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מִקֵּץ
Mikéts
les songes de Pharaon et le chemin de Yossef
- Section hebdomadaire
- 10 sur 54
- Versets
- Béréchit 41,1–44,17
- Parties
- 8
- Temps de lecture
- 2 h 31 min
- Vues
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Mikéts — la section hebdomadaire sur les songes de Pharaon et l'élévation de Yossef. Alex Blend examine l'interprétation des songes, la préparation de l'Égypte à la famine, la rencontre avec les frères et l'épreuve de la famille. Le sténogramme comprend le texte en hébreu, la translittération, la traduction et des commentaires sur la Torah et la haftara.
Mikéts : et voici Pharaon
Béréchit 41,1–14
Dans la section précédente, nous avons lu que Yossef, avec l'aide de Dieu, a interprété avec succès les songes du panetier et de l'échanson. Comme l'avait dit Yossef, le panetier a été exécuté, et l'échanson a été rétabli dans sa fonction. Cependant, bien que Yossef ait supplié l'échanson d'intercéder pour lui et de glisser un petit mot en sa faveur (parce qu'il a été dérobé injustement), l'échanson l'a oublié. Et Yossef, de cette façon, est resté longtemps en prison. Car lui – c'est l'esclave du chef du service de sécurité, mis en prison par le chef du service de sécurité, et si ce n'est Pharaon, alors absolument personne d'autre ne pourra le libérer. Ce qui s'est passé avec Yossef pendant tout ce temps, nous ne le savons pas. Au quarante et unième chapitre, nous allons lire la suite de l'histoire.
וַיְהִי מִקֵּץ שְׁנָתַיִם יָמִים וּפַרְעֹה חֹלֵם וְהִנֵּה עֹמֵד עַל־הַיְאֹר׃
vayhí mikkéts chenatáyim yamím oufar'ó 'holém vehinné oméd al-hayór
1 Et ce fut au bout de deux ans, Pharaon voit un songe : et voici, il se tient sur le Nil.
La forme du verbe dit ici que Pharaon n'a pas vu ce songe une seule fois, mais qu'il le voyait assez souvent – un songe obsédant, récurrent chez Pharaon. Peut-être, comme le disent les commentateurs et les midrachim, s'est-il justement répété pendant deux ans. Pendant deux années entières Pharaon a vu ce songe, mais il n'arrivait absolument pas à s'en souvenir. Deux ans – c'est le report de la libération de Yossef comme une sorte de punition pour avoir si imprudemment demandé à l'échanson d'intercéder. Mais c'est l'une des façons de comprendre. En tout cas, Pharaon voit ce songe assez longtemps, à en juger par ce qui est écrit, et, sans doute, il n'arrive vraiment pas à s'en souvenir.
Et voici, il se tient sur le Nil peut se comprendre de deux façons : sur la rive du Nil – c'est ce que Pharaon indiquera ensuite en le racontant – et au-dessus du Nil. Car Pharaon – il n'est pas Pharaon pour rien. Contrairement à vous et moi, il se considère comme le dieu du Nil, il dit : « Le Nil m'appartient, c'est moi qui l'ai créé ». Et c'est pourquoi, dans son songe, il se voit au-dessus du Nil. Plus tard, il le raconte à Yossef autrement, et il y a différentes opinions à ce sujet.
Donc, dans son songe, il se voit au-dessus du Nil ou sur la rive du Nil. Le Nil – la source de la fertilité de l'Égypte, la source de la prospérité de l'Égypte. Toute l'Égypte vit économiquement du fait que le Nil déborde, rend le sol fertile, et le sol donne beaucoup de blé. Le blé – la base du commerce égyptien : le blé, les esclaves, et puis encore quelques petites choses comme les aromates et le reste.
וְהִנֵּה מִן־הַיְאֹר עֹלֹת שֶׁבַע פָּרוֹת יְפוֹת מַרְאֶה וּבְרִיאֹת בָּשָׂר וַתִּרְעֶינָה בָּאָחוּ׃
vehinné min-hay'ór olót chéva parót yefót mar'é ouvriót bassár vattir'éna baá'hou
2 Et voici que du Nil montent sept vaches, qui sont belles d'aspect et saines, grasses de chair, et elles se mirent à paître.
Le mot á'hou mérite d'être regardé de plus près. C'est un petit mot d'argot purement égyptien, il n'existe pas et ne peut exister dans aucune autre langue. C'est ainsi que les Égyptiens appellent les endroits où le Nil, en débordant, laisse une noble et féconde terre noire de limon – une terre qui produit très bien, très bonne pour l'agriculture. Sur ces prairies inondées par le Nil pousse une herbe grasse et dense, et ce sont justement ces endroits qui s'appellent á'hou – les pâturages au bord du Nil. Et puisqu'un tel petit mot n'existe que dans la langue égyptienne, c'est un certain témoignage du fait que Pharaon a vu le songe en égyptien ancien, et la Torah nous montre un tout petit peu une vue, une « lucarne » dans la tête de Pharaon et sa langue.
Donc, Pharaon a vu sept vaches belles, lustrées, grasses monter du Nil et paître sur la prairie inondée.
וְהִנֵּה שֶׁבַע פָּרוֹת אֲחֵרוֹת עֹלוֹת אַחֲרֵיהֶן מִן־הַיְאֹר רָעוֹת מַרְאֶה וְדַקּוֹת בָּשָׂר וַתַּעֲמֹדְנָה אֵצֶל הַפָּרוֹת עַל־שְׂפַת הַיְאֹר׃
vehinné chéva parót a'herót olót a'harehén min-hay'ór raót mar'é vedakkót bassár vattaamódna étsel happarót al-sefát hayór
3 et voici qu'après elles montent du Nil sept autres vaches, maigres, émaciées de chair, et elles se tinrent près de ces vaches sur la rive du Nil, et elles ne paissent pas.
Contrairement aux premières, qui étaient yefót mar'é (splendides d'aspect), celles-ci sont raót mar'é (mauvaises d'aspect ou vilaines d'aspect). Les premières étaient vriót bassár (grasses), celles-ci sont dakkót bassár (maigres, émaciées de chair).
וַתֹּאכַלְנָה הַפָּרוֹת רָעוֹת הַמַּרְאֶה וְדַקֹּת הַבָּשָׂר אֵת שֶׁבַע הַפָּרוֹת יְפֹת הַמַּרְאֶה וְהַבְּרִיאֹת וַיִּיקַץ פַּרְעֹה׃
vattokhálna happarót raót hammar'é vedakkót habbassár et chéva happarót yefót hammar'é vehabberiót vayikáts par'ó
4 Et les vaches, vilaines d'aspect et maigres de chair, mangèrent les sept vaches qui étaient splendides d'aspect et grasses. Et Pharaon s'éveilla.
C'est la première partie du songe.
וַיִּישָׁן וַיַּחֲלֹם שֵׁנִית וְהִנֵּה שֶׁבַע שִׁבֳּלִים עֹלוֹת בְּקָנֶה אֶחָד בְּרִיאוֹת וְטֹבוֹת׃
vayichán vaya'halóm chenít vehinné chéva chibbolím olót bekané e'hád beriót vetovót
5 et il s'endormit de nouveau. et il vit une deuxième fois : et voici, sept épis montent sur une seule petite tige, sains et beaux.
וְהִנֵּה שֶׁבַע שִׁבֳּלִים דַּקּוֹת וּשְׁדוּפֹת קָדִים צֹמְחוֹת אַחֲרֵיהֶן׃
vehinné chéva chibbolím dakkót ouchdoufót kadím tsome'hót a'harehén
6 Et voici sept autres épis, qui sont minces, maigres, émaciés (dans la langue moderne chdouf – maigre comme un squelette, complètement épuisé par la maigreur), poussent à leur suite.
וַתִּבְלַעְנָה הַשִּׁבֳּלִים הַדַּקּוֹת אֵת שֶׁבַע הַשִּׁבֳּלִים הַבְּרִיאוֹת וְהַמְּלֵאוֹת וַיִּיקַץ פַּרְעֹה וְהִנֵּה חֲלוֹם׃
vattivlána hachibbolím haddakkótLa translittération de l'original contient ici une coquille dans le mot « les maigres » (un o au lieu d'un a) ; le français suit l'hébreu. et chéva hachibbolím habberiót vehammeleót vayikáts par'ó vehinné 'halóm
7 et les tiges maigres engloutirent les sept épis, sains et pleins. et Pharaon s'éveilla. et voici, un songe (et il vit que c'était un songe).
C'est-à-dire, si l'on reprend le songe de Pharaon, d'abord il voit sept vaches grasses qui sortent du Nil. Ensuite sept vaches maigres sortent du Nil, et elles dévorent les sept vaches grasses. Ensuite il voit sept épis sur une seule petite tige, de beaux, de splendides épis, qui sont mangés par sept épis à moitié pourris, chétifs. Voilà quel songe Pharaon a fait. On peut dire que ce songe n'est pas si difficile à interpréter dans ses notions principales : le Nil – source de fertilité, les vaches – ce sont les années.
Certains rabbins disaient (j'en ai entendu parler, et les commentateurs l'ont écrit) qu'en langue égyptienne le mot vache et le mot année étaient désignés par un seul et même mot. Je ne serais pas moi-même si je n'avais pas décidé de vérifier. J'ai regardé dans le dictionnaire. Et voici, le mot vache en langue égyptienne se dit mouuu (pas besoin d'avoir une grande imagination pour inventer un tel nom pour une vache). Le mot année en langue égyptienne se disait mout, avec la lettre t à la fin. Et ils se prononçaient de façon tout à fait différente : un long mouuu et un court mout. Mais au pluriel, années et vaches sonnaient pareil. Si l'on donne un exemple en russe, belók et bélka sont deux mots différents, mais belkí et bélki s'écrivent de la même façon au pluriel. Et ici aussi il y a une telle ressemblance. Il est tout à fait possible que cela ait pu servir d'indice à Pharaon.
Dans la deuxième partie du songe – le grain, dont les Égyptiens font commerce. Le grain – la base de la prospérité, et ici aussi c'est clair : les épis maigres dévorent les épis gras. Et en somme, la tâche n'est pas si difficile – interpréter ce songe. Mais quand même, c'est effrayant et incompréhensible. Nous essaierons encore de comprendre pourquoi.
וַיְהִי בַבֹּקֶר וַתִּפָּעֶם רוּחוֹ וַיִּשְׁלַח וַיִּקְרָא אֶת־כָּל־חַרְטֻמֵּי מִצְרַיִם וְאֶת־כָּל־חֲכָמֶיהָ וַיְסַפֵּר פַּרְעֹה לָהֶם אֶת־חֲלֹמוֹ וְאֵין־פּוֹתֵר אוֹתָם לְפַרְעֹה׃
vayhí vabbóker vattippá'em rou'hó vayichlá'h vayikrá et-kol-'hartoummé mitsráyim ve'et-kol-'hakhaméha vaysappér par'ó lahém et-'halomó ve'en-potér otám lefar'ó
8 Et ce fut le matin, et son esprit fut ébranlé. Et il alla, et rassembla tous les mages, tous les magiciens d'Égypte et tous leurs sages, Et Pharaon leur raconta le songe, et il n'y a personne qui l'interprète pour Pharaon.
Fallait-il avoir peur d'un tel songe, et pourquoi Pharaon a-t-il eu peur d'un tel songe ? Interpréter pour qui ? Pour Pharaon – voilà le mot clé ici. Interpréter le songe, c'est possible, mais comment rattacher ce songe à Pharaon ? Les midrachim disent qu'on le lui interprétait ainsi : « Tu t'empareras de sept villes ; sept royaumes t'attaqueront ; tu enterreras sept filles ». C'est-à-dire : « Le Loup et les sept chevreaux », « Blanche-Neige et les sept nains », « Sept pas vers le succès », « Sept règles » de Dale Carnegie – que ne lui énuméraient pas les interprètes, tout cela soit ne lui allait pas, soit ne lui correspondait pas, soit n'allait pas au songe. Pourquoi donc l'un des sages n'a-t-il pas dit : « Écoutez ! Les vaches – ce sont les années, et le pain – c'est le pain ». Et c'est compréhensible, parce que, si c'est l'un des siens qui parle, il se souvient toujours à qui il parle. Il parle avec Pharaon, qui est le dieu du Nil, et il est impossible de dire au dieu du Nil, à l'incarnation du dieu du Nil, que le Nil ne débordera pas. C'est effrayant, à en avoir la chair de poule, de dire de telles choses. Parce que Pharaon peut exécuter quelqu'un, car nous nous souvenons comment, dans la section hebdomadaire précédente (mais eux ne l'ont pas lue, ils l'ont vécue), il a exécuté le panetier. C'est aussi pour cela que les gens ont peur de raconter le songe à Pharaon. Personne ne peut interpréter ce songe pour Pharaon. Premièrement, parce qu'il est dieu, deuxièmement, parce qu'il faut, effectivement, rattacher ce songe à lui d'une manière ou d'une autre.
Il est intéressant que certains commentateurs, surtout orientaux, qui connaissent la culture ancienne de l'Orient, la culture de l'interprétation des songes, ils disent : « Comment Pharaon n'a-t-il pas deviné lui-même ? Pourquoi a-t-il besoin de quelqu'un pour interpréter ces songes ? Pharaon se conduit ici de façon tout à fait puérile ».
Au chapitre 45 du livre de Béréchit, nous lirons que Yossef dit : « Et le Très-Haut m'a établi ici comme père pour Pharaon ». Expression très étrange. Si Pharaon est le tsar-petit-père, il en résulte que Yossef est le petit-père du tsar-petit-père. Voilà quelle fonction. Et peut-être qu'un certain indice est la version (peut-être est-elle spéculative, mais, en principe, pour l'histoire tout à fait possible) selon laquelle il s'agit de ces Pharaons, de cette période où ils entraient en fonction à l'âge de dix ans. Comme, d'ailleurs, Toutânkhamon, qui est devenu Pharaon dans son enfance. Et lui (c'est ce que nous savons de l'histoire, bien que l'histoire égyptienne ne soit pas très généreuse en récits sur lui) a mené une réforme de la foi, a établi pour un certain temps le monothéisme – a essayé, en tout cas, d'établir en Égypte le monothéisme. Une personnalité légendaire, empoisonnée avec le monothéisme, et si l'on se pose la question et qu'on se livre déjà aux spéculations, alors peut-être Yossef est-il d'une certaine façon impliqué là-dedans en tant que père de Pharaon ?
Mais si l'on parle sérieusement et qu'on ne se livre pas aux fantaisies, mais qu'on lit simplement le pchat et qu'on connaît l'histoire, alors il est tout à fait possible que Pharaon ait ici 12-15 ans, et qu'il soit encore tout jeune homme par rapport à Yossef qui a trente ans, peut-être même n'a-t-il que 12-13 ans. Il n'a pas d'expérience, et c'est pourquoi il a peur des songes. Mais bien qu'il soit jeune, il est dieu, et beaucoup le craignent aussi. En somme, il y a ici quelques écueils que, très probablement, nous ne voyons pas, et on n'a pas envie de les inventer.
Donc, Pharaon a laissé tout le monde perplexe avec son songe, et personne ne peut ou ne veut déchiffrer à Pharaon son songe.
וַיְדַבֵּר שַׂר הַמַּשְׁקִים אֶת־פַּרְעֹה לֵאמֹר אֶת־חֲטָאַי אֲנִי מַזְכִּיר הַיּוֹם׃
vaydabbér sar hammachkím et-par'ó lemór et-'hata'áy aní mazkír hayom
9 et le chef des échansons parla avec Pharaon : « mon péché, je me le rappelle, moi.
Forme inhabituelle, elle aussi. Peut-être a-t-il transmis cette histoire à Pharaon, ou bien il réfléchit en quelque sorte à voix haute. Il ne fait pas partie de ceux qui déchiffrent le songe. En effet, car Pharaon a appelé ses mages, ses enchanteurs et ses sages. Les échansons, il ne les a pas appelés, parce que ce n'est pas dans les attributions d'un sommelier de déchiffrer les songes. Mais là, l'échanson, d'un côté, a peur, parce que l'initiative est punissable ; de l'autre côté, il a envie de se faire bien voir. Peut-être commence-t-il ainsi, en quelque sorte timidement, à parler avec Pharaon, et peut-être transmet-il par quelqu'un.
Il commence par « je me rappelle mon péché ». On aurait pu dire : « Je me souviens comment Pharaon s'est mis en colère contre moi et comment il m'a mis en prison » ou : « Tu te souviens comment tu m'as mis en prison à l'époque ? » Mais mieux vaut ne pas le rappeler à Pharaon. Et mieux vaut dire tout de suite : « Je suis de toute façon un pécheur repenti, c'est-à-dire que de ce qui s'est passé, je me suis repenti depuis longtemps. Ne te mets pas en colère contre moi, ne revenons pas là-dessus. Moi, je m'en souviens, mais toi, tu n'en as pas besoin ». Les commentateurs s'empressent d'en conclure que tous les événements de ce temps se passent pendant la fête de Roch haChana, quand l'homme se rappelle ses péchés. Donc, qu'est-ce qu'on a à ce moment-là ? Roch haChana. Nous essaierons ensuite, plus tard, d'éclaircir s'il en est ainsi ou si, peut-être, c'est quand même Pessa'h. Dans la tradition juive il y a deux versions. Les uns disent : « À Roch haChana Yossef est sorti de prison », les autres disent : « À Pessa'h il est sorti », puisqu'à Pessa'h il y a une tradition – libérer les prisonniers. Nous ne lisons pas cela seulement dans les sources juives, mais il en est aussi question dans le Nouveau Testament. Donc, il dit : « Mon péché, je me le rappelle, moi ». Mais c'est, très probablement, de la rhétorique de cour. Et voici ce dont s'est souvenu le chef des échansons :
פַּרְעֹה קָצַף עַל־עֲבָדָיו וַיִּתֵּן אֹתִי בְּמִשְׁמַר בֵּית שַׂר הַטַּבָּחִים אֹתִי וְאֵת שַׂר הָאֹפִים׃
par'ó katsáf al-avadáv vayittén otí bemichmár bet sar hattabba'hím otí ve'ét sar ha'ofím
10 Pharaon s'irrita contre ses esclaves et me mit sous garde chez le chef du service de sécurité, moi et le chef des panetiers.
וַנַּחַלְמָה חֲלוֹם בְּלַיְלָה אֶחָד אֲנִי וָהוּא אִישׁ כְּפִתְרוֹן חֲלֹמוֹ חָלָמְנוּ׃
VANNA'HALMÁ 'halóm beláyla e'hád aní vahoú ich kefitrón 'halomó 'halámnou
11 Et une des nuits nous vîmes un songe, moi et lui, chacun avec son interprétation nous vîmes un songe.
Chacun a vu un songe qui devait obligatoirement avoir une interprétation. Un songe avec le sentiment que quelque part à l'intérieur de lui il y a encore une autre partie.
וְשָׁם אִתָּנוּ נַעַר עִבְרִי עֶבֶד לְשַׂר הַטַּבָּחִים וַנְּסַפֶּר־לוֹ וַיִּפְתָּר־לָנוּ אֶת־חֲלֹמֹתֵינוּ אִישׁ כַּחֲלֹמוֹ פָּתָר׃
vechám ittánou ná'ar ivrí éved lesár hattabba'hím vannesapper-ló vayiftor-lanoú et-'halomoténou ich ka'halomó patár
12 Et là, avec nous, un gamin juif, esclave. Et nous lui racontâmes le songe, et il nous interpréta nos songes, à chacun il interpréta son songe.
C'est-à-dire : « Attention ! Il y avait là, en somme, une espèce de travailleur immigré, venu d'Asie centrale. Je ne le recommande en aucun cas, je raconte simplement une anecdote comme ça », – voilà à peu près ce que dit le chef des échansons. Et il continue : « Il était l'esclave du chef du service de sécurité. Un esclave quelconque, débarqué d'ailleurs, et jeune en plus ». Yossef avait à ce moment-là vingt-huit ans, mais il l'appelle jeune homme, gamin.
וַיְהִי כַּאֲשֶׁר פָּתַר־לָנוּ כֵּן הָיָה אֹתִי הֵשִׁיב עַל־כַּנִּי וְאֹתוֹ תָלָה׃
vayhí ka'achér patar-lanoú ken hayá otí hechív al-kanní ve'otó talá
13 Et il en fut ainsi : comme il nous avait interprété, ainsi il arriva. Moi, il me rétablit à ma place, et lui, il le pendit.
Voilà à peu près quelle histoire a racontée l'échanson : « Je ne prétends absolument à rien, je ne recommande personne, mais il y avait avec nous un gamin quelconque, venu on ne sait d'où, un ivri ». Pour que vous compreniez, quand les Égyptiens disent ivri (juif), il s'agit du peuple de Yaakov. Combien de Juifs y avait-il à ce moment-là ? Yaakov va descendre en Égypte d'un instant à l'autre, et dans neuf ans il aura soixante-dix personnes. Avec lui, donc, soixante-dix Juifs à ce moment-là. C'est moins que certains petits peuples de Russie, comme les Kereks, ou les Tofalars, ou les Sames, ou les Votes, et d'eux personne ne sait rien. Des Juifs, on sait, parce que, premièrement, on se souvient de la visite, quand encore Avraham, fils de Téra'h, était venu chez Pharaon, c'était une histoire fameuse à la cour. Deuxièmement, apparemment, Yossef montre par toute sa conduite qu'il est particulier. Comment savent-ils qu'il est ivri ? Très probablement, il n'a pas d'accent. Et d'ailleurs, comment reconnaître un accent juif ? Qui distinguera un accent bachkir d'un accent tatar ? C'est difficile. En costume national il ne peut pas se promener, des plats nationaux il n'en prépare pas. Très probablement, on connaît Yossef par sa conduite. Et voici que l'échanson dit : « Un quelconque venu de là-bas, d'entre les ivrim, de ces gens inhabituels qui sont un peu astronautes dans la vie, esclave du chef du service de sécurité – voilà, c'est lui qui a alors déchiffré le songe. Et je ne peux rien dire de plus, ne prenez pas cela comme une recommandation. Peut-être Pharaon pourrait-il le faire remonter de la fosse, l'appeler ici, et il racontera ? Si c'est non, c'est non. Simplement, excusez-moi, j'ai partagé des souvenirs ».
Mais Pharaon est impressionné. Et je l'ai déjà dit : quand les actions se développent rapidement, la Torah énumère d'un coup plusieurs verbes à la suite. Ici, il y a pas moins de six verbes.
וַיִּשְׁלַח פַּרְעֹה וַיִּקְרָא אֶת־יוֹסֵף וַיְרִיצֻהוּ מִן־הַבּוֹר וַיְגַלַּח וַיְחַלֵּף שִׂמְלֹתָיו וַיָּבֹא אֶל־פַּרְעֹה׃
vayichlá'h par'ó vayikrá et-yosséf vayritsoúhou min-habbór vaygallá'h vay'halléf simlotáv vayavó el-par'ó
14 Et Pharaon envoya, et appela Yossef, Et en courant (le mot rats – du mot courir) on le prit de la fosse, et on le rasa, et on lui changea les vêtements, et on l'amena à Pharaon.
Regardez comme le film se rembobine. On tire rapidement Yossef de la fosse, on le rase et on lui coupe ce qui a poussé, on l'habille et on le mène à Pharaon. Celui qu'on déshabillait et qu'on jetait dans la fosse, on le tire de la fosse, on l'habille et on l'amène à Pharaon, et c'est le début de la nouvelle vie de Yossef. De la conversation, de l'étonnante conversation de Yossef et de Pharaon, et de toutes les péripéties, et de la manière dont Pharaon a modifié le récit du songe, et de la manière dont Yossef a prouvé qu'il ne tirait pas l'interprétation du songe « au pif », qu'il ne la « suçait pas de son pouce », pour parler simplement – de tout cela dans les versets suivants.
Nous nous sommes arrêtés au fait qu'on a tiré Yossef de la fosse en toute urgence, en toute hâte, qu'on l'a habillé, rasé – pour qu'il puisse paraître devant Pharaon dans une tenue convenable, comme si le film de la vie de Yossef se rembobinait en sens inverse. Car avant cela on l'avait par deux fois déshabillé et jeté dans une fosse, et tels étaient les changements dans sa vie. Ici, on tire Yossef dehors et on l'habille de vêtements coûteux, dans lesquels on peut paraître devant Pharaon. De nouveau des changements dans sa vie, mais leur vecteur est désormais inverse.
La possibilité de rencontrer Pharaon est unique pour Yossef aussi parce que, puisqu'il a été acheté par le chef de la garde, comme nous l'avons dit, le ministre de la Défense à la cour de Pharaon, seul Pharaon se tient au-dessus de lui, seul Pharaon, en fait, peut libérer Yossef ou changer d'une manière ou d'une autre sa situation. Le Très-Haut envoie à Yossef une possibilité unique.
Donc, Yossef s'est présenté devant Pharaon.
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל־יוֹסֵף חֲלוֹם חָלַמְתִּי וּפֹתֵר אֵין אֹתוֹ וַאֲנִי שָׁמַעְתִּי עָלֶיךָ לֵאמֹר תִּשְׁמַע חֲלוֹם לִפְתֹּר אֹתוֹ׃
vayomer par'ó el-yosséf 'halóm 'halámti oufotér en otó va'aní chamáti alékha lemór tichmá 'halóm liftór otó
15 et Pharaon dit à Yossef : « j'ai vu un songe, et d'interprète avec lui, il n'y en a pas. et de toi, ai-je entendu, on dit que tu sais écouter un songe de manière à l'interpréter.
Voilà comment Pharaon a compris la situation : le dieu (ou les dieux) m'ont envoyé un songe, mais ne m'ont pas envoyé d'interprète ; mais toi, tu peux non pas simplement interpréter le songe, tu sais l'entendre de manière à ce que l'interprétation apparaisse.
Que lui répond Yossef ? Regardez quel maître talentueux de la rhétorique.
וַיַּעַן יוֹסֵף אֶת־פַּרְעֹה לֵאמֹר בִּלְעָדָי אֱלֹהִים יַעֲנֶה אֶת־שְׁלוֹם פַּרְעֹה׃
vayá'an yosséf et-par'ó lemór bil'adáy elohím ya'ané et-chelóm par'ó
16 Yossef répondit à Pharaon, disant : « pas de moi ! Dieu répondra par la paix à Pharaon.
Le mot répondre se dit habituellement au sens de donnera une réponse, mais c'est aussi la réponse aux prières, la réponse aux questions. Dieu donnera à Pharaon la paix au sujet de son songe (car chez Pharaon, comme nous l'avons dit, « son esprit fut ébranlé »), Dieu lui donnera encore d'autres réponses. Ici, Yossef jette une sorte de ligne rhétorique. Il propose à Pharaon non pas simplement une interprétation du songe. Il dit : « Premièrement, pas moi, mais Dieu, et deuxièmement, pas une interprétation du songe, mais une réponse à l'inquiétude de Pharaon ». Cela permettra à Yossef de dire plus qu'une simple interprétation du songe. Yossef a promis que Dieu donnera à Pharaon la paix dans le cœur.
וַיְדַבֵּר פַּרְעֹה אֶל־יוֹסֵף בַּחֲלֹמִי הִנְנִי עֹמֵד עַל־שְׂפַת הַיְאֹר׃
vaydabbér par'ó el-yosséf ba'halomí hinení oméd al-sefát hayór
17 Et Pharaon dit à Yossef : « Voici que je me tiens sur la rive du Nil.
Pharaon commence à exposer le songe à Yossef. Si Pharaon a aussi raconté le songe aux prêtres, alors cette importante inexactitude comptait pour l'interprétation. Nous avons dit que, dans le songe, Pharaon voyait qu'il était au-dessus du Nil, au-dessus du fleuve, comme une certaine divinité égyptienne, se représentant comme une divinité, et d'ailleurs un roi aussi peut voir son pays. Ici, en revanche, il se tient sur la rive du Nil. Très souvent, la rive d'un fleuve, c'est le début d'une vision prophétique. Ainsi, Daniël se voit sur la rive d'un fleuve, et beaucoup de prophéties commencent par un fleuve. Et si Pharaon a raconté cela sous cette forme, il est compréhensible que les mages ne pouvaient pas trouver une interprétation convenablement juste à un songe mal raconté. Mais ce n'est pas la seule chose que fait Pharaon.
