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מִשְׁפָּטִים

Michpatim

lois, justice et alliance

Illustration : alexblend.com
Section hebdomadaire
18 sur 54
Versets
Chémot 21,1–24,18
Parties
12
Temps de lecture
3 h 31 min

signale les passages où la traduction s'écarte délibérément de l'original russe. Touchez-le pour afficher la remarque.

Michpatim — la section hebdomadaire sur les lois de la Torah et la vie de la société. Alex Blend examine la responsabilité, la justice, les relations entre les personnes et la conclusion de l'alliance. Le sténogramme comprend le texte en hébreu, la translittération, la traduction, les commentaires de l'auteur et la haftara de Yirméyahou.

Michpatim : par quoi allons-nous commencer ?

Chémot 21,1–19

Avec l'aide de Dieu, nous allons commencer, vous et moi, à étudier une nouvelle section hebdomadaire, la section Michpatim. Elle commence au chapitre 21 du livre de Chémot. Cette section est inhabituelle. À la différence des autres sections, dans lesquelles nous lisions un récit, une narration de certains événements qui arrivent aux Patriarches, aux Pères ou au peuple d'Israël, ici nous allons lire, en fait, un recueil, une liste de lois divines. Certains trouveront que cette liste est désordonnée, mais nous allons démêler cela petit à petit. Le Décalogue est déjà donné, mais les deux tables ne sont pas encore nées, rien n'y est encore écrit. C'est le tout début de la communication de Dieu avec le peuple et les toutes premières lois (pas des commandements, mais des lois, il y a une différence) que le Très-Haut donne au peuple d'Israël. Lisons et comprenons peu à peu.

וְאֵלֶּה הַמִּשְׁפָּטִים אֲשֶׁר תָּשִׂים לִפְנֵיהֶם׃

ve'élle hammichpatím achér tassím lifnehém

1 Et voici les michpatím que tu poseras devant eux.

Le mot michpatím est le pluriel du mot michpát (jugement), dans la compréhension moderne précisément procès ou phrase. La phrase, en tant qu'unité de la langue, peut être interrogative, exclamative, déclarative, une phrase littéraire ou une pensée achevée et formulée. Que dit ici le Très-Haut à Moché ? Il dit : « Voici des exemples de lois, des exemples de règles et de décisions de certaines situations concrètes, que tu poseras devant le peuple d'Israël, par lesquels tu leur apprendras à reconnaître, de manière générale, ce qu'est la Loi divine. » Quand on essaie d'apprendre à un ordinateur à reconnaître des visages, d'hommes ou de femmes, on lui montre beaucoup, beaucoup de visages mélangés et on indique : celui-ci est masculin, celui-ci est féminin. Peu à peu se forme en lui un réseau neuronal, et l'ordinateur apprend (c'est ainsi que se crée l'intelligence artificielle) à reconnaître les visages. Je le dis de façon très simplifiée. Le cerveau humain, le cerveau d'un enfant fonctionne exactement de la même façon. Vous et moi, chacun de nous distingue un visage d'homme d'un visage de femme sur la base de l'expérience, sur la base du fait que nous avons vu beaucoup de visages. Par exemple, en voyant une pomme, nous pouvons dire que c'est une pomme. Ou, d'un autre côté, en voyant une aubergine, nous ne la prendrons certainement pas pour une pomme. Et ici le Très-Haut dit : « Voici des exemples, voici des modèles de lois, sur la base desquels le peuple d'Israël apprendra ensuite à les appliquer. » Nous verrons plus loin comment cela fonctionne. Et voilà que le Très-Haut commence à énumérer ses lois, des lois modèles et exemplaires.

כִּי תִקְנֶה עֶבֶד עִבְרִי שֵׁשׁ שָׁנִים יַעֲבֹד וּבַשְּׁבִעִת יֵצֵא לַחָפְשִׁי חִנָּם׃

ki tikné éved ivrí chech chaním ya'avód ouvachevi'ít yetsé la'hofchíLa translittération de l'original écrit ici un v au lieu du f dans ce mot (« libre »). Nous suivons l'hébreu, comme au verset 5 où le même mot s'écrit avec f. 'hinnám

2 Si tu achètes un esclave hébreu, six ans il travaillera, la septième année il sortira en liberté gratuitement.

Il est étonnant que le Très-Haut ait décidé de commencer par cette loi. Pas par « unité, égalité, fraternité », pas par des slogans, pas par « si tu fais cuire du bortsch, sers-en à ton voisin ; si tu as senti chez ton voisin l'odeur du plov, attrape une assiette et va chez lui » – non, par « si tu achètes un esclave hébreu ». Il va être question du groupe de la population le moins protégé socialement, des esclaves. Que se passait-il dans le monde ? Un homme pouvait se vendre lui-même comme esclave ou être revendu comme esclave (nous ne parlons pas des esclaves capturés pendant la guerre). Un homme qui se retrouvait endetté, qui se retrouvait dans une situation difficile, dans une profonde misère, pouvait se vendre en esclavage. Il venait chez un propriétaire, chez son maître potentiel, et disait : « Je veux me vendre en esclavage. » On lui versait une certaine somme, disons 600 000 roubles (un équivalent approximatif), et il passait pour toute sa vie à la disposition du maître. À partir de ce moment, il faisait n'importe quel travail que le maître voulait, en échange du gîte, de la nourriture et des vêtements, en échange de son entretien. Il en était ainsi dans le monde entier, c'est ainsi qu'on achetait des esclaves. Beaucoup de gens, profitant de la misère, profitant des difficultés économiques de leurs voisins, de leurs proches, de ceux de leur peuple, les achetaient comme esclaves et s'enrichissaient ainsi de la misère d'autrui. Dans le monde entier, les esclaves devenaient esclaves pour toute leur vie, mais ils pouvaient amasser un peu d'argent et se racheter. Nous lisons au sujet des esclaves romains qu'ils se rachetaient souvent pour de très grosses sommes. Mais ici – tu peux l'acheter, cependant au bout de six ans il sortira en liberté gratuitement. Tu peux le payer, mais tu le prends et tu conclus avec lui un contrat : « Toi, esclave, tu reçois en une fois une certaine somme d'argent, tu passes à mon entière disposition, mais seulement pour six ans. » En réalité, pas tout à fait. On n'a pas le droit d'infliger des châtiments corporels à l'esclave, il faut assurer économiquement son entretien. Si tu as un seul oreiller pour deux, tu dois le donner à l'esclave, et il y a encore beaucoup, beaucoup de lois qui définissent cela. On ne peut pas obliger l'esclave à te laver les pieds ou à faire un travail dégradant ; l'esclave a toute une série de droits, avec ce verset tout ne fait que commencer. Mais le plus important, il ne devient ton esclave que pour six ans. C'est avant tout une protection de l'esclave : un homme, même esclave, doit savoir que son esclavage a une fin.

אִם־בְּגַפּוֹ יָבֹא בְּגַפּוֹ יֵצֵא אִם־בַּעַל אִשָּׁה הוּא וְיָצְאָה אִשְׁתּוֹ עִמּוֹ׃

im-begappó yavó begappó yetsé im-bá'al ichá hou veyatse'á ichtó immó

3 S'il est venu seul, il sort seul, et s'il est le mari d'une femme – la femme sortit aussi avec lui.

Il arrive qu'un homme marié se vende lui-même en esclavage, mais sa femme, naturellement, il ne la vend pas. La Torah orale dit : « Dans ce cas, le maître doit fournir le gîte, les vêtements et la nourriture aussi à la femme et à ses enfants : si elle a cinq enfants, alors aux cinq, si elle en a six, alors aux six. Il a le droit d'exiger d'eux qu'ils fassent un certain travail, qu'ils s'occupent de certains ouvrages manuels et ainsi de suite, mais cela comme de travailleurs salariés. » C'est-à-dire, si le maître achète un esclave marié, chargé de famille, il s'achète toute une masse de problèmes : il doit nourrir toute sa grande famille, et au bout de six ans toute la famille le quittera. Sans parler du fait que la femme, l'épouse, peut partir même avant, si bon lui semble, puisqu'elle, il ne l'a pas achetée. Et il y a encore une variante :

אִם־אֲדֹנָיו יִתֶּן־לוֹ אִשָּׁה וְיָלְדָה־לוֹ בָנִים אוֹ בָנוֹת הָאִשָּׁה וִילָדֶיהָ תִּהְיֶה לַאדֹנֶיהָ וְהוּא יֵצֵא בְגַפּוֹ׃

im-adonáv yitten-ló ichá veyaleda-ló vaním o vanót ha'ichá viladéha tihyé ladonéhaLa translittération de l'original écrit la fin de ce mot avec le son « kh » au lieu de h. L'hébreu a ici la lettre hé, nous suivons donc l'hébreu. vehoú yetsé vegáppo

4 Et si son maître lui donne une femme et qu'elle lui enfante des fils ou des filles, la femme et les enfants resteront chez le maître, et lui sortira seul.

C'est un cas peu compréhensible pour nous, du point de vue de notre morale moderne. C'est le cas où le maître dit à l'esclave : « Tant que tu es esclave ici, tiens, épouse cette étrangère (ce n'est en aucun cas une Juive, car une Juive, on n'a pas le droit de la marier de cette manière). Si tu veux, aie des enfants d'elle (le maître en tire profit : ses esclaves se multiplient). Mais quand les six années de ton esclavage seront terminées, toi, tu sors, et eux, tu les laisses. » C'est en réalité un dilemme d'une gravité incroyable. Nous disons ici : « Et s'il dit : j'aime ma femme ? » Ce n'est pas si simple de sortir en liberté et de laisser sa femme, même étrangère. C'est-à-dire : même s'il est venu seul et que le maître l'a marié, il sort quand même seul. Et bien que, certes, nous le sachions, la tradition condamne l'homme qui reste en esclavage dans une telle configuration, réfléchissez tout de même que laisser sa femme et ses enfants – ce n'est pas si simple.

וְאִם־אָמֹר יֹאמַר הָעֶבֶד אָהַבְתִּי אֶת־אֲדֹנִי אֶת־אִשְׁתִּי וְאֶת־בָּנָי לֹא אֵצֵא חָפְשִׁי׃

ve'im-amór yomár ha'éved ahávti et-adoní et-ichtí ve'et-banáy lo etsé 'hofchí

5 Et si l'esclave dit : « J'aime mon maître, ou ma femme, ou mes fils, je ne sortirai pas en liberté ».

C'est-à-dire : « Tout me convient dans cette situation, ici on me nourrit, on me donne à boire, on m'habille. Ce n'est pas sûr qu'en liberté je gagne autant, et ici j'ai en plus une femme et des enfants que j'aime (cela peut être tout à fait vrai), je suis attaché à eux, je ne veux pas la liberté. » Et alors, que se passe-t-il ?

וְהִגִּישׁוֹ אֲדֹנָיו אֶל־הָאֱלֹהִים וְהִגִּישׁוֹ אֶל־הַדֶּלֶת אוֹ אֶל־הַמְּזוּזָה וְרָצַע אֲדֹנָיו אֶת־אָזְנוֹ בַּמַּרְצֵעַ וַעֲבָדוֹ לְעֹלָם׃

vehiggichó adonáv el-ha'elohím vehiggichó el-haddélet o el-hammezouzá veratsá adonáv et-oznó bammartséya va'avadó le'olám

6 Son maître le fera approcher des juges (ou du Très-Haut), et on le conduisit à la porte ou au montant, et son maître lui percera l'oreille avec un poinçon, et il sera son esclave (jusqu'à l'année du jubilé).

Ici, on peut comprendre le mot elohím soit dans son sens direct – Dieu, soit comme les juges de ce lieu. C'est-à-dire que cet homme doit témoigner devant le Très-Haut : « Je comprends exactement ce que je dis, j'accepte pleinement toutes les conséquences de ma décision. » Ou bien on le conduit devant les juges, et il témoigne, et après cela il se passe ce qui se passe. Le mot lirtsóa signifie percer, martséa – c'est un poinçon, un « perçoir ». Le mot le'olám (pour toujours) signifie dans ce cas jusqu'à l'année du jubilé. L'année du jubilé, tous sortent en liberté, là les refus ne sont pas acceptés.

Si l'homme a décidé de rester, on le conduit au montant et on lui met une marque. La marque reste sur l'oreille, la marque reste sur le montant. Si l'homme a changé sa décision, a décidé de s'enfuir, on peut le ramener et, comme signe d'identification, montrer : voici, regardez, voici sa taille, voici son oreille, voici le trou, voici les traces du trou sur le montant. Et il n'est besoin d'aucune pièce d'identité, il n'est besoin d'aucune expertise d'empreintes digitales : il y a l'empreinte de l'oreille, qui est ainsi marquée. Beaucoup de commentateurs demandent : « Pourquoi justement l'oreille ? » et disent : « C'est cette même oreille qui, déjà au Sinaï, a entendu : vous êtes Mes enfants, a entendu : Je vous ai fait sortir de l'esclavage, et l'homme a voulu retourner en esclavage. » Eh bien voilà, je t'en prie, oreille, souffre. Si de ton écoute naît une telle foi, c'est ainsi que nous te marquerons. Mais il y a aussi une compréhension simple : l'oreille est très commode à présenter comme preuve. Chez tous les peuples orientaux, on marque aussi les animaux aux oreilles. Si en Israël se produit un accident de voiture impliquant un chameau, aussitôt apparaît un Bédouin de passage, il coupe les oreilles du chameau – et on ne peut plus retrouver ni punir le propriétaire du chameau. Ici, bien sûr, ce n'est pas un chameau mais un homme, et bien des milliers d'années ont passé, mais le principe est le même : on marque l'oreille.

Au verset 7, encore une situation étonnante pour notre époque.

וְכִי־יִמְכֹּר אִישׁ אֶת־בִּתּוֹ לְאָמָה לֹא תֵצֵא כְּצֵאת הָעֲבָדִים׃

vekhi-yimkór ich et-bittó le'amá lo tetsé ketsét ha'avadím

7 Si un homme vend sa fille comme esclave, elle ne sortira pas comme sortent les esclaves.

Cela peut se comprendre de différentes manières. Il y a une compréhension chez les commentateurs : « Elle ne travaillera pas hors de la maison, on ne peut pas l'envoyer dans la forêt chercher du bois, on ne peut pas l'envoyer pêcher, on ne peut pas l'envoyer la nuit chercher de la bière, parce que la fillette est petite », amá dans ce cas, c'est une fillette mineure. On a vendu une fillette mineure en esclavage pour qu'elle aide un peu à la maison, qu'elle garde quelqu'un, qu'elle s'occupe peut-être de quelque ouvrage manuel. Mais le sens, c'est qu'elle est, en fait, destinée par la suite à se marier avec son maître, et la Torah en parle. On peut se prendre la tête entre les mains et dire : mais c'est horrible, c'est de l'esclavage sexuel ! Cela sonne effectivement horrible, c'est effectivement une situation horrible, mais il faut comprendre ici que la Torah n'est pas donnée à un peuple de justes. La Torah a été donnée, est donnée à d'anciens esclaves, à une communauté encore pas particulièrement développée, avec certaines conceptions de la vie. Et aujourd'hui, chez les Arabes comme chez beaucoup de peuples d'Asie centrale, marier une jeune fille à un riche pour qu'elle arrange ses affaires ou les affaires de la famille, c'est une chose tout à fait compréhensible. Et on les marie, cela se passe aussi dans les pays d'Europe de l'Est, en général cela se passe toujours dans les pays pauvres. La Torah n'est pas donnée à une société d'anges, pas à une société de saints qui n'ont rien à voir avec ce monde, mais elle est donnée à la société telle qu'elle était alors. L'essence, le sens et la force secrète de la Torah consistent en ce que la société change. Dieu merci, nous avons vécu jusqu'à l'époque où, dans le peuple d'Israël, on ne vend pas les filles, il n'y a pas d'esclaves, le peuple a grandi. Mais, pour qu'il grandisse, la Torah est descendue à son niveau, et le Très-Haut n'a pas dédaigné le peuple au niveau auquel il existait alors.

Ainsi, un homme pouvait donner sa fille mineure en esclavage. L'esclave (éved) – c'est celui qui travaille (ovéd), un travailleur. Amá, à la différence de éved, c'est plutôt une nourrice, des mains humaines, celle qui fait quelque chose de ses mains. Mais le sens, c'est que la fillette, en arrivant dans une maison étrangère, doit être protégée contre les atteintes à sa personne. Et on ne peut plus la laisser partir si simplement. Et au verset 8, nous lisons ainsi :

אִם־רָעָה בְּעֵינֵי אֲדֹנֶיהָ אֲשֶׁר־לֹא )לוֹ( יְעָדָהּ וְהֶפְדָּהּ לְעַם נָכְרִי לֹא־יִמְשֹׁל לְמָכְרָהּ בְּבִגְדוֹ־בָהּ׃

im-ra'á be'ené adonéha acher-ló ye'adá vehefdá le'ám nokhrí lo-yimchól lemokhrá bevigdo-vá

8 Si elle s'est révélée ne pas convenir aux yeux du maître auquel elle était destinée, il n'a pas le droit de la vendre à un étranger, en la trahissant.

C'est-à-dire que la fillette a grandi, elle atteint 12 ans, ou bien apparaissent chez elle des signes féminins : des poils sur les doigts, sur la première phalange des doigts, nulle part ailleurs sur le corps on ne vérifie chez elle les poils, bien sûr. Si elle a grandi et qu'il est temps pour elle de se marier (oui, oui, à l'époque on se mariait si tôt, à 12, à 13 et à 14 ans), mais qu'elle n'a pas plu au maître, il peut s'adresser à la famille et dire : « Essayez de la racheter, je ferai une réduction, rachetez-la. » Mais si cela ne réussit pas, il ne peut pas la trahir, son esclave, en la vendant à un étranger. Bien qu'elle lui ait été vendue comme esclave, il doit lui garder fidélité, il n'a pas le droit de la vendre à un étranger.

וְאִם־לִבְנוֹ יִיעָדֶנָּה כְּמִשְׁפַּט הַבָּנוֹת יַעֲשֶׂה־לָּהּ׃

ve'im-livnó yi'adénna kemichpát habbanót ya'asse-lá

9 Mais s'il décide de la destiner à son fils, il le fera selon les règles pour les jeunes filles.

C'est-à-dire, s'il décide que cette jeune fille convient mieux à son fils, alors il doit lui donner une dot, lui acheter une robe et faire tout le nécessaire qui revient à une jeune fille dans une telle situation, tout ce que les parents auraient fait.

אִם־אַחֶרֶת יִקַּח־לוֹ שְׁאֵרָהּ כְּסוּתָהּ וְעֹנָתָהּ לֹא יִגְרָע׃

im-a'héret yikka'h-ló che'erá kesoutá ve'onatá lo yigrá

10 Et s'il veut en prendre encore une, il ne doit pas la priver de nourriture, de couverture et d'onatá, il ne la laissera pas dans le manque.

C'est-à-dire, si le maître veut prendre pour lui encore une épouse, alors il devra respecter trois conditions : che'erá – ce mot signifie une nourriture de fête à base de viande, c'est-à-dire une alimentation digne pour elle ; kesoutá – selon beaucoup de versions, c'est un vêtement de fête pour elle ; onatá peut se comprendre comme son temps, c'est-à-dire il ne cessera pas de lui accorder de l'attention. Certains commentateurs en parlent dans un sens très simplifié, dans un sens très naturel – il doit la satisfaire sur le plan sexuel. D'autres commentateurs disent : « Non, il est question ici d'attention, du fait qu'il doit lui consacrer du temps, doit trouver du temps pour l'écouter et être avec elle, bien qu'il ait pris une deuxième épouse. » D'autres commentateurs encore disent que le temps, ici, c'est son loisir, c'est le temps qu'elle consacre à elle-même, et cela signifie cosmétiques, huile (produits d'onction), parures et ainsi de suite. Il y a à cela des parallèles dans les textes, dans les lois d'autres peuples, quand il est dit que l'homme qui quitte sa femme doit lui maintenir la nourriture, le toit, les vêtements et l'huile (l'huile au sens de cosmétiques). Ici aussi il est dit que, même si l'homme a décidé de prendre une deuxième épouse, il ne doit pas priver la première de tout cela.

וְאִם־שְׁלָשׁ־אֵלֶּה לֹא יַעֲשֶׂה לָהּ וְיָצְאָה חִנָּם אֵין כָּסֶף׃

ve'im-cheloch-élle lo ya'assé la veyatse'á 'hinnám en kássef

11 S'il ne lui fait pas ces trois-là, elle sortira gratuitement, sans argent.

Ce que sont ces trois-là, nous ne pouvons pas très bien le comprendre. Peut-être cela se rapporte-t-il au tout début de la discussion : s'il ne peut pas se libérer d'elle par un rachat, la donner à son fils ou la prendre pour épouse, alors elle sort gratuitement, il est obligé de la laisser partir. Ou peut-être veut-on dire qu'il n'acceptera pas, ne prendra pas sur lui l'obligation de l'entretenir en permanence selon les trois critères dont nous avons parlé : la nourrir copieusement, l'habiller joliment, la combler de parures ou lui accorder de l'attention. Je rappelle que nous parlons ici d'une jeune fille d'une famille très, très pauvre. Selon la Torah orale, un homme n'a pas le droit de vendre sa fille, de donner sa fille en esclavage, même s'il n'a qu'une couverture ; s'il a ne serait-ce qu'une couverture, on ne peut pas vendre sa fille. Il faut se retrouver vraiment sans rien du tout pour vendre sa fille. Le Très-Haut dit que même une jeune fille d'une telle famille, dans un tel état, le tribunal la protège. Cette fillette et cet esclave sont si importants pour le Très-Haut que la première conversation avec le peuple d'Israël, il l'engage autour de cela : il ne parle pas des lois du roi, des lois du respect envers les autorités et ainsi de suite, mais il commence la conversation par les couches les plus, les plus simples, les plus, les plus basses de la société.

מַכֵּה אִישׁ וָמֵת מוֹת יוּמָת׃

makké ich vamét mot youmát

12 Si quelqu'un frappe un autre (son prochain), et que celui-ci en meurt, celui qui a tué mérite la mort.

La punition pour la mort – la mort. Le Très-Haut n'est pas contre la peine de mort, comme vous pourriez le penser en lisant au chapitre 20 le commandement lo tirtsá'h (ne tue pas). Non, on peut tuer le meurtrier et, comme le dit ici le Très-Haut, il faut même le tuer. Mais au verset 13, nous lisons :

וַאֲשֶׁר לֹא צָדָה וְהָאֱלֹהִים אִנָּה לְיָדוֹ וְשַׂמְתִּי לְךָ מָקוֹם אֲשֶׁר יָנוּס שָׁמָּה׃

va'achér lo tsadá veha'elohím inná leyadó vesamtí lékha makóm achér yanoús chámma

13 Et celui qui ne voulait pas tuer, mais Dieu le lui a mis sous la main, Je t'ai prévu un lieu où il peut s'enfuir (où il peut se cacher).

Par exemple, un homme a laissé tomber une pierre par hasard, un homme a tiré en pensant qu'il tirait sur un ours et a atteint un autre homme – on ne sait jamais quelles autres raisons il peut y avoir. Il y a un midrach intéressant selon lequel, dans le pays d'Israël, parmi les panneaux routiers, il n'y avait que des panneaux indiquant les villes de refuge, c'est-à-dire que tous les panneaux divins dirigent vers des lieux de salut, des lieux où l'on peut se sauver : Dieu conduit l'homme vers le salut. Si un homme a tué sans préméditation, il peut se sauver de la mort, des proches vengeurs, dans les villes de refuge.

וְכִי־יָזִד אִישׁ עַל־רֵעֵהוּ לְהָרְגוֹ בְעָרְמָה מֵעִם מִזְבְּחִי תִּקָּחֶנּוּ לָמוּת׃

vekhi-yazíd ich al-re'éhou lehorgó ve'ormá me'ím mizbe'hí tikka'hénnou lamoút

14 Et si un homme a médité le mal contre son prochain, pour le tuer par ruse, même de Mon autel on peut le prendre pour la mort.

Dans le Tanakh, nous lisons des histoires semblables : le meurtrier malintentionné est puni, même s'il implore la grâce, même s'il est venu, saisit les cornes de l'autel et dit : « SEIGNEUR, sauve et aide ! » C'est ainsi que dit ici le SEIGNEUR.

וּמַכֵּה אָבִיו וְאִמּוֹ מוֹת יוּמָת׃

oumakké avív ve'immó mot youmát

15 Celui qui lève la main, frappe son père ou sa mère, mourra de mort.

Le commentateur dit : « S'il leur a infligé une quelconque lésion corporelle. » Y a-t-il un bleu ? Y a-t-il, à Dieu ne plaise, une fracture ? C'est tout, l'homme mérite la mort, qu'ils soient morts ou non, parce qu'il y a le commandement d'honorer son père et sa mère. Les valeurs familiales sont très importantes, c'est pourquoi la punition est très sévère pour le fait qu'un homme frappe son père ou sa mère. Le père ou la mère sont au-dessus de la loi en ce sens que, pour de simples coups, l'homme n'est pas puni de mort, mais pour des coups portés au père ou à la mère, il mourra de mort. Il semblerait qu'on puisse dire au contraire : bon, la mère et le père pardonneront, s'il frappe, c'est qu'il aime… Non, pas au contraire, bien qu'il puisse sembler logique à quelqu'un de parler ainsi, mais celui qui frappe son père ou sa mère, celui-là mourra de mort.

וְגֹנֵב אִישׁ וּמְכָרוֹ וְנִמְצָא בְיָדוֹ מוֹת יוּמָת׃

vegonév ich oumkharó venimtsá veyadó mot youmát

16 Celui qui a volé un homme pour le vendre, et ils ont été trouvés dans sa main, mourra de mort.

Un homme qui s'occupe d'enlever des coreligionnaires pour les vendre en esclavage mourra de mort. Nous en avons parlé en détail en 20,13, quand nous avons examiné le commandement lo tignóv (ne vole pas).

