבוּל מִצְרָיִם כָּבֵד מְאֹד לְפָנָיו לֹא־הָיָה כֵן אַרְבֶּה כָּמֹהוּ וְאַחֲרָיו לֹא יִהְיֶה־כֵּן׃
vayá'al ha'arbé al kol-érets mitsráyim vayána'h bekhól gevoúl mitsráyim kavéd me'ód lefanáv lo-háya khen arbé kamóhou ve'a'haráv lo yihye-kén
14 Et la sauterelle monta sur tout le pays d'Égypte, et elle se posa, elle s'installa dans toutes les frontières égyptiennes, et elle était très lourde ; jusqu'alors il n'y avait pas eu autant de sauterelles et plus tard non plus il n'y en eut pas autant.
וַיְכַס אֶת־עֵין כָּל־הָאָרֶץ וַתֶּחְשַׁךְ הָאָרֶץ וַיֹּאכַל אֶת־כָּל־עֵשֶׂב הָאָרֶץ וְאֵת כָּל־פְּרִי הָעֵץ אֲשֶׁר הוֹתִיר הַבָּרָד וְלֹא־נוֹתַר כָּל־יֶרֶק בָּעֵץ וּבְעֵשֶׂב הַשָּׂדֶה בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vaykhás et-én kol-ha'árets vatte'hchákh ha'árets vayokhal et-kol-éssev ha'árets ve'ét kol-perí ha'éts achér hotír habbarád velo-notár kol-yérek ba'éts ouv'éssev hassadé bekhol-érets mitsráyim
15 Et elle couvrit les yeux de toute la terre (on peut dire que cette sauterelle aveuglait les yeux), et la terre s'obscurcit, et elle mangea toute l'herbe de la terre et tous les fruits des arbres qu'avait laissés la grêle, et il ne resta aucune verdure sur l'arbre et sur l'herbe des champs dans tout le pays d'Égypte.
Et voilà, c'est encore une occasion de rappeler que le mot « tout » ne signifie pas tout, après chaque « tout » encore un tout petit peu, quelque chose reste. Tout, c'est presque tout. Pourquoi ? Parce que le Très-Haut, nous l'avons dit, appesantit le cœur de Pharaon en lui laissant tout le temps l'espoir, tout le temps il a une certaine possibilité d'esquiver la punition, tout le temps il espère quelque chose.
C'est très effrayant à voir, on a eu l'occasion de le voir dans le Néguev, quand la sauterelle s'abattait sur des exploitations juives. Cela s'est passé de façon encore plus effrayante dans l'Égypte moderne il y a quelques années. La sauterelle détruit réellement tout, sans rien laisser derrière elle, et il est impossible de l'empoisonner, parce que l'essaim se multiplie très vite, s'envole plus vite qu'il n'a le temps de mourir, mange tout en énormes quantités, et même après la grêle il n'y a pas de tels dégâts qu'après la sauterelle. C'est pourquoi nous disons que cette invasion de sauterelles en quatre espèces, aux quatre stades de développement, est une histoire légendaire que (comme le dit ici Moché et comme le dit le prophète Yoël) on transmettra de bouche en bouche.
וַיְמַהֵר פַּרְעֹה לִקְרֹא לְמֹשֶׁה וּלְאַהֲרֹן וַיֹּאמֶר חָטָאתִי לַיהוָה אֱלֹהֵיכֶם וְלָכֶם׃
vaymahér par'ó likró lemoché oul'aharón vayomer 'hatáti ladonáy elohekhém velakhém
16 Et Pharaon se hâta d'appeler Moché et Aharon, et il dit : « J'ai péché devant votre Dieu et devant vous.
וְעַתָּה שָׂא נָא חַטָּאתִי אַךְ הַפַּעַם וְהַעְתִּירוּ לַיהוָה אֱלֹהֵיכֶם וְיָסֵר מֵעָלַי רַק אֶת־הַמָּוֶת הַזֶּה׃
ve'attá sa na 'hattatí akh happá'am vehatírou ladonáy elohekhém veyassér me'aláy rak et-hammávet hazzé
17 Et maintenant portez cette fois encore mon péché, et faites appel auprès du SEIGNEUR Votre Dieu, et Il l'ôtera de moi, que seulement Il ôte de moi cette mort.
Le mot sa signifie à la fois pardonner, et porter sur soi. Justement, dans ce cas précis, le mot pardon est employé au sens de pardon du péché : prends-le sur toi, négocie, règle toi-même ce péché, sois l'intercesseur de l'accord sur le pardon de ce péché. Voilà dans quel sens est employée ici l'expression sa na 'hatati – portez, transportez mon péché.
En d'autres termes : « Je reconnais que j'ai péché, portez mon péché, prenez mon péché et présentez-vous devant le Très-Haut ». Pharaon, à aucune étape, ne communique lui-même avec le Très-Haut. On pourrait, semble-t-il, voir et essayer de parler sans négociateurs, mais Pharaon est clairement attaché au schéma selon lequel le SEIGNEUR a dit à Moché : « Je ferai de toi un Dieu pour Pharaon ». Pharaon ne peut pas parler directement, il n'a pas de forces pour cela, il n'en a même pas la possibilité intérieure, et Pharaon demande qu'on prie pour lui. Je ne sais pas quel aurait été le résultat si Pharaon avait prié lui-même, mais ici Pharaon dit : « J'ai péché, je reconnais ma faute, la mesure, le degré, la profondeur – je reconnais tout, seulement ôtez de moi cette mort ».
וַיֵּצֵא מֵעִם פַּרְעֹה וַיֶּעְתַּר אֶל־יְהוָה׃
vayetsé me'ím par'ó vayetár el-adonáy
18 Et il sortit de chez Pharaon, et fit appel auprès du Très-Haut, demanda au Très-Haut d'annuler la sentence.
וַיַּהֲפֹךְ יְהוָה רוּחַ־יָם חָזָק מְאֹד וַיִּשָּׂא אֶת־הָאַרְבֶּה וַיִּתְקָעֵהוּ יָמָּה סּוּף לֹא נִשְׁאַר אַרְבֶּה אֶחָד בְּכֹל גְּבוּל מִצְרָיִם׃
vayahafókh adonáy roua'h-yám 'hazák me'ód vayissá et-ha'arbé vayitka'éhou yámma souf lo nich'ár arbé e'hád bekhól gevoúl mitsráyim
19 Et le SEIGNEUR fit, le SEIGNEUR tourna un vent de la mer très fort, et il emporta la sauterelle, et elle fut jetée dans la mer Rouge (Yam Souf, en hébreu la mer des Roseaux), il ne resta même pas une seule petite sauterelle dans toute l'Égypte.
Il semblerait qu'ici Pharaon n'ait plus qu'à se rendre, mais le Très-Haut va encore renforcer le cœur de Pharaon.
וַיְחַזֵּק יְהוָה אֶת־לֵב פַּרְעֹה וְלֹא שִׁלַּח אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
vay'hazzék adonáy et-lév par'ó veló chillá'h et-bené yisraél
20 Et le SEIGNEUR renforça le cœur de Pharaon (le SEIGNEUR donna des forces à Pharaon cette fois encore), et il n'envoya pas les fils d'Israël.
Palper l'obscurité
Chémot 10,21–11,3
La dernière fois, nous nous sommes arrêtés sur le fait que Pharaon, bien qu'il ait proposé certains compromis (après la défaite de l'Égypte par les sauterelles), n'a tout de même pas laissé partir le peuple d'Israël. Et ensuite nous lisons la suite de cet affrontement.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה נְטֵה יָדְךָ עַל־הַשָּׁמַיִם וִיהִי חֹשֶׁךְ עַל־אֶרֶץ מִצְרָיִם וְיָמֵשׁ חֹשֶׁךְ׃
vayomer adonáy el-moché neté yadekhá al-hachamáyim víhi 'hóchekh al-érets mitsráyim veyaméch 'hóchekh
21 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Étends ta main vers les cieux, et il y aura l'obscurité dans toute la terre d'Égypte ». Et elle s'épaissit.
Souvenez-vous, la toute première phrase que le Très-Haut dit dans la Torah, c'est yéhi or – il y aura la lumière ! Ici – l'antonyme direct : vihi 'hochékh – et il y aura l'obscurité. Et cette obscurité, apparemment, n'est pas simple : l'obscurité est devenue palpable au toucher. L'obscurité a commencé à se faire sentir. Quand Rivka persuade Yaakov d'aller recevoir la bénédiction de Yits'hak, Yaakov dit : « Peut-être que mon père me palpera (yémouchéni) ». Et ici, c'est le même verbe : il est devenu possible de palper les ténèbres. Beaucoup de commentateurs disent que vihi or – vihi 'hochékh (et la lumière fut – et l'obscurité fut) – ce parallèle n'existe pas pour rien. Tout comme le Très-Haut a prévu pour les justes la lumière de la création (nous le lisons dans les Téhillim), la lumière cachée pour le juste, il existe aussi des ténèbres cachées pour le méchant – ces ténèbres mêmes qui sont « au-dessus de l'abîme », qui cachent l'enfer aux méchants. C'est l'une des manières de comprendre pourquoi les ténèbres se sont épaissies. Car les ténèbres ne sont pas physiques, pas matérielles – il est vraiment difficile de les palper. Mais ces ténèbres sont comme celles qui viennent avec toutes les peurs d'enfant, avec la crainte des ténèbres. Il existe une maladie ou un phénomène psychologique appelé nyctophobie – la peur de l'obscurité. Et elle est liée, à son tour, à la peur de la mort. L'homme dans l'obscurité commence à penser à la mort et, par conséquent, à avoir peur de la mort. Et voilà que les ténèbres se sont épaissies, une sensation comme si la mort touchait l'homme. Un bon sujet pour un film d'horreur, seulement les Égyptiens l'ont vu dans la vie réelle.
Dans le judaïsme, il existe une notion – comme les paroles dites avec audace (quelque chose comme : si je n'avais pas peur de le dire, je le dirais, à peu près ainsi). Baroukh Epstein, rabbin, auteur du commentaire Torah témima (la Torah complète), traduit aussi en russe (malheureusement, Rav Baroukh a péri dans l'Holocauste), a écrit que, peut-être, ces ténèbres étaient en réalité une maladie des yeux. Il existe un midrach, un midrach ancien, qui dit que les ténèbres avaient l'épaisseur d'un denier. Et voilà que Rav Baroukh pose la question : quelle épaisseur peuvent avoir des ténèbres ? Et il dit que, peut-être, ces ténèbres sont une maladie des yeux. Il existe une maladie où l'œil se recouvre en quelque sorte. Elle est répandue justement au Proche-Orient. Et dans son cas extrême, cela mène à la cécité. Mais cela peut aussi être une cataracte, quand quelque chose pèse sur les yeux. D'une manière ou d'une autre, nous pouvons nous représenter que ce ne sont pas des ténèbres ordinaires, pas une absence de lumière. Ce n'est pas une nuit classique qui s'est prolongée pendant trois jours entiers, sinon tout n'aurait pas été si compliqué. Après tout, après une longue interruption, après qu'il y a eu des plaies de toutes sortes, trois jours de ténèbres – bon, qu'est-ce que c'est, trois jours, on peut bien rattraper son sommeil. Mais non, ici il y avait une grande peur, comme le Très-Haut l'avait d'ailleurs promis.
וַיֵּט מֹשֶׁה אֶת־יָדוֹ עַל־הַשָּׁמָיִם וַיְהִי חֹשֶׁךְ־אֲפֵלָה בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרַיִם שְׁלֹשֶׁת יָמִים׃
vayét moché et-yadó al-hachamáyim vayhí 'hochekh-afelá bekhol-érets mitsráyim chelóchet yamím
22 Et Moché étendit sa main vers les cieux, et il y eut ténèbres et brume dans toute la terre d'Égypte pendant trois jours.
Le mot aféla ressemble davantage au mot brume, brouillard, sortes d'amas épais d'air, c'est-à-dire que l'obscurité et le brouillard viennent ensemble.
לֹא־רָאוּ אִישׁ אֶת־אָחִיו וְלֹא־קָמוּ אִישׁ מִתַּחְתָּיו שְׁלֹשֶׁת יָמִים וּלְכָל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל הָיָה אוֹר בְּמוֹשְׁבֹתָם׃
lo-ra'oú ich et-a'hív velo-kámou ich mitta'htáv chelóchet yamím oulkhol-bené yisraél háya or bemochevotám
23 Un homme ne voyait pas son frère, et un homme ne se levait pas (un homme ne sortait pas) de sa place pendant trois jours, mais chez tous les fils d'Israël il y avait de la lumière dans leurs demeures.
Les commentateurs disent : « Eh bien voilà, le résultat de relations compliquées entre les Égyptiens, qui ne se souciaient pas les uns des autres, et ils en sont arrivés à ne pas se voir les uns les autres, à trébucher les uns sur les autres. Et, comme il est écrit ici, “un homme ne se levait pas de sa place”. Ich mita'htav – c'est littéralement l'homme depuis son dessous, l'homme depuis son siège. Mais en somme cela signifie que l'homme ne sortait pas de sa maison. Pendant trois jours ils ne se levaient pas, pendant trois jours cela a duré en Égypte, quand les gens étaient enveloppés d'une obscurité effrayante.
Mais cette plaie n'a pas touché les Israélites. Ici, ce serait une idée raisonnable (le Très-Haut ne l'a pas soufflée à Moché, et il n'est pas venu à l'esprit de Moché lui-même), pendant que les Égyptiens sont assis dans l'obscurité, de se rassembler et de partir à trois jours de chemin. Mais personne ne s'est mis à fuir. Le peuple attend que, comme l'a dit le Très-Haut, Pharaon lui-même renvoie le peuple d'Israël. Cette peur de l'obscurité a agi plus vite que n'importe quelle autre plaie.
וַיִּקְרָא פַרְעֹה אֶל־מֹשֶׁה וַיֹּאמֶר לְכוּ עִבְדוּ אֶת־יְהוָה רַק צֹאנְכֶם וּבְקַרְכֶם יֻצָּג גַּם־טַפְּכֶם יֵלֵךְ עִמָּכֶם׃
vayikrá far'ó el-moché vayomer lekhoú ivdoú et-adonáy rak tsonekhém ouvkarkhém youttság gam-tappekhém yelékh immakhém
24 Et Pharaon appela Moché, et lui dit : « Allez, servez le SEIGNEUR, seulement votre petit bétail et votre gros bétail se tiendra ici pour vous, et que vos enfants aillent avec vous ».
Ici Pharaon connaît déjà le nom du Très-Haut, il a fait Sa connaissance. Avant, il disait : « Je ne sais pas qui c'est », maintenant il dit : « Je sais, allez, servez-Le ».
Et il ajoute que tous ne partent pas, que votre bétail vous représentera ici, en fait, restera en gage. Le mot léyatség signifie être représentant, natsig – représentant, tétsouga – exposition, hatsaga – représentation. C'est-à-dire quelque chose qui sera le gage que vous reviendrez ici. C'est, du point de vue de Pharaon, assez logique. Nous nous souvenons que, quand on est allé enterrer Yaakov, tout le peuple est parti, mais on a laissé le bétail, on a même laissé les enfants. Maintenant Pharaon laisse partir les enfants, il ne garde que le bétail. En fait, c'est l'accomplissement de ce que le Très-Haut a ordonné. Le Très-Haut a dit : « Laisse partir mon peuple à trois jours de chemin », et Pharaon dit : « Voici, je vous laisse partir, mais, pour que nous sachions tous les deux que c'est à trois jours de chemin, vous laisserez ici le petit et le gros bétail ».
Pharaon ajoute, pour plus de clarté, que vos enfants partent avec vous. Taf – ce ne sont généralement pas seulement les petits bambins, mais aussi ceux qui s'en occupent, autrement dit, les enfants et les mères qui allaitent, c'est-à-dire la partie la plus faible du peuple. Pharaon les place dans la liste après le bétail : « Vous partirez, le bétail ne partira pas, le taf partira ». D'habitude ces femmes s'occupaient aussi du bétail, en restant dans les tentes, et les enfants dès leur plus jeune âge s'en occupaient aussi. Nous savons qu'il y avait beaucoup de jeunes filles bergers, même dans la Torah sont mentionnées des jeunes bergères.
Ainsi, Pharaon dit en fait : « J'accepte ce que le SEIGNEUR exige de moi, allez et servez-Le, mais laissez ici en gage votre bétail ». Moché ne peut pas accepter une telle proposition.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה גַּם־אַתָּה תִּתֵּן בְּיָדֵנוּ זְבָחִים וְעֹלוֹת וְעָשִׂינוּ לַיהוָה אֱלֹהֵינוּ׃
vayomer moché gam-attá tittén beyadénou zeva'hím ve'olót ve'assínou ladonáy elohénou
25 Et Moché dit : « Et toi, tu nous donneras dans les mains des sacrifices et des holocaustes, et nous les offrirons à notre SEIGNEUR.
וְגַם־מִקְנֵנוּ יֵלֵךְ עִמָּנוּ לֹא תִשָּׁאֵר פַּרְסָה כִּי מִמֶּנּוּ נִקַּח לַעֲבֹד אֶת־יְהוָה אֱלֹהֵינוּ וַאֲנַחְנוּ לֹא־נֵדַע מַה־נַּעֲבֹד אֶת־יְהוָה עַד־בֹּאֵנוּ שָׁמָּה׃
vegam-miknénou yelékh immánou lo ticha'ér parsá ki mimménou nikká'h la'avód et-adonáy elohénou va'aná'hnou lo-nedá ma na'avód et-adonáy ad-bo'énou chámma
26 Et notre bétail aussi ira avec nous, et pas un seul sabot même ne restera ici, car de tout nous prendrons pour servir le SEIGNEUR notre Dieu, et nous ne saurons pas comment nous servirons Dieu, jusqu'à ce que nous arrivions là-bas.
Moché dit : « Et non seulement nous partirons, mais en plus tu nous donneras par-dessus le marché notre bétail, tout notre avoir. Je ne suis pas d'accord que tu nous laisses partir selon le principe : bon, d'accord, allez, mais laissez donc le bétail. C'est de bon cœur que tu nous laisseras partir, et tu nous donneras aussi ton bétail, pour que nous offrions, y compris en ton nom, un sacrifice. Et nous partirons avec notre bétail et nous ne laisserons pas ici même un sabot ». C'est une contre-proposition, c'est ce que Moché propose à Pharaon.
Après cela, Pharaon peut avoir le sentiment qu'ici Moché s'est armé d'un tout petit peu de courage ou d'insolence. Auparavant on parlait de laisser partir le peuple, Pharaon est prêt à laisser partir le peuple, et là, peut-être, Moché agit de lui-même, personnellement. Pharaon a senti qu'on le trompait. C'est, apparemment, le sentiment qu'il avait dans son cœur, parce qu'ensuite nous lisons, d'un côté, une vieille phrase familière, de l'autre côté, elle est formulée un peu inhabituellement.
וַיְחַזֵּק יְהוָה אֶת־לֵב פַּרְעֹה וְלֹא אָבָה לְשַׁלְּחָם׃
vay'hazzék adonáy et-lév par'ó veló avá lechalle'hám
27 Et le SEIGNEUR fortifia le cœur de Pharaon, et il ne consentit pas (il ne daigna pas) à les renvoyer.
Si auparavant nous lisions que Pharaon refusait (mé'én) de les envoyer, c'est-à-dire qu'il y avait une position de vie active – ne pas renvoyer le peuple d'Israël, ici, la bonne volonté lui a manqué, il n'a pas eu bien envie de renvoyer le peuple. Il existe un dicton : il y a une différence entre l'homme qui a envie et l'homme qui veut. L'homme qui a envie – par exemple, j'ai envie d'apprendre le chinois ou d'apprendre à marcher sur une corde – c'est comme je veux, mais je ne ferai rien pour cela. Mais quand l'homme fait ce qu'il veut, c'est comme vraiment je le fais. Ici Pharaon n'a pas voulu faire même un petit geste de bonne volonté. Le mot ava – c'est précisément daigner, manifester un petit, le moindre désir de faire quelque chose pour montrer sa bonne volonté. Il ne s'agit déjà plus d'un refus actif, mais d'un consentement « sans tout son cœur ». Et plus encore, Pharaon a dû, sans doute, se sentir amer et accablé. Il a en fait reconnu qu'il avait perdu la dispute. Il est difficile de reconnaître qu'on a tort, et c'est pourquoi Pharaon dit en quelque sorte : « J'ai proposé ce que votre Dieu veut. Après de longs conflits, je suis allé jusqu'à un compromis complet. Maintenant toi, Moché, apparemment, tu ajoutes quelque chose de toi-même ».
וַיֹּאמֶר־לוֹ פַרְעֹה לֵךְ מֵעָלָי הִשָּׁמֶר לְךָ אֶל־תֹּסֶף רְאוֹת פָּנַי כִּי בְּיוֹם רְאֹתְךָ פָנַי תָּמוּת׃
vayomer-ló far'ó lekh me'aláy hichámer lekhá al-tóssef reót panáy ki beyóm reotekhá fanáy tamoút
28 C'est pourquoi Pharaon lui dit : « Détache-toi de moi (dégage, on peut traduire ainsi, c'est une phrase plutôt grossière) et garde-toi de tomber sous mes yeux (ici, littéralement, la phrase est la suivante : garde-toi de voir mon visage, une formulation royale de ce genre), car le jour où tu verras mon visage, tu mourras.
Beaucoup demandent : comment se fait-il que Moché et Aharon, et d'ailleurs quiconque le veut, se présentent tout simplement chez Pharaon ? Selon les règles égyptiennes, Pharaon a des jours d'audience, des heures d'audience, où il reçoit la population, et des heures particulières où il reçoit les anciens, c'était ainsi prescrit. Pharaon est le chef du tribunal, et il siégeait réellement au tribunal. Et voilà, se présenter devant Pharaon s'appelait voir son visage, puisqu'il est roi et souverain en Égypte.
Remarquons : notre Roi et Souverain, notre SEIGNEUR, ordonne lui aussi de se présenter trois fois par an devant Sa face, nous lirons encore ces commandements. Le peuple aussi venait devant Sa face, et à ce moment-là on ouvrait même le voile dans le Temple, pour que les gens voient l'arche d'alliance, qui se trouvait dans le Saint des Saints, c'est-à-dire que les gens, en passant, pouvaient voir le Saint des Saints.
Pharaon est un roi de rang bien, bien inférieur, mais dans sa tradition il est tout à fait admissible que les sujets puissent voir son visage. Ici Moché devient une persona « non grata », il a épuisé, pour ainsi dire, son quota, et Pharaon, en fait, dit : « Encore une fois tu me vois – je te tue. Encore une fois tu te présentes ici avec tes plaintes civiles – je te fais enfermer ».
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה כֵּן דִּבַּרְתָּ לֹא־אֹסִף עוֹד רְאוֹת פָּנֶיךָ׃
vayomer moché ken dibbárta lo-ossíf od reót panékha
29 Et Moché dit : « Tu as dit juste, je ne verrai plus ton visage ».
Le mot ken signifie habituellement oui, un simple oui dans la langue, mais il peut aussi signifier juste, exact.
Ici se termine le chapitre 10, et nous lirons un peu plus loin, le début du chapitre 11. Le Très-Haut dit à Moché que le dénouement approche déjà. Il reste une seule action.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה עוֹד נֶגַע אֶחָד אָבִיא עַל־פַּרְעֹה וְעַל־מִצְרַיִם אַחֲרֵי־כֵן יְשַׁלַּח אֶתְכֶם מִזֶּה כְּשַׁלְּחוֹ כָּלָה גָּרֵשׁ יְגָרֵשׁ אֶתְכֶם מִזֶּה׃
vayomer adonáy el-moché od néga e'hád aví al-par'ó ve'al-mitsráyim a'hare-khén yechallá'h etkhém mizzé kechalle'hó kalá garéch yegaréch etkhém mizzé
1 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Encore une frappe J'amènerai sur Pharaon et sur l'Égypte, après quoi il vous renverra d'ici, de tout son plein désir de renvoyer, il va même vous chasser.
Le mot néga peut signifier aussi bien la lèpre que quelque autre frappe (calamité, fléau). Nagoua signifie frappé, il vient du verbe laga'at – toucher. Frapper, c'est porter un coup, cogner. Et ici : « Encore une frappe, encore une lèpre, encore une plaie, encore un coup J'infligerai à l'Égypte ». Si quelqu'un avait des doutes, si Moché ne faisait pas de « l'invention personnelle » en extorquant le bétail à Pharaon, le Très-Haut dit : « Tout est juste ; il faut que la décision de Pharaon ne soit pas politique, mais sincère. C'est pourquoi je frapperai encore une fois l'Égypte, et je la frapperai de telle sorte que Pharaon lui-même voudra très fort que vous partiez dans n'importe quelle composition. Plus comme ça (bon, d'accord, allez-vous-en), mais il voudra de tout son cœur plein vous renvoyer ».
Nous nous souvenons (6,9) que le peuple n'a pas voulu écouter Moché et Aharon à cause de leur dur travail d'esclaves. Alors le Très-Haut a « mis en marche » le peuple, Il a dit à tout le peuple : « Vous, ici, préparez-vous, et Moi, le SEIGNEUR, Moché et Aharon, nous préparerons le terrain pour la sortie ». Maintenant le SEIGNEUR ordonne à Moché de s'adresser de nouveau au peuple. Le peuple, qui a attendu tout ce temps, est de nouveau en action après une longue pause.
דַּבֶּר־נָא בְּאָזְנֵי הָעָם וְיִשְׁאֲלוּ אִישׁ מֵאֵת רֵעֵהוּ וְאִשָּׁה מֵאֵת רְעוּתָהּ כְּלֵי־כֶסֶף וּכְלֵי זָהָב׃
dabber-ná be'ozné ha'ám veyich'aloú ich me'ét re'éhou ve'ichá me'ét reoutá kele-khéssef oukhlé zaháv
2 Dis donc aux oreilles du peuple, et un homme demandera à son prochain, et une femme à sa prochaine, des vases d'argent et des vases d'or.
C'est le début de ce dont le Très-Haut avait parlé déjà en Midyan (3,21–22), quand Il s'est révélé à Moché. Il disait : « Je donnerai grâce à ce peuple aux yeux des Égyptiens, et ils obtiendront beaucoup en demandant ». Le Très-Haut dit que le peuple doit manifester un acte de foi et s'adresser aux Égyptiens, leur demander des vases d'or et d'argent.
וַיִּתֵּן יְהוָה אֶת־חֵן הָעָם בְּעֵינֵי מִצְרָיִם גַּם הָאִישׁ מֹשֶׁה גָּדוֹל מְאֹד בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם בְּעֵינֵי עַבְדֵי־פַרְעֹה וּבְעֵינֵי הָעָם׃
vayittén adonáy et-'hén ha'ám be'ené mitsráyim gam ha'ích moché gadól me'ód be'érets mitsráyim be'ené avde-far'ó ouv'ené ha'ám
3 Et le SEIGNEUR donna grâce au peuple aux yeux des Égyptiens, et Moché devint un très grand homme dans le pays d'Égypte aux yeux des serviteurs de Pharaon et aux yeux du peuple.
Malgré toute cette longue confrontation entre les forces patriotiques de l'Égypte et les cosmopolites israélites, il s'est avéré qu'aux yeux des Égyptiens il y a de la grâce envers Israël. Ainsi en a disposé le SEIGNEUR. Tout cet affrontement, qui se déroulait publiquement, le combat de Moché pour le droit historique du peuple juif à retourner dans sa patrie, tout cela n'a pas aigri les Égyptiens envers Israël. On aurait pu monter cela en épingle et dire : regardez combien de plaies nous avons endurées à cause de ces Juifs, regardez combien de malheurs, de tout, ce sont les Juifs les coupables. Mais de même que le Très-Haut conduit Pharaon par le chemin que Pharaon veut, lui donne des forces pour atteindre de nouveaux records sur la route que celui-ci a choisie, exactement de la même manière le Très-Haut aide et agit dans les cœurs du peuple égyptien et dans les cœurs de ses serviteurs. Les serviteurs aussi, au début, se « dissipaient » de cœurLe russe dit littéralement que les serviteurs « se dissipaient » de cœur ; il s'agit peut-être d'une coquille pour « s'endurcissaient ». La traduction garde le mot de l'original., mais dès qu'ils se sont tournés dans l'autre direction, nous l'avons lu, le Très-Haut les conduit, le Très-Haut les fortifie, et par un merveilleux miracle Moché devient un homme populaire, grand, qui fait autorité aux yeux des Égyptiens, et tout le peuple juif trouve grâce à leurs yeux. Les Égyptiens ne se sont pas aigris, ne sont pas devenus fous de patriotisme, ne se sont pas mis à crier : « Dieu, garde Pharaon ! », mais ils ont été pénétrés de grâce envers le peuple d'Israël – des étrangers, des esclaves – quoi qu'il en soit, mais ils ont été pénétrés de grâce.