Il est intéressant que dans les Téhillim nous lisons au sujet de Yossef qu'il a été envoyé dans un pays dont il ne connaît pas la langue (au Psaume 86), et là on peut comprendre : « De la rive, je n'ai pas entendu ». Yossef, qui sait entendre, a laissé passer la rive sans y prêter l'oreille. Le mot safá signifie langue, et il signifie aussi rive. Voilà, il existe une telle interprétation imagée : Yossef, en tant que celui qui sait entendre, tire de tout l'essentiel.
וְהִנֵּה מִן־הַיְאֹר עֹלֹת שֶׁבַע פָּרוֹת בְּרִיאוֹת בָּשָׂר וִיפֹת תֹּאַר וַתִּרְעֶינָה בָּאָחוּ׃
vehinné minhayór olót chéva parót beriót bassár vifót tó'ar vattir'éna ba'á'hou
18 Et voici que du Nil montent sept vaches, saines de chair et belles d'aspect (et sveltes d'aspect). elles paissaient dans l'herbe.
Il y a ici encore un piège du songe. L'expression vifót tó'ar s'applique exclusivement aux personnes. Nous avons lu cette phrase au sujet de Ra'hel, la mère de Yossef, au sujet de Yossef lui-même. Il y a dans la Torah un commandement pour le cas où un homme rencontre une belle femme à la guerre, – et elle aussi est appelée vifót tó'ar. Et la reine Ester aussi est appelée vifót tó'ar, c'est-à-dire que c'est une description humaine. C'est pourquoi, comme le disent les midrachim, les mages pouvaient l'interpréter dans le sens que cela se rapportait d'une manière ou d'une autre aux filles de Pharaon. L'emploi même de l'expression est un peu confus.
וְהִנֵּה שֶׁבַע־פָּרוֹת אֲחֵרוֹת עֹלוֹת אַחֲרֵיהֶן דַּלּוֹת וְרָעוֹת תֹּאַר מְאֹד וְרַקּוֹת בָּשָׂר לֹא־רָאִיתִי כָהֵנָּה בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרַיִם לָרֹעַ׃
vehinné chéva parót a'herót olót a'harehén dallót vera'ót to'ár me'ód verakkót bassár lo-ra'íti khahénna bekhol-érets mitsráyim laróa
19 Voici que sept autres vaches montent après elles, maigres et mauvaises d'aspect (de nouveau il utilise une description humaine), à la chair flasque. De si affreuses, je n'en ai vu nulle part dans tout le pays d'Égypte.
Bien sûr, ici ce n'est pas une partie du songe, c'est déjà une remarque de Pharaon. Il dit à Yossef : « J'ai vu des vaches si affreuses que de semblables, je n'en ai pas vu dans toute l'Égypte » (intéressant, d'ailleurs, combien de vaches Pharaon a examinées en Égypte).
וַתֹּאכַלְנָה הַפָּרוֹת הָרַקּוֹת וְהָרָעוֹת אֵת שֶׁבַע הַפָּרוֹת הָרִאשֹׁנוֹת הַבְּרִיאֹת׃
vattokhálna happarót harakkót vehara'ót et chéva happarót harichonót habberi'ót
20 Et les vaches faibles et mauvaises mangèrent les sept premières vaches, qui étaient belles.
Faites attention au fait que dans son récit, à partir du verset 19, il n'y a pas de courant. Car dans le songe il a vu que les vaches montent du Nil, mais il ne le raconte pas, ne le mentionne pas. Très probablement, non pas parce que Pharaon est un tel rusé et qu'il a quelque peu déformé le songe, mais parce qu'il ne se souvient pas de certains détails et ne juge pas important de les raconter.
וַתָּבֹאנָה אֶל־קִרְבֶּנָה וְלֹא נוֹדַע כִּי־בָאוּ אֶל־קִרְבֶּנָה וּמַרְאֵיהֶן רַע כַּאֲשֶׁר בַּתְּחִלָּה וָאִיקָץ׃
vattavóna el-kirbéna veló nodá ki-va'oú el-kirbéna oumar'ehén ra ka'achér batte'hillá va'ikáts
21 Et elles les engloutirent, mais on ne voyait pas qu'elles les avaient englouties (elles entrèrent dans leurs entrailles, mais cela ne se remarquait pas), ET LEUR ASPECT ÉTAIT AUSSI MAUVAIS QU'AU DÉBUT. ET JE ME RÉVEILLAI.
De nouveau une remarque : on ne voyait pas qu'elles avaient grossi après avoir mangé les grandes vaches. C'est une remarque de Pharaon. Et ici il faut voir où est le songe et où sont les commentaires.
וָאֵרֶא בַּחֲלֹמִי וְהִנֵּה שֶׁבַע שִׁבֳּלִים עֹלֹת בְּקָנֶה אֶחָד מְלֵאֹת וְטֹבוֹת׃
va'ére ba'halomí vehinné chéva chibbolím olót bekané e'hád mele'ót vetovót
22 Et je vis dans le songe : et voici que sept épis montent sur une seule tige, pleins et beaux.
וְהִנֵּה שֶׁבַע שִׁבֳּלִים צְנֻמוֹת דַּקּוֹת שְׁדֻפוֹת קָדִים צֹמְחוֹת אַחֲרֵיהֶם׃
vehinné chéva chibbolím tsenoumót dakkót chedoufót kadím tsome'hót a'harehém
23 et voici que sept autres épis, secs comme de petits croûtons, minces et à demi transparents, poussent après eux.
וַתִּבְלַעְןָ הָשִׁבֳּלִים הַדַּקֹּת אֵת שֶׁבַע הַשִׁבֳּלִים הַטֹּבוֹת וָאֹמַר אֶל־הַחַרְטֻמִּים וְאֵין מַגִּיד לִי׃
vattivlána hachibbolím haddakkót et chéva hachibbolím hattovót va'omár el-ha'hartoummím ve'én maggíd li
24 et les mauvais épis minces engloutirent les sept bons épis. et je racontai cela à mes sorciers, et personne ne me dit mon songe (comme c'est vexant).
Voilà le songe qu'il a raconté, et une telle plainte dans la bouche de Pharaon. Et Pharaon ne fait pas que raconter le songe, il se plaint aussi en général de la triste situation avec ses magiciens. Ici, ce n'est pas simplement le récit du songe ; nous avons dit que Pharaon a invité Yossef à quelque chose de plus grand que l'interprétation du songe.
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל־פַּרְעֹה חֲלוֹם פַּרְעֹה אֶחָד הוּא אֵת אֲשֶׁר הָאֱלֹהִים עֹשֶׂה הִגִּיד לְפַרְעֹה׃
vayomer yosséf el-par'ó 'halóm par'ó e'hád hou et achér ha'elohím ossé higgíd lefar'ó
25 et Yossef dit à Pharaon : « Pharaon a un seul songe. et ce que fait Dieu, je le raconterai à Pharaon.
Pourquoi parle-t-il ainsi ? Tout au début, nous avons lu que Pharaon avait raconté le songe à ses sorciers, à ses magiciens, à ses mages, et qu'ils ne pouvaient pas les déchiffrer. La première erreur qu'avaient les magiciens de la cour, – ils voyaient le songe comme deux songes différents. Et Yossef dit ce que Pharaon aussi répète : « J'ai vu un songe, j'ai vu un seul songe ». Les courtisans, on ne sait pourquoi, le divisent en deux songes, commencent à interpréter une symbolique différente. Nous avons dit aussi que Pharaon, soit se souvient mal, soit les mène par le bout du nez. Et ils ne pouvaient pas interpréter. C'est pourquoi Yossef commence par dire : « Pharaon a raison quand il dit qu'il a vu un seul songe ». Le songe de Pharaon porte sur ce que Dieu va faire. Et Yossef s'apprête à le raconter à Pharaon.
שֶׁבַע פָּרֹת הַטֹּבֹת שֶׁבַע שָׁנִים הֵנָּה וְשֶׁבַע הַשִּׁבֳּלִים הַטֹּבֹת שֶׁבַע שָׁנִים הֵנָּה חֲלוֹם אֶחָד הוּא׃
chéva parót hattovót chéva chaním hénna vechéva hachibbolím hattovót chéva chaním hénna 'halóm e'hád hou
26 sept bonnes vaches – sept ans, et sept bons épis – aussi sept ans. et c'est un seul et même songe.
וְשֶׁבַע הַפָּרוֹת הָרַקּוֹת וְהָרָעֹת הָעֹלֹת אַחֲרֵיהֶן שֶׁבַע שָׁנִים הֵנָּה וְשֶׁבַע הַשִׁבֳּלִים הָרֵקוֹת שְׁדֻפוֹת הַקָּדִים יִהְיוּ שֶׁבַע שְׁנֵי רָעָב׃
vechéva happarót harakkót vehara'ót ha'olót a'harehén chéva chaním hénna vechéva hachibbolím harekót chedoufót hakkadím yihyou chéva chené ra'áv
27 sept mauvaises vaches, qui montent à leur suite, – sept ans. et ces mêmes sept épis – aussi sept ans de famine.
הוּא הַדָּבָר אֲשֶׁר דִּבַּרְתִּי אֶל־פַּרְעֹה אֲשֶׁר הָאֱלֹהִים עֹשֶׂה הֶרְאָה אֶת־פַּרְעֹה׃
hou haddavár achér dibbárti el-par'ó achér ha'elohím ossé her'á et-par'ó
28 VOILÀ CE DONT JE PARLERAI À PHARAON : CE QUE DIEU VA FAIRE, cela sera MONTRÉ À PHARAON.
Pharaon va maintenant entendre pas tout à fait un songe (voilà comme Yossef a joliment détourné le sujet). Pharaon va entendre non pas la signification du songe, on va maintenant raconter à Pharaon ce que Dieu va faire.
הִנֵּה שֶׁבַע שָׁנִים בָּאוֹת שָׂבָע גָּדוֹל בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
hinné chéva chaním ba'ót savá gadól bekhol-érets mitsráyim
29 Voici que sept ans viennent, et il y aura abondance (une grande satiété) dans tout le pays d'Égypte.
וְקָמוּ שֶׁבַע שְׁנֵי רָעָב אַחֲרֵיהֶן וְנִשְׁכַּח כָּל־הַשָּׂבָע בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם וְכִלָּה הָרָעָב אֶת־הָאָרֶץ׃
vekámou chéva chené ra'áv a'harehén venichká'h kol-hassavá be'érets mitsráyim vekhillá hara'áv et-ha'árets
30 Et après eux se lèveront sept ans de famine, et toute l'abondance qui était en Égypte sera oubliée. Et la famine dévorera la terre.
וְלֹא־יִוָּדַע הַשָּׂבָע בָּאָרֶץ מִפְּנֵי הָרָעָב הַהוּא אַחֲרֵי־כֵן כִּי־כָבֵד הוּא מְאֹד׃
velo-yivvadá hassavá ba'árets mippené hara'áv hahoú a'harekhén ki-khavéd hou me'ód
31 Et personne ne connaîtra la satiété dans le pays à cause de cette famine qui viendra après cela, parce qu'elle sera très lourde.
וְעַל הִשָּׁנוֹת הַחֲלוֹם אֶל־פַּרְעֹה פַּעֲמָיִם כִּי־נָכוֹן הַדָּבָר מֵעִם הָאֱלֹהִים וּמְמַהֵר הָאֱלֹהִים לַעֲשֹׂתוֹ׃
ve'ál hichanót ha'halóm el-par'ó pa'amáyim ki-nakhón haddavár me'ím ha'Elohím oumemahér ha'Elohím la'assotó
32 Et que Pharaon ait vu ces songes deux fois, c'est parce que chez Dieu tout est prêt, et le SEIGNEUR se hâte, le SEIGNEUR s'empresse de réaliser tout cela.
Bientôt le SEIGNEUR réalisera tout cela, c'est pourquoi ce songe t'est venu deux fois. De là nous déduisons qu'un songe qui se répète deux fois ou que l'homme voit deux fois, deux intrigues semblables, indique que le songe est sur le point de s'accomplir, que l'accomplissement de ce songe est proche.
Mais nous avons dit que Yossef a tourné l'affaire de telle façon que, semble-t-il, il n'était déjà plus venu seulement pour interpréter le songe. Yossef est venu raconter les plans du Très-Haut. Le Très-Haut a montré à Pharaon ce qu'Il va faire, pour que Pharaon aussi fasse quelque chose. Voilà l'essence du récit de Yossef, et c'est pourquoi Yossef ose continuer. Et pas simplement continuer, mais exposer un programme économique très sérieux.
וְעַתָּה יֵרֶא פַרְעֹה אִישׁ נָבוֹן וְחָכָם וִישִׁיתֵהוּ עַל־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
ve'attá yeré far'ó ich navón ve'hakhám vichitéhou al-érets mitsráyim
33 Et Maintenant Pharaon discernera un homme intelligent et sage, et l'établira sur le pays d'Égypte.
יַעֲשֶׂה פַרְעֹה וְיַפְקֵד פְּקִדִים עַל־הָאָרֶץ וְחִמֵּשׁ אֶת־אֶרֶץ מִצְרַיִם בְּשֶׁבַע שְׁנֵי הַשָּׂבָע׃
ya'assé far'ó veyafkéd pekidím al-ha'árets ve'himméch et-érets mitsráyim bechéva chené hassavá
34 Et Pharaon établira des préposés sur toute la terre, et organisera le pays d'Égypte pendant les années d'abondance.
וְיִקְבְּצוּ אֶת־כָּל־אֹכֶל הַשָּׁנִים הַטֹּבֹת הַבָּאֹת הָאֵלֶּה וְיִצְבְּרוּ־בָר תַּחַת יַד־פַּרְעֹה אֹכֶל בֶּעָרִים וְשָׁמָרוּ׃
veyikbetsoú et-kol-ókhel hachaním hattovót habba'ót ha'élle veyitsberou-vár tá'hat yad-par'ó ókhel be'arím vechamárou
35 Et ils rassembleront toute la nourriture des bonnes années, et ils rassembleront toute la récolte sous les mains de Pharaon, ils la rassembleront dans les villes et ils la garderont.
Ce que propose Yossef s'appelle d'un vieux mot russe « prodrazvyorstka ». Il propose de collecter les excédents (et parfois même pas des excédents) et d'instaurer un monopole d'État sur le blé. Il semble qu'il y a plus de cent ans, en mille neuf cent seize, le Gouvernement provisoire de Russie a instauré un tel monopole et a de fait commencé à piller la paysannerie. Ici, Pharaon a une plus grande liberté d'action, en Égypte, il peut se permettre davantage, et Yossef lui dit : « Fais un monopole sur le blé et rassemble toutes les réserves dans les villes ».
וְהָיָה הָאֹכֶל לְפִקָּדוֹן לָאָרֶץ לְשֶׁבַע שְׁנֵי הָרָעָב אֲשֶׁר תִּהְיֶיןָ בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם וְלֹא־תִכָּרֵת הָאָרֶץ בָּרָעָב׃
vehayá ha'ókhel lefikkadón la'árets lechéva chené hara'áv achér tihyéna be'érets mitsráyim velo-tikkarét ha'árets bara'áv
36 Et cette nourriture sera un gage dans le pays pour les sept années de famine qui seront dans le pays d'Égypte, Et le pays ne connaîtra pas la famine ».
Si nous rassemblons suffisamment de réserves, le pays traversera sans encombre toutes les périodes de famine. Au fond, Yossef propose à Pharaon d'instaurer un monopole sur le blé, de prendre tout le blé dans ses greniers. Indépendamment de la façon dont cette situation va évoluer, et même si tout ce que dit Yossef ne se réalise pas, Pharaon aura un bon plan – faire un monopole sur le blé, et Pharaon, de toute façon, gagnera de l'argent grâce à cette situation. Une situation absolument sans perte, et Yossef propose un programme brillant. C'est pourquoi il n'est pas étonnant qu'il soit dit ensuite :
וַיִּיטַב הַדָּבָר בְּעֵינֵי פַרְעֹה וּבְעֵינֵי כָּל־עֲבָדָיו׃
vayitáv haddavár be'ené far'ó ouv'ené kol-avadáv
37 Et cela plut à Pharaon et à tous ses esclaves.
Cela a plu à Pharaon, et les esclaves ne discutent pas tant que ça avec lui.
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל־עֲבָדָיו הֲנִמְצָא כָזֶה אִישׁ אֲשֶׁר רוּחַ אֱלֹהִים בּוֹ׃
vayomer par'ó el-avadáv hanimtsá khazé ich achér Roúa'h Elohím bo
38 Et Pharaon dit à ses esclaves : « Trouverons-nous donc encore un homme en qui est l'esprit de Dieu ? »
Pharaon – il est Pharaon, et il a entre les mains un pouvoir immense, mais Yossef est un étranger. Et Pharaon a besoin que ses esclaves, ne serait-ce que pour la forme, pour les apparences, soient d'accord avec le fait que ce ne sera pas l'un des grands du royaume qui sera nommé, mais un étranger : « C'est bien vous-mêmes qui l'avez dit, vous venez juste d'être d'accord avec moi que nous ne trouverons personne de plus sage ». Pharaon aussi est un maître de la rhétorique, pas seulement Yossef.
Il est intéressant de remarquer que Yossef, au bon moment, s'est trouvé non seulement au bon endroit, mais aussi avec un bon programme économique. À ce propos, on se souvient du conte russe d'A. S. Pouchkine, où trois jeunes filles filaient tard le soir. Une jeune fille dit : « Si je deviens tsarine, j'organiserai des festins pour le monde entier ». Et le tsar lui dit : « Eh bien, tu seras ministre du Ravitaillement, cuisinière de la cour ». Une autre jeune fille dit : « Moi, je ferais des toiles pour tout le monde, j'organiserais un grand défilé de mode ». Et le tsar dit à cela : « Eh bien, tu seras responsable des costumes ». Et seule la troisième dit ce dont le tsar avait besoin : « J'enfanterai un preux ». Yossef ne prétend pas au poste de tsarine. Le Très-Haut prévoit pour lui d'être le bras droit de Pharaon, et c'est pourquoi Yossef propose : « Si j'étais sage, je ferais ainsi… ». Yossef, avec un programme tout prêt, parle du vizir, du conseiller qu'il peut être. Et de fait, il obtient cette nomination.
Nous avons laissé nos héros au moment où Yossef avait merveilleusement interprété le songe de Pharaon et lui avait proposé une nouvelle politique économique, un programme économique entier et sérieux, réfléchi et sans perte. Pharaon s'adressa à toutes les personnes présentes et dit : « Trouverons-nous un homme en qui est l'esprit de Dieu ? » Et c'était une question en partie rhétorique, en partie tactique. Nous en avons parlé : Pharaon veut que personne ne le contredise (comme à un mariage catholique : « Qu'il parle maintenant ou se taise à jamais »). Donc, « Y a-t-il quelqu'un parmi vous, dans la foule, en qui est l'esprit de Dieu ? Non ? Bon, c'est réglé, à l'unanimité ».
Après cela, Pharaon s'adresse à Yossef :
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל־יוֹסֵף אַחֲרֵי הוֹדִיעַ אֱלֹהִים אוֹתְךָ אֶת־כָּל־זֹאת אֵין־נָבוֹן וְחָכָם כָּמוֹךָ׃
vayomer par'ó el-yosséf a'haré hodíya Elohím otekhá et-kol-zót en-navón ve'hakhám kamókha
39 Et Pharaon dit à Yossef : « Après que Dieu t'a communiqué tout cela, il n'y a pas de sage et d'intelligent comme toi.
Pharaon ne reconnaît pas seulement qu'il n'y a au monde personne de plus sage et de plus intelligent que Yossef (en tout cas, dans l'entourage de Pharaon lui-même), mais il dit : « La preuve en est que Dieu parle à travers toi, que Dieu te l'a donné. Tu nous es envoyé par Dieu lui-même ». Et remarquez qu'avec ses courtisans aussi, ce n'est pas de cela qu'il parlait : « Y a-t-il ici quelqu'un d'intelligent et de sage ? » Sans doute, une forêt de mains se serait levée, mais avec l'esprit de Dieu, les gens ont plus de problèmes. Donc, Pharaon dit à Yossef : « Tu nous es envoyé par Dieu lui-même ».
אַתָּה תִּהְיֶה עַל־בֵּיתִי וְעַל־פִּיךָ יִשַּׁק כָּל־עַמִּי רַק הַכִּסֵּא אֶגְדַּל מִמֶּךָּ׃
attá tihyé al-betí ve'al-píkha yichák kol-ammí rak hakkissé egdál mimmékka
40 Tu seras sur ma maison (tu seras le chef de mon palais), et de ta bouche embrassera tout mon peuple, et seul mon trône, je le laisserai plus haut que toi ».
Une grande fonction en Égypte, mais pas encore la plus grande. Remarquez que la nomination de Yossef, son ascension professionnelle va se faire en plusieurs étapes, certes d'un coup, mais en même temps progressivement.
« De ta bouche ils embrasseront » – c'est une expression imagée : « tout ce que dit ta bouche » sera perçu comme « de ta bouche, Yossef, puisse-t-on boire du miel, je t'embrasserais sur la bouche qui parle ainsi. Tout ce que tu dis sera reçu avec enthousiasme et exécuté. À tout ce que tu diras, le peuple dira aussitôt : « On approuve ! »
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל־יוֹסֵף רְאֵה נָתַתִּי אֹתְךָ עַל כָּל־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayomer par'ó el-yosséf re'é natátti otekhá al kol-érets mitsráyim
41 Et Pharaon dit à Yossef : « Regarde, voici, je t'ai donné toute la terre d'Égypte ».
Dans la partie précédente, Pharaon a nommé Yossef dirigeant du palais, chef de l'administration de Pharaon. Maintenant il est – Premier ministre auprès de Pharaon. Toute la terre d'Égypte lui est donnée.
וַיָּסַר פַּרְעֹה אֶת־טַבַּעְתּוֹ מֵעַל יָדוֹ וַיִּתֵּן אֹתָהּ עַל־יַד יוֹסֵף וַיַּלְבֵּשׁ אֹתוֹ בִּגְדֵי־שֵׁשׁ וַיָּשֶׂם רְבִד הַזָּהָב עַל־צַוָּארוֹ׃
vayássar par'ó et-tabbató me'ál yadó vayittén otá al-yád yosséf vayalbéch otó bigde-chéch vayássem revíd hazzaháv al-tsavvaró
42 Et Pharaon ôta l'anneau de sa main, et le mit lui-même à la main de Yossef, et le vêtit de vêtements précieux, et mit un collier d'or à son cou.
Les vêtements qui s'appellent chéch, – de tissu fin, des vêtements d'un travail habile, le plus souvent en soie, mais selon la saison et selon l'époque.
Pharaon aussi avait une chevalière sur une chaîne (comme nous l'avons dit dans Béréchit (38,18), tout comme Yéhouda), et Pharaon a transmis tous les attributs du pouvoir à Yossef. Tous les droits de signature, tous les droits d'administration sont transmis à Yossef. Remarquez que Yéhouda donnait les signes de son pouvoir à Tamar, qui s'était déguisée en prostituée, paraissait une prostituée. Ici nous voyons le processus inverse, mais des éléments semblables sont transmis.
וַיַּרְכֵּב אֹתוֹ בְּמִרְכֶּבֶת הַמִּשְׁנֶה אֲשֶׁר־לוֹ וַיִּקְרְאוּ לְפָנָיו אַבְרֵךְ וְנָתוֹן אֹתוֹ עַל כָּל־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayarkév otó bemirkévet hammichné acher-ló vayikre'oú lefanáv avrékh venatón otó al kol-érets mitsráyim
43 Et il le fit monter dans le second char, À sa suite, et devant lui on devait crier : « Avrekh ! », et il lui donna tout le pays d'Égypte.
Yossef a la deuxième voiture du cortège. Aujourd'hui, le mot avrékh désigne un jeune élève marié d'une yéchiva, qui ressemble à un adulte par la sagesse, mais est petit par les années : av – père, rakh – tendre.
Les commentateurs interprètent ce mot de différentes façons. Il y en a qui disent : « Avrékh – c'est le père du roi, du mot ancien rikh – roi ». Et nous savons que Yossef dira plus tard qu'il a été établi père de Pharaon (« le petit père du tsar petit père », nous en avons parlé). C'est l'une des façons de comprendre.
Une autre façon de comprendre ce mot, c'est que devant Yossef marchent des gens qui crient : « À genoux ! » – du mot sémitique bérekh (genoux), c'est-à-dire : « Prosternez-vous ! Ici va passer Yossef ! » Mais ce n'est pas très clair, quand c'est le deuxième char qui passe.
Et il y a un troisième sens de ce mot : avrékh du mot akkadien avrákou – chef de la maison, gouverneur de toute la maison, administrateur principal même, on peut le traduire ainsi. Et il y a de ces farfelus de la langue qui interprètent la célèbre phrase incompréhensible : « Abracadabra ! » comme les paroles du chef de la maison, les paroles de celui qui est le maître dans la maison. Et ainsi avrékh peut se comprendre comme le maître dans la maison. Je m'arrêterais sur la traduction « grand chef », mais la traduction « À genoux devant Yossef ! » peut aussi être acceptée.
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל־יוֹסֵף אֲנִי פַרְעֹה וּבִלְעָדֶיךָ לֹא־יָרִים אִישׁ אֶת־יָדוֹ וְאֶת־רַגְלוֹ בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayomer par'ó el-yosséf aní far'ó ouvil'adékha lo-yarím ich et-yadó ve'et-ragló bekhol-érets mitsráyim
44 Et Pharaon dit à Yossef : « Je suis Pharaon, Et sans toi aucun homme ne lèvera ni sa main ni son pied dans toute la terre d'Égypte ».
וַיִּקְרָא פַרְעֹה שֵׁם־יוֹסֵף צָפְנַת פַּעְנֵחַ וַיִּתֶּן־לוֹ אֶת־אָסְנַת בַּת־פּוֹטִי פֶרַע כֹּהֵן אֹן לְאִשָּׁה וַיֵּצֵא יוֹסֵף עַל־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vayikrá far'ó chem-yosséf tsafenát panéa'h vayitten-ló et-asenát bat-póti féra kohén on le'ichá vayetsé yosséf al-érets mitsráyim
45 Et Pharaon appela Yossef du nom de Tsafénat-Panéa'h, Et il lui donna Asnat, fille de Poti-Féra, prêtre de la ville d'On (ou dignitaire, maire, chef), pour épouse. Et Yossef sortit dans le pays d'Égypte (c'est-à-dire qu'il commença un voyage de contrôle, de reconnaissance, d'organisation à travers le pays d'Égypte).
Donc, Pharaon dit à Yossef encore une phrase étrange : « Je suis Pharaon. Sans toi personne ne lèvera ici ni la main ni le pied ». Il est clair que c'est une expression imagée. Autrement, si tous les Égyptiens se mettaient à demander à Yossef : « Honorable Tsafénat-Panéa'h, puis-je lever la main ? », alors même pour simplement demander – même cela serait interdit. Il est clair qu'il s'agit d'une sorte d'image. Que signifie : « Je suis Pharaon. Sans toi personne ne lèvera ni la main ni le pied, et il lui donna le nom de Tsafénat-Panéa'h » ?
Commençons par le nom que Pharaon a donné à Yossef et qui n'est mentionné nulle part ailleurs. Si l'on change le nom de Daniël en Bélchatsar et qu'ensuite il est au moins parfois appelé ainsi, Yossef, lui, continue à s'appeler Yossef. Dans les Téhillim il y a le nom Yossef, mais ce nom-ci, Tsafénat-Panéa'h, n'est désigné nulle part ailleurs.
