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וַיֵּשֶׁב

Vayéchev

Yossef et ses frères

Illustration : alexblend.com
Section hebdomadaire
9 sur 54
Versets
Béréchit 37,1–40,23
Parties
11
Temps de lecture
3 h 33 min

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Vayéchev est la section hebdomadaire sur Yossef et ses frères. Dans ce sténogramme, Alex Blend examine le conflit familial, l'histoire de Yéhouda et Tamar, les épreuves de Yossef en Égypte et les rêves en prison. L'hébreu, la translittération et la traduction sont accompagnés des commentaires de l'auteur sur la Torah et sur la haftara d'Amos.

Vayéchev : comment tout a commencé

Béréchit 37,1–11


וַיֵּשֶׁב יַעֲקֹב בְּאֶרֶץ מְגוּרֵי אָבִיו בְּאֶרֶץ כְּנָעַן׃

vayéchev yaakóv be'érets megouré avív be'érets kená'an

1 Et Yaakov s'établit dans le pays de la pérégrination de son père.

Il y a ici un certain contrepoids : là où les pères ont erré, Yaakov (après être revenu de 'Haran, de l'exil) s'établit. On peut dire aussi que Yaakov s'est relâché. Chaque fois que nous lisons dans la Torah le mot vayéchev (un procédé stylistique compréhensible pour le lecteur), cela signifie : attends-toi à un malheur, une sorte d'accalmie avant la tempête, avant des événements désagréables. Yaakov s'établit dans le pays de la pérégrination de son père, dans le pays cananéen.


אֵלֶּה תֹּלְדוֹת יַעֲקֹב יוֹסֵף בֶּן־שְׁבַע־עֶשְׂרֵה שָׁנָה הָיָה רֹעֶה אֶת־אֶחָיו בַּצֹּאן וְהוּא נַעַר אֶת־בְּנֵי בִלְהָה וְאֶת־בְּנֵי זִלְפָּה נְשֵׁי אָבִיו וַיָּבֵא יוֹסֵף אֶת־דִּבָּתָם רָעָה אֶל־אֲבִיהֶם׃

élle toledót yaakóv yosséf ben-chevá-esré chaná hayá ro'é et-e'háv battsón vehoú ná'ar et-bené vilhá ve'ét-bené zilpá neché avív vayavé yosséf et-dibbatám ra'á el-avihém

2 Voici la généalogie de Yaakov. Yossef a dix-sept ans, et il faisait paître le bétail avec ses frères / il faisait paître ses frères auprès du bétail (on peut le comprendre de deux façons, et plus loin nous verrons que c'est justement la seconde compréhension qui convient le mieux), et il est le chef d'équipe des fils de Bilha et des fils de Zilpa. Et Yossef rapportait au père des commérages et de mauvaises inventions sur eux.

Comment se fait-il donc que dans la généalogie de Yaakov il soit écrit : « Yossef a 17 ans » ? Ici le mot toldót est employé au sens de fruits, engendrements, du mot leolít – enfanter, toldot – engendrements. Voilà ce qui est arrivé à Yaakov, voilà les fruits de son établissement dans la terre sainte, quand il s'est relâché, peut-être avant le temps. Donc, il a un fils, Yossef (nous avons entendu parler de lui quand il est né, et depuis nous ne savons plus rien de lui).

Vehoú ná'ar et-bené vilhá ve'ét-bené zilpá – et il est le chef d'équipe des fils de Bilha et des fils de Zilpa. Le mot ná'ar signifie littéralement jeune homme ou celui qui secoue constamment tout le monde, plein d'initiative ; mais dans le sens simple – jeune homme. Dans le livre de Rout, nous lisons qu'auprès des moissonneurs il y avait un chef d'équipe des moissonneurs, un manager de premier échelon, qu'on appelait ná'ar. Ici nous pouvons voir que Yossef a 17 ans et qu'il est affecté, comme une sorte de chef d'équipe, de moniteur ou de manager, aux fils de Bilha et de Zilpa, les femmes de Yaakov.

Tout ce qu'ils faisaient, Yossef le rapportait à son père. On peut, en essayant de supposer du bien de lui, dire que Yossef avait la bonne intention de la réparation du monde, qu'il voulait que tous soient bons, et que tout bêtement il se plaignait à papa de la mauvaise conduite de ses frères. Mais chez nous, on le comprend, l'attitude envers un homme qui dénonce ses frères, même à un homme tel que Yaakov, est glissante. Et nous ne porterons pas de jugement sur la manière dont Yossef se comporte, mais nous comprenons que ses frères ne vont pas particulièrement l'aimer. Et voilà à quel poste, dans quelle situation se trouve Yossef.


וְיִשְׂרָאֵל אָהַב אֶת־יוֹסֵף מִכָּל־בָּנָיו כִּי־בֶן־זְקֻנִים הוּא לוֹ וְעָשָׂה לוֹ כְּתֹנֶת פַּסִּים׃

veyisraél aháv et-yosséf mikkól-banáv ki-ven-zekouním hou lo ve'ássa lo ketónet passím

3 Et Israël aimait Yossef plus que tous ses enfants, parce qu'il est le fils de sa vieillesse ; et il lui fit une chemise particulière.

Israël aimait son fils plus que tous ses enfants, plus même que Binyamin – le frère cadet de Yossef. Binyamin a 10 ans, il n'est peut-être pas encore aussi agile, pas aussi beau, pas aussi charismatique – tout cela (nous le verrons) revient à Yossef.

Ketónet passím se traduit littéralement par tunique rayée, mais le mot pas (bande) peut aussi désigner la bande qui relie la main à l'avant-bras, et alors cela signifie que Yaakov lui a fait un vêtement aux manches longues, sur toute la longueur. Le vêtement d'un homme qui ne retrousse pas ses manches ou qui ne travaille pas – un tel vêtement important, de seigneur. D'autres disent qu'il lui a fait un vêtement orné, c'est-à-dire qu'il lui a fait faire une sorte de vêtement sur mesure.

Le Talmud, dans le traité Chabbat, dit : « Un homme ne doit pas distinguer un de ses fils parmi ses autres enfants. Voyez, à cause d'un morceau de laine en trop d'une valeur de 2 sélas, le peuple d'Israël est descendu en Égypte, la haine est née ». Les frères, naturellement, haïssaient Yossef le parvenu, le mouchard, le beau gosse.


וַיִּרְאוּ אֶחָיו כִּי־אֹתוֹ אָהַב אֲבִיהֶם מִכָּל־אֶחָיו וַיִּשְׂנְאוּ אֹתוֹ וְלֹא יָכְלוּ דַּבְּרוֹ לְשָׁלֹם׃

vayir'oú e'háv ki-oto aháv avihemDans la translittération russe, deux lettres du mot « leur père » sont interverties ; la translittération française suit l'hébreu (avihem). mikkól-e'háv vayisne'oú otó veló yakheloú dabberó lechalóm

4 Et les frères virent que le père l'aimait plus que tous les frères, et ils le haïrent, et ne pouvaient pas lui parler paisiblement.

D'un côté, on peut dire, à la suite de Rachi (Rabbi Chlomo Yits'haki), qu'à partir de ces paroles pas très bonnes sur les frères on peut dire du bien d'eux : qu'ils sont, du moins, honnêtes, ils ne sont pas hypocrites, ils n'ont pas deux visages. Ils éprouvent une telle antipathie personnelle envers Yossef qu'ils ne peuvent même pas lui parler, et ne lui parlent pas. Mais nous avons déjà lu 36 chapitres du livre de Béréchit. La première histoire – quand 'Hava, très probablement, a donné en silence le fruit à Adam. Si elle avait dit : « Regarde, le serpent m'a persuadée de manger un peu », on aurait pu simplement donner une fessée au serpent, et tout se serait terminé là. Kayin voulait, semble-t-il, parler avec son frère, en tout cas il est écrit : « Et Kayin dit à Hevel, son frère ». Et ensuite il n'est pas écrit ce qu'il lui a dit. C'est-à-dire qu'on peut le comprendre ainsi : il voulait dire, mais il n'arrive pas à parler. Et ensuite, tout au long de l'Écriture, nous voyons l'inimitié entre frères. Avraham dit à Lot : « Séparons-nous, parce que nous sommes frères, parce que notre querelle peut mener à un meurtre ». Essav et Yaakov, au moins, se parlent : ils ont parlé et se sont séparés tranquillement, ils ont scindé le monde, dans une certaine mesure ils ont partagé le pays, mais ils peuvent cohabiter en paix et ont même enterré leur père ensemble.

Et ici recommence la même histoire : les frères ne peuvent pas parler. C'est le plus terrible, quand dans une famille on ne se parle pas, quand on n'arrive même pas à s'expliquer. Voilà quelle était la situation à la veille des révélations que Yossef a reçues.


וַיַּחֲלֹם יוֹסֵף חֲלוֹם וַיַּגֵּד לְאֶחָיו וַיּוֹסִפוּ עוֹד שְׂנֹא אֹתוֹ׃

vaya'halóm yosséf 'halóm vayaggéd le'e'háv vayossífou od senó otó

5 et Yossef fit un rêve et le dit à ses frères, et ils se mirent à le haïr encore davantage.


וַיֹּאמֶר אֲלֵיהֶם שִׁמְעוּ־נָא הַחֲלוֹם הַזֶּה אֲשֶׁר חָלָמְתִּי׃

vayomer alehém chim'oú-na ha'halóm hazzé achér 'halámti

6 Et il leur dit : « Voici, écoutez quel rêve j'ai fait :


וְהִנֵּה אֲנַחְנוּ מְאַלְּמִים אֲלֻמִּים בְּתוֹךְ הַשָּׂדֶה וְהִנֵּה קָמָה אֲלֻמָּתִי וְגַם־נִצָּבָה וְהִנֵּה תְסֻבֶּינָה אֲלֻמֹּתֵיכֶם וַתִּשְׁתַּחֲוֶיןָ לַאֲלֻמָּתִי׃

vehinné aná'hnou me'allemím aloummím betókh hassadé vehinné káma aloummatí vegám-nittsáva vehinné tesoubbéna aloummotekhém vattichta'havéna la'aloummatí

7 Voici, nous lions des gerbes dans le champ, et voici, ma gerbe s'est levée, s'est dressée et s'est tenue droite, vos gerbes se sont tournées vers elle et se sont prosternées devant ma gerbe ».

Comment peut-on comprendre un tel rêve ? On peut le comprendre de façons très diverses. Je propose maintenant de faire quelque chose de presque impossible. Nous lisons, vous et moi, la Torah et, en partie, nous faisons semblant de la lire, parce que nous la connaissons. Si maintenant on demande ce que signifie ce rêve, on me dira que les frères se prosterneront ensuite devant lui en Égypte, ou encore d'autres variantes. Mais les frères n'avaient pas lu le livre de Béréchit. Et si l'on essaie de lire ce livre comme la première fois, quand nous ne connaissons pas encore la suite, que nous ne savons pas à quoi tend ce rêve ni ce qu'est ce rêve, alors que peut-on penser ici ? On peut dire que Yossef parle vraiment à partir de son cœur, que son rêve suit son cœur, qu'il veut dominer, et que cela perce de cette façon à travers son subconscient. On peut le comprendre ainsi, parce que, bien que toute la culture orientale de cette époque dise que les rêves viennent toujours de Dieu (justement dans l'Écriture nous voyons des rêves qui sont donnés par Dieu, des rêves prophétiques, venant sans équivoque du Très-Haut), d'un autre côté, il y a des rêves (si nous lisons le chapitre 29 du livre du prophète Yéchayahou) où l'affamé voit de la nourriture, l'assoiffé voit de l'eau, mais, quand il se réveille, ces rêves s'effritent. C'est-à-dire des rêves qui parlent à partir du cœur de l'homme. Et avant tout il faut démêler : Yossef voit-il un rêve venant de Dieu, ou bien est-ce lui qui entrouvre les petites portes de son subconscient ? Apparemment, les frères ont choisi la seconde variante.

וַיֹּאמְרוּ לוֹ אֶחָיו הֲמָלֹךְ תִּמְלֹךְ עָלֵינוּ אִם־מָשׁוֹל תִּמְשֹׁל בָּנוּ וַיּוֹסִפוּ עוֹד שְׂנֹא אֹתוֹ עַל־חֲלֹמֹתָיו וְעַל־דְּבָרָיו׃

vayomerou lo e'háv hamalókh timlókh alénou im-machól timchól bánou vayossífou od senó otó al-'halomotáv ve'ál-devaráv

8 Et les frères lui dirent : « Est-ce que tu régneras sur nous, ou est-ce que tu nous gouverneras ? » Et ils se mirent à le haïr encore davantage à cause de ses rêves et à cause de ce qu'il avait dit.

Les frères pensent qu'il s'agit ici de la seconde variante, que c'est ce qui perce du subconscient de Yossef. Mais si nous lisons comment la Torah en parle, voici ce que dit Yossef (laissez-moi essayer de traduire avec l'intonation que transmet la cantillation de la Torah) : « Et j'ai rêvé que nous lions des gerbes dans le champ, et vos gerbes se sont tournées et se sont prosterné-é-é-é-ées devant ma gerbe ». Dans le mot se sont prosternées, la lettre é est chantée très joyeusement et joliment, un tel ton, comme si Yossef avait dit à la fin quelque chose comme « bé-bé-bé. Et voilà ce qui irrite les frères : pas seulement le rêve de Yossef, mais aussi la manière dont il le dit. C'est-à-dire que si Yossef rêve en secret de dominer sur eux ou de régner sur eux, alors voilà, cela a percé, s'est échappé au-dehors, il s'est trahi. Les frères lui demandent : « Régneras-tu sur nous (ce qui signifie : “allons-nous nous-mêmes te faire roi ?”) ou gouverneras-tu sur nous, deviendras-tu notre gouvernant, nous contraindras-tu à passer sous ton pouvoir ? » On peut dire qu'ils lui ont répondu : « Devons-nous nous-mêmes te faire roi, ou bien nous soumettras-tu ? » Une réponse si cynique, qui, là encore, échappe complètement dans la traduction. C'est-à-dire une conversation pas du tout amicale des frères. Yossef, semble-t-il, n'entre pas du tout ici dans la polémique. Il continue :

וַיַּחֲלֹם עוֹד חֲלוֹם אַחֵר וַיְסַפֵּר אֹתוֹ לְאֶחָיו וַיֹּאמֶר הִנֵּה חָלַמְתִּי חֲלוֹם עוֹד וְהִנֵּה הַשֶּׁמֶשׁ וְהַיָּרֵחַ וְאַחַד עָשָׂר כּוֹכָבִים מִשְׁתַּחֲוִים לִי׃

vaya'halóm od 'halóm a'hér vaysappér otó le'e'háv vayomer hinné 'halámti 'halóm od vehinné hachémech vehayaréya'h ve'a'hád assár kokhavím michta'havím li

9 Et il fit encore un autre rêve, et le raconta à ses frères, et dit : « J'ai fait encore un rêve : et voici, le soleil, et la lune, et 11 étoiles se sont prosternés devant moi ». (Nous analyserons encore ces rêves).


וַיְסַפֵּר אֶל־אָבִיו וְאֶל־אֶחָיו וַיִּגְעַר־בּוֹ אָבִיו וַיֹּאמֶר לוֹ מָה הַחֲלוֹם הַזֶּה אֲשֶׁר חָלָמְתָּ הֲבוֹא נָבוֹא אֲנִי וְאִמְּךָ וְאַחֶיךָ לְהִשְׁתַּחֲוֹת לְךָ אָרְצָה׃

vaysappér el-avív ve'él-e'háv vayig'ár-bo avív vayomer lo ma ha'halóm hazzé achér 'halámta havó navó aní ve'immekhá ve'a'hékha lehichta'havót lekhá ártsa

10 Et il raconta au père. et le père lui passa un savon (le réprimanda), et lui dit : « Qu'est-ce que c'est que ce rêve que tu as vu ?! Et quoi, je viendrai, moi, et ta mère, et tes frères, nous prosterner devant toi jusqu'à terre ? »

Vaysappér el-avív – Et il raconta au père. Pourquoi n'a-t-il pas raconté le premier rêve au père ? Parce que, comme nous le pensons, il interprétait que ce rêve-là concernait les frères (il n'y a là que 11 gerbes). Dans ce rêve-là, il y avait les frères, les parents n'y étaient pas, et c'est pourquoi il ne l'a pas raconté au père. Mais ici, il y a le soleil et la lune. Et, très probablement, Yossef comprend que cela concerne aussi les parents, c'est pourquoi il le raconte au père. Comme nous nous en souvenons, sa maman est morte quand il était tout petit.

Vayig'ár-bo avív – et le père lui passa un savon. Le mot g'ará – remarque, remarque cinglante, sévère réprimande.

Si nous lisons le texte où Yaakov parle du rêve, il dit à Yossef : achér 'halámta havó. Dans ces mots, nous pouvons lire ainsi : dans le mot achér אֲשֶׁר faites attention à la dernière petite lettre ר (rech) ; les lettres du mot 'halámta חָלָמְתָּ – 'hlmt, nous pouvons les lire avec rech, comme Ra'hel met ; dans le mot havó, isolons la lettre ה (hé), et maintenant nous pouvons lire à l'intérieur des mots ר חלמת ה Ra'hel metha – Ra'hel est morte. À l'intérieur de tout ce texte, il est écrit directement : Ra'hel est morte. Yaakov, peut-être, dit par allusion : « Tu te souviens que ta maman, de lumineuse mémoire, est morte. Où donc l'as-tu inscrite ? Et moi, et elle, et les frères – nous viendrons tous nous prosterner devant toi ? Qu'est-ce que c'est que ce délire que tu racontes ? »

וַיְקַנְאוּ־בוֹ אֶחָיו וְאָבִיו שָׁמַר אֶת־הַדָּבָר׃

vaykan'oú-vo e'háv ve'avív chamár et-haddavár

11 Et les frères le jalousaient avec haine, et le père retint cela.

D'un côté, Yaakov a pour ainsi dire balayé cela d'un geste de la main et a dit : « Qu'est-ce que c'est que ce délire que tu débites, Yossef ? » D'un autre côté, il a retenu ce rêve. C'est-à-dire qu'il croit que cela peut avoir une certaine suite.

Avant de dire ce qu'en disent les commentateurs, essayons d'examiner ce rêve avec les yeux d'un lecteur qui n'a pas encore jeté un coup d'œil (il a de la chance !) à la suite du texte, s'il lit l'Écriture pour la première fois.

Yaakov et sa famille sont des bergers, ils font paître le bétail, et apparemment ils ont assez de revenus, assez de tout. Et soudain, sans rime ni raison, dans le rêve de Yossef, eux, les frères bergers, lient des gerbes. Ils ne font pas paître des béliers, ne font pas paître des chevrettes, ni des taurillons, ni des chameaux, mais ils lient des gerbes, c'est-à-dire qu'ils ont brusquement changé de métier. Le pain était lié à ce dont on faisait commerce là-bas, à ce qu'on exportait, et on peut dire que pour Yossef c'était subconscient : « Nous irons, nous porterons quelque chose au monde, à travers nous le monde se nourrira non seulement de nourriture matérielle, mais aussi de nourriture spirituelle. Il ne faut pas rester assis ici dans ce pays, il faut aller par le monde, il faut porter la Torah, porter la Parole, porter le monothéisme ». Bref, porter, aller, et ainsi de suite. Et c'est le premier rêve, qu'on peut comprendre ainsi.

En ce qui concerne le second rêve, tout est encore plus intéressant. Un homme, dans la vie réelle, ne peut pas voir le soleil, la lune et les étoiles. Il y a des moments où l'on voit effectivement le soleil et la lune en même temps, presque toujours la lune et les étoiles sont visibles ensemble, mais que le soleil, la lune et les étoiles soient visibles ensemble, cela n'arrive pas. Il est difficile de s'imaginer une telle chose. Je ne parle même pas du fait qu'il est difficile de s'imaginer comment des étoiles se prosternent. C'est dans les dessins animés que le soleil, la lune et les étoiles font une petite révérence légère : ils sautent brusquement vers le bas et reviennent à leur place. Il est tout à fait possible que Yossef, bien qu'il ne fût pas spectateur de « Soyouzmoultfilm », ait eu des images semblables. Mais on peut voir là une scène qui se développe progressivement : le soleil et la lune, et les étoiles. Yossef dit qu'il faut aller dans la nuit, il faut aller éclairer dans les ténèbres. C'est-à-dire que Yossef parle de la nécessité d'aller là où il fait sombre, et la nuit pour Israël, c'est l'exil. Dans cette interprétation (c'est ce que dit le rav Manitou, et des rabbins comme le rav Cherki le répètent), on peut voir le dévoilement du désir de la vocation de Yossef : servir parmi les autres peuples.

Il y a encore une autre approche, selon laquelle les peuples du monde viendront dans le pays d'Israël : et ils viendront, et ils se prosterneront, et ils viendront étudier. Mais il y a les temps de Yossef, et Yossef appelle à cela. Nous n'avons pas dans la Torah d'interprétation de ces deux rêves. Oui, je me souviens qu'il est écrit : « Et Yossef se souvint de ses rêves ». Mais il n'y a pas d'interprétation univoque, définitive de ces rêves. Bien que nous verrons que les frères aussi se sont prosternés, il n'y a pas ce sentiment d'achèvement, c'est pourquoi beaucoup de commentateurs donnent différents commentaires sur ce que signifient ces rêves.

'Haïm ben Atar dit que dans les paroles « Ma gerbe s'est levée et s'est tenue, et ma gerbe a tenu bon », il s'agit de l'épreuve que Yossef traversera dans la maison de Potifar, quand une belle femme se collait à lui, et lui s'est enfui loin d'elle. C'est une épreuve très forte. Et pendant ce temps, Juda, comme nous le savons, est entré chez Tamar, qu'il considérait comme une prostituée. Et, en somme, il s'agit d'épreuves surmontées. C'est une interprétation assez audacieuse. (Voilà, il y a des gens qui ne sont pas plus bêtes que nous, mais qui pensent autrement).

'Hatam Sofer, un autre commentateur, dit : « Le rêve des gerbes s'est accompli dans ce même chapitre. Le mot alám (gerbe) est apparenté au mot alím (cruauté). Quand les frères ont jeté Yossef dans la fosse, c'est alors que ce rêve s'est accompli. Ils ont vécu ensemble la cruauté. Car quand ils le jetaient dans la fosse, ils se sont aussi prosternés devant lui. Quand on jette un homme dans une fosse, on se penche au-dessus de la fosse. Et ainsi, déjà à ce moment-là, le rêve de Yossef s'est accompli ».

Le Midrach Tan'houma, un recueil plus ancien, dit : « Cela s'est accompli dans les descendants de Yossef, en Yéhochoua ben Noun, quand il ordonna au soleil de s'arrêter, changea le cours des choses dans les cieux ». Il y a aussi une telle compréhension.

D'autres commentateurs disent : « Attendez, attendez, dans tous les rêves, tout ce qui est lié à Yossef : et les vaches, et les branches – tout cela désigne des nombres, et Yossef, en réalité, parle de nombres. Dans 11 ans, il déchiffrera les rêves du boulanger et de l'échanson, et dans 13 ans (ce sont encore le soleil et la lune), il se présentera devant Pharaon. Ce sont 13 ans, divisés en 2 étapes jusqu'à l'élévation complète, et c'est de cela que parle le rêve ».

Et quand il y a beaucoup de commentaires sur un rêve, il est clair que rien n'est clair. Je propose d'essayer de garder la tension que le Très-Haut se fixait pour but en donnant la Torah, et d'essayer de lire comme si nous ne savions pas comment tout cela se terminera. C'est quand même intéressant, comment se réaliseront, comment s'accompliront les rêves de Yossef.

Je veux ajouter encore quelque chose à propos du soleil et de la lune. Dans la Torah sont décrites beaucoup de biographies familiales. Ever engendre Péleg et Yoktan. Péleg a un seul fils, Yoktan a 13 enfants : 12 garçons et une fille. La bénédiction est comme transmise par Péleg. Avraham n'a pas tant d'enfants, Na'hor a 12 garçons et une fille, comme Yoktan. Et Na'hor est rejeté, la bénédiction est transmise à Avraham. Nous savons que Yits'hak a pour enfants Essav et Yaakov, Yichmaël a 12 garçons et une fille. Yichmaël est rejeté, la bénédiction est transmise à Yits'hak. C'est-à-dire que nous voyons plusieurs fois dans l'Écriture que les familles se divisent en celles qui ont 12 garçons et une fille. Cela est lié au calendrier luni-solaire : 12 garçons comme 12 mois, la fille, c'est l'année bissextile. (Des symboles, bien sûr, – des symboles de bénédiction). La bénédiction complète pour ceux qui comptent le temps d'après la lune ou, Dieu nous en garde, se prosternent devant la lune (il arrive que l'un passe dans l'autre). Ce sont 12 enfants. Yaakov, ayant 12 enfants, arrache, reçoit la bénédiction d'Essav. Comme nous l'avons lu, quand il part, le soleil se coucha, vient le temps d'Essav, et quand Yaakov revient, le soleil se lève sur lui, il s'unit au soleil (Béréchit 28,11 ; 32,31). Yaakov a réuni en lui le lunaire et le solaire. (Chez les Juifs, le calendrier est luni-solaire). Et la lune, et le soleil (c'est ce que disent certains mystiques, maîtres du judaïsme) – tout cela, c'est un seul Yaakov. On peut voir cela aussi.

C'est-à-dire que Yossef voit Yaakov avec les frères dans une certaine situation où ils se sont prosternés devant lui. Peut-être est-ce le fait qu'ils résoudront par lui certains problèmes économiques. Au chapitre 50 du livre de Béréchit, nous lirons : « Et moi, je veillerai à vous nourrir, vous et vos enfants ». Nous avons dit auparavant que, quand dans une bénédiction il est dit « tes frères se prosterneront », cela signifie que tu les entretiendras, qu'ils dépendront de toi, que tu les dirigeras.

Beaucoup, beaucoup de pensées de toutes sortes peuvent être imaginées, si l'on essaie de rester dans la tension dans laquelle la Torah nous tient, quand nous ne savons pas encore comment tout se terminera. Car la Torah fait exprès que d'abord le chapitre 37 doit agir sur nous, puis le 38, puis le 39. La Torah est écrite ainsi exprès, bien que, bien sûr, elle soit une. Il y a énormément de réflexions, d'interprétations d'un tel rêve, et, très probablement, on me dira : « Mais moi, je connais encore une autre interprétation ». Il y a beaucoup d'interprétations, et nous ne trouverons pas l'unique interprétation juste. Il est important de savoir qu'il y a des gens qui ne sont pas plus bêtes que nous, qui voient un petit peu autre chose que nous, et c'est ainsi que le Très-Haut l'a voulu. Le Très-Haut a donné une Torah qui a beaucoup de visages. Il nous a faits différents non pas pour que nous devenions pareils.

Voilà combien il y a de choses compliquées, intéressantes et incompréhensibles dans notre section hebdomadaire. Nous ne pouvons pas encore comprendre ce que signifient les rêves de Yossef, nous pouvons pour l'instant comprendre que les frères le soupçonnent de quelque chose de malveillant, le soupçonnent de prétention au pouvoir, de certaines ambitions gouvernementales. Le père non plus n'est pas très d'accord, mais tout de même Yaakov a retenu ce rêve, peut-être admet-il qu'il y a d'autres compréhensions, en dehors de l'amour-propre de Yossef. Yaakov s'est relâché dans le pays, et cela signifie que quelque chose va se passer. Sur la scène est apparu Yossef, cela signifie que quelque chose va se passer par Yossef.

Voilà, c'est sur ce passage tendu et intéressant que s'arrête la lecture du jour.

Une histoire de route

Béréchit 37,12–23

וַיֵּלְכוּ אֶחָיו לִרְעוֹת אֶת־צֹאן אֲבִיהֶם בִּשְׁכֶם׃

vayelekhoú e'háv lir'ót et-tsón avihém bichkhém

12 Et ses frères allèrent faire paître le bétail de leur père à Ch'khem.

Les frères sont allés assez loin, à Ch'khem. De 'Hévron à Ch'khem, il y a environ 80 km. Quand on fauche le blé ou les céréales, les tiges non fauchées sont données comme pâturage au bétail, on peut y faire paître le bétail avant de le rentrer pour l'hiver. C'est encore une courte saison de pâture du bétail. Les frères vont si loin parce qu'à 'Hévron cette possibilité n'existe plus.

וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל־יוֹסֵף הֲלוֹא אַחֶיךָ רֹעִים בִּשְׁכֶם לְכָה וְאֶשְׁלָחֲךָ אֲלֵיהֶם וַיֹּאמֶר לוֹ הִנֵּנִי׃

vayomer yisraél el-yosséf haló a'hékha ro'ím bichkhém lekhá ve'echla'hakhá alehém vayomer lo hinnéni

13 Et Yisraël dit à Yossef : « Voici, tes frères font paître à Ch'khem ; allons, que je t'envoie vers eux ». Et il lui dit : « Me voici ! »

Nous avons dit (comme l'une des compréhensions) que Yossef était chef d'équipe, manager et en même temps contrôleur ou inspecteur des frères, principalement des fils des servantes, qui faisaient paître le bétail. Quand c'était à proximité, Yossef connaissait à peu près sa journée de travail, et, quand il le jugeait nécessaire, il venait, vérifiait, s'en occupait. Il est difficile de supposer comment ce travail était organisé. Mais maintenant les frères sont partis loin, et pour aller jusqu'à eux il faut voyager ou marcher, et Yaakov propose à Yossef une telle expédition. En outre, il existe le danger suivant. Nous nous souvenons que Yaakov et, pour la plus grande part, ses fils Chimon et Lévi ont fait un pogrom à Ch'khem, et il est tout à fait possible que quelqu'un parmi les Hittites veuille le leur faire payer, parce que la vengeance du sang est, pour l'Orient, une chose caractéristique et une affaire d'honneur. Yaakov a de quoi craindre.

וַיֹּאמֶר לוֹ לֶךְ־נָא רְאֵה אֶת־שְׁלוֹם אַחֶיךָ וְאֶת־שְׁלוֹם הַצֹּאן וַהֲשִׁבֵנִי דָּבָר וַיִּשְׁלָחֵהוּ מֵעֵמֶק חֶבְרוֹן וַיָּבֹא שְׁכֶמָה׃

vayomer lo lekh-ná re'é et-chelóm a'hékha ve'ét-chelóm hattsón vahachivéni davár vayichla'héhou me'émek 'hevrón vayavó chekhéma

14 Et il lui dit : « Va donc, regarde la paix avec tes frères (vois la paix avec tes frères – si l'on traduit littéralement) et l'état du bétail (le mot chelóm, ce n'est pas seulement la paix, c'est aussi la santé, l'intégrité, c'est-à-dire l'état), et rapporte-moi un message (apporte-moi un compte rendu) ». Et il l'envoya de la vallée de 'Hévron. et il arriva à Ch'khem.

 Il l'envoya de la vallée de 'Hévron – c'est-à-dire que Yaakov l'a accompagné hors des limites de la ville de 'Hévron. 'Hévron lui-même se trouvait autrefois sur la montagne, et dans la vallée il y avait Méarat haMakhpéla (la grotte de Makhpéla), qu'Avraham avait achetée. Aujourd'hui 'Hévron est effectivement en bas, dans la vallée, parce que les gens se sont mis à s'installer autour du lieu saint, et ainsi la ville s'est déplacée. Mais en son temps Avraham achetait une part d'héritage hors de la ville, dans la vallée, et Yaakov est descendu avec son fils dans la vallée, l'a accompagné. Et Yossef est arrivé sans encombre à Ch'khem. Si l'on va à cheval, 80 km, c'est sans doute 2 jours de route. Bien sûr, on peut pousser le cheval au pas de marche ou au galop. Yossef est un jeune garçon de 17 ans, et il est tout à fait possible que, comme tout Israélien, il aime aller vite à cheval, mais les chevaux n'aiment pas toujours cela, c'est pourquoi on peut supposer que pour Yossef ce trajet a pris 2 jours. Et il arrive sans encombre à la ville de Ch'khem.

וַיִּמְצָאֵהוּ אִישׁ וְהִנֵּה תֹעֶה בַּשָּׂדֶה וַיִּשְׁאָלֵהוּ הָאִישׁ לֵאמֹר מַה־תְּבַקֵּשׁ׃

vayimtsa'éhou ich vehinné to'é bassadé vayich'aléhou ha'ích lemór ma-tevakkéch

15 Et un homme le trouva, et voici, il tourne en rond dans le champ (il erre dans le champ). Et cet homme l'interrogea, disant : « Que cherches-tu ? »

Une histoire étonnante. Comme toujours quand il y a une énigme, les commentateurs se demandent quel est donc cet ich, quel est cet être humain ou cet homme qui a trouvé Yossef. La dernière fois que nous avons rencontré ich, c'était un ange qui a lutté avec Yaakov. Alors il n'y avait pas de controverse sur le fait que c'était un ange. Ici, en revanche, certains commentateurs disent que c'est un ange ou même 3 anges (nous verrons ensuite pourquoi), que c'était, très possiblement, l'ange Gavriël, ou Azriël, ou Rafaël, ou tous les trois à la fois. Un ange qui a été envoyé par le Très-Haut pour que Yossef parvienne malgré tout jusqu'à ses frères. D'autres commentateurs disent que c'est simplement un passant de hasard, et, bien sûr, c'est le Très-Haut qui a arrangé la rencontre avec ce passant de hasard, et néanmoins c'est un passant de hasard.

Pour essayer de répondre à cette question ou proposer encore une variante de réponse à cette question, je veux attirer l'attention sur le mot bassadé (dans le champ). L'accent ba-sadé avec l'article, difficile à saisir pour un lecteur russophone, indique qu'il s'agit d'un champ précis. De quel champ peut-il s'agir ? Si l'on y réfléchit, quand Yaakov envoie Yossef à Ch'khem, c'est comme envoyer quelqu'un à Riazan et lui dire : « Va à Riazan (ou à quelque autre endroit) et cherche là-bas tes frères ». Sur un immense territoire ! Mais nous nous souvenons que Yaakov avait acheté en son temps un champ aux fils de 'Hamor. Et c'était son territoire, il ne l'avait pas vendu, même quand il s'est installé d'abord à Beit-El, puis à 'Hévron. Cela est resté son territoire. Et selon la coutume de l'époque, Yaakov a très probablement pu engager un homme qui surveillait ce territoire, qui pouvait l'utiliser à ses propres fins, et en échange il en assurait la garde. Cet homme devait avoir l'autorité correspondante sur place. Et, très probablement, Yaakov envoie Yossef à l'endroit où les frères seraient justement venus faire paître (et où donc iraient-ils sinon ?!). C'est là que Yossef vient les chercher, et c'est pourquoi il y rencontre un homme qui est venu voir qui s'est de nouveau aventuré sur son territoire.

C'est-à-dire que nous voyons trois variantes. Dieu envoie un ange, qui paraît être un homme à Yossef. Je pense que chacun de nous a de tels moments où nous rencontrons quelqu'un, et il joue tout à fait incidemment dans notre vie un rôle décisif pour un certain temps ou pour toute la vie. Nous aussi, nous croisons des anges sur notre chemin, et on a envie d'y voir un ange. Il est tout à fait possible que ce fût un ange, et nous ne connaîtrons pas la réponse à cette question, mais on peut supposer aussi cette variante plus simple : qu'il a rencontré un passant ou un homme qui surveillait ce champ.

Donc, il rencontre un ich (un homme), qui lui demande ce qu'il cherche. Au verset 16, Yossef dit une phrase qui deviendra par la suite une expression proverbiale et même une chanson.

וַיֹּאמֶר אֶת־אַחַי אָנֹכִי מְבַקֵּשׁ הַגִּידָה־נָּא לִי אֵיפֹה הֵם רֹעִים׃

vayomer et-a'háy anokhí mevakkéch haggidá-ná li efó hem ro'ím

16 Et il lui dit : « Ce sont mes frères que je cherche, dis-moi, s'il te plaît, où font-ils paître ? »

Aussi étrange que cela paraisse, cette chanson s'est mise à résonner comme le symbole du souci d'un homme pour ses frères perdus, qu'il n'a pas trouvés, comme la douleur d'un pasteur pour ses frères : « Ce sont mes frères que je cherche, où font-ils paître. Où sont passés mes frères ? Je veux les trouver, les ramener, parler d'eux à mon père ». Cette chanson est interprétée par d'assez nombreux musiciens religieux connus. Mais ici ce n'est pas une chanson, ici Yossef répond à la question posée brièvement et laconiquement.

