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וַיִּגַּשׁ
Vayigach
Yéhouda, Yossef et la rencontre de la famille
- Section hebdomadaire
- 11 sur 54
- Versets
- Béréchit 44,18–47,27
- Parties
- 10
- Temps de lecture
- 2 h 28 min
- Vues
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Vayigach est la section hebdomadaire sur le discours de Yéhouda et la rencontre de la famille de Yossef. Alex Blend analyse la défense de Binyamin, le retour des frères auprès de leur père, l'installation en Égypte et l'économie de la famine. Le sténogramme comprend l'hébreu, la translittération, la traduction et des commentaires sur la Torah et sur la haftara tirée de Yé'hezkel.
Vayigach : pour la défense du père
Béréchit 44,18–34
Nous avons laissé nos héros au moment où l'on a trouvé dans le sac de Binyamin la coupe de Yossef qu'on y avait glissée. Les frères retournent à la maison de Yossef, Binyamin est accusé de vol. Yéhouda propose que tous les frères deviennent esclaves de Yossef. Yossef refuse cette idée et dit : « Non, ce serait injuste, que Binyamin, que celui dans le sac duquel on a trouvé la coupe, que celui-là soit mon esclave, et vous, allez en paix, je n'ai rien à vous reprocher. » Et à ce moment, Yéhouda s'adresse à Yossef avec un discours, celui que nous allons justement lire. Il faut se rappeler que Yéhouda comprend qu'il a peu de temps, personne ne le laissera prononcer un long discours, comme ceux de Cicéron. Il faut parler brièvement, avec insistance et de façon que l'interprète puisse traduire commodément (nous nous rappelons qu'ils parlent par l'intermédiaire d'un interprète). Ce discours de Yéhouda a suscité beaucoup de commentaires différents, qui s'éloignent beaucoup du sens simple et dans lesquels on voit que Yéhouda attaque constamment Yossef, en lui parlant d'injustice, du fait qu'il est injuste dès le départ, et l'accuse de toutes les manières, l'amenant presque au repentir. Mais si nous lisons le sens simple, si nous lisons simplement ce discours, on voit que c'est un discours finement construit, habile, d'un homme qui veut obtenir des faveurs du gouverneur.
וַיִּגַּשׁ אֵלָיו יְהוּדָה וַיֹּאמֶר בִּי אֲדֹנִי יְדַבֶּר־נָא עַבְדְּךָ דָבָר בְּאָזְנֵי אֲדֹנִי וְאַל־יִחַר אַפְּךָ בְּעַבְדֶּךָ כִּי כָמוֹךָ כְּפַרְעֹה׃
vayiggách eláv yehoudá vayomer bi adoní yedabber-ná avdekhá davár be'ozné adoní ve'al-yí'har appekhá be'avdékha ki khamókha kefar'ó
18 Et Yéhouda s'approcha de lui et dit : « En moi, mon maître, Permets donc à ton esclave de dire une parole aux oreilles de mon maître Et que ta colère ne s'enflamme pas Contre ton esclave, Car tu es comme Pharaon.
Il s'approcha, bien sûr, de Yossef. Le mot vayiggách (il s'approcha) ne signifie pas simplement s'approcher, se rapprocher, mais s'approcher pour engager une conversation. C'est ainsi qu'on dit aussi en russe moderne : « tu viendras me trouver demain » ou « j'irai le trouver à ce sujet », c'est-à-dire aller voir quelqu'un pour obtenir une décision.
En moi, mon maître signifie deux choses à la fois. Premièrement, c'est un serment : « Je jure par moi-même, je jure par ma vie : ce que je vais dire maintenant, c'est la vérité, c'est vrai, j'en réponds. » Et deuxièmement : « Avec moi, mon maître, c'est avec moi que tu dois négocier. » Yéhouda n'est pas le premier-né, le premier-né, c'est Réouven, ensuite viennent Chimon et Lévi. Yéhouda est le quatrième fils, et en principe, c'est Réouven qui aurait dû parler, ou, à la rigueur, Binyamin, pris la main dans le sac. Mais Yéhouda commence cette conversation, parce que c'est justement lui qui a pris la responsabilité de Binyamin. Il a pris la responsabilité, c'est donc à lui d'en répondre.
Tu es comme Pharaon – une flatterie subtile : « Nous te considérons comme Pharaon, avec tout le respect, mais cela exige de la retenue. Tu es un grand politique, et céder ainsi à tes émotions, ce n'est pas du tout ton niveau. C'est pourquoi je vais te parler, et toi, ne me fais pas exécuter, permets-moi de dire un mot, ne te mets pas en colère, car il ne te sied pas de t'emporter pour des broutilles contre de quelconques Cananéens, même s'ils ont essayé de te voler quelque chose. »
אֲדֹנִי שָׁאַל אֶת-עֲבָדָיו לֵאמֹר הֲיֵשׁ-לָכֶם אָב אוֹ-אָח׃
adoní cha'ál et-avadáv lemór hayech-lakhém av o-á'h
19 Le maître interrogeait ses esclaves, en disant : « Avez-vous un père ou un frère ? »
Yéhouda rappelle en apparence à Yossef ce qui s'est passé, mais en réalité, tout ne s'est pas passé ainsi. Yossef les a accusés d'être des explorateurs, d'être des espions, et alors ils lui ont raconté eux-mêmes qu'ils avaient un frère et un père. Mais maintenant Yéhouda n'a pas beaucoup de temps, il a une dizaine de minutes ou 16 versets de la Torah pour tout son discours, et il ne veut pas rappeler l'ancien conflit, pour que ne se réveille pas chez Yossef sa vieille idée : « Et si vous étiez vraiment des espions ? Et la coupe, vous l'avez volée elle aussi à des fins d'espionnage (de l'espionnage technologique) ? »
וַנֹּאמֶר אֶל־אֲדֹנִי יֶשׁ־לָנוּ אָב זָקֵן וְיֶלֶד זְקֻנִים קָטָן וְאָחִיו מֵת וַיִּוָּתֵר הוּא לְבַדּוֹ לְאִמּוֹ וְאָבִיו אֲהֵבוֹ׃
vannómer el-adoní yech-lánou av zakén veyéled zekouním katán ve'a'hív met vayivvatér hou levaddó le'immó ve'avív ahevó
20 et Nous avons dit à notre maître : Nous avons un vieux père, qui a un jeune fils de vieillesse, Et son frère est mort (il s'agit, bien sûr, de Yossef), Et il est resté seul de sa mère, Et son père l'aime.
Le jeune fils de vieillesse, c'est Binyamin. Il a 31-32 ans, il a 10 enfants. Mais ne nous accrochons pas aux détails, il est vraiment pour son père un ná'ar (jeune homme). Le fils cadet reste au service de son père, sa femme est au niveau d'une servante de la maison, telle est la tradition de l'Orient. Et il est ná'ar non par l'âge, mais par le statut. Cette règle, cette langue s'est conservée jusqu'à la période grecque ancienne, et dans les textes judéo-grecs nous lisons quelque chose de semblable.
Tout cela, ils ne l'avaient pas raconté à Yossef, c'est Yéhouda qui le dit maintenant. Imaginez ce que vit Yéhouda. Yéhouda est le quatrième fils de Léa. Le premier fils, elle l'a appelé Réouven : « Maintenant il va, maintenant il va, mon cher Yaakov, voir que je lui ai enfanté un fils, et lui, il m'aimera. » Un an après naquit Chimon : « Le SEIGNEUR m'a entendue, m'a donné un fils, et enfin Yaakov m'aimera. » Ensuite naquit Lévi, et elle l'a appelé ainsi : « Maintenant il va marcher avec moi, maintenant il yitlavéle (sera mon compagnon), parce que je lui ai enfanté trois enfants. » Toute la biographie des relations de Léa et de Yaakov, toute la tragédie de Léa était dans les noms de ses fils. C'est là-dedans que Yéhouda a grandi, et il voyait qu'il y avait une tante que son papa aimait davantage. Cette tante donne naissance à Yossef, que son papa aime lui aussi davantage, et c'est dur à accepter. Et il nous semble maintenant que c'est facile de dire : « Il a là un fils de vieillesse qu'il aime, et nous ? Et nous alors, et moi alors ? » C'est pourtant très dur à accepter. Et ces mots coûtent très cher à Yéhouda.
וַתֹּאמֶר אֶל־עֲבָדֶיךָ הוֹרִדֻהוּ אֵלָי וְאָשִׂימָה עֵינִי עָלָיו׃
vattómer el-avadékha horidoúhou eláy ve'assíma ení aláv
21 Et tu as dit à tes esclaves : « Faites-le descendre vers moi (faites descendre vers moi le garçon, pas le père, bien entendu), Et je poserai sur lui mon œil. »
Poser l'œil (nous lisons une pensée semblable chez Yirméyahou (39,12) : « Prends-le, et veille sur lui, et ne lui fais aucun mal ») signifie je vais veiller sur lui ici. C'est-à-dire que Yéhouda dit : « Tu l'as appelé, et en partie, dans une certaine mesure, tu as pris la responsabilité de lui, tu as promis de veiller sur lui. » Tout cela, Yossef ne l'avait pas dit à Yéhouda et ne l'avait pas dit aux frères. Yéhouda embellit un peu l'information. Yossef ne va tout de même pas se disputer avec lui pour des détails ? Et le tableau qui se dessine est assez beau.
וַנֹּאמֶר אֶל-אֲדֹנִי לֹא-יוּכַל הַנַּעַר לַעֲזֹב אֶת-אָבִיו וְעָזַב אֶת-אָבִיו וָמֵת׃
vannómer el-adoní lo-youkhál hanná'ar la'azóv et-avív ve'azáv et-avív vamét
22 Et nous avons dit à notre maître : « Ce garçon ne peut pas quitter son père. s'il quitte son père, il mourra. »
Ici, on ne comprend pas : est-ce le père qui mourra ou le fils qui mourra ? Mais Yéhouda rappelle simplement à Yossef comment cela ne s'est pas passé en réalité.
וַתֹּאמֶר אֶל-עֲבָדֶיךָ אִם-לֹא יֵרֵד אֲחִיכֶם הַקָּטֹן אִתְּכֶם לֹא תֹסִפוּן לִרְאוֹת פָּנָי׃
vattómer el-avadékha im-ló yeréd a'hikhém hakkatón ittekhém lo tossifoún lir'ót panáy
23 Et tu as dit à tes esclaves : « Si votre frère cadet ne descend pas avec vous, Vous ne verrez plus mon visage. »
Bon, et pourquoi auraient-ils besoin de voir son visage ? Son visage est nécessaire pour obtenir constamment la licence d'achat du blé. C'est-à-dire : « Si vous n'amenez pas avec vous le jeune homme, ce n'est pas seulement mon visage que vous ne verrez pas. » Passe encore pour le visageLe russe emploie ici une expression familière, littéralement « Dieu soit avec lui, avec le visage », qui veut dire « tant pis pour le visage ». Nous la rendons par une tournure française de même sens., mais le blé non plus, vous ne le verrez pas, la nourriture, vous ne la verrez pas, et cela signifie que, peut-être, il faudra mourir de faim.
וַיְהִי כִּי עָלִינוּ אֶל-עַבְדְּךָ אָבִי וַנַּגֶּד-לוֹ אֵת דִּבְרֵי אֲדֹנִי׃
vayhí ki alínou el-avdekhá aví vannagged-ló et divré adoní
24 Et il advint : Quand nous sommes montés vers ton esclave, mon père, Et lui avons dit les paroles de notre maître, c'est-à-dire les tiennes,
וַיֹּאמֶר אָבִינוּ שֻׁבוּ שִׁבְרוּ-לָנוּ מְעַט-אֹכֶל׃
vayomer avínou choúvou chivrou-lánou me'at-ókhel
25 Et notre père a dit : « Descendez de nouveau et achetez-nous un peu de nourriture. »
וַנֹּאמֶר לֹא נוּכַל לָרֶדֶת אִם-יֵשׁ אָחִינוּ הַקָּטֹן אִתָּנוּ וְיָרַדְנוּ כִּי-לֹא נוּכַל לִרְאוֹת פְּנֵי הָאִישׁ וְאָחִינוּ הַקָּטֹן אֵינֶנּוּ אִתָּנוּ׃
vannómer lo noukhál larédet im-yéch a'hínou hakkatón ittánou veyarádnou ki-ló noukhál lir'ót pené ha'ích ve'a'hínou hakkatón enénnou ittánou
26 Et nous lui avons dit : « Nous ne pouvons pas descendre. Seulement si notre petit frère est avec nous, alors nous descendrons. Nous ne pourrons pas voir le visage du maître, si notre frère cadet n'est pas avec nous. »
וַיֹּאמֶר עַבְדְּךָ אָבִי אֵלֵינוּ אַתֶּם יְדַעְתֶּם כִּי שְׁנַיִם יָלְדָה-לִּי אִשְׁתִּי׃
vayomer avdekhá aví elénou attém yeda'tém ki chenáyim yaleda-lí ichtí
27 Et ton esclave, mon père, nous a dit : « Vous savez que ma femme ne m'en a enfanté que deux.
Réfléchissez à ces paroles terribles que dit Yéhouda : « Mon père nous a dit – à nous, aux dix frères : “Vous savez bien que ma femme ne m'en a enfanté que deux, et ce n'est pas vous.” » Dire une telle chose de son père, entendre une telle chose de son père, c'est très dur. En d'autres termes : « En réalité, je n'ai que deux enfants, et vous – vous, eh bien, vous êtes simplement nés comme ça ; vous existez, mais je n'en aime que deux. L'un a disparu, et maintenant voilà que vous allez prendre aussi le second. » Et Yéhouda le dit sans condamnation, bien qu'il y eût de quoi condamner, il y avait de quoi souffrir, il y avait de quoi dire : « Ce Binyamin, avec Yossef, nous est constamment comme un os en travers de la gorge, et notre papa est tout le temps chez leur mère, parce que notre maman lui a été imposée de force. Chez nous, vous savez, camarade Égyptien, il y a une telle tragédie familiale. » Ce sont des choses terribles que dit Yéhouda. Imaginez-vous qu'il raconte cette douleur non pas à Yossef, son frère, mais à un fonctionnaire égyptien par l'intermédiaire d'un interprète. Et il le dit déjà sans rancœur : « Voilà, il y a dans notre famille des frères aimés et des frères mal-aimés », il le dit avec bonté et avec compassion pour son père. C'est un très grand exploit intérieur – le pardon et l'acceptation du fait que tu es un fils mal-aimé. Il continue à citer Yaakov et dit :
וַיֵּצֵא הָאֶחָד מֵאִתִּי וָאֹמַר אַךְ טָרֹף טֹרָף וְלֹא רְאִיתִיו עַד-הֵנָּה׃
vayetsé ha'e'hád me'ittí va'omár akh taróf toráf veló re'itív ad-hénna
28 Et l'un d'eux est sorti de chez moi, Et j'ai dit qu'une bête l'avait déchiré, d'un déchirement l'avait déchiré, je ne l'ai plus vu.
C'est Yéhouda qui le dit, et là, Yossef entend pour la première fois ce que le père pense de sa disparition. Premièrement : « J'ai dit qu'une bête l'avait déchiré. Deuxièmement, ce « et je ne l'ai plus vu » laisse entendre que, peut-être, Yaakov espère encore quelque part que son fils est vivant. Les gens attendent leurs fils, leurs filles, leurs maris, leurs pères, et cela, malheureusement ou heureusement, est propre à l'homme. Et Yossef entend ici pour la première fois cette partie de l'histoire, ce qu'il ne pouvait, bien entendu, pas savoir. Tout un abîme de sentiments doit s'ouvrir devant Yossef.
Quelle remise en question de la vie de la part de Yéhouda ! Pendant ces années, il faut le dire, il a eu le temps de se marier, d'enterrer deux enfants, de voir deux petits-enfants, et cela, bien sûr, change beaucoup un homme. Peut-être qu'après la mort d'Ér et d'Onan, ses deux enfants, Yéhouda a blanchi, a vieilli, tout cela est possible. Mais ce qui est certain – il a appris beaucoup de leçons et, peut-être, s'est mis à apprécier davantage les liens familiaux. Ici, on voit un tout autre homme, qui pardonne, qui se résigne au fait qu'il est le fils mal-aimé dans la famille, et qui apprécie l'amour du père pour le bien-aimé « qui n'est pas lui ». C'est une tragédie très terrible dans le cœur d'un homme, une très puissante force de pardon.
Yaakov continue à parler, dans le récit qu'en fait Yéhouda :
וּלְקַחְתֶּם גַּם-אֶת-זֶה מֵעִם פָּנַי וְקָרָהוּ אָסוֹן וְהוֹרַדְתֶּם אֶת-שֵׂיבָתִי בְּרָעָה שְׁאֹלָה׃
oulka'htém gam-et-zé me'ím panáy vekaráhou asón vehoradtém et-sevatí bera'á che'óla
29 Si vous prenez aussi celui-ci de devant ma face Et qu'il lui arrive un malheur, Vous ferez descendre mon âme, dans le mal, dans la tombe ».
Yaakov a dit (42,38) beyagón (dans l'affliction) che'óla, mais ici Yéhouda dit bera'á (dans le mal) che'óla. Peut-être parce qu'il essaie de parler un hébreu plus simple, peut-être parce que c'est ainsi qu'il rapporte la conversation. Il finit de rapporter ce que disait le père, et ajoute :
וְעַתָּה כְּבֹאִי אֶל-עַבְדְּךָ אָבִי וְהַנַּעַר אֵינֶנּוּ אִתָּנוּ וְנַפְשׁוֹ קְשׁוּרָה בְנַפְשׁוֹ׃
ve'attá kevo'í el-avdekhá aví vehanná'ar enénnou ittánou venafchó kechourá venafchó
30 Maintenant, si je viens vers ton esclave, le père du garçon, Et que le garçon n'est pas là, Et son âme est liée à son âme.
C'est-à-dire : « Il aime Binyamin, notre vie – elle est gratuite, elle ne vaut rien. Il aime Binyamin, et même si nous venons maintenant à dix vers lui, cela ne le consolera pas, cela le tuera de toute façon, parce que son âme est liée à l'âme du garçon, leurs âmes sont liées. »
וְהָיָה כִּרְאוֹתוֹ כִּי-אֵין הַנַּעַר וָמֵת וְהוֹרִידוּ עֲבָדֶיךָ אֶת-שֵׂיבַת עַבְדְּךָ אָבִינוּ בְּיָגוֹן שְׁאֹלָה׃
vehayá kir'otó ki-én hanná'ar vamét vehorídou avadékha et-sevát avdekhá avínou beyagón che'óla
31 dès qu'il verra que le jeune homme n'est pas avec nous, Et il mourra, Et tes esclaves feront descendre Les cheveux blancs de ton esclave, notre père, Avec chagrin dans la tombe.
Ici, il cite déjà Yaakov intégralement : beyagón che'óla – avec chagrin, avec tristesse dans la tombe.
L'essence du discours de Yéhouda n'est pas de dire : « Vous savez, Binyamin est un garçon casanier, je ne sais pas comment cela lui est arrivé ; il a de bonnes références au travail, mais peut-être qu'hier nous avons bu, et il a volé cette coupe ? » ou : « Vous savez quoi ? Chez Binyamin, c'est héréditaire : sa maman aussi a un jour volé des instruments de divination. Il est simplement monothéiste, et voilà, là où il voit quelque chose de divinatoire, il le vole aussitôt. » On aurait pu prendre une troisième stratégie et dire : « Ce garçon se languit tellement de son frère qu'il pensait le retrouver grâce à votre coupe, et c'est pour cela qu'il l'a volée. Ayez pitié ! » On aurait pu parler de n'importe quoi, mais Yéhouda a choisi la variante selon laquelle « notre père mourra si nous ne ramenons pas le jeune homme ». Pourquoi Yéhouda a-t-il choisi cette ligne ? Apparemment, parce qu'il a entendu comment le fonctionnaire égyptien s'intéresse au père, l'interroge à son sujet avec chaleur. Et Yéhouda a décidé de parler de ce qui intéresse Yossef. On ne comprend pas pourquoi Yossef s'intéresse à leur père, mais puisqu'il s'y est intéressé, il fallait d'abord dire : « C'est formidable que tu sois si sensible, c'est formidable que tu aies de l'empathie pour le vieillard. Maintenant, comprends qu'il peut, à Dieu ne plaise, mourir, si nous arrivons et que le jeune homme n'est pas avec nous. »
כִּי עַבְדְּךָ עָרַב אֶת-הַנַּעַר מֵעִם אָבִי לֵאמֹר אִם-לֹא אֲבִיאֶנּוּ אֵלֶיךָ וְחָטָאתִי לְאָבִי כָּל-הַיָּמִים׃
ki avdekhá aráv et-hanná'ar me'ím aví lemór im-ló avi'énnou elékha ve'hatáti le'aví kol-hayamím
32 Car ton esclave (ici il parle de lui-même) s'est porté garant du jeune homme auprès du père, En disant : « Si je ne te le ramène pas, J'ai péché envers mon père tous les jours ».
D'abord Yéhouda change de personne, d'abord il dit : « Si je ne le ramène pas vers toi, j'ai péché envers le père. » Tout cela – c'est l'art du récit rapporté. Yéhouda rapporte tout cela de façon très belle.
וְעַתָּה יֵשֶׁב-נָא עַבְדְּךָ תַּחַת הַנַּעַר עֶבֶד לַאדֹנִי וְהַנַּעַר יַעַל עִם-אֶחָיו׃
ve'attá yechev-ná avdekhá tá'hat hanná'ar éved ladoní vehanná'ar yá'al im-e'háv
33 Que maintenant donc ton esclave (c'est-à-dire moi), je sois, à la place de ce jeune homme, esclave de mon maître, Et que le jeune homme s'en aille avec ses frères.
Que propose Yéhouda ? Yéhouda dit : « Que faire, ce n'est pas moi que mon père aime le plus, c'est Binyamin. Si je reviens sans Binyamin, je serai coupable aux yeux de mon père toute ma vie. Et de vie, je n'en aurai de toute façon pas, mais lui non plus n'aura pas de vie, parce qu'il est attaché par l'âme à l'âme de Binyamin. C'est pourquoi, laisse-moi rester esclave à sa place. Le père l'aime davantage, aie pitié du père. » C'est facile à dire, facile à relire, mais c'est un terrible combat intérieur de l'homme.
כִּי-אֵיךְ אֶעֱלֶה אֶל-אָבִי וְהַנַּעַר אֵינֶנּוּ אִתִּיפֶּן אֶרְאֶה בָרָע אֲשֶׁר יִמְצָא אֶת-אָבִי׃
ki-ékh e'elé el-aví vehanná'ar enénnou ittí pen er'é vará achér yimtsá et-aví
34 Car comment viendrai-je vers mon père, Et le jeune homme n'est pas avec moi ? Pour que je ne voie pas le mal qui arrivera à mon père ».
Je ne sais pas, nous ne savons pas si Yéhouda croit vraiment que Binyamin a volé cette coupe. Ici, il n'y a aucune justification en sa faveur, nous n'entendons aucune justification en sa faveur. Jusqu'à la fin, Binyamin ne prononcera pas un seul mot, et Yossef, très probablement, ne le dira pas aux frères. Et en prenant conscience de cela, peut-être même en voyant en Binyamin un criminel, mais en comprenant que le père l'aime davantage, Yéhouda dit : « Comment retournerai-je auprès du père, si l'adolescent n'est pas avec moi ? » Cette phrase est devenue un symbole, une devise du hassidisme. Les hassidim – des maîtres qui sont allés vers le peuple, vers les gens les plus simples – vers les cochers, vers les cabaretiers, vers ceux qui faisaient les travaux les plus simples et qui, peut-être, s'éloignaient du Très-Haut. Ils allaient vers eux, les servaient, prêchaient et les ramenaient à la Torah avec cette pensée : « Comment viendrai-je au Père, comment puis-je venir au Père (céleste, s'entend) pour les prières, pour le service, si le jeune homme n'est pas avec moi ? »
Tant de sollicitude pour le père, tant d'humilité devant cette lourde inégalité qui existe dans leur famille. Tant d'amour calme et bon pour le père, d'assurance, et la disposition à rester esclave toute sa vie, à ne pas voir ses enfants – tout cela uniquement pour que le fils bien-aimé du père, le chouchou du père, qu'on aurait pu méchamment envier, revienne auprès du père. Un discours tragique, terrible par sa profondeur.
Nous nous sommes arrêtés au moment où Yéhouda a prononcé un discours poignant, au cours duquel il a dit que Binyamin – que voulez-vous – est le fils aimé du père, sans lequel le père mourra. Lui, Yéhouda, ne peut en aucun cas retourner auprès du père sans ce jeune homme. Et c'est pourquoi il a proposé à Yossef de rester lui-même son esclave, à la place de Binyamin. Une affaire avantageuse. Yéhouda est un homme expérimenté, on voit ses mains calleuses. Binyamin, à la différence de lui, est un garçon casanier, et l'échange en vaut la peine. Yéhouda a terminé son discours et s'est figé dans l'attente. C'est là que nous nous sommes arrêtés, vous et moi, et nous continuerons à lire à partir du début du chapitre 45.
וְלֹא־יָכֹל יוֹסֵף לְהִתְאַפֵּק לְכֹל הַנִּצָּבִים עָלָיו וַיִּקְרָא הוֹצִיאוּ כָל־אִישׁ מֵעָלָי וְלֹא־עָמַד אִישׁ אִתּוֹ בְּהִתְוַדַּע יוֹסֵף אֶל־אֶחָיו׃
velo-yakhól yosséf lehit'appék lekhól hannittsavím aláv vayikrá hotsíou kol-ích me'aláy velo-ámad ich ittó behitvaddá yosséf el-e'háv
1 Et Yossef ne put plus se contenir devant tous ceux qui étaient placés auprès de lui, Et il cria : « Faites sortir tout le monde d'auprès de moi ! » Et il n'y avait personne avec lui, Quand Yossef se révéla à ses frères.
Yossef est un homme qui n'est pas simple, il a un statut élevé. À côté de lui, il y a un interprète, un secrétaire, un secrétaire d'état-major, un intendant de la maison, un chargé de missions, un aide de camp et qui l'on veut, autour de lui, il y a plein de domestiques. Et Yossef comprend que tous entendent maintenant le récit de Yéhouda, mais lui seul sait qu'il est question de son père. La tragédie de la famille est déversée devant les domestiques égyptiens, et on peut regarder les visages : l'un a pitié, l'autre est affligé, un autre est curieux. Tout cela, Yossef ne peut pas le supporter. Et pas seulement cela. Nous comprendrons par la suite, nous essaierons de comprendre ce que ressent Yossef lorsqu'il se révèle à ses frères. Ici, la Torah nous laisse déjà entrevoir que Yossef va maintenant se révéler à ses frères.