L'explication la plus simple qui est donnée : Tsafénat – du mot tsófen (ce qui est fermé, un code, une sorte de chiffrement, une énigme) ; panéa'h – déchiffrer. Tsafénat-Panéa'h – c'est le déchiffreur d'énigmes. Mais on ne comprend pas d'où Pharaon maîtrise un hébreu élevé, au point de connaître un mot aussi compliqué que pianéa'h, qu'on ne rencontre qu'ici, et encore à deux ou trois endroits, un mot pas très parlé. Où Pharaon a-t-il appris un peu l'hébreu ? Peut-être Pharaon a-t-il donné à Yossef un nom égyptien quelconque, et ici, pour ne pas nous surcharger de langue égyptienne, on nous a simplement traduit le sens de ce nom ? Et il y a beaucoup de commentaires différents, beaucoup de variantes différentes sur ce sujet.
Il y a une opinion intéressante selon laquelle Tsafénat-Panéa'h ne signifie pas celui qui dévoile ce qui est mystérieux, mais, au contraire, celui qui cache ce qui est clair. Et comme Yossef va désormais représenter Pharaon, alors, comme il sied à un dignitaire de la cour, il met un masque. Personne ne le reconnaîtra, il n'agacera les yeux de personne avec ses traits de visage juifs. Il représentera Pharaon : « Je suis Pharaon (aní far'ó), et toi, tu seras mon, eh bien, disons, “double par le masque” et “personne ne remuera ni la main ni le pied sans toi” ». Et beaucoup d'autres commentaires. Bien sûr, il faut traiter avec respect les gens qui ne pensent pas comme moi. D'autres significations de ce nom sont aussi possibles.
Donc, nous avons encore un personnage étonnant – une jeune fille du nom d'Asnat, fille du maire de la ville d'On. Le mot kohén signifie, bien sûr, prêtre, mais aussi dignitaire. Nous lisons à propos des fils de David qu'ils sont kohaním – dignitaires à la cour. C'est-à-dire que, très probablement, ce Poti-Fér est l'un des chefs de la ville d'On.
Encore une variante : Poti-Fér ici – c'est le même Potifar que celui du verset 1 du chapitre 39, et On — c'est la force, la puissance (l'une des significations de ce mot). Et alors il s'agit du même Potifar. De quoi s'agit-il ici et pourquoi Pharaon donne-t-il pour épouse à Yossef la fille de Potifar (si c'est la fille de ce Potifar-là) ? Nous savons que Yossef était soupçonné d'une liaison avec la femme de Potifar. En tant que gens qui ont lu la Torah, nous savons qu'il n'y a rien eu entre eux, que Yossef s'est tenu vaillamment et qu'il n'a pas succombé à la tentation. Mais les Égyptiens n'ont pas lu la Torah, ils n'ont pas un tel témoignage, et peut-être que quelqu'un soupçonne quelque chose. Si Potifar était simplement venu au mariage, on aurait pu dire qu'il se tait pour complaire à Pharaon. La façon la plus classique de pardonner – c'est de donner sa fille en mariage : « Si je te donne ma fille, cela veut dire que j'ai entièrement confiance en toi ».
D'autres commentateurs disent que Potifar aurait pu dire : « Ah, celui-là ? Je l'ai acheté en son temps pour vingt chékels, pour vingt pièces d'argent ! Tu parles, un parvenu ! » Maintenant, quand ce sera son gendre, Potifar ne le traitera plus avec autant de mépris. Et, bien sûr, on a très envie, et le cœur demande tout simplement de faire d'Asnat la fille de Potifar, de ce Potifar-là, pour boucler la boucle : comme tout s'arrange joliment ! Peut-être en est-il bien ainsi. Bien qu'il soit étonnant que la Torah ne mentionne pas que c'est le même Potifar. Et il faut dire que l'écriture du nom est un tout petit peu différente. C'est comme (pour que ce soit clair) Ivanov et Ivantsov. C'est-à-dire que ça se ressemble, et pour une oreille étrangère c'est pareil, mais ce n'est pas pareil. Là encore, en beaucoup de siècles, beaucoup de versions, et nous ne savons pas avec certitude. Mais l'idée est intéressante : dire que cette Asnat-là (nous lirons plus loin), elle est aussi la fille de ce Potifar-là.
Les commentateurs vont plus loin : « Comment pouvons-nous penser qu'un juste tel que Yossef se soit égyptianisé ? Nous avons déjà lu dans Béréchit (38,2) que Yéhouda s'était cananéisé. Est-il possible que Yossef aussi se soit égyptianisé ? » Et alors naît une telle version. Après l'histoire très tragique du viol de Dina, les frères voulaient la tuer, mais Yaakov l'a protégée. Et, quand une fille lui est née, Yaakov l'a nommée Asnat, l'a déposée dans un buisson « ardent » (comme ce buisson qui brûlera au Sinaï), et elle, d'une manière magique, avec un camée contenant un billet de Yaakov, s'est retrouvée en Égypte. Là, Potifar se promenait, flânait et l'a trouvée par hasard. Et ainsi la fille de Dina a grandi dans la maison de Potifar, et Yossef est devenu son mari. Et de cette façon, Yossef, à Dieu ne plaise, a épousé non pas une Égyptienne. Une telle version existe aussi. Il me semble que c'est un envol trop débridé de l'imagination, mais qui donc limite l'imagination d'autrui.
Donc, Yossef a changé de statut, de vêtements, et tout dans sa vie a changé, même sa situation familiale : il a épousé une jeune fille, Asnat. Pour en finir avec le nom d'Asnat, on peut dire qu'Asnat – c'est celle qui appartient à la déesse Neith, qui se cache sous un tas de voiles, se dissimule elle-même sous une multitude de voiles et de masques. La version juive dit que le nom d'Asnat est lié à sné, ce même « buisson ardent » qui brûle et ne se consume pas, le même genre de buisson (Chémot 3,2). Et il y a encore beaucoup de versions du nom d'Asnat à partir de l'hébreu. Mais, très probablement, Asnat était Égyptienne et avait été nommée en l'honneur d'une déesse païenne. Que cela ne vous étonne pas : aujourd'hui aussi il y a une multitude de noms semblables dans la langue russe, et même à l'église vous pouvez voir un homme du nom de Dmitri, c'est-à-dire consacré à Déméter, ou portant le nom de Denis, lui aussi consacré aux dieux. Ces noms se détachent de leur sens originel et entrent dans notre langue, et à plus forte raison en Égypte, où l'on donnait des noms en l'honneur des dieux à tort et à travers.
וְיוֹסֵף בֶּן־שְׁלֹשִׁים שָׁנָה בְּעָמְדוֹ לִפְנֵי פַּרְעֹה מֶלֶךְ־מִצְרָיִם וַיֵּצֵא יוֹסֵף מִלִּפְנֵי פַרְעֹה וַיַּעֲבֹר בְּכָל־אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
veyosséf ben-chelochím chaná be'omdó lifné par'ó melekh-mitsráyim vayetsé yosséf millifné far'ó vaya'avór bekhol-érets mitsráyim
46 Et Yossef a trente ans, quand il se tint devant Pharaon, roi d'Égypte. Et Yossef s'en alla de devant la face de Pharaon pour un voyage de reconnaissance (c'est-à-dire qu'il partit en mission de service, en partie d'inspection) à travers toute la terre d'Égypte.
וַתַּעַשׂ הָאָרֶץ בְּשֶׁבַע שְׁנֵי הַשָּׂבָע לִקְמָצִים׃
vattá'as ha'árets bechéva chené hassavá likmatsím
47 Et la terre donna, durant sept années de satiété, durant sept années d'abondance, à poignées.
De nouveau on peut dire que la Torah parle un langage imagé. Bien sûr, à poignées, à pleines mains – c'est très peu. La terre a donné le blé tout simplement en une immense abondance, de sorte qu'on pouvait joyeusement le lancer en l'air et le mesurer à pleines poignées.
וַיִּקְבֹּץ אֶת־כָּל־אֹכֶל שֶׁבַע שָׁנִים אֲשֶׁר הָיוּ בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם וַיִּתֶּן־אֹכֶל בֶּעָרִים אֹכֶל שְׂדֵה־הָעִיר אֲשֶׁר סְבִיבֹתֶיהָ נָתַן בְּתוֹכָהּ׃
vayikbóts et-kol-ókhel chéva chaním achér hayoú be'érets mitsráyim vayitten-ókhel be'arím ókhel sede ha'ír achér sevivotéha natán betokhá
48 Et il rassembla toute la nourriture des sept années qui furent dans le pays d'Égypte, et il plaça la nourriture dans les villes, (Toute la nourriture des environs de la ville, il la plaça dans la ville).
Yossef fait des entrepôts dans les villes. La nourriture de toutes les régions est acheminée vers les villes. Nous avons déjà dit que le Gouvernement provisoire de Kerenski en Russie, après les malheurs de la Première Guerre mondiale, a organisé la réquisition des grains et a proclamé le monopole sur le blé. Tout le volume de blé devait être remis à l'État, à l'exception du minimum fixé par la loi. Plus tard, le pouvoir bolchevique a durci la réquisition et l'a étendue au-delà du seul blé, ce qui a engendré la famine sur de nombreux territoires. Mais nous ne parlons pas d'histoire russe.
וַיִּצְבֹּר יוֹסֵף בָּר כְּחוֹל הַיָּם הַרְבֵּה מְאֹד עַד כִּי־חָדַל לִסְפֹּר כִּי־אֵין מִסְפָּר׃
vayitsbór yosséf bar ke'hól hayám harbé me'ód ad ki-'hadál lispór ki-én mispár
49 Et Yossef amassa du froment, comme le sable de la mer, en très grande quantité, de sorte qu'il cessa de compter, parce qu'il n'y a pas de nombre.
Yossef a fait d'immenses greniers à froment. Or il fallait préparer des entrepôts, et non seulement les préparer, mais concevoir des entrepôts qui suffiraient pour que le grain reste longtemps – sept ans. Et c'est une tâche technique très compliquée. On n'a pas trouvé en Égypte de telles constructions. Nous ne savons pas comment c'était, en quoi c'était fait. Beaucoup disent que les pyramides aussi ont été construites comme de tels entrepôts et qu'elles sont orientées selon les étoiles, selon l'astrophysique, de sorte qu'on pouvait y conserver longtemps le froment. Mais je ne sais pas, je n'en ai pas vu de confirmation.
וּלְיוֹסֵף יֻלַּד שְׁנֵי בָנִים בְּטֶרֶם תָּבוֹא שְׁנַת הָרָעָב אֲשֶׁר יָלְדָה־לּוֹ אָסְנַת בַּת־פּוֹטִי פֶרַע כֹּהֵן אוֹן׃
oulyosséf youllád chené vaním betérem tavó chenát hara'áv achér yaleda-ló asenát bat-póti féra kohén on
50 À Yossef naquirent deux enfants, avant que ne vinssent les années de famine, que lui enfanta Asnat, fille de Poti-Féra, dignitaire de la ville d'On.
Sur la base de cette remarque de la Torah – « avant que ne vinssent les années de famine » – les rabbins, les maîtres disaient : « En temps de famine, il vaut mieux ne pas mettre d'enfants au monde ». Ce n'est pas ce genre de chose traditionnelle, comme on dit de nos jours : « À quoi bon multiplier la misère ? » Il s'agit, sans doute, d'un peu autre chose, mais en tout cas ce sont des opinions particulières des maîtres, et elles ne sont, bien sûr, pas obligatoires. J'attire simplement l'attention sur l'approche de l'étude de la Torah, de l'attention portée à la Torah, qui existe. Et les gens se posaient la question : pourquoi une telle remarque, qu'est-ce qu'elle veut enseigner ?
וַיִּקְרָא יוֹסֵף אֶת־שֵׁם הַבְּכוֹר מְנַשֶּׁה כִּי־נַשַּׁנִי אֱלֹהִים אֶת־כָּל־עֲמָלִי וְאֵת כָּל־בֵּית אָבִי׃
vayikrá yosséf et-chém habbekhór menaché ki-nachání elohím et-kol-amalí ve'ét kol-bét aví
51 Et Yossef nomma son premier-né Ménaché : « car Dieu m'a donné d'oublier tous mes malheurs et tout ce qui était dans la maison de mon père (c'est ainsi que Yossef expliqua le nom) ».
Il faut prêter attention au mot nachání : dans l'une des significations dans lesquelles il est employé dans le Tanakh – c'est au sens de oublier, laisser, abandonner. C'est-à-dire : « Dieu merci, la nostalgie ne me tourmente pas, je suis pour toujours dans une nouvelle maison, et l'ancienne – est à l'étranger. Ce qui s'y passera ensuite, on me l'écrira, et moi, ici, dans un autre pays, je le lirai ». C'est l'une des compréhensions, et certains commentateurs disent que voilà, Yossef a enfin compris qu'il avait commencé une nouvelle vie, et il a commencé à s'installer en Égypte.
D'autres disent : « Yossef se souvient qu'à chaque génération il y avait des frères mis à part. Il y avait Essav, il y avait Yichmaël, et Yossef pense que le Très-Haut l'a ainsi mis à part, et cela signifie qu'il aura un autre service ».
Mais il y a aussi une autre compréhension du mot nachání. Dans le livre de Chémot (22,24), il est dit à ceux qui prêtent à crédit : ne tire pas d'usure (nechékh) de cela. Et Né'hémya, en parlant de l'usure, du gain, du profit, emploie lui aussi le mot nachá – le même verbe. Et l'on peut dire : « Le SEIGNEUR m'a dédommagé avec usure de tout mon labeur et de tout ce qui était dans la maison de mon père. Nous sommes – la maison perdue du père. Je suis allé à la suite du Très-Haut, j'ai quitté la maison de mon père, et le Très-Haut m'a rétribué avec usure ». C'est-à-dire qu'il n'y a ici aucun oubli de la maison, aucune influence post-traumatique. Yossef remercie simplement le Très-Haut et dit combien le Très-Haut l'a récompensé avec usure pour toutes ses souffrances. Plus loin nous lisons ce qui, somme toute, confirme une telle approche.
וְאֵת שֵׁם הַשֵּׁנִי קָרָא אֶפְרָיִם כִּי־הִפְרַנִי אֱלֹהִים בְּאֶרֶץ עָנְיִי׃
ve'ét chem hachení kará efráyim ki-hifrání elohím be'érets onyí
52 Et au second il donna le nom d'Éfraïm, ce qui signifie : le SEIGNEUR m'a multiplié dans le pays de ma pauvreté.
Si nous traduisons le mot nachání comme dans le verset précédent, « a rétribué avec usure », alors les deux noms seront identiques. Si nous disons que dans le premier cas Yossef parle de « j'ai oublié », alors ici il se trouve que, d'un côté, « j'ai oublié », et de l'autre côté, – « je ressens tout de même que c'est la terre de ma souffrance ». Et d'une certaine façon, chez Yossef commencent à apparaître des pensées nostalgiques. Les commentateurs qui donnent des significations des noms diamétralement opposées disent que c'est justement pour cela que Yaakov, lors de la bénédiction, a placé Ménaché en avant : le nom de Ménaché renferme davantage.
וַתִּכְלֶינָה שֶׁבַע שְׁנֵי הַשָּׂבָע אֲשֶׁר הָיָה בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vattikhléna chéva chené hassavá achér hayá be'érets mitsráyim
53 Et prirent fin les sept années de satiété, les sept années d'abondance, qui furent dans le pays d'Égypte.
וַתְּחִלֶּינָה שֶׁבַע שְׁנֵי הָרָעָב לָבוֹא כַּאֲשֶׁר אָמַר יוֹסֵף וַיְהִי רָעָב בְּכָל־הָאֲרָצוֹת וּבְכָל־אֶרֶץ מִצְרַיִם הָיָה לָחֶם׃
vatte'hilléna chéva chené hara'áv lavó ka'achér amár yosséf vayhí ra'áv bekhol-ha'aratsót ouvkhol-érets mitsráyim háya lá'hem
54 Et les sept années de famine commencèrent à venir, comme l'avait dit Yossef. Et il y eut la famine dans tous les pays, mais dans le pays d'Égypte il y avait du pain.
Là encore, la Torah parle de façon imagée. Nous ne savons pas ce qui se passait à cette époque sur le territoire de l'actuelle Moldavie ou sur le territoire de l'actuelle Nouvelle-Zélande. Quand les peuples parlent en langage simple du pays, de la terre, ils entendent le monde habité. Autour de l'Égypte il y a l'Asie Mineure, d'un côté jusqu'à l'Inde, de l'autre côté – un peu au nord de la Turquie. Voilà à peu près le territoire sur lequel il y avait la famine, alors qu'en Égypte il y a du pain. Mais le pain en Égypte, où est-il ? Dans les entrepôts. Le peuple ne l'a pas. C'est pourquoi nous lisons :
וַתִּרְעַב כָּל־אֶרֶץ מִצְרַיִם וַיִּצְעַק הָעָם אֶל־פַּרְעֹה לַלָּחֶם וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה לְכָל־מִצְרַיִם לְכוּ אֶל־יוֹסֵף אֲשֶׁר־יֹאמַר לָכֶם תַּעֲשׂוּ׃
vattir'áv kol-érets mitsráyim vayits'ák ha'ám el-par'ó lallá'hem vayomer par'ó lekhol-mitsráyim lekhoú el-yosséf achér-yomár lakhém ta'asoú
55 Et tout le pays d'Égypte eut faim, et le peuple cria vers Pharaon pour du pain, et Pharaon dit à tous les Égyptiens : « Allez vers Yossef et faites ce qu'il dit ».
Il est intéressant que les gens en Égypte croyaient que Pharaon était capable de résoudre leurs problèmes économiques. Donc Pharaon avait une certaine bonne réputation. Pharaon dit : « Mais qu'avez-vous à vous accrocher à moi ? Nous avons un Premier ministre, un ministre de l'Agriculture, bref, Yossef, il est mon lieutenant sur la terre d'Égypte, le lieutenant de Karlsson sur terre, alors c'est vers lui que vous devez aller ».
וְהָרָעָב הָיָה עַל כָּל־פְּנֵי הָאָרֶץ וַיִּפְתַּח יוֹסֵף אֶת־כָּל־אֲשֶׁר בָּהֶם וַיִּשְׁבֹּר לְמִצְרַיִם וַיֶּחֱזַק הָרָעָב בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם׃
vehara'áv hayá al kol-pené ha'árets vayiftá'h yosséf et-kol-achér bahém vayichbór lemitsráyim vaye'hezák hara'áv be'érets mitsráyim
56 Et la famine était sur toute la surface de la terre. Et Yossef ouvrit tout ce en quoi il y avait du froment, et il vendait à Mitsraïm. Et la famine s'intensifia dans le pays d'Égypte
.
Le mot lichbór – vendre pour compenser un manque ; le mot chéver est lié à la cassure, au fait de briser quelque chose. C'est-à-dire qu'il leur a donné la possibilité de surmonter la famine, mais il vendait, pour ainsi dire, à des prix commerciaux élevés. À un autre endroit, le Très-Haut proposera ce mot et dira : « Allez et arrachez-vous-le, prenez gratuitement ! » – une image vraiment grotesque – ce qu'on peut vendre trois fois son prix, je le distribue gratuitement. Mais ici Yossef, pour ainsi dire, fait commerce de pain avec les Égyptiens.
וְכָל־הָאָרֶץ בָּאוּ מִצְרַיְמָה לִשְׁבֹּר אֶל־יוֹסֵף כִּי־חָזַק הָרָעָב בְּכָל־הָאָרֶץ׃
vekhól ha'árets báou mitsráyma lichbór el-yosséf ki-'hazák hara'áv bekhol-ha'árets
57 Et tous les pays venaient en Égypte pour commercer avec Yossef (pour trouver chez Yossef, ne serait-ce que pour des sommes énormes, à des prix spéculatifs, du pain), parce que la famine s'était intensifiée sur toute la terre.
Voilà donc l'histoire de l'ascension fulgurante de Yossef, comment, d'un homme qui était assis dans une fosse, il est devenu un miracle économique, plus grand que celui de Singapour, le sauveur de tout le pays d'Égypte.
Nous nous sommes arrêtés au fait que les sept années d'abondance prédites par Yossef avaient pris fin. Les sept années de famine, là encore prédites par Yossef, ont commencé. Sur toute la terre environnante, la famine, mais, grâce à la bénédiction de Dieu et à la sagesse de Yossef, en Égypte il y a du pain, et de tout le monde environnant le peuple afflue en Égypte pour acheter ce pain. Et au début du chapitre 42 nous sommes transportés dans la maison de Yaakov, le père de Yossef.
וַיַּרְא יַעֲקֹב כִּי יֶשׁ־שֶׁבֶר בְּמִצְרָיִם וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב לְבָנָיו לָמָּה תִּתְרָאוּ׃
vayár yaakóv ki yech-chéver bemitsráyim vayomer yaakóv levanáv lámma titraoú
1 Yaakov vit qu'en Égypte il y a du pain. Et Yaakov dit à ses fils : « Pourquoi échangez-vous des regards ?
Bien entendu, les gens autour de Canaan, dans tout Canaan, font du commerce, s'agitent. Les uns apportent du grain pour le revendre, les autres essaient d'en tirer de quoi faire décoller leur affaire. Yaakov comprend que le pain vient d'Égypte, que les marchés de gros – sont en Égypte.
Et là, de nouveau, comme cela arrive d'habitude, les difficultés de la traduction : láma titraoú peut se traduire par : pourquoi échangez-vous des regards ? Le verbe titraoú – est un verbe réfléchi du mot lir'ót (voir) : pourquoi vous vous vous regardez, vous vous voyez ; on peut dire – pourquoi faites-vous semblant, pourquoi vivez-vous pour la galerie, ou pourquoi échangez-vous des regards les uns avec les autres ? En d'autres termes, il y a des échanges de mots à demi-voix, des échanges de regards, qui disent : « Il faut faire quelque chose, le pain va bientôt s'épuiser ». Ou bien chacun des fils de Yaakov, dont chacun a une famille, montre : « Mais j'ai à peu près de quoi vivre, nous nous en sortons, tout va bien, Dieu merci, nous n'avons pas besoin d'aide ». Les gens ne se parlent pas entre eux – ce n'est que par des regards, des demi-regards qu'ils font allusion à quelque chose.
On peut le dire aussi autrement : les fils comprennent qu'il faut agir d'une manière ou d'une autre, qu'il faut aller en Égypte, qu'il faut entreprendre quelque chose pour la prospérité de la famille, mais ils craignent que Yaakov ne les laisse pas partir, parce qu'ils ont une histoire familiale compliquée.
וַיֹּאמֶר הִנֵּה שָׁמַעְתִּי כִּי יֶשׁ־שֶׁבֶר בְּמִצְרָיִם רְדוּ־שָׁמָּה וְשִׁבְרוּ־לָנוּ מִשָּׁם וְנִחְיֶה וְלֹא נָמוּת׃
vayomer hinné chamáti ki yech-chéver bemitsráyim redou-chámma vechivrou-lánou michám veni'hyé veló namoút
2 Et il leur dit : « J'ai entendu qu'il y a en Égypte du commerce. Allez, descendez là-bas et achetez-leur pour nous tout ce qu'il faut. Avec l'aide de Dieu nous vivrons, si nous sommes vivants – nous ne mourrons pas ».
D'un côté, il dit : « Je crois que tout finira bien, quand nous descendrons là-bas ». De l'autre côté, Yaakov dit : « Nous vivrons, nous nous en tirerons d'une façon ou d'une autre là-bas, nous achèterons du pain, pas à satiété peut-être, mais d'une façon ou d'une autre nous vivrons, au moins nous ne mourrons pas de faim ». Voilà la pensée, voilà l'ordre que Yaakov donna à ses fils.
וַיֵּרְדוּ אֲחֵי־יוֹסֵף עֲשָׂרָה לִשְׁבֹּר בָּר מִמִּצְרָיִם׃
vayeredoú a'he-yosséf assará lichbór bar mimmitsráyim
3 Et les frères de Yossef descendirent au nombre de dix pour acheter du pain en Égypte.
Faites attention, ici le récit inclut déjà Yossef dans le tableau. Ce n'est pas eux qui sont descendus, mais Yaakov les a envoyés, et pourtant ils descendent déjà comme frères de Yossef. La section hebdomadaire précédente, nous l'avions commencée par Yossef et ses frères. Bien entendu, quand nous lisons assará (dix), nous attendons aussitôt l'explication : où est le onzième ? Et l'explication ne se fait pas attendre.
וְאֶת־בִּנְיָמִין אֲחִי יוֹסֵף לֹא־שָׁלַח יַעֲקֹב אֶת־אֶחָיו כִּי אָמַר פֶּן־יִקְרָאֶנּוּ אָסוֹן׃
ve'et-binyamín a'hí yosséf lo-chalá'h yaakóv et-e'háv ki amár pen-yikra'énnou assón
4 Mais Binyamin, frère de Yossef (frère de Yossef par Ra'hel et par le père, frère de sang de Yossef), Yaakov ne l'envoya pas avec ses frères, car il dit : « Pour qu'il ne lui arrive pas de malheur ».
Yaakov a une inquiétude particulière au sujet de Binyamin. Binyamin sera l'objet de la conversation tout au long de cette section hebdomadaire et d'une partie de la suivante, et on parle de lui comme d'un enfant qui n'a pas encore l'âge de raison. Si nous commençons à parler de lui, nous devons nous rappeler que Yossef est arrivé en Égypte quand il avait dix-sept ans. À ce moment-là, Binyamin avait environ 10-11 ans. 20 ans ont passé, parce qu'à 30 ans Yossef se tenait devant Pharaon. Les 7 années d'abondance ont passé aussi. Au total : 20 ans ont passé, et, par conséquent, Binyamin a au minimum trente ans. Mais on prend soin de lui comme d'un enfant, et il sera ici constamment mentionné comme un enfant. Yaakov s'inquiète pour lui, qu'il ne lui arrive rien.
Il arrive très souvent que dans une famille orientale, selon la tradition de la famille orientale (d'ailleurs, cette tradition est passée aussi dans les familles catholiques), le frère le plus jeune, le fils le plus jeune s'occupe avec le père, reste avec les parents, ne s'en va nulle part, se tient auprès des parents. C'est la retraite des parents, c'est celui qui prendra soin d'eux dans leur vieillesse. Et, très probablement, cette tradition était commune aussi en Canaan à cette époque.
וַיָּבֹאוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לִשְׁבֹּר בְּתוֹךְ הַבָּאִים כִּי־הָיָה הָרָעָב בְּאֶרֶץ כְּנָעַן׃
vayavóou bené yisraél lichbór betókh habba'ím ki-hayá hara'áv be'érets kená'an
5 Et les fils d'Israël vinrent acheter du pain parmi les autres acheteurs, car il y avait la famine dans le pays de Canaan.
Puisqu'il y avait la famine dans le pays de Canaan, les acheteurs allaient en foule bruyante en Égypte, et dans cette foule vinrent les frères de Yossef.
וְיוֹסֵף הוּא הַשַּׁלִּיט עַל־הָאָרֶץ הוּא הַמַּשְׁבִּיר לְכָל־עַם הָאָרֶץ וַיָּבֹאוּ אֲחֵי יוֹסֵף וַיִּשְׁתַּחֲווּ־לוֹ אַפַּיִם אָרְצָה׃
veyosséf hou hachallít al-ha'árets hou hammachbír lekhol-ám ha'árets vayavó'ou a'hé yosséf vayichta'havou-ló appáyim ártsa
6 Or Yossef gouverne toute la terre, il vend le blé à tous les peuples de la terre. et vinrent les frères de Yossef et ils se prosternèrent devant lui jusqu'à terre
Pourquoi la Torah nous rappelle-t-elle cela ? Nous savons que, où que soit Yossef, on lui déléguait toujours, on lui transmettait le pouvoir, on se déchargeait toujours sur lui de toutes les affaires. Ici Yossef ne se décharge de rien sur personne, aucune délégation. Malgré sa haute fonction, Yossef s'occupe de la vente du blé, du moins des ventes en gros du blé. Pourquoi est-ce important ? Il est important que le blé suffise pour les années de famine. Il est important que ne vienne pas quelque riche marchand, qu'il n'achète pas une énorme quantité de froment – de sorte que l'Égypte n'en ait plus assez pour la septième année – et qu'il ne se mette pas à le revendre à l'Égypte. D'un côté, Yossef a intérêt à ce que l'Égypte vende du blé. De l'autre côté, « pas plus de deux sacs par personne », il doit y avoir une certaine règle. D'une manière ou d'une autre, Yossef s'occupe de toutes les affaires importantes.