וּמְקַלֵּל אָבִיו וְאִמּוֹ מוֹת יוּמָת׃

oumkallél avív ve'immó mot youmát

17 Celui qui maudit (médit de) son père et sa mère, mourra de mort.

Qu'est-ce que cela signifie ? C'est quand un homme dit : « Que cela vous arrive ! Qu'il vous arrive ceci et cela ! » Ou bien il dit des choses contre eux, calomnie son père et sa mère. C'est-à-dire que le respect envers le père et la mère est si fort que même pour une malédiction verbale, pour quelques paroles méchantes, l'homme mérite quand même la mort. Remarquez que les commandements sont disposés comme de manière non systématique, on aurait pu placer cette loi juste après celui qui frappe le père… Le Très-Haut dispose cela autrement, comme en sautant d'un sujet à l'autre, pour que nous suivions non pas le sujet, mais la voix, on peut dire, l'écriture d'ensemble du Très-Haut.

וְכִי־יְרִיבֻן אֲנָשִׁים וְהִכָּה־אִישׁ אֶת־רֵעֵהוּ בְּאֶבֶן אוֹ בְאֶגְרֹף וְלֹא יָמוּת וְנָפַל לְמִשְׁכָּב׃

vekhi-yerivoún anachím vehikka-ích et-re'éhou be'éven o ve'egróf veló yamoút venafál lemichkáv

18 Si des hommes se querellent, et que l'un a frappé l'autre d'une pierre ou du poing, et que celui-ci n'est pas mort, mais est tombé sur sa couche (est tombé malade),

אִם־יָקוּם וְהִתְהַלֵּךְ בַּחוּץ עַל־מִשְׁעַנְתּוֹ וְנִקָּה הַמַּכֶּה רַק שִׁבְתּוֹ יִתֵּן וְרַפֹּא יְרַפֵּא׃

im-yakoúm vehithallékh ba'hoúts al-mich'antó venikká hammakké rak chivtó yittén verappó yerappé

19 S'il se lève et marche dehors (hors de la maison), même en s'appuyant, celui qui a frappé sera purifié (acquitté), seulement il lui paiera son incapacité temporaire de travail et aussi le traitement.

C'est-à-dire qu'il paiera l'arrêt maladie, pour ainsi dire, l'allocation de chômage, mais il ne sera pas puni de mort ni de quelques autres sanctions. Pourquoi ? Parce que cela s'est produit dans une querelle, c'est ainsi qu'a agi un homme emporté, saisi par la querelle.

Ce sont les premières lois du Très-Haut que nous voyons ici, les premières lois avec lesquelles nous faisons connaissance ici. Et nous arriverons encore à la conclusion que le peuple d'Israël tirera de tout cela. Chacune de ces lois, je pense, nous concerne nous aussi. Bien que, certes, nous ne vendions pas nos filles en esclavage, nous avons affaire à des jeunes filles dont la protection et la tutelle nous sont confiées ; à des personnes qui se trouvent dans une situation économique difficile et dont la tutelle nous incombe. Et nous devons prendre nous-mêmes les décisions sur la manière d'agir envers ces personnes, si l'on agit envers elles selon les lois de Dieu.

Le petit taureau avance et donne des coups de cornes (21,20–22,3)

Donc, nous disions que la section hebdomadaire Michpatim est inhabituelle en ce qu'elle ne contient pas de description d'événements. Elle se compose de différents exemples juridiques, de différentes décisions judiciaires, sur la base desquels tout lecteur peut se faire une idée de la manière dont sont organisés les jugements du Très-Haut dans les relations entre les personnes à tous les niveaux de l'existence du peuple de Dieu.

וְכִי־יַכֶּה אִישׁ אֶת־עַבְדּוֹ אוֹ אֶת־אֲמָתוֹ בַּשֵּׁבֶט וּמֵת תַּחַת יָדוֹ נָקֹם יִנָּקֵם׃

vekhi-yakké ich et-avdó o et-amató bachévet oumét tá'hat yadó nakóm yinnakém

20 Si un homme frappe son esclave ou sa servante avec un bâton (ou avec un bâton de marche, ou avec une verge : on peut traduire le mot de différentes manières, littéralement – c'est une branche avec un nœud), et que l'esclave ou la servante sont morts sous sa main, il sera vengé d'une vengeance.

Cet homme mérite la mort si l'esclave et la servante sont morts tout de suite sous sa main.

אַךְ אִם־יוֹם אוֹ יוֹמַיִם יַעֲמֹד לֹא יֻקַּם כִּי כַסְפּוֹ הוּא׃

akh im-yom o yomáyim ya'amód lo youkkám ki khaspó hou

21 Mais s'il survit après cela (tient debout, résiste après cela) un jour ou deux, il n'y aura pas de rétribution pour cet homme (qui a tué l'esclave) (il ne méritera pas la mort), car c'est son argent.

Beaucoup de choses incompréhensibles d'un coup dans un seul verset. Premièrement, pourquoi est-il écrit « survivra un jour ou deux » ? S'il survit un jour, il est déjà clair qu'il survivra aussi deux. Pourquoi écrire « ou deux » ? « Un jour ou deux », cela veut dire plus d'un jour, donc un peu plus d'un jour, comme un an et un jour. S'il survit plus de vingt-quatre heures, c'est-à-dire qu'il ne meurt pas tout de suite. Quel est le fond de la chose ? L'homme a frappé avec un bâton de marche, et quand on frappe avec un bâton de marche, on sait qu'on peut tuer avec par mégarde. Le bâton de marche est un instrument avec lequel il est facile de frapper, la main n'a pas mal quand on frappe avec un bâton de marche. Ainsi, dans beaucoup d'écoles d'arts martiaux orientaux, on apprend d'abord à frapper avec un bâton, pour que l'homme n'ait pas peur de frapper, n'ait pas peur de se faire mal à la main. Quand un homme frappe avec un bâton de marche, la main n'a pas peur, n'a pas mal, il ne sent pas la différence de force et peut causer un dommage plus grand. On peut frapper de telle manière, à un tel endroit, qu'on tue l'homme sur le coup. S'il a tué tout de suite, il est passible de jugement. Si celui qui a été frappé a vécu plus de vingt-quatre heures, c'est-à-dire que l'organisme n'a pas subi de lésions ayant entraîné une mort immédiate (c'est une particularité de la jurisprudence : une mort immédiate est une mort dans un délai de moins de vingt-quatre heures), s'il n'y a pas de mort immédiate, celui qui a frappé n'est pas passible de la peine de mort. Pourquoi ? Il est écrit : ki khaspó – c'est son argent. Il est intéressant de savoir ce que signifie c'est son argent. Cette expression a deux compréhensions. La première compréhension dit : « Parce que l'homme peut frapper l'esclave afin de prévenir son préjudice économique. Il a besoin de l'esclave, et si l'esclave est paresseux, refuse de travailler, sabote quelque chose, il faut d'une manière ou d'une autre diriger l'esclave, et c'est pourquoi on peut trouver quelques circonstances justificatives dans le fait que l'homme a frappé son esclave. » Bien que ce ne soit pas une permission, c'est une certaine justification, une circonstance atténuante. La deuxième variante : le meurtre de l'esclave cause une perte au maître lui-même, c'est-à-dire que l'homme ne frappera pas l'esclave qui est son bien. En ce temps-là, l'esclave était un bien du maître. Et exactement comme aujourd'hui un homme ne veut pas démolir intentionnellement sa voiture, en ce temps-là il ne voulait pas tuer intentionnellement son esclave. Et dans ce cas, le meurtre témoigne d'un certain caractère non intentionnel des événements. Notre passage (ces deux versets) parle de certaines circonstances atténuantes et de l'absence d'intention de tuer. Au verset 22, nous avons devant nous une tout autre histoire :

וְכִי־יִנָּצוּ אֲנָשִׁים וְנָגְפוּ אִשָּׁה הָרָה וְיָצְאוּ יְלָדֶיהָ וְלֹא יִהְיֶה אָסוֹן עָנוֹשׁ יֵעָנֵשׁ כַּאֲשֶׁר יָשִׁית עָלָיו בַּעַל הָאִשָּׁה וְנָתַן בִּפְלִלִים׃

vekhi-yinnatsoú anachím venagefoú ichá hará veyatse'oú yeladéha veló yihyé asón anóch ye'anéch ka'achér yachít aláv bá'al ha'ichá venatán biflilím

22 Si l'on se querellait l'un avec l'autre et qu'on a poussé une femme, et qu'elle est enceinte, et qu'elle a fait une fausse couche, mais qu'elle-même n'a pas péri, celui qui a poussé la femme sera puni d'une punition que lui imposera le mari de la femme devant les juges (devant les huissiers de justice, devant les agents d'exécution).

Le mot nets signifie aigle ou épervier. Deux hommes se battaient, se bagarraient, se sont accrochés et, dans la bagarre, ont poussé sans le vouloir une femme qui passait par hasard. Ils se sont bagarrés, sont descendus si bas qu'ils ont poussé une femme enceinte. Nous parlons de l'époque où une femme qui faisait une fausse couche pouvait mourir de la perte de sang. Ici, elle a fait une fausse couche, mais elle-même n'a pas péri. Que s'est-il passé du point de vue juridique ? À ce moment-là, l'enfant qui se trouve dans le corps de la femme, le petit embryon, est comme son organe interne : car il se trouve dans l'utérus, il y est rattaché par le placenta et, au fond, il est l'un des organes de son organisme jusqu'au moment de la naissance. Ainsi, lorsqu'un dommage non intentionnel est causé à la femme, c'est comme une mutilation à l'égard de la femme. Nous n'examinons pas maintenant, la Torah n'examine pas maintenant ce qui se passe à l'égard de l'enfant. Si cela avait été commis intentionnellement, nous parlerions du meurtre du fœtus, mais l'événement dont il est question, la procédure juridique le considère comme une mutilation à l'égard de la femme. Et l'obligation du tribunal est d'exiger de cet homme de l'argent. L'homme peut dire : « Mais je ne voulais pas la pousser » ou « Je ne l'ai pas poussée si fort qu'elle fasse une fausse couche, et peut-être est-elle d'ailleurs une femme qui fait souvent des fausses couches… » Non, ici il est dit que le système judiciaire lui-même doit intervenir et obliger l'homme à payer ce qu'exige le père. Comment peut-on exiger de l'argent, comment peut-on évaluer une fausse couche ? Et ici, aussi cruel que cela paraisse, fonctionne le principe du « tarif des personnes ». Nous lisons beaucoup dans la Torah que le rachat d'une âme dépend de l'âge et de la santé. Par exemple, combien plus cher une esclave enceinte se vendait-elle qu'une esclave non enceinte ? Beaucoup d'exemples semblables.

Donc, le mari peut évaluer le dommage qui a été causé, et ce dommage est réparé financièrement. Si nous disions que cet homme qui a causé à la femme de telles lésions, il faut le tuer, le fusiller, le mettre en prison, lui amputer la main et le pied, lui crever un œil ou encore autre chose, la famille n'aurait aucune réparation du dommage. La famille ne recevrait rien, et elle ne recevrait pas de soulagement si cet homme subissait un châtiment, et la Torah, peut-on dire, ramène tout à l'argent, règle tout d'une manière compréhensible.

Ce jugement, cette procédure judiciaire, il faut absolument le dire, est une grâce aussi à l'égard du criminel. Le criminel a la possibilité d'effacer de lui cette faute, de revenir dans la société, parce que lui aussi est une créature du Très-Haut. Et nous n'avons pas intérêt, de même que le Très-Haut n'a pas intérêt, à la perte du pécheur. On peut penser ce que l'on veut de cela, mais voilà comment la Torah formule cette loi.

וְאִם־אָסוֹן יִהְיֶה וְנָתַתָּה נֶפֶשׁ תַּחַת נָפֶשׁ׃

ve'im-asón yihyé venatattá néfech tá'hat náfech

23 Mais s'il arrive un malheur, il donnera âme pour âme.

Et ensuite suivent des règles générales. Des règles qui, peut-on dire, dans le milieu des contradicteurs de la Torah, dans le milieu des adversaires de la Torah, sont devenues la fable des nations (des païens au sens littéral de ce mot).

עַיִן תַּחַת עַיִן שֵׁן תַּחַת שֵׁן יָד תַּחַת יָד רֶגֶל תַּחַת רָגֶל׃

áyin tá'hat áyin chen tá'hat chen yad tá'hat yad régel tá'hat rágel

24 Œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied,

כְּוִיָּה תַּחַת כְּוִיָּה פֶּצַע תַּחַת פָּצַע חַבּוּרָה תַּחַת חַבּוּרָה׃

keviyá tá'hat keviyá pétsa tá'hat pátsa 'habbourá tá'hat 'habbourá

25 Brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, fracture pour fracture.

Voilà quelles règles sont énumérées, et on peut le comprendre ainsi, beaucoup le comprennent justement ainsi, que, si un homme a crevé un œil à son prochain, on peut à lui aussi crever un œil. Et ainsi jusqu'à deux fois. Après la troisième, s'il a crevé un œil à un troisième, il n'est plus punissable. Les mains aussi sont deux, et les pieds aussi sont deux. Les brûlures, bien sûr, on peut en infliger à un homme à l'infini. Et il y aurait probablement eu la fonction de « brûleur » – un homme qui rendrait la pareille pour les brûlures, il aurait des fers à marquer, et il brûlerait avec. Et il aurait fallu brûler exactement autant que l'homme avait fait de brûlures à la victime. Cela aurait sans doute dû être un travail d'orfèvre. Exactement de même pour le « briseur ». Voilà, il y aurait eu un tel maître-bourreau qui briserait sur commande les côtes, les cuisses, le col du fémur ou le petit doigt. C'est ainsi qu'on peut comprendre tout cela, et c'est ainsi que cela est souvent compris. Quel profit la victime aurait tiré de ce processus – c'est totalement incompréhensible. Et pourtant la personne victime, qui a perdu un œil ou un pied, a perdu aussi sa capacité de travail, en fait, a perdu la possibilité d'assurer sa subsistance et celle de sa famille. À cette époque, il n'y avait pas de pension d'invalidité, il n'y avait pas de prestations sociales. Dans le premier livre de Mélakhim, au chapitre 20, il y a une histoire inventée au sujet d'un esclave qu'on avait laissé sous garde, et là est exprimée tout à fait clairement la compréhension de ce mot tá'hat, que nous avons traduit par pour. Cela signifie aussi à la place de. C'est-à-dire que je dois donner à l'homme un œil à la place d'un œil, pas mon œil, mais une certaine compensation de celui-ci. Et nous savons que déjà à l'époque du Second Temple ces versets étaient interprétés justement ainsi. Et nous savons aussi que les sages ne considéraient pas cela comme un midrach, les sages considéraient cela comme le sens simple de la Torah. Le fondement de cela, regardez-le au chapitre 20 du livre de Mélakhim : tout à la fin du chapitre il y a une histoire où « ton âme sera à la place de son âme, tu donneras ainsi âme pour âme », c'est-à-dire tu t'acquitteras par ton service, tu serviras à la place de cet homme, et ton peuple sera à la place de son peuple.

Ainsi donc, il faut comprendre que le mot tá'hat est très rarement employé, il signifie être à la place de quelque chose, donner à la place de quelque chose. C'est-à-dire la valeur d'un œil à la place d'un œil, la valeur d'une main à la place d'une main. De nouveau nous disons : « Oh là ! Ici tout se ramène à l'argent. » Oui, souvent tout se ramène à l'argent. Et de nouveau c'est une miséricorde envers le criminel et une miséricorde, dans ce cas, envers la victime, parce que, si l'on crevait simplement l'œil du criminel, la victime ne pourrait pas continuer à subsister aux dépens de l'œil crevé du criminel. Le jugement, dans la compréhension juive de l'exercice de la justice, – c'est toujours une miséricorde aussi à l'égard du criminel (qui peut se libérer de sa faute envers la société, envers celui à qui il a causé du tort, boucler la boucle pour lui-même), et à l'égard de la victime. Bien sûr, la miséricorde se manifeste sous différentes formes, mais il faut se rappeler que le jugement aussi peut être une miséricorde, et les règles d'indemnisation du préjudice financier, c'est une règle générale pour tout le canon qu'on appelle Nézékin – les lois sur les dommages dans le judaïsme.

Au verset 26, nous lirons le développement de cette idée. Nous disions, par exemple, la dernière fois que, si un homme frappe son prochain, il est passible de mort. Mais si ce coup est porté à un esclave, comme nous l'avons lu au début de ce chapitre, il y a certaines circonstances atténuantes et l'homme n'est pas passible de mort. Les relations entre prochains et les relations du maître et de l'esclave diffèrent un peu les unes des autres. Cela ne signifie en aucun cas que l'esclave n'a aucun droit, mais, après avoir expliqué la situation en général, la Torah parle de nouveau et explique à travers l'exemple de l'esclave :

וְכִי־יַכֶּה אִישׁ אֶת־עֵין עַבְדּוֹ אוֹ־אֶת־עֵין אֲמָתוֹ וְשִׁחֲתָהּ לַחָפְשִׁי יְשַׁלְּחֶנּוּ תַּחַת עֵינוֹ׃

vekhi-yakké ich et-én avdó o-et-én amató vechi'hatá la'hofchí yechalle'hénnou tá'hat éno

26 Et si un homme frappe à l'œil son esclave ou sa servante (c'est comme le verset par lequel nous avons commencé : une exception pour les esclaves, un cas particulier dans la relation avec les esclaves) et l'a endommagé, pour ce dommage l'esclave est immédiatement libéré de son esclavage et sort en liberté.

וְאִם־שֵׁן עַבְדּוֹ אוֹ־שֵׁן אֲמָתוֹ יַפִּיל לַחָפְשִׁי יְשַׁלְּחֶנּוּ תַּחַת שִׁנּוֹ׃

ve'im-chén avdó o-chén amató yappíl la'hofchí yechalle'hénnou tá'hat chínno

27 Et s'il fait tomber une dent de son esclave ou une dent de sa servante, alors pour sa dent il (elle) sortira en liberté.

Il est intéressant qu'en hébreu se soit formée l'expression « se tirer à grand-peine de quelque chose », c'est-à-dire « sortir pour une dent et pour un œil », sortir, pour ainsi dire, à bout de forces, s'arracher à quelque chose. Pourquoi l'œil à part, et la dent à part ? Parce que les yeux ne sont que deux et la lésion d'un œil est une lésion très grave. La dent, c'est une lésion plus petite. L'homme n'est même pas évalué comme travailleur d'après le nombre de ses dents. Pour le maître, il n'y a pas de grande différence dans la quantité qu'il mange. La dent, tout de même, diffère par le niveau du préjudice, et il vaut la peine de dire ici que même pour un petit préjudice causé à l'esclave, le maître est obligé de le laisser sortir en liberté. Le prix de n'importe quel organe : d'un doigt, d'une oreille, d'une dent – c'est la liberté. L'esclave a droit à son corps. Si son corps est d'une manière ou d'une autre endommagé, alors il sort en liberté. Et nous parlons maintenant de la relation entre l'homme et l'homme, des crimes intentionnels, des crimes non intentionnels, du cas où l'homme en avait l'intention et c'est arrivé, ou c'est arrivé par mégarde.

La Torah décrit différentes situations, mais le monde n'est pas fait que de personnes, dans le monde il y a aussi les biens des personnes, les biens aussi peuvent causer du tort, et c'est ce que nous lisons ensuite :

וְכִי־יִגַּח שׁוֹר אֶת־אִישׁ אוֹ אֶת־אִשָּׁה וָמֵת סָקוֹל יִסָּקֵל הַשּׁוֹר וְלֹא יֵאָכֵל אֶת־בְּשָׂרוֹ וּבַעַל הַשּׁוֹר נָקִי׃

vekhi-yiggá'h chor et-ích o et-ichá vamét sakól yissakél hachór veló ye'akhél et-besaró ouvá'al hachór nakí

28 Si un taureau encorne un homme ou une femme, et que cet homme ou cette femme sont morts, le taureau sera lapidé et ne sera pas mangé (sa viande ne sera pas mangée), et le propriétaire du taureau sera pur.

Le taureau a un propriétaire, et par la négligence du propriétaire ou, peut-être, par la négligence de l'homme ou de la femme, peu importe par la faute de qui c'est arrivé, le taureau a encorné un homme, et l'homme est mort. Il n'y a ici aucune intention mauvaise de l'homme, il n'y a même pas d'homicide involontaire de la part du propriétaire du taureau, on peut dire que c'est un phénomène naturel, mais la Torah dit que le taureau sera lapidé, c'est-à-dire qu'il sera abattu de telle manière qu'on ne puisse pas le manger, et le propriétaire du taureau sera pur. Il a reçu comme punition le fait d'être privé du taureau. Un taureau, c'est un bien assez coûteux, il pouvait se trouver être tout ce que l'homme possède. On peut se représenter cette histoire autrement : si un homme, à cause d'une défaillance de sa voiture, d'une défaillance inattendue, a eu un accident, alors toute l'indemnisation du préjudice se fait aux frais de la compagnie d'assurance, en fait, on peut dire, « aux frais de la voiture », si c'est une défaillance fortuite que l'homme ne pouvait vraiment pas surveiller. Je simplifie beaucoup, je compare simplement, pour que les lois soient compréhensibles. La Torah ne parle pas seulement des taureaux, mais ce qu'elle dit s'applique, au fond, aussi au chien. Et quand nous disons : « S'il a frappé avec un bâton », il est clair que si l'on frappe avec une barre d'armature ou des nunchakus, la règle du bâton s'applique ici aussi. La Torah nous présente des affaires judiciaires concrètes, pour que nous voyions le tableau d'ensemble. Exactement de même avec le taureau.

וְאִם שׁוֹר נַגָּח הוּא מִתְּמֹל שִׁלְשֹׁם וְהוּעַד בִּבְעָלָיו וְלֹא יִשְׁמְרֶנּוּ וְהֵמִית אִישׁ אוֹ אִשָּׁה הַשּׁוֹר יִסָּקֵל וְגַם־בְּעָלָיו יוּמָת׃

ve'ím chor naggá'h hou mittemól chilchóm vehou'ád biv'aláv veló yichmerénnou vehemít ich o ichá hachór yissakél vegam-be'aláv youmát

29 Et si c'est un taureau qui encornait hier, et avant-hier, et le jour d'avant, et qu'on a averti le propriétaire (si on lui a dit : « Écoute, surveille ton taureau, il est trop agressif »), et qu'après cela il ne l'a pas surveillé, et que ce taureau a tué un homme ou une femme – et le taureau sera lapidé, et son propriétaire aussi mourra.

De nouveau, si un homme sait que sa voiture est défectueuse, que l'un de ses appareils est défectueux, et qu'il n'y a pas veillé, ne s'est pas soucié de le réparer, bien qu'on l'ait averti, bien que cette défaillance se soit déjà manifestée, non seulement il est privé de son bien, mais il est aussi passible de punition. Dans ce cas, nous commençons apparemment à parler de la peine de mort, mais au verset 30 nous lisons :

אִם־כֹּפֶר יוּשַׁת עָלָיו וְנָתַן פִּדְיֹן נַפְשׁוֹ כְּכֹל אֲשֶׁר־יוּשַׁת עָלָיו׃

im-kófer youchát aláv venatán pidyon nafchó kekhól acher-youchát aláv

30 Si une rançon lui est imposée, il donnera la rançon pour son âme.

Et de nouveau : nous ne voulons pas la mort de l'homme, même quand parfois il mérite la mort, c'est pourquoi la possibilité lui est donnée de donner une rançon pour lui-même. Si on l'avait déjà averti au sujet de son taureau, si on l'avait déjà averti que ses actions pouvaient mener à un malheur, mais qu'il n'a rien fait pour veiller à la sécurité de ceux qui l'entourent. Ici, nous parlons du cas où, dans des accidents, dans certains malheurs, est présent quelque chose ou quelqu'un dont nous ne pouvons pas surveiller la volonté, mais nous pouvons seulement le surveiller lui-même, veiller à ce qu'il fonctionne, à ce qu'il existe sans danger.

Une autre question intéressante se pose : si le taureau qui encorne est aussitôt lapidé et n'est pas mangé, alors d'où nous vient, au verset 29, un tel taurillon récidiviste, qui s'arrange pour donner des coups de corne et depuis hier, et depuis avant-hier, et dont on avertit simplement le propriétaire ? Eh bien, c'est le cas où le taureau a encorné quelqu'un ou a essayé d'encorner, mais sans conséquences graves, ou a menacé quelqu'un. Ou bien on soupçonnait simplement ce taureau et on ne savait pas si c'était vraiment ce taureau, et on a averti plusieurs propriétaires. Il y a différentes variantes. Eh bien, il existe bien des avertissements disant que, par exemple, dans certaines voitures il y a un système défectueux, que dans certains appareils il faut surveiller quelque chose de particulier, et dans notre cas, c'est à peu près une telle situation. Comment faire quand tout ne dépend pas de nous ? Nous devons dans ce cas faire ce qui dépend de nous.