וַיִּתֵּן אֶת-קֹלוֹ בִּבְכִי וַיִּשְׁמְעוּ מִצְרַיִם וַיִּשְׁמַע בֵּית פַּרְעֹה׃
vayittén et-koló bivkhí vayichmeoú mitsráyim vayichmá bet par'ó
2 Et il donna voix aux larmes, Et les Égyptiens entendirent, et la maison de Pharaon entendit.
Tout ce qu'il retenait, tous ces pleurs ont jailli, et il a donné libre cours à ses larmes.
Il est clair que les Égyptiens ne sont pas simplement sortis. On peut s'imaginer que beaucoup d'entre eux se sont frotté les oreilles contre les murs pour comprendre ce qui se passe là, derrière la porte. Et si le discours, qui sera en hébreu, seul l'interprète le comprendra, les pleurs, tout le monde les comprend, et demain, dans tous les tabloïds sur papyrus, on imprimera : « Yossef pleure. Notre ministre de l'Économie, le bras droit et même la tête de Pharaon pleure. » Toute l'Égypte apprendra aussitôt cet événement.
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-אֶחָיו אֲנִי יוֹסֵף הַעוֹד אָבִי חָי וְלֹא-יָכְלוּ אֶחָיו לַעֲנוֹת אֹתוֹ כִּי נִבְהֲלוּ מִפָּנָיו׃
vayomer yosséf el-e'háv aní yosséf haód aví 'hay velo-yakheloú e'háv la'anót otó ki nivhaloú mippanáv
3 Et Yossef dit à ses frères : « Je suis Yossef ! Mon père est-il encore vivant ? ». Et les frères ne pouvaient pas lui répondre, Car ils avaient pris peur de lui.
Et là, le lecteur est désemparé : que se passe-t-il avec Yossef ? Yossef n'avait-il donc pas entendu auparavant que Yéhouda, dans son discours, avait mentionné 14 fois le père et avait dit : « J'ai un pauvre père, il mourra, il ne le supportera pas » ? Et auparavant, Yossef demandait constamment aux frères des nouvelles de la santé du père. Qu'est-ce qui pousse Yossef, quand il pose en tout premier lieu une telle question ?
Certains commentateurs disent : « Ce cri de l'âme, Yossef le préparait depuis longtemps. Il s'imaginait comment il verrait ses frères, comment il les interrogerait à ce sujet. C'est pourquoi le cri lui échappe instinctivement, sans aucun lien avec le contexte : “Je suis Yossef. Mon père est-il encore vivant ?” »
D'autres disent que, peut-être, Yossef est ici un peu cynique et ironique : « Vous parliez ici du fait que mon père ne supporterait pas la mort de Binyamin, parce qu'il l'aime, et combien ce serait dur pour lui, et comment ses cheveux blancs descendraient avec chagrin dans la tombe. Comment donc lui, comment donc papa a-t-il supporté ma mort ? Je suis Yossef. Mon père est-il encore vivant ? Ma mort à moi, il y a survécu, peut-être qu'il survivra aussi à la mort de Binyamin. » Et on peut, bien sûr, comprendre aussi ainsi, c'est l'une des compréhensions. Mais cela ne cadre pas tout à fait avec les larmes, avec les pleurs. Yossef, après avoir entendu la confession du mal-aimé Yéhouda, se mettrait-il à parler d'une quelconque jalousie envers Binyamin ? C'est compliqué. Tout est possible, parce que l'âme humaine est compliquée, mais il est difficile de s'imaginer une telle chose.
Encore une variante : Yossef ne croit pas du tout à la sincérité de Yéhouda. Et il pense : « Bon, Yéhouda a compris que c'est un point faible, que cela m'intéresse, et c'est pourquoi il appuie sur l'histoire du père, alors que du père, en réalité, il n'y a plus trace depuis longtemps. » Et c'est pourquoi il parle ainsi : « Je suis Yossef. Maintenant dites-moi la vérité, mon père est-il encore vivant » ? C'est aussi une compréhension possible.
Il faut dire qu'au cours de ma vie, j'ai compris Yossef de différentes manières, peut-être parce que moi-même j'étais différent. Et récemment, je me suis rappelé ce que m'enseignait un vieillard hassidique, comment il interprétait ce passage de la Torah, ce dont parle Yossef : « Voilà, vous me racontez maintenant tout cela, vous racontez comment papa a été bouleversé quand j'ai disparu et qu'on ne savait pas ce qui m'était arrivé. Et avec quelle affliction il a envoyé Binyamin, et comment il a peut-être dit : “Celui que j'enterrerai, je l'enterrerai.” Et maintenant, alors que vous êtes tous les onze ici, alors qu'il ne sait pas ce qui vous arrive, est-il vivant maintenant ? Peut-être est-il mort de chagrin et d'inquiétude, avec tous les retards qui vous sont arrivés ici ? Peut-être a-t-il vu quelque chose en songe. Est-il vivant maintenant ? Précisément en cette minute ? Pas quand vous êtes partis, mais précisément maintenant ? » Yossef fut rempli de sollicitude pour son père.
Je me souviens, au jardin d'enfants de mon fils, il y avait un spectacle, et il jouait l'un des frères, et un autre garçon jouait Yossef. Il était assis sur le trône et écoutait Yéhouda, et dans une autre partie de la scène était assis son papa, le papa de ce garçon, qui jouait en même temps le rôle du père de Yossef et représentait Yaakov en pleurs : comme si, dans le récit de Yéhouda, Yaakov était assis et pleurait. Et voilà, le papa pleurait de façon si théâtrale, représentait si joliment Yaakov en pleurs, que Yossef sur le trône n'y tint plus et, en criant : « Papounet ! », courut vers son père. Une impression d'enfant. Peut-être que c'est cette inquiétude-là qui a terrassé Yossef. Il s'est souvenu de son père, il a ressenti non seulement l'amertume de Yéhouda, mais aussi l'amour du père, dont maintenant les douze enfants sont on ne sait où. Et c'est pourquoi il pose une question, semble-t-il, si absurde : « Je suis Yossef. Mon père est-il encore vivant ? »
… car ils avaient pris peur de lui. Les commentateurs en parlent ainsi : « Voilà, quand le Très-Haut viendra nous réprimander, comme nous aurons peur ! » D'autre part, RavouaLe texte russe nomme ici un commentateur « Ravoua », que nous n'avons pas pu identifier avec certitude ; le nom est reproduit tel quel. dit : « Voilà, quand le Machia'h se révélera et nous dira : “Je suis le Machia'h”, il ne faudra ni paroles, ni explications quelconques, ni reproches. » D'un côté, ce sera effrayant, et de l'autre côté, tout s'arrangera aussitôt.
Ainsi donc, les frères se tiennent là effrayés, apparemment ils se tiennent encore à l'autre bout de la salle dans laquelle Yossef les reçoit, et Yossef comprend aussi qu'on les écoute là-bas. Yossef comprend également la stupeur qui a saisi les frères.
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-אֶחָיו גְּשׁוּ-נָא אֵלַי וַיִּגָּשׁוּ וַיֹּאמֶר אֲנִי יוֹסֵף אֲחִיכֶם אֲשֶׁר-מְכַרְתֶּם אֹתִי מִצְרָיְמָה׃
vayomer yosséf el-e'háv gechou-ná eláy vayiggáchou vayomer aní yosséf a'hikhém acher-mekhartém otí mitsraymá
4 Et Yossef dit à ses frères : « Approchez-vous de moi. » Et ils s'approchèrent de lui, Et il dit (encore une fois) : « Je suis Yossef, votre frère, Que vous avez vendu en Égypte.
En partie, c'est de nouveau une soumission instinctive à ce même fonctionnaire égyptien qui venait de leur parler. D'autre part, nous nous représentons que dans la maison de Pharaon, s'il n'y a pas partout des caméras et des micros accrochés, il y a partout des oreilles. Et, effectivement, beaucoup d'oreilles se sont collées aux murs, c'est pourquoi Yossef dit aux frères : « Approchez-vous de moi. » Il y a des commentateurs et des midrachim qui disent : « Les frères voulaient se jeter sur lui et le tuer, mais les anges ne les ont pas laissés faire, et alors Yossef leur a dit : “Approchez-vous de moi.” » D'autres disent : « Yossef les a appelés pour leur montrer la brit mila comme preuve de sa “yosséfité”. » Bon, il me semble que ce sont des midrachim un peu théâtraux. Et simplement pour calmer les frères, il leur dit : « Approchez-vous de moi. »
« Je suis Yossef, votre frère, que vous avez vendu en Égypte. » Il ne fallait pas le crier à toute la cour, pour qu'on n'entende pas : « Ah, ce ne sont pas simplement des gens qui sont venus, voilà donc quelle petite famille a Yossef. Ce sont ces frères-là mêmes qui l'ont vendu qui sont venus. » Cette réprimande, Yossef la fait de manière que personne absolument ne l'entende. Yossef continue et dit :
וְעַתָּה אַל־תֵּעָצְבוּ וְאַל־יִחַר בְּעֵינֵיכֶם כִּי־מְכַרְתֶּם אֹתִי הֵנָּה; כִּי לְמִחְיָה שְׁלָחַנִי אֱלֹהִים לִפְנֵיכֶם׃
ve'attá al-te'atsevoú ve'al-yi'har be'enekhém ki-mekhartém otí hénna ki lemi'hyá chela'háni elohím lifnekhém
5 Et maintenant Ne soyez pas tristes, ne vous découragez pas, Et que ce ne soit pas de l'irritation, que ce ne soit pas de la colère à vos yeux, Que vous m'ayez vendu, Car c'est pour la vie, pour la subsistance que Dieu m'a envoyé devant vous.
Mais pourquoi donc se mettre en colère ici ? Nous allons aussi examiner cela. C'est-à-dire : « Ne désespérez pas et ne soyez pas en colère contre vous-mêmes de m'avoir vendu : souvenez-vous, les gars, que tout est dans les mains de Dieu, quoi que vous ayez projeté. À quoi bon maintenant être en colère contre vous, à quoi bon maintenant vous faire des reproches ? Tout, Dieu l'a fait pour la subsistance. »
כִּי-זֶה שְׁנָתַיִם הָרָעָב בְּקֶרֶב הָאָרֶץ וְעוֹד חָמֵשׁ שָׁנִים אֲשֶׁר אֵין-חָרִישׁ וְקָצִּיר׃
ki-zé chenatáyim hara'áv bekérev ha'árets veód 'haméch chaním achér en-'harích vekattsír
6 Voici déjà deux ans que la famine est sur la terre, Et pendant sept ans encore il n'y aura ni labour ni moisson.
וַיִּשְׁלָחֵנִי אֱלֹהִים לִפְנֵיכֶם לָשׂוּם לָכֶם שְׁאֵרִית בָּאָרֶץ וּלְהַחֲיוֹת לָכֶם לִפְלֵיטָה גְּדֹלָה׃
vayichla'héni elohím lifnekhém lasoúm lakhém che'erít ba'árets oulha'hayót lakhém lifletá gedolá
7 Et le SEIGNEUR m'a envoyé devant vous, Pour vous faire un reste sur la terre, Pour que vous ayez un grand refuge.
Yossef dit : « Le SEIGNEUR a tout prévu, tout cela est pour le bien, n'ayez pas peur. »
וְעַתָּה לֹא-אַתֶּם שְׁלַחְתֶּם אֹתִי הֵנָּה כִּי הָאֱלֹהִים וַיְשִׂימֵנִי לְאָב לְפַרְעֹה וּלְאָדוֹן לְכָל-בֵּיתוֹ וּמֹשֵׁל בְּכָל-אֶרֶץ מִצְרָיִם׃
ve'attá lo-attém chela'htém otí hénna ki ha'elohím vaysiméni le'áv lefar'ó oul'adón lekhol-betó oumochél bekhol-érets mitsráyim
8 Et maintenant, Ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, Mais Dieu, Et a fait de moi un père pour Pharaon Et son maître sur toute sa maison, celle de Pharaon, Et un gouverneur sur toute la terre.
Le mot père est ici au sens de patron, c'est-à-dire l'associé principal dans le travail, responsable des affaires. Bien que nous ayons dit que beaucoup de Pharaons en Égypte ont régné très jeunes, et cela peut être un tel cas, mais ici, très probablement, le mot av (père) est employé au sens figuré. Aujourd'hui, là où il y a des sortes de foyers, où vivent beaucoup de gens, dans les yéchivas et les internats, le responsable s'appelle av bayt (père de la maison) ou ém bayt (mère de la maison).
Yossef a dit maintenant ceci : « Ce n'est pas vous qui m'avez établi ici roi – c'est Dieu qui m'a établi ici roi. » Vous vous souvenez de son rêve ? Quand il leur a raconté le premier rêve sur les épis, les frères ont demandé : « Régneras-tu sur nous ? » ou « Domineras-tu sur nous ? » C'est-à-dire que régner, cela signifie « nous-mêmes, nous t'établirons roi », dominer, cela signifie « tu prendras par la force le pouvoir sur nous ». À cette question, ici, Yossef leur répond consciemment (ou inconsciemment) : « Ce n'est ni vous ni moi, c'est Dieu qui en a décidé ainsi, de Dieu vient l'interprétation des rêves. »
מַהֲרוּ וַעֲלוּ אֶל-אָבִי וַאֲמַרְתֶּם אֵלָיו כֹּה אָמַר בִּנְךָ יוֹסֵף שָׂמַנִי אֱלֹהִים לְאָדוֹן לְכָל-מִצְרָיִם רְדָה אֵלַי אַל-תַּעֲמֹד׃
maharoú va'aloú el-aví va'amartém eláv ko amár binkhá yosséf samáni elohím le'adón lekhol-mitsráyim redá eláy al-ta'amód
9 Hâtez-vous, montez vers mon père Et dites-lui : « Ainsi a dit ton fils Yossef : “Dieu m'a établi maître sur toute l'Égypte, Sans tarder, descends vers moi.
מַהֲרוּ וַעֲלוּ אֶל־אָבִי וַאֲמַרְתֶּם אֵלָיו כֹּה אָמַר בִּנְךָ יוֹסֵף שָׂמַנִי אֱלֹהִים לְאָדוֹן לְכָל־מִצְרָיִם רְדָה אֵלַי אַל־תַּעֲמֹד׃
veyachavtá ve'erets-góchen vehayíta karov eláy attá ouvanékha ouvné vanékha vetsonekhá ouvkarekhá vekhol-acher-lákh
10 Et tu habiteras dans le pays de Gochen, Et tu seras près de moi, Toi et tes fils, Et les fils de tes fils, Ton petit bétail et ton gros bétail – Tout ce qui est à toi.
Le pays de Gochen se trouve à l'est de l'Égypte, c'est la partie la plus orientale, le delta du Nil. Il commençait à l'endroit qui s'appelle Fogas : fo – c'est une sorte d'article dans la langue égyptienne (comme en allemand das, ou en anglais the, ou en hébreu ha) ; gas – c'est l'abréviation des noms guéssem, ou guéchem, ou gochen, ou guéssen – c'est la crue du delta du Nil, des prairies fertiles et vertes à l'est de l'Égypte. De l'autre côté, au nord-est, il se terminait à l'endroit qui s'appelle Per-Ramsès, c'est l'actuelle province d'Ach-Charqiya en Égypte, des prairies très fertiles, des lieux de pâturage. D'ailleurs, la ville de Fakous, dont nous avons parlé plus haut, existe jusqu'à notre époque. Il est vrai que les Arabes ont inventé pour ce nom une étymologie arabe. Bon, mais qu'est-ce que cela change ? Et tout le monde sait que la terre de Gochen est une terre fertile. Et Yaakov le sait sûrement, c'est pourquoi il n'y a pas besoin de lui en parler en détail.
וְהָיִיתָ קָרוֹב אֵלַי אַתָּה וּבָנֶיךָ וּבְנֵי בָנֶיךָ וְצֹאנְךָ וּבְקָרְךָ וְכָל-אֲשֶׁר-לָךְ׃
vekhilkaltí otekhá cham ki-ód 'haméch chaním ra'áv pen-tivvaréch attá ouvetekhá vekhol-acher-lákh
11 Et là, je te donnerai des vivres, Car il y aura encore cinq ans de famine, Pour que tu ne t'appauvrisses pas, toi et ta maison, de tout ce qui est à toi.
Voilà ce que Yossef ordonne aux frères : partir d'urgence chez leur père et lui raconter.
וְהִנֵּה עֵינֵיכֶם רֹאוֹת וְעֵינֵי אָחִי בִנְיָמִין כִּי-פִי הַמְדַבֵּר אֲלֵיכֶם׃
Vehinné enekhém ro'ót ve'ené a'hí vinyamín ki-fí hamdabbér alekhém
12 Car voici, Vos yeux voient Et les yeux de mon frère, Binyamin, voient Que c'est ma bouche qui vous parle.
Presque la phrase américaine read my lips (lis sur mes lèvres), mais ici : « Vous témoignerez vous-mêmes devant votre père que vous m'avez vu, moi qui, en hébreu, dans notre langue de la maison, vous ai dit cela. Et vous, les frères, qui peut-être étiez loin de moi, et Binyamin, qui peut-être, bien qu'il fût petit, était plus proche de moi et se souvient mieux de moi, vous serez témoins que c'est ma bouche qui vous l'a dit, que c'est moi qui vous l'ai promis. »
וְהִגַּדְתֶּם לְאָבִי אֶת-כָּל-כְּבוֹדִי בְּמִצְרַיִם וְאֵת כָּל-אֲשֶׁר רְאִיתֶם וּמִהַרְתֶּם וְהוֹרַדְתֶּם אֶת-אָבִי הֵנָּה׃
vehiggadtém le'aví et-kol-kevodí bemitsrayim ve'ét kol-achér re'itém oumihartém vehoradtém et-aví hénna
13 Et racontez à mon père Tout l'honneur dont je suis entouré en Égypte, Et tout ce que vous avez vu, Et hâtez-vous, et faites descendre mon père ici ».
Yossef, apparemment, est tout de même préoccupé, il s'inquiète justement de ce qui se passe maintenant avec son père. Est-il en bonne santé ? Supportera-t-il tout ce voyage, tout ce voyage de ses fils en Égypte, l'absence de ses fils ? Voilà ce dont, apparemment, Yossef s'inquiète, et pour le convaincre de descendre vers lui, il dit : « Racontez-lui tout ce que vous avez vu. Attirez-le, présentez-lui joliment cette histoire, pour qu'il n'ait pas peur de descendre en Égypte. » Bref : « vous êtes bien ici des orateurs talentueux, vous le convaincrez. » Et une fois qu'il a de nouveau exposé le programme économique (vous vous souvenez, quand il interprétait les rêves pour Pharaon, il a exposé sans émotions le programme économique et a dit ce qu'il fallait faire), il donne libre cours à ses sentiments.
וַיִּפֹּל עַל-צַוְּארֵי בִנְיָמִן-אָחִיו וַיֵּבְךְּ וּבִנְיָמִן בָּכָה עַל-צַוָּארָיו׃
vayippól al-tsavveré vinyamin-a'hív vayévk ouvinyamín bakha al-tsavvaráv
14 Et il tomba au cou de Binyamin, son frère, Et pleura, Et Binyamin pleura sur son cou.
Beaucoup prêtent attention à la forme de l'expression al tsavéré – sur les cous de son frère. Le fait est que le mot cou est aujourd'hui devenu le mot tsavar (singulier). En hébreu ancien, le côté droit et le côté gauche du cou existaient comme des parties distinctes, comme, par exemple, les joues : l'une – lé'hi, la seconde – lé'hi, ensemble lé'hayayim – un pluriel duel ; de même aussi tsavaraïm ou tsavarim – comme les embouchures du cou. Donc, ce n'est pas sur les cous de Binyamin (Binyamin avait un seul cou) qu'il est tombé.
וַיְנַשֵּׁק לְכָל-אֶחָיו וַיֵּבְךְּ עֲלֵיהֶם וְאַחֲרֵי כֵן דִּבְּרוּ אֶחָיו אִתּוֹ׃
vaynachék lekhol-e'háv vayévk alehém ve'á'hare khen dibberoú e'háv ittó
15 et Embrassa chacun de ses frères, et pleura avec eux (sur chacun d'eux, peut-on dire, en serrant dans ses bras chacun d'eux), Et après cela ses frères parlèrent avec lui.
Nous savons très peu de chose de ce que disent les frères. Nous voyons Réouven, Yéhouda dans cette histoire. Nous savons peut-être que Chimon et Lévi sont là quelque part à l'arrière-plan. Les autres frères : Dan, Acher, Yissakhar, Naftali, Gad et Zévouloun, nous ne les entendons pas dans cette histoire. Mais apparemment, les frères lui ont tous parlé, lui ont raconté leur vie de tous les jours. Yéhouda pouvait raconter les deux enfants qu'il avait enterrés, l'histoire avec sa belle-fille. Binyamin – les dix enfants qu'il avait engendrés. Et chacun avait quelque chose à raconter, chacun avait derrière lui toute une vie vécue, bien que ce fussent des gens encore jeunes.
וְהַקֹּל נִשְׁמַע בֵּית פַּרְעֹה לֵאמֹר בָּאוּ אֲחֵי יוֹסֵף וַיִּיטַב בְּעֵינֵי פַרְעֹה וּבְעֵינֵי עֲבָדָיו׃
vehakkól nichmá bet par'ó lemór báou a'hé yosséf vayitáv be'ené far'ó ouv'ené avadáv
16 Et la rumeur parvint à la maison de Pharaon, que Les frères de Yossef sont venus. Cela plut à Pharaon et à ses esclaves.
Tout le monde était content pour Yossef. Pourquoi est-il écrit « et à ses esclaves » ? Aucun des esclaves n'a dit : « Ce Juif, à lui seul, nous opprimait ici, maintenant ils seront douze fois plus nombreux, voire soixante-dix. Et comment cela va-t-il finir ? Ces Juifs ont vendu l'Égypte et l'ont soûlée, l'ont dépravée. » Rien de tel. Apparemment, Yossef a su se placer de telle sorte que les esclaves de Pharaon pouvaient se réjouir de sa joie.
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-יוֹסֵף אֱמֹר אֶל-אַחֶיךָ זֹאת עֲשׂוּ טַעֲנוּ אֶת-בְּעִירְכֶם וּלְכוּ-בֹאוּ אַרְצָה כְּנָעַן׃
vayomer par'ó el-yosséf emór el-a'hékha zot assoú ta'anoú et-be'irekhém oulkhou-vóou artsa kená'an
17 Et Pharaon dit à Yossef : « Dis à tes frères : Voici ce que vous ferez : Chargez maintenant votre bétail, Et allez dans la terre cananéenne.
וּקְחוּ אֶת-אֲבִיכֶם וְאֶת-בָּתֵּיכֶם וּבֹאוּ אֵלָי וְאֶתְּנָה לָכֶם אֶת-טוּב אֶרֶץ מִצְרַיִם וְאִכְלוּ אֶת-חֵלֶב הָאָרֶץ׃
ouk'hoú et-avikhém ve'et-battekhém ouvóou eláy ve'ettená lakhém et-toúv érets mitsráyim ve'ikhloú et-'helev ha'arets
18 Prenez votre père Et vos maisons Et venez vers moi (maintenant ils ont une invitation personnelle de Pharaon), Et je vous donnerai Le meilleur de ce qu'il y a dans la maison, dans le pays d'Égypte, Et ils mangeront de la graisse de la terre ».
וְאַתָּה צֻוֵּיתָה זֹאת עֲשׂוּ קְחוּ-לָכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם עֲגָלוֹת לְטַפְּכֶם וְלִנְשֵׁיכֶם וּנְשָׂאתֶם אֶת-אֲבִיכֶם וּבָאתֶם׃
ve'attá tsouvvéta zot assoú ke'hou-lakhém me'érets mitsráyim agalót letappekhém velinchekhém ounsatém et-avikhém ouvatém
19 Et toi, ordonne qu'on fasse ainsi : Prenez-vous du pays d'Égypte des chars Pour vos enfants et pour vos femmes, Et sur eux amenez votre père.
וְעֵינְכֶם אַל-תָּחֹס עַל-כְּלֵיכֶם כִּי-טוּב כָּל-אֶרֶץ מִצְרַיִם לָכֶם הוּא׃
ve'enekhém al-ta'hós al-kelekhém ki-toúv kol-érets mitsráyim lakhém hou
20 Et que vos yeux ne regrettent pas quelque bagatelle, des ustensiles, ne soyez pas mesquins en vous préparant, Car tous les biens de la terre d'Égypte seront à vous ».
וַיַּעֲשׂוּ-כֵן בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיִּתֵּן לָהֶם יוֹסֵף עֲגָלוֹת עַל-פִּי פַרְעֹהוַיִּתֵּן לָהֶם צֵדָה לַדָּרֶךְ׃
vaya'assou-khén bené yisraél vayittén lahém yosséf agalót al-pí far'ó vayittén lahém tsedá laddárekh
21 Et les fils d'Israël firent ainsi, Et Yossef leur donna Des chars, selon la bouche de Pharaon, Et leur donna des vivres pour la route.
Les chars, c'est la technologie de pointe de l'Égypte, Yossef n'a pas le droit d'en disposer lui-même, c'est pourquoi les chars, il les a donnés « selon la bouche de Pharaon ».
לְכֻלָּם נָתַן לָאִישׁ חֲלִפוֹת שְׂמָלֹת וּלְבִנְיָמִן נָתַן שְׁלֹשׁ מֵאוֹת כֶּסֶף וְחָמֵשׁ חֲלִפֹת שְׂמָלֹת׃
lekhoullám natán la'ích 'halifót semalót oulvinyamín natán chelóch me'ót késsef ve'haméch 'halifót semalót
22 À tous il donna, À chacun il donna un vêtement de dessus et de dessous, Et à Binyamin il donna trois cents pièces d'argent Et cinq vêtements de rechange.
Les commentateurs disent : « Pourquoi a-t-il donné à Binyamin ? Et pourquoi précisément trois cents pièces d'argent ? » Et il est dit ainsi : « Quiconque vend un esclave juif aux païens, celui-là est mis à l'amende (c'est le Talmud, traité Guittin, et bien que cette loi soit tardive, elle sera pour nous ici pertinente et intéressante). Il encourt une amende au décuple. Le prix d'un esclave juif est de 30 pièces d'argent, c'est pourquoi à chacun des dix frères, sur leur prime de 300 pièces d'argent, on a retenu 300 pièces d'argent. Ils reçoivent zéro, et Binyamin reçoit un paiement au décuple pour ne pas avoir participé à la vente de Yossef.
וּלְאָבִיו שָׁלַח כְּזֹאת עֲשָׂרָה חֲמֹרִים נֹשְׂאִים מִטּוּב מִצְרָיִם וְעֶשֶׂר אֲתֹנֹת נֹשְׂאֹת בָּר וָלֶחֶם וּמָזוֹן לְאָבִיו לַדָּרֶךְ׃
oul'avív chalá'h kezót assará 'hamorím nosse'ím mittoúv mitsráyim ve'ésser atonót nosse'ót bar valé'hem oumazón le'avív laddárekh
23 Et à son père il envoya dix ânes, chargés de tous les biens de l'Égypte, Et dix ânesses, Qui portaient du blé, et du pain, Et des provisions pour son père pour la route.