Les premières instructions
Chémot 11,4–12,2
Je veux tout de suite vous prévenir que c'est l'un des passages les plus profonds, les plus complexes de la Torah, un passage fondamental de la Torah, un passage dans lequel il est question de la formation du peuple d'Israël, des premiers commandements qui sont donnés au peuple d'Israël, de la première délivrance par laquelle passera le peuple d'Israël. Tout cela a une masse de parallèles, aussi bien avec les prophètes qu'avec les livres messianiques, et jusque dans un avenir lointain, lointain. Et on peut parler sans fin de chaque verset de ce passage, et beaucoup a été dit à ce sujet, et une mer d'encre a été versée pour l'explication de chacun des versets. Et nous, malheureusement, nous n'avons pas un temps infini pour la discussion. C'est pourquoi essayons de nouveau de lire le pchat, de lire le sens simple de la Torah – ce que voyaient et comprenaient ceux qui ne lisaient pas la suite. Bien entendu, chaque lecteur connaît la suite, et des parallèles surgiront. C'est pour cela, à proprement parler, que j'essaie de nouveau de jeter du petit bois dans le feu de votre pensée. Si des pensées sont apparues, eh bien, c'est merveilleux. Ainsi, commençons par le verset 4 du chapitre 11.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה כֹּה אָמַר יְהוָה כַּחֲצֹת הַלַּיְלָה אֲנִי יוֹצֵא בְּתוֹךְ מִצְרָיִם׃
vayomer moché ko amár adonáy ka'hatsót halláyla aní yotsé betókh mitsrayim
4 Et Moché dit : « Ainsi a dit le SEIGNEUR : à minuit Je sors en Égypte.
Je rappelle la mise en scène. Moché parle pour la dernière fois avec Pharaon, c'est, en fait, son discours d'adieu à Pharaon. Moché a déjà promis à Pharaon que celui-ci ne verrait pas son visage. Il nous faudra encore, là aussi, en reparler. Le SEIGNEUR Lui-même, indépendamment de qui que ce soit, descendra en Égypte, sortira en Égypte.
וּמֵת כָּל־בְּכוֹר בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבְּכוֹר פַּרְעֹה הַיֹּשֵׁב עַל־כִּסְאוֹ עַד בְּכוֹר הַשִּׁפְחָה אֲשֶׁר אַחַר הָרֵחָיִם וְכֹל בְּכוֹר בְּהֵמָה׃
oumét kol-bekhór be'érets mitsráyim mibbekhór par'ó hayochév al-kis'ó ad bekhór hachif'há achér a'hár hare'háyim vekhól bekhór behemá
5 Et tout premier-né mourra dans le pays d'Égypte – depuis le premier-né de Pharaon, qui est assis sur son trône, jusqu'au premier-né de la servante qui est derrière les meules (c'est-à-dire jusqu'à la dernière des servantes, de toutes les couches sociales), et tous les premiers-nés du bétail.
Il faut s'arrêter ici, et prendre une bouffée d'air, et comprendre ce qu'est un premier-né. Bon, il est clair que le premier-né, c'est le fils aîné, le premier fils de chaque homme et le premier fils de chaque femme. Si quelqu'un n'est pas premier-né de son père, mais premier-né de sa mère, il est quand même premier-né. Le premier-né de la mère est appelé non seulement du mot bekhor, mais aussi celui qui déchire le sein, celui qui sort le premier du sein de sa mère. Dans la tradition de l'Orient, chez tous les peuples, il y avait cette compréhension que le premier-né est le premier don du Très-Haut, c'est la première, la toute première bénédiction par laquelle le Très-Haut bénit la famille. Ce sont les prémices de la nouvelle génération, le gage de la bénédiction en général dans la famille, une sorte de petit pont par lequel la famille communique avec le Très-Haut. Cela se retrouve chez tous les peuples autour de Canaan. C'est pourquoi, à proprement parler, nous le voyons aussi, il est souvent question de la prêtrise des premiers-nés. Le prêtre, c'est celui qui relie au Très-Haut. Bien entendu, ce n'était pas toujours une liaison avec le Très-Haut. Différents peuples croyaient en différents dieux, mais ils attribuaient les pouvoirs sacerdotaux aux premiers-nés. Le premier-né est le chef de la lignée, il reçoit des droits particuliers dans l'héritage. Pratiquement chez tous les peuples, dès l'enfance, il se préparait à ces fonctions, souvent on l'éduquait d'une manière particulière. Le premier-né de la lignée, c'est sa fierté, son symbole. Ce n'est pas simplement et pas seulement le fils aîné. Chez beaucoup de peuples autour d'Israël il y avait une telle tradition : en cas de malheur, en cas d'un quelconque danger, offrir le premier-né en sacrifice. Nous lisons une histoire terrible : quand Israël faisait la guerre à Moav, le roi de Moav offrit son premier-né en sacrifice sur les portes de la ville. Et en conséquence la colère s'enflamma précisément contre Israël. Le premier-né, c'est, peut-on dire, ce qu'il y a de plus précieux dans une lignée. Et c'est justement ce qu'il y a de plus précieux que le Très-Haut promet de faire mourir. Cela arrivera à minuit, au moment le plus sombre du jour et de la nuit, ici l'obscurité est aussi présente.
Quand nous lirons non plus sur la promesse, mais sur son accomplissement, nous parlerons de la mesure dans laquelle c'est juste, et de la juste indignation, et de la compréhension de pourquoi c'est juste dans le dessein du Très-Haut.
וְהָיְתָה צְעָקָה גְדֹלָה בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרָיִם אֲשֶׁר כָּמֹהוּ לֹא נִהְיָתָה וְכָמֹהוּ לֹא תֹסִף׃
vehayetá tse'aká gedolá bekhol-érets mitsráyim achér kamóhou lo nihyáta vekhamóhou lo tossíf
6 Et il y aura une grande clameur dans tout le pays d'Égypte,
telle qu'il n'y en a pas eu de semblable et qu'il n'y en aura pas de semblable.
וּלְכֹל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֹא יֶחֱרַץ־כֶּלֶב לְשֹׁנוֹ לְמֵאִישׁ וְעַד־בְּהֵמָה לְמַעַן תֵּדְעוּן אֲשֶׁר יַפְלֶה יְהוָה בֵּין מִצְרַיִם וּבֵין יִשְׂרָאֵל׃
oulkhól bené yisraél lo ye'herats-kélev lechonó leme'ích ve'ad-behemá lemá'an tede'oún achér yaflé adonáy ben mitsráyim ouvén yisraél
7 Et chez tous les fils d'Israël, un chien n'aboiera pas de sa langue : ni contre les gens d'Israël, ni contre le bétail d'Israël personne n'osera ouvrir la bouche, afin que vous sachiez que le SEIGNEUR a séparé Israël et l'Égypte.
C'est étonnant. Nous lisons ici une mention du chien, mais, quand il sera question de l'accomplissement de cette prophétie, nous ne lirons rien sur les chiens. Pourquoi cela ? Parce qu'il y a ici une expression figée, c'est-à-dire pas un seul chien n'aboiera contre le peuple d'Israël. Ce ne sont pas les chiens en tant que tels qui sont visés, mais les dieux égyptiens, toutes sortes de puissances, de principautés, qui gardent l'Égypte – du moins, c'est ainsi de l'avis des Égyptiens eux-mêmes. Personne n'osera ouvrir grand la bouche contre Israël, de l'homme jusqu'au bétail.
Et selon quel signe distinctif le SEIGNEUR a-t-il donc séparé Israël et l'Égypte ? Il les a séparés selon l'intention de servir le Très-Haut, nous lirons cela plus loin.
וְיָרְדוּ כָל־עֲבָדֶיךָ אֵלֶּה אֵלַי וְהִשְׁתַּחֲוּוּ־לִי לֵאמֹר צֵא אַתָּה וְכָל־הָעָם אֲשֶׁר־בְּרַגְלֶיךָ וְאַחֲרֵי־כֵן אֵצֵא וַיֵּצֵא מֵעִם־פַּרְעֹה בָּחֳרִי־אָף׃
veyaredoú khol-avadékha élle eláy vehichta'havou-lí lemór tse attá vekhol-ha'ám acher-beraglékha ve'a'hare-khén etsé vayetsé me'im-par'ó ba'hori-áf
8 Et tous tes serviteurs tomberont (tes – c'est-à-dire ceux de Pharaon), ils tomberont devant moi et se prosterneront devant moi, en disant : « Sors, toi et tout le peuple qui te suivra », après cela je sortirai ».
On peut en tirer une conclusion, et il est logique de la tirer, nous lirons encore une fois à ce sujet, que ne sortira pas seulement le peuple d'Israël, mais aussi une multitude de gens qui se sont joints à lui, aussi bien des gens animés par une idée que de simples aventuriers. Il y aura des gens qui suivront Moché, voyant en lui un leader qu'on peut suivre.
C'est la dernière chose que Moché a dite à Pharaon, et il est sorti de chez lui en colère. La conversation est terminée. Et au verset 9 nous lisons que c'est déjà le SEIGNEUR qui dit à Moché que, comme les fois précédentes, cela n'aura pas d'effet.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֹא־יִשְׁמַע אֲלֵיכֶם פַּרְעֹה לְמַעַן רְבוֹת מוֹפְתַי בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayomer adonáy el-moché lo-yichmá alekhém par'ó lemá'an revót mofetáy be'érets mitsráyim
9 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Pharaon ne vous écoutera pas, afin que Mes miracles soient nombreux dans le pays d'Égypte ».
Et ensuite nous lisons le bilan des échanges entre Moché, Aharon et Pharaon.
וּמֹשֶׁה וְאַהֲרֹן עָשׂוּ אֶת־כָּל־הַמֹּפְתִים הָאֵלֶּה לִפְנֵי פַרְעֹה וַיְחַזֵּק יְהוָה אֶת־לֵב פַּרְעֹה וְלֹא־שִׁלַּח אֶת־בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל מֵאַרְצוֹ׃
oumoché ve'aharón assoú et-kol-hammofetím ha'élle lifné far'ó vay'hazzék adonáy et-lév par'ó velo-chillá'h et-bene-yisraél me'artsó
10 Et Moché et Aharon accomplirent tous ces signes devant Pharaon, et le SEIGNEUR renforça le cœur de Pharaon, et il ne renvoya pas le peuple d'Israël de son pays.
Dès le tout début, Pharaon disait : « Je ne connais pas le SEIGNEUR ». Et il a connu le SEIGNEUR. Sa deuxième demande était : « Donnez-moi un mofet, donnez-moi un signe ». Nous avons dit alors qu'il y a le mot ot, qui signifie signe céleste, et le mot mofet, qui signifie signe sur la terre. Pharaon a reçu tout un tas de moftim, tout un tas de signes, mais cela n'a pas eu d'effet sur lui, et il n'a quand même pas renvoyé le peuple. Et le Très-Haut s'adresse à Moché et lui donne des instructions sur ce qu'il faut faire, sur la manière de préparer le peuple d'Israël à la sortie d'Égypte désormais sans permission, sans le consentement de Pharaon. C'est ce que nous lisons à partir du verset 1 du chapitre 12.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה וְאֶל־אַהֲרֹן בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר׃
vayomer adonáy el-moché ve'el-aharón be'érets mitsráyim lemór
1 Et le SEIGNEUR dit à Moché et à Aharon dans le pays d'Égypte, en disant :
הַחֹדֶשׁ הַזֶּה לָכֶם רֹאשׁ חֳדָשִׁים רִאשׁוֹן הוּא לָכֶם לְחָדְשֵׁי הַשָּׁנָה׃
ha'hódech hazzé lakhém roch 'hodachím richón hou lakhém le'hodché hachaná
2 « Ce mois est pour vous le commencement de tous les mois, il est le premier pour vous des mois de l'année.
C'est le tout premier commandement, par lequel commence, en substance, l'enseignement des commandements. Comme nous nous en souvenons, la Torah commence par les mots : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre », et l'un des commentateurs cite cette interprétation : « Et pourquoi donc commencer le tout par des récits ? Commencez par les commandements, commencez justement par ce verset-ci : “Ce mois est pour vous le commencement de tous les mois” ».
Ainsi donc, le tout premier commandement de la Torah, qui est donné non pas à des individus isolés, mais à Israël en tant que peuple, c'est le commandement : « Ce mois est pour vous le commencement de tous les mois ». Le premier commandement donné n'est pas : « Je suis le SEIGNEUR, votre Dieu, observez Mes sabbats ». Ne sont pas donnés les commandements « tu ne tueras pas », « tu ne voleras pas », « tu ne commettras pas d'adultère », une multitude d'autres commandements qu'on aurait pu placer avant tout le reste. Le premier commandement : « Ce mois est pour vous le commencement de tous les mois ».
Que signifie que ce mois soit avant tout ? Eh bien, nous savons que la sortie a eu lieu en nissan, que le Très-Haut parle avec Moché à roch 'hodech, à la néoménie de nissan, lui montre (les commentateurs essaient ainsi de reconstituer le pchat) ce mois et dit : « Voici, ce mois est pour vous la tête de tous les mois ». Le mot 'hodech, qui se traduit par mois, signifie renouvellement et vient de la même racine que le mot 'hadach (nouveau). Eh bien, et à proprement parler le mot néoménie contient lui aussi la nouveauté. Le premier commandement est lié au fait de ressembler à la lune, à sa capacité de se renouveler. Sans que l'homme puisse se renouveler ou changer, il ne peut pas suivre le Très-Haut. L'homme – il est idolâtre ; comment acceptera-t-il le SEIGNEUR, s'il ne peut pas changer ? C'est le fondement de tout – avant « Je suis le SEIGNEUR, ton Dieu », avant « sois saint », avant « observe le sabbat ». Ce mois, ce principe de renouvellement, il est « pour vous à la tête de tout, il est pour vous le premier des mois de l'année ».
Le mot chana, année – c'est la répétition, la répétition constante de quelque chose ; lichnot, léchanen – c'est répéter, c'est-à-dire que l'année est un cycle qui se répète. Toute la Torah, tout l'enseignement sera constitué de répétitions, de cycles de renouvellement qui se répètent. Sans la capacité de se renouveler, il est impossible d'arriver au service du Très-Haut. On peut apprendre à observer les commandements et à les accomplir. Il y a aussi des gens non croyants qui observent les commandements, parce qu'ils vivent dans un tel milieu, cela leur est habituel et commode, mais ils ne servent pas le Très-Haut. Je le répète encore : sans se renouveler, il est impossible de servir Dieu. Et ensuite le Très-Haut parle ainsi à Moché et à Aharon :
דַּבְּרוּ אֶל־כָּל־עֲדַת יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר בֶּעָשֹׂר לַחֹדֶשׁ הַזֶּה וְיִקְחוּ לָהֶם אִישׁ שֶׂה לְבֵית־אָבֹת שֶׂה לַבָּיִת׃
dabberoú el-kol-adát yisraél lemór be'assór la'hódech hazzé veyik'hoú lahém ich se levet-avót se labbayit
3 Parlez à toute la communauté d'Israël, en disant : le dix de ce mois, chacun des chefs de famille prendra pour lui une petite brebis (ou un chevreau) pour chaque maison (tenons-nous-en à la traduction la plus simple – un agneau).
C'est ici que pour la première fois est mentionnée la notion d'éda – ceux qui deviennent témoins. Communauté, assemblée, en hébreu, c'est lié au mot témoignage.
וְאִם־יִמְעַט הַבַּיִת מִהְיֹת מִשֶּׂה וְלָקַח הוּא וּשְׁכֵנוֹ הַקָּרֹב אֶל־בֵּיתוֹ בְּמִכְסַת נְפָשֹׁת אִישׁ לְפִי אָכְלוֹ תָּכֹסּוּ עַל־הַשֶּׂה׃
ve'im-yim'át habbáyit mihyot missé velaká'h hou ouchkhenó hakkaróv el-betó bemikhsát nefachót ich lefí okhló takhóssou al-hassé
4 Et si la maison n'a pas assez pour un agneau, il le prendra avec son voisin, son proche, sa maison selon le nombre des âmes, chacun selon sa capacité de manger, couvrez avec l'agneau.
Nous parlons maintenant (il faut s'en souvenir tout le temps) du premier Pessa'h, du Pessa'h qui a eu lieu au moment de la sortie d'Égypte. À ce moment-là existait le commandement de prendre l'agneau le dix. Pour les années, pour les générations suivantes, ce commandement n'existe pas. C'est le premier Pessa'h, qui est célébré justement en Égypte, c'est sa particularité. Le dix, on prend l'agneau dans la maison, et ceux qui l'ont acheté sont justement ceux qui le mangeront. Il sera impossible de venir de la rue et de s'y joindre ; on le mangera selon le « décompte ». Quel doit être l'agneau ?
שֶׂה תָמִים זָכָר בֶּן־שָׁנָה יִהְיֶה לָכֶם מִן־הַכְּבָשִׂים וּמִן־הָעִזִּים תִּקָּחוּ׃
se tamím zakhár ben-chaná yihyé lakhém min-hakkevassím oumin-ha'izzím tikká'hou
5 Un agneau pur, mâle, d'un an d'âge au plus, il sera pour vous, et parmi les béliers, et parmi les boucs, prenez-le.
Et que faut-il faire avec lui ?
וְהָיָה לָכֶם לְמִשְׁמֶרֶת עַד אַרְבָּעָה עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ הַזֶּה וְשָׁחֲטוּ אֹתוֹ כֹּל קְהַל עֲדַת־יִשְׂרָאֵל בֵּין הָעַרְבָּיִם׃
vehayá lakhém lemichméret ad arba'á assár yom la'hódech hazzé vecha'hatoú otó kol kehál adat-yisraél ben ha'arbáyim
6 Et il sera chez vous en garde jusqu'au quatorzième jour de ce mois, et toute la communauté d'Israël abattra cet agneau (chacun le sien) le quatorze, dans la seconde moitié de la journée.
C'est-à-dire que pendant trois jours entiers l'agneau sera en garde. Que signifie la garde ? On dit que la garde, c'est l'examen, c'est ce que disent les commentateurs. On l'examine : est-il pur, n'a-t-il pas quelque défaut. Et s'il y a quelques défauts, peut-être sont-ils temporaires et passeront-ils, ou peut-être que quelque chose d'autre se manifestera et se verra. En somme, trois jours – c'est l'épreuve de l'agneau avant que l'agneau ne devienne le sacrifice pascal, pendant trois jours il se trouve chez ceux qui l'offriront en sacrifice. Le mot lémichméret, nous l'avons lu, signifie aussi sous garde. On peut dire que l'agneau sera en détention, en prison, et les parallèles qui existent, ils existent. Nous avons lu que, quand Pharaon se met en colère contre quelqu'un, il les place sous garde (lémichméret).
À cause de la traduction de l'expression ben ha'arbayim, il naît beaucoup de confusion. C'est le moment au début du crépuscule, quand le jour commence à décliner vers le soir, le temps de l'après-midi – l'heure du goûter, disons, quand la lumière du jour commence tout juste à s'en aller. C'est-à-dire qu'à la fin du quatorze nissan on égorge l'agneau, et à la venue du soir du quinze on le mange. Il en était ainsi au moment de la sortie d'Égypte, et tout ce que nous lisons maintenant, – c'est l'ordre concernant le tout, tout premier Pessa'h.
Et au verset 7 nous lisons quelque chose de très important :
וְלָקְחוּ מִן־הַדָּם וְנָתְנוּ עַל־שְׁתֵּי הַמְּזוּזֹת וְעַל־הַמַּשְׁקוֹף עַל הַבָּתִּים אֲשֶׁר־יֹאכְלוּ אֹתוֹ בָּהֶם׃
velake'hoú min-haddám venatenoú al-cheté hammezouzót ve'al-hammachkóf al habbattím acher-yokheloú otó bahém
7 Et ils prirent du sang (remarquez, il n'est pas écrit ici de quel sang il s'agit) sur les deux montants et sur le linteau dans les maisons dans lesquelles vous le mangerez.
Les deux montants et la traverse du haut, on les enduisit de ce sang. Les commentateurs disent (et il y a une raison à cela) que, pour manger le sacrifice pascal, il fallait faire la circoncision, que le peuple, peut-être, ne gardait déjà plus à cette époque. Le sang ici symbolise à la fois le sang de l'agneau et le sang de la circoncision. Et on pose énormément de questions – pourquoi, à quoi sert le sang ?
Ibn-Ezra, que je cite souvent, et qui justement se concentre sur le pchat, sur le sens simple, dit : « C'est du sang, parce que le sacrifice pascal est un sacrifice pour le péché. En quel sens est-il un sacrifice pour le péché ? Il n'est pas un sacrifice pour un péché concret quelconque. Il est un sacrifice pour la nature pécheresse, pour l'abandon du Très-Haut ». Et la disposition à enduire de sang les montants, la disposition à la circoncision symbolise l'entrée sur le chemin de la foi. C'est un témoignage qui sera manifesté dans le monde.
De plus, selon l'avis de nombreux commentateurs, le sang est appliqué du côté intérieur de la maison, non pas à l'extérieur, mais de l'intérieur, parce que la partie principale du travail est un travail intérieur, et à ce sujet il y a des controverses. Plus loin (12,12–13) nous lirons que le SEIGNEUR passera à travers l'Égypte et verra le sang. Lui faut-il voir le sang littéralement pour savoir qu'il y est, Lui faut-il vraiment de telles petites croix sur les maisons ? Beaucoup disent que le sang sera de toute façon visible, même quand il est à l'intérieur. Et il est important que l'homme lui-même, dans ce processus, le voie. Beaucoup d'avis différents, il y a beaucoup de choses à ce sujet, mais il est important de savoir que le sang, c'est le sang. Et le Très-Haut dit par le prophète Yé'hezkel : « Je t'ai vu dans tes sangs ». Et on explique que c'est le sang de Pessa'h et le sang de la circoncision. Nous pouvons aussi ajouter ici le sang du Machia'h.
Donc, si nous venons chez le voisin, c'est-à-dire que j'ai quitté ma maison et suis allé chez le voisin, nous nous sommes cotisés pour un agneau et avons décidé de le manger chez lui, alors moi, chez moi, je n'ai pas besoin d'enduire de sang les montants et le linteau.
וְאָכְלוּ אֶת־הַבָּשָׂר בַּלַּיְלָה הַזֶּה צְלִי־אֵשׁ וּמַצּוֹת עַל־מְרֹרִים יֹאכְלֻהוּ׃
ve'akheloú et-habbassár balláyla hazzé tseli-éch oumattsót al-merorím yokheloúhou
8 Et vous mangerez cette viande en cette nuit, rôtie au feu (sur les braises), avec des pains azymes et avec des herbes amères vous la mangerez.
Nous lisons bien des fois : pourquoi mange-t-on la matsa à Pessa'h ? Par exemple, parce que leur pâte n'avait pas eu le temps de fermenter, et beaucoup d'autres explications. Ici nous voyons que le Très-Haut a ordonné d'avance que le Pessa'h serait mangé avec des pains azymes.
אַל־תֹּאכְלוּ מִמֶּנּוּ נָא וּבָשֵׁל מְבֻשָּׁל בַּמָּיִם כִּי אִם־צְלִי־אֵשׁ רֹאשׁוֹ עַל־כְּרָעָיו וְעַל־קִרְבּוֹ׃
al-tokheloú mimménnou na ouvachél mevouchál bammáyim ki im-tseli-éch rochó al-kera'áv ve'al-kirbó
9 Et n'en mangez pas cru et bouilli dans l'eau, mais seulement rôti au feu, avec sa tête et avec ses entrailles.
Ce n'est pas une affaire simple, Moché en a parlé à plusieurs reprises. En Égypte il est dangereux d'offrir en sacrifice un agneau, parce qu'on peut vous lapider. Et ici le Très-Haut dit : « Non seulement vous l'abattrez, mais vous le rôtirez de façon qu'il sente – pas dans une petite casserole, pas dans une cocotte-minute, pas dans un multicuiseur, de façon que personne ne sente l'odeur, pas cru, pour que, à Dieu ne plaise, personne ne flaire rien du tout. Vous le mangerez de façon que ce soit clair pour tous, perceptible à l'odorat, qu'ici on mange du mouton sur les braises avec des herbes amères.
וְלֹא־תוֹתִירוּ מִמֶּנּוּ עַד־בֹּקֶר וְהַנֹּתָר מִמֶּנּוּ עַד־בֹּקֶר בָּאֵשׁ תִּשְׂרֹפוּ׃
velo-totírou mimménnou ad-bóker vehannotár mimménnou ad-bóker ba'éch tisrófou
10 Et n'en laissez pas jusqu'au matin, et ce qui en restera jusqu'au matin, brûlez-le au feu.
Il y a ici quelques contradictions. Il est dit : ne mettez rien de côté pour vous pour le matin. Vous mangez ce sacrifice, mais vous ne pouvez pas dire : « Et ceci, je le finirai plus tard ». Non. Le sacrifice doit être mangé entièrement, il n'est pas pour se rassasier, on ne le mange pas le ventre plein. Et c'est pourquoi on ne peut pas en mettre de côté et dire : « Je finirai plus tard, cette portion ne me plaît pas ». Non, il faut tout manger, et si quelque chose est resté jusqu'au matin, alors on peut le brûler le matin suivant. Beaucoup remarquent ici : ne brûlez pas les restes le matin, pendant la fête, brûlez-les le matin suivant.
וְכָכָה תֹּאכְלוּ אֹתוֹ מָתְנֵיכֶם חֲגֻרִים נַעֲלֵיכֶם בְּרַגְלֵיכֶם וּמַקֶּלְכֶם בְּיֶדְכֶם וַאֲכַלְתֶּם אֹתוֹ בְּחִפָּזוֹן פֶּסַח הוּא לַיהוָה׃
vekhákha tokheloú otó motnekhém 'hagourím na'alekhém beraglekhém oumakkelkhém beyedkhém va'akhaltém otó be'hippazón péssa'h hou ladonáy
11 Et ainsi vous le mangerez, ceints de ceintures, vos chaussures à vos pieds, vos bâtons dans vos mains, et vous le mangerez en hâte, c'est le Pessa'h pour le SEIGNEUR.
Il est clair que rien n'est clair. D'habitude un homme vient à un repas, même à un repas simple, et il se déchausse, il enlève son vêtement de dessus, desserre sa ceinture et à plus forte raison pose contre le mur son bâton, son parapluie, accroche son chapeau au portemanteau. Ici, en revanche, il faut manger ce sacrifice dans la tenue la plus négligente à son égard. Il est destiné à ce qu'on puisse le manger dans un tel état « de voyage ». Il semblerait que, lorsque tu touches à quelque chose d'aussi saint, on pourrait demander de coudre des fracs et des robes du soir à cet effet, mais le Très-Haut dit : « Non ! » Le sacrifice pascal est un sacrifice qui est reçu dans le vêtement le plus, le plus quotidien. C'est un sacrifice pour lequel, pendant le séjour en Égypte, le quotidien a été commandé, on ne peut pas le manger en tenue d'apparat. Pourquoi ? Parce que c'est le Pessa'h pour le SEIGNEUR. Le mot pessa'h vient de lifsoa'h, ce qui veut dire sauter par-dessus, danser, enjamber, bondir par-dessus, passer en boitant. Et ici on peut dire que l'offrande de ce sacrifice est un saut vers le SEIGNEUR.
Le sang sur le seuil
Chémot 12,12–28
Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à lire la section hebdomadaire Bo. Nous nous sommes arrêtés au moment où le Très-Haut a donné à Moché une instruction des plus détaillées sur la manière de manger le sacrifice pascal – Korban Pessa'h, et Moché devait la transmettre au peuple. Le Très-Haut continue de donner à Moché des instructions.
וְעָבַרְתִּי בְאֶרֶץ־מִצְרַיִם בַּלַּיְלָה הַזֶּה וְהִכֵּיתִי כָל־בְּכוֹר בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם מֵאָדָם וְעַד־בְּהֵמָה וּבְכָל־אֱלֹהֵי מִצְרַיִם אֶעֱשֶׂה שְׁפָטִים אֲנִי יְהוָה׃
ve'avartí ve'erets-mitsráyim balláyla hazzé vehikketí khol-bekhór be'érets mitsráyim me'adám ve'ad-behemá ouvkhol-elohé mitsráyim e'essé chefatím aní adonáy
12 Et Je passerai à travers le pays d'Égypte en cette nuit et Je frapperai (ou tuerai) tout premier-né dans le pays d'Égypte, de l'homme jusqu'au bétail. Et sur tous les dieux égyptiens J'exécuterai un jugement. Je suis le SEIGNEUR.