La question se pose : s'il a rencontré un ange (admettons que c'est un ange), alors pourquoi celui-ci demande-t-il à Yossef ce qu'il veut ? Si c'est un homme, c'est encore la même question. Yaakov a envoyé Yossef, premièrement, à Ch'khem, deuxièmement, vérifier la santé des frères et du bétail, et il y a une troisième compréhension : vois la paix avec tes frères, réconcilie-toi avec tes frères et reviens vers moi avec cela. C'est-à-dire : toi, va à Ch'khem, réconcilie-toi là-bas avec eux, arrange tes relations avec eux et alors reviens vers moi. C'est l'une des interprétations possibles, elle répond à la question de savoir pourquoi, pendant tout le temps où Yossef était en Égypte, il n'a pris aucun contact avec son père. On aurait pu envoyer un petit message, et il y a beaucoup de variantes de réponse expliquant pourquoi il ne l'a pas fait. Mais si Yossef comprend qu'on ne l'a pas envoyé seulement avec une mission d'inspection, mais qu'on l'a encore un peu chargé de se réconcilier avec ses frères, alors on comprend pourquoi il ne revient pas vers Yaakov avec le travail non fait. Mais, là encore, ce n'est pas la compréhension la plus fondamentale.

Yossef est envoyé à Ch'khem, et il peut faire son rapport au père : qu'il a été à Ch'khem, que les frères ont quitté sans encombre la zone dangereuse et sont partis à 60 km au nord en direction de Dotan (c'est un peu plus loin que la ville actuelle de Jénine, à 30 km de la ville israélienne d'Afoula et à 35 km de la ville de Natséret, à peu près là). C'est-à-dire qu'ils sont partis loin au nord, et les passions de Ch'khem ne sont plus dangereuses pour eux. Et, en outre, on aurait pu interroger cet homme sur ce qu'il en était des frères, si tout allait normalement chez eux, si tout allait bien, et revenir avec ce rapport. Yossef pouvait demander à l'ange ou à l'homme : « Pourriez-vous m'indiquer, s'il vous plaît, comment retourner à 'Hévron ? », s'il errait dans le champ. Mais Yossef choisit de poursuivre la mission. Cet homme rencontré, qu'il soit ange ou homme, cette gare de triage à la croisée des chemins demande à Yossef : « Et toi, au fond, où veux-tu aller, veux-tu rentrer à la maison ? » Yossef, lui, n'avait pas lu le livre de Béréchit, et il ne savait pas comment se déroulerait son destin selon l'un ou l'autre choix. Mais il fallait que ce soit par la propre décision de Yossef qu'il dise : « Je cherche mes frères. Dis-moi, où font-ils paître ? »

וַיֹּאמֶר הָאִישׁ נָסְעוּ מִזֶּה כִּי שָׁמַעְתִּי אֹמְרִים נֵלְכָה דֹּתָיְנָה וַיֵּלֶךְ יוֹסֵף אַחַר אֶחָיו וַיִּמְצָאֵם בְּדֹתָן׃

vayomer ha'ích nasse'oú mizzé ki chamá'ti omerím nelekhá dotáyna vayélekh yosséf a'hár e'háv vayimtsa'ém bedotán

17 Et l'homme lui dit : « Ils sont partis d'ici. J'ai entendu qu'ils disaient : “Allons à Dotan” ». Et Yossef alla à la suite de ses frères, et les trouva à Dotan.

Nous parlons beaucoup de la guématrie, et il y a des commentateurs qui estiment que dans le mot mi-zé (de ceci), le mot zé a pour guématrie 12, que nasse'oú mizé signifie : « Ils ont abandonné l'idée des 12 fils et ont décidé que 11 nous suffiraient aussi », et c'est pourquoi ils sont partis. Ici l'ange fait allusion pour Yossef (qui, bien sûr, va tout de suite calculer la guématrie et tout comprendre) au dessein potentiel des frères de le tuer. Cependant il me semble que c'est trop compliqué pour le sens littéral simple. L'homme dit simplement qu'ils sont partis d'ici, parce qu'il les a entendus dire : « Allons à Dotan ».

Yossef alla à la suite de ses frères, c'est-à-dire qu'il parcourut encore une certaine distance et les trouva à Dotan. Apparemment, à travers Dotan aussi il les a cherchés. Si l'on trouve les traces du bétail en marche, il n'est pas nécessaire d'être un pisteur bédouin pour trouver le bétail par ses traces. (C'est au cas où vous demanderiez comment Yossef a trouvé le chemin de Dotan).

J'ai dit que l'ange (ou l'homme) avait averti Yossef d'un meurtre possible. Et on demande souvent (et c'est une des premières questions des commentateurs sur ce passage) : « Pourquoi Yaakov a-t-il donc décidé d'envoyer Yossef vers ses frères ? Ne savait-il pas qu'ils avaient envers lui une attitude si compliquée ? Pourquoi n'a-t-il pas prévu qu'ils le tueraient ? » Cette question surgit si l'on lit le livre jusqu'au bout. Yaakov n'avait pas lu les chapitres 37 et 38. Yaakov a vécu, ou a vécu de l'intérieur, les chapitres précédents du livre de Béréchit, dans lesquels (après Kayin et Hevel) les frères étaient ennemis, se séparaient, se querellaient, peut-être même se battaient, mais ne s'entretuaient pas. Et c'est pourquoi il est peu probable que Yaakov puisse avoir la pensée que les frères tueront Yossef. Non. Enfin on pourra parler et s'expliquer, enfin on pourra régler toutes les questions. Si Yaakov avait vraiment en vue autre chose qu'une simple visite de contrôle, d'inspecteur, de Yossef chez ses frères, alors le sens en était la réconciliation. Je pense que même dans un cauchemar Yaakov ne pouvait pas voir que les frères le tueraient. Sinon, il se serait mis à avoir des soupçons aussi au sujet de la chemise tachée de sang.

Donc, Yossef trouve ses frères à Dotan. Il s'approche d'eux, ils le voient de loin.

וַיִּרְאוּ אֹתוֹ מֵרָחֹק וּבְטֶרֶם יִקְרַב אֲלֵיהֶם וַיִּתְנַכְּלוּ אֹתוֹ לַהֲמִיתוֹ׃

vayir'oú otó mera'hók ouvtérem yikráv alehém vayitnakkeloú otó lahamitó

18 Et ils le virent de loin, et, avant qu'il se fût approché d'eux, ils s'apprêtèrent à le tuer.

Du mot vayitnakkeloú on peut comprendre aussi qu'ils s'avancèrent à sa rencontre pour le tuer, ou qu'ils se concertaient pour le tuer. Étaient-ce tous les frères, ou combien de frères, examinons-le. Il y a les fils de Ra'hel : Yossef lui-même, bien sûr, n'est pas dans le coup, il est la victime ; Binyamin a à cette époque dix-onze ans, très probablement il est carrément dans la tente. Mais même s'il est avec les bergers, il est peu probable qu'il soit impliqué ici. Réouven et Yéhouda ont leurs propres plans, nous en avons déjà parlé ; des fils aînés de Léa il reste Chimon et Lévi, ses fils cadets Zévouloun et Yissakhar, et les fils des esclaves. Si l'on regarde ce tableau objectivement, on peut supposer que les meneurs dans cette histoire étaient ces deux mêmes frères qui sont respectés parmi les frères pour l'héroïsme dont ils ont fait preuve, des sortes de « héros de la patrie » – Chimon et Lévi. Il est tout à fait possible que les instigateurs et les initiateurs de tout cela soient justement eux. Quand nous disons que « les frères se disaient les uns aux autres », « lançaient des idées », on comprend par la suite du texte que tous les frères ne le disaient pas en chœur. Nous, quand nous lisons, ne devons pas nous représenter un chœur de frères. Il y a une certaine discordance de voix. L'idée est lancée, très probablement, par Chimon et Lévi : « Allez, tuons-le tout simplement ». Quel est ici le fond de l'affaire ? Essayons de lire comment ils l'expliquaient.


וַיֹּאמְרוּ אִישׁ אֶל־אָחִיו הִנֵּה בַּעַל הַחֲלֹמוֹת הַלָּזֶה בָּא׃

vayomeroú ich el-a'hív hinné bá'al ha'halomót hallazé ba

19 Et un homme dit à son frère (c'est-à-dire qu'ils se parlaient entre eux) : « Voici que vient ce maître des rêves.

Au chapitre 24 du livre de Chémot, nous lisons l'histoire de la manière dont Moché monte sur la montagne et dont la nuée l'entoure, et avant cela il est écrit ainsi : « Et Moché se leva avec Yéhochoua, son serviteur, et Moché alla sur la montagne de Dieu. Et aux anciens il dit : “Restez ici jusqu'à ce que nous revenions vers vous. Voici, Aharon et 'Hour sont avec vous ; qui aura une affaire, qu'il vienne vers eux” ». Voilà, cette phrase aura une affaire se dit en hébreu bá'al davár (maître de l'affaire), c'est-à-dire que l'affaire à examiner est apportée à Aharon et à 'Hour. Ici, en revanche, nous parlons de la réconciliation, de l'explication des relations entre Yossef et les frères. Ce n'est pas un bá'al davár qui vient, au jugement de l'histoire ; au jugement de la communauté on ne présente pas une quelconque affaire judiciaire, mais des rêves : « Voici qu'est venu le rêveur ». Quand Yossef, comme nous nous en souvenons, raconte à ses frères ses rêves, ils lui posent une question qui semble rhétorique, mais qui en réalité ne l'est pas tellement : « Tu régneras sur nous parce que nous t'élirons nous-mêmes roi, ou parce que tu prendras par la force la royauté sur nous ? Comment cela se passera-t-il ? Devons-nous t'établir roi sur nous, ou viendras-tu toi-même à bout de nous ? » Cette ambition de Yossef est vivante chez les frères, et ils pensent réellement : « Comment une telle chose peut-elle arriver ? Si ce sont les pensées de Yossef, alors ce sont des ambitions pour lesquelles il faut lui donner une leçon. Si cela vient du Très-Haut, alors essayons de le tuer, par exemple, et de voir comment ce rêve se réalisera ou comment nous réussirons à le tuer. Vérifions ce qu'est ce rêve : une prophétie ou un fruit du subconscient. Réglons enfin son compte à ce Yossef ».

  
וְעַתָּה לְכוּ וְנַהַרְגֵהוּ וְנַשְׁלִכֵהוּ בְּאַחַד הַבֹּרוֹת וְאָמַרְנוּ חַיָּה רָעָה אֲכָלָתְהוּ וְנִרְאֶה מַה־יִּהְיוּ חֲלֹמֹתָיו׃

ve'attá lekhoú venahargéhou venachlikhéhou be'a'hád habborót ve'amárnou 'hayá ra'á akhaláthou venir'é ma-yihyoú 'halomotáv

20 Allons, tuons-le maintenant, et son corps, jetons-le dans une des fosses, et disons : « Une bête mauvaise l'a dévoré ». Et alors nous verrons ce qu'il adviendra de ses rêves ».

Et son corps, jetons-le dans une des fosses – même ici il y a une certaine miséricorde envers le mort. Pourquoi donc dire où cacher le cadavre, dans le désert ? Jetons-le dans une des fosses, pour qu'il ne lui soit pas si simple de ressusciter. Même s'il ressuscite, comment en sortira-t-il ? Si par hasard nous ne l'avons pas achevé, il sera dans la fosse. Et on peut le dire ainsi aussi.

Et alors nous verrons (nous vérifierons) ce qu'il adviendra de ses rêves : si cela vient de Dieu, cela doit se réaliser. On dit qu'Avraham croyait que Dieu pouvait ressusciter Yits'hak. Toute cette histoire de réconciliation, de mission de Yossef, a naturellement engendré de très nombreux midrachim de toutes sortes et des parallèles concernant Yossef et les frères et concernant le Machia'h, qui lui aussi est envoyé aux brebis qui périssent de la maison de Yaakov, lui aussi envoyé à la maison de Yaakov et à ses brebis, pour chercher la paix avec elles, pour chercher la réconciliation. Et c'est un très grand parallèle entre le Machia'h et Yossef. La réaction des frères (allez, tuons-le et vérifions) – c'est aussi une sorte de parallèle à ce dont nous avons parlé (alors nous verrons ce qu'il adviendra de ses rêves).

Les commentateurs lisent l'Écriture et disent que le discours direct des frères : « Et nous dirons qu'un animal mauvais l'a dévoré, et nous verrons ce qu'il adviendra de ses rêves » – est une remarque de rédacteur. C'est ce que l'Auteur de la Torah – le Très-Haut – raconte au lecteur. Eux, ils voulaient simplement le faire, sans expliquer, sans dire à voix haute ce qui sera la réponse à la question : « Qu'adviendra-t-il de ses rêves ? » Ils n'ont pas très envie de parler de ses rêves. Mais on peut lire le pchat simplement comme pchat, qu'ils ont simplement dit : « Il nous est proposé d'examiner le dossier personnel du camarade Yossef Yaakovlevitch, qui prétend à la domination mondiale sur la base de ses songes. Tuons-le tout simplement et voyons ce qui en sortira ».

On peut citer comme parallèle une histoire de la vie de Chabtaï Tsvi. À la fin du Moyen Âge vivait à Constantinople un homme, il s'appelait Chabtaï Tsvi, et une énorme partie d'Israël croyait qu'il était le messie. Il faut dire qu'on l'a trompé et qu'on l'a amené à y croire lui-même, mais là n'est pas l'essentiel. Un jour, inspiré par l'idée de sa propre messianité, il vint chez le pacha turc, qui à ce moment-là possédait non seulement Constantinople, mais aussi le pays d'Israël, et lui dit : « Pacha, salam, donne-moi les clés de la Terre sainte, parce que je suis le Machia'h d'Israël ». Le pacha lui dit : « Eh bien ! Si tu es le Machia'h, je te donnerai volontiers les clés. Mais d'abord mets-toi contre ce mur-là, et mes tireurs tireront sur toi. Si après cela nous pouvons poursuivre la conversation, tu auras les clés ; sinon, comme on dit : pas d'homme – pas de problème ». Le faux Machia'h Chabtaï Tsvi a flanché et, sur le moment, a réfléchi à ce qu'il fallait faire, et il a embrassé l'islam. Il ne lui restait pas d'autre issue. Ce fut un grand malheur pour Israël. Je raconte cela comme exemple de la manière dont les gens essaient de vérifier : est-ce de Dieu ou n'est-ce pas de Dieu. Je ne pense pas que ce soit une méthode de vérification casher, mais voilà, l'homme s'est attiré lui-même une telle vérification.

Donc, les frères disent : « Essayons de le tuer et voyons ce qui en sortira ».

וַיִּשְׁמַע רְאוּבֵן וַיַּצִּלֵהוּ מִיָּדָם וַיֹּאמֶר לֹא נַכֶּנּוּ נָפֶשׁ׃

vayichmá re'ouvén vayattsiléhou miyadám vayomer lo nakkénnou náfech

21 Et Réouven entendit, et voulut le tirer de leurs mains, et dit : « N'abattons pas l'âme Ne le tuons pas ». (Pourquoi tuer ? On peut essayer quelque chose de plus simple).

Apparemment, Réouven ne faisait pas partie de cette conversation (ce dont je parlais justement). Les frères instigateurs, si on les identifie, ce sont les fils des servantes et ceux qui les mènent – Chimon et Lévi, parce que Yéhouda non plus n'est pas dans le coup.

Certains commentateurs citent ici le Talmud, une idée halakhique selon laquelle, si 10 personnes, à dix, ont tué quelqu'un, ils sont libres, parce qu'il est impossible de dire de quel coup l'homme est mort. Si 10 personnes ont frappé un seul, tous sont non punissables. C'est-à-dire que s'ils battent à dix ce Yossef, tous seront purs de châtiment, on ne pourra s'en prendre à personne. Et s'ils ne sont que 9, alors ils auront peur et ne le feront pas. C'est ainsi que certains expliquent la logique des frères. Mais là encore je pense que les frères n'avaient pas lu le Talmud, et c'est pourquoi ils entendent simplement l'avis de Réouven et comprennent que, peut-être, c'est mieux ainsi ; tuer de ses propres mains un homme, un frère, même haï, est une chose très lourde.

וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם רְאוּבֵן אַל־תִּשְׁפְּכוּ־דָם הַשְׁלִיכוּ אֹתוֹ אֶל־הַבּוֹר הַזֶּה אֲשֶׁר בַּמִּדְבָּר וְיָד אַל־תִּשְׁלְחוּ־בוֹ לְמַעַן הַצִּיל אֹתוֹ מִיָּדָם לַהֲשִׁיבוֹ אֶל־אָבִיו׃

vayomer alehém re'ouvén al-tichpekhoú-dam hachlíkhou otó el-habbór hazzé achér bammidbár veyád al-tichle'hoú-vo lemá'an hattsíl otó miyadám lahachivó el-aviv

22 Et Réouven leur dit : « Ne versez pas le sang ! Jetez-le dans cette fosse (apparemment, il avait choisi la fosse), qui est dans le désert, mais ne le touchez pas de vos mains ». Tout cela, Réouven le faisait pour le sauver ensuite.

La fosse qui est dans le désert, c'est un puits assez profond, dans lequel, même en été, on étouffe au fond, l'air manque, l'air y est très confiné, et il peut y avoir des serpents, des scorpions et en général tout ce qu'on veut. Et puis tout simplement on peut y mourir de faim, à moins, bien sûr, de recevoir une chance de salut particulière, miraculeuse. C'est-à-dire que si vous le jetez dans cette fosse, il mourra là de lui-même, et nous verrons ce qui se passera. Et ensuite nous dirons qu'en route il est tombé dans une fosse, que nous l'avons trouvé, et ainsi de suite.

Lemá'an hattsíl otó miyadám lahachivó el-aviv – c'est de nouveau une remarque du Très-Haut. Le Très-Haut, l'Auteur de la Torah, nous dit : « Tout cela, Réouven le faisait pour le sauver ensuite ». C'est-à-dire que Réouven ne soumet pas Yossef à une mort douloureuse. Il y a en Inde un tel peuple – les sikhs (et c'est la religion de plusieurs peuples). Chez eux il est interdit de nuire à un homme ou à un animal, cela gâte très fortement le karma. L'un des rois sikhs, pour ne pas nuire à son frère, creusa sous son trône une fosse, l'y descendit soigneusement, sans nuire à son frère, la ferma avec le trône et continua de régner avec son frère dans la fosse sous le trône. Au bout d'un certain temps, il retira le trône, ouvrit la fosse et… oh, mes aïeux ! Le frère était mort ! Que le royaume des cieux soit à lui, un royaume sikh. Mais non, ce n'étaient pas de telles pensées qu'avait Réouven. Il veut vraiment délivrer Yossef et le rendre à son père. C'est bien une sorte de réconciliation après qu'il s'est fortement indigné de la complexité des relations entre Yaakov et Léa. Et peut-être l'homme a-t-il fait son 'hechbon néfech (ce qu'on appelle la comptabilité de l'âme) et a-t-il pensé ce qu'il a pensé, et voilà que maintenant lui vient une telle idée. Maintenant il ne veut pas, en tant que fils de Léa, causer encore un quelconque tort aux fils de Ra'hel.

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Béréchit 37,23–26


וַיְהִי כַּאֲשֶׁר־בָּא יוֹסֵף אֶל־אֶחָיו וַיַּפְשִׁיטוּ אֶת־יוֹסֵף אֶת־כֻּתָּנְתּוֹ אֶת־כְּתֹנֶת הַפַּסִּים אֲשֶׁר עָלָיו׃

vayhí ka'achér-bá yosséf el-e'háv vayafchítou et-yosséf et-kouttontó et-ketónet happassím achér aláv

23 Et il advint : quand Yossef arriva auprès de ses frères, et ils dévêtirent Yossef, lui ôtèrent sa chemise, la chemise rayée qui était sur lui.

C'est justement la forme vayhí (et il advint) qui est toujours une introduction à des événements fâcheux. Les commentateurs disent traditionnellement que, quand il est écrit vayhí, – c'est le début du récit d'événements pas très agréables et tragiques. Ainsi ce n'est pas simplement le mot et il advint, mais avec une nuance déterminée.

On a ôté à Yossef deux chemises : la première – un vêtement de dessus, un peu comme une robe qu'on porte dehors, la seconde – la chemise rayée de maison, apparemment d'un tissu fin. Nous avons dit qu'elle n'est pas tout à fait rayée, elle lui descend jusqu'aux poignets, c'est-à-dire une chemise à manches longues. Bien entendu, pour présenter le vêtement à Yaakov, il faut un vêtement personnel de Yossef précisément, pour qu'il n'y ait pas de doute si c'est sa petite veste ou non, son petit veston ou non. C'est justement cette chemise que Yaakov lui avait achetée, et c'est justement cette chemise qu'il fallait lui présenter. En plus de cela, bien entendu, le doux rêve des frères était d'arracher à Yossef cette chemise, dans laquelle il se distinguait et qu'ils enviaient tant.


וַיִּקָּחֻהוּ וַיַּשְׁלִכוּ אֹתוֹ הַבֹּרָה וְהַבּוֹר רֵק אֵין בּוֹ מָיִם׃

vayikka'hoúhou vayachlíkhou otó habbóra vehabbór rek en bo máyim

24 Et ils le prirent, et le jetèrent dans la fosse ; or la fosse est vide, et il n'y a pas d'eau en elle.

Certains commentateurs, s'appuyant sur ce qui est écrit au chapitre 8 du livre de Dévarim, disent que, puisqu'il n'y a pas d'eau, alors, comme il est écrit : « Là où il n'y a pas d'eau, il y a des serpents et des scorpions ». Donc, dans cette fosse aussi il y avait des serpents et des scorpions. Cela ressemble déjà à la fosse aux lions et à certains événements où se manifeste la protection du Très-Haut. D'autres commentateurs, comme par exemple Abarbanel, disent : « Qu'il n'y ait pas d'eau, c'est justement ce qui a aidé Yossef à survivre. Ils ont exprès cherché une fosse sans eau, ou bien ils l'ont simplement utilisée parce que la fosse était sans eau, comprenant que cela aiderait Yossef à survivre ». Nous disons et nous répétons constamment que les commentateurs entrouvrent les portes de leur propre monde, chacun voit à sa manière les motifs des frères, essaie de comprendre quelque chose à leur sujet, comme chacun de nous. Et chacun de nous se verra (bon gré mal gré) lui-même dans cette situation, y apportera certains de ses propres traits de caractère et sa propre attitude envers les frères, qui sont soit le mal absolu, parfait, soit portent tout de même en eux un certain bien.

Donc, les frères ont jeté Yossef dans la fosse.

וַיֵּשְׁבוּ לֶאֱכָל־לֶחֶם וַיִּשְׂאוּ עֵינֵיהֶם וַיִּרְאוּ וְהִנֵּה אֹרְחַת יִשְׁמְעֵאלִים בָּאָה מִגִּלְעָד וּגְמַלֵּיהֶם נֹשְׂאִים נְכֹאת וּצְרִי וָלֹט הוֹלְכִים לְהוֹרִיד מִצְרָיְמָה:

vayechevoú le'ekhól-lé'hem vayis'oú enehém vayir'oú vehinné ore'hát yichme'elím ba'á miggil'ád ougmallehém nosse'ím nekho'ót outsrí valót holekhím lehoríd mitsráyma

25 Et ils s'assirent pour manger du pain. et levèrent les yeux, regardant au loin, et virent : arrive une caravane de Yichmaélites venant de Guil'ad, et avec eux des chameaux qui portent des aromates précieux ; ils descendent en Égypte.

Et ils s'assirent pour manger du pain. Il est important que, selon la tradition de ce monde-là, on ne pouvait pas manger pendant un jugement. Quand on juge un homme à qui l'on peut infliger une condamnation à mort, pendant tout le procès les juges jeûnent. Nous nous souvenons aussi de l'histoire de la concubine de Guiv'a, quand tous ont jeûné après le caractère tragique des événements. Ici les frères sentent que tout est normal, ils ont fini le jugement et, la conscience pure, du moins en considérant leur conscience comme pure, ils s'assoient pour manger. Il est tout à fait possible que ce ne soit pas seulement de la cruauté, mais aussi qu'ils remettent l'histoire au pouvoir du Très-Haut : « Tu as vu des rêves – nous voulons vérifier si ce sont tes ambitions, si cela vient de Dieu ou de toi. Et Dieu va maintenant tout arranger, et nous, nous pouvons enfin nous calmer à ce sujet et manger tranquillement ».

J'ai mentionné la dernière fois que l'une des raisons possibles pour lesquelles ils l'ont jeté justement dans une fosse, c'est que, dans les lois de Hammourapi en usage dans ces contrées, il était d'usage, pour éprouver un homme qui prétendait être sorcier ou voyant, ou posséder certaines capacités, de le jeter dans une fosse ou dans un fleuve. À l'origine, bien sûr, dans l'Euphrate, mais ensuite aussi dans n'importe quel fleuve ou fosse. Et si, dans certaines conditions, il y survivait, surtout si l'eau le rejetait de là, alors il pouvait même recevoir les biens de celui qui l'avait accusé. Des lois compliquées, mais la fosse comme instrument d'épreuve existait. Peut-être n'a-t-elle aucun rapport avec cela, mais nous pouvons nous en souvenir.

Donc, ils s'assirent pour manger du pain, apparemment à l'écart de la fosse, parce que Yossef, très probablement, criait. Personne n'a envie de manger ainsi. Dans la cinématographie moderne il y a, bien sûr, l'image d'un de ces méchants oligarques intellectuels qui mange des mets délicats avec gourmandise et à pleines dents en regardant torturer quelqu'un, mais ce n'est pas le cas des frères. Et, très probablement, ils s'assirent à l'écart de la fosse.

Et ils levèrent les yeux, regardent au loin et voient : arrive une caravane de Yichmaélites. Qui sont les Yichmaélites ? Les Yichmaélites sont les descendants du frère de leur grand-père Yits'hak. Yichmaël avait 12 enfants, par conséquent, les Yichmaélites sont les descendants de ces douze, des parents éloignés, en fait des cousins issus de germains. C'est une caravane de chameaux qui transporte des aromates. (D'habitude les Arabes transportaient du pétrole. Pas le pétrole que nous connaissons maintenant, mais toutes sortes de substances combustibles. Ils en sont de longue date les marchands, et il sent, en conséquence, mauvais, et son prix n'est pas aussi élevé que celui des aromates). Mais ici passe une caravane coûteuse, imaginez-vous, des chameaux entiers chargés d'aromates précieux. Voilà des gens riches qui passent dans le désert, voilà des bergers pauvres assis. Voilà des marchands riches qui viennent de loin, des chameaux, des aromates, bien qu'ils soient caravaniers (c'est-à-dire, dans le désert, apparemment pas en costumes de Cardin), mais leur richesse se voit.

וַיֹּאמֶר יְהוּדָה אֶל־אֶחָיו מַה־בֶּצַע כִּי נַהֲרֹג אֶת־אָחִינוּ וְכִסִּינוּ אֶת־דָּמוֹ׃

vayomer yehoudá el-e'háv ma-bétsa ki naharóg et-a'hínou vekhissínou et-damó

26 Et Yéhouda dit à ses frères : « Et quel profit en aurons-nous, si nous tuons notre frère et couvrons son sang ?

לְכוּ וְנִמְכְּרֶנּוּ לַיִּשְׁמְעֵאלִים וְיָדֵנוּ אַל־תְּהִי־בוֹ כִּי־אָחִינוּ בְשָׂרֵנוּ הוּא וַיִּשְׁמְעוּ אֶחָיו׃

lekhoú venimkerénnou layichme'elím veyadénou al-tehi-vó ki-a'hínou vessarénou hou vayichme'oú e'háv

27 Venez, vendons-le aux Yichmaélites, parce qu'il est notre frère et notre chair ». Et ses frères entendirent.

Cela, c'est pendant qu'ils parlent au repas. Yéhouda dit : « Que gagnerons-nous donc à le tuer ? Il est tout de même notre frère, ne soyons pas si durs, vendons-le ».

Il y a deux piliers de leadership dans la famille. Le premier – le premier-né Réouven, qui dit : « Jetons-le dans la fosse, il mourra de lui-même, laissons tout aller au fil de l'eau ». Le second leader – Yéhouda, il aborde la question autrement, il dit : « Faisons quelque chose, faisons avancer l'histoire, agissons nous-mêmes ». Même dans le crime, leurs approches sont différentes. Nous verrons plus tard qu'il y a une longue dispute pour le droit d'aînesse entre Réouven et Yéhouda, bien que de fait le premier-né soit Réouven, et que ce soit Yéhouda qui devienne le premier-né.

Donc, représentez-vous la mise en scène. Les frères, qui font paître le bétail, ont apparemment un endroit où ils se réunissent constamment pour manger, ils sont dans un état très simple, de campement. Et voici qu'ils voient une riche caravane : la possibilité à la fois de gagner un peu et de ne pas tuer leur frère, ce qu'on appelle « win-win » – une situation sans perdant. Les frères l'ont écouté, mais, apparemment, ils ne se sont pas précipités tout de suite vers la fosse. Et c'est ici que commencent les versets les plus difficiles à interpréter.

וַיַּעַבְרוּ אֲנָשִׁים מִדְיָנִים סֹחֲרִים וַיִּמְשְׁכוּ וַיַּעֲלוּ אֶת־יוֹסֵף מִן־הַבּוֹר וַיִּמְכְּרוּ אֶת־יוֹסֵף לַיִּשְׁמְעֵאלִים בְּעֶשְׂרִים כָּסֶף וַיָּבִיאוּ אֶת־יוֹסֵף מִצְרָיְמָה׃

vaya'avroú anachím midyaním so'harím vayimchekhoú vaya'aloú et-yosséf min-habbór vayimkeroú et-yosséf layichme'elím be'esrím kasséf vayavíou et-yosséf mitsráyma

28 Et passaient des hommes midyanites, des marchands, et ils tirèrent (poussèrent dehors) Yossef de la fosse, et vendirent Yossef pour 20 pièces d'argent aux Yichmaélites, qui emmenèrent Yossef en Égypte.

Nous savons que notre Patriarche Avraham, après la mort de Sara, avait encore une femme, qui s'appelait Kétoura. Certains disent que c'est la même Hagar, nous n'allons pas entrer là-dedans maintenant. Au chapitre 25 du livre de Béréchit, nous lisons : « Et Avraham prit encore une femme, nommée Kétoura, elle lui enfanta Zimran, Yokchan, Médan, Madian, Ichbak et Choua'h ». Dans notre section, nous parlerons de deux d'entre eux : Médan et Madian. Dans ce cas, nous lisons que passaient par là des midyaním, encore d'autres cousins issus de germains des fils de Yaakov, des marchands.

Vayimchekhoú vaya'aloú et-yosséf min-habbór – et ils tirèrent (poussèrent dehors) Yossef de la fosse. D'après le mot imchekhoú, nous pouvons voir qu'on l'a tiré dehors, très probablement sans connaissance, parce que dans les chapitres suivants, quand Pharaon le fera sortir, il est dit là vayritsoúhou, quand il se déplace lui-même. Ici on l'a tiré de la fosse, c'est-à-dire que, très probablement, les marchands se sont approchés de la fosse, parce qu'il faut toujours refaire une fois de plus les provisions d'eau. Au lieu d'eau, ils y ont trouvé un petit gars, et ils ont tiré ce petit gars dehors. C'est une variante de compréhension. La seconde variante de compréhension, c'est que, justement, quand passaient les marchands midyanites, les frères l'ont tiré de la fosse. Si ce sont les frères qui l'ont tiré et l'ont vendu aux Yichmaélites, alors on ne comprend pas du tout ce que viennent faire ici les marchands midyanites. C'est pourquoi la compréhension la plus probable du texte revient tout de même à ceci : ce sont les marchands midyanites qui l'ont tiré et l'ont vendu aux Yichmaélites. Les frères voient au loin une riche caravane de Yichmaélites, là arrivent des marchands midyanites qui tirent Yossef de la fosse. Il est, très probablement, dans un état à demi inconscient, à demi évanoui, parce que dans la fosse il fait chaud, il n'y a pas d'eau, la soif, la sécheresse, l'air confiné, et il est, fort possiblement, déjà sans connaissance. En tout cas, il ne se souvient pas et ne peut pas se souvenir ensuite de la manière dont on l'a tiré de la fosse et dont on l'a vendu. À partir de ce texte, il est difficile de voir et difficile de dire de façon univoque si ce sont ses frères qui l'ont vendu ou si les frères voulaient seulement le vendre, mais n'en ont pas eu le temps. Plus tard, quand Yossef les accuse de l'avoir vendu, on peut dire que Yossef s'en souvient ainsi, que Yossef le pense ainsi, mais que cela, peut-être, ne s'est pas passé ainsi. En tout cas, le verset est très difficile à comprendre, et plus loin ce sera encore plus difficile.


וַיָּשָׁב רְאוּבֵן אֶל־הַבּוֹר וְהִנֵּה אֵין־יוֹסֵף בַּבּוֹר וַיִּקְרַע אֶת־בְּגָדָיו׃

vayáchov re'ouvén el-habbór vehinné en-yosséf babbór vayikrá et-begadáv

29 Et Réouven revint à la fosse, et voici – Yossef n'est pas dans la fosse, et il déchira ses vêtements.

Les commentateurs disent que c'est la première téchouva de ce genre d'un homme, le premier cas où un homme se repent de quelque chose. Dans toute la Torah, quand se produit un repentir aussi éclatant, un repentir en général dans la situation même, bien qu'ici il n'y ait encore en rien une faute aussi nette de Réouven. Et le fait que Réouven n'ait pas trouvé Yossef près de la fosse parle aussi en faveur de ce que, peut-être, ce ne sont pas les frères qui l'ont vendu.

Selon une autre version, les Midyanites, en passant près de la fosse, ont tiré Yossef dehors et ont dit que voilà, chez vous ici un petit gars est tombé dans la fosse (cela reste hors champ), et l'ont remis, sans connaissance, aux frères, et les frères l'ont vendu aux Yichmaélites. Une telle vente a eu lieu, les Midyanites jouent ici le rôle de sauveteurs, pour ainsi dire. Et on peut aussi le comprendre ainsi.

Quand je dis qu'on peut comprendre ainsi et ainsi, je le pense vraiment. En réalité, il y a beaucoup de variantes de compréhension de ce verset, et il est difficile de supposer une seule chose. Qu'est-ce qui peut nous pousser, quand nous choisissons telle ou telle compréhension ? Bien sûr, quand au Moyen Âge les Juifs discutaient avec ceux d'autres religions et que ceux-ci disaient : « Voilà votre nature – vous vendez votre frère », on aurait pu dire : « Ils ne l'ont pas vendu, ce n'est pas écrit » et nier longtemps, longtemps. Dans d'autres cas, quand avaient lieu des exécutions de Juifs, quand il y eut les 10 justes exécutés après la destruction du second Temple, on pouvait alors dire : « Ces 10 justes expient le péché des frères qui ont vendu Yossef ». Selon la situation, selon le contexte historique, des gens qui acceptent sincèrement la Torah, qui interprètent sincèrement la Torah, la comprenaient différemment, parce que, je le répète, nous comprenons toujours à travers le prisme de nous-mêmes. Et c'est pourquoi il y a des commentateurs qui disent que Yossef a été vendu ici trois ou même quatre fois. C'est pourquoi ce que nous voyons, ce sont de telles descriptions à variantes multiples de la situation.

וַיָּשָׁב אֶל־אֶחָיו וַיֹּאמַר הַיֶּלֶד אֵינֶנּוּ וַאֲנִי אָנָה אֲנִי־בָא׃

vayáchov el-e'háv vayomár hayéled enénnou va'aní aná anivá

30 Et Réouven revint vers ses frères et dit : « Le garçon n'est pas là, et moi, que dois-je faire maintenant ? (comment vais-je continuer à vivre ?) »

Ici nous voyons que Réouven ne cache pas ses intentions de sauver Yossef. Pourquoi Réouven n'a-t-il pas dit tout de suite : « Et si nous ne le tuions pas », lui qui est pourtant l'aîné ? Peut-être parce que Réouven voulait, d'une certaine façon, donner une leçon à Yossef. Lui donner une leçon, lui infliger une certaine punition, pour que Yossef ne se croie pas supérieur, mais pas mortelle. Peut-être que le père non plus n'y aurait pas fait objection. Il y a beaucoup de points de vue différents, là encore chacun, en vertu de certains de ses principes, comprendra quelle intention avait Réouven. Mais maintenant on voit que Réouven laisse entrevoir aux frères qu'il ne voulait pas tuer Yossef, qu'en tout cas il ne sait rien de la vente de Yossef. Et les frères ne lui disent rien non plus de ce qui est arrivé. Il est possible, tout de même, que la vente ait eu lieu sans leur participation.


וַיִּקְחוּ אֶת־כְּתֹנֶת יוֹסֵף וַיִּשְׁחֲטוּ שְׂעִיר עִזִּים וַיִּטְבְּלוּ אֶת־הַכֻּתֹּנֶת בַּדָּם׃

vayik'hoú et-ketónet yosséf vayich'hatoú se'ír izzím vayitbeloú et-hakkouttónet baddám

31 Et ils prirent la chemise de Yossef, l'abîmèrent et la trempèrent dans le sang.

וַיְשַׁלְּחוּ אֶת־כְּתֹנֶת הַפַּסִּים וַיָּבִיאוּ אֶל־אֲבִיהֶם וַיֹּאמְרוּ זֹאת מָצָאנוּ הַכֶּר־נָא הַכְּתֹנֶת בִּנְךָ הִוא אִם־לֹא׃

vaychalle'hoú et-ketónet happassím vayavíou el-avihém vayomeroú zot matsánou hakker-ná hakketónet binkhá hi im-ló

32 Et ils l'envoyèrent, et l'apportèrent au père, et dirent : « Voici ce que nous avons trouvé. reconnais donc la chemise de ton fils, est-ce elle ou non ».