אוֹ־בֵן יִגָּח אוֹ־בַת יִגָּח כַּמִּשְׁפָּט הַזֶּה יֵעָשֶׂה לּוֹ׃

o-vén yiggá'h o-vát yiggá'h kammichpát hazzé ye'ásse lo

 31. S'il encorne un fils ou encorne une fille, il lui sera fait comme ce jugement.

Pourquoi cela nous est-il écrit ? Cela nous est écrit pour que nous étendions ce que nous venons d'apprendre aussi aux enfants. Les enfants, on peut dire, comme des voyous, peuvent soudain surgir dans la rue, se jeter sous les roues, et qui sait ce qu'ils peuvent encore fabriquer. Peut-être agitaient-ils un drapeau rouge révolutionnaire devant ce bœuf, et le bœuf s'est acharné sur eux. Oui, je sais que les bœufs ne distinguent pas les couleurs, c'est simplement une métaphore. C'est-à-dire, peut-être l'enfant a-t-il mis le bœuf en colère… Peu importe. Que ce soit un garçon, une fille ou un Noir d'âge avancé – cela n'a pas d'importance, ce jugement s'exerce sur le propriétaire du bœuf, et on ne peut pas dire au piéton, au passant ou au garçon : « C'est toi-même le coupable. »

אִם־עֶבֶד יִגַּח הַשּׁוֹר אוֹ אָמָה כֶּסֶף שְׁלֹשִׁים שְׁקָלִים יִתֵּן לַאדֹנָיו וְהַשּׁוֹר יִסָּקֵל׃

im-éved yiggá'h hachór o amá késsef chelochím chekalím yittén ladonáv vehachór yissakél.

32 Et si le bœuf encorne un esclave ou une esclave, il faut donner trente chékels en argent à leur maître, et le bœuf sera lapidé.

Dans ce cas précis, par l'esclave et l'esclave femme on entend l'étranger, c'est-à-dire un esclave ou une esclave d'autres peuples, parce que pour des « esclaves soviétiques » il ne peut pas y avoir un tel jugement : ils ont des parents. Mais l'esclave qui a été pris parmi les gens d'autres peuples, peut-être capturé quelque part à la suite d'une guerre, n'a pas de parents, personne n'est à sa charge et, à part le maître, il n'a personne. 30 chékels – c'est le prix standard d'un esclave moyen. Si soudain il s'avère qu'il connaît le chinois, sait jouer du violoncelle ou marcher sur une corde, son prix augmente, mais en moyenne le prix standard d'un esclave, sans tenir compte de ses capacités, est de 30 chékels. Et 30 chékels, ce sont 30 mesures d'argent : le prix de vente d'un esclave, et pas seulement le prix de vente d'un esclave.

Et le bœuf est de toute façon lapidé. C'est-à-dire, si cela arrive à un esclave qui n'est que le bien du maître, on dédommage le maître. Par conséquent, si c'est une automobile qui a percuté non pas l'esclave du maître, mais sa charrette, quelque bien qui lui appartient, s'il s'agit d'un dommage aux biens, on rembourse la valeur du bien. Avec quoi rembourse-t-on ? Eh bien, là encore, avec l'assurance automobile, si on traduit cela en langage moderne.

Au verset 33, il est de nouveau question de situations où la mort survient non de manière préméditée, mais par imprudence. Donc :

וְכִי־יִפְתַּח אִישׁ בּוֹר אוֹ כִּי־יִכְרֶה אִישׁ בֹּר וְלֹא יְכַסֶּנּוּ וְנָפַל־שָׁמָּה שּׁוֹר אוֹ חֲמוֹר׃

vekhi-yiftá'h ich bor o ki-yikhré ich bor veló yekhassénnou venafal-chámma chor o 'hamór

33 Si un homme ouvre une fosse (ouvre une fosse déjà prête), ou si un homme creuse une fosse et ne la couvre pas, et qu'un bœuf ou un âne y tombe,

C'est-à-dire un dommage causé aux biens par imprudence.

בַּעַל הַבּוֹר יְשַׁלֵּם כֶּסֶף יָשִׁיב לִבְעָלָיו וְהַמֵּת יִהְיֶה־לּוֹ׃

bá'al habbór yechallém késsef yachív liv'aláv vehammét yihye-ló

34… le propriétaire de la fosse paiera de l'argent (celui qui l'a ouverte), et l'animal mort sera à lui.

C'est-à-dire que le propriétaire de la fosse paie aux propriétaires de l'âne ou du bœuf la pleine valeur de cet animal, et l'animal lui-même reste chez lui. Si par notre faute un bien de quelqu'un a été endommagé, nous lui payons la pleine valeur, et le bien lui-même nous reste. Si nous avons cassé par mégarde le téléphone portable de quelqu'un, nous devons payer la valeur de ce téléphone portable, et le téléphone cassé lui-même nous reste. Bon, bien sûr, nous ne prenons pas en compte pour l'instant la protection des données.

וְכִי־יִגֹּף שׁוֹר־אִישׁ אֶת־שׁוֹר רֵעֵהוּ וָמֵת וּמָכְרוּ אֶת־הַשּׁוֹר הַחַי וְחָצוּ אֶת־כַּסְפּוֹ וְגַם אֶת־הַמֵּת יֶחֱצוּן׃

vekhi-yiggóf chor-ích et-chór re'éhou vamét oumakheroú et-hachór ha'háy ve'hatsoú et-kaspó vegám et-hammét ye'hetsoún

35 Si deux bœufs se sont affrontés et que l'un a encorné l'autre, et que (celui-ci) est mort, on vendra le bœuf vivant, on partagera l'argent, et le bœuf mort aussi on le partagera.

Deux bœufs se sont battus. Voici deux bœufs, tous deux incontrôlables, ni l'un ni l'autre n'a de raison, ni quelque intention, ni quelque crainte. Tout se partage. Donc, si un dommage a été causé aux biens moitié-moitié, alors le dommage aussi se partage en deux. Si ce dommage est lié à des bœufs, à des chiens ou à quelque chose que nous ne pouvons pas maîtriser. Mais encore une fois, comme nous le disions la dernière fois :

אוֹ נוֹדַע כִּי שׁוֹר נַגָּח הוּא מִתְּמוֹל שִׁלְשֹׁם וְלֹא יִשְׁמְרֶנּוּ בְּעָלָיו שַׁלֵּם יְשַׁלֵּם שׁוֹר תַּחַת הַשּׁוֹר וְהַמֵּת יִהְיֶה־לּוֹ׃

o nodá ki chór naggá'h hou mittemól chilchóm veló yichmerénnou be'aláv challém yechallém chor tá'hat hachór vehammét yihye-lo.

36 S'il est connu que l'un des bœufs a l'habitude d'encorner et que son propriétaire ne l'a pas gardé, il paiera pour le bœuf mort la pleine valeur, et la carcasse lui appartiendra.

Au verset 37, c'est déjà une tout autre histoire :

כִּי יִגְנֹב־אִישׁ שׁוֹר אוֹ־שֶׂה וּטְבָחוֹ אוֹ מְכָרוֹ חֲמִשָּׁה בָקָר יְשַׁלֵּם תַּחַת הַשּׁוֹר וְאַרְבַּע־צֹאן תַּחַת הַשֶּׂה׃

ki yignov-ích chor o-sé outva'hó o mekharó 'hamichá vakár yechallém tá'hat hachór ve'arba-tsón tá'hat hassé

37 Si un homme vole un bœuf ou un agneau et l'égorge ou le vend, il paiera cinq valeurs de bœuf pour le bœuf et quatre valeurs de brebis ou de chevreau il paiera pour la brebis ou le chevreau.

Pourquoi une telle différence ? Il y a une remarque très intéressante à ce sujet. Quand un homme vole un bœuf, il le pousse avec une baguette et le mène quelque part. Le plus souvent, quand un homme vole un bélier, il le porte sur lui. Il y a là un élément de honte, de peur. L'homme endure certaines souffrances, il se promène avec ce bélier, avec cette brebis ou avec cette chèvre, cela lui est très désagréable, il a honte, et pour cela il a une circonstance atténuante. Pour le bœuf que l'homme pousse devant lui, on rend au quintuple, et pour la brebis qu'il porte sur lui – au quadruple, parce qu'il y a là une honte que l'homme a déjà endurée.

Nous allons lire encore un petit morceau du vingt-deuxième chapitre, qui commence par une tout autre affaire, on peut dire, par une affaire de légitime défense :

אִם־בַּמַּחְתֶּרֶת יִמָּצֵא הַגַּנָּב וְהֻכָּה וָמֵת אֵין לוֹ דָּמִים׃

im-bamma'htéret yimmatsé haggannáv vehoukká vamét en lo damím

1 Si un voleur est découvert dans un tunnel et est frappé de sorte qu'il meurt, il n'y aura pas sur celui qui l'a tué de faute pour son sang.

La nuit, un homme vérifiait sa cave, il a découvert dans la cave un tunnel, il a découvert qu'il y a là un voleur, il a eu peur de lui : le voleur peut le tuer, qui sait à quoi s'attendre de la part d'un voleur. Et, craignant pour sa vie, en légitime défense, le propriétaire a tué ce voleur. Et il n'est passible d'aucune punition, puisqu'il a tué en légitime défense.

אִם־זָרְחָה הַשֶּׁמֶשׁ עָלָיו דָּמִים לוֹ שַׁלֵּם יְשַׁלֵּם אִם־אֵין לוֹ וְנִמְכַּר בִּגְנֵבָתוֹ׃

im-zare'há hachémech aláv damím lo challém yechallém im-én lo venimkár bignevató

2 Mais si le soleil s'est levé sur le voleur, il y a sur celui qui l'a tué une faute pour son sang. Si le voleur est resté en vie, il doit payer, et s'il n'a pas de quoi payer, qu'on le vende pour le vol qu'il a commis.

C'est-à-dire, si cela se passe à la lumière du jour et que nous voyons que c'est simplement un voleur qui veut nous voler quelque chose, mais ne veut pas nous tuer, ne menace pas notre vie, alors on n'a pas le droit de le tuer, on peut récupérer sur lui tout ce qui a été volé. Car nous savons que c'est un tunnel, et peut-être que n'a pas disparu seulement ce que le voleur a maintenant (ce qu'il a sur lui), mais toute la somme du vol, la somme du dommage, on peut la mettre à sa charge. Et s'il ne l'a pas, il retourne ses poches et dit : « Eh bien, je l'ai bu, je l'ai bu, je l'ai dilapidé ou dépensé pour ma maman malade », alors dans ce cas il est vendu en esclavage pour son vol, et ici le motif n'est pas important.

אִם־הִמָּצֵא תִמָּצֵא בְיָדוֹ הַגְּנֵבָה מִשּׁוֹר עַד־חֲמוֹר עַד־שֶׂה חַיִּים שְׁנַיִם יְשַׁלֵּם׃

im-himmatsé timmatsé veyadó haggenevá michór ad-'hamór ad-sé 'hayím chenáyim yechallém

3 Si tu trouves chez lui le bien volé, du bœuf à l'âne (ou au bélier), il paiera de deux béliers vivants.

C'est-à-dire, si on a trouvé chez le voleur un bélier, ou une chèvre, ou un bœuf (vivant, pas vivant – peu importe), il paie le double du prix, comme quelqu'un pris en flagrant délit. Si l'homme qui s'est enfui avec ce qu'il a volé paie une somme quatre ou cinq fois plus grande, nous l'avons lu, ici, dans le cas du tunnel, si on a pris le voleur, s'il a eu le temps d'emporter quelque chose, il paie le double du prix en béliers vivants, en brebis vivantes, en chèvres vivantes. Au prix des bêtes vivantes.

Ainsi, nous avons lu un passage assez long avec différents jugements. Et il n'y est pas question de cas concrets, la Torah ne parle pas seulement du voleur dans le tunnel, pas seulement de l'homme qui a tué son esclave, nous devons, derrière cela, reconstituer, essayer de voir le schéma général, les principes généraux de la justice du Très-Haut.

Ce n'est pas moi et d'ailleurs c'était sans le vouloir

Chémot 22,4–26

Nous continuerons à lire à partir du verset 4 du chapitre 22. Je répète ce que j'ai déjà dit : cette section hebdomadaire ne contient pas de description d'événements, mais se compose d'une liste de lois qui sont des exemples, des modèles pour la construction du système législatif, pour la construction de la loi dans la société du peuple de Dieu. Et nous lisons loi après loi, exemple après exemple, afin que se forme en nous une compréhension générale de comment et pourquoi tout cela doit être organisé.

כִּי יַבְעֶר־אִישׁ שָׂדֶה אוֹ־כֶרֶם וְשִׁלַּח אֶת־בְּעִירָה (בְּעִירוֹ) וּבִעֵר בִּשְׂדֵה אַחֵר מֵיטַב שָׂדֵהוּ וּמֵיטַב כַּרְמוֹ יְשַׁלֵּם׃

ki yav'er-ích sadé o-khérem vechillá'h et-be'iró ouvi'ér bisdé a'hér metáv sadéhou oumetáv karmó yechallém

4 Si un homme piétine (amène au piétinement) un champ ou une vigne et a envoyé ses piétineurs, alors il paiera par un autre champ, parmi les meilleurs de ses champs et parmi les meilleures de ses vignes.

Qui sont les piétineurs ? C'est le petit bétail, pour la plupart des béliers, ils piétinent tout ce qu'ils ne mangent pas, ils tassent très fortement le sol derrière eux, il devient difficile à travailler, les semis périssent, et un dommage irréparable est causé aux champs. Les sangliers sauvages font la même chose, mais les sangliers, naturellement, ne sont pas au pouvoir de l'homme. C'est-à-dire que si j'ai mené mes béliers (par imprudence ou intentionnellement) dans le champ d'autrui et que je l'ai abîmé, je dois compenser par une terre équivalente. Mais je ne peux pas dire à l'homme : « J'ai un terrain un peu au sud de Salekhard, là tu peux te faire une vigne, je te le donne de tout cœur en compensation ». Non, je dois payer et donner ma meilleure vigne ou mon meilleur champ, même si ce champ est de meilleure qualité que celui que j'ai endommagé. Parce que l'homme doit payer pour son inattention.

Le deuxième exemple concerne aussi l'inattention ou l'imprudence :

כִּי־תֵצֵא אֵשׁ וּמָצְאָה קֹצִים וְנֶאֱכַל גָּדִישׁ אוֹ הַקָּמָה אוֹ הַשָּׂדֶה שַׁלֵּם יְשַׁלֵּם הַמַּבְעִר אֶת־הַבְּעֵרָה׃

ki-tetsé ech oumatse'á kotsím vene'ekhál gadích o hakkamá o hassadé challém yechallém hammav'ír et-habbe'erá

5 Si un feu sort et qu'il embrase des épines, et que brûle une meule, ou la partie non moissonnée de la récolte, ou un champ entier, celui qui a provoqué l'incendie apportera en paiement la valeur de ce qui a été incendié.

C'est-à-dire qu'il faut payer un certain équivalent en argent (selon l'estimation des juges) de la valeur marchande du blé, ou de la meule de foin, ou de ce qui a été endommagé. Ici il n'y a pas de surpaiement, ce n'est pas un double paiement, pas un paiement quadruple, mais le paiement de l'équivalent complet. Le feu, bien sûr, est beaucoup moins maîtrisable que des taureaux, ou que le bétail qui piétine les champs, mais avec lui aussi la prudence est requise, il faut payer pour l'imprudence. Quand j'ai fait un feu imprudemment et que le champ du voisin a pris feu, je ne peux pas dire au voisin : « Eh bien, excuse-moi, c'est un cas de force majeure, cela ne dépend pas de moi ». Cela dépend de moi. Une situation à peu près semblable – quand j'ai inondé l'appartement du voisin ou que j'y ai mis le feu sans le vouloir.

כִּי־יִתֵּן אִישׁ אֶל־רֵעֵהוּ כֶּסֶף אוֹ־כֵלִים לִשְׁמֹר וְגֻנַּב מִבֵּית הָאִישׁ אִם־יִמָּצֵא הַגַּנָּב יְשַׁלֵּם שְׁנָיִם׃

ki-yittén ich el-re'éhouLa translittération de l'original écrit ici un g au lieu d'un h dans ce mot (« son prochain »). Nous suivons l'hébreu, qui a la lettre hé. késsef o-khelím lichmór vegounnáv mibbét ha'ích im-yimmatsé haggannáv yechallém chenáyim

6 Si un homme donne à son prochain de l'argent ou des récipients, les a laissés à garder, et que cet argent a été volé chez cet homme, et si pendant ce temps le voleur est trouvé, alors il paiera le double de la valeur.

C'est-à-dire la situation où quelqu'un, partant pour des contrées lointaines, a laissé la cruche en argent de son grand-père, un service de cuillères en argent et 500 dollars en espèces chez l'un de ses amis et a demandé : « Garde-les, s'il te plaît, je reviendrai et je les reprendrai, parce que je ne peux pas les emporter avec moi en voyage », et tout cela a été volé dans sa maison. Une situation très désagréable. Je me représente à la place de chacun des héros de cette histoire : j'ai laissé chez quelqu'un quelque chose de précieux pour moi, des objets, les chandeliers en argent de mon arrière-grand-mère, je reviens, et on me dit : « Les chandeliers ont été volés ». D'un autre côté, je me représente aussi à la place de l'homme chez qui ces chandeliers étaient gardés, on les lui a volés, et il doit se justifier d'une manière ou d'une autre. Il voulait apparemment faire une bonne action, et il s'est retrouvé coupable.

אִם־לֹא יִמָּצֵא הַגַּנָּב וְנִקְרַב בַּעַל־הַבַּיִת אֶל־הָאֱלֹהִים אִם־לֹא שָׁלַח יָדוֹ בִּמְלֶאכֶת רֵעֵהוּ׃

im-ló yimmatsé haggannáv venikráv ba'al-habbáyit el-ha'elohím im-ló chalá'h yadó bimlékhet re'éhou

7 Et si le voleur ne s'est pas trouvé, on fera approcher, on amènera le maître de la maison au serment devant les juges (ou le Très-Haut, ici on peut comprendre de deux manières), afin qu'il jure qu'il n'a pas étendu la main sur le travail de son prochain.

Que signifie ici le travail du prochain ? Cela signifie que non seulement il n'a pas pris, n'a pas volé cet objet, mais qu'il ne l'a pas non plus utilisé. C'est-à-dire que si je laisse chez quelqu'un mes chandeliers ou mon rabot, il y a une différence selon que cet homme les utilisera dans son ménage ou non. S'il s'est mis à utiliser mon rabot, l'a laissé quelque part et que le rabot a été volé, alors ici la négligence est déjà évidente. L'homme n'a pas pensé à accomplir ma demande entièrement.

עַל־כָּל־דְּבַר־פֶּשַׁע עַל־שׁוֹר עַל־חֲמוֹר עַל־שֶׂה עַל־שַׂלְמָה עַל־כָּל־אֲבֵדָה אֲשֶׁר יֹאמַר כִּי־הוּא זֶה עַד הָאֱלֹהִים יָבֹא דְּבַר־שְׁנֵיהֶם אֲשֶׁר יַרְשִׁיעֻן אֱלֹהִים יְשַׁלֵּם שְׁנַיִם לְרֵעֵהוּ׃ 

al-kol-devar-pécha al-chór al-'hamór al-sé al-salmá al-kol-avedá achér yomár ki-hou ze ad ha'elohím yavó devar-chenehémLa translittération de l'original écrit ici un g au lieu d'un h dans ce mot (« tous les deux »). Nous suivons l'hébreu, qui a la lettre hé. achér yarchi'oún elohím yechallém chenáyim lere'éhou

8 Pour tout crime : pour un taureau, pour un âne, pour un bouc, pour un vêtement, pour toute perte, si un témoin vient et dit que c'était celui-là, et que l'affaire des deux parvient jusqu'aux juges, celui qui sera reconnu coupable paiera une double part à son prochain.

Supposons que je sois venu chez l'homme et que je lui dise : « Rends-moi mes chandeliers ». Et lui dit : « Alex, pardonne-moi, on a volé tes chandeliers, pardonne-moi, je n'ai pas fait attention ». Supposons que je n'aie pas cru mon ami et que je dise : « Allons chez les juges, tu prêteras serment », et il a prêté serment. Ensuite apparaît un témoin qui dit : « J'ai vu comment ce “radis”, ce vilain homme, enterrait tes chandeliers chez lui sous sa grange ». Voilà la situation ici. C'est-à-dire qu'il y a un témoin, il y a un accusateur, les juges écoutent, examinent. Si l'accusateur avait raison, si cet homme qui a déclaré le vol est effectivement reconnu coupable, alors il paiera une double part à son prochain. Et si le témoin désigne un autre homme, le voleur qui a réellement volé, pas le maître de la maison, Dieu me pardonne, alors c'est celui qui a volé qui paiera la double part. Mais le sens direct est : si, malgré tout, le maître de la maison où étaient gardées mes affaires est reconnu coupable, alors dans ce cas il paiera la double part. Si en revanche on les lui a volées dans sa maison, mais qu'il est prouvé qu'il ne les a pas prises, qu'il n'y est pour rien, alors c'est un cas de force majeure.

Encore un exemple qui, semble-t-il, ne se distingue en rien de l'exemple précédent :

כִּי־יִתֵּן אִישׁ אֶל־רֵעֵהוּ חֲמוֹר אוֹ־שׁוֹר אוֹ־שֶׂה וְכָל־בְּהֵמָה לִשְׁמֹר וּמֵת אוֹ־נִשְׁבַּר אוֹ־נִשְׁבָּה אֵין רֹאֶה׃

ki-yittén ich el re'éhou 'hamór o-chór o-sé vekhol-behemá lichmór oumét o-nichbár o-nichbá en ro'é

9 Si un homme donne à son prochain un âne, ou un taureau, ou un agneau, et toute petite bête à garder, et que l'animal est mort, ou a été estropié, ou a été emmené en captivité, et qu'il n'y a pas de témoin –

שְׁבֻעַת יְהוָה תִּהְיֶה בֵּין שְׁנֵיהֶם אִם־לֹא שָׁלַח יָדוֹ בִּמְלֶאכֶת רֵעֵהוּ וְלָקַח בְּעָלָיו וְלֹא יְשַׁלֵּם׃

chevou'át adonáy tihyé ben chenehém im-ló chalá'h yadó bimlékhet re'éhou velaká'h be'aláv veló yechallém

10 Un serment au SEIGNEUR sera entre eux : s'il n'a pas étendu la main sur le bien du maître (sur cet animal), il ne paiera pas.

Encore une fois, il n'y a pas de témoin, mais c'est que j'ai fait confiance à cet homme, il y avait de la confiance entre nous ; c'est pourquoi, si cela a commencé par la confiance, finissons aussi par la confiance – le serment de Dieu sera entre les deux.

וְאִם־גָּנֹב יִגָּנֵב מֵעִמּוֹ יְשַׁלֵּם לִבְעָלָיו׃

ve'im-ganóv yigganév me'immó yechallém liv'aláv

11 Si on lui a volé cet animal, alors il paiera à son maître.

אִם־טָרֹף יִטָּרֵף יְבִאֵהוּ עֵד הַטְּרֵפָה לֹא יְשַׁלֵּם׃

im-taróf yittaréf yevi'éhou ed hatterefá lo yechallém

12 Et si on le lui a déchiqueté et qu'il présente un témoignage, alors pour ce qui a été déchiqueté il ne paiera pas.

Quelle est la différence ? Pourquoi dans un cas, si on a volé – eh bien, on a volé, excusez, et dans l'autre, si on a volé – il paiera. La différence ici est que, dans le premier cas, j'ai demandé à l'homme : « Mon ami, garde-moi, s'il te plaît, gratuitement, à titre de service, garde-moi mon objet ». Dans le deuxième cas, j'ai donné à l'homme mon petit taureau, mon agneau, pour qu'il le fasse paître, je lui ai fixé un salaire mensuel pour qu'il soit berger, et il ne me rend pas un service, mais reçoit de l'argent de moi. C'est une grande différence. C'est pourquoi, si on lui a volé, cela signifie qu'il a mal surveillé et n'a pas su surveiller. Mais si on le lui a enlevé et déchiqueté et qu'il peut le prouver, alors il ne doit pas me payer pour cela, il ne doit pas me le compenser. Pourquoi en est-il ainsi ? Je ne m'attends pas à ce que le berger que j'ai engagé se jette poitrine en avant sur un troupeau de loups qui sont venus chez lui pour un bélier. Et je ne m'attends pas à ce qu'il aille sous les balles de bandits qui sont venus lui prendre un chevreau. C'est pourquoi, s'il a simplement, par inattention ou par négligence, laissé se produire un vol – c'est une chose. Mais s'il n'a pas risqué sa vie, a cédé quelque part aux brigands, c'est tout autre chose, et dans ce cas, bien sûr, il n'est pas obligé de payer. Moi-même, je n'irais pas toujours sous les balles d'autrui pour un agneau, à plus forte raison je ne peux pas demander à mon employé de le faire.

וְכִי־יִשְׁאַל אִישׁ מֵעִם רֵעֵהוּ וְנִשְׁבַּר אוֹ־מֵת בְּעָלָיו אֵין־עִמּוֹ שַׁלֵּם יְשַׁלֵּם׃

vekhi-yich'ál ich me'ím re'éhou venichbár o-mét be'aláv en-immó challém yechallém

13 Et si un homme a emprunté à son prochain, et si cela est mort (ou s'est cassé), et que le maître (de l'animal ou de l'objet) n'était pas à côté, alors celui qui a pris doit payer pour cela.

Voici quelle est la situation ici : un homme veut m'emprunter quelque chose et dit : « Alex, donne-moi la tondeuse à gazon (par exemple), je veux tondre la pelouse ». C'est-à-dire que mon voisin est venu chez moi et a dit : « Voisin, donne ». Je la lui ai donnée, il est parti, il est allé tondre la pelouse, il a essayé sans le vouloir de tondre une brique, et la tondeuse a « cassé sa pipe ». Donc, cet homme doit me payer. Si en revanche je suis allé moi-même avec ma tondeuse tondre la pelouse chez le voisin – je ne la lui ai pas simplement prêtée, mais j'étais à côté quand ma tondeuse s'est cassée –, alors il ne me doit rien, il ne doit pas payer de compensation. C'est ce que nous lisons au verset 14 :

אִם־בְּעָלָיו עִמּוֹ לֹא יְשַׁלֵּם אִם־שָׂכִיר הוּא בָּא בִּשְׂכָרוֹ׃

im-be'aláv immó lo yechallém im-sakhír hou ba biskharó

14 Si en revanche son maître est auprès de lui (de l'animal ou de l'objet), il ne doit pas payer ; si c'est une chose louée, elle est venue pour son prix.

