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בְּשַׁלַּח
Béchala'h
la mer, la manne et le chemin d'Israël
- Section hebdomadaire
- 16 sur 54
- Versets
- Chémot 13,17–17,16
- Parties
- 12
- Temps de lecture
- 3 h 24 min
- Vues
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Béchala'h est la section hebdomadaire sur le chemin d'Israël après la sortie d'Égypte. Alex Blend examine la traversée de la mer, le chant, la manne, la prière pour la subsistance et le combat contre Amalek. Le sténogramme comprend l'hébreu, la translittération, la traduction, les commentaires de l'auteur et la haftara du livre de Choftim.
Béchala'h : les héros font un détour
Chémot 13,17–14,8
Avec l'aide de Dieu, nous commençons à lire une nouvelle section hebdomadaire de la Torah, la section Béchala'h. Elle commence au verset 17 du chapitre 13 du livre de Chémot, et nous continuons à lire l'histoire de la sortie d'Israël d'Égypte.
וַיְהִי בְּשַׁלַּח פַּרְעֹה אֶת־הָעָם וְלֹא־נָחָם אֱלֹהִים דֶּרֶךְ אֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים כִּי קָרוֹב הוּא כִּי אָמַר אֱלֹהִים פֶּן־יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה׃
vayhí bechallá'h par'ó et-ha'ám velo-na'hám elohím dérekh érets pelichtím ki karóv hou ki amár elohím pen-yinna'hém ha'ám bir'otám mil'hamá vechávou mitsráyma
17 Et il arriva, lorsque Pharaon chassa le peuple, que Dieu ne les dirigea pas par le pays des plichtim, parce que c'est un chemin proche. Car le SEIGNEUR dit : « Afin que le peuple ne change pas d'avis en voyant la guerre et ne retourne en Égypte ».
Il vaut la peine de prêter attention au verbe na'ham. Le verbe léhan'hot – conduire, diriger ; man'hé ‒ aujourd'hui c'est le présentateur (d'une émission de télévision), han'haya – c'est une instruction. Et on peut traduire ainsi : il ne les dirigea pas, le Très-Haut ne les conduisit pas par le pays des plichtim (des Philistins). Par le pays des plichtim – cela signifie le long de la côte de la mer Méditerranée. On pouvait passer le long de la côte de la mer Méditerranée, là où se trouve aujourd'hui la partie sud de la bande de Gaza : Rafia'h, puis Gaza, Achkelon – et nous voilà en Israël. C'est une route commerciale connue, bien battue. Les forces armées égyptiennes ont en leur temps parcouru ce chemin long de 321 kilomètres en 10 jours. Naturellement, il aurait fallu un peu plus de temps au peuple d'Israël. C'est une route commerciale bien équipée, avec de nombreux caravansérails. Mais, en même temps, il s'y trouve aussi beaucoup de fortifications militaires. Alors, pourquoi le Très-Haut n'a-t-il pas conduit le peuple par ce chemin ? Il est écrit ainsi : parce que c'est un chemin proche. Le chemin proche n'est pas toujours le meilleur.
Un mot intéressant, pen, il n'existe pas en russe. Ce mot se compose de deux lettres, pé et noun, et il signifie de crainte que, afin que ne… pas ; pen-yina'hem – afin que ne change pas d'avis le peuple. Il y a ici un jeu de mots entre le mot na'ham (il les conduisit), où la petite lettre mem à la fin est la terminaison pronominale, et le mot yina'hem, qui s'écrit exactement de la même façon et signifie change d'avis. Le SEIGNEUR a conduit le peuple par un long chemin, pour qu'ils ne changent pas d'avis en voyant la guerre.
Qu'est-ce que cela signifie, que le peuple pouvait voir la guerre ? Comme je l'ai déjà dit, à cet endroit il y avait beaucoup de fortifications militaires, d'ouvrages défensifs, de forteresses. L'Égypte était un pays riche et un morceau de choix pour toutes sortes de brigands, de conquérants, d'agresseurs, d'impérialistes. Et, en conséquence, elle construisait des fortifications, dépensait beaucoup d'argent pour la défense. Et on pouvait penser que le peuple prendrait sérieusement peur s'il passait par ce pays.
Il y a aussi un autre commentaire, plutôt un midrach historique, et il est lié à des événements auxquels il est fait allusion dans le premier livre de Divreï haYamim (7,20–22) : « Les fils d'Éfraïm : Choutéla'h et Béred, et Ta'hat son fils, et Élada son fils, et Zavad, son fils, et Choutéla'h, son fils. Et les habitants de Gat, natifs de ce pays, les tuèrent, lorsqu'ils descendirent pour s'emparer de leurs troupeaux. Et Éfraïm, leur père, fut dans le deuil pour eux de nombreux jours, et ses frères venaient le consoler ». Un passage très étonnant. Pour ne pas perdre, derrière la forêt des noms, l'essentiel du texte, je vais le raconter. Le texte dit que les fils d'Éfraïm s'avançaient d'une manière ou d'une autre en direction de Gat, précisément par cette route de la mer, et que les habitants du lieu les tuèrent sur ce chemin. Les midrachim, les commentateurs, la tradition disent que les fils d'Éfraïm ‒ c'est une certaine partie d'Israël (on appelle aussi Éfraïm Israël dans son ensemble), qu'ils ont mal calculé la fin du temps et que, longtemps avant la sortie d'Égypte prévue, ils ont décidé d'organiser eux-mêmes cette sortie, sont tombés sous les opérations militaires de l'ennemi, ont péri, et que leurs corps gisaient là « jusqu'à présent ». Différents midrachim disent des choses différentes sur qui les a tués. Les uns disent que ce sont les Égyptiens (nous venons de dire qu'il y a là beaucoup d'ouvrages militaires) ; d'autres disent que ce sont précisément les plichtim qui les ont tués, les natifs de Gat. Il y a aussi certains savants, des savants croyants, qui disent que la célèbre stèle de Mérenptah, qui se dresse justement à la frontière égyptienne, à peu près à cet endroit, et sur laquelle est vraisemblablement mentionnée la victoire des Égyptiens sur Israël, renvoie précisément à ces événements. Je le répète encore une fois, je raconte ce qui s'est passé : une certaine partie du peuple d'Israël, 30 ans avant l'exode d'Égypte, en raison des particularités de l'arithmétique, a mal calculé quand il fallait sortir, s'est élancée avec tout son enthousiasme hors d'Égypte et a péri, et c'est pourquoi les commentateurs l'expliquent ainsi : « Maintenant le peuple peut aller, voir les corps de ces gens qui gisent là sans sépulture, il prendra peur et, puisque le chemin est court, il retournera en Égypte ».
Il y a donc deux explications au fait que le Très-Haut n'a pas conduit le peuple par le chemin court et battu. La première variante – à cause du fait qu'il y a là beaucoup d'ouvrages militaires défensifs, et pour des esclaves qui venaient tout juste d'arrêter de faire des briques, c'est très effrayant. La seconde – c'est l'histoire des fils d'Éfraïm, dont les cadavres gisaient peut-être là sur la route, et que le peuple pouvait voir. Une histoire très mystérieuse, sur laquelle on a énormément écrit ; il en est toujours ainsi quand ce n'est pas clair. Quoi qu'il en soit, le Très-Haut conduit le peuple par un long chemin.
וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת־הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר יַם־סוּף וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayassév elohím et-ha'ám dérekh hammidbár yam-soúf va'hamouchím aloú vene-yisraél me'érets mitsráyim
18 Et le SEIGNEUR conduisit (yassev signifie conduisit en faisant le tour, par un détour) le peuple par le désert vers la mer Rouge. Les Juifs sortirent, pourvus de tout le nécessaire (avec un équipement complet), d'Égypte.
Ce qui est traduit en russe par mer Rouge (et en anglais aussi – Red sea), s'appelle en hébreu Yam Souf – mer des Roseaux (souf – roseau). C'est étonnant, mais ce mot, souf, peut aussi se lire sof – fin, c'est-à-dire et il les conduisit par la mer de la Fin, il les conduisit par le bout du monde.
Le mot 'hamouchim est un mot peu compréhensible. Voyez donc, deux versets en tout, et combien de mots et de notions difficiles déjà ici. Le mot 'hamouchim, certains le comprennent comme un dérivé de la racine 'hamech (cinquième partie) : seule une cinquième partie du peuple est sortie. Les midrachim en tirent des chiffres grandioses : quelqu'un dit qu'il n'est sorti qu'une cinquantième partie du peuple, certains « exagèrent » et disent qu'il n'est sorti qu'une cinq-millième partie, et que la majorité du peuple est restée ou est morte comme des méchants, lorsqu'il y eut la plaie des ténèbres en Égypte. Et puisque les Juifs avaient la lumière, ils purent tranquillement enterrer tous leurs méchants. Bref, il y a énormément d'écrits autour de ce mot 'hamouchim, si on le lit et l'interprète à partir de 'hamech.
Une autre variante – lire le mot 'hamouchim comme armés, pourvus de tout l'équipement, pourvus de tout le nécessaire. Le mot ta'hmochet – armement (munitions), lé'hamech – armer, 'hamouch en hébreu moderne signifie aussi armé, encore une fois du mot 'hamech ‒ pris en main, la main pleine, la main pleine d'armes. Et c'est la plus probable des compréhensions. Nous savons, nous avons lu comment ils ont réclamé des cadeaux aux Égyptiens.
Mais Moché, Moché – c'est une affaire à part.
וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת־עַצְמוֹת יוֹסֵף עִמּוֹ כִּי הַשְׁבֵּעַ הִשְׁבִּיעַ אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר פָּקֹד יִפְקֹד אֱלֹהִים אֶתְכֶם וְהַעֲלִיתֶם אֶת־עַצְמֹתַי מִזֶּה אִתְּכֶם׃
vayikká'h moché et-atsmót yosséf immó ki hachbéya hichbíya et-bené yisraél lemór pakód yifkód elohím etkhém veha'alitém et-atsmotáy mizzé ittekhém
19 Et Moché prit avec lui les ossements de Yossef, car il avait fait jurer par serment les fils d'Israël (Yossef avait fait jurer par serment les fils d'Israël), en disant : « Quand Dieu vous visitera et prendra le commandement sur vous, emportez mes ossements d'ici ».
On dit que, pendant que le peuple réclamait des bijoux aux Égyptiens, Moché s'occupait des ossements de Yossef, ce sont des particularités de caractère.
Le mot mizé, comme nous l'avons déjà dit, c'est une telle attitude simplifiée, dédaigneuse envers l'Égypte, un peu comme si l'on disait en russe « d'icitte » : emportez d'icitte mes ossements.
וַיִּסְעוּ מִסֻּכֹּת וַיַּחֲנוּ בְאֵתָם בִּקְצֵה הַמִּדְבָּר׃
vayis'oú missoukkót vaya'hanoú ve'etám biktsé hammidbár
20 Et ils sortirent de Soukkot et parvinrent jusqu'à la ville d'Étam au bord du désert.
Certains pensent (nous avons déjà parlé du mot soukkot) que c'était une sorte de transport depuis les cieux, on les a emmenés sur une certaine distance sur des cabanes saintes, sur des cabanes célestes, et le deuxième jour ils sortent et parviennent jusqu'à la ville d'Étam. Où se trouve cette ville, nous ne le savons pas, il y a beaucoup de cartes différentes. Nous n'avons aucun document égyptien à ce sujet, c'est pourquoi nous ne pouvons pas vraiment dire quelle ville c'était. Mais nous pouvons en gros suivre qu'ils vont en direction de l'actuel canal de Suez par le milieu même du désert du Sinaï, c'est-à-dire par le chemin détourné le plus lointain.
וַיהוָה הֹלֵךְ לִפְנֵיהֶם יוֹמָם בְּעַמּוּד עָנָן לַנְחֹתָם הַדֶּרֶךְ וְלַיְלָה בְּעַמּוּד אֵשׁ לְהָאִיר לָהֶם לָלֶכֶת יוֹמָם וָלָיְלָה׃
vadonáy holékh lifnehém yomám be'ammoúd anán lan'hotám haddérekh veláyla be'ammoúd ech leha'ír lahém lalékhet yomám valáyla
21 Et le SEIGNEUR va devant eux le jour dans une colonne de fumée, pour les conduire, et la nuit – dans une colonne de feu, pour les éclairer, afin qu'ils marchent le jour et la nuit.
Le SEIGNEUR va le jour dans une colonne de fumée, pour leur indiquer le chemin. Cela, en plus de tout, protège du soleil, et la fumée se voit aussi de loin, beaucoup de gens dans le désert utilisent la fumée. Chez nous, au Proche-Orient, il n'y a pas de communication au moyen de la fumée, il n'y a pas de langage de la fumée comme chez les Indiens. Mais très souvent les gens allumaient des feux qui faisaient de la fumée sur une montagne, pour donner un signal, pour faire un signe vers une autre montagne. Et puisque, comme nous l'avons déjà noté, la fumée se voit de loin, on pouvait facilement voir où aller. C'était une sorte de GPS fonctionnant jour et nuit, un indicateur d'itinéraire fonctionnant jour et nuit, qui permettait de marcher et le jour, et la nuit. Et il fallait encore un miracle pour que le peuple, pas particulièrement habitué aux longues marches, puisse marcher jour et nuit.
לֹא־יָמִישׁ עַמּוּד הֶעָנָן יוֹמָם וְעַמּוּד הָאֵשׁ לָיְלָה לִפְנֵי הָעָם׃
lo-yamichDans la translittération de l'original, ce mot contient une consonne à la place de la voyelle i. Nous suivons ici le texte hébreu. ammoud he'anan yomam ve'ammoud ha'ech layla lifne ha'am
22 La colonne de fumée ne s'éloignait pas le jour, ni la colonne de feu la nuit, du peuple.
Nous voyons le miracle que le peuple sort, encore un miracle, que le peuple est parti par un long chemin, que le peuple marche jour et nuit. Ici se termine le chapitre 13, et nous commençons à lire le chapitre 14, comme un « pendant ce temps... » : que se passe-t-il en coulisses, que se passe-t-il là-bas en Égypte ?
וַיְדַבֵּר יְהוָֹה אֶל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר׃
vaydabbér adonáy el-moché lemór
1 Et le SEIGNEUR parla à Moché, en disant :
דַּבֵּר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְיָשֻׁבוּ וְיַחֲנוּ לִפְנֵי פִּי הַחִירֹת בֵּין מִגְדֹּל וּבֵין הַיָּם לִפְנֵי בַּעַל צְפֹן נִכְחוֹ תַחֲנוּ עַל־הַיָּם׃
dabbér el-bené yisraél veyachoúvou veya'hanoú lifné pi ha'hirót ben migdól ouvén hayám lifné bá'al tsefón nikh'hó ta'hanoú al-hayám
2 « Parle aux fils d'Israël : et ils se lèveront, et ils s'approcheront, et ils s'arrêteront près de l'endroit qui s'appelle Pi-ha'Hirot, entre Migdol et la mer, devant Ba'al-Tséfon ; arrêtez-vous et calmez-vous sur le rivage de la mer Rouge (faites-vous une halte et un repos) ».
Pi-ha'Hirot – c'est, littéralement, la bouche de la liberté en hébreu. Encore une fois, nous ne connaissons pas de lieu égyptien portant ce nom, mais nous savons qu'à peu près là, sur l'itinéraire, il y a un lieu qui s'appelle Pi-Tkhor. Une autre prononciation du nom de ce lieu est possible, mais l'essentiel est que c'est la bouche d'une certaine divinité égyptienne du nom de Hathor. On considérait que ce lieu était ensorcelé et que ceux qui s'en approchent, ils ne peuvent pas aller plus loin. C'était une sorte de sorcellerie égyptienne spéciale pour les esclaves fugitifs. Peut-être que les Égyptiens y croyaient eux-mêmes, ou peut-être qu'ils l'inculquaient aux esclaves. Derrière cette « bouche », derrière deux rochers qui se dressent l'un à côté de l'autre au bout d'une gorge, – la liberté, la sortie, mais personne ne pouvait les franchir, et, selon la légende, selon la tradition, le peuple commençait à errer dans le désert. Et le Très-Haut ne leur dit pas de sortir au-delà de ce lieu, mais dit au contraire : « Arrêtez-vous ici ».
Ba'al-Tséfon ‒ c'est la partie nord-est du delta du Nil, le point le plus au nord du Nil.
וְאָמַר פַּרְעֹה לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל נְבֻכִים הֵם בָּאָרֶץ סָגַר עֲלֵיהֶם הַמִּדְבָּר׃
ve'amár par'ó livné yisraél nevoukhím hem ba'árets sagár alehém hammidbár
3 Et Pharaon dit aux fils d'Israël : « Ils se sont embrouillés dans ce pays, ils se sont égarés, le désert les a enfermés ».
D'où Pharaon sort-il ici, et comment parle-t-il avec les fils d'Israël ? En aucune façon ! C'est le Très-Haut qui raconte à Moché ce qui se passe là-bas, dans la lointaine Ramsès, dans la lointaine capitale égyptienne. Dans la lointaine capitale, Pharaon parle comme avec le peuple d'Israël : « Ils se sont embrouillés dans ce pays, ils se sont égarés, parce que tout est ensorcelé là-bas, ils vont tourner en rond là-bas, le désert les a enfermés, le désert les a engloutis, les a entraînés par des illusions, des mirages, et ainsi ils vont errer là-bas. Comme c'est commode pour moi ! Eh bien, et encore un témoignage que, peut-être, leur Dieu n'est justement qu'un Dieu qui ne vaut rien ! » Pourquoi Pharaon pouvait-il seulement penser une telle chose après tout ce qui lui était arrivé ? Le Très-Haut continue et dit :
וְחִזַּקְתִּי אֶת־לֵב־פַּרְעֹה וְרָדַף אַחֲרֵיהֶם וְאִכָּבְדָה בְּפַרְעֹה וּבְכָל־חֵילוֹ וְיָדְעוּ מִצְרַיִם כִּי־אֲנִי יְהוָה וַיַּעֲשׂוּ־כֵן׃
ve'hizzaktí et-lev-par'ó veradáf a'harehém ve'ikkavedá befar'ó ouvkhol-'heló veyade'oú mitsráyim ki-aní adonáy vaya'asou-khén
4 « Et J'ai fortifié le cœur de Pharaon, et il vous poursuivra, et Je serai glorifié sur Pharaon et sur toute son armée. Et les Égyptiens sauront que Je suis le SEIGNEUR ! » Et ils firent ainsi.
Puisque chez Pharaon il restait encore, couvait un certain doute, le Très-Haut lui a donné la liberté d'attiser ce doute : peut-être que, malgré tout, la sorcellerie égyptienne a fonctionné, vous voyez où ils se sont arrêtés ? Ils ne m'échapperont pas !
Le mot vé'ikkavéda peut se traduire par et J'appesantirai, et Je frapperai lourdement, mais on peut aussi le traduire par quand Je serai glorifié, J'apporterai la gloire à Moi-même sur Pharaon et sur toute son armée.
Et ils firent ainsi – ce ne sont pas les Égyptiens qui firent ainsi, mais les Juifs qui firent ainsi et s'installèrent comme le Très-Haut le leur avait ordonné.
וַיֻּגַּד לְמֶלֶךְ מִצְרַיִם כִּי בָרַח הָעָם וַיֵּהָפֵךְ לְבַב פַּרְעֹה וַעֲבָדָיו אֶל־הָעָם וַיֹּאמְרוּ מַה־זֹּאת עָשִׂינוּ כִּי־שִׁלַּחְנוּ אֶת־יִשְׂרָאֵל מֵעָבְדֵנוּ׃
vayouggád lemélekh mitsráyim ki vará'h ha'ám vayehafékh leváv par'ó va'avadáv el-ha'ám vayomeroú ma-zót assínou ki-chillá'hnou et-yisraél me'ovdénou
5 Et il fut rapporté au roi d'Égypte que le peuple s'était enfui, et le cœur de Pharaon et de ses serviteurs se retourna. Et ils dirent : « Qu'avons-nous donc fait, que nous avons laissé partir Israël de notre esclavage ? »
Le mot léhéhafekh signifie se retourner, héfekh signifie au contraire, mahpékha – renversement, révolution. Il s'est produit une révolution à l'intérieur du cœur de Pharaon. Ils ont compris que le peuple, d'un côté, n'était pas parti pour trois jours ; d'un autre côté, le peuple ne semble pas avoir l'intention de bénir Pharaon d'une manière ou d'une autre, comme il l'avait demandé, de prier pour lui d'une manière ou d'une autre. Car peut-être Pharaon espérait-il qu'une partie de cette bénédiction consisterait en ce que les Juifs prieraient et que les premiers-nés revivraient (enfin, en tout cas, que son premier-né revivrait), car c'est justement pour cela qu'il avait délivré des passeports diplomatiques, et voilà que le peuple s'enfuit. Mais la sorcellerie agit, et puis les Égyptiens s'ennuyaient déjà des Juifs, qu'on pouvait accuser de tous les malheurs.
Le peuple a compris qu'on l'avait dupé. Le peuple n'a pas compris ou a oublié qu'il y a ici l'action du Très-Haut. Le Très-Haut a donné à l'homme la liberté de s'en tenir à ses doutes. Exactement de la même façon, d'ailleurs, cela se passera plus loin aussi avec les Juifs, qui ont vu des miracles dans le désert, ont vu tout ce qui s'y passe, mais ils murmuraient, parce que le Très-Haut leur donnait la liberté de murmurer ; malgré les miracles, il y avait des murmures. Le Très-Haut, en même temps, les aidait, les éduquait, leur apprenait à apaiser ces murmures. Ici, avec Pharaon, c'est un peu différent. Pharaon a justement beaucoup plus de libre arbitre, et ses doutes se gonflent facilement jusqu'à des proportions mondiales, et il comprend déjà, il pense que c'était une erreur fatale – laisser partir une telle quantité de main-d'œuvre, et que le Dieu devant Lequel ils se sont prosternés, Auquel ils se sont soumis, n'est pas si fort que cela, puisque les Juifs ne peuvent pas sortir de la souricière magique égyptienne. Pharaon agit de façon très émotionnelle :
וַיֶּאְסֹר אֶת־רִכְבּוֹ וְאֶת־עַמּוֹ לָקַח עִמּוֹ׃
vaye'sór et-rikhbó ve'et-ammó laká'h immó
6 Pharaon lui-même (de ses propres mains) attela son char, et il prit son peuple avec lui.
Nous avons déjà mentionné, quand nous parlions de Yossef, que l'amour brise la hiérarchie, et exactement de la même façon la haine aussi brise la hiérarchie. Quand un homme est mû par certaines émotions, il ne dit plus : « Ce n'est pas de mon rang de faire cela, je vais demander aux serviteurs », non, il a envie de déverser lui-même sa colère dans quelque action pratique, et Pharaon s'abaisse jusqu'à atteler lui-même le char.
וַיִּקַּח שֵׁשׁ־מֵאוֹת רֶכֶב בָּחוּר וְכֹל רֶכֶב מִצְרָיִם וְשָׁלִשִׁם עַל־כֻּלּוֹ׃
vayikká'h chech-me'ót rékhev ba'hoúr vekhól rékhev mitsráyim vechalichím al-koulló
7 Et il prit six cents chars d'élite, et il prit tous les chars d'Égypte (tout le transport égyptien), et des commandants sur tous.
Quand nous parlions (12,37) des 600 000 hommes à pied sortis d'Égypte, nous avons mentionné qu'une unité de combat peut se compter par le nombre 600, cela peut désigner une armée, une armée forte, et voici qu'ici nous en voyons la confirmation : 600 chars d'élite – ce sont les « forces spéciales » égyptiennes des chars, que Pharaon prend avec lui. Mais, en outre, il proclame aussi la mobilisation générale, c'est-à-dire tout le transport égyptien, toute la cavalerie égyptienne et les unités de tanks – tout ce que l'Égypte avait en armement, et ce n'était pas peu. Comme je l'ai déjà dit, l'Égypte devait se protéger d'une manière ou d'une autre, et son armée devait être grande et entraînée. Elle a beaucoup de savoir-faire militaire, elle a des chars rapides, qui se déplacent très vite et que les autres n'ont pas, beaucoup d'attelages de chevaux, et en général l'Égypte est bien armée. Tout cela, Pharaon le rassemble en hâte, le prend avec lui.
וַיְחַזֵּק יְהוָֹה אֶת־לֵב פַּרְעֹה מֶלֶךְ מִצְרַיִם וַיִּרְדֹּף אַחֲרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל יֹצְאִים בְּיָד רָמָה׃
vay'hazzék adonáy et-lév par'ó mélekh mitsráyim vayirdóf a'haré bené yisraél ouvné yisraél yotse'ím beyád ramá
8 Et le SEIGNEUR fortifia le cœur de Pharaon, roi d'Égypte, et il se mit à poursuivre les fils d'Israël, et les fils d'Israël sortent avec une main forte.
Toute cette expressivité qui est décrite ici, toute cette hâte qui règne en Égypte, quand Pharaon attelle lui-même, et mobilise tout le monde, et rassemble tout le monde – tout cela se brise sur la dernière phrase du verset 8 : « Et les fils d'Israël sortent avec une main forte ». Ils vont avec toute leur capacité – d'un côté, ils vont jour et nuit, d'un autre côté, ils vont sans se presser, ils vont comme dans la chanson : « l'homme passe en maître ». Ils vont à leur bonne vitesse libre, sans craindre personne, comme sur leur propre terre. Un peuple fort sort, avec une main forte, sur le fond de toute cette agitation égyptienne.
Nous avons regardé la mort en face
Chémot 14,9–14
Nous avons parlé du fait que, sur l'ordre du Très-Haut, le peuple d'Israël, sorti d'Égypte, a établi son camp près d'un lieu qui s'appelle Pi-ha'Hirot, tout au bord, à l'approche de la mer Rouge. Le Très-Haut a aussi raconté à Moché ce qui se passe en Égypte, et aussi que Pharaon a attelé son char de ses propres mains, contrairement à toutes les règles de la hiérarchie égyptienne, et s'avance à la tête de l'armée à la poursuite des Israélites, comptant sur le fait qu'ils se sont égarés dans le désert à cause de la puissante sorcellerie égyptienne et qu'ils ne peuvent absolument pas en sortir. C'est justement là que peuvent triompher l'idéologie égyptienne, la foi égyptienne, et que peuvent se renforcer, à proprement parler, le pouvoir et l'autorité personnelle de Pharaon.
Ainsi, nous continuons à partir du verset 9 du chapitre 14.
וַיִּרְדְּפוּ מִצְרַיִם אַחֲרֵיהֶם וַיַּשִּׂיגוּ אוֹתָם חֹנִים עַל־הַיָּם כָּל־סוּס רֶכֶב פַּרְעֹה וּפָרָשָׁיו וְחֵילוֹ עַל־פִּי הַחִירֹת לִפְנֵי בַּעַל צְפֹן׃
vayirdefoú mitsráyim a'harehém vayassígou otám 'honím al-hayám kol-soús rékhev par'ó oufaracháv ve'heló al-pí ha'hirót lifné ba'ál tsefón
9 Et l'Égypte les poursuivit (nous reviendrons encore sur cette expression), et ils les atteignirent, alors qu'ils campaient au bord de la mer, ‒ tous les chevaux de cavalerie de Pharaon, et ses cavaliers, et son armée, tous ils les atteignirent près du lieu qui s'appelle Pi-ha'Hirot, devant Ba'al-Tséfon.
וּפַרְעֹה הִקְרִיב וַיִּשְׂאוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל אֶת־עֵינֵיהֶם וְהִנֵּה מִצְרַיִם נֹסֵעַ אַחֲרֵיהֶם וַיִּירְאוּ מְאֹד וַיִּצְעֲקוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל אֶל־יְהוָה׃
oufar'o hikriv vayis'ou vene-yisrael et-enehem vehinne mitsrayim nosseya a'harehem vayire'ou me'od vayits'akou vene-yisrael el-adonay
10 Et Pharaon fit approcher, et les fils d'Israël levèrent leurs yeux, et voici – l'Égypte. Et les fils d'Israël eurent peur, et les fils d'Israël crièrent vers le SEIGNEUR.
On aurait pu écrire Pharaon s'approcha, mais il s'agit ici du fait que Pharaon s'approche et, par là même, encourage son armée à s'approcher, à attaquer Israël. Pharaon s'avance à la tête de cette armée. Ici, comme nous l'avons lu dans le verset précédent, il est écrit l'Égypte, il n'est pas écrit les Égyptiens, il n'est pas écrit l'armée égyptienne, mais – l'Égypte. C'est ce que les Juifs ont vu de leurs propres yeux : un immense empire, leur semblait-il, s'avance derrière eux. Un immense champ noir de guerriers de l'armée égyptienne, l'armée du plus puissant empire de la région, et d'ailleurs, à cette époque, il n'y avait qu'une seule région. Les Juifs, les fils d'Israël, se trouvent dans une situation difficile. Derrière – la mer salée, qui ne donnera même pas vraiment d'eau, autour – le désert, pas un buisson, pas un caillou derrière lesquels on pourrait se cacher avec un mousquet (d'ailleurs, quels mousquets, on n'avait pas encore inventé les mousquets). Aucune possibilité de tenir une défense, de cacher au moins quelque part les enfants et les femmes ‒ il n'y a rien. Contre eux se tient une immense armée, le désert, la chaleur, et nulle part où fuir. C'est effrayant. Ils levèrent les yeux, et voici : l'Égypte.
Dans le texte de la Torah, après le mot mitsráim, l'Égypte, il y a un trait vertical, cela signifie ‒ une pause théâtrale : et voici que l'Égypte roule derrière eux, les poursuit. C'est un tableau très effrayant. Avant cela, nous avons lu différentes situations qui arrivaient aux patriarches, comment agissaient Avraham, Yits'hak, Yaakov, comment ils se comportaient dans des circonstances difficiles. Maintenant, pour la première fois, nous lisons comment le peuple va agir dans une situation difficile.
Le Talmud dit que le peuple se divisa en quatre parties : en désespérés, qui dirent : « Jetons-nous à la mer ! » ; en ceux qui dirent : « Rendons-nous, livrons-nous aux Égyptiens, retournons en Égypte ! » ; en violents, disons-le ainsi, qui dirent : « Affrontons-les, faisons la guerre ! » ; en ceux qui craignent Dieu, qui dirent : « Demandons de l'aide de l'extérieur ! » Et de l'extérieur, nous n'avons, gloire à Dieu, que le Très-Haut. Le peuple est divers, il est composé de gens différents, et des gens différents se comportent différemment.
Et les fils d'Israël eurent peur, et les fils d'Israël crièrent vers le SEIGNEUR. Ceux qui avaient pris peur pouvaient réagir soit comme ceux qui voulaient se rendre (les paniquards), soit comme ceux qui crièrent vers le Très-Haut. Nous lisons plus loin encore un type de réaction à la peur :
וַיֹּאמְרוּ אֶל־מֹשֶׁה הַמִבְּלִי אֵין־קְבָרִים בְּמִצְרַיִם לְקַחְתָּנוּ לָמוּת בַּמִּדְבָּר מַה־זֹּאת עָשִׂיתָ לָּנוּ לְהוֹצִיאָנוּ מִמִּצְרָיִם׃
vayomeroú el-moché hamibbelí en-keverím bemitsráyim leka'htánou lamoút bammidbár ma-zót assíta lánou lehotsi'ánou mimmitsráyim
11 Et ils dirent à Moché : « Est-ce par manque de tombeaux en Égypte que tu nous as pris pour mourir dans le désert ? Que nous as-Tu fait, en nous faisant sortir d'Égypte ?
הֲלֹא־זֶה הַדָּבָר אֲשֶׁר דִּבַּרְנוּ אֵלֶיךָ בְמִצְרַיִם לֵאמֹר חֲדַל מִמֶּנּוּ וְנַעַבְדָה אֶת־מִצְרָיִם כִּי טוֹב לָנוּ עֲבֹד אֶת־מִצְרַיִם מִמֻּתֵנוּ בַּמִּדְבָּר׃
halo-zé haddavár achér dibbárnou elékha vemitsráyim lemór 'hadál mimménou vena'avdá et-mitsráyim ki tov lánou avód et-mitsráyim mimmouténou bammidbár
12 N'est-ce pas là la parole que nous t'avons dite en Égypte, en disant : « Laisse-nous, et nous servirons l'Égypte, car il vaut mieux pour nous être esclaves en Égypte que mourir dans le désert ! »
Le troisième type de réaction que nous voyons ici, c'est une réaction du genre : je l'avais bien dit, nous l'avions bien dit ! Ici, il n'y a pas d'issue à la situation, dans ce cas ils ne proposent rien, mais au moins ils se consolent : « Nous l'avions bien dit ! Si nous mourons, au moins nous trouverons un autre coupable de cela, et l'autre coupable – c'est Moché ». C'est une question de recherche du coupable.
Quand nous voyons des réactions si différentes, nous pouvons nous identifier à l'un ou à l'autre groupe et dire : « Ceux-ci sont bons, et ceux-là sont mauvais ». C'est facile à dire quand nous sommes assis dans une pièce chauffée ou une pièce climatisée et que nous avons la possibilité d'analyser comment nous-mêmes nous agirions à un tel moment. Qu'est-ce qui s'enclenche en nous quand derrière nous il y a la mer, devant nous l'Égypte ? La panique (se jeter à la mer) ? Le désir de se rendre (et de retourner en Égypte) ? L'agression (le désir de faire la guerre) ? Ou bien malgré tout la foi (crier vers le Très-Haut) ?
Ainsi, toutes les variantes sont énumérées, mais nous verrons plus tard que le Très-Haut veut enseigner autre chose.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־הָעָם אַל־תִּירָאוּ הִתְיַצְבוּ וּרְאוּ אֶת־יְשׁוּעַת יְהוָה אֲשֶׁר־יַעֲשֶׂה לָכֶם הַיּוֹם כִּי אֲשֶׁר רְאִיתֶם אֶת־מִצְרַיִם הַיּוֹם לֹא תֹסִיפוּ לִרְאֹתָם עוֹד עַד־עוֹלָם׃
vayomer moché el-ha'ám al-tiráou hit'yatsevoú our'oú et-yechou'át adonáy acher-ya'assé lakhém hayom ki achér re'itém et-mitsráyim hayom lo tossífou lir'otám od ad-olám
13 Et Moché dit au peuple : « N'ayez pas peur, levez-vous et vous verrez la délivrance du SEIGNEUR, qu'Il a opérée pour vous aujourd'hui ! Car tels que vous voyez l'Égypte aujourd'hui, plus jamais dans l'histoire vous ne les verrez.
C'est-à-dire que vous ne verrez plus jamais une telle force chez l'Égypte et, en même temps, vous ne regarderez plus jamais l'Égypte avec de tels yeux craintifs. Le Très-Haut opérera pour vous le salut et vous délivrera non seulement de l'Égypte, mais aussi de la peur de l'Égypte en tant qu'armée d'un immense empire.
יְהוָה יִלָּחֵם לָכֶם וְאַתֶּם תַּחֲרִישׁוּן׃
adonáy yilla'hém lakhém ve'attém ta'harichoún
14 Le SEIGNEUR fera la guerre pour vous, et vous, ici, taisez-vous (calmez-vous ou, peut-être, un cri plus sévère) ! »
Moché dit : « Ne vous mêlez pas de cette affaire. Calmez-vous, taisez-vous à l'intérieur et taisez-vous à l'extérieur, comme si vous étiez devenus sourds. Cessez d'avoir peur, cessez d'écouter avec méfiance cette réalité. Profitez du spectacle, regardez comment le Très-Haut va opérer la délivrance. Faites votre travail calmement, humblement, ne faites pas attention à l'Égypte, oubliez maintenant son existence. Cette guerre, c'est le Très-Haut qui va la mener ! »
La cavalerie maritime
Chémot 14,15–31
Ainsi, les Égyptiens ont rattrapé les Israélites, le peuple d'Israël se comporte de différentes manières. Moché calme tout le monde et promet que le Très-Haut mènera la guerre pour eux et dit : « Soyez calmes ! » Cela ne signifie pas qu'on peut faire provision de pop-corn et observer la bataille. Cela signifie agir calmement, de manière coordonnée et sans panique.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה מַה־תִּצְעַק אֵלָי דַּבֵּר אֶל־בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל וְיִסָּעוּ׃
vayomer adonáy el-moché ma-tits'ák eláy dabbér el-bene-yisraél veyissáou
15 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Pourquoi cries-tu vers Moi ? Dis aux fils d'Israël, et qu'ils se mettent en mouvement !