וַיַּרְא יוֹסֵף אֶת־אֶחָיו וַיַּכִּרֵם וַיִּתְנַכֵּר אֲלֵיהֶם וַיְדַבֵּר אִתָּם קָשׁוֹת וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם מֵאַיִן בָּאתֶם וַיֹּאמְרוּ מֵאֶרֶץ כְּנַעַן לִשְׁבָּר־אֹכֶל׃
vayár yosséf et-e'háv vayakkirém vaytnakkér alehém vaydabbér ittám kachót vayomer alehém me'áyin batém vayomeroú me'érets kená'an lichbor-ókhel
7 et Yossef vit ses frères, et il les reconnut, mais il n'en laissa rien paraître (il « s'étrangea » d'eux), et il leur parla durement, et il leur dit : « d'où êtes-vous ? » Et ils répondent : « Nous sommes venus de Canaan acheter du blé ».
Le mot vayakkirém (il reconnut) et le mot vaytnakkér (« s'étrangea », se rendit inconnu à eux, « s'inconnut » d'eux) – ce sont des mots d'une seule et même racine : il reconnut, mais ne l'admit pas.
Imaginez-vous le tableau : dix acheteurs venus d'une terre étrangère sont venus demander l'aumône. Devant eux, ce n'est pas leur propre petit frère cadet, mais un grand dignitaire égyptien avec sa suite, en fonction, avec une bague, avec une chaînette d'or. Ça fait peur, à en avoir des frissons ! Et il leur pose une question, et ils ont dit tout de suite et d'où, et pourquoi ils sont venus – des gens ouverts, bons.
וַיַּכֵּר יוֹסֵף אֶת־אֶחָיו וְהֵם לֹא הִכִּרֻהוּ׃
vayakkér yosséf et-e'háv vehém lo hikkiroúhou
8 Et Yossef reconnut ses frères, mais eux ne le reconnurent pas.
Pourquoi la conversation sur le fait que Yossef ne les a pas reconnus se répète-t-elle ? Parce qu'il y a eu aussi la voix. L'un des frères a dit : « Nous sommes de Canaan », quand Yossef a demandé : « D'où êtes-vous » ? Et on aurait pu reconnaître : elle a quelque chose de familier, la voix de cet Égyptien. Non, rien n'a fonctionné.
Par ailleurs, que signifie « il reconnut une deuxième fois » ? D'abord Yossef a vu : voici ses frères. Comment cela se passe-t-il, quand un homme regarde quelqu'un qu'il n'a pas vu pendant, disons, un délai aussi long que 20 ans. On peut dire : « Chimon a grisonné, Réouven a pris un petit ventre, Lévi s'est laissé pousser la barbe ». Mais voilà que certains petits gestes se reconnaissent. Yossef reconnaît constamment ses frères, et pourtant tant d'années ont passé. Il les regarde, il les observe, comme de vieilles connaissances. Il a reconnu leurs voix, mais eux ne l'ont pas reconnu.
וַיִּזְכֹּר יוֹסֵף אֵת הַחֲלֹמוֹת אֲשֶׁר חָלַם לָהֶם וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם מְרַגְּלִים אַתֶּם לִרְאוֹת אֶת־עֶרְוַת הָאָרֶץ בָּאתֶם׃
vayizkór yosséf et ha'halomót achér 'halám lahém vayomer alehém meraggelím attém lir'ót et-ervát ha'árets batém
9 et Yossef se souvint des songes qu'il avait vus à leur sujet, et il leur dit : « Vous êtes des espions, et vous êtes venus voir la nudité de ce pays ! »
La première chose – c'est la profession, « vous êtes des explorateurs professionnels et vous avez été engagés ici (c'est la mission) pour examiner la nudité de notre pays », c'est-à-dire vous êtes venus voir où se trouvent chez nous les points faibles. Naturellement, imaginez-vous la situation où tout le monde alentour a faim, et l'Égypte possède du blé. Là l'argent s'accumule aussi, et les budgets des autres États s'écoulent peu à peu vers l'Égypte. Et, bien sûr, il se trouvera beaucoup d'amateurs pour faire la guerre à l'Égypte. Une économie solide exige une armée solide, un service de sécurité solide. Pourquoi Yossef, s'étant souvenu du songe, les accuse-t-il d'être des explorateurs ? Vous vous souvenez des songes de Yossef ?
Le premier songe était à propos des gerbes. Nous lions des gerbes… Et on ne sait pas si Binyamin était dans ce songe ou non. Mais nous avons déjà dit à l'époque que les gerbes sont liées au blé, que c'est par Yossef que se résoudrait le problème lié au blé. Et voilà, ce songe-là s'est bel et bien réalisé.
Dans le deuxième songe, comme nous nous en souvenons, il y avait des petites étoiles, la lune et le soleil. Et voilà, les petites étoiles étaient onze, onze étoiles, et les frères – dix. C'est effrayant. Effrayant parce que, exactement comme les frères avaient dit en leur temps : « Et si nous vendions Yossef en Égypte, et nous verrons ce qui en sortira », ils pouvaient tout aussi bien dire : « Et si nous vendions aussi Binyamin en Égypte, ou si nous le tuions tout simplement, pour voir comment ça va tourner pour lui avec les onze petites étoiles ». Dans tous les cas : « Comment va Binyamin, où est Binyamin ? » – c'est l'inquiétude principale de Yossef.
Les frères sont venus avec la foule depuis Canaan, mais eux-mêmes, par leurs mères, sont de 'Haran. Ce sont dix hommes, fils de trois mères : Léa, Zilpa et Bilha. Des fils de Ra'hel, il n'y en a pas, l'un d'eux – c'est Yossef, le second est resté à la maison. Et les femmes étaient elles-mêmes de 'Haran, comme leurs parents. C'est-à-dire qu'ils sont venus de Canaan, mais par leur apparence ils ne sont pas cananéens, même s'ils parlent cananéen, peut-être même sans accent, ils n'ont pas l'air des gens de là-bas. Et c'est pourquoi dix hommes, presque une équipe de football, – c'est un très bon groupe de reconnaissance.
En outre, ils sont, très probablement, entrés en Égypte par la porte d'El-Arich – là où l'Égypte construisait constamment des fortifications, là d'où elle attendait le plus le malheur. C'est pourquoi il est naturel pour Yossef de les accuser avant tout selon l'article « Pour espionnage » et de leur dire : « Vous êtes venus ici pour nous espionner ».
וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו לֹא אֲדֹנִי וַעֲבָדֶיךָ בָּאוּ לִשְׁבָּר־אֹכֶל׃
vayomeroú eláv lo adoní va'avadékha bá'ou lichbór-ókhel
10 Et ils lui dirent : « Non, Monseigneur, Nous sommes venus acheter du blé.
À la première question ils ont répondu : « Non, nous ne sommes pas des espions, nous ne sommes pas des explorateurs, nous sommes venus acheter du blé ».
כֻּלָּנוּ בְּנֵי אִישׁ־אֶחָד נָחְנוּ כֵּנִים אֲנַחְנוּ לֹא־הָיוּ עֲבָדֶיךָ מְרַגְּלִים׃
koullánou bené ich-e'hád ná'hnou kením aná'hnou lo-hayoú avadékha meraggelím
11 Nous sommes tous fils d'un seul homme, Honnêtes nous sommes, Nous n'avons jamais été des espions ».
Ils ont dit : « Nous ne sommes pas venus ici en mission spéciale. En outre, nous sommes fils d'un seul homme, nous sommes honnêtes, et nous sommes venus simplement acheter de la nourriture, nous n'avons jamais été des explorateurs ».
À l'accusation selon laquelle ils sont des espions et sont venus en mission de reconnaissance, ils répondent qu'ils sont fils d'un seul homme. La logique ici est la suivante : eh bien, qui donc enverra en reconnaissance, en mission de combat, d'un coup dix de ses fils ? Car si on les « grille », si, à Dieu ne plaise, la mission échoue, tous les dix fils périront. Chose terrible, personne n'agira ainsi.
Il est intéressant que les frères disent d'eux-mêmes kením aná'hnou (nous sommes honnêtes). Dans toute l'Écriture, le mot honnête est employé cinq fois dans ce chapitre, et cela est dit des frères, les frères disent : « Nous – nous sommes honnêtes ». Ceux-là mêmes, les frères, qui pendant vingt ans ont trompé leur père, inventant chaque fois des consolations, gardant le complot. Ce sont précisément eux, c'est précisément de leur honnêteté qu'il est constamment question dans notre chapitre, ce sont précisément eux qui sont appelés honnêtes. Et dites après cela qu'il n'y a pas de satire dans l'Écriture.
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם לֹא כִּי־עֶרְוַת הָאָרֶץ בָּאתֶם לִרְאוֹת׃
vayomer alehém lo ki-ervát ha'árets batém lir'ót
12 Et il leur dit : « Non, Vous n'êtes pas venus ici pour le blé (vous êtes venus sous le couvert d'un achat de blé), mais en réalité vous êtes venus ici pour reconnaître la nudité du pays ».
En d'autres termes : « Je ne vous crois pas, cet argument à vous, comme quoi vous êtes tous fils d'un seul père, bien que vous soyez de trois mères (ils ne l'ont pas dit, mais, somme toute, il y a une certaine différence dans leur apparence). Vous êtes venus ici en mission de reconnaissance, et que vous soyez dix, eh bien, envoyer des frères en reconnaissance – c'est très fort. Ils ne se trahiront pas l'un l'autre même sous la torture, les frères seront prêts à souffrir. Si ce sont des étrangers, en cas d'une quelconque pression, qui a besoin de souffrir pour de l'argent, ils se dénonceront l'un l'autre, tandis que des frères tiendront honnêtement. C'est pourquoi l'argumentation peut être diverse ».
וַיֹּאמְרוּ שְׁנֵים עָשָׂר עֲבָדֶיךָ אַחִים אֲנַחְנוּ בְּנֵי אִישׁ־אֶחָד בְּאֶרֶץ כְּנָעַן וְהִנֵּה הַקָּטֹן אֶת־אָבִינוּ הַיּוֹם וְהָאֶחָד אֵינֶנּוּ׃
vayomeroú cheném assár avadékha a'hím aná'hnou bené ich-e'hád be'érets kená'an vehinné hakkatón et-avínou hayom veha'e'hád enénnou
13 et ils lui dirent : « nous sommes douze, tes serviteurs, frères, fils d'un seul homme dans le pays cananéen. et voici, le petit est resté avec le père, et l'un n'est plus, l'un a disparu (si l'on traduit littéralement, et l'un n'est pas) ».
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יוֹסֵף הוּא אֲשֶׁר דִּבַּרְתִּי אֲלֵכֶם לֵאמֹר מְרַגְּלִים אַתֶּם׃
vayomer alehém yosséf hou achér dibbárti alekhém lemór meraggelím attém
14 Et Yossef leur dit : « Eh bien voilà, je vous l'avais bien dit, que vous êtes des explorateurs ».
Pourquoi, après une telle phrase, Yossef dit-il : « Eh bien, je vous l'avais bien dit … » ? Pour la simple raison que ce frère qui a disparu – c'est lui. Yossef, lui, comprend qu'il s'agit de lui. Peut-être mentent-ils au sujet du petit qui est resté avec le père. Ce n'est pas clair, Binyamin n'a pas encore été présenté et n'a pas été nommé : « Eh bien voilà, vous avez bien perdu un homme, non ? Dans les familles normales, les gens ne disparaissent pas comme ça, peut-être qu'il a été grillé chez vous dans une quelconque mission spéciale, là où il y a des pertes humaines dans une mission comme celle-ci ». Et Yossef n'est pas obligé de leur parler de façon très logique.
Il est tout à fait possible que tout ce que nous disons maintenant, comme j'essaie et comme les commentateurs essaient de se représenter la logique des choses : chez Yossef, c'est une sorte d'année trente-sept en Union soviétique. Yossef peut simplement, de manière autoritaire, « par le tribunal de la troïka » en une seule personne, dire : « Vous êtes des explorateurs, un point c'est tout ! Pourquoi ? Parce que je l'ai décidé ainsi, et maintenant vous allez tous, ici, tous les dix, recevoir chacun dix ans sans droit de correspondance. Quand nous parlons d'une quelconque argumentation apparente, de ce qui se dit pour la forme – pour la forme, peut-être que ça s'est dit, mais tout se passe de différentes manières. Je pense quand même que vous êtes des explorateurs. Voilà, vous voyez, il n'a pas envoyé toute la famille, il a gardé pour lui un petit bonhomme sous surveillance (il ne sait pas encore quel âge a Binyamin : Yossef le sait, mais le fonctionnaire, lui, ne le sait pas). Et quelqu'un chez vous surveille encore la maison, vous n'allez pas tous faire le coup, un frère à vous s'est perdu, vous ne vous ressemblez pas beaucoup les uns les autres. Bref, une famille suspecte ».
בְּזֹאת תִּבָּחֵנוּ חֵי פַרְעֹה אִם־תֵּצְאוּ מִזֶּה כִּי אִם־בְּבוֹא אֲחִיכֶם הַקָּטֹן הֵנָּה׃
bezót tibba'hénou 'he far'ó im-tetse'oú mizzé ki im-bevó a'hikhém hakkatón hénna
15 C'est ainsi que je vous mettrai à l'épreuve : je jure par la vie de Pharaon que vous ne sortirez pas d'ici tant que vous n'aurez pas amené ici le frère cadet.
Yossef aussi a le sens de l'humour : quand il jure faussement, il jure par la vie de Pharaon. Et s'il arrive quelque chose à Pharaon à cause de cela, ce n'est pas un grand malheur. On donne un tel exemple : cela ressemble à une femme qui a volé une petite brebis, l'a apportée à la maison, l'a cachée de ses poursuivants dans le lit, dans la couche de son fils, l'a couverte d'une couverture et ensuite elle montre, et dit : « Voilà, je jure par sa vie, de celui qui est là, sous la couverture, que je n'ai pas pris la petite brebis ». Elle jure, en réalité, par la petite brebis elle-même. Il existe une telle parabole imagée.
Donc, Yossef dit : « Vous amènerez le frère cadet, et lui, même si vous êtes des explorateurs professionnels, lui n'est pas un explorateur professionnel. Ce garçon casanier, le mouton noir de votre famille, sous une petite pression physique racontera tout sur vous, tout ce dont vous vous occupez, quelles affaires vous avez manigancées et, en somme, à cause de son jeune âge et de son inexpérience, à cause de son manque de roublardise et de son manque de bouteille, il racontera tout sur vous. C'est pourquoi, qu'on amène ici votre frère cadet ». Ça, c'est ce que Yossef fait pour la galerie. En réalité, ce qui inquiète Yossef, c'est où est Binyamin. Disent-ils la vérité, que celui-là, qui eynénou (a disparu), c'est à propos de Yossef, et que le cadet est avec le père ? Peut-être que Binyamin non plus n'est déjà plus en vie ? En tout cas, tant que Yossef ne l'aura pas vu, il s'inquiète pour Binyamin. Et il dit aux frères :
שִׁלְחוּ מִכֶּם אֶחָד וְיִקַּח אֶת־אֲחִיכֶם וְאַתֶּם הֵאָסְרוּ וְיִבָּחֲנוּ דִּבְרֵיכֶם הַאֱמֶת אִתְּכֶם וְאִם־לֹא חֵי פַרְעֹהכִּי מְרַגְּלִים אַתֶּם׃
chil'hoú mikkém e'hád veyikká'h et-a'hikhém ve'attém he'aseroú veyibba'hanoú divrekhém ha'emét ittekhém ve'im-ló 'he far'ó ki meraggelím attém
16 Envoyez l'un de vous, et il amènera le frère. Et vous, vous serez en détention, Et vos paroles seront vérifiées : si la vérité est avec vous. Je jure, moi, par Pharaon, que vous êtes des explorateurs ».
וַיֶּאֱסֹף אֹתָם אֶל־מִשְׁמָר שְׁלֹשֶׁת יָמִים׃
vaye'essóf otám el-michmár chelóchet yamím
17 Et il les mit sous garde pour trois jours.
Voyez comme la roue de l'histoire humaine tourne de façon inhabituelle : déjà c'est Yossef qui les met dans la fosse pour trois jours. Et les rôles changent : si auparavant dix frères se penchaient sur Yossef dans la fosse, maintenant Yossef peut les regarder d'en haut. Il les a mis sous garde pour trois jours, mais la libération conditionnelle anticipée – c'est au troisième jour, pas à la fin des trois jours.
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יוֹסֵף בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי זֹאת עֲשׂוּ וִחְיוּ אֶת־הָאֱלֹהִים אֲנִי יָרֵא׃
vayomer alehém yosséf bayom hachelichí zot asoú vi'hyoú et-ha'elohím aní yaré
18 et Yossef leur dit au troisième jour : « Faites ceci et vous resterez en vie, parce que moi, je crains Dieu.
C'est-à-dire : « Regardez comme je suis bon, je crains quand même Dieu, je ferai moins sévèrement que je ne l'ai dit ». D'abord, imaginez que les frères devront choisir un seul, qui ira. Qui plus est, si l'on connaît bien la situation, imaginez que neuf fils sont restés sous garde, et qu'un seul est venu – Réouven, Chimon, Yéhouda, Lévi, Yissakhar... Peu importe qui est venu et dit à Yaakov : « Laisse partir aussi Binyamin ». Qui a garanti à Yaakov que Binyamin non plus ne disparaîtra pas là-bas, et que les dix fils ne disparaîtront pas ? Jamais de la vie Yaakov n'enverra Binyamin, et, en somme, c'est clair pour tout le monde et, très probablement, c'est clair aussi pour Yossef. Mais il laisse aux frères trois jours pour de telles réflexions. Et le troisième jour il vient et dit : « Je crains quand même Dieu ».
אִם־כֵּנִים אַתֶּם אֲחִיכֶם אֶחָד יֵאָסֵר בְּבֵית מִשְׁמַרְכֶם וְאַתֶּם לְכוּ הָבִיאוּ שֶׁבֶר רַעֲבוֹן בָּתֵּיכֶם׃
im-kením attém a'hikhém e'hád ye'assér bevét michmarkhém ve'attém lekhoú haví'ou chéver ra'avón battekhém
19 Si vous êtes honnêtes, l'un de vos frères restera sous garde, et vous, allez et apportez à la maison vos achats, ce que vous avez acheté, afin de délivrer vos maisons de la faim.
Pourquoi Yossef agit-il ainsi ? De nouveau, il s'agit de Binyamin. Il faut que le blé arrive à la maison, parce que Yossef, lui, sait qu'autour il y a vraiment la famine. Et pour que Binyamin n'ait pas faim, le blé doit parvenir jusqu'à la maison. C'est pourquoi neuf frères partiront, pour qu'on apporte à coup sûr des provisions à tous.
וְאֶת־אֲחִיכֶם הַקָּטֹן תָּבִיאוּ אֵלַי וְיֵאָמְנוּ דִבְרֵיכֶם וְלֹא תָמוּתוּוַיַּעֲשׂוּ־כֵן׃
ve'et-a'hikhém hakkatón taví'ou eláy veye'amenoú divrekhém veló tamoútou vaya'asou-khén
20 Et votre petit frère cadet, amenez-le-moi, et nous confronterons vos dépositions, nous vérifierons vos paroles, et vous ne mourrez pas ». Et ils firent ainsi.
Voilà la proposition que Yossef leur a faite. Les frères restent désemparés : non, c'est, bien sûr, mieux que d'envoyer un seul. Et pourtant les frères commencent à réfléchir : « Qu'avons-nous fait ? » Et la situation devient tellement « déjà-vu » – cela leur rappelle quelque chose.
וַיֹּאמְרוּ אִישׁ אֶל־אָחִיו אֲבָל אֲשֵׁמִים אֲנַחְנוּ עַל־אָחִינוּ אֲשֶׁר רָאִינוּ צָרַת נַפְשׁוֹ בְּהִתְחַנְנוֹ אֵלֵינוּ וְלֹא שָׁמָעְנוּ עַל־כֵּן בָּאָה אֵלֵינוּ הַצָּרָה הַזֹּאת׃
vayomeroú ich el-a'hív avál achemím aná'hnou al-a'hínou achér ra'ínou tsarát nafchó behit'hanenó elénou veló chamánou al-kén bá'a elénou hattsará hazzót
21 Et ils dirent frère à frère : « Nous sommes coupables envers notre petit frère, Car nous avons vu le malheur de son âme, quand il nous suppliait, et nous ne l'avons pas entendu. C'est pour cela que ce malheur est venu sur nous ».
Vous vous souvenez, au début de la section hebdomadaire précédente, quand Yossef s'approchait d'eux (37,19), ils dirent chacun à son frère : « Voici que s'approche le rêveur ». Maintenant ils parlent de nouveau frère à frère.
Les commentateurs remarquent, et nous l'avons dit dans la section précédente, que les instigateurs de l'histoire avec Yossef étaient Chimon et Lévi, le deuxième et le troisième après Réouven (Réouven avait pris une autre position). Il est tout à fait possible qu'ici Chimon et Lévi, en tant qu'activistes, commencent à en discuter entre eux, ce ne sont pas tous les dix qui se sont mis à parler. Et il est tout à fait possible qu'ici Chimon et Lévi échangent entre eux : « Voilà, nous n'avons pas écouté alors, quand notre frère pleurait ».
וַיַּעַן רְאוּבֵן אֹתָם לֵאמֹר הֲלוֹא אָמַרְתִּי אֲלֵיכֶם לֵאמֹר אַל־תֶּחֶטְאוּ בַיֶּלֶד וְלֹא שְׁמַעְתֶּם וְגַם־דָּמוֹ הִנֵּה נִדְרָשׁ׃
vayá'an re'ouvén otám lemór haló amárti alekhém lemór al-te'het'oú vayéled veló chematém vegam-damó hinné nidrách
22 Et Réouven leur répondit, disant : « Je vous l'avais bien dit – Ne péchez pas avec ce garçon, Et vous n'avez pas entendu. Et voici que maintenant son sang nous est réclamé ».
וְהֵם לֹא יָדְעוּ כִּי שֹׁמֵעַ יוֹסֵף כִּי הַמֵּלִיץ בֵּינֹתָם׃
vehem lo yade'oú ki choméya yosséf ki hammelíts benotám
23 Ils ne savaient pas que Yossef entend cela, parce qu'ils parlaient par l'intermédiaire d'un interprète.
Qui d'entre eux est ici un bon explorateur ? Yossef est un bon explorateur.
וַיִּסֹּב מֵעֲלֵיהֶם וַיֵּבְךְּ וַיָּשָׁב אֲלֵהֶם וַיְדַבֵּר אֲלֵהֶם וַיִּקַּח מֵאִתָּם אֶת־שִׁמְעוֹן וַיֶּאֱסֹר אֹתוֹ לְעֵינֵיהֶם׃
vayissóv me'alehém vayévk vayáchov alehém vaydabbér alehém vayikká'h me'ittám et-chim'ón vaye'essór otó le'enehém
24 Et il s'éloigna d'eux, et pleura. Et il revint vers eux, et parla avec eux, et prit d'entre eux Chimon, et le mit en détention devant leurs yeux.
Yossef est un grand pleureur. Nous verrons plusieurs fois comment Yossef pleure, pleure sur ses frères. Si d'abord, comme il est écrit, il vaytnakkér (s'est rendu étranger) à eux, ici, en les observant, en écoutant leurs voix, en écoutant leurs disputes et même leurs chamailleries, Yossef commence à se souvenir d'eux. et il s'éloigna et pleura.
Pourquoi a-t-il pris Chimon ? Parce qu'il était le principal instigateur de toute cette histoire, et parce que Chimon et Lévi, à tout hasard, il faut les séparer, puisque s'ils sont ensemble, il faut s'attendre de leur part à un malheur.
וַיְצַו יוֹסֵף וַיְמַלְאוּ אֶת־כְּלֵיהֶם בָּר וּלְהָשִׁיב כַּסְפֵּיהֶם אִישׁ אֶל־שַׂקּוֹ וְלָתֵת לָהֶם צֵדָה לַדָּרֶךְ וַיַּעַשׂ לָהֶם כֵּן׃
vaytsáv yosséf vaymal'oú et-kelehém bar oulhachív kaspehém ich el-sakkó velatét lahém tsedá laddárekh vayá'as lahém ken
25 Et Yossef ordonna, et ils remplirent tous leurs récipients, tous leurs contenants de froment, et il ordonna de mettre à chacun dans leur sac leur argent, et de leur donner des provisions pour la route.
Pourquoi leur donner des provisions pour la route ? Pour qu'en route ils n'ouvrent pas les sacs. En plus du fait qu'ils voyagent avec des sacs pleins, avec leurs propres contenants, on leur a encore donné des provisions pour la route, pour qu'ils arrivent sans encombre à la maison et n'ouvrent pas les sacs. C'est le piège de Yossef. Il est clair qu'il ne fait pas ainsi pour chacun.
וַיִּשְׂאוּ אֶת־שִׁבְרָם עַל־חֲמֹרֵיהֶם וַיֵּלְכוּ מִשָּׁם׃
vayis'oú et-chivrám al-'hamorehém vayelekhoú michám
26 Et ils chargèrent leur blé sur leurs ânes, Et partirent de là.
Donc, nous nous sommes arrêtés au moment où les frères de Yossef, ayant laissé Chimon comme otage, c'est-à-dire à neuf, très probablement sur dix ânes, partent d'Égypte pour Canaan.
Chaque âne, à peu près, pour autant que nous le sachions, peut porter une charge allant jusqu'à 140 kilogrammes. Sur lui est assis un homme adulte âgé d'environ trente-quarante ans. On peut supposer qu'il pèse quelque 70 kilogrammes. Et ainsi, il reste 70 kilogrammes pour le grain, et sur 10 ânes on peut envoyer 700 kilogrammes de grain. Dans la famille de Yaakov, comme nous le savons, il y a 70 âmes à peu près, enfants compris. Et 700 kilogrammes pour 70 âmes – ce n'est pas tellement de farine : avec une consommation très modeste, cela suffira pour deux-trois mois, c'est-à-dire que cela ne règle pas la question pour longtemps. Voilà la situation qui se produit quand les frères partent pour Canaan.
וַיִּפְתַּח הָאֶחָד אֶת־שַׂקּוֹ לָתֵת מִסְפּוֹא לַחֲמֹרוֹ בַּמָּלוֹן וַיַּרְא אֶת־כַּסְפּוֹ וְהִנֵּה־הוּא בְּפִי אַמְתַּחְתּוֹ׃
vayiftá'h ha'e'hád et-sakkó latét mispó la'hamoró bammalón vayár et-kaspó vehinne-hoú befí amta'htó
27 Et l'un d'eux ouvrit son sac, pour donner de la nourriture à son âne à l'auberge, Et il vit son argent : Le voici dans la bourse.
L'un des frères ouvre sa sacoche pour donner de la nourriture à son âne. Pourquoi est-ce nécessaire, pourquoi un seul ouvre-t-il ? Parce que Yossef, d'un côté, leur avait donné des provisions pour tout le trajet, pour chacun de ceux qui étaient partis. Pour l'âne de Chimon, personne n'avait donné de provisions, parce que Chimon était resté en Égypte. Et alors Lévi, ayant nourri l'âne de Chimon de ses propres provisions, données par Yossef, ouvrit le sac pour nourrir son propre âne (c'est ce que pense la majorité des commentateurs : l'âne de Chimon, c'est très probablement Lévi qui a pu le nourrir). Et voilà que Lévi ouvre son sac et voit que voici son argent, même dans le même petit sac, dans la même petite bourse, dans laquelle il était.