וַיְשַׁלַּח אֶת-אֶחָיו וַיֵּלֵכוּ וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם אַל-תִּרְגְּזוּ בַּדָּרֶךְ׃
vayshallá'hLa translittération russe lit ici « vayichla'h », comme le nom de la section, alors que l'hébreu porte « vayshalla'h » (il renvoya). La ligne française suit l'hébreu. et-e'háv vayelékhou vayomer alehém al-tirgezoú baddárekh
24 Et il renvoya ses frères, Et ils partirent, Et il leur dit : « ne vous querellez pas, ne vous disputez pas en chemin ».
Ne vous querellez pas pour savoir qui a vendu qui et où, qui est coupable de quoi, qui a reçu quoi. C'est-à-dire gardez la paix, allez en paix, ne vous querellez pas, ne vous mettez pas en colère. Ainsi, Yossef laissa partir ses frères.
Nous nous sommes arrêtés au moment où Yossef a pris congé de ses frères déjà en tant que Yossef, et leur a recommandé de ne pas se disputer en chemin. Pharaon a béni l'opération de réinstallation d'Israël en Égypte organisée par Yossef, a pourvu les frères de chars, et par une route somptueuse, avec les chars, avec le bétail chargé, ils montent vers le pays d'Israël, pour emmener Yaakov en Égypte, lui raconter les joyeuses nouvelles.
וַיַּעֲלוּ מִמִּצְרָיִם וַיָּבֹאוּ אֶרֶץ כְּנַעַן אֶל-יַעֲקֹב אֲבִיהֶם׃
vaya'aloú mimmitsráyim vayavóou érets kená'an el-yaakóv avihém
25 Et ils montèrent d'Égypte, Et ils vinrent dans le pays cananéen Vers Yaakov, leur père.
Avant tout, sans entrer chez eux, sans se déchausser, désireux de partager la bonne nouvelle, les frères se sont précipités vers leur père. C'est ainsi qu'on peut le comprendre. Onze frères – chacun a sa famille, sa maison, son endroit où l'on attend le pain – d'emblée, en caravane, sur des chars, on peut dire en un somptueux cortège, arrivent et se garent devant la tente de Yaakov.
וַיַּגִּדוּ לוֹ לֵאמֹר עוֹד יוֹסֵף חַי וְכִי-הוּא מֹשֵׁל בְּכָל-אֶרֶץ מִצְרָיִם וַיָּפָג לִבּוֹ כִּי לֹא-הֶאֱמִין לָהֶם׃
vayaggídou lo lemór od yosséf 'hay vekhi-hoú mochél bekhol-érets mitsráyim vayáfog libbó ki lo-he'emín lahém
26 Et ils lui dirent, en disant : « Yossef, Yossef, lui, est encore vivant ! Et en plus, il gouverne toute la terre égyptienne. » Et il s'arrêta, il se figea, le cœur de Yaakov, Car il ne les crut pas.
Et voilà, « ni salut, ni bonjour », les fils ont fait irruption et disent une chose pareille.
Yaakov, on peut dire, tombe sans connaissance, presque évanoui à une telle pensée. Il faiblit, non, il ne perd pas connaissance, mais il faiblit et tombe, son cœur s'est arrêté. Le mot lafoúg au sens de afougá – cessation, suspension, arrêt du cœur. Il ne les a pas crus – visiblement, ils manigancent encore quelque chose. Les commentateurs disent : « Eh bien voilà, tel est le sort du petit menteur : même quand il dit la vérité, personne ne le croit. » Ces mêmes frères qui lui avaient montré le vêtement de Yossef baigné de sang, teint de sang, disent maintenant que Yossef est vivant. Et ce n'est pas tout, il domine en plus sur l'Égypte. Comment, de quelle manière étonnante ? Bien sûr, c'est difficile à croire.
וַיְדַבְּרוּ אֵלָיו אֵת כָּל-דִּבְרֵי יוֹסֵף אֲשֶׁר דִּבֶּר אֲלֵהֶם וַיַּרְא אֶת-הָעֲגָלוֹת אֲשֶׁר-שָׁלַח יוֹסֵף לָשֵׂאת אֹתוֹ וַתְּחִי רוּחַ יַעֲקֹב אֲבִיהֶם׃
vaydabberoú eláv et kol-divré yosséf achér dibbér alehém vayár et-ha'agalót acher-chalá'h yosséf lassét otó vatte'hí roúa'h yaakóv avihém
27 Et ils lui racontèrent toutes les aventures de Yossef, qu'il leur avait racontées, tout ce qu'il leur avait ordonné de raconter, Et il vit tous les chars que Yossef avait envoyés pour le transporter, Et alors l'esprit de Yaakov, leur père, se ranima.
Les chars (j'en ai déjà parlé) – c'est la technologie de pointe de l'Égypte. Dans toute la région, seule l'Égypte en a, et l'Égypte non plus n'en a pas tellement. Les simples Égyptiens n'ont pas de tels chars, c'est un équipement royal. Et c'est pourquoi, naturellement, seule la parole de Pharaon pouvait faire envoyer un tel taxi royal chercher Yaakov. C'est ce qui a convaincu Yaakov. Il y a des commentateurs qui racontent quelque chose d'un peu différent : que Yaakov avait étudié un certain chapitre du Talmud avec Yossef, et voilà, quand il a vu les chars, c'étaient des associations avec ce chapitre. Mais il y a pourtant le sens simple, et d'après le sens simple il est clair que Yaakov a vu ce luxe et a compris que voler des chars pour le tromper ainsi, ce n'est pas comme teindre un vêtement de sang. Et alors l'esprit de Yaakov se ranima, Yaakov reprit vie, revint à lui. On peut dire (et cela aussi est remarqué, il y a là une telle nuance) qu'à ce moment l'Esprit de Dieu descendit sur lui.
וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל רַב עוֹד־יוֹסֵף בְּנִי חָי אֵלְכָה וְאֶרְאֶנּוּ בְּטֶרֶם אָמוּת׃
vayomer yisraél rav od-yosséf bení 'hay ELÉKHA VE'ER'ÉNNOU BETÉREM AMOÚTLa translittération russe s'arrête au dernier mot sur « amou », sans la consonne finale. La ligne française suit l'hébreu : « amout » (je mourrai).
28 Et Yisraël dit : « Grand ! Mon fils Yossef est encore vivant.
Dans la traduction russe, rav, c'est assez. Non, pas assez. Rav, c'est beaucoup, c'est grand. On peut le dire ainsi : « Comme elle est grande, la grâce que m'a faite le Très-Haut ! » Une réaction étonnante de Yaakov, du point de vue d'un homme croyant. Un autre se serait mis à dire : « Gloire au SEIGNEUR ! Grandes sont Tes œuvres, SEIGNEUR ! Comme Tu as fait beaucoup ! Gloire à Dieu ! Baroukh haChem ! Ichtaba'h Chémo ! », et il aurait prononcé beaucoup d'autres bénédictions. Mais dans la maison de Yaakov, la foi n'est pas toujours exposée aux regards, et voilà que la prière de Yaakov, dans son cœur pur, s'exprime en un seul mot : « Grand ! » C'est-à-dire : « Quelle grande chose, quelle grande miséricorde le Très-Haut a faite avec moi ! » Là encore, cette phrase aussi, ce mot, les commentateurs l'interprètent de différentes manières. Certains disent : « Notre Yossef, ouh là là, qu'il est costaud, comme il s'est élevé haut ! », et ce n'est pas la même chose que : « Voilà, mon Yossef est vivant ! » Et, très probablement, ce mot rav est aussi employé plus loin, dans les Téhillim par exemple, très souvent pour glorifier le Très-Haut. Il y a ici une merveilleuse exclamation de joie, qui est en même temps une prière. Nous prions parfois par des exclamations inexprimées, parfois par des exclamations exprimées, et cela aussi peut être une prière. Faites attention : quand les petits enfants s'offrent des cadeaux les uns aux autres, ils ne disent pas merci, de rien, je t'en prie – ils se réjouissent. Il y a une émotion de joie que l'enfant partage en retour, et par sa joie il exprime sa reconnaissance. Et quand nous nous réjouissons de ce que le Très-Haut nous donne, alors la joie d'avoir un Père si attentionné, la joie qu'Il prenne ainsi soin de nous – elle peut en elle-même être plus grande que les mots merci, Gloire à Toi, Grande est Ta miséricorde, parce qu'Il sait que la Gloire est à Lui et que Sa miséricorde est grande, mais la joie du cœur, la sincérité, elle est difficile à atteindre. C'est pourquoi on peut voir ici que Yaakov, par ce mot rav, prie le Très-Haut.
Nous avons terminé le chapitre 45 et nous continuons avec le verset 1 du chapitre 46 :
וַיִּסַּע יִשְׂרָאֵל וְכָל־אֲשֶׁר־לוֹ וַיָּבֹא בְּאֵרָה שָּׁבַע וַיִּזְבַּח זְבָחִים לֵאלֹהֵי אָבִיו יִצְחָק׃
vayissá yisraél vekhol-acher-ló vayavó be'éra cháva vayizbá'h zeva'hím
1 Et Yisraël partit, Yisraël se mit en route Et tout ce qu'il a (faites attention, il ne partit pas sur les chars), Et il vint à Bé'er-Chéva, Et il offrit un sacrifice au Dieu de son père, Yits'hak.
Des sacrifices, bien sûr, on en offrait aussi avant Yaakov. On les offrait à commencer par Kayin et Hevel, et Noa'h, et Avraham, et Yits'hak. Pour la première fois, on offre ici non pas une olá (holocauste), mais un zéva'h (sacrifice de paix). Le nombre des fils de Yaakov est rétabli à douze ; par conséquent, la promesse de l'alliance qui a été donnée à Yits'hak se réalise déjà, et Yaakov offre le sacrifice zéva'h. La différence entre le sacrifice zéva'h (sacrifice de paix, de propitiation) et le sacrifice olá (holocauste), c'est que l'holocauste est entièrement brûlé, il est tout entier pour le Très-Haut, tandis que le sacrifice de propitiation est un sacrifice que mange aussi celui qui l'offre. C'est un repas commun avec le Très-Haut. Et ici, au moment de la conclusion de l'alliance, de l'accomplissement de l'alliance entre Israël et le Très-Haut, ici Yaakov offre un tel sacrifice.
Pourquoi est-il écrit : au Dieu de Yits'hak, et non au Dieu d'Avraham ? Eh bien, premièrement, l'homme est tenu d'honorer son père plus que son grand-père, c'est ce que dit la plupart des commentateurs. Il y a encore un détail important : Yits'hak, en son temps, voulait lui aussi descendre en Égypte à cause de la famine. Le Très-Haut lui est apparu et lui a dit de ne pas descendre. Yaakov arrive à Bé'er-Chéva, un lieu très important pour le peuple, pour lui, pour Yits'hak, pour Avraham, dans un lieu où il y a sûrement aussi les anciens autels qu'ils y avaient dressés. Et Yaakov y offre un sacrifice avec la question : au fond, doit-il descendre en Égypte ou ne pas descendre ? Peut-être tout cet enthousiasme qui est le sien est-il tout à fait déplacé ?
וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים לְיִשְׂרָאֵל בְּמַרְאֹת הַלַּיְלָה וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב יַעֲקֹב וַיֹּאמֶר הִנֵּנִי׃
vayomer elohím leyisraél bemar'ót halláyla vayomer yaakóv yaakóv vayomer hinnéni
2 Et Dieu dit à Israël dans une vision de nuit, Et il lui parla : « Yaakov, Yaakov ! » Et il dit : « me voici ».
וַיֹּאמֶר אָנֹכִי הָאֵל אֱלֹהֵי אָבִיךָ אַל־תִּירָא מֵרְדָה מִצְרַיְמָה כִּי־לְגוֹי גָּדוֹל אֲשִׂימְךָ שָׁם׃
vayomer anokhí ha'él elohé avíkha al-tirá meredá mitsráyma ki-legóy gadól assimekhá cham
3 Et il lui dit : « Je suis le Dieu de ton père, Ne crains pas de descendre en Égypte, Car Je ferai de toi là-bas un grand peuple. Je t'établirai là-bas comme un grand peuple.
« Ne crains pas », on le dit précisément à celui qui a peur. Il n'y a pas ici de cas où Yaakov dirait : « Mais je n'ai pas peur du tout ! Et ça nous est bien égal ! » Non, c'est précisément pour cela qu'il a offert des sacrifices zeva'hím, c'est précisément pour cela que le Très-Haut lui dit : « Ne crains pas ! Je ferai de toi là-bas, réaliserai ton potentiel de grand peuple. »
אָנֹכִי אֵרֵד עִמְּךָ מִצְרַיְמָה וְאָנֹכִי אַעַלְךָ גַם-עָלֹה וְיוֹסֵף יָשִׁית יָדוֹ עַל-עֵינֶיךָ׃
anokhí eréd immekhá mitsráyma ve'anokhí a'alkhá gam-aló veyosséf yachít yadó al-enékha
4 Je descendrai avec toi en Égypte, Je te ferai monter et ferai monter ton peuple, Et Yossef fermera, posera les mains sur tes yeux. »
Ce que dit ici le Très-Haut est très important. Naturellement, le SEIGNEUR – Il se trouve partout, Il ne peut pas déménager de Jérusalem en Égypte. Il dit que : « Je serai avec toi en Égypte, Ma providence, Mon dessein, Mes yeux seront sur toi constamment en Égypte. » C'est-à-dire que tout est pensé, tout est dans le dessein : « J'ai tout prévu pour toi. Je vais avec toi. Je te conduis par la main. Donc, quoi qu'il arrive, Je te ferai monter, tu reviendras en Israël (tu seras enterré en Israël, dans ce cas précis), et ferai monter tes fils. »
« Yossef fermera tes yeux » – une vieille coutume, elle existe chez tous les peuples, y compris chez le peuple d'Israël : quand quelqu'un meurt, une personne qui lui est proche lui ferme les yeux.
וַיָּקָם יַעֲקֹב מִבְּאֵר שָׁבַע וַיִּשְׂאוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל אֶת-יַעֲקֹב אֲבִיהֶם וְאֶת-טַפָּם וְאֶת-נְשֵׁיהֶם בָּעֲגָלוֹת אֲשֶׁר-שָׁלַח פַּרְעֹה לָשֵׂאת אֹתוֹ׃
vayákom yaakóv mibbe'ér cháva vayis'oú vené-yisraél et-yaakóv avihém ve'et-tappám ve'et-nechehém ba'agalót acher-chalá'h par'ó lassét otó
5 Et Yaakov se leva de Bé'er-Chéva, Et les fils d'Israël emmenèrent Yaakov, leur père, Et leurs enfants, Et leurs femmes Sur ces chars Que Pharaon avait envoyés pour le transporter.
On remarque que c'est précisément pour Yaakov, pour l'honorer, que Pharaon a envoyé les chars. Les enfants et les femmes, naturellement, on les a emmenés aussi – ils n'allaient tout de même pas marcher à pied. Mais c'est seulement au moment où Yaakov a reçu la bénédiction du Très-Haut qu'il monte sur les chars « extraterritoriaux », pour ainsi dire. Il entre sur le territoire de l'Égypte en montant dans les chars. Avant cela, il n'est dit nulle part qu'il se déplaçait sur ces chars.
וַיִּקְחוּ אֶת-מִקְנֵיהֶם וְאֶת-רְכוּשָׁם אֲשֶׁר רָכְשׁוּ בְּאֶרֶץ כְּנַעַן וַיָּבֹאוּ מִצְרָיְמָה יַעֲקֹב וְכָל-זַרְעוֹ אִתּוֹ׃
vayik'hoú et-miknehém ve'et-rekhouchám achér rakhechoú be'érets kená'an vayavóou mitsráyima yaakóv vekhol-zar'ó ittó
6 Et ils prirent leur bétail, Et leurs biens, Tout ce qu'ils avaient acquis dans la terre cananéenne, Et ils vinrent en Égypte, Yaakov et toute sa semence avec lui.
Qu'est-ce qu'ils n'ont pas pris ? Pourquoi est-il écrit : « tout ce qu'ils avaient acquis dans la terre cananéenne » ? Ils n'ont pas pris avec eux le bétail qu'ils avaient acheté, qu'ils avaient acquis à 'Haran. Car Yaakov était venu de 'Haran avec de grands troupeaux. Et il a, apparemment, mis à part ce qui, des fruits de la terre d'Israël, descend d'Israël en Égypte. Tout ce qui venait de 'Haran, on pouvait le vendre, le convertir en argent. Mais la véritable bénédiction que Yaakov fait descendre en Égypte, ce n'est pas la bénédiction de 'Haran, c'est la bénédiction de la terre cananéenne, du pays qui est le pays d'Israël. C'est pourquoi la Torah relève justement un tel détail, qu'ils ont pris ce qu'ils avaient acquis dans le pays cananéen.
בָּנָיו וּבְנֵי בָנָיו אִתּוֹ בְּנֹתָיו וּבְנוֹת בָּנָיו וְכָל-זַרְעוֹ הֵבִיא אִתּוֹ מִצְרָיְמָה׃
banáv ouvné vanáv ittó benotáv ouvnót banáv vekhol-zar'ó heví ittó mitsráyma
7 Les fils, et les fils de ses fils avec lui, Et ses filles, et les filles de ses fils, Et toute sa semence, Il amena avec lui en Égypte.
Les filles des fils, elles sont comme des fils quant à l'héritage, tandis que les fils des filles n'héritent pas ainsi, parce que la fille s'en va dans la maison de son mari et là, elle hérite déjà de la maison de son mari. C'est pourquoi les fils des filles sont à part, tandis que les filles des fils restent dans la maison du père, dans la maison du fils, et, par conséquent, elles héritent aussi autrement.
Ainsi donc, Yaakov et toute sa famille descend en Égypte. Ensuite, la Torah va énumérer les noms de tous les fils, et nous allons, avec l'aide de Dieu, essayer de suivre comment et quels noms les fils de Yaakov donnaient à ses petits-fils. Nous avons dit que les noms sont des prières, les noms sont des espérances, les noms sont des signes. Et peut-être qu'en examinant les noms, nous apprendrons encore quelque chose sur eux. Car, au fond, nous savons très peu de choses sur la plupart des fils de Yaakov, dont il est simplement parfois seulement mentionné qu'ils sont nés, et rien de plus n'est connu sur eux. Peut-être qu'en étudiant les noms, nous pourrons justement comprendre quelque chose.
Nous nous sommes arrêtés là où la Torah nous a raconté comment Yaakov et toute sa famille avec les fils et les petits-fils descend en Égypte. Et dans notre passage, la Torah va énumérer les noms de toute la famille de Yaakov, de tous ceux qui descendent avec lui en Égypte. Ces noms, nous allons essayer de les examiner un peu.
וְאֵלֶּה שְׁמוֹת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל הַבָּאִים מִצְרַיְמָה יַעֲקֹב וּבָנָיו בְּכֹר יַעֲקֹב רְאוּבֵן׃
ve'élle chemót bene-yisraél habba'ím mitsráyima yaakóv ouvanáv bekhór yaakóv re'ouvén
8 Voici les noms des fils d'Israël qui descendent en Égypte : Yaakov et les fils, Le premier-né de Yaakov – Réouven.
וּבְנֵי רְאוּבֵן חֲנוֹךְ וּפַלּוּא וְחֶצְרוֹן וְכַרְמִי׃
ouvné re'ouvén 'hanókh oufalloú ve'hetsrón vekharmi
9 Et les fils de Réouven : 'Hanokh, Palyou, 'Hatsran, Karmi.
Réouven a quatre fils et ils s'appellent 'Hanokh, Palyou, 'Hatsran et Karmi. Le nom 'Hanokh, la plupart des lecteurs le connaissent sûrement sous la forme Hénoch. C'est ainsi que s'appelait le premier fils de Kayin, le premier-né du premier-né d'Adam, c'est-à-dire qu'Adam avait un premier-né et le premier-né avait un fils, il s'appelait 'Hanokh. Le premier-né de la septième génération, que « le SEIGNEUR a pris de la terre », portait lui aussi le nom de 'Hanokh, ce 'Hanokh, on l'appelle « le septième depuis Adam ». Yaakov aussi a un premier-né, et ce premier-né a lui aussi un premier-né, et lui aussi s'appelle 'Hanokh. 'Hanokh signifie renouvelé, initiateur, prémices de quelque chose de nouveau. Par exemple, la pendaison de crémaillère en hébreu, c'est 'hanoukát-bayt. Et la fête du Renouvellement ('Hanouká) vient de cette même racine.
Palyou est un nom qui sonne de façon inhabituelle à l'oreille moderne, c'est le deuxième fils de Réouven. Son nom vient de la racine פלה (pé-lamed-hé) – qui sait distinguer, qui s'y connaît dans les subtilités, qui sait raisonner finement, capable de faire la distinction entre les choses.
Le troisième fils de Réouven s'appelle 'Hatsran. L'une des compréhensions de ce nom est liée elle aussi au sens averti, qui s'y connaît, qui sait délimiter les choses, qui connaît les frontières entre les choses – un juriste expérimenté comme ça, « retors ». Le second sens de ce mot est plus simple, de la racine 'hatsér (cour), et il désigne simplement un homme sédentaire, un homme qui est passé au mode de vie sédentaire.
Le nom du quatrième fils est Karmi, ce qui signifie moi – la vigne du Très-Haut ou le SEIGNEUR – mon Vigneron, on peut aussi le traduire ainsi, ou né dans la vigne (si l'on veut être tout à fait prosaïque), de la racine kérem – vigne.
Que peut-on dire de ces noms ? Si l'on tient compte du fait que Palyou et 'Hatsran sont l'un et l'autre des termes juridiques, particuliers, on peut dire qu'il s'agit d'une sorte de lutte pour des droits. Et alors, dans le nom de Karmi – ma part d'héritage venant du Très-Haut, ma vigne –, on peut discerner que Réouven, dans une certaine mesure, essaie de défendre ses droits de primogéniture, de lutter pour sa primogéniture. Et alors sa vigne, c'est sa part, reçue comme part du premier-né ou déjà non pas comme premier-né, on peut raisonner de différentes manières. Voilà les quatre fils qu'a Réouven.
וּבְנֵי שִׁמְעוֹן יְמוּאֵל וְיָמִין וְאֹהַד וְיָכִין וְצֹחַר וְשָׁאוּל בֶּן-הַכְּנַעֲנִית׃
ouvné chim'ón yemou'él veyamín ve'óhad veyakhín vetsó'har vecha'oúl ben-hakkena'anítLa translittération russe écrit le dernier mot avec « ka » ; l'hébreu porte « ke » avec redoublement, d'où « hakkena'anít » dans la ligne française.
10 Voici les fils de Chimon : Yémouël, et yamin, et ohed, et yakhin, et its'har, et cha'oul, fils de la Cananéenne.
Donc, Yémouël, le fils aîné de Chimon, son nom signifie le SEIGNEUR – ma droite, le SEIGNEUR – ma force.
Yamin, le deuxième fils, – fort ou celui qui me donne la force. Regardez combien l'accent est mis sur la force chez Chimon. Nous savons que Chimon et Lévi sont les principaux défenseurs armés de l'épée dans la famille de Yaakov, en bien ou en mal.
Le troisième fils, c'est Ohed. Ohed, c'est celui qui soutient, qui encourage, celui qui crie « hourra ». En hébreu moderne, les ohadím – ce sont les supporters, ohed – c'est un supporter – un supporter de football, un supporter sportif, qui soutient, qui conforte.
Yakhin, encore un nom, signifie celui qui se trouve en état d'alerte au combat.
Ts'hor, encore un fils, signifie celui qui voit clairement la situation, celui qui éclaire le champ, éclaire le jour.
Et parmi les fils de Chimon, il y a encore Cha'oul, fils de la Cananéenne. Sur qui il est, on ne peut pas dire grand-chose. Pour une raison ou une autre, on perçoit que Dina – elle est la Cananéenne, et, peut-être, Chimon a-t-il adopté comme fils d'une étrangère justement le fils de Dina, et cela a donné ce Cha'oul. En somme, si l'on regarde, les fils de Chimon, tous les noms dans la famille sont liés à la force, à la réalisation de la force. Chimon met constamment l'accent sur la force et voilà – Cha'oul, fils de la Cananéenne, qui s'est on ne sait comment faufilé ici, on ne sait vraiment pas qui c'est, et l'histoire avec Dina, peut-être, ne paraît pas si étrange que ça ici.
וּבְנֵי לֵוִי גֵּרְשׁוֹן קְהָת וּמְרָרִי׃
ouvné leví gerechón kehát oumrarí
11 Les fils de Lévi : Guerchon, Kéhat et Mérari.
Guerchon, c'est l'étranger, l'exilé, celui qui n'a pas sa part d'héritage sur la terre.
Kéhat, c'est celui qui vit une vie tranquille, pas agitée, mais éloignée de tout, il se cache loin des regards, comme les gens qui traversaient des persécutions en restant en province.
Et Mérari, c'est endurant, qui supporte ou qui attend que ça passe, qui se tient à l'écart. Un ensemble de noms très intéressant, cela ressemble à : « cache-toi, attends que ça passe, reste en embuscade ».
וּבְנֵי יְהוּדָה עֵר וְאוֹנָן וְשֵׁלָה וָפֶרֶץ וָזָרַח וַיָּמָת עֵר וְאוֹנָן בְּאֶרֶץ כְּנַעַן וַיִּהְיוּ בְנֵי־פֶרֶץ חֶצְרוֹן וְחָמוּל׃
ouvné yehoudá er veonán vechelá vaférets vazára'h vayámot er veonán be'érets kená'an vayihyoú vene-férets 'hetsrón ve'hamoúl
12 Les fils de Yéhouda : Er, Onan, Chéla, Pérets, Zéré'h (ce sont tous des noms que nous avons appris auparavant et dont nous avons discuté) ; Er et Onan moururent dans le pays cananéen, Et les fils de Pérets, 'Hetsron Et 'Hamouël.
Là encore, 'Hetsron, dont nous avons déjà parlé, signifie peut-être juriste, et peut-être – le premier homme sédentaire.
'Hamoul signifie celui que le Très-Haut a gracié, celui à qui le Très-Haut a fait grâce, du mot 'hemlá (gracier). Après que les fils de Yéhouda étaient morts, il a, apparemment, donné ce nom à son fils comme avec grâce, avec une demande de grâce, c'est pourquoi il est 'Hamoul.
וּבְנֵי יִשָׂשכָר תּוֹלָע וּפֻוָּה וְיוֹב וְשִׁמְרוֹן׃
ouvné yissakhár tolá oufouvvá veyov vechimrón
13 Les fils de yissakhar : Tola, et Pouva, et Yov, et Chamron.
Le nom Tola vient du nom d'un colorant, chení tola'át (écarlate) – rouge vif.