Ce sont des paroles étonnantes, parce que nous n'avons pas lu que Moché ait crié ici ou se soit adressé au Très-Haut. Certains commentateurs disent : « Eh bien, puisque Dieu lui a répondu ainsi, nous pouvons en comprendre que Moché aussi était parmi ceux qui crièrent vers le Très-Haut ». On peut le comprendre ainsi. D'autres commentateurs, eux, disent que le Très-Haut s'adresse à Moché en partie comme au peuple d'Israël. Il ne s'adresse pas à tout le peuple, Il dit à Israël par Moché : « Que criez-vous ? Pourquoi criez-vous vers Moi ? » Mais cela reste malgré tout incompréhensible : qu'y a-t-il de mal à en appeler au Très-Haut pendant une calamité ? Et les commentateurs disent que le peuple avait tout le nécessaire pour simplement agir, il n'y avait aucune raison de prendre peur et de se sentir dans la calamité, parce que le Très-Haut avait promis Sa protection, avait promis que le peuple arriverait dans la Terre promise, arriverait en sécurité. On pouvait (et il fallait) seulement s'adresser au Très-Haut, disons-le ainsi, pour recevoir des instructions.
Le dernier verbe, linsóa, signifie partir, s'ébranler, commencer le mouvement. Nous savons que le peuple d'Israël est acculé à la mer et que, semble-t-il, il n'a nulle part où se mouvoir. Le Très-Haut continue d'instruire Moché et lui dit :
וְאַתָּה הָרֵם אֶת־מַטְּךָ וּנְטֵה אֶת־יָדְךָ עַל־הַיָּם וּבְקָעֵהוּ וְיָבֹאוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל בְּתוֹךְ הַיָּם בַּיַּבָּשָׁה׃
ve'attá harém et-mattekhá ounté et-yadekhá al-hayám ouvka'éhou veyavóou vene-yisraél betókh hayám bayabbachá
16 Et toi, lève ton bâton et dirige ta main sur la mer, et la mer sera fendue ‒ et les fils d'Israël iront à l'intérieur de la mer, comme sur la terre ferme.
Tout le peuple d'Israël est sorti avec tout l'équipement nécessaire. Nous avons déjà dit que tout ce dont ils ont besoin, ils l'ont : arrête n'importe qui, demande une clé de 14, il fouillera dans son sac et te la donnera. Moché aussi a tout le nécessaire : il a un bâton. C'est pourquoi, en partie, le Très-Haut dit : « Pourquoi en appelles-tu à Moi ? Tu as un bâton. Tu peux diriger ta main sur la mer, et la mer sera fendue, elle se divisera en deux ».
וַאֲנִי הִנְנִי מְחַזֵּק אֶת־לֵב מִצְרַיִם וְיָבֹאוּ אַחֲרֵיהֶם וְאִכָּבְדָה בְּפַרְעֹה וּבְכָל־חֵילוֹ בְּרִכְבּוֹ וּבְפָרָשָׁיו׃
va'aní hinení me'hazzék et-lév mitsráyim veyavóou a'harehém ve'ikkavedá befar'ó ouvkhol-'heló berikhbó ouvfaracháv
17 Et Moi, Je renforcerai, J'affermirai les cœurs des Égyptiens, et ils iront derrière eux (les Égyptiens derrière le peuple d'Israël), et Je mettrai tout Mon poids sur Pharaon, sur son armée et sur ses cavaliers.
Les paroles du Très-Haut : « Je mettrai tout Mon poids sur Pharaon » peuvent aussi se traduire ainsi : « Je serai glorifié en Pharaon, en son armée et en ses cavaliers ». Si l'on accepte la première variante, si l'on traduit le mot kavéd par poids et si l'on se rappelle qu'en physique la force est le produit de la masse par l'accélération, on peut comprendre que le Très-Haut donnera de la masse aux Égyptiens, leur ajoutera du poids, pour qu'ils se sentent beaux, forts, pour qu'ils avancent à grande vitesse. Le Très-Haut fortifiera les Égyptiens de toutes les manières possibles, leur donnera la possibilité de se sentir forts. Souvent nous voulons faire quelque chose au nom du Très-Haut ou, Dieu nous en garde – au contraire, non, et la peur nous en empêche, la peur nous trouble, et nous prions le Très-Haut pour qu'il éloigne de nous ces peurs. Ici le Très-Haut fait preuve de « miséricorde » envers la scélératesse de Pharaon et lui donne la force d'accomplir ses désirs, de ne pas craindre le Créateur. Le Très-Haut dit : « Je donnerai la force à Pharaon, à toute son armée, et à ses chars, et à ses cavaliers ».
וְיָדְעוּ מִצְרַיִם כִּי־אֲנִי יְהוָה בְּהִכָּבְדִי בְּפַרְעֹה בְּרִכְבּוֹ וּבְפָרָשָׁיו׃
veyade'oú mitsráyim ki-aní adonáy behikkavedí befar'ó berikhbó ouvfaracháv
18 Et ils sauront que Je suis le SEIGNEUR, lorsque Je les affermirai (ou serai glorifié en eux) ».
וַיִּסַּע מַלְאַךְ הָאֱלֹהִים הַהֹלֵךְ לִפְנֵי מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל וַיֵּלֶךְ מֵאַחֲרֵיהֶם וַיִּסַּע עַמּוּד הֶעָנָן מִפְּנֵיהֶם וַיַּעֲמֹד מֵאַחֲרֵיהֶם׃
vayissá mal'ákh ha'elohím haholékh lifné ma'hané yisraél vayélekh me'a'harehém vayissá ammoúd he'anán mippenehém vaya'amód me'a'harehém
19 Et l'Ange de Dieu, qui marchait devant le camp d'Israël, se mit en mouvement et alla au milieu d'eux, la colonne de nuée s'avança devant eux et se tint derrière eux.
D'habitude, dans tous les textes, nous lisons malakh Adonaï, malakh avec le nom du Très-Haut. Malakh Élohim – c'est un cas rare où la présence de Dieu sur la terre est décrite ainsi. Dans ce cas, Dieu, comme nous le savons, va avec la colonne de fumée et la colonne de feu, va devant le peuple, et ici il se produit quelque chose d'inhabituel : la présence divine se tourne vers la mer avec le feu, vers les Égyptiens avec le brouillard, et il se produit une séparation si nette en lumière et ténèbres. Les Égyptiens se trouvent enveloppés d'obscurité, chez Israël – la mer éclairée. Et cela indique qu'il faut avancer.
Ainsi, ce sont deux images de la présence du Très-Haut.
וַיָּבֹא בֵּין מַחֲנֵה מִצְרַיִם וּבֵין מַחֲנֵה יִשְׂרָאֵל וַיְהִי הֶעָנָן וְהַחֹשֶׁךְ וַיָּאֶר אֶת־הַלָּיְלָה וְלֹא־קָרַב זֶה אֶל־זֶה כָּל־הַלָּיְלָה׃
vayavó ben ma'hané mitsráyim ouvén ma'hané yisraél vayhí he'anán veha'hóchekh vayá'er et-halláyla velo-karáv ze el-zé kol-halláyla
20 Et il se plaça entre le camp des Égyptiens et le camp d'Israël, et il y eut la nuée de ténèbres, et la nuit fut éclairée. Et ils ne s'approchèrent pas l'un de l'autre de toute la nuit.
Une telle séparation complète en lumière et ténèbres entre Israël et l'Égypte pour toute la nuit.
וַיֵּט מֹשֶׁה אֶת־יָדוֹ עַל־הַיָּם וַיּוֹלֶךְ יְהוָה אֶת־הַיָּם בְּרוּחַ קָדִים עַזָּה כָּל־הַלַּיְלָה וַיָּשֶׂם אֶת־הַיָּם לֶחָרָבָה וַיִּבָּקְעוּ הַמָּיִם׃
vayét moché et-yadó al-hayám vayolekh adonáy et-hayám beroúa'h kadím azzá kol-halláyla vayássem et-hayám le'haravá vayibbake'oú hammayim
21 Et Moché étendit sa main sur la mer, et le Très-Haut conduisit (comme par la main) la mer par un vent d'est puissant toute la nuit (comme se frayant un chemin à travers la mer, l'écartant avec les mains). Et il fit de la mer comme des ruines, et l'eau s'écarta.
C'est-à-dire qu'un passage s'est formé dans la mer, la terre ferme s'est découverte, et maintenant les Juifs, le peuple d'Israël, va avancer en marchant sur la terre ferme, sur laquelle personne d'autre qu'eux ne marchera, ni avant, ni après. Chacun aura une certaine bande de terre ferme à lui, sur laquelle, de toute l'humanité, lui seul a marché.
וַיָּבֹאוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל בְּתוֹךְ הַיָּם בַּיַּבָּשָׁה וְהַמַּיִם לָהֶם חוֹמָה מִימִינָם וּמִשְּׂמֹאלָם׃
vayavó'ou vene-yisraél betókh hayám bayabbachá vehammáyim lahém 'homá miminám oumissemolám
22 Et les fils d'Israël passèrent dans la mer sur la terre ferme, et l'eau se tient comme un mur à leur droite et à leur gauche.
C'est plutôt effrayant – de marcher ainsi à travers la mer. Le Très-Haut, par le vent, a forcé la mer à s'écarter. Cela laisse perplexes, bien sûr, beaucoup de chercheurs qui veulent, qui s'efforcent de faciliter d'une manière ou d'une autre la tâche du Très-Haut, et qui disent : « Très probablement, cela ne s'est pas passé sur la grande mer Rouge, mais dans une région de lacs. Là, dans le delta du Nil, il y avait plusieurs lacs reliés les uns aux autres, que les Égyptiens utilisaient pour la bonification des terres, pour relier le Nil à la mer, pour la navigation, et il existe même des papyrus qui appellent cet endroit Souf ». Plus encore, l'ancien papyrus égyptien Anastasi dit que cet endroit s'appelle aussi en hébreu Souf. Et on peut supposer que c'est précisément là – non pas dans la mer, mais dans ce bassin peu profond, presque un bassin pour enfants – que le miracle s'est produit, et que c'est là que les Juifs ont traversé la mer. C'est, comme je l'ai déjà dit, bien sûr, une tentative de faciliter au Très-Haut le travail et le service. Peut-être en a-t-il été ainsi. Nous n'avons pas de témoignages précis, pas de carte, pas de photographies. Les fils d'Israël n'avaient pas Instagram, ils n'y publiaient pas de selfies, pour que nous voyions aujourd'hui par où ils sont passés. Et on peut chercher cet endroit du point de vue de l'archéologie, du point de vue de l'histoire, mais le choisir du point de vue de savoir de quel miracle le Très-Haut est capable et duquel non, je pense que c'est une approche déraisonnable.
וַיִּרְדְּפוּ מִצְרַיִם וַיָּבֹאוּ אַחֲרֵיהֶם כֹּל סוּס פַּרְעֹה רִכְבּוֹ וּפָרָשָׁיו אֶל־תּוֹךְ הַיָּם׃
vayirdefoú mitsráyim vayavó'ou a'harehém kol sous par'ó rikhbó oufaracháv el-tókh hayám
23 Et l'Égypte les poursuivit, et ils allèrent derrière eux, tout cheval de Pharaon, tous ses chars et ses cavaliers, tous entrèrent dans la mer.
Arrive un certain moment où tous se trouvent dans la mer : le peuple d'Israël et les Égyptiens. Bien entendu, c'est le peuple d'Israël qui sort le premier sur l'autre rive, et au verset 24 nous lisons ce qui commence à se produire le matin :
וַיְהִי בְּאַשְׁמֹרֶת הַבֹּקֶר וַיַּשְׁקֵף יְהוָה אֶל־מַחֲנֵה מִצְרַיִם בְּעַמּוּד אֵשׁ וְעָנָן וַיָּהָם אֵת מַחֲנֵה מִצְרָיִם׃
vayhí be'achmóret habbóker vayachkéf adonáy el-ma'hané mitsráyim be'ammoúd ech ve'anán vayáhom et ma'hané mitsráyim
24 Et ce fut à la relève du matin, et le Très-Haut contempla le camp des Égyptiens depuis les deux colonnes, et revêtit de confusion le camp des Égyptiens.
La Torah utilise souvent un langage, on peut dire, un langage du temple, dont on se sert dans n'importe quel temple, y compris dans le temple du peuple d'Israël. Les relèves et les gardes étaient utilisées pratiquement partout, et dans les temples, et dans les palais. La nuit était divisée en trois parties égales, et trois relèves de la garde avaient lieu la nuit. Avec la garde du matin se termine la relève du soir, se termine la dernière relève de nuit, et c'est le moment de passer la garde aux chefs du matin, le moment de la relève du matin, c'est-à-dire tout, tout début de l'aube.
Le mot léhachkif signifie toujours jeter un regard d'en haut. Nous avons déjà lu (12,7) au sujet du mot machkof (linteau) – c'est ce qui se trouve en haut, la traverse supérieure ; de la même racine ‒ contempler, regarder d'en haut ; de la même racine le mot michkafayim, lunettes en hébreu moderne, et le mot hachkafa – vision du monde, c'est-à-dire voir en général, voir dans l'ensemble.
Beaucoup disent que le feu et la fumée se sont mêlés au-dessus du peuple égyptien. La terre ferme devint boueuse, les chevaux se mirent à s'enliser jusqu'aux étriers dans cette terre ferme, les Égyptiens entrèrent dans la confusion. Nous pouvons dire que Pharaon s'est élancé dans la mer à une vitesse énorme, se sentant comme dans un « tout-terrain » avec la musique à fond, et appuyait de toutes ses forces sur l'accélérateur, avec l'encouragement du Très-Haut. Le Très-Haut en personne, pour ainsi dire, appuyait pour lui sur la pédale d'accélérateur, en lui ajoutant des forces. Et soudain, sans relâcher la pédale d'accélérateur, dans l'obscurité totale, Pharaon a en plus appuyé sur le frein. Et, naturellement, il s'est produit une petite panne technique.
וַיָּסַר אֵת אֹפַן מַרְכְּבֹתָיו וַיְנַהֲגֵהוּ בִּכְבֵדֻת וַיֹּאמֶר מִצְרַיִם אָנוּסָה מִפְּנֵי יִשְׂרָאֵל כִּי יְהוָה נִלְחָם לָהֶם בְּמִצְרָיִם׃
vayássar et ofán markevotáv vaynahagéhou bikhvedoút vayomer mitsráyim anoússa mippené yisraél ki adonáy nil'hám lahém bemitsráyim
25 Et les roues de ses chars se détachèrent, et il fut emporté pesamment, et le peuple d'Égypte dit : « Il nous faudrait battre en retraite, fuyons devant Israël, car le SEIGNEUR combat de leur côté contre l'Égypte ! »
C'est-à-dire que les roues se sont arrachées, ont sauté du char, mais la force d'inertie continuait d'emporter Pharaon. Peut-être n'a-t-il pas très bien compris ce qui se passait – la musique dans le « tout-terrain », il l'avait dans les écouteurs.
Le mot lanous signifie battre en retraite, s'enfuir, se cacher. L'armée de Pharaon se mit à murmurer et voulut fuir, voulut faire demi-tour. Mais elle avait longtemps, longtemps appuyé sur l'accélérateur, il y a là beaucoup de force, et faire demi-tour, s'enfuir, ce n'est pas si simple. Et le Très-Haut, à ce moment-là, dit à Moché :
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה נְטֵה אֶת־יָדְךָ עַל־הַיָּם וְיָשֻׁבוּ הַמַּיִם עַל־מִצְרַיִם עַל־רִכְבּוֹ וְעַל־פָּרָשָׁיו׃
vayomerLe premier mot (« il dit ») contient une coquille évidente dans la translittération de l'original. Nous suivons le texte hébreu : vayomer. adonáy el-moché neté et-yadekhá al-hayám veyachoúvou hammáyim al-mitsráyim al-rikhbó ve'al-paracháv
26 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Étends ta main sur la mer, et les eaux reviendront, et elles submergeront l'Égypte, et ses chars, et ses cavaliers ».
וַיֵּט מֹשֶׁה אֶת־יָדוֹ עַל־הַיָּם וַיָּשָׁב הַיָּם לִפְנוֹת בֹּקֶר לְאֵיתָנוֹ וּמִצְרַיִם נָסִים לִקְרָאתוֹ וַיְנַעֵר יְהוָה אֶת־מִצְרַיִם בְּתוֹךְ הַיָּם׃
vayét moché et-yadó al-hayám vayáchov hayám lifnót bóker le'etanó oumitsráyim nassím likrató vayna'ér adonáy et-mitsráyim betókh hayám
27 Et Moché étendit sa main sur la mer, et la mer, à l'heure qui précède le matin, revint à sa force. Et les Égyptiens tentent de battre en retraite, et le Très-Haut secoua les Égyptiens dans la mer.
Si le Très-Haut agissait d'une certaine manière à l'intérieur de la mer et la retenait, alors vers le matin la mer revint à sa forme. Le Très-Haut cessa d'agir sur elle. Il y a un très grand nombre de midrachim à ce sujet, nous en parlerons en son temps.
Le Très-Haut, pour ainsi dire, souleva et secoua tout leur moyen de transport, tous leurs chevaux ; comme un cheval jette à bas un cavalier malchanceux, ainsi le Très-Haut jeta les Égyptiens dans la mer.
וַיָּשֻׁבוּ הַמַּיִם וַיְכַסּוּ אֶת־הָרֶכֶב וְאֶת־הַפָּרָשִׁים לְכֹל חֵיל פַּרְעֹה הַבָּאִים אַחֲרֵיהֶם בַּיָּם לֹא־נִשְׁאַר בָּהֶם עַד־אֶחָד׃
vayachoúvou hammáyim vaykhassoú et-harékhev ve'ét-happarachím lekhól 'hel par'ó habba'ím a'harehém bayám lo-nich'ár bahém ad-e'hád
28 Et les eaux revinrent, et elles recouvrirent les chars, et les cavaliers, et toute l'armée de Pharaon, qui était allée à leur suite dans la mer, et il n'en resta pas un seul.
Toute l'armée de Pharaon périt. La Torah ne dit ici rien de Pharaon lui-même. Cela permet aux commentateurs, aux midrachim, de supposer que Pharaon est quand même le seul qui ait survécu dans toute cette histoire et qu'il a d'une manière ou d'une autre refait carrière. Le prophète Yona arrive dans la ville de Ninvé pour prophétiser, et voilà, là-bas, au pouvoir, se trouve notre vieille connaissance Pharaon, qui sait déjà bien combien il est dangereux de discuter avec le Très-Haut, ne veut pas d'un deuxième épisode, d'une deuxième saison des plaies d'Égypte et se rend rapidement. Voilà pourquoi ils se sont repentis si vite. Bon, tout cela, bien sûr, ce ne sont que des midrachim, y croire ou non – c'est le choix de chacun. Pour moi, ce sont des midrachim beaux, mais douteux. Quoi qu'il en soit, aucun des Égyptiens ne resta en vie, toute cette armée belle, puissante, techniquement équipée, tout a péri.
וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל הָלְכוּ בַיַּבָּשָׁה בְּתוֹךְ הַיָּם וְהַמַּיִם לָהֶם חֹמָה מִימִינָם וּמִשְּׂמֹאלָם׃
ouvné yisraél halekhoú vayabbachá betókh hayám vehammáyim lahém 'homá miminám oumissemolám
29 Et les fils d'Israël, eux, continuaient de marcher à pied sec dans l'eau, et l'eau se tient pour eux comme un mur, à droite et à gauche.
On peut supposer que la mer se refermait comme se ferme une fermeture éclair sur un vêtement. Dans la partie où se trouvaient les Égyptiens, la mer s'était déjà pour ainsi dire « refermée », et dans la partie où marchent les Israélites, la mer est encore ouverte. C'est pourquoi la Torah nous répète ce texte ; il semblerait que ce soit une répétition, mais non, la Torah décrit la situation.
Ici, une écriture intéressante du mot 'homa (mur). À la différence du verset 22, le mot 'homa est écrit sans la petite lettre וֹ (vav). La voyelle o dans ce mot peut s'écrire de deux façons : en mettant simplement un point à côté de la lettre חֹ ('het) ou au moyen de la lettre וֹ (vav). Cela se lira exactement de la même façon, mais cela s'appelle écriture défective. Quand nous rencontrons dans la Torah une écriture brève ou défective, nous y voyons une certaine allusion.
Le mot 'homa sans la petite lettre vav, comme ici, peut aussi se lire comme 'héma (colère). L'eau a certaines forces, et elle veut déjà revenir à sa force, et le Très-Haut, d'un côté, a rendu à la mer sa pleine force, de l'autre côté, retient la mer. Beaucoup disent qu'il y a ici la colère du SEIGNEUR, qui se révèle pour certaines actions futures d'Israël. On peut aussi le comprendre ainsi.
Le peuple d'Israël a terminé tranquillement son chemin, bien qu'il marchât sans se presser, avec les femmes, avec les enfants, avec le bétail. Et les Égyptiens, qui roulaient sur une technique moderne pour l'époque, eux, ils ont tous péri. Le peuple d'Israël a été sauvé sans panique, sans agitation, sans avoir à courir quelque part – tranquillement et sans hâte, comme Moché l'avait dit, comme le Très-Haut l'avait promis.
וַיּוֹשַׁע יְהוָה בַּיּוֹם הַהוּא אֶת־יִשְׂרָאֵל מִיַּד מִצְרָיִם וַיַּרְא יִשְׂרָאֵל אֶת־מִצְרַיִם מֵת עַל־שְׂפַת הַיָּם׃
vayocha adonáy bayom hahoú et-yisraél miyád mitsráyim vayárLa translittération de l'original a ici une autre voyelle. D'après le texte hébreu, comme au verset suivant, nous écrivons vayár. yisraél et-mitsráyim met al-sefát hayám
30 Et le SEIGNEUR sauva en ce jour-là Israël de la main de l'Égypte, et Israël vit l'Égypte morte sur le rivage de la mer.
Les Égyptiens morts furent rejetés sur le rivage de la mer. Toute cette Égypte grandiose, armée jusqu'aux dents, – tout entière fut rejetée sur le rivage de la mer. Moché dit : « Tels que vous les voyez, vous ne les verrez plus jamais ». Morte, mouillée, plumée, pas du tout effrayante, l'Égypte fut rejetée sur le rivage, comme Moché l'avait promis.
וַיַּרְא יִשְׂרָאֵל אֶת־הַיָּד הַגְּדֹלָה אֲשֶׁר עָשָׂה יְהוָה בְּמִצְרַיִם וַיִּירְאוּ הָעָם אֶת־יְהוָה וַיַּאֲמִינוּ בַּיהוָה וּבְמֹשֶׁה עַבְדּוֹ׃
vayár yisraél et-hayád haggedolá achér assá adonáy bemitsráyim vayire'oú ha'ám et-adonáy vaya'amínou badonáy ouvmoché avdó
31 Et Israël vit la grande main avec laquelle le SEIGNEUR avait agi contre l'Égypte. Et le peuple craignit le SEIGNEUR, et ils crurent au SEIGNEUR et à Moché, Son serviteur.
Après toutes ces actions, non seulement ils crurent que le SEIGNEUR accomplit ses promesses, qu'Il est capable de faire face et de protéger même dans la situation la plus critique, mais ils crurent aussi (ce qui n'est pas moins important) que Moché est vraiment le serviteur du Très-Haut. Dieu agissait ouvertement selon ce que dit Moché. Si auparavant Moché promettait des plaies à Pharaon, et qu'elles survenaient, ici s'est accomplie la promesse que, par Moché, le Très-Haut avait donnée au peuple d'Israël, et Israël crut que Moché est vraiment le serviteur, l'envoyé du Très-Haut. C'est par cela que commence l'histoire, à proprement parler, d'Israël en tant que peuple.
Avec une chanson à travers la vie
Chémot 15,1–26
Nous nous sommes arrêtés au fait qu'après la grandiose victoire sur l'Égypte, lorsque le Très-Haut a englouti dans la mer l'armée la plus forte du monde à ce moment-là, les Israélites crurent au SEIGNEUR et à Moché, Son serviteur. Et ensuite, dans le passage que nous allons lire aujourd'hui, a retenti un étonnant chant de louange. Le peuple d'Israël, débordant d'un sentiment de reconnaissance envers le Très-Haut, répand un cantique au SEIGNEUR. Nous allons lire, somme toute, la première louange du Très-Haut de l'histoire.
אָז יָשִׁיר־מֹשֶׁה וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל אֶת־הַשִּׁירָה הַזֹּאת לַיהוָה וַיֹּאמְרוּ לֵאמֹר אָשִׁירָה לַיהוָה כִּי־גָאֹה גָּאָה סוּס וְרֹכְבוֹ רָמָה בַיָּם׃
az yachir-moché ouvné yisraél et-hachirá hazzót ladonáy vayomeroú lemór achíra ladonáy ki-ga'ó ga'á sous verokhevó ramá vayám
1 Alors Moché et les fils d'Israël entonnèrent ce chant au SEIGNEUR : « Je chanterai au SEIGNEUR, car en majesté Il s'est exalté, le cheval et le cavalier, Il les a lancés dans la mer.
C'est déjà étonnant. Nous savons que Moché a témoigné à plusieurs reprises à son propre sujet qu'il a de la peine à parler, qu'il a de la difficulté avec la diction, qu'il a un certain défaut d'élocution. C'est une chose si Moché bégayait : nous savons que les bègues, somme toute, chantent bien, et qu'on soigne même le bégaiement par le chant. Nous ne savons pas si Moché bégayait ou s'il avait un autre défaut. Si c'était autre chose, par exemple, comme on dit, un « bec-de-lièvre », alors nous voyons ici un témoignage de la guérison de Moché. Mais plus encore, nous voyons ici que Moché a entonné le chant avec tous les fils d'Israël. C'est-à-dire qu'une immense assemblée de gens (nous avons dit qu'il y avait là six cent mille hommes), probablement le plus grand chœur d'hommes de l'histoire mondiale, entonne harmonieusement un chant. Ce serait formidable d'entendre cela en direct. Les gens qui travaillent avec un chœur, les directeurs de chœur – il existe un métier tel que maître de chapelle ou chef de chœur – savent combien il est difficile d'apprendre à un chœur à exécuter tel ou tel cantique. Ici le peuple s'est mis à chanter d'un seul coup, et les commentateurs disent que pour la première fois l'Esprit Saint est descendu sur le peuple d'Israël, ce chant était chanté béroua'h hakodech, était chanté par l'Esprit Saint. Le peuple chantait ce chant d'un seul esprit, d'un esprit commun, unanimement. Et peut-être que Moché n'a pas été guéri, mais il était un instrument de l'Esprit Saint, qui chantait à travers lui, et il n'avait, somme toute, pas besoin de guérison, parce que roua'h hakodech, l'Esprit Saint, peut utiliser des vases imparfaits.
La racine guimel-alef-hé, d'où provient le mot gaava – orgueil, auto-élévation, est employée ici, bien sûr, pas dans un sens négatif : ki-ga'o ga'a, car d'une grande majesté Il s'est exalté, ou bien une telle double répétition s'est exalté- s'est exalté : « Ça, pour s'être glorifié, Il s'est glorifié ! »
La racine du mot rama ‒ c'est une racine intéressante, elle s'est conservée précisément dans les dialectes méridionaux de l'hébreu, dans les langues sémitiques du Sud, comme racine signifiant tirer à l'arc, « balancer », lancer quelque chose. Le cheval et le cavalier – c'est quelque chose de très lourd, il faut une force immense. À cette époque, on n'avait pas encore inventé les chars d'assaut et l'artillerie.
עָזִּי וְזִמְרָת יָהּ וַיְהִי־לִי לִישׁוּעָה זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ אֱלֹהֵי אָבִי וַאֲרֹמְמֶנְהוּ׃
ozzí vezimrát ya vayhí-li lichou'á ze elí ve'anvéhou elohé aví va'aromeménhou
2 Ma force et ma force d'être imperturbable ‒ le SEIGNEUR, et sera pour moi délivrance ; c'est – mon Dieu, et je Le glorifierai ; le Dieu de mon père, et je L'exalterai.
Le premier mot, ozi, vient du mot oz. Il signifie, d'une part, la force, le courage, d'autre part, il signifie une certaine hardiesse, la capacité de résister à la réalité, on peut dire : mon courage, ma hardiesse. Le deuxième mot – zimrat. Habituellement, si l'on regarde du point de vue de la langue moderne, le mot zimra se traduit simplement par cantique, c'est-à-dire que les deux premiers mots peuvent se traduire par ma force et mon cantique. Mais en hébreu biblique le mot zimrat vient de la racine dalet-mem-rech, damir – force retenue, une force qui sait être bonne, une force qui n'est pas agressive, mais au contraire, qui prend la défense. C'est l'une des significations du prénom masculin Damir encore aujourd'hui : un homme calme, fort. C'est-à-dire un Dieu calme, fort, imperturbablement fort, et on peut traduire par ma force et ma force d'être imperturbable.
Encore un mot très intéressant – anvéhou. Il est intéressant non seulement parce qu'Anvéhou est le nom de mon fils cadet (il est né à la période où l'on étudiait justement ce chapitre, bien que ce ne fût pas la section hebdomadaire, mais la veille de Pessa'h, mais cela résonnait). Le mot anvéhou a beaucoup de significations différentes, et pour un simple Israélien, dans la langue moderne, il est incompréhensible. On peut comprendre le mot anvéhou comme ani vé hou ‒ moi et Lui : c'est Celui avec Qui j'aurai une union, avec Qui je me fondrai en un. On peut le traduire par je Le glorifierai, je révélerai à tous Sa beauté. On peut traduire par Il sera ma parure, Il me rendra glorieux. Et encore deux variantes. La première, c'est je vivrai en Lui, Il sera mon oasis, la seconde –Il vivra en moi. Toutes ces cinq significations, ce mot remarquable anvéhou les possède.
Il y a un midrach étonnant qui raconte que ces paroles étaient dites par les nourrissons israélites, les tout petits enfants, et que c'est précisément cette ligne que chantaient les voix d'enfants. Les enfants se souvenaient que, lorsqu'on les jetait dans le Nil, ils étaient rejetés sur le rivage, et Dieu, sous l'apparence d'un jeune homme, passait et les nourrissait du doigt avec du nectar, comme avec du lait. Et lorsqu'ils le virent sur la mer, ils s'écrièrent : « Voici – mon Dieu, et je Le glorifierai (véanvéhou) ! », dans toutes les significations de ce mot. Ils reconnurent Dieu, on peut dire, de vue, il y a un tel midrach.
יְהוָה אִישׁ מִלְחָמָה יְהוָה שְׁמוֹ׃
adonáy ich mil'hamá adonáy chemó
3 Le SEIGNEUR ‒ homme de guerre, le SEIGNEUR est Son nom !
Le mot ich peut se traduire par celui qui possède ; le roi de la bataille ‒ le SEIGNEUR, le SEIGNEUR domine sur la bataille. Mais le sens simple du mot ich – c'est homme, c'est-à-dire le SEIGNEUR ‒ homme de guerre. Les commentateurs disent, et c'est le sens simple le plus probable : « Ils Le virent sur la mer en équipement militaire, et Il entra réellement, sous une forme humaine, et fracassa les chars, telle fut la vision ». C'est un tel film d'action grandiose, le premier au monde (ceux d'Hollywood ne lui arrivent pas à la cheville), qu'il leur a été donné de voir. Et tout leur cantique est un récit qui s'est formé sous l'impression de cette victoire du Très-Haut : « Le SEIGNEUR – homme de guerre, le SEIGNEUR est Son nom, s'il y a quelqu'un qui sait faire la guerre ‒ c'est bien le SEIGNEUR. Ce Héros – est le Héros de tous les héros ! »
Et ensuite viendra le récit, comme on raconterait réellement l'histoire étonnante d'un exploit humain dont on a été témoin. Seulement ici, le héros principal, bien sûr, n'est pas un homme.
מַרְכְּבֹת פַּרְעֹה וְחֵילוֹ יָרָה בַיָּם וּמִבְחַר שָׁלִשָׁיו טֻבְּעוּ בְיַם־סוּף׃
markevót par'ó ve'heló yará vayám oumiv'hár chalicháv toubbe'oú veyam-soúf
4 Les chars de Pharaon et son armée, Il les a « balancés » dans la mer, et les forces spéciales d'élite de Pharaon se sont noyées, se sont enlisées dans la mer des Roseaux (la mer est devenue comme de la vase, un tel bourbier, un abîme, « le dangereux bourbier les a aspirés) ».
תְּהֹמֹת יְכַסְיֻמוּ יָרְדוּ בִמְצוֹלֹת כְּמוֹ־אָבֶן׃
tehomót yekhas'yoúmou yaredoú vimtsolót kemo-áven
5 Le flot impétueux, comme un tourbillon, les a aspirés, les a couverts, et comme une pierre ils sont allés au fond.
יְמִינְךָ יְהוָה נֶאְדָּרִי בַּכֹּחַ יְמִינְךָ יְהוָה תִּרְעַץ אוֹיֵב׃
yeminekhá adonáy ne'darí bakkóa'h yeminekhá adonáy tir'áts oyév
6 Ta droite, SEIGNEUR, s'est glorifiée par la force, par une force exceptionnelle, Ta main pulvérisera (broiera, brisera, chiffonnera) l'ennemi.
Ta droite – la main droite. Le mot yamin signifie droite, quand on dit simplement yeminékha (ta droite), on entend, bien sûr, la main droite : Ta main droite d'une force exceptionnelle.
וּבְרֹב גְּאוֹנְךָ תַּהֲרֹס קָמֶיךָ תְּשַׁלַּח חֲרֹנְךָ יֹאכְלֵמוֹ כַּקַּשׁ׃
ouvróv ge'onekhá taharós kamékha techallá'h 'haronekhá yokhelémo kakkách
7 Par Ta grande sagesse (par Ton grand savoir-faire) Tu détruiras (Tu briseras) Tes ennemis, Tu enverras Ta colère et elle les mangera comme de la paille,
Le mot kam signifie celui qui se dresse, kamékha – ceux qui se dressent contre toi.
Le mot 'haron (colère) est lié aux narines, c'est comme une fumée qui sort des narines du Très-Haut. Habituellement on dit 'haron af, c'est l'expression complète ‒ colère des narines, souffle des narines : le SEIGNEUR, au sens figuré, souffle du feu, et cela brûle, ce soufflet brûle, comme de la paille, ses ennemis.
וּבְרוּחַ אַפֶּיךָ נֶעֶרְמוּ מַיִם נִצְּבוּ כְמוֹ־נֵד נֹזְלִים קָפְאוּ תְהֹמֹת בְּלֶב־יָם׃
ouvroúa'h appékha ne'ermou-máyim nittsevoú khemo-néd nozelím kafe'oú tehomót belev-yám
8 Et par le souffle de Ton nez (par le souffle de Tes narines) les eaux se sont resserrées et se sont amoncelées en un tas. Elles se sont dressées comme une crête (comme une falaise), et les eaux courantes ont gelé, se sont figées ; trouble dans la mer.
Le mot nozel signifie liquide, mais liquide au sens de ce qui coule, de ce qui possède la fluidité. Le trouble dans la mer – c'est à la fois l'immobilisation, et le gel, et la contraction. Quelque part le Très-Haut retient les eaux, et à cause de cela, quelque part, survient un bouillonnement des eaux. Et il y a des midrachim qui disent que quelque part elle gelait, quelque part elle bouillait. Telle fut l'action miraculeuse du Très-Haut sur la mer !
Le neuvième verset – c'est un verset très étonnant, étonnant par son expressivité.