Nous avons lu que le Très-Haut a promis que périraient tous les premiers-nés, du premier-né de Pharaon jusqu'au premier-né de la servante qui est derrière les meules, c'est-à-dire jusqu'aux premiers-nés des gens du peuple. Et souvent les gens s'indignent : « Combien le Très-Haut est injuste ! Passe encore de tuer le premier-né de Pharaon, qui menait la politique. Pourquoi tuer le premier-né de la servante qui est derrière les meules ? » Et comment tout cela est-il lié au fait que le Très-Haut dit ici : « Et sur leurs dieux J'exécuterai un jugement ? »
Beaucoup de commentateurs remarquent que c'est justement cela qui, peut-être, se passait en Égypte. Quand les plaies s'accomplissaient, ils étaient loin d'être tous à croire que cela était lié à l'activité de Moché et d'Aharon. Beaucoup disaient : « Voilà, c'est la force de notre dieu, c'est notre dieu qui se manifeste en Égypte, il a puni les Égyptiens pour ceci et pour cela ». Très souvent il en est ainsi dans notre monde aussi, nous-mêmes agissons ainsi, ou les gens autour de nous agissent ainsi. Quand un malheur arrive dans un pays ou dans une famille, nous disons : « Voilà, c'est pour ceci et pour cela que Dieu les a punis ». Les païens aussi agissaient ainsi, ils ne différaient pas beaucoup de nous. Beaucoup d'entre eux se réjouissaient des victoires de leurs dieux quand les plaies se produisaient en Égypte, et attribuaient à leurs dieux ces victoires. Et pour cela le châtiment les atteint. Par là, le Très-Haut exécute un jugement et sur eux-mêmes, et sur leurs dieux. Et puisque c'est par les premiers-nés, nous en avons parlé, que s'effectue chez chaque peuple le lien avec le dieu, c'est là une des explications de pourquoi l'extermination des premiers-nés était juste.
וְהָיָה הַדָּם לָכֶם לְאֹת עַל הַבָּתִּים אֲשֶׁר אַתֶּם שָׁם וְרָאִיתִי אֶת־הַדָּם וּפָסַחְתִּי עֲלֵכֶם וְלֹא־יִהְיֶה בָכֶם נֶגֶף לְמַשְׁחִית בְּהַכֹּתִי בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vehayá haddám lakhém le'ót al habbattím achér attém cham vera'íti et-haddám oufassa'htí alekhém velo-yihyé vakhém négef lemach'hít behakkotí be'érets mitsráyim
13 Et le sang sera pour vous un signe sur les maisons dans lesquelles vous êtes, et Je verrai ce sang, et Je passerai (franchirai, passerai en boitant, passerai en dansant) par-dessus vous, et Je passerai à côté de vous, et il n'y aura pas chez vous de souffle destructeur, quand Je frapperai (abattrai, ferai un carnage) dans le pays d'Égypte.
Le verbe polysémique passa'hti peut se traduire par danser, gambader, sauter par-dessus, bondir par-dessus (nous en avons parlé), c'est-à-dire que le SEIGNEUR dit : « Je bondirai par-dessus vous ».
Pourquoi faut-il que le Très-Haut voie le sang, Lui faut-il en personne un tel signe ? Et nous avons déjà dit que ce signe est nécessaire pour l'homme lui-même comme symbole de son passage des dieux égyptiens, des croyances égyptiennes, du côté du Très-Haut. À qui la victoire, qui devient vainqueur dans la guerre ? – Le Très-Haut. Nous ne l'attribuons ni à nous-mêmes, ni aux hasards, ni à d'autres dieux, et le symbole de cela, c'est le sang, qui sera pour nous un signe.
Néguef – c'est un mauvais souffle de vent, c'est un vent qui efface tout sur son passage ; de cette même racine vient maguéfa – épidémie, ce qui est apporté par le vent. Le Très-Haut dit : « Le sang sera pour vous un signe ». Nous avons lu que le sang sera sur les montants (les mézouzot des bâtiments) et sur le linteau, et nous en parlerons encore un peu plus loin.
וְהָיָה הַיּוֹם הַזֶּה לָכֶם לְזִכָּרוֹן וְחַגֹּתֶם אֹתוֹ חַג לַיהוָה לְדֹרֹתֵיכֶם חֻקַּת עוֹלָם תְּחָגֻּהוּ׃
vehayá hayom hazzé lakhém lezikkarón ve'haggotém otó 'hag ladonáy ledorotekhém 'houkkát olám te'hoggoúhou
14 Et ce jour sera, il sera pour vous un souvenir, et vous le fêterez comme une fête pour le SEIGNEUR dans vos générations, dans vos lignées, faites-en une loi éternelle.
Le mot 'hag, nous l'avons déjà dit, est lié au mot 'houg – cercle, mouvement circulaire. Chaque année nous accomplissons un cercle, sur ce cercle il y a un point au mois de Nissan, une fête pour notre SEIGNEUR. La fête, ce n'est pas l'oisiveté, mais un jalon, une époque, nous comptons une date, nous faisons le point sur nous-mêmes, nous nous vérifions. La fête s'appelle aussi mo'ed – jour du témoignage, jour de l'examen. Comme les gens viennent à l'hôpital, passent un bilan de santé, de même nous avons des jours de notre bilan de santé spirituel, quand nous venons au Très-Haut avec certains comptes rendus, avec un certain examen de nous-mêmes, dans le cas présent – concernant la sortie d'Égypte, la libération de toutes les influences de ce monde. Nous parlons non pas tant de l'événement historique de la sortie d'Égypte que de la tradition : chaque homme dans chaque génération doit se sentir comme s'il sortait d'Égypte (nous lirons pourquoi dans le chapitre suivant).
Ainsi, il y a l'ordre de célébrer ce jour de génération en génération dans nos lignées. Le mot 'houkka ('hok) – loi est lié à ce qui est gravé dans la pierre, c'est-à-dire : « Faites-vous une entaille éternelle, pour célébrer ce jour et en général cette période ».
שִׁבְעַת יָמִים מַצּוֹת תֹּאכֵלוּ אַךְ בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן תַּשְׁבִּיתוּ שְּׂאֹר מִבָּתֵּיכֶם כִּי כָּל־אֹכֵל חָמֵץ וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מִיִּשְׂרָאֵל מִיּוֹם הָרִאשֹׁן עַד־יוֹם הַשְּׁבִעִי שִׁבְעַת יָמִים מַצּוֹת תֹּאכֵלוּ אַךְ בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן תַּשְׁבִּיתוּ שְּׂאֹר מִבָּתֵּיכֶם כִּי כָּל־אֹכֵל חָמֵץ וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מִיִּשְׂרָאֵל מִיּוֹם הָרִאשֹׁן עַד־יוֹם הַשְּׁבִעִי׃
chiv'át yamím mattsót tokhélou akh bayom harichón tachbítou se'ór mibbattekhém ki kol-okhél 'haméts venikhretá hannéfech hahí miyisraél miyom harichón ad-yom hachevi'í
15 Sept jours mangez de la matsa, le premier jour (c'est-à-dire la veille du 14) faites disparaître le levain de vos maisons, car quiconque mangera du levé, l'âme de cet homme sera détruite du peuple d'Israël (son âme sera retranchée du peuple d'Israël) du premier au septième jour (pour une semaine).
Aux lecteurs, apparemment, il n'est pas nécessaire d'expliquer à ce moment-là ce qu'est la matsa. Nous savons que la matsa était une nourriture répandue, une nourriture rapide, nous nous souvenons que Lot l'a préparée pour les anges, quand ils sont venus chez lui. Plus tard nous lirons au sujet de la matsa dans l'histoire de Guidon, dans l'histoire de Cha'oul et de la sorcière, et dans quelques autres histoires encore. Daniël aussi parlait du jeûne, disant qu'il ne mangeait pas de pain brioché sucré. L'alternative à cela – la matsa, le pain le plus simple, le plus modeste qu'on fait cuire, l'un de ses noms est lé'hem oni – pain de pauvreté. En partie, c'est le rapport à ce monde qui, comme un levain, nous fait fermenter. Les bacilles du monde entrent dans notre pâte et nous gâtent notre levain. Une fois par an il y a la possibilité de détruire tout le levain, de vérifier où et comment la « microbo-industrie » égyptienne a pénétré en nous, et de l'en extraire en 7 jours, à la matsa.
Mais le premier jour, quand nous préparons encore le sacrifice, nous détruisons déjà tout le levain ('hamets) qui est dans nos maisons, aucun levain ne doit rester. Beaucoup de gens qui faisaient constamment du pain conservaient des levains de pain. Chez beaucoup de peuples, ils sont considérés d'autant meilleurs qu'ils sont plus anciens. Quant à nous, il nous est prescrit chaque année de remettre à zéro tous nos levains. Par sé'or on entend un levain précisément de céréales, ce mot signifie avoine, céréales. Ne relève pas de cela quelque chose de fermenté à base de raisin, ni à plus forte raison quelque chose de lacté – seulement ce qui vient des céréales.
Il semblerait que ce soit une punition temporaire, un retranchement (karet) temporaire (pour une semaine) du peuple. Oui, temporaire, mais tel qu'il se transforme en permanent, parce que pendant ce temps le peuple s'en va, et il faut le rattraper déjà par ses propres forces, et la vie spirituelle se complique sensiblement, sensiblement. Il y a beaucoup de choses à ce sujet dans le drach, dans les commentaires sur ces commandements, qui parlent des aspects spirituels. Il est important d'être attaché, collé à Israël, quand Israël sort d'Égypte. Ce n'est pas seulement un homme concret qui sort d'Égypte – c'est tout le peuple qui sort. On ordonne à Moché de parler à toute la communauté d'Israël, toute la communauté d'Israël sortira d'Égypte. Et ici le Très-Haut parle des commandements pour l'avenir. Ce n'est pas le Pessa'h Mitsraïm, pas ce que nous avons déjà décrit ; il s'agit de la manière de célébrer Pessa'h dans nos générations, à notre époque. Le Très-Haut a déjà donné alors cet ordre à Moché. Que faut-il encore faire ?
וּבַיּוֹם הָרִאשׁוֹן מִקְרָא־קֹדֶשׁ וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מִקְרָא־קֹדֶשׁ יִהְיֶה לָכֶם כָּל־מְלָאכָה לֹא־יֵעָשֶׂה בָהֶם אַךְ אֲשֶׁר יֵאָכֵל לְכָל־נֶפֶשׁ הוּא לְבַדּוֹ יֵעָשֶׂה לָכֶם׃
ouvayom harichón mikra-kódech ouvayom hachevi'í mikra-kódech yihyé lakhém kol-melakhá lo-ye'assé vahém akh achér ye'akhél lekhol-néfech hou levaddó ye'assé lakhém
16 Le premier et le septième jour – Saintes assemblées. N'y faites aucun travail, seulement ce que mangera toute âme ; c'est ce que vous ferez.
Sainte assemblée (mikra-kodéch) – c'est un jour qui est consacré au séjour dans la sainteté, un jour où tout travail est interdit, comme pendant le Chabbat. Mais, à la différence du Chabbat, ce jour-là on peut préparer la nourriture – ce qui est nécessaire pour ce jour. D'habitude on allume le feu à l'avance, sur le feu ouvert on peut préparer la nourriture. Certains camarades en déduisent aussi l'autorisation de fumer ces jours-là, parce que le tabac, c'est ce que veut l'âme. Pour moi c'est une question assez discutable, mais voici pour vous la différence entre les notions de mikra-kodéch, dit des fêtes, et de kodéch, dit spécialement du sabbat.
וּשְׁמַרְתֶּם אֶת־הַמַּצּוֹת כִּי בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה הוֹצֵאתִי אֶת־צִבְאוֹתֵיכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם וּשְׁמַרְתֶּם אֶת־הַיּוֹם הַזֶּה לְדֹרֹתֵיכֶם חֻקַּת עוֹלָם׃
ouchmartém et-hamattsót ki be'étsem hayom hazzé hotséti et-tsiv'otekhém me'érets mitsráyim ouchmartém et-hayom hazzé ledorotekhém 'houkkát olám
17 Et gardez ces commandements, préservez la maison azyme, « sans levain » (préservez votre état de matsa), car au milieu de ce jour Je vous ai fait sortir, toute votre armée, de la maison d'Égypte, et gardez cela de génération en génération comme Loi éternelle.
On peut lire ici mitsvot (commandements) au lieu de matsot (matsa, pains azymes), parce que ces mots s'écrivent de la même manière.
Même quand le Très-Haut donne des instructions aux générations suivantes, à vous et à moi, Il dit quand même : « Je vous ai fait sortir, pas vos pères, mais vous ». Chaque fois, chaque Pessa'h on peut sortir d'Égypte, trouver en soi l'influence du monde, trouver en soi l'influence nuisible – ce par quoi nous sommes encore asservis, et s'en libérer.
בָּרִאשֹׁן בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ בָּעֶרֶב תֹּאכְלוּ מַצֹּת עַד יוֹם הָאֶחָד וְעֶשְׂרִים לַחֹדֶשׁ בָּעָרֶב׃
barichón be'arba'á assár yom la'hódech ba'érev tokheloú mattsót ad yom ha'e'hád ve'esrím la'hódech ba'árev
18 Et le premier jour, le 14e jour du mois, le soir vous mangerez des pains azymes (ou de la matsa) jusqu'au soir du 21.
שִׁבְעַת יָמִים שְׂאֹר לֹא יִמָּצֵא בְּבָתֵּיכֶם כִּי כָּל־אֹכֵל מַחְמֶצֶת וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מֵעֲדַת יִשְׂרָאֵל בַּגֵּר וּבְאֶזְרַח הָאָרֶץ׃
chiv'át yamím se'ór lo yimmatsé bevattekhém ki kol-okhél ma'hmétset venikhretá hannéfech hahí me'adát yisraél baggér ouv'ezrá'h ha'árets
19 Et pendant sept jours que le levain ne se trouve pas dans vos maisons, car quiconque mangera du levé, cette âme sera détruite (sera retranchée) de la communauté d'Israël – et chez l'étranger, et chez l'habitant de la terre.
Si auparavant nous lisions que l'âme serait retranchée pour sept jours, ici – non, puisque chaque génération accomplit la sortie d'Égypte, chaque année un train part, et, si on ne le prend pas, on peut se retrouver une âme retranchée.
Par l'étranger on entend ici celui qui s'est joint au peuple d'Israël. Par exemple, un homme incirconcis venu de l'extérieur, bien sûr, n'a pas le droit de manger ce sacrifice, et il ne sort nulle part.
כָּל־מַחְמֶצֶת לֹא תֹאכֵלוּ בְּכֹל מוֹשְׁבֹתֵיכֶם תֹּאכְלוּ מַצּוֹת׃
kol-ma'hmétset lo tokhélou bekhól mochevotekhém tokheloú mattsót
20 Ne mangez rien de levé, dans toutes vos maisons mangez des matsot ».
C'est l'instruction que le Très-Haut a donnée à Moché. Moché doit la transmettre au peuple, mais Moché ne répète pas toujours mot pour mot, comme un haut-parleur, les paroles du Très-Haut. Nous verrons ce que Moché dit au peuple, et nous prêterons attention à certaines différences.
וַיִּקְרָא מֹשֶׁה לְכָל־זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם מִשְׁכוּ וּקְחוּ לָכֶם צֹאן לְמִשְׁפְּחֹתֵיכֶם וְשַׁחֲטוּ הַפָּסַח׃
vayikrá moché lekhol-zikné yisraél vayomer alehém michkhoú ouk'hoú lakhém tson lemichpe'hotekhém vecha'hatoú happássa'h
21 Et Moché convoqua tous les anciens d'Israël, et leur dit : « Prenez pour vous (achetez, acquérez-vous) des bêtes pour vos familles et égorgez (abattez) le Pessa'h.
Le mot michkhou signifie littéralement tirez. Il y a ici un détail important. Quand un homme acquiert un bouc, une vache, un taureau, un âne, une bête quelconque, il y a deux étapes de son achat. À partir de quel moment la bête est-elle considérée comme achetée ? Pas à partir du moment où l'homme a donné de l'argent pour elle, mais à partir du moment où il l'a tirée : ou bien il l'a appelée, et elle est venue, elle a fait un pas ; ou bien il l'a tirée, et elle est venue, elle a fait un pas ; ou bien, troisième variante, il la pousse par derrière avec une badine, disons ainsi, et elle fait un pas. Et les commentateurs disent : « Il y a ici non seulement la loi sur la manière dont on acquiert un animal, mais aussi un certain schéma des relations du Très-Haut avec nous ». Le Très-Haut peut nous appeler. Si nous répondons en criant « hinéni (me voici) ! », c'est bien. Il peut nous tirer, et alors nous faisons un pas – c'est bien aussi. Si ni d'une façon ni de l'autre on n'arrive à nous acquérir, alors le Très-Haut peut commencer à nous pousser avec une badine, et nous pouvons nous étonner : pourquoi cela nous arrive-t-il ?
Moché ne pouvait pas venir et dire ainsi tout cela aux anciens, pour cela il aurait fallu qu'ils aient déjà lu le chapitre 12 du livre de Chémot, que vous et moi lisons maintenant, et qu'ils aient entendu tout ce que le SEIGNEUR a dit. Ou qu'ils aient lu le Talmud, le traité Pessa'him, et qu'ils sachent ce qu'est Pessa'h. Mais ici, très probablement, la notion de Pessa'h leur est connue comme sacrifice pour le péché, sacrifice d'expiation, qui permettra que le Très-Haut « passe à côté ». Il y a des commentateurs qui disent que la notion même de Pessa'h était connue des bergers, et, bien que loin de tous l'offrissent précisément au Très-Haut, la notion de Pessa'h comme « pourvu que ça passe à côté de moi », elle existait à cette époque.
Au verset 22, Moché dit aussi quelque chose dont le Très-Haut ne lui avait pas parlé.
וּלְקַחְתֶּם אֲגֻדַּת אֵזוֹב וּטְבַלְתֶּם בַּדָּם אֲשֶׁר־בַּסַּף וְהִגַּעְתֶּם אֶל־הַמַּשְׁקוֹף וְאֶל־שְׁתֵּי הַמְּזוּזֹת מִן־הַדָּם אֲשֶׁר בַּסָּף וְאַתֶּם לֹא תֵצְאוּ אִישׁ מִפֶּתַח־בֵּיתוֹ עַד־בֹּקֶר׃
oulka'htém agouddát ezóv outvaltém baddám acher-bassáf vehigga'tém el-hammachkóf ve'el-cheté hammezouzót min-haddám achér bassáf ve'attém lo tetseoú ich mippeta'h-betó ad-bóker
22 Et prenez un bouquet d'origan (c'est ainsi que s'appelle cette plante, on la traduit aussi par hysope), et trempez-le dans le sang, plongez-le dans le sang qui est dans la coupe sur le seuil. Et enduisez le linteau et les deux montants du sang qui est sur le seuil, et ne sortez pas des limites de vos maisons jusqu'au matin.
Le mot saf se traduit par coupe ou par seuil. Dans les seuils (cela existe dans certaines maisons au Proche-Orient) on faisait une sorte de creux pour le sang. Là, sur ce seuil, on abattait les animaux pour que cet animal protège en plus la maison, beaucoup de choses diverses y sont liées. L'animal était abattu de sorte qu'un petit ruisseau de sang se répande sur le seuil. Il y avait comme une sorte de coupe sur le seuil, et le mot saf peut signifier seuil. Le deuxième sens – coupe, versez dans la coupe. Il existe un midrach qui dit : « Les Hébreux avaient quatre autels en Égypte : c'est le seuil, les deux montants et le linteau ». Un commentaire intéressant, parce que nous parlerons encore du fait que les deux montants symbolisent la communauté du peuple d'Israël, le linteau – le Très-Haut, et le sang – le sacrifice, symbolise, à proprement parler, le péché mort, en un certain sens les enfers, la tombe, la mort. Je penche pour la variante de traduction qui est liée au seuil.
Si l'on revient en arrière et qu'on lit (12,7), le Très-Haut a dit : « Enduisez les montants et le linteau ». Moché dit : « …le linteau et les montants ». En quoi, à proprement parler, consiste ici la différence ? Il y a une variante : « Revenez, revenez, Mes fils, et Je reviendrai vers vous ». C'est-à-dire : d'abord vous, d'abord les montants, ensuite le linteau, d'abord le peuple d'Israël (les montants le symbolisent) revient, ensuite le Très-Haut (le linteau). Il y a une autre variante : « Appelle-nous, et nous courrons après Toi, fais-nous revenir, et nous reviendrons ». Moché demande au Très-Haut d'être le premier et d'entraîner le peuple d'Israël. Moché se tient sur la brèche, cette fois face au Très-Haut, et dit : « Entraîne-nous, fais-nous sortir, Toi, agis le premier », c'est pourquoi il intervertit symboliquement le linteau et les montants.
וְעָבַר יְהוָה לִנְגֹּף אֶת־מִצְרַיִם וְרָאָה אֶת־הַדָּם עַל־הַמַּשְׁקוֹף וְעַל שְׁתֵּי הַמְּזוּזֹת וּפָסַח יְהוָה עַל־הַפֶּתַח וְלֹא יִתֵּן הַמַּשְׁחִית לָבֹא אֶל־בָּתֵּיכֶם לִנְגֹּף׃
ve'avár adonáy lingóf et-mitsráyim vera'á et-haddám al-hammachkóf ve'ál cheté hammezouzót oufassá'h adonáy al-happéta'h veló yittén hammach'hít lavó el-battekhém lingóf
23 Et le Très-Haut passera à travers l'Égypte en esprit qui fait mourir, et verra le sang sur le linteau et sur les deux montants, et le Très-Haut passera à côté de votre entrée, et ne laissera pas le destructeur venir et souffler dans vos maisons (ne laissera pas l'esprit destructeur entrer en nous).
וּשְׁמַרְתֶּם אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה לְחָק־לְךָ וּלְבָנֶיךָ עַד־עוֹלָם׃
ouchmartém et-haddavár hazzé le'hok-lekhá oulvanékha ad-olám
24 Et vous garderez cette loi pour vous et pour vos fils à jamais.
וְהָיָה כִּי־תָבֹאוּ אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר יִתֵּן יְהוָה לָכֶם כַּאֲשֶׁר דִּבֵּר וּשְׁמַרְתֶּם אֶת־הָעֲבֹדָה הַזֹּאת׃
vehayá ki-tavó'ou el-ha'árets achér yittén adonáy lakhém ka'achér dibbér ouchmartém et-ha'avodá hazzót
25 Et il arrivera, quand vous viendrez dans le pays que le SEIGNEUR vous donne, comme Il l'a promis, et vous garderez ce service (non seulement garder, mais aussi éduquer les enfants, leur enseigner tout ce qui est lié à ce service).
וְהָיָה כִּי־יֹאמְרוּ אֲלֵיכֶם בְּנֵיכֶם מָה הָעֲבֹדָה הַזֹּאת לָכֶם׃
vehayá ki-yomeroú alekhém benekhém ma ha'avodá hazzót lakhém
26 Et il arrivera, si vos fils vous disent : « Pourquoi ce service pour vous ? »
וַאֲמַרְתֶּם זֶבַח־פֶּסַח הוּא לַיהוָה אֲשֶׁר פָּסַח עַל־בָּתֵּי בְנֵי־יִשְׂרָאֵל בְּמִצְרַיִם בְּנָגְפּוֹ אֶת־מִצְרַיִם וְאֶת־בָּתֵּינוּ הִצִּיל וַיִּקֹּד הָעָם וַיִּשְׁתַּחֲוּוּ׃
va'amartém zeva'h-péssa'h hou ladonáy achér passá'h al-batté vené-yisraél bemitsráyim benogpó et-mitsráyim ve'et-batténou hittsíl vayikkód ha'ám vayichta'havoú
27 Et vous leur direz : « C'est le sacrifice de Pessa'h pour le SEIGNEUR, qui est passé (a sauté) par-dessus les maisons des fils d'Israël en Égypte, en frappant l'Égypte, et a sauvé nos maisons ». Et le peuple s'inclina, et se prosterna face contre terre.
C'est ce que Moché prescrit de dire aux fils, s'ils demandent.
Une remarque importante, j'aime la faire et je la ferai encore une fois. On dit souvent que le peuple d'Israël est le peuple du livre. Nous sommes le peuple du livre, nous avons énormément de livres, et je reçois une lettre d'information dans laquelle il y a un aperçu de pratiquement tous les livres sur la Torah. Ils paraissent chaque semaine, 300-400 livres sont publiés sur le thème de la Torah, des commentaires de la Torah, de la Loi et ainsi de suite. Nous lisons énormément. Mais la Torah dit constamment : « Répète au fils, dis, raconte, répète, transmets, s'il demande, réponds, et tout ça ». Nous sommes un peuple non seulement qui lit, mais aussi qui parle, qui raconte au fils, qui pousse le fils à demander, qui lui répond volontiers, pour que le fils entende la voix du père, pour que le fils connaisse le regard du père, ressente les pensées du père, et peut-être pense aussi avec le père.
Et ensuite nous lisons :
וַיֵּלְכוּ וַיַּעֲשׂוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֶת־מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן כֵּן עָשׂוּ׃
vayelekhoú vaya'asoú bené yisraél ka'achér tsivvá adonáy et-moché ve'aharón ken asoú
28 Et ils allèrent, et les fils d'Israël firent comme le SEIGNEUR l'avait commandé à Moché et à Aharon, ainsi ils firent.
Avec vos affaires, vers la sortie !
Chémot 12,29–51
Aujourd'hui nous lirons à partir du verset 29 du chapitre 12 et, une fois de plus, nous sortirons d'Égypte.
וַיְהִי בַּחֲצִי הַלַּיְלָה וַיהוָה הִכָּה כָל־בְּכוֹר בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבְּכֹר פַּרְעֹה הַיֹּשֵׁב עַל־כִּסְאוֹ עַד בְּכוֹר הַשְּׁבִי אֲשֶׁר בְּבֵית הַבּוֹר וְכֹל בְּכוֹר בְּהֵמָה׃
vayhí ba'hatsí halláyla vadonáy hikká kol-bekhór be'érets mitsráyim mibbekhór par'ó hayochév al-kis'ó ad bekhór hacheví achér bevét habbór vekhól bekhór behemá
29 Et il arriva à minuit, et le SEIGNEUR frappa (anéantit) tout premier-né dans le pays d'Égypte : depuis le premier-né de Pharaon, assis sur le trône, jusqu'au premier-né du captif,
qui se trouve dans la maison de la fosse, et tout premier-né du bétail.
Quand nous lisons à minuit, nous devons comprendre que ce n'est pas le minuit moderne, pas 12 heures de la nuit. Selon le calendrier juif (en général selon les calendriers anciens), la nuit était divisée en 12 parties égales depuis le moment de l'apparition des étoiles jusqu'au lever du soleil. Exactement de la même manière était divisé aussi le jour. En conséquence, l'été, quand les jours sont plus longs, les heures du jour étaient plus longues, un jour plus long était divisé en 12 morceaux plus longs, et la nuit en plus courts. L'hiver – c'est l'inverse, les heures de la nuit étaient plus longues. Nous nous trouvons au moment de Pessa'h, à peu près dans une période où les jours et les nuits sont égaux. Si l'on parle de l'Égypte, à minuit – c'est à peu près 2 heures du matin selon l'heure moderne, le plein, plein milieu de la nuit.
Comme le dit la tradition égyptienne, seul le premier-né pouvait s'asseoir sur le trône de Pharaon. Le premier-né, il est toujours aussi l'héritier. Le premier-né de Pharaon est le premier-né le plus important en Égypte : comme il y a la première dame, il y a aussi pour ainsi dire le premier « jouvenceau », le premier-né de Pharaon. Et le captif, qui se trouve dans la maison de la fosse , travaille quelque part, est presque assis en prison. Le prisonnier, qui se trouve en esclavage, on le met dans une fosse pour la nuit, ou bien il est un détenu en captivité, ce n'est pas si important. Tous les premiers-nés, sans aucune distinction sociale – depuis Pharaon au statut le plus élevé jusqu'au prisonnier au statut le plus bas – ont souffert, ont péri. Nous avons déjà parlé du fait que c'est lié au jugement sur les dieux. Quand survenaient des calamités, différentes personnes les attribuaient à leurs dieux, y voyaient leur victoire. Si quelques premiers-nés parmi les étrangers, parmi les païens, avaient été sauvés, il y aurait eu la possibilité de leur dire : « Notre dieu nous a sauvés, notre dieu est plus fort que le vôtre ». Le Très-Haut accomplit ici le jugement sur les dieux païens, et c'est pourquoi tous les premiers-nés se trouvent anéantis.
וַיָּקָם פַּרְעֹה לַיְלָה הוּא וְכָל־עֲבָדָיו וְכָל־מִצְרַיִם וַתְּהִי צְעָקָה גְדֹלָה בְּמִצְרָיִם כִּי־אֵין בַּיִת אֲשֶׁר אֵין־שָׁם מֵת׃
vayákom par'ó láyla hou vekhol-avadáv vekhol-mitsráyim vattehí tse'aká gedolá bemitsráyim ki-én báyit achér en-chám met
30 Et Pharaon se leva de nuit, lui et tous ses serviteurs, et toute l'Égypte se leva au milieu de la nuit. Et il y eut un grand cri en Égypte, car il n'y a pas de maison dans laquelle il n'y aurait pas de morts.
Si l'on traduit mot à mot : « Et Pharaon se leva nuit ». D'habitude Pharaon se lève le matin, nous savons qu'il a des ablutions, il sort vers l'eau. Le matin, chez lui, si l'on en croit les papyrus, commence à 3 heures du jourLe russe dit littéralement « à 3 heures du jour », ce qui désigne d'ordinaire 15 heures, mais peut aussi viser la troisième heure du jour selon le compte ancien (la phrase suivante parle de 8-9 heures du matin). Nous avons traduit littéralement.. C'est-à-dire qu'il se lève vers 8-9 heures du matin selon notre heure, et certains disent qu'il se lève avant l'aube. Peu importe. La nuit, Pharaon dort d'habitude, mais ici c'est un cas d'urgence : Pharaon s'est levé de nuit.