Le nom Pouva, c'est le nom d'une plante (garance des teinturiers en russe moderne), également utilisée pour teindre les tissus. C'est-à-dire que deux fils ont reçu des noms liés à la teinture des textiles, en partie, peut-être, parce qu'ils sont vermeils, rouges de peau, mais, très probablement, cela est lié au fait que la famille s'occupait de teinturerie.
Yochouv (ou Yov), c'est l'abréviation du nom Yochouvel – celui que le Très-Haut garde, ou celui que le Très-Haut protège, ou le Très-Haut veille à ce qu'il reste assis, qu'il ne se lève pas, ou celui dont le Très-Haut prend soin.
Et Chimron, le dernier nom, lui aussi lié à la garde – sera gardé. On voit que dans la famille de Yissakhar il y a une sorte d'industrie, une sorte d'expérience professionnelle, et il y a le désir de tout conserver tel quel, pour que tout continue comme ça va. Les affaires marchent bien chez Yissakhar.
וּבְנֵי זְבוּלֻן סֶרֶד וְאֵלוֹן וְיַחְלְאֵל׃
ouvné zevouloún séred ve'elón veya'hle'él
14 Les fils de Zévouloun : Séred, Olon et Ya'hléël.
Séred signifie – il survivra, une sorte de survivor, un homme qui survit.
Élon – un homme solide comme un chêne, le mot olón – signifie chêne.
Et le nom du dernier, du troisième fils – Ya'hléël – le Très-Haut adoucira.
אֵלֶּה בְּנֵי לֵאָה אֲשֶׁר יָלְדָה לְיַעֲקֹב בְּפַדַּן אֲרָם וְאֵת דִּינָה בִתּוֹ כָּל-נֶפֶשׁ בָּנָיו וּבְנוֹתָיו שְׁלֹשִׁים וְשָׁלֹשׁ׃
élle bené le'á achér yaledá leyaakóv befaddán arám ve'ét diná vittó kol-néfech banáv ouvnotáv chelochím vechalóch
15 Voici, ce sont les fils de Léa, Qu'elle enfanta à Yaakov à Padan-Aram ; Et Dina, sa fille. Et toutes les âmes avec lui, de ses fils et de ses filles, trente-trois.
Ensuite, nous lisons à propos des fils de Gad. Gad est le septième fils. La guématrie du nom Gad – גד (guimel – dalet) – sept, et il a sept fils. Peut-être que ce n'est pas un hasard.
וּבְנֵי גָד צִפְיוֹן וְחַגִּי שׁוּנִי וְאֶצְבֹּן עֵרִי וַאֲרוֹדִי וְאַרְאֵלִי׃
ouvné gad tsif'yón ve'haggí chouní ve'etsbón erí va'arodí ve'ar'elí
16 Les fils de Gad : Tsifyon et 'Hagui, Chouni et Étsbon, Éri, et Arodi, et Ar'éli.
Tsifyon est le fils aîné, le nom signifie du nord.
'Hagui – celui qui est né un jour de fête.
Chouni – celui qui est né dans le lieu Chouni. Et le lieu Tsifyon se trouve dans la vallée de Soukkot, c'est la partie nord de la vallée de Soukkot, la partie la plus au nord de la part d'héritage de Gad, bien que la part d'héritage de Gad n'existait pas encore alors. Et Chouni aussi est lié à la part d'héritage de Gad.
Étsbon – le quatrième fils, du mot etsbá, qui signifie doigt vers le haut (ce peut être le pouce, comme on le montre maintenant par le geste « tout est super », ou le doigt qui montre vers le haut, vers le Très-Haut, avec reconnaissance). C'est-à-dire : « chez moi tout va bien, c'est formidable », tel est le sens du nom.
Le cinquième fils – Éri, ce qui signifie (comme Er, fils de Yéhouda) vigilant ou qui se tient fermement.
Arodi – chargé, ou musclé, ou voûté, celui qui traîne sur lui un riche butin.
Ar'éli, c'est celui qui porte sur lui le Très-Haut, c'est, pour ainsi dire, un kérouv. Dans l'une des langues sémitiques (l'une des formes sémitiques anciennes pour le kérouv) – celui qui porte sur lui Dieu, l'homme porteur de Dieu, l'homme sur qui repose la bénédiction du Très-Haut. Gad dit à travers ses fils qu'il les nomme d'abord d'après le lieu de séjour, d'abord c'est la géographie, et ensuite, il y a la bénédiction du Très-Haut, liée à la prospérité, qui est venue dans la famille de Gad.
וּבְנֵי אָשֵׁר יִמְנָה וְיִשְׁוָה וְיִשְׁוִי וּבְרִיעָה וְשֶׂרַח אֲחֹתָם וּבְנֵי בְרִיעָה חֶבֶר וּמַלְכִּיאֵל׃
ouvné achér yimná veyichvá veyichví ouvri'á veséra'h a'hotám ouvné veri'á 'héver oumalki'él
17 Les fils d'Acher : Yimna, Yichva, Yichvi, Béria, Et Séra'h, leur sœur, et les fils de béria – 'héver et malkiël.
Yimna, du mot limnót – Dieu comptera ou il n'y aura pas de compte, seul Dieu pourra compter. Quand naît le premier enfant, l'un des noms possibles qu'on peut lui donner, c'est qu'il ne sera pas le premier, mais infini, c'est-à-dire un parmi l'infini, tel est le sens du nom.
Yichva et Yichvi – deux noms très semblables, si bien que certains chercheurs et commentateurs disent que c'est la répétition d'un seul et même nom – Yichva, Yichvoutchik, une répétition affectueuse. Ce peuvent être aussi les noms de frères jumeaux, Yichva et Yichvi – digne et mon digne. Yichva, cela veut dire digne, qui en vaut la peine, convenable, c'est-à-dire quelqu'un de remarquable comme ça.
Béria signifie gloire de l'homme, gloire du mari, qui glorifie le père.
Ils ont une sœur, Séra'h, dont le nom peut se traduire de beaucoup de manières différentes. L'un des sens – celle qui s'enroule, celle qui s'enroule autour de la famille.
Les fils de Béria : 'Héver, ce qui signifie qui relie ou qui se concerte (cela ressemble au nom de la sœur) et Malkhiël, ce qui veut dire Dieu – mon Roi. Bon, avec ce nom, tout est apparemment clair.
אֵלֶּה בְּנֵי זִלְפָּה אֲשֶׁר-נָתַן לָבָן לְלֵאָה בִתּוֹ וַתֵּלֶד אֶת-אֵלֶּה לְיַעֲקֹב שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה נָפֶשׁ׃
élle bené zilpá acher-natán laván lele'á vittó vattéled et-élle leyaakóv chech esré náfech
18 Voici, c'étaient les fils de Zilpa, Que Lavan donna à Léa, sa fille, Et elle enfanta ceux-ci à Yaakov ; en tout seize âmes.
בְּנֵי רָחֵל אֵשֶׁת יַעֲקֹב יוֹסֵף וּבִנְיָמִן׃
bené ra'hél échet yaakóv yosséf ouvinyamín
19 Et les fils de Ra'hel, femme de Yaakov : Yossef et Binyamin.
Si, en parlant des noms des fils précédents, nous lisions d'abord la liste, et ensuite la mention de la mère, ici – d'abord la mention de la mère, ensuite la mention des enfants, et c'est une allusion au statut particulier de Ra'hel, à la relation particulière de Yaakov envers Ra'hel. Nous avons lu que Yaakov dit à ses fils : « Vous savez que ma femme ne m'a enfanté que deux enfants ».
וַיִּוָּלֵד לְיוֹסֵף בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם אֲשֶׁר יָלְדָה-לּוֹ אָסְנַת בַּת-פּוֹטִי פֶרַע כֹּהֵן אֹן אֶת-מְנַשֶּׁה וְאֶת-אֶפְרָיִם׃
vayivvaléd leyosséf be'érets mitsráyim achér yaleda-ló asenát bat-póti féra kohén on et-menaché ve'et-efráyim
20 Voici ceux qui naquirent à Yossef dans le pays égyptien, Que lui enfanta Asnat, fille de Poti-fara, kohen, prêtre de la ville de on : Ménaché et Éfraïm.
C'est la branche de Yossef. Des noms Ménaché et Éfraïm, nous avons parlé quand nous racontions leur naissance (41,51–52).
וּבְנֵי בִנְיָמִן בֶּלַע וָבֶכֶר וְאַשְׁבֵּל גֵּרָא וְנַעֲמָן אֵחִי וָרֹאשׁ מֻפִּים וְחֻפִּים וָאָרְדְּ׃
ouvné vinyamín béla vavékher ve'achbél gerá vena'amán e'hí varóch mouppím ve'houppím va'árd
21 Et les fils de Binyamin : Béla, et Békhor, et Échbal, Guéraa, et Na'aman, É'hi, et Roch, Moupim, et 'Houpim, et Ard.
Ce même Binyamin, dont la Torah dit qu'il est un adolescent, qu'il est un tout jeune homme, a le plus d'enfants de tous ses frères, il a dix enfants. Et ses enfants s'appellent ainsi : Béla, ce qui signifie langueur, ou affliction, ou ennui de quelqu'un, s'ennuyer de quelqu'un.
Békhor – cela signifie aîné ou de l'aîné ; celui qui suivra l'aîné. Peut-être, là encore, comme le premier, ce nom parle-t-il de la langueur, de l'affliction pour le frère aîné, pour Yossef.
Échbal – c'est un nom inhabituel, il signifie qui pince les lèvres – celui qui pince les lèvres dans l'affliction, dans les pleurs, une sorte d'expression mimique du visage, en pleurs.
Guéraa, le nom suivant – errant de Dieu.
Na'aman – celui qui demeure dans la tristesse et la langueur.
É'hi – mon frère.
Roch signifie, à proprement parler, tête. Ce nom peut avoir beaucoup de sens. Les commentateurs disent qu'à la lumière de tous les autres noms que Binyamin a donnés à ses fils, Roch peut signifier se tenir la tête.
Ensuite nous lisons, Moupim – c'est s'essuyer le visage, 'Houpim – c'est se couvrir le visage des mains.
Du nom Ard, nous avons déjà parlé : c'est celui qui est voûté ; celui qui traîne sur lui un fardeau (peut-être un butin, et peut-être simplement la tristesse, dans le cas de Binyamin). Beaucoup de commentateurs relèvent le fait qu'à tous ses dix fils, Binyamin a donné des noms liés à l'affliction pour Yossef.
אֵלֶּה בְּנֵי רָחֵל אֲשֶׁר יֻלַּד לְיַעֲקֹב כָּל-נֶפֶשׁ אַרְבָּעָה עָשָׂר׃
élle bené ra'hél achér youllád leyaakóv kol-néfech arba'á assár
22 Ce sont les fils de Ra'hel, qui naquirent à Yaakov, de toutes les âmes quatorze.
וּבְנֵי-דָן חֻשִׁים׃
ouvne-dán 'houchím
23 Les fils de Dan : 'Houchim.
Dan n'a qu'un seul fils, il s'appelle 'Houchim. 'Houchim signifie pressé, qui se hâte ou hâte, agitation, précipitation. Celui qui se hâte réussit (on peut aussi le dire ainsi) – c'est 'houchim, dans le bon sens. Beaucoup de maîtres hassidiques disent qu'il est formidable de répéter ce verset pour la prospérité, pour atteindre la prospérité, parce que plus tard nous voyons une tribu de Dan qui s'est beaucoup multipliée. Bien qu'il n'ait eu qu'un seul fils, de lui est issue la plus grande tribu en Israël, avec un destin très inhabituel. Mais, d'une manière ou d'une autre, de son vivant, Dan a vu le plus de descendants justement de son fils 'Houchim. La question se pose : où disparaît ensuite la tribu de Dan ? Nous n'allons pas en parler pour l'instant, il n'est pas approprié d'en parler en discutant le pchat de la Torah, en discutant le pchat de la section hebdomadaire, c'est pourquoi je laisse cette question « pour plus tard ».
וּבְנֵי נַפְתָּלִי יַחְצְאֵל וְגוּנִי וְיֵצֶר וְשִׁלֵּם׃
ouvné naftalí ya'htse'el vegouní veyétser vechillém
24 Les fils de Naftali : Ya'htséël, et Gouni, et yétser, et Chilem.
Naftali a quatre fils : Ya'htséël – signifie Dieu me divisera, me cassera en deux moitiés. Gouni signifie ma moitié, Yétser – façonnera à partir de deux, réunira en un, modèlera. Chilem signifie entier. On peut voir une tendance intéressante : d'abord Dieu me brisera, et ensuite me guérira. Ce que cela signifie dans la vie de Naftali, c'est difficile à dire, mais, apparemment, Naftali a traversé certaines péripéties, et il a donné de tels noms à ses fils.
אֵלֶּה בְּנֵי בִלְהָה אֲשֶׁר-נָתַן לָבָן לְרָחֵל בִּתּוֹ וַתֵּלֶד אֶת-אֵלֶּה לְיַעֲקֹב כָּל-נֶפֶשׁ שִׁבְעָה׃
élle bené vilhá acher-natán laván lera'hél bittó vattéled et-élle leyaakóv kol-néfech chiv'á
25 Voici, ce sont tous les fils de Bilha, que Lavan donna à Ra'hel, sa fille, Et elle les enfanta à Yaakov ; en tout sept âmes.
כָּל-הַנֶּפֶשׁ הַבָּאָה לְיַעֲקֹב מִצְרַיְמָה יֹצְאֵי יְרֵכוֹ מִלְּבַד נְשֵׁי בְנֵי-יַעֲקֹב כָּל-נֶפֶשׁ שִׁשִּׁים וָשֵׁשׁ׃
kol-hannéfech habba'á leyaakóv mitsráyima yotse'é yerekhó millevád neché vene-yaakóv kol-néfech chichím vachéch
26 Toutes les âmes qui descendirent avec Yaakov en Égypte, Toutes celles qui sortirent de ses reins, Hormis les femmes des fils de Yaakov, En tout soixante-six âmes.
וּבְנֵי יוֹסֵף אֲשֶׁר-יֻלַּד-לוֹ בְמִצְרַיִם נֶפֶשׁ שְׁנָיִם כָּל-הַנֶּפֶשׁ לְבֵית-יַעֲקֹב הַבָּאָה מִצְרַיְמָה שִׁבְעִים׃
ouvné yosséf acher-youllad-ló vemitsráyim néfech chenáyim kol-hannéfech levet-yaakóv habba'á mitsráyimaLa translittération russe écrit ici « mitsráyim » sans la terminaison de direction ; l'hébreu porte « vers l'Égypte » (mitsráyima), comme au verset 26. La ligne française suit l'hébreu. chiv'ím
27 Et les fils de Yossef, qui naquirent en Égypte, deux âmes (en Égypte, deux naquirent à Yossef) ; et toutes les âmes qui descendent avec Yaakov en Égypte – soixante-dix (cela, bien entendu, en incluant Yaakov lui-même).
Voilà donc les noms dont la Torah nous informe. Ils nous dévoilent quelque chose (même si c'est peu) sur les fils de Yaakov. C'est très intéressant de voir comment les gens donnaient des noms à leurs fils, ce qu'ils y mettaient, et à quel point nous choisissons aujourd'hui autrement les noms pour nos enfants. Pour les parents, les noms étaient comme des notes, comme un journal de leurs rêveries ou de ce qui leur arrive. Les enfants étaient le plus souvent nommés en fonction de ce qu'ils allaient signifier pour les parents, dans leur destin, ou de ce qu'ils signifient en tant que chose déjà accomplie, ou de ce que les parents veulent recevoir à travers eux. Une sorte de prière de reconnaissance ou de prière-souhait était contenue dans le nom de l'enfant.
Nous nous sommes arrêtés au moment où Yaakov descend avec toute sa grande famille, au nombre de ni plus ni moins que soixante-dix personnes, en Égypte. Et nous avons parcouru nom par nom la liste de ces gens. La Torah s'est détournée de la description des événements pour énumérer les noms de tous ceux qui descendent en Égypte, et nous avons essayé d'étudier ces noms plus attentivement. Maintenant la Torah revient au récit de l'histoire de la façon dont Yaakov descend avec sa famille en Égypte.
וְאֶת-יְהוּדָה שָׁלַח לְפָנָיו אֶל-יוֹסֵף לְהוֹרֹת לְפָנָיו גֹּשְׁנָה וַיָּבֹאוּ אַרְצָה גֹּשֶׁן׃
ve'et-yehoudá chalá'h lefanáv el-yosséf lehorót lefanáv góchna vayavóou ártsa góchen
28 Et Yéhouda, il l'envoie devant lui vers Yossef, Pour diriger tout le monde vers Gochen, Pour qu'ils arrivent au pays de Gochen.
Selon la tradition, quand un homme de haut rang se rend quelque part, il envoie devant lui des messagers qui organisent sa visite ou son déménagement. Yaakov ne peut pas (ce n'est ni de son rang ni de son statut) déménager simplement sur un terrain vide, c'est pourquoi il faut tout préparer pour son déménagement. Il faut choisir l'endroit où il s'installera, comment il s'installera, lui et toute sa grande maisonnée. Ainsi donc, ils arrivent au pays de Gochen.
וַיֶּאְסֹר יוֹסֵף מֶרְכַּבְתּוֹ וַיַּעַל לִקְרַאת-יִשְׂרָאֵל אָבִיו גֹּשְׁנָה וַיֵּרָא אֵלָיו וַיִּפֹּל עַל-צַוָּארָיו וַיֵּבְךְּ עַל-צַוָּארָיו עוֹד׃
vaye'sór yosséf merkavtó vayá'al likrat-yisraél avív góchna vayerá eláv vayippól al-tsavvaráv vayévk al-tsavvaráv od
29 Et Yossef prépara le char, monta dans le char. Et il monta à la rencontre de son père à Gochen, Et se montra à lui, Et tomba sur son cou, Et tomba sur son cou et pleura, et de nouveau tombait sur son cou, et de nouveau pleurait.
Les commentateurs voient cela de différentes manières. Les uns disent : « Il est écrit directement : Yossef conduisait lui-même son char. » Cela dit que l'amour enfreint la hiérarchie. Quand un homme agit dans le cadre de l'amour, mû par l'amour, il ne fait pas attention à son statut et peut faire des choses qui ne conviennent pas à son statut. La haine – exactement de même, parce que Pharaon aussi (cela sera dit plus tard) attelle lui-même son char.
D'autres commentateurs disent : « Non, Yossef recourt aux services d'esclaves, et la langue de la Torah est ainsi faite que Yossef est parti lui-même, mais, en réalité, ce sont les esclaves. » Je trouve intéressant : effectivement, elle fonctionne, cette règle, que souvent un homme, mû par l'amour ou par la haine, ne regarde pas à son statut, agit en violation du statut, de la hiérarchie, de l'ordre établi, etc. Et c'est important de s'en souvenir. Nous ne savons pas comment cela s'est passé là-bas avec Yossef, mais il est tout à fait possible qu'il soit allé lui-même à la rencontre de son père.
Israël est un homme qui n'est plus jeune, et la rencontre avec Yossef est pour lui extrêmement importante et émouvante. On peut seulement imaginer quels sentiments déchirent Yaakov, l'écartèlent, et c'est pourquoi il est dit qu'il « se montra à lui ». On peut comprendre que Yossef apparut de loin et s'approchait, et tous voyaient et disaient : « Regarde, le voilà qui vient, Yossef ! » Et Israël scrutait : est-ce lui ou pas lui ? Il s'était séparé de Yossef quand Yossef avait 17 ans – un jeune gamin, maintenant c'est un homme de quarante ans qui vient à sa rencontre et qui, apparemment, ne se dévoile pas à lui tout de suite. Il y a là comme une préparation scénique, pour que, Dieu nous en garde, Israël ne perde pas connaissance.
…et de nouveau tombait sur son cou et de nouveau pleurait – ici les commentateurs disent : « Pourquoi donc Israël, lui, ne pleurait-il pas, et seul Yossef pleurait-il ? » Mais, en réalité, d'après le texte, on ne comprend pas qui pleurait ici, qui tombait sur le cou ici. On peut comprendre que, quand Yossef s'est approché, Yaakov, Israël, est tombé sur son cou et a pleuré, et a pleuré encore sur son cou. Ou bien Yossef est tombé sur le cou de Yaakov et a pleuré, et Yaakov aussi a pleuré. Il ne faut pas réduire cette scène à une quelconque analyse psychologique. Et certains commentateurs la réduisent en plus à une analyse théologique et disent : « C'est justement à ce moment-là que Yaakov priait la prière “Chéma”, et c'est pourquoi il n'a pas pleuré, et n'a pas embrassé son fils. » Je pense que la scène est assez simple, et qu'il n'y a rien à échafauder théologiquement ici : deux hommes se rencontrent après vingt ans de séparation – une scène déchirante, touchante, et il est sot de regarder qui pleure là, qui ne pleure pas. Très probablement, c'est ainsi que nous pouvons le comprendre, les deux pleurent.
וַיֹּאמֶר יִשְׂרָאֵל אֶל-יוֹסֵף אָמוּתָה הַפָּעַם אַחֲרֵי רְאוֹתִי אֶת-פָּנֶיךָ כִּי עוֹדְךָ חָי׃
vayomer yisraél el-yosséf amoúta happá'am a'haré re'otí et-panékha ki odekhá 'hay
30 Et Yisraël dit à Yossef : « Je mourrai maintenant, Après que j'ai vu ton visage, et tu es bien vivant ».
Cela ne signifie pas que : « Maintenant je vais mourir de ce que j'ai vu ton visage. » Yaakov se préparait à la mort, Yaakov parle constamment à ses enfants de la mort, qu'il va mourir d'un instant à l'autre, et pour lui la question est de savoir comment il mourra. Et il dit : « Je ne veux pas que vous fassiez descendre mon visage dans l'affliction, que dans les larmes vous fassiez descendre mon visage dans la tombe. Je ne veux pas que mes cheveux blancs meurent dans l'affliction ! » Maintenant Yaakov dit, en substance : « Maintenant je peux mourir tranquillement, parce que j'ai vu que tu es vivant ! »
Dans toute cette scène, beaucoup se posent une question logique : se peut-il que jusqu'à sa mort même Yaakov n'ait jamais appris ce qui s'était passé alors, là-bas, non loin de Ch'khem, à Datan ? Ce qu'il en était de la fosse, des Yichmaélites, des Midyanites, toute l'histoire de la vente ? Et la Torah ne nous donne pas de réponse univoque. Par endroits, à travers des allusions, on peut comprendre que « oui », il savait, à d'autres endroits, au contraire, que « non », il ne savait pas. Mais, très probablement, comme nous l'avons dit, Yaakov est un homme âgé, sensible, qui ne doit pas s'émouvoir. Il est tout à fait possible que lui raconter tout et rappeler non seulement la vente de Yossef, qui s'est produite peut-être en trois jours au maximum (selon les versions les plus-plus longues, elle a pris trois jours), mais aussi l'histoire du fils aimé, élu, et de l'épouse non aimée, et ce que ressentaient les enfants, et gratter, déployer tous les sentiments oubliés il y a vingt ans – peut-être les frères ont-ils décidé que ce n'était pas nécessaire. Peut-être que, pour Yaakov, l'histoire est restée ainsi : Yossef s'est égaré, s'est battu quelque part avec un animal, quelque part on l'a ramassé et vendu comme esclave, et nous ne savons pas si Yaakov a appris la vérité.
Il y aura encore une histoire, déjà après la mort de Yaakov, quand les frères raconteront ce que Yaakov a dit ou n'a pas dit. Nous examinerons encore cette histoire. Mais il reste inconnu si Yaakov a appris la vérité. Nous pouvons estimer, chacun dans sa propre situation, si nous raconterions à un père très âgé, aimé, même s'il n'a pas toujours agi avec justice, toute cette histoire terrible et triste.
Eh bien, voilà en combien peu de mots la Torah décrit cette rencontre. On comprend que dans un film hollywoodien, rien que la musique joyeuse aurait duré dix minutes. Mais la Torah est un livre laconique. Yossef passe aussitôt aux affaires. Nous avons parlé de cette capacité de Yossef à avancer aussitôt des programmes : il a aussitôt répondu à Pharaon avec un programme économique, et, dès qu'il a avoué à ses frères qui il était, il avait aussitôt une proposition d'affaires. Et ici aussi, Yossef ne laisse pas libre cours à la scène romantique, bien qu'on eût pu le faire. Yossef parle aussitôt de l'essentiel.
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-אֶחָיו וְאֶל-בֵּית אָבִיו אֶעֱלֶה וְאַגִּידָה לְפַרְעֹה וְאֹמְרָה אֵלָיו אַחַי וּבֵית-אָבִי אֲשֶׁר בְּאֶרֶץ-כְּנַעַן בָּאוּ אֵלָי׃
vayomer yosséf el-e'háv ve'el-bét avív e'elé ve'aggída lefar'ó ve'omerá eláv a'háy ouvet-aví achér be'erets-kená'an báou eláy
31 Et Yossef dit à ses frères Et à la maison de son père : « J'irai et je le dirai à Pharaon. Et je lui dirai : Mes frères et la maison de mon père, sont venus auprès de moi.
Pourquoi Yossef ne parle-t-il pas de cela avec son père, mais parle-t-il avec ses frères ? Parce que les frères commencent peu à peu à diriger la situation. Nous l'avons déjà vu dans le cas de Dina. Et maintenant cela résonne de façon encore plus éclatante. Yossef s'adresse aux frères et à la maison de son père.
La maison du père, ce sont les femmes qui vivent avec le père, c'est-à-dire à la fois les épouses des frères et les épouses du père, si elles sont encore en vie. L'épouse est désignée par le mot bayt (maison). La maison de Yaakov, ce sont les femmes de la maison de Yaakov. En hébreu, y compris en hébreu moderne, chez les Juifs religieux, le mot maison est souvent un synonyme du mot épouse. L'épouse, c'est la maison. Et la maison de Yaakov, ce sont les femmes de la maison de Yaakov.
וְהָאֲנָשִׁים רֹעֵי צֹאן כִּי-אַנְשֵׁי מִקְנֶה הָיוּ וְצֹאנָם וּבְקָרָם וְכָל-אֲשֶׁר לָהֶם הֵבִיאוּ׃
veha'anachím ro'é tson ki-anché mikné hayoú vetsonám ouvkarám vekhol-achér lahém hevíou
32 Et ces hommes – ce sont des bergers, Car ils étaient des marchands de bétail, Et leur petit bétail, et le gros bétail, et tout ce qu'ils ont, ils l'ont amené avec eux.