אָמַר אוֹיֵב אֶרְדֹּף אַשִּׂיג אֲחַלֵּק שָׁלָל תִּמְלָאֵמוֹ נַפְשִׁי אָרִיק חַרְבִּי תּוֹרִישֵׁמוֹ יָדִי׃
amár oyév erdóf assíg a'hallék chalál timla'émo nafchí arík 'harbí torichémo yadí
9 L'ennemi dit : « Je poursuivrai, j'attraperai, je partagerai le butin, et je rassasierai mon âme, je tirerai du fourreau (je viderai) mon épée, et mes mains les pilleront ».
Amar oyév erdof assig a'hallék ‒ cinq mots, dont chacun commence par la lettre alef. Pharaon – c'est ce même ennemi qui dit : « Je vais tout de suite me lancer à leur poursuite, oh, je vais les attraper et partager le butin ! Je ne resterai pas assis, et ce n'est pas à mes pieds qu'on déposera le butin, comme il convient à des Pharaons qui se respectent. Non, je partagerai moi-même leur butin, moi, comme le plus barbare des guerriers ! Et mon âme se rassasiera de leur souffrance. Oh, je vais me soulager l'âme, et je tirerai mon épée, et – “ Déploie-toi, mon épaule ! ” – j'écraserai tout ce qu'ils ont ». Beaucoup de commentateurs voient ici aussi la violence, la violence sexuelle, le viol des femmes. Pharaon est dans l'exaltation, il a un rêve, il se précipite en avant. Ici il n'y a même pas la conjonction et, la petite lettre vav, il ne dit pas : « Je poursuivrai, et j'attraperai, et je partagerai ». Non, non, non, il dit tout cela sans interruption, il a un tel rêve. Il est vraiment emporté par son propre esprit intérieur.
נָשַׁפְתָּ בְרוּחֲךָ כִּסָּמוֹ יָם צָלֲלוּ כַּעוֹפֶרֶת בְּמַיִם אַדִּירִים׃
nacháfta verou'hakhá kissámo yam tsaleloú kaoféret bemáyim addirím
10 Mais Tu as soufflé de Ton souffle, et la mer l'a recouvert, et ils ont sombré dans l'abîme (ont disparu), comme un morceau de plomb.
C'est intéressant, et cela s'est conservé jusqu'à nos jours : certains en Égypte jetaient du plomb fondu dans l'eau, comme témoignage, pour regarder quelle figurine en sortirait, pour voir qui avait jeté le mauvais œil ou qui avait jeté quelque sort, voir le portrait de l'ennemi, et beaucoup voient ici une allusion à cela. Ils sont partis dans l'eau comme du plomb, Tu es ‒ le Témoin, Ton sceau de plomb les a noyés, pour que tous voient que Tu as fait cela. Ils ont sombré au fond, mais l'affaire ne s'est pas arrêtée là.
מִי־כָמֹכָה בָּאֵלִם יְהוָה מִי כָּמֹכָה נֶאְדָּר בַּקֹּדֶשׁ נוֹרָא תְהִלֹּת עֹשֵׂה פֶלֶא׃
mi-khamókha ba'elím adonáy mi kamókha ne'dár bakkódech norá tehillót ósse féle
11 Qui est semblable à Toi parmi les dieux, qui, comme Toi, est exalté en sainteté, est glorifié par l'effroi, fait des miracles !
Pharaon se considérait comme un dieu, et ses prêtres s'adressaient aux dieux, chacun au sien. Et chacun de ceux qui avaient perdu des premiers-nés en Égypte priait son dieu.
נָטִיתָ יְמִינְךָ תִּבְלָעֵמוֹ אָרֶץ׃
natíta yeminekhá tivla'émo árets
12 Tu as étendu Ta main, et la terre les a engloutis.
Il est dit que, même quand ils furent descendus au fond, la terre les engloutit encore, de sorte que les gens furent engloutis par la terre, seuls les chars restèrent. Il existe une telle tradition, mais je pense qu'il y a ici simplement une expressivité qui raconte la puissance de l'action du Très-Haut.
נָחִיתָ בְחַסְדְּךָ עַם־זוּ גָּאָלְתָּ נֵהַלְתָּ בְעָזְּךָ אֶל־נְוֵה קָדְשֶׁךָ׃
na'híta ve'hasdekhá am-zoú ga'álta nehálta ve'ozzekhá el-nevé kodchékha
13 Tu as destiné par Ta grâce ce peuple à Ta délivrance, Tu as sauvé ce peuple, Tu le dirigeais par Ta force vers l'oasis de Ta sainteté.
Nous avons dit que l'une des significations du mot anvéhou ‒ c'est j'habiterai en Lui, Il sera mon oasis. La racine du mot anvéhou, dans l'une des variantes de compréhension, c'est névé. Névé midbar – c'est aujourd'hui une oasis. Le mot midbar signifie désert, et névé – c'est le lieu de résidence, le lieu d'habitation. C'est-à-dire : « Tu conduis le peuple vers l'oasis de Ta sainteté, vers le lieu où Ta sainteté se révèle. Tu as fait passer le peuple par la mer, Tu l'as sauvé et Tu l'as conduit vers Ta sainteté. Les Égyptiens, Tu les as destinés à la perdition, et le peuple d'Israël, Tu l'as mis à part pour la sainteté ». Et c'est précisément cela qui fait impression dans le monde entier, précisément le fait qu'une séparation soit possible : quelqu'un, peut-être même un peuple, en raison de son état spirituel, est destiné à la perdition, et quelqu'un d'autre – à la sainteté.
שָׁמְעוּ עַמִּים יִרְגָּזוּן חִיל אָחַז יֹשְׁבֵי פְּלָשֶׁת׃
chame'oú ammím yirgazoún 'hil a'ház yochevé peláchet
14 Les peuples entendirent et prirent peur (s'affolèrent), l'épouvante, la crainte saisit les habitants de Pléchet (les habitants de toute la région, les habitants de la côte).
אָז נִבְהֲלוּ אַלּוּפֵי אֱדוֹם אֵילֵי מוֹאָב יֹאחֲזֵמוֹ רָעַד נָמֹגוּ כֹּל יֹשְׁבֵי כְנָעַן׃
az nivhaloú alloufé edóm elé mo'áv yo'hazémo ra'ád namógou kol yochevé khená'an
15 Les chefs de guerre édomites prirent peur, les chefs moabites, le tremblement les saisit, comme fondirent (passèrent dans la clandestinité) tous les habitants de Canaan.
תִּפֹּל עֲלֵיהֶם אֵימָתָה וָפַחַד בִּגְדֹל זְרוֹעֲךָ יִדְּמוּ כָּאָבֶן עַד־יַעֲבֹר עַמְּךָ יְהוָה עַד־יַעֲבֹר עַם־זוּ קָנִיתָ׃
tippól alehém emáta vafá'had bigdól zero'akhá yiddemoú ka'áven ad-ya'avór ammékha adonáy ad-ya'avór am-zoú kaníta
16 La terreur et la crainte tombèrent sur eux, devant la grandeur de Ta main ils se figèrent comme une pierre, jusqu'à ce que passe Ton peuple, Adonaï, jusqu'à ce que passe le peuple que Tu as acquis.
Cette expression, tippol aléhem émata vafa'had, soit dit en passant, a commencé à être utilisée comme une malédiction, par laquelle les Juifs orthodoxes maudissent les croyants en Yéchoua. Il m'est arrivé d'être dans une communauté, et constamment on criait derrière moi et mes enfants une chose pareille : « Tippol aléhem émata vafa'had ! » Il ne nous est jamais donné de prévoir comment une parole trouvera écho.
Ils se figèrent comme une pierre ‒ ils se figèrent dans l'attente de la fin de cette action. C'est comme un homme à côté duquel passe un troupeau d'éléphants, ou un homme devant qui marche quelqu'un d'armé. Même s'ils ne sont pas participants de ce conflit, tous les peuples se sont figés de peur : que cela finisse au plus vite et que cela soit loin de nous.
תְּבִאֵמוֹ וְתִטָּעֵמוֹ בְּהַר נַחֲלָתְךָ מָכוֹן לְשִׁבְתְּךָ פָּעַלְתָּ יְהוָה מִקְּדָשׁ אֲדֹנָי כּוֹנְנוּ יָדֶיךָ׃
tevi'émo vetitta'émo behár na'halatekhá makhón lechivtekhá pa'álta adonáy mikkedách adonáy konenoú yadékha
17 Tu les amèneras (Tu leur donneras à goûter, Tu les habitueras au goût) sur la montagne sur laquelle Tu habites, au lieu de Ta demeure Tu les amènes (Tu agis), SEIGNEUR, Tes mains ont préparé le Sanctuaire du SEIGNEUR.
Nous ne savons encore rien de Jérusalem, nous n'avons encore rien lu à son sujet. Et Moché non plus n'a encore rien lu à son sujet, il n'a pas lu les prophètes. De quoi parle ici Moché ? Avant tout, du mont Sinaï et du Temple céleste. Il existe une tradition selon laquelle Moché a eu une vision du Temple céleste : quand le SEIGNEUR se révélait sur la mer, on voyait qu'Il descendait du Temple céleste, et Moché dit : « Tu les amèneras et Tu leur donneras à goûter, Tu leur montreras le Temple céleste ».
Il ne s'agit pas ici du Sanctuaire qu'ont fait les mains humaines, mais du Sanctuaire céleste : Tu les mènes jusqu'au Sanctuaire céleste. La Torah devait vraiment être un escalier vers le ciel, par la conclusion de l'alliance avec le Très-Haut il fallait grandir jusqu'au ciel. Mais tout ne s'est pas passé comme prévu, nous lirons encore cela plus tard.
יְהוָה יִמְלֹךְ לְעֹלָם וָעֶד׃
adonáy yimlókh le'olám va'éd
18 Le SEIGNEUR régnera à jamais.
כִּי בָא סוּס פַּרְעֹה בְּרִכְבּוֹ וּבְפָרָשָׁיו בַּיָּם וַיָּשֶׁב יְהוָה עֲלֵהֶם אֶת־מֵי הַיָּם וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל הָלְכוּ בַיַּבָּשָׁה בְּתוֹךְ הַיָּם׃
ki va sous par'ó berikhbó ouvfaracháv bayám vayáchev adonáy alehém et-mé hayám ouvné yisraél halekhoú vayabbachá betókh hayám
19 Quand les chevaux de Pharaon entrèrent avec son char et ses cavaliers dans la mer, et que le SEIGNEUR retourna sur eux les eaux de la mer, les fils d'Israël marchaient sur la terre sèche dans la mer.
C'est en quelque sorte le résumé de tous les événements, un bref spoiler du film d'action que le peuple d'Israël a regardé, le résumé de tout le cantique. Mais le cantique ne se termine pas là.
וַתִּקַּח מִרְיָם הַנְּבִיאָה אֲחוֹת אַהֲרֹן אֶת־הַתֹּף בְּיָדָהּ וַתֵּצֶאןָ כָל־הַנָּשִׁים אַחֲרֶיהָ בְּתֻפִּים וּבִמְחֹלֹת׃
vattikká'h miryám hannevi'á a'hót aharón et-hattóf beyadá vattetséna kolLa translittération de l'original rend ici la première lettre comme un son guttural. Dans l'hébreu, le kaf porte un daguech, d'où kol.-hannachím a'haréha betouppím ouvim'holót
20 Et Miryam, la prophétesse, sœur d'Aharon, prit un tambour dans ses mains, et toutes les femmes sortirent derrière elle, avec des tambours et des danses.
Ici Miryam n'est pas appelée « sœur de Moché », elle est appelée « sœur d'Aharon ». Pourquoi ? Parce qu'Aharon, c'est celui qui, à proprement parler, enseignait le peuple, qui parlait avec le peuple. Et c'est comme sœur d'Aharon qu'elle était davantage perçue, Moché était un peu plus loin. Et quand les femmes font écho, la cheffe de chœur, pour ainsi dire, du chœur féminin ‒ c'est la sœur d'Aharon, Miryam, elle est appelée ici prophétesse.
On m'a interrogé au sujet des bijoux. Il y avait une question intéressante : pourquoi a-t-on pris des bijoux ? Tu vas pourtant dans le désert, tu entreprends une telle traversée, et il faut ne prendre que le strict nécessaire. Le peuple d'Israël sort pourvu de tout le nécessaire, mais les femmes, chose étonnante, pas seulement Miryam, mais, nous le voyons, toutes les femmes, ont pris des tambours. Elles n'ont pas seulement des tambours, mais il ne faut même pas encore aller les chercher quelque part, fouiller dans la valise, grimper à la soupente. Non, elles ont le tambour tout de suite, au cas où, elles ont tout de suite le tambour là, à côté. C'est, bien sûr, un petit tambourin, sur lequel les femmes frappent et dansent. Et quand les hommes, le chœur masculin, eurent terminé leur prestation, Miryam prit le tambour et leur répondit.
Les hommes, eux, marchaient simplement. Les femmes, des êtres créés pour la beauté, ont et les tambours, et les danses préparées. On peut remarquer que, si l'Esprit Saint descend, les hommes se tiennent en rang ou marchent en rang ; les femmes, l'Esprit les entraîne souvent dans des rondes.
וַתַּעַן לָהֶם מִרְיָם שִׁירוּ לַיהוָה כִּי־גָאֹה גָּאָה סוּס וְרֹכְבוֹ רָמָה בַיָּם׃
vattá'an lahém miryám chírou ladonáy ki-ga'ó ga'á sous verokhevó ramá vayám
21 Et Miryam leur répondit : « Chantez un chant au SEIGNEUR, car en grandeur Il s'est élevé, Il a jeté dans la mer le cheval et le cavalier ».
Que signifie répondit ? Très souvent dans la musique en Orient, dans la tradition orientale, il y a une certaine concurrence. Les hommes ont chanté, maintenant c'est le tour des femmes de leur répondre. C'est une sorte d'« alaverdi » féminin à la louange masculine, une tentative de faire sa propre version.
D'un côté, on peut dire que les femmes ont peu chanté, mais elles ont chanté avec saveur, et on a envie qu'elles chantent encore, parce qu'elles n'ont chanté que cette seule ligne. D'un autre côté, on peut comprendre ce texte comme le début d'une citation. Elles ont chanté exactement de la même façon que Moché a chanté tout ce cantique, mais simplement ici n'est citée que la première ligne du chant. Il y a beaucoup de chants que vous, j'en suis sûr, connaissez par leur première ligne, et vous comprendrez ce qui venait ensuite. Et il est tout à fait possible que les femmes aient exécuté le même cantique, mais à la manière des femmes, en musique, non a cappella, mais avec des tambourins, des danses, avec entrain, joliment. Tout le peuple d'Israël chante, tout le peuple d'Israël est saisi par l'Esprit Saint. Une expérience étonnante. Mais, comme il arrive toujours, tout est dynamique dans la nature humaine. C'est pourquoi lisons ce qui s'est passé ensuite.
וַיַּסַּע מֹשֶׁה אֶת־יִשְׂרָאֵל מִיַּם־סוּף וַיֵּצְאוּ אֶל־מִדְבַּר־שׁוּר וַיֵּלְכוּ שְׁלֹשֶׁת־יָמִים בַּמִּדְבָּר וְלֹא־מָצְאוּ מָיִם׃
vayassá moché et-yisraél miyam-soúf vayetse'oú el-midbar-choúr vayelekhoú chelochet-yamím bammidbár velo-mátse'ou máyim
22 Et Moché conduisit le peuple d'Israël depuis la mer des Joncs, et ils sortirent vers le désert de Chour, et ils marchèrent trois jours dans le désert, et ne trouvèrent pas d'eau.
Voilà, à cet endroit, on pourrait dire, semble-t-il : « Maintenant le peuple d'Israël va murmurer, râler et dire : “Quoi, encore pas d'eau chez nous ?” » Mais imaginez-vous que le peuple marche avec un grand nombre d'enfants et de femmes. Le peuple, bien sûr, avait vu des miracles, mais on a soif. La température est positive, à ce moment-là, dans le Sinaï, il fait environ +45-50 °C. Il fait chaud, on transpire, on étouffe, on a soif, on a envie de se rincer le visage, de se laver, et puis on a envie de bien d'autres choses encore. L'eau, c'est la vie. Et trois jours ‒ c'est déjà un temps très long pour endurer. Ensuite les enfants commencent à pleurer, après eux les épouses commencent à crier, ensuite, bien sûr, les hommes se prennent la tête à deux mains.
וַיָּבֹאוּ מָרָתָה וְלֹא יָכְלוּ לִשְׁתֹּת מַיִם מִמָּרָה כִּי מָרִים הֵם עַל־כֵּן קָרָא־שְׁמָהּ מָרָה׃
vayavóou maráta veló yakheloú lichtót máyim mimmará ki marím hem al-kén kara-chemá mará
23 Et ils arrivèrent à un endroit appelé Mara, et ils ne purent pas boire l'eau de Mara, parce que ces eaux étaient amères. C'est pourquoi cet endroit s'appelle Mara.
Parfois, en hébreu, la direction est indiquée à la fin du mot. Par exemple, bayt (maison) ‒ habayta (à la maison). Timná (nom d'un lieu) ‒ Timnáta (vers Timná), c'est le lieu où va Yéhouda, où il rencontre Tamar. Mara (le lieu où sont les eaux amères) ‒ Marata (vers Mará), vers le lieu où ils arrivèrent. Mará s'écrit avec la lettre hé à la fin, et en sud-sémitique – Marát, la lettre hé passe à la lettre tav, nous lisons cela chez les prophètes. Donc, ils marchèrent trois jours, ils cherchèrent de l'eau. Enfin ils arrivèrent à un point d'eau, mais ce n'était pas si simple : les eaux de ce lieu sont amères.
וַיִּלֹּנוּ הָעָם עַל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר מַה־נִּשְׁתֶּה׃
vayillónou ha'ám al-moché lemór ma-nichté
24 Et le peuple se mit à murmurer (à se plaindre) contre Moché, en disant : « Que boirons-nous ? »
וַיִּצְעַק אֶל־יְהוָה וַיּוֹרֵהוּ יְהוָה עֵץ וַיַּשְׁלֵךְ אֶל־הַמַּיִם וַיִּמְתְּקוּ הַמָּיִם שָׁם שָׂם לוֹ חֹק וּמִשְׁפָּט וְשָׁם נִסָּהוּ׃
vayits'ák el-adonáy vayoréhou adonáy ets vayachlékh el-hammáyim vayimtekoú hammáyim cham sam lo 'hok oumichpát vechám nissahou
25 Et Moché cria vers le SEIGNEUR, et le SEIGNEUR lui montra un arbre, et il le jeta dans l'eau, et les eaux devinrent douces. Là, Il posa pour lui un jugement et une loi (là il lui donna la première loi), et là il l'éprouva.
On peut dire, on peut comprendre ici ainsi : exactement de la même façon que le Très-Haut a lancé les chars de Pharaon dans la mer, de même Il a lancé l'arbre dans l'eau. Mais, très probablement, ici il lui a été montré, il lui a été donné une indication sur l'arbre, et Moché l'a jeté dans l'eau.
Deux mots : cham (là)et sam (posa) s'écrivent de façon tout à fait identique, bien qu'ils se prononcent différemment.
Que signifie loi ? Il y a des commandements. Un commandement, par exemple, dit : « Ce mois-ci est pour vous le premier mois. Faites ainsi et ainsi, et agissez ainsi et ainsi à l'égard de Pessa'h, à tel moment égorgez le sacrifice », tout cela a déjà eu lieu. Que signifie donc loi ? Ce sont les règles de la façon de s'adresser, les règles des relations mutuelles. Pour la première fois, le Très-Haut a raconté comment construire avec Lui, avec Dieu, des relations : « Pour qu'à l'avenir vous sachiez comment vous adresser à Moi ». Cette loi, nous la lirons justement au verset 26 :
וַיֹּאמֶר אִם־שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע לְקוֹל יְהוָה אֱלֹהֶיךָ וְהַיָּשָׁר בְּעֵינָיו תַּעֲשֶׂה וְהַאֲזַנְתָּ לְמִצְוֹתָיו וְשָׁמַרְתָּ כָּל־חֻקָּיו כָּל־הַמַּחֲלָה אֲשֶׁר־שַׂמְתִּי בְמִצְרַיִם לֹא־אָשִׂים עָלֶיךָ כִּי אֲנִי יְהוָה רֹפְאֶךָ׃
vayomer im-chamóa tichmá lekól adonáy elohékha vehayachár be'enáv ta'assé veha'azantá lemitsvotáv vechamartá kol-'houkkáv kol-hamma'halá acher-sámti vemitsráyim lo-assím alékha ki aní adonáy rofe'ékha
26 Si tu écoutes d'une écoute la voix du SEIGNEUR, ton Dieu, si tu fais ce qui est bon à Ses yeux (aux yeux du Très-Haut), et si tu inclines l'oreille vers Ses commandements, et si tu gardes toutes Ses lois, alors toute maladie que J'ai mise sur l'Égypte, Je ne la ferai pas venir sur toi, car Je suis le SEIGNEUR, ton Guérisseur.
Pour la première fois, pour la première fois dans toute la Torah, est mentionnée ici l'expression le SEIGNEUR, ton Dieu (adonáy elohékha). Et cette expression deviendra le Nom du Très-Haut pour longtemps encore. C'est-à-dire : « Si tu écoutes le SEIGNEUR, ton Dieu, si tu veux qu'Il soit le SEIGNEUR, ton Dieu, alors voici quelles relations doivent exister avec Lui ‒ tu L'écouteras ».
Le peuple s'inquiète constamment : et si nous venions de pécher, si nous avions fait quelque chose de travers, si notre Dieu avait changé d'avis, et que maintenant Il veuille nous tuer par le manque d'eau ou par quelque chose d'autre. Le Très-Haut stipule ici les relations, stipule le système des relations mutuelles : « Écoute-Moi, sois attentif à Mes commandements, accomplis Mes lois, et Je ne te frapperai pas comme J'ai frappé l'Égypte. Parce que Je suis le SEIGNEUR, ton Médecin. Je suis le Thérapeute. Mon but est de te guérir, et non de te faire périr, de guérir, et non de faire périr. Quand tu vis selon Mes commandements, que tu M'écoutes, alors si quelque chose arrive, perçois-le comme une guérison, et non comme si J'essayais de te rouer de coups et de te faire périr ».
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Chémot 15,27–16,10
Nous avons déjà lu que le peuple d'Israël campait à l'endroit qui s'appelle Mara, ce qui signifie amertume, et qu'il souffrait d'un manque aigu d'eau, parce que l'eau de cet endroit était amère, raison pour laquelle, à proprement parler, cet endroit s'appelait ainsi. Le Très-Haut ordonna de jeter l'arbre dans l'eau, l'eau devint douce (en hébreu, on appelle douce l'eau non salée). Le Très-Haut donna aussi à Israël une sorte de première loi, la loi de toutes les lois, le fondement premier des relations entre l'homme et le Très-Haut : « Si tu M'écoutes, si tu écoutes Mes commandements, alors Moi, le SEIGNEUR, Je ne ferai venir sur toi aucune des plaies que J'ai fait venir sur l'Égypte, parce que Je suis le SEIGNEUR, ton Guérisseur ». Ce fut la conclusion principale, la leçon du séjour à l'endroit qui s'appelle Mara.
Et nous continuons à lire plus loin.
וַיָּבֹאוּ אֵילִמָה וְשָׁם שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה עֵינֹת מַיִם וְשִׁבְעִים תְּמָרִים וַיַּחֲנוּ־שָׁם עַל־הַמָּיִם׃
vayavóou elíma vechám chetém esré enót máyim vechiv'ím temarím vaya'hanou-chám al-hammáyim
27 Et ils arrivèrent à l'endroit qui s'appelle Élim, et là il y a 12 sources d'eau et 70 palmiers dattiers, et ils s'installèrent là près de l'eau (au bord d'une rivière, au bord d'un quelconque point d'eau).
Ici nous voyons qu'il y a déjà assez d'eau, et même en abondance, 12 sources entières. Un œil exercé peut saisir que ces sources ne sont pas si puissantes que ça, s'il n'y a là que 70 palmiers. 70 palmiers – ce n'est pas une abondance d'eaux. Mais il y en eut assez pour tous, et personne ne se plaignit, comme nous le voyons. Et, bien sûr, quand nous rencontrons des chiffres, nous avons très envie d'en comprendre la symbolique. 12 sources – eh bien, bien sûr, ce sont les 12 tribus, 70 palmiers – eh bien, ce sont les 70 anciens qu'il y aura plus tard, ou les 70 personnes qui descendirent en Égypte, les 70 âmes qui vinrent avec Yaakov – des nombres très symboliques pour Israël. Pourquoi cela est-il fait ? Oui, la plupart des commentateurs le voient, parce qu'il est impossible de ne pas le voir, et se posent la question : « Mais pourquoi ? Bon, d'accord : nous sommes 12, et il y a 12 sources ; nous étions 70, et il y a 70 palmiers ‒ regardez, quelle coïncidence ! » Et il y a là une certaine joie enfantine : « Regarde, papa, mon tee-shirt est rouge, et le siège sur lequel je suis assis est rouge, et l'assiette qu'on m'a donnée est rouge aussi ! » C'est du moins ce que disaient mes enfants, et j'ai entendu beaucoup d'autres enfants qui se réjouissaient de telles coïncidences, voyant dans cette joie un télégramme adressé à leur vie, un message du Très-Haut : « Regarde quelle coïncidence nous a préparée Celui Qui arrange ces coïncidences – Il est le Maître, le Souverain de toutes les coïncidences. Et c'est pourquoi les commentateurs disent que dès le tout début, encore avant la création du monde, le Très-Haut a prévu qu'il y aurait une telle oasis, où il y aurait 12 sources et 70 palmiers dattiers, pas 65, pas 73, mais justement 70, pour que le peuple d'Israël voie ce souci de la joie enfantine, voie que le Très-Haut prend soin de nos joies les plus, les plus enfantines, de nos joies les plus, les plus simples, quand, semble-t-il, nous nous réjouirons d'une chose aussi simple. Et ce fut une leçon – l'endroit qui s'appelle Élim.
Bien sûr, comme pour tout lieu de chaque campement, on essaie de le retrouver. Il y a un endroit qui s'appelle Ayoun-Moussa, ou les Sources de Moché, il se trouve à la limite du désert du Sinaï, c'est aujourd'hui un village bédouin, et il y a là effectivement 12 sources. Avec les palmiers, il y a aujourd'hui un problème là-bas, il en a poussé une multitude innombrable, mais voilà, les 12 sources se sont conservées, et beaucoup disent que c'est bien cet endroit-là. Quoi qu'il en soit, voici la leçon principale de ce lieu, ce que nous pouvons voir à partir du sens simple de la Torah.
Il existe, bien entendu, beaucoup de commentaires mystiques au sujet des nombres 12 et 70, de leur signification pour le lieu d'Élim, qu'on peut comprendre comme olám (monde) ou comme he'elém (disparition), et encore beaucoup de choses intéressantes. Mais ce n'est plus le sens simple de la Torah, c'est du remez ou même du sod, les fondements de la kabbale, et nous n'irons pas là-bas, du moins pas maintenant.
Nous avons ainsi terminé le chapitre 15 et commençons à lire le chapitre 16.
וַיִּסְעוּ מֵאֵילִם וַיָּבֹאוּ כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל אֶל־מִדְבַּר־סִין אֲשֶׁר בֵּין־אֵילִם וּבֵין סִינָי בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ הַשֵּׁנִי לְצֵאתָם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayis'oú me'elím vayavóou kol-adát bene-yisraél el- midbar-sín achér ben-elím ouvén sináy ba'hamichá assár yom la'hódech hachení letsetám me'érets mitsráyim
1 Et ils sortirent du lieu appelé Élim, et ils arrivèrent, toute l'assemblée du peuple d'Israël, jusqu'à la limite du désert de Sin, qui est entre Élim et Sinaï, le quinzième jour du deuxième mois après leur sortie d'Égypte.
Pourquoi est-il particulièrement souligné que tous arrivèrent, qu'ils arrivèrent sans pertes ? Il y avait de longues marches, les gens faisaient ces marches avec les enfants et avec les femmes, et parcourir sans pertes une telle distance, c'était déjà un miracle. Malgré le manque d'eau, malgré toutes les privations, on voit que la sollicitude du Très-Haut s'est manifestée ici.
Ainsi, un mois exactement après la sortie d'Égypte, ils arrivèrent là. Un mois a passé. Qu'est-ce que cela signifie ? Les provisions du peuple commencèrent à s'épuiser. Le poulet bouilli de grand-mère, ils l'ont fini le premier jour, la matsa, ils l'ont mâchée encore longtemps, ensuite sont entrées en jeu, peut-être, les conserves, mais vers le trentième jour tout s'était épuisé. Bien sûr, une question se pose : ils ont pourtant du bétail, ils marchent pourtant avec une grande quantité de bétail ? Et ici il faut comprendre, nous avons dit que le bétail s'appelle mikné ‒ acquisition, biens. Le bétail – c'est leur épargne, c'est leur investissement. Et la situation ressemble à la situation d'un homme qu'on a licencié de manière inattendue, il est resté sans travail, il a de l'épargne, mais il ne peut pas manger ses économies, ce n'est pas pour cela qu'il les a accumulées. Et l'homme s'inquiète du fait qu'il veut avoir un travail, veut une subsistance constante, parce que dans le désert nous serons on ne sait combien de temps, et les économies peuvent s'épuiser très vite. Aucun berger, aucun homme qui pratique l'élevage de manière professionnelle, ne mange son troupeau, c'est pourquoi la situation devint tendue. Et les gens pensent un tout petit peu plus loin : on ne mangera pas le troupeau si longtemps, et, en somme, en effet, le souci du lendemain est nécessaire. Les gens comprennent qu'il faut encore marcher longtemps, les provisions sont épuisées, on les a menés par un long chemin, on aurait pu passer plus vite, et les gens ont différentes pensées au sujet de l'avenir, et ils les partagent activement.
וַיִּלִּינוּ (וַיִּלּוֹנוּ) כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל עַל־מֹשֶׁה וְעַל־אַהֲרֹן בַּמִּדְבָּר׃
vayillónou kol-adát bene-yisraél al-moché ve'al-aharón bammidbár
2 Et toute la communauté des fils d'Israël se plaignit de Moché et d'Aharon dans le désert.
Bien qu'ils soient arrivés tous ensemble, sans pertes, ils se plaignent. Ils devinrent mécontents de ce que Moché et Aharon les avaient amenés dans le désert ou les avaient menés par un tel chemin, et voici ce qu'ils ont sur les lèvres, ce qu'ils ont sur le cœur, voici de quoi ils se plaignent :
וַיֹּאמְרוּ אֲלֵהֶם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מִי־יִתֵּן מוּתֵנוּ בְיַד־יְהוָה בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם בְּשִׁבְתֵּנוּ עַל־סִיר הַבָּשָׂר בְּאָכְלֵנוּ לֶחֶם לָשֹׂבַע כִּי־הוֹצֵאתֶם אֹתָנוּ אֶל־הַמִּדְבָּר הַזֶּה לְהָמִית אֶת־כָּל־הַקָּהָל הַזֶּה בָּרָעָב׃
vayomeroú alehém bené yisraél mi-yittén mouténou veyad-adonáy be'érets mitsráyim bechivténou al-sír habbassár be'okhlénou lé'hem lassóva ki-hotsetém otánou el-hammidbár hazzé lehamít et-kol-hakkahál hazzé bara'áv
3 Et les fils d'Israël leur disaient : « Qui donnerait que nous fussions morts de la main du SEIGNEUR dans le pays d'Égypte, quand nous étions assis sur la marmite de viande et mangions du pain à satiété ! Car vous nous avez traînés dans ce désert pour nous tuer tous par la faim ! »
C'est-à-dire, de quelle mort voulez-vous mourir ? S'il faut mourir, ce serait formidable de mourir pendant le dîner, quand nous sommes assis al-sir habassar (sur la marmite de viande), près, autour de la marmite, de la casserole de viande, nous mangeons des galettes-pitas chaudes, et nous dînons ; voilà, après un dîner si copieux, il serait bon de mourir ! Il est bon de mourir rassasié, content, près du feu, près de la marmite de viande égyptienne et de pain égyptien. S'il faut mourir, alors mieux valait pour nous mourir de satiété, de l'abondance égyptienne – eh bien, c'est ainsi que les gens se souviennent, comme dans un film célèbre : et en prison, en ce moment, on sert des macaronis ! Ainsi ils se souviennent de l'Égypte et disent : « Ce serait formidable de mourir rassasiés, et maintenant ici nous allons mourir de faim ! » Mourir de faim, c'est vraiment une mort triste et douloureuse, mais ils ne savent pas que cela ne les menace pas.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם מִן־הַשָּׁמָיִם וְיָצָא הָעָם וְלָקְטוּ דְּבַר־יוֹם בְּיוֹמוֹ לְמַעַן אֲנַסֶּנּוּ הֲיֵלֵךְ בְּתוֹרָתִי אִם־לֹא׃
vayomer adonáy el-moché hinení mamtír lakhém lé'hem min-hachamáyim veyatsá ha'ám velaketoú devar-yom beyomó lemá'an anassénnou hayelékh betoratí im-ló
4 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Voici, Je vais vous “faire pleuvoir” de pain depuis les cieux, et le peuple sortira et le ramassera. Et ce sera une affaire de chaque jour (jour après jour), afin que Je l'éprouve, s'il marchera selon Ma Torah ou non.
Le mot lé'hem en hébreu moderne, et en général en hébreu biblique, signifie pain. Une fois, chez le prophète Tsfania, il est employé dans un autre sens sémitique, dans le sens de viande. La viande, le pain et la chair ‒ c'est un seul et même mot. Les mots mil'hama (guerre), léhila'hem (faire la guerre) – viennent aussi du mot lé'hem, précisément dans le sens de chair.
Question : comment cela se fait-il, qu'est-ce que cela signifie ? Pourquoi cette épreuve du peuple est-elle nécessaire ? La première partie – eh bien, si le peuple a de quoi se nourrir, s'il sait que la nourriture du lendemain lui est garantie, va-t-il vraiment obéir au Très-Haut ? Aura-t-il besoin de la loi du Très-Haut ? Si on lui promet le salut de toute façon, va-t-il observer la loi ? Eh bien, vérifions. Promettons-lui un pain constant, le pain sera donné sans aucune condition, Je ne le reprendrai certainement pas, mais la question : M'obéirez-vous alors ?
La deuxième partie de l'épreuve : quand un homme a l'aisance, il peut « s'emballer ». Il a soudain un tas de temps libre, ce temps libre, on peut le consacrer à approfondir d'une manière ou d'une autre la connaissance du Très-Haut, à construire une relation avec le Très-Haut, mais on peut aussi le consacrer à varier ses loisirs et, de cette abondance, tomber dans des choses mauvaises. C'est aussi l'une des épreuves.
De plus, dans quelle mesure le peuple pourra-t-il vraiment se contenter de peu et ne pas déclencher de querelles sur fond de cette abondance ? À qui suffira un simple entretien pour ne plus se disputer avec son prochain ? Nous lirons plus tard que Moché, du matin au soir, est assis et juge le peuple. Un peuple qui, en somme, a et le pain, et la nourriture, et un gîte pour la nuit, et du bétail, est constamment en procès pour des biens, se chamaille constamment. On a « accroché » une procédure judiciaire développée sur un seul homme. Il en sera question dans la section suivante, mais nous pouvons dire dès maintenant que c'est peut-être une épreuve pour voir si chacun se contentera de sa petite part de pain céleste, comme on dit : « Notre pain quotidien, donne-le-nous chaque jour ». Mais peut-être pas seulement le nôtre, peut-être voudrons-nous aussi celui de quelqu'un d'autre ?
וְהָיָה בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי וְהֵכִינוּ אֵת אֲשֶׁר־יָבִיאוּ וְהָיָה מִשְׁנֶה עַל אֲשֶׁר־יִלְקְטוּ יוֹם יוֹם׃
vehayá bayom hachichí vehekhínou et acher-yavíou vehayá michné al acher-yilketoú yom yom
5 Et le sixième jour (c'est-à-dire le vendredi), ils prépareront ce qu'ils apporteront (ils apprêteront, ils feront de la nourriture de ce qu'ils apporteront), et ce sera une double portion de ce qu'ils ramassent chaque jour ».