On peut demander : comment se peut-il qu'il n'y ait pas de maison dans laquelle il n'y aurait pas de morts ? Il est possible qu'il y ait une maison où le premier-né était parti quelque part ou était mort plus tôt. Ou une maison où vivent une maman et la fille cadette, et il n'y a pas du tout de premiers-nés. Mais on appelle aussi premier-né l'aîné de la maison, nous rencontrons dans les Téhillim le mot bekhór au sens de l'aîné de la maison, le chef de la maison. C'est pourquoi il est possible que dans chaque maison l'aîné soit mort (sauf la maison de Pharaon, comme nous le voyons). Une autre opinion dit que les Égyptiens plaçaient chez eux, dans leur maison, des sortes de tablettes pour les défunts, perpétuaient d'une manière ou d'une autre la mémoire des défunts, il y en a des traces en égyptologie. Mais tout de même il vaut mieux mettre de côté cette opinion comme un midrach non historique et supposer que le chef de la maison est aussi appelé premier-né, et qu'il est mort lui aussi. Dans chaque maison il y avait quelqu'un de principal, et dans chaque maison il y a des morts, quand Pharaon s'est réveillé et s'est levé au milieu de la nuit.
וַיִּקְרָא לְמֹשֶׁה וּלְאַהֲרֹן לַיְלָה וַיֹּאמֶר קוּמוּ צְּאוּ מִתּוֹךְ עַמִּי גַּם־אַתֶּם גַּם־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וּלְכוּ עִבְדוּ אֶת־יְהוָה כְּדַבֶּרְכֶם׃
vayikra lemoché oul'aharón láyla vayomer koúmou tseoú mittókh ammí gam-attém gam-bené yisraél oulkhoú ivdoú et-adonáy kedabberkhém
31 Et il appela Moché et Aharon de nuit : « Levez-vous et sortez de mon peuple, et vous, et les fils d'Israël, allez et servez Dieu, le SEIGNEUR, comme vous l'avez dit.
Or Moché et Aharon, comme nous nous en souvenons, ont un commandement : cette nuit-là, ne pas aller chez les pharaons, rester à la maison et ne pas en franchir les limites. Comment Pharaon a-t-il pu les appeler ? Eh bien, certains disent : « Il est venu sous les fenêtres, il a jeté un petit caillou dans la fenêtre, il a attendu », c'est-à-dire que d'une certaine manière il est venu et les a appelés de telle sorte qu'ils ne sortent pas de la maison. Mais Pharaon n'est pas seulement venu chez eux, il leur a aussi dit quelque chose, et ici il y a une deuxième difficulté. Moché a promis à Pharaon que Pharaon ne verrait plus son visage, que Moché ne verrait plus le visage de Pharaon. Ils se sont promis l'un à l'autre qu'ils ne se rencontreraient plus. Et ici nous voyons qu'ils se rencontrent tout de même. Y a-t-il là une violation des promesses ? Dans mon enfance, j'ai posé bien des fois cette question, et voici la réponse qu'un homme m'a donnée un jour. Il m'a raconté l'histoire d'un parent à lui, qui en son temps s'était querellé avec un autre Juif et avait promis de ne plus jamais voir son visage. Et il s'y efforçait, il a cessé d'aller à la synagogue où allait ce Juif. Même quand il le voyait dans la rue, il passait d'avance à un autre endroit, il a cessé d'aller à l'assemblée commune. Et, bien que la dispute ait été, en somme, quelque chose de mesquin et sans importance, cet homme observait très scrupuleusement ses promesses, jusqu'à ce que ce Juif, devenu vieux, se trouve presque sur son lit de mort. Et celui qui avait juré pensa soudain que la dispute était mesquine, que face à la mort l'homme change, qu'il est déjà changé jusque dans son visage, et il demanda la permission à son maître. Le maître dit : « Bien sûr, tu peux aller lui parler ». Des circonstances mortelles changent parfois la situation. Or ici la situation est critique, bien qu'entre Moché et Pharaon il n'y ait même pas de dialogue. Peut-être Pharaon crie-t-il simplement tout cela à la fenêtre de la maison de Moché ? Il est difficile de se représenter comment ces événements se déroulent en réalité.
גַּם־צֹאנְכֶם גַּם־בְּקַרְכֶם קְחוּ כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתֶּם וָלֵכוּ וּבֵרַכְתֶּם גַּם־אֹתִי׃
gam-tsonekhém gam-bekarkhém ke'hoú ka'achér dibbartém valékhou ouverakhtém gam-otí
32 Et votre petit bétail, prenez-le avec vous, comme vous l'avez dit. Allez, et priez aussi pour moi ».
Cela signifie que Pharaon ne donne pas seulement ici à Moché et Aharon une sorte de carte blanche pour la sortie, mais qu'il les envoie déjà avec sa mission gouvernementale. Ils ne partent pas simplement parce qu'un quelconque Dieu israélite, peu connu des Égyptiens, les appelle quelque part, ils partent aussi pour prier pour Pharaon. Pharaon, peut-on dire, ne les renvoie pas simplement, mais les renvoie avec des passeports diplomatiques.
וַתֶּחֱזַק מִצְרַיִם עַל־הָעָם לְמַהֵר לְשַׁלְּחָם מִן־הָאָרֶץ כִּי אָמְרוּ כֻּלָּנוּ מֵתִים׃
vatte'hezák mitsráyimLa translittération de l'original écrit ici mitsráyim (Égypte) sans le son ts ; nous suivons l'hébreu. al-ha'ám lemahér lechalle'hám min-ha'árets ki ameroú koullánou metím
33 Et le peuple égyptien se tendit très fort (l'Égypte se tendit très fort contre le peuple d'Israël), pour se hâter de les renvoyer du pays, car ils dirent : « Nous mourons tous ».
Cette idée de Pharaon, l'idée de renvoyer le peuple d'Israël, a rencontré un profond soutien. Et le peuple sortait, apparemment, en grande hâte. Nous lisons cela plus loin, au verset 34, et nous lisons une chose étrange. Il faut dire que dans ce fragment de la section Bo il y a beaucoup de versets, beaucoup d'endroits qui sont très incompréhensibles, et pour chacun de ces endroits on a donné des dizaines, sinon des centaines, d'explications différentes, mais nous ne pouvons pas toutes les reproduire ici. Je parlerai de l'une de ces compréhensions, celle qui est la plus proche du sens simple du texte, et celui qui voudra approfondir a, bien sûr, où étudier.
וַיִּשָּׂא הָעָם אֶת־בְּצֵקוֹ טֶרֶם יֶחְמָץ מִשְׁאֲרֹתָם צְרֻרֹת בְּשִׂמְלֹתָם עַל־שִׁכְמָם׃
vayissá ha'ám et-betsekó térem ye'hmáts mich'arotám tserourót besimlotám al-chikhmám
34 Et le peuple emporta sa pâte, alors qu'elle n'avait pas encore fermenté, de son levain, en ballot (dans son vêtement), sur ses épaules.
Une action très étrange : le peuple porte de la pâte sur ses épaules, et elle n'a pas le temps de fermenter. Si nous regardons, ils ont parcouru la distance de Ramsès à Soukkot, c'est quelque chose comme 120 kilomètres, ils ont parcouru une grande distance. Comment la pâte n'a-t-elle pas fermenté, de quoi est-il question ici ? Certains commentateurs disent que chacun avait une énorme mesure de pâte, trois mesures de pâte, et qu'elles fermentent très lentement, c'est-à-dire que plus il y a de pâte, moins il y a de levain, plus elle lève lentement, par conséquent. D'autres disent : « Tant qu'on pétrit la pâte, elle ne fermente pas ». La pâte ne peut pas lever quand on la pétrit. Et le peuple marchait si vite, en portant ces ballots de pâte, qu'elle se pétrissait tout le temps pendant la marche, et elle ne pouvait pas fermenter, parce qu'elle était constamment secouée dans ces ballots, sur les épaules. C'est le commentaire simple le plus probable.
Aux versets 35–36 nous apprenons ce qui s'est passé avant cela.
וּבְנֵי־יִשְׂרָאֵל עָשׂוּ כִּדְבַר מֹשֶׁה וַיִּשְׁאֲלוּ מִמִּצְרַיִם כְּלֵי־כֶסֶף וּכְלֵי זָהָב וּשְׂמָלֹת׃
ouvne-yisraél asoú kidvár moché vayich'aloú mimmitsráyim kele-khéssef oukhlé zahav ousmalót
35 Les fils d'Israël firent comme avait dit Moché, et ils demandèrent aux Égyptiens des vases d'argent, et des vases d'or, et des vêtements.
וַיהוָה נָתַן אֶת־חֵן הָעָם בְּעֵינֵי מִצְרַיִם וַיַּשְׁאִלוּם וַיְנַצְּלוּ אֶת־מִצְרָיִם׃
vadonáy natán et-'hén ha'ám be'ené mitsráyim vayach'iloúm vaynattseloú et-mitsráyim
36 Et le SEIGNEUR donna grâce au peuple aux yeux des Égyptiens, et ils leur prêtaient, et ils exploitèrent l'Égypte (un bon salaire pour un dur labeur de nombreuses années).
וַיִּסְעוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל מֵרַעְמְסֵס סֻכֹּתָה כְּשֵׁשׁ־מֵאוֹת אֶלֶף רַגְלִי הַגְּבָרִים לְבַד מִטָּף׃
vayis'oú vene-yisraél mera'messés soukkóta kechech-me'ót élef raglí haggevarím levád mittáf
37 Et ils sortirent du lieu qui s'appelle Ramsès vers le lieu qui s'appelle Soukkot, six cent mille hommes à pied, sans compter les enfants.
Certains disent que Soukkot n'est pas le nom d'un lieu, mais un mode de voyage. Dieu fit des cabanes célestes, des sortes de tentes de nuée, des sortes de chariots de nuée, et sur ces chariots porta les fils d'Israël jusqu'à la halte la plus proche, comme il a été dit, comme sur des ailes d'aigle.
Et il en sortit six cent mille personnes, des hommes à pied. On peut supposer : si ce nombre est exact, alors en tout il en est sorti dans les deux millions, au minimum. C'est une quantité énorme de gens. Et puisque cette quantité de gens est énorme, et qu'il est difficile de supposer que, pendant les années où le peuple d'Israël était en Égypte, il se soit tant multiplié, beaucoup de commentateurs essaient de trouver différentes explications. Par exemple, on peut dire que le mot élef (mille) signifie en réalité unité militaire. C'est-à-dire qu'il est sorti six cents détachements, six cents grandes familles sont sorties d'Égypte. Il y a une autre compréhension : « Il est écrit kechech-me'ot élef – comme six cent mille ». Six cents, ce nombre se trouve aussi en beaucoup d'endroits dans le Tanakh, c'est le compte d'une unité de combat. Si l'on regarde, de très nombreux détachements se composaient de six cents hommes. Et on peut dire qu'il y a ici une telle métaphore : les Israélites sortirent avec la force de milliers de régiments, une énorme quantité de gens sortit. Et il y a encore beaucoup de points de vue différents. Effectivement, il est très difficile de se représenter comment tout cela s'est passé, parce que deux millions de personnes, c'est une ville moyenne. Comment communiquer l'information à tous, comment rassembler tout le monde, par quels chemins et de quelle manière les conduire tous sans embouteillages humains, sans bousculade humaine ? Nous savons, bien sûr, que le Très-Haut est Merveilleux. Nous savons qu'Il est le Créateur des miracles. Nous voyons que les événements qui se passaient en Égypte sont miraculeux. Et pourtant il y a la simple nature humaine, qui veut faciliter la tâche au Très-Haut et compter que ce ne sont pas six cent mille personnes, pas deux millions de personnes, mais, d'une manière ou d'une autre, un peu moins. Le premier sens, évident et simple, c'est que ce sont tout de même six cent mille hommes, sans compter les femmes et les enfants. En plus de tout cela, ce n'était que le nombre des fils d'Israël. Et en outre :
וְגַם־עֵרֶב רַב עָלָה אִתָּם וְצֹאן וּבָקָר מִקְנֶה כָּבֵד מְאֹד׃
vegam-érev rav alá ittám vetsón ouvakár miknéLa translittération de l'original intervertit deux consonnes du mot mikné (troupeau, avoir) ; nous suivons l'hébreu. kavéd me'ód
38 Et une grande multitude monta avec eux, et du petit bétail, et du gros bétail, et un très grand avoir.
L'expression érev rav, ou mélange, rassemblement, a pris un sens négatif, quelque chose comme ramassis, divers lumpens qui se sont joints, et ainsi de suite. Mais ici, dans la Torah, ce mot n'a pas de connotation négative, ici c'est une multitude de peuples. Beaucoup de représentants d'autres minorités nationales en Égypte, voyant ce qui se passait, ont pris leur destin, ont pris leur avenir en main et se sont joints au peuple d'Israël, et sont sortis avec le peuple d'Israël, voyant, peut-être, un chemin vers un avenir radieux. Peut-être n'ont-ils pas une préparation spirituelle telle que l'ont les Israélites. Peut-être ne sont-ils pas aussi instruits, pas aussi attachés à l'héritage des pères. Mais dans ce cas précis ils sont sortis avec Israël. Un événement grandiose se produit lors de la sortie d'Égypte, si l'on se représente deux millions de personnes, plus encore ceux qui se sont joints à eux. C'est peut-être une énorme migration de peuples pour ce moment-là, et peut-être aussi pour celui-ci. Peut-être est-ce la plus grande migration de l'histoire.
וַיֹּאפוּ אֶת־הַבָּצֵק אֲשֶׁר הוֹצִיאוּ מִמִּצְרַיִם עֻגֹת מַצּוֹת כִּי לֹא חָמֵץ כִּי־גֹרְשׁוּ מִמִּצְרַיִם וְלֹא יָכְלוּ לְהִתְמַהְמֵהַּ וְגַם־צֵדָה לֹא־עָשׂוּ לָהֶם׃
vayofoú et-habbatsék achér hotsí'ou mimmitsráyim ougót mattsót ki lo 'haméts ki-gorechoú mimmitsráyim veló yakheloú lehitmahméha vegam-tsedá lo-asoú lahém
39 Et ils mangèrent la pâte qu'ils avaient emportée d'Égypte, en pains azymes, parce qu'elle n'avait pas fermenté, parce que les Égyptiens les chassaient, et ils ne pouvaient pas ralentir (ne pouvaient pas s'attarder), et ils ne s'étaient pas préparé de ration pour la route.
C'est-à-dire que le peuple marchait vite, et, quand il s'est arrêté, la pâte n'avait même pas encore fermenté. Ils n'avaient pas d'autres provisions, et c'est pourquoi, bien qu'ils aient parcouru une énorme distance, ils ont tout de même cuit des pains azymes.
וּמוֹשַׁב בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר יָשְׁבוּ בְּמִצְרָיִם שְׁלֹשִׁים שָׁנָה וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה׃
oumocháv bené yisraél achér yachevoú bemitsráyim chelochím chaná ve'arbá me'ót chaná
40 Et (le temps du séjour) des fils d'Israël, qui habitaient en Égypte, trente ans et quatre cents ans (430 ans).
C'est aussi un verset très difficile. Nous avons déjà calculé qu'en tenant compte des années de vie de Moché, on obtient 210 ans d'esclavage. Et le chiffre de 430 ans s'obtient si l'on compte à partir de la conclusion de l'alliance avec Avraham sur les corps partagés, et dans d'autres sources il est écrit que c'est justement ainsi qu'il faut compter. Mais le sens simple dit ici que le peuple a vécu en Égypte 430 ans, et les commentateurs ont essayé par tous les moyens d'ajuster ici les mathématiques. Il y a encore un passage intéressant dans le Tanakh, dans le livre de Yé'hezkel (4,4–6) : « Tu seras couché sur un côté 390 jours, et sur l'autre côté 40 jours, tu porteras la faute de la maison de Yéhouda, un jour pour une année, comme Je te l'ai fixé ». C'est-à-dire 430 jours, où Yé'hezkel est couché sur le côté, face à 430 ans d'expiation, et il est difficile de ne pas voir ici un certain parallèle.
Certains commentateurs disent : « Peut-être que 430 est un nombre symbolique de ce genre. Les Juifs sont sortis, on peut dire, libérés de façon conditionnelle et anticipée ». Quand le Très-Haut veut opérer le salut, Il ne regarde pas les délais, mais agit tout simplement. D'autres commentateurs disent que 430 ans, ce ne sont pas simplement des années, mais des « années-hommes ». Si l'on additionne les années de vie, par exemple, de Lévi, de ses fils, et que l'on compte chaque âge entièrement, sans qu'ils se chevauchent les uns les autres, alors dans une génération on obtiendra des « années-hommes » totales, dans le cas présent avec Lévi – 430 ans. Il y a de très nombreuses façons différentes de comprendre comment donc les 430 ans s'insèrent ici. Et pourtant on peut admettre que la sortie d'Égypte a lieu 430 ans après la conclusion de l'alliance avec Avraham.
וַיְהִי מִקֵּץ שְׁלֹשִׁים שָׁנָה וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה וַיְהִי בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה יָצְאוּ כָּל־צִבְאוֹת יְהוָה מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayhí mikkéts chelochím chaná ve'arbá me'ót chaná vayhí be'étsem hayom hazzé yatse'oú kol-tsiv'ót adonáy me'érets mitsráyim
41 Et ce fut au bout de 430 ans, et ce fut au milieu de ce jour même, que sortit toute l'armée du SEIGNEUR du pays d'Égypte.
C'est-à-dire que tout a commencé à minuit, quand le Très-Haut est passé à travers l'Égypte et a exterminé les premiers-nés. Et ici nous lisons « au milieu de ce jour ». Ni de nuit, ni « en catimini », ni à la dérobée – en plein jour le peuple d'Israël sort d'Égypte, à la fin de cette même nuit où le Très-Haut exterminait les premiers-nés. De cette nuit il est parlé plus loin, au verset 42.
לֵיל שִׁמֻּרִים הוּא לַיהוָה לְהוֹצִיאָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם הוּא־הַלַּיְלָה הַזֶּה לַיהוָה שִׁמֻּרִים לְכָל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לְדֹרֹתָם׃
lel chimmourím hou ladonáy lehotsi'ám me'érets mitsráyim hou-halláyla hazzé ladonáy chimmourím lekhol-bené yisraél ledorotám
42 Nuit de conservation, c'est cela pour le SEIGNEUR – les faire sortir du pays d'Égypte. Cette nuit – des conserves (laissons une telle traduction, pour que ce soit compréhensible) pour tous les fils d'Israël, pour toutes les générations.
Que signifie nuit de conservation ? Certains comprennent que c'est la nuit où les Juifs ne dormaient pas et demeuraient avec le Très-Haut, si l'on comprend le mot chimmourim comme le fait de se tenir de garde. D'autres comprennent que c'est une nuit qui est pour ainsi dire mise en conserve, du mot chimmour, conserves. Chaque année on peut ouvrir cette même nuit et sentir, ressentir la sortie d'Égypte, c'est la nuit des conserves pour le Très-Haut pour Israël. Dans toute génération nous pouvons ouvrir « la boîte de la sortie d'Égypte », ressentir sur nous-mêmes la sortie d'Égypte. C'est un grand miracle, une grande grâce envers nous.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן זֹאת חֻקַּת הַפָּסַח כָּל־בֶּן־נֵכָר לֹא־יֹאכַל בּוֹ׃
vayomer adonáy el-moché ve'aharón zot 'houkkát happássa'h kol-ben-nekhár lo-yokhal bo
43 Et le SEIGNEUR dit à Moché et à Aharon : « Voici la prescription (la loi) concernant le Pessa'h : aucun fils d'étrangers ne le mangera ».
En hébreu moderne le mot 'houkka signifie constitution, il vient du mot 'hok – loi ; la'hkok – c'est tailler quelque chose, écrire, graver dans la pierre. Mais le mot 'houkka dans le Tanakh est souvent compris comme ce qui n'a pas d'explication logique sous-jacente. Ainsi l'a établi le Très-Haut – et c'est tout !
Que tout fils d'étrangers ne mange pas le Pessa'h, cela a été observé pendant de nombreuses années. Il y a une histoire dans le traité Kiddouchin sur un homme, un rabbin, qui vivait à Babylone. Et il y avait un païen qui vint à lui et dit : « Eh bien moi, j'ai mangé le sacrifice de Pessa'h ». Celui-ci dit : « Et as-tu goûté ce morceau-là, le plus savoureux ? La prochaine fois, demande-le ». Quand, l'année suivante, l'homme alla et demanda ce morceau (or ce morceau-là, justement, on ne peut pas le manger), on lui demanda : « Qui t'a instruit ? » Il dit : « Eh bien, le rebbe Untel m'a dit que c'est le plus savoureux ». Et cet homme fut exécuté parce que, étant païen, il avait mangé le sacrifice pascal. C'était déjà à l'époque du Second Temple. C'est-à-dire que nous voyons que cette tradition, que l'étranger ne peut pas manger le sacrifice pascal, s'est conservée pendant de longues années.
וְכָל־עֶבֶד אִישׁ מִקְנַת־כָּסֶף וּמַלְתָּה אֹתוֹ אָז יֹאכַל בּוֹ׃
vekhol-éved ich miknat-kássef oumaltá otó az yokhal bo
44 Et tout esclave, homme acheté pour de l'argent, seulement si tu l'as circoncis, seulement alors il peut manger ce sacrifice.
Seulement si l'homme acheté pour de l'argent est circoncis, introduit dans l'alliance d'Avraham, seulement si tu l'as acquis, s'il est devenu une partie de toi et que tu l'as circoncis, comme sont circoncis tous les fils d'Israël, seulement alors il peut manger ce sacrifice.
תּוֹשָׁב וְשָׂכִיר לֹא־יֹאכַל־בּוֹ׃
tocháv vessakhír lo-yokhal bo
45 Mais l'habitant et le salarié ne mangeront pas ce sacrifice.
בְּבַיִת אֶחָד יֵאָכֵל לֹא־תוֹצִיא מִן־הַבַּיִת מִן־הַבָּשָׂר חוּצָה וְעֶצֶם לֹא תִשְׁבְּרוּ־בוֹ׃
beváyit e'hád ye'akhél lo-totsí min-habbáyit min-habbassár 'hoútsa ve'étsem lo tichberou-vó
46 Dans une seule maison il sera mangé, ne sors pas de viande de la maison, dehors, et ses os, ne les brise pas.
C'est-à-dire que la viande est mangée avec les os intacts, on peut dire qu'ils sont rongés. Le Pessa'h ne peut être mangé qu'assis dans la maison, on ne peut pas le manger dans la cour, on ne peut pas l'emporter chez des hôtes. Nous avons dit que le Pessa'h est mangé selon le nombre des personnes comptées, c'est-à-dire, au fond, en vue du commandement.
כָּל־עֲדַת יִשְׂרָאֵל יַעֲשׂוּ אֹתוֹ׃
kol-adát yisraél ya'assoú otó
47 Toute la communauté d'Israël le fera (le Pessa'h).
וְכִי־יָגוּר אִתְּךָ גֵּר וְעָשָׂה פֶסַח לַיהוָה הִמּוֹל לוֹ כָל־זָכָר וְאָז יִקְרַב לַעֲשֹׂתוֹ וְהָיָה כְּאֶזְרַח הָאָרֶץ וְכָל־עָרֵל לֹא־יֹאכַל בּוֹ׃
vekhi-yagoúr ittekhá guer ve'ássa féssa'h ladonáy himmól lo khol-zakhár ve'áz yikráv la'assotó vehayá ke'ezrá'h ha'aréts vekhol-arél lo-yokhal bo
48 Et si un étranger habite avec toi et a fait le Pessa'h pour le SEIGNEUR, qu'il circoncise tout mâle, et alors il pourra s'approcher pour le faire. Et il sera comme un habitant du pays (comme un habitant autochtone) ; quiconque n'est pas circoncis ne mangera pas ce sacrifice
Le mot ézra'h en hébreu moderne signifie citoyen, comme citoyen du pays, comme habitant permanent du pays. S'il décide de faire le sacrifice, alors il doit se faire circoncire, prendre sur lui toutes les lois qui concernent les citoyens du pays, et seulement alors il peut manger ce sacrifice.
תּוֹרָה אַחַת יִהְיֶה לָאֶזְרָח וְלַגֵּר הַגָּר בְּתוֹכְכֶם׃
torá a'hát yihyé la'ezrá'h velagguér haggár betokhekhém
49 Une seule loi, une seule règle chez vous pour le citoyen et pour l'étranger.
Quelle est donc cette règle ? Si un homme veut manger le sacrifice pascal, veut offrir le sacrifice pascal, alors il doit se faire circoncire. Il doit prendre sur lui la Torah de la manière dont tous les Israélites la prennent – toute la Torah, une seule Torah, et alors il peut se faire circoncire. Il n'y a pas de quelconques renvois culturologiques permettant de dire : « Eh bien, voilà, les Arabes, ils sont comme ça, chez eux c'est dans la culture, ils ne peuvent pas accepter cela. Voilà, tels et tels peuples ne peuvent pas se passer de porc, tels et tels peuples ne peuvent pas se passer de viande de cheval, de lait de jument, de ceci, de cela… ». Et tout cela, on ne peut pas le faire, aucun rabais culturel. Aujourd'hui c'est très répandu, un tel multiculturalisme, quand on dit : « Voilà, ces gens-là – eh bien, ils ont une telle culture, ils ne sont pas primitifs, ils sont simplement différents ». La Torah dit : « La Torah est une pour tous, ou tout, ou rien ». Chaque homme qui prend sur lui le sacrifice pascal doit accomplir tous les commandements qu'il est tenu d'accomplir, tout ce que lui dit la Torah, et c'est pareil pour tous. On ne peut pas faire de rabais à quelqu'un et dire : « Nous permettons à tel peuple d'offrir le sacrifice, bien qu'ils n'acceptent pas tout de la Torah ».
Au verset 50, il faut s'arrêter. Sur ce verset est construite énormément de théologie diverse, belle et moins belle, dont l'essentiel est que, soi-disant, dans la Torah il n'y a absolument aucune différence entre les Juifs et les païens, ni mâle, ni femelle, et énormément de choses sont construites. Mais il ne faut pas « lire dans » ce verset ce qui n'y est pas. Les midrachim, les interprétations – c'est bien, mais nous examinons ici le sens le plus simple, immédiat de la Torah.
וַיַּעֲשׂוּ כָּל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֶת־מֹשֶׁה וְאֶת־אַהֲרֹן כֵּן עָשׂוּ׃
vaya'assoú kol-bené yisraél ka'achér tsivvá adonáy et-moché ve'et-aharon ken assoú
50 Et tous les fils d'Israël firent comme le SEIGNEUR l'avait ordonné à Moché et à Aharon, ainsi ils firent.
וַיְהִי בְּעֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה הוֹצִיא יְהוָה אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם עַל־צִבְאֹתָם׃
vayhí be'étsem hayom hazzé hotsí adonáy et-bené yisraél me'érets mitsráyim al-tsiv'otám
51 Et ce fut : au milieu de ce jour, le SEIGNEUR fit sortir les fils d'Israël du pays d'Égypte dans toute leur armée (avec tout leur équipement).
Le SEIGNEUR ne fait pas simplement sortir le peuple d'Israël dans la hâte. D'un côté, la pâte n'a pas le temps d'aigrir, d'un autre côté, – du point de vue des biens, du point de vue du bétail, du point de vue du fait qu'on emporte avec soi des bijoux, des vêtements – tout cela est rassemblé, tout cela sort avec les fils d'Israël. Les fils d'Israël marchent vite, mais pas sans bagages. Le Très-Haut fait sortir le peuple avec de grands biens, le fait sortir d'une main forte, de jour, sous les yeux de tous, pas à la dérobée, non seulement avec l'autorisation, avec la bénédiction de Pharaon, mais, comme je l'ai déjà dit, avec la demande de le bénir lui-même. En fait, Pharaon délivre à Israël des passeports diplomatiques. Pharaon, comme on s'y attendait, perd la bataille contre le Très-Haut.
Le temps présent
Chémot 13,1–16
Avec l'aide de Dieu, nous terminons aujourd'hui, vous et moi, l'étude de la section hebdomadaire Bo et nous lirons à partir du verset 1 du chapitre 13. Nous continuons à lire sur la sortie du peuple hors d'Égypte et sur la signification historique de cet événement pour tout le peuple.
וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר׃
vaydabbér adonáy el-moché lemór
1 Et le SEIGNEUR parla à Moché, en disant :
קַדֶּשׁ־לִי כָל־בְּכוֹר פֶּטֶר כָּל־רֶחֶם בִּבְנֵי יִשְׂרָאֵל בָּאָדָם וּבַבְּהֵמָה לִי הוּא׃
kaddech-lí khol-bekhór péter kol-ré'hem bivné yisraél ba'adám ouvabbehemá li hou
2 « Sanctifie-moi tout premier-né, qui éclot le premier de toute matrice parmi les fils d'Israël (c'est-à-dire les garçons), de l'homme et du bétail, il M'appartient ».