C'est-à-dire que si moi, Alex, je suis allé avec ma tondeuse, on ne me paiera pas l'endommagement de l'outil. Mais si l'on m'a engagé pour de l'argent et que l'on m'a dit : « Va et tonds la pelouse, et tu recevras pour cela » – je ne sais même pas combien je prendrais pour tondre une pelouse, mais croyez-moi, cher –, alors ce « cher », il faut me le payer. C'est ainsi que cela se passe dans une société de gens convenables.

Parlons maintenant des cas qui sortent de l'ordinaire.

וְכִי־יְפַתֶּה אִישׁ בְּתוּלָה אֲשֶׁר לֹא־אֹרָשָׂה וְשָׁכַב עִמָּהּ מָהֹר יִמְהָרֶנָּה לּוֹ לְאִשָּׁה׃

vekhi-yefatté ich betoulá achér lo-orássa vechakháv immá mahór yimharénna lo le'ichá

15 Si un homme séduit une vierge qui n'est pas fiancée, et s'est couché avec elle, – il paiera sa pleine valeur.

Mahor (rançon pour la fiancée), le kalym ou la dot – c'est une certaine somme que le fiancé paie à son futur beau-père pour sa fille. Le mot se rencontre rarement dans le Tanakh, mais néanmoins il y est. Le beau-père peut demander n'importe quelle somme, n'importe quel prix, mais pour la rançon il y avait tout de même certains, disons, prix standard du marché. La situation est terrible : au fond, la jeune fille a glissé une seule fois, elle a consenti à cela. Faites attention, il n'est pas question ici de violence, mais de séduction, du fait qu'un homme, par de quelconques paroles doucereuses, a persuadé la jeune fille. Mais maintenant il répond d'elle, il doit payer au père le mahor (la rançon) et l'épouser. Il est obligé de l'épouser, à moins que n'arrive ce que nous lisons au verset 16 :

אִם־מָאֵן יְמָאֵן אָבִיהָ לְתִתָּהּ לוֹ כֶּסֶף יִשְׁקֹל כְּמֹהַר הַבְּתוּלֹת׃

im-ma'én yema'én avíha letittá lo késsef yichkól kemóhar habbetoulót

16 Et si le père refuse de la lui donner, il faut quand même payer la rançon au père.

C'est-à-dire que le père refuse et dit : « Tu n'es pas un fiancé pour moi, ton statut n'est pas à la hauteur », ou pour quelque autre raison, mais ce même mahor il faut de toute façon le lui payer. D'après certains renseignements parvenus jusqu'à nous, c'était à peu près dans les 40 chékels en argent à cette époque. Les temps changeaient, et il y a eu des cas où certaines jeunes filles n'acceptaient pas de faire la consécration (kidouchin) pour moins d'un sac d'or, nous lisons cela dans le Talmud, dans le traité du même nom, Kidouchin, et alors pour de telles jeunes filles la dot aussi, en conséquence, était plus grande. Voilà une telle situation et une telle solution pour elle.

Encore une fois, nous voyons que l'approche du Tanakh, et donc aussi l'approche du Très-Haut, consiste, après n'importe quelle faute (si amère et triste qu'elle soit), non pas à chasser l'homme de la ville en le lapidant simplement, mais à résoudre le problème d'une manière ou d'une autre, pour que les gens puissent continuer à exister dans la société, être des membres à part entière de la société, revenir au peuple de Dieu.

Mais cela ne marche pas avec tout le monde, c'est pourquoi au verset 17 nous lisons :

מְכַשֵּׁפָה לֹא תְחַיֶּה׃

mekhachefá lo te'hayé

17 La sorcière (devineresse, enchanteresse), ne la laisse pas en vie.

Que signifie mékhachéfa ? Qui est la devineresse ? La racine du mot, kaf-chin-peï, est la même que celle du mot kichouf (sorcellerie, magie). Au fond, on peut comprendre le mot kichouf dans la langue moderne comme corruption. Les mages, les magiciens disaient qu'il y a de très nombreuses forces, qu'il y a de très nombreux employés, fonctionnaires dans le monde divin. Effectivement, il y a beaucoup d'anges et beaucoup de forces par lesquels Dieu agit. Et au lieu de négocier en haut, de tout faire selon la loi et selon les tarifs légaux, on peut (à un bas niveau) donner un pot-de-vin à quelqu'un, engager un policier pour qu'on arrête un innocent, donner un pot-de-vin au geôlier pour qu'on libère un coupable. C'est un parallèle avec le monde spirituel. La mékhachéfa, c'est un corrupteur qui connaît les « combines » dans le monde spirituel, une sorte de hacker, c'est-à-dire un homme qui essaie de pirater les lois de Dieu en contournant la loi. Il y a des choses qui existent, qui agissent, mais il est interdit de s'en servir. Elles partent d'emblée du principe que la volonté de Dieu change, que l'autorité divine est niée. Les forces supérieures et le droit de décider sont donnés à ceux qui n'ont pas le droit de décider. De là toute sorcellerie, les incantations, les envoûtements, le mauvais œil jeté, la levée des sorts et le reste. Tout cela peut être du kichouf, si ce n'est pas tourné vers le Très-Haut. Toute action tournée vers des forces spirituelles en dehors du Très-Haut est de la magie, et une telle action est interdite.

En quoi est la différence, disons, avec la médecine ? Dieu a établi d'une certaine manière que si nous prenons une certaine substance, cela agit sur notre cerveau de sorte que notre mal de tête passe. Il l'a établi et a permis de le faire. La biochimie du cerveau, ce n'est pas une force, elle ne possède pas de volonté propre, nous ne la dotons pas de volonté. Nous ne demandons pas : « Mal de tête, va-t'en ! », nous ne nous adressons pas à l'ange du mal de tête. Nous agissons sur certains processus dans le cerveau, chimiquement, exactement de la même manière que nous mangeons ou buvons.

À cela se rattache aussi, disons, le massage. Nous agissons sur les muscles, nous les détendons physiquement et ainsi de suite. Si en même temps nous nous adressions aux dieux de la force ou encore à quelqu'un d'autre, ce serait de l'idolâtrie et ce serait du kichouf, ce serait de la magie. C'est pourquoi la devineresse ou mékhachifa, c'est celle qui viole les lois divines, qui cherche des failles dans le monde divin. Le plus souvent, c'est un mythe, la plupart d'entre elles n'exercent aucun effet réel, et tout cela est une tromperie. Mais cela répand la croyance que les serveurs divins peuvent d'une manière ou d'une autre être piratés, que dans le coffre-fort divin on peut pénétrer par une voie illégale.

Il vaut encore la peine de remarquer que le mot mékhachifa est au féminin. Certains commentateurs disent que le plus souvent, ce sont des femmes qui s'occupaient de cette affaire, mais ce n'est pas ainsi. Il y a de très nombreux traités de magie, y compris des traités juifs de magie, qui ont été écrits par des hommes. Les mages auprès de Pharaon étaient des hommes, les mages auprès de Névoukhadnetsar étaient des hommes. Et, somme toute, il est difficile de mettre cette affaire sur le dos des femmes. Le mot mékhachifa dans ce cas, c'est une forme collective de la langue, comme on dit : le poisson est venu, le poisson mord – ce n'est pas un seul poisson qui mord, mais beaucoup de poisson qui mord, ou l'oiseau vole vers le sud, on le dit ainsi aussi dans la langue russe moderne.

כָּל־שֹׁכֵב עִם־בְּהֵמָה מוֹת יוּמָת׃ 

kol-chokhév im-behemá mot youmát

18 Quiconque couchera avec un animal mourra de mort.

Cela concerne aussi bien les hommes que les femmes. À beaucoup cela semblera un cas complètement irréel, fantastique, mais même de nos jours ce phénomène n'a pas été extirpé, il est répandu (je ne sais pas si c'est dans tous les pays, mais j'ai entendu parler de nombreux cas à plusieurs reprises). Certains peuples, d'ailleurs, n'ont même pas honte d'en parler ouvertement. Apparemment, à l'époque où la Torah a été donnée, c'était un phénomène encore plus répandu. Nous lisons aussi les lois cananéennes et les lois assyriennes, qui l'interdisent. En même temps, il y a quelques bas-reliefs, quelques dessins qui le représentent. Apparemment, au sujet de l'éthique de cet acte, il y avait des débats en Orient.

זֹבֵחַ לָאֱלֹהִים יָחֳרָם בִּלְתִּי לַיהוָה לְבַדּוֹ׃

zovéya'h la'elohím ya'horám biltí ladonáy levaddó

19 Celui qui offre un sacrifice à un autre Dieu sera anéanti, sauf si c'est un sacrifice du SEIGNEUR.

C'est-à-dire qu'à aucun Dieu, sauf au SEIGNEUR, on ne peut offrir de sacrifice, c'est une phrase assez compréhensible. Pourquoi est-il écrit précisément au sujet du sacrifice ? Pour mettre l'accent sur le fait que l'offrande de sacrifices – c'est, à proprement parler, un tel service d'adoration d'autres dieux, et pour cela il y a la peine de mort – le 'hérem. Et ce n'est pas simplement la peine de mort, c'est la peine de mort accompagnée d'une malédiction. Cet homme est voué à l'anathème, il est impossible d'avoir des rapports avec lui, il est une malédiction pour tout son entourage, le fait même de sa « non-mort » retombe sur la société comme une malédiction. C'est-à-dire que le mot 'hérem ne signifie pas simplement une condamnation à mort ou une malédiction, mais une malédiction qui tombe sur tous ceux qui sont autour et sur tous ceux qui sont proches.

וְגֵר לֹא־תוֹנֶה וְלֹא תִלְחָצֶנּוּ כִּי־גֵרִים הֱיִיתֶם בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם׃

vegér lo-toné veló til'hatsénnou ki-gerím heyitém be'érets mitsráyim

20 Et l'étranger, ne l'opprime pas, ne le tourmente pas, car vous avez été des étrangers dans le pays d'Égypte.

Certaines distorsions de la justice peuvent sembler correctes ou nobles. Par exemple, s'il y a un procès, quelque litige entre l'un des siens et un étranger, il serait plus beau, humainement, « à notre façon », de trancher en faveur du sien, et de négliger l'étranger. Et le Très-Haut dit : « Que ton jugement soit juste, ne juge pas contre lui avec parti pris, ne retarde pas son procès, ne l'ignore pas, car toi-même tu as été un étranger ». C'est-à-dire, souviens-toi de ce que c'était pour toi. Exactement de même aussi au verset 21 :

כָּל־אַלְמָנָה וְיָתוֹם לֹא תְעַנּוּן׃

kol-almaná veyatóm lo te'annoún

21 Toute veuve et tout orphelin, ne les tourmentez pas (ne faites pas traîner son procès).

Il y a une parabole sur un mauvais juge, un juge injuste, qui faisait traîner le procès d'une veuve. La veuve n'apportera pas de cadeau, la veuve n'a pas de parents riches qui pourraient d'une manière ou d'une autre faire avancer dans la carrière. Et s'occuper d'elle, c'est un petit travail ingrat, parfois ses plaintes sont mesquines, ses réclamations valent trois sous, même si pour elle elles sont importantes. Et le juge a envie de s'occuper d'affaires plus grosses, plus grandioses, qui rendent plus célèbre, qui mettent en relation avec des gens intéressants. Et le Très-Haut dit : « Ne tourmente pas, ne te comporte pas ainsi envers la veuve et envers l'orphelin ».

אִם־עַנֵּה תְעַנֶּה אֹתוֹ כִּי אִם־צָעֹק יִצְעַק אֵלַי שָׁמֹעַ אֶשְׁמַע צַעֲקָתוֹ׃

im-anné te'anné otó ki im-tsa'ók yits'ák eláy chamóa echmá tsa'akató

22 Si tu la tourmentes et si elle crie vers Moi, alors Je l'entendrai d'ouïe.

C'est-à-dire : « Si tu la tourmentes de tourment et qu'elle crie de cri vers Moi, alors Je l'entendrai d'ouïe ». Il y a une intensification croissante.

וְחָרָה אַפִּי וְהָרַגְתִּי אֶתְכֶם בֶּחָרֶב וְהָיוּ נְשֵׁיכֶם אַלְמָנוֹת וּבְנֵיכֶם יְתֹמִים׃

ve'hará appí veharagtí etkhém be'hárev vehayoú nechekhém almanót ouvnekhém yetomím

23 Et Je m'irriterai, et Je vous tuerai par l'épée, et vos femmes seront veuves, et vos fils seront orphelins.

Au verset 24, il sera déjà question d'autre chose.

אִם־כֶּסֶף תַּלְוֶה אֶת־עַמִּי אֶת־הֶעָנִי עִמָּךְ לֹא־תִהְיֶה לוֹ כְּנֹשֶׁה לֹא־תְשִׂימוּן עָלָיו נֶשֶׁךְ׃

im-késsef talvé et-ammí et-he'aní immákh lo-tihyé lo kenoché lo-tessimoún aláv néchekh

24 Si tu prêtes de l'argent à quelqu'un du peuple, au pauvre de ton peuple, ne lui sois pas un fardeau (ne lui transforme pas cela en servitude, en joug) et ne le mords pas, ne lui inflige pas de morsures.

Bien entendu, il est question ici d'intérêts, mais pas seulement d'intérêts sous forme monétaire. Il existe une notion comme avak ribit (poussière d'intérêts). Par exemple, si un homme me doit de l'argent (et je sais que pendant un certain temps il ne pourra pas me rendre la dette, ou je viens seulement de lui prêter), je peux aussitôt commencer à lui demander : « Conduis-moi à tel endroit, aide-moi à accrocher un tableau à la maison, aide ma femme à porter les sacs du marché ». J'exige de lui de petits services, qu'il ne peut pas refuser en raison de son obligation envers moi. Cela aussi, ce sont des intérêts. Si auparavant il ne me disait pas « vous », et que maintenant il me le dit ou s'incline quand il me rencontre – cela aussi, ce sont des intérêts, et cela non plus, on ne peut pas le faire, sans parler du fait qu'on ne peut pas prêter de l'argent à intérêt au pauvre, son prochain.

אִם־חָבֹל תַּחְבֹּל שַׂלְמַת רֵעֶךָ עַד־בֹּא הַשֶּׁמֶשׁ תְּשִׁיבֶנּוּ לוֹ׃

im-'havól ta'hból salmát re'ékha ad-bó hachémech techivénnou lo

25 Si tu saisis, si tu prends en gage pour quelque dette le vêtement de ton prochain, avant le coucher du soleil rends-le-lui.

C'est-à-dire, si tu as pris en gage pour des dettes le manteau d'un homme, ne le garde pas chez toi pour la nuit, rends-le-lui avant la nuit, parce que c'est le vêtement dont il se couvrira la nuit, tu ne peux pas le priver de sa dernière couverture. Le matin tu le reprendras, et ainsi chaque fois : tu le lui remettras pour la nuit, tu le reprendras le matin, voilà le gage que tu auras.


כִּי הִוא כְסוּתָה (כְסוּתוֹ) לְבַדָּהּ הִוא שִׂמְלָתוֹ לְעֹרוֹ בַּמֶּה יִשְׁכָּב וְהָיָה כִּי־יִצְעַק אֵלַי וְשָׁמַעְתִּי כִּי־חַנּוּן אָנִי׃

ki hi khesoutó levaddá hi simlató le'oró bammé yichkáv vehayá ki-yits'ák eláy vechama'tí ki-'hannoún áni

26 Parce que c'est sa seule couverture et le vêtement sur sa peau (son corps), sur quoi donc dormira-t-il ? S'il crie vers Moi, Je l'entendrai, car Je suis un Dieu miséricordieux.

Dans ce cas précis, la miséricorde sera envers lui, non envers toi, parce que toi, tu n'es pas miséricordieux.

Voilà, c'est ici que se termine notre entretien, il y a énormément de choses diverses dans ces éléments de mosaïque assemblés, pour que nous apprenions, que nous comprenions plus profondément le dessein de la justice du Très-Haut.

Ne vous abaissez pas

Chémot 22,27–23,5

Ce passage est tout petit, et il contient des commandements concernant la pureté du peuple d'Israël, la pureté de son système judiciaire. Nous ne verrons pas ici, nous ne verrons pratiquement pas de punitions pour la violation de ces lois ni de sanctions pour la violation de ces lois, parce que la punition pour s'être écarté de l'impuretéL'original dit bien « s'être écarté de l'impureté », alors qu'on attendrait plutôt « de la pureté ». Nous avons traduit mot à mot, sans corriger. – c'est l'impureté elle-même. La punition pour la perte de la dignité – c'est l'absence de dignité. Et ces commandements parlent de la manière de garder la sainteté, d'être digne, d'appartenir au peuple d'Israël. Et nous commencerons par le verset 27 du chapitre 22.

אֱלֹהִים לֹא תְקַלֵּל וְנָשִׂיא בְעַמְּךָ לֹא תָאֹר׃

elohím lo tekallél venassí ve'ammekhá lo tá'or

27 Ne maudis pas Dieu (ou ne maudis pas le juge), et du leader, du chef de ton peuple, ne médis pas.

On peut dire : « Ne maudis pas le juge ou le Juge », avec une minuscule ou avec une majuscule. Bien entendu, il n'est pas question de n'importe quel juge ni de n'importe quel leader, il est question de ceux qui apportent dans la société la loi de Dieu.

Quand nous terminions le passage précédent (22,26), nous parlions de l'homme à qui, pour des dettes, on prend le manteau pendant la journée, et il peut s'indigner et dire : « Comment ça, qu'est-ce que c'est que ces lois ? Bon, d'accord, je suis endetté, mais alors quoi – je ne peux plus sortir dans la rue pendant la journée ? Et quelle honte, c'est une atteinte à mes droits ! » L'autre homme, qui lui a prêté de l'argent, peut dire : « Chaque nuit je lui rends son manteau, et à cause de cela il peut pendant des années ne pas me rendre mon argent ? » Tous deux s'indignent et injurient le système de justice. Et ce commandement, celui qui est écrit au verset 27, se compose pour ainsi dire de deux parties : n'injurie pas les juges qui prononcent les sentences judiciaires ; n'injurie pas le chef dans le peuple, qui est responsable du respect de la légalité dans ton pays. Ce n'est pas toujours simple.

Une de mes bonnes connaissances travaillait dans une compagnie d'électricité en Israël. Et il avait un travail tel qu'il venait couper l'électricité quand quelqu'un ne payait pas sa facture depuis longtemps. Et il était littéralement, on peut dire, chaque jour exposé aux nombreuses malédictions de tous ceux chez qui il venait. Pourtant, si on y réfléchit, pourquoi coupait-on l'électricité ? Pour que les autres, ceux qui payaient, puissent la recevoir au même prix. Et souvent nous sommes contraints de payer pour quelque chose, de nous séparer de quelque argent, de quelque bien, de quelque liberté pour préserver la légalité, pour préserver l'ordre public ou simplement l'ordre dans le monde, dans le monde qui nous entoure. Cela peut nous pousser à injurier le gouvernement.

Cela ne veut pas dire qu'on ne peut critiquer aucun juge s'il est corrompu, parce que nous savons qu'une telle critique existe, elle est passée aussi par les prophètes. Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas injurier les dirigeants, et les dénonciations des dirigeants sont très nombreuses dans le Tanakh. Mais quand le peuple attente au système de justice, au vrai système de justice qui fonctionne normalement, quand le peuple critique ceux qui l'appellent et règlent sa vie selon la loi de Dieu, alors vient la famine. Nous lisons cela dans le livre de Rout : « Et c'était le temps où l'on jugeait les juges, et il y eut une famine sur la terre. » Voilà de quoi parle le commandement du verset 27.


מְלֵאָתְךָ וְדִמְעֲךָ לֹא תְאַחֵר בְּכוֹר בָּנֶיךָ תִּתֶּן־לִּי׃

mele'atekhá vedim'akhá lo te'a'hér bekhór banékha titten-lí

28 Tes grains remplis (tes grains gonflés) et tes dons (la térouma), ne les retarde pas ; le premier-né de tes fils, donne-le-Moi.

On peut dire ainsi : « Mais pourquoi me presserais-je de Lui donner mes légumes, mes fruits et autres produits, Il n'a pas faim, gloire à Lui, Il n'a besoin de rien. Et qu'est-ce que ça peut Lui faire ? Pour Lui un jour est comme mille ans, mille ans comme un jour. Qu'est-ce que ça peut Lui faire que je Lui apporte mes prémices, mes premiers fruits aujourd'hui ou dans trois semaines ? » Et le Très-Haut dit : « Non, ne retarde pas. Ne retarde pas ce qui Me revient. Ne retarde pas ton expression de reconnaissance envers Moi. » La reconnaissance – c'est l'un des piliers de toute notre soumission au Très-Haut, de notre collaboration avec Lui, la reconnaissance pour ce que le Très-Haut nous donne. Dans tout ce que nous avons, nous voyons Sa main, et entre autres par la térouma, par les prémices, par les dons, nous exprimons au Très-Haut notre reconnaissance. Et la question n'est pas qu'Il se tienne là avec une montre et une assiette vide et attende que nous Lui apportions nos deux petits melons. Il attend de nous de la reconnaissance. La reconnaissance vide pour ainsi dire notre coupe pleine, pour qu'on puisse y verser le vin nouveau des bénédictions.

La deuxième partie du verset, c'est le commandement concernant les premiers-nés. Nous avons déjà parlé de ce commandement. Ensuite le Très-Haut parlera davantage du bétail.


כֵּן־תַּעֲשֶׂה לְשֹׁרְךָ לְצֹאנֶךָ שִׁבְעַת יָמִים יִהְיֶה עִם־אִמּוֹ בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי תִּתְּנוֹ־לִי׃

ken-ta'assé lechorekhá letsonékha chiv'át yamím yihyé im-immó bayom hacheminí titteno-lí

29 Fais ainsi à ton bœuf, à ton petit bétail :

sept jours il sera avec sa mère, et le huitième jour donnez-le-Moi.

Cela ne veut pas dire que c'est précisément le huitième jour qu'il faut donner le premier-né. Cela veut dire que le premier-né parvient à la consécration après le huitième jour. Si nous ne pouvons pas le donner tout de suite ou si nous voulons encore le nourrir, le fortifier, nous pouvons le faire. Mais le premier-né devient déjà consacré au Très-Haut. Et avant le huitième jour, on ne peut pas l'arracher à sa mère.


וְאַנְשֵׁי־קֹדֶשׁ תִּהְיוּן לִי וּבָשָׂר בַּשָּׂדֶה טְרֵפָה לֹא תֹאכֵלוּ לַכֶּלֶב תַּשְׁלִכוּן אֹתוֹ׃

ve'anche-kódech tihyoún li ouvassár bassadé terefá lo tokhélou lakkélev tachlikhoún otó

30 Soyez pour moi des hommes saints et ne mangez pas la viande déchirée dans les champs, donnez-la au chien.

Déclaration très étrange. Quel lien entre la sainteté et la viande déchirée ? Entre les saints – ceux qui sont « pris comme part », qui appartiennent au Très-Haut, les serviteurs du Très-Haut – et la viande qu'on peut finir de manger après les loups, les lions, les tigres, les hyènes, les chacals, et… qui d'autre rôde par là ? Le Très-Haut dit, pour parler la langue d'aujourd'hui : « Ne cherchez pas des restes dans les poubelles, ne finissez pas de manger ce qui sort des bacs à ordures. » Pourquoi donc est-il écrit « donnez-la au chien » ? Cela veut dire qu'on peut transformer, qu'on peut utiliser une viande que nous avons trouvée, mais que cela ne peut pas être notre nourriture.

Il y a deux sortes d'interdictions concernant certains objets dans la tradition juive. La première, c'est l'issour akhila (interdiction comme nourriture), quand quelque chose est interdit comme nourriture, mais qu'on peut le vendre. La seconde, c'est l'issour ana'a (interdiction d'usage), ce qu'il est interdit de vendre, ce dont il est interdit de tirer le moindre profit, on ne peut même pas allumer un poêle avec. Par exemple, le 'hamets (ce qui est levé) est interdit à Pessa'h, et même un petit pain sec, nous ne pouvons pas le brûler pour nous réchauffer : à Pessa'h, on ne peut en aucune manière utiliser le 'hamets. Et il y a beaucoup de cas différents de l'une et de l'autre sorte. Quand nous lisons ici : « donnez-la au chien », cela veut dire qu'il nous est interdit de la manger, mais qu'on peut s'en servir.

C'est ici que s'est terminé le chapitre 22, et nous commençons à lire à partir du verset 1 du chapitre 23.


לֹא תִשָּׂא שֵׁמַע שָׁוְא אַל־תָּשֶׁת יָדְךָ עִם־רָשָׁע לִהְיֹת עֵד חָמָס׃

lo tissá chéma chav al-táchet yadekhá im-rachá lihyot ed 'hamás

1 Ne porte pas de faux bruits, ne répands pas le mensonge ; et ne donne pas ta main au méchant pour une fausse accusation, pour une calomnie.

Si tu ne sais pas quelle information t'est parvenue, mensonge ou vérité, ne commence pas à la répandre. Admettons qu'il t'ait plu qu'on pense trop de mal ou trop de bien d'un certain homme, tu as aussitôt cru à cette information et tu commences à la répandre partout. Aujourd'hui, alors qu'on peut répandre une rumeur au moyen d'un repost, énormément de gens repostent, partagent la publication d'autrui sur Facebook, sur d'autres réseaux sociaux. Ils partagent un tas d'informations non vérifiées sur telles ou telles personnes qui ne leur plaisent pas et dont il est facile de croire qu'elles ont commis quelque crime terrible, terrible.