Ici ce n'est pas tout à fait clair : d'un côté, ils envoyèrent, de l'autre côté, ils apportèrent. Très probablement, ils ont envoyé l'un des frères cadets, des fils des esclaves, et ceux-ci l'ont amenée au père, mais eux-mêmes n'ont pas voulu se montrer. C'est pourquoi et ils envoyèrent la chemise, et ils l'apportèrent au père.

Nous reviendrons encore à la phrase hakker-ná (reconnais donc) dans cette même section. Donc, on fabrique des pièces à conviction contre Yaakov, on crée des preuves pour qu'il croie que son fils est mort.

וַיַּכִּירָהּ וַיֹּאמֶר כְּתֹנֶת בְּנִי חַיָּה רָעָה אֲכָלָתְהוּ טָרֹף טֹרַף יוֹסֵף׃

vayakkirá vayomer ketónet bení 'hayá ra'á akhaláthou taróf toráf yosséf

33 Et il la reconnut. « C'est la chemise de mon fils. une bête mauvaise l'a dévoré, bestialement (par déchirement) est déchiré Yossef ».

Le mot tréfa, ou quand on dit trèfe (déchiré par des griffes, ce qu'on ne doit pas manger), ici c'est la même racine. 'Hayá trefá – animal de proie. Taróf toráf – par déchirement déchiré – c'est sans doute ainsi qu'il est le plus juste de traduire.

וַיִּקְרַע יַעֲקֹב שִׂמְלֹתָיו וַיָּשֶׂם שַׂק בְּמָתְנָיו וַיִּתְאַבֵּל עַל־בְּנוֹ יָמִים רַבִּים׃

vayikrá yaakóv simlotáv vayássem sak bemotnáv vayit'abbél al-benó yamím rabbím

34 Et Yaakov déchira sa robe, et mit des vêtements d'étoffe grossière (en langage moderne – de la toile à sac) sur ses reins, et il fut dans l'affliction pour son fils de nombreux jours.

Simla – une robe, un long caftan, c'est ainsi que s'habillaient les hommes à cette époque. On peut dire que c'est assez semblable à la façon dont s'habillent aujourd'hui les femmes. Pas comme s'habillent aujourd'hui les hommes orientaux, qui portent des caftans. D'une façon ou d'une autre, Yaakov déchire sa robe.

וַיָּקֻמוּ כָל־בָּנָיו וְכָל־בְּנֹתָיו לְנַחֲמוֹ וַיְמָאֵן לְהִתְנַחֵם וַיֹּאמֶר כִּי־אֵרֵד אֶל־בְּנִי אָבֵל שְׁאֹלָה וַיֵּבְךְּ אֹתוֹ אָבִיו׃

vayakoúmou khol-banáv vekhól-benotáv lena'hamó vayma'én lehitna'hém vayomer ki-eréd el-bení avél che'óla vayévk otó avív

35 Et tous ses fils et toutes ses filles se levèrent pour le consoler, et il refusait de se consoler, et disait : « Avec chagrin je descendrai dans la tombe vers mon fils ». Et son père le pleurait.

Filles – très probablement, il s'agit des femmes des fils, qui sont comptées comme des filles, et, peut-être, des petites-filles, qui sont comptées comme des filles. En même temps, on peut dire que naissaient des enfants, des filles, que l'histoire ne nous mentionne pas, à part Dina (qui devint par la suite la cause d'événements tragiques, c'est pourquoi on parle d'elle). Mais le plus probable, c'est que les filles, ce sont tout de même les belles-filles.

וְהַמְּדָנִים מָכְרוּ אֹתוֹ אֶל־מִצְרָיִם לְפוֹטִיפַר סְרִיס פַּרְעֹה שַׂר הַטַּבָּחִים׃

vehammedaním makheroú otó el-mitsráyim lefotifár serís par'ó sar hattabba'hím

36 Et les Médanites le vendirent en Égypte à Potifar, eunuque de Pharaon, chef des bourreaux.

Stop. Au début nous lisions que Yossef avait été tiré dehors par les Midyanites et qu'ils l'avaient vendu aux Yichmaélites, et maintenant nous lisons que les Médanites l'ont vendu aux Égyptiens. D'où sont sortis les Médanites – encore un peuple dans cette histoire ? Les Médanites, en Égypte, s'occupaient d'intermédiation, c'est-à-dire qu'on peut supposer une telle scène. Potifar s'adresse à eux et dit : « Trouvez-moi un esclave », ils disent : « Tiens, justement, des Yichmaélites sont passés ici, ils demandaient si quelqu'un n'avait pas besoin d'un esclave, et ils l'ont vendu ». Encore une des compréhensions possibles : les Médanites (madaním) du mot madon – ceux qui s'occupent d'un métier mauvais, de la traite des esclaves. C'est-à-dire qu'on peut simplement dire que des marchands d'esclaves l'ont vendu en Égypte. Mais si nous suivons le style, alors, très probablement, les Midyanites, les Madanites et les Yichmaélites – c'est un seul grand groupe. Ils sont réunis, parce qu'ils sont les enfants rejetés d'Avraham, ils se font circoncire, ils vivent tout de même d'une manière particulière, mais ils ne font pas partie d'Israël.

Sar hattabba'hím – cela peut signifier chef cuisinier (tabba'h – cuisinier), mais dans l'hébreu ancien il signifie bourreau, guerrier. Le chef du service de sécurité de Pharaon – voilà qui est, très probablement, Potifar.

Beaucoup de questions surgissent à propos de ce texte. Par exemple, pourquoi Yossef ne pouvait-il pas dire : « Citoyens Yichmaélites, nous sommes pourtant parents, vous vous souvenez, vous aviez un arrière-grand-père, un certain Avraham ? Le frère de votre ancêtre Yichmaël, Yits'hak, avait un fils Yaakov, je suis son fils, je suis votre cousin issu de germains. Que sont pour vous ces 20 piécettes ? Laissez-moi aller chez Yaakov à 'Hévron, ce n'est pas si loin, il vous donnera 100 ou 150 ». Pourquoi Yossef, tout au long de son histoire, n'essaie-t-il pas d'une manière ou d'une autre de se mettre en contact avec son père, de lui envoyer un petit message, là où c'est possible ? Peut-être est-ce ce dont nous avons parlé : dès le début, Yossef pense que le père l'envoie faire la paix avec les frères, et, tant qu'il n'y a pas de paix, il n'y a pas non plus de raison de revenir. Il est possible que Yossef pense que c'est le père qui a tout manigancé (on ne peut pas exclure qu'il ait aussi une pensée aussi cauchemardesque), que le père l'a envoyé vers les frères pour que les frères fassent cela. Puisque nous nous souvenons que le père l'a réprimandé pour le rêve et lui a dit : « Est-ce que ta mère et moi, nous allons nous prosterner devant toi ? » Beaucoup de motifs différents peuvent exister, et nous en reparlerons encore en chemin.

Et pendant ce temps

Béréchit 38,1–12

Dans ce chapitre, la Torah met temporairement de côté l'histoire de Yossef et nous raconte une autre histoire. Yossef, comme nous le savons, est le premier-né de Ra'hel. Parmi les enfants de Léa, il y a une certaine lutte pour le droit d'aînesse, et le droit d'aînesse de Yéhouda se dessine. Yéhouda est candidat au droit d'aînesse et le futur premier-né. Et au chapitre 38, nous lirons l'histoire de Yéhouda.


וַיְהִי בָּעֵת הַהִוא וַיֵּרֶד יְהוּדָה מֵאֵת אֶחָיו וַיֵּט עַד־אִישׁ עֲדֻלָּמִי וּשְׁמוֹ חִירָה׃

vayhí ba'ét hahí vayoréd yehoudá me'ét e'háv vayét ad-ích adoullamí ouchmó 'hirá

1 Et ce fut en ce temps-là, Yéhouda s'éloigna de ses frères et noua des relations d'affaires avec un homme d'un lieu qui s'appelle Adoulam (c'est la frontière d'Israël), et cet homme s'appelle 'Hira.

Et ce fut en ce temps-là – qu'est-ce que ce temps-là ? Plus loin dans ce chapitre, nous lirons l'histoire de la manière dont Yéhouda prit pour lui une femme, elle lui enfanta des fils – Er, Onan et Chéla. Er épousa une jeune fille qui s'appelle Tamar, mais quelque chose n'alla pas avec lui, et il mourut (nous le lirons). Ensuite Onan, son frère, l'épousa selon la loi du mariage de lévirat. Mais lui aussi mourut. Puis il se trouva qu'elle eut un autre homme (nous lirons tout cela, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit maintenant). Elle enfanta deux fils, et l'un de ses fils, lors de la descente en Égypte, a déjà deux enfants. Toute cette histoire, par sa chronologie, ne tient d'aucune façon dans les 22 ans qui se sont écoulés depuis le moment où Yossef est arrivé en Égypte jusqu'au moment où Pérets, le fils de Yéhouda, a eu deux enfants. Là, l'histoire fait au minimum 27-29 ans. Les commentateurs qui veulent faire tenir tout cela harmonieusement disent qu'en ces années-là nos pères engendraient à l'âge de sept ans et que c'est pourquoi 3 générations y tiennent justement facilement. Mais c'est difficile à croire, parce que nulle part ailleurs nous ne rencontrons de papas de sept ans. Nous resterons pour l'instant avec cette question et lirons notre chapitre.

Donc, Yéhouda s'éloigna de ses frères, c'est-à-dire que pour un certain temps il cessa de faire paître avec ses frères et lança un business avec un homme du lieu Adoulam, qui s'appelle 'Hira. Et là, à Adoulam, voici ce qui se passe.

וַיַּרְא־שָׁם יְהוּדָה בַּת־אִישׁ כְּנַעֲנִי וּשְׁמוֹ שׁוּעַ וַיִּקָּחֶהָ וַיָּבֹא אֵלֶיהָ׃

vayár-chám yehoudá bat-ích kena'aní ouchmó choúa vayikka'héha vayavó eléha

2 Et Yéhouda vit la fille d'un certain Cananéen, qui s'appelle Choua, et il la prit, et vint à elle.

Le nom de la fille de Choua n'est nommé nulle part, mais dans le premier livre de Divreï haYamim, au chapitre 3, il est écrit que Bat-Chéva, qui était la femme de David et enfanta Chlomo, est appelée du nom de Bat-Choua, comme le nom de cette femme. Il y a en cela un certain caractère non fortuit.

Donc, Yéhouda s'éloigna des affaires communes avec ses frères, alla à Adoulam, y rencontra une femme et l'épousa ; il vint à elle, comme cela se passe habituellement entre mari et femme.


וַתַּהַר וַתֵּלֶד בֵּן וַיִּקְרָא אֶת־שְׁמוֹ עֵר׃

vattáhar vattéled ben vayikrá et-chemó er

3 Elle conçut, et enfanta un fils, et l'appela Er.

Er – vigilant, vif, à l'œil perçant, attentif, toujours sur le qui-vive. Les commentateurs disent que ce nom vient du mot arareï – solitaire, que Bat-Choua (fille de Choua) voyait prophétiquement le destin de cet enfant et l'appela ainsi pour cette raison. Je pense qu'une certaine ambiguïté joue un rôle, mais tout de même les parents s'efforcent de donner aux enfants de bons noms, même quand il leur est révélé qu'un destin lourd est donné à l'enfant, d'autant plus qu'à l'aide du nom on veut corriger cela. C'est ainsi que cela se passe habituellement. Donc, comprenons que le nom Er signifie vigilant, vif, et du même mot ir – ville, lieu de veille, poste d'observation. C'est pourquoi nous ne devons pas être étonnés que Kayin ait fondé une ville : Kayin a construit un lieu de guet, peut-être a-t-il posé un tabouret à un endroit d'où l'on peut embrasser du regard un grand territoire. Donc, elle enfanta le premier-né Er.

וַתַּהַר עוֹד וַתֵּלֶד בֵּן וַתִּקְרָא אֶת־שְׁמוֹ אוֹנָן׃

vattáhar od vattéled ben vattikráLa translittération de l'original écrit ici « il appela » (vayikrá), comme au verset 3 ; le texte hébreu porte « elle appela » (vattikrá), et la translittération française suit l'hébreu. et-chemó onán

4 Et encore une fois elle conçut, et encore elle enfanta un fils, et l'appela Onan.

La racine du mot onan – on (force). Onan – c'est un costaud, un puissant homme. Les commentateurs disent que ce nom est lié au verbe onen – deuil, affliction. Mais ce sont des commentateurs qui commentent le nom rétroactivement. Mais à l'origine, bien sûr, le sens était de l'appeler costaud.

וַתֹּסֶף עוֹד וַתֵּלֶד בֵּן וַתִּקְרָא אֶת־שְׁמוֹ שֵׁלָה וְהָיָה בִכְזִיב בְּלִדְתָּהּ אֹתוֹ׃

vattóssef od vattéled ben vattikrá et-chemó chelá vehayá vikhzív belidtá otó

5 Et elle enfanta encore un fils, et l'appela Chéla ; et, quand ils naquirent, elle était à Kziv.

Chelá – c'est le placenta, qui sort avec l'enfant. Peut-être voulait-elle dire par là qu'elle ne veut plus enfanter. Chelá, c'est aussi celui qui sait faire impression, machlé – un petit charmeur. On peut le comprendre ainsi aussi.

Le lieu Kziv (ou déception, dévastation) – c'est ainsi qu'on appelle les sources taries. Quand en été une source se dessèche, quand elle ne fonctionne pas toute l'année, on l'appelle khaziv. Ici, peut-être, le nom du lieu est ajouté comme une telle mention symbolique, pour indiquer qu'elle cesse là d'enfanter.

וַיִּקַּח יְהוּדָה אִשָּׁה לְעֵר בְּכוֹרוֹ וּשְׁמָהּ תָּמָר׃

vayikká'h yehoudá ichá le'ér bekhoró ouchmá tamár

6 Et Yéhouda prit une femme pour son premier-né Er, et elle s'appelle Tamar.

Il est intéressant que Choua, dont nous avons parlé, signifie palmier – un palmier qui ne porte pas de fruits, de tels palmiers, on les aime aujourd'hui en Israël comme ornement de la ville. Tandis que tamár, c'est le palmier dattier, qui porte du fruit. Il y a un fort contraste entre l'un et l'autre, et souvent, dans les proverbes, dans quelque discours, on compare l'un à l'autre comme l'arbre stérile et l'arbre fruitier.


וַיְהִי עֵר בְּכוֹר יְהוּדָה רַע בְּעֵינֵי יְהוָה וַיְמִתֵהוּ יְהוָה׃

vayhí er bekhór yehoudá ra be'ené adonáy vaymitéhou adonáy

7 Et Er, le premier-né de Yéhouda, était mauvais aux yeux du SEIGNEUR, et le SEIGNEUR le fit mourir.

C'est une chose terrible qui est dite ici. Premièrement, il n'est pas dit ici qu'Er faisait quelque chose de mauvais aux yeux du Très-Haut : il était mauvais aux yeux du Très-Haut, et il est difficile de comprendre comment cela se peut. Les commentateurs, quand ils essaient d'expliquer cela, s'appuient sur la suite et disent que, dans la suite, il est écrit au sujet d'Onan ce qu'il faisait, et il est dit : « Et le fit mourir lui aussi ». Et, très probablement, cela signifie qu'Er aussi s'amusait au même amusement, mais ce n'est là qu'une des compréhensions possibles.

De quoi peut-il s'agir ici ? De ce qu'Er faisait quelque chose de mauvais, il était mauvais, et le Très-Haut le fit mourir. Pourquoi la Torah parle-t-elle de cela ? Pour que nous ne pensions pas, dans ce cas, que la mort d'Er est une punition pour ce qui est arrivé à Yossef, pour la vente de Yossef. C'est-à-dire qu'Er est mort pour son propre mal. Pour que personne de l'extérieur ne puisse dire : voilà, Yéhouda, ça t'est retombé dessus pour ce que tu as fait. Et, d'un autre côté, il est écrit qu'il était mauvais aux yeux du Très-Haut, c'est-à-dire que de l'extérieur les gens ne voyaient pas qu'il était mauvais ou méchant, c'est pourquoi on aurait pu dire : « Regarde quel bon garçon est mort, c'est pour toi, pour un autre bon garçon que tu as vendu ». Non, cela non plus n'a pas eu lieu. Er est mort pour son propre mal. Pour quel mal ? On peut penser que c'est quelque chose de semblable à Onan. On peut ne pas y croire, mais voilà l'histoire qui est racontée.


וַיֹּאמֶר יְהוּדָה לְאוֹנָן בֹּא אֶל־אֵשֶׁת אָחִיךָ וְיַבֵּם אֹתָהּ וְהָקֵם זֶרַע לְאָחִיךָ׃

vayomer yehoudá leonán bo el-échet a'híkha veyabbém otá vehakém zéra lea'híkha

8 Et Yéhouda dit à Onan : « Entre auprès de la femme de ton frère (accomplis avec elle le mariage de lévirat) et rétablis une semence à ton frère ».

Faites attention aux mots entre auprès de la femme du frère, pas auprès de la veuve, mais auprès de la femme. C'est-à-dire que tant qu'il y a des frères, elle est soumise au mariage de lévirat. Le mot lévirat vient du mot lever (frère de la femme, beau-frère). Et selon les lois de cette époque, et par la suite selon la Torah, si des frères vivent ensemble et que le frère aîné marié meurt sans laisser de part d'héritage, alors le frère cadet entre auprès de sa femme et lui rétablit une semence. Aujourd'hui, bien que ce soit une prescription de la Torah, cela ne se pratique pas. Cela ne se pratique pas, parce que les sages ont décidé qu'un homme ne peut pas aujourd'hui entrer auprès de la femme de son frère uniquement pour accomplir le commandement, ça ne marchera pas. Il y aura une certaine passion personnelle, une inclination personnelle. Ici il n'y aura pas seulement le commandement, alors que la femme du frère ne lui est permise que pour le commandement de rétablir une semence au frère. Pour ne pas tomber dans le doute de la débauche, le doute de l'impureté, on a cessé de pratiquer ce commandement. D'autant plus que la Torah a permis, une certaine issue ici. Bon, mais à ce moment-là, dans le pays, d'autres lois étaient en vigueur. Nous savons qu'était en vigueur la loi hittite, qui dit ceci : « Article 193. Si un homme a une femme et qu'il meurt, son frère prendra sa femme. Ensuite son père la prend ». C'est-à-dire que si le frère cadet meurt aussi, alors leur père peut la prendre. (Cette loi nous servira encore). Si le père aussi meurt, alors l'un des fils de son frère prendra la femme qu'il avait. Il n'y aura pas de punition. C'est-à-dire qu'il existe des règles précises selon lesquelles il est important que la part d'héritage de l'homme soit rétablie, c'est pourquoi la femme devient la femme d'un autre. C'est important aussi parce que la femme elle-même se nourrira, sa subsistance, sa pension, ce sera la part d'héritage du mari.

Du point de vue du XXIe siècle, il peut sembler que la femme, comme une sorte de drapeau rouge itinérant, passe de main en main. Cela sonne barbare, mais cela protège aussi, entre autres, les droits sociaux de la femme. Bien des fois, dans la Torah, nous voyons quelque chose qui nous semble un cauchemar, mais pour l'époque ce n'était pas perçu ainsi. La Torah est donnée à l'humanité aussi, entre autres, pour qu'elle grandisse dedans, pour que la société change et que le besoin de certaines règles qui fixent, qui protègent, disparaisse. Cela ne veut pas dire qu'on peut abolir tel ou tel commandement. Les commandements eux-mêmes impliquent différentes variantes d'application.

Une autre loi qui était alors en vigueur, c'est la loi assyrienne. La loi assyrienne dit aussi : « Article 33. Si une femme vit encore dans la maison de son père, et que son mari est mort, mais qu'elle a des fils, elle peut vivre dans l'une des maisons, là où elle le souhaite. Si elle n'a pas de fils, son beau-père peut la donner à celui des fils à qui il le souhaite ». C'est notre cas. « Ou bien, si le fils le souhaite, le beau-père peut la prendre pour lui-même ». Cette variante nous servira, parce que c'est justement d'un cas semblable que la Torah va parler.

Donc, Yéhouda, en s'appuyant sur les lois cananéennes (ou sur les lois hittites, sur les lois de la société où il vit), dit à Onan d'entrer auprès de la veuve de son frère, veyabbém otá – de s'unir avec elle par le mariage de lévirat, qui signifie rétablir une semence au frère.


וַיֵּדַע אוֹנָן כִּי לֹּא לוֹ יִהְיֶה הַזָּרַע וְהָיָה אִם־בָּא אֶל־אֵשֶׁת אָחִיו וְשִׁחֵת אַרְצָה לְבִלְתִּי נְתָן־זֶרַע לְאָחִיו׃

vayéda onán ki lo lo yihyé hazzára vehayá im-bá el-échet a'hív vechi'hét ártsa leviltí neton-zéra lea'hív

9 Et Onan savait que la descendance ne serait pas à lui ; et il en était ainsi : quand il entrait auprès de la femme de son frère, il répandait la semence dehors, pour que son frère ne rétablisse pas de semence (pour que Tamar ne conçoive pas).

Onan savait que la descendance serait au frère aîné, au premier-né, qui recevrait une double part de l'héritage. Si maintenant Onan lui rétablit une descendance, alors lui, à proprement parler, perdra lors du partage des biens.

C'est justement Onan qui a donné son nom à un phénomène tel que l'onanisme, la masturbation, mais justement lui ne s'y adonnait pas. Ce que pratiquait Onan, c'était le coït interrompu, c'est-à-dire l'émission de la semence hors du vagin de la femme. Et il le pratiquait pour que la semence ne revienne pas au frère, pour conserver sa part. Les commentateurs dégagent encore un motif pour les deux frères. Ils disent qu'Er a péri pour la même chose, parce que plus loin il sera dit que le SEIGNEUR fit mourir Onan aussi, et qu'Er s'adonnait à la même chose. Pourquoi ne laissaient-ils pas Tamar tomber enceinte ? Parce qu'ils voulaient préserver sa beauté, parce qu'ils pensaient que si elle était enceinte, les changements qui se produiraient dans son corps, toutes ces métamorphoses, gâcheraient son apparence de mannequin. Et pour cela le SEIGNEUR les punit. Mais ici on voit, en tout cas avec Onan, que les motifs ne sont pas seulement ceux-là.

וַיֵּרַע בְּעֵינֵי יְהוָה אֲשֶׁר עָשָׂה וַיָּמֶת גַּם־אֹתוֹ׃

vayéra be'ené adonáy achér assá vayámet gam-otó

10 Et ce qu'il avait fait parut mauvais aux yeux du Très-Haut, et le très-haut le fit mourir lui aussi.

Ainsi, deux frères, deux maris d'une même femme sont morts. Et il y a une tradition, dans ce cas, de soupçonner quelque chose de louche. Yéhouda n'osa pas continuer à donner ses fils à Tamar, parce qu'il est fort possible que certaines idées avec lesquelles on pourrait les protéger s'épuisent plus tard que ne s'épuiseront les enfants de Yéhouda. C'est dommage de donner le troisième fils. Et c'est pourquoi plus loin nous lisons :


וַיֹּאמֶר יְהוּדָה לְתָמָר כַּלָּתוֹ שְׁבִי אַלְמָנָה בֵית־אָבִיךְ עַד־יִגְדַּל שֵׁלָה בְנִי כִּי אָמַר פֶּן־יָמוּת גַּם־הוּא כְּאֶחָיו וַתֵּלֶךְ תָּמָר וַתֵּשֶׁב בֵּית אָבִיהָ׃

vayomer yehoudá letamár kallató cheví almaná vet-avíkh ad yigdál chelá vení ki amár pen-yamoút gam-hoú ke'e'háv vattélekh tamár vattéchev bet avíha

11 Et Yéhouda dit à Tamar, sa belle-fille : « Reste veuve dans la maison de ton père, jusqu'à ce que Chéla grandisse ». Parce qu'il se dit à lui-même : « Pour qu'il ne meure pas lui aussi, comme ses frères ». Et Tamar quitta la part d'héritage de Yéhouda, et s'établit dans la maison de son père.

Tamar devint une de ces « veuves de paille », qui ne peut se marier avec personne et doit attendre que Chéla grandisse. Et Yéhouda daignera-t-il le donner, c'est encore une question. Tout cela se passe, peut-être, comme une préhistoire de la vente de Yossef, sur fond de la vente de Yossef. Parce que si nous commençons le décompte des événements à partir du moment de la vente de Yossef, alors voici que Yéhouda est allé se marier, une année a passé, et Bat-Choua lui a enfanté le premier-né Er ; deux ans ont passé, et elle lui a enfanté Onan. Il a dû passer encore au moins 12 ans pour qu'Onan puisse entrer auprès de la veuve de son frère. Au total 14 ans ont passé, puis Onan meurt, il passe encore un certain temps. Yéhouda va vers Tamar, il leur naîtra des jumeaux, cela fait 16 ans. Mais il se trouve que 6 ans après cela, Pérets, leur fils, « âgé de cinq ans », avec deux enfants, descend en Égypte, c'est-à-dire que c'est absolument impossible. C'est pourquoi nous essaierons par la suite de comprendre ce qui précisément, quelle partie des événements décrits se passait, comme dit la Torah, ba'ét hahí (en ce temps-là).


וַיִּרְבּוּ הַיָּמִים וַתָּמָת בַּת־שׁוּעַ אֵשֶׁת־יְהוּדָה וַיִּנָּחֶם יְהוּדָה וַיַּעַל עַל־גֹּזֲזֵי צֹאנוֹ הוּא וְחִירָה רֵעֵהוּ הָעֲדֻלָּמִי תִּמְנָתָה׃

vayirboú hayamím vattámot bat-choúa échet-yehoudá vayinná'hem yehoudá vayá'al al-gozezé tsonó hou ve'hirá re'éhou ha'adoullamí timnáta

12 Et beaucoup de jours passèrent, et la belle-mère de Tamar mourut ; le temps passa, Yéhouda se consola et alla avec 'Hira tondre le bétail, d'Adoulam à Timna.

Il y a ici un parallèle avec Yaakov du chapitre précédent, qui refusait de se consoler. Yéhouda s'est consolé, et il est fort possible que ce soit ici que commence aussi le parallèle dans le temps. Yaakov refuse de se consoler, alors que Yéhouda, justement, s'est consolé. Plus loin nous verrons que ce parallèle est juste.

Quand Yéhouda s'est consolé, qu'il est sorti de son état d'abattement et s'est mis à s'occuper activement de ses affaires, il est allé avec son ami 'Hira tondre le bétail. Il est fort possible que 'Hira le tarabustait pour qu'il sorte au plus vite du deuil et de l'affliction. Bon, en tout cas, il est temps de sortir dans la nature, il est temps de faire un travail magnifique. La question de la subsistance pour l'année suivante, c'est la question de savoir combien de laine on peut tondre. Et Yéhouda alla avec son ami d'Adoulam à Timna, c'est-à-dire vers le sud. C'est la préhistoire de l'histoire principale.

Répétons-le, en ce temps-là (on ne comprend pas encore lequel) Yéhouda monte une affaire avec un homme d'Adoulam, s'y trouve une femme, se marie, il lui naît trois enfants, dont deux ont le temps de grandir, de se marier et de mourir sans lui donner de petits-enfants. Yéhouda renvoie sa belle-fille, ne voulant pas lui donner le troisième fils. La belle-fille se trouve dans un état de suspens dans la maison de son père. La femme de Yéhouda meurt. Au moment où Yaakov refuse de se consoler de la mort de son fils, Yéhouda trouve la consolation après la mort de sa femme. Et plus loin nous verrons plus d'un parallèle entre ce qui se passe chez Yossef et ce qui se passe chez Yéhouda.

Que peut une femme ?

Béréchit 38,13–30

Rappelons où nous nous sommes arrêtés. La Torah fait une certaine digression et raconte Yéhouda, le frère aîné de Yossef. Il alla dans la ville d'Adoulam, il s'y maria avec une Cananéenne, d'elle lui naquirent trois enfants – Er, Onan et Chéla. Quand Er eut grandi, Yéhouda lui prit une femme nommée Tamar. Mais Er était mauvais aux yeux du Très-Haut, et il mourut. Selon les lois du mariage de lévirat, Yéhouda ordonna à Onan de venir vers Tamar, et ils se mirent à vivre ensemble. Onan ne voulut pas continuer la lignée de son frère, cela fut mauvais aux yeux du Très-Haut, et il mourut lui aussi. Des causes de la mort des fils de Yéhouda, les maris de Tamar, seul le Très-Haut sait, mais Tamar se trouva dans une situation telle que, selon les conceptions de cette époque et, d'ailleurs, selon les conceptions de la halakha moderne, de la loi juive moderne, elle est ichá katlonít (une femme fatale). Une femme dont deux maris sont morts ne peut pas se marier une troisième fois, parce qu'on suppose que c'est elle qui apporte le malheur. Une autre position, qui existait en ce temps-là, est que c'est seulement après la mort de trois maris que la femme devient telle. Yéhouda n'a en tout que trois fils, il n'a pas de fils de rechange, de réserve, c'est pourquoi il ne se presse pas du tout de donner Chéla pour mari à Tamar. Et on peut le comprendre : personne ne voudra vérifier expérimentalement à partir de quel moment une femme devient fatale. En même temps, Yéhouda veut garder une bonne réputation aux yeux de tous, il est gêné – que diront les gens ? Il ne peut pas se permettre de dire simplement : « Tamar, excuse-moi, tout était bien, et c'est bien que tout cela ait été. Va en paix dans la maison de ton père », pour que Tamar puisse continuer sa vie par elle-même comme veuve ou, peut-être, contracter un nouveau mariage. Et c'est pourquoi Yéhouda lui dit : « Attends, reste assise dans les vêtements de veuvage, attends que Chéla grandisse ». Cela fait de Tamar une veuve de paille : une femme qui n'est ni mariée, ni veuve, et qui ne peut pas non plus se marier.

Le temps passe, Chéla grandit, et voilà que la femme de Yéhouda meurt. Cela signifie que viennent les jours de deuil. Pendant les jours de deuil, on ne peut pas faire de demande en mariage, on ne peut pas venir chez Yéhouda et lui dire : « Eh bien, Chéla a grandi, parlons-en, asseyons-nous autour d'une petite tasse de thé et discutons de mon avenir, comme femme, et du sien, comme homme ». Mais les jours passent, et Tamar apprend que Yéhouda est enfin sorti des jours de deuil, s'est consolé de sa femme et, avec son ami adoulamite, s'apprête à aller à la tonte du bétail. Donc il y aura une fête, donc l'âme de Yéhouda réclame déjà une fête et il y a une humeur de fête.

On peut dire encore qu'Onan, qui ne voulait pas divorcer de sa femme et ne voulait pas continuer la semence de son frère, partait lui aussi de cela – que diront les gens ? À des niveaux différents, leur péché est un seul et le même : la peur de ce que les gens penseront, et une certaine hypocrisie pour garder sa réputation, c'est-à-dire un seul et même problème de l'âme. Bien sûr, il est plus facile de comprendre Yéhouda, qui s'inquiète pour la vie de son fils (lui non plus, encore une fois, n'avait pas lu le livre de Béréchit, il ne sait pas comment tout cela finira), que de comprendre Onan, qui ne voulait tout simplement pas que la veuve de son frère reçoive une plus grande part. Mais dans l'ensemble, tout de même, leur problème est semblable.

Sur cette vague, nous commençons à lire à partir du verset 13.

וַיֻּגַּד לְתָמָר לֵאמֹר הִנֵּה חָמִיךְ עֹלֶה תִמְנָתָה לָגֹז צֹאנוֹ:

vayouggád letamár lemór hinné 'hamíkh olé timnáta lagóz tsonó

13 Et il fut dit à Tamar : « Voici, ton beau-père montera à Timna (Timna est un peu plus haut, sur la montagne), pour tondre le bétail ».

Apparemment, quelqu'un est venu le lui dire, parce qu'elle s'informait tout le temps des nouvelles : « Alors, comment va Yéhouda ? Quand pourra-t-on parler ? » Elle ne vit pas seulement de la maison de son père, mais aussi de ce qui se passe chez son beau-père.

Encore une fois, c'est un temps de fête – la tonte du bétail, il y a la prière, il y a le festin, l'action de grâce à Dieu (ou, chez les païens, aux dieux) pour la tonte du bétail et bien d'autres choses. Bref, il y aura une fête, et il y aura l'occasion de parler avec Yéhouda. Cela rappelle beaucoup une situation que nous n'avons pas encore lue et que, bien sûr, Tamar n'avait pas lue – la situation de la femme nommée Rout, qui elle aussi a saisi Bo'az au moment où son cœur est en fête. On les comparera encore dans le livre de Rout, quand on souhaitera à Bo'az que sa maison soit comme celle de Tamar, que sa femme soit comme Tamar. Ainsi le parallèle existe, et il est évident.

Donc, une fête se prépare.

וַתָּסַר בִּגְדֵי אַלְמְנוּתָהּ מֵעָלֶיהָ וַתְּכַס בַּצָּעִיף וַתִּתְעַלָּף וַתֵּשֶׁב בְּפֶתַח עֵינַיִם אֲשֶׁר עַל-דֶּרֶךְ תִּמְנָתָה כִּי רָאֲתָה כִּי-גָדַל שֵׁלָה וְהִוא לֹא-נִתְּנָה לוֹ לְאִשָּׁה:

vattássar bigdé almenoutá me'aléha vattekhás battsa'íf vattit'alláf vattéchev beféta'h enáyim achér al-dérekh timnáta ki ra'atá ki-gadál chelá vehí lo-nittená lo le'ichá

14 Et elle ôta les vêtements de son veuvage, et se couvrit d'un manteau, et s'enveloppa, et elle s'assit à l'entrée d'Eïnaïm, qui est sur la route de Timna, parce qu'elle vit que Chéla avait grandi et qu'il ne lui était pas donné pour mari.

Le mot tit'aléf (de la racine aléf) peut signifier s'enveloppa, mais il peut signifier aussi devint affaiblie. Plus souvent dans le Tanakh, il signifie justement devenir affaibli. Par exemple, dans le livre d'Amos (8,13) : « En ce jour-là, de soif tomberont sans connaissance (tit'alafná) les belles vierges », de même le verbe lehit'aléf (s'évanouir, défaillir). Chez Yéchayahou (51,20), nous lisons : « Qui te consolera ? Tes fils ont défailli (oulfoú), ils se sont couchés au début de toutes les rues… » Il y a encore l'histoire de Yona, qui lui aussi yit'aléf (défaillit) sous le soleil brûlant. C'est-à-dire que, peut-être, comme partie de son personnage, Tamar s'est rendue faible, a fait semblant d'être à demi évanouie.

 Nous ne trouvons nulle part dans le Tanakh de lieu qui s'appelle Féta'h Eynáyim. Il est possible que ce soit l'entrée, l'embranchement vers Eïnim, près de l'actuel yichouv Livna en Israël, à quelques dizaines de kilomètres de Béer-Chéva et à une vingtaine de kilomètres de 'Hévron, un endroit très intéressant lui aussi. Et, peut-être, Tamar s'est assise là. Tamar a compris qu'elle pouvait rester veuve de paille, et elle fait ce que les femmes font souvent dans le Tanakh – elle prend l'initiative. Une initiative très audacieuse, très risquée – ce que fait Tamar. Mais nous voyons que justement elle, le Tanakh ne la condamne pas du tout.

Donc, elle s'assit, enveloppée, au carrefour près de la route, dans un lieu qui s'appelle Féta'h Eïnaïm ou l'entrée d'Eïnim. Il faut, encore une fois, dire que nous ne sommes pas au vingt et unième siècle et que les femmes ne s'assoient pas comme ça au bord de la route ; seules s'y assoient des femmes particulières, qui attendent les voyageurs. En Canaan est très développée ce qu'on appelle la prostitution de temple – ce sont des prostituées qui sont en même temps prêtresses de certains cultes. Et venir vers une femme sur le chemin de la fête – cela signifie que « maintenant nous tondrons deux fois plus de laine sur nos brebis ».