Arrêtons-nous sur le premier mot sanctifie (kadéch). Le mot kadoch (saint) est lié au mot kodéch (sainteté), lékadéch – sanctifier, il signifie séparer : « Sépare-le pour Moi ». Nous connaissons l'histoire de 'Hana (1 Chmouël 1,27–28), qui a prié et a promis que son premier-né serait séparé pour le Très-Haut, et à l'âge de trois ans elle l'a amené au temple. Le Très-Haut ordonne ici que tout premier-né chez les fils d'Israël Lui soit consacré, séparé pour Lui. Nous ne pouvons pas faire de projets, comme c'était l'usage, peut-être, chez le peuple : celui-ci me nourrira dans ma vieillesse, celui-ci me réjouira en devenant avocat, dentiste, il réalisera mes rêves. Non, ce garçon, le premier-né, dès le tout premier jour de sa vie est consacré au SEIGNEUR, destiné au service du Très-Haut, séparé pour le service dans la Tente d'assignation, puis dans le Temple et ainsi de suite. Aujourd'hui cela n'arrive pas, parce que le Très-Haut a donné aussi le commandement du rachat des premiers-nés. Et de cela aussi nous parlerons dans notre entretien, nous arriverons aussi jusqu'à ce commandement.
Qui éclot le premier de toute matrice – une description médicale très littérale. À la sortie de la matrice il y a un endroit qu'on appelle « l'orifice externe », il change de forme lors du premier accouchement, le nouveau-né en quelque sorte éclot de lui, et sa forme initiale ne se rétablit plus. C'est ainsi, à proprement parler, qu'on détermine si une femme a accouché ou non. Et voilà, celui qui a percé la coquille, celui qui a éclos – c'est justement le premier-né, celui qui a pour ainsi dire brisé l'œuf de l'intérieur. Et cela concerne le premier-né de la femme, c'est-à-dire le premier enfant qu'a mis au monde une femme concrète, et le premier enfant qui est né chez un homme concret : le premier fils, s'il est né le premier chez la femme, et le premier fils, s'il est né chez l'homme. Si c'est une fille qui est née la première, alors il n'y a pas de premier-né dans la famille.
Le premier-né se trouve entièrement au service du Très-Haut. On ne peut pas lui demander de courir chercher du pain, de peindre la clôture ou quoi que ce soit d'autre, il est entièrement consacré au Très-Haut comme voué par interdit au Très-Haut (on ne peut rien en prendre), et on ne peut l'employer que dans la sainteté au temple. Tel est le commandement initial.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־הָעָם זָכוֹר אֶת־הַיּוֹם הַזֶּה אֲשֶׁר יְצָאתֶם מִמִּצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים כִּי בְּחֹזֶק יָד הוֹצִיא יְהוָֹה אֶתְכֶם מִזֶּה וְלֹא יֵאָכֵל חָמֵץ׃
vayomér moché el-ha'ám zakhór et-hayom hazzé achér yetsatém mimmitsráyim mibbét avadím ki be'hózek yad hotsí adonáy etkhém mizzé veló ye'akhél 'haméts
3 Et Moché dit au peuple : « Souviens-toi de ce jour où vous êtes sortis d'Égypte, de la maison d'esclavage, car c'est par la force de la main que le SEIGNEUR vous a fait sortir de là, et vous ne mangerez rien de levé.
Quel lien, et que signifie tout cela ? Il y a ici un commandement – se souvenir constamment de ce jour, se souvenir constamment que le Très-Haut nous a déjà tirés dehors par la force de Sa main. D'année en année, à Pessa'h, nous nous en souvenons, et nous renonçons au vieux levain, nous nous préparons au renouvellement, nous nous préparons à jeter tout l'ancien qui nous tire en arrière, qui nous ramène en arrière. Chaque année il y a un renouvellement.
Et plus loin nous lisons un verset étonnant. Il semblerait qu'il ait un sens très simple, mais le verset est étonnant. Ici Moché dit :
הַיּוֹם אַתֶּם יֹצְאִים בְּחֹדֶשׁ הָאָבִיב׃
hayom attém yotse'ím be'hódech haavív
4 Aujourd'hui vous sortez au mois du printemps.
Tout ce qui précède, toutes les conversations, tout se passe soit au futur, soit au passé : et il dit, et il fit, et vous viendrez, et vous direz. Et seulement dans ce verset l'action se passe au présent : aujourd'hui vous sortez, c'est toujours actuel pour vous. Aujourd'hui vous sortez, aujourd'hui je sors, aujourd'hui nous sortons, ils sortent. Eh bien, et ceux-là – ne sortent pas, parce qu'ils n'ont pas voulu. Le mois d'aviv – le mois du début de l'éclosion des bourgeons, en ce mois nous sortons. Il y a un renouvellement de l'année, il y a un renouvellement chez nous, il y a un renouvellement de l'humanité. Nous devons nous souvenir que le Très-Haut est capable, est puissant de nous renouveler, de nous libérer, de nous guérir, tout cela s'est déjà produit en Égypte, et tout cela, c'est la force du Très-Haut. Cela signifie que le Très-Haut s'intéresse à nous, que nous sommes importants pour Lui, qu'Il agit en nous et qu'Il est capable de nous libérer. Il ne nous jettera pas au recyclage, Il ne renoncera pas à nous comme à des choses abîmées quelconques et n'en fabriquera pas de nouvelles, non. Il nous fera sortir, Il nous sauvera, Il nous délivrera. Il est le Sauveur, Il est le Délivreur, telle est Sa nature. Et c'est ce par quoi Moché commence sa conversation avec le peuple.
וְהָיָה כִי־יְבִיאֲךָ יְהוָה אֶל־אֶרֶץ הַכְּנַעֲנִי וְהַחִתִּי וְהָאֱמֹרִי וְהַחִוִּי וְהַיְבוּסִי אֲשֶׁר נִשְׁבַּע לַאֲבֹתֶיךָ לָתֶת לָךְ אֶרֶץ זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ וְעָבַדְתָּ אֶת־הָעֲבֹדָה הַזֹּאת בַּחֹדֶשׁ הַזֶּה׃
vehayá khi-yevi'akhá adonáyLa translittération de l'original écrit ici le Nom divin sans sa dernière lettre ; nous suivons l'hébreu : adonáy. el-érets hakkena'aní veha'hittí veha'emorí veha'hivvíLa translittération de l'original ajoute une syllabe en trop au nom des Hivvites ; nous suivons l'hébreu : veha'hivví. vehayvoussí achér nichbá la'avotékha látet lakh érets zavát 'haláv oudvách ve'avadtá et-ha'avodá hazzót ba'hódech hazzé
5 Et il arrivera, quand le SEIGNEUR t'amènera dans le pays des Cananéens, et des Hittites, et des Amoréens, et des Hivvites, et des Yévousséens, qu'Il a juré à tes pères de te donner, dans un pays ruisselant de lait et de miel (nous avons beaucoup parlé de cette notion), et tu serviras de ce service en ce mois.
Tout d'abord, de quel service ? « Sors d'Égypte, souviens-toi que le SEIGNEUR t'a fait sortir » – c'est le début du service, ensuite – les formes de ce service.
שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל מַצֹּת וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי חַג לַיהוָה׃
chiv'át yamím tokhál mattsót ouvayom hachevi'í 'hag ladonáy
6 Sept jours tu mangeras la matsa (les pains azymes), le septième jour – une fête pour le SEIGNEUR.
מַצּוֹת יֵאָכֵל אֵת שִׁבְעַת הַיָּמִים וְלֹא־יֵרָאֶה לְךָ חָמֵץ וְלֹא־יֵרָאֶה לְךָ שְׂאֹר בְּכָל־גְּבֻלֶךָ׃
mattsót ye'akhél et chiv'át hayamím velo-yera'é lekhá 'haméts velo-yera'é lekhá se'ór bekhol-gevoulékha
7 La matsa, vous la mangerez sept jours, et ce qui est levé et le levain ne se montreront pas à toi (ne te seront pas visibles) dans toutes tes limites.
C'est-à-dire qu'il faut enlever tout ce qui est levé. Non seulement ne pas en manger, mais aussi ne pas le voir, l'enlever complètement de ce qu'on possède, l'enlever hors des limites de son camp, enlever de toutes tes limites tout ce qui est levé et le levain lui-même.
וְהִגַּדְתָּ לְבִנְךָ בַּיּוֹם הַהוּא לֵאמֹר בַּעֲבוּר זֶה עָשָׂה יְהוָה לִי בְּצֵאתִי מִמִּצְרָיִם׃
vehiggadtá levinkhá bayom hahoú lemór ba'avoúr ze assá adonáy li betsetí mimmitsráyim
8 Et tu diras à ton fils en ce jour-là, en disant : « C'est pour cela que le SEIGNEUR a fait pour moi, quand je sortais d'Égypte ».
C'est ce que nous devons raconter aux enfants : « Ce service n'est pas seulement en mémoire du fait qu'alors mes pères, mon arrière-grand-père, l'arrière-arrière-grand-père de mon arrière-arrière-grand-père sortaient d'Égypte. Ce service est pour se souvenir de ce que le SEIGNEUR a fait pour moi, quand je sortais d'Égypte. Et pour pouvoir dire cela sans mentir, pour ne pas parler par slogans, ne pas tromper nos enfants, nous devons réellement accomplir la sortie d'Égypte, regarder où quelque chose nous retient, où quelque chose nous enchaîne. Ne pas dire par slogans que nous sommes libérés de tout, que nous sommes libres, que nous ne sommes sous rien, mais réellement nous examiner nous-mêmes. Dans quelle mesure sommes-nous libres pour le service du Très-Haut ? Dans quelle mesure pouvons-nous suivre le Très-Haut, et qu'est-ce qui nous retient ? Gardons-nous cette fidélité quand nous conduisons la voiture et que quelqu'un nous fait une queue de poisson ? Sommes-nous libres en cela ? Sommes-nous libres quand quelqu'un nous a trompés, quand quelqu'un ne correspond pas à nos attentes ? En somme, chacun a son examen.
וְהָיָה לְךָ לְאוֹת עַל־יָדְךָ וּלְזִכָּרוֹן בֵּין עֵינֶיךָ לְמַעַן תִּהְיֶה תּוֹרַת יְהוָה בְּפִיךָ כִּי בְּיָד חֲזָקָה הוֹצִאֲךָ יְהוָֹה מִמִּצְרָיִם׃
vehayá lekhá le'ót al-yadekhá oulzikkarón ben enékha lemá'an tihye torát adonáy befíkha ki beyád 'hazaká hotsi'akhá adonáy mimmitsráyim
9 Et ce sera pour toi un signe sur ta main, entre tes yeux, afin que dans ta bouche soit la Parole du SEIGNEUR (la Torah), car d'une main forte le SEIGNEUR t'a fait sortir d'Égypte.
Les sages en déduisent les commandements de la pose des tfilin. Mais nous parlons maintenant ici du sens simple. Le sens simple est celui-ci : « Dans toute action tienne, dans tout ce que tu accomplis, souviens-toi que le Très-Haut est Dieu, Qui libère de toutes les dépendances, Dieu, Qui apporte la liberté. Cela signifie qu'Il tient à ce que d'autres soient libérés : apporte cela par toute action de ta main. Quand tu te laisses guider par quelque acte tien, que tu décides quel acte accomplir, alors regarde quelle action produit le Très-Haut dans le monde. Cela donne-t-il la liberté ou l'asservissement ? Cela apporte-t-il la liberté aux autres gens ou les met-il dans la dépendance ? Cela les rapproche-t-il du Très-Haut ou les éloigne-t-il de Lui ? »
Entre tes yeux – cela, dans la tradition ancienne, est compris comme au-dessus de la tête, comme une sorte d'antenne singulière, comme la manière dont nous percevons le monde. Et en même temps c'est aussi comme des lunettes pour nous, comme ce à travers quoi nous regardons le monde. Nous regardons le monde à travers la sortie d'Égypte, à travers le fait que le Créateur, notre Dieu – Il est le Libérateur. Et non seulement le Libérateur, mais Il possède un dessein, Il possède un plan, Son nom est le SEIGNEUR, Qui accomplit les promesses, Il a un dessein et un plan. Voilà, c'est à travers cela que nous regardons le monde, c'est cela dont nous nous souvenons constamment.
À quoi cela sert-il ? Quand nous agissons selon la Torah et percevons le monde selon la Torah, alors seulement il y aura dans notre bouche la parole de la Torah. Alors seulement nous pourrons et parler, et enseigner, et répondre au fils selon la Torah. C'est alors que nous dirons : « C'est pour cela que le Très-Haut m'a fait sortir d'Égypte ».
Nous sommes tous des guerriers du Très-Haut, des guerriers libérateurs. C'est pourquoi tu dois savoir où tu fais des efforts pour la libération, où tu agis pour la libération des autres, pour le rapprochement des autres du Très-Haut, pour la diffusion de cette compréhension-là, pour le récit du salut, de la sortie d'Égypte ; c'est là qu'agit la main forte du Très-Haut.
וְשָׁמַרְתָּ אֶת־הַחֻקָּה הַזֹּאת לְמוֹעֲדָהּ מִיָּמִים יָמִימָה׃
vechamartá et-ha'houkká hazzót lemo'adá miyamím yamíma
10 Et tu garderas cette loi en ses temps fixés de jour en jour.
Chaque année, de jour en jour, il faut renouveler cela. Miyamim yamima (de jour en jour) – cela signifie le répéter constamment, successivement, fois après fois. On ne peut pas le faire dix fois et l'apprendre, vingt fois et l'apprendre, nous ne pouvons pas développer en nous un réflexe. Non, nous devons constamment nous l'enseigner, nous devons constamment le répéter.
וְהָיָה כִּי־יְבִאֲךָ יְהוָה אֶל־אֶרֶץ הַכְּנַעֲנִי כַּאֲשֶׁר נִשְׁבַּע לְךָ וְלַאֲבֹתֶיךָ וּנְתָנָהּ לָךְ׃
vehayá ki-yevi'akhá adonáy el-érets hakkena'aní ka'achér nichbá lekhá vela'avotékha ountaná lakh
11 Et il arrivera, quand le SEIGNEUR t'amènera dans le pays cananéen, dont Il a juré (qu'Il a promis) à toi et à tes pères, et Il te le donnera,
וְהַעֲבַרְתָּ כָל־פֶּטֶר־רֶחֶם לַיהוָֹה וְכָל־פֶּטֶר שֶׁגֶר בְּהֵמָה אֲשֶׁר יִהְיֶה לְךָ הַזְּכָרִים לַיהוָה׃
veha'avartá khol-peter-ré'hem ladonáy vekhol-péter chéger behemá achér yihyé lekhá hazzekharím ladonáy
12 Et tu feras passer tout ce qui éclot de la matrice (tout premier-né) au SEIGNEUR, et chez tous les animaux (chez tout ton bétail), qui seront à toi, les mâles (de sexe masculin) – au SEIGNEUR.
וְכָל־פֶּטֶר חֲמֹר תִּפְדֶּה בְשֶׂה וְאִם־לֹא תִפְדֶּה וַעֲרַפְתּוֹ וְכֹל בְּכוֹר אָדָם בְּבָנֶיךָ תִּפְדֶּה׃
vekhol-péter 'hamór tifdé vessé ve'im-ló tifdé va'araftó vekhól bekhór adám bevanékha tifdé
13 Et tout premier-né de l'âne, rachète-le par un agneau, et sinon, alors tords-lui la tête ; et tout premier-né humain, d'entre tes fils, rachète-le.
L'âne, dans ce cas, se trouve dans un statut particulier. Bien que l'âne soit un animal impur, nous voyons qu'il participe beaucoup à la vie des Patriarches, il est le compagnon fidèle du Patriarche et le compagnon de toute délivrance : Moché voyage sur un âne, le Machia'h entre à Jérusalem sur un âne. Et l'âne est l'ami de l'homme (comme le chien), c'est pourquoi il a un statut un peu différent, on peut lui aussi le racheter, comme le premier-né de l'homme. Et si on ne le rachète pas, alors tu dois d'une manière ou d'une autre le faire mourir, parce qu'il ne te servira de toute façon pas. D'un côté, il est premier-né, et il est pour ainsi dire du SEIGNEUR, de l'autre côté, il est impur. Il se trouve ainsi sur une sorte de territoire neutre, on ne peut que le racheter ou le faire périr. Aujourd'hui (et en général de génération en génération) il est d'usage de racheter, cela se fait par une très belle procédure. Un commandement rare, qu'on peut accomplir et dont on peut regarder l'accomplissement.
À l'époque où il n'y avait pas encore de kohanim, où les kohanim n'avaient pas encore été séparés pour le service, on apportait au temple de l'argent comme rachat de l'âme du premier-né, afin qu'il puisse vivre et pour la famille, et pour la lignée, afin qu'il ne soit pas seulement de l'autre côté, du côté du Très-Haut, mais qu'il soit comme une échelle qui relie le Très-Haut et la famille dans laquelle il est né. Et pour qu'il unisse en lui le céleste et le terrestre pour sa famille, qu'il soit un don du Très-Haut pour la famille, on le rachète pour cinq séla (ou chékels sacrés, 20 guéras dans un chékel), nous lisons cela dans le livre de Bémidbar (3,47). Aujourd'hui la tradition est telle que le premier-né est racheté auprès d'un kohen. Cinq séla, c'est quelque part environ soixante-dix grammes d'argent.
Il y a différents points de vue des croyants sur la question de racheter ou de ne pas racheter. Il y a ceux qui disent que pour nous tout a déjà été payé, nous ne rachèterons rien auprès de personne, tout nous appartient déjà. Je ne sais pas qui a racheté qui du service du Très-Haut et comment une telle chose peut être.
Comme je suis kohen par mon origine, il m'arrive souvent de recevoir le rachat pour un premier-né, cet argent est mis de côté chez moi pour certains services. Quand certaines personnes veulent donner cette contribution pour le rachat de l'âme, je reçois de ces gens des témoignages de grandes bénédictions qu'ils voient dans leur vie quand ils rachètent le premier-né. Et je peux dire que cela porte du fruit. Je ne veux pas dire (à Dieu ne plaise, ce n'est pas ainsi) que celui qui n'est pas racheté, celui-là se trouve sous une malédiction. Nous ne maudissons personne, et, bien entendu, l'homme qui agit selon la foi vit aussi selon sa foi. Mais ceux qui ont racheté, ceux qui l'ont fait, se sont adressés aux kohanim et ont accompli le rachat du premier-né, beaucoup d'entre eux parlent de la bénédiction qu'ils ont vue dans leur vie comme résultat de cela. Comme cela a déjà été dit, il s'agit de la valeur de soixante-dix grammes d'argent. Souvent, quand je rencontre des gens, quand cela se passe en personne, je leur offre simplement d'abord cet argent. Je dis : « C'est un cadeau pour vous, afin que vous puissiez racheter », pour que cela n'ait pas l'air que je gagne d'une manière ou d'une autre de l'argent avec cela, à Dieu ne plaise. Il y a des gens qui veulent simplement faire un don, et cela aussi est merveilleux.
וְהָיָה כִּי־יִשְׁאָלְךָ בִנְךָ מָחָר לֵאמֹר מַה־זֹּאת וְאָמַרְתָּ אֵלָיו בְּחֹזֶק יָד הוֹצִיאָנוּ יְהוָה מִמִּצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים׃
vehayá ki-yich'alekhá vinkhá ma'hár lemór ma-zót ve'amartá eláv be'hózek yad hotsi'ánou adonáy mimmitsráyim mibbét avadím
14 Et s'il arrive, si ton fils te demande demain : « Qu'est-ce que cela ? » Tu dois lui dire (raconter) : « Le SEIGNEUR nous a fait sortir d'une main forte d'Égypte, de la maison d'esclavage.
Le fils, qui ne comprend pas encore très bien ce qui se passe en général, demandera : « Qu'est-ce que cela ? » Encore une fois, nous avons dit que beaucoup de choses dans la Torah sont construites sur la conversation. La Torah encourage la conversation du père avec le fils. Quand il me demandera, je ne lui dirai pas : « Lis, s'il te plaît, les chapitres 11-12 du livre de Chémot, et le traité Pessa'him du Talmud, et la Haggada pascale, et encore quelques entretiens au sujet de Pessa'h ». Non, quand mon fils me demandera : « Ma-zot ? », je dois lui dire, je dois lui raconter, je l'associe ici : « Toi et moi, le SEIGNEUR nous a fait sortir d'une main forte de la maison d'esclavage ». Je dois répéter cela à mon fils, le fils doit l'entendre de moi, de son papa, et chacun de nous doit le répéter à ses fils. C'est un commandement. La conversation orale est plus importante que la lecture de l'Écriture. Nous avons souvent peur de mal raconter quelque chose, à Dieu ne plaise, de nous écarter du texte de la traduction synodale ou de l'original massorétique, mais la Torah elle-même ordonne que nous donnions notre témoignage.
וַיְהִי כִּי־הִקְשָׁה פַרְעֹה לְשַׁלְּחֵנוּ וַיַּהֲרֹג יְהוָֹה כָּל־בְּכוֹר בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבְּכֹר אָדָם וְעַד־בְּכוֹר בְּהֵמָה עַל־כֵּן אֲנִי זֹבֵחַ לַיהוָה כָּל־פֶּטֶר רֶחֶם הַזְּכָרִים וְכָל־בְּכוֹר בָּנַי אֶפְדֶּה׃
vayhí ki-hikchá far'ó lechalle'hénou vayaharógDans la translittération de l'original, le mot « et il tua » se termine par un t ; l'hébreu porte un g, que nous suivons : vayaharóg. adonáy kol-bekhór be'érets mitsráyim mibbekhór adám ve'ad-bekhór behemá al-kén aní zovéya'h ladonáy kol-péter ré'hem hazzekharím vekhol-bekhór banáy efdé
15 Et il arriva, quand il était pénible à Pharaon de nous laisser partir, et le Très-Haut tua tous les premiers-nés dans le pays d'Égypte, depuis le premier-né de l'homme jusqu'au premier-né du bétail, et c'est pourquoi j'offre en sacrifice au SEIGNEUR tout ce qui ouvre la matrice parmi les mâles, et tout premier-né d'entre mes fils, je le rachèterai.
Bien entendu, nous n'offrons pas, à Dieu ne plaise, d'enfants en sacrifice, c'est pourquoi nous les rachetons.
Et au verset 16 se termine, à proprement parler, la section hebdomadaire Bo :
וְהָיָה לְאוֹת עַל־יָדְכָה וּלְטוֹטָפֹת בֵּין עֵינֶיךָ כִּי בְּחֹזֶק יָד הוֹצִיאָנוּ יְהוָה מִמִּצְרָיִם׃
vehayá le'ót al-yadekhá oultotafót ben enékha ki be'hózek yad hotsi'ánou adonáy mimmitsráyim
16 Et ce sera un signe sur ta main (nous en avons déjà lu), totafot entre tes yeux : d'une main forte Il nous a fait sortir d'Égypte.
Il y a beaucoup de versions différentes au sujet du mot totafot, il est unique ici. Il y avait chez les femmes un ornement qui descendait vers le nez depuis le milieu du front, une sorte de pendeloque singulière, qu'on suspendait au front. En Égypte il s'appelait totafot, une sorte, lui aussi, de GPS dans le monde spirituel. Et les lunettes, ce à travers quoi nous percevons le monde, notre boussole, notre détecteur de directions – c'est la Torah, c'est l'action du Très-Haut par miséricorde envers nous, qu'Il n'a pas fait périr nos premiers-nés, que nous avons la possibilité de les racheter et avons la possibilité du salut, de la sortie d'Égypte pour tout le peuple. En cela est l'essence de la nature du Très-Haut, et Il commence à se révéler au peuple comme Délivreur, comme Capable, Fort et Désireux de délivrer de tout mal, de tout asservissement.
Notre souvenir, l'essentiel dans notre foi – c'est que le SEIGNEUR nous a sauvés, que nous sommes sauvés, nous sommes accueillis dans Son peuple, nous sommes devenus une partie de Son peuple, et cela aussi par le Machia'h. Et tous ceux qui sont accueillis, qui se sont engagés sur ce chemin, le SEIGNEUR les conduit. Il est puissant pour prendre, amener, faire entrer dans le pays du repos. Nous avons le plus Fort, le plus Glorieux, le plus Grand Entraîneur et Maître, et Il nous conduira à la sainteté et nous amènera à ce que nous Lui soyons tous consacrés.
La conversation a commencé par ceci : Moché est venu chez Pharaon et a dit : « Mon premier-né, c'est Israël, laisse partir mon premier-né, sinon Je tuerai ton premier-né ». Et toute cette dispute a continué tout le temps autour des premiers-nés. Et le Très-Haut a témoigné au monde entier : « Mon premier-né, c'est Israël, et les premiers-nés M'appartiennent ». Comme le peuple d'Israël est séparé, ainsi les premiers-nés sont séparés, mais il y a la possibilité du rachat. Avec l'aide de Dieu, nous en parlerons encore quand nous étudierons le livre de Bémidbar.
L'homme et Pharaon
D'après le titre de notre passage de la section hebdomadaire Bo, on voit que j'ai eu envie de parler de Pharaon, j'ai eu envie d'humaniser la figure de l'homme qui était roi d'Égypte au moment de l'Exode du peuple d'Israël. Ce n'est pas pour rien que j'ai employé la tautologie « humaniser la figure de l'homme » : le fait est qu'il est très difficile de discerner dans la Torah Pharaon en tant qu'homme. Il apparaît comme une sorte de caricature pitoyable d'homme, une caricature privée de toute individualité, de toute personnalité. Comme une sorte de marionnette enfilée sur la main du Très-Haut, il agit comme un homme privé de libre arbitre, nullement de lui-même. Et on aimerait comprendre – un peu, pour ainsi dire, frapper à cette marionnette et demander s'il y a quelqu'un de vivant, s'il y a quelqu'un à l'intérieur, quelqu'un d'humain derrière cette image de Pharaon qui se dessine dans la Torah, et ce que cela signifie pour nous, ce que nous pouvons apprendre pour nous-mêmes de cette image humanisée de Pharaon.
Commençons peut-être par une autre image, « inhumaine », de Pharaon (7,14–15) : « Et le SEIGNEUR dit à Moché : “Le cœur de Pharaon est obstiné, il ne veut pas laisser partir le peuple. Va vers Pharaon le matin, voici qu'il sort vers l'eau, tiens-toi en face de lui sur la rive du fleuve, et le bâton qui se changeait en serpent, prends-le dans ta main” ». Les commentateurs expliquent ainsi pourquoi Pharaon sort le matin vers l'eau : « Pharaon se proclame dieu, il n'est pas un homme, il est un dieu. Un dieu, naturellement, n'a aucun besoin, aucune nécessité. Alors il est obligé de cacher ses besoins, et c'est pourquoi avant l'aube il sort vers le Nil, pour faire ses besoins humains ». Bien sûr, ce n'est qu'un midrach, mais que Pharaon se proclame dieu, le prophète Yé'hezkel le dit aussi au chapitre 29, verset 3 : « Ainsi a dit le SEIGNEUR : “Voici, Je suis contre toi, Paro, roi de Mitsraïm, grand crocodile couché au milieu de ses fleuves, qui a dit : ‘Mon fleuve m'appartient, et je me suis (moi-même) créé’” ». Pharaon, qui s'est créé lui-même, ne peut évidemment pas aller faire ses besoins, c'est pourquoi il est obligé de se cacher en le faisant. Et dans ce contexte il paraît tragi-comique que voilà Pharaon va le matin au fleuve, il a enfin attendu le moment où il pourra soulager son existence physiologique, et à ce moment Moché l'attrape et prononce une sorte de long discours. Si ce n'était pas Pharaon, on aurait même pitié de cet homme qui se considère comme un dieu et est obligé d'être à la hauteur de ce qu'il a pris sur lui.
Qu'est-ce que cela peut signifier pour nous ? Combien souvent chacun de nous se fixe une barre haute et essaie – non, pas de l'atteindre, pas de grandir jusqu'à elle, mais de feindre d'être à la hauteur de cette barre. Nous pouvons nous faire passer pour des gens infaillibles, nous pouvons nous faire passer pour des gens très forts, des gens très intelligents, qui n'ont pas droit à la faiblesse, n'ont pas droit à l'erreur, n'ont pas le droit de ne pas réussir quelque chose. Combien d'énergie est dépensée non pas pour être, mais pour paraître ce que nous ne sommes pas, combien d'énergie nous dépensons pour cacher certaines de nos faiblesses, nos infirmités. Combien d'énergie, combien, je n'ai pas peur de ce mot, de vie nous dépensons pour garder certains secrets de famille, certains mystères familiaux. Et parfois il nous semble que si maintenant nous racontons, si nous partageons ces secrets, le monde s'écroulera. Quand soudain quelqu'un les apprend, il dit : « Bon, ce n'est rien, c'est une affaire de la vie courante, c'est la vie ». Et, en évitant la vie, nous nous proclamons ceux que nous ne sommes pas. Cela asservit, cela s'empare de nous, cela prive de liberté. C'est ce qui est arrivé à Pharaon.