וַיֹּאמֶר אֶל־אֶחָיו הוּשַׁב כַּסְפִּי וְגַם הִנֵּה בְאַמְתַּחְתִּי וַיֵּצֵא לִבָּם וַיֶּחֶרְדוּ אִישׁ אֶל־אָחִיו לֵאמֹר מַה־זֹּאת עָשָׂה אֱלֹהִים לָנוּ׃
vayomer el-e'hávLa translittération de l'original porte ici « a'háv » (« ses frères ») ; le texte hébreu vocalisé a « e'háv », que suit le français. houcháv kaspí vegám hinné ve'amta'htí vayetsé libbám vaye'herdoú ich el-a'hív lemór ma-zót assá elohím lánou
28 Et il dit à ses frères : « Mon argent est revenu, et même dans ma petite bourse ». Et leur cœur sombraLe russe dit littéralement que leur cœur « se coucha », comme le soleil se couche ; le français rend cette image par « sombra »., et ils eurent peur, et ils se regardaient l'un l'autre, disant : « Qu'est-ce que Dieu nous fait là ? »
Que de choses incompréhensibles, que de choses étranges autour de l'expédition des frères en Égypte. Et, quand on a laissé Chimon, on pouvait dire : « Eh bien voilà, c'est le châtiment de Chimon pour avoir, à l'époque, voulu plus que tous vendre Yossef ». Et pourquoi il y a châtiment, cela peut tout à fait se comprendre. Mais pourquoi on a rendu l'argent, d'où est soudain venue la récompense – c'est complètement incompréhensible. Et n'y a-t-il pas là quelque piège ?
La tradition dit que le Très-Haut règle ses comptes avec les méchants dans ce monde. Si un méchant a fait quelque bonne action, il reçoit immédiatement la récompense, pour que dans le monde à venir il n'ait aucun compte ouvert. De même, un juste, s'il fait quelque chose de mal, reçoit immédiatement le châtiment, pour ne pas le punir dans le monde à venir, il existe une telle approche. Et ici on ne comprend pas : « Pourquoi le Très-Haut nous envoie cet argent ? Qu'est-ce que c'est ? Que se passe-t-il ? » Cela fait très peur. Mais cela ne fait pas peur au point que tous les frères ouvrent leurs sacs. Au bout d'un temps long ou court, ils arrivent en Canaan.
וַיָּבֹאוּ אֶל־יַעֲקֹב אֲבִיהֶם אַרְצָה כְּנָעַן וַיַּגִּידוּ לוֹ אֵת כָּל־הַקֹּרֹת אֹתָם לֵאמֹר׃
vayavóou el-yaakóv avihém ártsa kená'an vayaggídou lo et kol-hakkorót otám lemór
29 Et ils vinrent vers leur père, Yaakov, dans le pays cananéen, et ils racontèrent tout ce qui leur était arrivé, disant :
Yaakov, en tout premier lieu, bien sûr, vit qu'il manquait Chimon. Peu importe combien de froment ils avaient apporté, les sacs se voient, et on voit qu'on a rapporté du froment, mais où est Chimon ? C'est la question la plus terrible. Et ils disent ceci :
דִּבֶּר הָאִישׁ אֲדֹנֵי הָאָרֶץ אִתָּנוּ קָשׁוֹת וַיִּתֵּן אֹתָנוּ כִּמְרַגְּלִים אֶת־הָאָרֶץ׃
dibbér ha'ích adoné ha'árets ittánou kachót vayittén otánou kimraggelím et-ha'árets
30 « Ce chef-de-la-terre dans le pays de là-bas nous a parlé durement et nous a soupçonnés, nous a livrés, nous a rangés parmi les explorateurs de la terre.
וַנֹּאמֶר אֵלָיו כֵּנִים אֲנָחְנוּ לֹא הָיִינוּ מְרַגְּלִים׃
vannómer eláv kením aná'hnou lo hayínou meraggelím
31 Et nous, nous lui avons dit : « Nous sommes des gars honnêtes, Nous n'avons jamais été des explorateurs, ce n'est pas notre spécialité.
שְׁנֵים־עָשָׂר אֲנַחְנוּ אַחִים בְּנֵי אָבִינוּ הָאֶחָד אֵינֶנּוּ וְהַקָּטֹן הַיּוֹם אֶת־אָבִינוּ בְּאֶרֶץ כְּנָעַן׃
chenem-assár aná'hnou a'hím bené avínou ha'e'hád enénnou vehakkatón hayóm et-avínou be'érets kená'an
32 Nous sommes douze frères, fils d'un seul père. l'un n'est plus, et le petit est aujourd'hui avec notre père dans la terre cananéenne ».
Le petit, nous nous en souvenons, c'est Binyamin, il a 30 ans, mais ils parlent exactement de la même façon avec leur père aussi.
וַיֹּאמֶר אֵלֵינוּ הָאִישׁ אֲדֹנֵי הָאָרֶץ בְּזֹאת אֵדַע כִּי כֵנִים אַתֶּם אֲחִיכֶם הָאֶחָד הַנִּיחוּ אִתִּי וְאֶת־רַעֲבוֹן בָּתֵּיכֶם קְחוּ וָלֵכוּ׃
vayomer elénou ha'ích adoné ha'árets bezót edá ki khením attém a'hikhém ha'e'hád hanní'hou ittí ve'et-ra'avón battekhém ke'hoú valékhou
33 Et le maître de ce pays nous dit : « c'est ainsi que je vérifierai, c'est ainsi que je saurai que vous êtes honnêtes : laissez l'un de vos frères avec moi, et ce qui est nécessaire pour apaiser la faim de votre maison, prenez-le et allez.
וְהָבִיאוּ אֶת־אֲחִיכֶם הַקָּטֹן אֵלַי וְאֵדְעָה כִּי לֹא מְרַגְּלִים אַתֶּם כִּי כֵנִים אַתֶּם אֶת־אֲחִיכֶם אֶתֵּן לָכֶם וְאֶת־הָאָרֶץ תִּסְחָרוּ׃
vehavíou et-a'hikhém hakkatón eláy ve'ede'á ki lo meraggelím attém ki khením attém et-a'hikhém ettén lakhém ve'et-ha'árets tis'hárou
34 Amenez-moi votre frère cadet, et je saurai que vous n'êtes pas des explorateurs, que vous êtes honnêtes. Je vous rendrai votre frère (Chimon), et vous ferez du commerce dans la terre ».
Le mot sá'har (commerce). Parfois on dit chákher, sa'hár-ma'hár ou chákher-mákher (vendu-acheté) – il vient du mot lesa'hrér (tourner en rond, faire un tour, faire tourner l'argent et tourner à travers le pays). C'est-à-dire : « Vous pourrez librement vous déplacer avec votre commerce à travers le pays ». Apparemment, seul Yossef pouvait donner de tels documents pour le droit de commercer, et la première fois il fallait obtenir de lui l'autorisation. Inutile de rappeler que Yossef ne leur avait rien dit de semblable, il n'avait pas été question de commerce. Et les frères ajoutent cela d'eux-mêmes, soit comme interprétation des paroles de Yossef, soit en se souvenant de l'histoire de Dina. Nous avons lu (34,9.10), quand Ch'khem et 'Hamor sont venus, qu'ils ont dit : « Nous nous marierons avec vous, et nous serons un seul peuple, et vous ferez du commerce à travers notre terre, vous conclurez avec nous un accord ». À l'époque, cela avait plu à Yaakov. Et les frères comprennent : les provisions, elles, ne suffiront pas longtemps, cette expédition-ci, elle n'est pas une solution. Mais la possibilité de faire en Égypte des achats en gros, de les transporter en Canaan et même de les revendre et, peut-être, de gagner beaucoup d'argent — c'est une solution sérieuse. Et il faudrait persuader le père de laisser partir Binyamin, et pour cela il faut utiliser l'argumentation qui plaît à Yaakov. À l'époque, dans le cas de Ch'khem, il n'était pas contre, c'est pourquoi il faut lui rappeler les possibilités du commerce. Yaakov aime cela. Voilà ce qu'ils lui ont raconté. Qu'est-ce qu'ils ne lui ont pas encore raconté ? Que Lévi (très probablement, c'était Lévi) avait trouvé la bourse rendue, avec l'argent. Au verset 35 nous lisons la suite de l'histoire :
וַיְהִי הֵם מְרִיקִים שַׂקֵּיהֶם וְהִנֵּה־אִישׁ צְרוֹר־כַּסְפּוֹ בְּשַׂקּוֹ וַיִּרְאוּ אֶת־צְרֹרוֹת כַּסְפֵּיהֶם הֵמָּה וַאֲבִיהֶם וַיִּירָאוּ׃
vayhí hem merikím sakkehém vehinne-ích tseror-kaspó besakkó vayir'oú et-tserorót kaspehém hémma va'avihém vayiráou
35 Et voici, ils vidaient leurs sacs, et chacun avait – sa petite bourse avec l'argent (son petit paquet de sous), Et ils virent les paquets d'argent, eux et leur père, Et ils eurent peur.
Quand ils virent que les petits sous s'étaient retrouvés chez Lévi, ils eurent peur d'une peur atroce, terrible. Mais quand ils virent que chacun d'eux avait ce petit sac, ils eurent simplement peur, pas si fort que la première fois. À quoi cela ressemble-t-il ? Si vous sortez le matin vers la boîte aux lettres, vous voyez une grande enveloppe marron, dans laquelle n'arrivent pas toujours de bonnes lettres (cela ne suscite pas toujours des émotions joyeuses), alors vous la sortez et pensez : « Qu'est-ce que ça pourrait bien être ? Peut-être ai-je oublié quelque dette, peut-être est-il apparu un impôt sur la non-célébration du Nouvel An ou, au contraire, sur la salade Olivier, qu'on va maintenant exiger de moi ici ? » Et ce n'est, bien sûr, pas très agréable. Et là vous remarquez que dans toutes les boîtes aux lettres il y a une lettre semblable. Cela rassure un peu une personne. De même, cela a rassuré les frères aussi. Mais Yaakov, apparemment, a soupçonné quelque chose de mauvais, parce que c'est justement après ces événements que Yaakov dit :
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יַעֲקֹב אֲבִיהֶם אֹתִי שִׁכַּלְתֶּם יוֹסֵף אֵינֶנּוּ וְשִׁמְעוֹן אֵינֶנּוּ וְאֶת־בִּנְיָמִן תִּקָּחוּ עָלַי הָיוּ כֻלָּנָה׃
vayomer alehém yaakóv avihém otí chikkaltém yosséf enénnou vechim'ón enénnou ve'et-binyamín tikká'hou aláy hayoú khoullána
36 Et Yaakov, leur père, leur dit : « Vous m'avez privé d'enfants. Yossef n'est plus, et Chimon n'est plus, Vous allez encore prendre Binyamin, et sur moi ils seront tous ».
Av chakoúl – c'est un père qui a perdu ses enfants : « Vous m'avez rendu orphelin de mes enfants ». En russe, peut devenir orphelin un enfant qui a perdu ses parents, en hébreu c'est lehit'yatém. Mais en hébreu il y a aussi un mot pour quand des parents perdent des enfants, cela s'appelle chakoúl. Si, par exemple, des enfants périssent dans des attentats, à Dieu ne plaise, alors une telle famille s'appelle michpa'há chikoulá et, en conséquence, av (père) chakoúl, em (mère) chakoulá.
Yaakov craint que, peut-être, les enfants n'aient pas donné l'argent, mais aient laissé Chimon là-bas, et que maintenant Chimon soit perdu. Ou bien, puisqu'on a rendu l'argent, maintenant ils considéreront Chimon comme un otage. En tout cas, cela effraie Yaakov, et il pense que, puisque l'argent est revenu, alors, peut-être, Chimon ne reviendra pas. Et voici la réponse : « Les gars, Binyamin, je ne le laisserai pas partir avec vous ». Et il dit cela alors qu'on vient seulement de vider les sacs, il y a encore une réserve, il y a encore du temps pour décider, il y a du temps pour réfléchir. Mais voici comment Réouven réagit à cela :
וַיֹּאמֶר רְאוּבֵן אֶל־אָבִיו לֵאמֹר אֶת־שְׁנֵי בָנַי תָּמִית אִם־לֹא אֲבִיאֶנּוּ אֵלֶיךָ תְּנָה אֹתוֹ עַל־יָדִי וַאֲנִי אֲשִׁיבֶנּוּ אֵלֶיךָ׃
vayomer re'ouvén el-avív lemór et-chené vanáy tamít im-ló avi'énnou elékha tená otó al-yadí va'aní achivénnou elékha
37 Et Réouven lui dit (à son père), disant : « Tue mes deux fils, si je ne te l'amène pas (Binyamin). Donne-le-moi, et je te le rendrai ».
Réouven a quatre fils. L'aîné s'appelle 'Hanokh, et ce sont déjà des enfants assez grands. Voilà l'approche de Réouven. Évidemment, il ne s'attend pas à ce que Yaakov vienne la nuit et dise : « 'Hanokh, Palou, venez avec moi », qu'il les emmène en rase campagne, sorte un fusil et les fusille ou, Dieu nous en préserve, les égorge dans leur sommeil. Il ne s'agit pas de cela. Est-ce que cela ressemble à Yaakov, et est-il raisonnable de faire une telle proposition ? Mais, au fond, Réouven dit : « Que ta malédiction tue deux de mes enfants ». C'est-à-dire : « Je jure sur la vie de deux de mes enfants, sur mes deux enfants, que je te les (Chimon et Binyamin) rendrai ». Mais comment cela peut-il réjouir Yaakov ? On ne comprend pas. Le fougueux Réouven avance une telle proposition, à laquelle Yaakov ne réagit pas comme celui-ci l'attend.
וַיֹּאמֶר לֹא־יֵרֵד בְּנִי עִמָּכֶם כִּי־אָחִיו מֵת וְהוּא לְבַדּוֹ נִשְׁאָר וּקְרָאָהוּ אָסוֹן בַּדֶּרֶךְ אֲשֶׁר תֵּלְכוּ־בָהּ וְהוֹרַדְתֶּם אֶת־שֵׂיבָתִי בְּיָגוֹן שְׁאוֹלָה׃
vayomer lo-yeréd bení immakhém ki-a'hív met vehoú levaddó nich'ár oukra'áhou asón baddérekh achér telekhou-vá vehoradtém et-sevatí beyagón cheóla
38 Et il dit : « Mon fils n'ira pas avec vous, parce que son frère est mort, et il est resté seul, Et s'il lui arrive quelque malheur en chemin, sur la route par laquelle vous irez, vous ferez descendre mes cheveux blancs dans l'affliction au chéol, dans la tombe ».
Cette expression, Yéhouda la répétera ensuite à Yossef directement et un tout petit peu modifiée.
Il est intéressant que David aussi, quand il donne ses instructions à Chlomo, dit par exemple au sujet de Yoav, qui a tué Amassa, fils de Yéter : « Agis donc selon ta sagesse et ne laisse pas ses cheveux blancs descendre au cheól en paix ». Au cheól, dans la tombe, comme certains traduisent pas très correctement, aux enfers on peut descendre de différentes manières. Et au sujet de Chimi, fils de Guéra, il dit : « Fais descendre ses cheveux blancs dans le sang aux enfers ».
C'est-à-dire qu'il est clair que tout homme est mortel, tout homme tôt ou tard finit dans la tombe. Mais ici Yaakov dit : « Vous me laisserez mourir dans le chagrin, si en plus Binyamin disparaît, alors je ne mourrai pas en paix ».
Ici commence le chapitre 43 du livre de Béréchit.
וְהָרָעָב כָּבֵד בָּאָרֶץ׃
vehara'áv kavéd ba'árets
1 Or sur la terre vint une lourde famine.
וַיְהִי כַּאֲשֶׁר כִּלּוּ לֶאֱכֹל אֶת־הַשֶּׁבֶר אֲשֶׁר הֵבִיאוּ מִמִּצְרָיִם וַיֹּאמֶר אֲלֵיהֶם אֲבִיהֶם שֻׁבוּ שִׁבְרוּ־לָנוּ מְעַט־אֹכֶל׃
vayhí ka'achér killoú le'ekhól et-hachéver achér hevíou mimmitsráyim vayomer alehém avihém choúvou chivrou-lánou me'at-ókhel
2 Et il arriva, quand ils eurent fini de manger ce qui avait été apporté d'Égypte, Et leur père leur dit : « retournez et achetez-nous un tout petit peu de nourriture ».
Il y a là une sorte de sens : « Peut-être qu'on nous vendra un tout petit peu de nourriture, il n'y a pas besoin pour cela d'autorisations spéciales. Peut-être pourra-t-on se passer de Binyamin, si nous venons et disons : allez, un tout petit peu, donnez provisoirement, pendant que nous réfléchissons, donnez un tout petit peu, parce qu'il n'y a déjà presque plus du tout de nourriture ».
וַיֹּאמֶר אֵלָיו יְהוּדָה לֵאמֹר הָעֵד הֵעִד בָּנוּ הָאִישׁ לֵאמֹר לֹא־תִרְאוּ פָנַי בִּלְתִּי אֲחִיכֶם אִתְּכֶם׃
vayomer eláv yehoudá lemór ha'éd he'íd bánou ha'ích lemór lo-tir'oú fanáy biltí a'hikhém ittekhém
3 Et Yéhouda lui dit, en disant : « Cet homme a témoigné, en disant : “vous ne verrez pas mon visage sans que votre frère soit avec vous”.
Ici Yéhouda intervient avec son argumentation, et c'est un peu autrement que chez Réouven.
אִם־יֶשְׁךָ מְשַׁלֵּחַ אֶת־אָחִינוּ אִתָּנוּ נֵרְדָה וְנִשְׁבְּרָה לְךָ אֹכֶל׃
im-yechkhá mechalléa'h et-a'hínou ittánou neredá venichberá lekhá ókhel
4 Si tu acceptes quand même d'envoyer notre frère avec nous, nous irons et nous t'apporterons de la nourriture.
וְאִם־אֵינְךָ מְשַׁלֵּחַ לֹא נֵרֵד כִּי־הָאִישׁ אָמַר אֵלֵינוּ לֹא־תִרְאוּ פָנַי בִּלְתִּי אֲחִיכֶם אִתְּכֶם׃
ve'im-enekhá mechalléa'h lo neréd ki-ha'ích amár elénou lo-tir'oú fanáy biltí a'hikhém ittekhém
5 Et si tu n'envoies pas, nous n'irons pas, parce que cet homme nous a dit : vous ne verrez pas mon visage si votre frère n'est pas avec vous ».
Yéhouda répète ce qu'il a déjà dit et explique à Yaakov : « Tu envoies – nous allons, tu n'envoies pas – nous n'allons pas. Et tout dépend de toi, et non de cet homme, parce que cet homme nous a déjà dit clairement tout ce qu'il veut ».
וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל לָמָה הֲרֵעֹתֶם לִי לְהַגִּיד לָאִישׁ הַעוֹד לָכֶם אָח׃
vayomer yisraél lamá hare'otém li lehaggíd la'ích ha'ód lakhém a'h
6 Et Yisraël dit : « Pourquoi m'avez-vous fait du mal, en disant à cet homme que vous avez un frère ? »
C'est-à-dire : « Pourquoi lui avez-vous seulement raconté que vous avez un frère ?! » Et c'est déjà le début du consentement. L'homme a d'abord nié la situation, maintenant il commence à l'accepter et dit : « Pourquoi donc avez-vous fait tout cela ? Pourquoi une telle situation s'est-elle produite ? » C'est, bien sûr, vexant, mais il est pourtant clair qu'aucun des frères ne savait que tout finirait ainsi.
וַיֹּאמְרוּ שָׁאוֹל שָׁאַל־הָאִישׁ לָנוּ וּלְמוֹלַדְתֵּנוּ לֵאמֹר הַעוֹד אֲבִיכֶם חַי הֲיֵשׁ לָכֶם אָח וַנַגֶּד־לוֹ עַל־פִּי הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה הֲיָדוֹעַ נֵדַע כִּי יֹאמַר הוֹרִידוּ אֶת־אֲחִיכֶם׃
vayomeroú cha'ól cha'al-ha'ích lánou oulmoladténou lemór ha'ód avikhém 'hay hayéch lakhém a'h vanagged-ló al-pí haddevarím ha'élle hayadóa nedá ki yomár horídou et-a'hikhém
7 Et ils dirent : « Cet homme nous a posé des questions sur notre lieu de naissance, en disant : Votre père est-il encore vivant ? Avez-vous un frère ? Et nous lui avons répondu à ces questions. Savions-nous qu'il dirait : “faites descendre, Amenez votre frère” ?
Yéhouda essaie quand même de résoudre le différend, Yéhouda cherche une argumentation qui, pour parler simplement, « fera plier » Yaakov, qui permettra quand même à Yaakov de prendre une décision.
וַיֹּאמֶר יְהוּדָה אֶל־יִשְׂרָאֵל אָבִיו שִׁלְחָה הַנַּעַר אִתִּי וְנָקוּמָה וְנֵלֵכָה וְנִחְיֶה וְלֹא נָמוּת גַּם־אֲנַחְנוּ גַם־אַתָּה גַּם־טַפֵּנוּ׃
vayomer yehoudá el-yisraél avív chil'há hanná'ar ittí venakoúma venelékha veni'h'yé veló namoút gam-aná'hnou gam-attá gam-tappénou
8 Et Yéhouda dit à Yisraël, son père : « Envoie ce garçon avec moi, et Nous irons, et nous reviendrons, et Nous vivrons, et nous ne mourrons pas – Et nous, et toi, et nos enfants.
Si vous vous en souvenez, ce sont les paroles de Yaakov lui-même. Il est bon d'argumenter avec un homme dans sa propre langue. Quand Yaakov les a envoyés pour la première fois en Égypte, il a dit : « Allez, descendez-y, nous vivrons et nous ne mourrons pas ». Et ici Yéhouda construit un argument pour Yaakov sur ses propres paroles, mais il ajoute : « Et nous, et toi, et nos enfants ». Et c'est un ajout très beau par rapport à ce qu'a dit Réouven : « Tue mes deux enfants ». La mort, la vie – Yéhouda argumente par la vie : « Nous pourrons vivre, et toi tu pourras vivre, et nos petits, tes petits-enfants, tes arrière-petits-enfants pourront vivre aussi ».
Au verset 9, Yéhouda parle le langage d'un serment classique pour cette époque :
אָנֹכִי אֶעֶרְבֶנּוּ מִיָּדִי תְּבַקְשֶׁנּוּ אִם־לֹא הֲבִיאֹתִיו אֵלֶיךָ וְהִצַּגְתִּיו לְפָנֶיךָ וְחָטָאתִי לְךָ כָּל־הַיָּמִים׃
anokhí e'ervénnou miyadí tevakchénnou im-ló havi'otív elékha vehittsagtív lefanékha ve'hatáti lekhá kol-hayamím
9 Je serai son garant, De ma main tu le réclameras. Si je ne te le ramène pas et ne le présente pas devant toi, je serai pécheur devant toi tous les jours de ta vie.
C'est impossible à se représenter, c'est un serment très sévère pour ces temps-là, la chose la plus sérieuse que Yéhouda pouvait dire. Cela pouvait tuer les enfants de Yéhouda, tuer Yéhouda lui-même, parce qu'il dit : « Je serai pour toute la vie, entièrement et à jamais coupable devant toi ». Et il ajoute :
כִּי לוּלֵא הִתְמַהְמָהְנוּ כִּי־עַתָּה שַׁבְנוּ זֶה פַעֲמָיִם׃
ki loulé hitmahmáhnou ki-attá chávnou ze fa'amáyim
10 Si nous n'avions pas tardé, nous serions déjà revenus deux fois ».
C'est-à-dire : « Si nous n'avions pas tardé, tu aurais déjà vu Binyamin, tu saurais déjà que tout va bien pour Binyamin ». Remarquez comme l'argumentation de Yéhouda se construit de façon intéressante, belle, comme il réalise son leadership par rapport à la façon dont Réouven essaie d'être un leader. Cette lutte va continuer, nous le verrons aussi en Égypte.
וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יִשְׂרָאֵל אֲבִיהֶם אִם־כֵּן אֵפוֹא זֹאת עֲשׂוּ קְחוּ מִזִּמְרַת הָאָרֶץ בִּכְלֵיכֶם וְהוֹרִידוּ לָאִישׁ מִנְחָה מְעַט צֳרִי וּמְעַט דְּבַשׁ נְכֹאת וָלֹט בָּטְנִים וּשְׁקֵדִים׃
vayomer alehém yisraél avihém im-kén efó zot asoú ke'hoú mizzimrát ha'árets bikhlekhém vehorídou la'ích min'há me'át tsorí oum'át devách nekhót valót botním ouchkedím
11 Et Yisraël, leur père, leur dit : « S'il en est ainsi, alors faites ceci : donnez des fruits de la terre dans vos récipientsLe russe dit bien « donnez des fruits de la terre dans vos récipients », sans doute au sens de « prenez-en dans vos récipients » ; nous l'avons traduit littéralement., et apportez à l'homme un présent, un tout petit peu d'encens, un tout petit peu de miel, des noix, des pistaches et des amandes.
Le mot botním en hébreu moderne signifie arachides, mais dans l'hébreu de la Torah, ce sont des pistaches.
וְכֶסֶף מִשְׁנֶה קְחוּ בְיֶדְכֶם וְאֶת־הַכֶּסֶף הַמּוּשָׁב בְּפִי אַמְתְּחֹתֵיכֶם תָּשִׁיבוּ בְיֶדְכֶם אוּלַי מִשְׁגֶּה הוּא׃
vekhéssef michné ke'hoú veyedkhém ve'et-hakkéssef hammoucháv befí amte'hotekhém tachívou veyedkhém ouláy michgé hou
12 Et prenez une double somme d'argent (parce qu'il est tout à fait possible que les vivres aient renchéri, et maintenant il faut payer deux fois plus), Et cet argent qu'on vous a rendu, qui était dans les petites bourses, rendez-le aussi. C'est peut-être une erreur.
וְאֶת־אֲחִיכֶם קָחוּ וְקוּמוּ שׁוּבוּ אֶל־הָאִישׁ׃
ve'et-a'hikhém ká'hou vekoúmou choúvou el-ha'ích
13 Et prenez votre frère, retournez vers cet homme.
Ainsi parla Yaakov. Le commentaire dit qu'il demanda : « Vous faut-il encore quelque chose, ai-je tout dit ? » Et les frères disent : « Il nous faut encore ta prière, nous ne voulons aller nulle part sans ta prière ». D'une manière ou d'une autre, Yaakov continua et dit :
וְאֵל שַׁדַּי יִתֵּן לָכֶם רַחֲמִים לִפְנֵי הָאִישׁ וְשִׁלַּח לָכֶם אֶת־אֲחִיכֶם אַחֵר וְאֶת־בִּנְיָמִין וַאֲנִי כַּאֲשֶׁר שָׁכֹלְתִּי שָׁכָלְתִּי׃
ve'él chaddáy yittén lakhém ra'hamím lifné ha'ích vechillá'h lakhém et-a'hikhém a'hér ve'et-binyamín va'aní ka'achér chakhólti chakhálti
14 Et Dieu Chaddaï vous donnera miséricorde devant cet homme, et il vous donnera le frère et Binyamin. Et moi, si je deviens orphelin, je deviendrai orphelinLe russe emploie ici un verbe qui signifie « devenir orphelin », au sens de perdre ses enfants ; nous l'avons gardé tel quel. ».
Chaddaï – un Nom de Dieu lié, d'une part, au mot chad (frontière, limite, gardien de la frontière), d'autre part, c'est un nom très maternel, parce que le mot chad signifie le sein de la femme, comme qui dirait « Dieu nourricier, Dieu-maman ».