En d'autres termes : « Le vendredi, Je donnerai aussi le pain du sabbat ». Il est intéressant que les commentateurs disent : « Cela signifie qu'à l'approche de la venue du Machia'h, à l'époque du Machia'h, quand on s'approche du sabbat, alors se révèle une double portion de connaissances. Peut se révéler aussi bien la connaissance du sens simple, et la connaissance des secrets se révèle. Il en résulte une double révélation de la Torah, car la Torah ‒ c'est le pain, et le Machia'h se révèle davantage, parce que le Machia'h aussi ‒ c'est le pain descendu du ciel ». Telle est la promesse que le Très-Haut donna à Moché. Le Très-Haut dit : « Vous voulez de la nourriture ? Il y aura de la nourriture ! »
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן אֶל־כָּל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עֶרֶב וִידַעְתֶּם כִּי יְהוָה הוֹצִיא אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayomer moché ve'aharón el-kol-bené yisraél érev vida'tém ki adonáy hotsí etkhém me'érets mitsráyim
6 Et ils dirent à tous les fils d'Israël : « Ce sera le soir, et vous saurez que le SEIGNEUR vous a fait sortir du pays d'Égypte (une preuve de plus vous sera présentée).
וּבֹקֶר וּרְאִיתֶם אֶת־כְּבוֹד יְהוָה בְּשָׁמְעוֹ אֶת־תְּלֻנֹּתֵיכֶם עַל־יְהוָה וְנַחְנוּ מָה כִּי תַלּוֹנוּ (תַלִּינוּ) עָלֵינוּ׃
ouvóker our'itém et-kevód adonáy bechom'ó et-telounnotekhém al-adonáy vená'hnou ma ki tallínou alénou
7 Et le matin, vous verrez la gloire de Dieu, quand Il entendra vos plaintes contre le SEIGNEUR (vous pensiez que vous vous plaigniez de nous, de Moché et d'Aharon, mais non, vous vous plaignez du SEIGNEUR) ; et nous, quoi, pour que vous vous plaigniez de nous ?
Moché et Aharon, deux chefs, disent : « Nous – quoi ? » Prêtons attention au mot ma, habituellement il se traduit par le mot quoi. Il existe une autre variante de traduction, où le mot ma s'élève à un certain degré mystique. Moché et Aharon disent : « …véna'hnou ma – et nous, nous ne sommes qu'un “ma”. Dans cette variante, ma ‒ c'est l'instrument de la perception du Très-Haut, ma ‒ c'est la force réceptrice, c'est l'univers. À la différence de cela, mi (qui)‒ c'est le SEIGNEUR, c'est la force agissante. Mi ‒ c'est le Créateur, ma ‒ c'est l'univers. Le Créateur s'appelle « Qui », l'univers – « quoi ». C'est-à-dire : « Quoi, nous ? Nous ne sommes ici rien de plus que des instruments du Très-Haut. Il ne faut pas, comme les chiens, mordre le bâton, pourquoi donc vous plaignez-vous de nous ? »
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה בְּתֵת יְהוָה לָכֶם בָּעֶרֶב בָּשָׂר לֶאֱכֹל וְלֶחֶם בַּבֹּקֶר לִשְׂבֹּעַ בִּשְׁמֹעַ יְהוָה אֶת־תְּלֻנֹּתֵיכֶם אֲשֶׁר־אַתֶּם מַלִּינִם עָלָיו וְנַחְנוּ מָה לֹא־עָלֵינוּ תְלֻנֹּתֵיכֶם כִּי עַל־יְהוָה׃
vayomer moché betét adonáy lakhém ba'érev bassár le'ekhól velé'hem babbóker lisbóa bichmoá adonáy et-telounnotekhém acher-attém malliním aláv vená'hnou ma lo-alénou telounnotekhém ki al-adonáy
8 Et Moché dit : « Quand le SEIGNEUR vous donnera le soir de la viande à manger, et le pain le matin à satiété (comme ils avaient demandé d'avoir du pain pour se rassasier, et de la viande pour manger, c'est ainsi qu'il leur a été promis), le SEIGNEUR entendra vos plaintes, par lesquelles vous vous plaignez de nous, et nous, quoi ? Ce n'est pas contre nous que vous avez des plaintes, mais contre le SEIGNEUR ! »
Que dit Moché ? Il dit : « Le soir vous saurez, le soir vous recevrez de la viande ». De là est née la tradition de manger les repas de viande le soir. De là aussi est née la tradition de manger deux fois par jour, elle existe au Proche-Orient. Bien sûr, aujourd'hui on mange plus souvent, mais il en était ainsi : le matin on mangeait une nourriture simple, le pain du ciel, par exemple, et le soir on mangeait une nourriture plus, disons-le ainsi, luxueuse – la caille charnue, comme nous l'apprendrons plus tard, c'est-à-dire de la viande d'oiseau grasse. Le mois d'iyar, le mois après la sortie du peuple d'Égypte – c'est le mois où les cailles prennent de la graisse avant une longue migration, à cette époque l'oiseau est le plus engraissé. Au printemps la caille, bien sûr, est très prisée, mais le peuple ne le sait pas encore. On a simplement promis de la viande au peuple et on a promis que le Très-Haut Lui-même viendrait écouter, viendrait réagir, répondre aux griefs que le peuple d'Israël Lui présente.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־אַהֲרֹן אֱמֹר אֶל־כָּל־עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל קִרְבוּ לִפְנֵי יְהוָה כִּי שָׁמַע אֵת תְּלֻנֹּתֵיכֶם׃
vayomer moché el-aharón emór el-kol-adát bené yisraél kirvoú lifné adonáy ki chamá et telounnotekhém
9 Et Moché dit à Aharon : « Dis à toute l'assemblée du peuple d'Israël : “Approchez-vous du Très-Haut, car Il a entendu votre plainte” ».
וַיְהִי כְּדַבֵּר אַהֲרֹן אֶל־כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל וַיִּפְנוּ אֶל־הַמִּדְבָּר וְהִנֵּה כְּבוֹד יְהוָה נִרְאָה בֶּעָנָן׃
vayhí kedabbér aharon el-kol-adát bene-yisraél vayifnoú el-hammidbár vehinné kevód adonáy nir'á be'anán
10 Et ce fut, quand Aharon dit cela à toute la communauté des fils d'Israël, et ils se tournèrent du côté du désert, et voici, la gloire du SEIGNEUR apparut dans la nuée.
La cuisine divine
Chémot 16,11–36
Nous nous sommes arrêtés, vous et moi, sur le fait que le peuple était mécontent de ce que les provisions étaient épuisées, il n'y a rien à manger, devant les yeux se profile la mort par la faim, la perspective de mourir de faim. Et le peuple se mit à dire : « Il aurait mieux valu pour nous que Dieu nous tue après un souper copieux en Égypte, plutôt que de mourir ainsi, comme ça, de faim dans le désert ». Moché et Aharon réorientèrent le peuple, ils dirent : « Pourquoi donc vous plaignez-vous de nous ? Ce n'est pas de nous que vous vous plaignez, c'est contre le Très-Haut que vous murmurez. Le Très-Haut parlera avec vous ». Et à partir du verset 11 nous lisons que le Très-Haut, comme promis, dit qu'Il donnera du pain et de la viande, donnera au peuple de quoi se nourrir.
וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר׃
vaydabbér adonáy el-moché lemór
11 Et le SEIGNEUR parla à Moché, en disant :
שָׁמַעְתִּי אֶת־תְּלוּנֹּת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל דַּבֵּר אֲלֵהֶם לֵאמֹר בֵּין הָעַרְבַּיִם תֹּאכְלוּ בָשָׂר וּבַבֹּקֶר תִּשְׂבְּעוּ־לָחֶם וִידַעְתֶּם כִּי אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם׃
Chamá'ti et-telounnót bené yisraél dabbér alehém lemór ben ha'arbáyim tokheloú vassár ouvabbóker tisbe'ou-lá'hem vida'tém ki aní adonáy elohekhém
12 « J'ai entendu la plainte des fils d'Israël. Dis-leur, en disant : au crépuscule (aux heures qui précèdent le soir) vous mangerez de la viande, et le matin vous vous rassasierez de pain. Et vous saurez que Je suis le SEIGNEUR, votre Dieu ! »
Le Très-Haut dit : « Le soir Je vous donnerai de la viande, le matin Je vous donnerai du pain à satiété. De la viande, simplement pour en manger le soir, mais du pain, le matin, il y en aura à satiété. Et parce que Je vous donnerai cela, vous saurez que Je suis le SEIGNEUR, votre Dieu ». Le SEIGNEUR accomplit Ses promesses, le SEIGNEUR agit selon un plan, et chez Lui il n'est pas dans le plan que quelqu'un meure de faim dans le désert.
וַיְהִי בָעֶרֶב וַתַּעַל הַשְּׂלָו וַתְּכַס אֶת־הַמַּחֲנֶה וּבַבֹּקֶר הָיְתָה שִׁכְבַת הַטַּל סָבִיב לַמַּחֲנֶה׃
vayhí va'érev vatta'álDans la translittération de l'original, ces deux mots sont collés sans espace. Nous les séparons, comme dans le texte hébreu. hasseláv vattekhás et-hamma'hané ouvabbóker hayetá chikhvát hattál savív lamma'hané
13 Et ce fut le soir, et s'éleva la caille, et elle couvrit le camp, et le matin il y avait une couche de rosée autour du camp.
Le mot caille est écrit ici au singulier. Exactement de la même façon, quand il y a beaucoup de poissons, on dit « le poisson », ou quand il y a beaucoup d'oiseaux, on dit « l'oiseau » – une image collective. Et ici, d'après le texte, « beaucoup de cailles s'élevèrent », mais l'hébreu se sert d'un seul mot collectif : caille, c'est pourquoi – et s'éleva la caille (vata'al hasselav).
La caille tombe sur le territoire du camp, tout le mois d'Iyar, pour faire une pluie de cailles, qui, comme nous l'avons dit, sont à cette période assez grasses. Elles prennent un peu de graisse pour le mois de la migration. On les ramassa et (comme le disent certains commentateurs) on en laissa une partie « pour l'élevage ». Il n'est pas difficile de bricoler des cages et, en plus du bétail, d'avoir encore des cailles pour l'usage quotidien. Un bélier, on ne peut pas toujours l'abattre : nous avons dit que le peuple conduit son bétail vers le pays d'Israël. Le bétail – c'est son bien, c'est son investissement, son épargne. Tandis que les cailles, pour la vie quotidienne, c'est très pratique et, peut-être, beaucoup ont encore élevé des cailles pendant un certain temps. Il y a des commentateurs qui disent que dans le désert il y avait des cailles tout le temps. Cela ne cadre pas tout à fait avec le sens simple de la Torah, et nous en parlerons quand nous lirons le deuxième épisode de l'histoire des cailles. Mais pour l'instant arrêtons-nous sur ceci : le Très-Haut, le soir, envoya des cailles, et le matin envoya quelque chose de particulièrement intéressant : une couche de rosée.
וַתַּעַל שִׁכְבַת הַטָּל וְהִנֵּה עַל־פְּנֵי הַמִּדְבָּר דַּק מְחֻסְפָּס דַּק כַּכְּפֹר עַל־הָאָרֶץ׃
vatta'ál chikhvát hattál vehinné al-pené hammidbár dak me'houspás dak kakkefór al-ha'árets
14 Et la couche de rosée s'éleva, et sur toute la surface du désert, en couche fine, comme du givre, elle reposait sur la terre (c'est-à-dire que loin, jusqu'à l'horizon, s'étend depuis le camp ce territoire couvert de rosée).
Personne ne sait ce que signifie le mot mé'houspas, parce qu'il ne se rencontre qu'une seule fois dans toute la Torah. En hébreu moderne, mé'houspas signifie rugueux au toucher, râpeux. Le sens du mot peut aussi se comprendre comme pour ainsi dire débarrassé de sa peau, comme quelque chose de lisse, dont on a enlevé le revêtement. Un mot incompréhensible et, malheureusement, il restera ainsi incompréhensible, mais on peut traduire par une couche fine et râpeuse. C'est ce que virent les Juifs en se réveillant le matin. Le printemps, une température au-dessus de zéro, même tôt le matin déjà +25-30 C˚, et voilà que soudain il y a quelque chose de semblable à une couche de givre sur la terre.
וַיִּרְאוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמְרוּ אִישׁ אֶל־אָחִיו מָן הוּא כִּי לֹא יָדְעוּ מַה־הוּא וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֲלֵהֶם הוּא הַלֶּחֶם אֲשֶׁר נָתַן יְהוָה לָכֶם לְאָכְלָה׃
vayir'oú vene-yisraél vayomeroú ich el-a'hív man hou ki lo yade'oú ma-hoú vayomer moché alehém hou hallé'hem achér natán adonáy lakhém le'okhlá
15 Et les fils d'Israël virent, et ils disaient chacun à son frère : « Man hou ? », parce qu'ils ne savaient pas ce que c'était. Et Moché leur dit : « C'est le pain que le SEIGNEUR vous a donné pour nourriture.
Cette expression, man hou, peut se comprendre de plusieurs façons. Le mot man peut se traduire par quoi, mais ce n'est pas de la langue hébraïque, il est plus probable que ce soit de l'araméen. En hébreu, peut-être, on l'employait comme quelque chose d'élevé, quelque chose de pompeux, une question étonnée : mais qu'est-ce que c'est donc ?! Peut-être était-il employé comme un mot étranger. Parfois les gens, pour exprimer le degré d'étonnement et d'incompréhension, comme si ce dont ils demandent n'était pas de ce monde, était étonnant, posent la question dans une langue étrangère, par exemple « Was ist das ? » au lieu de « qu'est-ce que c'est ? » Voilà, quelque chose dans ce genre, c'est aussi une compréhension possible. Encore une autre variante de compréhension est proposée par Rachi : le mot man signifie apéritif ou antipasti, ce qu'on a coutume de manger avant le repas, une sorte de petit amuse-bouche. C'est-à-dire que les gens virent et dirent : « Hop ! Voilà un amuse-bouche pour nous ! » Ils parlèrent ainsi (ki lo yade'oú ma-hoú), parce qu'ils ne savaient pas ce que c'était. Ils goûtèrent, regardèrent et dirent : « C'est pour nous avant le bon petit pain, on veut nous nourrir ici de quelque chose ». Ce qui m'est le plus proche, c'est la compréhension selon laquelle ils demandaient vraiment qu'est-ce que c'est simplement parce qu'ils ne savaient pas.
Mais il y a encore une signification importante, qui n'est pas tout à fait le pchat, et pourtant elle en est proche. Nous l'avons dit : le mot man au sens de quoi – ce n'est pas simplement le mot « quoi », c'est le monde matériel, c'est la création. Tout dans la création s'appelle quoi. Ainsi Aharon et Moché (16,7) dirent : « …vena'hnou ma » ‒ « Et nous, quoi ? » Ainsi l'homme demande souvent : « Qu'est-ce que je suis ? » au sens de « je ne vaux rien, je ne suis qu'une créature ». Man peut se comprendre comme un « quoi » descendu du ciel, comme un « quoi » descendu de quelqu'un ou comme « quoi » ‒ une parole qui est devenue chair. Nous allons lire cela maintenant, et j'expliquerai pourquoi le sens simple admet une telle compréhension.
Et ensuite Moché continue :
זֶה הַדָּבָר אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה לִקְטוּ מִמֶּנּוּ אִישׁ לְפִי אָכְלוֹ עֹמֶר לַגֻּלְגֹּלֶת מִסְפַּר נַפְשֹׁתֵיכֶם אִישׁ לַאֲשֶׁר בְּאָהֳלוֹ תִּקָּחוּ׃
ze haddavár achér tsivvá adonáy liktoú mimménou ich lefí okhló ómer laggoulgólet mispár nafchotekhém ich la'achér be'aholó tikká'hou
16 C'est la parole qu'a prescrite le SEIGNEUR. Recueillez-en chacun selon son appétit, un omer pour chacun, un omer par âme, selon le nombre de vos âmes, chaque homme selon le nombre de gens dans sa tente, prenez ».
Et voilà, cette phrase « c'est la parole qu'a prescrite le SEIGNEUR » peut se rattacher au verset précédent : « c'est le pain descendu du ciel, et c'est la parole que commande le SEIGNEUR ». Mais on peut aussi la rattacher à ce verset-ci : « recueillez-en chacun selon son appétit… » Pourquoi est-ce que je dis cela ? Parce que le pchat permet de lire que la Torah dit ici : « c'est le pain que vous a donné le Très-Haut, c'est la parole qu'Il a commandée ». Et on peut encore rappeler que le mot lé'hem (pain) signifie aussi chair : « Cette chair, cette viande que vous a donnée le Très-Haut (cela se rapporte et aux cailles, et au pain) ‒ c'est la parole qu'Il vous a commandée ». Une telle préfiguration, on peut la voir ici, et elle n'est pas loin du pchat, ce n'est pas du drach, c'est très proche du sens simple.
Omer ‒ c'est 2,2 litres. Si on arrondit à 2,5 litres, c'est autant de ce « givre » de la terre, de ce pain, qu'on pouvait recueillir pour chacun. C'est-à-dire qu'un homme sortait, recueillait pour cinq, c'est un peu plus qu'un seau de man. Ou un homme sortait, recueillait pour dix, recueillait 2 seaux de man, pour que cela suffise à chacun, autant que chacun mangera. Pas une ration de cantine, selon laquelle autant on t'a servi, autant tu mangeras, mais pour que tu en aies assez : prends chacun selon ton appétit.
וַיַּעֲשׂוּ־כֵן בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיִּלְקְטוּ הַמַּרְבֶּה וְהַמַּמְעִיט׃
vaya'asou-khén bené yisraél vayilketoú hammarbé vehammam'ít
17 Et les fils d'Israël firent ainsi, et ils recueillaient – celui qui aime davantage, et celui qui aime moins.
וַיָּמֹדּוּ בָעֹמֶר וְלֹא הֶעְדִּיף הַמַּרְבֶּה וְהַמַּמְעִיט לֹא הֶחְסִיר אִישׁ לְפִי־אָכְלוֹ לָקָטוּ׃
vayamóddou va'ómer veló he'díf hammarbé vehammam'ít lo he'hsír ich lefi-okhló lakátou
18 Et tous mesuraient avec l'omer, et celui qui aimait davantage ne prenait pas plus, et celui qui aimait moins ne prenait pas moins, et chacun recueillait selon sa nourriture.
C'est-à-dire que, bien que quelqu'un aimât davantage et quelqu'un moins, l'omer ‒ lui, il protégeait, pour qu'il n'y ait ni superflu ni manque.
Ici les commentateurs nous ramènent au mot incompréhensible mé'houspas (rugueux), dont j'ai déjà parlé. Certains disent que la guématrie, la valeur numérique du mot mé'houspas (rugueux), ‒ c'est 248, c'est le nombre des organes de l'homme. Et ainsi, il y a ici une certaine allusion au fait que le man nourrissait tous les organes de l'homme, c'est un produit si parfait, il suffisait à tous dans la dose dans laquelle il était donné. Eh bien, et comment ne pas se rappeler ici ce qui est dit dans le livre de Dévarim (8,3) : « …l'homme ne vit pas du pain lui-même, mais de la parole qui sort de la bouche de Dieu ». Si l'homme se rassasiait de pain, alors la proportion, la quantité aurait de l'importance à l'égard du man, mais puisque l'homme se rassasie de la parole de Dieu, par laquelle ce pain a été créé, il n'y a pas non plus de nécessité de prendre plus ou moins d'un omer. Voilà, de tels commentaires, de telles pensées naissent autour de cela.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֲלֵהֶם אִישׁ אַל־יוֹתֵר מִמֶּנּוּ עַד־בֹּקֶר׃
vayomer moché alehém ich al-yotér mimménnou ad-bóker
19 Et Moché leur dit : « Homme, chacun de vous, qu'il n'en laisse rien pour le matin ».
C'est-à-dire, tout ce que vous avez pris, mangez-le avant le soir, ne le laissez pas pour le matin. Quel en est le sens ? Pourquoi un homme voudrait-il tout à coup garder chez lui le man jusqu'au matin ? Nous lirons plus loin que, dès que le soleil se levait et réchauffait le désert de ses premiers petits rayons, ce man fondait. Donc, pour le ramasser, il faut se réveiller tôt. Disons, au mois d'iyar, il faut se réveiller vers 05h15 ‒ 05h20 du matin, parce que vers 05h50 il sera déjà trop tard pour ramasser quoi que ce soit, tout aura fondu. Tout le monde n'a pas envie, après avoir mangé des cailles le soir, de se lever le matin à 5 heures du matin et de sortir chercher le man. C'est pourquoi il est logique de dire : « Gardons-en donc un petit peu chez nous, le matin nous prendrons le petit déjeuner, et ensuite, avec l'aide de Dieu, nous tiendrons jusqu'aux cailles, ce man, il est tellement nourrissant ! » C'est pourquoi le peuple, comme cela arrive toujours, presque toujours, quand Moché dit quelque chose, fait autrement :
וְלֹא־שָׁמְעוּ אֶל־מֹשֶׁה וַיּוֹתִרוּ אֲנָשִׁים מִמֶּנּוּ עַד־בֹּקֶר וַיָּרֻם תּוֹלָעִים וַיִּבְאַשׁ וַיִּקְצֹף עֲלֵהֶם מֹשֶׁה׃
velo-chame'oú el-moché vayotírou anachím mimménnou ad-bóker vayaroúm tola'ím vayiv'ách vayiktsóf alehém moché
20 Et ils n'écoutèrent pas Moché, et des gens en laissaient (du man) jusqu'au matin. Et il se mit à grouiller de vers, et il pourrit, et Moché se mit en colère contre eux.
Ils ne l'écoutèrent pas, déjà à ce niveau les gens n'avaient pas envie de se lever tôt, de ramasser le man. Et puisqu'il s'est avéré qu'on ne peut pas faire de provisions de man, au verset 21 nous lisons :
וַיִּלְקְטוּ אֹתוֹ בַּבֹּקֶר בַּבֹּקֶר אִישׁ כְּפִי אָכְלוֹ וְחַם הַשֶּׁמֶשׁ וְנָמָס׃
vayilketoú otó babbóker babbóker ich kefí okhló ve'hám hachémech venamás
21 Et ils le ramassaient tôt, tôt le matin, chacun selon son appétit. Et quand le soleil se levait, il se dissolvait (fondait).
C'est-à-dire que les gens devaient tout de même, malgré l'ingéniosité juive, devaient tout de même se lever tôt le matin et ramasser le man chaque matin.
וַיְהִי בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי לָקְטוּ לֶחֶם מִשְׁנֶה שְׁנֵי הָעֹמֶר לָאֶחָד וַיָּבֹאוּ כָּל־נְשִׂיאֵי הָעֵדָה וַיַּגִּידוּ לְמֹשֶׁה׃
vayhí bayom hachichí laketoú lé'hem michné chené ha'ómer la'e'hád vayavó'ou kol-nessi'é ha'eda vayaggídou lemoché
22 Et il arriva au sixième jour (c'est-à-dire le vendredi), ils ramassèrent un pain double (une double portion de pain), deux omers par personne. Et tous les dirigeants de la communauté vinrent et le dirent à Moché.
Le vendredi – c'est la veille du sabbat. En mémoire de cet événement, en mémoire de ce phénomène, les Juifs, à chaque repas du sabbat, disent la bénédiction sur deux pains entiers, sur deux petits pains ou sur deux autres pains, sur deux 'hallot, comme le pain double que l'on ramassait dans le désert.
Cette fois, le peuple décida de ne pas cacher le man dans les greniers. Ils s'étonnèrent qu'il y en ait tant, vinrent et dirent à Moché : « Que faire de cela ? Nous en avons eu, à l'improviste, deux fois plus que la norme, est-ce qu'on nous a augmenté la ration, ou qu'est-ce qui se passe donc ? »
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם הוּא אֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה שַׁבָּתוֹן שַׁבַּת־קֹדֶשׁ לַיהוָה מָחָר אֵת אֲשֶׁר־תֹּאפוּ אֵפוּ וְאֵת אֲשֶׁר־תְּבַשְּׁלוּ בַּשֵּׁלוּ וְאֵת כָּל־הָעֹדֵף הַנִּיחוּ לָכֶם לְמִשְׁמֶרֶת עַד־הַבֹּקֶר׃
vayomer alehém hou achér dibbér adonáy chabbatón chabbat-kódech ladonáy ma'hár et acher-tofoú efoú ve'ét acher-tevacheloú bachélou ve'ét kol-ha'odéf hanní'hou lakhém lemichméret ad-habbóker
23 Et il leur dit : « C'est ce dont le SEIGNEUR a parlé : sabbat (jour du sabbat) ‒ sabbat saint au SEIGNEUR demain. Ce qu'il faut cuire, cuisez-le aujourd'hui, ce qu'il faut faire bouillir, faites-le bouillir aujourd'hui, et tout ce qui restera, mettez-le en garde jusqu'au matin ».
C'est-à-dire, tout ce qu'il faut, préparez-le aujourd'hui pour le sabbat, et préparez tout ce que vous avez ramassé, la double portion, et laissez jusqu'au matin tout ce dont vous aurez besoin pour le sabbat. Le matin du sabbat, il ne sera pas nécessaire de se lever tôt. D'où la vieille tradition de dormir longtemps le sabbat, on considère comme un grand plaisir de dormir le sabbat, et le matin, et dans la journée, et en général, le sabbat, on dort très bien. Et cette fois-ci, ils écoutèrent Moché.
וַיַּנִּיחוּ אֹתוֹ עַד־הַבֹּקֶר כַּאֲשֶׁר צִוָּה מֹשֶׁה וְלֹא הִבְאִישׁ וְרִמָּה לֹא־הָיְתָה בּוֹ׃
vayanní'hou otó ad-habbóker ka'achér tsivvá moché veló hiv'ích verimmá lo-háyeta bo
24 Et ils le laissèrent jusqu'au matin, comme l'avait ordonné Moché, et il ne moisit pas (il ne pourrit pas), et il ne grouilla pas de vers.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אִכְלֻהוּ הַיּוֹם כִּי־שַׁבָּת הַיּוֹם לַיהוָה הַיּוֹם לֹא תִמְצָאֻהוּ בַּשָּׂדֶה׃
vayomer moché ikhloúhou hayom ki-chabbát hayom ladonáy hayom lo timtsa'oúhou bassadé
25 Et Moché dit : « Aujourd'hui, mangez-le, car aujourd'hui c'est le sabbat du SEIGNEUR, et vous ne le trouverez pas dans le champ.
שֵׁשֶׁת יָמִים תִּלְקְטֻהוּ וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לֹא יִהְיֶה־בּוֹ׃
chéchet yamím tilketoúhou ouvayom hachevi'í chabbát lo yihye-bó
26 Six jours vous le ramasserez, et au septième jour (le sabbat) il n'y en aura pas en ce jour ».
וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יָצְאוּ מִן־הָעָם לִלְקֹט וְלֹא מָצָאוּ׃
vayhí bayom hachevi'í yatse'oú min-ha'am lilkót veló matsá'ou
27 Et il arriva au septième jour, certains d'entre le peuple sortirent pour ramasser, et ne trouvèrent pas.
Mais que serions-nous donc, si nous ne vérifiions pas ? Il s'est tout de même trouvé des naturalistes-expérimentateurs. Il y en eut quand même qui décidèrent de vérifier, et sortirent le septième jour pour ramasser, et ne trouvèrent pas.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה עַד־אָנָה מֵאַנְתֶּם לִשְׁמֹר מִצְוֹתַי וְתוֹרֹתָי׃
vayomer adonáy el-moché ad-ána me'antém lichmór mitsvotáy vetorotáy
28 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Jusqu'à quand refuserez-vous d'observer Mes commandements et Ma Torah ?
רְאוּ כִּי־יְהוָה נָתַן לָכֶם הַשַּׁבָּת עַל־כֵּן הוּא נֹתֵן לָכֶם בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי לֶחֶם יוֹמָיִם שְׁבוּ אִישׁ תַּחְתָּיו אַל־יֵצֵא אִישׁ מִמְּקֹמוֹ בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי׃
re'oú ki-adonáy natán lakhém hachabbát al-kén hou notén lakhém bayom hachichí lé'hem yomaíim chevoú ich ta'htáv al-yétse ich mimmekomó bayom hachevi'í
29 Voyez, car le SEIGNEUR vous a donné le sabbat, c'est pour cela qu'Il vous a donné le vendredi le pain de deux jours ; restez assis chacun à sa place (restez assis chacun dans sa demeure), et que l'homme ne sorte pas de sa demeure au septième jour ».
Souvenez-vous, quand nous lisions au sujet des Égyptiens, nous disions que chacun restait assis à sa place. Restez assis, pour ainsi dire, sagement, à votre place. Bien sûr, ce n'est pas une interdiction générale de sortir de la maison le sabbat. Nous allons à la synagogue, nous allons en visite le sabbat. Mais ici, on veut dire qu'il ne faut pas s'agiter, s'affairer et chercher sa nourriture le septième jour.
וַיִּשְׁבְּתוּ הָעָם בַּיּוֹם הַשְּׁבִעִי׃
vayichbetoú ha'ám bayom hachevi'í
30 Et le peuple arrêtait tout travail (« sabbatisait ») au septième jour.
וַיִּקְרְאוּ בֵית־יִשְׂרָאֵל אֶת־שְׁמוֹ מָן וְהוּא כְּזֶרַע גַּד לָבָן וְטַעְמוֹ כְּצַפִּיחִת בִּדְבָשׁ׃
vayikre'oú vet-yisraél et-chemó man vehoú kezéra gad laván veta'mó ketsappi'hít bidvách
31 Et la maison d'Israël l'appela « man », et il ressemble à la graine de coriandre, et son goût est comme de la pâte frite dans le miel (pas tout à fait de la pâte frite dans le miel, mais de la pâte au miel).
Vet-yisraël, maison d'Israël – c'est la désignation habituelle des femmes, c'est ainsi qu'on le lit. Quand on veut demander à un homme comment va la santé de sa femme, on dit : « Ma ba-beito ? » ‒ « Comment ça va chez toi ? » Et la maison d'un homme, et la femme d'un homme sont appelées sa « maison », parce que la femme construit la maison, comme on dit, « la sagesse de la femme bâtit la maison ». Et les femmes appelèrent ce pain man. Le mot manne, qui lui correspond en russe, manne céleste ‒ c'est le fruit de la créativité des femmes juives, qui a déjà presque trois mille cinq cents ans. De petites boules, par leur forme semblables à la graine de coriandre, mais par leur couleur blanches, comme il en est dit dans le Talmud. D'autres disent : d'aspect, le man est rouge foncé, d'aspect, il ressemble à la graine de lin. Il y a beaucoup de débats au sujet de la couleur du man, mais d'une certaine manière, traditionnellement, on l'associe au blanc, peut-être parce qu'il ressemble au givre.
Il convient ici de rappeler la douceur tatare et d'autres pays d'Orient appelée tchak-tchak, des morceaux de pâte frits dans la friture avec un sirop de miel, ou, plus encore, le plat juif teiglach – des boules de pâte cuites dans un sirop de sucre et de miel. Si vous voulez vous représenter le goût du man, alors le tchak-tchak, ou les teiglach, ou le khvorost, qu'on fait frire dans le miel, c'est à peu près ça. Bien que les midrachim disent, nous y reviendrons encore, que dans le man il y avait tous les goûts, chaque homme pouvait recevoir le goût qu'il voulait. Certains ajoutaient : n'importe quel goût que l'homme voudrait, sauf le goût de l'oignon et de l'ail, parce qu'il est en quelque sorte gênant pour le Très-Haut de créer l'oignon et l'ail. On disait encore : et le goût du radis – non plus. Bref, l'enfance qui continuait de vivre dans les rabbins excluait du goût du man ce qu'ils n'aimaient pas : l'oignon, l'ail, la bouillie de semoule, peut-être la bouillie de sarrasin ‒ chacun ce qu'il n'aime pas. Et, à l'inverse, attribuer au man tous les goûts que nous pourrions seulement vouloir. Mais la Torah dit assez clairement que son goût est « comme le goût de la pâte dans le miel ». Voilà, le tchak-tchak – c'est un très bon exemple, les teiglach (la recette n'est pas difficile à trouver, si quelqu'un le veut) ‒ c'est aussi un assez bon exemple, c'est-à-dire un gâteau pas très fortement sucré, un biscuit au miel.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה זֶה הַדָּבָר אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה מְלֹא הָעֹמֶר מִמֶּנּוּ לְמִשְׁמֶרֶת לְדֹרֹתֵיכֶם לְמַעַן יִרְאוּ אֶת־הַלֶּחֶם אֲשֶׁר הֶאֱכַלְתִּי אֶתְכֶם בַּמִּדְבָּר בְּהוֹצִיאִי אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayomer moché ze haddavár achér tsivvá adonáy meló ha'ómer mimménnou lemichméret ledorotekhém lemá'an yir'oú et-hallé'hem achér he'ekhálti etkhém bammidbár behotsi'í etkhém me'érets mitsráyim
32 Et Moché dit : « Voici ce qu'a ordonné le SEIGNEUR (voici la parole qu'a ordonnée le SEIGNEUR) : remplissez un omer (ramassez un omer) de lui, du man, pour mémoire aux générations, afin qu'on voie le pain dont Je vous ai nourris dans le désert, lorsque Je vous faisais sortir d'Égypte ».
C'est-à-dire, érigez un monument à la manne céleste fait de manne céleste. Le SEIGNEUR ordonne de conserver le man, un omer de man, afin que tous puissent voir à quoi ressemble ce pain. C'est intéressant, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que le Très-Haut ne dit pas simplement que ce soit un témoignage de ce que « Je vous ai fait sortir », – non, afin que non seulement on sache que ce pain a existé, mais aussi qu'on voie à quoi il ressemble, ce pain, « dont Je, le SEIGNEUR, vous ai nourris lors de votre sortie d'Égypte ».
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־אַהֲרֹן קַח צִנְצֶנֶת אַחַת וְתֶן־שָׁמָּה מְלֹא־הָעֹמֶר מָן וְהַנַּח אֹתוֹ לִפְנֵי יְהוָה לְמִשְׁמֶרֶת לְדֹרֹתֵיכֶם׃
vayomer moché el-aharón ka'h tsintsénet a'hát veten-chámma melo-ha'ómer man vehanná'h otó lifné adonáy lemichméret ledorotekhém
33 Moché dit à Aharon : « Prends un certain récipient (nous ne savons pas ce que cela signifiait en ces temps-là), et mets-y tout un omer (un omer entier) de man, et place-le devant le SEIGNEUR, pour mémoire dans toutes vos générations (pour être gardé dans toutes vos générations).
Tsintsénet en hébreu moderne signifie bocal, un bocal en verre, dans lequel on vend des cornichons salés (celui en métal, d'ailleurs, est aussi un tsintsénet). Les premières, pour ainsi dire, conserves – un bocal de man, qui sera conservé et, sur l'ordre du Très-Haut à Moché et à Aharon, sera placé devant le SEIGNEUR et sera constamment avec Israël, en mémoire pour toutes les générations. Malheureusement, à cause de nos nombreux péchés, nous n'avons pas maintenant ce bocal, et nous ne pouvons pas regarder à quoi ressemblait ce pain merveilleux.
כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה וַיַּנִּיחֵהוּ אַהֲרֹן לִפְנֵי הָעֵדֻת לְמִשְׁמָרֶת׃
ka'achér tsivvá adonáy el-moché vayanni'hehou aharón lifné ha'edoút lemichmáret
34 Comme le SEIGNEUR l'avait ordonné à Moché, et Aharon le plaça devant le témoignage (à la place du témoignage, ou devant le Saint) pour être gardé.