Depuis déjà de nombreux mois circule sur le réseau, par exemple, une information selon laquelle le pape de Rome a dit qu'il fallait changer la Bible, et personne ne prend la peine de vérifier : qu'est-ce que c'est que cette information, quelque part là-bas, sur le site du Vatican, et qu'est-ce que le pape de Rome a vraiment dit, et qu'est-ce qu'il n'a pas dit.

Donc, ne répands pas de faux ragots. Quelle est la punition pour cela ? Aucune. La punition pour cela, c'est que tu vivras dans une société dans laquelle les gens répandent de faux ragots.

Que signifie « donner sa main au méchant » ? Là encore, si des gens veulent accuser faussement, par calomnie, quelqu'un qu'ils haïssent, l'écarter du pouvoir, le priver de ses possibilités, arrêter certains de ses projets, alors peut-on calomnier un homme que nous ne pouvons pas écarter autrement, et que nous – eh bien, nous ne l'aimons vraiment pas ? Et la réponse : non, on ne peut pas. On ne peut pas conclure de tels pactes. Que ton système judiciaire s'appuie exclusivement sur la vérité.


לֹא־תִהְיֶה אַחֲרֵי־רַבִּים לְרָעֹת וְלֹא־תַעֲנֶה עַל־רִב לִנְטֹת אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטֹּת׃

lo-tihyé a'hare-rabbím lera'ót velo-ta'ané al-rív lintót a'haré rabbím lehattót

2 Ne va pas derrière la majorité vers le mal et ne te joins pas à la majorité pour pencher à la suite de la majorité.

Parfois nous avons envie d'être avec la majorité, à vrai dire, nous avons presque toujours envie d'être avec la majorité. Et quand nous lisons qu'un milliard de Chinois ne se trompent pas, et quand nous voyons les sondages sociaux préélectoraux, alors beaucoup de gens ont envie de se rallier à la majorité, c'est un désir naturel. Mais quand il y a une condamnation massive de quelqu'un pour quelque chose : Soljenitsyne, je ne l'ai pas lu, mais je le condamne, alors il est interdit de s'y rallier. Il est interdit de suivre la majorité pour condamner quelqu'un.

D'un autre côté, si nous voulons sauver quelqu'un, le délivrer d'une punition, l'acquitter, et qu'il y a une telle vague, à cette vague on peut se rallier. La miséricorde s'élève au-dessus du jugement.

Dans le système judiciaire juif, c'était organisé ainsi : d'abord parlaient les juges ou les participants du procès qui sont assis le plus loin possible du juge. C'est-à-dire que les plus petits des participants du procès commencent à parler, puis un peu plus âgés, un peu plus âgés, un peu plus âgés, jusqu'à ce que l'on arrive au juge. Pourquoi fait-on cela ? Pour qu'il n'y ait pas, pour ainsi dire, de ces yes-men, simplement des « béni-oui-oui ». Vous savez comment on appelait les assesseurs populaires dans le tribunal soviétique ? On les appelait les « hocheurs de tête », parce qu'ils ne faisaient que hocher la tête, et c'était là toute leur fonction. Eh bien, ne sois pas un « hocheur de tête » au tribunal, ne te soumets pas à la majorité. Si tu es devenu participant d'une procédure judiciaire, participant d'un procès, alors approfondis, efforce-toi de comprendre, d'exprimer ton opinion, ne regarde pas les opinions des autres gens, des autres participants du procès.

וְדָל לֹא תֶהְדַּר בְּרִיבוֹ׃

vedál lo tehdár berivó

3 Et ne privilégie pas le pauvre dans son procès.

Admettons qu'un homme pauvre soit en procès avec un riche. Et peut-être que le pauvre n'a pas du tout raison, mais comme il nous fait pitié ! Eh bien quoi, le riche n'en sera pas appauvri, que sont pour lui 250 chékels ? Mais pour un homme pauvre, c'est toute une fortune. Et nous pouvons par erreur faire pencher le jugement vers le pauvre, parce que le pauvre nous est plus sympathique. Nous pouvons faire pencher le jugement aussi vers le riche, parce que le riche, c'est la perspective de recevoir un pot-de-vin, mais l'inverse aussi est très mauvais. Que ton jugement soit un jugement, regarde ce que les gens ont fait, juge-les selon leurs actes. Pas selon qui pleure le plus, pas selon qui est le plus pauvre, mais selon qui a raison et de quel côté se trouve la loi.

Ensuite, il sera question des représentants d'un même peuple, de compatriotes, de voisins, entre lesquels se déroule un procès.


כִּי תִפְגַּע שׁוֹר אֹיִבְךָ אוֹ חֲמֹרוֹ תֹּעֶה הָשֵׁב תְּשִׁיבֶנּוּ לוֹ׃

ki tifgá chor oyivkhá o 'hamoró to'é hachév techivénnou lo

4 Si tu rencontres l'âne de ton ennemi ou le bœuf de ton ennemi, ramène-le.

Si ton ennemi a perdu quelque chose, a subi quelque dommage, cela ne signifie pas qu'envers lui il ne faille pas se conduire conformément à la loi communément admise, selon les règles communément admises. S'il est prescrit de rendre l'objet perdu, s'il est prescrit d'aider un homme qui se trouve dans le malheur, alors il faut le faire indépendamment des relations judiciaires compliquées qui vous ont liés, toi et cet homme. Le tribunal à part, et l'appartenance au peuple de Dieu se tient tout à fait à part.

כִּי־תִרְאֶה חֲמוֹר שֹׂנַאֲךָ רֹבֵץ תַּחַת מַשָּׂאוֹ וְחָדַלְתָּ מֵעֲזֹב לוֹ עָזֹב תַּעֲזֹב עִמּוֹ׃

ki-tir'é 'hamór sona'akhá rovéts tá'hat massaó ve'hadaltá me'azóv lo azóv ta'azóv immó

5 Si tu vois l'âne de celui qui te hait, qu'il ploie sous la pesanteur de son poids, refuseras-tu de le décharger ? Aide et décharge-le.

C'est-à-dire que, bien qu'à côté de toi se trouve celui qui te hait, tu dois l'aider exactement de la même façon que tu aiderais simplement ton concitoyen. Les affaires judiciaires, tous les règlements de comptes, toute la haine, laisse-les pour la maison de justice. Malgré les procès entre vous, vous restez frères, c'est pourquoi conduisez-vous comme des frères. C'est l'un des gages de la pureté et de la sainteté du peuple.

Enchanté, Dieu !

Chémot 23,6–19

Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire Michpatim. Puisque dans cette section nous n'avons pas d'intrigue, pas de suite d'événements, il n'est pas nécessaire de revenir au contenu des entretiens précédents, et nous commençons à lire à partir du verset 6 du chapitre 23, dans lequel le Très-Haut s'adresse aux juges du peuple d'Israël et leur donne cet ordre-ci.

לֹא תַטֶּה מִשְׁפַּט אֶבְיֹנְךָ בְּרִיבוֹ׃

lo tatté michpát evyonekhá berivó

6 Ne juge pas le pauvre de façon partiale dans son procès.

Nous avons déjà mentionné la loi selon laquelle on ne peut pas faire pencher le verdict en faveur du pauvre par pitié (23,3). C'est-à-dire, si nous savons que le pauvre n'a pas raison dans son procès, mais qu'il en pâtira, alors que le riche, semble-t-il, quel dommage pour lui ? Et le pauvre fait pitié, et nous voudrons par pitié fausser le jugement. La Torah interdit de faire cela. De quoi parle notre commandement actuel ? Le commandement dit que nous pouvons penser : « Ce pauvre, ce miséreux, bien sûr, c'est lui qui a volé la montre, bien sûr, il ne pouvait pas prêter 100 dollars à son voisin – d'où lui viendraient 100 dollars ? » Et, en regardant le pauvre, sa pauvreté, sa situation misérable, nous décidons déjà d'une certaine manière qui a raison, qui est coupable. Et la Torah dit : « Ne fais pas ainsi, ne juge pas un homme de façon partiale, même si c'est un pauvre, même si c'est un miséreux. Tu ne connais pas toutes les circonstances, examine soigneusement l'affaire du pauvre de la même manière que tu examines toutes les autres affaires ». Et exactement de la même façon il faut traiter l'affaire quand deux pauvres sont en procès et que tu peux dire : « Une heure de mon travail au tribunal coûte plus cher que la cause de leur querelle, et puis quoi encore, je n'ai pas le loisir de chercher qui a volé le rouleau à pâtisserie à qui ». Non, examine, parce que tu ne travailles pas pour de l'argent, tu es serviteur du Très-Haut, penche-toi sur les affaires des pauvres.

מִדְּבַר־שֶׁקֶר תִּרְחָק וְנָקִי וְצַדִּיק אַל־תַּהֲרֹג כִּי לֹא־אַצְדִּיק רָשָׁע׃

middevar-chéker tir'hák venakí vetsaddík al-taharóg ki lo-atsdík rachá

7 Éloigne-toi des paroles de mensonge. L'innocent et le juste, ne le tue pas (ne le condamne pas), car Je n'acquitterai pas le scélérat.

Bien entendu, il s'agit ici du tribunal. Mais de quels cas précisément ? Par exemple, nous examinons l'affaire d'un certain homme qui est soupçonné de vol. Et il y a un soupçon qu'il est un scélérat, que dans certaines autres choses il est coupable, et nous pouvons dire : « Mais là, nous ne pouvons pas le coffrer, là nous n'avons pas de preuves, et ici nous pouvons appeler de faux témoins et l'accuser ». La Torah dit : « Détourne-toi des paroles de mensonge, éloigne-toi du mensonge », même si tu ne peux pas le condamner et qu'il te semble que c'est une grande omission de relâcher un homme que l'on pourrait condamner sur un chef d'accusation monté de toutes pièces, puisqu'on n'arrive pas à l'attraper pour son péché principal. Le Très-Haut dit : « Ne mens pas au tribunal, Je réglerai son compte à tout homme injuste et n'acquitterai pas le scélérat ». Il y a de très nombreux raisonnements sur la question de savoir si l'on peut mentir tout court. Et on en arrive à ce que des gens disent : « Si un homme cache une famille juive, et que les Allemands sont venus et demandent : Il y a des Juifs ? – Eh bien excuse-moi, frère, je ne peux pas mentir, c'est pourquoi je dirai qu'il y en a. Et, pardon, ce ne serait pas chrétien de mentir ». La tradition juive dit : non seulement parfois on peut mentir, mais parfois on doit mentir. Par exemple, quand nous venons à un mariage et participons à la louange de la mariée. Et nous ne devons pas lui dire : « Bon, les jambes sont tordues, mais les yeux sont bleus », de façon véridique et bien visée. Ou ainsi : « Et les jambes tordues, et les yeux qui louchent – eh bien, excuse-moi, je vais te dire la vérité toute crue ». Non, il faut louer la mariée, parce que nous partons du principe qu'elle est belle aux yeux de son fiancé. Voici un autre cas. Nous rencontrons un homme, et il dit : « Regarde quel magnifique t-shirt j'ai acheté en solde, 5 pour 100 ». Et nous lui répondons : « Ce que tu es nigaud, ici au coin de la rue ces t-shirts se vendent 6 pour 100, tu t'es bien fait avoir ». Non, si un homme a de la joie de son achat, il ne faut pas lui dire qu'il a acheté quelque chose de pas très bon. Ou la femme demande : « N'est-ce pas, aujourd'hui j'ai l'air laide, j'ai terriblement grossi et je suis toute bouffie ? » – réfléchissez, vaut-il vraiment la peine de lui dire la vérité ? Parfois cela peut être dangereux pour la paix dans la famille.

וְשֹׁחַד לֹא תִקָּח כִּי הַשֹּׁחַד יְעַוֵּר פִּקְחִים וִיסַלֵּף דִּבְרֵי צַדִּיקִים׃

vechó'had lo tikká'hLa translittération de l'original intervertit ici deux consonnes du mot « tu prendras ». Nous suivons l'hébreu. ki hachó'had ye'avvér pik'hím vissalléf divré tsaddikím

8 Ne prends pas de pot-de-vin, car le pot-de-vin aveugle les voyants et fausse les paroles vraies.

Même si nous savons qu'on nous donne un pot-de-vin pour que nous acquittions un innocent, pour que la justice s'accomplisse, il est tout de même interdit de prendre un pot-de-vin. C'est une interdiction très stricte, parce que le fait même de recevoir un pot-de-vin, le fait même de la présence, disons, de corruption dans le système judiciaire fausse déjà le système judiciaire. Il y a une histoire sur Rabbi Yichmaël, c'était un rabbin de la troisième génération de l'époque des tanaïm, qui siégeait au tribunal. Il avait un ouvrier, un homme qui lui louait une certaine parcelle de terre et, en guise de paiement, apportait chaque vendredi les fruits de cette terre. Voilà, un jour l'homme est venu un jeudi et a apporté les fruits à Rabbi Yichmaël. Rabbi Yichmaël a dit : « Pourquoi as-tu apporté jeudi et non vendredi ? » L'homme a dit : « C'est simplement que j'ai aujourd'hui un procès, je vais chez toi au tribunal, et j'ai pensé que, tant qu'à faire, je t'apporterais en même temps un panier de tes propres fruits ». Ici Rabbi Yichmaël ne prend même aucun pot-de-vin : ce sont ses propres fruits qu'on lui a apportés – un jour plus tôt, un jour plus tard, cela n'a pas d'importance. Rabbi Yichmaël a dit : « Je pense que je ne peux pas te juger, je te placerai devant d'autres juges ». Et il raconte qu'il allait écouter comment donc le procès s'était résolu là-bas, parce que même ce panier de fruits l'avait rendu partial. Cela montre que les pots-de-vin dans le système judiciaire sont dangereux, ils faussent tout le système judiciaire. Dès qu'ils apparaissent, la vérité disparaît tout simplement de la société. La loi sociale, les lois de la société reposent sur l'incorruptibilité des juges.

וְגֵר לֹא תִלְחָץ וְאַתֶּם יְדַעְתֶּם אֶת־נֶפֶשׁ הַגֵּר כִּי־גֵרִים הֱיִיתֶם בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם׃

vegér lo til'háts ve'attém yedatém et-néfech haggér ki-gerím heyitém be'érets mitsráyim

9 Et n'écrase pas (n'opprime pas) l'étranger, et vous connaissez l'âme de l'étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte.

Selon vous, quel commandement est le plus répété dans la Torah ? Ce n'est pas le commandement sur le sabbat, ce ne sont pas les commandements tu ne tueras pas, tu ne voleras pas : c'est le commandement n'opprime pas le guér. Plus de dix fois la Torah, en différentes variations, nous répète ce commandement, en se référant au fait que nous connaissons l'âme du guér, nous étions en Égypte, nous nous souvenons de ce qui s'est passé en Égypte, nous nous souvenons de ce que c'est que d'être un étranger. Qui sait, autrefois mes ancêtres vivaient en Hongrie, en Pologne, en Espagne, et je me souviens comment on y vivait, je me souviens comment on vit au bord du Rhin et de ce que sent l'air matinal de Budapest, bien qu'il soit peu probable que je m'en souvienne en réalité. Mais, puisque chaque année, chaque jour, chaque heure, dans chaque génération nous sortons d'Égypte, nous ressentons cette pression, ce désir de nous arracher au cadre de l'habituel. C'est un sentiment que nous devons garder ; et comme une boussole, comme un témoignage de cela, nous ne devons pas opprimer l'étranger.

Il y a différentes opinions concernant qui est cet étranger. Est-ce celui qui est devenu prosélyte, qui s'est joint au peuple juif, ou celui qui s'est installé dans notre voisinage ? En Israël vivent beaucoup de nationalités différentes. Il y a la communauté tcherkesse, la communauté tsigane, la communauté arménienne et beaucoup d'autres communautés différentes, non juives. Comment se comporter envers elles, comment fallait-il se comporter envers elles à l'époque du Temple ? Et en tout cas, la Torah dit à l'égard de tous les étrangers : « N'opprime pas, ne fausse pas le jugement à l'égard de l'étranger, ne juge pas contre l'étranger, parce que tu dois te souvenir de l'âme de l'étranger. N'oublie pas l'étranger en toi, pas seulement toi-même sortant d'Égypte, mais l'étranger non plus, ne l'oublie pas ».

וְשֵׁשׁ שָׁנִים תִּזְרַע אֶת־אַרְצֶךָ וְאָסַפְתָּ אֶת־תְּבוּאָתָהּ׃

vechéch chaním tizrá et-artsékha ve'assaftá et-tevou'atá

10 Pendant six années ensemence ton pays et recueille sa récolte.

וְהַשְּׁבִיעִת תִּשְׁמְטֶנָּה וּנְטַשְׁתָּהּ וְאָכְלוּ אֶבְיֹנֵי עַמֶּךָ וְיִתְרָם תֹּאכַל חַיַּת הַשָּׂדֶה כֵּן־תַּעֲשֶׂה לְכַרְמְךָ לְזֵיתֶךָ׃

vehachevi'ít tichmeténna ountachtá ve'akheloú evyoné ammékha veyitrám tokhál 'hayát hassadé ken-ta'assé lekharmekhá lezetékha

11 Et la septième année, laisse-la abandonnée et délaissée, et les pauvres de ton peuple mangeront, et les restes, la bête des champs les mangera. Fais ainsi avec tes vignes et avec tes oliviers.

Aujourd'hui, il y a beaucoup d'exploitations en Israël, dans l'Israël restauré, qui observent ce commandement. Près de l'aéroport Ben-Gourion, il y a une grande plantation de mandarines. La septième année, elle se tient pleine de mandarines, parce que les arbres donnent des fruits, mais personne ne les récolte. N'importe qui peut venir, un homme pauvre peut s'arrêter, entrer et prendre des fruits. Certains kibboutzim du nord organisent des autobus pour que les gens aillent cueillir les cerises dans ces kibboutzim, parce qu'eux-mêmes n'ont pas le droit de cueillir pour la vente, la terre doit se reposer. Bien sûr, pas tous les kibboutzim, pas toutes les exploitations ne le font. C'est pourquoi dans la diaspora, à l'étranger, hors d'Israël, on peut voir une scène étonnante la septième année, quand un Juif demande : « Et c'est du céleri israélien ? » On lui répond : « Oui, israélien ». Et il dit : « Alors je ne l'achèterai pas ». Parce que les gens craignent que quelqu'un là-bas, en Israël, n'observe pas la septième année, et on n'a pas le droit d'acheter de ses fruits. Ceux qui l'observent écrivent : « Nous observons la Chmita (la septième année) », et alors, bien sûr, ils n'ont tout simplement pas de fruits cette année-là. En somme, beaucoup, beaucoup de belles histoires y sont liées, et je peux dire que les exploitations qui arrêtent leur travail pour toute une année ne signalent pas de pertes liées à cela, et leurs affaires vont normalement.

שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲשֶׂה מַעֲשֶׂיךָ וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי תִּשְׁבֹּת לְמַעַן יָנוּחַ שׁוֹרְךָ וַחֲמֹרֶךָ וְיִנָּפֵשׁ בֶּן־אֲמָתְךָ וְהַגֵּר׃

chéchet yamím ta'assé ma'assékha ouvayom hachevi'í tichbót lemá'an yanoúa'h chorekhá va'hamorékha veyinnaféch ben-amatekhá vehaggér

12 Six jours fais tes travaux, et le septième jour arrête-toi (« sabbatise-toi »), afin que se reposent ton bœuf, et ton âne, et l'âme de ton esclave, et de ta servante, et l'étranger dans ta maison.

On aurait pu dire que, puisque chez nous toute la septième année est déjà un sabbat, cette année-là nous ne célébrerons pas particulièrement le sabbat, elle est de toute façon un sabbat, pourquoi encore y faire sabbat. Si nous faisons quelques travaux de construction, de réparation, si quelque part nous rapiéçons des serres, quelque part nous rapiéçons des caves, alors nous travaillons sans interruption, à fond, parce que, premièrement, ce n'est qu'une année, deuxièmement, c'est de toute façon un sabbat, et de toute façon, autour, ce ne sont que des fainéants. Non, dit la Torah, cela ne te dispense pas, le sabbat ne dispense pas du sabbat, et même si tu as la septième année, le sabbat est d'actualité pour toi.

וּבְכֹל אֲשֶׁר־אָמַרְתִּי אֲלֵיכֶם תִּשָּׁמֵרוּ וְשֵׁם אֱלֹהִים אֲחֵרִים לֹא תַזְכִּירוּ לֹא יִשָּׁמַע עַל־פִּיךָ׃

ouvkhól acher-amárti alekhém tichamérou vechém elohím a'herím lo tazkírou lo yichamá al-píkha

13 Tout ce que je vous ai dit, observez-le, ne mentionnez pas les noms d'autres dieux, et ils ne seront pas entendus de votre bouche.

Une demande étrange, n'est-ce pas ? De quoi est-il question ici ? Le Très-Haut dit : « Voici, ce sont Mes lois ; si quelqu'un vient à vous et dit : je ne sais pas comment c'est chez vous, mais par exemple au Danemark… mais par exemple en Norvège… mais par exemple aux États-Unis… mais dans la communauté libérale… mais toute l'humanité progressiste… mais chez nous en Corée du Nord… – n'écoutez personne. Celles-ci sont Mes lois, observez-les, ne pensez même pas à observer les lois de quelques autres dieux. Pourquoi ? Parce que Je vous ai montré qui Je suis, ce que J'ai fait pour vous, en quoi consiste l'essence de Mon alliance avec vous. C'est pourquoi, si quelqu'un vous attire vers une autre législation, il ne faut pas, n'y pensez même pas, n'envisagez même pas le nom de ces dieux ».

שָׁלֹשׁ רְגָלִים תָּחֹג לִי בַּשָּׁנָה׃

chalóch regalím ta'hóg li bachaná

14 Trois fois rassemble-toi pour la fête dans l'année.

Le mot réguel se traduit littéralement par pied, mais ici chaloch régalim, ce sont trois coups, trois pas, trois fois. Il s'agit des fêtes, comme nous le comprendrons d'après les versets suivants, auxquelles il faut venir devant la face de Dieu. Nous avons conclu avec Dieu un contrat, Dieu nous a donné beaucoup de lois que nous pouvons développer, appliquer, sur la base desquelles nous devons nous approcher de Lui, grandir en sainteté. Trois fois par an, il y a une rencontre de contrôle, il y a une parade, lors de laquelle nous regardons : « Ah, le voici, Dieu, reconnu ? Reconnu. Le voici, Alex, reconnu ? Reconnu ». Lisons ce que dit le Très-Haut.

אֶת־חַג הַמַּצּוֹת תִּשְׁמֹר שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת כַּאֲשֶׁר צִוִּיתִךָ לְמוֹעֵד חֹדֶשׁ הָאָבִיב כִּי־בוֹ יָצָאתָ מִמִּצְרָיִם וְלֹא־יֵרָאוּ פָנַי רֵיקָם׃

et-'hág hammattsót tichmór chiv'át yamím tokhál mattsót ka'achér tsivvitíkha lemo'éd 'hódech ha'avív ki-vó yatsáta mimmitsráyim velo-yera'oú fanáy rekám

15 Garde la fête des pains azymes ; sept jours mange des pains azymes, comme Je te l'ai commandé au temps du mois d'aviv (le mois printanier, le mois des bourgeons), parce que ce mois-là tu es sorti d'Égypte, et on ne vient pas à Moi, on ne verra pas Ma face à vide.

C'est-à-dire, si vous venez vers le Très-Haut, apportez un sacrifice, apportez un sacrifice de reconnaissance. À Pessa'h, comme aux deux autres fêtes de l'année, quand le peuple d'Israël devait passer devant la face du Très-Haut, les portes du Temple s'ouvraient (quand il y avait le Temple), et directement tout s'ouvrait jusqu'au Saint des Saints. Tout le peuple pouvait passer et, de loin, jeter un regard dans le Saint des Saints, regarder la présence divine, l'arche d'alliance, l'autel, la pierre – tout ce qui s'y trouvait à ce moment-là. La présence divine regardait depuis le Saint des Saints les visages curieux, étonnés, joyeux et pas très joyeux des Juifs qui passaient devant elle, et ainsi trois fois par an nous rencontrions le Très-Haut. Et le Très-Haut dit : « Ne venez pas à Moi les mains vides ».

וְחַג הַקָּצִיר בִּכּוּרֵי מַעֲשֶׂיךָ אֲשֶׁר תִּזְרַע בַּשָּׂדֶה וְחַג הָאָסִף בְּצֵאת הַשָּׁנָה בְּאָסְפְּךָ אֶת־מַעֲשֶׂיךָ מִן־הַשָּׂדֶה׃

ve'hág hakkatsír bikkouré ma'assékha achér tizrá bassadé ve'hág ha'assíf betsét hachaná be'ospekhá et-ma'assékha min-hassadé

16 Et la Fête de la Moisson (Chavouot), jour des premiers-nés de tes travaux, que tu as semés dans ton champ ; et la Fête de la Récolte (Soukkot) à la fin de l'année, quand tu as recueilli tous les fruits de tes travaux du champ.

Faites attention à l'expression bétsét hachana (à la fin de l'année). Il y a un tel débat : pourquoi, dit-on, les Juifs ont-ils déformé le calendrier, et Roch haChana (nouvel an) est chez nous au début du septième mois, et non au premier mois, comme il se doit ? Et des camarades célèbrent le nouvel an biblique à part du nouvel an juif, séparant ce qui est juif de ce qui est biblique. Il y a bétsét hachana (fin de l'année), il y a la fête de Soukkot (fête de la récolte), l'achèvement de l'année. L'achèvement de l'année et le début de l'année se chevauchent un peu, c'est pourquoi c'est justement au septième mois que l'année à la fois s'achève et commence.