Yaakov dit : « Et si je perds quelqu'un d'entre vous, eh bien, je le perdrai, advienne que pourra. J'ai confiance dans le Très-Haut, advienne que pourra selon la volonté de Dieu ». Une phrase très forte : « Si je perds l'un de vous, je le perdrai ». Une phrase semblable, bien des siècles plus tard, Ester la dira : « J'irai vers le roi et si je péris – je périrai ». Et si l'on reste là à avoir faim, on peut ainsi perdre tout le monde.
וַיִּקְחוּ הָאֲנָשִׁים אֶת־הַמִּנְחָה הַזֹּאת וּמִשְׁנֶה־כֶּסֶף לָקְחוּ בְיָדָם וְאֶת־בִּנְיָמִן וַיָּקֻמוּ וַיֵּרְדוּ מִצְרַיִם וַיַּעַמְדוּ לִפְנֵי יוֹסֵף׃
vayik'hoú ha'anachím et-hammin'há hazzót oumichne-késsef lake'hoú veyadám ve'et-binyamín vayakoúmou vayeredoú mitsráyim vaya'amdoú lifné yosséf
15 Et les hommes prirent ce présent, et ils prirent dans leurs mains une double somme d'argent, et Binyamin, Et ils se levèrent, et descendirent en Égypte, et se tinrent devant Yossef.
On a réussi à persuader Yaakov. Il accepte d'envoyer Binyamin après les instances de Yéhouda. Et au bout de 22 ans de séparation, Binyamin se présente devant Yossef. Quel âge avait Binyamin quand Yossef a disparu ? Peut-être 10-11 ans. Maintenant c'est déjà un adulte. Et ensuite nous allons lire cette rencontre étonnante.
Nous nous sommes arrêtés au moment où, après de longues supplications, Yaakov accepte de laisser partir Binyamin avec ses frères en Égypte. Ils prennent des présents, prennent de l'argent, prennent aussi cet argent qui, de manière mystérieuse, s'est retrouvé dans leurs bourses, et descendent en Égypte, et se présentent devant Yossef.
וַיַּרְא יוֹסֵף אִתָּם אֶת־בִּנְיָמִין וַיֹּאמֶר לַאֲשֶׁר עַל־בֵּיתוֹ הָבֵא אֶת־הָאֲנָשִׁים הַבָּיְתָה וּטְבֹחַ טֶבַח וְהָכֵן כִּי אִתִּי יֹאכְלוּ הָאֲנָשִׁים בַּצָּהֳרָיִם׃
vayár yosséf ittám et-binyamín vayomer la'achér al-betó havé et-ha'anachím habbáyta outvóa'h téva'h vehakhén ki ittí yokheloú ha'anachím battsahoráyim
16 et Yossef Vit avec eux Binyamin, et il dit à l'intendant de sa maison : « amène ces hommes à la maison, et abats un abattage (c'est-à-dire prépare un repas de viande), et apprête-le, parce que ces hommes mangeront avec moi à midi ».
Seulement quatre mots – Yossef vit avec eux Binyamin. Chez quelque classique, ces quatre mots se seraient déversés en un récit de plusieurs pages sur la tempête de sentiments qui s'emparèrent de Yossef, sur tout ce qui, dans ce son, s'était fondu pour le cœur (presque d'après Pouchkine) de Yossef, mais la Torah parle de façon très laconique. Peut-être pour que nous puissions nous-mêmes ressentir ce que ressent en lui Yossef, qui depuis 22 ans n'avait pas vu son propre frère, qu'il avait laissé à dix ans, et tout ce qui passe en ces secondes dans son cœur. Mais il n'est pas Yossef. Dans ce cas précis, il est un dignitaire égyptien, et il doit garder devant ses frères un air impassible. Peut-être a-t-il envie de se précipiter, et d'embrasser Binyamin, et de le serrer contre lui, mais c'est impossible.
L'intendant de la maison — c'est celui qui surveille tous les esclaves domestiques, encore une fonction égyptienne qui se rencontre souvent dans les papyrus : pour ne pas donner des instructions séparément à la cuisine, séparément à l'auberge, séparément à l'un, séparément à l'autre, il y a un intendant, le maître d'œuvre principal, le chef de chantier principal, il répond de tout.
Manger à midi est ici une métaphore qui désigne simplement le déjeuner (nous aussi nous parlons de l'heure « du déjeuner »). Un bon fonctionnaire qui se respecte, un dignitaire qui se respecte ne mange pas de bon matin – comme on dit : malheur au pays où les dignitaires font bombance dès le matin. Yossef mange battsahoráyim (à midi), c'est-à-dire vers la sixième ou la quatrième heure après l'aube.
וַיַּעַשׂ הָאִישׁ כַּאֲשֶׁר אָמַר יוֹסֵף וַיָּבֵא הָאִישׁ אֶת־הָאֲנָשִׁים בֵּיתָה יוֹסֵף׃
vayá'as ha'ích ka'achér amár yosséf vayavé ha'ích et-ha'anachím béta yosséf
17 Et cet homme ditLe texte de l'auteur dit ici « dit », alors que l'hébreu (vayá'as) signifie « fit » ; nous avons traduit son texte tel quel., comme le lui avait ordonné Yossef, Et l'homme amena ces hommes dans la maison de Yossef.
Les hommes – ce sont les frères de Yossef. Ici, peut-être, c'est dit du point de vue de l'intendant : « Yossef a dit d'amener certains hommes, je les ai amenés ». Les frères de Yossef ne savent même pas que c'est Yossef. Ils voient qu'on les a amenés, on ne sait pourquoi, dans la maison d'un fonctionnaire, dans la maison de ce dignitaire, et ce n'est pas pour rien, quelque chose ne va pas ici, il y a là un piège.
וַיִּירְאוּ הָאֲנָשִׁים כִּי הוּבְאוּ בֵּית יוֹסֵף וַיֹּאמְרוּ עַל־דְּבַר הַכֶּסֶף הַשָּׁב בְּאַמְתְּחֹתֵינוּ בַּתְּחִלָּה אֲנַחְנוּ מוּבָאִים לְהִתְגֹּלֵל עָלֵינוּ וּלְהִתְנַפֵּל עָלֵינוּ וְלָקַחַת אֹתָנוּ לַעֲבָדִים וְאֶת־חֲמֹרֵינוּ׃
vayire'oú ha'anachím ki houve'oú bet yosséf vayomeroú al-devár hakkéssef hacháv be'amte'hoténou batte'hillá aná'hnou mouva'ím lehitgolél alénou oulhitnappél alénou velaká'hat otánou la'avadím ve'et-'hamorénou
18 Ces hommes prirent peur, quand ils virent qu'on les avait amenés dans la maison de Yossef, et dirent : « On nous a traînés ici à cause de l'argent qui est dans nos bourses, pour nous embobiner et nous tomber dessus, nous prendre comme esclaves, nous et nos ânes ».
Le mot lehitgalgél signifie tourner, faire rouler quelque chose ; si l'on traduit en langage simple – nous rentrer dedans, nous coller une dénonciation sur le dos.
Cela semble une absurdité : pourquoi pensez-vous aux ânes, si ici on peut vous mettre aux fers comme esclaves (si l'on vous a condamnés à être fusillés, pourquoi la confiscation vous inquiète-t-elle tant). Et tout cela parce que la fois précédente, quand on les arrêtait, quand on les retenait, leurs ânes restaient, apparemment, à l'auberge. Et où que l'on emmenât les frères, on ne les prenait pas avec les ânes – l'âne n'était pas en prison. Tandis qu'ici on les a amenés dans la cour d'un homme, et c'est comme si on les prenait « avec leurs affaires ». Et là surgit le danger qu'on leur tende réellement un piège, d'autant plus que des choses incompréhensibles s'étaient produites avec l'argent.
וַיִּגְּשׁוּ אֶל־הָאִישׁ אֲשֶׁר עַל־בֵּית יוֹסֵף וַיְדַבְּרוּ אֵלָיו פֶּתַח הַבָּיִת׃
vayiggechoú el-ha'ích achér al-bét yosséf vaydabberoú eláv péta'h habbáyit
19 Et ils s'approchèrent de l'homme qui est dans la maison de Yossef, et se mirent à parler à l'entrée de la maison.
On peut supposer que les choses se sont passées ainsi. L'homme les a amenés chez Yossef, et, en entrant, ils ont vu que c'est une maison, que c'est un lieu d'habitation, et ont compris que maintenant on allait peut-être les malmener. C'est pourquoi ils se sont arrêtés à l'entrée, ont commencé à repousser l'intendant qui se tenait derrière eux, ont commencé à se presser à l'entrée de la maison et ont essayé de s'expliquer avant qu'on les fasse entrer dans la pièce, pour saisir le moment et pour obtenir des aveux spontanés, tant que l'accusation n'est pas encore présentée.
וַיֹּאמְרוּ בִּי אֲדֹנִי יָרֹד יָרַדְנוּ בַּתְּחִלָּה לִשְׁבָּר־אֹכֶל׃
vayomeroú bi adoní yaród yarádnou batte'hillá lichbor-ókhel
20 Et ils dirent : « Par moi-même je le jure, maître ! Nous sommes déjà venus ici acheter de la nourriture.
וַיְהִי כִּי־בָאנוּ אֶל־הַמָּלוֹן וַנִּפְתְּחָה אֶת־אַמְתְּחֹתֵינוּ וְהִנֵּה כֶסֶף־אִישׁ בְּפִי אַמְתַּחְתּו כַּסְפֵּנוּ בְּמִשְׁקָלוֹ וַנָּשֶׁב אֹתוֹ בְּיָדֵנוּ׃
vayhí ki-vánou el-hammalón vannifte'há et-amte'hoténou vehinné khessef-ích befí amta'htó kaspénou bemichkaló vannáchev otó beyadénou
21 Et il arriva : quand nous arrivâmes à l'auberge et quand nous ouvrîmes nos petites bourses, voici l'argent de chaque homme dans sa bourse, et l'argent de chacun selon son poids ; nous les avons rendus ici de nos propres mains, nous avons rapporté cet argent.
C'est-à-dire : « Nous avouons sincèrement qu'il s'est produit un malentendu ». Ils déforment un peu la réalité, bien sûr, mais ce n'est pas important pour la déposition. Ils disent : « Nous avons tous ouvert à l'auberge, nous avons tous trouvé de l'argent » – bien que là il n'y ait eu qu'un seul frère, mais ce n'est pas si important. Ce qui leur importe maintenant, c'est d'expliquer au fonctionnaire : « On n'est pas coupables, nous, pas besoin de nous malmener ici maintenant, et nous avouons sincèrement, et voici que nous rendons ce que nous avons reçu illégalement, par hasard ».
וְכֶסֶף אַחֵר הוֹרַדְנוּ בְיָדֵנוּ לִשְׁבָּר־אֹכֶל לֹא יָדַעְנוּ מִי־שָׂם כַּסְפֵּנוּ בְּאַמְתְּחֹתֵינוּ׃
vekhéssef a'hér horádnou veyadénou lichbor-ókhel lo yadánou mi-sám kaspénou be'amte'hoténou
22 Et nous avons apporté d'autre argent avec nous, pour acheter de la nourriture. Nous ne savons pas du tout qui a mis cet argent dans nos bourses ».
Ils disent : « Pour preuve que nous rendons vraiment cet argent, que nous voulions dès le départ le rendre – voici pour vous un témoignage, nous avons apporté d'autre argent avec nous. Car si nous avions voulu venir avec ce même argent, nous l'aurions simplement apporté, celui-là. Regarde combien d'argent nous avons, vois que nous voulions vraiment le rendre ».
Les frères construisent très bien leur ligne de défense. Avant même que l'accusation soit présentée, ils disent : « C'est vrai, nous sommes descendus ici. Nous avons acheté du blé avec de l'argent comptant. Et quand nous rentrions à la maison, tout l'argent comptant s'est, de quelque manière, retrouvé de nouveau chez nous. Ne nous l'imputez pas à faute, c'est une sorte de cafouillage, une sorte de malentendu ».
וַיֹּאמֶר שָׁלוֹם לָכֶם אַל־תִּירָאוּ אֱלֹהֵיכֶם וֵאלֹהֵי אֲבִיכֶם נָתַן לָכֶם מַטְמוֹן בְּאַמְתְּחֹתֵיכֶם כַּסְפְּכֶם בָּא אֵלָי וַיּוֹצֵא אֲלֵהֶם אֶת־שִׁמְעוֹן׃
vayomer chalóm lakhém al-tirá'ou elohekhém velohé avikhém natán lakhém matmón be'amte'hotekhém kaspekhém ba eláy vayotsé alehém et-chim'ón
23 L'intendant leur répond : « Paix à vous ! N'ayez pas peur (je n'ai aucune réclamation contre vous), votre Dieu et le Dieu de vos pères vous a donné un trésor enfoui, un trésor dans vos bourses, et votre argent, je l'ai reçu ». Et il fit sortir vers eux Chimon.
Cette phrase – votre argent, je l'ai reçu – (il est important de le noter) se répète très souvent dans différents contrats dans les papyrus égyptiens, c'est un calque de la langue égyptienne.
Chimon, apparemment, monte des sous-sols de la maison de Yossef à l'auberge, et les onze frères se réunissent et attendent. Qui attendent-ils ? Yossef.
וַיָּבֵא הָאִישׁ אֶת־הָאֲנָשִׁים בֵּיתָה יוֹסֵף וַיִּתֶּן־מַיִם וַיִּרְחֲצוּ רַגְלֵיהֶם וַיִּתֵּן מִסְפּוֹא לַחֲמֹרֵיהֶם׃
vayavé ha'ích et-ha'anachím béta yosséf vayitten-máyim vayir'hatsoú raglehém vayittén mispó la'hamorehém
24 Et l'homme fit entrer ces hommes dans la maison, et leur donna de l'eau, et ils se lavèrent les pieds, et il prit soin des ânes.
Nous avons lu plus tôt qu'il les avait fait entrer, mais nous nous souvenons qu'ils ont commencé à se presser, ont fait du tapage et n'étaient pas si pressés d'entrer. Maintenant, quand on leur a fait sortir Chimon, on les invite pour la deuxième fois dans la maison. Une longue réception commence, ils ne sont pas entrés pour une minute, on s'apprête à les nourrir, et sérieusement.
וַיָּכִינוּ אֶת־הַמִּנְחָה עַד־בּוֹא יוֹסֵף בַּצָּהֳרָיִם כִּי שָׁמְעוּ כִּי־שָׁם יֹאכְלוּ לָחֶם׃
vayakhínou et-hammin'há ad-bó yosséf battsahoráyim ki chame'oú ki-chám yokhelou lá'hem
25 Et ils préparèrent les offrandes jusqu'à l'arrivée de Yossef au déjeuner, car ils avaient entendu que là on mangerait du pain, Il y aurait un festin.
Le mot min'há ne signifie pas seulement le sacrifice de midi. Il vient du mot lehanía'h (offrandes ; ce que l'on apporte, ce que l'on dépose) – c'est-à-dire qu'ils préparèrent ce qui serait ensuite distribué à table.
Nous avons déjà dit que, dans un cas particulier, manger du pain (yokheloú lá'hem) peut désigner les relations avec une épouse. Mais, naturellement, personne n'a annulé le sens littéral. Le mot lé'hem dans les langues sémitiques signifie non seulement pain, mais aussi viande, de cette même racine vient le mot mil'hamá (abattoir ou guerre) ; on peut souvent voir chez Tsfanya le mot lé'hem au sens de viande. Il faut se rappeler que lé'hem a parfois justement le sens de viande, justement d'un grand festin.
וַיָּבֹא יוֹסֵף הַבַּיְתָה וַיָּבִיאּוּ לוֹ אֶת־הַמִּנְחָה אֲשֶׁר־בְּיָדָם הַבָּיְתָה וַיִּשְׁתַּחֲווּ־לוֹ אָרְצָה׃
vayavó yosséf habbáyta vayaví'ou lo et-hammin'há acher-beyadám habbáyta vayichta'havou-ló ártsa
26 Yossef vint à la maison, et ils lui donnèrent les dons qui étaient dans leurs mains, et se prosternèrent devant lui jusqu'à terre.
Yossef arrive à la maison. Eux, les pieds lavés, les ânes nourris, attendent Yossef et sortent les présents.
On m'a un jour posé une question très logique : « Quelle famine est-ce donc, s'il y a des pistaches, du miel, des noix, des amandes et encore toutes sortes de produits pas bon marché ? » Le fait est que les pistaches, les amandes et le miel sont des produits, disons, de longue conservation. Des fruits secs, il peut y en avoir à la maison, mais on ne les mange pas comme nourriture. On peut comparer cela au fait que chez nous à la maison il peut y avoir du poivre noir, de la cannelle et des clous de girofle – des produits chers ; mais si en même temps il n'y a rien d'autre, cela signifie que nous n'avons rien à manger. Et, puisqu'on a décidé d'apporter ces présents au dignitaire, cela veut dire que ce n'est pas une nourriture de tous les jours : il est peu probable qu'ils lui auraient apporté une boîte de maïs bouilli.
Donc, ils lui apportèrent des présents et se prosternèrent devant lui jusqu'à terre. Les onze frères devant lui se prosternent devant lui jusqu'à terre.
וַיִּשְׁאַל לָהֶם לְשָׁלוֹם וַיֹּאמֶר הֲשָׁלוֹם אֲבִיכֶם הַזָּקֵן אֲשֶׁר אֲמַרְתֶּם הַעוֹדֶנּוּ חָי׃
vayich'ál lahém lechalóm vayomer hachalóm avikhém hazzakén achér amartém ha'odénnou 'hay
וַיֹּאמְרוּ שָׁלוֹם לְעַבְדְּךָ לְאָבִינוּ עוֹדֶנּוּ חָי וַיִּקְּדוּ וַיִּשְׁתַּחֲוֻּ (וַיִּשְׁתַּחֲוּוּ)׃
vayomeroú chalóm le'avdekhá le'avinoú odénnou 'hay vayikkedoú vayichta'havoú
28 Et ils lui dirent : « Paix à ton serviteur, notre père, Il est encore vivant ». Et ils s'inclinèrent, et se prosternèrent.
Beaucoup de commentateurs voient d'un assez mauvais œil le fait que, devant un dignitaire égyptien, ils appellent leur père serviteur. En se mettant à leur place, et en connaissant les cérémonies égyptiennes, et en sachant que Yaakov les attend de retour et les attend avec Binyamin, avec Chimon et avec de la nourriture, on peut leur pardonner une telle délicatesse, une telle particularité de l'étiquette.
וַיִּשָּׂא עֵינָיו וַיַּרְא אֶת־בִּנְיָמִין אָחִיו בֶּן־אִמּוֹ וַיֹּאמֶר הֲזֶה אֲחִיכֶם הַקָּטֹן אֲשֶׁר אֲמַרְתֶּם אֵלָי וַיֹּאמַר אֱלֹהִים יָחְנְךָ בְּנִי׃
vayissá enáv vayár et-binyamín a'hív ben-immó vayomer hazé a'hikhém hakkatón achér amartém eláy vayomár elohím yo'hnekhá bení
29 Et Yossef leva les yeux, et vit Binyamin, son frère, le fils de sa mère (de nouveau, combien de sentiments dans cette courte phrase !), et dit : « Est-ce là votre petit frère cadet, dont vous avez parlé ? » Et il lui dit : « Que Dieu te donne grâce, mon petit ! »
Par une telle bénédiction – d'ailleurs, elle aussi commune à tous les Sémites – on bénit en souhaitant la grâce.
Et là, Yossef ne tient plus. Yossef, un homme qui est passé par la prison, les fausses accusations, l'esclavage, pleure de nouveau.
וַיְמַהֵר יוֹסֵף כִּי־נִכְמְרוּ רַחֲמָיו אֶל־אָחִיו וַיְבַקֵּשׁ לִבְכּוֹת וַיָּבֹא הַחַדְרָה וַיֵּבְךְּ שָׁמָּה׃
vaymahér yosséf ki-nikhmeroú ra'hamáv el-a'hív vayvakkéch livkót vayavó ha'hádra vayévk chámma
30 Et Yossef se hâta, parce que la compassion pour son frère le saisit, Et il voulait pleurer, Et il entra dans la chambre, et pleura là.
Quelle compassion pour son frère ? Son frère, Dieu merci, est vivant, en bonne santé, il a bien mangé, il a vécu, choyé par l'amour de Yaakov. Yaakov ne voulait même pas le laisser partir. Mais c'est ce sentiment d'une enfance perdue, le sentiment de moments communs perdus, d'une vie vécue ensemble… Voilà en quoi est la compassion – que son frère était heureux (peut-être heureux), mais Yossef n'a pas vu ce bonheur, n'a pas partagé ce bonheur avec lui – c'est de cet amour-là que son cœur a débordé. Nous ne savons pas combien de temps il a pleuré. Sans doute pas longtemps. « Je vous laisse une petite minute », a-t-il dit, et il s'est enfui, il a disparu.
וַיִּרְחַץ פָּנָיו וַיֵּצֵא וַיִּתְאַפַּק וַיֹּאמֶר שִׂימוּ לָחֶם׃
vayir'háts panáv vayetsé vayit'appák vayomer símou lá'hem
31 Et il lava son visage, et sortit, et se contint, et dit : « Servez le repas, posez le pain ! »
וַיָּשִׂימוּ לוֹ לְבַדּוֹ וְלָהֶם לְבַדָּם וְלַמִּצְרִים הָאֹכְלִים אִתּוֹ לְבַדָּם כִּי לֹא יוּכְלוּן הַמִּצְרִים לֶאֱכֹל אֶת־הָעִבְרִים לֶחֶם כִּי־תוֹעֵבָה הִוא לְמִצְרָיִם׃
vayassímou lo levaddó velahém levaddám velammitsrím ha'okhelím ittó levaddám ki lo youkheloún hammitsrím le'ekhól et-ha'ivrím lé'hem ki-to'evá hi lemitsráyim
32 Et on servit pour lui à part, et pour eux à part. Et pour les Égyptiens qui prenaient le repas avec eux, on servit à part, parce que les Égyptiens ne peuvent pas manger avec les Hébreux, parce que c'est une abomination pour les Égyptiens.
Les Égyptiens – c'est ce qu'attestent vraiment leurs papyrus – ne mangeaient pas un animal qui avait été abattu par un non-Égyptien, ne mangeaient pas une nourriture qui avait été abattue par un non-Égyptien, et ne mangeaient pas à la même table avec celui qui n'est pas Égyptien, ils dressaient des tables séparées.
À l'époque du Second Temple, Israël aussi aura les mêmes coutumes. Et apparaîtra la phrase : « Celui qui mange avec un païen, c'est comme s'il mangeait avec un chien », et beaucoup d'autres choses de ce genre, causées par la tension politique avec les païens, par la lutte pour la préservation de la religion. Les Égyptiens se considéraient comme un peuple pur, tous les autres, ils les considéraient comme rituellement impurs. On considérait que le contact d'un non-Égyptien avec la nourriture la souille. Et, naturellement, c'est pourquoi on a servi les Égyptiens à part. Yossef, de par son statut, n'est pas censé manger avec ses frères, c'est pourquoi on les a servis à part, eux aussi.
וַיֵּשְׁבוּ לְפָנָיו הַבְּכֹר כִּבְכֹרָתוֹ וְהַצָּעִיר כִּצְעִרָתוֹ וַיִּתְמְהוּ הָאֲנָשִׁים אִישׁ אֶל־רֵעֵהוּ׃
vayechevoú lefanáv habbekhór kivkhorató vehattsa'ír kits'irató vayitmehoú ha'anachím ich el-re'éhou
33 Et ils s'assirent devant lui : et le premier-né selon sa primogéniture, et le jeune selon sa jeunesse, Et les hommes s'étonnaient, en se regardant les uns les autres.
C'est-à-dire que Yossef a placé ses onze frères selon l'âge. Pour une personne étrangère, ce n'est pas si simple, parce que dix de ces frères sont nés en six ans, beaucoup d'entre eux ont le même âge. Et celui qui est de l'extérieur ne sait pas qui est plus âgé, qui est plus jeune, et ce n'est pas si facile de le savoir. Pourquoi Yossef fait-il cela ? Peut-être est-ce une marque de respect. Peut-être est-ce une allusion au fait qu'apparaîtront ensuite la coupe de divination, des instruments de divination, et que Yossef deviendra en plus le magicien de la ville égyptienne. Ainsi donc, il a résolu un petit problème compliqué et a placé ses frères selon l'âge.
וַיִּשָּׂא מַשְׂאֹת מֵאֵת פָּנָיו אֲלֵהֶם וַתֵּרֶב מַשְׂאַת בִּנְיָמִן מִמַּשְׂאֹת כֻּלָּם חָמֵשׁ יָדוֹת וַיִּשְׁתּוּ וַיִּשְׁכְּרוּ עִמּוֹ׃
vayissá mas'ót me'ét panáv alehém vattérev mas'át binyamín mimmas'ót koullám 'haméch yadót vayichtoú vayichkeroú immó
34 Et il donna des présents à tous, et le présent de Binyamin était cinq fois plus grand que celui des autres. Et ils burent, et ils s'enivrèrent avec lui.
Massa – une charge qui est servie sur des plateaux et distribuée en portions à partir d'un plateau commun. On distribuait la nourriture à tous, et à Binyamin on en a donné cinq fois plus. Cela sonne beau, mais imaginez-vous : si on donnait une portion de cantine comme ça – deux boulettes et deux cents grammes de sarrasin, alors Binyamin a reçu dix boulettes et un kilo de sarrasin – « mange, Binyamin, à ta santé ! » C'est à peu près une bénédiction royale. On dit souvent que de cette manière Yossef voulait vérifier si les frères ne seraient pas jaloux. Mais à la table royale on était rassasié, et quand un homme mange à satiété, va-t-il regarder si quelqu'un reçoit plus ? Ici, très probablement, se manifeste la grâce particulière de Yossef envers Binyamin, il ne sait même pas comment prendre soin de lui, et il lui donne cinq fois plus (plus tard Yossef lui donnera cinq vêtements de rechange). D'une manière générale, le nombre 5 est le nombre de la bénédiction dans l'Écriture, de la bénédiction et de l'abondance. Quand il y a « cinq » de quelque chose, nous voyons beaucoup, beaucoup de fois dans toute l'Écriture que cela signifie la bénédiction, la bienveillance. Et pour les Égyptiens c'est un nombre sacré. Ainsi Yossef manifeste envers Binyamin une bienveillance particulière, et la question n'est pas qu'il a reçu un kilo de sarrasin et dix boulettes.
Les douze frères se sont enfin réunis, ils ont mangé ensemble le pain et le vin. C'est un événement mémorable, que Yossef attendait depuis 22 ans.
Nous avons laissé nos héros, Yossef et ses frères, pendant le déjeuner qui, très probablement, s'est prolongé en dîner et au cours duquel, comme le dit la Torah, ils se sont grisés. La Torah nous raconte cela non pas pour montrer le penchant des fils de Yaakov pour l'alcoolisme, mais pour montrer le faste du repas qui avait lieu chez Yossef.
Autour, c'est la famine. Une princesse hittite, à peu près à la même époque, s'apprête à épouser Ramsès II. Elle reçoit en dot quelques dizaines de béliers et lui écrit de venir les chercher au plus vite, parce qu'elle n'a rien pour les nourrir. Nous sont parvenues, dans des documents égyptiens, les lettres de la reine Poudouhépa, la mère de la princesse, à Ramsès II en Égypte. Telle est la famine. Elle s'étend jusqu'au sud de la Turquie, nulle part il n'y a rien, et pendant ce temps Yossef festoie avec ses frères. Ce n'est pas simplement de l'hospitalité, ce n'est pas simplement une soirée amicale. Très probablement, les frères sont même restés dormir chez lui. Il faut se rappeler tout le temps que c'est Yossef qui sait qu'ils sont ses frères, mais pour eux, il est un important fonctionnaire égyptien, le plus important fonctionnaire du pays le plus riche de la région.