וַיִּרְאֶהָ יְהוּדָה וַיַּחְשְׁבֶהָ לְזוֹנָה כִּי כִסְּתָה פָּנֶיהָ:

vayir'éha yehoudá vaya'hchevéha lezoná ki khissetá panéha

15 Et Yéhouda la vit, et la prit pour une prostituée, parce qu'elle avait couvert son visage.

Vous savez, moi très souvent ce genre de choseDans le russe, il manque ici un verbe (littéralement « moi très souvent ce genre de chose »), sans doute « j'entends ». La traduction garde la phrase incomplète, comme dans l'original. : « Voilà, donc, en ce temps-là les prostituées se couvraient le visage ». Ou : « Voilà, dans l'ancienne Babylone les prostituées se couvraient le visage, dans l'ancienne Syrie les prostituées se couvraient le visage, et, en général, le visage couvert, c'est le symbole de la prostituée ». Et, naturellement, toujours, quand les gens parlent de ce qui était dans l'Antiquité, de ce qui se faisait à Babylone, en Perse, en Syrie ou en Russie, il serait intéressant de voir sur quels documents ces gens s'appuient. Ici, c'est simplement une supposition : ou bien il l'a prise pour une prostituée parce que les prostituées se couvrent le visage, ou bien il a vu une femme au bord de la route, n'a pas reconnu que c'était Tamar parce qu'elle avait couvert son visage, et l'a prise pour une prostituée parce qu'elle est assise au bord de la route.

Pour répondre à la question de savoir si les prostituées se couvraient le visage, on peut se tourner vers les lois de la Syrie orientale, qui ont été composées à peu près aux XVIIe-XVe siècles avant la naissance du Machia'h (c'est-à-dire à peu près à la même époque) et décrivent les lois en vigueur dans cette région. Donc : « La prostituée de temple qui est prise en mariage doit être couverte dans la rue. Mais celle qui n'est pas prise en mariage doit être tête découverte dans la rue, elle ne doit pas être couverte. La simple prostituée ne doit pas être couverte, sa tête doit être découverte ». Et sinon, quoi ? Et sinon, voici quoi : « Celui qui a vu une simple prostituée couverte doit la saisir, présenter des témoins et la traîner à l'entrée du palais. On ne doit pas prendre ses bijoux, mais celui qui l'a saisie peut prendre ses vêtements ». Rendez-vous compte – interrompre toutes ses affaires, prendre cette pauvre prostituée, la traîner au palais, présenter des témoins, rédiger des procès-verbaux, passer une demi-journée « au commissariat » et, pour que cela n'ait pas l'air d'une perte de temps, au moins prendre les vêtements de la prostituée, enfin, au moins un petit profit. En outre : « On doit lui donner 60 coups de bâton et lui verser de la poix sur la tête ». Apparemment, il n'y avait pas tant de prostituées couvertes avec une telle punition.

 Et si l'homme est humain ou ne veut pas s'en mêler ? « Et si un homme a vu une simple prostituée couverte et l'a laissée partir sans l'amener au palais, on doit donner à cet homme 50 coups de bâton. Celui qui l'a dénoncé peut prendre ses vêtements (il fonctionne à merveille, le système de renseignement opérationnel), on doit lui percer les oreilles, y passer une corde et la nouer sur sa nuque, et pendant un mois il doit accomplir le travail du roi ». Très probablement, il était dangereux pour une prostituée, dans ces conditions, de se promener la tête couverte : qui voudrait se promener avec les oreilles nouées sur la nuque et accomplir le travail du roi ?

Donc, Yéhouda vit une femme assise au bord de la route, le visage couvert, et la prit pour une prostituée. Vous direz : « Mais les prostituées ne se couvraient pourtant pas le visage ». Encore une fois : sauf les prostituées de temple mariées. Une prostituée de temple pouvait se marier, continuer à se livrer à la débauche, ou à sa prostitution de temple, ou à son « service non sacré », et en même temps se couvrir la tête. D'autant plus que Tamar est déjà une fille bien grandette : on donnait à la prostitution de temple des fillettes dès 8 ans. Et, en outre, Yéhouda a pu voir, comme nous l'avons déjà dit, qu'elle défaille, qu'elle est dans un mauvais état, à demi évanouie, et cela aussi peut être un fait. Naturellement, il est difficile pour les commentateurs de se représenter une telle chose, et c'est pourquoi on pose la question : « Comment cela – Yéhouda lui-même, de qui (de Yéhouda) vient le judaïsme, qui a donné son nom à notre peuple (yéhoudim – descendants de Yéhouda) – comment a-t-il pu ainsi s'en aller chez une prostituée ? Qu'est-ce donc qui l'y a poussé ? »

וַיֵּט אֵלֶיהָ אֶל-הַדֶּרֶךְ וַיֹּאמֶר הָבָה-נָּא אָבוֹא אֵלַיִךְ כִּי לֹא יָדַע כִּי כַלָּתוֹ הִוא וַתֹּאמֶר מַה-תִּתֶּן-לִּי כִּי תָבוֹא אֵלָי:

vayét eléha el-haddérekh vayomer háva na avó eláyikh ki lo yadá ki khallató hi vattómer ma-titten-lí ki tavó eláy

16 Et il se détourna vers elle sur la route, et s'approcha d'elle, et dit : « Allons, que j'entre chez toi », Parce qu'il ne savait pas qu'elle était sa belle-fille. Et elle lui dit : « Et que me donneras-tu, si tu entres chez moi ? (il faut bien marchander) ».

Qu'est-ce donc qui l'a mené sur la route vers la prostituée ? Yéhouda est-il vraiment un camarade tel qu'il ne passera pas à côté d'une prostituée ? Eh bien, on peut demander : « Et Yéhouda n'est-il donc pas l'homme qui vendra son frère, épousera une Cananéenne et fera encore beaucoup d'autres choses étranges ? » Yéhouda est descendu en Canaan, et au chapitre suivant nous lirons que Yossef a été descendu, et ces chapitres, à proprement parler, sont un peu parallèles l'un à l'autre, on les compare ici. Et voilà que Yéhouda s'est lui-même tellement abaissé, s'est lui-même tellement « cananéisé », qu'il ne peut déjà plus passer à côté d'une prostituée : « c'est quand même très utile pour les travaux agricoles, c'est un bon présage – rencontrer une femme ».

À la prostituée (et à une femme en général), quand il s'agit de certaines choses liées à l'intimité, on s'adresse souvent au masculin. Ainsi la fille de Lot s'est-elle adressée à sa sœur, elle aussi, au masculin. C'est une telle tentative de parler un langage pur. Tamar entretient l'image de la prostituée. Il y a des commentaires, et on peut dire qu'une telle compréhension ne déforme pas très fortement le pchat, selon lesquels elle ne pense absolument pas qu'il l'a prise pour une prostituée. Tamar est sortie pour lui parler, et, quand il dit : « Je veux venir chez toi », elle pense qu'il veut venir chez elle, et non entrer chez elle, et elle demande : « Et pourquoi entreras-tu chez moi ? » Il me semble que cela ne reflète pas le pchat, mais une telle compréhension existe aussi, et, en principe, on peut aussi comprendre ainsi le pchat.

וַיֹּאמֶר אָנֹכִי אֲשַׁלַּח גְּדִי-עִזִּים מִן-הַצֹּאן וַתֹּאמֶר אִם-תִּתֵּן עֵרָבוֹן עַד שָׁלְחֶךָ:

vayomer anokhí achallá'h gedi-izzím min-hattsón vattómer im-tittén eravón ad chol'hékha

17 Et il dit : « Je t'enverrai un chevreau du bétail ». Elle dit : « Et Quel gage me donneras-tu, jusqu'à ce que tu l'envoies ? »

Yéhouda dit : « Voilà, je vais maintenant aller jusqu'au troupeau et je t'enverrai un chevreau, j'ai quelque cinq heures de route d'ici ». Selon la compréhension que nous avons mentionnée entre parenthèses, on peut dire que gedí (le petit chevreau) – c'est allégoriquement Chéla, et c'est à lui que renvoie cette allusion.

וַיֹּאמֶר מָה הָעֵרָבוֹן אֲשֶׁר אֶתֶּן-לָּךְ וַתֹּאמֶר חֹתָמְךָ וּפְתִילֶךָ וּמַטְּךָ אֲשֶׁר בְּיָדֶךָ וַיִּתֶּן-לָּהּ וַיָּבֹא אֵלֶיהָ וַתַּהַר לוֹ:

vayomer ma ha'eravón achér etten-lákh vattómer 'hotamekhá ouftilékha oumatekhá achér beyadékha vayitten-lá vayavó eléha vattáhar lo

18 Et il lui dit : « Que puis-je te donner en gage ? » Et elle dit : « Ton sceau avec ton cordon, et ta canne, qui est dans ta main ». Et il le lui donna, et entra chez elle, et elle conçut de lui.

Il faut dire que Yéhouda est allé tondre le bétail, il n'a pas pris de bourse avec lui, on ne lui avait pas encore délivré de carte de crédit, il n'a pas de carnet de chèques, parce que, très probablement, il ne sait même pas écrire, et c'est pourquoi il ne peut donner que de ce qu'il a directement sur lui. Et qu'a-t-il sur lui ? 'Hotamekhá (ton sceau) – c'est un tel cylindre de pierre avec un trou percé à l'intérieur, comme un rouleau, sur lequel il y a des empreintes avec le nom de Yéhouda et encore quelques inscriptions, qu'on peut faire rouler et utiliser comme sceau. Peut-être n'y a-t-il même pas de nom, mais seulement quelques symboles. Ce rouleau (ou cylindre) est fait d'or ou de pierre précieuse, on en trouve beaucoup de tels lors des fouilles ; c'est un petit objet d'un prix non négligeable. Ptilékha (ton cordon) – à proprement parler, un lacet ou une chaînette, par laquelle ce sceau est suspendu au cou. Matekhá (ta canne) – ce n'est pas simplement un bâton, c'est une canne avec un beau pommeau (peut-être un lion, ou un tigre, ou encore quelque autre bête), souvent elles sont faites d'or ou de métaux précieux.

Une histoire terrible, au fond, qui montre à quel point Yéhouda est devenu cananéen, mais étonnante aussi. Combien coûte un chevreau ? Aujourd'hui le prix d'un petit chevreau est de 50 dollars. Combien coûtent le sceau, et la chaînette, et le bâton ? Incomparablement plus, peut-être 10 fois plus. Devant Yéhouda, à ce qu'il pense, il y a une prostituée, qui peut simplement s'en aller, vendre ces objets, les boire, on peut les lui prendre, et ainsi de suite. Yéhouda donne un gage incomparablement plus grand que ce qu'il promet de donner. Et voilà que les commentateurs disent : « En réalité, c'est un ange qui a poussé Yéhouda vers Tamar ». Bien sûr, notre Patriarche ne serait pas allé de lui-même chez une prostituée, mais il y a des anges responsables de la débauche (c'est ce que dit le midrach), et un tel ange a simplement contraint Yéhouda, l'a poussé de force vers la prostituée pour la naissance du Machia'h. Nous nous souvenons que nous attendons le Machia'h, que nous attendons déjà depuis trop longtemps le Machia'h, qui est né de Tamar par la suite. Et voilà, pour l'amour du Machia'h (pour le dire en russe – pour l'amour du Christ), l'ange a poussé Yéhouda à cette affaire. Mais c'est là encore ce que dit le midrach, qui essaie de toutes les manières de justifier Yéhouda. Et l'ange apparaît souvent là où il faut lui mettre certains problèmes sur le dos : au lieu de « le démon m'a égaré » il peut y avoir « l'ange m'a forcé ». Très probablement, toute cette histoire est une manifestation de ce que Yéhouda s'est plongé dans Canaan, est parti dans ce galoút, dans cette impureté. Mais à travers cette impureté aussi agit le Très-Haut. Comme à travers les filles de Lot le Très-Haut prépare le Machia'h, exactement de même à travers Tamar aussi le Très-Haut prépare le Machia'h. Ici il n'est pas nécessaire de justifier Yéhouda d'une manière ou d'une autre, quoique si quelqu'un le veut, c'est très bien, mais le texte simple de la Torah n'en parle pas.

וַתָּקָם וַתֵּלֶךְ וַתָּסַר צְעִיפָהּ מֵעָלֶיהָ וַתִּלְבַּשׁ בִּגְדֵי אַלְמְנוּתָהּ:

vattákom vattélekh vattássar tse'ifá me'aléha vattilbách bigdé almenoutá

19 Et elle se leva, et s'en alla, et ôta de dessus elle le voile, et revêtit de nouveau les vêtements de son veuvage.

Tse'ifá – c'est justement ce voile dont nous avons parlé, et cela plaide en faveur de ce mot tit'aláf au sens de elle fit semblant d'être à demi morte, parce qu'ici il n'y a pas le fait de s'en dévêtir, cela ne se répète pas. Et Yéhouda, pendant ce temps, était arrivé jusqu'à l'endroit.

וַיִּשְׁלַח יְהוּדָה אֶת-גְּדִי הָעִזִּים בְּיַד רֵעֵהוּ הָעֲדֻלָּמִי לָקַחַת הָעֵרָבוֹן מִיַּד הָאִשָּׁה וְלֹא מְצָאָהּ:

vayichlá'h yehoudá et-gedí ha'izzím beyád re'éhou ha'adoullamí laká'hat ha'eravón miyád ha'ichá veló metsa'á

20 Yéhouda envoya le chevreau par le petit berger adoullamite pour reprendre le gage de la femme, Et il ne la trouva pas.

Ici, c'est déjà intéressant, n'est-ce pas ? Il n'est pas écrit : « reprendre le gage de Tamar » ou « reprendre le gage de la prostituée », mais il est écrit : « reprendre le gage de la femme ». Le Tanakh nous montre déjà la suite de l'histoire non par les yeux de Yéhouda, mais par les yeux de Celui Qui a donné le Tanakh. Et ici elle est appelée ichá (femme), c'est-à-dire que le Donateur du Tanakh, le Très-Haut, ne la considère pas comme une prostituée.

וַיִּשְׁאַל אֶת-אַנְשֵׁי מְקֹמָהּ לֵאמֹר אַיֵּה הַקְּדֵשָׁה הִוא בָעֵינַיִם עַל-הַדָּרֶךְ וַיֹּאמְרוּ לֹא-הָיְתָה בָזֶה קְדֵשָׁה:

vayich'ál et-anché mekomá lemór ayé hakkedechá hi va'enáyim al-haddárekh vayomeroú lo-hayetá vazé kedechá

21 Et il interrogea les gens du lieu, disant : « Où est cette prostituée qui était sur la route ? » Et on lui dit : « Il n'y a eu ici aucune prostituée du temple ».

Ici, au lieu du mot zoná (prostituée) apparaît le mot kedechá (prostituée du temple). Pourquoi cela se produit-il ? Parce que plus tôt nous rapportions les pensées de Yéhouda. C'est lui qui l'a prise pour une prostituée, la Torah elle-même ne l'appelle pas prostituée, c'est une image. Pour le petit berger, elle est kedechá, c'est ainsi qu'il le comprend, et c'est ainsi qu'il parle déjà avec les gens.

וַיָּשָׁב אֶל-יְהוּדָה וַיֹּאמֶר לֹא מְצָאתִיהָ וְגַם אַנְשֵׁי הַמָּקוֹם אָמְרוּ לֹא-הָיְתָה בָזֶה קְדֵשָׁה:

vayáchov el-yehoudá vayomer lo metsatíha vegám anché hammakóm ameroú lo-hayetá vazé kedechá

22 Et il revint vers Yéhouda, et lui dit : « Je ne l'ai pas trouvée, Et les gens du lieu ont dit aussi : “Il n'y a eu ici aucune prostituée” ».

Il est répété plusieurs fois : « Il n'y avait pas de prostituée ici ». Et, effectivement, de prostituée, il n'y en avait justement pas.

וַיֹּאמֶר יְהוּדָה תִּקַּח-לָהּ פֶּן נִהְיֶה לָבוּז הִנֵּה שָׁלַחְתִּי הַגְּדִי הַזֶּה וְאַתָּה לֹא מְצָאתָהּ:

vayomer yehoudá tikka'h-lá pen nihyé lavoúz hinné chalá'hti haggedí hazzé ve'attá lo metsatá

23 Et Yéhouda dit : « oui, bon, Qu'elle le garde, pour que nous ne soyons pas couverts de honte ; car je lui ai envoyé le chevreau, et on ne l'a pas trouvée ».

« Pour que nous ne soyons pas couverts de honte » – c'est en deux sens : devant elle et, second sens, devant les gens. On ne peut tout de même pas afficher partout une annonce : « Recherchons la prostituée chez qui est entré Yéhouda ». Tout de même, Yéhouda a des frères, Yéhouda a une famille, et se couvrir ainsi de honte n'en vaut pas la peine. Et pour se rassurer lui-même, Yéhouda dit : « Tout va bien, il n'y a aucun problème de mon côté ».

וַיְהִי כְּמִשְׁלֹשׁ חֳדָשִׁים וַיֻּגַּד לִיהוּדָה לֵאמֹר זָנְתָה תָּמָר כַּלָּתֶךָ וְגַם הִנֵּה הָרָה לִזְנוּנִים וַיֹּאמֶר יְהוּדָה הוֹצִיאוּהָ וְתִשָּׂרֵף:

vayhí kemichlóch 'hodachím vayouggád lihoudá lemór zanetá tamár kallatékha vegám hinné hará liznouním vayomer yehoudá hotsioúha vetissaréf

24 Il passa 3 mois (environ trois mois), et il fut dit à Yéhouda, disant : « Ta belle-fille Tamar s'est prostituée, et voici, elle est même enceinte de prostitution ». Et Yéhouda dit : « Faites-la sortir aux portes de la ville, et elle sera brûlée ».

Pourquoi répéter cela ? Apparemment, elle ne le cachait pas et disait qu'elle était enceinte. On ne peut pas toujours, au troisième mois, reconnaître chez une femme les signes de la grossesse, et les femmes de cette époque, en outre, portaient des vêtements assez amples. C'est pourquoi le midrach dit que même au bain public, où les femmes allaient à cette époque, Tamar se vantait : « Regardez, j'ai dans mon petit ventre de futurs rois, et même (potentiellement) le futur Machia'h est aussi dans mon ventre ». Mais c'est un midrach. Très probablement, Tamar se réjouissait réellement d'être enfin tombée enceinte. Pourquoi ? Parce que, selon les lois de ce pays, le mariage de lévirat pouvait être conclu avec le beau-père, nous en avons parlé, et j'ai déjà cité des sources à l'appui.

Qu'est-ce que c'est que cette punition – « elle sera brûlée » ? Elle n'est prévue nulle part dans la Torah, et d'ailleurs ni dans les lois cananéennes, ni dans les lois hittites, ni dans les lois syriennes nous ne rencontrons une telle chose. Bien sûr, Yéhouda est le chef du clan, le chef de la famille ; dans un certain sens, il est son propre législateur et peut établir des lois. Dans le cas d'Akhan, de nombreux siècles plus tard, nous lisons qu'on le lapida, et qu'ensuite on brûla son corps. Et cela arrivait souvent, cette coutume existe effectivement chez beaucoup de peuples. Il est tout à fait possible qu'il s'agisse ici de ce qu'elle sera lapidée, et ensuite brûlée.

הִוא מוּצֵאת וְהִיא שָׁלְחָה אֶל-חָמִיהָ לֵאמֹר לְאִישׁ אֲשֶׁר-אֵלֶּה לּוֹ אָנֹכִי הָרָה וַתֹּאמֶר הַכֶּר-נָא לְמִי הַחֹתֶמֶת וְהַפְּתִילִים וְהַמַּטֶּה הָאֵלֶּה:

hi moutsét vehí chale'há el-'hamíha lemór le'ích achér-élle lo anokhí hará vattómer hakker-ná lemí ha'hotémet vehappetilím vehammatté ha'élle

25 Et tandis qu'on la faisait sortir (pendant qu'on la conduisait à travers la ville), elle envoya dire à son beau-père, en disant : « De l'homme à qui appartiennent ces objets, je suis enceinte », Et elle lui dit : « Reconnais donc, à qui donc appartiennent ce sceau, cette petite chaînette et ce bâton ».

L'expression hakker-ná (reconnais donc) est ici très importante, c'est en partie pour elle qu'est rapporté tout ce chapitre, pour elle et pour quelques parallèles. Dans le chapitre précédent, nous avons lu comment les frères apportent à Yaakov la chemise pour lui raconter que Yossef a péri, et lui disent : « Hakker-ná ». Ici s'enclenche la synchronicité entre les événements avec Yéhouda et ce qui est arrivé à Yossef. « Hakker-ná » – reconnais donc la cause de toute cette intrigue, pourquoi cela t'arrive. Non seulement hakker-ná ces objets, mais hakker-ná, reconnais que si je ne suis pas veuve, pas divorcée, pas abandonnée, alors tu devais m'épouser ». Car le temps passe, et Yéhouda devait d'une manière ou d'une autre décider : soit marier Chéla à quelqu'un d'autre et alors laisser Tamar seule, soit bel et bien marier Chéla à Tamar. Mais il faisait toujours traîner, et Tamar lui dit : « Reconnais simplement aussi mon statut, reconnais que tout ce que tu as fait, tout ce que tu as manigancé ici en m'envoyant dans la maison de mon père, – tout cela, c'est de l'hypocrisie. Reconnais-le simplement, regarde réellement la situation en face ». Ce hakker-ná, c'est le retour à Yéhouda de ce même hakker-ná qui avait été dit à Yaakov. Et par la suite, nous verrons encore un parallèle, sur lequel nous attirerons l'attention. La Torah montrera que Yossef s'enfuit loin d'une femme en laissant son vêtement. Et Yéhouda entre chez une femme et lui laisse une partie de ses, pour ainsi dire, vêtements. Il y a de très nombreux parallèles entre l'histoire de Yéhouda et l'histoire de Yossef. Et hakker-ná indique non seulement que les événements vont se développer selon le principe « mesure pour mesure », mais aussi que la crainte de ce que les gens diront ne peut pas toujours nous empêcher de dire la vérité.

וַיַּכֵּר יְהוּדָה וַיֹּאמֶר צָדְקָה מִמֶּנִּי כִּי-עַל-כֵּן לֹא-נְתַתִּיהָ לְשֵׁלָה בְנִי וְלֹא-יָסַף עוֹד לְדַעְתָּהּ:

vayakkér yehoudá vayomer tsadeká mimménni ki-al-kén lo-netattíha lechelá vení velo-yassáf od leda'tá

26 Et Yéhouda reconnut (et à propos de Yaakov aussi il est dit – et il reconnut), et dit : « Elle est plus juste que moi, car je ne l'ai pas donnée à mon fils Chéla ». Et il n'entra plus chez elle.

C'est-à-dire : « Elle, dans cette histoire, a davantage raison que moi. J'essayais de paraître juste et je construisais les relations d'une certaine manière, pour que cela ait l'air que je n'avais pas abandonné cette Tamar, bien que je ne l'aie pas mariée et que je n'aie pas marié Chéla avec elle. Elle est plus juste que moi aussi selon les lois, même selon les lois cananéennes ». On peut comprendre cette phrase aussi autrement : « Elle a raison : elle est enceinte de moi ». Par là même, Yéhouda a reconnu qu'elle est juste devant lui, et il n'entra plus chez elle.

Pourquoi Tamar a-t-elle agi ainsi ? L'une des raisons – et si jamais Tamar ne sait pas qu'elle est réellement une femme fatale ? Mais seul Dieu sait pourquoi il a pris les fils de Yéhouda. Peut-être, pour qu'il y ait un témoignage que sa liaison avec Yéhouda n'est pas un mariage, mais comme un incident fortuit, c'est pourquoi rien ne menace Yéhouda. Tamar a tout fait avec audace, courageusement, avec une audace inhabituelle, à nos yeux, avec une audace tout simplement effrayante. Mais aussi très délicatement : jusqu'au dernier moment, sous la menace de la mort, s'attendant à ce que quelqu'un « ne démêle pas jusqu'au bout », « ne transmette pas jusqu'au bout » ses objets à Yéhouda, et qu'on la batte simplement et qu'on la brûle. Elle transmet assez délicatement, prudemment, les objets à Yéhouda et dit : « Voilà, identifie simplement, voilà, c'est de cet homme que je suis enceinte ». Tant de courage, tant de foi dans cet acte. Nous ne voyons pas, bien sûr, que Tamar ait prié quelque part ici, qu'elle ait demandé au Très-Haut, mais il y a la foi en son propre bon droit, en ce qu'il faut agir précisément ainsi. Cette foi est fondée aussi sur l'assurance qu'une certaine justice doit exister, cette foi ne vient pas du désespoir.

Le fait que Tamar soit tombée enceinte, on peut le comprendre comme le rétablissement d'enfants pour son fils Er : en tant que beau-père, il a rétabli à Er une descendance. Que deviendra Tamar ensuite ? Ensuite, nous apprendrons que le fils aîné de Chéla s'appelle Er, c'est-à-dire qu'il est tout à fait possible que Chéla aussi ait finalement épousé Tamar par la suite, mais tout cela viendra plus tard.

וַיְהִי בְּעֵת לִדְתָּהּ וְהִנֵּה תְאוֹמִים בְּבִטְנָהּ:

vayhí be'ét lidtá vehinné teomím bevitná

27 Et il advint, au moment où elle enfantait, voici – des jumeaux dans son sein.

וַיְהִי בְלִדְתָּהּ וַיִּתֶּן-יָד וַתִּקַּח הַמְיַלֶּדֶת וַתִּקְשֹׁר עַל-יָדוֹ שָׁנִי לֵאמֹר זֶה יָצָא רִאשֹׁנָה:

vayhí velidtá vayitten-yád vattikká'h ham'yallédet vattikchór al-yadó chaní lemór ze yatsá richoná

28 Et lors de son accouchement sortit d'abord une petite main, et la sage-femme y attacha un fil rouge, en disant : « Celui-ci est sorti le premier ».

Beaucoup aujourd'hui rapportent de Jérusalem un fil rouge, c'est un sujet à part. Cela n'a pas de fondements kabbalistiques, et le lien avec cet endroit et, par la suite, avec Raav est lui aussi étrange. Bon, qui le porte, qu'il le porte. Même Poutine le porte, comme nous l'avons vu, mais cela ne veut pas dire qu'il y en ait une confirmation dans la kabbale.

וַיְהִי כְּמֵשִׁיב יָדוֹ וְהִנֵּה יָצָא אָחִיו וַתֹּאמֶר מַה-פָּרַצְתָּ עָלֶיךָ פָּרֶץ וַיִּקְרָא שְׁמוֹ פָּרֶץ:

vayhí kemechív yadó vehinné yátsa a'hív vattómer ma-parátsta alékha párets vayikrá chemó párets

29 Et l'enfant retira la main en arrière, et sortit son frère, et la sage-femme dit : « Comme tu fais irruption ! » Et on lui donna le nom de Parets (celui qui fait irruption, celui qui déchire, défricheur, pionnier).

D'ailleurs, puisque je connais l'obstétrique, que j'ai non seulement un titre rabbinique, mais aussi la spécialité d'obstétricien, il m'est difficile de m'imaginer comment une main peut sortir, puis l'enfant retire la main à l'intérieur et un autre naît. Mais c'est ce qui s'est passé.

וְאַחַר יָצָא אָחִיו אֲשֶׁר עַל-יָדוֹ הַשָּׁנִי וַיִּקְרָא שְׁמוֹ זָרַח:

ve'a'hár yatsá a'hív achér al-yadó hachaní vayikrá chemó zára'h

30 Et après lui sortit le frère qui avait à la main le fil rouge (il ne lui apporta pas la primogéniture), et on lui donna le nom de Zara'h (aube, ciel rouge d'avant l'aube).

Voilà quelle histoire tragique, triste, très intéressante, aux multiples sens, est arrivée à Tamar et Yéhouda.

Une femme torride

Béréchit 39,1–22

Dans cet entretien, le récit revient à Yossef. Nous l'avons laissé au chapitre 37, quand il a été vendu en Égypte, et ici, au chapitre 39, nous lisons la suite de l'histoire.

וְיוֹסֵף הוּרַד מִצְרָיְמָה וַיִּקְנֵהוּ פּוֹטִיפַר סְרִיס פַּרְעֹה שַׂר הַטַּבָּחִים אִישׁ מִצְרִי מִיַּד הַיִּשְׁמְעֵאלִים אֲשֶׁר הוֹרִדֻהוּ שָׁמָּה:

veyosséf hourád mitsráyma vayiknéhou potifár serís par'ó sar hattabba'hím ich mitsrí miyád hayichme'elím achér horidoúhou chámma

1 Yossef fut descendu en Égypte, et Potifar l'acheta, dignitaire de Pharaon, chef du service de sécurité, un Égyptien. Il l'acheta aux Yichmaélites, qui l'y avaient descendu.

Au verset 16 du chapitre 38, nous avons noté, en parlant de Yéhouda, qu'il descendit, s'éloigna de ses frères, descendit de lui-même. Descendre, c'est s'éloigner de la communauté, du pays, du service. Yossef fut descendu de force, il ne voulait pas descendre. Si Yéhouda l'a fait de lui-même, Yossef, lui, le fait malgré lui.

Le mot sarís peut signifier eunuque, c'est-à-dire homme castré, mais selon le premier sens, c'est garde du corps, un mot composé de deux : saa (garder, porter) et reich (tête). En somme, c'est un homme de ces dignitaires qui ont accès au corps de Pharaon, qui ont accès au corps de leur chef en général. Peut-être les castrait-on, parce que souvent ils étaient témoins de certaines rencontres personnelles, intimes de leurs supérieurs. Nous ne savons pas si Potifar était castré. Très probablement, non. Un midrach tardif raconte que Potifar voulait acheter le beau Yossef pour des divertissements, mais l'ange Gavriel est venu et a castré Potifar, et Potifar ne put plus se divertir, et devint ainsi eunuque. C'est une belle histoire, et de nouveau – un ange, mais c'est un midrach tardif. Pour l'instant, nous lisons qu'il est dignitaire de Pharaon. En hébreu moderne, le mot tabá'h signifie cuisinier, mais en hébreu biblique il n'a pas ce sens. Ici, tabá'h, c'est abatteur, égorgeur, bourreau. Dans le cas présent, Potifar est sar hattabba'him, chef du service de sécurité de Pharaon.

À la fin du chapitre 37, nous avons lu que ce sont les Midyanites qui vendirent Yossef. Mais, très probablement, en voyant sur le marché un esclave pas tout à fait noir, pas tout à fait typique, Potifar demanda certaines garanties, une certaine confirmation que l'homme qu'il achète est réellement un esclave. De telles garanties pouvaient être données par les Yichmaélites qui l'avaient vendu, c'est pourquoi il est dit que les Yichmaélites participèrent à la vente. D'une façon ou d'une autre, Yossef se retrouve chez Potifar, dignitaire de Pharaon.

Quand mes enfants étaient petits, je leur lisais la Torah avant le coucher. Et voilà, quand nous lisions au chapitre 37 comment les frères vendaient Yossef en Égypte, les enfants s'endormaient déjà. Naturellement, après la lecture du chapitre, beaucoup de questions surgissent : et pourquoi ceci, et pourquoi cela. Et l'une des questions était : « Et où était Dieu dans tout ce chapitre ? Pourquoi dans toute cette histoire n'est-il pas dit que Dieu était là ? Pourquoi Dieu n'est-il pas apparu et n'a-t-il pas dit : “Ne jetez pas l'enfant dans la fosse ! Ne faites aucun mal au garçon ! » Pourquoi Dieu n'a-t-il pas protégé Yossef, où était Dieu ? Et au deuxième verset du chapitre 39, nous lisons la réponse à cette question d'enfant.

וַיְהִי יְהוָה אֶת-יוֹסֵף וַיְהִי אִישׁ מַצְלִיחַ וַיְהִי בְּבֵית אֲדֹנָיו הַמִּצְרִי:

vayhí adonáy et-yosséf vayhí ich matslía'h vayhí bevét adonáv hammitsrí

2 Et le SEIGNEUR fut avec Yossef, et il fut un homme qui réussit. Et il se retrouva dans la maison de son maître égyptien.

Dans toute cette histoire, le SEIGNEUR était avec Yossef. On peut le voir à la caravane précise dans laquelle Yossef tombe – une caravane d'aromates. Premièrement, c'est une caravane confortable, qui va commercer avec des gens riches. Deuxièmement, nous voyons que Yossef a été acheté par un homme peu ordinaire. On peut voir la main de Dieu, la présence de Dieu dans la vie de Yossef même dans un moment aussi difficile.

Le mot hébreu hatsla'ha (succès, chance) vient de la racine tsalá'h (descendre sur, atteindre précisément la cible). Yossef, lui, tombait juste, se trouvait au bon endroit au bon moment, allait au bon point par le bon itinéraire. Voilà ce que signifie ici ich matslía'h.

Pourquoi est-il important qu'il se soit retrouvé dans la maison du maître égyptien ? Parce que Yossef aurait pu avoir beaucoup moins de chance, et il se serait retrouvé dans un champ (son maître a aussi des champs, nous allons bientôt nous en convaincre), dans une plantation, sur un chantier chez le maître égyptien. Mais Yossef est tombé précisément dans la maison.

וַיַּרְא אֲדֹנָיו כִּי יְהוָה אִתּוֹ וְכֹל אֲשֶׁר-הוּא עֹשֶׂה יְהוָה מַצְלִיחַ בְּיָדוֹ:

vayár adonáv ki adonáy ittó vekhól acher-hoú ossé adonáy matslía'h beyadó

3 Et son maître vit que le SEIGNEUR était avec lui, et à tout ce qu'il fait, le SEIGNEUR donne la réussite.

L'Égyptien, un homme manifestement pas juif, non croyant, vit que le SEIGNEUR était avec Yossef. C'est-à-dire : si Yossef va chercher de l'eau bouillante, à la cuisine l'eau bouillante est aussitôt prête ; si Yossef va chercher quelque chose, plante quelque chose, alors ce « quelque chose » donne les plus grands fruits ; si Yossef achète quelque chose, ce « quelque chose » augmente de prix. Yossef avance sur la « vague verte » – où qu'il aille, partout le feu de circulation est vert pour lui. Voilà ce que pouvait voir l'Égyptien. Les midrachim disent qu'il voyait encore autre chose – comment Yossef marmonne constamment quelque chose, chuchote : il entre – il chuchote, il sort – il chuchote, et tout lui réussit. Et le maître comprit que Yossef communique avec un certain Dieu qui lui donne une telle force. Tel fut le témoignage pour Potifar. Et voici les fruits de cela :

וַיִּמְצָא יוֹסֵף חֵן בְּעֵינָיו וַיְשָׁרֶת אֹתוֹ וַיַּפְקִדֵהוּ עַל-בֵּיתוֹ וְכָל-יֶשׁ-לוֹ נָתַן בְּיָדוֹ:

vayimtsá yosséf 'hen be'enáv vaycháret otó vayafkidéhou al-vetó vekhól-yech-ló natán beyadó

4 Et Yossef lui plut, et il se mit à le servir personnellement. et il le fit intendant de tout le service domestique des esclaves, et tout ce qui est à lui, il le lui remit entre les mains.

C'est-à-dire que Yossef reçoit une promotion : de tous les esclaves de la maison, il devient le serviteur personnel de Potifar. L'étape suivante – le maître le fait intendant de tout le service domestique des esclaves, le fait économe de la maison. Et à la dernière étape – « tout ce qui est à lui, il le lui remit entre les mains », c'est-à-dire qu'il fit de Yossef l'intendant complet du domaine, l'éleva encore d'un échelon. C'est déjà une fonction à laquelle les esclaves n'accédaient presque jamais. Il existe un papyrus égyptien parvenu jusqu'à nous, qui contient une liste de 800 esclaves avec leurs fonctions, et à des fonctions aussi élevées, il n'y a pas d'esclaves. Bien qu'effectivement, les esclaves étrangers avançaient mieux en Égypte, mais il nous est difficile de comprendre pourquoi.

וַיְהִי מֵאָז הִפְקִיד אֹתוֹ בְּבֵיתוֹ וְעַל כָּל-אֲשֶׁר יֶשׁ-לוֹ וַיְבָרֶךְ יְהוָה אֶת-בֵּית הַמִּצְרִי בִּגְלַל יוֹסֵף וַיְהִי בִּרְכַּת יְהוָה בְּכָל-אֲשֶׁר יֶשׁ-לוֹ בַּבַּיִת וּבַשָּׂדֶה:

vayhí me'áz hifkíd otó bevetó ve'ál kol-achér yech-ló vayvárekh adonáy et-bet hammitsrí biglál yosséf vayhí birkát adonáy bekhól-achér yech-lo babbáyit ouvassadé

5 Et il advint, depuis qu'il l'eut établi dans sa maison et sur tout ce qu'il a, que le SEIGNEUR bénit la maison de l'Égyptien à cause de Yossef, Et la bénédiction du SEIGNEUR fut sur tout ce qu'il a, et à la maison, et aux champs.

C'est-à-dire que Yossef se mit à tout diriger, et tout se mit à prospérer, même ce que Yossef ne faisait pas lui-même, ce dont il ne s'occupait pas lui-même. Cela poussa Potifar à faire un pas que tous, loin de là, ne qualifieront pas de juste, si l'on regarde du point de vue des simples lecteurs (mais pas du point de vue de ceux qui sont entièrement et totalement du côté de Yossef).