וּבְנֵי יִשְׂרָאֵל אָכְלוּ אֶת־הַמָּן אַרְבָּעִים שָׁנָה עַד־בֹּאָם אֶל־אֶרֶץ נוֹשָׁבֶת אֶת־הַמָּן אָכְלוּ עַד־בֹּאָם אֶל־קְצֵה אֶרֶץ כְּנָעַן׃
ouvné yisraél akheloú et-hammán arba'ím chaná ad-bo'ám el-érets nochávet et-hamman akheloú ad-bo'ám el-ketsé érets kená'an
35 Les fils d'Israël mangèrent le man 40 ans, jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la Terre promise ; ils mangèrent le man jusqu'à ce qu'ils arrivent au bord (à la frontière) de la terre cananéenne.
וְהָעֹמֶר עֲשִׂרִית הָאֵיפָה הוּא׃
veha'ómer assirít ha'efá hou
36 Et l'omer – c'est la dixième partie de l'éfa.
C'est comme une sorte de remarque, une conclusion au texte, pour que nous comprenions ce qu'est l'omer. Au lecteur moderne cela ne dit pas grand-chose, parce qu'il ne sait ni ce qu'est l'omer, ni ce qu'est l'éfa. L'éfa – c'est un grand seau. Chez le prophète Zkharya, dans un tel seau, seulement volant, tient une femme entière. Elle y est assise comme Baba Yaga dans son mortier. Mais Zkharya – c'est une autre histoire.
Ce combat, jamais on ne l'oubliera
Chémot 17,1–16
Les voyages du peuple d'Israël à travers le désert continuent, et avec eux continuent aussi les aventures.
וַיִּסְעוּ כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל מִמִּדְבַּר־סִין לְמַסְעֵיהֶם עַל־פִּי יְהוָה וַיַּחֲנוּ בִּרְפִידִים וְאֵין מַיִם לִשְׁתֹּת הָעָם׃
vayis'oú kol-adát bene-yisraél mimmidbar-sín lemas'ehém al-pí adonáy vaya'hanoú birfidím ve'én máyim lichtót ha'ám
1 Et toute la communauté des fils d'Israël partit du désert de Sin pour son voyage (pour ses pérégrinations) selon la parole du SEIGNEUR. Et ils s'arrêtèrent dans un lieu qui s'appelle Réfidim, et le peuple n'a pas d'eau à boire.
En fait, dans la section hebdomadaire Masseï (livre de Bémidbar 33,12–14), où sont énumérées toutes les haltes, il sera dit que le peuple d'Israël visita encore deux haltes, Dofka et Alouch, mais il ne sera pas question d'elles, parce qu'il ne s'y passa rien de tellement inhabituel. Nous sautons par-dessus et arrivons directement, avec le peuple d'Israël, dans un lieu qui s'appelle Réfidim. Il y a de très nombreuses tentatives de trouver ce lieu, de désigner ce lieu. Ce qui sera important pour nous ici, c'est qu'une des lectures du nom Réfidim peut provenir des mots – rafim (s'affaiblissant)et yadayim (mains), c'est-à-dire des mains baissées, affaiblies. L'abaissement des mains, c'est ainsi qu'on peut traduire le nom de ce lieu.
Ici, si l'on traduit mot à mot : et il n'y a pas d'eau boire le peuple. Il serait plus correct de dire lichtot le'am au lieu de lichtot ha'am. Mais néanmoins une telle expression est employée quand quelqu'un est considéré comme obligé de donner à boire au peuple : « Qui mène le peuple à travers le désert, qui le peuple mener ‒ celui-là aussi le boire », c'est à peu près ainsi qu'on peut traduire.
Ainsi, le peuple est dans un état qui s'appelle en mayim lichtot (rien à boire). Comme nous le savons déjà, d'un côté, pour le désert cette situation est ordinaire, elle se répétera ensuite encore à Kadech, et plus loin elle se répétera encore. C'est une situation tout à fait, disons-le ainsi, routinière, normale : il n'y a pas d'eau. Et, d'un autre côté, la situation, bien que normale, mais boire, il le faut bien, le peuple marche avec les enfants, avec le bétail, et tout cela est très difficile. Il est difficile de garder la foi dans une telle situation, très difficile de garder la foi, et le peuple non plus n'y parvient pas.
וַיָּרֶב הָעָם עִם־מֹשֶׁה וַיֹּאמְרוּ תְּנוּ־לָנוּ מַיִם וְנִשְׁתֶּה וַיֹּאמֶר לָהֶם מֹשֶׁה מַה־תְּרִיבוּן עִמָּדִי מַה־תְּנַסּוּן אֶת־יְהוָה׃
vayárev ha'ám im-moché vayomeroú tenou-lánou máyim venichté vayomer lahém moché ma-terivoún immadí ma-tenassoún et-adonáy
2 Et le peuple se disputa avec Moché, et ils disaient : « Donnez-nous de l'eau, et nous boirons ! » Et Moché leur dit : « Qu'avez-vous donc à vous quereller avec moi, pourquoi éprouvez-vous le SEIGNEUR ? »
Tout au long du chapitre, la combinaison lariv (se disputer, se quereller) – lenassot (éprouver) se répétera quatre fois. Le mot lariv vient de rav – se fragmenter en de nombreuses parties, augmenter de taille, devenir grand ou, autrement dit, s'éparpiller en de nombreuses parties. C'est-à-dire que le peuple s'opposait à Moché et par là même éprouvait le SEIGNEUR.
וַיִּצְמָא שָׁם הָעָם לַמַּיִם וַיָּלֶן הָעָם עַל־מֹשֶׁה וַיֹּאמֶר לָמָּה זֶּה הֶעֱלִיתָנוּ מִמִּצְרַיִם לְהָמִית אֹתִי וְאֶת־בָּנַי וְאֶת־מִקְנַי בַּצָּמָא׃
vayitsmá cham ha'ám lammáyim vayálen ha'ám al-moché vayomer lámma ze he'elitánou mimmitsráyim lehamít otí ve'et-banáy ve'et-miknáy battsamá
3 Et le peuple là-bas avait soif d'eau, et le peuple se plaignit de Moché, et il disait : « Pourquoi nous as-tu fait monter d'Égypte, pour me tuer, moi, et mes fils, et mon bétail par la soif ? »
De nouveau la « vieille chanson sur l'essentiel » : le peuple a peur de la mort, le peuple a peur que Dieu les abandonne, que Moché les ait entraînés pour rien dans cette relation avec le Très-Haut, que maintenant ils vont tout simplement tous mourir. Chacun, pour ainsi dire, accusait Moché et disait : « Pourquoi m'as-tu entraîné dans cette affaire, pour que maintenant moi, et mes fils, et mon bétail mourions ici de soif ? » Exactement comme il est dur pour le peuple de garder la foi, de même il est dur pour Moché de garder la patience, dur de garder l'amour pour le peuple, bien que Moché soit appelé l'un des plus modestes des hommes, le plus modeste, le plus humble des hommes. Et Moché clame vers le SEIGNEUR.
וַיִּצְעַק מֹשֶׁה אֶל־יְהוָה לֵאמֹר מָה אֶעֱשֶׂה לָעָם הַזֶּה עוֹד מְעַט וּסְקָלֻנִי׃
vayits'ák moché el-adonáy lemór ma e'essé la'ám hazze od me'át ouskaloúni
4 Et Moché clama (s'écria) vers le SEIGNEUR, disant : « Que dois-je faire de ce peuple ? Encore un tout petit peu, et ils me lapideront (ils me tueront ici) ! »
On peut voir en cela simplement une soif d'instructions : « Comment dois-je leur parler ? Enseigne-moi ». Mais il y a ici une certaine intolérance, une lassitude de ce peuple : « Combien de temps peut-on le supporter ? Ils vont me tuer ainsi ».
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה עֲבֹר לִפְנֵי הָעָם וְקַח אִתְּךָ מִזִּקְנֵי יִשְׂרָאֵל וּמַטְּךָ אֲשֶׁר הִכִּיתָ בּוֹ אֶת־הַיְאֹר קַח בְּיָדְךָ וְהָלָכְתָּ׃
vayomer adonáy el-moché avór lifné ha'ám veká'h ittekhá mizzikné yisraél oumattekhá achér hikkíta boLa translittération de l'original a ici un v au lieu du b de l'hébreu (la lettre porte un daguech). Nous suivons le texte hébreu : bo. et-hay'ór ka'h beyadekhá vehalákhtaLa translittération de l'original omet ici la voyelle après le v initial. Nous suivons le texte hébreu : vehalákhta.
5 Le SEIGNEUR dit à Moché : « Passe devant le peuple, et prends avec toi des vieillards d'Israël (rassemble les anciens d'Israël), et ton bâton, avec lequel tu as frappé le Nil, prends-le avec toi, et va.
Moché rassemble les anciens du peuple. Par les anciens on peut communiquer avec le peuple, 70 anciens peuvent ensemble répandre le bruit et commencer à aider à apaiser le peuple. C'est-à-dire que Moché, dans ce cas, rassemble une équipe de gens qui serviront parmi le peuple, répandront les nouvelles. Ainsi, Moché doit aller, en prenant avec lui le bâton. Et le Très-Haut dit ensuite :
הִנְנִי עֹמֵד לְפָנֶיךָ שָּׁם עַל־הַצּוּר בְּחֹרֵב וְהִכִּיתָ בַצּוּר וְיָצְאוּ מִמֶּנּוּ מַיִם וְשָׁתָה הָעָם וַיַּעַשׂ כֵּן מֹשֶׁה לְעֵינֵי זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל׃
hinení oméd lefanékha cham al-hattsoúr be'horév vehikkíta vattsoúr veyatse'oú mimménou máyim vechatá ha'ám vayá'as ken moché le'ené zikné yisraél
6 Et voici, Je me tiendrai devant toi, là, sur le rocher en 'Horev, et tu frapperas le rocher, et de l'eau en sortira, et le peuple boira ». Et Moché fit ainsi sous les yeux des anciens d'Israël.
C'est-à-dire que le Très-Haut lui-même manifestera Sa Gloire – que ce soit par une nuée, que ce soit par une lumière, ou d'une autre manière, que nous ne connaissons pas. On m'a demandé un jour : « Comment est-ce que le SEIGNEUR parlait avec Moché ? » Nous ne savons pas comment le SEIGNEUR parlait avec Moché, nous savons seulement que c'était face à face. C'est-à-dire que Moché, il arrivait qu'il voie Dieu, il arrivait qu'il entende la voix. Comment cela se passait-il ? Était-ce une voix intérieure ? Un ange apparaissait-il à côté, ou bien d'un certain point tout près venait une voix ? Il y a de très nombreuses versions à ce sujet, mais personne ne sait. Je pense que l'écoute de la Voix transformait la conscience de Moché à tel point qu'il était hors du corps, et le décrire est difficile. Bien que sous une forme corporelle aussi le SEIGNEUR soit apparu à Moché, et cela fut « à plusieurs reprises et de plusieurs manières » (comme dit l'Épître aux Hébreux). C'est-à-dire de nombreuses manières différentes : tout commença par le buisson ardent, et il y eut la voix, et il y eut la nuée, et par de nombreux chemins différents le SEIGNEUR parlait avec Moché (comme avec chacun de nous aussi Il parle souvent, bien entendu, à un tout autre niveau).
Ainsi, le Très-Haut ordonna à Moché de convoquer une commission populaire, une délégation des anciens d'Israël. En présence des anciens (on dit habituellement que ce sont les soixante-dix anciens), en présence des soixante-dix anciens, ou de tous les anciens, Moché, ayant réuni le conseil des aksakals, frappa le rocher, pour que l'eau en sorte. Tous le virent, tous pouvaient en témoigner et se souvenir que le Très-Haut donne l'eau, que Moché peut avoir le pouvoir d'obtenir cette eau du rocher. Nous ne savons pas si les vieillards virent Dieu, qui se tenait sur le rocher, on ne peut rien dire à ce sujet. Mais Moché frappa le rocher devant tous, et l'eau qui en sortit, tous la virent.
וַיִּקְרָא שֵׁם הַמָּקוֹם מַסָּה וּמְרִיבָה עַל־רִיב בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְעַל נַסֹּתָם אֶת־יְהוָה לֵאמֹר הֲיֵשׁ יְהוָה בְּקִרְבֵּנוּ אִם־אָיִן׃
vayikrá chem hammakóm massá oumrivá al-rív bene yisraél ve'ál nassotám et-adonáy lemór hayéch adonáy bekirbénou im-ayin
7 Et ce lieu fut appelé « Épreuve et querelle », à cause de la querelle des fils d'Israël, à cause de ce qu'ils éprouvaient le SEIGNEUR, en disant : « Est-ce que le SEIGNEUR est proche de nous ou non ? »
Mériva – c'est la dispute, la querelle, massa – c'est l'épreuve. Comment éprouvaient-ils le SEIGNEUR ? Bien que cela ne soit pas dit directement, mais ici on fait pour ainsi dire le bilan : que pensaient-ils donc en réalité, quand ils se plaignaient à Moché, quand ils murmuraient ? Ils éprouvaient le SEIGNEUR pour vérifier : est-ce que le SEIGNEUR peut agir parmi nous ou non ? C'est pour cela que le lieu fut appelé massa oumriva (épreuve et querelle). Quand se produit une querelle, quand se produit une fragmentation en Israël, cela rend aussitôt Israël faible et vulnérable. C'est pourquoi au verset 8 nous lisons :
וַיָּבֹא עֲמָלֵק וַיִּלָּחֶם עִם־יִשְׂרָאֵל בִּרְפִידִם׃
vayavó amalék vayillá'hem im-yisraél birfidím
8 Et Amalek vint, et fit la guerre contre Israël à Réfidim.
Amalek – c'est le nom d'un peuple. Le peuple amalek – ce sont les descendants d'Amalek, fils d'Élifaz, petit-fils d'Essav. C'est-à-dire, Amalek – ce sont les descendants d'Essav, des Sémites eux aussi. C'est un peuple qui vivait aussi bien dans la région de Ch'khem (comme nous l'apprendrons plus tard) que dans toute la terre cananéenne, et surtout au sud. Un peuple qui s'occupait d'élevage et de banditisme. Cela aussi, nous le savons par d'autres livres de la Torah. Dans les sources extérieures, il n'y a aucune mention d'Amalek, seule la Torah parle de lui, ou plutôt la Torah et le Tanakh. Nous savons que ce peuple était nomade, que c'était une tribu guerrière qui s'occupait de pillage et de commerce. C'est-à-dire que là où ils le pouvaient, ils faisaient eux-mêmes du commerce, et là où quelqu'un essayait de leur faire concurrence, alors ils étouffaient l'affaire. Le peuple amalek vivait très loin de l'endroit où se passent tous les événements décrits. C'est pourquoi ici, au verset 8, il est dit vayavo amalek, ce qui signifie et vint Amalek. Certains commentateurs disent qu'il a parcouru 800 kilomètres, certains disent 1200 kilomètres. C'est-à-dire qu'Amalek est mû par la haine, mû par le désir de conserver son pouvoir, sa capacité de contrôler la région, et il essaie d'attaquer, de s'emparer du peuple d'Israël. Premièrement, pour piller : le peuple, comme nous le savons, ne marche pas les mains vides, il a « un peu d'or, un peu de menue monnaie », qu'on a pris d'Égypte, il a des hommes robustes dont on peut faire des esclaves, du bétail qu'on peut emporter. Bref, des bandits normaux ont de quoi faire leur butin. En outre, Essav a une inimitié ancienne, très très ancienne, avec le peuple d'Israël. Et bien qu'ils soient, pour ainsi dire, cousins au quatrième, au cinquième degré, ils peuvent tout à fait se permettre d'attaquer Israël.
Il est intéressant qu'au chapitre 14 du livre de Béréchit, avant même qu'Amalek soit en projet, quand Avraham est encore vivant et qu'il fait la guerre aux rois, il est dit là que les rois passèrent par le champ d'Amalek. On en tire la conclusion que, peut-être, Amalek est né déjà dans un lieu qui s'appelle Amalek. Au sujet d'Amalek, il est dit aussi qu'il est le premier des peuples, le premier-né de tous les peuples, le peuple le plus ancien qui s'est formé dans la région. C'est ce que dit Bil'am dans sa prophétie (livre de Bémidbar 24,20). C'est-à-dire que ce sont des habitants autochtones, des aborigènes, qui sont ici de plein droit (« vous, on ne vous a pas vus ici »). Bref, ils ont un tas d'intérêts de toutes sortes. Ils viennent de loin pour, loin de leurs frontières, écraser dans l'œuf toute alternative à leur pouvoir, à leur organisation étatique (ou à leur chaos) dans la région.
Ainsi, Amalek est venu de loin faire la guerre contre Israël à Réfidim. Je répète que Réfidim peut se comprendre comme mains baissées, bien que cette interprétation soit allégorique. Le peuple d'Israël se prépare à sa première guerre, c'est le premier et décisif combat du peuple d'Israël. Et voici comment cela se passe.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־יְהוֹשֻׁעַ בְּחַר־לָנוּ אֲנָשִׁים וְצֵא הִלָּחֵם בַּעֲמָלֵק מָחָר אָנֹכִי נִצָּב עַל־רֹאשׁ הַגִּבְעָה וּמַטֵּה הָאֱלֹהִים בְּיָדִי׃
vayomer moché el-yehochoúa be'har-lánou anachím vetsé hilla'hém ba'amalék ma'hár anokhí nittsáv al-róch haggiv'á oumatté ha'elohím beyadí
9 Et Moché dit à Yéhochoua (fils de Noun) : « Choisis-nous des hommes et va, fais la guerre contre Amalek ! Demain, je me tiendrai au sommet de la colline (de la butte), et le bâton du Très-Haut – dans mes mains ».
Yéhochoua n'est pas encore suffisamment bien présenté ici, mais nous y reviendrons plus tard.
Ce plan militaire, c'est Moché lui-même qui l'élabore. Il n'y a pas ici que le Très-Haut lui dise comment agir. Moché connaît déjà un peu son bâton et ses caractéristiques tactiques et techniques. Et il dit qu'il se tiendra avec le bâton au sommet de la montagne. Yéhochoua rassemble les premières forces spéciales israéliennes de l'histoire. Il rassemble des hommes d'élite pour faire la guerre contre Amalek.
וַיַּעַשׂ יְהוֹשֻׁעַ כַּאֲשֶׁר אָמַר־לוֹ מֹשֶׁה לְהִלָּחֵם בַּעֲמָלֵק וּמֹשֶׁה אַהֲרֹן וְחוּר עָלוּ רֹאשׁ הַגִּבְעָה׃
vayá'as yehochoúa ka'achér amar-ló moché lehilla'hém ba'amalék oumoché aharón ve'hoúr aloú roch haggiv'á
10 Et Yéhochoua fit comme Moché lui avait dit, pour faire la guerre contre Amalek, et Moché, Aharon et 'Hour montèrent au sommet de la colline.
Certains commentateurs disent que 'Hour ‒ c'est le fils de Kalev. Il y a différentes suppositions concernant qui est 'Hour : il y a une version dans Divreï haYamim, il y a encore quelques sources à ce sujet. Par exemple, Yossef ben Matityahou (Flavius Josèphe) dit que c'est le mari de Miryam, c'est-à-dire le beau-frère de Moché et d'Aharon.
וְהָיָה כַּאֲשֶׁר יָרִים מֹשֶׁה יָדוֹ וְגָבַר יִשְׂרָאֵל וְכַאֲשֶׁר יָנִיחַ יָדוֹ וְגָבַר עֲמָלֵק׃
vehayá ka'achér yarím moché yadó vegavár yisraél vekha'achér yaníya'h yado vegavár amalék
11 Et il arriva que, quand Moché levait sa main, alors Israël l'emportait, et quand il baissait la main, alors Amalek l'emportait.
C'est-à-dire que, quand les événements suivaient le cours naturel des choses, alors Amalek l'emportait, puisque de son côté il y avait la supériorité militaire. Mais quand Moché intervenait, levant la main avec le bâton, alors Israël l'emportait.
וִידֵי מֹשֶׁה כְּבֵדִים וַיִּקְחוּ־אֶבֶן וַיָּשִׂימוּ תַחְתָּיו וַיֵּשֶׁב עָלֶיהָ וְאַהֲרֹן וְחוּר תָּמְכוּ בְיָדָיו מִזֶּה אֶחָד וּמִזֶּה אֶחָד וַיְהִי יָדָיו אֱמוּנָה עַד־בֹּא הַשָּׁמֶשׁ׃
vidé moché kevedím vayik'hou-éven vayassímou ta'htáv vayéchev aléha ve'aharón ve'hoúr tamekhoú veyadáv mizzé e'hád oumizzé e'hád vayhí yadáv emouná ad-bó hachámech
12 Et les mains de Moché sont lourdes, et ils prirent une pierre (une pierre assez grande), et la mirent sous lui, et il s'assit dessus (sur elle, le mot pierre en hébreu est du genre féminin). Aharon et 'Hour soutiennent ses mains, l'un d'un côté, l'un de l'autre côté. Et ses mains furent foi jusqu'au coucher du soleil.
Il est lourd de tenir levées les mains avec le bâton, cela, le sait quiconque a essayé ne serait-ce que simplement de tenir les mains levées.
Nous avons rencontré ici une phrase très intéressante : vayhi yadav émouna (et ses mains furent foi). Le mot émouna signifie foi. Mots de même racine : léhit'amen (s'exercer) ; ouman (maître artisan) ; omanout (art) ; né'émanout (dignité, fidélité). Et le mot amen (amen), que nous disons, est lui aussi lié au mot foi. Quel est le fond de la chose, pourquoi l'art est-il lié à la foi ? Un maître habile, un potier habile fait un vase qui tient fermement, ne vacille pas, ne chancelle pas. La capacité d'être constant, d'être ferme est liée à la foi. Les mains de Moché étaient comme de fer, quand Aharon et 'Hour les soutenaient. C'est – la foi, c'est – l'inébranlabilité, la constance, la persévérance, un long séjour dans l'immobilité, malgré la fatigue, malgré l'action de quelques forces extérieures. Léhit'amen (s'entraîner) ‒ c'est, à proprement parler, acquérir ces mêmes qualités ; amen, amen (en vérité, en vérité) – cela signifie fermement, de façon stable, c'est-à-dire je dis certaines choses qui ne changeront pas sous la pression des circonstances, sous la pression de quelques facteurs extérieurs ou intérieurs. La constance – c'est la capacité de continuer à s'en tenir à ce en quoi tu demeures, à tes principes, à tes qualités. C'est cela, au fond, la foi. Ainsi, la foi est un processus, non seulement la capacité de ne pas vaciller, de ne pas dévier de ce que tu as pris sur toi, accepté, mais aussi la réalisation de cette capacité. Ce n'est, bien sûr, qu'une des couches de compréhension.
On peut dire beaucoup, beaucoup de choses sur la foi. On peut dire que la foi est liée au mot omna – être mentor de quelqu'un. La foi – c'est demeurer dans un apprentissage constant et sous le mentorat constant de quelqu'un. Et alors on peut dire qu'Aharon et 'Hour tiennent ou pour ainsi dire guident les mains de Moché, le soutiennent. Et ainsi aussi on peut le comprendre. Bref, un mot très riche, très fort, foi, qui est employé ici pour la première fois comme substantif.
וַיַּחֲלֹשׁ יְהוֹשֻׁעַ אֶת־עֲמָלֵק וְאֶת־עַמּוֹ לְפִי־חָרֶב׃
vaya'halóch yehochoúa et-amalék ve'et-ammó lefi-'hárev
13 Et Yéhochoua affaiblit Amalek et son peuple par l'épée.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה כְּתֹב זֹאת זִכָּרוֹן בַּסֵּפֶר וְשִׂים בְּאָזְנֵי יְהוֹשֻׁעַ כִּי־מָחֹה אֶמְחֶה אֶת־זֵכֶר עֲמָלֵק מִתַּחַת הַשָּׁמָיִם׃
vayomer adonáy el-moché ketóv zot zikkarón basséfer vesím be'ozné yehochoúa ki-ma'hó em'hé et-zékher amalék mittá'hat hachamáyim
14 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Écris cela pour mémoire dans un livre et mets-le dans les oreilles de Yéhochoua (instruis-en Yéhochoua), car par effacement J'effacerai la mémoire d'Amalek de dessous les cieux (souvenez-vous que J'anéantirai sa mémoire ; souvenez-vous d'anéantir sa mémoire) ».
Toujours, en parlant de cela, je me souviens : de très nombreuses armées, de très nombreux peuples, au cours de la longue histoire du peuple d'Israël, ont attaqué Israël. De très nombreux peuples tuaient des Juifs en temps de paix, les brûlaient, les noyaient, les égorgeaient. En comparaison d'eux, Amalek – c'est comme ça, un pitoyable clown. Pourquoi est-ce que le Très-Haut parle ainsi d'Amalek ? Parce qu'Amalek a été le premier à comprendre qu'on pouvait attaquer Israël, il est le premier-né des adversaires d'Israël, le premier des peuples qui s'est décidé à faire la guerre contre Israël. Rachi (Rabbi Chlomo Yits'haki) donne l'exemple d'une piscine dans laquelle il y a de l'eau très chaude, les gens n'osent pas s'y plonger. Et soudain l'un d'eux est venu, s'y est jeté avec élan, et on voit qu'il n'est pas mort, et alors les autres aussi y sont entrés. Amalek a été le premier à prouver que la guerre contre Israël est possible en somme, le premier à inventer la guerre contre Israël (le premier, bien entendu, après Pharaon, après la sortie d'Égypte). Le premier antisémite, bien que d'origine sémitique. Peut-être même pas mû par une idéologie, peut-être, comme beaucoup le disent, « le mal parfait ». Amalek voulait anéantir non pas Israël, mais anéantir précisément le plan divin, il était en inimitié précisément avec Dieu, et non avec le peuple. Mais au sens simple, au niveau simple, je pense qu'Amalek n'était pas trop fortement entraîné par la mystique ou l'idéologie, mais cherchait simplement un butin facile, accessible, et pensait que piller le peuple d'Israël soudainement enrichi – c'est formidable, et ramener en esclavage d'anciens esclaves, qui ont été dressés à l'esclavage – c'est doublement formidable.
וַיִּבֶן מֹשֶׁה מִזְבֵּחַ וַיִּקְרָא שְׁמוֹ יְהוָה נִסִּי׃
vayíven moché mizbéya'h vayikrá chemó adonáy nissí
15 Et Moché bâtit un autel et l'appela « Le SEIGNEUR ‒ ma bannière (le SEIGNEUR ‒ mon drapeau) ».
Mais il est intéressant que le mot nes, nissi (bannière, ma bannière) soit très proche par la racine du mot lénassot (éprouver), et on peut dire ainsi : « Le SEIGNEUR ‒ Mon éprouvé, Mon vérifié. Par cet autelL'original dit ici littéralement « à ces autels », au pluriel, ce qui ne s'accorde pas avec la phrase ; il s'agit probablement d'une faute de frappe. Nous avons traduit « par cet autel »., Je témoigne que le SEIGNEUR a été éprouvé une fois, qu'Il est éprouvé, vérifié, et Il n'a pas besoin d'épreuve ». Bien qu'il soit interdit d'éprouver Dieu, mais Il est éprouvé et vérifié.
וַיֹּאמֶר כִּי־יָד עַל־כֵּס יָהּ מִלְחָמָה לַיהוָה בַּעֲמָלֵק מִדֹּר דֹּר׃
vayomer ki-yád al-kés ya mil'hamá ladonáy ba'amalék middór dor
16 Et Moché dit : « Car la main est étendue au-dessus du trône du Très-Haut (le Très-Haut tient constamment la main en serment), la guerre du SEIGNEUR contre Amalek est de génération en génération.
C'est-à-dire que le SEIGNEUR jure que cette guerre ne cessera pas. D'un côté, cela signifie que, tant qu'il y a le SEIGNEUR, Il fera la guerre à Amalek. D'un autre côté, cela signifie aussi autre chose, à savoir qu'Amalek, tant qu'il existe, ne se résignera pas à l'existence d'Israël, et, tant qu'on ne l'aura pas achevé définitivement, il fera la guerre à Israël. Aujourd'hui il est difficile de dire qui est Amalek. Pendant un certain temps, très injustement à mon avis, de façon tout à fait imméritée, on a appelé Amalécites les Arméniens. Il fut un temps où l'on appelait Amalécites les Espagnols, les Français, les Turcs, les Allemands, maintenant – les Palestiniens. Et ces derniers temps, dans la tradition populaire de lecture de la carte politique, pour ainsi dire, Amalek s'est depuis longtemps transformé en « esprit d'Amalek », qui, simplement comme un drapeau rouge itinérant, erre de peuple en peuple, en les contaminant d'antisémitisme. Et néanmoins c'est un certain peuple qui existe quelque part, probablement, et le Très-Haut mène contre lui un combat invisible, et il en sera ainsi éternellement. Et voici notre commandement, nous le lirons plus loin : quand nous viendrons dans la Terre, quand le Très-Haut nous donnera la sécurité face à tous nos ennemis, alors effacer la mémoire d'Amalek à jamais et ne pas oublier cela.
Bref aperçu
La section Béchala'h – ce sont les chapitres du livre de Chémot de 13,17 à 17,16.
Tout commence par ceci : quand Pharaon renvoie le peuple d'Égypte, le Très-Haut ne conduit pas Israël par la terre des plichtim, parce que c'est un chemin proche, parce que le SEIGNEUR a dit : « De peur que le peuple ne se repente en voyant la guerre, et ne retourne en Égypte ». Lisons.
פְּלִשְׁתִּים כִּי קָרוֹב הוּא כִּי אָמַר אֱלֹהִים פֶּן־יִנָּחֵם הָעָם בִּרְאֹתָם מִלְחָמָה וְשָׁבוּ מִצְרָיְמָה׃
vayhí bechallá'h par'ó et-ha'ám velo-na'hám elohím dérekh érets pelichtím ki karóv hou ki amár elohím pen-yinna'hém ha'ám bir'otám mil'hamá vechávou mitsráyma
17 Et ce fut, quand Pharaon renvoya le peuple, Dieu ne les dirigea pas par la terre des plichtim, parce que c'est un chemin proche. Parce que le SEIGNEUR dit : « Pour que le peuple ne change pas d'avis en voyant la guerre, et ne retourne pas en Égypte ».
Et on peut essayer de comprendre de quoi parle ce verset. Il commence par ceci : « Pharaon renvoya le peuple », et c'est un peu incompréhensible : est-ce donc Pharaon qui a fait sortir les Juifs d'Égypte ? Le SEIGNEUR dit en 12,17 : « J'ai fait sortir votre armée du pays d'Égypte », et dans Téhillim 114,1 il est dit : « Quand Israël sortait d'Égypte… » Dans un cas le personnage agissant est le Très-Haut, dans l'autre cas – Israël. Et pourtant on ne comprend pas : que vient faire ici Pharaon ? Et pour comprendre vraiment ce que vient faire ici Pharaon, il vaut la peine de revenir un peu en arrière, au verset 1 du chapitre 5.
אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל שַׁלַּח אֶת־עַמִּי וְיָחֹגּוּ לִי בַּמִּדְבָּר׃
ve'a'hár bá'ou moché ve'aharón vayomeroú el-par'ó ko-amár adonáy elohé yisraél challá'h et-ammí veya'hóggou li bammidbár
1 Et après cela (ensuite) Moché et Aharon vinrent et dirent à Pharaon : « Ainsi a dit Hachem, le Dieu d'Israël : “Laisse aller Mon peuple, et ils célébreront une fête pour Moi dans le désert” ».
Moché vient chez Pharaon et lui dit : « Ainsi a dit le SEIGNEUR : laisse aller, renvoie le peuple ». Et suit la réponse de Pharaon au verset 2 : « Je ne connais pas le SEIGNEUR, je ne renverrai pas ». Et tout au long de tous les dialogues de Moché et de Pharaon, le mot « je renverrai », « renvoie » se répète sept fois. Le nombre sept – c'est un nombre pas si simple dans la Torah. Sept désigne beaucoup, une multitude suffisante. On peut rencontrer : « ce sera sept fois à proportion de nos péchés », « sept fois pour vos péchés ». Et aussi dans Téhillim : « sept fois par jour je Te louerai ». Et Yéchoua s'en sert, en disant qu'il faut pardonner « jusqu'à sept fois soixante-dix fois ». Le Très-Haut répète sept fois Son exigence : « Renvoie mon peuple ! », l'exigence se répète. Et nous voyons que Pharaon dit chaque fois : « Je ne renverrai pas ». Et voilà, le début de cette section hebdomadaire dit que la parole du Très-Haut a vaincu. Voilà de quoi la Torah témoigne : quand le Très-Haut a vaincu, alors Pharaon a renvoyé le peuple.
Il faut comprendre aussi la deuxième partie du verset : pourquoi le Très-Haut n'a pas conduit Israël par le chemin proche ? Le chemin par la terre des plichtim – c'est un chemin très court : on peut le parcourir en 10 jours ou en deux semaines. En chemin, d'une façon ou d'une autre, le peuple d'Israël devra faire la guerre : c'est la terre des plichtim, et le peuple du pays les aurait accueillis par la guerre. Et Israël aurait pu dire : « Nous allons maintenant nous nommer un chef et retourner en Égypte, pourquoi devrions-nous faire la guerre ici ? » Et en outre, il fallait une certaine préparation pour Israël, pour entrer en Canaan. Et c'est pourquoi le Très-Haut n'a pas conduit Israël par le chemin court.
Encore une chose qu'il faut comprendre. Quand le Très-Haut donne aux Juifs le man, il est dit qu'Il le donne pour éprouver le peuple. En quoi consiste ici l'épreuve du peuple ? Il y a différentes approches de cette question.
La première dit que le man est une nourriture maigre et qu'il est donné en quantité strictement déterminée. Et dans cette maigreur il est très difficile de garder la foi.
Il y a aussi une autre approche, on peut dire, diamétralement opposée : l'épreuve consiste en ce qu'il ne faut pas se soucier de la subsistance. Quand nous vivons une vie dans laquelle on ne manque de rien, et que nous pouvons avoir tout ce que nous voulons – nous avons des vêtements, de la nourriture et tout ce dont l'homme a besoin –, comment, dans une telle position, dans une telle situation, garder la foi ?
Il y a encore une troisième approche. La troisième approche dit que les Juifs devaient chaque jour tourner leur regard vers le Très-Haut. Ils ne pouvaient pas recevoir une réserve de nourriture pour deux jours, pour trois jours à l'avance. Chaque jour il fallait demander, se tourner avec espérance : le Très-Haut donnera-t-il le man ou ne le donnera-t-il pas.
Ces trois approches existent dans la compréhension de cette question. Nous pouvons dire de l'extérieur que les trois approches sont justes. Chaque homme avait sa propre épreuve en fonction de son caractère. Quelqu'un pouvait être séduit par le fait qu'il ne faut pas se soucier de l'avenir, et s'il en est ainsi – pourquoi alors servir le Très-Haut, puisque le man est là chaque jour. Quelqu'un d'autre pouvait être séduit par le fait que le Très-Haut nourrit chichement, et alors perdre la foi et sortir de l'obéissance au Très-Haut. Quelqu'un pouvait glisser quant à la persévérance, quant à la nécessité de se tourner chaque jour encore et encore vers le Très-Haut. Ces trois épreuves (et, probablement, il y avait encore d'autres variantes, chacune pour sa situation, chacune pour un homme particulier) ne sont pas seulement un examen, mais aussi une leçon en même temps. On nous apprend à faire face à de telles situations, à de telles tentations. Ce n'est pas actuel seulement par rapport à la sortie d'Égypte, bien sûr. Chaque fois, lors de certains événements qui se produisent dans notre vie sur le plan de la situation économique, nous pouvons y voir une leçon de confiance envers le Très-Haut, accepter cette leçon, passer cette leçon avec reconnaissance, si difficile que paraisse la situation.
Nous voyons que pour les Juifs qui sortaient d'Égypte, le souvenir de l'Égypte était une tentation. Les Juifs se souviennent des marmites de viande, du fait qu'ils étaient assis près des marmites de viande, qu'ils mangeaient du pain à satiété. Et à ce propos les commentateurs se demandent comment les Juifs vivaient réellement en Égypte, qu'est-ce que c'est que ces marmites de viande ?