שָׁלֹשׁ פְּעָמִים בַּשָּׁנָה יֵרָאֶה כָּל־זְכוּרְךָ אֶל־פְּנֵי הָאָדֹן יְהוָה׃

chalóch pe'amím bachaná yera'é kol-zekhourekhá el-pené ha'adón adonay

17 Trois fois par an se montrera (et verra) tout mâle devant la face du SEIGNEUR, Dieu.

Trois fois par an, nous avons une rencontre, nous réglons les montres de notre sainteté intérieure sur le Très-Haut. Le Très-Haut inspecte son peuple comme un roi à une parade, devant lequel défile l'armée. Toutes ces lois nous sont données pour que nous gardions un certain état, et nous devons le présenter lors de ces fêtes. Un thème à part et très profond – les fêtes du SEIGNEUR.

לֹא־תִזְבַּח עַל־חָמֵץ דַּם־זִבְחִי וְלֹא־יָלִין חֵלֶב־חַגִּי עַד־בֹּקֶר׃

lo-tizbá'h al-'haméts dam-ziv'hí velo-yalín 'helev-'haggí ad-bóker

18 Ne verse pas sur le levain le sang de mon sacrifice, et la graisse de mes sacrifices de fête, ne la laissez pas passer la nuit jusqu'au matin.

Cela signifie, dans une compréhension simple : à Pessa'h, enlève d'abord tout le 'hamets de la maison et seulement ensuite apporte le sacrifice. Pourquoi en est-il ainsi, de quoi est-il question ici ? Nous pouvons dire : bon, dans la société il y a un ordre, je peux offenser le voisin 'Haïm, je peux sans le vouloir brûler le champ du voisin Vitia, mais comment puis-je offenser Dieu ? Très souvent on entend des gens dire : « Eh bien, quelle différence cela Lui fait-il ? Quelle différence cela fait-il à Dieu, ce que je mange, ou quelle différence cela Lui fait-il, que j'apporte le sacrifice sur du levain ou que je l'apporte avec de la crème aigre ? L'essentiel, c'est que ce soit de tout cœur ». Le Très-Haut dit : « Dans les sacrifices qui Me sont offerts, il doit y avoir de l'ordre ». C'est-à-dire, souvenez-vous simplement, sachez qu'il y a un ordre du Temple, il faut le préserver.

Concernant la graisse interdite, je veux dire ce qui suit. Quand les gens lisent dans la Torah l'interdiction de la graisse, ils disent : « Eh bien, c'est fini, on ne peut pas manger gras, la Torah l'interdit ». La Torah interdit la graisse qui est autour des organes internes, la graisse des reins, qui chez le mâle du taureau ou du bélier relie les reins et les testicules, et chez la femelle relie les reins et l'appareil génital. C'est un énorme morceau de graisse qu'il faut découper, on ne peut pas le manger. La graisse qui est sur les côtes, la graisse qui est dans la chair du mouton ou du bœuf, on peut la manger, cette graisse était apportée en holocauste. La graisse des reins montait sur l'autel, et, si elle restait près de l'autel, il fallait la brûler avant le matin. Maintenant cela n'a pas de sens d'entrer dans les détails, ils sont plutôt pour les prêtres dans ce cas. Ici il faut simplement comprendre que le Très-Haut dit : « Dans Mon Temple aussi il y a des lois, et dans les relations avec Moi on ne peut pas tout improviser, ce ne sera pas toujours bien ».

רֵאשִׁית בִּכּוּרֵי אַדְמָתְךָ תָּבִיא בֵּית יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לֹא־תְבַשֵּׁל גְּדִי בַּחֲלֵב אִמּוֹ׃

rechít bikkouré admatekhá taví bet adonáy elohékha lo-tevachél gedí ba'halév immó

19 Le commencement des premiers-nés de ta terre, apporte-le dans la maison du SEIGNEUR, ton Dieu. Ne fais pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère.

Voici encore un verset qui est une pierre d'achoppement pour beaucoup. Que signifie-t-il donc dans le sens simple ? Eh bien, dans la signification simple, on peut le dire ainsi : « Ne fais pas cuire le chevreau dans le lait de sa mère ». C'est-à-dire qu'il ne faut pas verser du lait dans une casserole, y mettre de la viande de chevreau et faire cuire cela ; c'est cela qui est interdit. D'autres commentateurs disent : « Oui, c'est cela qui est interdit, c'est lié au fait qu'il y avait de tels sacrifices chez les païens, quand on offrait en sacrifice un chevreau dans du lait ». Et il est question ici non seulement (bien que ce soit aussi le cas) de la cuisson du chevreau dans le lait de sa mère, mais aussi en général de toutes les formes païennes de sacrifices. La tradition juive classique dit aujourd'hui qu'il est interdit de cuire ensemble le laitier et le carné, de manger ensemble le laitier et le carné, qu'après le carné on ne peut pas manger tout de suite du laitier, mais seulement six heures après, qu'il faut séparer la vaisselle, et il existe encore quelques autres séparations. C'est déjà la halakha moderne. Et on peut discuter pour savoir si c'est le pchat, le sens simple.

Encore une variante de compréhension du pchat, de compréhension du sens simple, peut se fonder sur une autre compréhension du mot lévachél (cuire). Ce mot signifie non seulement cuire, mais aussi amener à maturité, jusqu'à ce qu'il soit mûr. C'est-à-dire qu'on peut longtemps-longtemps garder le chevreau au lait de sa mère, l'obliger à téter le lait, et alors sa viande sera plus tendre et plus délicate, il y en aura plus, et ainsi nous obtiendrons un mets délicat, de même que, par un mode particulier d'alimentation des oies, on rend leur foie plus gros. C'est-à-dire que c'est une certaine action sur la nature, sur la modification de l'anatomie de l'animal, un certain tourment infligé à l'animal afin que le goût de sa viande soit meilleur. C'est aussi une compréhension du pchat, et, très probablement, cette compréhension est la plus juste.

Comment faire alors avec la loi sur la séparation des aliments carnés et laitiers ? Ici je dirais ainsi : il faut comprendre que tout homme qui est né dans une société s'intègre dans ses lois, et aujourd'hui, pour le peuple de Dieu, il est communément admis de séparer, pour le Très-Haut, le laitier et le carné. C'est devenu une partie du service du Très-Haut, et d'ailleurs qui sommes-nous pour y renoncer ? Il y a deux raisons de ne pas l'observer. La première, c'est l'amour pour quelque chose de carné et laitier, que ce soient des cheeseburgers ou des pelmeni à la crème aigre (chacun ce qu'il aime), et la tentation est grande, je suis d'accord avec vous. La deuxième, c'est le désir d'être plus saint et de dire que j'agis ainsi selon Dieu, et non selon la tradition juive. Mais une telle position (manger des cheeseburgers ou des pelmeni avec du lait pour s'opposer à la tradition juive) n'ajoute pas de sainteté. Pour moi il n'y a là aucun dilemme, bien que je comprenne que, très probablement, la compréhension des sages n'est pas le pchat, mais il est meilleur pour moi, plus commode pour moi, il me semble plus agréable aux yeux du Très-Haut d'être à cet égard avec le peuple et de séparer les aliments carnés et laitiers (dans la mesure du possible, bien entendu).

Vous avez appelé un ange ?

Chémot 23,20–33

Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire Michpatim. Et ce que nous allons lire aujourd'hui sera étonnant et se distinguera très fortement de tout ce que nous avons lu dans la section hebdomadaire jusqu'ici. Tout ce que nous avons lu auparavant, c'étaient des exemples de lois et de prescriptions divines sur la manière dont il faut, juridiquement, selon Dieu, résoudre telle ou telle situation dans laquelle nous pouvons nous trouver. À partir du verset 20 du chapitre 23, nous lisons quelque chose de tout à fait différent, la manière dont le Très-Haut s'adresse à nous change complètement.

הִנֵּה אָנֹכִי שֹׁלֵחַ מַלְאָךְ לְפָנֶיךָ לִשְׁמָרְךָ בַּדָּרֶךְ וְלַהֲבִיאֲךָ אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר הֲכִנֹתִי׃

hinné anokhí choléya'h mal'ákh lefanékha lichmorkhá baddárekh velahaviakhá el-hammakóm achér hakhinóti

20 Voici, J'envoie un ange devant toi, pour te garder en chemin et pour t'amener au lieu que J'ai préparé.

Il y a d'un coup tant de choses étonnantes dans ce seul court verset. Qui est cet ange ? Pourquoi le Très-Haut, Qui a fait sortir le peuple d'Israël d'Égypte à main forte, Qui est glorifié par le fait qu'Il Lui-même, Dieu Lui-même a fait sortir son peuple, envoie-t-il soudain un ange ? Et, quand il y a de telles questions sérieuses, complexes, il est compréhensible qu'au cours de la longue histoire du commentaire et de la réflexion sur la Torah apparaissent beaucoup de tentatives différentes d'y répondre.

Sur la première question – qui est cet ange – certains commentateurs disent que le mot ange ici ne doit pas être compris littéralement. Peut-être est-il question de la Torah, à proprement parler, du livre de la Torah, qui sera le guide d'Israël tout au long de son histoire. Peut-être est-il question de l'arche d'alliance. L'arche d'alliance, c'est comme un char qui va devant l'infanterie et, comme le décrivent les midrachim, qui aplanit ce qui est en pente et aplanit ce qui est montagneux, transformant tout en plaine, une machine puissante de ce genre. On dit aussi qu'il est question du bon penchant (yétser ha-tov), qui est semé dans l'homme, qui agit en lui et pousse l'homme à choisir le bien.

Certains commentateurs disent : « Pourquoi ne pas comprendre littéralement ? S'il est écrit le mot mal'akh, ange, alors il faut aussi le comprendre comme ange ». En beaucoup d'endroits du Tanakh, dans d'autres sources, le Très-Haut agit par un ange. Seulement ce ne doit pas être un ange simple quelconque, pas un ange ordinaire. Ce doit être un ange de la face inférieureL'original dit littéralement « un ange de la face (ou du rang) inférieure », alors que Métatron est présenté juste après comme le chef de la chancellerie angélique. Nous avons gardé la formulation telle quelle. selon la hiérarchie des anges, par exemple Métatron. Métatron, c'est le chef de toute la chancellerie angélique du Très-Haut. Le mot métatron peut, en un certain sens, être interprété comme lié au verbe lintor (protéger), ou lichmor (garder), comme il est écrit ici lichmorkha (te garder). C'est précisément pour cela que les commentateurs voient ici Métatron. Ce qu'est Métatron ou qui est Métatron, c'est une histoire à part, plusieurs livres même ont été écrits à ce sujet, y compris en langue russe. Mais nous ne pouvons pas entrer là-dedans : si nous nous plongeons dans ce sujet, nous n'en referons pas surface de sitôt.

Un autre commentaire encore, qui soutient la version de l'ange, dit que l'ange ici, c'est l'archange Mikhaël. L'archange Mikhaël, comme il est d'ailleurs nommé dans le livre de Daniël, est le ministre des affaires d'Israël dans la chancellerie céleste du Très-Haut. C'est précisément cet Archange, comme le disent les commentateurs, qui est apparu aussi à Yéhochoua, fils de Noun, avant sa bataille à Yéri'ho. Quand il y a beaucoup de versions, alors il est clair que rien n'est clair.

La deuxième question – pourquoi le Très-Haut, qui a fait sortir Israël à main forte et qui est glorifié pour avoir agi Lui-même, et non par des intermédiaires, envoie-t-il ici un ange ? Rappelons-nous (20,18–19) : quand le son de trompe a retenti, un long son de trompe, et que le peuple d'Israël devait monter sur la montagne et s'unir au Très-Haut, Le voir face à face, monter à un niveau de relations tout autre avec le Très-Haut, alors le peuple a eu peur. Le peuple a eu peur et a dit à Moché : « Toi, sois l'intermédiaire entre nous et le Très-Haut. Tout ce qu'il faut Lui transmettre de notre part, toi, transmets-le. Tout ce qu'il faut nous transmettre de Sa part, toi, transmets-le, nous avons confiance en toi. En avant, Moché ! Nous-mêmes, nous avons peur de mourir d'un contact si étroit, d'une telle proximité avec le Très-Haut ». Quelqu'un peut dire que c'est de la lâcheté, que c'est une sorte d'indécision et de manque de foi, mais, quand un homme dit : « Éloigne-toi de mon bateau, car je suis un homme pécheur », ce n'est pas tout à fait une manifestation d'incrédulité, c'est aussi une manifestation d'humilité, de crainte. Si nous ne craignons pas Dieu, alors nous aussi nous sommes dans un grand malheur. C'est pourquoi on ne peut pas dire de façon univoque que cette peur-là est un si grand vice du peuple d'Israël, ne vous hâtez pas de jeter des pierres aux Juifs qui se tenaient au Sinaï, ils avaient réellement peur. Et le Très-Haut Miséricordieux dit que dès le commencement des siècles, depuis la création du monde, est prévu encore un autre mode de gouvernement : « Je peux parler dans les prophètes, Je peux parler dans le Fils, Je peux parler par l'Esprit Saint. Dans Ma miséricorde, J'agirai par des intermédiaires manifestes et non manifestes, qui interagiront avec vous, et vous serez sous leur conduite, et ils vous garderont. Et si vous n'êtes pas prêts à ce que J'aille, alors J'enverrai un ange qui vous gardera et vous amènera au lieu que J'ai préparé ».

Tout ce chapitre est fondamental pour la mystique, pour l'angélologie. Et l'on peut parler sans fin de ce passage, de ce qu'est cet ange, où et comment nous rencontrons ces anges dans notre vie. Mais nous essayons maintenant d'étudier de manière laconique, c'est pourquoi je propose à chacun de réfléchir plus profondément par lui-même sur ce sujet. Et ensuite le Très-Haut ordonne :

הִשָּׁמֶר מִפָּנָיו וּשְׁמַע בְּקֹלוֹ אַל־תַּמֵּר בּוֹ כִּי לֹא יִשָּׂא לְפִשְׁעֲכֶם כִּי שְׁמִי בְּקִרְבּוֹ׃

hichámer mippanáv ouchmá bekoló al-tammér bo ki lo yissá lefich'akhém ki chemí bekirbó

21 Prends garde à sa face et écoute sa voix, ne te dresse pas contre lui (ou ne le contredis pas, ne te révolte pas contre lui), parce qu'il ne portera pas vos péchés, car Mon nom est en lui.

C'est-à-dire que si vous vous dressez, si vous outragez cet ange, en qui il y a Mon nom, alors il ne portera pas vos péchés. Seul le Très-Haut peut pardonner les péchés. Quand nous communiquons par l'intermédiaire d'un ange, un problème surgit pour nous. L'ange est un conducteur de la volonté du Très-Haut, mais il est un « semi-conducteur ». Il peut nous apporter une lettre sonore du Très-Haut, quelque message du Très-Haut, mais nous ne pouvons pas nous adresser à lui par la prière. Il est un ange, il n'est pas le Très-Haut, et dans les prières nous devons nous adresser précisément au Très-Haut lui-même. L'ange ne peut pas non plus pardonner les péchés, de même qu'un vendeur engagé n'a pas le droit de faire une remise. Pour demander une remise, il faut s'adresser à la direction, parce que le vendeur, il n'est qu'un vendeur, bien qu'il connaisse toutes les informations sur les prix et tout ce genre de choses. Et bien que l'ange possède une force immense, des pouvoirs immenses, et que ce qu'il dit, ce soient les paroles de Dieu, il n'est pas les oreilles de Dieu, seulement la bouche de Dieu.

כִּי אִם־שָׁמֹעַ תִּשְׁמַע בְּקֹלוֹ וְעָשִׂיתָ כֹּל אֲשֶׁר אֲדַבֵּר וְאָיַבְתִּי אֶת־אֹיְבֶיךָ וְצַרְתִּי אֶת־צֹרְרֶיךָ׃

ki im-chamóa tichmá bekoló ve'assíta kol achér adabbér ve'ayavtí et-oyevékha vetsartí et-tsorerékha

22 Si tu écoutes d'écoute sa voix et que tu fais tout ce que Je dis (faites attention, l'ange, il n'est qu'une enceinte, un haut-parleur, par lequel le Très-Haut parle), Je serai hostile à tes ennemis et J'opprimerai tes oppresseurs.

כִּי־יֵלֵךְ מַלְאָכִי לְפָנֶיךָ וֶהֱבִיאֲךָ אֶל־הָאֱמֹרִי וְהַחִתִּי וְהַפְּרִזִּי וְהַכְּנַעֲנִי הַחִוִּי וְהַיְבוּסִי וְהִכְחַדְתִּיו׃

ki-yelékh mal'akhí lefanékha vehevi'akhá el-ha'emorí veha'hittí vehapperizzí vehakkena'aní ha'hivví vehayvoussí vehikh'hadtív

23 Quand l'ange ira devant toi, et t'amènera vers les Amoréens, et les Hittites, et les Perizzites, et les Cananéens, et les Hivvites, et les Jébuséens, et les anéantira (les peuples dont vous héritez la terre),

לֹא־תִשְׁתַּחֲוֶה לֵאלֹהֵיהֶם וְלֹא תָעָבְדֵם וְלֹא תַעֲשֶׂה כְּמַעֲשֵׂיהֶם כִּי הָרֵס תְּהָרְסֵם וְשַׁבֵּר תְּשַׁבֵּר מַצֵּבֹתֵיהֶם׃

lo-tichta'havé lelohehém veló ta'ovdém veló ta'assé kema'assehém ki harés teharessém vechabbér techabbér mattsevotehém

24 Ne te prosterne pas devant leurs dieux, et ne les sers pas, et ne fais pas comme leurs œuvres, mais brise toutes leurs constructions cultuelles, fracasse toutes leurs stèles.

Vous pouvez entrer dans leurs temples, voir quelques constructions grandioses, voir quelques énormes êtres de pierre, d'énormes idoles, et vous pouvez, à Dieu ne plaise, penser qu'ils possèdent une certaine force. Sur le territoire d'Israël, les archéologues trouvent constamment des traces de quelques temples païens, et, bien qu'aujourd'hui cela ait l'air de ruines si pitoyables, on peut s'imaginer quelle impression cela pouvait produire sur un homme à cette époque. Tout homme qui s'installe dans un autre pays regarde comment agissent les habitants de ce pays, comment ils vivent, observe leurs traditions. Et parfois il trouve intéressant d'essayer la même chose, d'essayer de faire de même qu'eux. Et le Très-Haut dit : « Ne faites pas, n'agissez pas selon leurs œuvres, n'adoptez pas leurs coutumes ». Mais non seulement ne te prosterne pas devant eux, mais ne dis pas non plus que c'est l'héritage culturel du pays – laissons-le, c'est une partie de l'histoire. Non, dans ce cas tu hérites de la terre, et sur toi repose le commandement de ne laisser aucune trace culturelle, aucune continuité des traditions entre eux et toi.

וַעֲבַדְתֶּם אֵת יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם וּבֵרַךְ אֶת־לַחְמְךָ וְאֶת־מֵימֶיךָ וַהֲסִרֹתִי מַחֲלָה מִקִּרְבֶּךָ׃

va'avadtém et adonáy elohekhém ouverákh et-la'hmekhá ve'et-memékha vahassirotí ma'halá mikkirbékha

25 Vous servirez le SEIGNEUR, votre Dieu, et Il bénira ton pain et ton eau, et J'écarterai de toi toute maladie.

L'eau sous-entend non seulement l'eau, mais toutes les boissons – et le vin, et les huiles ; le Très-Haut bénira tout et écartera les maladies du milieu de toi.

לֹא תִהְיֶה מְשַׁכֵּלָה וַעֲקָרָה בְּאַרְצֶךָ אֶת־מִסְפַּר יָמֶיךָ אֲמַלֵּא׃

lo tihyé mechakkelá va'akará be'artsékha et-mispár yamékha amallé

26 Il n'y aura pas de femme ayant perdu ses enfants et il n'y aura pas de femme stérile dans ton pays, et le nombre de tes jours, Je le remplirai.

C'est-à-dire : « Vous serez une société saine de gens qui vivent longtemps, avec des enfants en bonne santé, avec une large couche de jeunesse, si vous ne servez pas des dieux étrangers, si vous n'allez pas vers ces dalles, vers ces statues, vers ces idoles. Et Je promets que Je le ferai, c'est pourquoi il ne faut pas s'adresser à eux, Je suis le Garant. Bien que l'ange vous ait conduits, et que l'ange ait certains pouvoirs, en un certain sens larges, mais pas illimités, Je vous promets que Je vous bénirai. Même quand J'agis par l'intermédiaire de l'ange, souvenez-vous que c'est Moi qui agis, que la source de la bénédiction, c'est Moi, Celui qui bénit, l'Infini, le Tout-Puissant, le Très-Haut ».

אֶת־אֵימָתִי אֲשַׁלַּח לְפָנֶיךָ וְהַמֹּתִי אֶת־כָּל־הָעָם אֲשֶׁר תָּבֹא בָּהֶם וְנָתַתִּי אֶת־כָּל־אֹיְבֶיךָ אֵלֶיךָ עֹרֶף׃

et-ematí achallá'h lefanékha vehammotí et-kol-ha'ám achér tavó bahém venatattí et-kol-oyevékha elékha óref

27 Ma frayeur (Ma Redoutabilité), Je l'enverrai devant toi, et Je mettrai en confusion, J'induirai en erreur, dans le désarroi tout peuple, quand tu viendras vers eux, et Je tournerai tous les peuples vers toi de dos (c'est-à-dire qu'ils s'enfuiront devant toi).

וְשָׁלַחְתִּי אֶת־הַצִּרְעָה לְפָנֶיךָ וְגֵרְשָׁה אֶת־הַחִוִּי אֶת־הַכְּנַעֲנִי וְאֶת־הַחִתִּי מִלְּפָנֶיךָ׃

vechala'htí et-hattsir'á lefanékha vegerechá et-ha'hivví et-hakkena'aní ve'et-ha'hittí millefanékha

28 J'enverrai devant toi des insectes, et ces insectes chasseront le Hivvite, le Cananéen ou le Hittite de devant toi.

Le mot tsir'a est lui aussi assez étonnant, en hébreu moderne cela signifie guêpe. On peut aussi le traduire par bourdon, par taon, par quelque insecte qui pique et qui fait périr. En même temps on peut le traduire par une maladie de peau, par quelques eczémas, abcès, qui fondent, qui attaquent l'adversaire, mais dans une plus grande mesure il est question ici de bourdons, d'une force petite, mais très importune. Les bourdons, bien sûr, ne sont pas petits en tant qu'insectes, mais ce sont des êtres assez petits en comparaison de l'homme.

Trois peuples, n'est-ce pas ? Ce ne sont déjà plus sept peuples qui sont mentionnés ici, parce que ce sont ceux qui vivent du côté est du Jourdain ; les Cananéens vivent des deux côtés du Jourdain. C'est-à-dire que ces mêmes bourdons, taons, quoi que ce soit, ne passeront pas le Jourdain. En même temps, le Très-Haut dit ainsi :

לֹא אֲגָרְשֶׁנּוּ מִפָּנֶיךָ בְּשָׁנָה אֶחָת פֶּן־תִּהְיֶה הָאָרֶץ שְׁמָמָה וְרַבָּה עָלֶיךָ חַיַּת הַשָּׂדֶה׃

lo agarechénou mippanékha bechaná e'hát pen-tihyé ha'árets chemamá verabbá alékha 'hayát hassadé

29 Ce n'est pas en une seule année que Je les chasserai, afin que la terre ne soit pas déserte et que la bête des champs ne s'empare pas de toi (que les bêtes des champs ne prennent le dessus sur toi).

Le Très-Haut, bien qu'Il soit le Très-Haut, le Tout-Puissant, l'Omnipotent, dit : « J'agirai, on peut dire, à ta vitesse. Je viderai progressivement ce pays, à mesure que tu le conquerras, pour que la terre ne devienne pas déserte, pour qu'il n'y ait pas autour de toi de terre vide, dans laquelle domine la bête des champs.

מְעַט מְעַט אֲגָרְשֶׁנּוּ מִפָּנֶיךָ עַד אֲשֶׁר תִּפְרֶה וְנָחַלְתָּ אֶת־הָאָרֶץ׃

me'át me'át agarechénou mippanékha ad achér tifré vena'haltá et-ha'árets

30 Un brin, un brin (peu à peu), Je les chasserai de devant toi, jusqu'à ce que tu te répandes et que tu hérites (ou peuples) la terre.

Le Très-Haut dit : « À mesure que tu avanceras, l'ange marchera devant toi. Tu ne devras pas courir après lui à travers les buissons, à travers les ravins, il marchera à la vitesse à laquelle tu peux marcher. Je les chasserai progressivement ».

וְשַׁתִּי אֶת־גְּבֻלְךָ מִיַּם־סוּף וְעַד־יָם פְּלִשְׁתִּים וּמִמִּדְבָּר עַד־הַנָּהָר; כִּי אֶתֵּן בְּיֶדְכֶם אֵת יֹשְׁבֵי הָאָרֶץ וְגֵרַשְׁתָּמוֹ מִפָּנֶיךָ׃

vechattí et-gevoulekhá miyam-soúf ve'ad-yám pelichtím oumimmidbár ad-hannahár ki ettén beyedkhém et yochevé ha'árets vegerachtámo mippanékha

31 Et J'établirai tes frontières depuis la mer Rouge jusqu'à la mer des Pélichtim, et depuis le désert jusqu'au fleuve, car Je donnerai entre vos mains les habitants de cette terre, et Je les chasserai de devant ta face.