וַיַּעֲזֹב כָּל-אֲשֶׁר-לוֹ בְּיַד-יוֹסֵף וְלֹא-יָדַע אִתּוֹ מְאוּמָה כִּי אִם-הַלֶּחֶם אֲשֶׁר-הוּא אוֹכֵל וַיְהִי יוֹסֵף יְפֵה-תֹאַר וִיפֵה מַרְאֶה:

vaya'azóv kol-acher-ló beyad-yosséf velo-yadá ittó meoúma ki im-hallé'hem acher-hoú okhél vayhí yosséf yefe-tó'ar vifé mar'é

6 Et il abandonna tout ce qu'il a entre les mains de Yossef, et il ne se pencha plus sur rien, excepté le pain qu'il mange. Et Yossef était beau de forme et beau d'aspect.

On peut et on doit déléguer ses fonctions, confier quelque chose à d'autres, mais Potifar laissa tomber tout, plus rien ne l'intéressait désormais, il reporta tout sur Yossef, excepté le pain qu'il mangeait. La phrase lé'hem acher-hoú okhél (le pain qu'il mange) peut se comprendre de trois manières. La plus littérale, la première variante : en dehors de son assiette, rien n'intéressait Potifar, il ne passait déjà plus à la maison que pour manger. La deuxième variante – sacerdotale. Chez les Égyptiens, beaucoup de choses étaient liées au sacerdoce et au pain, et en dehors des fonctions sacerdotales, qu'on ne peut pas confier à Yossef parce qu'il est étranger, rien n'intéressait Potifar. La troisième variante – l'allégorie. La Torah comme le Tanakh emploient souvent l'expression « manger du pain » à propos de l'intimité : en dehors de sa femme, Potifar remit tout à Yossef. C'est précisément cette compréhension qui s'impose à la lumière de la fin du verset, que Yossef était magnifique de forme et magnifique d'aspect. C'est exactement ce qui est dit littéralement de sa mère Ra'hel. Yossef a une hérédité merveilleuse. C'est intéressant : y a-t-il beaucoup de gens dont Dieu a dit, a témoigné qu'ils sont beaux ? Il y a l'homme qui plaît à quelqu'un, l'homme que beaucoup considèrent comme beau, mais voilà, ici il y a Yossef, un jeune garçon, dont Dieu lui-même témoigne qu'il est beau. Le mari égyptien a remis toute la gestion de sa maison à Yossef, lui a tout confié, lui-même ne paraît presque pas à la maison, et Yossef est très beau – donc, attends-toi au malheur.

וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וַתִּשָּׂא אֵשֶׁת-אֲדֹנָיו אֶת-עֵינֶיהָ אֶל-יוֹסֵף וַתֹּאמֶר שִׁכְבָה עִמִּי:

vayhí a'hár haddevarím ha'élle vattissá échet-adonáv et-enéha el-yosséf vattómer chikhvá immí

7 Et il advint après tout cela, et la femme du maître leva les yeux sur Yossef, et lui dit : « Couche avec moi ! »

Peut-être Potifar est-il castré. Peut-être est-il simplement débordé, ne veut-il pas rester longtemps à la maison, ou rentre-t-il rarement chez lui, puisqu'il est un dignitaire égyptien. Nous savons beaucoup de choses sur eux, parce que les Égyptiens, comme je l'ai déjà dit, aimaient dessiner. Il y a de très nombreuses scènes de la vie quotidienne de l'Égypte, et nous pouvons voir que les dignitaires égyptiens passaient souvent du temps dans les bains, les saunas, les bars de l'époque, et ne dédaignaient pas d'y faire venir des filles. On peut tout à fait supposer que Potifar n'est pas un grand juste et qu'il mène précisément ce genre de vie. D'une façon ou d'une autre, le mari n'est pas à la maison, le mari n'agit plus comme intendant, il ne gouverne pas la maison en tant que mari. Il a tout confié à ce garçon, et ce garçon est beau. Comment ne pas lever les yeux sur lui ? Une grande tentation pour une femme.

« Couche avec moi » – c'est une expression très grossière. Bien sûr, on peut la traduire ainsi, mais la traduction littérale est beaucoup plus grossière. Elle ne lui dit pas combien il est beau, elle ne lui dit pas : « Ah, que tu as de longs cheveux, quels yeux tu as ! » Elle est simple et laconique – en partie parce qu'elle est la maîtresse de maison, en partie parce qu'elle est peut-être en proie à certains sentiments. Il est difficile de regarder dans son cœur. Il est d'usage (à la lumière du fait que nous avons tous lu la Torah et que nous savons comment tout finira) de la considérer comme une dame lubrique, débauchée, hautaine. Mais on peut dire que la femme est acculée et tombe dans le péché d'adultère, mais son cœur n'est pas tout à fait noir, et tout ce qu'elle fait n'est pas si noir. Elle est peut-être tombée amoureuse de Yossef, et nous verrons qu'elle ne passe pas constamment d'un esclave à l'autre, nous le verrons plus loin. Je ne désire nullement la justifier, j'ai simplement envie de présenter la situation avec plus de relief.

וַיְמָאֵן וַיֹּאמֶר אֶל-אֵשֶׁת אֲדֹנָיו הֵן אֲדֹנִי לֹא-יָדַע אִתִּי מַה-בַּבָּיִת וְכֹל אֲשֶׁר-יֶשׁ-לוֹ נָתַן בְּיָדִי:

vayma'én vayomer el-échet adonáv hen adoní lo-yadá ittí ma-babbáyit vekhól achér-yech-ló natán beyadí

8 Et Yossef refusa, et il dit à la femme de son maître : « Voici, mon maître ne sait pas, ne me surveille pas, ce qui se passe dans la maison (jusqu'à cet endroit, comment sonne la réponse ? “Peut-être, peut-être que tu as des chances”). Tout ce qu'il a, il l'a donné entre mes mains.

Aux deux mots qu'elle lui a dits, Yossef donne une réponse de trente-cinq mots.

אֵינֶנּוּ גָדוֹל בַּבַּיִת הַזֶּה מִמֶּנִּי וְלֹא־חָשַׂךְ מִמֶּנִּי מְאוּמָה כִּי אִם־אוֹתָךְ בַּאֲשֶׁר אַתְּ־אִשְׁתּוֹ וְאֵיךְ אֶעֱשֶׂה הָרָעָה הַגְּדֹלָה הַזֹּאת וְחָטָאתִי לֵאלֹהִים׃

enénnou gadól babbáyit hazzé mimménni veló-'hassákh mimménni meoúma ki im-otákh ba'achér at-ichtó ve'ékh e'essé hara'á haggedolá hazzót ve'hatáti lelohím

9 Et il n'y a personne dans cette maison de plus grand que moi (jusqu'à ce moment, est-ce un refus ou un consentement ? Ce n'est pas clair), et il ne m'a rien caché, excepté toi, parce que tu es sa femme. Comment donc ferais-je ce mal et pécherais-je contre Dieu ? »

Yossef lui donne une réponse en trois parties. La première partie – patrimoniale, la deuxième partie – les valeurs familiales, la troisième partie – Dieu. Et le mot qu'il emploie ici est à double sens. Le mot elohím peut se comprendre aussi comme dieux, puisqu'il parle avec une païenne. Bien que la Torah, dans tout ce chapitre, emploie précisément le Nom de quatre lettres, ici Yossef dit elohím. Il répond, pour parler simplement : « Je suis si bon, hebreo touristo, obliko morale ». Et toi, comment as-tu seulement pu penser une chose pareille ? » Bien sûr, il ne s'adresse à elle d'aucune façon, parce qu'elle est sa patronne, mais quelle impression pouvait-il rester à la femme après cela ? – « Il vient de m'offenser, de m'humilier, de me présenter comme une telle débauchée ». D'un autre côté : « Waouh ! Alors il n'est pas seulement beau, il est en plus si fidèle, si bon, et c'est précisément lui que je dois séduire ». Ou bien Yossef ne connaît pas le cœur féminin, ou bien, comme le disent certains commentateurs, il y a en lui une certaine étincelle, il ne se conduit tout de même pas tout à fait saintement. Il en fut de même avec ses rêves. Il n'était pas toujours sensible aux gens, pas toujours attentif à ce que ressentent les gens autour de lui, ses frères. Et ici, il est exactement aussi inattentif à ce que ressent la femme. Bien sûr, il n'a pas d'issue. Depuis le moment où elle a jeté les yeux sur lui, il est dans un très grand malheur, il est « tombé dedans », il n'a nulle part où aller, il lui est difficile de trouver une issue. C'est pour lui une tentation. L'épreuve pour un homme n'est pas seulement dans la tentation de céder ou de ne pas céder au péché, mais aussi, disons, de tirer du plaisir de ce que tu plais à une femme, de recevoir un soutien, un tel compliment, que tu es beau, qu'une femme t'aime. Une épreuve très difficile pour le cœur d'un jeune homme.

Les commentateurs évaluent la situation entre eux de manières complètement différentes (encore une fois, je dis tout le temps que chacun des commentateurs parle davantage de lui-même que de Yossef, ou de Yéhouda, ou d'Avraham). Si l'on n'essaie pas d'emblée d'en faire une débauchée lubrique, alors on peut dire que la femme, bien qu'en proie à des sentiments pécheurs, ne pense pas en catégories de péché. Où donc penserait-elle en catégories chrétiennes ? Elle a des relations compliquées avec son mari, maintenant encore des relations compliquées avec un esclave qui la dédaigne si ouvertement, et il faut faire quelque chose avec cela. Quelle action Yossef peut-il attendre après cela ? Elle ne va tout de même pas dire : « Oui, j'ai vraiment tort. Je vais aller me repentir, lire un peu les psaumes ». C'est difficile à attendre d'une femme, et elle ne recule pas.

 En somme, la situation est très compliquée et ambiguë.

וַיְהִי כְּדַבְּרָהּ אֶל-יוֹסֵף יוֹם יוֹם וְלֹא-שָׁמַע אֵלֶיהָ לִשְׁכַּב אֶצְלָהּ לִהְיוֹת עִמָּהּ:

vayhí kedabberá el-yosséf yom yom veló-chamá eléha lichkáv etslá lihyót immá

10 Et il advint, elle parlait à Yossef jour après jour, mais il ne l'écoutait pas, pour s'étendre auprès d'elle.

Il est difficile de s'imaginer que jour après jour elle lui dit ces deux mots : שִׁכְבָה עִמִּי (chikhva imi – couche avec moi), et que lui, il lui répète 35 mots en réponse ou fait simplement semblant de ne pas l'entendre. Apparemment, ces conversations, ses attaques contre lui, ses avances envers lui et les réponses délicates qu'il lui faisait se poursuivaient jour après jour. Cela pouvait la rendre furieuse, pouvait la pousser à un désir encore plus grand de l'obtenir, et pour lui aussi c'était une énorme tentation – sentir un tel amour envers soi et s'en accommoder d'une manière ou d'une autre. On voit qu'elle essayait de l'approcher de différentes manières, parce qu'à la fin du verset nous lisons qu'elle demande déjà de s'étendre non pas avec elle, mais auprès d'elle : « Étendons-nous ensemble et regardons le soleil, les mains sous la tête, le coucher du soleil, les étoiles, les nuages. Reste avec moi, reste simplement avec moi, assieds-toi avec moi. Laisse “maître”, laisse “épouse”. Assieds-toi simplement avec moi – je n'ai personne à qui parler, Yossi, je suis si seule, il n'y a que toi qui me comprennes, reste avec moi ». Mais Yossef ne l'entend pas, et cela ne peut que conduire à une explosion dans leurs relations. Son crime à elle, la fermeté de Yossef sont devenus une épreuve précisément pour Yossef.

וַיְהִי כְּהַיּוֹם הַזֶּה וַיָּבֹא הַבַּיְתָה לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ וְאֵין אִישׁ מֵאַנְשֵׁי הַבַּיִת שָׁם בַּבָּיִת:

vayhí kehayom hazzé vayavó habbáyta la'asót melakhtó ve'énDans la translittération russe, le mot ve'én (« et il n'y a pas ») est écrit sans son n final ; la translittération française suit l'hébreu. ich me'anché habbáyit cham babbáyit

11 Et il advint, en un tel jour, et Yossef vint à la maison pour faire son ouvrage, et aucun des gens de la maison n'est là, à la maison.

Yossef est venu, aucun des gens de la maison n'est là, la maison est vide, sauf, naturellement, elle. Les commentateurs disent : « Pourquoi y est-il venu ? Parce qu'il voulait être avec elle, il était déjà prêt à répondre à son appel. Et le Très-Haut lui donna une telle révélation : Yaakov lui apparut et dit : “Tu seras un chef, tu es un leader né. Seras-tu le leader des filles, le berger des jeunes filles ou le pasteur dans le peuple d'Israël – choisis”. Et Yossef agit alors comme il agit. Les commentateurs disent : « De manière générale, par quoi tout cela a-t-il commencé ? Yossef, ayant reçu un titre, ayant reçu une fonction, se mit à se tresser des nattes, à s'enduire les cheveux de gel, à s'habiller élégamment, conformément à sa fonction, et le Très-Haut lui dit : “Yossef, ton père est assis dans le deuil, et toi, ici, tu te pavanes. Je vais maintenant t'envoyer une épreuve sur ta beauté”. Et voilà, quand Yossef est déjà presque en train de tomber dans cette épreuve (selon le midrach, selon la tradition), Yaakov lui apparaît.

Se peut-il que l'épreuve soit réellement venue sur Yossef parce qu'il s'était mis à se pavaner, s'était mis à se parer ? Car Yossef, en réalité, est beau, et la Torah le dit. Peut-être admirait-il sa beauté ou la mettait-il en valeur d'une manière ou d'une autre, alors que son père était réellement dans l'affliction. Les commentateurs analysent ce qui s'est passé, et peut-être est-ce bien là la cause, peut-être est-ce à cause de cela que tout est arrivé. Yossef n'est pas très sensible à ce qui se passe autour de lui. Mais il apprend, et dans le chapitre suivant nous le verrons.

וַתִּתְפְּשֵׂהוּ בְּבִגְדוֹ לֵאמֹר שִׁכְבָה עִמִּי וַיַּעֲזֹב בִּגְדוֹ בְּיָדָהּ וַיָּנָס וַיֵּצֵא הַחוּצָה:

vattitpeséhou bevigdó lemór chikhvá immí vaya'azóv bigdó beyadá vayános vayetsé ha'hoútsa

12 Et elle l'attrapa par ses vêtements, en disant : « Couche avec moi ! » Et il laissa son vêtement dans sa main, et s'enfuit, et sortit dehors en courant.

Elle est déjà venue et l'a saisi par ses vêtements, apparemment en essayant de les lui retirer. Elle ne l'a pas simplement saisi, mais elle a tiré fort, parce que la robe s'enfile par la tête, ce n'est pas une cape, on ne l'enlève pas si facilement. Une scène très désagréable. Yossef, probablement, est sorti en courant et reprenait son souffle. Et puis, pour une femme qui s'est lancée dans le dernier combat décisif, c'est aussi un spectacle humiliant.

וַיְהִי כִּרְאוֹתָהּ כִּי-עָזַב בִּגְדוֹ בְּיָדָהּ וַיָּנָס הַחוּצָה:

vayhí kir'otá ki-azáv bigdó beyadá vayános ha'hoútsa

13 Et il advint, quand elle vit qu'il avait laissé son vêtement dans sa main et s'était enfui.

וַתִּקְרָא לְאַנְשֵׁי בֵיתָהּ וַתֹּאמֶר לָהֶם לֵאמֹר רְאוּ הֵבִיא לָנוּ אִישׁ עִבְרִי לְצַחֶק בָּנוּ בָּא אֵלַי לִשְׁכַּב עִמִּי וָאֶקְרָא בְּקוֹל גָּדוֹל:

vattikrá le'anché vetá vattómer lahém lemór re'oú hévi lánou ich ivrí letsá'hek bánou ba eláy lichkáv immí va'ekrá bekól gadól

14 Et elle appela tous les habitants de la maison (tous ses gens de maison, toute la domesticité), et leur dit : « Regardez, il nous a amené cet Hébreu pour se moquer de nous, et il est venu coucher avec moi, et j'ai crié d'une voix forte.

וַיְהִי כְשָׁמְעוֹ כִּי-הֲרִימֹתִי קוֹלִי וָאֶקְרָא וַיַּעֲזֹב בִּגְדוֹ אֶצְלִי וַיָּנָס וַיֵּצֵא הַחוּצָה:

vayhí khechom'ó ki-harimóti kolí va'ekrá vaya'azóv bigdó etslí vayános vayetsé ha'hoútsa

15 Et il advint, quand il a entendu que j'ai élevé la voix et que je crie, il a jeté son vêtement près de moi et s'est enfui dehors ».

Regardez comment la femme de Potifar construit son discours. Elle dit : « Regardez, il (mon mari) a traîné ici cet Hébreu pour se moquer de nous ». De nous – Elle se place aux côtés de l'équipe de toute la domesticité, car Yossef est le chef au-dessus d'eux, un étranger hébreu : « Regardez, il a placé ici un Hébreu au-dessus de nous, pour que cet Hébreu se moque de nous ». Quelle manœuvre classique de l'antisémitisme qui n'était alors pas encore né : « Regardez, il a traîné ici un Hébreu, il a placé un Hébreu, pour qu'il se moque de nous, les habitants de souche. Non seulement de moi, mais aussi de vous, de tous les gens de la maison il s'est moqué. C'est pour nous narguer que Potifar a amené ici cet Hébreu ». Voilà un discours enflammé, adressé d'abord aux gens de la maison, pour mettre d'une manière ou d'une autre toute l'équipe de la maison de son côté.

וַתַּנַּח בִּגְדוֹ אֶצְלָהּ עַד-בּוֹא אֲדֹנָיו אֶל-בֵּיתוֹ:

vattanná'h bigdó etslá ad-bó adonáv el-betó

16 Et elle laissa son vêtement près d'elle, jusqu'à ce que son maître revienne.

Ensuite, nous lisons ce qui s'est passé quand Potifar (nous ne savons pas d'où, disons, du travail) est rentré à la maison.

וַתְּדַבֵּר אֵלָיו כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה לֵאמֹר בָּא-אֵלַי הָעֶבֶד הָעִבְרִי אֲשֶׁר-הֵבֵאתָ לָּנוּ לְצַחֶק בִּי:

vattedabbér eláv kaddevarím ha'élle lemór ba eláy ha'éved ha'ivrí achér-hevéta lánou letsá'hek bi

17 Et voici ce qu'elle lui dit : « Il est venu vers moi, l'esclave hébreu que tu as amené pour se moquer de moi.

Quand elle parlait aux esclaves, elle a dit homme hébreu, ici elle parle au maître, à son mari : « Un homme de bas statut est venu vers moi, celui que tu as amené, pour se moquer de moi ». Ici elle ne dit pas « coucher avec moi », elle ne mentionne pas le contexte sexuel, bien qu'il existe. Elle ne le mentionne que par allusion, pour que, à Dieu ne plaise, Potifar ne commence pas à se représenter dans la tête certaines images, elle parle comme une sorte de sainte-nitouche et de bigote.

וַיְהִי כַּהֲרִימִי קוֹלִי וָאֶקְרָא וַיַּעֲזֹב בִּגְדוֹ אֶצְלִי וַיָּנָס הַחוּצָה:

vayhí kaharimí kolí va'ekrá vaya'azóv bigdó etslí vayános ha'hoútsa

18 Et il advint, quand j'ai crié, il a jeté le vêtement près de moi et s'est sauvé ».

Voilà quelle histoire la femme a racontée à Potifar. Potifar se tait, et la Torah continue.

וַיְהִי כִשְׁמֹעַ אֲדֹנָיו אֶת-דִּבְרֵי אִשְׁתּוֹ אֲשֶׁר דִּבְּרָה אֵלָיו לֵאמֹר כַּדְּבָרִים הָאֵלֶּה עָשָׂהּ לִי עַבְדֶּךָ וַיִּחַר אַפּוֹ:

vayhí khichmóa adonáv et-divré ichtó achér dibberá eláv lemór kaddevarím ha'élle ássa li avdékha vayí'har appó

19 Et il advint, quand il entendit les paroles de sa femme, quand elle lui dit : « Voilà ce que m'a fait ton esclave », – et Potifar se mit en colère.

Elle a apparemment montré une bosse, un bleu, un bouton, ou a montré par des gestes ce que Yossef lui avait fait précisément. Potifar s'est mis en colère – d'ailleurs, pas du tout forcément contre Yossef, à qui il faisait confiance. Il est tout à fait possible qu'il ait bien compris cette situation et qu'il se soit mis en colère contre la situation en général, contre le fait que sa femme l'avait pris au piège, l'avait mis dans une mauvaise position : maintenant il faudra renoncer à l'esclave qui apporte à la maison la prospérité économique. Potifar avait de quoi se mettre en colère.

וַיִּקַּח אֲדֹנֵי יוֹסֵף אֹתוֹ וַיִּתְּנֵהוּ אֶל-בֵּית הַסֹּהַר מְקוֹם אֲשֶׁר-אֲסוּרֵי (אֲסִירֵי) הַמֶּלֶךְ אֲסוּרִים וַיְהִי-שָׁם בְּבֵית הַסֹּהַר:

vayikká'h adoné yosséf otó vayittenéhou el-bét hassóhar mekóm acher-assiré hammélekh asourím vayhi-chám bevét hassóhar

20 Et le maître de Yossef le prit, et le mit en prison, l'endroit où se trouvent les prisonniers du roi, et il fut là, en prison.

Le mot sóhar (prison) est lié au mot sahar (lune ou cavité en forme de lune, fosse lunaire). Nous nous souvenons que Potifar est le chef du service de sécurité du roi, c'est pourquoi l'endroit où se trouvent les prisonniers est chez lui, chez Potifar, à la maison (nous le lirons dans le chapitre suivant). C'est un bâtiment séparé dans la cour de Potifar, très probablement une fosse, au-dessus de laquelle il y a un chef à part, et c'est là qu'est placé Yossef. Quel est ici le parallèle ? De nouveau on prend à Yossef son vêtement, qu'on utilise ensuite pour l'identification, de nouveau Yossef se retrouve sans vêtement dans une fosse, en prison. Et c'est une sorte de déjà-vu tout simplement effrayant, une deuxième leçon de la part du Très-Haut, qui est avec Yossef, qui l'aide. Dans tout cela, le Très-Haut ne l'abandonne pas. Voilà quel chemin.

וַיְהִי יְהוָה אֶת-יוֹסֵף וַיֵּט אֵלָיו חָסֶד וַיִּתֵּן חִנּוֹ בְּעֵינֵי שַׂר בֵּית-הַסֹּהַר:

vayhí adonáy et-yosséf vayét eláv 'hássed vayittén 'hinnó be'ené sar bet-hassóhar

21 Et le SEIGNEUR fut avec Yossef, et lui donna grâce aux yeux du chef de la prison.

Encore une fois, si nous demandons : « Attendez, attendez ! Là, au début, le SEIGNEUR était avec Yossef, mais dans toute cette histoire avec la femme, Il a de nouveau disparu quelque part ? » Non, le SEIGNEUR était avec Yossef et lui a donné grâce aux yeux du chef de la prison.

Et ensuite – de nouveau un déjà-vu.

וַיִּתֵּן שַׂר בֵּית-הַסֹּהַר בְּיַד-יוֹסֵף אֵת כָּל-הָאֲסִירִם אֲשֶׁר בְּבֵית הַסֹּהַר וְאֵת כָּל-אֲשֶׁר עֹשִׂים שָׁם הוּא הָיָה עֹשֶׂה:

vayittén sar bet-hassóhar beyad-yosséf et kol-ha'assirím achér bevét hassóhar ve'ét kol-achér ossím cham hou hayá ossé

22 Et le chef de la prison remit entre les mains de Yossef tous les prisonniers qui sont dans la prison, et tout ce qu'on y fait, c'est lui qui le faisait.

Littéralement comme Potifar, ainsi agit le chef de la prison avec Yossef.

אֵין שַׂר בֵּית-הַסֹּהַר רֹאֶה אֶת-כָּל-מְאוּמָה בְּיָדוֹ בַּאֲשֶׁר יְהוָה אִתּוֹ וַאֲשֶׁר-הוּא עֹשֶׂה יְהוָה מַצְלִיחַ:

en sar bet-hassóhar ro'é et-kol-me'oúma beyadó ba'achér adonáy ittó va'acher-hoú ossé adonáy matslía'h

23 Et le chef de la prison ne surveille absolument rien, parce que le SEIGNEUR est avec lui, et à tout ce qu'il fait, le SEIGNEUR donne la réussite

Le SEIGNEUR fait en sorte que tout ce que Yossef fait se produise au bon moment, au bon endroit.

Voilà ce qu'est le chapitre 39, qui commence par le fait que Yossef, tiré de la fosse, arrive en Égypte, et se termine par le fait que Yossef se retrouve de nouveau dans une fosse. Mais le SEIGNEUR est avec lui, et il y a la réussite. Et il y a encore une leçon étonnante que Yossef doit apprendre. Tous les personnages sont très vivants. La méchante, la femme de Potifar, commet un crime ; Yossef reçoit un châtiment, et le dénouement est encore à venir. Nous retrouverons aussi, entre autres, la femme de Potifar, aussi étrange que cela puisse paraître, et nous verrons comment tout se termine.

Nous avons laissé Yossef au moment où il avait été jeté en prison, avait trouvé grâce (le SEIGNEUR lui donna grâce) aux yeux du chef de la prison, et le chef de la prison lui confia tout simplement tout ce qu'on peut confier, il laissa toutes les affaires de la prison à Yossef.

וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה חָטְאוּ מַשְׁקֵה מֶלֶךְ-מִצְרַיִם וְהָאֹפֶה לַאֲדֹנֵיהֶם לְמֶלֶךְ מִצְרָיִם:

vayhí a'hár haddevarím ha'élle 'hate'oú machké melekh-mitsráyim veha'ofé la'adonehém lemélekh mitsráyim

1 Et il advint après ces événements, l'échanson du roi d'Égypte et le boulanger péchèrent envers leur maître, le roi d'Égypte.

Les commentateurs donnent deux variantes de la manière dont ils ont péché. Selon la première, on dit : « Eh bien, apparemment, des problèmes professionnels : dans le vin s'est trouvée une mouche, dans le pain s'est trouvé un petit caillou, c'est-à-dire des problèmes de contrôle de la qualité des produits ». D'autres commentateurs disent : « Puisque dans le chapitre précédent Yossef parlait du péché de cohabiter avec la femme du maître, ici aussi il faut parler du fait que ces deux camarades voulaient accomplir certains actes avec la femme du maître, en l'occurrence, avec la femme du roi d'Égypte ». Mais c'est difficile : premièrement, parce que de telles choses ne se pardonnent pas, deuxièmement, parce que de telles choses sont punies de mort, et troisièmement, à cause de ce que nous lirons plus loin :

וַיִּקְצֹף פַּרְעֹה עַל שְׁנֵי סָרִיסָיו עַל שַׂר הַמַּשְׁקִים וְעַל שַׂר הָאוֹפִים:

vayiktsóf par'ó al chené sarissáv al sar hammachkím ve'ál sar ha'ofím

2 Et Pharaon se mit en colère contre ses deux dignitaires : contre le chef (ministre) des échansons et contre le chef des boulangers.

Le mot kétsef (écume), de la même racine que dans le mot qui est employé ici, vayiktsóf – et il écuma, se mit en colère jusqu'à l'écume à la bouche Pharaon. Nous ne savons pas ce qui est arrivé à l'échanson et au boulanger, on peut supposer qu'on les a même carrément exécutés, et qu'en plus d'eux Pharaon s'est mis en colère aussi contre leurs supérieurs, contre ceux qui répondent d'eux – contre le chef des échansons et contre le chef des boulangers. Bien qu'ensuite ils soient de nouveau appelés échanson et boulanger, on peut le comprendre ainsi (et une telle compréhension est tout à fait réaliste), que Pharaon punit les supérieurs. Bon, ce sont, à vrai dire, des détails.

וַיִּתֵּן אֹתָם בְּמִשְׁמַר בֵּית שַׂר הַטַבָּחִים אֶל-בֵּית הַסֹּהַר מְקוֹם אֲשֶׁר יוֹסֵף אָסוּר שָׁם:

vayittén otám bemichmár bet sar hattabba'hím el-bét hassóhar mekóm achér yosséf asoúr cham

3 Et il les mit sous garde dans la maison du chef du service de sécurité, en prison – le lieu où Yossef est détenu.

Vous vous souvenez comment s'appelle le chef du service de sécurité ? Il s'appelle Potifar. Pharaon les a placés, on peut le dire ainsi en langage moderne, dans une KPZ (cellule de détention provisoire) ou dans un centre de détention provisoire (SIZO), jusqu'à l'examen de l'affaire. Et ce SIZO, cette cellule, se trouvent dans la maison du chef du service de sécurité. Ces deux dignitaires sont placés sous garde, c'est-à-dire qu'ils ont un statut un peu différent : eux – ce sont des personnes arrêtées, et Yossef – un détenu. Il y a une grande, sérieuse différence de statut.

וַיִּפְקֹד שַׂר הַטַּבָּחִים אֶת-יוֹסֵף אִתָּם וַיְשָׁרֶת אֹתָם וַיִּהְיוּ יָמִים בְּמִשְׁמָר:

vayifkód sar hattabba'hím et-yosséf ittám vaycháret otám vayihyoú yamím bemichmár

4 Et le chef du service de sécurité désigna Yossef pour les servir, et ils restèrent là bon nombre de jours.

Puisque ce sont des détenus de statut, des détenus pas n'importe lesquels, mais des proches du roi, alors en prison aussi il leur revient un statut de confort accru, ils ont des cellules « VIP », et Yossef est chargé de veiller sur eux. Sar hattabba'hím (chef du service de sécurité), qui est mentionné ici, c'est Potifar. Il fait tout de même confiance à Yossef et lui donne certains travaux sérieux.

וַיַּחַלְמוּ חֲלוֹם שְׁנֵיהֶם אִישׁ חֲלֹמוֹ בְּלַיְלָה אֶחָד אִישׁ כְּפִתְרוֹן חֲלֹמוֹ הַמַּשְׁקֶה וְהָאֹפֶה אֲשֶׁר לְמֶלֶךְ מִצְרַיִם אֲשֶׁר אֲסוּרִים בְּבֵית הַסֹּהַר:

vaya'halmoú 'halóm chenehém ich 'halomó beláyla e'hád ich kefitrón 'halomó hammachké veha'ofé achér lemélekh mitsráyim achér asourím bevét hassóhar

5 Et ils virent tous les deux un rêve, chacun son rêve, en une seule et même nuit, avec sa propre signification : l'échanson et le boulanger, qui sont au roi d'Égypte, qui sont détenus en prison.

Chacun d'eux vit un rêve. Ce n'est pas un seul rêve qu'ils virent, c'est ainsi la langue de la Torah. Et à chacun il était clair qu'il lui fallait une interprétation, chaque rêve était prophétique, mais incompréhensible. Ils en avaient conscience, et cela, bien sûr, les plongeait dans le trouble.

Pourquoi ajoute-t-on « qui sont détenus en prison » ? Des gens sont détenus en prison, dans une cellule de détention provisoire, dans un SIZO, et là il y a constamment une sorte d'« agitation », il y a une sorte d'action – tous pensent à ce qui va leur arriver ensuite. Imaginez : Pharaon les a mis en prison pour la suite de l'examen de l'affaire, et voilà qu'ils voient un rêve prophétique. Il leur parvient, on peut le dire, un verdict, mais écrit en chinois, et cela, bien sûr, fait peur, et on ne sait pas ce qui va arriver, et cela n'ajoute pas de joie, mais ajoute bien des inquiétudes.

וַיָּבֹא אֲלֵיהֶם יוֹסֵף בַּבֹּקֶר וַיַּרְא אֹתָם וְהִנָּם זֹעֲפִים:

vayavó alehém yosséf babbóker vayár otám vehinnám zo'afím

6 Et Yossef vint vers eux le matin, et il les vit, et voici, ils sont moroses.

On pourrait croire : des gens sont assis en prison, et pourquoi donc s'amuseraient-ils, pourquoi donc se réjouiraient-ils ? Mais Yossef prête attention (et ici il est important pour nous de le noter), Yossef prête pour la première fois attention à certains sentiments des gens. En tout cas, nous remarquons pour la première fois que Yossef fait preuve d'attention à ce qui se passe avec les gens autour de lui. Il est tout à fait possible que (nous avons dit que Dieu était avec Yossef et que Yossef trouvait grâce) il en ait bien été ainsi, et que lui aussi prenait soin des gens et s'inquiétait de l'état des gens. Mais ici la Torah nous en parle pour la première fois. La délivrance de Yossef, son chemin vers le haut commencent par le fait qu'il s'intéresse à savoir pourquoi autour de lui il y a des gens moroses, pourquoi ces deux dignitaires sont moroses.

וַיִּשְׁאַל אֶת-סְרִיסֵי פַרְעֹה אֲשֶׁר אִתּוֹ בְמִשְׁמַר בֵּית אֲדֹנָיו לֵאמֹר מַדּוּעַ פְּנֵיכֶם רָעִים הַיּוֹם:

vayich'ál et-serissé far'ó achér ittó vemichmár bet adonáv lemór maddoúa penekhém ra'ím hayom

7 Et il interrogea les dignitaires de Pharaon qui sont avec lui en détention dans la maison de son maître, en disant : « Pourquoi avez-vous de tels visages aujourd'hui ? »

La Torah répète, souligne qu'il interrogea les gens qui sont détenus avec lui dans la maison de son maître sur leur état, c'est-à-dire que Yossef ne met pas leur morosité sur le compte des circonstances : il a vu des gens moroses, bon, c'est pourtant clair pourquoi ils sont moroses. Quand on montre dans divers films documentaires la prison et les détenus, il y a là peu de visages joyeux, les visages des détenus, en règle générale, sont moroses. Mais Yossef, même chez ces gens, sans le mettre sur le compte de leur situation de détenus, demanda quelle en était la raison, pourquoi aujourd'hui ils sont si peu gais.

וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו חֲלוֹם חָלַמְנוּ וּפֹתֵר אֵין אֹתוֹ וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יוֹסֵף הֲלוֹא לֵאלֹהִים פִּתְרֹנִים סַפְּרוּ-נָא לִי:

vayomeroú eláv 'halóm 'halámnou oufotér en otó vayomer alehém yosséf haló lelohím pitroním sapperoú-ná li

8 Et ils lui dirent : « Nous avons vu un rêve, et d'interprète, il n'y en a pas avec lui ». Et Yossef leur dit : « à Dieu les interprétations. Racontez-moi ! »

Yossef leur dit : « Comment ça, il n'y a pas d'interprète, alors qu'il y a toujours un interprète – Dieu ? » Yossef s'installe pour écouter ce que ses compagnons de cellule ont donc sur le cœur.

וַיְסַפֵּר שַׂר-הַמַּשְׁקִים אֶת-חֲלֹמוֹ לְיוֹסֵף וַיֹּאמֶר לוֹ בַּחֲלוֹמִי וְהִנֵּה-גֶפֶן לְפָנָי:

vaysappér sar-hammachkím et-'halomó leyosséf vayomer lo ba'halomí vehinne-géfen lefanáy

9 Et le chef des échansons raconta son rêve à Yossef, et lui dit : « voici, je vois en rêve : une vigne devant moi.

וּבַגֶּפֶן שְׁלֹשָׁה שָׂרִיגִם וְהִיא כְפֹרַחַת עָלְתָה נִצָּהּ הִבְשִׁילוּ אַשְׁכְּלֹתֶיהָ עֲנָבִים:

ouvaggéfen chelochá sarigím vehiLa translittération de l'original n'écrit que « ve » devant kheforá'hat ; d'après l'hébreu (vehi, « et elle »), le mot complet a été rétabli. kheforá'hat aletá nittsá hivchílou achkelotéha anavím

10 Trois pousses à la vigne, et je vois qu'elle est sur le point de s'ouvrir, et voici qu'elle a fleuri, et sur elle ont mûri des grappes de raisin.

וְכוֹס פַּרְעֹה בְּיָדִי וָאֶקַּח אֶת-הָעֲנָבִים וָאֶשְׂחַט אֹתָם אֶל-כּוֹס פַּרְעֹה וָאֶתֵּן אֶת-הַכּוֹס עַל-כַּף פַּרְעֹה:

vekhós par'ó beyadí va'ekká'h et-ha'anavím va'es'hát otám el-kós par'ó va'ettén et-hakkós al-káf par'ó

11 Et la coupe de Pharaon est dans ma main, et je presse le raisin dans la coupe de Pharaon, et je donne la coupe à Pharaon ».

Voilà un rêve étonnant.

וַיֹּאמֶר לוֹ יוֹסֵף זֶה פִּתְרֹנוֹ שְׁלֹשֶׁת הַשָּׂרִגִים שְׁלֹשֶׁת יָמִים הֵם:

vayomer lo yosséf ze pitronó chelóchet hassarigím chelóchet yamím hem

12 Et Yossef lui dit : « Voici pour toi l'interprétation : trois vignes – ce sont trois jours.

בְּעוֹד שְׁלֹשֶׁת יָמִים יִשָּׂא פַרְעֹה אֶת-רֹאשֶׁךָ וַהֲשִׁיבְךָ עַל-כַּנֶּךָ וְנָתַתָּ כוֹס-פַּרְעֹה בְּיָדוֹ כַּמִּשְׁפָּט הָרִאשׁוֹן אֲשֶׁר הָיִיתָ מַשְׁקֵהוּ:

beód chelóchet yamím yissá far'ó et-rochékha vahachivekhá al-kannékha venatattá khos-par'ó beyadó kammichpát harichón achér hayíta machkéhou

13 Dans trois jours, Pharaon relèvera ta tête et te remettra à ta place. Et tu lui donneras la coupe, la coupe de Pharaon, dans ses mains, comme en ces jours où tu lui donnais à boire.