Certains disent que les Juifs étaient principalement esclaves de la famille royale, et c'est pourquoi ils pouvaient prendre n'importe quoi au marché ou prendre n'importe quoi dans les jardins, c'est-à-dire qu'ils possédaient certaines relations et certains droits. D'autres disent que les Juifs mangeaientDans l'original, le verbe manque dans cette phrase (littéralement « les Juifs effectivement la viande des marmites »). Le verbe « mangeaient » est déduit du contexte. effectivement la viande des marmites, mais que c'était de la viande volée. Alors pourquoi se languissent-ils ? Les uns se languissent de leur lignée, de leurs droits, des droits particuliers qu'ils avaient en Égypte. Les autres – de leur connaissance du monde, de leur savoir-faire pour y vivre et s'y orienter, parce qu'un voleur aussi doit savoir s'y retrouver dans les subtilités pour savoir voler de la viande constamment.
Et que pouvons-nous en comprendre pour notre propre vie ? Nous, quand nous quittons l'agitation de notre monde, quand nous choisissons pour nous des trésors dans les cieux, nous nous retrouvons souvent dans un monde nouveau, totalement inconnu pour nous – dans un monde dont nous ne connaissons pas la nature, dans lequel nous n'avons pas de relations et ne pouvons rien voler. Et souvent cela suscite en nous de la nostalgie. Le vieil homme en nous soupire pour ainsi dire et veut retourner dans le monde. En examinant la sortie d'Égypte, nous pouvons voir ces processus et apprendre à les repérer.
Trois sujets
Je voudrais parler ici de certains versets de notre section hebdomadaire Béchala'h (13,17–17,16).
Le sabbat de la section hebdomadaire Béchala'h (tous les sabbats qui tombent sur cette section) s'appelle Chabbat chira, ou sabbat du chant, sabbat des chants et des louanges, parce que dans cette section hebdomadaire, comme nous le voyons, sont contenus deux chants : le chant de Moché et le chant de Miryam. Le chant de Moché se compose de 19 versets (15,1–19). Après que Moché eut terminé son chant, nous lisons que Miryam prit en main un tambourin, que toutes les femmes prirent en main des tambourins, et elles aussi commencent un chant de louange. Les femmes commencèrent la louange pour répondre aux hommes à leur chant, une sorte de geste féministe, comme ça, de la part de Miryam – répondre aux hommes à leur chant par leur propre chant, pour montrer que les femmes sont égales à eux en droits, du moins dans la présence devant le Très-Haut. Mais les commentateurs disent que le chant de Miryam ne se compose que d'un seul verset (c'est le verset 21 du chapitre 15) :
וַתַּעַן לָהֶם מִרְיָם שִׁירוּ לַיהוָה כִּי־גָאֹה גָּאָה סוּס וְרֹכְבוֹ רָמָה בַיָּם׃
vattá'an lahem miryám chírou ladonáy ki-ga'ó ga'á sous verokhevó ramá vayám
21 Chantez au Très-Haut un chant, car hautement Il s'est élevé, le cheval et son cavalier, Il les a précipités dans la mer.
Seulement un verset en réponse aux 19 versets du chant de Moché. Et les commentateurs disent que cela indique que Miryam se trouve à un niveau plus élevé, et que les femmes se trouvent à un niveau plus élevé que les hommes. Encore une confirmation de cela – toutes les femmes avaient des tambourins en main. Elles ne s'en remettaient pas à Miryam comme à leur leader, chacune avait son propre tambourin. Elles ne cherchaient pas un leadership extérieur, mais chacune cherchait le Très-Haut elle-même. Les commentateurs et les midrachim disent que chaque femme, même si elle était seule, avait dans sa famille son tambourin. Cela place de nouveau les femmes, par la foi, à une plus grande hauteur que les hommes, et il y en a encore une preuve. Comme le dit le midrach, quand les Israélites faisaient le veau d'or, les femmes n'en étaient pas les initiatrices et n'y participaient pas. Tandis que les hommes s'en remettaient à Moché comme à un leader et, dès que Moché disparut, voulurent aussitôt se faire un Dieu qui les avait fait sortir d'Égypte. C'est en cela que consiste la manifestation d'une foi plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Et, bien que les commentateurs et le Talmud disent qu'il n'y eut plus de prophète comme Moché (c'est la parole directe du Tanakh), néanmoins l'influence de Miryam sur les femmes, la foi des femmes, leur capacité à recevoir Miryam et à recevoir les paroles du Très-Haut, elle est d'un niveau plus élevé que chez les hommes. C'est pourquoi, si vous y prêtez attention, dans le texte, au verset 20, Miryam est appelée sœur d'Aharon, et non sœur de Moché. Pourquoi la met-on en parallèle avec Aharon ? Parce qu'Aharon, en tant que prêtre, doit être en un certain sens féministe, il offre les sacrifices de manière égale et équivalente et pour les hommes, et pour les femmes.
Encore un endroit sur lequel il vaut la peine de nous arrêter dans cette section, encore un détail important – c'est le fait que dans notre section se produisent de très nombreux miracles. Et ces miracles, on peut les diviser, de manière conventionnelle, en deux parties.
Dans la section précédente, la section Bo, ont lieu les dix plaies d'Égypte, que conduit le Très-Haut lui-même. Et dans notre section hebdomadaire il y a le partage de la mer Rouge, et c'est aussi l'œuvre de Dieu, et de Dieu seul. Le peuple d'Israël lui-même n'y a pas participé, parce que Moché a dit : « Le SEIGNEUR mènera le combat pour vous, et vous, taisez-vous ». Et la guerre avec les Égyptiens, et le miracle du partage de la mer furent exclusivement l'œuvre du Très-Haut.
Le second miracle, que nous voyons et que nous pouvons comparer au premier, – c'est le man, envoyé du ciel. Il ne descendait pas directement dans l'estomac des gens, il fallait le ramasser, le moudre, le cuire et ainsi de suite. Les gens reçurent une participation à ce miracle, à la réception de ce miracle. Ainsi commence pour tout le peuple la collaboration avec le Très-Haut, et le nom Israël peut se traduire par celui qui transmet, qui fait passer le Très-Haut dans ce monde. La tâche de tout Israélite (et dans un sens plus large aussi de quiconque appartient au peuple de Dieu, c'est-à-dire des croyants qui sont venus par Yéchoua et sont entrés dans l'alliance) – c'est d'être collaborateur de Dieu. C'est de cela aussi que parle Paul, que « Dieu nous a faits collaborateurs », cela se rapporte et à Israël, et à ceux qui ont cru parmi les païens. Il y a des miracles que nous ne pouvons pas recevoir sans un certain effort de notre part, sans effort de notre côté. Plus encore, les maîtres hassidiques disent que la descente même du man des cieux se produisait grâce au fait que Moché et Aharon avaient atteint un très haut niveau dans ce qui, dans le hassidisme, s'appelle bitoul (auto-annulation, annulation de sa propre volonté).
Lisons le verset 8 du chapitre 16, la réponse de Moché aux Israélites qui étaient venus se plaindre de leurs malheurs :
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה בְּתֵת יְהוָה לָכֶם בָּעֶרֶב בָּשָׂר לֶאֱכֹל וְלֶחֶם בַּבֹּקֶר לִשְׂבֹּעַ בִּשְׁמֹעַ יְהוָה אֶת־תְּלֻנֹּתֵיכֶם אֲשֶׁר־אַתֶּם מַלִּינִם עָלָיו וְנַחְנוּ מָה לֹא־עָלֵינוּ תְלֻנֹּתֵיכֶם כִּי עַל־יְהוָה׃
vayomer moché betét adonáy lakhém ba'érev bassár le'ekhól velé'hem babbóker lisbó'a bichmó'a adonáy et-telounnotekhém acher-attém malliním aláv vená'hnou ma lo-alénou telounnotekhém ki al-adonáy
8 Et Moché dit : « Quand le SEIGNEUR vous donnera le soir de la viande à manger, et le pain le matin à satiété, le SEIGNEUR entendra vos plaintes, par lesquelles vous vous plaignez de nous, et nous, quoi donc ? Ce n'est pas contre nous que vous avez des plaintes, mais contre le SEIGNEUR ! »
Moché dit : « …vena'hnou ma – et nous, quoi donc ? » C'est-à-dire que le mot ma (quoi) dans son sens originel signifie rien. Autrement dit : « Et nous – rien, et contre nous il ne vaut pas la peine de murmurer ». Il en est ainsi quand l'homme annule sa volonté et réprime son désir au profit du désir du Très-Haut, soumet sa volonté à la volonté du Très-Haut, si l'on peut dire, ou, dans un cas encore meilleur, met sa volonté en accord avec la volonté du Très-Haut. Ainsi Paul aussi dit dans l'épître aux Galates (2,20) à propos du Machia'h : « Ce n'est plus moi qui vis, mais c'est le Machia'h qui vit en moi ». Et ici nous voyons que s'est produit ce bitoul, comme un vide ouvert à la volonté du Très-Haut, grâce au mérite duquel (selon l'avis des maîtres hassidiques, comme je l'ai déjà dit) le man a pu descendre du ciel.
Quand Yéchoua dit (Év. Yo'hanan 6,48) : « Je suis le pain descendu des cieux », Il indique (ce dont Il a parlé bien des fois avant cela et parlera après cela) que Sa volonté – c'est la volonté du Père qui L'a envoyé. Et quand nous voulons faire des miracles, quand nous voulons faire descendre des cieux, pour ainsi dire, notre man, nous devons nous aussi apprendre à le faire par l'abaissement de soi : avant tout nous ferons descendre en nous la volonté du Créateur et nous commencerons à voir en nous tout ce qui nous distingue du Créateur.
Souvent les gens demandent : que me manque-t-il, pour recevoir la révélation divine, pour que Dieu vive en moi ? Mais le plus souvent il sera plus juste de chercher ce qu'il y a de trop en moi, où je me manifeste moi-même, où mon « vieil » homme n'est pas encore mort et où Dieu ne vit pas pleinement en moi. Si nous disons que nous ne sommes rien (na'hnou ma), et si nous ne le proclamons pas, mais en témoignons, ayant pris conscience de nous-mêmes, alors nous sommes réellement capables de faire des miracles. Et que Dieu nous donne à tous d'atteindre un tel état.
Et, naturellement, on ne peut pas laisser de côté le verset 27 du chapitre 15 :
וַיָּבֹאוּ אֵילִמָה וְשָׁם שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה עֵינֹת מַיִם וְשִׁבְעִים תְּמָרִים וַיַּחֲנוּ־שָׁם עַל־הַמָּיִם׃
vayavóou elíma vechám chetém esré enót máyim vechiv'ím temarím vaya'hanou-chám al-hammáyim
27 Et ils arrivèrent en un lieu qui s'appelle Élim, et là il y a 12 sources d'eau et 70 palmiers dattiers, et ils s'installèrent là près de l'eau.
Ils y arrivèrent, d'ailleurs, depuis le lieu Mara, où les eaux étaient amères. Or les dattiers, comme on le sait, ne poussent pas là où l'eau est amère, ils ne poussent que sur de l'eau douce. Et c'est pourquoi, après toute l'histoire du murmure au sujet de l'eau amère à Mara, les Juifs arrivent en un lieu où il y a 12 sources d'eau douce, et ils s'y installent. Et le miracle consiste en ce que 70 palmiers, ce n'est pas un si grand lieu, même pour une oasis. D'autant plus, imaginez-vous, que sortirent 600 mille hommes, c'est-à-dire environ 2 millions de personnes avec les femmes et les enfants, plus le bétail. Ils ont besoin d'une grande quantité d'eau, or l'eau ne suffit que pour 70 palmiers, c'est-à-dire qu'il n'y en a pas tant que ça. Et néanmoins Israël s'arrêta là, parce que l'eau était très douce et parce que cette eau suffit pour tous, pour tout le peuple. Israël put s'y arrêter, et en cela consistait le miracle.
Bien entendu, les nombres 12 et 70 attirent les gens. On peut dire (c'est ce que disent beaucoup de commentateurs) que ce sont les 12 tribus et les 70 anciens d'Israël, que ce lieu était symboliquement destiné dès l'origine à Israël. On peut aussi dire, selon une autre version, qu'il y a ici une préparation de plus grande envergure pour le lien avec le monde entier. Alors les nombres 12 et 70 – ce sont les 12 tribus d'Israël et les 70 nations. Et en ce lieu on commença pour la première fois à étudier les premières lois reçues, comme il est écrit (15,25) : « Là Il lui établit (au peuple) loi et justice ». Après l'épreuve par l'eau amère, ayant reçu les lois, le peuple alla vers l'eau douce et commença à étudier ce qui avait été reçu à Mara. Et ce premier lieu d'étude de la Torah réunit symboliquement en lui et les 12 tribus d'Israël, et les 70 nations du monde, parce qu'en puissance la Torah devait se révéler pour le monde entier. Nous voyons que cela s'est produit, là encore, aussi en Yéchoua Machia'h, quand la cloison qui sépare Israël et les autres nations est tombée.
Ainsi donc, que pouvons-nous voir dans cette section hebdomadaire ? Nous pouvons voir que, premièrement, déjà cette section indique l'égalité entre les hommes et les femmes dans la glorification du Très-Haut. Deuxièmement, nous pouvons voir que cette phrase-là, na'hnou ma, est mentionnée deux fois. Le mot ma (selon la guématria c'est 45), employé deux fois (ce qui fait 90), correspond à la guématria du mot man (aussi 90). Et cela indique que ce bitoul (annulation de soi) est lié à la descente du pain. Et si nous voulons ressembler à Yéchoua et faire descendre le pain des cieux, alors nous devons nous-mêmes disparaître, notre volonté doit disparaître, être annulée par rapport à la volonté du Très-Haut. Et nous voyons aussi que le Très-Haut nous appelle à la collaboration avec Lui, que nous sommes choisis pour être Ses collaborateurs.
Il est remarquable que la section hebdomadaire Béchala'h, comme n'importe quelle autre section hebdomadaire, a de multiples points de croisement avec la Brit 'hadacha.
Qu'avez-vous pour le déjeuner
La section hebdomadaire Béchala'h est très riche en événements divers. Des grandioses – tels que la sortie d'Égypte, le sacrifice pascal, le partage de la mer et beaucoup d'autres encore – jusqu'à des événements un peu moins importants. Et nous allons, vous et moi, lire quelques versets du chapitre 16.
וַתַּעַל שִׁכְבַת הַטָּל וְהִנֵּה עַל־פְּנֵי הַמִּדְבָּר דַּק מְחֻסְפָּס דַּק כַּכְּפֹר עַל־הָאָרֶץ׃
vattá'al chikhvát hattál vehinné al-pené hammidbár dak me'houspás dak kakkefór al-ha'árets
14 Dès que la rosée se fut levée, et voici, sur la surface du désert, quelque chose de menu (en forme de grains), menu, comme le givre sur la terre.
La traduction du mot kefor par givre – c'est une traduction, bien sûr, conventionnelle. Dans les langues des peuples du Nord il y a, pour chacune, 30 mots pour désigner la couleur de la neige et 20 mots pour désigner sa consistance, parce que ces peuples vivent dans des lieux où la neige tombe souvent, et c'est naturel. L'hébreu est une langue qui s'est formée là où la neige et tout ce qui est lié au gel sont un phénomène peu fréquent. C'est pourquoi la terminologie, en conséquence, n'est pas riche non plus. Quand le traducteur se heurte au mot kefor, il lui est difficile de trouver un mot russe adéquat, c'est pourquoi vous rencontrerez et frimas, et verglas, et quel mot ne rencontrerez-vous pas. Il s'agit, bien sûr, de quelque chose de blanc, de menu, semblable à des grains, qui est répandu en une fine couche sur la terre. Qu'est-ce donc exactement ? Eh bien, chacun se décidera selon ses connaissances de la langue russe.
וַיִּרְאוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמְרוּ אִישׁ אֶל־אָחִיו מָן הוּא כִּי לֹא יָדְעוּ מַה־הוּא וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֲלֵהֶם הוּא הַלֶּחֶם אֲשֶׁר נָתַן יְהוָה לָכֶם לְאָכְלָה׃
vayir'oú vene-yisraél vayomeroú ich el-a'hív man hou kiLa translittération de l'original omet le mot ki (car), qui figure dans le texte hébreu. Nous l'avons ajouté d'après l'hébreu. lo yade'oú ma-hou vayomer moché alehém hou hallé'hem achér natán adonáy lakhém le'okhlá
15. Et les fils d'Israël virent, et ils se disaient l'un à l'autre : « Man hou – Qu'est-ce que c'est ? », car ils ne savaient pas ce que c'était (ma-hou). Et Moché leur dit : « C'est le pain que le SEIGNEUR vous a donné en nourriture ».
Voilà une phrase bien étrange que nous rencontrons. Est-ce que des questions mêmes que les fils d'Israël se mirent à se poser les uns aux autres : « Qu'est-ce que c'est ? Écoute, tu ne sais pas ce que c'est ? Qu'est-ce que c'est que ça ? », est-ce que de cela il ne découle pas que les fils d'Israël ne savaient pas ce que c'était ? Pourquoi expliquer qu'ils posaient cette question parce qu'ils ne savent pas ce que c'est ? Le fait est que la question des fils d'Israël man hou n'est pas si simple. Le mot hou est compréhensible, il signifie ceci dans ce contexte. Mais avec le mot man c'est un peu plus compliqué. Le mot man, très probablement, n'est pas un mot hébreu, bien qu'on puisse le trouver dans Téhillim 61,8. Et si l'on accepte la signification qui est définie dans ce verset, alors la question man hou ? peut se traduire par à quoi cela est-il destiné, quelle est la destination de ceci, de ce blanc ? Il y a une autre compréhension, elle dit que les fils d'Israël demandent : qui est-ce ? ou à qui est-ce ? ou pour qui est-ce ? D'une manière ou d'une autre, ils demandaient soit « qu'est-ce que c'est ? », soit « qui est-ce ? », soit « à qui est-ce ? », soit « à quoi cela est-il destiné ? » Et Moché donne une réponse à leurs questions, satisfait leur curiosité. Dans la traduction araméenne de Yonatan il y a une réponse plus ample de Moché, qui dit ainsi : « C'est le pain qui, depuis les jours de la création, vous était destiné, et maintenant le SEIGNEUR vous le donne en nourriture ».
Un peu plus tard, dans notre même section, nous lisons :
וַיִּקְרְאוּ בֵית־יִשְׂרָאֵל אֶת־שְׁמוֹ מָן וְהוּא כְּזֶרַע גַּד לָבָן וְטַעְמוֹ כְּצַפִּיחִת בִּדְבָשׁ׃
vayikre'oú vet-yisraél et-chemó man vehoú kezéra gad laván veta'mó ketsappi'hít bidvách
31. Et la maison d'Israël lui donna pour nom, à ce pain, « man ». Il est comme la graine de coriandre, blanc, et son goût – comme celui d'une galette au miel.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה זֶה הַדָּבָר אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה מְלֹא הָעֹמֶר מִמֶּנּוּ לְמִשְׁמֶרֶת לְדֹרֹתֵיכֶם לְמַעַן יִרְאוּ אֶת־הַלֶּחֶם אֲשֶׁר הֶאֱכַלְתִּי אֶתְכֶם בַּמִּדְבָּר בְּהוֹצִיאִי אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayomer moché ze haddavár achér tsivvá adonáy meló ha'ómer mimménnou lemichméret ledorotekhém lemá'an yir'oú et-hallé'hem achér he'ekhálti etkhém bammidbár behotsi'í etkhém me'érets mitsráyim
32. Et Moché dit : « Voici ce qu'a ordonné le SEIGNEUR : remplissez-en un omer (une mesure) pour être gardé pour vos générations, et afin qu'ils voient le pain dont Je vous ai nourris dans le désert, quand Je vous ai fait sortir du pays d'Égypte.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־אַהֲרֹן קַח צִנְצֶנֶת אַחַת וְתֶן־שָׁמָּה מְלֹא־הָעֹמֶר מָן וְהַנַּח אֹתוֹ לִפְנֵי יְהוָה לְמִשְׁמֶרֶת לְדֹרֹתֵיכֶם׃
vayomer moché el-aharón ka'h tsintsénet a'hát veten-chámma melo-ha'ómer man vehanná'h otó lifné adonáy lemichméret ledorotekhém
33. Et Moché dit à Aharon : prends un récipient et mets-y un omer plein de man, et place-le devant le SEIGNEUR pour être gardé pour vos générations ».
Le peuple d'Israël donne au nouveau produit un nouveau nom. Et comment donc appelle-t-il ce produit, ce pain ? Il ne l'appelle pas « le pain que le SEIGNEUR a donné », il ne l'appelle pas du mot « pain de Dieu » ou « pain du ciel », il l'appelle du mot « man » – cette même question par la compréhension de laquelle nous avons commencé. C'est-à-dire que le nom du produit est devenu une question : qu'est-ce que c'est ? En d'autres termes : qu'avons-nous pour le déjeuner ? Et la réponse : nous avons pour le déjeuner « quoi », nous allons manger aujourd'hui « quoi », et pendant 40 ans nous allons chaque jour ramasser « quoi » et manger « quoi ». Pendant toute la marche à travers le désert nous allons manger précisément des questions. Le temps de la marche à travers le désert – c'est le temps où l'on pose des questions.
Aimez-vous poser des questions, aimez-vous vous nourrir de questions ? Comment naît la faim chez l'homme ? La faim – c'est aussi une question adressée au monde, une demande de nourriture, une sensation de manque de nourriture, qui est satisfaite par la nourriture. Une question – c'est une ignorance, une incompréhension de quelque chose, un désir de « manger la réponse ». Dans notre cas, le « man » rassasie l'homme de telle sorte que de nouvelles questions lui viennent. Le mouvement en avant, la croissance spirituelle – c'est poser constamment des questions. Mais c'est aussi la sensation de liberté. Il y a une vieille blague soviétique : à une réunion quelconque, un homme se lève et dit : « Voilà, je voudrais demander où sont passés le lait et la viande ? » On annonce une pause, après la pause un autre homme se lève et dit : « Je ne demande pas où sont passés le lait et la viande, je demande où est passé l'homme qui demandait où étaient passés le lait et la viande ? » C'est-à-dire que contre un homme qui pose des questions gênantes, dans une société non libre, on peut appliquer des répressions. Combien de fois je rencontre différentes personnes qu'on chasse de la communauté, qu'on chasse de certaines réunions, de certaines rencontres, de certains cours, parce qu'elles posaient des questions gênantes. On les perçoit comme des ennemis, comme des provocateurs, et on interdit à la personne de poser certaines questions.
Ce n'est pas ce qui se passe dans le désert, où le Très-Haut a conduit le peuple. Ici les questions, la capacité de poser des questions, la capacité de se poser des questions devient la nourriture principale pour le peuple d'Israël. Sans doute beaucoup ont été surpris qu'après la première visite chez Pharaon, Moché se jette, pour ainsi dire, sur le Très-Haut et dise : « Pourquoi as-Tu fait du mal à ce peuple ? » Moché s'adresse au Très-Haut avec une question, la question n'est pas rhétorique : « Si Tu veux, SEIGNEUR, nous donner la Torah, veux nous donner des enseignements, veux nous donner des connaissances, alors sois prêt à répondre aux questions. Si Tu es un maître qui veut donner la Torah, des connaissances, alors sois prêt à répondre aux questions ».
Qu'est-ce qui est important ici ? Ce qui est important, c'est que les questions – c'est précisément le besoin du disciple. Souvent on pose des questions pour vérifier si le maître est « des nôtres ou un étranger », pour le vérifier quant à sa « cacheroute », disons-le ainsi, quant à sa conformité au GOST ou aux TU. C'est une autre conversation. Mais répondre aux questions, soutenir les questions, nourrir les gens de questions et les faire grandir grâce aux questions – c'est le fondement du discipulat juif. Et cela est immortalisé par le fait que le bocal avec la question, avec le pain qui s'appelle « quoi », se tient devant l'arche, se tient devant le SEIGNEUR. L'homme doit constamment se trouver devant le SEIGNEUR dans un état de question, doit constamment être à la recherche d'une réponse à certaines de ses questions, desquelles naîtront de nouvelles questions. Et en cela est la vie, en cela est la vie spirituelle de l'homme. C'est pourquoi le pain descendu des cieux, on l'a appelé « quoi » – comme la liberté de poser des questions, comme la liberté de recherche et comme la liberté, d'autre part, d'une communion vivante avec le Très-Haut, quand on peut venir à Lui et Lui demander ; comme la création d'une communauté dans laquelle on peut se questionner les uns les autres et chercher ensemble les réponses à certaines de ses questions, à certaines de ses demandes, à certains de ses besoins. C'est en cela que consiste l'essence du discipulat. Le discipulat – cela ne veut pas dire donner à tous les bonnes réponses à n'importe quelles questions, ce n'est pas la connaissance des réponses. Le discipulat – c'est apprendre à l'homme à poser des questions et partir avec lui à la recherche des réponses aux questions qu'il pose.
Prière pour l'aisance
Dans ce passage, nous aurons davantage une prière qu'un entretien. Ces derniers temps, de très nombreuses personnes me demandent de prier pour leur situation financière. Pour beaucoup de gens, il est devenu bien plus difficile de vivre, bien plus difficile d'entretenir leur famille, mais bien qu'ils travaillent et s'efforcent vraiment que l'aisance soit dans leur maison, bien qu'ils essaient de mener un mode de vie juste, quelque chose malgré tout ne va pas. La tradition juive conseille à l'homme qui veut améliorer sa situation économique de lire le récit sur le man, celui-là même qui se trouve justement dans notre section hebdomadaire Béchala'h, au chapitre 16 du livre de Chémot. Ici surgit une question, naturellement, la toute première question. Comment peut-on lire quelque chose, marmonner quelque chose, chuchoter quelque chose, psalmodier quelque chose comme un chaman et obtenir un certain changement ? La tradition emploie le mot ségoula. Ce mot, le mieux est de le traduire par possession, quelque chose de particulier, d'unique et de précieux que quelqu'un possède, une sorte de trésor. La lecture du passage sur le man – c'est une ségoula pour améliorer la situation financière. Le mot ségoula (de la racine samekh-guimel-lamed) – une capacité particulière de réaliser certaines possibilités cachées. Le Très-Haut appelle le peuple d'Israël am ségoula (peuple de la ségoula) – un peuple qui est appelé à réaliser les qualités du Très-Haut dans ce monde. La lecture du passage sur le man peut nous aider à découvrir en nous un certain potentiel caché, certaines possibilités cachées, certaines qualités cachées, qui nous aideront à améliorer notre situation financière.
Parfois c'est quelque chose qu'il faut tirer de nous, découvrir et manifester, obliger à se manifester dans ce monde. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Très souvent on demande : « Alex, dis-moi, s'il te plaît, que me manque-t-il pour… ? » Pour comprendre la Torah, pour bien gagner sa vie, pour être juste. Et la question – que me manque-t-il – c'est une question très répandue. Bien plus rarement on demande : « Alex, qu'est-ce que j'ai de trop, qu'est-ce qui me gêne ? » Parfois il ne faut pas ajouter quelque chose, mais au contraire (parfois même avec une lime ou un rabot), il faut nous retravailler pour que nous atteignions un autre niveau, un niveau nouveau. Le passage sur le man raconte comment le Très-Haut nourrit le peuple dans le désert. Exactement par la même méthode, de la même façon qu'en nourrissant le peuple dans le désert, le Très-Haut nous nourrit dans nos villes aujourd'hui aussi, seulement Son action est cachée. Si dans le désert nous voyions clairement – le voici, le man, le voici qui tombe, voici qu'on peut le ramasser, – alors tout fonctionne exactement de la même manière dans notre monde aussi, seulement ce n'est pas évident. C'est pourquoi, quand nous lisons la partie sur le man, nous pouvons, au niveau de la théorie, étudier la manière dont le Très-Haut nourrit ce monde, dont le Très-Haut donne la vie, donne la subsistance à tout ce qui vit, et peut-être que quelque chose changera dans nos relations avec le Très-Haut et, par conséquent, dans notre situation financière.
Et le peuple juif, depuis les temps anciens, en a pris bonne note : si tu veux améliorer quelque chose, regarde ce qui est écrit à ce sujet dans la Torah, et étudie-le, puisque la Torah – c'est la meilleure des sources de connaissance. Et chaque fois qu'on lit la section hebdomadaire Béchala'h et qu'il est question du man, c'est une bonne occasion de lire ensemble, de prier ensemble pour la subsistance, d'autant plus que chez de très nombreuses personnes la situation financière est telle qu'elle exige la prière. Avant l'étude, il est d'usage de prier par une prière particulière. Je vais la lire et ensuite j'essaierai d'expliquer pourquoi elle est précisément ainsi :
Qu'il Te soit agréable, SEIGNEUR notre Dieu et Dieu de nos Pères, de pourvoir de subsistance tout Ton peuple, la maison d'Israël, et moi, ma famille parmi eux, avec facilité et non avec souffrances, avec honneur et non avec honte, de manière permise et non interdite, afin de Te servir et d'étudier Ta Torah, de même que Tu as nourri nos Patriarches de man dans le désert, dans une terre sans eau et abandonnée.
Avant tout, nous demandons au Très-Haut pour tout le peuple. Que se passe-t-il quand je demande non seulement pour moi, mais d'emblée pour tout le peuple de Dieu ? À ce moment-là je prie et pour John d'Australie, et pour José du Mexique. Et il se passe que et José du Mexique, et John d'Australie, quand eux aussi prient cette prière, ils prient aussi pour moi. Peut-être que quelque chose que comprendra, quelque chose que révélera dans le monde John d'Australie ou José du Mexique se révélera et se reflétera aussi dans mon cœur. Nous nous présentons devant le Très-Haut comme un seul corps, comme un seul organisme. Nous demandons que cette subsistance que nous recevrons, nous la recevions avec aisance et non dans l'affliction, cela semble pourtant compréhensible. Avec honneur et non avec honte. Il est très désagréable d'aller à un travail où l'on t'humilie, où l'on humilie ta dignité. De manière permise et non de manière interdite. Très souvent un homme me dit : j'ai une situation si difficile que peut-être je travaillerai le sabbat, peut-être que je ferai encore quelque chose comme ça, mais il m'est impossible de m'en sortir sans transgression. Nous prions pour que notre approvisionnement en subsistance se fasse de manière permise, pour qu'il n'y ait pas quelque petite escroquerie, petite tromperie, pour que tout ce que nous faisons soit pur devant le Très-Haut : pour que nos balances ne mentent pas, que notre langue ne mente pas, pour que nous ne vendions pas quelque marchandise dont la personne n'a pas besoin. Et nous ajoutons : « Tout cela est nécessaire pour Te servir et étudier Ta Torah ». C'est très intéressant. Quand nous prions, nous ne demandons pas simplement quelque chose, nous énonçons pourquoi nous le voulons. Le Machia'h disait (Év. Yo'hanan 14,14) : « Quand vous demandez en Mon nom… », c'est-à-dire que ce que nous demandons, c'est pour servir le Machia'h, pour le service du Machia'h. Quand nous disons dans la prière : « Nous demandons cela pour Te servir et étudier Ta Torah. Donne-nous cela, de même que Tu as nourri nos Pères de man dans le désert, dans une terre sans eau et abandonnée », c'est le même principe, nous voulons qu'il s'applique aussi à nous. C'est par cela qu'est introduite, à proprement parler, l'étude du passage sur le man.
Et maintenant essayons, avec l'aide de Dieu, de lire aussi l'histoire elle-même. Comme je l'ai déjà noté, c'est le chapitre 16 du livre de Chémot.
4. Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Voici, Je vais vous envoyer en pluie du pain des cieux, et le peuple sortira, et ils recueilleront autant qu'il faut pour le jour en ce jour, afin que Je l'éprouve, s'il agira selon Mon instruction ou non ».
Le Très-Haut emploie ici un verbe très étonnant et dit : « Je vous enverrai du pain en pluie, Je vous “pleuvrai” de pain, ce sera une pluie de pain ». En quoi consiste la particularité de la pluie ? La pluie, au fond, c'est un phénomène météorologique, c'est de l'eau qui se déverse des cieux. Si le sol n'est ensemencé de rien, alors la pluie ne servira à rien. Pour que sur le sol, sur la terre quelque chose pousse, il faut semer et de préférence cultiver, et alors la pluie donnera quelque résultat ; sinon, même si tu déverses sur elle des averses, un sol non ensemencé ne donnera pas de fruit. Et exactement de même cette subsistance que nous recevons, le pain que nous recevons, il aura un sens si nous donnons du fruit. Comme nous l'avons dit : « Donne-nous la subsistance, pour que nous Te servions ». Si nous sommes fidèles dès le tout début, dans les premiers morceaux de pain, alors la subsistance aussi grandira. C'est une épreuve que nous passons. En outre, il y a ici une pensée très intéressante, à savoir qu'ils recueilleront autant qu'il faut pour le jour en ce jour. On peut toujours demander : et si l'on recueille trois fois plus longtemps ? Il y eut des gens qui sortirent, recueillirent une certaine quantité et s'en allèrent dans leur tente. Il y eut aussi des gens qui se trouvèrent dans le champ du matin au soir et recueillirent toute la journée. Et au bout du compte il s'avéra que chacun avait recueilli autant qu'il fallait.
Puisque nous recevons la subsistance du Roi des Rois, notre zèle, c'est ce qu'il faut y mettre, il faut notre effort, il faut un effort fourni de toute l'âme. Mais la Torah dit ici que nous recevrons exactement autant qu'il faut. Et que veut-on de plus ? Il est très dur de vivre quand tu n'as de l'argent que pour la journée d'aujourd'hui. On a envie d'avoir un coussin de sécurité. Si soudain le réfrigérateur d'un homme tombe en panne, que Dieu nous en garde, peut-il simplement aller acheter un nouveau réfrigérateur, a-t-il pour cela de l'argent sur son compte ? Laissons le réfrigérateur. Combien de gens remettent à plus tard le soin de leurs dents simplement parce qu'ils n'ont pas d'argent pour cela. Est-ce cela que veut Dieu ? Est-ce cela qu'Il dit : « Tu n'auras que ce qui t'est nécessaire pour la journée d'aujourd'hui » ? Il dit que s'il t'est nécessaire aujourd'hui de réparer le réfrigérateur, s'il t'est nécessaire aujourd'hui de t'occuper de tes dents, alors tu peux avoir assez de subsistance pour qu'il y en ait assez et pour t'occuper de tes dents, et pour réparer le réfrigérateur. Ce n'est pas le strict minimum, ce n'est pas le minimum vital – c'est l'aisance que le Très-Haut assure : chacun recueillit autant qu'il lui fallait.
5. Et il arrivera : le sixième jour, et ils prépareront ce qu'ils apporteront, et ce sera le double de ce qu'ils recueillent chaque jour.
C'est-à-dire que le sixième jour on n'a pas travaillé deux fois plus longtemps, on est sorti travailler comme d'habitude, mais on a recueilli deux fois plus. Le Très-Haut a donné deux fois plus, parce que le sabbat (Chabbat) est un jour de repos, ce ne sera pas un jour ouvrable, le Très-Haut y pourvoira.
En Israël c'est devenu tout un problème. Il y a des gens, des gens non croyants, depuis longtemps éloignés de tout ce qui est juif, qui veulent qu'on leur permette de travailler le Chabbat. D'autres gens, exactement aussi non croyants (ici ce n'est pas du tout une question de foi), ne veulent pas qu'on permette de travailler le Chabbat. Ils disent : « Nous avons un petit magasin. Si le propriétaire d'un grand supermarché peut faire se relayer ses employés, alors moi, pour rivaliser avec lui, il me faudra travailler sept jours par semaine sans repos. Je ne pourrai pas faire ainsi, c'est pourquoi je suis contre le fait que le sabbat soit un jour ouvrable, bien que je n'observe pas du tout le sabbat ». Il y a des gens qui disent ainsi : « L'homme a besoin de repos ». L'homme a peur de perdre (s'il est non croyant) cette sécurité économique. Ici le Très-Haut dit : « Si vous vivez selon la Torah, si vous vivez en accord avec Moi, alors la sécurité économique, vous l'avez ».