Quand nous, à Dieu ne plaise, obligeons aussi ceux qui nous entourent à être tels qu'ils doivent paraître – non pas tels qu'ils sont, mais tels qu'ils doivent paraître –, cela empêche de jouir de la vie simple. Je rencontre souvent des situations où une jeune fille ou un jeune homme, avant un rendez-vous, un premier rendez-vous dans le milieu religieux, me demandent comment se comporter, quelle image prendre pour ce rendez-vous. Il ne faut prendre avec soi aucune image – sois toi-même. Si tu es joyeux, sois joyeux, si tu es silencieuse, sois silencieuse, si tu es un leader, sois un leader, si tu es suiveuse, sois suiveuse, chacun selon son caractère. Il ne faut pas commencer par vouloir paraître quelqu'un. C'est ce qui s'est emparé de Pharaon, ce qui, à proprement parler, a fait de lui une marionnette sur la main du Très-Haut.
Et regardez maintenant à quel point Moché, en tant qu'homme, est l'exact opposé de Pharaon, quand le Très-Haut s'adresse à lui et essaie de charger sur lui la mission la plus importante de l'histoire à ce moment-là. Personne avant lui n'avait été jugé digne d'une mission aussi importante. Moché ne dit pas : « Oh, comme c'est formidable, j'ai justement toutes les qualités de leader, je suis le plus approprié. Je vais tout de suite écrire un CV pour le poste de chef du peuple d'Israël, et j'y mentionnerai tous les points, toutes les qualités de leader ». Moché écrit au Très-Haut un anti-CV. Il dit : « Je ne suis pas un homme éloquent, j'ai la bouche lourde, la langue lourde, je suis l'homme le moins approprié pour ce poste ». Non, il n'invente pas, il parle de ses défauts réels, il décrit ce qu'il est. Mais la tâche ici, encore une fois, est de ne pas glisser dans le « pharaonisme » d'une autre manière, c'est-à-dire s'inventer une mauvaise image et dire : « Comme je suis indigne, comme je suis faible, comme je suis bête, borné, malhonnête et ainsi de suite ». Non, tromper dans ce sens-là non plus, il ne le faut pas. Moché dit la vérité sur lui-même, énumère ses défauts, et cela témoigne de l'humanité de Moché.
À ce propos il y a un moment très intéressant dans la Torah, au chapitre 6 de notre livre Chémot. Quand Moché s'apprête à aller vers Pharaon, la Torah interrompt soudain, de façon inattendue, l'histoire de Moché et commence le récit de sa généalogie (6,14) : « Voici le chef de leurs maisons paternelles… », et plus loin (6,20) : « Amram prit Yokhéved, sa tante, pour femme, et elle lui enfanta Aharon et Moché. Et les années de la vie d'Amram – 137 ans ». Au moment où nous avons rencontré Moché, nous savions (d'après 2,1) que quelqu'un sans nom, de la tribu de Lévi, du nom de famille Lévi, alla et prit pour lui une femme de la même tribu, mais nous ne savions rien de l'origine de Moché. Et ici, maintenant, quand Moché prend sur lui la mission, la Torah raconte son origine humaine : regarde, voici l'homme Moché, un homme à qui rien d'humain n'est étranger, avec tous ses défauts humains. C'est justement cet homme qui va et accomplit la mission divine. Et, comme nous le lisons dans notre section, il prend avec lui le bâton, l'instrument des signes du Très-Haut, c'est-à-dire que le Très-Haut transmet Son pouvoir à un homme, avec tous ses défauts humains.
Et voilà que cet homme, investi du pouvoir divin, croise ici, sur la rive du Nil, Pharaon qui se proclame dieu et est obligé de se faire passer pour un dieu. Et maintenant il lui tarde de passer à côté de Moché sans écouter son discours jusqu'au bout, d'arriver plus vite au Nil et de satisfaire un besoin tout à fait physiologique, excusez-moi, humain. C'est ce qui est en chacun de nous, ce qui peut se révéler en chacun de nous, quand nous prenons sur nous des engagements qui ne nous correspondent pas, quand nous voulons avoir l'air, paraître, passer pour ceux que nous ne sommes pas même à nos propres yeux, à plus forte raison aux yeux de notre famille, à Dieu ne plaise, aux yeux de nos proches, aux yeux de nos amis. Et c'est ce qui peut nous prendre le temps, la force, l'énergie, la vie même. Et quand on dit, comme dans un conte russe : « Il vivait et il était une fois Alex… », il peut s'avérer qu'être, il l'était bien, mais vivre, il ne vivait pas, parce qu'il voulait tout le temps paraître quelqu'un.
Dans cette histoire, dans cette situation avec Pharaon, il y a aussi un autre côté humain. Il semble que tout le monde autour commence avec le temps à comprendre que Dieu agit en Égypte, que Dieu envoie sur l'Égypte coup après coup, que l'Égypte est en train d'être détruite. L'économie égyptienne s'effondre, et on dit déjà à Pharaon : « Combien de temps t'obstineras-tu donc ? Regarde, ne vois-tu pas que l'Égypte périt ? » Pharaon ne voit-il pas ? Pharaon voit ! Mais il est très difficile, non seulement pour Pharaon, mais aussi pour chacun de nous, d'avouer son erreur.
Rappelons-nous le principe de fonctionnement de ce qu'on appelle les pyramides financières. Ayant une fois investi de l'argent, l'homme sent quelque part dans son subconscient qu'il perd de l'argent, qu'ici on le trompe, mais on lui dit : « Investis encore de l'argent pour sauver cet argent. Investis encore, et alors nous, d'un instant à l'autre, maintenant il faut encore investir un petit peu. Ce sont eux tous, les imbéciles, qui ne croient pas. Toi, crois, toi, crois et investis, investis, investis, seulement, à Dieu ne plaise, n'avoue pas ton erreur ». Et l'homme investit de nouveau. Combien y a-t-il de projets d'affaires qui s'effondrent, et ceux qui les mènent ne veulent pas remarquer qu'ils s'effondrent, et continuent d'investir et d'investir, jusqu'à se ruiner complètement, si bien qu'ils ne peuvent plus entreprendre rien de nouveau. Combien de nos idées, de nos pensées, de nos projets quelconques – non, pas de projets d'affaires, mais de situations de la vie – s'effondrent quand nous ne pouvons pas nous arrêter et reconnaître : « Je me suis trompé, je suis un homme, il est propre à l'homme de se tromper : comme Moché, fils d'Amram et de Yokhéved, ainsi moi, fils d'un tel et d'une telle, homme de sang et de chair, je peux me tromper, je me suis trompé. Admettons que j'aie causé du tort à moi-même, à ma famille, que j'aie perdu du temps, des forces, peut-être – la santé, de l'argent, mais maintenant je vais m'arrêter, je ne vais pas attendre que cette situation grossisse comme une boule de neige ». Il est souvent très difficile d'avouer que tu te trompes. Ce sont, peut-être, des parties d'un seul et même problème : quand tu te proclames dieu, comme Pharaon, ou quand il t'est difficile d'avouer que non seulement tu n'es pas dieu, mais que parfois tu n'es même pas très intelligent, parfois pas très instruit, parfois tu calcules mal tes forces.
Le roi Chlomo a dit dans le livre de Kohélet : « Il a tout créé beau en son temps, et a même mis l'éternité dans leurs cœurs, mais de telle sorte que l'homme ne puisse saisir les œuvres accomplies par Dieu du commencement jusqu'à la fin ». Dieu nous a donné énormément, et c'est vraiment un potentiel immense, immense. Avec ce potentiel immense – en sentant ce potentiel, en sentant cette audace, cette possibilité d'avancer, de faire – on a parfois tellement peu envie de reconnaître : « Je me suis trompé. J'ai dépensé un an, deux, trois pour la mauvaise chose. Je suis allé recevoir la mauvaise formation, j'ai fait carrière au mauvais endroit. Peut-être ai-je essayé de construire une relation avec la mauvaise personne, peut-être ai-je étudié l'Écriture au mauvais endroit, avec le mauvais maître ». Il est si difficile de se lever, de dire : « Je me suis trompé ! » et de partir, mais de sauver par là sa vie, de sauver le reste, ce qui est resté, de se donner la possibilité de se réaliser, de réaliser son potentiel. Et c'est difficile quand tu es simplement un homme, quand tu es simplement Alex, qui est responsable de la vie d'Alex, quand tu es simplement Boris, qui est responsable de la vie de Boris, et ainsi de suite, quand tu ne réponds que de toi-même. C'est encore plus difficile quand tu es chef de famille et que tu réponds de la famille. Il est difficile de dire : « J'ai eu tort de prendre ce travail, nous avons perdu beaucoup ici. J'ai eu tort de décider de déménager ici, nous avons perdu beaucoup ici ». Et il est très difficile de reconnaître son erreur quand tu es Pharaon et que tu vas devoir dire : « Tout cet énorme dommage qui a été causé à l'Égypte a été causé par ma faute. C'est moi qui suis coupable qu'il y ait eu ici des problèmes d'irrigation, avec l'eau. C'est moi qui suis coupable qu'un tas de produits aient été abîmés par les grenouilles », et ainsi de suite. Reconnaître que tu es coupable de tous ces malheurs, que tu as détruit l'économie du pays – cela, avouez-le, peu de gens dans l'histoire ont pu le faire. Et, bien sûr, c'est difficile pour Pharaon à l'échelle globale, et c'est difficile pour nous à l'échelle locale. C'est pourquoi tournons-nous de nouveau vers le roi Chlomo, qui (cette fois dans le livre de Michleï, 28,13) dit : « Celui qui cache ses transgressions n'aura pas de succès… » Tu ne pourras pas avancer, tu ne pourras pas être heureux, si tu caches quelque chose, si tu as peur de reconnaître que le chemin que tu as choisi est fondé sur une erreur, que tu as choisi une direction erronée. Et ensuite : « …Mais celui qui avoue et abandonne, celui-là obtiendra miséricorde ». Si l'homme reconnaît : « Je me suis trompé, ici j'ai péché, ici j'ai commis un acte incorrect, je suis allé dans une mauvaise direction ». Non, pas forcément péché, ce n'est pas forcément un péché. Cela peut être simplement une décision mal prise à cause d'une mauvaise compréhension, d'un manque de bon sens ou d'autre chose. Simplement une erreur humaine, qu'il faut reconnaître. Et quand nous lisons le mot yerou'hám (obtiendra miséricorde) – cela signifie que le Très-Haut commencera un processus. Nous l'avons déjà dit plus d'une fois, et dans ce cas aussi bien le mot yerou'hám, que le mot ra'hamim (miséricorde) sont liés au mot ré'hem (matrice). Le Très-Haut commencera un processus pour ainsi dire de croissance de l'homme (comme d'un fruit, comme d'un embryon), commencera le processus complexe de sa correction.
Encore une fois, pourquoi est-ce important ? Ce n'est pas à partir du moment où tu as dit : « Je me suis trompé, maintenant je vais vivre correctement », ce n'est pas à partir de ce moment que tout ira aussitôt comme sur des roulettes dans ta vie, que tu n'auras que des émotions positives et ainsi de suite. Il faut être prêt à ce que commence un long processus de petits changements, peut-être, dont le résultat sera un homme nouveau. Il faut le croire, il faut y être prêt. C'est encore une difficulté. Bon, admettons que je dise : « Coupable, je me repens ! » – et l'économie de l'Égypte, comme d'un claquement de doigts, se rétablira, ma vie, comme d'un claquement de doigts, se rétablira ; cela ne marche pas ainsi.
Voilà, dans de telles situations nous nous retrouvons nous-mêmes dans la position de Pharaon, et il ne nous semble plus si tragi-comique, parce que, probablement, n'importe qui dans ces situations peut quelque part se reconnaître, ne serait-ce que partiellement, et comprendre que ce n'est pas si drôle que ça. Cela a vraiment l'air d'une caricature si on regarde de l'extérieur, mais de l'intérieur c'est très triste, douloureux, affligeant. Pharaon n'est pas puni pour rien, et la question ici est probablement de savoir comment ces qualités humaines, ces qualités « pharaoniques » se manifestent dans notre vie « non pharaonique » ; si nous voulons être des Pharaons, si nous voulons rester des Pharaons (s'il s'avère soudain que nous en sommes) et exister sous une telle forme.
Le premier commandement
Parlons encore un peu de la section hebdomadaire Bo. Dans le livre de Béréchit nous avons lu l'histoire des Patriarches, Avraham, Yits'hak et Yaakov, qui a reçu du Très-Haut le nom d'Israël. Dans notre livre de Chémot, dans la section Bo, nous lisons l'histoire des fils, des fils d'Israël (bneï Yisraël), qui sont devenus le peuple d'Israël. Et notre section hebdomadaire est remarquable en ce que le Très-Haut, par Moché, y parle pour la première fois avec le peuple d'Israël et donne au peuple d'Israël le premier commandement. Et quel est donc ce tout premier commandement que le Très-Haut donne au peuple d'Israël ?
Cela aurait pu être un commandement comme le premier commandement sur les tables : « Je suis le SEIGNEUR, ton Dieu, tu n'auras pas d'autres dieux devant Moi ». Cela aurait pu être le commandement de la circoncision, ou du sabbat, ou d'autres aspects des relations avec le Très-Haut. Cela aurait pu être des commandements qui définissent les relations entre l'homme et l'homme : « Tu ne voleras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne tueras pas ». Mais c'est quelque chose de tout à fait différent. Le premier commandement que le Très-Haut donne au peuple d'Israël sonne ainsi (12,2) : « Ce mois est pour vous la tête de tous les mois. Il est le premier parmi les mois de l'année ». À quoi sert un tel commandement ? Rachi, au début de son commentaire sur la Torah, écrit : « Rabbi Yits'hak a dit : il aurait fallu commencer la Torah par (le verset) Ce mois est pour vous la tête des mois ». Rachi, au début de son commentaire sur la Torah, écrit : « Rabbi Yits'hak a dit : il aurait fallu commencer la Torah par (le verset) Ce mois est pour vous la tête des mois ». Pourquoi faut-il commencer la Torah par un phénomène de calendrier ? N'est-il pas égal quel mois sera le premier – nisán, printanier, ou peut-être eloúl, estival, ou tevét, hivernal. Le Très-Haut, comme le disent les commentateurs, a montré à Moché le nouveau mois naissant. Le mot mois (en hébreu 'hódech) vient de la même racine que le mot 'hadách (nouveau). Ainsi 'hódech, c'est le renouvellement. Chaque mois la lune naît de nouveau (naît petite), croît, devient pleine, diminue (devient petite), disparaît de nouveau. Le Très-Haut dit : « Ce mois est pour vous la tête de tous les mois de l'année ». Le mot chaná (année) signifie la répétition constante de quelque chose. Toute la Torah, toute votre vie selon la Torah consistera en renouvellements constants. Si tu ne crois pas que tu peux devenir meilleur, si tu ne crois pas que tu peux t'approcher de la sainteté, alors tu n'es pas dans les commandements de la Torah, tu n'accomplis pas ce tout premier commandement. Et si l'homme ne croit pas qu'il peut devenir meilleur, s'il est païen, alors il est inutile de lui donner le commandement « Je suis ton SEIGNEUR ». Il ne pourra pas l'accepter, parce qu'il ne croit pas en sa force, en sa capacité à changer, au don divin de changer qui lui a été donné. Voilà pourquoi le tout premier commandement qui est donné, c'est : vous pouvez changer, vous pouvez vous renouveler, vous pouvez devenir meilleurs, vous pouvez vous approcher du Très-Haut.
Il est intéressant que le Très-Haut donne ce commandement comme en s'écartant du sujet. Le Très-Haut avait commencé à parler à Moché de ce qu'il exterminerait tous les premiers-nés en Égypte, passerait et exterminerait tous les premiers-nés et exercerait même le jugement sur les dieux égyptiens. Selon les paroles du Très-Haut, ce n'est pas seulement le premier-né de Pharaon qui souffrira – le premier-né de l'esclave qui se tient aux meules souffrira aussi. Et, semble-t-il, c'est une injustice monstrueuse – punir le premier-né de l'esclave, qu'a-t-elle donc à voir là-dedans ? Et les commentateurs disent : « Très souvent les gens (aussi bien les païens que les croyants), quand ils voient que des malheurs arrivent à quelqu'un, que des infortunes quelconques s'abattent sur un homme, disent que c'est Dieu qui l'a puni pour ceci et pour cela, que c'est notre Dieu qui l'a puni, que son malheur est la victoire de notre Dieu ». Quand des malheurs quelconques descendent, les gens disent : « C'est notre dieu, notre Quetzalcóatl aztèque, notre Sanguia-mamá oudégué, notre qui que ce soit, n'importe quel dieu païen, notre dieu le punit ». Et les esclaves en Égypte, les païens de toutes sortes et de toutes dénominations, faisaient souvent exactement de même. Et sur ces dieux le Très-Haut exerce ici Son jugement. Le jugement concerne aussi l'esclave qui est aux meules, parce qu'elle aussi se réjouissait des victoires de son dieu païen ; c'est un jugement sur les dieux égyptiens, qui l'incluent elle aussi.
Que faire, comment se sauver de ce jugement ? La réponse – reconnaître le pouvoir du Dieu unique, du Dieu d'Israël. C'est pourquoi le Très-Haut dit : « Avant tout, Je vous ai donné la possibilité de changer. Je suis le Dieu Qui veut que l'homme change, et non qu'il souffre. Je suis le Dieu des hommes qui croissent dans la sainteté. Croyez simplement que ce mois est pour vous le commencement de tous les mois, c'est un renouvellement pour vous, le commencement d'un nombre infini de renouvellements ». Faire chaque jour téchouva (repentance) – signifie devenir chaque jour d'un pas meilleur en quelque chose. Et en signe de cette foi il faut prendre un animal, un agneau (le sacrifice pascal) et le placer sous garde, comme il est écrit (12,6) : « …en conservation ou sous garde ». Ce même mot (lemichméret) est employé quand Pharaon place ses serviteurs sous garde. Prendre l'agneau sous garde (comme le Machia'h aussi a été pris sous garde trois jours avant Pessa'h), le prendre, le garder, afin de l'offrir en sacrifice le 14.
Pourquoi le sacrifice est-il nécessaire ? Le mot korban (sacrifice) – est de la même racine que le mot likrov (s'approcher), c'est-à-dire s'approcher du Très-Haut. C'est le fondement de notre foi. Si nous croyons qu'il y a un renouvellement, qu'il y a une capacité à changer, alors il y a aussi la possibilité de s'approcher du Très-Haut. Le Très-Haut veut nous rapprocher, veut que nous nous approchions de Lui, et nous propose de Le suivre. Pharaon dit à Moché : « Je te laisserai partir, toi et tous tes disciples ; non pas tout ton peuple, mais tous tes disciples ». Il y avait beaucoup d'Égyptiens qui reconnurent la force, la gloire du Dieu d'Israël, devinrent disciples de Moché et par la suite sortirent d'Égypte avec Moché. Et on peut dire que leur délivrance commença par le fait qu'ils comprirent, reconnurent que la vie à la suite du Très-Haut est une chaîne de renouvellements.
Et pour nous, c'est la compréhension que le Très-Haut veut changer notre vie, qu'Il a aimé ce monde et que la foi en Son amour, elle vient avant la foi en un sacrifice pour Lui. Il a aimé ce monde, c'est pourquoi Il a donné Son Fils Unique, c'est pourquoi Il nous a ordonné d'offrir le sacrifice pascal dans le désert, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, afin que l'esprit de perdition qui passait par l'Égypte ne touche pas les maisons d'Israël, ne touche pas les maisons dans lesquelles on mange l'agneau. Et pour savoir comment manger l'agneau, il faut reconnaître que les renouvellements ont un commencement, mais que les renouvellements n'ont pas de fin. Et cela se produira de génération en génération.
C'est pourquoi le premier commandement de la Torah n'est pas un commandement de calendrier, pas une broutille astronomique, c'est le commencement du chemin, la désignation du nom du chemin. Suivre Dieu, apprendre auprès du Machia'h, cela veut dire changer, se renouveler, devenir meilleur, chaque jour devenir plus proche de Lui, croître dans la foi, dans la sainteté, renouveler son intelligence chaque jour et à chaque heure. Et c'est un processus pour toute la vie, c'est l'essence du premier commandement de la Torah. Il englobe tout, et tous les autres commandements sont absolument impossibles sans lui, parce que sans lui il n'y a pas de changement, sans lui nous sommes prisonniers de nous-mêmes, vieux, usés. Si Dieu ne peut pas nous changer, ne peut pas nous renouveler comme Il renouvelle la lune, alors survient un désespoir complet. C'est justement pourquoi le Très-Haut commence la communication avec le peuple d'Israël par ce commandement.
Les plaies d'Égypte, alors et maintenant
Dans ce passage, j'ai envie de parler de l'un des événements historiques les plus importants de l'histoire juive (et de l'histoire mondiale, je n'ai pas peur de le dire), à savoir des plaies d'Égypte. L'histoire des plaies d'Égypte s'étend sur deux sections hebdomadaires, sur deux sections hebdomadaires entières du livre Chémot : c'est la section Vaéra et la section Bo. Ce principe de lecture des sections hebdomadaires est né il y a un peu plus de mille ans, ou plutôt, s'est fixé il y a un peu plus de mille ans. Avant cela, il existait deux divisions en sections hebdomadaires. Il y avait la division en sections adoptée dans le pays d'Israël, quand on lisait toute la Torah en trois ans et demi ; et il y avait une autre division (c'est la tradition babylonienne de lecture), quand on lisait toute la Torah en un an. Cela était lié au fait que dans le pays d'Israël on donnait beaucoup plus d'explications, de commentaires au cours de la lecture, on attirait beaucoup plus de femmes et d'enfants à l'étude, pour leur expliquer la Torah, c'est pourquoi il était d'usage de lire des passages plus courts, afin de pouvoir mieux expliquer la Torah. À Babylone, la lecture et l'étude de la Torah étaient destinées à des gens plus avancés, les femmes venaient rarement dans les synagogues, et c'est pourquoi dans les cercles académiques on arrivait à lire toute la Torah en un an. Et ainsi, quand nous disons que chez nous la discussion sur les plaies d'Égypte s'étend sur deux sections, nous avons en vue la division babylonienne en sections, la tradition babylonienne. Cette division a ses raisons, pourquoi sept plaies, les sept premières plaies se sont trouvées dans une seule section hebdomadaire, dans la section hebdomadaire Vaéra, et les trois dernières plaies – les sauterelles, les ténèbres et la plaie des premiers-nés – se sont trouvées dans la section hebdomadaire suivante, la section Bo.
Avant tout, il vaut la peine de noter la finalité des plaies, puisque les plaies se divisent selon leurs buts. Prêtons attention à quelques versets de la section hebdomadaire Vaéra (6,2–9,35).
Donc, chapitre 7, verset 5 :
« Et les Égyptiens (mitsraïm) sauront que Je suis le SEIGNEUR, quand J'étendrai Ma main sur Mitsraïm et ferai sortir les fils d'Israël du milieu d'eux ».
Et plus loin, chapitre 8, verset 6 :
« … Et il dit : “Qu'il en soit selon ta parole, afin que tu saches – toi, Pharaon, afin que tu saches qu'il n'y a personne de semblable au SEIGNEUR notre Dieu !” »
Et plus loin, verset 18 :
« Et Je distinguerai en ce jour-là la terre de Gochen, sur laquelle Mon peuple se tient, afin qu'il n'y ait pas là d'arov (de mélange, de ramassis d'animaux ou de mouches à chiens, quel que soit le nom que vous donniez à cet arov), afin que tu saches – toi, Pharaon, que tu saches que Je suis le SEIGNEUR au milieu de la terre ! »
Et plus loin, chapitre 9, verset 16 :
« Mais c'est pour cela que Je t'ai donné de tenir debout, pour te montrer Ma force, pour proclamer Mon nom par toute la terre ! »
Nous voyons tout au long de la section Vaéra que l'une des tâches des plaies qui ont lieu, l'importance de cette tâche, c'est de montrer à Pharaon qui est le maître de la maison. Et, naturellement, nous noterons dans notre esprit une question : à quoi bon, pour Dieu, éduquer Pharaon, qui de toute façon mourra, à qui est réservée la mort (ou n'est pas réservée, cela dépend de la façon dont on regarde les midrachim), la mort dans la mer.
La série, peut-on dire, de plaies se termine par une confession de Pharaon, aussi étrange que cela soit. Nous lisons cela au verset 27 du chapitre 9 :
« Et Pharaon envoya, et appela Moché et Aharon, et leur dit : “J'ai péché cette fois, le SEIGNEUR est juste, mais moi et mon peuple sommes coupables” ».
Tout avait commencé très joliment, rappelons-nous comment paro (pharaon) au tout début disait : « Qui est le SEIGNEUR pour que je Le connaisse, je ne connais aucun SEIGNEUR ! Il n'est pas venu chez moi, ne m'a pas envoyé de présents, Il ne m'a pas béni, Il ne s'est pas révélé à moi, je ne Le connais pas et je ne veux pas Le connaître ». Car lui, comme nous le lisons chez le prophète Yé'hezkel (29,3) – « Pharaon, comme un grand crocodile sur les rives du Nil, qui dit : “mon Nil, c'est moi qui l'ai créé” ».
Mais à la fin de la section hebdomadaire Vaéra, Pharaon reconnaît le pouvoir de Dieu, mais il ne reconnaît pas seulement le pouvoir de Dieu – il reconnaît son péché devant ce Dieu.
La deuxième partie, la deuxième série des plaies d'Égypte commence par ceci (c'est déjà la section hebdomadaire Bo) : le Très-Haut s'adresse à Moché, aux versets 1–2 du chapitre 10 :
« Entre chez Pharaon, car J'ai rendu inaccessible son cœur et le cœur de ses serviteurs, afin que J'accomplisse ces signes qui sont les Miens au milieu de lui ; afin que tu racontes aux oreilles de ton fils et du fils de ton fils comment Je Me suis joué de Mitsraïm (l'Égypte), et Mes signes que J'ai accomplis parmi eux, et afin que vous sachiez que Je suis le SEIGNEUR ».
C'est-à-dire que le but de la deuxième série, de la deuxième partie des plaies, qui sont mises à part, reportées dans une section séparée, le but est que nous ayons quelque chose à raconter à nos enfants et aux enfants de nos enfants. Et bien que tant de générations se soient déjà écoulées depuis l'époque de Moché jusqu'à notre époque, nous parlons constamment de la sortie d'Égypte, nous mentionnons constamment la sortie d'Égypte. Et si nous regardons toute la Torah, nous verrons que la création du monde n'est pas mentionnée autant de fois qu'est mentionnée la sortie d'Égypte. La sortie d'Égypte, la libération de l'humanité, c'est le moment le plus important de l'histoire mondiale, toute l'histoire de la Torah est l'histoire de la libération. La sortie d'Égypte est un récit typique, c'est l'image et la réalité de la délivrance de l'homme, et tout l'enseignement sur la sortie d'Égypte est un enseignement sur la libération de l'homme de la domination de l'Égypte.
Nous trouvons cela dans divers midrachim, aussi bien dans le sens simple que dans le sens mystique, si nous voyons que le mot paro (pharaon) se compose des mêmes lettres que le mot afar (poussière). La poussière dont l'homme a été créé, la poussière qui est devenue la nature de l'homme après la chute, et la poussière qui est devenue la nourriture du serpent en punition de ce qu'il avait séduit l'homme. C'est-à-dire, si on regarde du point de vue du symbolisme juif, Pharaon symbolise la poussière, et certains midrachim, certains commentateurs vont plus loin et disent que Pharaon symbolise le serpent originel, ce serpent même qui a séduit l'homme. Cela ne veut pas dire qu'il est le serpent, ou cela ne veut pas dire que le serpent est devenu Pharaon, à Dieu ne plaise, ou que Pharaon était le serpent. Cela veut dire qu'ils représentent une seule et même force.
Encore une compréhension de Pharaon, dont nous avons déjà parlé une fois : le mot paro peut s'expliquer comme pé ra'a (bouche mauvaise).
Pharaon dit à Moché dans notre section hebdomadaire Bo, au verset 10 du chapitre 10 :
« …Où que vous alliez, rien que le mal devant vous ! »
L'une des manifestations de Pharaon en tant que pé ra'a (bouche mauvaise) – c'est qu'il dit : « Vous ne pourrez pas vous libérer, vous ne sortirez nulle part, vous n'arriverez à rien de bon ».
Nous avons un commandement, il est comme une instruction des sages, mais nous pouvons le voir aussi dans la Torah : nous disons que la sortie d'Égypte se répète constamment dans l'histoire. Les sages disent que dans chaque génération l'homme doit se voir comme si lui-même sortait d'Égypte. Chaque homme a en lui une certaine part d'Égypte, a en lui un certain Pharaon et doit surmonter cela, doit s'efforcer de sortir de son Égypte. Et nous avons, bien sûr, un énorme avantage par rapport aux générations précédentes. Cet avantage consiste en ce que nous avons le Rédempteur Yéchoua, et en Lui nous nous arrachons, nous nous élevons au-dessus de l'Égypte, nous nous relevons de la poussière, de cette poussière même qui est Pharaon.