Pourquoi est-il important de répéter cela : non pas simplement des bergers, mais aussi des marchands de bétail ? Parce qu'il y avait aussi des bergers pauvres, qui se louaient chez d'autres et faisaient seulement paître les troupeaux d'autrui, mais n'avaient pas leurs propres troupeaux. Ce n'est pas ce que Yossef veut dire à Pharaon. D'un côté, cela signifie que de Pharaon on n'attend, au fond, rien. Tout, ils l'ont apporté avec eux. Et, d'un autre côté, cela dit qu'ils sont suffisamment riches, que ce sont des bergers prospères. Même en année de famine, ils ont un bétail, quel qu'il soit, et cela signifie qu'il faudrait leur donner de la terre pour des pâturages. Il en résultera aussi la prospérité pour l'Égypte. C'est ce que Yossef promet de raconter à Pharaon. Et ensuite il prépare ses frères à la rencontre avec lui.
וְהָיָה כִּי-יִקְרָא לָכֶם פַּרְעֹה וְאָמַר מַה-מַּעֲשֵׂיכֶם׃
vehayá kiyikrá lakhém par'ó ve'amár ma-ma'assekhém
33.Et il arrivera, quand Pharaon vous appellera et demandera quelle est votre occupation, quel est votre métier ?
וַאֲמַרְתֶּם אַנְשֵׁי מִקְנֶה הָיוּ עֲבָדֶיךָ מִנְּעוּרֵינוּ וְעַד-עַתָּה גַּם-אֲנַחְנוּ גַּם-אֲבֹתֵינוּ בַּעֲבוּר תֵּשְׁבוּ בְּאֶרֶץ גֹּשֶׁן כִּי-תוֹעֲבַת מִצְרַיִם כָּל-רֹעֵה צֹאן׃
va'amartém anché mikné hayoú avadékha minne'ourénou ve'ad-átta gam-aná'hnou gam-avoténou ba'avoúr techevoú be'érets góchen ki-to'avát mitsráyim kol-ró'e tson
34 et Vous lui direz : « Nous étions des marchands de bétail, des “gens-du-bétail” depuis notre jeunesse Et jusqu'à maintenant, Et nous, Et nos frères », Pour qu'il vous installe dans le pays de Gochen (la zone d'Égypte la plus riche en terre noire et la plus fertile pour les pâturages, mais loin de la capitale), Car c'est une abomination pour l'Égyptien, tous les bergers de bétail, tous ceux qui font paître le bétail ».
C'est-à-dire : « Une occupation aussi abominable et désagréable, Pharaon ne l'admettra pas près de la capitale. Et nous gagnons d'un coup deux choses. Premièrement, vous serez plus loin de la capitale, vos méthodes de culte n'offusqueront les yeux de personne, pas plus que les leurs, les méthodes égyptiennes, puisque vous vivrez dans une province reculée. Et, deuxièmement, les Égyptiens n'exprimeront pas activement leur dégoût envers ce dont vous vous occupez, et vous pourrez librement vous adonner à l'élevage. » D'avance, Yossef voulait que Pharaon les place dans le pays de Gochen. Pharaon ne sait pas encore qu'il en a décidé ainsi, mais Yossef a tout très bien préparé.
C'est à cet endroit que nous commençons le chapitre 47.
וַיָּבֹא יוֹסֵף וַיַּגֵּד לְפַרְעֹה וַיֹּאמֶר אָבִי וְאַחַי וְצֹאנָם וּבְקָרָם וְכָל-אֲשֶׁר לָהֶם בָּאוּ מֵאֶרֶץ כְּנָעַן וְהִנָּם בְּאֶרֶץ גֹּשֶׁן׃
vayavó yosséf vayaggéd lefar'ó vayomer aví ve'a'háy vetsonám ouvkarám vekhol-achér lahém báou me'érets kená'an vehinnám be'érets góchen
1 Et Yossef vint, et dit à Pharaon, Et dit : « Mon père et mes frères, et leur petit bétail, et leur gros bétail, et tout ce qui est arrivé avec eux du pays cananéen, Et voici qu'ils sont tout à fait par hasard dans le pays de Gochen.
וּמִקְצֵה אֶחָיו לָקַח חֲמִשָּׁה אֲנָשִׁים וַיַּצִּגֵם לִפְנֵי פַרְעֹה׃
oumiktsé e'háv laká'h 'hamichá anachím vayattsigém lifné far'ó
2 Et il prit cinq de ses frères et les présenta à Pharaon.
Il y a dans les midrachim, dans la tradition, deux listes différentes. D'après la première liste, il présenta à Pharaon Zévouloun, Gad, Dan, Naftali et Acher, c'est-à-dire les fils des servantes. D'après la deuxième version, il présenta à Pharaon Réouven, Chimon, Lévi, Yissakhar et Binyamin. Pourquoi une telle différence et d'où viennent même ces listes ? Il est écrit : oumiktsé e'háv laká'h – à l'extrémité de ses frères il prit, c'est-à-dire que Yossef présenta à Pharaon les cinq frères extrêmes. Extrêmes – cela peut être extrêmes par l'origine, c'est-à-dire les plus bas par l'origine. Dans la deuxième version – ce sont les frères les plus faibles, les plus, comme ça, pas musclés qu'il présenta à Pharaon. Cinq, parce que cinq est le nombre qui symbolise la bénédiction pour l'Égypte, et faibles – pour qu'ils ne soient pas mobilisés, à Dieu ne plaise, dans l'armée égyptienne. La situation n'est pas simple. La patrie égyptienne est, bien entendu, en danger, parce qu'elle est la seule où il y a du pain. Les autres pays ont faim, la faim pousse les gens (pas seulement les mauvais) au brigandage. Et, bien entendu, les pays qui veulent faire la guerre à l'Égypte sont nombreux, et les Juifs de la maison de Yaakov n'ont pas très envie d'aller dans l'armée égyptienne. Et c'est pourquoi il existe une version selon laquelle Yossef présenta les plus simples, les plus chétifs de tous les frères. Pourquoi Lévi et Chimon se sont retrouvés au nombre des chétifs, c'est une question discutable. Mais un tel midrach, une telle lecture existe. Le sens simple – la Torah ne dit pas quels cinq frères Yossef amena à Pharaon.
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-אֶחָיו מַה-מַּעֲשֵׂיכֶם וַיֹּאמְרוּ אֶל-פַּרְעֹה רֹעֵה צֹאן עֲבָדֶיךָ גַּם-אֲנַחְנוּ גַּם-אֲבוֹתֵינוּ׃
vayomer par'ó el-e'háv ma-ma'assekhém vayomeroú el-par'ó ro'é tson avadékha gam-aná'hnou gam-avoténou
3 Et Pharaon dit aux frères : « Quelle est votre occupation ? » Et ils dirent à Pharaon : « Bergers nous sommes, tes serviteurs, et nous-mêmes, et nos pères (Yossef avait vu juste, prévoyant que Pharaon demanderait justement cela) ».
וַיֹּאמְרוּ אֶל-פַּרְעֹה לָגוּר בָּאָרֶץ בָּאנוּ כִּי-אֵין מִרְעֶה לַצֹּאן אֲשֶׁר לַעֲבָדֶיךָ כִּי-כָבֵד הָרָעָב בְּאֶרֶץ כְּנָעַן וְעַתָּה יֵשְׁבוּ-נָא עֲבָדֶיךָ בְּאֶרֶץ גֹּשֶׁן׃
vayomeroú el-par'ó lagoúr ba'árets bánou ki-én mir'é lattsón achér la'avadékha ki-khavéd hara'áv be'érets kená'an ve'attá yechevou-ná avadékha be'érets góchen
4 Et ils dirent à Pharaon : « Nous sommes venus séjourner dans le pays, Parce que maintenant il n'y a pas de pâturages pour le bétail qu'ont tes serviteurs, Parce que la famine est grande dans le pays cananéen, Et maintenant, qu'ils habitent de façon permanente dans le pays de Gochen ».
Il y a une différence : séjourner dans le pays, à cette époque-là, on pouvait le faire sans autorisations particulières – c'est du tourisme, il ne faut pas le confondre avec l'émigration. Et même le tourisme de travail, ce n'est tout de même pas de l'émigration. C'est-à-dire : « Nous sommes venus séjourner ici », lagoúr – vivre temporairement. Ensuite apparaît déjà le mot lachévet – vivre de façon permanente, s'installer dans le pays de Gochen.
De quoi parlent les frères et pourquoi une approche si tortueuse ? Ils disent : « Sans ton autorisation, nous sommes venus faire paître le bétail ici. Ça nous a beaucoup plu ici. Dans ce pays de Gochen, tout est si merveilleux que nous voulons te demander la résidence permanente. Et cela, il n'est déjà plus au pouvoir de Yossef de nous le donner, et cela ne se fait déjà plus comme ça, c'est pourquoi toi, Pharaon, permets-nous de vivre dans le pays de Gochen ».
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-יוֹסֵף לֵאמֹר אָבִיךָ וְאַחֶיךָ בָּאוּ אֵלֶיךָ׃
vayomer par'ó el-yosséf lemór avíkha ve'a'hékha báou elékha
5 Et Pharaon dit à Yossef, en disant : « Ton père et tes frères sont venus vers toi.
אֶרֶץ מִצְרַיִם לְפָנֶיךָ הִוא בְּמֵיטַב הָאָרֶץ הוֹשֵׁב אֶת-אָבִיךָ וְאֶת-אַחֶיךָ יֵשְׁבוּ בְּאֶרֶץ גֹּשֶׁן וְאִם-יָדַעְתָּ וְיֶשׁ-בָּם אַנְשֵׁי-חַיִל וְשַׂמְתָּם שָׂרֵי מִקְנֶה עַל-אֲשֶׁר-לִי׃
érets mitsráyim lefanékha hi bemetáv ha'árets hochév et-avíkha ve'et-a'hékha yechevoú be'érets góchen ve'im-yadá'ta veyech-bám anche-'háyil vesamtám saré mikné al-acher-lí
6 Le pays égyptien tout entier est devant toi, Et dans la meilleure partie du pays installe tes frères et ton père, Qu'ils habitent de façon permanente dans le pays de Gochen. Et si par hasard tu sais que Parmi eux il y a des gaillards qui réussissent, talentueux, Établissez-les comme bergers, dans le rôle de bergers, et sur ce qui est à moi ».
Pharaon fait une telle proposition et dit : « Non seulement qu'ils vivent ici, mais si parmi eux il y a vraiment des bergers talentueux – car vous dites que vous êtes des bergers de père en fils depuis de nombreuses générations –, alors je vous fais tout de suite confiance, et établissez-les : si tu en connais certains, alors nomme-les toi-même bergers sur mon bétail ». Une proposition à laquelle… Nous ne savons pas si les frères ont accepté ou non, mais selon toute apparence – non. Et politiquement, il était juste de ne pas accepter : moins les Juifs sont mêlés à la vie politique et économique de l'Égypte pendant la famine, plus c'est sûr pour les Juifs. Bien que, comme nous l'apprendrons plus tard, cela non plus n'ait pas aidé.
וַיָּבֵא יוֹסֵף אֶת-יַעֲקֹב אָבִיו וַיַּעֲמִדֵהוּ לִפְנֵי פַרְעֹה וַיְבָרֶךְ יַעֲקֹב אֶת-פַּרְעֹה׃
vayavé yosséf et-yaakóv avív vaya'amidéhou lifné far'ó vayvárekh yaakóv et-par'ó
7 Et Yossef amena Yaakov, son père, et le plaça devant Pharaon, Et Yaakov bénit Pharaon.
Bénit – ici, ce n'est pas forcément comme jadis Yits'hak bénit Yaakov : « Et que Dieu te donne… ». Bénit – cela peut être : « Roi, vis à jamais ! » ou « Cher, respecté Pharaon ! Nous, bergers juifs, et… » – ensuite points de suspension, applaudissements. Yaakov bénit Pharaon. Mais il est curieux de noter qu'il y a des midrachim qui disent quelle bénédiction Yaakov donna à Pharaon : que le Nil monte à sa rencontre. L'une des qualités intéressantes de Yaakov le berger, que les midrachim et la tradition des midrachim attribuent à Yaakov, c'est que l'eau monte à sa rencontre. Il n'a pas besoin de seau pour puiser l'eau du puits. Personne d'autre ne peut prendre l'eau de son puits. Yaakov s'approche, l'eau monte d'elle-même, déborde par-dessus les bords du puits et coule par les rigoles qu'on fait près du puits pour le bétail. Voilà quelle propriété remarquable, merveilleuse possède Yaakov. De cette propriété, plus tard, mille ans après, parlera la Samaritaine, qui dira : « Es-tu donc comme notre père Yaakov, qui peut sans gobelet, sans seau, sans cruche et sans pompe obtenir de l'eau ? Qui nous a donné ce puits, et en a bu lui-même, et toute sa famille ? » C'est justement sur cette propriété, apparemment, que circulaient des légendes aussi en Samarie au temps du Machia'h. Ainsi donc, Yaakov bénit Pharaon. Comment l'a-t-il béni ? Nous ne pouvons pas le savoir, mais voilà, il existe une version intéressante comme celle-là.
וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה אֶל-יַעֲקֹב כַּמָּה יְמֵי שְׁנֵי חַיֶּיךָ׃
vayomer par'ó el-yaakóv kammá yemé chené 'hayékha
8 Et Pharaon dit à Yaakov : « Combien de jours des années de ta vie ? »
C'est un calque classique comme ça des anciennes langues sémitiques communes – « jours des années de ta vie ».
וַיֹּאמֶר יַעֲקֹב אֶל-פַּרְעֹה יְמֵי שְׁנֵי מְגוּרַי שְׁלֹשִׁים וּמְאַת שָׁנָה מְעַט וְרָעִים הָיוּ יְמֵי שְׁנֵי חַיַּי וְלֹא הִשִּׂיגוּ אֶת-יְמֵי שְׁנֵי חַיֵּי אֲבֹתַי בִּימֵי מְגוּרֵיהֶם׃
vayomer yaakóv el-par'ó yemé chené megouráy chelochím oum'át chaná me'át vera'ím hayoú yemé chené 'hayáy veló hissígou et-yemé chené 'hayé avotáy bimé megourehém
9 Yaakov répond à Pharaon et dit : « Les jours des années de mon errance, Trente et cent ans. Peu nombreuses et mauvaises furent les années de ma vie Et elles n'ont pas atteint la longévité de mes pères aux jours de leur pérégrination ».
Le mot megouráy – c'est le même mot lagoúr que nous avons lu récemment, au sens de errer, vivre temporairement sur la terre. Yaakov dit comme : « Je ne suis pas de ce monde » ou « Est-ce une vie, ce sur quoi tu m'interroges ? » La compréhension la plus appropriée : « Est-ce donc une vie ? C'est comme ça, une errance ! »
Yaakov a 130 ans quand il rencontre Pharaon. À partir de là, on peut calculer que Yaakov avait 91 ans quand Yossef est né. Toute une longue chronologie se déduit de cette date.
Il est possible que la question de Pharaon soit venue du fait que Pharaon n'a pas pu déterminer l'âge de Yaakov d'après son apparence. Yaakov paraissait sans doute trop vieux pour ses cent trente ans, ou quelque chose d'autre a étonné Pharaon. Mais Yaakov répond, et d'après sa réponse on comprend qu'il a vieilli avant l'heure. Il dit : « Excuse-moi, ce n'est pas notre génétique qui est comme ça. C'est que j'ai eu une vie dure, et je n'ai pas pu vivre comme ont vécu mes pères, parce que… ». Eh bien, en effet, la vie de Yaakov est très difficile. Nous savons déjà beaucoup de choses sur lui, nous savons combien d'errances et de péripéties il y a dans la vie de cet homme, et peut-être a-t-il, pour ses cent trente ans, blanchi tôt. Bref, apparemment, l'entretien a été court, purement officiel.
וַיְבָרֶךְ יַעֲקֹב אֶת-פַּרְעֹה וַיֵּצֵא מִלִּפְנֵי פַרְעֹה׃
vayvárekh yaakóv et-par'ó vayetsé millifné far'ó
10 Et Yaakov bénit Pharaon, et sortit de devant la face de Pharaon.
Naturellement, le roi, le pharaon, le prince, l'empereur, le baï, le khan, le calife, on le bénit en entrant et en sortant. Et Yaakov ne fait pas exception. Ici nous voyons une partie de l'étiquette de cour.
וַיּוֹשֵׁב יוֹסֵף אֶת־אָבִיו וְאֶת־אֶחָיו וַיִּתֵּן לָהֶם אֲחֻזָּה בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם בְּמֵיטַב הָאָרֶץ בְּאֶרֶץ רַעְמְסֵס כַּאֲשֶׁר צִוָּה פַרְעֹה׃
vayochév yosséf et-avív ve'et-e'háv vayittén lahém a'houzzá be'érets mitsráyim bemetáv ha'árets be'érets ra'messés KA'ACHéR TSIVVÁ FAR'Ó
11 Et Yossef installa son père et ses frères, Et leur donna une part d'héritage, un domaine (du mot le'e'hóz – quelque chose qu'on peut retenir), une possession dans le pays égyptien, Dans la meilleure partie du pays, Dans le pays de Ramsès, comme l'avait ordonné Pharaon.
Ramsès se trouve à la frontière sud du pays de Gochen, c'est sa capitale. Là, plus tard, seront construites des villes, mais à ce moment-là c'est, effectivement, un trou perdu, la vingt-quatrième province de l'Égypte ancienne. Effectivement, un coin perdu, chacun peut comprendre d'après son propre pays ce que c'est que ce coin perdu – un coin perdu éloigné, avec de mauvaises voies de communication, mais avec des terres agricoles fertiles.
וַיְכַלְכֵּל יוֹסֵף אֶת-אָבִיו וְאֶת-אֶחָיו וְאֵת כָּל-בֵּית אָבִיו לֶחֶם לְפִי הַטָּף׃
vaykhalkél yosséf et-avív ve'et-e'háv ve'ét kol-bét avív lé'hem lefí hattáf
12 Et Yossef nourrissait, « sustentait » ses frères, et son père, Et toute la maison de son père, De pain, comme des enfants.
Premièrement, ce n'est pas clair : s'il les a installés là-bas, ils n'avaient qu'à faire paître leur bétail et se nourrir eux-mêmes. Mais, effectivement, la famine, effectivement, une période difficile. Et Yossef doit les nourrir et les soutenir, parce que le bétail, lui, ne donne pas de pain, le bétail donne la viande et les produits laitiers. Yossef les aidait avec du pain. Que signifie lefí hattáf (comme aux enfants) ? Les commentateurs disent : « Les enfants, eux, en émiettent plus qu'ils n'en mangent », c'est-à-dire qu'il leur donnait d'une main généreuse. D'une manière générale, on peut s'arrêter ici et dire que l'Égypte ne mangeait pas à sa faim, les Égyptiens ne festoyaient pas somptueusement même pendant les années d'abondance, et la nourriture des gens simples a toujours été simple. Et pendant les années de famine, quand elle devait non seulement subvenir à ses propres besoins, mais encore vendre du pain à d'autres pays, elle s'est carrément restreinte au minimum, et il est difficile de s'imaginer combien la ration des hommes de l'Antiquité était plus modeste que la nôtre et de combien peu ils pouvaient se contenter. Aujourd'hui, il y a une culture de la consommation (à laquelle je me rattache moi aussi), une culture des amateurs de bonne chère. On peut la définir par la quantité de déchets jetés, par la quantité de surplus de nourriture qui sont laissés. Tout cela n'était pas propre à ce monde-là ou, disons, peu propre. C'est pourquoi la Torah dit : « Yossef leur donnait comme à des enfants », c'est-à-dire qu'ils pouvaient encore émietter quelque chose, et pour l'époque, c'était un miracle.
Nous nous sommes arrêtés là où Yossef a installé la famille de son père et tous ses frères dans une région éloignée, mais très fertile de l'Égypte, dans la terre de Gochen, très appropriée pour l'élevage. Maintenant, la Torah fait de nouveau une digression et raconte un certain arrière-plan des événements, comment la situation évoluait pendant la famine dans le pays d'Égypte.
וְלֶחֶם אֵין בְּכָל-הָאָרֶץ כִּי-כָבֵד הָרָעָב מְאֹד וַתֵּלַהּ אֶרֶץ מִצְרַיִם וְאֶרֶץ כְּנַעַן מִפְּנֵי הָרָעָב׃
velé'hem en bekhol-ha'árets ki-khavéd hara'áv me'ód vattéla érets mitsráyim ve'érets kena'án mippené hara'áv
13 Et de pain, il n'y en a pas dans tout le pays, Car la famine est très forte, Et épuisée est la terre égyptienne Et la terre cananéenne Par la famine.
Il n'y a pas de pain, la terre est épuisée, la terre ne peut pas donner de nourriture, elle ne fait pas croître la semence.
וַיְלַקֵּט יוֹסֵף אֶת-כָּל-הַכֶּסֶף הַנִּמְצָא בְאֶרֶץ-מִצְרַיִם וּבְאֶרֶץ כְּנַעַן בַּשֶּׁבֶר אֲשֶׁר-הֵם שֹׁבְרִים וַיָּבֵא יוֹסֵף אֶת-הַכֶּסֶף בֵּיתָה פַרְעֹה׃
vaylakkét yosséf et-kol-hakkéssef hannimtsá ve'erets-mitsráyim ouv'érets kená'an bachéver acher-hém choverím vayavé yosséf et-hakkéssef béta far'ó
14 Et Yossef rassembla tout l'argent qu'il y avait dans le pays égyptien et dans le pays cananéen, Pour le paiement qu'ils payaient, Et Yossef apporta cet argent dans la maison de Pharaon.
Yossef faisait commerce de blé, et faisait commerce contre de l'argent, et faisait commerce de façon si avantageuse et si bien que tout l'argent d'Égypte et de Canaan a migré dans la caisse de Yossef. Les réserves de bijoux fantaisie et de pièces de joaillerie en Égypte et en Canaan se sont épuisées, l'argent en lingots aussi : tout s'est retrouvé dans la maison de Pharaon, déjà pratiquement à la fin de la première année. Mais l'année n'était pas encore finie.
וַיִּתֹּם הַכֶּסֶף מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם וּמֵאֶרֶץ כְּנַעַן וַיָּבֹאוּ כָל-מִצְרַיִם אֶל-יוֹסֵף לֵאמֹר הָבָה-לָּנוּ לֶחֶם וְלָמָּה נָמוּת נֶגְדֶּךָ כִּי אָפֵס כָּסֶף׃
vayittóm hakkéssef me'érets mitsráyim oume'érets kená'an vayavóou khol-mitsráyim el-yosséf lemór hava-lánou lé'hem velámma namoút negdékha ki afés kássef
15 Et l'argent prit fin dans le pays égyptien et le pays cananéen, Et tous les Égyptiens se rassemblèrent auprès de Yossef, disant : « Donne-nous du pain ! Est-ce parce que nous n'avons pas d'argent que nous devons mourir devant toi ? Trouvons quelque chose ».
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף הָבוּ מִקְנֵיכֶם וְאֶתְּנָה לָכֶם בְּמִקְנֵיכֶם אִם-אָפֵס כָּסֶף׃
vayomer yosséf havou-miknekhém ve'ettená lakhém bemiknekhém im-afés kássef
16 Et Yossef dit : « Amenez votre bétail, Si vous n'avez pas d'argent. je veux bien, soit, accepter de vous du bétail ».
Yossef est toujours prêt à aller au-devant du peuple, il est un véritable démocrate dans ce cas (c'est de l'ironie, bien sûr).
Et effectivement, quand il n'y a pas d'argent, quand la situation est très mauvaise, alors on n'a rien pour nourrir le bétail. Naturellement, c'est un double avantage : d'un côté, se débarrasser du bétail, il ne périra pas ; de l'autre côté, recevoir du pain. J'ai cité en exemple, d'après des papyrus, la correspondance d'une reine hittite avec un pharaon égyptien, où elle demande qu'on vienne au plus vite prendre le bétail qu'on lui avait donné en dot, parce qu'elle n'a rien pour le nourrir. Yossef fait une proposition très avantageuse pour les Égyptiens. Nous voyons que Yossef est un manager et un marketeur talentueux et qu'il sait vendre le grain, surtout dans les années où il manque. Il dit : « Échangeons le grain contre le bétail ! »
וַיָּבִיאוּ אֶת-מִקְנֵיהֶם אֶל-יוֹסֵף וַיִּתֵּן לָהֶם יוֹסֵף לֶחֶם בַּסּוּסִים וּבְמִקְנֵה הַצֹּאן וּבְמִקְנֵה הַבָּקָר וּבַחֲמֹרִים וַיְנַהֲלֵם בַּלֶּחֶם בְּכָל-מִקְנֵהֶם בַּשָּׁנָה הַהִוא׃
vayavíou et-miknehém el-yosséf Vayittén lahém yosséf lé'hem bassoussím ouvmikné hattsón ouvmikné habbakár ouva'hamorím vaynahalém ballé'hem bekhol-miknehém bachaná hahí
17 Et ils amenèrent tout leur bétail à Yossef, Et Yossef leur donnait du pain Contre les chevaux, Et contre les troupeaux de petit bétail, Et contre les troupeaux de gros bétail, Et contre leurs ânes, Et il les dirigeait par le painLa phrase russe peut se lire « il les dirigeait par le pain » ou « il gérait leur pain ». Nous avons gardé la première lecture, la plus proche de l'hébreu. Contre tout leur bétail cette année-là.
C'est-à-dire que Yossef a su répartir les prix du pain pour cette année-là de telle sorte que tout le bétail s'est retrouvé chez lui, tandis que les Égyptiens avaient tout juste assez de pain. Que signifie lenahel – les diriger par le pain ? Yossef, on peut le dire, a introduit une sorte de système de cartes, d'achats stricts, où l'on ne pouvait pas acheter d'avance et où il fallait constamment échanger du bétail contre du pain. Et les prix augmentaient : si chaque fois tu dois payer pour un, deux, trois, quatre jours de nourriture, alors les prix, en conséquence, montent très fortement.
וַתִּתֹּם הַשָּׁנָה הַהִוא וַיָּבֹאוּ אֵלָיו בַּשָּׁנָה הַשֵּׁנִית וַיֹּאמְרוּ לוֹ לֹא-נְכַחֵד מֵאֲדֹנִי כִּי אִם-תַּם הַכֶּסֶף וּמִקְנֵה הַבְּהֵמָה אֶל-אֲדֹנִי לֹא נִשְׁאַר לִפְנֵי אֲדֹנִי בִּלְתִּי אִם-גְּוִיָּתֵנוּ וְאַדְמָתֵנוּ׃
vattittóm hachaná hahi vayavóou eláv bachaná hachenít vayomerou lo lo-nekha'héd me'adoní ki im-tám hakkéssef oumikné habbehemá el-adoní lo nich'ár lifné adoní biltí im-geviyaténou ve'admaténou
18 Et cette année-là prit fin, Et ils vinrent à lui la deuxième année. « Nous ne mourrons pas devant notre seigneur, Si chez nous ont pris fin le petit bétail, et le gros bétail, et l'argent, Et il ne nous reste plus rien devant notre seigneur, sauf nos corps et notre terre.