6. Et Moché et Aharon dirent à tous les fils d'Israël : « Le soir vous saurez que le SEIGNEUR vous a fait sortir du pays d'Égypte,
7. Et le matin vous verrez la gloire du SEIGNEUR, car Il a entendu votre murmure contre le SEIGNEUR. Et nous, que sommes-nous, pour que vous murmuriez contre nous ? »
8. Et Moché dit : « Quand le SEIGNEUR vous donnera le soir de la viande à manger, et le matin du pain pour vous rassasier – ainsi le SEIGNEUR entend votre murmure, par lequel vous murmurez contre Lui. Et nous, que sommes-nous ? Ce n'est pas contre nous qu'est votre murmure, mais contre Dieu ».
Moché et Aharon font preuve ici de modestie et disent : « Si vous êtes venus avec des réclamations, qu'il vous manque de la subsistance, alors vous n'êtes pas venus à la bonne adresse. Bien que nous soyons effectivement les dirigeants du peuple, la responsabilité de votre subsistance ne repose pas sur nous. Adressez-vous au Très-Haut ».
À nous aussi il semble très souvent que si ce n'était la femme, si ce n'était le mari, si ce n'était le chef, si ce n'était le ministre, si ce n'était le président, nous gagnerions davantage. En effet : et quelqu'un dans la famille, et les supérieurs, et le ministre, et le président peuvent influer sur la subsistance. Et, en effet, la politique malhabile et cruelle d'un président, quelque politique fiscale peuvent très fortement faire s'effondrer l'économie, et il faut changer le mauvais président, changer le mauvais chef, changer de lieu de travail, changer le ministre. Mais la subsistance dépend du Très-Haut, c'est au Très-Haut qu'il faut s'adresser. Et si l'on s'adresse au Très-Haut, alors pas avec un murmure, mais avec une prière.
9. Et Moché dit à Aharon : « Dis à toute la communauté des fils d'Israël : approchez-vous du SEIGNEUR, car Il a entendu votre murmure ».
En d'autres termes : « Comprenez que le SEIGNEUR est la Source de tout, et quand vous cherchez la subsistance, alors approchez-vous de Lui ». Pour trouver la cause des problèmes financiers, trouvez un moyen de vous approcher du Très-Haut.
10. Et il arriva, comme Aharon parlait à toute la communauté des fils d'Israël, et ils se tournèrent vers le désert, et voici, la gloire du SEIGNEUR est visible dans la nuée.
11. Et le SEIGNEUR parla à Moché ainsi :
12. « J'ai entendu le murmure des fils d'Israël, dis-leur ainsi : “Au crépuscule vous mangerez de la viande, et le matin vous vous rassasierez de pain, et vous saurez que je suis le SEIGNEUR, votre Dieu” ».
13. Et il arriva, le soir des cailles s'abattirent et couvrirent le camp, et le matin il y avait une couche de rosée autour du camp.
14. Et la couche de rosée se leva, et voici, sur la surface du désert, sans enveloppe, menu, comme le givre, cela gisait sur la terre.
15. Et les fils d'Israël virent, et ils se dirent l'un à l'autre : « Man hou ? Qu'est-ce que c'est ? » Car ils ne savaient pas ce que c'était. Et Moché leur répondit, et Moché dit : « C'est le pain que le SEIGNEUR vous a donné à manger.
Ce sont les questions que l'homme se pose, les réactions à certaines situations qui arrivent dans la vie. Si nous parlons sur le plan matériel, alors toute situation est un moment de service du Très-Haut. Si l'on ne se soucie pas de la subsistance, si l'on réagit à toute situation comme à un moment de service du Très-Haut, alors la subsistance s'y ajoutera.
16. Voici ce qu'a ordonné le SEIGNEUR : « Recueillez-en chacun autant qu'il en mangera, un omer par personne, selon le nombre de vos âmes, chacun pour ceux qui sont dans sa tente, prenez ».
Il y a de chaque famille une personne qui sort, (il n'est pas obligatoire que tous sortent), chacun prendra et chacun ramassera pour tous ceux qui sont dans sa tente. Quelqu'un recueillait beaucoup, comme nous le verrons.
17. Et les fils d'Israël firent ainsi, et ils recueillirent : les uns beaucoup, et les autres peu.
Quelqu'un sortit dans le champ et décida : « Je recueillerai du lever du soleil jusqu'à la sortie de l'âme, métséta 'hama, ad- tséta néchama, comme on dit en hébreu. Et quelqu'un d'autre sortit, recueillit et pensa : « Bon, ça me suffira, je vais rentrer à la maison ».
18. Et à la fin chacun mesura et chacun reçut autant qu'il fallait, chacun autant qu'il en mange, ils recueillirent.
Encore une fois nous voyons qu'il ne faut pas toujours plus de temps, qu'il ne faut pas toujours travailler plus durement pour obtenir ce dont on a besoin. Dans l'état de proximité avec le Très-Haut, quand nous comprenons que notre subsistance provient du Très-Haut, tout fonctionne autrement. Cela ne veut pas dire (je ne le soutiens ici en aucun cas) qu'on peut être paresseux ou travailler peu, mais chacun voit combien d'application il lui faut y mettre. Et en plus du fait que nous travaillons, nous avons encore des familles, et nous voulons encore étudier la Torah, et il faut se reposer. Voilà comment cela fonctionne.
19. Et Moché leur dit : « Que personne n'en laisse jusqu'au matin ».
20. Mais ils n'écoutèrent pas Moché, et des gens en laissèrent jusqu'au matin, et des vers s'y mirent, et cela devint puant, et Moché se mit en colère contre eux.
Il y avait des gens qui dirent : « Et si demain il n'en tombe pas, et si demain ce sera autrement, et si un milliard ne nous suffit pas, et si dix milliards ne nous suffisent pas ? » Et les gens ne pouvaient pas s'arrêter. Et leur gain – ce qu'ils avaient gagné, ce qu'ils avaient apporté à la maison – tout se couvrit de vers et devint puant. Regardez, chacun peut voir comment cela s'applique à notre vie.
21. Et ils le ramassaient chaque matin, chacun autant qu'il en mangeait, et le soleil chauffait, et il fondait.
22. Et il arriva, le sixième jour ils ramassèrent du pain en double, deux omers pour chacun, et tous les princes de la communauté vinrent, et l'annoncèrent à Moché.
C'était étonnant : soudain il se trouve deux portions de man pour chacun.
23. Et il leur dit : « C'est ce qu'a dit le SEIGNEUR : repos complet et saint sabbat pour le SEIGNEUR demain ; ce que vous cuisez au four – cuisez-le, ce que vous faites bouillir – faites-le bouillir, et tout ce qui reste, mettez-le de côté pour vous, en réserve jusqu'au matin ».
Si demain il n'y a vraiment pas de man, si demain c'est le sabbat, si demain c'est la fête du SEIGNEUR, alors on peut aussi mettre de côté jusqu'au matin, on peut mettre de côté pour le sabbat.
24. Et ils le mirent de côté jusqu'au matin, comme l'avait ordonné Moché, et il ne pourrit pas, et il n'y eut pas de vers dedans.
De nouveau, c'est mis de côté pour le service du Très-Haut et cela ne devient pas véreux.
25. Et Moché dit : « Mangez-le aujourd'hui, car c'est aujourd'hui sabbat pour le SEIGNEUR. Aujourd'hui vous ne le trouverez pas dans le champ.
26. Six jours ramassez-le, mais le septième jour, c'est le sabbat, il n'y en aura pas en lui ».
27. Et il arriva le septième jour, des gens du peuple sortirent pour ramasser et ne trouvèrent pas.
J'ai rencontré des gens qui cherchent comment gagner un peu plus, et j'ai rencontré un homme qui, même à Yom Kippour, la fête du Jour du Jugement, cherchait une ville en Israël où l'on puisse malgré tout travailler comme chauffeur de taxi, et il y descendait. Il ne voyait aucun bonheur dans la vie, hormis ce gain. Et ici nous voyons que le septième jour quelqu'un a essayé de sortir et de ramasser : peut-être qu'ils n'en avaient pas mis de côté de la veille, ou bien qu'ils en avaient mis de côté, mais voulaient en ramasser encore. Et cela, bien sûr, provoque la colère du Très-Haut.
28. Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Jusqu'à quand refuserez-vous de garder Mes commandements, Mes instructions ?
29. Voyez, voici que le SEIGNEUR vous a donné le sabbat, c'est pourquoi Il vous donne le sixième jour du pain pour deux jours. Restez chacun là où il est assis, que personne ne quitte sa place le septième jour ».
Bien entendu, il n'est pas question ici de ce qu'on ne peut pas se lever d'une chaise ou du lit, c'est-à-dire que chacun reste dans sa tente. C'est un jour où vous mettez votre espérance dans le SEIGNEUR. De toute façon vous recevez déjà ouvertement du SEIGNEUR votre subsistance, mais le septième jour, fiez-vous au SEIGNEUR, jusqu'à quand peut-on L'éprouver ? À propos, la question du sabbat, de la confiance envers le Très-Haut – c'est ce dont nous avons parlé tout au début : il est très important de recevoir son revenu de manière permise.
30. Et le peuple se reposa le septième jour.
31. Et la maison d'Israël lui donna le nom « man ». Et il est comme la graine de coriandre, blanc, et son goût est comme une galette au miel.
Quoique, bien sûr, il y ait des midrachim, il y a une tradition qui dit que chacun trouvait dans le man un goût à lui. Mais nous avons déjà parlé de ce que c'est une pluie, et il fait pleuvoir sur chaque homme, et chacun révèle certaines de ses capacités. Un homme mange et va conduire un tracteur, un autre homme mange et va pelleter la neige, un troisième homme va faire une opération chirurgicale, peut-être même en ayant mangé la même nourriture.
32. Et Moché dit : « C'est ce qu'a ordonné le SEIGNEUR, un omer plein de celui-ci doit être gardé pour vos générations, afin qu'elles voient le pain dont Je vous ai nourris dans le désert, quand Je vous conduisais hors du pays d'Égypte ».
Bien que nous vivions dans un autre monde et que notre subsistance ne soit pas si évidente, le Très-Haut a voulu que devant nos yeux il y ait ce miracle, qu'il y ait ce pain que le Très-Haut donnait ouvertement. Voilà, maintenant, quand nous lisons ce passage, c'est comme si nous nous tenions devant ce petit bocal de man et le regardions.
33. Et Moché dit à Aharon : « Prends un récipient, et mets-y un omer plein de man, et place-le devant le SEIGNEUR pour être gardé pour toutes vos générations ».
34. Comme le SEIGNEUR l'avait ordonné à Moché, ainsi Aharon le plaça devant l'arche d'alliance pour être gardé.
35. Et les fils d'Israël mangèrent le man quarante ans jusqu'à leur arrivée en Terre promise. Ils mangèrent le man jusqu'à leur arrivée à la frontière du pays de Canaan.
36. Et l'omer – c'est la dixième partie d'un éfa.
L'omer – cela fait à peu près, selon certaines versions, un bocal de deux litres, selon d'autres – de trois litres. Chaque homme mangeait cela par jour, indépendamment de l'âge, du genre d'occupation et ainsi de suite. C'est-à-dire qu'il n'est pas question ici d'une mesure de volume, mais de ce que chacun reçoit, en substance, ce qui lui est nécessaire pour la vie.
Ce ne sont là, pour ainsi dire, que des pensées sur la subsistance esquissées en pointillé. Et chacun qui relira cela attentivement, connaissant sa situation, connaissant son cœur, ressentira quelque chose qui lui est propre. J'ai eu envie de lire cela avec vous et, encore une fois, de terminer par une autre prière pour la subsistance, qu'il est d'usage de lire après l'étude du passage sur le man. Cela n'annule pas, bien sûr, la possibilité pour chacun de prier avec ses propres mots, de la manière dont chacun a l'habitude, mais quand nous prions par une prière commune, j'en ai parlé tout au début, nous nous unissons à tout le peuple :
« Tu es le SEIGNEUR, Tu es l'Unique, Tu es Celui qui a créé les cieux et les hauteurs célestes, la terre et tout ce qui est sur elle, les mers et tout ce qui est en elles, et Tu maintiens la vie de tous. Tu es Celui qui accomplissait constamment de grands miracles et des signes avec nos Patriarches, qui aussi dans le désert répandait sur eux en pluie le pain des cieux et du rocher de silex tirait pour eux l'eau, et qui aussi les pourvoyait de tout le nécessaire, les vêtements ne s'usaient pas sur eux. De même, selon Ta grande miséricorde et selon Ta grande bonté, assure-nous la subsistance et pourvois-nous de tout le nécessaire, et aussi satisfais les nombreux besoins de Ton peuple, la maison d'Israël, dans la générosité et dans l'abondance, sans grand labeur ni efforts, de Ta main pure, et non des mains des hommes. Qu'il Te soit agréable, SEIGNEUR, mon Dieu et Dieu de mes Pères, de préparer pour moi et pour toute ma maisonnée tout ce qui nous manque, et de pourvoir à tous nos besoins – chaque jour de notre vie selon notre besoin et chaque heure selon notre nécessité, et à chaque os d'entre nos os selon la nécessité vitale, comme il convient à Ta main bonne et généreuse, et non en fonction de nos actions insignifiantes, de notre bonté limitée et de notre miséricorde dérisoire. Que ma subsistance et la subsistance de ma maisonnée, de mes descendants et des descendants de mes descendants soient remises entre Tes mains, et non entre les mains des hommes.
C'est par une telle prière que se termine l'étude du passage sur le man.
Haftara. Partie 1. Choftim
Chémot chapitre 4
Avec notre section hebdomadaire Béchala'h on lit un passage du livre de Choftim. Comme ce passage est long et important (du verset 4 du chapitre 4 jusqu'à la fin du chapitre 5), nous le diviserons en deux parties. Et pour qu'il soit plus compréhensible de quoi il est question en général, nous commencerons à lire à partir du verset 1. Donc, chapitre 4, verset 1 :
1. Et les fils d'Israël continuèrent à faire le mal aux yeux du SEIGNEUR, et Éhoud mourut.
Éhoud, c'est le juge dont il était question dans la partie précédente du livre, nous ne reviendrons pas sur lui.
2. Et le Très-Haut les vendit entre les mains de Yavin, roi cananéen, qui régnait à 'Hatsor ; et son chef d'armée – Sisra, il vit dans la ville qui s'appelle 'Harochet-haGoyim.
Si quelqu'un s'en souvient, dans le livre de Yéhochoua ben Noun il était déjà fait mention de Yavin – roi cananéen, qui régnait à 'Hatsor. Mais ce n'est pas le même Yavin. Le fait est qu'il y a un nom qui est propre aux empereurs. Cela arrive souvent dans les cours royales, comme, par exemple, avec les Louis en France. L'imagination manquait, c'est pourquoi on les appelait souvent d'un seul et même nom. Et peut-être est-il question ici de Yavin VIII ou de Yavin X – en somme, de l'un des Yavin numérotés. C'est le roi cananéen qui siège dans la ville de 'Hatsor. Et son chef d'armée s'appelle Sisra. Ce nom est philistin, c'est important. Et que nous dit le fait que le nom est philistin ? Que les Philistins commencèrent à cette époque (XIIIe siècle av. J.-C.) à pénétrer dans le pays d'Israël. Peut-être cela donna-t-il au roi cananéen Yavin de 'Hatsor l'espoir de relever la tête. L'arrivée dans la région d'une nouvelle force, et d'une force réelle (les Philistins sont d'assez forts guerriers, avec une armée bien équipée) – c'est une chance de revanche.
L'emplacement de la ville de 'Harochet-haGoyim n'est toujours pas déterminé, et il y a beaucoup de débats à ce sujet. Il y a 4-5 variantes différentes, mais une chose est claire – c'est une ville, c'est un lieu qui se trouve dans la vallée de Yizréël, et la vallée de Yizréël est l'artère centrale qui relie le sud et le nord d'Israël. S'étant établis dans la vallée de Yizréël, dans un endroit tellement stratégique, Sisra et son armée séparent le sud et le nord d'Israël. Il sépare la tribu de Yissakhar, de Zévouloun et de Naftali, c'est-à-dire les tribus du nord des tribus du sud. Voilà quelle situation politique s'était créée.
וַיִּצְעֲקוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל אֶל־יְהוָה כִּי תְּשַׁע מֵאוֹת רֶכֶב־בַּרְזֶל לוֹ וְהוּא לָחַץ אֶת־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בְּחָזְקָה עֶשְׂרִים שָׁנָה׃
3 Et les fils d'Israël clamaient (criaient) vers le SEIGNEUR, car il a 900 chars de fer, et il opprimait par la force les fils d'Israël pendant 20 ans.
C'est-à-dire que lui, le roi cananéen, possède, pour l'époque, des blindés lourds. Israël a à ce moment-là des arcs, des frondes, des pierres et des gourdins, et l'aide du Très-Haut, à laquelle ils ne s'étaient pas adressés jusqu'alors. Après 20 ans d'occupation cananéenne, évidemment avec le soutien des Philistins, les Israélites clamèrent vers le SEIGNEUR. Voilà la préhistoire. Et c'est à partir du verset 4 que commence, à proprement parler, notre haftara, ce passage prophétique qui est lu avec notre section hebdomadaire.
וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה אֵשֶׁת לַפִּידוֹת הִיא שֹׁפְטָה אֶת־יִשְׂרָאֵל בָּעֵת הַהִיא׃
oudvorá ichá nevi'á échet lappidót hi chofetá et-yisraél ba'ét hahí
4 Et Dvorá, une femme prophétesse, et elle jugeait Israël en ce temps-là.
L'expression qui est employée ici, échet lapidót – c'est une expression étonnante. Les commentaires à son sujet en disent plus sur les commentateurs que sur Dvora elle-même. Certains disent qu'échet lapidót – cela veut dire que Dvora, elle est la femme d'un certain Lapidot, et lui, comme certains le disent ensuite, est justement ce Barak dont nous lirons au verset 6. D'où vient une telle version ? En hébreu lapidót – ce sont des torches, des visages de flamme ; barák – c'est l'éclair, et, en somme, tout converge vers un seul et même homme. D'autres disent qu'échet lapidót signifie qu'elle fabriquait, pendant son temps libre du travail judiciaire, de petites mèches pour les lampes du Temple. Mais il est malgré tout le plus probable de comprendre l'expression échet lapidót dans le même sens que l'expression échet 'háyil du livre de Michleï (31,29) – femme que Dieu fait réussir, femme agissante. Ainsi échet lapidót, c'est la femme aux visages de feu, capable d'allumer le feu dans le cœur des gens, une femme entreprenante ou, comme on dirait aujourd'hui, une femme charismatique avec des qualités de leader. Et c'est en soi merveilleux qu'une femme puisse occuper une telle fonction : car nous sommes, rappelons-le, au XIIIe siècle av. J.-C.
וְהִיא יוֹשֶׁבֶת תַּחַת־תֹּמֶר דְּבוֹרָה בֵּין הָרָמָה וּבֵין בֵּית־אֵל בְּהַר אֶפְרָיִם וַיַּעֲלוּ אֵלֶיהָ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לַמִּשְׁפָּט׃
vehí yochévet ta'hat-tómer Dvorá ben haramá ouvén bet-él behár efráyim vaya'aloú eléha bené yisraél lammichpát
5 Et elle est assise sous le palmier de Dvora entre Rama et Beit-El (au nord de Jérusalem), sur la montagne d'Éfraïm, et les fils d'Israël venaient à elle pour le jugement.
Dvora est assise sous un palmier qui s'appelle justement ainsi – le palmier de Dvora, c'est-à-dire que tout le monde sait où la trouver, son bureau se trouve sous le palmier. Et elle n'est pas seulement prophétesse, elle est aussi juge. Que signifie – les fils d'Israël venaient pour le jugement ? Si quelqu'un avait une affaire, un litige, une question, on venait à elle pour la résolution de cette question, pour la sagesse, pour le discernement on venait à elle. Et voici ce que fait cette femme étonnante :
וַתִּשְׁלַח וַתִּקְרָא לְבָרָק בֶּן־אֲבִינֹעַם מִקֶּדֶשׁ נַפְתָּלִי וַתֹּאמֶר אֵלָיו הֲלֹא צִוָּה יְהוָה אֱלֹהֵי־יִשְׂרָאֵל לֵךְ וּמָשַׁכְתָּ בְּהַר תָּבוֹר וְלָקַחְתָּ עִמְּךָ עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים אִישׁ מִבְּנֵי נַפְתָּלִי וּמִבְּנֵי זְבֻלוּן׃
vattichlá'h vattikrá levarák ben-avinó'am mikkédech naftalí vattómer eláv halo-tsivvá adonáy elohe-yisraél lekh oumachakhtá behár tavór velaka'htá immekhá asséret alafím ich mibbené naftalí oumibbené zevouloún
6 Et elle envoya, et appela auprès d'elle un homme du nom de Barak ben Avino'am, de Kédech-Naftali, et ainsi elle lui dit : « C'est bien le SEIGNEUR, Dieu d'Israël, qui te l'a ordonné ; et organise-toi sur le mont Tavor, et rassemble avec toi dix mille hommes d'entre les fils de Naftali et d'entre les fils de Zévouloun.
Dvora envoya quelques messagers et fit venir auprès d'elle, sur la petite clairière devant le palmier, un homme du nom de Barak, fils d'Avino'am, qui vit dans la ville de Kédech dans la tribu de Naftali. La phrase dite par Dvora peut signifier : « Tu as déjà entendu de Lui cet ordre, mais tu n'y as pas répondu, c'est pourquoi je te le répète ». Comme je l'ai déjà dit, certains pensent que c'est son mari. Je ne peux pas partager cette opinion, mais c'est l'opinion de rabbins faisant autorité, et je ne discuterai pas non plus avec eux.
Le mont Tavor (Thabor) est connu aujourd'hui comme le mont de la Transfiguration, mais à ce moment-là c'est l'unique montagne qui s'élève littéralement au milieu de la vallée plate de Yizréël. C'est une montagne sur laquelle il y a beaucoup de végétation, il y a là de la verdure – principalement non fruitière, il y a là principalement des arbres non fruitiers et pas de sources, mais ce qui est important – c'est l'unique montagne dans la vallée de Yizréël. D'un côté, bien sûr, c'est un endroit stratégiquement commode, mais non sans inconvénients.
Pourquoi faut-il rassembler des gens des tribus de Naftali et de Zévouloun ? Parce que ce sont les tribus qui souffrent le plus de l'oppression.
וּמָשַׁכְתִּי אֵלֶיךָ אֶל־נַחַל קִישׁוֹן אֶת־סִיסְרָא שַׂר־צְבָא יָבִין וְאֶת־רִכְבּוֹ וְאֶת־הֲמוֹנוֹ וּנְתַתִּיהוּ בְּיָדֶךָ׃
oumachakhtí elékha el-ná'hal kichón et-Sisrá sar-tsevá yavín ve'et-rikhbó ve'ét-hamonó ountattíhou beyadékha
7 Et moi, j'attirerai, j'amènerai vers toi, au torrent de Kichon, Sisra, qui est le chef d'armée de Yavin, et son char, et toute son armée, et je le donnerai entre tes mains ».
Que dit ici la prophétesse à Barak ? Barak, apparemment, est un militaire. C'est un homme qui saura rassembler 10 000 hommes et les mener derrière lui. Elle lui dit : « C'est ainsi que l'ordonne le SEIGNEUR. Organise une armée sur le mont Tavor, rassemble là-bas 10 000 hommes. J'attirerai, j'amènerai vers toi Sisra, toute son armée, et là je le livrerai entre tes mains ».
וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ בָּרָק אִם־תֵּלְכִי עִמִּי וְהָלָכְתִּי וְאִם־לֹא תֵלְכִי עִמִּי לֹא אֵלֵךְ׃
vayomer eléha barák im-telekhí immí vehalákhti ve'im-ló telekhí immí lo elékh
8 Et Barak lui dit : « Si tu vas avec moi, j'irai ; si tu ne vas pas avec moi, je n'irai pas ».
La réponse de Barak, qui, comme nous l'avons dit, est un militaire, paraît ici assez puérile. Pourquoi a-t-il besoin de cette femme en route ? Là encore, les commentateurs (ceux qui avancent la version selon laquelle il était marié à Dvora) disent que voilà, soi-disant, c'est un homme mené par sa femme, sans sa femme il n'ira nulle part. Très probablement, il s'agit ici de tout autre chose. Bien sûr, le mont Tavor est un endroit stratégiquement avantageux, mais Sisra aurait pu encercler cette montagne, et ceux qui s'y seraient barricadés (comme plus tard à Massada, au Ier siècle apr. J.-C., pendant la guerre de Judée) auraient pu être voués à la défaite, puisqu'il n'y a pas d'eau sur elle et qu'il y a peu de nourriture. Et si soudain Barak se met à rassembler une armée et à proposer un tel plan d'opérations militaires, alors beaucoup de réservistes potentiels se tapoteront la tempe du doigt et diront : « Barak, cette mission est suicidaire, nous n'irons pas dans cette affaire ». Et, pour que le peuple puisse se lancer dans cette affaire, pour mobiliser réellement 10 000 hommes, pour que cela réussisse, pour que le peuple se décide, c'est Dvora qui doit y aller. C'est pourquoi il est naturel que Barak pense : « Si Dvora vient, elle en qui l'on croit, dont on sait qu'elle est prophétesse, cela ne signifiera pas simplement que Dvora est venue avec nous, cela signifiera que le SEIGNEUR vient avec nous ». Dvora écoute la réponse de Barak.
וַתֹּאמֶר הָלֹךְ אֵלֵךְ עִמָּךְ אֶפֶס כִּי לֹא תִהְיֶה תִּפְאַרְתְּךָ עַל־הַדֶּרֶךְ אֲשֶׁר אַתָּה הוֹלֵךְ כִּי בְיַד־אִשָּׁה יִמְכֹּר יְהוָה אֶת־סִיסְרָא וַתָּקָם דְּבוֹרָה וַתֵּלֶךְ עִם־בָּרָק קֶדְשָׁה׃
vattómer halókh elékh immákh éfes ki lo tihyé tif'artekhá al-haddérekh achér attá holékh ki veyad-ichá yimkór adonáy et-sisrá vattákom dvorá vattélekh im-barák kédcha
9 Et elle lui dit : « J'irai avec toi, mais sache qu'il n'y aura aucune gloire pour toi sur ce chemin, car c'est entre les mains d'une femme que le SEIGNEUR livrera Sisra ». Et Dvora se leva, et alla avec Barak à Kédech (dans sa ville).
On peut le comprendre ainsi : « Si je vais avec toi, alors tu sais qu'il n'y aura aucune gloire, parce que c'est moi qui serai considérée comme la victorieuse ». Mais de nouveau il ne s'agit pas tout à fait de cela. Nous apprendrons plus tard que dans l'histoire sera impliquée encore une femme du nom de Yaël, entre les mains de laquelle le Très-Haut livrera effectivement Sisra. Et ici Dvora avertit Barak et dit : « J'irai avec toi, mais sache que nous n'allons pas, toi et moi, chercher la gloire, la gloire appartiendra au Très-Haut ».
וַיַּזְעֵק בָּרָק אֶת־זְבוּלֻן וְאֶת־נַפְתָּלִי קֶדְשָׁה וַיַּעַל בְּרַגְלָיו עֲשֶׂרֶת אַלְפֵי אִישׁ וַתַּעַל עִמּוֹ דְּבוֹרָה׃
vayaz'ék barák et-zevouloún ve'et-naftalí kédcha vayá'al beragláv asséret alfé ich vattá'al immó dvorá
10 Et Barak convoqua des guerriers de Zévouloun et de Naftali à Kédech, et dix mille hommes se rassemblèrent auprès de lui, et Dvora monta avec lui.
Monta – apparemment, on veut dire qu'elle monta sur le mont Tavor. Le verset suivant interrompt pour ainsi dire notre intéressant récit et raconte un détail important, dont nous aurons besoin plus tard.
וְחֶבֶר הַקֵּינִי נִפְרָד מִקַּיִן מִבְּנֵי חֹבָב חֹתֵן מֹשֶׁה וַיֵּט אָהֳלוֹ עַד־אֵלוֹן בַּצְעַנִּים )בְּצַעֲנַנִּים( אֲשֶׁר אֶת־קֶדֶשׁ׃
ve'héver hakkení nifrád mikkáyin mibbené 'hováv 'hotén moché vayét aholó ad-elón betsa'ananním achér et-kédech
11 Et 'Héver le Kénien se sépara des Kéniens, qui sont les fils de 'Hovav, beau-père de Moché, et il dressa sa tente non loin de Kédech.
C'est-à-dire que parmi les parents de Yitro (ici il est appelé 'Hovav), beau-père de Moché, il y avait la tribu des Kéniens, qui habitait à côté d'Israël, et un certain 'Héver de cette tribu se sépara d'eux. De nouveau, ce détail nous sera nécessaire pour le récit plus tard. Il est tissé ici et nous semble fortuit – un certain 'Héver d'entre les Kéniens a déménagé quelque part, et, semblerait-il, ce déménagement n'a absolument aucun rapport avec nos événements. Mais chez le Très-Haut, il n'en va pas ainsi.
וַיַּגִּדוּ לְסִיסְרָא כִּי עָלָה בָּרָק בֶּן־אֲבִינֹעַם הַר־תָּבוֹר׃
vayaggídou lesiserá ki alá barák ben-avinó'am har-tavór
12 Et on rapporta à Sisra que Barak, fils d'Avino'am, était monté sur le mont Tavor.
Sisra (comme nous le supposions) peut raisonner ainsi : « Sur la montagne, on peut assiéger Barak et le faire périr avec les dix mille guerriers. Ce sera une bataille victorieuse décisive. C'est notre dernier et décisif combat ».
וַיַּזְעֵק סִיסְרָא אֶת־כָּל־רִכְבּוֹ תְּשַׁע מֵאוֹת רֶכֶב בַּרְזֶל וְאֶת־כָּל־הָעָם אֲשֶׁר אִתּוֹ מֵחֲרֹשֶׁת הַגּוֹיִם אֶל־נַחַל קִישׁוֹן׃
vayaz'ék sisrá et-kol-rikhbó techá meót rékhev barzél ve'et-kol-ha'ám achér ittó me'haróchet haggoyím el-ná'hal kichón
13 Et Sisra rassembla toute son armée lourde, neuf cents chars de combat de fer, et tout le peuple qui était avec lui, depuis sa ville de 'Harochet-haGoyim vers le torrent de Kichon.
וַתֹּאמֶר דְּבֹרָה אֶל־בָּרָק קוּם כִּי זֶה הַיּוֹם אֲשֶׁר נָתַן יְהוָה אֶת־סִיסְרָא בְּיָדֶךָ הֲלֹא יְהוָה יָצָא לְפָנֶיךָ וַיֵּרֶד בָּרָק מֵהַר תָּבוֹר וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים אִישׁ אַחֲרָיו׃
vattomér dvorá el-barák koum ki ze hayom achér natán adonáy et-sisrá beyadékha haló adonáy yatsá lefanékha vayéred barák mehár tavór va'asséret alafím ich a'haráv
14 Et Dvora dit à Barak : « Lève-toi, c'est le jour où le SEIGNEUR livrera Sisra entre tes mains, car le SEIGNEUR marche devant toi ». Et Barak descendit du mont Tavor, et dix mille hommes allèrent avec lui.
Donc, dix mille guerriers faiblement armés descendent du mont Tavor en direction du torrent de Kichon, à la rencontre de l'armée d'attaque de Sisra, dans laquelle il y a neuf cents chars de combat et autres équipements.
וַיָּהָם יְהוָה אֶת־סִיסְרָא וְאֶת־כָּל־הָרֶכֶב וְאֶת־כָּל־הַמַּחֲנֶה לְפִי־חֶרֶב לִפְנֵי בָרָק וַיֵּרֶד סִיסְרָא מֵעַל הַמֶּרְכָּבָה וַיָּנָס בְּרַגְלָיו׃
vayáhomLa translittération de l'original commence ce mot par vi ; l'hébreu a va. Nous suivons le texte hébreu : vayáhom. adonáy et-sisrá ve'et-kol-harékhev ve'et-kol-hamma'hané lefi-'hérev lifné varák vayéred sisrá me'ál hammerkavá vayános beragláv
15 Et le SEIGNEUR troubla Sisra, et toute son infanterie motorisée lourde, et tout le camp, et dans la confusion ils se mirent à fuir devant l'épée de Barak. Et Sisra descendit de son char et s'enfuit à pied.
Donc, quelque chose est arrivé. La confusion s'est produite dans l'armée, dans l'infanterie motorisée, dans les unités de fusiliers motorisés de Sisra, ce qui a obligé Sisra à descendre de son char et à s'enfuir en courant. Que s'est-il donc passé ? De l'histoire que nous racontera ensuite Dvora, et aussi de ce que raconte Yossef ben Matitiyahou (Flavius Josèphe), on peut comprendre que le torrent de Kichon, à cause d'une averse inattendue, d'une crue inattendue, monta, déborda et transforma le sol de la vallée de Yizréël en une boue difficilement praticable, dans laquelle les chars de Sisra s'enlisèrent, si bien qu'il fallut les abandonner. Car un homme ne descend pourtant pas si simplement d'un tank. Un miracle ? Eh bien, bien sûr, un miracle. Y a-t-il des pluies en été dans le pays d'Israël (et nous comprenons que l'affaire se passe en été) ? Très rarement. Peut-être, avec une périodicité d'une fois tous les 10-15 ans, en été en Israël, surtout dans la vallée de Yizréël, surviennent de fortes pluies et des orages. Dans l'océan Indien naissent les moussons – des vents qui, en été, soufflent de l'océan vers la terre ferme. Et, bien qu'ils soufflent dans cette région lointaine, parfois l'un des courants de vent souffle en direction du pays d'Israël, et alors commencent les orages – depuis Eilat et plus loin vers le haut par la vallée de Yizréël jusqu'à Beit-Chéan. Ce vent s'appelle « le courant de la mer Rouge ». Et ici nous pouvons voir un parallèle avec le passage prophétique de notre section hebdomadaire : le vent de la mer Rouge souffla, souleva le torrent et de nouveau, s'il n'a pas englouti, du moins a abîmé les chars de Sisra, et Sisra s'enfuit.
וּבָרָק רָדַף אַחֲרֵי הָרֶכֶב וְאַחֲרֵי הַמַּחֲנֶה עַד חֲרֹשֶׁת הַגּוֹיִם וַיִּפֹּל כָּל־מַחֲנֵה סִיסְרָא לְפִי־חֶרֶב לֹא נִשְׁאַר עַד־אֶחָד׃
ouvarák radáf a'haré harékhev ve'a'haré hamma'hané ad 'haróchet haggoyím vayippól kol-ma'hané sisrá lefi-'hérev lo nich'ár ad-e'hád
16 Et Barak poursuivait les chars qui avançaient (apparemment, dans la boue) jusqu'à 'Harochet-haGoyim même, et tout le camp de Sisra périt par l'épée, il ne resta personne.
וְסִיסְרָא נָס בְּרַגְלָיו אֶל־אֹהֶל יָעֵל אֵשֶׁת חֶבֶר הַקֵּינִי כִּי שָׁלוֹם בֵּין יָבִין מֶלֶךְ־חָצוֹר וּבֵין בֵּית חֶבֶר הַקֵּינִי׃
vesisrá nas beragláv el-óhel ya'él échet 'héver hakkení ki chalóm ben yavín melekh-'hatsór ouvén bet 'héver hakkení
17 Et Sisra s'enfuit sur ses pieds (à pied), arriva jusqu'à la tente d'une femme du nom de Yaël, parce qu'il y avait un traité de paix entre Yavin, roi de 'Hatsor, et entre la maison de 'Héver le Kénien.
Peut-être était-ce la femme de 'Héver le Kénien lui-même, du chef même de la tribu. Et peut-être était-elle simplement l'une des femmes vivant dans sa tribu. Comme nous l'avons dit, 'Héver est un parent de Yitro, beau-père de Moché. Et Sisra vint là pourquoi ? Parce qu'ils avaient un traité de paix. Il pensait qu'il entrait dans une maison alliée, mais, comme cela arrive souvent, il n'en fut rien.