C'est une interprétation très bienveillante que Yossef a donnée au ministre des échansons, il l'a sûrement rassuré. Yossef ajoute quelque chose à cette interprétation et dit :

כִּי אִם-זְכַרְתַּנִי אִתְּךָ כַּאֲשֶׁר יִיטַב לָךְ וְעָשִׂיתָ-נָּא עִמָּדִי חָסֶד וְהִזְכַּרְתַּנִי אֶל-פַּרְעֹה וְהוֹצֵאתַנִי מִן-הַבַּיִת הַזֶּה:

ki im-zekhartáni ittekhá ka'achér yítav lakh ve'assita-ná immadí 'hássed vehizkartáni el-par'ó vehotsetáni min-habbáyit hazzé

14 Mais souviens-toi de moi, quand il te sera bon, et fais preuve de grâce envers moi, et rappelle-moi devant Pharaon, et tire-moi de cette maison.

Les commentateurs considèrent différemment cet acte de Yossef. Rachi dit : « Puisqu'il a demandé, c'est précisément à cause de cela qu'il est encore resté deux ans en prison, parce qu'il a mis son espoir en un homme, et non en Dieu ». D'autres commentateurs disent : « Mais enfin, comment est-ce possible, est-il vraiment interdit de demander de l'aide, si une telle occasion s'est présentée ? » Donc, si un homme se trouve dans une maison en feu et qu'il voit un extincteur, il ne faut pas s'en servir, mais il faut dire : « Que Dieu éteigne cet incendie ?! » Et la discussion à ce sujet, bien sûr, a cours parmi les commentateurs. Il faut et on peut s'efforcer de chercher la délivrance par des gens, par des gens proches des autorités, et c'est ainsi que les Juifs ont toujours agi. Mais ici, ce même Yossef, avec qui Dieu est constamment, dont le Très-Haut prend soin tout le temps et qui vient juste de dire : « À Dieu l'interprétation des rêves », aurait pu dire : « Rappelle-moi devant Pharaon, peut-être que Dieu me fera sortir d'ici ». Ou : « Peut-être que le SEIGNEUR me donnera grâce aux yeux de Pharaon et me fera sortir d'ici ». Mais Yossef a dit : « Peut-être que toi, l'échanson, tu me tireras d'ici ». Il est possible que ce soit justement devenu la raison pour laquelle Yossef s'est attardé deux ans en prison. Bien que, je pense, le dessein de Dieu aussi était que Yossef reste encore en prison : si Pharaon l'avait relâché maintenant, avant ces rêves que Pharaon a faits, Yossef aurait commencé son business, se serait lancé, aurait ouvert une chaîne de restaurants casher et se serait occupé de ses affaires, et ce qui est arrivé ne serait pas arrivé.

Yossef continue et dit pour quelle raison il faut le tirer de cette fosse.

כִּי-גֻנֹּב גֻּנַּבְתִּי מֵאֶרֶץ הָעִבְרִים וְגַם-פֹּה לֹא-עָשִׂיתִי מְאוּמָה כִּי-שָׂמוּ אֹתִי בַּבּוֹר:

ki-gounnóv gounnávti me'érets ha'ivrím vegam-pó lo-assíti me'oúma ki-samoú otí babbór

15 Car j'ai été dérobé par un vol du pays des Hébreux, ici non plus je n'ai rien fait pour qu'on me mette dans la fosse ».

C'est-à-dire : « Même en esclavage, j'y suis tombé illégalement, je ne suis pas un esclave, je suis un volé, et on n'a pas le droit de me garder comme esclave ». Yossef explique habilement, expose habilement un pourvoi en cassation, mais ce n'est pas une prière, c'est un appel adressé à un homme. Peut-être ce retard de deux ans est-il venu justement parce que Yossef n'a pas mentionné Dieu ici et, peut-être, dans son cœur n'espérait pas non plus dans le Très-Haut. En tout cas, voilà comment on peut le comprendre. Tout est entre les mains du Très-Haut, et que Dieu nous garde de condamner qui que ce soit, tout au plus de discuter. Il est possible que Yossef, ici, ne se souvienne pas suffisamment du Très-Haut, et pour cela il reçoit encore deux années de punition.

וַיַּרְא שַׂר-הָאֹפִים כִּי טוֹב פָּתָר וַיֹּאמֶר אֶל-יוֹסֵף אַף-אֲנִי בַּחֲלוֹמִי וְהִנֵּה שְׁלֹשָׁה סַלֵּי חֹרִי עַל-רֹאשִׁי:

vayár sar-ha'ofím ki tov patár vayomer el-yosséf af-aní ba'halomí vehinné chelochá salé 'horí al-rochí

16 Et le chef des panetiers vit que Yossef avait bien interprété le songe, et dit à Yossef : « Moi aussi, j'ai vu dans mon songe : et voici, j'ai trois corbeilles sur la tête.

Outre le mot salé (corbeilles), il y a ici le mot 'horí, et on peut le traduire par tressées ou trouées. Mais, à vrai dire, aucun des commentateurs, aucun de ceux qui sont spécialistes de l'hébreu, ne peut dire exactement ce que signifie ici le mot 'horí. Peut-être s'agit-il de corbeilles avec des ouvertures, du mot 'hor (trou, ouverture). Peut-être de corbeilles de pain blanc, des corbeilles qu'on utilise pour les pâtisseries de farine blanche chère. Donc, trois corbeilles sur la tête du boulanger dans le songe.

וּבַסַּל הָעֶלְיוֹן מִכֹּל מַאֲכַל פַּרְעֹה מַעֲשֵׂה אֹפֶה וְהָעוֹף אֹכֵל אֹתָם מִן-הַסַּל מֵעַל רֹאשִׁי:

ouvassál ha'elyon mikkól ma'akhál par'ó ma'assé ofé veha'óf okhél otám min-hassál me'ál rochí

17 Et dans la corbeille la plus haute – la nourriture de Pharaon, des pâtisseries, la production des boulangers, et l'oiseau mange ces pâtisseries dans la corbeille sur ma tête ».

וַיַּעַן יוֹסֵף וַיֹּאמֶר זֶה פִּתְרֹנוֹ שְׁלֹשֶׁת הַסַּלִּים שְׁלֹשֶׁת יָמִים הֵם:

vayá'an yosséf vayomer ze pitronó chelóchet hassallím chelóchet yamím hem

18 Et Yossef répondit, et dit : « Voici pour toi l'interprétation : les trois corbeilles – ce sont trois jours (c'est très semblable à ce que Yossef a dit à l'échanson).

בְּעוֹד שְׁלֹשֶׁת יָמִים יִשָּׂא פַרְעֹה אֶת-רֹאשְׁךָ מֵעָלֶיךָ וְתָלָה אוֹתְךָ עַל-עֵץ וְאָכַל הָעוֹף אֶת-בְּשָׂרְךָ מֵעָלֶיךָ

be'ód chelóchet yamím yissá far'ó et-rochekhá me'alékha vetalá otekhá al-éts ve'akhál ha'óf et-bessarekhá me'alékha

19 Dans trois jours, Pharaon lèvera ta tête de dessus toi et te pendra à un arbre, et l'oiseau mangera ta chair de dessus toi ».

Jusqu'à cet endroit (voilà quelqu'un qui sait maintenir l'intrigue dans un récit – un remarquable maître de la rhétorique, Yossef), jusqu'à ces mots-là, tout sonne exactement de la même façon que dans le cas de l'échanson. Mais au lieu de dire « élèvera la tête » – « t'ôtera ta tête ». Voilà quelle interprétation. Une question se pose : de quelle manière Yossef interprète-t-il donc ces songes ? Dans le premier songe, l'échanson agit, il est actif, il accomplit une action déterminée : il presse la vigne, il présente la coupe à Pharaon. Le boulanger a des corbeilles sur la tête, il n'est pas à son aise, il est très difficile de les enlever, il faut de l'aide pour les enlever. Les oiseaux mangent ce pain, et peut-être le boulanger lui-même ne l'aurait-il même pas vu s'il ne dormait pas, de même qu'un homme ne voit pas ce qui se passe sur sa tête. Le boulanger est absolument passif dans son songe, à la différence de l'échanson. Dans le cas de l'échanson, le vin parvient finalement à Pharaon, c'est-à-dire que ce qui est destiné à Pharaon, cela parvient bien à Pharaon. Dans le cas du panetier, cela n'arrive pas, son pain est mangé par les oiseaux. C'est pourquoi on peut dire que le vin dans le songe de l'échanson signifie bien du vin et que ce songe est littéral, réaliste. Le songe du boulanger est symbolique, et le pain dans son songe symbolise sa propre chair, que les oiseaux mangeront ensuite.

Ainsi, le Très-Haut a envoyé aux deux dignitaires en prison un songe double. Et Pharaon verra ensuite un songe qui ressemble à deux songes. Et avant cela, Yossef aussi avait vu deux songes qui portent sur une seule chose. Yossef devient un spécialiste pointu du déchiffrement des songes en paire. Voilà quelles pensées il y a au sujet des songes de ces gens.

וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי יוֹם הֻלֶּדֶת אֶת-פַּרְעֹה וַיַּעַשׂ מִשְׁתֶּה לְכָל-עֲבָדָיו וַיִּשָּׂא אֶת-רֹאשׁ שַׂר הַמַּשְׁקִים וְאֶת-רֹאשׁ שַׂר הָאֹפִים בְּתוֹךְ עֲבָדָיו:

vayhí bayom hachelichí yom houllédet et-par'ó vayá'as michté lekhól-avadáv vayissá et-roch sar hammachkím ve'et-róch sar ha'ofím betókh avadáv

20 Et il advint, le troisième jour, jour d'anniversaire de Pharaon. et il fit un festin pour tous ses serviteurs, et il leva, éleva la tête des échansons et la tête des boulangers aussi.

וַיָּשֶׁב אֶת-שַׂר הַמַּשְׁקִים עַל-מַשְׁקֵהוּ וַיִּתֵּן הַכּוֹס עַל-כַּף פַּרְעֹה:

vayáchev et-sár hammachkím al-machkéhou vayittén hakkós al-káf par'ó

21 Et il ramena le chef des échansons à son vin, et il donna la coupe à Pharaon.

וְאֵת שַׂר הָאֹפִים תָּלָה כַּאֲשֶׁר פָּתַר לָהֶם יוֹסֵף

ve'ét sar ha'ofím talá ka'achér patár lahém yosséf

22 Et le chef des boulangers, il le pendit, comme Yossef l'avait aussi interprété.

Une telle question se pose : et pourquoi y a-t-il eu le songe du boulanger ? On comprend que l'échanson se souviendra ensuite que c'est Yossef qui a interprété le songe, alors que le panetier disparaîtra. Justement parce que le songe doit être double, justement parce qu'il doit y avoir un tel double témoignage, pour que l'échanson se souvienne ensuite de lui au bon moment, c'est justement pour cela que le songe est envoyé au panetier. Et on ne peut pas dire que le Très-Haut fait mourir le panetier pour sauver Yossef. Non, le panetier devait mourir de toute façon, mais il a reçu une prophétie sur sa mort.

 Donc, tout s'est accompli comme Yossef l'avait interprété. Et, semble-t-il, voilà que maintenant l'échanson va se souvenir de lui. C'est l'anniversaire de Pharaon, Pharaon est de bonne humeur. Il est tout à fait possible qu'après avoir goûté le vin qu'on lui servait, il ait dit : « Les échansons d'aujourd'hui ne sont plus ce qu'ils étaient, voilà qu'on me propose ici du vin blanc avec la dinde. Il faudrait réfléchir à la façon de faire revenir l'ancien échanson ». Pharaon s'est mis de bonne humeur, et c'était le meilleur moment pour intercéder en faveur de Yossef, mais le chef des échansons n'intercéda pas pour lui.

וְלֹא-זָכַר שַׂר-הַמַּשְׁקִים אֶת-יוֹסֵף וַיִּשְׁכָּחֵהוּ:

veló-zakhár sar-hammachkím et-yosséf vayichka'héhou

23 Et le chef des échansons ne se souvint pas de Yossef, et il l'oublia.

Il ne se souvint pas de lui ce jour-là non plus, et l'oublia par la suite ; il l'oublia par la suite pendant deux années entières, et ne se souviendra de lui que dans la section hebdomadaire suivante.

Il y a de nombreuses années, il m'est arrivé de donner des cours sur la section hebdomadaire à l'hôpital psychiatrique « Kfar Cha'oul », qui se trouve dans la merveilleuse ville de Jérusalem. Les patients d'un hôpital psychiatrique sont un très bon public, vivant. Ils posent des questions non standard, réagissent de façon non standard et exigent une approche créative. Communiquer avec eux est très intéressant, et étudier la Torah avec eux est aussi très intéressant.

Un jour, justement le jour de l'étude de la section hebdomadaire Vayéchev, je suis venu à l'hôpital pour donner un cours, et dans le couloir un médecin m'a attrapé et m'a dit : « Alex, je t'en prie. Nous avons ici Yossi. Bon, tu le connais. Ce sont justement ses frères qui l'ont placé ici pour qu'il soit soigné. L'histoire de la vente de Yossef, il la vit très douloureusement. Il souffre déjà assez comme ça. Il vaut mieux, s'il te plaît, ne pas soulever cette histoire ». Moi (et c'est justement de cette histoire que je m'étais préparé à parler), j'ai dû improviser, et j'ai décidé de raconter comment Yossef est arrivé en Égypte, et comment tous autour voyaient que Dieu était avec lui, et comment tous lui confiaient tout ce qu'on peut confier, et comment Yossef prospérait en Égypte. Mais j'ai sous-estimé Yossi. Yossi a écouté ce discours que je faisais (d'une quinzaine de minutes) et a dit : « Et comment se fait-il que, justement dans l'histoire avec la femme de Potifar, quand Yossef, comme vous dites, a surmonté son yétser, quand il a tenu bon dans une très dure épreuve (c'est réellement une dure épreuve pour un jeune homme que de supporter les avances d'une femme dont il dépend), comment se fait-il que le Très-Haut n'ait pas pris sa défense ? Pourquoi justement à ce moment, quand le Très-Haut, semble-t-il, était le plus nécessaire à Yossef, Potifar n'a-t-il pas vu que le SEIGNEUR était avec lui ? Pourquoi Potifar n'aurait-il pas pu (à cette époque non, bien sûr, mais quelque chose de ce genre) consulter les caméras vidéo, interroger les serviteurs, mener ne serait-ce qu'une quelconque enquête, interroger Yossef d'une manière ou d'une autre, croire Yossef ? Pourquoi le Très-Haut n'a-t-il pas donné grâce à Yossef aux yeux de Potifar ? Pourquoi n'a-t-il pas envoyé un ange dans son songe ? Pourquoi le Très-Haut n'a-t-il pris en rien la défense de Yossef ? Voilà la question des questions. D'accord, Potifar voyait que Dieu était avec lui. Ensuite, le chef de la prison voyait que Dieu était avec lui. Tous voyaient comme il prospérait. Pourquoi justement à ce moment Dieu ne s'est-il pas trouvé à ses côtés ? »

Nous avons relu ensemble le chapitre et cherché la réponse à cette question. Je vous propose de relire avec moi et avec le Yossi du passé ce 39e chapitre du livre de Béréchit et d'essayer de donner différentes réponses à ses questions.

וְיוֹסֵף הוּרַד מִצְרָיְמָה וַיִּקְנֵהוּ פּוֹטִיפַר סְרִיס פַּרְעֹה שַׂר הַטַּבָּחִים אִישׁ מִצְרִי מִיַּד הַיִּשְׁמְעֵאלִים אֲשֶׁר הוֹרִדֻהוּ שָׁמָּה׃

VEYOSSÉF HOURÁD MITSRÁYMA VAYIKNÉHOU POTIFÁR SERÍS PAR'Ó SAR HATTABBA'HÍM ICH MITSRÍ MIYÁD HAYICHME'ELÍM ACHÉR HORIDOÚHOU CHÁMMA

1 Et Yossef fut descendu en Égypte, et Potifar l'acheta, eunuque (garde) de Pharaon, chef du service punitif, homme égyptien, des mains des Yichmaélites, qui l'y avaient descendu.

Le mot סְרִיס sarís est habituellement traduit par eunuque. Et alors, en russe, surgit une telle association, qu'il est forcément castré. Si l'on décompose le mot sarís : sa-rís – c'est garde du corps ou gardien de la tête, celui qui porte la tête. Celui qui a accès au corps de Pharaon, celui qui a le droit d'être en présence de Pharaon à une longueur de bras. Donc, le saris de Pharaon Potifar, sar hattabba'hím – chef du service punitif, peut-être. Le mot tabá'h peut signifier bourreau, mais peut signifier simplement cuisinier, selon ce que le tabá'h coupe. Bon, traduisons chef du service de sécurité.

Donc, Yossef s'est retrouvé en Égypte. Potifar, chef du service de sécurité de Pharaon, le leur a acheté.

וַיְהִי יְהוָה אֶת-יוֹסֵף וַיְהִי אִישׁ מַצְלִיחַ וַיְהִי בְּבֵית אֲדֹנָיו הַמִּצְרִי׃

VAYHÍ ADONÁY ET-YOSSÉF VAYHÍDans la translittération russe, le quatrième mot porte une lettre en trop, accentuée ; la translittération française suit l'hébreu (vayhí). ICH MATSLÍA'H VAYHÍ BEVÉT ADONÁV HAMMITSRÍ

2 Et le SEIGNEUR fut avec Yossef, et il fut prospère en tout, et il fut dans la maison de son maître égyptien.

À tout ce que Yossef touche, en tout il réussit, tout aboutit chez lui, tout va bien pour lui. On voit que le SEIGNEUR est avec Yossef.

וַיַּרְא אֲדֹנָיו כִּי יְהוָה אִתּוֹ וְכֹל אֲשֶׁר-הוּא עֹשֶׂה יְהוָה מַצְלִיחַ בְּיָדוֹ׃

VAYÁR ADONÁV KI ADONÁY ITTÓ VEKHÓL ACHER-HOÚ OSSÉ ADONÁY MATSLÍA'H BEYADÓ

3 et son maître vit que le SEIGNEUR était avec lui, et tout ce qu'il fait, le SEIGNEUR y met le succès.

וַיִּמְצָא יוֹסֵף חֵן בְּעֵינָיו וַיְשָׁרֶת אֹתוֹ וַיַּפְקִדֵהוּ עַל-בֵּיתוֹ וְכָל-יֶשׁ-לוֹ נָתַן בְּיָדוֹ׃

VAYIMTSÁ YOSSÉF 'HEN BE'ENÁV VAYCHÁRET OTÓ VAYAFKIDÉHOU AL-VETÓ VEKHOL-YECH-LÓ NATÁN BEYADÓ

4 Et Yossef trouva grâce à ses yeux, et il fit de lui son aide de camp personnel, et d'abord il le préposa sur sa maison, puis il lui remit entre les mains tout ce qu'il avait.

Yossef fait carrière. Il trouve grâce aux yeux de son maître. D'abord, le maître fait de lui son serviteur personnel. C'est une relation très proche. Ensuite, il le nomme intendant de la maison. Et en fin de compte, il fait de lui l'administrateur complet de tout ce qu'il a.


וַיְהִי מֵאָז הִפְקִיד אֹתוֹ בְּבֵיתוֹ וְעַל כָּל-אֲשֶׁר יֶשׁ-לוֹ וַיְבָרֶךְ יְהוָה אֶת-בֵּית הַמִּצְרִי בִּגְלַל יוֹסֵף וַיְהִי בִּרְכַּת יְהוָה בְּכָל-אֲשֶׁר יֶשׁ-לוֹ בַּבַּיִת וּבַשָּׂדֶה׃

VAYHÍ ME'ÁZ HIFKÍD OTÓ BEVETÓ VE'ÁL KOL-ACHÉR YECH-LÓ VAYVÁREKH ADONÁY ET-BÉT HAMMITSRÍ BIGLÁL YOSSÉF VAYHÍ BIRKÁT ADONÁY BEKHOL-ACHÉR YECH-LÓ BABBÁYIT OUVASSADÉ

5 et il advint, depuis qu'il l'eut préposé dans sa maison, sur tout ce qu'il a (c'est-à-dire quand Yossef eut atteint le sommet de sa carrière dans la maison de Potifar), et le SEIGNEUR bénit la maison de l'Égyptien à cause de Yossef. et la bénédiction de Dieu fut sur tout ce qu'il a, et dans la maison, et dans le champ.

C'est-à-dire non seulement là où Yossef travaille, mais partout, dans toutes ses affaires, Potifar recevait la bénédiction. Partout où il avait des possessions, en tout il réussissait. Et, bien entendu, c'est une grande bénédiction. Nous nous souvenons, d'après l'histoire avec Lavan, que Lavan avait un jour raconté à Yaakov : « J'ai pratiqué la divination, et j'ai vu que c'est par toi que la bénédiction m'est venue ». Quand la bénédiction vient à quelqu'un et que soudain il commence à réussir, il cherche naturellement la cause de ce succès, pour la consolider. Et Potifar non plus n'était pas un imbécile. Et il comprit que la bénédiction lui venait par Yossef.

D'ailleurs, c'est la nature même du nom Yossef. Yossef signifie il ajoutera. On dit que l'ajout du Très-Haut est toujours plus grand que la base. Par exemple, si un homme va acheter un kilogramme de viande et demande au boucher (quand il a déjà payé) : « Ajoutez-en un peu ». Combien le boucher en mettra-t-il ? Il en mettra encore un tout petit peu, peut-être 50 grammes, peut-être 100 grammes. En Orient, cela s'appelle « avec le geste ». Après qu'un homme a acheté un kilogramme de baies, qu'elles sont pesées et payées, on lui en met encore une poignée. Et cela s'appelle « le geste ». C'est un ajout qui vient du cœur. Et voilà, on dit que le Très-Haut ajoute plus qu'il n'y a. À un kilogramme de viande, le Très-Haut peut ajouter quatre kilogrammes et plus. C'est l'essence de cet ajout venant du Très-Haut. Et le nom même de Yossef désigne bénédiction, multiplication. C'est pourquoi, si Potifar ou le chef de la prison voulaient comprendre la cause de la bénédiction, on n'avait pas besoin d'aller loin, il suffisait de comprendre la signification du nom. Et puis, probablement, les diseuses de bonne aventure et autres petites voyantes du coin l'auraient aussi indiqué, et elles auraient bien ouvert leurs boules de cristal.

וַיַּעֲזֹב כָּל-אֲשֶׁר-לוֹ בְּיַד-יוֹסֵף וְלֹא-יָדַע אִתּוֹ מְאוּמָה כִּי אִם-הַלֶּחֶם אֲשֶׁר-הוּא אוֹכֵל וַיְהִי יוֹסֵף יְפֵה-תֹאַר וִיפֵה מַרְאֶה׃

VAYA'AZÓV KOL-ACHER-LÓ BEYAD-YOSSÉF VELO-YADÁ ITTÓ ME'OÚMA KI IM-HALLÉ'HEM ACHER-HOÚ OKHÉL VAYHÍ YOSSÉF YEFE-TÓ'AR VIFÉ MAR'É

6 et tout ce qu'il a, il le remit à Yossef, et lui-même ne touchait à rien, sinon au pain qu'il mange. et Yossef était beau d'aspect et beau de visage.

Ici, il faut examiner un peu plus en profondeur ce que signifie le pain qu'il mange. Très souvent, on relie le fait de manger du pain à l'épouse, c'est-à-dire que, dans une langue aussi pure, la Torah utilise un euphémisme et dit : « Il lui a tout remis, sauf sa propre épouse ». Et Yossef est beau d'aspect et beau de visage. Cela aussi s'inscrit bien dans la connotation selon laquelle il s'agit de l'épouse. Mais peut-être, il se peut tout à fait qu'il s'agisse littéralement du pain, c'est-à-dire que seul son menu, Potifar le choisissait lui-même. Et peut-être aussi que le préparaient des gens qui étaient sous les ordres de Yossef. Certains disent : « Nous nous souvenons que pour les Égyptiens, c'est une abomination de manger avec les Hébreux, et c'est pourquoi Potifar ne laissait pas Yossef toucher à la nourriture, pour des raisons religieuses. Et pour tout le reste, il lui faisait confiance ». Mais nous examinons toutes les variantes, nous ne pouvons en écarter aucune.

C'est ici que se termine l'histoire de la réussite de Yossef et l'histoire de la carrière de Yossef. À partir du septième verset, nous lisons : וַיְהִי vayhí (et il advint). C'est comme le début d'une nouvelle histoire.


וַיְהִי אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וַתִּשָּׂא אֵשֶׁת-אֲדֹנָיו אֶת-עֵינֶיהָ אֶל-יוֹסֵף וַתֹּאמֶר שִׁכְבָה עִמִּי׃

VAYHÍ A'HÁR HADDEVARÍM HA'ÉLLE VATTISSÁ ECHET-ADONÁV ET-ENÉHA EL-YOSSÉF VATTÓMER CHIKHVÁ IMMÍ

7 et il advint après ces choses, et la femme du maître leva ses yeux sur Yossef, et lui dit : « Couche-toi avec moi ».

Couche-toi avec moi. Dans la forme la plus grossière – couche avec moi.

וַיְמָאֵן

VAYMA'ÉN

8 et il refusait…

Dans le mot vayma'én, au-dessus de la petite lettre א (alef), il y a dans le rouleau de la Torah ce même signe (le trille) dont nous avons déjà parlé avec vous. On peut lire : vayma'éeeeeeeeen, c'est-à-dire il refusait, il résistait, il se retenait. Mais ce trille dans la lecture du mot indique un certain trouble intérieur.

וַיֹּאמֶר אֶל-אֵשֶׁת אֲדֹנָיו הֵן אֲדֹנִי לֹא-יָדַע אִתִּי מַה-בַּבָּיִת וְכֹל אֲשֶׁר-יֶשׁ-לוֹ נָתַן בְּיָדִי׃

VAYOMER EL-ÉCHET ADONÁV HEN ADONÍ LO-YADÁ ITTÍ MA-BABBÁYIT VEKHÓL ACHER-YECH-LÓ NATÁN BEYADÍ

…et il disait à la femme de son maître : « Voici, le maître ne sait pas ce qui se passe dans sa maison, il m'a tout confié. Tout ce qu'il a, il l'a donné entre mes mains.

אֵינֶנּוּ גָדוֹל בַּבַּיִת הַזֶּה מִמֶּנִּי וְלֹא-חָשַׂךְ מִמֶּנִּי מְאוּמָה כִּי אִם-אוֹתָךְ בַּאֲשֶׁר אַתְּ-אִשְׁתּוֹ

ENÉNNOU GADÓL BABBÁYIT HAZZEDans la translittération russe, le mot hazze (« ce ») a une voyelle finale erronée ; la translittération française suit l'hébreu. MIMMÉNNI VELO-'HASSÁKH MIMMÉNNI ME'OÚMA KI IM-OTÁKH BA'ACHÉR AT-ICHTÓ

9 et il n'y a personne dans cette maison qui soit plus grand que moi. Et il ne m'a rien caché, sinon toi, parce que tu es sa femme…

Et cette déclaration de Yossef, quand il parle personnellement à la femme, nous permet aussi de revenir deux versets en arrière : que ce pain, peut-être, c'est bien la femme qui est visée.

וְאֵיךְ אֶעֱשֶׂה הָרָעָה הַגְּדֹלָה הַזֹּאת וְחָטָאתִי לֵאלֹהִים׃

VE'ÉKH E'ESSÉ HARA'Á HAGGEDOLÁ HAZZÓT VE'HATÁTI LELOHÍM

…comment donc ferai-je ce mal ? Je pécherai devant le SEIGNEUR ».

Que disent ces versets ? Yossef, avant tout, vayma'én, avant tout il ne voulait pas le faire. Avant tout, sa réponse est non, bien que le signe de cantillation indique certains tourments de l'âme. Et de cela, nous parlerons encore. Mais outre la réponse non, il faut bien encore donner une explication à la maîtresse. On ne peut pas simplement dire non à la maîtresse, parce que tu es son esclave. Cela exige une certaine attitude. On peut lui dire que l'intimité d'une femme mariée avec un homme étranger est un adultère et que c'est interdit. Mais il est peu probable qu'elle le comprenne. Parce que, je pense, elle sait que c'est interdit. C'est justement ce qu'elle veut. Yossef lui parle d'autre chose. Yossef lui parle de fidélité et de reconnaissance. Et il dit : « Comment pourrais-je agir ainsi envers mon maître, après ce qu'il a fait pour moi, après qu'il m'a tout confié ? Par là même, je pécherai devant Dieu ».

וַיְהִי כְּדַבְּרָהּ אֶל-יוֹסֵף יוֹם יוֹם וְלֹא-שָׁמַע אֵלֶיהָ לִשְׁכַּב אֶצְלָהּ לִהְיוֹת עִמָּהּ׃

VAYHÍ KEDABBERÁ EL-YOSSÉF YOM YOM VELO-CHAMÁ ELÉHA LICHKÁV ETSLÁ LIHYOT IMMÁ

10 et il advint, après qu'elle eut parlé à Yossef jour après jour, il ne l'écoutait pas, pour se coucher auprès d'elle ou être avec elle.

Jour après jour, la maîtresse importunait Yossef et harcelait Yossef. C'est une épreuve très dure. Que disait-elle ? D'abord, elle disait : lichkáv etslá – coucher avec elle, puis simplement être avec elle. Ce Potifar, on ne sait pas où il traîne, il est occupé par ses affaires, et l'esclave est ici. « Écoute-moi. Personne ne m'aime. Câline-moi, prends-moi dans tes bras, reste assis avec moi, essuie sur ma joue une larme furtive ». Et ainsi, jour après jour, elle harcelait Yossef.

De nouveau, nous lisons au verset 11 : וַיְהִי (vayhí) et il advint. De nouveau, le début d'une nouvelle histoire.

וַיְהִי כְּהַיּוֹם הַזֶּה וַיָּבֹא הַבַּיְתָה לַעֲשׂוֹת מְלַאכְתּוֹ וְאֵין אִישׁ מֵאַנְשֵׁי הַבַּיִת שָׁם בַּבָּיִת׃

VAYHÍ KEHAYOM HAZZÉ VAYAVÓ HABBÁYTA LA'ASÓT MELAKHTÓ VE'ÉN ICH ME'ANCHÉ HABBÁYIT CHAM BABBÁYIT

11 et il advint, comme en ce jour-là, et il vint à la maison pour faire son travail, et personne des gens de la maison n'est à la maison.

Ici, il faut dire que les commentateurs divergent sur ce qui s'est passé ce jour-là. Certains commentateurs disent : « Yossef est réellement venu simplement faire son travail. Rien de mal n'était prévu. Et la femme de Potifar s'est dite malade et n'est pas allée à une certaine manifestation publique, une certaine fête païenne qu'ils avaient. Et Yossef est venu, et elle, de façon tout à fait inattendue, est à la maison ». D'autres commentateurs disent que Yossef a tout de même cédé aux persuasions et est venu chez elle quand il n'y avait personne à la maison.

Il faut dire (il faut toujours s'en souvenir) que dans l'approche de l'étude de l'Écriture, il y a deux fondements. Les uns disent : « Ce sont nos pères, ils sont saints. Tous les héros de la Bible sont saints, et aucune pensée de péché ni rien de tel ne peut leur arriver ». Les autres disent : « Non. Et les Patriarches, et les enfants de Yaakov, et Yossef en particulier, et David, et même Moché – tous pouvaient pécher. Et de leurs péchés, de leurs erreurs, nous pouvons apprendre quelque chose. Ici, Yossef, un jeune homme que sa maîtresse harcèle, a cédé à la tentation ». D'autres encore disent : « C'était un calcul de ce genre. S'il n'accepte pas, elle peut le calomnier, ce qui finalement est arrivé. Elle peut le calomnier et dire : “Voilà ces Hébreux. Tu as amené ici un Hébreu, et il est venu me violer”. Et les Hébreux seront décapités, et avec eux le Dieu d'Israël ». Et Yossef, selon cette interprétation, peut-être ne désirait pas tant cette femme qu'il ne voulait faire cesser ce harcèlement et se préserver du 'hiloul Hachem (la profanation du Nom). Nous reviendrons encore à cette question.


וַתִּתְפְּשֵׂהוּ בְּבִגְדוֹ לֵאמֹר שִׁכְבָה עִמִּי וַיַּעֲזֹב בִּגְדוֹ בְּיָדָהּ וַיָּנָס וַיֵּצֵא הַחוּצָה׃

VATTITPESÉHOU BEVIGDÓ LEMÓR CHIKHVÁ IMMÍ VAYA'AZÓV BIGDÓ BEYADÁ VAYÁNOS VAYETSÉ HA'HOÚTSA

12 et elle le saisit par son vêtement, en disant : « Couche-toi avec moi ». et il jeta (et laissa) le vêtement dans sa main, et sortit en courant dehors.

Qu'est-ce que le vêtement ? Un vêtement de dessus, ce n'est pas si simple à enlever. Et de nouveau les commentateurs disent : « Peut-être avait-il déjà projeté d'enlever ce vêtement. Au tout dernier moment, il s'est arrêté ». Qu'est-ce qui l'a arrêté ? Certains disent : « Ce qui l'a arrêté, ce sont les souvenirs de Yaakov. Il ne s'est pas arrêté à cause de son passé. Peut-être a-t-il été élevé dans la maison de Yaakov et a-t-il absorbé bien des choses ». Souvenons-nous que ses frères l'ont vendu. De la fidélité à quelle tradition peut-il être question ? C'est aussi un très grand doute et une très grande épreuve pour Yossef que de ressentir cette présence de Dieu avec lui, bien que ses propres frères l'aient vendu. Vendu par des frères non seulement par le sang, mais aussi par la foi. Pratiquement, c'est presque tout le peuple juif qui existait à cette époque qui l'a vendu. Mais Yossef voit Yaakov, Yossef voit que derrière tout cela et derrière sa vie il y a un avenir. Et ce qui l'arrête (selon la version où il a réellement été séduit), ce n'est pas le passé, mais l'avenir. Et il s'enfuit de chez la femme de Potifar.

Bon, la suite, nous la connaissons. La femme a poussé des cris et a dit exactement ceci : « Voici, tu as amené ici un Hébreu pour se moquer de nous ». Et Potifar, ayant cru sa femme, met Yossef au cachot. Yossef se retrouve en prison.

Et ensuite, quand il est en prison, nous lisons de nouveau : « Et Dieu fut avec Yossef, et le chef de la prison le vit ». Et de nouveau il arrive à Yossef la même histoire. Il fait carrière. Et la question demeure : pourquoi ici le Très-Haut n'a-t-il pas pris la défense de Yossef ? La question est très légitime.

Commençons par ceci : nous avons évoqué la version selon laquelle Yossef a été séduit par cette femme. Les commentateurs disent : « Yossef est beau d'aspect, beau de sa personne. Dans toute la Torah, c'est seulement à propos d'un seul et unique homme qu'une telle chose est écrite ». Apparemment, c'est réellement un bel homme. Il a atteint certains sommets dans la maison de Potifar. Et de nouveau, comme disent les commentateurs : « Il se mit à embellir sa barbe. Il se mit à se faire des coiffures, il se mit à se passionner pour son apparence. C'est compréhensible. Un homme jeune, beau, en service, s'est laissé séduire par cela ». Et le Très-Haut lui dit : « Ton père est là-bas, assis dans le deuil, et toi, ici, tu te pavanes. Voici, Je vais lâcher sur toi une ourse ». Et derrière toute cette histoire de tentative de séduire Yossef et derrière le fait que Yossef se retrouve en prison, il y a le Très-Haut, qui dit à Yossef : « Ne te pavane pas. Souviens-toi que là-bas il y a ton père, qui s'inquiète pour toi, qui est en deuil de toi ». Et à son sujet aussi il est dit : vayma'én (« Et il refusait d'être consolé »). Et il se trouve que c'est précisément dans le fait que Yossef est tombé en prison que se trouve la présence du Très-Haut dans sa vie. C'est la main du Très-Haut.

D'autres commentateurs disent : « Il y a Yossef – un homme, un homme juste, qui s'est réellement retenu devant une grande tentation, qui n'a pas cédé à la tentation de cette femme. Et il n'est réellement pas coupable ici. Il n'avait pas l'intention de pécher avec cette femme. Pas une seconde il n'a pensé à elle. Mais outre le fait qu'il y a Yossef, il y a aussi le peuple d'Israël. Outre le fait qu'il y a la vie de Yossef, il y a encore la vie, le dessein du peuple d'Israël. Et c'est pourquoi le Très-Haut est ici présent dans la vie de Yossef, se sert de lui, malgré toutes ses souffrances (oui, c'est un juste qui est malheureux), se sert de lui pour la délivrance du peuple d'Israël. De cela, Yossef lui-même dira plus tard : « Vous pensiez me vendre. Vous tramiez le mal. Le Très-Haut l'a tourné en bien ».