לֹא־תִכְרֹת לָהֶם וְלֵאלֹהֵיהֶם בְּרִית׃

lo-tikhrót lahém velelohehém berít

32 Ne conclus pas d'alliance avec eux et avec leurs dieux.

De quoi le Très-Haut parle-t-il ici ? Quand l'expulsion ne se produit pas tout de suite, quand nous voyons que le Très-Haut ne chasse pas tout de suite les peuples – et les voilà apparemment, les soi-disant Palestiniens, qui n'existent même pas du tout en tant que peuple, les voilà qui se sont proclamés peuple, ils vivent ici à côté de nous. Et on a très envie de dire : « Concluons avec eux quelque part en Norvège un accord de vie pacifique, mettons-nous d'accord ». Le Très-Haut dit : « Même si cette expulsion se fait progressivement, Je les chasserai, ne conclus pas d'alliance avec eux, ne conclus pas d'alliance avec leurs dieux. Que ce processus se déroule lentement, c'est dans l'ordre des choses, c'est pour ta sécurité, pour ta confiance en toi et, en partie bien sûr, pour l'épreuve de ta foi. C'est pourquoi ne conclus pas d'accord avec leurs dieux, ne te hâte pas ». Beaucoup de malheurs d'Israël sont arrivés parce qu'ils n'ont pas attendu un petit peu, un petit peu, que ce soit la sortie prématurée d'une partie du peuple hors d'Égypte (selon la tradition dont nous avons parlé dans le commentaire de 13,17), ou l'histoire du veau d'or, quand ils se sont lassés d'attendre Moché, ou le sacrifice de Cha'oul, quand il n'a pas attendu le prophète. Quelque part on a conclu une paix inutile, quelque part encore autre chose. Le Très-Haut dit ici : « Ne vous hâtez pas de conclure avec eux un accord de paix, Je les chasserai ».

לֹא יֵשְׁבוּ בְּאַרְצְךָ פֶּן־יַחֲטִיאוּ אֹתְךָ לִי כִּי תַעֲבֹד אֶת־אֱלֹהֵיהֶם כִּי־יִהְיֶה לְךָ לְמוֹקֵשׁ׃

lo yechevoú be'artsekhá pen-ya'hatíou otekhá li ki ta'avód et-elohehém ki-yihyé lekhá lemokéch

33 Ils n'habiteront pas dans ton pays, afin qu'ils ne t'entraînent pas dans le péché. Si tu te mets à servir leurs dieux, ce sera pour toi une mine, ce sera pour toi une tentation permanente.

C'est pourquoi ne te hâte pas, ne te hâte pas de conclure une alliance, ne te hâte pas de t'adapter à quelques conditions de ce monde là où l'accomplissement de la promesse de Dieu tarde, ou s'il nous semble qu'il tarde. Là où nous voyons non pas la main manifeste du Très-Haut, mais un ange de Dieu, ne te hâte pas de ne pas faire confiance.

Nous sommes du même sang, toi et moi

Chémot 24,1–18

Ainsi, dans les parties précédentes de notre section hebdomadaire, nous avons lu les instructions que le Très-Haut transmettait par Moché au peuple d'Israël concernant les fondements du système judiciaire, concernant les principes de résolution de diverses situations litigieuses, et nous avons lu aussi la promesse du Très-Haut au sujet de l'Ange qu'Il avait promis d'envoyer devant le peuple d'Israël. Au chapitre 24, le Très-Haut parle à Moché de la préparation à la montée sur la montagne.

וְאֶל־מֹשֶׁה אָמַר עֲלֵה אֶל־יְהוָה אַתָּה וְאַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא וְשִׁבְעִים מִזִּקְנֵי יִשְׂרָאֵל וְהִשְׁתַּחֲוִיתֶם מֵרָחֹק׃

ve'el-moché amár alé el-adonáy attá ve'aharón nadáv va'avihou vechiv'ím mizzikné yisraél vehichta'havitém mera'hók

1 Et (le Très-Haut) dit à Moché : « Monte vers le SEIGNEUR, toi et Aharon, Nadav et Avihou (Nadav et Avihou – ce sont les deux fils d'Aharon), et 70 anciens d'Israël, et prosternez-vous devant Moi de loin.

וְנִגַּשׁ מֹשֶׁה לְבַדּוֹ אֶל־יְהוָה וְהֵם לֹא יִגָּשׁוּ וְהָעָם לֹא יַעֲלוּ עִמּוֹ׃

veniggách moché levaddó el-adonáy vehém lo yiggáchou veha'ám lo ya'aloú immó

2 Moché montera seul (sur la montagne) vers le SEIGNEUR. Eux ne s'avanceront pas (ne s'approcheront pas), et le peuple n'ira pas avec lui (ne montera pas avec lui).

Tous ne monteront pas sur la montagne. Le peuple restera pour l'essentiel dans le camp, comme le peuple l'avait d'ailleurs demandé : il ne voulait pas monter, ne voulait pas gravir la montagne. Moché, Aharon, ses deux fils et les 70 anciens iront, ils se prosterneront devant le Très-Haut de loin. Ensuite, comme nous le verrons, Moché renverra les anciens au camp et ne montera qu'accompagné de Yéhochoua ben Noun. Yéhochoua montera jusqu'au milieu de la montagne. De cela, nous lirons encore, de tout cela. Ainsi, Moché a, somme toute, terminé l'audience auprès du Très-Haut.

וַיָּבֹא מֹשֶׁה וַיְסַפֵּר לָעָם אֵת כָּל־דִּבְרֵי יְהוָה וְאֵת כָּל־הַמִּשְׁפָּטִים וַיַּעַן כָּל־הָעָם קוֹל אֶחָד וַיֹּאמְרוּ כָּל־הַדְּבָרִים אֲשֶׁר־דִּבֶּר יְהוָה נַעֲשֶׂה׃

vayavó moché vaysappér la'ám et kol-divré adonáy ve'ét kol-hammichpatím vayá'an kol-ha'ám kol e'hád vayomeroú kol-haddevarím acher-dibbér adonáy na'assé

3 Moché raconta au peuple toutes les paroles du SEIGNEUR et tous Ses statuts (toutes Ses lois). Et tout le peuple répondit d'une seule voix et dit : « Tous les ordres qu'a ordonnés le SEIGNEUR, nous les accomplirons ».

Toutes les paroles – on peut rapporter cela aussi à la prophétie sur l'Ange. Toutes les lois – ce sont, à proprement parler, les lois michpatim, c'est précisément ainsi que s'appelle aussi notre section hebdomadaire. Et tous les 600 mille hommes lui répondirent en un chœur harmonieux, comme s'ils avaient répété pendant deux semaines : « Tous les principes que le SEIGNEUR a établis, nous les accomplirons ».Ici est employée la notion de davar – parole, dont il est dit : « Au commencement était la Parole » : la parole comme ordre, la parole comme instruction. L'équivalent du grec logos.

וַיִּכְתֹּב מֹשֶׁה אֵת כָּל־דִּבְרֵי יְהוָה וַיַּשְׁכֵּם בַּבֹּקֶר וַיִּבֶן מִזְבֵּחַ תַּחַת הָהָר וּשְׁתֵּים עֶשְׂרֵה מַצֵּבָה לִשְׁנֵים עָשָׂר שִׁבְטֵי יִשְׂרָאֵל׃

vayikhtóv moché et kol-divré adonáy vayachkém babbóker vayíven mizbéya'h tá'hat hahár ouchtém esré mattsevá lichném assár chivté yisraél

4 Et Moché écrivit toutes les paroles du SEIGNEUR. Et il se réveilla de bon matin, et bâtit un autel au pied de la montagne et douze stèles (douze monuments) pour les douze tribus d'Israël.

Toutes les lois énumérées, Moché les a écrites. À proprement parler, le livre de l'alliance – c'est un accord entre Israël et le Très-Haut. Ici nous lisons l'étonnant emploi du temps de Moché à la veille de sa montée sur la montagne. Faites attention : Moché a 80 ans, il n'est pas jeune, il est, bien sûr, encore un petit vieux plein d'entrain, le Très-Haut lui a conservé l'entrain et la plénitude des forces, et néanmoins il accomplit des choses étonnantes. Donc, il se leva le matin et bâtit un autel au pied de la montagne. L'autel, il pouvait le construire soit en pierres non taillées, c'est-à-dire qu'il lui fallait rassembler une quantité suffisante de pierres non taillées, soit amonceler un autel de terre. En tout cas, c'est un travail de longue durée. C'est ce que Moché a fait, on peut le dire ainsi, avant le petit-déjeuner, s'étant réveillé de bon matin. Combien de temps cela m'aurait pris, je ne peux pas me l'imaginer. Moi, bien sûr, je ne suis pas du tout tailleur de pierre, pas un homme de travail physique, mais Moché non plus n'est pas tailleur de pierre. De plus, ce qui est intéressant, Moché le fait lui-même. Moché est le leader d'une immense communauté religieuse, le rabbin d'une synagogue dans laquelle il y a 600 mille hommes. Et il n'a pas dit : « Mordékhaï, 'Haïm, Itsik, demain matin, pour 5 heures du matin, construisez-moi 12 autels selon un système d'ingénierie, pour que nous puissions y offrir un sacrifice ». Moché se lève lui-même de bon matin et construit ces autels.

וַיִּשְׁלַח אֶת־נַעֲרֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּעֲלוּ עֹלֹת וַיִּזְבְּחוּ זְבָחִים שְׁלָמִים לַיהוָה פָּרִים׃

vayichlá'h et-na'aré bené yisraél vaya'aloú olót vayizbe'hoú zeva'hím chelamímLa translittération de l'original écrit ici « chelachím » au lieu de « chelamím » (sacrifices de paix). Nous suivons l'hébreu. ladonáy parím

5 Et il envoya des jeunes gens – des fils d'Israël. Et ils firent monter des holocaustes, et offrirent des sacrifices de paix (des taureaux) au SEIGNEUR.

Les commentateurs disent que ces jeunes gens sont les premiers-nés des anciens, les premiers-nés des familles nobles, parce qu'en ces temps-là il n'y avait pas encore la Tente d'assignation, il n'y avait pas le service des kohanim, et c'étaient, comme nous le comprenons, les premiers-nés qui servaient. Le plus probable, c'est que 24 taureaux furent offerts en sacrifice : pour chaque tribu, près de chaque monument, près de chaque stèle, un taureau fut offert en holocauste et un taureau – en sacrifice de paix. Donc, notons cela dans cette sorte d'agenda conventionnel de Moché que nous établissons : se réveiller le matin, construire un autel, 12 monuments, envoyer des jeunes gens chercher des taureaux, offrir en sacrifice 12 taureaux. Et combien de temps vous accorderiez-vous pour une telle affaire ?

וַיִּקַּח מֹשֶׁה חֲצִי הַדָּם וַיָּשֶׂם בָּאַגָּנֹת וַחֲצִי הַדָּם זָרַק עַל־הַמִּזְבֵּחַ׃

vayikká'h moché 'hatsí haddám vayássem ba'agganót va'hatsí haddám zarák al-hammizbéya'h

6 Et Moché prit la moitié du sang, et les mit dans des coupes. La moitié du sang, il la versa sur l'autel.

Le mot agan signifie grand bassin, immense coupe. Nous savons par la chronique ougaritique que ce récipient lui-même pesait 30 kilogrammes. C'était une sorte d'immense citerne, et elle servait effectivement à la libation du sang sur l'autel. Il fallait la remplir rapidement de sang, puisque le sang est un produit très périssable, avec lui il faut agir très prestement. Donc, Moché remplit deux coupes.

וַיִּקַּח סֵפֶר הַבְּרִית וַיִּקְרָא בְּאָזְנֵי הָעָם וַיֹּאמְרוּ כֹּל אֲשֶׁר־דִּבֶּר יְהוָה נַעֲשֶׂה וְנִשְׁמָע׃

vayikká'h séfer habberít vayikrá be'ozné ha'ám vayomeroú kol acher-dibbér adonáy na'assé venichmá

7 Et il prit le livre de l'alliance, et le lut à haute voix au peuple, et ils lui dirent : « Tout ce qu'a dit le SEIGNEUR, nous le ferons et nous l'entendrons ».

Quel livre de l'alliance ? C'est ce qu'il avait écrit la veille au soir. C'est-à-dire que le point suivant au programme (outre le fait que Moché avait partagé le sang, l'avait versé dans les coupes, avait rassemblé tout le peuple) fut qu'il lut encore et expliqua à tout le peuple le livre de l'alliance.

Et le peuple répondit : « Nous ferons et nous entendrons ». Formulation très intéressante. On en parle beaucoup, il y a beaucoup de commentaires sur ce sujet, là encore, à la fois mystiques et simples. Na'assé – c'est ce que l'homme fait, son moyen de converser avec le Très-Haut. Nous parlons, nous transmettons, nous émettons une certaine information quand nous faisons quelque chose. Nous écoutons quand nous recevons de l'information, nous sommes dans l'inaction quand nous écoutons. C'est-à-dire que notre action, notre élan vers le Très-Haut naît avant Son ordre. Par notre première action, nous exprimons notre disposition à nous remettre nous-mêmes dans l'alliance avec le Très-Haut. Et le Très-Haut dit : « Si vous entendez en entendant… » D'abord nous décidons d'écouter, nous devenons tout ouïe, et ensuite nous entendons ce qu'Il dit.

וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת־הַדָּם וַיִּזְרֹק עַל־הָעָם וַיֹּאמֶר הִנֵּה דַם־הַבְּרִית אֲשֶׁר כָּרַת יְהוָה עִמָּכֶם עַל כָּל־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה׃

vayikká'h moché et-haddám vayizrók al-ha'ám vayomer hinné dam-habberít achér karát adonáy immakhém al kol-haddevarím ha'élle

8 Et Moché prit le sang, et le jeta sur le peuple (il en aspergea le peuple), et lui dit : « Voici le sang de l'alliance que le SEIGNEUR a conclue avec vous selon toutes ces paroles ».

Il y a des commentateurs qui disent : « Il le jeta sur le peuple peut se comprendre comme il le jeta pour le peuple ». Effectivement, on peut le comprendre ainsi. On peut comprendre que Moché a versé la seconde partie du sang pour le peuple sur l'autel. Pourquoi ? En quoi gêne la compréhension selon laquelle Moché a aspergé le peuple de sang ? À vrai dire, elle ne gêne en rien. Nous lisons que les kohanim aussi sont aspergés de sang. Mais le peuple compte 600 mille hommes, et asperger de sang 600 mille personnes – c'est techniquement très difficile à se représenter. Néanmoins nous parlons d'événements miraculeux, c'est pourquoi nous ne nous écarterons pas du sens simple. Moché a aspergé le peuple de sang. Et toutes les paroles que nous avons étudiées dans la section Michpatim – c'est un accord, le texte d'un accord entre le Très-Haut et le peuple d'Israël, qui dans ce cas est scellé par le sang.

Les commentateurs disent : « L'accord en trois parties est conclu et scellé par la circoncision, par l'ablution (nous avons parlé auparavant de ce que le peuple devait se laver et se préparer) et par l'aspersion de sang, parce que l'aspersion ne peut pas être sans ablution, seul un homme pur est aspergé ».

En quoi consiste l'essence de cette alliance ? On peut le comprendre de différentes manières. Les uns disent : « L'essence de l'alliance est dans l'imprécation. Comme ce sang a été versé, de même mon sang sera versé si je viole cette alliance ». C'est-à-dire que l'homme a senti ses vêtements se couvrir de sang et a dit : « Si je viole l'alliance, alors, comme ce sang a été versé, que mon sang aussi soit versé ». En d'autres termes, c'est un serment. D'autres disent : « C'est une sanctification. Par l'aspersion de sang, le peuple d'Israël est élevé à un niveau particulier de sainteté, sur lequel il est nécessaire de se tenir pour servir le Très-Haut ». Et la variante de compréhension de ce texte la plus simple, celle qui s'impose le plus : c'est ainsi qu'on faisait en général en Orient, et dans le contexte communément admis, c'est une sorte d'apparentement. Par ce sang, dont une partie est versée sur l'autel, dont une partie a servi à asperger le peuple d'Israël, une alliance de sang est conclue : Israël s'est apparenté au Très-Haut – nous sommes du même sang que Lui. Et c'est ainsi que l'alliance a été conclue. Nous avons devant nous l'un des événements les plus importants de l'histoire juive : dans l'histoire d'Israël et dans l'histoire du peuple de Dieu.

וַיַּעַל מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא וְשִׁבְעִים מִזִּקְנֵי יִשְׂרָאֵל׃

vayá'al moché ve'aharón nadáv va'avihou vechiv'ím mizzikné yisraél

9 Et montèrent (dans l'original il est écrit au singulier : et monta (montèrent comme un seul)) Moché, Aharon, Nadav, Avihou et soixante-dix anciens d'Israël.

וַיִּרְאוּ אֵת אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל וְתַחַת רַגְלָיו כְּמַעֲשֵׂה לִבְנַת הַסַּפִּיר וּכְעֶצֶם הַשָּׁמַיִם לָטֹהַר׃

vayir'oú et elohé yisraél vetá'hat ragláv kema'assé livnát hassappír oukh'étsem hachamáyim latóhar

10 Et ils virent le Dieu d'Israël, et sous Ses pieds comme une brique polie de lapis-lazuli, pur, comme la profondeur des cieux.

Naturellement, les commentateurs s'empressent aussitôt de nous assurer que ceux qui étaient venus n'ont vu que l'image du Dieu d'Israël, une certaine gloire du Dieu d'Israël.

 Une brique polie de lapis-lazuli – c'est l'une des variantes de traduction. D'autres commentateurs disent : « Le sapir est blanc, c'est pourquoi il est écrit “blancheur du saphir, blanc comme le saphir” » et ils comparent la blancheur du saphir à la blancheur de la perle. Les troisièmes disent : « Non, le saphir est en réalité rouge » et donnent eux aussi des exemples de sa description. C'est pourquoi une difficulté surgit toujours avec la traduction. Et très souvent on me demande : « Alex, quelle traduction est la meilleure ? » Et souvent, en traduisant à vue, on pense : « Et quelle traduction est la meilleure ? » Je peux me permettre le luxe de laisser trois variantes de traduction. Le traducteur qui fait une traduction écrite ne peut pas, n'a pas le droit, n'a pas la possibilité de se permettre un tel luxe. Il est obligé de choisir l'une des variantes. Et ce n'est pas toujours possible, parfois les variantes sont équivalentes. Nous le verrons encore pratiquement dans ces mêmes versets. Donc, qu'est-ce que livnat sapir ? Cela signifie-t-il blancheur du saphir ? Ou bien le mot livna signifie-t-il dans ce cas pierre travaillée, polie ? On ne peut pas le dire de façon univoque. Différents commentateurs donnent des arguments tout à fait justes dans un sens ou dans l'autre. Et même l'explication qui suit – pur, comme la profondeur des cieux – ne nous aide pas, puisque le ciel est rouge à l'aube, le ciel est blanc, clair, le ciel est, effectivement, couleur de lapis-lazuli, de couleur bleu ciel, et cela nous laisse dans un certain désarroi. Justement à l'endroit le plus intéressant (on est pourtant très curieux de jeter un coup d'œil et de voir à quoi cela ressemblait), nous restons dans un tel désarroi linguistique.

וְאֶל־אֲצִילֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֹא שָׁלַח יָדוֹ וַיֶּחֱזוּ אֶת־הָאֱלֹהִים וַיֹּאכְלוּ וַיִּשְׁתּוּ׃

ve'el-atsilé bené yisraél lo chalá'h yadó vaye'hezoú et-ha'elohím vayokheloú vayichtoú

11 Et sur les nobles d'entre les fils d'Israël (c'est-à-dire sur les anciens) il n'étendit pas la main. Et ils virent Dieu. Et ils mangèrent, et burent.

Le mot atsil – noble, de haute naissance – est un mot étonnant, il n'est employé, me semble-t-il, qu'ici, si l'on regarde toute l'Écriture. De quoi s'agit-il ici ? Les gens craignaient réellement de pouvoir mourir s'ils voyaient Dieu. Ici nous voyons que, par miséricorde, le Très-Haut n'a pas étendu la main sur ceux qui étaient avec Moché, bien qu'ils aient vu Son image. Et ils virent Dieu. Et ils mangèrent, et burent. Et ici nous tombons de nouveau dans le piège d'une traduction difficile. Certains commentateurs disent : « Ils voyaient l'image de Dieu, et ils la mangeaient et la buvaient. Ils essayaient de la manger et de la boire, ils la dévoraient tellement des yeux qu'ils voulaient la boire et la manger ». D'autres commentateurs disent qu'ils virent l'image de Dieu, mais que malgré cela (à la différence de Moché, qui pendant 40 jours sur la montagne ne mangera ni ne boira, comme s'il s'était transporté dans le monde angélique aux lois célestes) ils restèrent avec les lois terrestres, où la nourriture et la boisson sont nécessaires. Et alors la nourriture et la boisson signifient une simple nourriture et une simple boisson. De nouveau le texte nous laisse avec différentes variantes de compréhension, et comment traduire – c'est au traducteur de choisir, comment comprendre – c'est à celui qui comprend de choisir. Je me sens plus proche de la compréhension selon laquelle ils buvaient et mangeaient l'image même du Très-Haut, parce que cela a aussi des parallèles dans le Nouveau Testament.

וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה עֲלֵה אֵלַי הָהָרָה וֶהְיֵה־שָׁם וְאֶתְּנָה לְךָ אֶת־לֻחֹת הָאֶבֶן וְהַתּוֹרָה וְהַמִּצְוָה אֲשֶׁר כָּתַבְתִּי לְהוֹרֹתָם׃

vayomer adonáy el-moché alé eláy hahára vehye-chám ve'ettená lekhá et-lou'hót ha'éven vehattorá vehammitsvá achér katávti lehorotám

12 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Monte vers Moi sur la montagne et sois là, et Je te donnerai les tables de pierre, et la Torah, et le commandement que J'ai écrits pour les instruire ».

Les mots Torah et lehorotam – les instruire sont des mots de même racine. Le mot Torah peut signifier tirer, diriger (quand un homme tire, il imprime une accélération à quelque chose et donne un mouvement dans une direction déterminée). Le mot Torah peut signifier enfiler sur un fil, aligner en rang, de telle ou telle manière disposer quelqu'un. Certains (on peut considérer cela comme un midrach) interprètent le mot Torah à partir du mot or – lumière, c'est aussi possible. Le Très-Haut dit : « Je donnerai l'instruction que J'ai écrite pour leur instruction ».

וַיָּקָם מֹשֶׁה וִיהוֹשֻׁעַ מְשָׁרְתוֹ וַיַּעַל מֹשֶׁה אֶל־הַר הָאֱלֹהִים׃

vayákom moché vihochoúa mecharetó vayá'al moché el-hár ha'elohím

13 Et Moché se leva, et Yéhochoua, son serviteur, et Moché monta vers la montagne de Dieu.

Moché et Yéhochoua se séparent ici, ils vont monter sur la montagne de Dieu.

וְאֶל־הַזְּקֵנִים אָמַר שְׁבוּ־לָנוּ בָזֶה עַד אֲשֶׁר־נָשׁוּב אֲלֵיכֶם וְהִנֵּה אַהֲרֹן וְחוּר עִמָּכֶם מִי־בַעַל דְּבָרִים יִגַּשׁ אֲלֵהֶם׃

ve'el-hazzekením amár chevou-lánou vazé ad acher-nachoúv alekhém vehinné aharón ve'hoúr immakhém mi-vá'al devarím yiggách alehém

14 Et aux anciens il dit : « Restez dans ceci (la plupart des variantes de compréhension disent : “Pas ici, à mi-chemin, mais dans le camp : retournez au camp”), jusqu'à ce que nous revenions vers vous, et voici, Aharon et 'Hour seront avec vous, et celui qui aura des questions judiciaires montera (s'approchera) vers eux ».

 C'est-à-dire que Moché quitte le camp, apparemment pour 40 jours, et laisse à sa place comme suppléants Aharon et 'Hour. Pour Moché il est très important, comprenons-le, que dans le camp le tribunal soit maintenu, que soit maintenue la possibilité de s'adresser au tribunal, la possibilité de s'adresser pour obtenir des réponses divines, une décision de la part du Très-Haut. Moché ne laisse même pas le tribunal à ceux que, comme nous nous en souvenons, Yitro lui avait conseillés : les chefs de mille, les chefs de cent, les chefs de cinquante, les chefs de dix. Non, Moché a laissé les principaux, c'est-à-dire que le tribunal ne part pas en vacances à cause du congé du juge. Pour Moché il est important que reste une autorité en exercice, investie de droits.

וַיַּעַל מֹשֶׁה אֶל־הָהָר וַיְכַס הֶעָנָן אֶת־הָהָר׃

vayá'alDans la translittération de l'original, il manque une syllabe à ce mot. Nous suivons l'hébreu, comme au verset 13. moché el-hahár vaykhás he'anán et-hahár

15 Et Moché monta sur la montagne, et la nuée couvrit la montagne.

La nuée cacha Moché, mais sa rencontre avec le Très-Haut ne commence pas encore, Moché attendra.

וַיִּשְׁכֹּן כְּבוֹד־יְהוָה עַל־הַר סִינַי וַיְכַסֵּהוּ הֶעָנָן שֵׁשֶׁת יָמִים וַיִּקְרָא אֶל־מֹשֶׁה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מִתּוֹךְ הֶעָנָן׃

vayichkón kevod-adonáy al-hár sináy vaykhasséhou he'anán chéchet yamím vayikrá el-moché bayom hachevi'í mittókh he'anán

16 Et la gloire du SEIGNEUR s'installa (demeura temporairement) sur le mont Sinaï, et la nuée le couvrit pendant six jours, et le septième jour il appela Moché du milieu de la nuée.