וַיְצַו אֶת־אֲשֶׁר עַל־בֵּיתוֹ לֵאמֹר מַלֵּא אֶת־אַמְתְּחֹת הָאֲנָשִׁים אֹכֶל כַּאֲשֶׁר יוּכְלוּן שְׂאֵת וְשִׂים כֶּסֶף־אִישׁ בְּפִי אַמְתַּחְתּוֹ׃
vaytsáv et-achér albetó lemór mallé et-amte'hót ha'anachím ókhel ka'achér youkheloún se'ét vesím kessef-ích befí amta'htó
1 Et il ordonna à l'intendant de sa maison, en disant : « Remplis les sacs de ces hommes de nourriture, autant qu'ils peuvent en porter, et l'argent de chacun, mets-le dans leur sac.
Comment vendait-on le grain ? L'homme tendait au marchand un sac, dans le sac, au fond, il y avait l'argent. Pour la somme d'argent indiquée, on versait le grain dans le sac. Dans certains pays, quand il n'y avait pas d'emballages au magasin, c'est ainsi que les enfants allaient chercher de la crème aigre, du yaourt ou de l'huile, en tenant l'argent au fond. La vendeuse prenait l'argent et versait la marchandise, une telle méthode de commerce ancienne.
Ici Yossef dit : « Sans compter, sans rapport avec la somme, bourrez-leur autant de grain que les ânes, avec tout notre respect pour leur souffrance, pourront porter, et en plus, mets aussi l'argent au même endroit ».
וְאֶת־גְּבִיעִי גְּבִיעַ הַכֶּסֶף תָּשִׂים בְּפִי אַמְתַּחַת הַקָּטֹן וְאֵת כֶּסֶף שִׁבְרוֹ וַיַּעַשׂ כִּדְבַר יוֹסֵף אֲשֶׁר דִּבֵּר׃
ve'et-gevi'iLa translittération de l'original écrit ce mot sans séparation et sans i final ; le français suit l'hébreu gevi'i (« ma coupe »). geviá hakkéssef tassím befí amtá'hat hakkatón ve'ét késsef chivró vayá'as kidvár yosséf achér dibbér
2 Et ma coupe, la coupe d'argent, mets-la dans le sac du plus jeune d'entre eux, et mets au même endroit l'argent de son paiement ». Et il fit tout comme Yossef avait dit.
הַבֹּקֶר אוֹר וְהָאֲנָשִׁים שֻׁלְּחוּ הֵמָּה וַחֲמֹרֵיהֶם׃
habbóker or veha'anachím choulle'hoú hémma va'hamorehém
3.Le matin parut, et ces hommes et leurs ânes furent renvoyés.
Pourquoi est-ce important ? Parce que d'habitude les caravanes et les caravaniers partent environ deux heures avant l'aube, pour franchir la limite de la ville, pour arriver avant la chaleur. Mais on voit que, premièrement, après le dîner copieux, et deuxièmement, encore pour certaines raisons, les gens se sont un peu attardés. Mais on a laissé partir tout le monde. C'est en vain qu'ils s'étaient inquiétés qu'il y aurait une confiscation. On a raccompagné tout le monde, on a équipé tout le monde. Le fait que les ânes aussi ont été envoyés, cela veut dire qu'on a chargé leurs ânes, qu'on les a bâtés et, en somme, qu'on les a envoyés parfaitement prêts pour la route.
הֵם יָצְאוּ אֶת־הָעִיר לֹא הִרְחִיקוּ וְיוֹסֵף אָמַר לַאֲשֶׁר עַל־בֵּיתוֹ קוּם רְדֹף אַחֲרֵי הָאֲנָשִׁים וְהִשַּׂגְתָּם וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם לָמָּה שִׁלַּמְתֶּם רָעָה תַּחַת טוֹבָה׃
hem yatse'oú et-ha'ír lo hir'híkou veyosséf amár la'achér al-betó koum redóf a'haré ha'anachím vehissagtám ve'amartá alehém lámma chillamtém ra'á tá'hat tová
4 Et ils sortirent de la ville. ils ne s'étaient pas encore éloignés, et Yossef dit au chef de sa maison : « Lève-toi, et poursuis ces hommes, et rattrape-les, et dis-leur : Pourquoi donc avez-vous payé le bien par le mal ?
Nous examinerons encore ce que Yossef a donc bien pu projeter et pourquoi Yossef piège Binyamin.
הֲלוֹא זֶה אֲשֶׁר יִשְׁתֶּה אֲדֹנִי בּוֹ וְהוּא נַחֵשׁ יְנַחֵשׁ בּוֹ הֲרֵעֹתֶם אֲשֶׁר עֲשִׂיתֶם׃
haló ze achér yichté adoní bo vehoú na'héch yena'héch bo hare'otém achér assitém
5 C'est bien la coupe dans laquelle boit mon seigneur, et il en tire aussi des divinations. Vous avez commis un grand mal ! »
וַיַּשִּׂגֵם וַיְדַבֵּר אֲלֵהֶם אֶת־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה׃
vayassigém vaydabbér alehém et-haddevarím ha'élle
6 Et il les rattrapa, et il leur dit tout ce que Yossef avait ordonné.
C'est-à-dire que l'intendant rattrape les frères et leur dit : « Pourquoi donc avez-vous agi si mal envers moi, pourquoi avez-vous volé la coupe de mon seigneur, avec laquelle il fait ses divinations et dans laquelle il boit ? » D'après les lois égyptiennes, c'est justement l'intendant qui était responsable de cette coupe, c'est-à-dire qu'on aurait retenu sur le salaire de l'intendant le prix de cette coupe. Il est matériellement responsable, c'est donc à lui de les rattraper.
Les frères ne pouvaient pas ne pas avoir une impression de déjà-vu. Qu'est-ce que c'est, quand vous avez un déjà-vu que vous avez déjà eu un tel déjà-vu. Une sorte de « tréjà-vu » déjà chez les frères. Cela rappelle la scène où ils étaient tout petits et où Lavan a rattrapé leur père et l'a lui aussi accusé de vol, bien que la coupable fût Ra'hel. Bref, cela doit forcément rappeler quelque chose aux frères.
וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו לָמָּה יְדַבֵּר אֲדֹנִי כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה חָלִילָה לַעֲבָדֶיךָ מֵעֲשׂוֹת כַּדָּבָר הַזֶּה׃
vayomeroú eláv lámma yedabbér adoní kaddevarím ha'élle 'halíla la'avadékha me'asót kaddavár hazzé
7 Et ils lui dirent : « Pourquoi parles-tu ainsi de nous ? Que Dieu nous préserve de faire une telle chose !
הֵן כֶּסֶף אֲשֶׁר מָצָאנוּ בְּפִי אַמְתְּחֹתֵינוּ הֱשִׁיבֹנוּ אֵלֶיךָ מֵאֶרֶץ כְּנָעַן וְאֵיךְ נִגְנֹב מִבֵּית אֲדֹנֶיךָ כֶּסֶף אוֹ זָהָב׃
hen késsef achér matsánou befí amte'hoténou hechivónou elékha me'érets kená'an ve'ékh nignóv mibbét adonékha kesséf o zaháv
8 Nous avons pourtant rendu l'argent que nous avions trouvé dans les bourses, n'est-ce pas là la preuve que nous sommes des gens honnêtes ? Nous te l'avons rapporté du pays de Canaan. Comment donc volerions-nous de la maison de ton seigneur de l'or ou de l'argent ?
אֲשֶׁר יִמָּצֵא אִתּוֹ מֵעֲבָדֶיךָ וָמֵת וְגַם־אֲנַחְנוּ נִהְיֶה לַאדֹנִי לַעֲבָדִים׃
achér yimmatsé ittó me'avadékha vamét vegam-aná'hnou nihyé ladoní la'avadím
9 Celui de tes esclaves chez qui cela se trouvera, qu'il meure, Et nous, nous serons esclaves du seigneur ».
C'est-à-dire que les frères répètent en partie les paroles de Yaakov. Yaakov a dit à Lavan : « Il est fils de mort, celui chez qui se trouveront tes affaires ». Et les frères disent quelque chose de semblable : « Qu'il meure, celui qui a pris au seigneur cette coupe ». Mais puisque, du fait que quelqu'un mourra, la coupe ne reviendra pas, et que par la peine de mort on ne rendra pas l'argent à Yossef, c'est pourquoi ils disent : « Et nous serons esclaves de notre seigneur ». Au chapitre 22 du livre de Chémot, il est dit aussi que si un voleur ne peut pas payer la valeur de ce qu'il a dérobé, il est vendu comme esclave. Ici les frères sont d'accord que dix d'entre eux, si la coupe se trouve chez quelqu'un, le onzième, deviendront esclaves de l'intendant de Yossef.
וַיֹּאמֶר גַּם־עַתָּה כְדִבְרֵיכֶם כֶּן־הוּא אֲשֶׁר יִמָּצֵא אִתּוֹ יִהְיֶה־לִּי עָבֶד וְאַתֶּם תִּהְיוּ נְקִיִּם׃
vayomer gam-attá khedivrekhém ken-hoú achér yimmatsé ittó yihye-lí áved ve'attém tihyoú nekiyím
10 Et il leur répond : « o’kay, selon vos paroles. Celui chez qui se trouvera la coupe sera mon esclave, et vous – vous êtes libres ».
Est-ce vraiment « selon vos paroles » ? Et les commentateurs se divisent dans la compréhension de ces mots.
Les uns disent qu'il est d'accord que oui, il serait légal d'agir ainsi, mais « j'agirai avec vous avec clémence. Vous avez raison, la sentence devrait être telle, mais je prononcerai une sentence douce : que celui chez qui se trouvera la coupe soit mon esclave, et vous, vous serez libres ».
Une autre version possible, c'est que l'intendant a dit : « Effectivement, vous êtes des gens honnêtes. Vous avez rendu l'argent, et je ne peux pas tous vous soupçonner collectivement, et qu'est-ce que c'est que ces méthodes de punition collectives ? C'est pourquoi celui chez qui se trouvera la coupe, celui-là sera mon esclave, c'est ainsi aussi selon la Torah (bon, la Torah, il ne l'avait bien sûr pas lue). Et vous – vous êtes libres ».
וַיְמַהֲרוּ וַיּוֹרִדוּ אִישׁ אֶת־אַמְתַּחְתּוֹ אָרְצָה וַיִּפְתְּחוּ אִישׁ אַמְתַּחְתּוֹ׃
vaymaharoú vayorídou ich et-amta'htó ártsa vayifte'hoúLa translittération de l'original a ici un v au lieu d'un f ; en hébreu, la lettre pé sans daguech se lit f, d'où vayifte'hoú. ich amta'htó
11 Et ils se hâtèrent, et descendirent chacun son sac à terre, Et ils ouvrirent leurs sacs.
Une sorte de conversation, pour ainsi dire :
– Avez-vous la coupe de mon seigneur ?
– Non.
– Et si je la trouve ?
– Eh bien, cherche.
Ils ont descendu les sacs et les ont ouverts. En réalité, l'intendant sait chez qui chercher, mais il faut jouer la comédie.
וַיְחַפֵּשׂ בַּגָּדוֹל הֵחֵל וּבַקָּטֹן כִּלָּה וַיִּמָּצֵא הַגָּבִיעַ בְּאַמְתַּחַת בִּנְיָמִן׃
vay'happés baggadól he'hél ouvakkatón killá vayimmatsé haggavíya be'amtá'hat binyamín
12 Et il se mit à chercher. Il commença par le grand, et termina par le petit. Et la coupe se trouva dans le sac de Binyamin.
וַיִּקְרְעוּ שִׂמְלֹתָם וַיַּעֲמֹס אִישׁ עַל־חֲמֹרוֹ וַיָּשֻׁבוּ הָעִירָה׃
vayikre'oú simlotám vaya'amós ich al-'hamoró vayachoúvou ha'íra
13 Et ils déchirèrent leurs vêtements, et chargèrent chacun ses ânes, Et ils retournèrent à la ville.
Certains midrachim disent que les frères se sont jetés sur Binyamin et se sont mis à le battre parce qu'il les avait mis ainsi dans le pétrin. En général, c'est une grande question : à ce stade, les frères ont-ils cru que c'était vraiment Binyamin qui avait volé la coupe (peut-être en étant dans un état d'intoxication alcoolique) ? Les midrachim disent que les frères se sont jetés sur lui et ont dit : « Tu es un voleur, fils d'une voleuse ! La pomme ne tombe pas loin du pommier. Comme ta maman a volé les téraphim, toi aussi tu as volé, et en plus l'un comme l'autre est un instrument de divination ; vous avez, on dirait, une sorte de manie héréditaire particulière pour cela ». Et presque tous les commentateurs s'accordent à dire que les frères ont cru que Binyamin était vraiment un voleur. Le seul, peut-être, qui dit que les frères n'ont pas cru, c'est Philon d'Alexandrie, le tout tout premier des commentateurs. Pour le reste, tous disent : « Les frères ont cru au vol de Binyamin ».
Pourquoi parler si mal des frères ? Parce qu'on essaie de dire du bien des frères. Car si Binyamin a péché, a volé, on aurait pu, disons, l'exclure de l'assemblée, et lui dire : « Voilà, toi, Binyamin, tu as péché, c'est toi qui paies pour ton péché ». Et dire à papa : « Bénya est lui-même coupable. Il ne fallait pas voler des coupes, et toi, il fallait savoir qui épouser ». Et on aurait pu inventer encore bien d'autres choses. Mais, même en ayant conscience que Binyamin a volé, les frères prennent quand même sa défense.
Et ici on peut s'arrêter et demander : « Mais pourquoi Yossef a-t-il conçu tout cela ? » L'une des premières idées qui s'imposent est la suivante : effectivement, leur prendre Binyamin, le prendre pour lui, et qu'ils repartent en Canaan avec une nouvelle portion de nourriture, et nous, Binyamin et moi, nous gouvernerons ici l'Égypte.
Deuxième variante : vérifier vraiment si les frères se sont repentis, s'ils vont prendre la défense de leur frère.
Il y a encore une troisième variante. Elle dit que Yossef n'avait pas vu son frère Binyamin depuis longtemps et admettait tout à fait que les petits frères, là-bas, assis dans la terre de Canaan, pouvaient passer une annonce dans les journaux locaux : « Recherche jeune homme d'une trentaine d'années, de type ashkénaze, pour un rôle unique. Bonus : voyage en Égypte à nos frais ». Prendre un homme, engager un acteur, qui viendra et dira : « Je suis Binyamin ». Et va donc le vérifier. Et c'est pourquoi Yossef organise une telle vérification : s'ils l'abandonnent, alors peut-être que c'est un acteur, et pas du tout leur frère. Ou peut-être qu'il commencera lui-même à dire : « Je ne suis pas coupable, en fait ils m'ont engagé, en fait je suis d'une autre famille, en fait je passais juste par là ». L'histoire est si complexe et a tant de plans, et il y a en elle tant de rôles, de motifs, que chacun se dévoile un peu lui-même (j'ai déjà dit plus d'une fois que les commentateurs parlent davantage d'eux-mêmes.)
Voilà, qu'est-ce donc que nous voyons dans cette scène déchirante, dans cette combinaison de Yossef, si nette, de sang-froid ? Que pense-t-il, que planifie-t-il ? Met-il les frères à l'épreuve quant à leur fidélité, et Binyamin – quant à son authenticité ? Ou bien n'éprouve-t-il depuis longtemps plus rien pour les frères, et veut-il libérer Binyamin ? Chacun peut décider lui-même.
Ainsi, les frères retournent à la ville, et ce qu'ils ressentent alors est difficile à rendre. Il est encore plus difficile de rendre ce que ressent Binyamin, qui surprend sur lui des regards de travers et ne comprend pas pourquoi cela lui arrive, parce que Binyamin n'a même pas participé à la vente de Yossef. Si la coupe s'était trouvée chez Chimon, on aurait encore pu dire : eh bien voilà, de nouveau le Très-Haut me poursuit pour cela. Mais nous ne savons pas ce qui se passe dans le cœur du pauvre Binyamin.
Le verset 14 a un début intéressant :
וַיָּבֹא יְהוּדָה וְאֶחָיו בֵּיתָה יוֹסֵף וְהוּא עוֹדֶנּוּ שָׁם וַיִּפְּלוּ לְפָנָיו אָרְצָה׃
vayavó yehoudá ve'e'háv béta yosséf vehoú odénnou cham vayippeloú lefanáv artsá
14 Et Yéhouda et ses frères vinrent dans la maison de Yossef, et lui était encore là (comment aurait-il pu ne pas y être). Et ils tombèrent devant lui face contre terre.
La Torah nous laisse entendre que le principal personnage agissant sera Yéhouda. Pourquoi cela ? Parce que c'est justement Yéhouda qui est le garant de Binyamin. Maintenant une opération l'attend : comme il l'a promis à son père, être le garant de Binyamin. Il leur faut résoudre la question d'une manière ou d'une autre. Désormais, le principal héros agissant de la suite de l'histoire sera Yéhouda.
וַיֹּאמֶר לָהֶם יוֹסֵף מָה־הַמַּעֲשֶׂה הַזֶּה אֲשֶׁר עֲשִׂיתֶם הֲלוֹא יְדַעְתֶּם כִּי־נַחֵשׁ יְנַחֵשׁ אִישׁ אֲשֶׁר כָּמֹנִי׃
vayomer lahém yosséf ma-hamma'assé hazzé achér assitém haló yedatém ki-na'héch yena'héch ich achér kamóni
15 Et Yossef leur dit : « Quelle est cette action que vous avez faite ? Ne saviez-vous pas qu'un homme comme moi devinera la situation par la divination ? »
C'est-à-dire : « Qui avez-vous décidé de tromper ? » Ici Yossef ne les accuse pas du tout (à la différence de la façon dont il avait chargé l'intendant de les accuser) d'un quelconque acte immoral. Ici il leur parle d'un crime illogique : « Vous ne saviez donc pas qu'ici il y a des caméras partout ? Pourquoi êtes-vous allés cambrioler la “Jilsotsbank” ? Vous commettez un crime illogique ».
וַיֹּאמֶר יְהוּדָה מַה־נֹּאמַר לַאדֹנִי מַה־נְּדַבֵּר וּמַה־נִּצְטַדָּק הָאֱלֹהִים מָצָא אֶת־עֲוֹן עֲבָדֶיךָ הִנֶּנּוּ עֲבָדִים לַאדֹנִי גַּם־אֲנַחְנוּ גַּם אֲשֶׁר־נִמְצָא הַגָּבִיעַ בְּיָדוֹ׃
vayomer yehoudá ma-nomár ladoní ma-nedabbér ouma-nitstaddák ha'elohím matsá et-avón avadékha hinnennoú avadím ladoní gam-aná'hnou gam acher-nimtsá haggavíya beyadó
16 Et Yéhouda dit : « Que dirons-nous donc au seigneur ? Que dirons-nous et comment nous justifierons-nous ? Le SEIGNEUR Dieu a trouvé le péché de tes esclaves. Voici, nous sommes esclaves de ton seigneur. et nous, et celui chez qui la coupe a été trouvée.
Ici Yéhouda parle pour tous les frères, parce que (je le rappelle) il est le responsable, c'est lui qui est chargé de ramener Binyamin. Il est tout à fait possible que, jusqu'à ce moment, Yéhouda croie que Binyamin a vraiment péché, que Dieu les confond. En tout cas, il n'invoque pas le fait qu'ils avaient déjà rendu l'argent, ni que tout avait si bien commencé, ni que voilà, nous avons parlé du frère cadet, et c'est vraiment notre frère cadet, nous ne t'avons jamais trompé. Non, Yéhouda avoue à fond. Mais les paroles de Yéhouda sont rusées, c'est une très belle rhétorique. Est-il clair que si vous êtes esclaves, alors celui chez qui la coupe a été trouvée est lui aussi esclave ? Non, ce n'est pas clair. En réalité, Yossef pouvait dire : « Celui chez qui nous trouverons la coupe, nous l'exécuterons, et vous serez esclaves, voilà ce qui sera juste ». Mais par son sage discours, Yéhouda suggère à Yossef une bonne solution à la question – sortir du problème avec un minimum de dommages. « Au moins, Binyamin restera vivant pour l'instant, et quant à l'esclavage en Égypte, nous avons une légende de famille, peut-être que tout cela est pour le mieux ». Et, en tout cas, maintenant la tâche n'est pas d'avoir raison, mais d'être sages, la tâche – c'est de sauver Binyamin.
וַיֹּאמֶר חָלִילָה לִּי מֵעֲשׂוֹת זֹאת הָאִישׁ אֲשֶׁר נִמְצָא הַגָּבִיעַ בְּיָדוֹ הוּא יִהְיֶה־לִּי עָבֶד וְאַתֶּם עֲלוּ לְשָׁלוֹם אֶל־אֲבִיכֶם׃
vayomer 'halíla li me'asót zot ha'ích achér nimtsá haggavíya beyadó hou yihye-lí áved ve'attém aloú lechalóm el-avikhém
17 Yossef lui répond : « Que Dieu me préserve de faire ainsi ! L'homme chez qui la coupe a été trouvée, lui sera mon esclave, et vous, allez en paix vers votre père ».
Vive le tribunal égyptien – le tribunal le plus juste du monde ! Nous ne vendons pas d'innocents en esclavage !
Beaucoup de commentateurs remarquent (il y a là beaucoup de logique) qu'à ce moment Yéhouda pouvait comprendre que tout cela était une mise en scène ou, pour le dire en langue russe simple, un coup monté. Yossef est un grand dignitaire égyptien. Pourquoi lui faudrait-il un esclave voleur ? Évidemment, ses domestiques ont besoin d'un esclave quelconque, pour récurer les chaudrons là-bas, bercer le berceau à la maison, nettoyer le hareng pour la table, pour la table de la maison, pour le forchmak… Mais pourquoi un fonctionnaire d'un rang aussi élevé que Yossef aurait-il besoin d'un esclave petit voleur ? On l'aurait renvoyé de n'importe quel bureau, et ici on l'embauche. Il est évident que, bien que ce soit une fonction d'esclave, un service d'esclave, en temps de famine être esclave auprès d'un tel maître – mais beaucoup de gens l'auraient vendu avec joie en esclavage. C'est comme si un président disait : « Vous, frères, vous êtes libres, et celui qui a volé sera mon aide de camp, sera mon ordonnance ». C'est même dans une certaine mesure une promotion pour un revendeur de blé cananéen venu on ne sait d'où. C'est pourquoi on peut comprendre que quelque chose ne va pas ici et que tout cela a été monté dans un but précis. Et dans la section suivante nous entendrons comment Yéhouda construit une ligne de défense et d'attaque en même temps.
Nous avons fini de lire l'un de ces chapitres tragiques, de ces histoires tragiques dans la vie d'Israël. La rencontre suivante de Yossef avec les frères, le fait de faire connaissance à nouveau, ne sera pas moins tragique.
On peut s'arrêter, repenser, se sentir à la place de chacun des héros et les regarder comme des gens vivants, avec leurs propres vies, avec leurs propres familles. Quand, par exemple, Yéhouda dit « nous serons tes esclaves », il comprend que cela signifie qu'ils n'apporteront pas un peu de pain en Canaan, et que sa famille, ses enfants – tous peuvent mourir. Et il nous semble, puisque nous connaissons la fin, que toutes leurs paroles et toutes leurs décisions ne sont que des sons. Si au contraire nous nous arrêtons à chaque endroit et vivons l'intrigue sans connaître la fin de cette intrigue, alors nous commençons à comprendre la Torah autrement. C'est de cela, à vrai dire, que nous parlons, vous et moi.
Haftara. (I Mélakhim 3,15–4,1)
Cette semaine, avec la section hebdomadaire, on lit l'histoire du jugement de Chlomo. Cette histoire est racontée au chapitre 3 du premier livre des Mélakhim. Avant que nous commencions à lire l'histoire même du jugement, il faut faire une petite préface. En ces années-là, Chlomo est un jeune roi, qui vient seulement de commencer à régner sur Israël. Il est, visiblement, très jeune, il le dit lui-même. Des sources extérieures disent que Chlomo a vécu 52 ans, il a régné 40 ans. On peut en comprendre qu'il a commencé à régner à l'âge de 12 ans. Au moment de notre histoire, Chlomo est donc un adolescent de 13-14 ans.
Il vient en un lieu appelé Guivon, qui se trouve à quelque 10 kilomètres de Jérusalem. Là il y a un grand haut lieu, là il y a un endroit aménagé pour les sacrifices, et Chlomo y offre un sacrifice énorme, il y offre mille holocaustes. La même nuit, le Très-Haut se révèle à Chlomo en songe et lui demande : « Que dois-je te donner ? » Bien sûr, ce n'est pas l'histoire de Grand-Père Gel et du petit garçon debout sur un tabouret. Chlomo n'est pas simplement Chlomo, pas un homme en soi. Chlomo est roi. Et, en posant la question « Que dois-je te donner ? », le Très-Haut l'interroge sur l'instrument de gouvernement. Les rois ont des sortes de surnoms. Il y a le conquérant, il y a le marchand, il y a le terrible, il y a le grand. Que veux-tu être ? Si tu Me demandes la puissance militaire, eh bien, ton règne sera le règne de Chlomo le conquérant, de Chlomo l'accumulateur de terres. Si tu Me demandes de l'argent, eh bien, ton règne sera un règne du commerce, tu seras le roi de la prospérité économique. Que choisiras-tu pour ton règne ? Avant tout, Chlomo, en réponse, remercie le Très-Haut pour la grâce que Celui-ci a faite à son père. Chlomo dit au Très-Haut qu'il est un jeune garçon. Nous avons dit qu'il est effectivement un adolescent et qu'il lui est difficile de gouverner le peuple. C'est pourquoi au verset 9 du chapitre 3, Chlomo s'adresse au Très-Haut avec la demande suivante :
וְנָתַתָּ לְעַבְדְּךָ לֵב שֹׁמֵעַ
venatátta le'avdekhá lev choméa
9 et tu donneras à ton serviteur un cœur qui entend,
Avant tout un cœur qui sait entendre, qui sait écouter attentivement tous ceux qui s'adressent à lui. Pourquoi lui faut-il un cœur qui entend ?
לִשְׁפֹּט אֶת-עַמְּךָ לְהָבִין בֵּין-טוֹב לְרָע כִּי מִי יוּכַל לִשְׁפֹּט אֶת-עַמְּךָ הַכָּבֵד הַזֶּה׃
lichpót et-amkhá lehavín beyn-tóv lerá ki mí youkhál lichpót et-amkhá hakkavéd hazzé
pour juger ton peuple, pour comprendre, séparer ou discerner entre le bien et le mal. car qui donc peut juger ce peuple lourd qui est le tien ?
Ce que demande Chlomo, c'est d'avoir une sagesse suffisante pour être un roi juste et un juge juste. Pour savoir écouter les gens et savoir séparer, distinguer entre le bien et le mal. Non seulement écouter les gens, mais aussi pénétrer leurs intentions. Sa demande plut au SEIGNEUR, et le SEIGNEUR lui promit qu'en guise, disons, de bonus Chlomo recevrait aussi tout le reste dont un roi peut seulement rêver : la puissance financière et militaire, et tout, absolument tout s'ajoutera à cette sagesse que Chlomo avait demandée. Les commentateurs citent en exemple la parabole d'un dignitaire à qui le roi dit : « Demande-moi ce que tu veux ». Le dignitaire réfléchit et se dit : « Peut-être lui demanderai-je des pierres précieuses. Et alors ? Eh bien, il me donnera des pierres précieuses. Peut-être lui demanderai-je de l'or. Eh bien, de l'or aussi il me donnera. Que me font les pierres et l'or ? Je lui demanderai sa fille pour épouse. J'épouserai sa fille, et tout cela sera à moi. Par le mariage avec sa fille j'acquerrai tout ». C'est à peu près à cela que ressemble la demande de Chlomo, et le Très-Haut bénit Chlomo. Et ensuite nous pouvons déjà commencer à lire le passage de la haftara de la section hebdomadaire Mikets, à partir du verset 15 du chapitre 3.