Apparemment, il s'agit de la deuxième année de famine. Il faut le comprendre correctement ainsi : la Torah ne commence pas à compter à partir du moment de l'arrivée de Yaakov, il ne s'agit pas de la quatrième année, mais de la deuxième année, quand Yaakov arrive en Égypte. À peu près à ce même moment se produit ce que la Torah décrit maintenant. Donc, l'argent a pris fin, le bétail a pris fin, les Égyptiens n'ont déjà plus rien à vendre, et au début de la deuxième année, ils viennent chez Yossef.
לָמָּה נָמוּת לְעֵינֶיךָ גַּם-אֲנַחְנוּ גַּם אַדְמָתֵנוּ וְנִהְיֶה אֲנַחְנוּ וְאַדְמָתֵנוּ עֲבָדִים לְפַרְעֹה וְתֶן-זֶרַע וְנִחְיֶה וְלֹא נָמוּת וְהָאֲדָמָה לֹא תֵשָׁם׃
lámma namoút le'enékha gam-aná'hnou gam-admaténou venihyé aná'hnou ve'admaténou avadím lefar'ó veten-zéra veni'hyé veló namoút veha'adamá lo techám
19 Pourquoi mourrions-nous devant toi, et nous, et notre terre ? Achète-nous, nous et notre terre, pour du pain, Et nous serons, nous et notre terre, esclaves de Pharaon, Et donne-nous des semences, Et nous vivrons, et nous ne mourrons pas, et la terre ne deviendra pas déserte ».
Pourquoi, c'est intéressant, la Torah parle-t-elle ici de ce que « nous mourrons, et nous, et notre terre » ? Bon, on comprend qu'eux peuvent bien mourir, mais que vient faire ici, semble-t-il, leur terre ? Eh bien, parce que la Torah dit : « Quand il n'y a pas d'homme qui travaille la terre, alors la terre aussi, dans un certain sens, meurt ».
Maintenant, ils pensent déjà que ce sont eux qui font à Yossef une proposition avantageuse, et ils lui disent : « Donne-nous du pain contre notre terre, et nous vivrons, et nous ne mourrons pas, et avec notre terre aussi tout ira bien ! » Une très bonne et juste proposition, et Yossef, naturellement, ne peut pas ne pas accepter.
וַיִּקֶן יוֹסֵף אֶת-כָּל-אַדְמַת מִצְרַיִם לְפַרְעֹה כִּי-מָכְרוּ מִצְרַיִם אִישׁ שָׂדֵהוּ כִּי-חָזַק עֲלֵהֶם הָרָעָב וַתְּהִי הָאָרֶץ לְפַרְעֹה׃
vayíken yosséf et-kol-admát mitsráyim lefar'ó ki-makheroú mitsráyim ich sadehou ki-'hazák alehém hara'áv vattehí ha'árets lefar'ó
20 Et Yossef acheta Toute la terre égyptienne pour Pharaon, Car les Égyptiens vendirent chacun son champ, Car forte était chez eux la famine, Et tout le pays se mit à appartenir à Pharaon.
אֶת-הָעָם הֶעֱבִיר אֹתוֹ לֶעָרִים מִקְצֵה גְבוּל-מִצְרַיִם וְעַד-קָצֵהוּ׃
ve'et-ha'ám he'evír otó le'arím miktsé gevoul-mitsráyim ve'ad-katséhou
21 Quant au peuple, Yossef le déplaça, chacun, d'un bout à l'autre du pays égyptien, d'une frontière à l'autre.
Pourquoi Yossef fait-il cela ? Si un homme vit sur sa terre, sur sa part d'héritage, il peut dire : « J'me rappelle pas trop avoir vendu cette terre. C'était il y a longtemps et c'était pas vrai, c'est ma terre, ici j'ai retourné chaque pierre, ici il n'y a pas un grain de sable que je n'aie touché. C'est pourquoi – non, je n'ai pas vendu ! » Si en revanche un homme est déplacé, alors on comprend qu'il est un nouveau venu. Sur la nouvelle terre, il n'a ni documents ni relations. Et pour rompre cette tradition, pour ne pas donner à l'homme la possibilité de dire : « C'est ma terre et la terre de mes ancêtres », Yossef organise le déplacement des peuples. Il faut dire que ce procédé a été repris par la suite. Peut-être que ce n'est pas Yossef lui-même qui l'a inventé, nous ne savons pas, mais par la suite nous voyons, et chez les Perses, et chez d'autres peuples, même chez les bolcheviks, des actions semblables, quand cela leur était nécessaire.
רַק אַדְמַת הַכֹּהֲנִים לֹא קָנָה כִּי חֹק לַכֹּהֲנִים מֵאֵת פַּרְעֹה וְאָכְלוּ אֶת-חֻקָּם אֲשֶׁר נָתַן לָהֶם פַּרְעֹה עַל-כֵּן לֹא מָכְרוּ אֶת-אַדְמָתָם׃
rak admát hakkohaním lo kaná ki 'hok lakkohaním me'ét par'ó ve'akheloú et-'houkkám achér natán lahém par'ó al-kén lo makheroú et-admatám
22 Seulement la terre des prêtres, Yossef ne l'acheta pas, Car une ration était allouée aux prêtres de la part de Pharaon, Et ils mangeaient ce qui leur était alloué, Ce que Pharaon leur avait donné. C'est pourquoi ils ne vendirent pas leur terre.
Et quelle était la situation avec les prêtres ? On leur délivrait déjà une ration d'État, du pain. Ils avaient assez de pain. Peut-être qu'ils avaient faim eux aussi, mais pas au point de vendre leur terre. À l'achèvement de cette action vertueuse, Yossef dit au peuple :
וַיֹּאמֶר יוֹסֵף אֶל-הָעָם הֵן קָנִיתִי אֶתְכֶם הַיּוֹם וְאֶת-אַדְמַתְכֶם לְפַרְעֹה הֵא-לָכֶם זֶרַע וּזְרַעְתֶּם אֶת-הָאֲדָמָה׃
vayomer yosséf el-ha'ám hen kaníti etkhém hayom ve'et-admatkhém lefar'ó he-lakhém zéra ouzra'tém et-ha'adamá
23 Et Yossef dit au peuple : « Je vous ai achetés aujourd'hui, vous et votre terre, pour Pharaon. Voici pour vous des semences, et ensemencez la terre.
וְהָיָה בַּתְּבוּאֹת וּנְתַתֶּם חֲמִישִׁית לְפַרְעֹה וְאַרְבַּע הַיָּדֹת יִהְיֶה לָכֶם לְזֶרַע הַשָּׂדֶה וּלְאָכְלְכֶם וְלַאֲשֶׁר בְּבָתֵּיכֶם וְלֶאֱכֹל לְטַפְּכֶם׃
vehayá battevou'ót ountattém 'hamichít lefar'ó ve'arbá hayadót yihyé lakhém lezéra hassadé oul'okhlekhém vela'achér bevattekhém vele'ekhól letappekhém
24 Et vous allez, quand il y aura la récolte, La cinquième partie, vous allez la donner à Pharaon, Et les quatre cinquièmes seront à vous pour ensemencer le champ, Et pour votre nourriture, Et pour la nourriture de vos esclaves, Et pour nourrir vos enfants ».
Yossef, en réalité, fait une proposition généreuse dans les conditions d'un servage égyptien précoce, et il fixe une redevance assez peu élevée – la cinquième partie de toute la récolte doit être donnée à Pharaon. Et c'est effectivement généreux, parce que dans d'autres pays et dans d'autres cultures, il arrivait qu'on prenne même les quatre cinquièmes.
וַיֹּאמְרוּ הֶחֱיִתָנוּ נִמְצָא-חֵן בְּעֵינֵי אֲדֹנִי וְהָיִינוּ עֲבָדִים לְפַרְעֹה׃
vayomeroú he'heyitánou nimtsa-'hén be'ené adoní vehayínou avadím lefar'ó
25 Et ils lui dirent : « Tu nous as rendu la vie. Mais si seulement nous pouvions trouver grâce aux yeux de notre seigneur Et être esclaves de Pharaon ».
La phrase e'heyiténou, e'heyiténi – tu nous as rendu la vie, tu m'as rendu la vie est aujourd'hui encore employée en hébreu comme formule de politesse. Quand, dans le chagrin, je reçois une nouvelle joyeuse, quand on me console dans la tristesse, je peux dire : « E'heyiténi (tu m'as rendu la vie) ! » Ils voient vraiment là une nouvelle joyeuse, c'est pour eux une très bonne proposition. Et ils demandent : « Ce serait formidable pour nous d'être tout le temps esclaves de Pharaon à des conditions aussi avantageuses, c'est bien mieux que d'avoir faim ». Le peuple demande, et Yossef va au-devant de lui.
וַיָּשֶׂם אֹתָהּ יוֹסֵף לְחֹק עַד-הַיּוֹם הַזֶּה עַל-אַדְמַת מִצְרַיִם לְפַרְעֹה לַחֹמֶשׁ רַק אַדְמַת הַכֹּהֲנִים לְבַדָּם לֹא הָיְתָה לְפַרְעֹה׃
vayássem otá yosséf le'hók ad-hayóm hazzé al-admát mitsráyim lefar'ó la'hómech rak admát hakkohaním levaddám lo hayetá lefar'ó
26 Et Yossef établit cette loi jusqu'à ce jour Sur toutes les terres égyptiennes : à Pharaon – la cinquième partie. Et seule la terre des prêtres n'appartenait pas à Pharaon.
Les commentateurs aiment habituellement dire que chaque fois qu'il est écrit dans la Torah : « … jusqu'à ce jour », c'est bien cela – jusqu'à ce jour, c'est-à-dire encore aujourd'hui. Dans l'Égypte moderne, les lois sont complètement différentes. Les Égyptiens modernes ne sont pas, pour la plupart, les descendants de ces Égyptiens-là. Mais la loi selon laquelle la cinquième partie est donnée à Pharaon en Égypte a existé très, très longtemps, même les auteurs grecs ont encore le temps de la mentionner, si bien que, effectivement, la loi a existé longtemps.
וַיֵּשֶׁב יִשְׂרָאֵל בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם בְּאֶרֶץ גֹּשֶׁן וַיֵּאָחֲזוּ בָהּ וַיִּפְרוּ וַיִּרְבּוּ מְאֹד׃
vayéchev yisraél be'érets mitsráyim be'érets góchen vaye'a'hazoú va vayifroú vayirboú me'ód
27 Et les Israélites habitèrent dans le pays égyptien, dans le pays de Gochen, Et le tinrent, Et proliférèrent, et se multiplièrent très fortement.
Que s'est-il passé ? Les Égyptiens se sont retrouvés sans leur terre. On ne leur prenait, certes, que la cinquième partie, mais l'époque était encore une époque de faim, la récolte était maigre. Et les Israélites, pendant ce temps, premièrement, sont restés les seuls (à part les prêtres) propriétaires de terres, deuxièmement, vivaient dans une relative satiété et c'est pourquoi ils se sont extraordinairement multipliés, cela arrive aussi.
On a dit énormément de choses sur la manière dont Yossef se révèle à ses frères, sur l'un des événements les plus dramatiques du livre de Béréchit, sur cet événement déchirant. Et chaque commentateur a essayé d'apporter sa contribution à la compréhension de ce qui s'est passé là, et de comment cela s'est passé ? Qu'est-ce qui a poussé Yossef, justement à ce moment-là, à se dévoiler à ses frères ? Que se passait-il dans le cœur de Yossef, que se passait-il dans le cœur des frères ? Bref, ce passage donne énormément matière à réflexion, et une multitude de sages ont partagé leurs réflexions à ce sujet. Nous allons regarder, vous et moi, comment a vu ce passage Rabbi Cholom Noa'h Bérézovski, connu aussi comme le Rebbe de Slonim. Il attire l'attention sur ce qui est écrit dans le premier verset du 45e chapitre. Yossef ordonna à tous les étrangers de sortir, et il est écrit : « Et il n'y avait pas d'homme qui se tenait près de lui, quand Yossef se dévoila à ses frères ».
וְלֹא-עָמַד אִישׁ אִתּוֹ בְּהִתְוַדַּע יוֹסֵף אֶל-אֶחָיו׃
velo-ámad ich ittó behitvaddá yosséf el-e'háv
Et il n'y avait pas d'homme qui se tenait près de lui, Quand Yossef se dévoila à ses frères.
Et quand le Rebbe de Slonim lit ce passage, il se souvient, il voit un parallèle avec un autre passage, du livre de Vayikra (16,17), où il est raconté comment le kohen gadól entre dans le Saint des Saints :
וְכָל-אָדָם לֹא-יִהְיֶה בְּאֹהֶל מוֹעֵד בְּבֹאוֹ לְכַפֵּר בַּקֹּדֶשׁ
vekhol-adám lo-yihyé be'óhel mo'éd bevo'ó lekhappér bakkódech…
Et aucun homme ne sera dans la Tente du Témoignage, Quand (le kohen gadól) y entre, Pour faire l'expiation dans le lieu saint…
« Que signifie – demandent les commentateurs en lisant ce passage dans le livre de Vayikra – il n'y aura personne ? Et le kohen gadol lui-même, il sera là ? Comment peut-on dire qu'il ne doit y avoir personne là, si le kohen gadol doit y être ? » Et ils répondent : « À ce moment, le kohen gadol cesse d'être simplement un homme ». Ayant accompli l'expiation pour sa maison, et pour lui-même, et pour le peuple, il se présente comme quelque chose de plus grand que simplement un homme. Il se présente comme quelque chose de supra-humain, de divino-humain (on peut se risquer à l'appeler ainsi), comme un homme « préparé » et qui a organisé sa rencontre avec Dieu. C'est précisément dans cet état qu'il doit se trouver dans le Saint des Saints. La « divino-humanité », c'est ce qui s'enclenche dans le Saint des Saints chez le kohen gadol. Et ce qui se passe pendant la rencontre des frères et de Yossef, quand Yossef se dévoile, ressemble beaucoup à ce que nous voyons dans le Saint des Saints.
Qu'est-il arrivé à Yéhouda ? Nous avons lu avant cela que les frères avaient déjà dit, Yéhouda avait déjà dit pour tous : « Nous serons tous tes esclaves ». Mais ce n'est pas cela qui a forcé Yossef à se révéler à ses frères. Yossef a répondu : « Non-non-non ! Chez nous ici, c'est un tribunal juste ! Celui qui a volé la coupe, c'est lui qui sera mon esclave ». Qu'est-il donc arrivé ici ?
Imaginez-vous, Yéhouda est un leader, on peut dire en langage moderne, self made (self made – qui s'est fait lui-même). Pas premier-né par le sang, mais celui des frères qui est devenu premier-né grâce à ses talents, grâce à ses qualités de leader. Et maintenant il dit : « Moi, je serai esclave ! » Il le dit à quelque obscur Tsafénat-Panéa'h, à quelque homme obscur en Égypte. Une chose est de dire : « Nous serons tous esclaves ». Quand la punition est collective, elle n'est pas si terrible. Sans doute chacun se souvient-il de ce qui se passait quand on punissait toute la classe, toute la compagnie, toute l'escouade, tout le groupe et ainsi de suite. Quand tu es puni avec un collectif, cela unit le collectif, cela crée un grand, un fort « nous » et permet de supporter la punition avec plus de facilité. Autre chose est quand tu es le leader parmi les frères. Quand tu es Yéhouda, un homme avec du talent, un talent qu'on a déjà réussi à réaliser, avec des ambitions, des ambitions qu'on a déjà réussi à réaliser. Et maintenant tu vas agiter ton mouchoir à tes frères, qui vont partir chez le père, en Canaan, et toi, tu resteras ici esclave.
C'est le niveau du service, le niveau de la vision, peut-être, du dessein de Dieu, de la vision de la justice. Et il dit : « Non ! Je ne cesserai pas d'être Yéhouda. Mes talents, mes ambitions, mes capacités ne s'en iront nulle part ». Exactement de la même façon, nous avons vu auparavant ce qui se passait avec Yossef, qui s'est retrouvé esclave. Il n'a pas cessé d'être un homme qui réussit, et tous ceux qui l'entouraient voyaient que Dieu est avec lui. Yéhouda, maintenant, se décide à une telle chose volontairement. Non, ce n'est pas un renoncement à soi-même, ce n'est pas un renoncement aux ambitions, mais Yéhouda dit : « Tous mes talents, toutes mes capacités, je suis prêt à les utiliser ici. Je reste Yéhouda, mais je serai esclave de cet Égyptien, encore une fois, obscur ». Une décision terrible, une incroyable consécration de soi au dessein.
Et à ce moment même, Yossef aussi se dévoile, comme un homme qui participe au dessein. Et quand il dit : « Je suis Yossef, que vous avez vendu (acher-mekhartém) » – ce n'est pas une accusation. Nous voyons que, plus loin aussi, Yossef n'accuse pas les frères, Yossef pleure sur l'épaule de chacun des frères, Yossef console les frères. C'est justement Yossef qui les console, et non l'inverse. Yossef pleure sur leur épaule, et non l'inverse. Et c'est pourquoi, quand Yossef dit : « Je suis celui que vous avez vendu », ce n'est pas une accusation. C'est la description d'une expérience : « Je suis Yossef, et de plus je suis Yossef vendu. Je suis Yossef, et cette expérience que Yéhouda vient de vivre, je l'ai déjà vécue. J'ai déjà eu un tel vécu, cela m'est familier – ce que c'est d'être vendu et ce que c'est de rester Yossef quand tu es vendu. Et maintenant c'est Yéhouda qui vit la même chose.
Ici il n'y a pas de personnalités, ici il n'y a pas de vision personnelle, propre, de son chemin. Car Yossef se représentait son avenir d'une façon, Yéhouda – d'une autre façon. Chacun voyait son avenir différemment, et ici, c'est une remise totale de soi entre les mains de Dieu. De nouveau – la remise de soi. Pas un renoncement à soi, pas un renoncement à ses qualités, parce que Yossef et Yéhouda ont été et resteront des hommes différents. Yossef a ses tâches, Yéhouda – ses tâches. Mais la disposition, en étant un leader, en étant appelé à quelque chose de très élevé, à ne pas tenir pour une humiliation, à ne pas tenir pour un brisement de devenir esclave – c'est l'élévation à ce niveau dans l'Esprit où l'homme s'élève au-dessus de son humain, au-dessus de son principe humain, et le transforme en principe « divino-humain ». C'est pourquoi on peut comprendre, comme le voit le Rebbe de Slonim, qu'il n'y avait pas là d'hommes, là tous avaient à tel point pris conscience de la présence du dessein divin dans leur monde, de leur participation au dessein divin, qu'il y a eu là une ascension au niveau « divino-humain », une montée à un niveau complètement autre, à un niveau plus élevé.
De nouveau : ce n'est, bien entendu, nullement l'unique compréhension correcte et, peut-être, à quelqu'un une autre variante de compréhension paraîtra plus actuelle, lui parlera davantage. Je montre seulement quelques regards peu connus sur la section hebdomadaire et je jette un peu de petit bois dans le feu de votre réflexion.
Yaakov chez Pharaon
Nous allons parler d'une courte conversation qui a eu lieu entre le Patriarche Yaakov et le Pharaon égyptien. Nous lisons cela au 47e chapitre du livre de Béréchit, à partir du 8e verset : « Et Pharaon dit à Yaakov : combien d'années de ta vie ? » Et Yaakov dit à Pharaon : « Les jours de ma vie sont de cent trente ans. Peu nombreux et malheureux ont été les jours de ma vie, et ils n'ont pas atteint les années de vie de mes pères au temps de leur vie ».
C'est une réponse très étrange que Yaakov donne à la question de Pharaon. Pharaon, pour parler en langage moderne, lui a demandé : « Quel âge as-tu, Yaakov ? » Et au lieu de dire : « J'ai 130 ans, camarade Pharaon ! », Yaakov lui répond de façon plus étendue, et plus ample, et dit : « Courts et malheureux ont été les jours de ma vie, et ils n'ont pas atteint les années qu'ont vécues mes ancêtres ». Une fin de phrase tout à fait incompréhensible. Yaakov n'est pas encore mort, et il ne sait encore pas du tout combien de temps il vivra. Comment peut-on donc dire que « je n'ai pas encore atteint l'âge de mes pères », « je n'atteindrai pas l'âge de mes pères » ? Ou bien qu'est-ce que cela signifie ? Et en tout cas, pourquoi se plaindre au monarque égyptien des peines de sa vie ? Bref, cela fait bien assez de questions pour un seul petit verset. Comment peut-on comprendre cela ?
Pharaon voit devant lui un vieillard profondément âgé. Peut-être un vieillard si profondément âgé, si vieux paraît Yaakov, qu'il semble que, peut-être, il est Avraham, ou peut-être est-ce même adám richón (le premier Adam) ? Qui es-tu, vieillard ? Quel âge as-tu, pour avoir l'air si vieux ? Voilà ce que, peut-être, Pharaon demande à Yaakov. Et Yaakov lui répond : « Les jours de ma vie sont de 130 ans. J'ai 130 ans. Et, tu sais, Pharaon, j'aurais l'air bien plus jeune si la vie ne m'avait pas malmené. Courts et malheureux ont été les jours de ma vie. C'est que j'ai eu une vie si mauvaise, c'est pour cela que j'ai vieilli. Ne demande pas quel air pur des montagnes je respire, quel régime j'ai suivi pour atteindre un âge si respectable, et quelle crème j'utilise pour le visage pour avoir si peu de rides. Non ! Si je suis si vieux, c'est parce que la vie m'a malmené, sinon j'aurais l'air encore plus jeune ».
Et en cela, peut-être, il n'y a pas simplement une rencontre de Yaakov et de Pharaon. C'est la rencontre de la civilisation juive avec la civilisation égyptienne, du peuple juif avec le peuple égyptien, où Israël dit : « Tu peux me malmener fortement, tu peux me tourmenter fortement, pour que ma vie soit malheureuse. J'aurai l'air d'un Juif vieux et malmené, mais je suis vivant. Je suis vivant ! Même si, peut-être, tu souhaiterais le contraire ». Bon, quoique ne disons pas de mal de Pharaon, il ne fait que demander. Et c'est pourquoi Yaakov dit ensuite : « Mais mes ancêtres, Avraham et Yits'hak, ont vécu encore plus longtemps. Et moi, avec l'aide de Dieu, je n'ai pas encore atteint l'âge où il me faudrait mourir. D'ailleurs, dans ma lignée, il n'y a que des gens qui vivent longtemps, sans exception. Toi, Pharaon, sache-le bien ! » Et ces paroles sont comprises comme une bonne action de Yaakov, comme le fait que Yaakov donne une bonne réponse à Pharaon.
Dans le recueil traditionnel de midrachim Béréchit Rabba, il y a une discussion de cette conversation, au chapitre 95. Les sages disent : « Pharaon se mit à poser des questions à Yaakov. Il demandait : “Quel âge as-tu donc ?” Et Yaakov dit à Pharaon : “Les jours de ma vie sont de 130 ans. Peu nombreux et malheureux ont été les jours de ma vie”. Rabbi Abba bar Kahana dit : “Entre Toi et moi, je ne suis pas digne”, c'est-à-dire “quand tu parlais avec Dieu, au chapitre 32, avant la rencontre avec Essav, tu as dit : « Il y a eu tant de grâce dans ma vie. Tu as été si miséricordieux envers moi que katónti (je suis petit) devant toutes Tes grâces, je ne suis pas digne de toutes Tes grâces, je ne suis pas digne de ce que Tu as fait ». Cela, c'est quand tu parles seul à seul avec Moi, avec Dieu. Mais quand tu parles avec les autres, tu dis : « Ah, quelle vie triste, quelle vie amère j'ai ». Et on peut de nouveau dire que ces paroles sont dites pour la défense de Yaakov. Quand Yaakov parle avec le Très-Haut, il dit : « Je ne suis pas digne de toutes les grâces que Tu as accomplies envers moi. Parce que, regarde, j'ai traversé le Jourdain seul, avec seulement un bâton. Regarde ce que j'ai maintenant ». Quand il parle avec les autres, il ne se vante pas et ne dit pas : « Regardez comme le SEIGNEUR est miséricordieux envers moi, comme je suis juste, ou combien de grâces j'ai méritées » ou « Quel serviteur indigne je suis, et combien de grâces le SEIGNEUR a accomplies envers moi ». Il ne se glorifie pas de ces grâces.
Car il arrive souvent qu'un homme veuille, semble-t-il, glorifier Dieu et veuille se vanter des grâces que Dieu a accomplies envers lui, mais, en réalité, il se loue lui-même. Il dit : « Voilà, mon ex-femme a mal agi, et elle a fait ceci, mais regardez ce que Dieu fait dans ma vie, je suis juste. Je suis juste, et voilà, regardez comme Dieu me récompense pour cela ! » Ou même : « Je suis un serviteur indigne, mais je suis avec le SEIGNEUR ! Je suis avec le SEIGNEUR, alors comment serais-je indigne ? Je suis digne ! Et c'est pourquoi Il me récompense pour cela, et vous, vous n'êtes pas avec le SEIGNEUR. Vous n'avez pas prié correctement, vous n'avez pas agi correctement, mais moi, Il me récompense ! » Et l'accent n'est pas sur « Il », mais sur « moi », et cela arrive très souvent. Mais parfois un homme ne se glorifie pas du nombre de grâces qu'il a, que ce soit par la foi, par l'espérance ou par les prières, obtenues du Très-Haut, et ainsi il ne se glorifie pas de lui-même. Mais il dit : « Oui, moi aussi j'ai des problèmes dans la vie. Avec l'aide de Dieu, je fais des efforts, je vis tant bien que mal, je fais des efforts, je surmonte ». On peut le dire ainsi. Et je le précise encore une fois : je ne veux pas dire, à Dieu ne plaise, qu'il ne faut pas glorifier Dieu en racontant les grâces qu'Il nous fait. Mais il faut, en racontant, Le glorifier, et non soi-même, parce que c'est un piège dans lequel il est très facile de tomber.
On peut aussi comprendre autrement : « Quand tu es devant Moi, tu reconnais toutes les grâces, et quand tu es avec les autres, tu es hypocrite et tu te mets à geindre. Décide-toi, Yaakov, où dis-tu la vérité ? Suis-Je miséricordieux envers toi, ou as-tu des jours malheureux, jour après jour, toute ta vie ? » Et alors on peut interpréter ces paroles comme une condamnation de Yaakov.
De façon plus sévère aborde la discussion de ces paroles Rabbi Chimon bar Yo'haï, un rabbin qui fait grande autorité, qui dit : « Peu nombreux et malheureux. Parce que Yaakov a murmuré, parce qu'il a geint, qu'il s'est plaint en 33 mots, 33 années de vie lui ont été retirées ». Ici Rabbi Chimon bar Yo'haï compte tous les mots du verset commenté : il y en a 33. Et il dit que c'était une manifestation de faiblesse de Yaakov, et qu'en punition de cela 33 années de vie lui ont été retirées. Une approche très sévère des paroles de Yaakov.