Il vaut la peine de noter ici que, bien sûr, il est beaucoup plus simple de faire sortir le peuple d'Israël d'Égypte que de faire sortir l'Égypte du peuple d'Israël. Et c'est pourquoi le Très-Haut divise son influence sur Pharaon, divise la sortie d'Égypte en dix parties. On aurait pu frapper d'emblée l'Égypte avec l'artillerie lourde. Nous savons que, lorsque le roi du royaume d'Israël Yarovam leva la main sur le prophète Ido, la main du roi se dessécha instantanément (1 Mélakhim 13,4). Nous savons que le Très-Haut peut transformer toute l'Égypte en jouets de carton en un instant, mais alors cela n'amènerait pas le peuple d'Israël à être prêt pour la délivrance. La force du Très-Haut, la manifestation du Très-Haut, c'est qu'Il, à travers de nombreuses étapes, fait sortir progressivement l'homme, le prépare à la délivrance.
Et que se passe-t-il donc en Égypte ? Nous pouvons voir quelques exemples de ce que ces plaies signifiaient pour les Égyptiens, et les comparer avec ce que ces plaies peuvent signifier pour nous. Sept des dix plaies tombent dans la section Vaéra.
La première plaie d'Égypte est liée au sang. L'eau du Nil se changea en sang, tout le monde le sait. Tout le monde sait aussi que l'Égypte vit de ce que le Nil déborde, répand un sol limoneux fertile, rend tout le sol du delta du Nil, du delta de sa crue, fertile, propre à l'agriculture. Toute l'agriculture de l'Égypte, tout l'approvisionnement en eau de l'Égypte – tout est bâti sur le Nil, et on peut dire que le Nil donne la vie à l'Égypte. L'un des dirigeants suprêmes de l'Égypte, et par conséquent l'une des divinités suprêmes du panthéon des dieux de l'Égypte, était le dieu de la création et de l'eau, y compris du Nil, le dieu Khnoum. Il gouvernait tous les autres, pour ainsi dire, dieux, il était l'un des principaux dieux dans la hiérarchie des dieux de l'Égypte. Mais nous n'allons pas approfondir la mythologie égyptienne, elle ne nous est nécessaire ici que comme exemple.
Donc, Dieu commence par l'une des valeurs fondamentales de l'Égypte : Dieu saisit l'Égypte « au vif », Dieu saisit l'Égypte par le Nil, change toute l'eau en sang. Pour quelques jours toute l'eau devient du sang, c'est-à-dire que les Égyptiens n'ont pas d'eau. Les midrachim disent (nous lisons sur les plaies d'Égypte aussi dans Téhillim 78 et 105) que le Très-Haut frappa leur eau, c'est-à-dire l'eau des Égyptiens. Il ne frappa pas l'eau qui était chez les Israélites, chez les Juifs, et, apparemment, les Égyptiens devaient s'adresser aux Juifs pour avoir de l'eau. Ici se rencontrent deux propriétés directement opposées : d'un côté, la transformation de l'eau en sang, de l'autre, la transformation du sang en eau, c'est-à-dire qu'il s'agit de la capacité des Juifs à retransformer le sang du Nil en eau.
Le sang symbolise l'âme, l'âme charnelle, la Torah le dit directement. Le sang – c'est ce qui approvisionne tout l'organisme en nutriments. En fin de compte, toute notre nourriture, sa plus grande partie, tous les produits utiles deviennent du sang. Tout ce que nous consommons devient à une certaine étape du sang, passe dans le sang ou passe par l'état de sang. Le sang – c'est ce qui prend, l'eau – c'est ce qui donne. En un certain sens, la retransformation du sang en eau – c'est ce par quoi a commencé la délivrance des Juifs : la capacité de transformer le désir de prendre en désir de donner.
Déjà à Noa'h (Béréchit 9,4) le Très-Haut donna l'interdiction de consommer comme nourriture le sang d'un animal abattu. Et plus loin, en d'autres endroits, par exemple dans le livre Dévarim (9,12), il est dit : « Seulement ne mangez pas le sang, verse-le sur la terre comme de l'eau ». On aurait pu dire simplement : « Versez le sang sur la terre », mais la Torah dit qu'il faut « verser le sang sur la terre comme de l'eau ». Il y a une action déterminée, mystique, une sorte d'acte sacré dans la ch'hita (abattage du bétail), qui nous permet de nous élever au-dessus de son âme animale, afin que nous ne mangions pas l'âme de l'animal, la qualité bestiale de l'animal, afin que nous puissions consommer cette Parole de Dieu par laquelle cet animal a été créé.
Il est intéressant que chez de nombreux peuples primitifs existaient de telles croyances : quand un homme mange le cœur d'un homme courageux, le cœur d'un ennemi courageux, il devient courageux ; quand un homme mange la cervelle, il peut devenir intelligent ; quand ce sont les yeux – avoir la vue perçante, et ainsi de suite. Bien sûr, nous pouvons dire que ces croyances sont primitives. Et c'est pourquoi beaucoup disaient que le récit de la Torah selon lequel dans le sang de l'animal est contenue l'âme et que certaines mauvaises qualités se transmettront avec le sang – c'est un récit primitif quelconque, c'est le reflet de ces croyances mêmes qui existaient à cette époque-là.
Quand nous nous tournons vers la science, il est très difficile de dire quelque chose de manière univoque, et nous ne dirons pas maintenant « les scientifiques ont prouvé », parce que pour l'instant ce que nous dirons n'est pas prouvé, c'est une hypothèse très intéressante, des faits très intéressants qui ont été remarqués ces derniers temps. Un médecin psychiatre japonais, Tsuyoshi Miyaoka, qu'il est difficile d'accuser de religiosité ou d'attachement à des croyances anciennes, s'occupait du traitement d'un certain patient. L'homme pensait que ses pensées s'écoulaient de sa tête comme de l'eau, que les autres pouvaient voir ses pensées et que, lorsqu'il regardait des films, les acteurs lui faisaient certains signes secrets. C'est un état très effrayant, quand un homme croit que les acteurs lui font certains signes secrets. Il ne les comprend pas, il en souffre et pense qu'on veut quelque chose de lui, et lui ne peut pas faire ce « quelque chose ». Le médecin diagnostiqua cet état comme une schizophrénie paranoïde et prescrivit un traitement de neuroleptiques, des médicaments qui étouffent en quelque sorte la schizophrénie. Un an plus tard, l'état de l'homme s'aggrava brusquement : lors d'un examen on découvrit chez lui l'une des variétés de cancer du sang. On peut dire qu'un malheur s'est ajouté, mais comme dit le proverbe : « à quelque chose malheur est bon ». Pour lui sauver la vie, on lui fit une greffe de moelle osseuse. Qu'est-ce qu'une greffe de moelle osseuse ? Autrefois, on prenait effectivement un petit morceau de moelle chez un donneur et on le greffait au malade, et aujourd'hui il existe des cellules souches hématopoïétiques (formatrices du sang), les précurseurs les plus précoces des cellules sanguines, et la transplantation, en substance, ressemble à une transfusion sanguine.
Eh bien, poursuivons donc cette histoire. L'homme reçut une greffe de moelle osseuse d'un homme en bonne santé, son système immunitaire se régula et la schizophrénie passa. Et un groupe de spécialistes japonais, qui étudia ce cas, enregistra que ce n'est pas une récession, que la maladie n'est pas passée temporairement dans la clandestinité, mais qu'elle est réellement partie. Ils établirent que le sang nouveau, le renouvellement des cellules souches hématopoïétiques peut provoquer la guérison de la schizophrénie : le sang d'un homme en bonne santé peut rendre le patient sain. Ce cas a été publié dans une revue scientifique de psychiatrie. Ce n'est pas une revue de vulgarisation scientifique quelconque, pas une revue religieuse quelconque. Et quand cette recherche a été publiée, d'autres recherches ont commencé à apparaître, d'autres témoignages ont commencé à apparaître. La médecine est fondée sur la collecte de témoignages. Et il est apparu un témoignage selon lequel il était une fois aux Pays-Bas un homme mentalement sain, qui tomba malade d'une leucémie et reçut des cellules souches de donneur de son frère. Son frère n'était pas malade de leucémie, mais était malade de schizophrénie. En conséquence, le patient guérit de la leucémie, mais, ayant reçu des cellules de donneur de son frère malade, tomba aussi malade de schizophrénie. Ainsi nous voyons qu'aujourd'hui des recherches sont menées pour montrer que recevoir du sang de donneur peut influer y compris sur les maladies mentales.
Bien entendu, il ne faut en aucun cas comprendre cela comme une guerre contre la médecine, il ne faut pas lever le drapeau de la lutte contre la transfusion sanguine. Je relève simplement ici maintenant l'essence, l'essence de la plaie d'Égypte liée au sang, je relève que le sang détermine la conscience humaine, détermine réellement l'âme humaine.
Si nous regardons encore un peu plus tôt, le SEIGNEUR décida de prendre la défense du peuple juif après que Moché vit l'injustice et prit la défense d'un Juif. Quand apparaît une défense d'en bas, apparaît aussi une défense d'en haut. La délivrance elle-même commença par le fait que quelqu'un prêta attention à son prochain. La délivrance de Yossef de la prison égyptienne commença par le fait qu'il prêta attention aux visages tristes du panetier et de l'échanson. Il semblerait que des gens sont en prison, pourquoi leur demander pourquoi ils sont tristes ? Ils sont tristes parce qu'ils sont en prison. Mais Yossef y prêta attention, et c'est par cela que commença la délivrance. Ainsi, le sang – c'est le commencement, le commencement du dépassement d'un certain égoïsme, le commencement du dépassement de cet état où l'homme est prêt seulement à prendre, seulement à consommer, et le commencement de son accoutumance à cet état où il faut devenir prêt à donner.
Il est intéressant que, lorsqu'un prosélyte passait le guiyour, (processus de passage au judaïsme), il devait, selon la tradition, accomplir une ablution rituelle, s'immerger dans le mikva. Et pendant l'immersion, des rabbins entraient et lui disaient des commandements simples et difficiles, c'est-à-dire lui rappelaient ce que précisément il prend sur lui. Obligatoirement il fallait lui parler du commandement de la dîme et du commandement du coin du champ, qu'il faut laisser pour les pauvres. Le passage au judaïsme, le passage au service du Très-Haut commence par le fait que l'homme est prêt à voir, aimer, comprendre, sentir dans ce monde quelque chose ou quelqu'un d'autre que lui-même. C'est une leçon intéressante.
Pharaon voit qu'il y a un certain pouvoir en dehors de lui, qu'il n'est pas seul dans ce monde, qu'il y a certaines forces avec lesquelles il doit compter. Mais c'est une leçon non seulement directement pour le pharaon d'Égypte, c'est une leçon aussi pour ce pharaon-là, ce mauvais penchant, ce serpent – désignez cela par n'importe quel symbole –, qui est assis en chacun de nous. Le chemin vers le Très-Haut, le chemin de la sanctification commence par le fait que nous devenons capables d'aimer, de comprendre, de sentir notre prochain, de faire de l'eau à partir de notre sang. Voilà un tel regard sur cette plaie.
La deuxième plaie, à mon avis, la plus, disons, mystérieuse de toutes les plaies qui ont eu lieu en Égypte, c'est la plaie des grenouilles. En hébreu moderne, le mot tsfardéa signifie effectivement grenouille. Mais les chercheurs débattent, et il existe une opinion – elle est soutenue par le Ramban et par Ibn Ezra, c'est-à-dire par des gens qui connaissaient l'hébreu (Ibn Ezra, en particulier, était un spécialiste de la grammaire hébraïque) – que le mot tsfardéa, en réalité, signifie non pas une grenouille, mais un crocodile. On peut, pour le confirmer, citer un exemple de Téhillim 78,45, quand David parle des plaies d'Égypte. Il y est dit que le Très-Haut envoya sur les Égyptiens l'arov (ou un mélange d'animaux, ou une invasion de moustiques, ou de mouches à chiens : le mot est mystérieux et se comprend de différentes façons), l'arov les mordait, les blessait, et les tsfardéa (grenouilles ou crocodiles) les tuaient, les faisaient périr jusqu'à la racine. Remarque très intéressante. Sans doute, de simples grenouilles ne peuvent pas faire périr ainsi un peuple. Et néanmoins, nous nous en tenons à la compréhension classique, enracinée, selon laquelle le mot tsfardéa ici, comme en hébreu moderne, signifie grenouille.
Revenons un tout petit peu en arrière, en guise de petite introduction. Le midrach raconte une chose intéressante : « Dans toute l'Égypte, l'eau se changea en sang, et le seul qui pouvait prendre une douche, boire de l'eau et faire cuire des bouillons de poulet à l'eau pure, c'était Pharaon ». Dieu ne toucha pas la maison de Pharaon, parce que la maison de Pharaon, c'est la maison où Moché a grandi, et il y a là une certaine reconnaissance que nous devons apprendre. Mais Pharaon pensa : « Aha, donc on ne peut pas m'avoir ! Même si on prend toute l'Égypte, moi, on ne m'aura pas ! » Et c'est pourquoi, quand Moché proclame la plaie des grenouilles (7,28), il dit : « Tout commencera par toi : elles viendront dans ta maison, dans ton pétrin, sur ton lit, dans ta chambre à coucher, sur ta couche conjugale ». C'est très important, parce que la déesse égyptienne Hékat, déesse de l'humidité et de la pluie, de la fertilité, symbole de la femme en couches, symbole de la conception, était représentée sous la forme d'une grenouille ou avec une tête de grenouille. Beaucoup de femmes portaient de petits médaillons en forme de grenouilles, pour concevoir, pour enfanter et pour que l'accouchement soit facile. La déesse à tête de grenouille Hékat était considérée comme la protectrice non seulement de tout ce qui est lié à l'accouchement, mais aussi d'une certaine intimité. Et Moché proclame que Pharaon sera frappé en son point le plus orgueilleux, en sa partie la plus intime, dans sa capacité, dans son principe créateur (c'est-à-dire dans son principe générateur), que sera frappée l'une des plus importantes déesses égyptiennes.
Nous voyons plusieurs détails intéressants dans cette plaie. Premièrement, si auparavant Moché devait frapper le Nil avec le bâton, ici il suffit simplement d'étendre le bâton au-dessus du Nil.
Encore un détail intéressant. Quand Pharaon dit à Moché (8,4) : « Enlève de moi, enlève de moi ces grenouilles ! », Moché sort du palais de Pharaon, et plus loin (8,8) il est dit ainsi : « … et Moché cria vers Dieu… ». Le mot yitsak, qui est employé ici, signifie littéralement il s'écria. À propos de quoi Moché s'écria-t-il donc ? Et il est écrit : « …al-dvar hatsfardéim », c'est-à-dire non pas simplement à propos des grenouilles, mais al-dvar. Ce dvar signifie parole, logos. C'est très polysémique. Et on peut traduire cela de façon conventionnelle (comme le midrach) : Moché s'écria pour le logos des grenouilles que Dieu avait envoyées à Pharaon. En général, l'homme crie quand il a mal. Pharaon avait demandé à Moché et à Aharon : « …ha'tirou el-adonaï… », il demandait de prier, de se plaindre à Dieu de ce qu'on le frappait de grenouilles. Moché, lui, crie vers le Très-Haut, et ici se pose une question intéressante : pourquoi crie-t-il ? Encore une question intéressante – pourquoi, au fond, des grenouilles ? C'est une plaie qui n'a pas pris fin tout de suite. Après que Moché proclame que les grenouilles seront enlevées, les grenouilles ne se replient pas, ne « se rétractent » pas dans le Nil. Elles meurent dans les champs, dans les jardins. On les ramasse, et longtemps encore une puanteur s'en dégage, il est très difficile de s'en débarrasser. Et ce sont toutes des questions très intéressantes.
Au sujet du fait que la plaie s'est faite par des grenouilles, les commentateurs l'expliquent en comprenant le mot grenouille comme le mot araméen tsafar (matin), en d'autres termes, celle qui connaît le matin. La grenouille est un animal qui (selon les midrachim, selon les vues des sages) coasse, fait du bruit et chante seulement la nuit. Le matin, elle se tait. En outre, certaines espèces de grenouilles savent se gonfler, augmenter de volume, pour effrayer les autres. C'est pourquoi on cite souvent la grenouille comme symbole de l'orgueil. Elle a l'habitude de chanter la nuit, de chanter quand il n'y a pas de lumière, quand la lumière divine ne se révèle pas. Yéchoua dit : « Celui qui marche le jour réussit ». Le jour dure douze heures – va, agis pendant le temps du jour, tu réussiras, va avec la lumière. Et la nuit, c'est le symbole de l'obscurité, des ténèbres. La grenouille manifeste son moi (comme aussi l'ego humain) quand il n'y a pas la présence de Dieu, dans l'obscurité. De même nous aussi, si nous faisons quelque chose et disons en même temps : « Ça y est ! J'ai pu le faire, c'est moi, j'ai réussi ! », alors nous aussi nous agissons dans les ténèbres, et c'est, autrement dit, de l'orgueil. Du point de vue du hassidisme, du point de vue de l'enseignement hassidique, l'orgueil, la superbe, est l'une des qualités de l'homme les plus difficiles à surmonter ; on considère que le plus difficile est de surmonter l'orgueil. Et Moché vit que ce problème de l'orgueil, de la superbe, n'existe pas seulement chez Pharaon, que c'est le problème de toute l'humanité. C'est pourquoi retentit un tel cri de Moché vers le Très-Haut, au nom de tout le peuple de Dieu, pour les paroles d'orgueil. Et, bien que Moché, selon le témoignage de la Torah (Bémidbar 12,3), soit le plus humble des hommes, il a lui aussi, malgré tout, cela.
L'un des fondateurs du hassidisme, le Baal Chem Tov, a parlé, a enseigné toute sa vie sur l'orgueil, et ses dernières paroles furent : « Souverain du monde, guéris-moi de l'orgueil ». L'orgueil est un tel problème qui, sans doute, se trouve en chaque homme, même quand l'homme donne des cours de Torah. Je pense que tout homme qui regarde à l'intérieur de lui-même comprend combien grand est le problème de l'orgueil. Et voilà, la grenouille, c'est un coup porté à l'orgueil, c'est la destruction de l'orgueil de Pharaon, qui l'empêche de reconnaître le Très-Haut comme Dieu. L'orgueil empêche souvent de reconnaître que dans le monde, ce n'est pas toi qui agis par toi-même, mais c'est le Très-Haut qui agit.
On peut encore dire ici quelque chose entre parenthèses. Souvent les gens demandent : qu'est-ce qui me manque pour avoir une relation avec Dieu ? Or ici il nous est montré qu'il faut demander autrement : qu'y a-t-il de trop en moi, qu'y a-t-il en moi de tel, de mien, qui me cache Dieu, qui gêne mes relations avec Dieu ?
Voilà pour la plaie des grenouilles. On peut encore parler beaucoup de cela et, en particulier, des grenouilles, parce que ce sont des créatures très intéressantes. Par exemple, il existe la grenouille goliath, la plus grande grenouille du monde. La longueur de son corps (avec les pattes arrière) peut atteindre 98 centimètres, son poids – jusqu'à trois kilos et demi. Il y a la grenouille du Nil, il y a la plus petite grenouille, la longueur d'un individu adulte est de 7-8 millimètres, elle vit en Nouvelle-Guinée. Et les grenouilles, à la différence des crapauds, ont des dents, elles mordent réellement. Pourquoi David dit-il que les grenouilles faisaient périr les Égyptiens ? Parce qu'elles brisaient leur orgueil. C'est un brisement très terrible, très destructeur, pour tout homme en général. Je pense aussi que c'est l'une des étapes les plus importantes dans le travail avec notre « vieil homme ». La mort du « vieil homme », c'est la mise à mort de l'orgueil.
Plus loin, nous pouvons faire la connaissance d'encore un héros de la mythologie égyptienne, un camarade de ce genre, le dieu Ptah. Selon la mythologie égyptienne, le dieu Ptah (de l'égyptien sculpteur) est le créateur du monde et de tout ce qui y existe, qu'il avait conçu dans son cœur et avait nommé par la langue (par la parole). Par sa pensée, il modela de la poussière de la terre les animaux, les plantes, les hommes, les villes, les temples, les métiers, les arts et ainsi de suite. Et la troisième plaie – kinim ou les poux – est une manifestation de création à partir de la poussière de la terre. Dieu a montré ce qu'Il peut créer à partir de la poussière de la terre, a montré qui est vraiment le Créateur dans le monde. Nous avons commencé par les paroles du prophète, par le fait que Pharaon affirme : « Mon Égypte, et c'est moi qui l'ai créée ». Et voilà que les poux apparurent et se mirent à grouiller partout et en tout lieu. Kinim – c'est le premier cas où les prêtres de Pharaon ne purent rien reproduire. Comme le dit la tradition, et aussi beaucoup d'anciens livres de magie, dont les gens s'occupaient autrefois (et les charlatans, et les satanistes, et quel que soit le nom qu'on leur donne), eh bien, ils disaient que la magie n'agit pas sur des objets plus petits qu'un grain d'avoine. Voilà, sur les petits poux, il s'est avéré difficile d'agir d'une manière ou d'une autre par la magie, et les mages égyptiens n'y sont pas parvenus (ainsi le dit le midrach). Ainsi, une nouvelle valeur de l'Égypte (à savoir : qui est l'auteur et le créateur du monde) fut détruite, un nouveau mythe fut démystifié.
Maintenant nous allons parler de la quatrième plaie, qui se produit au moyen du mystérieux arov. L'un des midrachim définit ce mot comme mélange d'animaux. Un autre midrach dit que ce sont des moustiques ou des mouches à chiens, une sorte de vermine piqueuse, de moucheron venimeux, comme on le dit dans les contes russes. En faveur de ce jugement parle une notion telle que ourbatou, c'est un mot sumérien et akkadien, qui pouvait être employé en Égypte et signifiait moustiques ou, là encore, moucheron venimeux. De petites mouches d'or étaient données en Égypte aux héros, données à ceux qui s'étaient particulièrement distingués ; il y avait même, disons, un « ordre de la mouche d'or ». Voilà, en ce sens, on peut dire que la mouche, c'est un coup porté à l'héroïsme de l'Égypte, à la vaillance guerrière égyptienne, ou un coup porté au ministère de la Défense de l'Égypte.
Encore une autre approche de la compréhension du mot arov est évoquée par Rachi et d'autres auteurs de midrachim. Ils expliquent l'origine du mot arov à partir du mot réev (mélanger). C'est-à-dire que tous les animaux, comme un seul, vinrent sur l'Égypte, c'est le mélange de tous les animaux. D'habitude les animaux sont séparés, ils sont en hostilité entre eux. Il est difficile d'imaginer que les loups, et les lièvres, et les lions viennent quelque part tous ensemble à la fois. Par là, le Très-Haut manifeste sa présence dans le monde. Qu'est-ce que cela signifie pour nous ? Quand le Très-Haut essaie de nous amener à Lui, de se faire entendre de nous, nous remarquons dans notre vie des chaînes entières d'événements, de coïncidences, qui ne sont apparemment pas liés entre eux, mais soudain se lient et s'arrangent contre nous. Ainsi nous disons : les circonstances s'arrangent contre nous. Cependant les circonstances ne peuvent pas s'arranger d'elles-mêmes, il y a Quelqu'un, Qui les arrange. Dans ces circonstances ainsi arrangées, nous pouvons voir que c'est comme si une certaine force agissait contre nous.
Continuons. Dans le panthéon égyptien, il y a la déesse Hathor, une déesse qui est responsable des biens. On la représentait avec une tête de bélier, parfois avec une tête de vache, parce que le bien principal, c'est le bétail. Et dans la cinquième plaie nous voyons un coup porté au bétail. Nous voyons tout au long de toutes, toutes, toutes les plaies que le Très-Haut détruit les valeurs de ce monde, tous les plans « B », tous les plans de secours. L'homme dit : mais il me reste encore ceci, j'ai encore cet espoir-là. Mais tous les espoirs de ce monde s'écroulent, pour que Pharaon connaisse que le Très-Haut est l'unique Dieu. Pour notre ego intérieur, pour le pharaon intérieur qui est assis en nous et qui nous connaît mieux que les autres, pour lui aussi le Très-Haut trouve une approche, pour le convaincre, pour briser ces fausses valeurs qui sont les nôtres, pour que tout le superflu soit retranché et pour que nous voyions le Très-Haut. Pour que le pharaon en nous parvienne lui aussi à être prêt à se soumettre et à servir le Très-Haut. Pour que même la klipa (coquille), même la part impure en nous soit purifiée par la connaissance du Très-Haut. C'est de cela que parle Yaakov dans son épître catholique (2,19) : « … et les démons croient et tremblent ».
Encore un détail intéressant. En général, la possibilité de servir des dieux étrangers – c'est la sixième plaie, les ulcères ou les ulcères impurs, ils rendirent impurs même les prêtres de Pharaon. Quand les prêtres sont dans l'impureté, ils ne peuvent pas servir. Et d'ailleurs, quand les prêtres en Israël étaient impurs (bien que ce ne soit absolument pas la même chose !), eux non plus ne pouvaient pas servir. Sur les prêtres, sur ces fameux « intouchables » maniaques de propreté spirituelle et matérielle, s'abattirent aussi les ulcères. Le ministre de la Santé en Égypte, c'est la déesse Sekhmet, déesse guerrière, déesse de la protection de Pharaon, mais entre autres elle peut aussi envoyer et guérir les maladies. S'il faut un exemple de déesse au caractère extravagant, imprévisible, c'est Sekhmet. Et voilà qu'ici, cette guerrière et guérisseuse imprévisible, indomptée, a reçu comme une très, très forte pichenette sur le nez. Voilà pour ce qui concerne les ulcères.
Et le dernier espoir, le dernier morceau de pain fut enlevé quand vint la septième plaie – la grêle, quand déjà au niveau des éléments, quand le feu et l'eau – tout se mélangea, et tout cela tomba sur l'Égypte. Et c'est là que Pharaon dit : « J'ai tout compris, j'ai tout compris, j'ai tout compris ». Et les serviteurs de Pharaon aussi diront bientôt à Pharaon (10,7) : « Ne t'obstine pas, comprends que l'Égypte périt ». Peu à peu, toute l'Égypte parvient à comprendre qu'on ne peut pas résister au Très-Haut. C'est par la compréhension de cela que commence le chemin du repentir de l'homme.
Ici se termine la section Vaéra, et commence la section Bo, dans laquelle il est dit au peuple d'Israël : « vous verrez » et « afin que tu puisses raconter à ton fils ».
Qu'est-ce qui se passe de particulier dans les trois dernières plaies, dans ces plaies qui sont mentionnées dans la section hebdomadaire Bo ? Il y a une particularité importante. Le SEIGNEUR dit : « … pour que tous voient comment J'ai malmené, comment Je me suis moqué (hit'alalti) de l'Égypte ». Dans la traduction araméenne, il n'y a pas le mot se moquer, on emploie ici le mot faire (alal), c'est-à-dire : « Vous verrez tous quelles actions J'ai accomplies en Égypte, ce qu'il y a eu d'inhabituel en Égypte ».
Les sauterelles. Tout le jour et toute la nuit le vent souffla, et les sauterelles vinrent, et les sauterelles s'en vont aussi au moment fixé – le matin. Ce sont les actions du Très-Haut à l'égard des sauterelles.
Ensuite – les ténèbres. Au sujet des ténèbres, il est dit que trois jours, et il est répété deux fois que trois jours et trois nuits il y eut des ténèbres dans toute l'Égypte, alors qu'en Israël il y avait de la lumière.
Et ensuite – la plaie des premiers-nés. Elle a lieu exactement à minuit, précisément selon l'horaire.
Pourquoi est-ce important ? Ce sont précisément ces trois plaies-là, ces actions-là du Très-Haut, c'est précisément elles que nous devons raconter aux enfants. Et encore une chose intéressante, encore un détail : pendant ces plaies, le peuple d'Israël prend part pour la première fois au processus de sa propre délivrance. Il nous est dit que ce mois, le mois de la sortie d'Égypte, est pour nous le commencement de tous les mois de l'année, des commandements sont donnés sur la préparation à la sortie et ainsi de suite. Le compte du temps, tout le calendrier qui est donné, commence à se déployer à partir de cet endroit, de cet événement. Ici le Très-Haut montre à Israël et nous donne la possibilité de raconter à nos enfants qu'Il est Roi, qu'Il gouverne le temps, qu'Il est le Souverain du temps. D'un côté, Il agit selon un horaire déterminé. D'un autre côté, il n'y a pas eu quatre cent trente ans de châtiment en Égypte. Il est dit : quand Dieu manifeste son amour envers le peuple, les échéances n'ont pas d'importance, Il agit en dehors des échéances. Le temps n'a pas de pouvoir sur le Très-Haut, c'est Lui le maître du temps, et non l'inverse. D'un côté, Dieu agit toujours en temps voulu. D'un autre côté, Il peut faire grâce, et le peuple d'Israël peut être libéré avant terme, peut être gracié. Et ces trois plaies-là montrent à la fois le gouvernement global – le gouvernement des moucherons, le gouvernement des sauterelles (qui, comme il est dit, n'ont pas de roi, mais avancent en rangs, quelque chose a été mis dès l'origine dans les sauterelles), et des changements à l'échelle mondiale, quand toute la Terre est couverte de ténèbres, d'une obscurité palpable. C'est-à-dire que des processus les plus minimes jusqu'aux plus globaux, de « la croissance de la vigne d'ici-bas » (comme chez Pouchkine dans « Le Prophète ») jusqu'aux Cieux – Dieu a pouvoir sur tout, et tout est soumis à Son horaire. Et c'est pourquoi Il nous donne des échéances déterminées pour les fêtes du SEIGNEUR, le compte commence, et, à vrai dire, c'est ici qu'apparaissent pour la première fois les fêtes du SEIGNEUR.