וַיִּקַץ שְׁלֹמֹה וְהִנֵּה חֲלוֹם וַיָּבוֹא יְרוּשָׁלִַם וַיַּעֲמֹד לִפְנֵי אֲרוֹן בְּרִית-אֲדֹנָי וַיַּעַל עֹלוֹת וַיַּעַשׂ שְׁלָמִים
vayikáts chelomó vehinné 'halóm vayavó yerouchaláim vaya'amód lifné arón berit-adonáy vayá'al olót vayá'as chelamím
15 et Chlomo s'éveilla, et voici – un songe. et il vint à Yérouchalaïm, et il se tint devant l'arche d'alliance du SEIGNEUR, et il offrit des holocaustes, et il offrit des sacrifices de paix,
Quand nous étudiions le livre de Vayikra, nous avons parlé de la différence entre l'holocauste et le sacrifice de paix. L'holocauste, comme son nom l'indique, brûle tout entier. Le sacrifice de paix est un sacrifice dont une partie est reçue par le Très-Haut sur l'autel, une partie est reçue par le kohen, une partie est reçue par celui qui apporte ce sacrifice. Et ainsi l'offrande du sacrifice de paix permet de prendre part symboliquement, pourrait-on dire, à un repas commun avec le Très-Haut, de manger avec Lui presque à la même table.
וַיַּעַשׂ מִשְׁתֶּה לְכָל-עֲבָדָיו׃
vayá'as michté lekhol-avadáv
et il fit un festin pour tous ses serviteurs.
Chlomo fit un festin, avec une telle participation du Très-Haut, pour tous ses esclaves. Ainsi donc, Chlomo a demandé la sagesse, la capacité d'entendre. Là, semble-t-il, on aurait pu venir à lui avec quelques questions économiques, avec quelques questions d'importance universelle. Mais ici nous entendons presque la voix de Mrs Hudson du film célèbre : « Roi, il y a là deux dames pour vous ».
אָז תָּבֹאנָה שְׁתַּיִם נָשִׁים זֹנוֹת
az tavóna chtáyim nachím zonót
16 et alors vinrent deux femmes
Le mot zoná en hébreu moderne signifie prostituée. Dans l'hébreu biblique, il a aussi ce sens. Mais, en outre, le verbe lazón signifie nourrir, et le mot zoná peut signifier aussi aubergiste. Il n'est pas étonnant que ces deux mots aient coïncidé, parce que l'aubergiste est souvent une femme sans défense, exposée à être victime de violence. Et c'est pourquoi, que dire, les aubergistes de ce temps-là cumulaient les deux occupations. Nous en avons parlé dans l'introduction au livre de Yéhochoua, quand nous parlions de Ra'hav. Ainsi donc, deux femmes prostituées vinrent à lui pour être jugées. Voilà que le roi festoie, remercie le Très-Haut ! Il est assis avec tous les dignitaires, occupé à un festin fastueux. Et voilà que sont venues deux prostituées.
Certains commentateurs disent : « Mais il ne peut pas être que ce soient deux prostituées qui soient venues ?! » Et ils disent : « Ce qui était écrit avant, et voici il s'éveilla, et voici un songe – c'est un autre songe. Tout cela, il le rêve. Et deux démons vinrent à lui – Lilit et Naama, démons connus de la mythologie juive. Et toute cette scène, ils la jouent devant lui ».
Eh bien, on peut le comprendre ainsi, sans doute. À moi, tout de même, la compréhension simple est plus proche. Effectivement, tu voulais juger le peuple ? Tu voulais te plonger dans les affaires du peuple ? Voilà, roi Chlomo, reçois deux prostituées, des femmes à la responsabilité sociale réduite, que l'on peut laisser passer chez le roi pour être jugées. Oui, effectivement, les sujets venaient chez le roi pour être jugés. Et beaucoup de juges se faisaient une règle, même quand ils étaient à table ou même quand quelque chose les occupait, si l'on venait à eux avec une affaire urgente, de tout arrêter et de faire entrer chez eux les plaideurs. Ainsi donc, Chlomo, déjà avec un cœur qui entend (c'est bien possible), quitte le festin et devant lui se présentent deux femmes prostituées.
אָז תָּבֹאנָה שְׁתַּיִם נָשִׁים זֹנוֹת אֶל-הַמֶּלֶךְ וַתַּעֲמֹדְנָה לְפָנָיו׃
az tavóna chetáyim nachím zonót el-hammélekh vatta'amódna lefanáv
alors vinrent deux femmes prostituées vers le roi et elles se tinrent devant lui.
C'est-à-dire qu'elles se tinrent devant lui, comme pour un jugement. À partir du verset 17, nous lisons le discours de la plaignante. Dans tout procès, il y a un plaignant – celui qui présente une réclamation, et un défendeur – celui qui répond à la réclamation. Ainsi donc, la femme plaignante, et voici ce qu'elle dit :
וַתֹּאמֶר הָאִשָּׁה הָאַחַת בִּי אֲדֹנִי אֲנִי וְהָאִשָּׁה הַזֹּאת יֹשְׁבֹת בְּבַיִת אֶחָד וָאֵלֵד עִמָּהּ בַּבָּיִת׃
vattómer ha'ichá ha'a'hátDans la translittération de l'original, ce mot (« l'une ») commence par un g au lieu d'un h ; le français suit l'hébreu. bi adoní aní veha'ichá hazzót yochevót beváyit e'hád va'eléd immá babbáyit
17 et l'une des femmes dit : « Par moi-même je jure, mon seigneur, moi et cette femme nous habitons dans une même maison. et moi, avec elle, j'ai accouché dans la maison.
וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי לְלִדְתִּי וַתֵּלֶד גַּם-הָאִשָּׁה הַזֹּאת וַאֲנַחְנוּ יַחְדָּו אֵין-זָר אִתָּנוּ בַּבַּיִת זוּלָתִי שְׁתַּיִם-אֲנַחְנוּ בַּבָּיִת׃
vayhí bayom hachelichí lelidtí vattéled gam-ha'ichá hazzót va'aná'hnou ya'hdáv en-zár ittánou babbáyit zoulatí chetayim-aná'hnou babbáyit
18 et ce fut le troisième jour après mon accouchement, et cette femme aussi accoucha, et nous sommes à deux, et il n'y a aucun étranger chez nous dans la maison, hormis nous deux à la maison.
Pourquoi la femme mentionne-t-elle qu'il n'y a personne d'autre qu'elles dans la maison ? Il n'y a pas de témoins de ce qui s'est passé. Elles n'étaient que deux. Ensuite la femme continue son récit et dit au verset 19 :
וַיָּמָת בֶּן-הָאִשָּׁה הַזֹּאת לָיְלָה אֲשֶׁר שָׁכְבָה עָלָיו׃
vayámot ben-ha'ichá hazzót láyla achér chakhevá aláv
19 et le fils de cette femme mourut la nuit, quand elle se coucha sur lui.
וַתָּקָם בְּתוֹךְ הַלַּיְלָה וַתִּקַּח אֶת-בְּנִי מֵאֶצְלִי וַאֲמָתְךָ יְשֵׁנָה וַתַּשְׁכִּיבֵהוּ בְּחֵיקָהּ וְאֶת-בְּנָהּ הַמֵּת הִשְׁכִּיבָה בְחֵיקִי׃
vattakóm betókh halláyla vattikká'h et-bení me'etslí va'amatekhá yechená vattachkivéhou be'heká ve'et-bená hammét hichkíva ve'hekí
20 et elle se leva au milieu de la nuit, et prit le fils d'auprès de moi, tandis que ta servante dort, et le coucha sur sa poitrine, et son fils mort, elle le coucha sur ma poitrine.
וָאָקֻם בַּבֹּקֶר לְהֵינִיק אֶת-בְּנִי וְהִנֵּה-מֵת וָאֶתְבּוֹנֵן אֵלָיו בַּבֹּקֶר וְהִנֵּה לֹא-הָיָה בְנִי אֲשֶׁר יָלָדְתִּי׃
va'akoúm babbóker leheník et-bení vehinne-mét va'etbonén eláv babbóker vehinné lo-hayá vení achér yaládti
21 et quand je me réveillai le matin, je me levai le matin pour allaiter mon fils, et voici, il était mort. et plus tard je l'examinai, quand le matin fut venu et qu'il fit jour, et voici, ce n'est pas le fils que j'ai enfanté ».
Ce sont les dépositions de la première femme. Elles suscitent énormément de doutes, si on les lit attentivement. Avant tout, d'où cette femme sait-elle tout ce qui s'est passé, si elle dormait ? Elle n'a pourtant rien vu. Elle, d'après ses propres paroles, dormait si profondément qu'elle n'a rien senti. Mais elle décrit comment tout s'est passé comme si elle l'avait vu. Sa version est bien construite, mais voilà, ce problème-là existe ici. Il y a encore un autre accroc dans ce qu'elle dit. D'ordinaire une femme qui a accouché (on a même fait de telles expériences, aujourd'hui les psychologues aiment les expériences, et moi j'ai fait un sondage, j'ai interrogé quelques femmes) ne confond pas si facilement son enfant. Elle a pris l'enfant pour l'allaiter, et il est mort, et seulement ensuite, seulement après l'avoir examiné, elle a vu que ce n'était pas son enfant. Tout cela sonne un peu suspect. De plus, les enfants dans les premiers jours de leur vie grandissent très vite et changent très vite, et un enfant de trois jours est différent d'un enfant d'un jour. Tout cela, ce sont des questions qui restent après le long discours de cette femme. Mais elle parle longuement et joliment. Dans son discours il y a plus de 50 mots. Ensuite j'ai perdu le compte. Au verset 22, la défenderesse répond à ce long discours et dit ceci :
וַתֹּאמֶר הָאִשָּׁה הָאַחֶרֶת לֹא כִי בְּנִי הַחַי וּבְנֵךְ הַמֵּת
vattomér ha'ichá ha'a'héret lo khi bení ha'háy ouvnékh hammét
22 et l'autre femme dit : « non. c'est mon fils qui est vivant, et ton fils qui est mort ».
Elle n'est visiblement pas aussi éloquente que la plaignante. Elle n'a pas de discours préparé, peut-être parce qu'elle est en état de choc, et elle répond en tout et pour tout par quatre mots. Que répond à cela la plaignante ? Elle répond :
לֹא כִי בְּנֵךְ הַמֵּת וּבְנִי הֶחָי וַתְּדַבֵּרְנָה לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ׃
lo khi benékh hammét ouvní he'háy vattedabbérna lifné hammélekh
« non, ton fils est mort, et mon fils est vivant ». et ainsi elles parlaient devant le roi.
C'est-à-dire que les femmes commencent à se disputer. Et, remarquez-le, elles ne disent pas la même chose. La défenderesse dit ce qu'elle veut prouver. Elle dit : « Mon fils est vivant ! Ton fils est mort ! » En premier lieu, chez elle, il y a le désir de prouver : mon fils – est vivant. La plaignante dit l'inverse : « Ton fils – est mort, et mon fils – est vivant ! » Pour elle, il est plus important de prouver que ce n'est pas son fils qui est mort. Ces formulations, en réalité, trahissent ce que l'homme a sur le cœur, ce qu'il a dans son subconscient. On pourrait appeler cela un lapsus freudien, si Chlomo avait connu un tel homme. Et on peut en conclure que la plaignante ruse.
Il y a encore quelques règles juridiques qu'on peut citer ici, avant que nous passions à la réponse de Chlomo. Si un homme tient dans ses mains un objet, par exemple, un homme a une montre au bras, et quelqu'un arrive et dit : « Cet homme, ce 'Haïm porte ma montre », l'homme qui a dit cela, c'est lui qui doit le prouver. Puisque la montre est entre les mains de 'Haïm, 'Haïm ne doit rien prouver – la preuve, c'est que la montre est à son bras. Il n'a pas à se rappeler où il l'a achetée ou quand on la lui a offerte, rien. « C'est ma montre » – et même cela, il n'est pas nécessaire de le dire. La voilà à mon bras, c'est évident. Avec un enfant, tout n'est pas si simple. Mais néanmoins cette règle fonctionne aussi. L'une des femmes a l'enfant dans les bras, l'autre a sur les lèvres un récit. Et ce récit n'est pas une raison pour prendre l'enfant. Le système judiciaire juif compte dans une certaine mesure sur l'honnêteté des gens. Par exemple, on considère qu'une femme ne dira pas en présence de son mari : « Nous n'avons jamais été mariés ». Elle n'osera pas dire une telle chose au tribunal. Certains considèrent qu'un homme n'osera pas dire : « Je ne lui ai jamais emprunté d'argent ! » en présence de son créancier. En même temps, le système lui-même prévoit la dégradation des mœurs et dit : « C'est ainsi, mais les gens changent ! » Et les gens changent, et ils ne changent pas toujours en bien. Et ici, bien sûr, c'est un très mauvais témoignage que la femme ait osé parler, après avoir enterré son enfant ou en ayant dans les bras un enfant mort, qu'elle ait traîné son amie, qui venait d'accoucher d'un enfant, au tribunal pour un tel procès. Cela parle très mal d'elle. Donc, deux femmes. Toutes deux ont exposé leurs versions, et elles ne sont pas tout à fait identiques. Au verset 23, nous lisons ce que dit Chlomo.
וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ זֹאת אֹמֶרֶת זֶה-בְּנִי הַחַי וּבְנֵךְ הַמֵּת וְזֹאת אֹמֶרֶת לֹא כִי בְּנֵךְ הַמֵּת וּבְנִי הֶחָי׃
vayomer hammélekh zot oméret ze-bení ha'háy ouvnékh hammét vezót oméret lo khi benékh hammét ouvní he'háy
23 et le roi dit : « celle-ci dit : “mon fils est vivant, et le tien est mort”, et la seconde dit : “non, ton fils, c'est celui qui est mort. et mon fils est vivant” ».
Chlomo répète les arguments des parties. Cette règle s'applique aussi dans le tribunal juif moderne. On l'apprend (cette règle) précisément de cet épisode. Tu veux juger ? Répète les versions ! Avant tout pour t'assurer que tu les as comprises. Certains commencent même à répéter. Tourne-les dans ta tête. L'un dit ainsi, l'autre dit ainsi, celui-ci dit ainsi, celui-là dit ainsi. Pour comprendre et pour analyser. Ici, en somme, on comprend déjà assez bien à qui est l'enfant. On le comprend assez bien par le discours. Bon, c'est clair pour Chlomo. Mais il est important de faire encore quelque chose.
וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ קְחוּ לִי-חָרֶב וַיָּבִאוּ הַחֶרֶב לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ׃
vayomer hammélekh ke'hoú li-'hárev vayavíou ha'hérev lifné hammélekh
24 et le roi dit : « donnez-moi une épée ! » (Prenez-moi une épée ! (si l'on traduit littéralement), et on apporta l'épée devant le roi.
וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ גִּזְרוּ אֶת-הַיֶּלֶד הַחַי לִשְׁנָיִם וּתְנוּ אֶת-הַחֲצִי לְאַחַת וְאֶת-הַחֲצִי לְאֶחָת׃
vayomer hammélekh gizroú et-hayéledLa translittération de l'original colle ici deux mots en un seul ; le français les sépare, comme dans l'hébreu. ha'háy lichnáyim outnoú et-ha'hatsí le'a'hát ve'et-ha'hatsí le'e'hát
25 et le roi dit : « coupez cet enfant vivant en deux, et donnez la moitié à l'une et la moitié à l'une ».
Imaginez : dans quel tribunal, dans quelle institution moderne une telle chose peut-elle se produire ? C'est effrayant au point que les femmes ont réellement cru qu'une telle décision était possible. Il y a les lois de la Torah, et Chlomo ne vit pas dans un État anarchique. Ce n'est pas un monarque-dictateur déjanté. Et on connaît son père David, et on connaît la justice des juges. Mais les femmes ont cru qu'au tribunal de Chlomo le roi Chlomo pouvait ordonner de couper en morceaux, de tuer un enfant innocent. Peut-être parce que l'une est en état de choc, parce que son enfant est en danger et qu'elle n'analyse absolument pas la situation, ce qui lui importera, c'est de sauver l'enfant, et que la seconde est à tel point possédée par la méchanceté que, premièrement, elle peut admettre une telle chose, et deuxièmement, elle n'est pas capable, à cause de l'aveuglement de la méchanceté, de discerner un piège possible. Il y a encore une autre explication. Le roi Chlomo est un jeune roi, tout le monde ne le connaît pas. Et, va savoir comment le pouvoir influera sur un homme ?! Peut-être que justement on va apprendre que le roi Chlomo, lui – c'est un tel roi. Et les femmes croient qu'une telle chose est possible, ou simplement ne réfléchissent pas. C'est pourquoi le piège de Chlomo fonctionne.
וַתֹּאמֶר הָאִשָּׁה אֲשֶׁר-בְּנָהּ הַחַי אֶל-הַמֶּלֶךְ כִּי-נִכְמְרוּ רַחֲמֶיהָ עַל-בְּנָהּ וַתֹּאמֶר בִּי אֲדֹנִי תְּנוּ-לָהּ אֶת-הַיָּלוּד הַחַי וְהָמֵת אַל-תְּמִיתֻהוּ
vattómer ha'ichá acher-bená ha'háy el-hammélekh ki-nikhmeroú ra'hamehá al-bená vattómer bi adoní tenou-lá et-hayaloúd ha'háy vehamét al-temitoúhou
26 et la femme dont le fils était vivant dit au roi, parce qu'elle fut prise de pitié pour son fils, et elle lui dit : « je jure par moi-même, mon seigneur, sous ma responsabilité. donnez-lui le nouveau-né vivant et ne le faites pas mourir »,
Quelle chance pour la seconde femme ! On pouvait dire : « Oui, formidable ! Donnez-le-moi ! Vraiment, vous voyez, elle a avoué elle-même ?! C'est bien ce que je voulais, qu'on me le donne. Voilà enfin elle accepte, elle a quand même une certaine conscience ! » En effet, on peut penser ainsi, la femme pensait : « Eh bien, soit ! Voler un enfant, j'y suis prête, mais tuer, je n'y suis pas prête ». Nous lisons ici que c'est la femme dont le fils est vivant qui a dit cela, mais Chlomo, lui, ne le sait pour ainsi dire pas. Elle a dit : « Oui ! Laissez-le en vie ! » La seconde aurait dû se réjouir, dire : « Merci, sire et petit père Chlomo ! », prendre l'enfant vivant et partir avec lui, elle a la décision du roi. Mais elle répond quelque chose de tout à fait différent.
וְזֹאת אֹמֶרֶת גַּם-לִי גַם-לָךְ לֹא יִהְיֶה גְּזֹרוּ׃
vezót oméret gam-lí gam-lákh lo yihyé gezórou
ni à moi, ni à toi il ne sera. coupez.
« Si je ne l'ai pas, que toi non plus tu ne l'aies pas. Il m'importe plus que tu n'aies pas cet enfant que de l'avoir, moi. » C'est simplement le mal humain, manifesté sous sa forme la plus abjecte. La femme pouvait tout à fait à ce moment dire : « Oui, oui, oui, oui ! Je prends l'enfant ! Merci ! Et déduisez-lui encore les frais de justice, et j'achèterai à mon enfant un paquet de Pampers. » Mais elle ne fait pas ainsi, elle est possédée par la méchanceté. Les commentateurs essaient de le comprendre de différentes manières. Comme nous l'avons dit, certains ont tout de suite dit : « C'étaient carrément des esprits ! Ce n'étaient pas des humains ! Comment des prostituées pouvaient-elles venir chez le roi au festin ? Comment peuvent-elles se conduire comme ça ? Comment le roi pouvait-il essayer de couper l'enfant en deux ? »
D'autres disent : « C'est une situation juridique compliquée. C'est une belle-mère et une belle-fille. Eh bien, imaginez la situation. Rappelons-nous des héroïnes que nous connaissons – Naomi et Rout. Imaginez donc que toutes deux sont veuves. Mais Rout est restée enceinte, Naomi aussi est enceinte. Naomi met au monde un enfant, et Rout met au monde un enfant. Si l'enfant de Rout meurt, alors d'après la Torah Rout (une Rout imaginaire, pas cette Rout du livre) doit attendre que l'enfant de Naomi atteigne l'âge de 13 ans. Attendre 13 ans, servir et être avec elle, jusqu'à ce que cet enfant grandisse et la prenne pour épouse, et là alors essayer de rétablir la famille. Ou d'une autre façon. » Beaucoup inventent un tel cas juridique pour expliquer pourquoi la seconde femme est si méchante, pourquoi elle a une réaction aussi monstrueuse.
Eh bien, en réalité, il me semble qu'ici il y a justement la manifestation de ce don même de Chlomo. D'un côté, nous avons vu assez de lapsus, assez d'erreurs de calcul dans la version de la première femme. Et on aurait pu comprendre, il n'est pas nécessaire d'être Sherlock Holmes pour démêler à qui est l'enfant. Il fallait, premièrement, le montrer à tous, pour qu'ensuite on ne pense pas : « Et si nous faisions appel devant une autre instance ? Et si nous allions encore ailleurs ? » Et pour qu'on ne parle pas, qu'on n'aille pas, parce qu'il s'agit de la vie d'un enfant, pour que quelqu'un ne chuchote pas quelque chose à l'enfant, il fallait le montrer clairement et il fallait montrer clairement toute la méchanceté humaine. Et c'est une très bonne démonstration du jugement de Chlomo, de la compréhension (comme on dit : « Je comprends les femmes ! »). Chlomo ici ne comprend pas seulement les femmes, Chlomo ici entend avec le cœur ces deux femmes. Et c'est pourquoi il peut prévoir comment elles se comporteront. Car les événements auraient pu se développer par beaucoup d'autres chemins différents. Ici il comprend non seulement la nature du bien, la nature du mal, la nature d'une mère, la nature d'une mère dont le fils est mort. Il comprend précisément ces femmes concrètes. Il pénètre la nature, le caractère, les soucis, le cœur de ces prostituées. Il est prêt à entendre avec le cœur, peut-on dire, les plus-plus basses, les plus insignifiantes citoyennes de son royaume. Donc, lisons la sentence :
וַיַּעַן הַמֶּלֶךְ וַיֹּאמֶר תְּנוּ-לָהּ אֶת-הַיָּלוּד הַחַי וְהָמֵת לֹא תְמִיתֻהוּ הִיא אִמּוֹ׃
vayá'an hammélekh vayomer tenou-lá et-hayaloúd ha'háy vehamét lo temitoúhou hi immó
27 et le roi répondit, et dit : « donnez-lui ce garçon vivant, et ne le tuez pas de mort, elle – est sa mère ».
Il y a des midrachim et des commentateurs qui disent : « Ces dernières paroles “Elle – est sa mère !” n'ont pas été dites par Chlomo, mais par l'Esprit Saint. Ou bien Chlomo en chœur, d'une seule voix avec l'Esprit Saint. » C'est-à-dire que lorsque le Roi ouvre son cœur pour entendre ceux qui viennent à lui pour être jugés, qu'il s'y plonge, alors, selon cette approche, l'Esprit Saint lui-même participe au jugement. Et c'est bien par là que l'Esprit Saint a touché ces femmes. Quelque chose d'important s'est produit. Et la sentence a retenti : « Elle est sa mère ! » Par cela même cessaient toutes les conversations qui auraient pu accompagner le garçon à l'avenir. Et peut-être que Chlomo n'a pas jugé comme il faut ? Et peut-être qu'il y avait une autre instance, elle aurait jugé autrement ? Et peut-être qu'il y a eu là un pot-de-vin ? Et peut-être qu'il y a eu là encore autre chose ? C'est précisément l'histoire de l'épée, dont Chlomo pouvait prévoir les résultats, qui a définitivement mis fin à toutes les conversations possibles à venir. Car il ne s'agit pas seulement des mères, l'enfant grandit.
וַיִּשְׁמְעוּ כָל-יִשְׂרָאֵל אֶת-הַמִּשְׁפָּט אֲשֶׁר שָׁפַט הַמֶּלֶךְ וַיִּרְאוּ מִפְּנֵי הַמֶּלֶךְ כִּי רָאוּ כִּי-חָכְמַת אֱלֹהִים בְּקִרְבּוֹ לַעֲשׂוֹת מִשְׁפָּט׃
vayichme'oú kol-yisraél et-hammichpát achér chafát hammélekh vayir'oú mippené hammélekh ki ra'oú ki-'hokhmát elohím bekirbó la'asót michpát
28 et on entendit dans tout israël le jugement par lequel le roi avait jugé, et on craignit le roi, parce qu'ils virent que la sagesse divine est en lui, pour rendre le jugement.
Ensuite nous lisons le chapitre 4, verset 1 :
וַיְהִי הַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה מֶלֶךְ עַל-כָּל-יִשְׂרָאֵל׃
vayhi hammélekh chelomó mélekh al-kol-yisraél
1 et le roi chlomo devint roi sur tout israël.
Ayant accepté sa sagesse, malgré sa jeunesse, tous l'ont accepté comme roi. Ils ne l'ont pas accepté juridiquement, du genre voilà, un roi siège là, mais ils ont pris conscience qu'il est roi !
Quelles leçons, quelles conclusions pour Chlomo de ce jugement ? Qu'est-ce que Chlomo lui-même pouvait voir de nouveau pour lui-même ? Que pouvons-nous voir pour nous-mêmes ? Avant tout, il arrive qu'il y ait deux personnes qui se disputent, deux plaideurs. L'un d'eux parle très joliment, on lui a joliment appris, il parle joliment, il sait joliment présenter sa version. Parfois, peut-être, la presse et les propagandistes sont de son côté, et il nous est présenté comme ayant tout à fait raison, sa vérité, ses paroles sonnent joliment, avec faconde. Et quelqu'un qui ne sait pas aligner deux mots, en réalité, a raison. Ne suis pas la faconde. Ne suis pas les beaux discours.
La deuxième pensée qui vient à l'esprit au sujet de l'épée tirée, c'est qu'on a craint le roi. Il ne faut pas abuser du pouvoir. Tout pouvoir peut corrompre. Comme on dit, le pouvoir absolu corrompt absolument. Si tu abuses du pouvoir, tu peux te transformer en monstre dont on pensera d'abord qu'il coupe un enfant en deux, ensuite il en arrivera aussi, à Dieu ne plaise, jusque-là.
Il y a aussi une troisième pensée. De la troisième pensée a parlé le rav Kook. Lorsqu'il vivait (au début du XXe siècle), il y avait une grande division dans le peuple d'Israël. Les uns disaient : « Nous ne voulons rien avoir en commun avec l'État. Nous allons nous enfermer comme ça, nous n'aiderons pas, plutôt périr nous-mêmes, mais qu'eux aussi périssent. » Cela, malheureusement, s'est passé ainsi, que c'est justement la partie orthodoxe qui s'est fortement enfermée, a montré un tel zèle fanatique, qui disait : « Que périsse notre âme avec eux. Que nous mourions, mais qu'eux aussi meurent. Coupez ! » L'autre partie disait : « Non, ne coupons pas ! Ne coupons pas le peuple d'Israël. Gardons le peuple entier. Quoi qu'il en soit, quoi qu'il en coûte. Cela, peut-être, vaut cher. Gardons le peuple entier ! »
Encore une leçon de cette histoire – il ne faut pas suivre les fanatiques. Les fanatiques peuvent faire périr n'importe quelle cause. Il y a des limites au zèle, au-delà desquelles il passe au fanatisme. Le zèle ne doit pas détruire la vie. Voilà de telles pensées. Les pensées peuvent être encore très nombreuses au sujet du jugement de Chlomo. Et certaines pensées ne sonnent pas du tout à l'unisson. Ainsi, par exemple, rabbi David Altschuler, l'auteur du commentaire connu « Metsoudat David », vivait à Prague et a eu une très grande influence sur le judaïsme d'Europe de l'Est et de Pologne. Il est mort en 1769. Il lit cette histoire comme si à la première femme, celle qui parle beaucoup, on avait réellement volé l'enfant, et qu'elle avait réellement raison. Et à ceux que cela intéresse, je propose de lire aussi son commentaire. Ce sera intéressant aussi.
Lisez aussi : Vayéchev, Vayigach et les sections hebdomadaires de la Torah.