Quelle conclusion pouvons-nous tirer pour nous-mêmes de cette histoire ? Peut-être que nous sommes malmenés, mais vivants. Que les malheurs, les adversités, les calamités, si nous les avons vus dans notre vie, nous ont malmenés et que nous avons vieilli avant l'heure. Ou nous paraissons vieux à quelqu'un, mais nous sommes vivants, et il y a là une manifestation de grâce. La grâce en ce que nous avons pu surmonter ces calamités et ces malheurs, et nous-mêmes, notre vie, sommes la preuve que Dieu est miséricordieux envers nous. Se plaindre un peu moins, peut-être. Peut-être s'efforcer de voir les grâces que le Très-Haut a accomplies envers nous et d'en parler, se souvenir des grâces que le Très-Haut a accomplies envers nous. Et si l'on se plaint, si l'on épanche son âme, alors devant Celui-là même que nous louons pour les grâces qu'Il a accomplies envers nous.
On peut tirer beaucoup d'autres conclusions de cette histoire, elle donne énormément matière à réflexion, et je serai heureux si elle vous donne, à vous, matière à réflexion.
De quoi parle Yéhouda ?
Dans cet entretien, j'aimerais revenir encore une fois dans la maison du « presque » Pharaon, le gouverneur de l'Égypte du nom de Tsafénat-Panéa'h, dont nous (et, peut-être, nous seuls), lecteurs du livre de Béréchit, savons que c'est Yossef. Tôt le matin, les frères sont partis de sa maison, ils s'étaient presque mis en route en paix d'Égypte vers le pays de Canaan. Mais il n'en fut rien. L'intendant de la maison de Yossef les rattrape et les accuse d'avoir payé son maître de son hospitalité par une noire ingratitude et d'avoir volé sa coupe de divination. Bien sûr, les frères ne savent pas que la coupe a été glissée à l'avance dans le sac de Binyamin. Ils refusent d'avouer ce qu'ils n'ont pas fait. Ensuite, tout le monde le sait, le gouverneur fouille les sacs, la coupe se trouve dans le sac de Binyamin. Les frères savent-ils qu'elle y a été glissée ? Peut-être le devinent-ils, parce que là, on avait aussi trouvé de l'argent dans les sacs de chacun. Bref, on peut penser n'importe quoi. Il y a un midrach qui dit que les frères injuriaient Binyamin ou même se mirent à le battre, en disant : « Voleur, fils de voleuse ! Comme ta maman, en son temps, a volé les téraphim, de même toi, voilà, maintenant tu as volé ! Combien de temps peut-on supporter ce mauvais sang ? » Il y a de tels midrachim, et on peut les mettre de côté pour l'instant, cela n'est pas écrit directement. Les frères, tête basse, retournent dans la maison du gouverneur pour être jugés par lui.
Ce qui se passe ensuite et, peut-être, pourquoi cela se passe, lisons-le à partir du verset 14 du chapitre 44.
וַיָּבֹא יְהוּדָה וְאֶחָיו בֵּיתָה יוֹסֵף וְהוּא עוֹדֶנּוּ שָׁם וַיִּפְּלוּ לְפָנָיו אָרְצָה׃
vayavó yehoudá ve'e'háv béta yosséf vehoú odénnou cham vayippeloú lefanáv artsá
14 Et Yéhouda et ses frères vinrent dans la maison de Yossef, Yossef encore là, Et ils tombèrent devant lui face contre terre.
On comprend pourquoi la Torah dit ici « Yéhouda et les frères », et non pas simplement « et les frères vinrent », Yéhouda compris. Yéhouda est déjà le leader formé des frères, bien qu'il ne soit pas le premier-né, le premier-né, c'est Réouven. Yéhouda est ici le leader aussi parce que c'est à Yéhouda que Yaakov a confié de diriger cette délégation ou cette expédition. Yossef commence à leur parler (de nouveau, pour nous, c'est Yossef, pour eux, c'est le gouverneur égyptien).
וַיֹּאמֶר לָהֶם יוֹסֵף מָה־הַמַּעֲשֶׂה הַזֶּה אֲשֶׁר עֲשִׂיתֶם הֲלוֹא יְדַעְתֶּם כִּי־נַחֵשׁ יְנַחֵשׁ אִישׁ אֲשֶׁר כָּמֹנִי׃
vayomer lahém yosséf ma-hamma'assé hazzé achér assitém haló yedatém ki-na'héch yena'héch ich achér kamóni
15 Et Yossef leur dit : « Quelle est cette affaire que vous avez faite ? vous compreniez bien qu'un homme comme moi, il devinera qui l'a fait ? »
Et Yéhouda, qui ne sait pas que la coupe a été glissée à Binyamin, dit :
וַיֹּאמֶר יְהוּדָה מַה־נֹּאמַר לַאדֹנִי מַה־נְּדַבֵּר וּמַה־נִּצְטַדָּק הָאֱלֹהִים מָצָא אֶת־עֲוֹן עֲבָדֶיךָ הִנֶּנּוּ עֲבָדִים לַאדֹנִי גַּם־אֲנַחְנוּ גַּם אֲשֶׁר־נִמְצָא הַגָּבִיעַ בְּיָדוֹ׃
vayomer yehoudá ma-nomár ladoní ma-nedabbér ouma-nitstaddák ha'elohím matsá et-avón avadékha hinnennoú avadím ladoní gam-aná'hnou gam acher-nimtsá haggavíya beyadó
16 Et Yéhouda dit : « Que dirons-nous donc au seigneur ? De quoi parlerons-nous et comment nous justifierons-nous (ces mots sont devenus une partie de la prière que nous lisons au cours de la repentance) ? Le SEIGNEUR Dieu a trouvé la faute, a trouvé le péché de tes esclaves. Voici, nous sommes maintenant esclaves du seigneur, et nous, tous les dix, et celui chez qui la coupe a été trouvée ».
Voilà la solution pour sortir du conflit que propose Yéhouda. Il dit : « Que le seigneur ait maintenant onze esclaves. Un – pour le vol, eh bien, et nous par la même occasion, parce que, apparemment, il y a là aussi notre péché ».
וַיֹּאמֶר חָלִילָה לִּי מֵעֲשׂוֹת זֹאת הָאִישׁ אֲשֶׁר נִמְצָא הַגָּבִיעַ בְּיָדוֹ הוּא יִהְיֶה־לִּי עָבֶד וְאַתֶּם עֲלוּ לְשָׁלוֹם אֶל־אֲבִיכֶם׃
vayomer 'halíla li me'assót zot ha'ích achér nimtsá haggavíya beyadó hou yihye-lí áved ve'attém aloú lechalóm el-avikhém
17 mais celui-là dit : « Dieu me garde de faire cela. L'homme dans les mains duquel la coupe a été trouvée me sera esclave, Et vous, allez en paix vers votre père ».
Yossef dit : « Que Dieu m'en garde ! Pourquoi asservirais-je des gens innocents ? Ici, il y a un tribunal juste, ici, il n'y a pas de punition collective, et seul celui qui a volé sera esclave ». Juste ? Juste !
Et Yéhouda commence un discours, un discours qui deviendra le centre de notre conversation, un discours à la fin duquel il fait, comme nous le savons, une proposition : « Je resterai à la place de Binyamin ». Que se passe-t-il ici ? Regardons avec les yeux de Yéhouda, qui n'a pas lu le livre de Béréchit, ne sait pas comment tout cela finira, ne sait pas que devant lui se tient Yossef, et parle avec le gouverneur de l'Égypte. Yéhouda commence et termine son discours par une proposition. La première proposition, que le gouverneur a refusée, était – onze esclaves. Yéhouda termine par la proposition – un esclave. C'est-à-dire que, si auparavant on proposait au gouverneur de l'Égypte de recevoir Yéhouda et encore dix esclaves, la dernière fois on lui propose de recevoir seulement Yéhouda. Donc, première question : pourquoi la dernière proposition est-elle meilleure que la première ? Deuxième question : pourquoi Yéhouda prononce-t-il un long discours, un long excursus historique ? On aurait pu dire tout de suite la proposition par laquelle il termine. Et la troisième question, sans doute la plus importante : pourquoi Yéhouda raconte-t-il précisément ce qu'il raconte ? Or il raconte ce qui n'a pas du tout eu lieu. Et Yossef, pour l'essentiel, sait que cela n'a pas eu lieu.
וַיִּגַּשׁ אֵלָיו יְהוּדָה וַיֹּאמֶר בִּי אֲדֹנִי יְדַבֶּר-נָא עַבְדְּךָ דָבָר בְּאָזְנֵי אֲדֹנִי וְאַל-יִחַר אַפְּךָ בְּעַבְדֶּךָ כִּי כָמוֹךָ כְּפַרְעֹה׃
vayiggách eláv yehoudá vayomer bi adoní yedabber-ná avdekhá davár be'ozné adoní ve'al-yí'har appekhá be'avdékha ki khamókha kefar'ó
18 Et Yéhouda s'approcha de lui et se mit à parler : « Par moi, seigneur, par moi je jure, par ma vie, Que ton esclave parle (cela, c'est à propos de lui-même), donne-moi, permets-moi de dire Une parole aux oreilles de mon seigneur, Et que ta colère ne s'enflamme pas contre ton esclave, Car tu es comme Pharaon. Car tu es presque comme Pharaon.
Si ta colère s'enflamme, alors tout cela peut finir par une exécution de masse. C'est-à-dire que toi, en principe, tu peux bien nous tuer tous. C'est pourquoi permets-moi de parler, ne te mets pas en colère, n'ordonne pas l'exécution, ordonne que soit dite une parole. Et voici la parole que dit Yéhouda :
אֲדֹנִי שָׁאַל אֶת-עֲבָדָיו לֵאמֹר הֲיֵשׁ-לָכֶם אָב אוֹ-אָח׃
adoní cha'ál et-avadáv lemór hayech-lakhém av o-á'h
19 Le seigneur interrogea ses esclaves (c'est-à-dire, tu nous as interrogés), en disant : « avez-vous un père ou un frère ? »
Mais Yossef n'a pas demandé cela. Voici comment c'était : quand les frères sont venus, Yossef les a accusés d'être des explorateurs, et eux ont raconté qu'ils sont les fils d'un seul homme, et qu'ils ont encore un frère, il y en avait encore un, mais il n'est plus. Yossef ne leur a jamais posé la question : « Avez-vous un père ou un frère ? » Pourquoi Yéhouda en parle-t-il, sachant que Yossef se souvient que cela ne s'est pas passé ainsi ? Quand donc est apparue cette idée que Yossef demandait s'ils avaient un père ou un frère ? Elle est apparue quand les frères s'apprêtaient à partir en Égypte et ont dit à Yaakov : « Sans Binyamin, il n'y a pas de chemin pour nous là-bas ». Yaakov a demandé : « Pourquoi donc avez-vous dit que vous aviez un frère ? Pourquoi lui avez-vous seulement raconté cela ? » Là, Yéhouda dit : « C'est le gouverneur qui nous a questionnés », comme pour essayer de justifier pourquoi ils avaient trop bavardé. Pourquoi Yéhouda parle-t-il ici de cela à Yossef ? Restons pour l'instant avec cette question.
וַנֹּאמֶר אֶל־אֲדֹנִי יֶשׁ־לָנוּ אָב זָקֵן וְיֶלֶד זְקֻנִים קָטָן וְאָחִיו מֵת וַיִּוָּתֵר הוּא לְבַדּוֹ לְאִמּוֹ וְאָבִיו אֲהֵבוֹ׃
vannómer el-adoní yech-lánou av zakén veyéled zekouním katán ve'a'hív met vayivvatér hou levaddó le'immó ve'avív ahevó
20 Et nous dîmes au seigneur : « Nous avons un vieux père Et un petit fils de sa vieillesse (Binyamin a à ce moment-là déjà plus de trente ans, mais n'en parlons pas). Et son frère est mort, Et il est resté seul De sa mère, Et son père l'aime ».
Rien de tout cela, bien entendu, ils ne l'ont raconté à Yossef. Ils lui ont raconté simplement qu'un des frères avait disparu. Maintenant Yéhouda raconte ce qu'il ressent, ce qui se tenait derrière ces paroles qu'il avait dites brièvement à Yossef alors. Car quand nous disons : « Un frère est mort, et un frère est resté », nous nous représentons ce frère, nous savons bien plus que nous ne disons. Ici Yéhouda parle de ce qu'il ressentait alors, quand il parlait. Au verset 21, de nouveau, Yéhouda dit ce qui n'a pas eu lieu.
וַתֹּאמֶר אֶל־עֲבָדֶיךָ הוֹרִדֻהוּ אֵלָי וְאָשִׂימָה עֵינִי עָלָיו׃
vattómer el-avadékha horidoúhou eláy ve'assíma ení aláv
21 Et tu dis à tes esclaves : Faites-le descendre vers moi, amenez-le-moi, Je poserai l'œil sur lui, je veillerai ici sur lui (ou je le regarderai, ou je l'admirerai).
C'est à peu près ainsi qu'on peut comprendre ces mots, mais de quelque manière que nous les traduisions, ce ne sont pas des mots que Yossef ait jamais dits aux frères. Et pourquoi raconter cela à Yossef, qui se souvient bien comment les choses se sont passées ? Mais ici, dans ces mots, est contenu ce à quoi Yéhouda pensait. Il pensait : « Voilà, nous lui parlons de notre frère. Pourquoi demande-t-il d'amener le frère ? » C'est pourquoi ici il dit : « Nous avons compris que tu voulais le faire venir pour le regarder. Si nous avions pensé que tu voulais nous le prendre, ou le mettre en prison, ou lui faire quelque chose de mal, nous ne l'aurions pas amené. Nous l'avons amené parce que tu nous inspirais confiance, parce que nous voyions que tu es un homme miséricordieux. Nous pensions que tu le faisais venir pour simplement le regarder ». C'est-à-dire que Yéhouda ne raconte pas les faits à Yossef, ce n'est pas un procès-verbal, c'est le jugement de Yéhouda lui-même, Yéhouda raconte ce qu'il ressentait.
וַנֹּאמֶר אֶל-אֲדֹנִי לֹא-יוּכַל הַנַּעַר לַעֲזֹב אֶת-אָבִיו וְעָזַב אֶת-אָבִיו וָמֵת׃
vannómer el-adoní lo-youkhál hanná'ar la'azóv et-avív ve'azáv et-avív vamét
22 Et Nous dîmes : « ce garçon ne peut pas quitter son père, parce que, s'il quitte son père, celui-ci mourra ».
Cela aussi, c'est ce que Yéhouda n'a jamais dit, mais on peut tirer des conclusions semblables de leur conversation.
וַתֹּאמֶר אֶל-עֲבָדֶיךָ אִם-לֹא יֵרֵד אֲחִיכֶם הַקָּטֹן אִתְּכֶם לֹא תֹסִפוּן לִרְאוֹת פָּנָי׃
vattómer el-avadékha im-ló yeréd a'hikhém hakkatón ittekhém lo tossifoún lir'ót panáy
23 Et tu dis à tes esclaves : « Si votre frère cadet ne descend pas avec vous, Vous ne pourrez plus voir mon visage ».
Cela non plus, ce n'est pas ce que Yossef ait jamais dit. Bien que, bien sûr, à partir de tous les événements, on pouvait comprendre, Yéhouda pouvait comprendre, les frères, tout homme sensé aurait compris que sans Binyamin, mieux valait pour eux ne même pas revenir en Égypte.
וַיְהִי כִּי עָלִינוּ אֶל-עַבְדְּךָ אָבִי וַנַּגֶּד-לוֹ אֵת דִּבְרֵי אֲדֹנִי׃
vayhi ki alínou el-avdekhá aví vannagged-ló et divré adoní
24 Et il advint, quand nous approchions de ton esclave, notre père, Et nous lui parlâmes des paroles de notre seigneur.
וַיֹּאמֶר אָבִינוּ שֻׁבוּ שִׁבְרוּ-לָנוּ מְעַט-אֹכֶל׃
vayomer avínou choúvou chivrou-lánou me'at-ókhel
25 Et notre père dit : « allez donc et procurez-nous un peu de nourriture ».
וַנֹּאמֶר לֹא נוּכַל לָרֶדֶת אִם-יֵשׁ אָחִינוּ הַקָּטֹן אִתָּנוּ וְיָרַדְנוּ כִּי-לֹא נוּכַל לִרְאוֹת פְּנֵי הָאִישׁ וְאָחִינוּ הַקָּטֹן אֵינֶנּוּ אִתָּנוּ׃
vannómer lo noukhál larédet im-yéch a'hínou hakkatón ittánou veyarádnou ki-ló noukhál lir'ót pené ha'ích ve'a'hínou hakkatón enénnou ittánou
26 Et nous dîmes : « Nous ne pourrons pas descendre ainsi, Mais si notre petit frère est avec nous, alors nous pourrons descendre, Car nous ne pourrons pas voir le visage de l'homme, Si notre frère cadet n'est pas avec nous ».
De nouveau, ce n'est pas ce que Yossef disait, mais c'est ce que Yéhouda racontait à Yaakov, parce qu'il comprenait ainsi cette situation. Ici, s'étant ému, Yéhouda, débordant de sentiments, parle avec le cœur, dit ce qu'il ressentait. C'est ce que Yéhouda veut faire comprendre au gouverneur de l'Égypte. Et ensuite Yéhouda dit une chose terrible :
וַיֹּאמֶר עַבְדְּךָ אָבִי אֵלֵינוּ אַתֶּם יְדַעְתֶּם כִּי שְׁנַיִם יָלְדָה-לִּי אִשְׁתִּי׃
vayomer avdekhá aví elénou attém yeda'tém ki chenáyim yaleda-lí ichtí
27 Et ton esclave, notre père, nous dit : « Vous savez que ma femme ne m'en a enfanté que deux.
Imaginez-vous à quel point c'est une chose terrible. Yaakov dit à ses fils, à ses dix fils : « Vous savez que je n'ai que deux enfants, et ce n'est pas vous ». Yaakov n'a pas dit cela, en tout cas, nous ne lisons pas que Yaakov ait dit cela, mais c'est ce que Yéhouda voit derrière la réponse de Yaakov : que Yaakov ne s'inquiète pas beaucoup de ce que, quelque part là-bas, Chimon soit arrêté (bien qu'en réalité Yaakov ait parlé de Chimon, mais maintenant, dans les souvenirs et les émotions de Yéhouda, cela n'y est pas). Imaginez-vous quelle attitude envers les autres fils il y a dans cette famille, si Réouven dit à Yaakov : « Si je ne ramène pas Binyamin, tu peux tuer mes deux fils ». C'est ce que Yéhouda ressent. Yéhouda vit avec le sentiment que Yaakov a dix enfants non aimés et deux aimés. Et il en parle ici : « Et notre père a dit : “Vous savez que ma femme ne m'en a enfanté que deux” ». Il est dur de vivre avec un tel sentiment.
וַיֵּצֵא הָאֶחָד מֵאִתִּי וָאֹמַר אַךְ טָרֹף טֹרָף וְלֹא רְאִיתִיו עַד-הֵנָּה׃
vayetsé ha'e'hád me'ittí va'omár akh taróf toráf veló re'itív ad-hénna
28 Et l'un d'eux partit de chez moi, Et je me dis : « sans doute, il a été déchiré par une bête, Et jusqu'à présent je ne l'ai pas vu ».
Que signifient ces paroles que Yéhouda attribue à Yaakov ? Il m'est très souvent arrivé de rencontrer cela parmi des gens qui avaient survécu à l'Holocauste, survécu à la Catastrophe, et perdu beaucoup de leurs proches. Jusqu'aux tout derniers jours de leur vie, ils espéraient que ces proches perdus étaient quelque part vivants et qu'un jour ils se manifesteraient. Si l'on n'avait pas vu le cadavre, si l'on n'avait pas vu littéralement la mort de ses proches, on continuait d'attendre. Mon grand-père a disparu sans laisser de trace près de Kiev le 7 novembre 1943. Jusqu'à la fin des années soixante-dix, ma grand-mère sortait et regardait la route. Chaque soir elle s'asseyait et regardait la route, pour voir si son mari ne revenait pas de la guerre. Très nombreuses, très nombreuses sont de telles situations, où des femmes viennent à la gare jour après jour pour, peut-être, retrouver leur mari disparu, leur fils disparu. Nous avons lu que, quand on a apporté à Yaakov les vêtements ensanglantés de Yossef, Yaakov refusait d'être consolé. C'est ainsi que le comprend Yéhouda. À la différence de Yaakov, Yéhouda sait que Yossef n'a pas vraiment péri, c'est pourquoi Yaakov, qui refuse d'être consolé, Yaakov, qui n'a tout de même pas vu ce corps déchiré par les animaux, et dont Yéhouda sait qu'il n'a pas encore perdu son fils, aux yeux de Yéhouda, attend encore jusqu'à présent Yossef. Et à cause de cela, cela devient tout simplement très effrayant. Et comment est-ce, pour Yéhouda, de vivre avec cela ? Yéhouda ne sait pas que devant lui ce n'est pas le gouverneur égyptien, que devant lui c'est Yossef. Et Yossef entend maintenant toute cette histoire, encore plus terrible si on la regarde avec ses yeux. Yéhouda comprend que Yaakov, quelque part au fond de son âme, attend toujours Yossef, et il ne sera pas prêt, son cœur ne le supportera pas, si Yaakov doit attendre avec la même douleur encore aussi Binyamin. Yéhouda comprend combien de douleur il a apportée à son père, à quel point son père souffre à cause de lui. Yéhouda raconte, sans se cacher, en présence de beaucoup de gens, et de plus par l'intermédiaire d'un interprète, ce qu'il ressent de lui-même dans cette famille, le sentiment d'un fils non aimé. Il en parle déjà sans douleur et dit : « Voilà comment cela s'est passé, voilà les relations que nous avons avec notre père, voilà, c'est notre famille ». Ce n'est pas mauvais le moins du monde, il aime son père précisément tel qu'il est, et c'est précisément de cela qu'il parle. Ici il n'y a pas de condamnation, ici il n'y a ni plainte, ni pleurnicherie. Ici il n'y a qu'une seule douleur continue, l'inquiétude pour son père, qui attend toujours son fils. Sinon pourquoi dit-il : « Je ne l'ai pas vu depuis ? » Il y a ici beaucoup d'amour pour le père, beaucoup d'humilité, beaucoup de réconciliation et d'acceptation du père aimé.
וּלְקַחְתֶּם גַּם-אֶת-זֶה מֵעִם פָּנַי וְקָרָהוּ אָסוֹן וְהוֹרַדְתֶּם אֶת-שֵׂיבָתִי בְּרָעָה שְׁאֹלָה׃
oulka'htém gam-et-zé me'ím panáy vekaráhou assón vehoradtém et-sevatí bera'á che'óla
29 Et vous prendrez encore celui-ci de devant ma face, Et s'il lui arrive quelque malheur, Et vous ferez descendre mes cheveux blancs dans le mal, dans le chagrin, aux enfers ».
Yaakov disait que Chimon n'est plus, et Yossef n'est plus, et que maintenant encore il arrivera quelque chose à Binyamin et « tout cela retombera sur moi ». Yaakov n'a pas parlé des enfers, mais de nouveau Yéhouda comprend, ressent entre les lignes ce qui se passe.
וְעַתָּה כְּבֹאִי אֶל-עַבְדְּךָ אָבִי וְהַנַּעַר אֵינֶנּוּ אִתָּנוּ וְנַפְשׁוֹ קְשׁוּרָה בְנַפְשׁוֹ׃
ve'attá kevo'í el-avdekhá aví vehanná'ar enénnou ittánou venafchó kechourá venafchó
30 Et maintenant, Si je viens chez ton esclave, mon père, Et que ce garçon n'est pas avec moi, Et son âme est liée à son âme, leurs âmes sont liées.
וְהָיָה כִּרְאוֹתוֹ כִּי-אֵין הַנַּעַר וָמֵת וְהוֹרִידוּ עֲבָדֶיךָ אֶת-שֵׂיבַת עַבְדְּךָ אָבִינוּ בְּיָגוֹן שְׁאֹלָה׃
vehayá kir'otó ki-én hanná'ar vamét vehorídou avadékha et-sevát avdekhá avínou beyagón che'óla
31 Et s'il voit que ce jeune homme n'est pas là, Il mourra, Et il se trouve que tes esclaves feront descendre les cheveux blancs de notre père aux enfers.
כִּי עַבְדְּךָ עָרַב אֶת-הַנַּעַר מֵעִם אָבִי לֵאמֹר אִם-לֹא אֲבִיאֶנּוּ אֵלֶיךָ וְחָטָאתִי לְאָבִי כָּל-הַיָּמִים׃
ki avdekhá aráv et-hanná'ar me'ím aví lemór im-ló avi'énnou elékha ve'hatáti le'aví kol-hayamím
32 Car ton esclave s'est porté garant pour ce jeune homme devant son père En disant : Si nous ne te le ramenons pas, Je serai coupable devant mon père tous les jours de ma vie.
De nouveau, ce n'est pas tout à fait ce qui s'est réellement passé, mais c'est ce que ressent, ce que comprend Yéhouda. Cette phrase de Yéhouda peut se comprendre de deux façons. Premièrement : « Nous serons coupables de ce que notre père mourra, c'est nous qui ferons descendre ses cheveux blancs aux enfers, parce que je me suis porté garant. Et, puisque je me suis porté garant, je serai coupable et sur moi sera la faute de sa mort. Et deuxièmement : on peut comprendre que ce « car » au début du verset est l'introduction à la proposition que Yéhouda fera par la suite. Puisqu'il s'est porté garant, alors qu'il en soit comme Yéhouda le dira ensuite :
וְעַתָּה יֵשֶׁב-נָא עַבְדְּךָ תַּחַת הַנַּעַר עֶבֶד לַאדֹנִי וְהַנַּעַר יַעַל עִם-אֶחָיו׃
ve'attá yechev-ná avdekhá tá'hat hanná'ar éved ladoní vehanná'ar yá'al im-e'háv
33 Et maintenant donc, Que ton esclave devienne, à la place de ce jeune homme, Esclave de mon seigneur, Et que le jeune homme remonte avec ses frères.
כִּי-אֵיךְ אֶעֱלֶה אֶל-אָבִי וְהַנַּעַר אֵינֶנּוּ אִתִּי פֶּן אֶרְאֶה בָרָע אֲשֶׁר יִמְצָא אֶת-אָבִי׃
ki-ékh e'elé el-aví vehanná'ar enénnou ittí pen er'é vará achér yimtsá et-aví
34 Car comment monterai-je vers mon père, Et le jeune homme n'est pas avec moi ? Pour que je ne voie pas le malheur qui atteindra mon père.
De quoi parlait Yéhouda ? Pourquoi disait-il ce qui n'était pas, ou, disons-le ainsi, disait-il ce qui n'existait que dans sa compréhension ?