Je répéterai ce qui a déjà été dit bien des fois : le mot fête en hébreu ne vient pas du mot russe oisiveté, mais vient du mot mo'ed ou édout, c'est-à-dire que c'est le temps du témoignage, le temps de la reddition de comptes. Et Dieu établit ces échéances en démontrant là-bas, en Égypte, qu'Il a pouvoir sur le temps, qu'Il est la source de toutes les échéances, qu'Il accomplit Ses promesses, qu'Il est un Dieu non seulement qui promet, mais aussi qui accomplit.
Revenons au verset 3 du chapitre 6, au tout début de la section hebdomadaire Vaéra, quand Dieu dit à Moché : « Je me révélais à eux (à Avraham, à Yits'hak et à Yaakov) par le nom de Chaddaï, mais par le nom d'Adonaï, par le nom de Hachem (le nom de quatre lettres du Très-Haut), Je n'ai pas été connu d'eux ». Pourquoi cela ? Parce que l'une des significations de ce Nom est Celui qui accomplit la promesse. Oui, ils savaient et croyaient qu'Il accomplit la promesse, mais maintenant il y a un témoignage qu'il en est ainsi, que Dieu est capable de gouverner le temps, que Dieu établit les temps. Et c'est pourquoi toutes Ses échéances, toutes ces fêtes, tous ces commandements qui sont liés au temps (et ils sont presque tous liés au temps), nous pouvons et devons les accomplir. Il l'a établi et nous en a témoigné, afin que nous aussi nous témoignions aux autres de Son pouvoir sur absolument tous les temps et toutes les échéances, et cela signifie pratiquement Sa Toute-Puissance.
Si l'on essaie de regarder brièvement ce que signifient ces plaies, non dans l'histoire de l'Égypte et non dans la mythologie égyptienne, mais dans notre propre vie, on peut voir deux étapes. C'est ainsi que Moché demandait à Pharaon, il demandait deux étapes : « Renvoie Mon peuple » et « Ils Me serviront dans le désert ».
La première étape, « Renvoie Mon peuple », les sept premières plaies, ce sont des coups, des pichenettes sur le nez à ce pharaon qui est en nous, la mise à mort, la mort de notre « vieil homme » et la résurrection en Machia'h Yéchoua. Et ensuite – la vie avec le Machia'h en son temps, quand Il gouverne notre temps, le fait de se remettre sous sa direction. Et ensuite commence ce qui nous est commandé : « Ce mois-ci est pour vous le commencement des mois ». Ensuite commence l'horaire du service. Quand la première étape échoit à un homme, il est libéré, et si les gens disent : « Moi aussi, en son temps, Dieu m'a libéré de la drogue, de l'addiction au jeu, de l'alcool, de je ne sais quoi encore, mais je ne suis allé nulle part plus loin », cela signifie que la première chose s'est accomplie : « Renvoie Mon peuple ».
La seconde, « Ils Me serviront dans le désert », s'accomplira alors, quand les deux parties auront fonctionné, quand les 10 plaies sont toutes accomplies, sont passées sur le « vieil homme » et que le service a commencé, et que l'homme s'est laissé entraîner dans le service. Alors nous aussi nous avons la vie avec le Très-Haut, alors « ... du sein couleront des fleuves d'eau vive » (Év. Yo'hanan 7,38).
L'homme vient à Dieu, souvent il se tient devant Dieu malade, et il a besoin d'un Guérisseur. Et pourquoi a-t-il besoin d'un Guérisseur ? Pour qu'il puisse, comme un homme normal, comme un homme en bonne santé, vivre selon la Torah, observer la Torah et enseigner la Torah aux autres, et, à vrai dire, c'est pour cela que le peuple a été conduit hors d'Égypte, c'est là le but de la libération. Dieu ne veut pas simplement nous faire sortir, Dieu veut nous amener dans la terre, pour que nous Le servions, pour que nous accomplissions Sa destination pour nous, parce qu'alors et seulement alors nous sommes appelés Son peuple.
Questions d'enfants
Nous allons relire, vous et moi, un petit passage de la section hebdomadaire Bo, du verset 25 au verset 27 du chapitre 12 du livre de Chémot :
25. Et il arrivera, quand vous entrerez dans la terre que le SEIGNEUR vous donnera, comme Il l'a dit, observez ce service (il s'agit du service de Pessa'h).
26. Et quand vos enfants vous diront : « Qu'est-ce que ce service chez vous ? »
27. Alors dites : « C'est le sacrifice – Pessa'h au SEIGNEUR, Qui passa à côté des maisons des fils d'Israël en Égypte, quand Il frappait les Égyptiens, épargnant nos maisons ».
C'est, à proprement parler, la fin de l'adresse de Moché au peuple. Il est très important pour la Torah (nous le verrons aussi dans le livre de Yéhochoua ben Noun (4,6), quand on dresse des pierres au milieu du Jourdain) que les enfants voient et demandent. Il est très important pour la Torah non seulement que le père raconte quelque chose à son fils, mais aussi que le fils pose des questions. Il est très important, quand l'enfant, quand le fils, quand l'élève (nous dirons l'enfant, mais c'est aussi l'élève, il s'agit du paroissien débutant), qu'il sache demander. C'est très dangereux quand il ne sait pas demander. Et il y a différentes raisons pour lesquelles un enfant ne sait pas demander.
Par exemple, il y a l'enfant juste. Et il fait tout correctement, il est obéissant en tout, il est toujours dans la bonne ornière, chez lui tout se fait en temps voulu. Un garçon obéissant, gentil, eh bien, tout simplement une immense bénédiction pour les parents. Seulement il y a une question : existe-t-il lui-même derrière toute cette conduite correcte ? Le garçon ne demande pas et ne sait pas demander, mais sait-il vouloir ? A-t-il des désirs ? Sait-il réfléchir ? Ou bien derrière toute cette justice se cache un certain automatisme, et lui-même, le garçon, n'est pas là ? Bien sûr, je le dis encore, c'est un garçon très commode, un élève très commode, un paroissien très commode : il ne pose pas de questions, il écoute, il sert, il fait tout à fond. Et poser une question, justement, c'est dangereux, parce que poser une question, cela veut dire élargir un tout petit peu son horizon, et peut-être cela donnera-t-il un certain tournant nouveau : la question peut emmener l'homme, entraîner l'homme loin. D'un autre côté, c'est justement la question qui fait naître l'implication.
Représentons-nous un homme qui étudie l'Écriture, qui comprend, qui pénètre le dessein de Dieu, à l'exemple de deux images.
La première, c'est un jeune homme ou une jeune fille qui se sont retrouvés à un concert de musique classique. Ils écoutent, par exemple, « Les Quatre Saisons » de Vivaldi. Une musique magnifique, et ils sont assis, ils écoutent. Si ce sont des auditeurs expérimentés, ils savent quand commence telle ou telle partie, et peuvent d'une certaine façon réagir à cette musique. À la fin, ils applaudiront les interprètes, et là s'achèvera leur échange avec cette musique.
Le second, c'est un jeune supporter qui s'est retrouvé, disons, dans un stade, et il vibre pour son équipe. Pour lui, ce qui se passe, c'est l'inconnu, parce que le football, le hockey, la boxe, la lutte n'ont pas de partition. Il existe dans un monde sans partition, il a constamment des questions, il vibre, il a constamment une certaine critique. Il est supporter, il se passionne pour ce qu'il voit. Et exactement de la même façon, on peut se passionner pour l'Écriture.
C'est-à-dire qu'on peut venir aux cours, écouter ce que dit le rabbin. Eh bien, et puisque le rabbin l'a dit, c'est juste, nous ne le mettons absolument pas en doute. Comment peut-on douter de ce que dit le rabbin ?! Mais on peut vibrer, on peut demander. Non pas demander pour discuter, non pas demander pour humilier, non pas demander pour venir imposer une certaine opinion à soi, son enseignement à soi, sa compréhension à soi, ou pour vérifier le maître sur une certaine aptitude professionnelle, sur sa conformité à certains critères. Je ne parle pas de ces questions-là, je n'aime pas moi-même de telles questions. Je parle des questions qui naissent de la soif de comprendre et de la soif d'approfondir ses connaissances. Et ces questions sont très nécessaires à l'homme, mais, en règle générale, tout le monde ne les aime pas. Et je connais beaucoup, beaucoup de gens qui ont été chassés des communautés, des maisons d'étude à cause des questions gênantes qu'ils posaient : des questions venant du sentiment d'un manque d'Écriture, du sentiment d'un manque de compréhension, de connaissance, et de la soif de connaître davantage. Et ce ne sont pas ces enfants commodes qui ne posent pas de questions.
Il est clair qu'au tout premier stade, quand l'enfant vient de naître, on lui sépare les choses en noir et blanc. Et – oui, au tout premier moment de l'existence de l'enfant, papa et maman sont pour lui presque comme des dieux ? Ils décident tout à sa place, connaissent toutes les réponses à ses questions, savent ce qui est bon pour lui et ce qui est mauvais pour lui. Mais l'enfant doit grandir, et sa croissance repose sur les questions. Le petit enfant a besoin d'un savoir absolu. Mais quand il grandit, quand il commence à s'étonner, quand il commence à douter, il ne faut pas le laisser prendre peur des questions. Car on peut poser une question et, peut-être, en plus passer pour un sot. Et la tâche du maître est de soutenir celui qui pose la question, pour qu'il n'ait pas peur de ceux qui l'entourent. Dans le judaïsme il existe une règle : celui qui est gêné n'apprend pas, et le sévère ne peut pas enseigner. C'est-à-dire que, si un homme est gêné de poser une question, il ne pourra rien apprendre ; si un homme est sévère envers ceux qui posent des questions, il ne pourra rien enseigner.
Il y a de ces problèmes qui tourmentent les gens, y compris parmi les disciples du Machia'h. Mais même le Très-Haut répond aux questions. Il arrive que le Très-Haut laisse quelque chose sans explication. Mais nous voyons que, quand un homme s'adresse au Très-Haut avec une question, le Très-Haut répond.
Et qu'est-ce qui engendre l'interdiction de poser des questions ? Soit il n'y a pas de vérité dans cet enseignement, cet enseignement craint que des questions superflues conduisent à ce qu'une certaine vérité soit connue, que quelque chose soit révélé, ou que se découvrent certaines incohérences qui existent. Soit cet enseignement est fondé sur l'obéissance totale, sur l'écrasement de l'homme, et c'est aussi, au fond, un malheur pour l'homme, parce qu'en l'absence de libre arbitre, en l'absence de liberté de choix, il n'a pas la possibilité de s'exprimer. Et il y a encore des maîtres qui ont peur des questions. Les questions, c'est une chose si lourde. L'un des maîtres a dit que le rabbin, le guide, ressemble à un énorme rondin. Pour qu'il s'embrase, pour qu'il brûle, il lui faut beaucoup de petits copeaux-questions enflammés. C'est-à-dire qu'il arrive que l'absence de questionneurs transforme le maître en rondin humide, qui ne s'enflamme de rien. Ainsi, pour le guide aussi, il est utile qu'on lui pose des questions.
Apprendre à poser des questions, inciter les enfants à poser des questions, être prêt à répondre aux questions des enfants et se réjouir des questions d'enfants – c'est l'un des éléments de la toute première instruction que Moché donne au peuple d'Israël.
Haftara. Yirméyahou
Chémot 46,13–28
Avec la section hebdomadaire Bo, on lit un passage prophétique du livre du prophète Yirméyahou, du chapitre 46, du verset 13 au verset 28.
Mais, avant de lire, il est nécessaire de faire une certaine introduction historique. À la fin du VIIe siècle av. J.-C., dans l'ancienne confrontation historique entre Babylone et l'Assyrie, un avantage se dessina du côté de Babylone. En 612, les Babyloniens réussirent à conquérir la capitale de l'Assyrie, la ville d'Assur, et en 610 – une autre grande ville assyrienne, Ninvé. De cette ville, sans doute, tout le monde a entendu parler, parce qu'elle est mentionnée dans le livre du prophète Yona. Les Assyriens, avec à leur tête Assur-uballit II, furent contraints de se retirer au-delà de l'Euphrate. Au-delà de l'Euphrate, ils pouvaient trouver un allié, encore une superpuissance régionale, en la personne du pharaon Nékho II. Nékho II amena effectivement des troupes dans la région, s'installa dans la zone de Koumouch. C'est l'actuelle frontière de la Syrie et de la Turquie, alors imaginez-vous combien c'est loin du territoire de l'Égypte. Et les troupes des Égyptiens elles-mêmes se trouvaient dans la ville de Karkémich. De Karkémich, l'armée égyptienne effectua plusieurs incursions réussies sur le territoire babylonien, ce qui obligea Babylone à engager des opérations militaires aussi contre Karkémich. Et en 605 av. J.-C. eut lieu une grandiose bataille égypto-babylonienne (avec une petite participation des Assyriens) près de la ville de Karkémich, où l'armée égyptienne fut complètement écrasée. Et on peut dire que ce fut le début du déclin de l'Égypte comme superpuissance dans la région, de cette même Égypte qu'Israël voyait comme son alliée dans la confrontation avec cette même Babylone.
Le prophète Yirméyahou, à cette époque, c'est-à-dire environ en 605–604 av. J.-C., prophétise au sujet de l'Égypte et dit que toute cette affaire ne se terminera pas par la défaite aux confins lointains, et que cette histoire aura une suite.
Voici ce que nous lisons à partir du verset 13 du chapitre 46 du livre de Yirméyahou :
הַדָּבָר אֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה אֶל־יִרְמְיָהוּ הַנָּבִיא לָבוֹא נְבוּכַדְרֶאצַּר מֶלֶךְ בָּבֶל לְהַכּוֹת אֶת־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
haddavár achér dibbér adonáy el-yirmeyáhou hannaví lavó nevoukhadrettsár mélekh bavél lehakkót et-érets mitsráyim
13 Voici la parole que le SEIGNEUR dit au prophète Yirméyahou au sujet de la venue de Névoukhadnetsar, roi de Babylone, pour frapper le pays d'Égypte :
Et voici ce que dit le prophète Yirméyahou :
haggídou vemitsráyim vehachmíou vemigdól vehachmíou venóf ouvta'hpan'hés imroú hit'yattsév vehakhén lakh ki-akhelá 'hérev sevivékha
14 « Dites en Égypte, proclamez à Migdol, proclamez à Nof et à Ta'hpan'hés, dites : “Lève-toi et prépare-toi, car l'épée a déjà dévoré tout autour de toi (prépare-toi à la guerre).
Migdol, c'est une ville au nord de l'Égypte, elle est mentionnée en 14,2 du livre de Chémot lors de la sortie des Juifs d'Égypte. Nof, c'est encore un lieu égyptien connu, Ta'hpan'hés est aussi une grande ville égyptienne.
מַדּוּעַ נִסְחַף אַבִּירֶיךָ לֹא עָמַד כִּי יְהוָה הֲדָפוֹ׃
maddoúa nis'háf abbirékha lo amád ki adonáy hadafó
15 Pourquoi donc ton chevalier, ton cavalier, n'a-t-il pas tenu bon ? Pourquoi n'a-t-il pas résisté ? Parce que le SEIGNEUR l'a poussé ».
Le mot nis'háf – comme emporté par l'eau, comme jeté à terre sur le dos. Pourquoi ton chevalier n'a-t-il pas résisté ? – c'est une question rhétorique.
hirbá kochél gam-nafál ich el-re'éhou vayomeroú koúma venachoúva el-amménou ve'el-érets moladténou mippené 'hérev hayoná
16 Beaucoup glissent et tombent, l'homme sur son prochain (le chaos et la confusion règnent en Égypte). Et ils disent : « Levez-vous, fuyons, fuyons vers le pays, vers nos villes, fuyons loin de cette épée destructrice ».
Expression intéressante – 'hérev hayoná. Certains la traduisent par épée destructrice, comme je l'ai traduit ici. Mais d'autres disent que chez les Babyloniens, il y avait sur la poignée de l'épée une colombe, comme symbole d'une certaine force ou vaillance babylonienne. Et 'hérev hayoná, c'est une épée ornée d'une colombe.
קָרְאוּ שָׁם פַּרְעֹה מֶלֶךְ־מִצְרַיִם שָׁאוֹן הֶעֱבִיר הַמּוֹעֵד׃
kare'oú cham par'ó melekh-mitsráyim chaón he'evír hammo'éd
17 Allez et proclamez là-bas que Pharaon, roi d'Égypte, est un fanfaron, et qu'il a laissé passer le temps.
Le mot chaón signifie baratineur, braillard ou fanfaron. Il s'est révélé un fanfaron, il a essayé, comme on dit, de vaincre l'ennemi avec des slogans, il proclamait des idées grandioses, il pérorait sur la force et l'invincibilité.
Allez et dites – c'est peut-être une adresse à ces Égyptiens qui se trouvent encore aux confins lointains, autrement dit : « Repliez-vous et partez, parce que vous êtes maintenant quelque part en Syrie, vous êtes maintenant quelque part en Turquie, et le malheur arrive sur l'Égypte. Préparez-vous, courez dans les villes et proclamez là-bas ».
חַי־אָנִי נְאֻם־הַמֶּלֶךְ יְהוָה צְבָאוֹת שְׁמוֹ כִּי כְּתָבוֹר בֶּהָרִים וּכְכַרְמֶל בַּיָּם יָבוֹא׃
'hay-áni ne'oum-hammelekh adonáy tsevaót chemó ki ketavór beharím oukhekharmél bayám yavó
18 « Comme Je suis vivant, – dit le SEIGNEUR, Dieu des armées est Son nom, – de même que le mont Tavor se trouve parmi les montagnes, et de même que la chaîne du Carmel se trouve au bord de la mer, de même viendra Névoukhadnetsar, il viendra en Égypte ».
'Hay-áni – c'est une forme de serment divin, c'est-à-dire « Aussi vrai que Je suis vivant, aussi vrai est-il que… »
כְּלֵי גוֹלָה עֲשִׂי לָךְ יוֹשֶׁבֶת בַּת־מִצְרָיִם כִּי־נֹף לְשַׁמָּה תִהְיֶה וְנִצְּתָה מֵאֵין יוֹשֵׁב׃
kelé golá assí lakh yochévet bat-mitsráyim ki-nóf lechammá tihyé venittsetá me'én yochév
19 Fais-toi une place commode, prépare-toi tout le nécessaire pour l'exil, toi qui demeures sédentaire, fille d'Égypte (c'est-à-dire habitante d'Égypte), car Nof deviendra un désert et restera sans habitant.
עֶגְלָה יְפֵה־פִיָּה מִצְרָיִם קֶרֶץ מִצָּפוֹן בָּא בָא׃
eglá yefe-fiyá mitsráyim kérets mittsafón ba va
20 Une belle génisse était l'Égypte, mais la ruine viendra du nord, viendra et viendra.
Nous savons, je veux le dire encore une fois, que le nom des pays et des villes en hébreu est toujours du genre féminin. C'est pourquoi on dit : la belle Égypte, la belle Jérusalem, et ainsi de suite. Ici le mot yefe-fiyá signifie petite beauté chérie. On peut aussi le dire aujourd'hui d'une jeune fille : ba'hourá yefe-fiyá (la plus belle des filles). Cet ajout -fiyá, la répétition de la dernière syllabe, se produit pour désigner l'augmentation, l'élévation. En hébreu moderne aussi il existe une telle forme : katán (petit) – ktantán (tout petit), grâce à la répétition de la dernière syllabe -tan ; matók (doux) – matakták (douceâtre). Dans notre cas, le mot yefe-fiyá signifie d'une beauté ravissante.
Mais, malgré toute cette beauté, kérets (c'est un certain insecte méchant, malfaisant), la ruine, viendra du nord, viendra vraiment sur la belle, malgré toute sa beauté.
גַּם־שְׂכִרֶיהָ בְקִרְבָּהּ כְּעֶגְלֵי מַרְבֵּק כִּי־גַם־הֵמָּה הִפְנוּ נָסוּ יַחְדָּיו לֹא עָמָדוּ כִּי יוֹם אֵידָם בָּא עֲלֵיהֶם עֵת פְּקֻדָּתָם׃
gam-sekhiréhaLa translittération de l'original écrit à la fin de sekhiréha la lettre du son kh ; l'hébreu porte un hé (h), que nous suivons. vekirbá ke'eglé marbék kigam-hemmá hifnoú nássou ya'hdáv lo amádou ki yom edám ba alehém et pekouddatám
21 Et ses mercenaires (de l'Égypte) sont comme des veaux engraissés, mais eux aussi se retourneront, et tous ensemble ils s'enfuiront, et ils ne tiendront pas, car le jour de leur perte est venu pour eux, et sur eux est leur châtiment.
Ils ne tiendront pas et s'enfuiront non parce qu'ils sont faibles, pas entraînés, pas professionnels ou lâches. Ce n'est pas pour cela. Le jour du châtiment de l'Égypte est venu, et aucun des puissants guerriers égyptiens, aucune force de l'armée égyptienne ne tiendra.
קוֹלָהּ כַּנָּחָשׁ יֵלֵךְ כִּי־בְחַיִל יֵלֵכוּ וּבְקַרְדֻּמּוֹת בָּאוּ לָהּ כְּחֹטְבֵי עֵצִים׃
kolá kanna'hách yelékh ki-ve'háyil yelékhou ouvkardoummót báou la ke'hotevé etsím
22 Et sa voix ira comme la voix d'un serpent, car des guerriers l'attaqueront et viendront à lui avec des haches, comme des bûcherons.
C'est-à-dire que, si nous avons dit que le pharaon est un fanfaron, qu'il prononçait certains discours grandioses, proclamait des slogans pompeux, maintenant il sifflera comme un serpent.
כָּרְתוּ יַעְרָהּ נְאֻם־יְהוָה כִּי לֹא יֵחָקֵר כִּי רַבּוּ מֵאַרְבֶּה וְאֵין לָהֶם מִסְפָּר׃
karetoú ya'rá ne'oum-adonáy ki lo ye'hakér ki rabboú me'arbé ve'én lahém mispár
23 « Coupez leurs forêts, – dit le SEIGNEUR. – Car il n'y a pas de nombre, car ils sont plus nombreux que les sauterelles, et il n'y a pas de nombre pour eux ».
Peut-être : cette forêt n'a pas de nombre. Effectivement, la région, en Égypte, à cette époque, était très boisée. Mais, plus probablement, il s'agit ici du fait que les bûcherons venus couper les forêts en Égypte n'ont pas de nombre.
הֹבִישָׁה בַּת־מִצְרָיִם נִתְּנָה בְּיַד עַם־צָפוֹן׃
hovícha bat-mitsráyim nittená beyád am-tsafón
24 La fille d'Égypte est couverte de honte (l'Égypte est couverte de honte), elle est livrée entre les mains du peuple du nord.
אָמַר יְהוָה צְבָאוֹת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל הִנְנִי פוֹקֵד אֶל־אָמוֹן מִנֹּא וְעַל־פַּרְעֹה וְעַל־מִצְרַיִם וְעַל־אֱלֹהֶיהָ וְעַל־מְלָכֶיהָ וְעַל־פַּרְעֹה וְעַל הַבֹּטְחִים בּוֹ׃
amár adonáy tsevaót elohé yisraél hinení fokéd el-amón minnó ve'al-par'ó ve'al-mitsráyim ve'al-elohéha ve'al-melakhéha ve'ál par'ó ve'ál habbote'hím bo
25 Ainsi dit le SEIGNEUR Tsevaót, Dieu d'Israël : « Voici, Je punis Amon de No, et Pharaon, et l'Égypte, et ses dieux, et tous les rois, ses alliés, et tous ceux qui s'appuient sur Pharaon.
No – c'est le nom d'une ville qui, apparemment, était la capitale de l'idolâtrie en Égypte, le lieu central du culte du dieu Amón.
וּנְתַתִּים בְּיַד מְבַקְשֵׁי נַפְשָׁם וּבְיַד נְבוּכַדְרֶאצַּר מֶלֶךְ־בָּבֶל וּבְיַד־עֲבָדָיו וְאַחֲרֵי־כֵן תִּשְׁכֹּן כִּימֵי־קֶדֶם נְאֻם־יְהוָה׃
ountattím beyád mevakché nafchám ouv'yád avadáv ve'a'hare-khén tichkón kime-kédemLa translittération de l'original inverse deux consonnes du mot kédem (autrefois) ; nous suivons l'hébreu. ne'oum-adonáy
26 Et Je les ai livrés entre les mains de ceux qui cherchaient leur âme, et entre les mains de Névoukhadnetsar, roi de Babylone, et entre les mains de ses serviteurs. Et après cela elle (l'Égypte) reviendra et vivra comme autrefois, – dit le SEIGNEUR.
Après cette prophétie pour l'Égypte, il y a des paroles de consolation pour Israël :
וְאַתָּה אַל־תִּירָא עַבְדִּי יַעֲקֹב וְאַל־תֵּחַת יִשְׂרָאֵל כִּי הִנְנִי מוֹשִׁעֲךָ מֵרָחוֹק וְאֶת־זַרְעֲךָ מֵאֶרֶץ שִׁבְיָם וְשָׁב יַעֲקוֹב וְשָׁקַט וְשַׁאֲנַן וְאֵין מַחֲרִיד׃
ve'attá al-tirá avdí yaakóv ve'al-te'hát yisraél ki hinení mochi'akhá mera'hók ve'et-zar'akhá me'érets chiv'yám vecháv yaakóv vechakát vecha'anán ve'én ma'haríd
27 Toi donc, ne crains pas, Mon serviteur, Yaakov, et ne t'effraie pas, Israël, car Je te sauverai de loin, et ta semence reviendra des pays lointains, et Yaakov reviendra, et il vivra tranquille et paisible, et il ne craindra personne.
אַתָּה אַל־תִּירָא עַבְדִּי יַעֲקֹב נְאֻם־יְהוָה כִּי אִתְּךָ אָנִי כִּי אֶעֱשֶׂה כָלָה בְּכָל־הַגּוֹיִם אֲשֶׁר הִדַּחְתִּיךָ שָׁמָּה וְאֹתְךָ לֹא־אֶעֱשֶׂה כָלָה וְיִסַּרְתִּיךָ לַמִּשְׁפָּט וְנַקֵּה לֹא אֲנַקֶּךָּ׃
attá al-tirá avdí yaakóv ne'oum-adonáy ki ittekhá áni ki e'essé khalá bekhol-haggoyím achér hidda'htíkha chámma ve'otekhá lo-e'essé khalá veyissartíkha lammichpát venakké lo anakkékka
28 Maintenant donc, ne crains pas, Mon serviteur, Yaakov, – dit le SEIGNEUR, – car avec toi Je suis, car Je ferai l'anéantissement parmi tous les peuples parmi lesquels Je t'ai dispersé, mais à toi Je ne ferai pas l'anéantissement. Bien que Je te punisse selon le jugement, Je ne te laisserai pas sans châtiment (ou Je ne t'anéantirai pas complètement, ce sont deux compréhensions possibles) ».
Le SEIGNEUR dit : « J'anéantirai ces peuples parmi lesquels tu es dispersé, mais toi, Je ne t'anéantirai pas ».
On peut demander : pourquoi donc Yirméyahou est-il soudain envoyé précisément aux Égyptiens ? Pourquoi un prophète israélite parlerait-il aux Égyptiens ? Bien sûr, cette adresse ne s'adresse pas seulement aux Égyptiens, c'est une adresse avant tout aux Israélites, à Israël, qui essaie de s'appuyer sur l'Égypte et de voir en elle une alliée, comme les Assyriens aussi voyaient en elle une alliée. Et le Très-Haut dit : « La fin de l'Égypte est proche, ne vous appuyez pas sur l'Égypte, appuyez-vous sur Moi. Je peux vous délivrer ». Ce n'est, bien sûr, pas simplement une esquisse historique du VIIe siècle av. J.-C., que le Très-Haut aurait soudain décidé de conserver pour nous : au cas où Nékho, et Assur-uballit, et Névoukhadnetsar viendraient à nous intéresser. Mais qui sont donc tous ces gens ? Il s'agit de ce qui arrive quand nous essayons de nous en tirer, de résoudre certaines de nos situations, sans avoir d'alliance avec le Très-Haut ou en oubliant l'alliance avec le Très-Haut. De ce qui arrive quand nous nous appuyons sur quelqu'un d'autre, peut-être aussi fort que le pharaon Nékho II, avec les mêmes chevaliers, guerriers engraissés, avec un empire aussi beau, une belle génisse. Mais il peut se trouver que le Très-Haut détruise cela en un instant. En tout cas, c'est l'une des conclusions que l'on peut tirer.
Lisez aussi : Vaéra, Béchala'h et les sections hebdomadaires de la Torah.