Il y a encore une explication, encore un commentaire. Et de nouveau je rappellerai ce que je répète constamment : les commentaires en disent plus sur les commentateurs que sur les événements que ces commentateurs ont commentés. Quand les frères ont saisi Yossef, ils lui ont arraché cette chemise (הפסים hapassím, qui est rayée, ou une chemise de couleur, ou une chemise à longues manches), ils lui ont arraché la chemise qui symbolisait toute sa dignité. Et de ce niveau, il est descendu dans la fosse. Et dans cet état, nous voyons que le SEIGNEUR était avec lui. Il se souvenait que cela pouvait servir au bien. Il croyait que cela pouvait servir au bien. C'est pourquoi, quand la femme de Potifar le harcelait, et le menaçait, et disait : « Je vais raconter des choses sur toi », il comprenait qu'une telle menace existe. « Je vais raconter des choses sur toi, je vais te déshonorer, je vais te faire mettre en prison, je peux faire de toi absolument tout ce que je veux, je peux te piéger ». Et il y aura un grand outrage au nom. C'est bien ce qui est arrivé. Souvenons-nous, la femme s'est mise à dire : « Tu nous as amené cet Hébreu pour nous outrager ». Et la flétrissure est retombée, pour ainsi dire, non seulement sur Yossef, mais aussi sur les Hébreux, et, comme nous l'avons déjà dit, sur le Dieu d'Israël. Yossef comprenait que même à travers l'outrage le Très-Haut peut agir. Même à travers l'outrage peut venir la délivrance. Car il l'avait déjà vécu lui-même : les frères lui avaient ôté sa chemise, il avait été outragé, très probablement on l'avait vendu nu au bazar, au marché aux esclaves. Et il avait assimilé ce qui est dit dans le livre de Iyov : « Il élève les humiliés sur la hauteur, et les accablés sont élevés par le salut ». Yossef comprenait que l'humiliation n'est pas la fin, et que de l'humiliation peuvent germer le salut et l'élévation. Et c'est pourquoi, selon cette compréhension, Dieu était bien avec Yossef tout ce temps. Et il était dans ces rapports-là, dans lesquels Yossef pouvait le voir. Quand nous ne nous trouvons pas dans l'état dans lequel se trouve Yossef, il nous semble que Dieu, à ce moment-là, a abandonné Yossef. Mais en réalité, il n'en est pas du tout ainsi.

Voilà, c'est là-dessus que nous avons terminé de lire la section hebdomadaire avec cet auditoire-là. Tous les présents ont écouté les trois variantes, les trois explications, et Yossi a dit : « Ce qui m'est le plus proche, c'est l'incompréhension. Pour moi, il est sans doute plus simple de comprendre cela ainsi : ce n'est pas à chacun de mes niveaux, ce n'est pas dans chacun de mes états spirituels que je ressens la présence de Dieu dans ma vie. Non pas parce que Dieu est absent, mais simplement parce que je ne suis pas au niveau spirituel qu'il faut pour le sentir. Et quand il me semble que le Très-Haut n'a pas agi dans la vie de Yossef, cela ne semble ainsi qu'à moi, parce que je suis simplement Yossi, et lui – Yossef. Donc il faut grandir spirituellement ». C'est la conclusion que Yossi a tirée pour lui-même.

Eh bien, chacun de nous peut tirer des conclusions, les changer, regarder cela sous différents angles. Et d'ailleurs, tout ne se limite pas à trois explications. Il ne peut pas en être ainsi dans la Torah, qu'il n'y ait que trois explications. Mais, quand il nous semble que Dieu nous a abandonnés, il serait bon de se souvenir que, peut-être, cela nous semble seulement.

Et nous, nous terminerons là notre conversation sur Yossef et la femme de Potifar.

La section hebdomadaire raconte la vente de Yossef. Avant tout, il faut comprendre que la tradition juive et la tradition chrétienne établissent des parallèles entre Yossef et le Machia'h. C'est pourquoi, dans l'histoire de la vente de Yossef, on peut voir des parallèles avec les relations entre Israël et le Messie. On ne comprend pas très bien qui exactement a vendu Yossef. La Torah raconte que les frères s'apprêtaient à le vendre. C'était la proposition de Yéhouda. Yéhouda ne voulait pas la mort de Yossef, et c'est pourquoi il a dit : « Aurons-nous un quelconque profit à le tuer ? Vendons-le aux fils de Yichmaël. Voici que vient leur caravane ». La Torah dit que les frères écoutèrent Yéhouda. Ensuite, la Torah raconte que des gens de Midyan, des marchands, passaient par là. Ils tirèrent Yossef de la fosse et vendirent Yossef pour 20 pièces d'argent aux Yichmaélites. C'est-à-dire qu'à la lecture de la Torah, il apparaît que les frères n'ont pas vendu Yossef, ils s'apprêtaient à le faire, mais n'en ont pas eu le temps. Ce sont les Midyanites qui l'ont tiré de là et l'ont vendu aux fils de Yichmaël.

Les frères eux-mêmes, comme nous le verrons plus tard, considéraient Yossef comme ayant péri. Ils se disent l'un à l'autre : « Voici que son sang nous est réclamé ». Et quand plus tard Yéhouda se tient devant Yossef, sans le reconnaître, il dit : « Notre frère est mort ». Réouven fait des reproches aux frères : « Ne vous avais-je pas avertis de ne pas porter la main sur lui. Maintenant, nous payons pour son sang ». C'est-à-dire que, d'après le texte de la Torah, les frères eux-mêmes considèrent que Yossef a péri. Ils ne l'ont pas vendu, mais Réouven, arrivé à la fosse, ne l'a tout simplement pas trouvé.

Yossef n'est pas mort. Il a disparu. Il s'est élevé en Égypte. Et cette élévation en Égypte, et sa perte pour Israël – tous ces événements faisaient partie du dessein du Très-Haut.

Quand Yaakov envoie Yossef vérifier ses frères, la Torah dit : « Yaakov, l'envoya de la vallée de 'Hévron ». L'un des plus célèbres commentateurs de la Torah – Rachi – demande : « Mais 'Hévron se trouve sur une montagne. Comment donc est-il dit qu'il l'envoya de la vallée ? » Et il répond : « De la vallée – au sens de : des profondeurs, de la profondeur du dessein du Très-Haut ». Et plus tard, quand Yossef raconte à ses frères ce qui s'est passé, il leur dit : « Ce n'est pas vous qui avez fait cela, mais Dieu ». Dans tous les événements liés à la façon dont Yossef est arrivé en Égypte et s'y est élevé, on voit la main du Très-Haut. Et nous pouvons voir des parallèles entre la vie de Yossef et ce qui est arrivé à Yéchoua.

Yéchoua aussi se retrouve vendu, et le peuple d'Israël le considère comme ayant péri. De même que les frères considéraient Yossef comme un rêveur, un orgueilleux et quelqu'un qui dit du mal d'eux, de même Israël s'est comporté envers Yéchoua, il y a eu de l'animosité envers Yéchoua. Il y a aussi une tromperie au sujet de la mort de Yéchoua. Et de même que les Égyptiens ont accepté la sagesse de Yossef et l'ont fait régner, pratiquement l'ont fait régner sur eux-mêmes, de même les nations du monde ont accepté Yéchoua comme leur roi. Exactement de la même façon que, pour les Égyptiens, Yossef était la main droite de Pharaon, de même, pour les nations du monde, Yéchoua s'est assis à la droite du Très-Haut. Nous voyons que ces parallèles se sont accomplis dans le Messie.

Et il y a encore un parallèle, qui doit seulement se réaliser. Quand Yossef dit : « Frères, je suis Yossef. Mon père vit-il encore ? » Et alors se produisent la reconnaissance et le repentir. Il n'est pas besoin de beaucoup de mots, il n'y a pas de reproches, et il n'y a ni querelle ni rancœurs. Yossef dit simplement qu'il est Yossef, et tout devient clair. Et exactement de la même façon cela doit se réaliser aussi en Machia'h Yéchoua, quand il dira au peuple : « Je suis Machia'h Yéchoua », apparaissant devant eux dans des vêtements royaux. Et les doutes disparaîtront. Tout deviendra clair. De même que dans le cas de Yossef, il deviendra clair que c'était le dessein du Très-Haut. L'animosité contre Yéchoua, son exécution, l'acharnement contre lui après sa mort et la résurrection – tout cela faisait partie du dessein du Très-Haut. Et, quand Yéchoua se révélera au peuple, cela deviendra clair. Exactement de la même façon que les fils d'Israël vinrent et se prosternèrent devant Yossef, de même, quand le temps viendra, le peuple d'Israël viendra et se prosternera devant Yéchoua.

Vous et moi, nous allons aujourd'hui relire le passage sur les rêves qu'ont vus l'échanson et le panetier. On parle très peu de ce sujet. Nous allons essayer de comprendre de quelle manière Yossef a interprété les rêves de l'échanson et du panetier précisément comme il les a interprétés, et ce que cela signifie pour vous et moi aujourd'hui.

Bien sûr, je prévois tout de suite les objections. Yossef lui-même dit à l'échanson et au panetier : « De Dieu vient l'interprétation des rêves ». Il n'y a pas de doute, l'interprétation des rêves vient du Très-Haut. Et la question est de savoir si elle est donnée comme une prophétie, c'est-à-dire comme un certain texte tout prêt, comme un certain décryptage tout prêt, ou si Yossef s'appuie sur la sagesse qu'il a reçue du Très-Haut, sur l'expérience qu'il possède, grâce au fait que le Très-Haut l'a préparé à cette interprétation. Et je vais dire que dans notre cas, la plus probable est précisément la seconde variante.

Donc, les antécédents. Après la fausse accusation de harcèlement, Yossef passe de la maison de Potifar à la prison. En prison, il gagne rapidement la faveur des chefs. Exactement comme cela s'était passé dans la maison de Potifar, il dirige pratiquement la prison. Le chef de la prison lui fait entièrement confiance. Il n'est pas étonnant que, lorsque « par hasard » se retrouvent en prison le chef des échansons et le chef des panetiers (de hauts dignitaires auprès de Pharaon), le chef de la prison attache Yossef au service de ces nobles dignitaires, et ils passent quelque temps ensemble en prison.

Nous commencerons à lire à partir du verset 5 du chapitre 40.


וַיַּחַלְמוּ חֲלוֹם שְׁנֵיהֶם אִישׁ חֲלֹמוֹ בְּלַיְלָה אֶחָד

VAYA'HALMOÚ 'HALÓM CHENEHÉM ICH 'HALOMÓ BELÁYLA E'HÁD

5 voici, tous deux virent un rêve (tous deux, ce sont l'échanson et le panetier), chacun son propre rêve en une seule et même nuit…

Prêtons attention au fait qu'il n'est pas écrit vaya'halmoú 'halomót – et ils virent des rêves, mais ils virent un rêve. Comme si ces deux rêves se composaient en un seul rêve commun. Nous verrons quelque chose de semblable quand Yossef dira plus tard à Pharaon : « Ces rêves de Pharaon, ces deux rêves – c'est un seul rêve ». Donc, en une seule et même nuit, deux hommes virent des rêves différents qui, peut-être, se composeront en un seul rêve.

אִישׁ כְּפִתְרוֹן חֲלֹמוֹ

ICH KEFITRÓN 'HALOMÓ

…chacun selon l'interprétation de son rêve.

Comment peut-on comprendre cela ? On peut comprendre que chacun sentait, chacun comprenait que précisément ce rêve exige son interprétation. Nous voyons tous des rêves, nous voyons des rêves différents. Parfois il nous semble que ce ne sont que des rêves, et le Rambam disait : « Tous les rêves disent des choses sans fondement ». Et d'autres disent : « Les rêves suivent simplement les pensées de l'homme ». Et il y a énormément de réflexions différentes sur la façon dont naissent les rêves, et dans la Torah, et dans la science moderne. Et il s'en faut de beaucoup que tous les rêves exigent une interprétation. Mais ici, les rêves étaient avec interprétation. Et certains commentateurs disent qu'ils virent (chacun d'eux – et le panetier et l'échanson) qu'ils virent en plus aussi les interprétations, mais l'oublièrent.

Qui a vu ces rêves ?

הַמַּשְׁקֶה וְהָאֹפֶה אֲשֶׁר לְמֶלֶךְ מִצְרַיִם אֲשֶׁר אֲסוּרִים בְּבֵית הַסֹּהַר׃

HAMMACHKÉ VEHA'OFÉ ACHÉR LEMÉLEKH MITSRÁYIM ACHÉR ASOURÍM BEVÉT HASSÓHAR

…l'échanson et le panetier, qui sont au roi d'Égypte, qui sont détenus en prison.


וַיָּבֹא אֲלֵיהֶם יוֹסֵף בַּבֹּקֶר וַיַּרְא אֹתָם וְהִנָּם זֹעֲפִים׃

VAYAVÓ ALEHÉM YOSSÉF BABBÓKER VAYÁR OTÁM VEHINNÁM ZO'AFÍM

6 et Yossef vint vers eux le matin, et les vit, et voici, ils sont moroses.

Yossef vient le matin vers deux détenus qui, de leur haute position, ont été jetés en prison. Et voici la surprise – ils sont moroses. Comment Yossef a-t-il réagi à cela ?

Un jour, j'ai vu à Bé'er-Chéva une petite scène de ce genre, je l'ai même racontée sur mon Facebook. Dans la ville, tôt le matin, un papa emmène un petit garçon au jardin d'enfants. Le père le presse, parce que le papa doit encore aller à ses propres affaires et qu'il faut arriver à temps au jardin d'enfants. À leur rencontre vient une femme âgée, Choura, âgée, un peu souffrante, avec ses petits maux, avec ses problèmes. Le garçon s'arrête et dit : « Bonjour, Choura ! Comment vas-tu ? » Ils font un petit smalltalk d'environ trois minutes et se séparent. Et le papa dit : « Enfin, nous sommes pressés. Pourquoi t'arrêtes-tu ? » Le garçon dit : « Papa, tu te souviens par quoi a commencé la délivrance de Yossef ? » Le papa ne comprend pas du tout pourquoi son fils raconte cela, et dit : « Eh bien, ces rêves là... Des rêves… Il a interprété des rêves là-bas à l'échanson et au panetier ». Et le garçon répond : « Non, papa. Cela commence plus tôt, quand il a vu qu'ils avaient des visages moroses, et a demandé : pourquoi êtes-vous si moroses ? »

Et nous lisons au verset 7 :


וַיִּשְׁאַל אֶת-סְרִיסֵי פַרְעֹה אֲשֶׁר אִתּוֹ בְמִשְׁמַר בֵּית אֲדֹנָיו לֵאמֹר מַדּוּעַ פְּנֵיכֶם רָעִים הַיּוֹם׃

VAYICH'ÁL ET-SERISSÉ FAR'Ó ACHÉR ITTÓ VEMICHMÁR BET ADONÁV LEMÓR MADDOÚA PENEKHÉM RA'ÍM HAYOM

7 et il interrogea les dignitaires de Pharaon qui étaient avec lui sous garde dans la maison de leur maître, en disant : « Pourquoi avez-vous aujourd'hui de si mauvais visages ? »

C'est-à-dire que Yossef ne dit pas : « Mais pourquoi donc, au fond, se réjouiraient-ils, pourquoi se fendraient-ils la poire, ils sont en prison, c'est clair qu'ils sont moroses, et qui donc est gai ici ? » Et Yossef lui-même est en prison, et lui-même n'a pas non plus de quoi être gai. Et, semblerait-il, eh bien ils sont tristes, et tristes de leurs affaires à eux, de leurs affaires de dignitaires. Mais Yossef ne passe pas à côté et s'intéresse très amicalement : « Pourquoi, mes amis, êtes-vous si tristes ». C'est précisément par cela que commence sa délivrance.


וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו חֲלוֹם חָלַמְנוּ וּפֹתֵר אֵין אֹתוֹ וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם יוֹסֵף הֲלוֹא לֵאלֹהִים פִּתְרֹנִים סַפְּרוּ-נָא לִי׃

VAYOMEROÚ ELÁV 'HALÓM 'HALÁMNOU OUFOTÉR EN OTÓ VAYOMÉR ALEHÉM YOSSÉF HALÓ LELOHÍM PITRONÍM SAPPEROU-NÁ LI

8 et ils lui dirent : « nous avons vu un rêve, et il n'y a personne qui puisse interpréter ce rêve ». et Yossef leur dit : « c'est bien à Dieu qu'appartiennent les interprétations, racontez-moi ».

Dieu peut interpréter, racontez-moi, non pas parce que je suis ici à la place de Dieu. Mais, avec l'aide de Dieu, interprétons ce rêve. Racontez-moi, et essayons de comprendre.


וַיְסַפֵּר שַׂר-הַמַּשְׁקִים אֶת-חֲלֹמוֹ לְיוֹסֵף וַיֹּאמֶר לוֹ בַּחֲלוֹמִי וְהִנֵּה-גֶפֶן לְפָנָי׃

VAYSAPPÉR SAR-HAMMACHKÍM ET-'HALOMÓ LEYOSSÉF VAYOMER LO BA'HALOMÍ VEHINNE-GÉFEN LEFANÁY

9 et le chef des échansons raconta son rêve à Yossef, et lui dit : « J'ai vu un rêve, et voici, devant moi un cep de vigne ;

וּבַגֶּפֶן שְׁלֹשָׁה שָׂרִיגִם וְהִיא כְפֹרַחַת עָלְתָה נִצָּהּ הִבְשִׁילוּ אַשְׁכְּלֹתֶיהָ עֲנָבִים׃

OUVAGGÉFEN CHELOCHÁ SARIGÍM VEHÍ KHEFORÁ'HAT ALETÁ NITTSÁ HIVCHÍLOU ACHKELOTÉHA ANAVÍM

10 et ce cep a trois branches, et c'est comme si elles (ces branches) avaient fleuri et donné des bourgeons, et ensuite dans leurs grappes mûrirent les baies.

Un certain processus, qui prend d'habitude plusieurs mois, défile maintenant devant les yeux de l'échanson à toute vitesse, comme s'il regardait un film en mode très accéléré, il voit tout cela de façon très accélérée. Et cette vitesse continue.


וְכוֹס פַּרְעֹה בְּיָדִי וָאֶקַּח אֶת-הָעֲנָבִים וָאֶשְׂחַט אֹתָם אֶל-כּוֹס פַּרְעֹה וָאֶתֵּן אֶת-הַכּוֹס עַל-כַּף פַּרְעֹה׃

VEKHÓS PAR'Ó BEYADÍ VA'EKKÁ'H ET-HA'ANAVÍM VA'ES'HÁT OTÁM EL-KÓS PAR'Ó VA'ETTÉN ET-HAKKÓS AL-KÁF PAR'Ó

11 et la coupe de Pharaon est dans mes mains, et je pris les grains de raisin, et je les pressai dans la coupe de Pharaon, et je donnai la coupe dans les mains de Pharaon ».

Si quelqu'un ici pense qu'il y a des courants entiers, des confessions entières qui, en vertu de leur théologie, disent que les gens de l'Antiquité ne consommaient pas de vin. Non, bien sûr. Dans la maison de Pharaon, on boit du vin. Pharaon ne boit pas du jus de raisin, même fraîchement pressé, il boit du vin. Et ici l'accélération continue, c'est-à-dire que le jus de raisin se transforme en vin dans la coupe de Pharaon. Bon, du reste, c'est un détail sur lequel je n'insiste pas du tout, et il a peu d'importance pour nous. Donc, tout ce que voit l'échanson, il le voit sous une forme accélérée. Voilà le rêve qu'a vu l'échanson.

À partir du verset 12, nous lisons comment Yossef interprète ce rêve.


וַיֹּאמֶר לוֹ יוֹסֵף זֶה פִּתְרֹנוֹ שְׁלֹשֶׁת הַשָּׂרִגִים שְׁלֹשֶׁת יָמִים הֵם׃

VAYOMER LO YOSSÉF ZE PITRONÓ CHELÓCHET HASSARIGÍM CHELÓCHET YAMÍM HEM

12 et Yossef lui dit : « Voici l'interprétation de ce rêve : les trois branches – ce sont trois jours ;

בְּעוֹד שְׁלֹשֶׁת יָמִים יִשָּׂא פַרְעֹה אֶת-רֹאשֶׁךָ וַהֲשִׁיבְךָ עַל-כַּנֶּךָ וְנָתַתָּ כוֹס-פַּרְעֹה בְּיָדוֹ כַּמִּשְׁפָּט הָרִאשׁוֹן אֲשֶׁר הָיִיתָ מַשְׁקֵהוּ׃

BE'ÓD CHELÓCHET YAMÍM YISSÁ FAR'Ó ET-ROCHÉKHA VAHACHIVEKHÁ AL-KANNÉKHA VENATATTÁ KHOS-PAR'Ó BEYADÓ KAMMICHPÁT HARICHÓN ACHÉR HAYÍTA MACHKÉHOU

13 dans trois jours, Pharaon élèvera ta tête et te rendra à ta place, et tu donneras la coupe de Pharaon dans ses mains, comme cela était établi auparavant, quand tu étais son échanson.

כִּי אִם-זְכַרְתַּנִי אִתְּךָ כַּאֲשֶׁר יִיטַב לָךְ וְעָשִׂיתָ-נָּא עִמָּדִי חָסֶד וְהִזְכַּרְתַּנִי אֶל-פַּרְעֹה וְהוֹצֵאתַנִי מִן-הַבַּיִת הַזֶּה׃

KI IM-ZEKHARTÁNI ITTEKHÁ KA'ACHÉR YÍTAV LAKH VE'ASSITA-NÁ IMMADÍ 'HÁSSED VEHIZKARTÁNI EL-PAR'Ó VEHOTSETÁNI MIN-HABBÁYIT HAZZÉ

14 mais si je suis mentionné par toi avec toi, quand tout ira bien pour toi, use de bonté envers moi, et toi, mentionne-moi devant Pharaon, et il me tirera de cette maison,

Le verset 14 peut être compris comme la suite de l'interprétation, bien que tous ne le comprennent pas ainsi. ki im-zekhartáni ittekhá – mais si je suis mentionné par toi avec toi. Une phrase très intéressante. Si ce rêve est un rêve qui pour moi aussi est un rêve.

כִּי-גֻנֹּב גֻּנַּבְתִּי מֵאֶרֶץ הָעִבְרִים וְגַם-פֹּה לֹא-עָשִׂיתִי מְאוּמָה כִּי-שָׂמוּ אֹתִי בַּבּוֹר׃

KI-GOUNNÓV GOUNNÁVTI ME'ÉRETS HA'IVRÍM VEGAM-PÓ LO-ASSÍTI ME'OÚMA KI-SAMOÚ OTÍ BABBÓR

15 car par un rapt j'ai été ravi du pays des Ivrim, et ici non plus je n'ai rien fait pour qu'on me mette dans la fosse.

Rabbi Chlomo Yits'haki, le célèbre commentateur de la Torah, explique et interprète ainsi : « Yossef a ici faibli dans sa foi et a mis son espoir dans la grâce de l'échanson, en lui disant : “Eh bien, toi, là-bas, intercède pour moi” ». Pour cela, pour ne pas avoir mis son espoir dans le Très-Haut, mais dans l'échanson, selon l'avis de Rabbi Chlomo Yits'haki, on ajouta à Yossef 2 années d'emprisonnement, il sera encore 2 ans en prison. Ce n'est pas la seule interprétation. Il y a des commentateurs qui disent : « Pourquoi ne pas intercéder, pourquoi ne pas faire jouer le piston, qu'y a-t-il de mal à cela ? » Et, en outre, nous pouvons voir cette étrange construction de langue au début du verset 14 : im-zekhartáni ittekhá – si je suis mentionné par toi avec toi, si tu as vu ce rêve aussi à mon sujet. C'est-à-dire que Yossef voit que c'est un rêve de libération. Et il dit : « Peut-être que c'est aussi au sujet de ma libération, et Dieu me ramènera moi aussi à ma place, comme toi. C'est pourquoi, toi, là-bas, intercède pour moi. Peut-être que c'est un rêve sur nous deux ». Pourquoi Yossef a pensé ainsi, nous en parlerons encore plus tard. Voilà l'interprétation que Yossef donne à ce rêve.

On peut dire que cela sonne de façon très semblable aussi dans l'interprétation du rêve de Pharaon plus tard, quand Yossef parlera des sept années grasses et des sept années maigres, et dira aussitôt un certain conseil pratique, comme partie de l'interprétation du rêve. De même ici, comme partie de l'interprétation du rêve, peut-être, Yossef dit : « Si je suis mentionné avec toi ». Il est intéressant que Yossef ici n'attende pas (nous avons lu le chapitre 40, et nous savons comment tout finira) l'interprétation du rêve du panetier. Pourquoi n'attend-il pas ? Peut-être devine-t-il déjà ce que le panetier a vu en rêve. Nous en parlerons encore.

Voyant une si bonne interprétation, le panetier s'enthousiasme et dit :


וַיַּרְא שַׂר-הָאֹפִים כִּי טוֹב פָּתָר וַיֹּאמֶר אֶל-יוֹסֵף אַף-אֲנִי בַּחֲלוֹמִי וְהִנֵּה שְׁלֹשָׁה סַלֵּי חֹרִי עַל-רֹאשִׁי׃

VAYÁR SAR-HA'OFÍM KI TOV PATÁR VAYOMER EL-YOSSÉF AF-ANÍ BA'HALOMÍ VEHINNÉ CHELOCHÁ SALLÉ 'HORÍ AL-ROCHÍ

16 et le panetier vit que Yossef avait bien interprété ce rêve, et il dit à Yossef : « Voici, moi aussi dans mon rêve, et voici trois corbeilles tressées sur ma tête,

וּבַסַּל הָעֶלְיוֹן מִכֹּל מַאֲכַל פַּרְעֹה מַעֲשֵׂה אֹפֶה וְהָעוֹף, אֹכֵל אֹתָם מִן-הַסַּל מֵעַל רֹאשִׁי׃

OUVASSÁL HA'ELYON MIKKÓL MA'AKHÁL PAR'Ó MA'ASSÉ OFÉ VEHA'ÓF OKHÉL OTÁM MIN-HASSÁL ME'ÁL ROCHÍ

17 dans la corbeille la plus haute (c'est-à-dire qu'il a une corbeille dans une autre, et les deux corbeilles du bas sont complètement inutiles, et dans la troisième corbeille, celle du haut…) la nourriture de Pharaon – l'ouvrage du boulanger, et les oiseaux mangent ce pain, ces produits de boulangerie de la corbeille au-dessus de ma tête.

Il a raconté son rêve très brièvement.

וַיַּעַן יוֹסֵף וַיֹּאמֶר זֶה פִּתְרֹנוֹ שְׁלֹשֶׁת הַסַּלִּים שְׁלֹשֶׁת יָמִים הֵם׃

VAYÁ'AN YOSSÉF VAYOMER ZE PITRONÓ CHELÓCHET HASSALLÍM CHELÓCHET YAMÍM HEM

18 et Yossef lui répondit, et lui dit : « voici son interprétation : les trois corbeilles – ce sont trois jours,

בְּעוֹד שְׁלֹשֶׁת יָמִים יִשָּׂא פַרְעֹה אֶת-רֹאשְׁךָ

BE'ÓD CHELÓCHET YAMÍM YISSÁ FAR'Ó ET-ROCHEKHÁ …

19 dans trois jours, Pharaon élèvera TA tête (exactement avec les mêmes mots que ceux qu'il avait dits à l'échanson – Pharaon élèvera ta tête).

מֵעָלֶיךָ

ME'ALÉKHA

… de dessus toi.

Si là-bas, c'est il élèvera avec toi, il t'élèvera, ici c'est – il t'arrachera la tête. Mais ce texte très mesuré frappe le panetier de façon inattendue. Tout sonnait exactement comme pour l'échanson, et soudain – il élèvera ta tête, mais pas comme tu le penses, il l'arrachera, il te tranchera la tête.

וְתָלָה אוֹתְךָ עַל-עֵץ וְאָכַל הָעוֹף אֶת-בְּשָׂרְךָ מֵעָלֶיךָ׃

…VETALÁ OTEKHÁ AL-ÉTS VE'AKHÁL HA'ÓF ET-BESAREKHÁ ME'ALÉKHA

…et il te pendra à un arbre, et l'oiseau du ciel mangera ta chair.

Telle est l'interprétation des deux rêves. Probablement, je ne serai pas le seul à trouver que c'est cruel envers le panetier. Commencer à interpréter exactement de la même manière que pour l'échanson. Déjà préparer l'homme à cette joie, que voilà, lui aussi sera libéré. Et soudain, ceci – boum ! Pharaon lèvera ta tête de dessus tes épaules, et on te pendra, et les oiseaux mangeront ta chair. Il faut non seulement beaucoup de courage, beaucoup d'audace pour une telle interprétation, beaucoup de détermination, beaucoup d'honnêteté intérieure, parce que, comme nous le verrons, ce rêve, Yossef le comprend comme un rêve aussi à son propre sujet. Il s'interprète aussi ce rêve à lui-même, il énonce ce rêve pour lui-même, comme dans le cas du premier rêve, le rêve de l'échanson.

Le premier rêve, Yossef l'interprète littéralement en tout. Le premier rêve que voit l'échanson, c'est un rêve qui voit l'échanson en actionLe russe dit littéralement « un rêve qui voit l'échanson en action », sans doute pour « un rêve où l'échanson se voit en action ». La tournure est rendue telle quelle.. Le voici, voici le cep de vigne, voici la main de Pharaon (peut-être que Pharaon lui-même, on ne le voit pas encore, mais la voici, la main de Pharaon). Et l'échanson se voit au travail, et pratiquement Yossef lui dit : « C'est un rêve qui se réalise. Ce que tu as vu, c'est ce qui sera ». Il n'y a presque aucune interprétation symbolique. La seule chose qui s'interprète symboliquement dans le rêve de l'échanson, ce sont les trois sarments, qui sont trois jours. Si l'on suppose que l'échanson et le panetier racontaient leurs rêves dans la cantine de la prison, ou dans le club d'échecs de la prison, ou en jouant avec d'autres détenus au tennis de table, ou au jacquet, alors n'importe lequel des détenus aurait interprété de même les trois sarments, aurait interprété exactement de même les trois corbeilles. Pourquoi ? Parce que toute la prison sait que dans trois jours, c'est l'anniversaire de Pharaon. Tout le monde l'attend, parce que, peut-être, il y aura une amnistie. C'est pourquoi trois jours, c'est, en somme, une interprétation compréhensible, et tout le reste dans le rêve de l'échanson est compréhensible. Un rêve très clair.

Dans le rêve du panetier, tout s'interprète symboliquement, sauf peut-être l'oiseau. Le panetier lui-même se voit lui-même. Ici il n'y a aucun mouvement, aucune action, à part le panetier qui se tient avec trois corbeilles, comme avec une couronne de pain, au-dessus de sa tête – il n'y a rien. Ici le panetier est fier d'être panetier, d'être de lui-même un fier panetier dans une fière solitude, il reste tout de même boulanger.

Les Égyptiens (la science d'aujourd'hui le dit, bien sûr, plus tard, que c'est une découverte historique) furent les premiers à faire du pain levé. Ils sont producteurs de pain levé, et ils en étaient fiers. Dans le judaïsme (bien sûr, plus tardif, et aussi dans le cadre de l'histoire de la sortie d'Égypte), le 'hamets, le pain levé, le pain qui monte, est comparé au yetser hara (le mauvais penchant de l'homme). Mais ici l'homme est fier de son art, l'homme est fier d'être panetier. Il a trois corbeilles, une seule d'entre elles a une quelconque utilité, dans une seule d'entre elles il y a du pain. D'ailleurs, sur différents dessins (j'ai regardé des tableaux qui représentent le rêve du panetier et le rêve de l'échanson), on représente très souvent le panetier avec du pain dans les trois corbeilles, posées l'une sur l'autre sur sa tête, mais tout cela n'est pas ainsi.

En effet, l'Égypte est le premier endroit, comme le supposent les historiens, et le premier endroit de la région en tout cas, où l'on s'est mis à produire du pain levé. L'Égypte était très fière du pain levé. En 2016, l'égyptologue et savant plein d'entrain Seamus Blackley, à partir de restes de levure (d'une certaine levure qui a été trouvée), a reconstitué l'ancien pain égyptien. Je n'ai pas eu l'occasion d'y goûter, mais on dit qu'ils avaient du bon pain.

Le panetier est panetier par lui-même. Il n'est attaché à aucun service. Oui, dans sa corbeille il y a la nourriture de Pharaon, mais Pharaon n'est pas là, à côté. Il se tient là par lui-même, il est à lui-même. Pourquoi Yossef interprète le pain comme la chair du panetier. Le pain comme chair – ce sont des images très chrétiennes. Bien sûr, de façon chrétienne, on peut développer ici beaucoup de choses intéressantes. C'est un bon témoignage de ce que le pain peut symboliser la chair, mais il ne s'agit pas de cela ici. Le pain symbolise justement cet ego, cette particularité même du service. Pourquoi Yossef interprète-t-il un rêve littéralement, et l'autre rêve, l'interprète-t-il symboliquement ? On aurait pu dire : « Dans trois jours, tu porteras du pain à Pharaon, et dans la cour les corbeaux fondront sur toi, mais la garde du palais les chassera ».

Yossef lui-même avait aussi vu auparavant deux rêves différents. Dans le premier rêve, il y avait les frères, il y avait les gerbes, il y avait le souci du ravitaillement, tous se prosternèrent devant lui. Tout cela est compréhensible. Il lui fallait comprendre que voilà, avec l'aide de Yossef, on résoudrait certains problèmes financiers. La particularité du premier rêve, c'est que là, tous travaillaient dans le champ. Chacun accomplissait son service, et Yossef lui-même était au service. Ce n'est pas un rêve statique. Là, les gens étaient à l'ouvrage, y compris Yossef, qui était à l'ouvrage. Dans le second rêve que vit Yossef (le second rêve a une interprétation symbolique et il n'y a en lui aucune action, Yossef n'y fait rien), le soleil, la lune et onze étoiles se prosternent devant lui, et lui, apparemment, ne fait que recevoir la prosternation dans ce rêve.

C'est-à-dire, si l'on prend les deux paires de rêves, en quoi se ressemblent-elles ? En ce que le premier a un sens direct – voici les frères, voici les gerbes. Tout est compréhensible. Dans le second – les étoiles, le soleil, la lune, et Yaakov donne une interprétation symbolique à ce rêve. Il est clair que le premier rêve s'interprète littéralement, le second rêve – symboliquement. Et ici, c'est une paire semblable.

Il est clair qu'il faut interpréter symboliquement, mais pourquoi interpréter précisément vers la mort ? Yossef aussi a deux possibilités de choix, comme deux rêves (ces deux rêves – ce sont aussi, dans une certaine mesure, les rêves de Yossef) : soit tu sers de toute ton expérience, de tout ton savoir-faire, tu présentes la coupe à Pharaon, tu regardes Pharaon (enfin, ton maître, bien sûr, le parallèle pour Yossef) ; soit tu es le Yossef étoilé qui, comme le boulanger, se grise lui-même de ce que tous se prosternent devant lui, et c'est le chemin de la mort. C'est Yossef qui peut mourir, parce que là, sa mère aussi est parmi ceux qui se prosternent, peut-être parce que c'est déjà un autre monde, déjà mort. Là, Yossef peut mourir. C'est le chemin de la vie, c'est le chemin de la mort. Soit tu sers, tu es dans le service. Soit tu es fier de ta position de serviteur, fier de ta position de boulanger, et alors ce chemin, bien sûr, mène à la mort.

Telles sont les deux interprétations, deux variantes de compréhension de ce rêve. Maintenant, la question : qu'en est-il de cette partie de l'interprétation où Yossef dit à l'échanson : « Si tu m'as vu avec toi » ? Pourquoi l'échanson a-t-il oublié Yossef ? Du reste, lisons jusqu'au bout.

וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי יוֹם הֻלֶּדֶת אֶת-פַּרְעֹה וַיַּעַשׂ מִשְׁתֶּה לְכָל-עֲבָדָיו;

VAYHÍ BAYOM HACHELICHÍ YOM HOULLÉDET ET-PAR'Ó VAYÁ'AS MICHTÉ LEKHOL-AVADÁV

20 et il advint au troisième jour, c'était le jour de la naissance de Pharaon, et il fit un festin pour tous ses serviteurs, pour tous ses travailleurs…

Bon, on comprend de nouveau que tout le monde en prison le savait.