C'est une leçon pour nous aussi. Nous exposons souvent ce que nous avons vu et ressenti, et ce ne sont pas toujours des faits. Mais cela ne veut pas dire que nous disions des mensonges, cela ne veut pas dire que Yéhouda ici mentait effrontément. Pourquoi mentirait-il à un homme qui se souvient de comment tout s'est passé ? Il parle comme il comprenait et comme il ressentait. Il dit : « Nous t'avons de toute façon fait confiance, nous avons vu que tu n'es pas un mauvais homme, que, en plus d'être un gouverneur qui est l'égal de Pharaon en tout, tu as de la miséricorde, nous avons vu que tu es un homme bon et juste. Et c'est précisément parce que nous t'avons cru, parce que nous t'avons fait confiance, que nous t'avons amené ce jeune homme, notre frère. Si nous ne t'avions pas fait confiance, si nous t'avions considéré comme un homme méchant, qui n'a aucune miséricorde, nous ne t'aurions pas amené ce jeune homme. Et nous avons vu que tu es un homme bon. Et quand tu le bénissais, et quand tu manifestais de la sollicitude et demandais si notre père était encore en vie, nous avons vu différentes facettes de ta miséricorde ». Peut-être les frères ont-ils vu Yossef sortir de la pièce où il allait pleurer, et il y avait quelques larmes sur son visage. Dans les actes de Yossef, dans les actes du gouverneur égyptien, il y avait à la fois beaucoup de miséricorde et une manifestation de justice.
Et maintenant, quand ce gouverneur égyptien a dit : « Il est injuste d'agir ainsi. Lui seul sera mon esclave », Yéhouda expose, décrit au gouverneur un autre tableau. Un tableau tel que lui le voit, pour que le gouverneur écoute en quelque sorte aussi l'autre partie : « Tu veux agir selon la justice ? Es-tu juste ou veux-tu paraître juste ? Voici pour toi une information supplémentaire sur notre regard, sur mon regard à moi, Yéhouda, sur la justice. Pas sur les faits, non, sur leur essence ».
Le but de Yéhouda n'est pas que Yossef se dévoile à ses frères. Il ne sait pas que c'est Yossef. Et lui, comme on le dit des rois, « est parti chercher des ânes et a trouvé un royaume ». Par son entretien, il voulait atteindre un résultat, et il en atteint un autre. Mais il transmet toute la douleur, toute cette amertume qu'il y a dans sa famille, une amertume dont lui aussi est coupable, les sentiments de leur père et la manière dont eux aussi se sentent. Et il dit : « Dans toute cette situation, dans tout ce malheur, nous avons consenti à t'amener notre petit frère, parce que nous comprenions que tu es miséricordieux, et maintenant fais preuve de miséricorde ».
C'est pourquoi la proposition de Yéhouda au gouverneur d'Égypte ne consiste pas en ceci : « Tu n'as pas accepté de prendre onze esclaves, prends-moi », mais en ce que Yéhouda dit au gouverneur d'Égypte : « Fais preuve de miséricorde, montre que tu es un homme bon ». Yéhouda éveille en lui la miséricorde, le sens de la justice, le sens de l'honnêteté. Très franchement, on peut dire, le comble de la franchise. Il dévoile toute la douleur qu'il y a dans sa famille, la douleur du fils mal-aimé, la douleur du père qui a perdu un fils et l'attend toujours, espère malgré tout le voir. Yéhouda parle en outre comme le seul des enfants de Yaakov à qui, à lui aussi, des enfants sont morts. Et puisque Yossef, lui, n'est pas mort, Yéhouda dit : « Et comprends ce que c'est que de perdre vraiment des fils ». Yéhouda est le seul dont des fils sont morts dans le pays d'Israël. Et c'est de cette douleur que Yéhouda prononce son discours, en s'adressant aux sentiments les plus, les plus humains du gouverneur égyptien. Yéhouda, je le rappelle encore une fois, ne parlait pas avec Yossef, il parlait avec le gouverneur d'Égypte. Et sa tâche était d'obtenir ce qu'il veut du gouverneur égyptien. Pas de Yossef, il n'avait pas pour but que Yossef se dévoile.
Et voilà, de ce point de vue, on peut comprendre, premièrement, pourquoi Yéhouda prononce un si long discours. Deuxièmement, il ne change pas les faits, il parle de son monde intérieur, il dévoile son essence intérieure, ses émotions intérieures, imaginez-vous, en présence de beaucoup de gens et par l'intermédiaire d'un interprète. À quel point c'est un acte fort. Et lui, en dévoilant ce qu'il y a d'humain en lui, attend qu'en résonance réponde une corde humaine chez le gouverneur égyptien et que le gouverneur égyptien aille au-devant de lui et fasse en sorte que lui-même, Yéhouda, soit esclave à la place de Binyamin.
Voilà quel regard il peut y avoir, sous un angle quelque peu différent, sur le discours de Yéhouda devant Yossef.
Avec la section hebdomadaire Vayigach, on lit un passage prophétique du livre de Yé'hezkel.
וַיְהִי דְבַר-יְהוָה אֵלַי לֵאמֹר׃
vayhí devar-adonáy eláy lemór
15 Et la parole du SEIGNEUR fut à moi, disant :
וְאַתָּה בֶן-אָדָם קַח-לְךָ עֵץ אֶחָד
ve'attá ven-adám ka'h-lekhá ets e'hád
16 Et toi, homme, prends-toi un arbre
Arrêtons-nous ici, parce qu'à cet endroit apparaissent des divergences dans les traductions.
Beaucoup d'éditions russes russophones traduisent le mot ets par bâton. En réalité, le mot ets n'a pas ce sens. Pour le mot bâton, il y a le mot makél et le mot maté. Et on ne comprend pas très bien pourquoi c'est justement bâton qui est apparu ici. Peut-être par analogie avec d'autres sujets bibliques. Une autre variante de traduction parle de tablette. Effectivement, le mot ets a ce sens – prends-toi une tablette. Les tablettes, de petites planchettes carrées, étaient recouvertes de cire et utilisées pour écrire – là où il fallait des notes de courte durée, par exemple à l'école ou dans une sorte de comptabilité et ainsi de suite, c'est-à-dire qu'on utilisait des tablettes cirées, sur lesquelles on écrivait. Et, peut-être, il s'agit justement d'une telle tablette. Encore une compréhension, et, à mon avis, la plus correcte, c'est la compréhension littérale du mot ets comme arbre – prends-toi un petit arbre.
וּכְתֹב עָלָיו לִיהוּדָה וְלִבְנֵי יִשְׂרָאֵל חֲבֵרוֹ (חֲבֵרָיו) וּלְקַח עֵץ אֶחָד וּכְתוֹב עָלָיו לְיוֹסֵף עֵץ אֶפְרַיִם וְכָל-בֵּית יִשְׂרָאֵל חֲבֵרוֹ (חֲבֵרָיו)׃
oukhtóv aláv lihoudá velivné yisraél 'haveráv oulká'h ets e'hád oukhtóv aláv leyosséf ets efráyim vekhol-bét yisraél 'haveráv
…et écris sur lui : À Yéhouda et aux fils d'Israël qui se sont joints à lui. Et prends un arbre, Et écris sur lui, sur le second arbre : pour Yossef, arbre d'Éfraïm Et toute la maison d'Israël qui s'est jointe à eux.
Le Royaume du Sud s'appelle Yéhouda, parce que sa base est constituée par la tribu de Yéhouda. À la tribu de Yéhouda se sont jointes les tribus de Chimon et de Binyamin (au moment de la division du royaume), et c'est pourquoi ici l'adresse n'est pas seulement à Yéhouda, mais aussi aux fils d'Israël qui se sont joints à lui. C'est-à-dire que l'arbre symbolise le Royaume du Sud, et ce royaume est composé des fils de Yéhouda, de Chimon et de Binyamin.
Remarquez, ensuite le Très-Haut ne dit pas : « Prends un second arbre ». Ces deux arbres, chacun – à part soi, chacun – un seul. Ils ne sont pas numérotés, ils ne sont pas alignés, ils ne rivalisent ici l'un avec l'autre ni en quantité ni en qualité.
Pourquoi une inscription aussi étrange sur le second arbre ? Dans la famille de notre Patriarche Yaakov, il y avait deux premiers-nés : le premier-né de Léa et le premier-né de Ra'hel. Au départ, c'est Réouven qui était destiné à être le premier-né de Léa. Mais nous savons : il est arrivé ce qui est arrivé, et Réouven a été privé du droit d'aînesse. Chimon et Lévi en ont aussi été privés, et c'est, aussi étrange que cela soit, le quatrième dans l'ordre – Yéhouda – qui est devenu premier-né. Et par la suite il est premier-né par élection. Le premier-né de Ra'hel, c'est Yossef. C'est pourquoi il s'est trouvé ainsi, symboliquement, que le Royaume du Sud, c'est le royaume de Yéhouda, le Royaume du Nord, c'est le royaume de Yossef. Le royaume s'est divisé en deux à l'époque de Jéroboam. Jéroboam ben Nebath, le premier roi israélite, le premier roi du Royaume du Nord, était issu de la tribu d'Éfraïm. C'est pourquoi le Royaume du Nord, toutes ces tribus se sont mises elles aussi à s'appeler Éfraïm. Voilà pourquoi l'inscription est si difficile à comprendre. Donc, le prophète a pris (si nous acceptons le mot ets au sens de petit arbre) deux petits arbres. L'un d'eux – pour la tribu de Yéhouda et ceux qui se sont joints à eux, pour le royaume du sud, l'autre – pour le royaume du nord.
וְקָרַב אֹתָם אֶחָד אֶל-אֶחָד לְךָ לְעֵץ אֶחָד וְהָיוּ לַאֲחָדִים בְּיָדֶךָ׃
vekaráv otám e'hád el-e'hád lekhá le'éts e'hád vehayoú la'a'hadím beyadékha
17 Et rapproche-les l'un de l'autre, Et ils seront pour toi un seul arbre, Et ils seront unis à tes yeux.
Le mot a'hadím, c'est le mot un au pluriel : ils deviendront un arbre un seul, unifié, dans ta main.
Ici il faut faire une très courte digression et dire : c'est un principe très fréquent de la prophétie chez Yé'hezkel. Très souvent, le Très-Haut ordonne au prophète de faire des actions symboliques, parfois très étranges, pour que ceux qui l'entourent lui demandent : « Que signifient ces actions ? » Et ici c'est justement un tel cas. Le Très-Haut dit au prophète : « Prends deux arbres, unis-les, et ils deviendront un seul arbre ». Du point de vue de l'Israélite ordinaire, l'action est apparemment compréhensible. Le croisement de deux arbres, la greffe d'un arbre sur un autre – c'est un processus agricole important. Il améliore la qualité des arbres, c'est-à-dire que, quand un arbre est greffé sur un autre, le résultat est meilleur que deux arbres séparément. C'est quelque chose qui est destiné à améliorer la qualité de l'arbre, quelque chose qui est destiné à améliorer le rendement ou la qualité des fruits, ou la résistance – il y a différentes raisons. Mais en tout cas, c'est une sorte d'opération chirurgicale agricole pour améliorer l'arbre, et, en somme, une opération que tout le monde comprend. Ce qui est incompréhensible, c'est quand cela se passe aussi magiquement vite sous les yeux de tout le peuple.
וְכַאֲשֶׁר יֹאמְרוּ אֵלֶיךָ בְּנֵי עַמְּךָ לֵאמֹר הֲלוֹא-תַגִּיד לָנוּ מָה-אֵלֶּה לָּךְ׃
vekha'achér yomeroú elékha bené ammekhá lemór halo-taggíd lánou ma-élle lakh
18 Et quand les fils de ton peuple te diront, disant : « Eh bien, dis-nous donc, qu'est-ce que c'est que cela chez toi ? »
דַּבֵּר אֲלֵהֶם כֹּה-אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה הִנֵּה אֲנִי לֹקֵחַ אֶת-עֵץ יוֹסֵף אֲשֶׁר בְּיַד-אֶפְרַיִם וְשִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל חֶבְרוֹ (חֲבֵרָיו) וְנָתַתִּי אוֹתָם עָלָיו אֶת-עֵץ יְהוּדָה וַעֲשִׂיתִם לְעֵץ אֶחָד וְהָיוּ אֶחָד בְּיָדִי׃
dabbér alehém ko-amár adonáy elohím hinné aní lokéya'h et-éts yosséf achér beyad-efráyim vechivté yisraél 'haveráv venatattí otám aláv et-éts yehoudá va'assitím le'éts e'hád vehayoú e'hád beyadí
19 Dis-leur : « Ainsi a dit le Souverain SEIGNEUR : Voici, Je prends l'arbre de Yossef, qui est sous la direction d'Éfraïm, Et les tribus d'Israël qui se sont jointes à lui, Et Je grefferai sur lui, sur cet arbre, l'arbre de Yéhouda, Et Je ferai d'eux un seul arbre, Et ils seront un dans Ma main ».
וְהָיוּ הָעֵצִים אֲשֶׁר-תִּכְתֹּב עֲלֵיהֶם בְּיָדְךָ לְעֵינֵיהֶם׃
vehayoú ha'etsím acher-tikhtóv alehém beyadekhá le'enehém
20 Et ces arbres sur lesquels tu feras une inscription seront dans ta main devant leurs yeux.
Ici, peut-être, rétroactivement, le Très-Haut explique que toute cette action avec les deux arbres, il faudra l'accomplir devant la face de tout le peuple. C'est-à-dire que cela doit se présenter ainsi : le prophète sort avec deux arbres, sur l'un il est écrit : à Yéhouda, sur l'autre il est écrit : pour Yossef, et le peuple demande : « Qu'est-ce que tu as là ? Qu'est-ce que tu veux nous montrer cette fois ? » Et le prophète dit : « Je les joindrai, et ils seront un seul arbre ». Tout cela, il faut le faire devant les yeux de tout l'honnête peuple.
וְדַבֵּר אֲלֵיהֶם כֹּה-אָמַר אֲדֹנָי יְהוִה הִנֵּה אֲנִי לֹקֵחַ אֶת-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל מִבֵּין הַגּוֹיִם אֲשֶׁר הָלְכוּ-שָׁם וְקִבַּצְתִּי אֹתָם מִסָּבִיב וְהֵבֵאתִי אוֹתָם אֶל-אַדְמָתָם׃
vedabbér alehém ko-amár adonáy elohim hinné aní lokéa'h et-bené yisraél mibbén haggoyím achér halekhou-chám vekibbatstí otám missavív vehevetí otám el-admatám
21 Et dis-leur : « Ainsi a dit le Souverain SEIGNEUR : Voici, Je prendrai les fils d'Israël du milieu des païens, Où ils sont allés, Et Je les rassemblerai de partout, Et Je les amènerai dans leur terre.
וְעָשִׂיתִי אֹתָם לְגוֹי אֶחָד בָּאָרֶץ בְּהָרֵי יִשְׂרָאֵל וּמֶלֶךְ אֶחָד יִהְיֶה לְכֻלָּם לְמֶלֶךְ וְלֹא יִהְיֶה- (יִהְיוּ-) עוֹד לִשְׁנֵי גוֹיִם וְלֹא יֵחָצוּ עוֹד לִשְׁתֵּי מַמְלָכוֹת עוֹד׃
ve'assíti otám legóy e'hád ba'árets beharé yisraél oumélekh e'hád yihyé lekhoullám lemélekh veló yihyou-ód lichné goyím veló ye'hátsou od lichté mamlakhót od
22 Et Je ferai d'eux un seul peuple sur la terre, Dans les montagnes d'Israël, Et un seul roi sera roi pour eux tous, Et ils ne seront plus deux peuples, Et ils ne se diviseront plus en deux royaumes, plus.
Faites attention à la fréquence avec laquelle se répète ici le mot e'had (un). L'arbre devient un seul. Le Très-Haut dit : « Je les amènerai dans leur pays, ils seront un seul peuple, ils auront un seul roi ». C'est-à-dire que si auparavant nous lisions d'autres prophètes, entendions d'autres prophètes qui disaient qu'Israël reviendra et vivra à côté de la Judée, et qu'il y aura entre eux paix, amitié et concorde, comme entre de bons voisins, ici le prophète parle d'une plus grande grâce. Et, en réalité (nous, depuis notre XXIe siècle, nous ne le comprenons pas très bien), en réalité, le prophète dit une chose révolutionnaire : deux peuples s'uniront en un seul peuple et deviendront un seul peuple.
À la fin du verset, comme un renforcement, une expression très émotionnelle. Plus jamais ils ne seront divisés en deux royaumes. Seul le Gouvernant Unique, le Dieu Unique peut donner la promesse de l'Unité. Seul le Dieu Unique peut promettre qu'il n'y aura plus aucune division, précisément en vertu du fait qu'Il est l'Uniquement Unique.
וְלֹא יִטַמְּאוּ עוֹד בְּגִלּוּלֵיהֶם וּבְשִׁקּוּצֵיהֶם בְכֹל פִּשְׁעֵיהֶם וְהוֹשַׁעְתִּי אֹתָם מִכֹּל מוֹשְׁבֹתֵיהֶם אֲשֶׁר חָטְאוּ בָהֶם וְטִהַרְתִּי אוֹתָם וְהָיוּ-לִי לְעָם וַאֲנִי אֶהְיֶה לָהֶם לֵאלֹהִים׃
veló yitamme'oú od begilloulehém ouvchikkoutsehém ouvkhól pich'ehém vehocha'tí otám mikkól mochevotehém achér 'hate'oú vahém vetihartí otám vehayou-lí le'ám va'aní ehyé lahém lelohím
23 Et ils ne se souilleront plus jamais par leurs idoles, et par leur souillure, Et par tous leurs crimes. Et Je les sauverai, les délivrerai de toutes les ruses, de toutes les fourberies, de tous les péchés par lesquels ils ont péché, Et Je les purifierai, Et ils seront pour Moi un peuple, Et Je serai pour eux Dieu.
J'ai déjà parlé plusieurs fois du mot guiloúl. Le mot elíl signifie petit dieu ou idole ; le mot guiloúl signifie boulettes de fumier. Et le Très-Haut appelle souvent les petits dieux des dieux-de-fumier, un mot, disons, aussi méprisant, un jeu de mots. Et ils ne se souilleront plus par leurs idoles et par leurs abominations.
Le Très-Haut dit : « Après que Je les aurai purifiés de tout, ils voudront eux-mêmes être Mon peuple, et alors Je serai pour eux Dieu. La raison en sera qu'ils voudront que Je règne sur eux comme Dieu, et Je régnerai sur eux comme Dieu, après que Je les aurai purifiés.
וְעַבְדִּי דָוִד מֶלֶךְ עֲלֵיהֶם וְרוֹעֶה אֶחָד יִהְיֶה לְכֻלָּם וּבְמִשְׁפָּטַי יֵלֵכוּ וְחֻקֹּתַי יִשְׁמְרוּ וְעָשׂוּ אוֹתָם׃
ve'avdí davíd mélekh alehém vero'é e'hád yihyé lekhoullám ouvmichpatáy yelékhou ve'houkkotáy yichmeroú ve'assoú otám
24 Et Mon serviteur David sera roi sur eux. Et un seul Pasteur sera pour tous, Et ils marcheront selon Mes jugements, Et ils observeront Mes lois, Et ils les accompliront.
Bien entendu, il ne s'agit pas de David lui-même, il s'agit du Machia'h – le fils de David. C'est ici le moment de rappeler le mot Machia'h – oint, ou celui qui oint, ou celui qui est capable de transmettre l'onction. Habituellement on oignait le roi, ses descendants pouvaient, sans onction, régner par l'onction de leur père, de même que les prêtres. Après que la royauté de David eut été interrompue sur le trône, le peuple attendait justement le Roi Machia'h, Celui qui viendra non seulement avec l'onction restaurée, mais aussi capable de transmettre l'onction à d'autres. Et ce sera l'onction de David. C'est-à-dire que le Très-Haut promet ici un Roi, un Oint de la lignée de David, qui régnera sur Israël unifié. C'est une prophétie messianique très profonde. C'est la réponse à la question : qui oint le Machia'h. Le Machia'h vient avec l'onction agissante du roi David, parce qu'Il est le Descendant du roi David. Par l'essence même de sa descendance de David, Il est aussi le porteur de l'onction de David.
וְיָשְׁבוּ עַל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר נָתַתִּי לְעַבְדִּי לְיַעֲקֹב אֲשֶׁר יָשְׁבוּ-בָהּ אֲבוֹתֵיכֶם וְיָשְׁבוּ עָלֶיהָ הֵמָּה וּבְנֵיהֶם וּבְנֵי בְנֵיהֶם עַד-עוֹלָם וְדָוִד עַבְדִּי נָשִׂיא לָהֶם לְעוֹלָם׃
veyachevoú al-ha'árets achér natátti le'avdí leyaakóv achér yachevou-vá avotekhém veyachevoú aléha hémma ouvnehém ouvné venehém ad-olám vedavíd avdí nassí lahém le'olám
25 Et ils habiteront dans le pays que J'ai donné à Mon serviteur Yaakov, Dans lequel ont habité leurs pères, Et ils y habiteront, eux, Et leurs fils, Et les fils de leurs fils éternellement, Et David, Mon serviteur, sera sur eux Souverain éternellement.
On peut comprendre cela aussi comme « et ils seront ramenés dans le pays que J'ai donné à Mon serviteur Yaakov ».
Et de nouveau nous parlons du Roi Machia'h, dont le règne n'aura pas de fin, qui sera de la lignée de David. Et puisque nous disons le'olám (pour toujours), on peut comprendre ici qu'il s'agit, bien sûr, du règne céleste du Machia'h. Et qu'est-ce qui est important à comprendre ici ? Quand nous disions que seul l'Unique peut promettre l'Unité, il faut se rappeler ici que seul l'Éternel peut promettre l'éternité, seul Celui qui demeure à jamais peut donner la garantie que quelque chose sera à jamais. C'est le témoignage que le Dieu d'Israël est le Dieu Unique et le Dieu Éternel, et cela se révélera dans le peuple d'Israël.
וְכָרַתִּי לָהֶם בְּרִית שָׁלוֹם בְּרִית עוֹלָם יִהְיֶה אוֹתָם וּנְתַתִּים וְהִרְבֵּיתִי אוֹתָם וְנָתַתִּי אֶת-מִקְדָּשִׁי בְּתוֹכָם לְעוֹלָם׃
vekharattí lahém berít chalóm berít olám yihyé otám ountattím vehirbetí otám venatattí et-mikdachí betokhám le'olám
26 Et Je conclurai avec eux une alliance de paix, Ce sera avec eux une alliance éternelle, Et Je leur donnerai cette terre, et Je les multiplierai, Et Je mettrai Mon Sanctuaire au milieu d'eux pour toujours.
Faites attention, le Très-Haut en parle très souvent, et nous aussi nous essayons de nous en souvenir souvent, et il ne sera pas superflu de le rappeler encore une fois. Le Très-Haut dit : « Construisez-Moi un Temple, construisez-Moi un Sanctuaire, et J'habiterai en vous. Je n'habiterai pas dans le Temple – J'habiterai en vous. Et ici le Très-Haut dit : « Ils habiteront dans la Terre Sainte, ils reviendront. Sur eux régnera le Machia'h, fils de David. Éternellement régnera le Machia'h, fils de David. Et J'habiterai au milieu d'eux éternellement ». Cette prophétie est vraiment profondément-profondément messianique. Et quand nous regardons les deux arbres qui sont greffés l'un sur l'autre, et quand nous regardons le règne éternel de David, nous pouvons voir quelle profondeur messianique il y a dans cette prophétie.
וְהָיָה מִשְׁכָּנִי עֲלֵיהֶם וְהָיִיתִי לָהֶם לֵאלֹהִים וְהֵמָּה יִהְיוּ-לִי לְעָם׃
vehaya michkaní alehém vehayíti lahém lelohím vehémma yihyou-lí le'ám
27 Et Ma demeure sera au-dessus d'eux, et mon sanctuaire sera sur eux, Je serai pour eux Dieu, et eux seront pour Moi un peuple.
Faites attention de nouveau : non pas avec eux, mais sur eux. Sur leur sainteté, sur leur désir que Je règne. Cela fait écho aussi au 31e chapitre de Yirméyahou, quand les commandements seront écrits sur le cœur, quand le peuple lui-même fera régner le Très-Haut, et Son Sanctuaire demeurera, et Il régnera dans le peuple par le Machia'h, fils de David, qui est ici appelé simplement David.
Et ici, c'est déjà l'ordre inverse. Comme deux amoureux qui, par leur amour, réchauffent les sentiments l'un de l'autre, ainsi ici aussi : d'abord le peuple veut la proximité du Très-Haut, et le Très-Haut répond à ce désir, et ensuite le Très-Haut révèle Son désir envers le peuple, et c'est alors le peuple qui répond à ce désir. Des relations si chaleureuses, des relations d'amour et de sainteté, le Très-Haut les promet quand se révélera le Roi Machia'h, fils de David, sur le peuple d'Israël.
וְיָדְעוּ הַגּוֹיִם כִּי אֲנִי יְהוָה מְקַדֵּשׁ אֶת-יִשְׂרָאֵל בִּהְיוֹת מִקְדָּשִׁי בְּתוֹכָם לְעוֹלָם׃
veyade'oú haggoyím ki aní adonáy mekaddéch et-yisraél bihyót mikdachí betokhám le'olám
28 Et les païens sauront que Je suis le SEIGNEUR, Qui sanctifie Israël, Parce que Mon Sanctuaire sera au-dedans d'eux éternellement ».
Les peuples qui partaient en exil périssaient. On peut trouver peu d'exemples (peut-être que je ne connais pas assez l'histoire), il n'y a pas tant de peuples qui ont pu survivre à l'exil, qui ont pu survivre à un long exil. Ici le SEIGNEUR dit : « Je les ai exilés, Je les ramènerai. Je ramènerai la royauté de David, et pas simplement la royauté de David. Ce ne sera, bien sûr, pas David ressuscité, ce sera le Machia'h, fils de David, que nous connaissons déjà, Il reviendra et régnera. Et ils auront un seul Roi, un seul peuple, un seul Dieu, ils seront un par l'Esprit. Et cela signifie que le retour ne sera pas seulement du galoút géographique, de l'exil géographique, mais que de l'exil spirituel aussi le peuple sera ramené. Ils ne se souilleront plus, ils ne retourneront plus à leurs péchés. Et tous les peuples sauront que Je suis Dieu, parce que Je les sanctifierai, parce que Je sanctifierai ce peuple. Par ce peuple, il sera annoncé à tous que Je suis le SEIGNEUR, et que Ma Sainteté demeure en eux, que Je peux habiter dans les hommes dans ce peuple. Et ce sera un témoignage pour tous que Je suis le SEIGNEUR ! »
Un message messianique très fort, très joyeux, ici chez le prophète Yé'hezkel, sur les deux arbres qui se joignent ensemble. On peut rappeler ici aussi les deux oliviers, et beaucoup d'autres parallèles. Et nous nous arrêterons là, en laissant aux lecteurs matière à réflexion.
Lisez aussi : Mikets, Vayé'hi et les sections hebdomadaires de la Torah.