וַתֵּצֵא יָעֵל לִקְרַאת סִיסְרָא וַתֹּאמֶר אֵלָיו סוּרָה אֲדֹנִי סוּרָה אֵלַי אַל־תִּירָא וַיָּסַר אֵלֶיהָ הָאֹהֱלָה וַתְּכַסֵּהוּ בַּשְּׂמִיכָה׃
vattetsé ya'él likrát sisrá vattómer eláv sourá adoní sourá eláy al-tirá vayássar eléha ha'óhela vattekhasséhou bassemikhá
18 Et Yaël sortit à la rencontre de Sisra, et lui dit : « Entre, entre, mon seigneur, chez moi, n'aie pas peur ». Et il entra chez elle dans la tente, et elle le couvrit d'une couverture.
La compréhension la plus simple s'impose. En hébreu moderne smikhá – c'est précisément une couverture. Et, pour ainsi dire, Sisra vint chez Yaël, et elle le couvrit d'une couverture, ce qui est très gentil. Mais on peut le comprendre aussi autrement, si l'on admet que smíkha signifie dans ce cas le pan de la tente. C'est-à-dire que Sisra entra chez elle, et elle rabattit le pan de la tente, pour que personne ne voie rien.
וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ הַשְׁקִינִי־נָא מְעַט־מַיִם כִּי צָמֵאתִי וַתִּפְתַּח אֶת־נֹאוד הֶחָלָב וַתַּשְׁקֵהוּ וַתְּכַסֵּהוּ׃
vayomer eléhaLa translittération de l'original omet le h de eléha (« à elle »). Nous suivons le texte hébreu. hachkini-ná me'at-máyim ki tsaméti vattiftá'h et-nód he'haláv vattachkéhou vattekhasséhou
19 Et il lui dit : « Donne-moi à boire un peu d'eau, car j'ai soif ». Et elle ouvrit l'outre de lait, et lui donna à boire, et le couvrit.
La rencontre d'un homme et d'une femme dans de telles circonstances, bien entendu, fait naître des propos. Cette rencontre a fait naître des propos aussi parmi les sages. Il y a des sages qui disent qu'il y a eu forcément une intimité charnelle entre Sisra et Yaël, eh bien, il ne peut pas en être autrement. Certains sages, s'appuyant plus tard sur les paroles de Dvora, disent que Sisra posséda Yaël sept fois, jusqu'à ce qu'il soit complètement épuisé. On peut dire tout ce qu'on veut, mais ici cela ne se voit pas. Ici on voit qu'un homme fatigué, épuisé par la bataille, est venu dans la maison d'une femme, qui lui a versé du lait. (De nouveau, certains commentateurs disent que c'était du lait maternel, et de nouveau souvent les commentaires en disent plus sur les commentateurs que sur les événements). Et cet homme, ayant bu du lait, s'apprête à dormir.
וַיֹּאמֶר אֵלֶיהָ עֲמֹד פֶּתַח הָאֹהֶל וְהָיָה אִם־אִישׁ יָבוֹא וּשְׁאֵלֵךְ וְאָמַר הֲיֵשׁ־פֹּה אִישׁ וְאָמַרְתְּ אָיִן׃
vayomer eléha amód péta'h ha'óhel vehayá im-ích yavó ouch'elékh ve'amár hayech-pó ich ve'amárt áyin
20 Et il lui dit : « Tiens-toi à l'entrée de la tente. Et il arrivera, si quelqu'un vient et demande : “Y a-t-il quelqu'un ici ?” Et tu diras : “Non” ».
Il est intéressant qu'il s'adresse à elle au masculin : amod (tiens-toi) au lieu de imdi. Mais ici, peut-être, c'est un ordre de ce genre : « Je te charge de te tenir à l'entrée de la tente ».
וַתִּקַּח יָעֵל אֵשֶׁת־חֶבֶר אֶת־יְתַד הָאֹהֶל וַתָּשֶׂם אֶת־הַמַּקֶּבֶת בְּיָדָה וַתָּבוֹא אֵלָיו בַּלָּאט וַתִּתְקַע אֶת־הַיָּתֵד בְּרַקָּתוֹ וַתִּצְנַח בָּאָרֶץ וְהוּא־נִרְדָּם וַיָּעַף וַיָּמֹת׃
vattikká'h ya'él echet-'héver et-yetádLa translittération de l'original intervertit ici deux consonnes. L'hébreu a yetád (piquet), et nous le suivons. ha'óhel vattássem et-hayatéd berakkató vattitsná'h ba'árets vehou-nirdám vayá'af vayamót
21 Et Yaël, des femmes de 'Héver, prit, elle prit un piquet de la tente, et prit une petite masse (peut-être avait-elle un marteau à escalopes), s'approcha doucement de lui et lui enfonça le piquet dans la tempe, et il s'effondra ; ainsi il mourut, endormi et fatigué.
וְהִנֵּה בָרָק רֹדֵף אֶת־סִיסְרָא וַתֵּצֵא יָעֵל לִקְרָאתוֹ וַתֹּאמֶר לוֹ לֵךְ וְאַרְאֶךָּ אֶת־הָאִישׁ אֲשֶׁר־אַתָּה מְבַקֵּשׁ וַיָּבֹא אֵלֶיהָ וְהִנֵּה סִיסְרָא נֹפֵל מֵת וְהַיָּתֵד בְּרַקָּתוֹ׃
vehinné varák rodéf et-sisrá vattetsé ya'él likrató vattómer lo lekh ve'ar'ékka et-ha'ích acher-attá mevakkéch vayavó eléha vehinné sisrá nofél met vehayatéd berakkató
22 Et Barak, pendant ce temps, courait à la recherche de Sisra. Et Yaël sortit à sa rencontre et lui dit : « Viens, je te montrerai celui que tu cherches ». Et il vint chez elle, et voici, Sisra gît mort, et le pieu dans sa tempe.
וַיַּכְנַע אֱלֹהִים בַּיּוֹם הַהוּא אֵת יָבִין מֶלֶךְ־כְּנָעַן לִפְנֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
vayakhná elohím bayom hahoú et yavín melekh-kená'an lifné bené yisraél
23 Et le SEIGNEUR soumit en ce jour-là Yavin, roi cananéen, devant les fils d'Israël.
וַתֵּלֶךְ יַד בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל הָלוֹךְ וְקָשָׁה עַל יָבִין מֶלֶךְ־כְּנָעַן עַד אֲשֶׁר הִכְרִיתוּ אֵת יָבִין מֶלֶךְ־כְּנָעַן׃
vattélekh yad bene-yisraél halókh vekachá al yavín melekh-kená'an ad achér hikhrítou et yavín melekh-kená'an
24 Et la main des Israélites était de plus en plus lourde sur Yavin, roi cananéen, jusqu'à ce qu'ils exterminent définitivement Yavin, roi cananéen.
Ainsi se termine le quatrième chapitre du livre de Choftim, mais notre passage hebdomadaire ne se termine pas. Nous continuerons dans la deuxième partie de l'entretien, mais on peut déjà tirer une certaine conclusion. Parfois les miracles du SEIGNEUR arrivent non pas comme quelque chose de complètement surnaturel, mais comme un puzzle qui s'assemble si exactement dans le temps, comme seul peut l'assembler Celui Qui dirige le monde. Et si nous parlons du vent de l'océan Indien, si nous parlons de quelqu'un qui s'est installé au bon moment au bon endroit, et de la prophétie qui a été dite au bon moment – tout cela, mis ensemble, est aussi un miracle du SEIGNEUR. Et de tels miracles, nous devons aussi les remarquer dans notre propre vie et en rendre grâce.
Haftara. Partie 2. Choftim (chapitre 5)
C'est la suite de notre entretien sur la haftara de la section hebdomadaire Béchala'h. Dans le quatrième chapitre nous avons lu que le Très-Haut, par la prophétesse Dvora, encouragea Israël à commencer la guerre contre le roi de Canaan Yavin, qui siégeait à 'Hatsor, et contre son chef d'armée Sisra. Cette guerre se termina par une victoire miraculeuse d'Israël dans un combat inégal. Et dans le cinquième chapitre nous lisons le chant de louange, le célèbre chant de Dvora, qu'elle compose à la gloire du Très-Haut.
וַתָּשַׁר דְּבוֹרָה וּבָרָק בֶּן־אֲבִינֹעַם בַּיּוֹם הַהוּא לֵאמֹר׃
vattáchar devorá ouvarák ben-avinó'am bayom hahoú lemór
1 Et Dvora et Barak, fils d'Avino'am, chantèrent en ce jour, disant :
בִּפְרֹעַ פְּרָעוֹת בְּיִשְׂרָאֵל בְּהִתְנַדֵּב עָם בָּרֲכוּ יְהוָה׃
bifró'a pera'ót beyisraél behitnaddév am barekhoú adonáy
2 « Quand Israël se révolta d'une révolte, quand le peuple manifesta sa bonne volonté, bénissez le SEIGNEUR !
שִׁמְעוּ מְלָכִים הַאֲזִינוּ רֹזְנִים; אָנֹכִי לַיהוָה אָנֹכִי אָשִׁירָה אֲזַמֵּר לַיהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃
chim'oú melakhím ha'azínou rozením anokhí ladonáy anokhí achíra azammér ladonáy elohé yisraél
3 Écoutez, rois, prêtez l'oreille, grands, je chanterai pour le SEIGNEUR et je jouerai pour le SEIGNEUR, Dieu d'Israël !
יְהוָה בְּצֵאתְךָ מִשֵּׂעִיר בְּצַעְדְּךָ מִשְּׂדֵה אֱדוֹם אֶרֶץ רָעָשָׁה גַּם־שָׁמַיִם נָטָפוּ גַּם־עָבִים נָטְפוּ מָיִם׃
adonáy betsetekhá misse'ír betsa'dekhá missedé edóm érets ra'ácha gam-chamáyim natáfou gam-avím nátefou máyim
4 SEIGNEUR, quand Tu sortais de Sé'ir, quand Tu marchais depuis les champs d'Édom, le pays était assourdi (le pays tremblait – on peut dire que cela s'accompagnait de tremblements de terre), et les cieux ruisselaient de gouttes, et des nuages coulait l'eau.
Nous avons parlé, quand nous discutions du quatrième chapitre, de la nature de la manière dont il s'est fait que la source Kichon, au fond petite, a emporté les chars de Sisra. Elle déborda, il y avait de la boue, et les chars s'enlisèrent. Et nous avons dit qu'il y a des cas où, en été, se produisent des orages et les sources sortent de leur lit, le sol devient mou, et tout s'enfonce dans la boue. Ici Dvora décrit comment va le Très-Haut : c'est en vent à travers tout le désert qu'Il va, et les cieux dégouttent d'eau.
הָרִים נָזְלוּ מִפְּנֵי יְהוָה זֶה סִינַי מִפְּנֵי יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל׃
harím nazeloú mippené adonáy ze sináy mippené adonáy elohe yisraél
5 Et les montagnes fondaient devant le SEIGNEUR. C'était, comme depuis le Sinaï, un souffle de vent qui venait du SEIGNEUR, Dieu d'Israël.
Littéralement – les montagnes coulaient (nazeloú), du mot nozél (liquide). Si l'on se représente cela comme un vent réellement fort, qui est venu du sud et est passé par le Sinaï, Dvora dit que c'est comme depuis le Sinaï. Et elle relie par là ce vent fort à l'esprit de la Torah, à l'esprit du retour du peuple à la Torah, qui, à proprement parler, est devenu la cause de la victoire, du retour du peuple au SEIGNEUR.
Dans le sixième verset Dvora décrit quelle triste situation il y avait avant cela.
בִּימֵי שַׁמְגַּר בֶּן־עֲנָת בִּימֵי יָעֵל חָדְלוּ אֳרָחוֹת וְהֹלְכֵי נְתִיבוֹת יֵלְכוּ אֳרָחוֹת עֲקַלְקַלּוֹת׃
bimé chamgár ben-anát bimé ya'él 'hadeloú ora'hót veholekhé netivót yelekhoú ora'hót akalkallót
6 Aux temps de Chamgar, fils d'Anat (Chamgar, c'est un juge en Israël), aux temps de Yaël disparurent les chemins droits, et ceux qui étaient obligés de voyager allaient par on ne sait quels chemins de bas-côté, de détour, tortueux, par des sentiers secrets.
…aux temps de Yaël – la question se pose de savoir qui est cette Yaël ? Si c'est la Yaël qui était dans le chapitre précédent, alors pourquoi est-elle mentionnée ici ? Rabbi Chlomo Yits'haki, commentateur juif faisant autorité, dit : « De cela nous concluons que Yaël aussi était juge en Israël ». Bien que nous lisions que Yaël, en somme, n'est même pas israélite, peut-être. Elle appartient au clan des descendants de Yitro. D'un autre côté, il y a un commentaire, il y a une telle compréhension : depuis le moment où Yaël dressa là sa tente. Parce que plus loin nous lisons disparurent les chemins droits, c'est-à-dire qu'on ne pouvait déjà plus passer par la route principale, par la grand-route, tout était bloqué. Et, peut-être, en ces jours-là Yaël dressa-t-elle justement là sa tente, aidant ceux qui voyageaient par les sentiers éloignés. C'est ainsi qu'on peut comprendre la mention ici de Yaël. Mais je le répète encore : Rachi dit que cette mention ici dit que Yaël aussi était juge en Israël.
חָדְלוּ פְרָזוֹן בְּיִשְׂרָאֵל חָדֵלּוּ עַד שַׁקַּמְתִּי דְּבוֹרָה שַׁקַּמְתִּי אֵם בְּיִשְׂרָאֵל׃
'hadeloú ferazón beyisraél 'hadelloú ad chakkámti devorá chakkámti em beyisraél
7 Disparurent à ce moment-là les villes ouvertes en Israël, jusqu'à ce que je me sois levée, Dvora, jusqu'à ce que je me sois levée, moi, mère en Israël !
Disparurent les villes ouvertes – disparurent les villes qui ne se ferment pas pour la nuit. Disparurent les villes qu'on n'entourerait pas de murailles défensives. Mais on peut aussi comprendre, dans un sens plus large, que disparut le sentiment de sécurité. C'est un tel premier « mais je suis une mère ! » – version juive. Je suis mère en Israël. Je me suis levée et j'ai pris la défense de mon peuple.
יִבְחַר אֱלֹהִים חֲדָשִׁים אָז לָחֶם שְׁעָרִים מָגֵן אִם־יֵרָאֶה וָרֹמַח בְּאַרְבָּעִים אֶלֶף בְּיִשְׂרָאֵל׃
yiv'hár elohím 'hadachím az la'hém che'arím magén im-yera'é varóma'h be'arba'ím élef beyisraél
8 Dieu choisit des nouveaux (ou choisit de nouveaux dieux), alors la guerre vint jusqu'aux portes mêmes de la ville, et est-ce que maintenant on verra quarante mille guerriers d'Israël avec des lances ? (comme c'était chez Yéhochoua ben Noun)
Dieu choisit des nouveaux ou choisit de nouveaux dieux. Ici, on peut comprendre de différentes manières. Certains commentateurs disent que le Très-Haut a comme renouvelé ses relations, a renouvelé Son pacte avec Israël et les a choisis à nouveau. Comme en les faisant naître à nouveau et en concluant avec eux une alliance. Mais on peut aussi comprendre cela dans le sens d'une accusation : le peuple d'Israël a choisi d'autres dieux. Que le peuple d'Israël puisse suivre d'autres dieux, Moché en avertissait déjà à la fin du livre de Dévarim. Et je penche vers cette compréhension : le peuple d'Israël a été puni pour avoir choisi d'autres dieux. Et à cause du fait que le peuple d'Israël s'est tourné vers d'autres dieux, Israël n'a plus maintenant une telle force que celle qu'il avait aux temps de Yéhochoua ben Noun. Et si nous parlons selon l'autre compréhension, que j'ai citée en premier, alors le SEIGNEUR a de nouveau conclu avec Israël l'alliance, et maintenant il ne s'effraiera pas de quarante mille guerriers avec des lances. On peut dire aussi qu'à présent Israël s'est retrouvé désarmé. Parmi les guerriers, peut-être, un seul sur quarante mille a une lance. On peut aussi le traduire ainsi.
Il y a de tels passages de l'Écriture où l'on ne comprend pas comment traduire correctement. Et le traducteur le plus honnête, le plus compétent hésitera entre différentes compréhensions. Ici, on peut soit suivre la foi, soit suivre l'intuition. Et je vous ai proposé plusieurs variantes de traduction, pour que vous décidiez s'il faut suivre la foi ou l'intuition.
Et voilà, Dvora a décrit comment tout cela s'était passé. Et ensuite elle dit :
לִבִּי לְחוֹקְקֵי יִשְׂרָאֵל הַמִּתְנַדְּבִים בָּעָם בָּרֲכוּ יְהוָה׃
libbí le'hokeké yisraél hammitnaddevím ba'ám barekhoú adonáy
9 Mon cœur est aux législateurs d'Israël, les vertueux dans le peuple, bénissez le SEIGNEUR !
רֹכְבֵי אֲתֹנוֹת צְחֹרוֹת יֹשְׁבֵי עַל־מִדִּין וְהֹלְכֵי עַל־דֶּרֶךְ שִׂיחוּ׃
rokhevé atonót tse'horót yochevé al-middín veholekhé al-dérekh sí'hou
10 Ceux qui vont sur des ânesses blanches (c'est-à-dire les gens riches, dignes), ceux qui sont assis sur des coussins de satin (c'est-à-dire de nouveau une certaine noblesse), et ceux qui sont simplement des piétons dans les flaques (c'est-à-dire du petit peuple, ceux qui, peut-être, marchent pieds nus sur la terre), glorifiez, glorifiez le SEIGNEUR !
Aller sur des ânesses blanches – c'est comme aujourd'hui rouler dans un 4x4 noir aux vitres teintées. Glorifiez, glorifiez le SEIGNEUR pour le fait que tout a changé. Pour le fait que maintenant on peut voyager sans crainte à travers Israël.
מִקּוֹל מְחַצְצִים בֵּין מַשְׁאַבִּים שָׁם יְתַנּוּ צִדְקוֹת יְהוָה צִדְקֹת פִּרְזֹנוֹ בְּיִשְׂרָאֵל אָז יָרְדוּ לַשְּׁעָרִים עַם־יְהוָה׃
mikkól me'hatsetsím ben mach'abbím cham yetannoú tsidkót adonáy tsidkót pirzonó beyisraél az yaredoú lache'arím am-adonáy
11 Plus fort que la voix des petits pipeaux sera rendue la louange du Très-Haut. Israël s'est libéré ! Et à cette proclamation le peuple se rassemblera aux portes des villes, pour glorifier le Très-Haut.
Plus fort que la voix des petits pipeaux (instruments qui appellent les troupeaux aux puits) – on peut dire qu'aux endroits où les gens se rassemblent pour abreuver les troupeaux, plus fort qu'ils n'appellent les troupeaux, là on glorifiera le Très-Haut, ayant entendu cette fête, ce jour de victoire.
עוּרִי עוּרִי דְּבוֹרָה עוּרִי עוּרִי דַּבְּרִי־שִׁיר קוּם בָּרָק וּשֲׁבֵה שֶׁבְיְךָ בֶּן־אֲבִינֹעַם׃
ourí ourí devorá ourí ourí dabberi-chír koum barák ouchavé chevekhá ben-avinó'am
12 Éveille-toi, éveille-toi Dvora (Dvora s'encourage elle-même), réveille-toi, réveille-toi, dis un chant ! Lève-toi, Barak, et emmène tes captifs en captivité, fils d'Avino'am.
Victoire ! On peut glorifier le Très-Haut. On peut prendre, rassembler le butin.
אָז יְרַד שָׂרִיד לְאַדִּירִים עָם יְהוָה יְרַד־לִי בַּגִּבּוֹרִים׃
az yerád saríd le'addirím am adonáy yerad-lí baggibborím
13 Alors le reste, le peuple à peine survivant, surmonta les grands, avec le SEIGNEUR vainquit les héros.
Et dans le quatorzième verset Débora mentionne ceux qui y participèrent.
מִנִּי אֶפְרַיִם שָׁרְשָׁם בַּעֲמָלֵק אַחֲרֶיךָ בִנְיָמִין בַּעֲמָמֶיךָ מִנִּי מָכִיר יָרְדוּ מְחֹקְקִים וּמִזְּבוּלֻן מֹשְׁכִים בְּשֵׁבֶט סֹפֵר׃
minní efráyim chorchám ba'amalék a'harékha vin'yamín ba'amamékha minní makhír yaredoú me'hokekím oumizzevouloún mochekhím bechévet sofér
14 Ceux, recensés d'Éfraïm, qui avaient déjà inscrit à leur compte, il y a très longtemps, la victoire sur Amalek, et après toi Binyamin, souvenez-vous aussi de Makhir ; et de Makhir vinrent des savants, et de Zévouloun ceux qui manient le pinceau.
Makhir, c'est le fils de Ménaché. Quand on parle de Makhir, on l'associe souvent à Ménaché.
…ceux qui manient le pinceau. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que ce ne sont pas des prolétaires qui sont venus, pas des guerriers, pas des participants à on ne sait quelles compétitions militaires, pas des chevaliers, mais même des scribes, même, pour ainsi dire, l'intelligentsia créatrice et non créatrice de la tribu de Zévouloun, de la tribu de Ménaché est venue.
וְשָׂרַי בְּיִשָּׂשכָר עִם־דְּבֹרָה וְיִשָּׂשכָר כֵּן בָּרָק בָּעֵמֶק שֻׁלַּח בְּרַגְלָיו בִּפְלַגּוֹת רְאוּבֵן גְּדֹלִים חִקְקֵי־לֵב׃
vesaráy beyissakhár im-devorá veyissakhár ken barák ba'émek choullá'h beragláv biflaggót re'ouvén gedolím 'hikeke-lév
15 Et les chefs de Yissakhar avec Dvora, Yissakhar et Barak allaient à pied par la vallée (ils combattaient, pour ainsi dire : « Toi et moi, frère, nous sommes de l'infanterie »), mais voilà, dans les rangs de Réouven, beaucoup de gens qui doutent (Réouven réfléchit trop longtemps pour savoir s'il devait participer à cette affaire ou non).
לָמָּה יָשַׁבְתָּ בֵּין הַמִּשְׁפְּתַיִם לִשְׁמֹעַ שְׁרִקוֹת עֲדָרִים לִפְלַגּוֹת רְאוּבֵן גְּדוֹלִים חִקְרֵי־לֵב׃
lámma yachávta ben hammichpetáyim lichmó'a cherikót
adarím liflaggót re'ouvén gedolím 'hikre-lév
16 Pourquoi étais-tu assis entre les enclos (là-bas chez toi, dans le lointain étranger ; Réouven a sa part d'héritage au-delà du Jourdain), pour entendre comment on siffle aux troupeaux ? Vraiment beaucoup de doutes et de tourments dans les rangs de Réouven.
גִּלְעָד בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן שָׁכֵן וְדָן לָמָּה יָגוּר אֳנִיּוֹת אָשֵׁר יָשַׁב לְחוֹף יַמִּים וְעַל מִפְרָצָיו יִשְׁכּוֹן׃
gil'ád be'éver hayardén chakhén vedán lámma yagoúr oniyot achér yacháv le'hóf yammím ve'ál mifratsáv yichkón
17 Guil'ad est ainsi resté au-delà du Jourdain. Et Dan – pourquoi a-t-il rempli des navires de sa richesse, pour attendre le moment de larguer les amarres ? Exactement de même aussi Acher, qui vit sur le rivage des mers, qui demeure là près de ses baies.
Guil'ad, c'est la deuxième partie de la tribu de Ménaché, les descendants de Yaïr, fils de Ménaché.
Tous, loin de là, ne se sont pas joints à cette guerre. Toutes les tribus éloignées ne sont pas venues combattre dans cette guerre. Cela parle, bien sûr, de la désunion parmi les fils d'Israël.
זְבֻלוּן עַם חֵרֵף נַפְשׁוֹ לָמוּת וְנַפְתָּלִי עַל מְרוֹמֵי שָׂדֶה׃
zevouloún am 'heréf nafchó lamoút venaftalí al meromé sadé
18 Zévouloun combattit jusqu'au sacrifice de soi, et Naftali vainquit sur le champ de bataille (on peut traduire : combattit sur les collines).
בָּאוּ מְלָכִים נִלְחָמוּ אָז נִלְחֲמוּ מַלְכֵי כְנַעַן בְּתַעְנַךְ עַל־מֵי מְגִדּוֹ בֶּצַע כֶּסֶף לֹא לָקָחוּ׃
báou melakhím nil'hámou az nil'hamoú malkhé khená'an beta'nákh al-mé megiddó bétsa késsef lo laká'hou
19 Les rois vinrent (les rois se rassemblèrent) pour combattre, tous les rois cananéens (toutes les armées cananéennes se rassemblèrent pour combattre) depuis la ville de Ta'anakh jusqu'à Meï Méguiddo. Et toute cette foule (toute cette grande armée) resta sans butin.
Depuis la ville de Ta'anakh jusqu'à Meï Méguiddo – ici est décrite la distance (le territoire) qu'occupèrent les hordes qui se dressèrent contre les 10 mille guerriers faiblement armés d'Israël.
En ces temps-là, si un homme allait à la guerre, ou bien il était mercenaire et recevait une solde, ou bien il comptait piller quelque chose quelque part, et le plus souvent l'un et l'autre. Et voilà que cette foule, avide de se servir de quelque chose de fabrication israélienne, de quelques marchandises de fabrication israélienne, resta sans butin.
מִן־שָׁמַיִם נִלְחָמוּ הַכּוֹכָבִים מִמְּסִלּוֹתָם נִלְחֲמוּ עִם־סִיסְרָא׃
min-chamáyim nil'hámou hakkokhavím mimmessillotám nil'hamoú im sisserá
20 Et il y avait un tel sentiment que même les étoiles s'arrangeaient de telle sorte qu'elles combattaient contre Sisra.
Si Sisra cherchait du regard quelque horoscope, quelque chose qui aurait pu l'encourager (car, entre autres, il se prosternait aussi devant les étoiles et croyait en l'astrologie), et s'il attendait que les étoiles puissent d'une manière ou d'une autre le protéger, eh bien non, rien de cela ne se produisait. Beaucoup de commentateurs disent que même des météorites tombaient du ciel et bombardaient les munitions de Sisra. On peut aussi le comprendre ainsi.
נַחַל קִישׁוֹן גְּרָפָם נַחַל קְדוּמִים נַחַל קִישׁוֹן תִּדְרְכִי נַפְשִׁי עֹז׃
ná'hal kichón gerafám ná'hal kedoumím ná'hal kichón tidrekhí nafchí ozLa translittération de l'original s'arrête avant le dernier mot hébreu du verset, oz (avec force). Nous l'avons ajouté d'après le texte hébreu.
21 Le torrent du Kichon les a emportés (les a entraînés). C'est un ruisseau antique, le ruisseau du Kichon. Avance, mon âme, hardiment !
C'est-à-dire qu'elle dit qu'ils ont tous été entraînés par cette boue du torrent du Kichon. Rien que le torrent du Kichon ! Hardiment, hardiment avance, mon âme ! C'est-à-dire, va par ce champ de bataille, promène-toi, mon âme, promène-toi, savoure la victoire ! C'est une grande, grande fête. Le sentiment de joie, de victoire, visiblement, fait tout simplement éclater Dvora.
אָז הָלְמוּ עִקְּבֵי־סוּס מִדַּהֲרוֹת דַּהֲרוֹת אַבִּירָיו׃
az halému ikkeve-soús middaharót daharót abbiráv
22 Et alors les sabots des chevaux frappèrent à mort leurs propres cavaliers.
Cela parle des héros. Cela parle de la victoire.
Dans le vingt-troisième verset, il y a des mots étonnants :
אוֹרוּ מֵרוֹז אָמַר מַלְאַךְ יְהוָה אֹרוּ אָרוֹר יֹשְׁבֶיהָ כִּי לֹא־בָאוּ לְעֶזְרַת יְהוָה לְעֶזְרַת יְהוָה בַּגִּבּוֹרִים׃
órou meróz amár mal'ákh adonáy órou arór yocheveha ki lo-váou le'ezrát adonáy le'ezrát adonáy baggibborím
23 « Maudissez Méroz – dit l'ange du SEIGNEUR –, maudissez-le, maudits, ceux qui y habitent, parce qu'ils ne sont pas venus au secours du SEIGNEUR dans Sa guerre contre les guerriers ».
Il y a une discussion au sujet de ce qu'est Méroz. Les uns disent que c'est une certaine famille, une famille importante de ce genre. D'autres disent (et c'est la variante la plus appropriée) que Méroz, c'est une certaine ville qui se trouvait là, non loin. Mais il y a aussi une opinion plus audacieuse, dans laquelle il est dit que Méroz, c'est Mars. C'est-à-dire que, selon ce commentaire audacieux, Méroz est le nom de la planète Mars. Puisque nous disons que même les étoiles combattaient, alors ici on veut comme dire : maudits soient les Martiens, parce qu'ils ne sont pas venus au secours du SEIGNEUR. Eh bien, laissons cela comme un commentaire exotique de ce genre, bien qu'il soit assez répandu. Après la distribution des malédictions, il y a aussi la distribution des bénédictions.
תְּבֹרַךְ מִנָּשִׁים יָעֵל אֵשֶׁת חֶבֶר הַקֵּינִי מִנָּשִׁים בָּאֹהֶל תְּבֹרָךְ׃
tevorákh minnachím ya'él echét 'héver hakkení minnachím ba'óhel tevorákh
24 Qu'elle soit bénie entre les femmes, Yaël, d'entre les épouses de 'Héver le Kénien, qu'elle soit bénie de toutes les femmes qui vivent dans des tentes.
Plus loin nous voyons avec quelle moquerie Dvora raconte à nouveau l'histoire de Yaël et de Sisra.
מַיִם שָׁאַל חָלָב נָתָנָה בְּסֵפֶל אַדִּירִים הִקְרִיבָה חֶמְאָה׃
máyim cha'ál 'haláv natána besséfel addírim hikríva 'hem'á
25 Il vint et lui demanda de l'eau, et elle lui donna du lait dans une grande chope, de la bonne petite crème elle lui donna.
יָדָהּ לַיָּתֵד תִּשְׁלַחְנָה וִימִינָהּ לְהַלְמוּת עֲמֵלִים וְהָלְמָה סִיסְרָא מָחֲקָה רֹאשׁוֹ וּמָחֲצָה וְחָלְפָה רַקָּתוֹ׃
yadá layatéd tichlá'hna viminá lehalmoút amelím vehalemá sisserá ma'haká rochó ouma'hatsá ve'halefá rakkató
26 Sa main, elle l'étendit vers le piquet de la tente, et sa main droite vers le marteau, et (mot assez brutal) elle cogna Sisra, lui fracassa la tête, et elle lui transperça la tempe.
בֵּין רַגְלֶיהָ כָּרַע נָפַל שָׁכָב בֵּין רַגְלֶיהָ כָּרַע נָפָל בַּאֲשֶׁר כָּרַע
שָׁם נָפַל שָׁדוּד׃
ben ragléha kará nafál chakháv ben ragléha kará nafál ba'achér kará cham nafál chadoúd
27 Entre ses jambes il se courba et tomba, il gisait entre ses jambes, il se courba et tomba. Là où il se courba, là même il tomba, dépouillé.
Voilà, sur la base de ce verset, il y a des commentateurs qui disent que Sisra, avant de perdre connaissance et avant d'être tué, posséda Yaël sept fois. Parce qu'il est écrit kará nafál (il se courba, tomba), entre ses jambes il se courba, tomba, se courba, tomba. Et ainsi, d'une certaine manière, on compte ici sept fois. Mais je ne peux pas accepter un tel commentaire. Il est bien plus logique qu'un homme qui s'était enfui du champ de bataille se soit simplement effondré de fatigue. Et on peut comprendre (et beaucoup le voient) comment il s'agrippait convulsivement à ses jambes, comme on s'agrippe aux cornes de l'autel. C'est-à-dire qu'il essayait d'une manière ou d'une autre, dans ses dernières convulsions, de s'accrocher à quelque chose, comme on s'agrippe aux cornes de l'autel. On peut voir ce symbolisme.
Ensuite Dvora peint de manière sarcastique le tableau que voici.
בְּעַד הַחַלּוֹן נִשְׁקְפָה וַתְּיַבֵּב אֵם סִיסְרָא בְּעַד הָאֶשְׁנָב מַדּוּעַ בֹּשֵׁשׁ רִכְבּוֹ לָבוֹא מַדּוּעַ אֶחֱרוּ פַּעֲמֵי מַרְכְּבוֹתָיו׃
be'ád ha'hallón nichkefá vatteyabbév em sisserá be'ád ha'echnáv maddoúa bochéch rikhbó lavó maddoúa e'heroú pa'amé markevotáv
28 Elle regarde par la petite fenêtre et geint, la mère de Sisra, elle regarde par le vasistas : « Pourquoi donc son char rapide tarde-t-il ? Pourquoi n'entend-on pas le piétinement des chevaux de ses chars ? »
חַכְמוֹת שָׂרוֹתֶיהָ תַּעֲנֶינָּה אַף־הִיא תָּשִׁיב אֲמָרֶיהָ לָהּ׃
'hakhmót sarotéha ta'anénna af-hí tachív amaréha la
29 Ses servantes intelligentes la calment par la conversation, mais elle, dans son cœur, continue à parler avec lui (avec Sisra).
הֲלֹא יִמְצְאוּ יְחַלְּקוּ שָׁלָל רַחַם רַחֲמָתַיִם לְרֹאשׁ גֶּבֶר שְׁלַל צְבָעִים לְסִיסְרָא שְׁלַל צְבָעִים רִקְמָה צֶבַע רִקְמָתַיִם לְצַוְּארֵי שָׁלָל׃
haló yimtséou ye'hallekoú chalál rá'ham ra'hamatáyim leróch géver chelál tseva'ím lesisséra chelál tseva'ím rikmá tséva rikmatáyim letsavveré chalál
30 Voici qu'elles aussi (et la maman de Sisra, et ses sages servantes) seront trouvées et seront partagées comme butin par matrice, deux matrices par tête d'homme, et voici que pour eux sont préparées des capes de couleur, des capes brodées multicolores. Ces capes sont jetées sur le cou des femmes prises comme butin.
Et, peut-être, voilà, maintenant elle pleure et attend son fils : « Pourquoi donc ne vient-il pas ? » Mais viendront ceux qui la prendront en captivité, elle et toutes ses servantes. Des mots très, on peut dire, grossiers, brutaux – à chaque gars deux femmes, deux ventres. Et c'est dans ces petites capes bariolées qu'elles partiront en captivité : il y a une telle tradition, que les captifs emportaient avec eux de telles capes de couleur brodées (rikmá signifie broderie).
Et Dvora termine sa louange par les mots :
כֵּן יֹאבְדוּ כָל־אוֹיְבֶיךָ יְהוָה וְאֹהֲבָיו כְּצֵאת הַשֶּׁמֶשׁ בִּגְבֻרָתוֹ וַתִּשְׁקֹט הָאָרֶץ אַרְבָּעִים שָׁנָה׃
ken yovedoú kol-oyevékha adonáy ve'ohaváv ketsét hachémech bigvourató vattichkót ha'árets arba'ím chaná
31 Qu'ainsi périssent tous Tes ennemis, SEIGNEUR ! Et ceux qui L'aiment brilleront comme le soleil levant ! Et il y aura du repos sur la terre quarante ans ».
Pour longtemps, pour longtemps cela suffira, pour mater tous ceux qui sont venus faire la guerre à Israël. Eh bien, on peut répéter les paroles de Dvora : « Qu'ainsi périssent tous Tes ennemis, SEIGNEUR ! » (ken yovedoú kol-oyevékha adonáy). Eh bien, bien sûr, notre peuple ne pouvait pas ne pas faire de ces paroles un chant. Ici se termine le cinquième chapitre du livre de Choftim et se termine notre haftara pour la section hebdomadaire Béchala'h.
Lisez aussi : Bo, Yitro, la prière et les sections hebdomadaires de la Torah.