וַיִּשָּׂא אֶת-רֹאשׁ שַׂר הַמַּשְׁקִים וְאֶת-רֹאשׁ שַׂר הָאֹפִים בְּתוֹךְ עֲבָדָיו׃

VAYISSÁ ET-RÓCH SAR HAMMACHKÍM VE'ET-RÓCH SAR HA'OFÍM BETÓKH AVADÁV

…il éleva les têtes et de l'échanson, et du panetier au milieu de ses esclaves,


וַיָּשֶׁב אֶת-שַׂר הַמַּשְׁקִים עַל-מַשְׁקֵהוּ וַיִּתֵּן הַכּוֹס עַל-כַּף פַּרְעֹה׃

VAYÁCHEV ET-SÁR HAMMACHKÍM AL-MACHKÉHOU VAYITTÉN HAKKÓS AL-KÁF PAR'Ó

21 et il ramena l'échanson à son vin, et il donna la coupe dans les mains de Pharaon,


וְאֵת שַׂר הָאֹפִים תָּלָה; כַּאֲשֶׁר פָּתַר לָהֶם יוֹסֵף׃

VE'ÉT SAR HA'OFÍM TALÁ KA'ACHÉR PATÁR LAHÉM YOSSÉF

22 et le chef des panetiers, il le pendit, comme le leur avait déchiffré (interprété) Yossef.


וְלֹא-זָכַר שַׂר-הַמַּשְׁקִים אֶת-יוֹסֵף וַיִּשְׁכָּחֵהוּ׃

VELO-ZAKHÁR SAR-HAMMACHKÍM ET-YOSSÉF VAYICHKA'HÉHOU

23 et le chef des échansons ne se souvint pas, de Yossef, et l'oublia.

Yossef s'est-il trompé ? Que se serait-il passé si le chef des échansons était venu chez Pharaon et lui avait dit : « Camarade Pharaon, vous savez, là-bas en prison il y avait un homme qui m'a interprété un songe. Un homme bien est enfermé pour rien » ? Bon, tout le monde est enfermé pour rien. Et l'interprétation d'un songe, c'est une interprétation comme ci, comme ça. Mais même si Pharaon était intervenu, alors effectivement on aurait rendu Yossef à son poste de travail, dans la maison de Potifar. On l'aurait acquitté, et Pharaon lui aurait donné un certificat d'innocence. Peut-être que Potifar se serait disputé avec sa femme. Peu importe, mais l'histoire se serait terminée là. Ou peut-être qu'on aurait remis Yossef en liberté. Il aurait fait son chemin, il aurait lancé une affaire quelconque, avec l'esprit d'entreprise qui était le sien.

Le fait est qu'effectivement l'échanson a vu un songe qui concerne aussi Yossef. Yossef aussi doit monter jusqu'à Pharaon. Maintenant, grâce à l'échanson et au panetier, Yossef connaît Pharaon, comme on dit aujourd'hui, à une poignée de main près. Et effectivement le songe dit que Yossef sera rétabli, sera élevé dans la maison de Pharaon. Et Yossef a tout bien compris, et c'est tout à fait à juste titre que l'échanson l'a temporairement oublié. Il se souviendra de lui, effectivement, il se souviendra, précisément quand viendra le temps pour Yossef d'apparaître dans la maison de Pharaon. Et c'est de cela que parle le songe de Yossef. Précisément dans la maison de Pharaon, et c'est de cela que parle le songe de l'échanson, dans le sens où il touche aussi Yossef. Il reviendra, il se retrouvera dans la maison de Pharaon, il ne reviendra pas dans la maison de Potifar.

Et quelle conclusion pour nous ? La conclusion – ce que les songes enseignent à Yossef, ils nous l'enseignent à nous aussi. Si tu es au service, si tu prends part à une certaine action, si tu participes, si ta position est utilisée pour servir du service qui correspond à ta position, tu es sur le bon chemin. Si tu es simplement fier de ta « carte », de ton titre, de ton statut, alors c'est le chemin de la mort. Si tu es un homme vedette, tu peux te retrouver homme mort. C'est, bien sûr, seulement l'un des angles de vue possibles sur les songes de l'échanson et du panetier. Je n'insiste nullement sur le fait que ce soit la seule version correcte. Je ne fais que jeter du bois dans le petit feu de la pensée.

Haftara

Béréchit Amos 2,6–3,8

Nous allons lire un passage du livre du prophète Amos, du 6e verset du 2e chapitre jusqu'au 8e verset du 3e chapitre de ce livre. Pour mieux comprendre de quoi parle Amos dans notre passage, rappelons-nous de quoi parle le prophète Amos depuis le tout début. Le Très-Haut dit par le prophète Amos que Sa colère est inéluctable sur les peuples qui entourent Israël (sur Damessek, sur Aza, sur Achdod, sur Teïman). Au sujet de chacun des peuples, le Très-Haut dit pour quoi Sa colère est inéluctable sur ce peuple. Mais le Très-Haut n'a pas envoyé le prophète Amos parler à ces peuples. Toutes ces paroles sont adressées au peuple d'Israël. Peut-être pour que de telles paroles, si bonnes pour la bouche d'Israël, ce baume pour l'âme de l'Israélite, attirent l'attention de la foule. Tout le monde aime se rassembler et écouter quels vilains et quels croque-mitaines vivent autour de nous, comment le Très-Haut est en colère contre nos méchants voisins et comment Il les punira. Et voilà, quand autour du prophète se rassemble une foule qui l'écoute bouche bée, et peut-être même en se frottant les mains de joie, alors retentit la prophétie du prophète sur le peuple d'Israël. Et c'est justement elle que nous allons lire.

כֹּה אָמַר יְהוָה עַל-שְׁלֹשָׁה פִּשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל וְעַל-אַרְבָּעָה לֹא אֲשִׁיבֶנּוּ עַל-מִכְרָם בַּכֶּסֶף צַדִּיק וְאֶבְיוֹן בַּעֲבוּר נַעֲלָיִם׃

koh amar adonay al chlocha pich'ey yisra'el ve al arba'a lo achivennou al mikhram bakkessef tsaddik ve'evyon ba'avour na'alayim

6 Ainsi a dit le SEIGNEUR : « Pour trois crimes d'Israël et pour quatre, je ne le ramènerai pas (je ne le détournerai pas), parce qu'ils ont vendu (vendent) le juste pour de l'argent et le pauvre – pour des sandales ».

Presque chaque phrase demande sa propre explication. Que signifie עַל-שְׁלֹשָׁה פִּשְׁעֵי יִשְׂרָאֵל וְעַל-אַרְבָּעָה לֹא אֲשִׁיבֶנּוּ ? Certains le traduisent ainsi : « À cause de trois et de quatre crimes d'Israël, Je ne détournerai pas ma colère contre lui ». Le mot אֲשִׁיבֶנּוּ (achivénou) est traduit ici par je le détournerai et se rapporte à la colère, au châtiment de Dieu. D'autres le comprennent ainsi : « À cause de trois-quatre crimes, Je cesserai de le ramener à moi ». Rabbi Yossi bar Yéhouda, dans le traité Yoma du Talmud de Babylone (traité Yoma 86 b), dit ainsi : « Un homme a péché – on lui pardonne ». C'est-à-dire que si un homme commet une certaine transgression, le Très-Haut lui envoie dans sa vie certaines personnes et certaines circonstances, pour ramener cet homme à lui. Si, après que l'homme s'est rétabli, il pèche une deuxième fois, le Très-Haut fait une deuxième fois la même chose. Et si l'homme pèche une troisième fois, le Très-Haut crée de nouveau les circonstances autour de lui et les gens autour de lui, pour ramener cet homme. Si l'homme le fait une quatrième fois, alors le Très-Haut n'envoie plus de gens dans sa vie. Si l'homme se réveille lui-même, s'il a une impulsion intérieure de revenir, alors, bien sûr, il revient et le Très-Haut l'accepte. Cela fait écho à ce qui est dit dans le livre de Yov : « Tout cela, Dieu le fait deux fois, trois fois avec un seul homme » (ce sont les paroles d'Élihou du livre de Yov 33,29).

Il y a deux compréhensions de cette phrase. La première : pour trois-quatre crimes, c'est-à-dire si certains crimes sont devenus une nature, sont devenus une partie du peuple, sont devenus un comportement communément admis, le Très-Haut déversera déjà inéluctablement sa colère sur ce peuple. L'autre compréhension, c'est qu'après trois-quatre fois le Très-Haut cesse d'appeler son peuple à la repentance. L'un comme l'autre est très difficile à comprendre et à accepter, parce que (pour ce qui me concerne) je crois en la miséricorde inconditionnelle du Très-Haut, en ce qu'Il veut toujours la repentance du pécheur.

De quoi est-il question ensuite ?

עַל-מִכְרָם בַּכֶּסֶף צַדִּיק וְאֶבְיוֹן בַּעֲבוּר נַעֲלָיִם

al mikhram bakkessef tsaddik ve'evyon ba'avour na'alayim

…parce qu'ils vendent le juste pour de l'argent et le pauvre pour des sandales.

On peut comprendre cela dans le sens simple, de différentes façons. Premièrement, on peut dire ceci : il y a un certain juste, un pauvre, qui est un homme juste, mais pas riche en argent, et il s'est trouvé qu'il s'est retrouvé avec une dette. Pour cette dette, même si c'est une dette tout à fait insignifiante, pas plus que le prix de sandales, on le vend en esclavage.

Une autre compréhension concerne les juges. Le Très-Haut parle très souvent du jugement véritable. Et on peut comprendre ainsi : les juges penchent, en rendant la sentence, contre l'homme pauvre et contre l'homme juste pour une petite rétribution, pour une rétribution qui ne vaut en tout et pour tout que des sandales. C'est-à-dire que non seulement ils sont vénaux, mais leur vénalité est si habituelle qu'un gros pot-de-vin n'est même plus nécessaire, tant la corruption est devenue naturelle en Israël.

Il y a une troisième compréhension. Pour la comprendre, rappelons-nous ce qui est dit dans le livre de Rout (4,7) : « Or, en Israël, il en allait ainsi depuis les temps anciens : lors du rachat et lors de l'échange, pour confirmer toute affaire, l'un ôtait son soulier et le donnait à l'autre. Et c'était en Israël un témoignage ». C'est-à-dire que, quand on vendait ou achetait quelque chose, pour que les gens voient : pris-reçu, vendu-acheté – on passait le soulier de main en main. Et ici le prophète dit qu'on vend le juste, qu'on vend le pauvre sans le moindre scrupule, publiquement, sans se gêner, sans le moindre scrupule, selon toutes les traditions et coutumes du peuple. Ce qu'il faudrait faire, si vraiment, à Dieu ne plaise, en cachette et avec honte, on le fait comme si c'était dans l'ordre des choses et comme si c'était tout à fait légalisé.

Je vais donner un tel exemple. Il y a de nombreuses années, je cherchais pour ma famille un appartement à louer dans la ville de Béer-Chéva. Béer-Chéva se compose de nombreux quartiers différents, dans lesquels vit aussi une population différente. Dans l'un des quartiers de la ville, on a proposé un appartement très bon marché. Le prix était très alléchant. Je l'ai visité et, après la visite, j'hésitais encore : le louer ou ne pas le louer. L'appartement n'était, semblait-il, pas terrible, mais le prix… Et voilà que je suis entré dans un magasin pour m'acheter quelque chose. C'était une petite boutique de quartier, au pied des immeubles. Il y avait une file de trois-quatre personnes, et, pendant que je faisais la queue, soudain deux hommes sont entrés et ont dit : « Excusez-nous, c'est urgent ». Ils ont posé sur la balance un petit sachet de cannabis, et l'un a dit : « Eh bien, tu vois, il y a 15 grammes ici. Pourquoi tu t'indignais ? » Ils ont dit merci au vendeur et sont partis. Et j'ai compris que si dans ce quartier on peut ainsi librement, sans se gêner, sans crainte, se vendre de la drogue les uns aux autres, alors, probablement, je n'ai pas besoin de vivre dans ce quartier. La même chose, mais sous une forme bien plus dure, existait apparemment en Israël, et là on ne vendait pas sans crainte de la drogue, mais des gens, et qui plus est des gens justes.

Revenons à notre verset. N'importe laquelle de ces trois compréhensions, au fond, reflète une seule et même pensée : le mépris de l'homme envers son prochain.

Une tradition ancienne relie ce verset du prophète à la vente de Yossef. Il existe un apocryphe qui s'appelle « Le Testament des Patriarches ». Selon cet apocryphe, chacun des 12 fils de Yaakov, avant sa mort, instruisait ses enfants, partageait ses souvenirs et leur donnait une instruction avant de mourir. Zévouloun, l'un des fils de Yaakov, dit à ses fils au sujet de la vente de Yossef : « Car je n'ai pas eu de part au prix, mes enfants, mais Chimon, et Dan, et Gad, et les enfants, ayant pris son prix, achetèrent des chaussures pour eux-mêmes, et pour leurs femmes, et pour leurs enfants ». Il existe une tradition assez ancienne selon laquelle nos patriarches, quand ils vendirent leur frère Yossef, s'achetèrent avec cet argent des sandales. Il y a à cela beaucoup d'explications différentes. Il est tout à fait possible que cette tradition ait été connue du prophète Amos. En tout cas, à l'époque de la domination grecque, quand on a mis ce chapitre en parallèle avec le chapitre sur la vente de Yossef, très probablement, cette tradition était déjà connue. Les midrachim disent que l'empereur Hadrien, en son temps, lisant les textes du Tanakh (il existe une telle idée, qu'il lisait les textes du Tanakh), ayant vu cette histoire, convoqua auprès de lui les sages du Sanhédrin et dit : « N'est-il pas écrit que celui qui vend son frère mourra ? Recevez le châtiment pour avoir vendu votre frère Yossef pour des sandales ». Bien que ce soit bien des siècles plus tard et que ce ne soient pas les mêmes gens, il en ordonna ainsi. Cela a fait naître une autre tradition, sur les dix mis à mort en expiation du péché.

Une autre tradition dit qu'en réalité Yossef ne fut pas vendu pour 20 pièces d'argent, c'est-à-dire pas simplement pour 20 deniers, mais, comme on dit, pour 20 pièces d'argent à chacun. Chacun des 10 fils reçut 20 pièces d'argent, et en tout, ensemble, ils reçurent 200 pièces d'argent. 200, c'est par la guématria na'alayim – sandales. Ce midrach ne tient pas compte du fait que tous les frères n'ont pas participé à la vente de Yossef. Premièrement, Réouven n'était pas là. Deuxièmement, il n'y avait là, très probablement, pas les fils des servantes, avec lesquels Yossef faisait habituellement paître le troupeau. Et Yossef fut envoyé vers les autres fils. On ne sait pas combien de fils il y avait là. Peut-être six. Mais il y a différents midrachim, il y a une tradition ancienne qui relie ce verset à l'histoire de la vente de Yossef. Et il est important de s'en souvenir, parce que nous le lisons dans le contexte de notre section sur la vente de Yossef.

Nous allons poursuivre avec le verset 7.

הַשֹּׁאֲפִים עַל-עֲפַר-אֶרֶץ בְּרֹאשׁ דַּלִּים וְדֶרֶךְ עֲנָוִים יַטּוּ וְאִישׁ וְאָבִיו יֵלְכוּ אֶל-הַנַּעֲרָה לְמַעַן חַלֵּל אֶת-שֵׁם קָדְשִׁי׃

hacho'afim al afar erets beroch dallim vederekh anavim yattou ve'ich ve'aviv yelkhou el hanna'ara lema'an 'hallel et chem kodchi

On peut comprendre cette phrase de deux façons. On peut dire ainsi : הַשֹּׁאֲפִים עַל-עֲפַר-אֶרֶץ – celui qui aspire à la poussière, c'est-à-dire ceux qui s'abaissent, et s'abaissent tout entiers avec plaisir, au point qu'il n'y a plus plus bas, crèvent le fond, s'abaissent plus bas que la plinthe, s'abaissent dans la boue. On peut employer n'importe quelles expressions pour comprendre. Et ils sont à la tête, ils marchent devant une compagnie de gens tout aussi pauvres et insignifiants. On peut comprendre cela ainsi : il leur plaît que les pauvres se couvrent la tête de cendre. Le fait est que בְּרֹאש (béroch) peut se comprendre en tête, et peut se comprendre sur la tête. Selon cela, le sens de toute la phrase changera. Et de nouveau, qu'on le comprenne d'une manière ou d'une autre, cela indiquera la décomposition morale de ceux dont il est question.

וְדֶרֶךְ עֲנָוִים יַטּוּ

ve derekh anavim yattou

On peut comprendre cela ainsi : ils détournent, ils font pencher le jugement à l'égard des gens pauvres, et on peut comprendre ils se sont écartés du chemin de la modestie, ils ont perdu toute honte, et c'est pourquoi

וְאִישׁ וְאָבִיו יֵלְכוּ אֶל-הַנַּעֲרָה

ve'ich ve'aviv yelkhou el hanna'ara

…un homme avec son père va chez la jeune fille (c'est-à-dire va chez la PROSTITUÉE),

C'est-à-dire que les gens ont tellement perdu leur honte, toute gêne, toute conscience, qu'un homme va avec son père chez la prostituée.

חַלֵּל אֶת-שֵׁם קָדְשִׁי׃

'hallel et chem kodchi

…pour profaner Mon saint nom.

On peut comprendre ici qu'ils vont chez la prostituée et ne tirent pas tant de plaisir de la fréquentation de la prostituée que du sentiment de profaner le Saint Nom. Il y a là un acharnement contre le Très-Haut même.

וְעַל-בְּגָדִים חֲבֻלִים יַטּוּ אֵצֶל כָּל-מִזְבֵּחַ

ve'al bgadim 'havoulim yattou etsel kol mizbea'h

8 sur chaque autel ils s'appuient dans des vêtements confisqués...

De nouveau, il s'agit du dépouillement des pauvres et des indigents. À quelqu'un, pour des dettes, pour quelque chose de non fait et de non accompli, on a pris son vêtement. Et ils se promènent avec, et à n'importe quel autel dont ils s'approchent pour servir le Très-Haut même, ils se présentent et n'ont pas honte d'aller dans des vêtements confisqués.

וְיֵין עֲנוּשִׁים יִשְׁתּוּ בֵּית אֱלֹהֵיהֶם׃

veyn anouchim yichtou beyt eloheyhem

...ET LE VIN DES GENS DÉPOUILLÉS, ILS LE BOIVENT DANS LA MAISON DE LEUR DIEU.

Le Très-Haut parle de l'extraordinaire décomposition morale du peuple, du fait que, bien sûr, Sa colère ne s'éteindra pas contre ce peuple. Le Très-Haut rappelle tous les bienfaits qu'Il a accomplis pour son peuple.

וְאָנֹכִי הִשְׁמַדְתִּי אֶת-הָאֱמֹרִי מִפְּנֵיהֶם אֲשֶׁר כְּגֹבַהּ אֲרָזִים גָּבְהוֹ וְחָסֹן הוּא כָּאַלּוֹנִים

ve'anokhi hichmadti et ha'emori mipneyhem acher kegova arazim gavhou ve'hasson hou ka'allonim

9 ET MOI, J'AI ANÉANTI DEVANT EUX L'AMORÉEN, qui était haut comme les cèdres, ET IL ÉTAIT FORT (protégé), COMME UN CHÊNE...

Je les ai amenés dans ce pays, leur ai préparé ce pays.

וְחָסֹן הוּא כָּאַלּוֹנִים – il était fort ou l'on peut dire protégé (le mot hassoun signifie aujourd'hui immunité, protection), il était protégé, comme un chêne.

וָאַשְׁמִיד פִּרְיוֹ מִמַּעַל וְשָׁרָשָׁיו מִתָּחַת׃

Va'achmid piro mimma'al vecharachav mitta'hat

...mais J'ai anéanti ses fruits en haut et ses racines en bas.

Je l'ai déraciné, J'ai déraciné ce chêne et abattu ce cèdre. J'ai anéanti ce peuple fort devant eux. Je leur ai préparé le chemin vers ce pays, pour vivre, vivre tranquillement et prospérer dans ce pays.

וְאָנֹכִי הֶעֱלֵיתִי אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם וָאוֹלֵךְ אֶתְכֶם בַּמִּדְבָּר אַרְבָּעִים שָׁנָה לָרֶשֶׁת אֶת-אֶרֶץ הָאֱמֹרִי׃

ve'anokhi he'eleti etkhem me'erets mitsrayim vaolekh etkhem bammidbar arba'im chana larechet et erets ha'emori

10 ET MOI, JE VOUS AI FAIT MONTER DU PAYS D'ÉGYPTE, et 40 ANS J'AI MARCHÉ AVEC VOUS DANS LE DÉSERT. J'ÉTAIS CONSTAMMENT AVEC CE PEUPLE, POUR QU'ILS HÉRITENT DE LA TERRE DE L'AMORÉEN.

« Et à quoi bon tout cela, s'ils se conduisent ainsi dans la terre où Je les ai amenés ? » Le Très-Haut parle aussi du fait d'avoir été constamment, dans le pays aussi, le Guide et le Protecteur de ce peuple.

וָאָקִים מִבְּנֵיכֶם לִנְבִיאִים וּמִבַּחוּרֵיכֶם לִנְזִרִים

va'akim mibnekhem linvi'im oumibba'houreykhem linzirim

11 Je suscitais d'entre vos fils des prophètes et d'entre vos jeunes gens me suscitais des Naziréens....

Ici, il ne s'agit pas tant des gens qui ont pris sur eux le serment des naziréens, que des gens qui, comme Chimchon, dès le sein de leur mère étaient destinés à être des serviteurs.

הַאַף אֵין-זֹאת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל נְאֻם-יְהוָה׃

ha'af eyn zot bney yisra'el ne'oum adonay

« ...n'en est-il pas ainsi, fils d'Israël ? » – dit le Très-Haut.

« N'est-ce pas ainsi, camarades juifs ? » – dit le SEIGNEUR. « Est-ce que Je n'ai pas fait tout cela pour vous ? Comment pouvez-vous vous justifier ? J'ai tout fait pour que vous viviez de manière juste et viviez dans la justice. Je vous ai envoyé des naziréens et des prophètes. Qu'avez-vous fait ? »

וַתַּשְׁקוּ אֶת-הַנְּזִרִים יָיִן

vattachkou et hannezirim yayin

12 « Vous faisiez boire du vin aux naziréens...

Là où leur force était de ne pas boire de vin, de s'abstenir du vin pour être au service, là vous les séduisiez et leur faisiez boire du vin.

וְעַל-הַנְּבִיאִים צִוִּיתֶם לֵאמֹר לֹא תִּנָּבְאוּ׃

ve'al hannevi'im tsivvitem lemor lo tinnavou

...ET LES PROPHÈTES, VOUS LES BÂILLONNIEZ (VOUS LEUR ORDONNIEZ DE NE PAS PROPHÉTISER).

Vous ne les laissiez pas servir. Cela semble une action de jours depuis longtemps révolus, une légende de la plus profonde antiquité. En réalité, aujourd'hui aussi, quand un homme prend sur lui un certain service, une certaine fonction (qu'elle ne soit pas de naziréen, qu'elle ne soit pas prophétique), un homme jeûne, par exemple, ou un homme a soudain découvert pour lui-même le Chabbat, a pris sur lui l'observance du sabbat. Combien de gens essaient de détourner un homme du chemin de l'observance du sabbat ! Si un homme a découvert pour lui-même qu'il veut servir le Très-Haut en s'abstenant de nourriture impure, si un homme a décidé que le Très-Haut veut qu'il s'abstienne de nourriture impure, et que cet homme dit à son entourage : « Je ne veux pas manger de viande impure, je ne veux pas manger de porc ». Combien y aura-t-il autour de lui de gens désireux de le nourrir de ce porc ! En ce sens, les choses n'ont pas bougé. Bon, un homme ne mange pas, un homme sert ainsi, Dieu merci. D'ailleurs, cela concerne aussi le monde tout à fait laïc. Dis à des gens laïcs, tout à fait incroyants, que tu ne manges pas de poisson, ou de foie, ou d'oignon, et tu rencontreras tout un concours de ménagères qui voudront te nourrir de foie mangeable, d'oignon mangeable ou de poisson mangeable. Ce yétser, cette tentation vit en tous les hommes. Mais ici on la dirigeait contre les serviteurs du Très-Haut. S'il y avait un nazir, il fallait lui faire boire du vin, pour qu'il soit un pécheur, comme nous. S'il y avait un prophète, alors nous ne voulons pas l'écouter, pour que, à Dieu ne plaise, il ne nous corrige pas d'une manière ou d'une autre. Et le Très-Haut dit : « Ma colère se déversera sur vous ».

הִנֵּה אָנֹכִי מֵעִיק תַּחְתֵּיכֶם כַּאֲשֶׁר תָּעִיק הָעֲגָלָה הַמְלֵאָה לָהּ עָמִיר׃

hinne anokhi me'ik ta'hteykhem ka'acher ta'ik ha'agala hamle'a lah amir

13 VOICI, JE VOUS CHARGERAI COMME EST CHARGÉE UNE CHARRETTE DE GERBES.

Et de nouveau, c'est une phrase difficile à traduire. Certains la traduisent en disant : « Je vous écraserai comme une charrette chargée de gerbes passe sur quelqu'un ». Mais cela s'accorde difficilement avec le sens du mot méik – charge, poids. On peut dire : « Je vous chargerai comme on charge une charrette de gerbes, pour qu'il soit impossible de bouger de place, pour, dans cette course qui est la vôtre vers le péché, dans votre aspiration à vous vautrer dans la boue, vous arrêter d'une manière ou d'une autre. Je vous chargerai comme on charge une charrette de gerbes, de sorte que vous n'aurez nulle part où avancer. Je vous arrêterai quand Je vous chargerai ».

וְאָבַד מָנוֹס מִקָּל וְחָזָק לֹא-יְאַמֵּץ כֹּחוֹ וְגִבּוֹר לֹא-יְמַלֵּט נַפְשׁוֹ׃

ve'avad manos mikkal ve'hazak lo ye'ammets ko'ho vegibbor lo yemallet nafcho

14 Et le salut a disparu (la possibilité de s'enfuir a disparu) pour le léger, et le fort ne rassemblera pas ses forces, et le héros ne sauvera pas son âme,

וְתֹפֵשׂ הַקֶּשֶׁת לֹא יַעֲמֹד וְקַל בְּרַגְלָיו לֹא יְמַלֵּט וְרֹכֵב הַסּוּס לֹא יְמַלֵּט נַפְשׁוֹ׃

vetofes hakkechet lo ya'amod vekal beraglav lo yemallet verokhev hassous lo yemallet nafcho

15 ET L'ARCHER NE SE TIENDRA PAS DEBOUT (NE POURRA PAS SE RELEVER), ET CELUI QUI A LES PIEDS RAPIDES NE S'ENFUIRA PAS, ET CELUI QUI GALOPE À CHEVAL NE SAUVERA PAS NON PLUS SON ÂME.

וְאַמִּיץ לִבּוֹ בַּגִּבּוֹרִים עָרוֹם יָנוּס בַּיּוֹם-הַהוּא נְאֻם-יְהוָה׃

ve'ammits libbo baggibborim arom yanous bayom hahou ne'oum adonay

16 peut-être le plus fort de cœur parmi les héros se sauvera-t-il nu en ce jour-là », – dit le SEIGNEUR.

Bon, par nu on ne veut pas dire qu'il s'enfuira forcément sans vêtements, mais qu'il s'enfuira tel qu'il est, il ne pourra même pas emporter ses biens. Si quelqu'un, un seul parmi les héros, se sauve en ce jour-là, alors, peut-être, il se sauvera de toute façon tel qu'il est, avec ce qu'il aura sur lui.

Ici se termine le deuxième chapitre. Nous commençons à lire le troisième chapitre.

שִׁמְעוּ אֶת-הַדָּבָר הַזֶּה אֲשֶׁר דִּבֶּר יְהוָה עֲלֵיכֶם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל עַל כָּל-הַמִּשְׁפָּחָה אֲשֶׁר הֶעֱלֵיתִי מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם לֵאמֹר׃

chimou et haddavar hazze acher dibber adonay aleykhem bney yisra'el al kol hammichpa'ha acher he'eleti me'erets mitsrayim lemor

1 « Écoutez, cette parole que le SEIGNEUR vous dit, fils d'Israël, à toute la famille que J'ai fait monter du pays d'Égypte, en disant :

Pourquoi ici le peuple d'Israël est-il appelé famille ? Une famille, c'est un groupe de gens qui sont liés par des relations de parenté ou d'alliance. Ce sont soit des parents, soit des gens dans l'alliance. Et le Très-Haut dit : « À toute la famille, à toute votre lignée, à tous ceux qui sont liés par des liens de parenté, à toute la famille, qui devrait justement se conduire comme une famille, c'est à toute cette famille que Je m'adresse ».

רַק אֶתְכֶם יָדַעְתִּי מִכֹּל מִשְׁפְּחוֹת הָאֲדָמָה

rak etkhem yadati mikkol michpe'hot ha'adama

2 « Je ne connais que vous parmi toutes les familles de la terre...

Qu'est-ce que cela signifie ? Dieu a-t-il des horizons si étroits ? Il n'a pas entendu parler des autres peuples ? Le mot יָדַעְתִּי (yadati) signifie une proximité complète, la connaissance l'un de l'autre. Si l'on transpose cela aux relations entre un homme et un homme, entre un homme et une femme, il y a quatre niveaux de liens : le regard (quand les gens ne font que se regarder l'un l'autre), le toucher (quand il y a aussi une communication tactile), le baiser (quand ces attouchements deviennent sensuels) et l'union charnelle, la connaissance (quand ces sentiments, la fusion sont pleinement réalisés, quand la fusion est complète). Le Très-Haut dit : « Je ne connais que vous. Ce n'est qu'avec vous que Je suis proche, plus proche qu'avec n'importe lequel des peuples de la terre, plus proche qu'avec n'importe laquelle des familles terrestres ».

עַל-כֵּן אֶפְקֹד עֲלֵיכֶם אֵת כָּל-עֲוֹנֹתֵיכֶם׃

al ken efkod aleykhem et kol avonoteykhem

…C'est pourquoi Je vous demanderai compte de tous vos péchés ».

C'est-à-dire qu'à vous, comme à des parents, on demande aussi davantage. Bon, donnons un exemple. Si vous avez chez vous des enfants (vos enfants ou les enfants d'invités) et que quelqu'un se met à faire des bêtises, votre propre enfant, vous pouvez le punir plus que l'enfant d'un autre. À l'enfant d'un autre, vous pouvez simplement dire : « Ne viens pas ici ». Ou dire à votre enfant : « Ne sois pas ami avec lui ». C'est justement son propre enfant qu'on peut punir davantage.

Et ici le Très-Haut dit ensuite :

הֲיֵלְכוּ שְׁנַיִם יַחְדָּו בִּלְתִּי אִם-נוֹעָדוּ׃

hayelkhou chnayim ya'hdav bilti im no'adou

3 deux marcheront-ils ensemble, s'ils ne se sont pas mis d'accord ?

C'est-à-dire que, quand vous êtes sortis avec moi d'Égypte, nous avions un accord, nous avons pris une décision. Vous êtes sortis avec Moi – donc vous êtes avec moi dans l'alliance, vous êtes Mon peuple. Ce n'est pas de manière unilatérale que Je vous connais.

הֲיִשְׁאַג אַרְיֵה בַּיַּעַר וְטֶרֶף אֵין לוֹ

hayich'ag ar'ye baya'ar veteref eyn lo

4 mais se peut-il qu'un lion rugisse dans la forêt et qu'il n'ait pas de proie ?..

« Vous pensez que Je parle comme ça, pour rien, que Je ne suis qu'un bruit de vent ? Non, si Je parle, alors, comme pour le lion dans la forêt, la proie est déjà entre Mes mains. Vous êtes déjà entre Mes mains ».

הֲיִתֵּן כְּפִיר קוֹלוֹ מִמְּעֹנָתוֹ בִּלְתִּי אִם-לָכָד׃

hayitten kefir kolo mimme'onato bilti im lakhad

…Le lionceau donnera-t-il de la voix depuis ses demeures, s'il n'a pas attrapé de proie ?

De nouveau, ici le Très-Haut dit : « Si Je parle, si Je rugis, même le lionceau ne rugit pas pour rien. Ce rugissement qui est le mien, c'est un avertissement très sérieux ».

הֲתִפֹּל צִפּוֹר עַל-פַּח הָאָרֶץ וּמוֹקֵשׁ אֵין לָהּ

hatippol tsippor al pa'h ha'arets oumokech eyn lah

5 un oiseau tombera-t-il dans un piège, alors qu'il n'y a pas de loquet pour lui ?..

« Pensez-vous vraiment que vous pouvez vous échapper, si vous vous êtes déjà fait prendre, si vous êtes déjà saisis ? »

הֲיַעֲלֶה-פַּח מִן-הָאֲדָמָה וְלָכוֹד לֹא יִלְכּוֹד׃

haya'ale pa'h min ha'adama velakhod lo yilkod

…le filet commencera-t-il à se soulever au-dessus de la terre, si l'oiseau ne s'y est pas fait prendre ?

Ici, il faut sans doute se représenter le fonctionnement du piège pour comprendre ce qui se passe. Mais, en somme, ce n'est pas si difficile à se représenter.

אִם-יִתָּקַע שׁוֹפָר בְּעִיר וְעָם לֹא יֶחֱרָדוּ אִם-תִּהְיֶה רָעָה בְּעִיר וַיהוָה לֹא עָשָׂה׃

im yittaka chofar be'ir ve'am lo ye'heradou im tih'ye ra'a be'ir va adonay lo assa

6 se peut-il que le chofar retentisse dans la ville et que le peuple ne craigne pas ? S'il y a un malheur dans la ville, et que ce n'est pas le SEIGNEUR qui l'a fait ?

« Écoutez, le chofar retentit, pourquoi donc n'éprouvez-vous pas de peur ? Du rugissement du lion, les animaux ont peur. Cela signifie qu'il a déjà attrapé. De toute façon, c'est effrayant. Pourquoi, quand le chofar retentit dans la ville, n'avez-vous pas peur ? Je vous envoie des prophètes. Avant que J'attrape la proie, avant que Je crie comme un lion, J'envoie le chofar, J'envoie mes prophètes. Pourquoi n'avez-vous pas peur ? Pourquoi ne pensez-vous pas que les malheurs qui arriveront dans la ville, ce n'est pas de Moi ? »

Ensuite le Très-Haut parle de sa grâce envers les prophètes et envers son peuple, d'une grâce dont il serait stupide de ne pas profiter.

כִּי לֹא יַעֲשֶׂה אֲדֹנָי יְהוִה דָּבָר כִּי אִם-גָּלָה סוֹדוֹ אֶל-עֲבָדָיו הַנְּבִיאִים׃

ki lo ya'asse adonay adonay davar ki im gala sodo el avadav hannevi'im

7 car le SEIGNEUR ne fera rien, à moins de révéler son secret à ses serviteurs les prophètes.

Le Très-Haut dit ici : « Je ne vous surprendrai pas soudainement. Je n'attaquerai pas, Je ne vous punirai pas sans avertissement, si ce secret qui est le mien, Je ne le révèle pas à mes prophètes. Alors on peut penser que les prophètes, peut-être, diront : « Aha, compris, j'en ai pris note. Merci, SEIGNEUR ! Je prends ma famille et je pars ».

Ensuite le Très-Haut dit :

אַרְיֵה שָׁאָג מִי לֹא יִירָא אֲדֹנָי יְהוִה דִּבֶּר מִי לֹא יִנָּבֵא׃

ar'ye cha'ag mi lo yira adonay adonay dibber mi lo yinnave

8 TOUT LE MONDE A PEUR QUAND LE LION RUGIT. SI LE SEIGNEUR PARLE AU PROPHÈTE, LE PROPHÈTE PROPHÉTISERA (SI LE SEIGNEUR A PARLÉ, QUI NE PROPHÉTISERA PAS) ? C'est-à-dire que le Très-Haut dit : « J'envoie exprès vers vous des prophètes, Je suscite des prophètes, bien que parfois cela semble inutile. Parfois c'est effrayant. Je vous envoie des prophètes, parce que Je ne veux pas faire quoi que ce soit sans avertissement. Que ces prophètes soient comme un chofar, comme une trompette dans la ville, pour que vous craigniez, pour que vous craigniez ce chofar, pour que vous n'ayez pas à craindre ensuite le rugissement du lion. Écoutez la voix du prophète, qui vous avertit »

Lisez aussi : Vayichla'h, Mikets et les sections hebdomadaires de la Torah.

Original russe : alexblend.com
Cette traduction a été réalisée avec l’aide de l’IA et nécessite encore une révision linguistique et une correction par des locuteurs natifs.

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    Sommaire de cette section

    1. 1Vayéchev : comment tout a commencé 37,1–11
    2. 2Une histoire de route 37,12–23
    3. 3À la recherche d'un vendeur 37,23–26
    4. 4Et pendant ce temps 38,1–12
    5. 5Que peut une femme ? 38,13–30
    6. 6Une femme torride 39,1–22
    7. 7Ce qu'on rêve en prison (40,1–23)
    8. 8La femme de Potifar
    9. 9Yossef et le Machia'h
    10. 10À chacun son rêve
    11. 11Haftara Amos 2,6–3,8

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