Faites attention : il y a ici certains parallèles de l'accomplissement de quelque chose le septième jour, à commencer par la création du monde. Et le don de la Torah, lui aussi, se produit avec une préparation de six jours. Moché se prépare six jours, le septième jour le Très-Haut l'appelle à monter au sommet de la montagne, à entrer dans la présence de Dieu.

וּמַרְאֵה כְּבוֹד יְהוָה כְּאֵשׁ אֹכֶלֶת בְּרֹאשׁ הָהָר לְעֵינֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃

oumar'é kevód adonáy ke'éch okhélet beróch hahár le'ené bené yisraél

17 Et la vision de la gloire du SEIGNEUR, comme un feu dévorant, au sommet de la montagne sous les yeux des fils d'Israël.

Les fils d'Israël voyaient comme une flamme au sommet de la montagne où Moché était monté. Probablement, cela a ajouté à leur peur, à leur effroi, à leur tremblement, il est difficile de se représenter à leur place.

La Torah en 5 minutes

Dans la section hebdomadaire Yitro, nous avons lu comment le peuple d'Israël a reçu la Torah et s'est élevé, est monté à un très haut niveau de sainteté. Il semblerait qu'avec ce niveau de sainteté on puisse être un habitant des cieux et s'installer pour toujours dans le pays céleste, vivre à côté des anges à un tel niveau de sainteté. Mais notre section hebdomadaire Michpatim commence à nous enseigner que cette sainteté, il faut la porter dans notre corps terrestre, il faut la réaliser dans notre monde, dans la vie quotidienne, dans les questions les plus, les plus simples.

La section hebdomadaire commence par les questions de l'acquisition d'un esclave, de l'attitude envers l'esclave, de l'attitude envers celui qui dépend de toi, dont tu es le chef. Que faire d'un homme qui a volé, comment se comporter envers les besoins de l'épouse (jusqu'à sa satisfaction). Dans chaque détail de la vie profane, quotidienne, la sainteté de la Torah doit être manifestée. Tout est décrit par la loi, et à chaque moment de notre vie nous pouvons voir comment agir selon la Torah, comment agir conformément à la révélation de la sainteté dans ce monde.

Et quand nous lisons cela, il peut naître une telle crainte ou inquiétude, que tous doivent être identiques. Puisque les lois sont standard pour tous, que les lois sont les mêmes pour tous, alors les gens aussi doivent être identiques. Ils doivent s'habiller de la même façon, parler de la même façon, penser de la même façon. La loi est bien la même, donc tout doit être identique.

Au chapitre 23, au verset 2, nous lisons :

לֹא־תִהְיֶה אַחֲרֵי־רַבִּים לְרָעֹת וְלֹא־תַעֲנֶה עַל־רִב לִנְטֹת אַחֲרֵי רַבִּים לְהַטֹּת׃

lo-tihyé a'hare-rabbím lera'ót velo-ta'ané al-rív lintót a'haré rabbím lehattót

2 Ne suis pas la majorité vers le mal et, si l'on te demande ton avis, ne donne pas de réponse évasive.

Ce verset peut être divisé en deux parties.

Ne suis pas la majorité vers le mal. Il arrive une situation où il nous semble que la majorité des gens ne pense pas comme nous. Mais ils sont la majorité, ils sont intelligents, ils sont instruits, et, bien que le cœur dise : « Ils se trompent, ils font le mal », on peut se persuader soi-même et dire : « Mais qui suis-je pour discuter avec eux ? Qui suis-je, pourquoi en ai-je besoin ? » – et les suivre, parce qu'un milliard de Chinois ne se trompe pas, mille rabbins ne peuvent pas se tromper, je vais les suivre. Or la Torah dit : « Non, ne suis pas la majorité, si tu penses qu'ils se trompent ». Le Talmud parle de la manière dont cela s'applique au tribunal : on ne peut pas prononcer contre un homme une condamnation à mort à une majorité d'une voix, on ne peut pas décider cela à la majorité simple. Pour prononcer une condamnation à mort, il doit y avoir une majorité de trois voix. Nous ne devons pas être d'accord avec la majorité uniquement parce qu'elle est la majorité, nous ne devons pas nous ajuster à un standard déterminé, nous ne devons pas penser comme la majorité.

Mais notre verset a aussi une suite.

Et si l'on te demande ton avis, ne donne pas de réponse évasive. C'est-à-dire, ne pense pas : la voilà, la majorité, et que va-t-on penser de moi maintenant, que va-t-on me faire maintenant… Si l'on t'a demandé ton avis et que ton avis est opposé à l'avis de la majorité, n'aie pas honte, n'aie pas peur : tu es tenu d'exprimer ton avis. Tu es tenu d'être toi-même, tenu de manifester ta foi, ton avis, parce que tu es une créature de Dieu, et si quelque chose a été placé en toi, une certaine compréhension autre, alors c'est le Très-Haut qui l'a placée en toi.

L'unité du peuple n'est possible que lorsque tu peux exprimer ton avis sans craindre qu'on ne l'entende pas maintenant, peut-être l'entendra-t-on plus tard. Ne sois pas comme tout le monde, ne t'adapte pas à tous, tu es tenu, tu dois être toi-même. Et dans tes pensées, et dans tes conversations, tu ne dois craindre personne, mais à l'autre homme aussi tu es tenu de donner le droit d'être lui-même. Tu dois comprendre qu'il peut se trouver un autre homme – intelligent, sincère, non acheté, instruit, pensant autrement que toi, et même autrement que la majorité de tes coreligionnaires, la majorité de tes amis.

La Torah enseigne que l'unité des hommes saints, c'est l'unité d'hommes saints différents. Cette différence-là, la vérité intérieure, sa propre vérité intérieure, sa révélation de la sainteté, il faut la préserver.

Une échelle pour revenir

D'une manière générale, en parlant de la section hebdomadaire Michpatim, il faut dire que c'est la section préférée des sages juifs. Dans cette section, il y a énormément de lois diverses : sur le voleur dans le tunnel, sur les prêts, sur la réparation des dommages… Simplement de nombreuses lois. Beaucoup de sages, quand ils en parlent, s'expriment dans l'esprit de : « Comme notre Torah est belle ». Et, effectivement, on peut voir ici beaucoup de ce qui était une loi révolutionnaire pour l'époque du don de la Torah ; beaucoup de ce par quoi les lois de la Torah se distinguaient des lois des peuples environnants. Ainsi, par exemple, dans les lois des peuples environnants, il y avait une différence selon la personne contre qui le crime était commis. La sentence pour un homme qui avait volé une chèvre à un prêtre ou à un roi était autre que pour un homme qui avait volé un bélier ou une brebis à un homme du peuple. Il en était ainsi chez tous les peuples, et seule la Torah ne fait pas de différence en cela. La Torah est aussi la seule loi qui interdise de prêter de l'argent à intérêt. Et en même temps, tout en comprenant que ces lois se distinguent fortement des lois du monde environnant, on ne peut pas partager en tout la joie des sages.

Dans l'Épître aux Galates, Paul dit que la loi a été donnée à cause des transgressions. En quoi consiste l'essence de ce que dit Paul ? Si un homme vit de l'amour pour le Très-Haut, si le Très-Haut est pour lui Roi, alors un tel homme n'a pas besoin d'une loi sur ce qu'il faut faire s'il a volé une brebis : il ne la volera tout simplement pas. Si un homme aime le Très-Haut, il ne prêtera pas d'argent à intérêt, il n'est pas nécessaire de le lui interdire.

C'est pourquoi la Torah est justement la loi donnée à cause des transgressions. C'est-à-dire que l'homme s'est avéré incapable de se tenir dans cette sainteté à laquelle il est appelé. Le peuple d'Israël ne s'est même pas avéré prêt à parler directement avec le Très-Haut. Le peuple d'Israël a demandé que Moché soit l'intermédiaire. Le peuple d'Israël ne pouvait pas accepter le Très-Haut comme Roi. Nous voyons qu'Israël s'indigne constamment tantôt d'une chose, tantôt d'une autre. Et quand nous disons maintenant que cela se produisait avec Israël, nous devons comprendre que c'est un exemple, somme toute, de toute la nature de l'humanité, de la nature de tout homme.

Et du fait que le peuple s'est ainsi détaché (et en la personne du peuple, nous parlons de nouveau non de la nature juive, mais de la nature humaine universelle ; ce n'est pas Israël qui s'est détaché, c'est l'humanité qui s'est détachée), il était nécessaire de donner une échelle par laquelle on peut remonter vers le Très-Haut. En ce sens, la loi est bonne, parce qu'elle permet à l'homme qui a péché de revenir de nouveau dans la sainteté. Si un homme, oubliant l'amour de Dieu, a volé une brebis, il n'est pas condamné à un reniement éternel du Très-Haut, il peut revenir par la réparation du dommage. C'est pourquoi Paul dit que la loi est bonne.

Mais qu'est-ce qui n'est donc pas bon ? Qu'y a-t-il donc de mauvais dans toute cette histoire ? C'est la nature humaine. La nature humaine, qui n'a pas permis à Dieu de vivre dans l'homme, s'est avérée non prête à communiquer avec Dieu. Et pour cette raison, des transgressions ont été commises.

Quel est donc le chemin pour le croyant ? Il est clair qu'il vaut mieux pour le croyant ne pas se retrouver dans une situation où il doit réparer le dommage pour une brebis. Pour cela, le commandement « Ne vole pas » suffit. Même depuis le moment où le Machia'h s'est révélé à nous, nous pouvons trouver en nous que parfois nous nous détachons du Très-Haut. Et l'apôtre Paul dit que nous péchons beaucoup. Grâce au sacrifice de Yéchoua, nous pouvons aujourd'hui ne pas chercher de sacrifice pour le péché au Temple. Néanmoins le péché reste toujours un péché. Dans l'homme qui pèche, Dieu ne vit pas. Un tel homme peut rétablir la présence divine par la repentance. Mais puisque chez nous, croyants d'aujourd'hui, il se trouve encore des transgressions, pour nous, croyants, la loi reste toujours actuelle. Parce que nous ne faisons encore qu'accomplir notre salut. En nous, la guerre contre le péché ne fait encore que s'accomplir. C'est pourquoi la loi est toujours bonne pour nous, comme l'écrit d'ailleurs Paul.

Mais, en lisant notre section hebdomadaire et en admirant la sagesse de ces lois, nous devons comprendre que le don de ces lois, c'est une grâce du Très-Haut, qui nous a été accordée pour la victoire sur la nature pécheresse, une grâce envers les pécheurs. Si la grâce du Très-Haut suscite vraiment l'admiration, la condition pécheresse de l'homme, que nous non plus n'avons pas encore surmontée en tout jusqu'à présent, suscite la tristesse et le regret. Le plan du Très-Haut s'est tout de même réalisé – le Machia'h est venu sur cette terre et s'est offert lui-même en sacrifice. Mais en même temps, nous n'avons pas encore fait notre part. C'est-à-dire que notre nature n'est pas encore changée définitivement. C'est pourquoi on peut admirer la grâce du Très-Haut.

Digest

La section Michpatim (21,1–24,18) est pleine de commandements liés à la jurisprudence juive. Elle contient un peu plus de cinquante commandements, et elle se trouve à la quatrième place parmi toutes les cinquante-quatre sections de la Torah par le nombre de commandements, précisément de commandements pratiques.

Cette section commence par les paroles du Très-Haut, qui s'adresse à Moché et dit : « Voici les commandements que tu placeras devant eux, tassim lifnéhem – tu placeras devant leurs faces ». De quoi cela parle-t-il ? Et pourquoi est-ce que le Très-Haut ne dit pas : « Je place devant leurs faces », mais parle littéralement de la médiation de Moché ? Dans le peuple, dans le peuple de Dieu – d'abord dans le peuple juif, ensuite dans un sens plus élargi – il existe deux types d'âme, deux niveaux d'âme. Et avant d'approfondir ce sujet, je dirai que nous ne parlons pas d'âmes plus hautes et d'âmes plus basses. Toute âme, dans sa croissance, peut atteindre n'importe quel niveau. Le midrach Tana Déveï Éliyahou dit que le dernier des païens peut commencer à grandir et surpasser en sainteté le grand prêtre. Mais, du point de vue de la croissance, il y a deux niveaux d'âmes. Les unes, et elles sont très peu nombreuses, atteignent un tel niveau de compréhension du Très-Haut qu'elles ne savent pas seulement que le Très-Haut dirige le monde, gouverne le monde, mais qu'il leur est littéralement donné de sentir la présence, d'entrer en contact avec Lui, de se lier à Lui. L'autre partie des âmes se trouve dans cet état où elles savent au sujet du Très-Haut, elles savent tout aussi bien qu'Il dirige le monde, mais il ne leur est pas encore donné cette vision et cette connaissance du Très-Haut par lesquelles on peut atteindre un contact direct avec le Très-Haut. Et voilà, pour de telles personnes « novices », la conduite de Moché est nécessaire. Cela enseigne d'un coup deux choses : d'une part, l'homme peut croître et s'élever en commençant à partir de n'importe quel niveau, et d'autre part, aucun niveau ne nous donne le droit de nous élever au-dessus des autres. Et Moché sert ces commandements comme on sert à manger aux gens. Moché, comme un serveur, est au service des plus petits pour qu'ils voient les commandements, il sert d'instrument pour qu'ils connaissent le Dieu Vivant. De cela (Mt 20,26) parle aussi Yéchoua : « Que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur ».

La Michna dit que Moché transmit la Torah à Yéhochoua ben Noun, celui-ci la transmit aux anciens, et ensuite une longue, longue tradition a conservé pour nous et la Michna, et le Talmud, et les nombreux midrachim. Il arrive souvent que des gens des communautés messianiques les quittent et s'en aillent à la synagogue en disant : « Là-bas, chez eux, chez les Juifs, il y a des réponses à toutes les questions, et nous ici, à nos questions, on ne nous répond pas ». Pourquoi cela arrive-t-il ? Toutes ces années, à partir de l'époque de la Michna, les sages ont consigné l'expérience de la communion avec Dieu. Cette expérience s'est constituée d'abord en Michna, ensuite en Talmud, ensuite en de nombreux livres pour la compréhension du Talmud. Ainsi, nous, quand nous venons échanger avec un rabbin, nous n'échangeons pas avec un seul homme, mais avec de nombreuses, nombreuses générations de gens qui cherchaient et connaissaient Dieu. Mais c'est un bâton à deux bouts : depuis le moment où les sages ont commencé à mettre la Torah par écrit, ils ont systématisé l'expérience de la connaissance de Dieu, mais la connaissance de Dieu elle-même a cessé. Imaginez que vous vous intéressez à Pouchkine. Vous allez au magasin et vous achetez le livre « Pouchkine dans les souvenirs de ses contemporains ». Et vous lisez les souvenirs de tous ses amis (et de Küchelbecker, et de beaucoup d'autres), et une certaine image de Pouchkine peut se former chez vous. Mais Pouchkine est mort depuis longtemps, alors que le Très-Haut est vivant. La tradition juive conserve une immense expérience de communion avec Dieu, mais, pour la plus grande part, pour beaucoup de rabbins cette expérience est déjà dans le passé. Sur la base des rencontres passées, les sages conservent les impressions de cette expérience et les connaissances sur Dieu. Dieu nous garde de négliger cela, c'est une connaissance très importante et utile, c'est sur elle que la tradition est fondée, c'est pourquoi elle se transmet de génération en génération. Et il est précieux, et infiniment important d'apprendre auprès des rabbins, de connaître le point de vue juif. Particulièrement importantes sont la méthodologie et la logique – la manière dont nous connaissons, dont nous percevons le monde. Mais en même temps, par Yéchoua, un immense avantage nous est donné. Oui, d'une part (c'est ce que dit aussi Paul), c'est un immense avantage d'être Juif, parce qu'ils sont les gardiens, les gardiens de l'expérience. D'autre part, la foi en Yéchoua nous donne la possibilité de nous approcher du Très-Haut et de faire connaissance avec le Très-Haut. En reprenant l'exemple de Pouchkine, c'est comme si vous connaissiez Pouchkine vivant et comme si vous lisiez sur Pouchkine dans les souvenirs des contemporains. Par Yéchoua, par la foi en Lui, nous pouvons avoir avec Dieu une communion vivante, monter aux niveaux de Sa compréhension, et nous pouvons (sans nous élever au-dessus des autres, Dieu nous en garde) servir avec une immense sollicitude ceux qui ne L'ont pas encore compris. Mais, d'autre part, cela ne signifie pas que, puisque nous croyons en Yéchoua, nous comprenons déjà automatiquement Dieu et que Dieu parle en nous. La rencontre avec Dieu – c'est un immense, long, dur travail sur soi, la transformation de soi en un vase dans lequel Dieu demeurera et qui pénétrera en Dieu. Comme on dit : « Ce n'est pas seulement vous qui connaissez Dieu, mais Dieu aussi vous connaît ». C'est très important.

Et voilà, c'est à peu près cette tâche qui avait été confiée à Moché. Mais si Moché est appelé ich élohim, homme-dieu, alors en Yéchoua s'est incarné le Dieu-homme. C'est un tout autre niveau de présence du Divin dans l'homme, c'est-à-dire que par Yéchoua s'est ouverte une révélation bien plus grande du Très-Haut. Et ce qu'il y a d'important que nous pouvons tirer de la crucifixion, de la mort et de la résurrection de Yéchoua, du sacrifice de Yéchoua, c'est que par Lui (si nous avons été crucifiés avec Lui, sommes morts avec Lui et ressusciterons avec Lui) nous recevons l'accès au Très-Haut, nous pourrons avoir avec Lui une communion vivante.

Quand un homme, n'ayant pas une telle communion, ne recevant pas du Très-Haut de réponse à ses questions, se tourne vers la synagogue et y trouve effectivement des réponses à ses questions, alors il ne lui est pas difficile de quitter ce Yéchoua, disons-le entre guillemets, « qui ne fonctionne pas », et de s'en aller à la synagogue. Mais si nous saisissons correctement le sacrifice de Yéchoua, alors nous avons avec Dieu une communion vivante. Et, ayant cette communion, nous pouvons servir nos frères plus petits – ceux qui ne font qu'aspirer à cette communion. Et c'est de cela, à proprement parler, que parle la section.

Maintenant un peu sur les commandements eux-mêmes. Tout au début de la section, la Torah parle de l'esclavage, et c'est étonnant pour nous. À l'heure actuelle, l'esclavage est officiellement aboli dans le monde entier. Mais aucune société ne se construit, ne naît en un jour. La Torah n'est pas un document révolutionnaire qui transforme d'un coup l'homme et l'humanité. La Torah nous est donnée pour le travail sur nous-mêmes. La Torah nous éduque, pour que nous nous éduquions nous-mêmes, pour que la société qui s'est éduquée elle-même renonce à l'esclavage. On peut dire que les lois de l'esclavage nous ont été données pour qu'elles soient ensuite abolies, parce que le désir du Très-Haut – c'est l'abolition de l'esclavage dans le monde. De quoi s'agit-il ? Yéchoua, répondant à la question sur le divorce, dit ceci : « Moché (la loi de Moché), à cause de la dureté de votre cœur, vous a permis de divorcer ». Comme nous l'avons dit au début, Moché était comme un serveur, et il devait faire parvenir à ceux qui ne comprenaient pas, à ceux qui n'étaient pas à la hauteur, le sens de la Torah. Et, puisqu'ils avaient encore le cœur dur, il leur a permis certaines choses. Et de la même manière a été permis l'esclavage.

Encore un détail important, révolutionnaire, que la Torah proclame dans cette section, un commandement important – c'est la peine de mort : la Torah dit que quiconque tue doit être tué, s'il a tué avec préméditation. Pourquoi est-ce révolutionnaire ? Nous pouvons dire : voilà, bien plus tôt (ou pas beaucoup plus tôt), dans les lois de Hammourapi, la peine de mort pour meurtre était déjà inscrite. Mais les lois de Hammourapi faisaient une distinction entre riches et pauvres, distinguaient les gens selon les classes sociales. C'est pourquoi celui qui avait tué un homme de la classe des indigents pouvait s'en tirer simplement avec une amende. De même, celui qui avait tué l'esclave d'autrui dédommageait simplement le propriétaire de l'esclave. Dans ce cas, la Torah dit que, tout à fait indépendamment de la classe sociale, tout à fait indépendamment de la situation financière, l'homme répond du meurtre d'un autre homme, il en répond de sa vie. La Torah place la barre très haut et dit que même un kohen, on peut le prendre de l'autel, c'est-à-dire même le kohen gadol, bien que ce soit le statut le plus élevé à ce moment-là dans le peuple d'Israël. On peut le tirer du Saint des Saints pour le livrer à la peine de mort, s'il a tué quelqu'un.

Il y a dans notre section un commandement sur lequel beaucoup trébuchent : c'est le commandement dent pour dent, œil pour œil. Ce commandement suscite énormément de disputes. Au départ, il semble aux gens qu'il s'agit au sens littéral de ceci : si un homme a crevé un œil à quelqu'un, alors on lui crève un œil, s'il a arraché une oreille – on lui arrache, on lui coupe une oreille, et ainsi de suite. Selon cette logique, il en ressort que si un homme a crevé les deux yeux à quelqu'un et, en punition, est lui-même resté sans yeux, alors il a déjà un abonnement pour l'avenir, et il peut tranquillement crever les yeux à qui il veut et autant de fois qu'il veut. Comme dans le slogan publicitaire : Buy two, get one free (Achetez-en deux et recevez le troisième gratuitement). Mais, heureusement, il n'en est pas ainsi. La Torah parle dans ce commandement de la réparation du dommage. L'homme qui est resté sans œil peut perdre son travail, c'est-à-dire subir un préjudice, il peut être privé de sa subsistance, lui et sa famille. C'est pourquoi Dieu dit que l'homme qui a subi une mutilation doit recevoir une compensation financière. Quel profit pour l'homme à qui on a crevé un œil, si l'on crève aussi un œil à l'offenseur ? Cela ne l'aidera pas à rapporter à la maison sa subsistance, ne l'aidera pas à nourrir sa famille et ne l'aidera même pas à se soigner un peu. C'est précisément pourquoi la Torah parle d'une compensation en argent.

C'est l'occasion de remarquer que beaucoup disent : « Voilà, soi-disant, la loi juive, elle ne parle que d'argent et d'argent ». Le fait est que l'argent correspond, dans notre monde, à l'élément de la bonté du Très-Haut. Si tout le monde travaille bénévolement, comment le travail sera-t-il évalué ? La grâce du Très-Haut, c'est qu'à l'aide de l'argent, par les finances comme mesure commune, comme convention commune, on peut s'entendre sur la valeur du travail. Comme toute grâce, comme toute bonne chose, cette chose aussi peut être utilisée pour nuire, et elle est souvent utilisée pour nuire, disons, au profit d'une grâce alternative. Mais tout de même, l'argent, c'est une manifestation de la bonté. Il n'y a aucune interdiction, il n'y a rien de mal à exiger une compensation, à exiger de l'argent pour son travail, à recevoir de l'argent pour son travail, à chercher un meilleur salaire, à chercher le succès pour son entreprise, à s'enrichir, à prospérer, et ainsi de suite. Le Très-Haut prend soin de cela. La seule chose qu'il faut se rappeler, c'est que la source de l'argent – elle est chez le Très-Haut, la source de la grâce – elle est chez le Très-Haut. Et, bien entendu, s'appuyer sur Dieu, et non sur l'argent, ce dont Yéchoua parle aussi dans l'exemple du riche, du chameau et du chas de l'aiguille. D'ailleurs, remarquons entre parenthèses : il n'y a jamais eu à Jérusalem de porte de l'Aiguille, il n'existe à ce sujet aucune donnée historique, c'est simplement une vieille fable, et Yéchoua dit réellement cette métaphore insupportable sur le chameau et les chas d'aiguilles.

Encore un commandement important dont nous parlerons avec vous, c'est le commandement ne pas suivre la majorité pour le mal. Qu'est-ce que cela signifie ? Souvent, par notre nature humaine, nous ne voulons pas nous retrouver dans la minorité. Quelque chose nous semble juste, mais en regardant comment la majorité décide, nous voulons nous aussi décider comme eux. Il est particulièrement difficile de défendre sa position dans la solitude. La Torah dit que l'homme ne doit pas se joindre à la majorité seulement parce qu'elle est la majorité. On ne peut pas se considérer dans l'erreur seulement parce que la majorité des gens pense autrement. Mais c'est une indication générale pour la vie. Et dans notre section, la Torah parle du tribunal.

En quoi consiste la situation, quelle est la particularité dans le cas du tribunal ? Le tribunal juif peut être composé de vingt-trois (le Petit tribunal) ou de soixante et onze personnes (le Grand tribunal). Et quand le tribunal décide de condamner un homme à mort, de prononcer la sentence à la majorité des voix – par exemple, douze contre onze, alors par une telle majorité cela ne se décide pas. Pour condamner réellement un homme à la peine de mort, il doit y avoir treize contre dix dans le Petit tribunal ou trente-sept contre trente-quatre dans le Grand tribunal. C'est ce qu'on appelle la majorité qualifiée. Simplement avec l'avantage d'une seule voix, on ne peut pas priver un homme de la vie, parce que ce serait aussi suivre la majorité pour le mal. Et que se passe-t-il si, dans un tribunal composé de vingt-trois ou de soixante et onze, tous décident à l'unanimité de condamner l'homme ? Dans ce cas, l'homme est déclaré innocent et remis en liberté. Pourquoi cela ? Parce qu'une telle répartition signifie que les juges n'ont pas été attentifs à acquitter l'homme. Imaginez qu'au tribunal soient présents des étudiants en droit. Si l'un de ces étudiants exprime une opinion en faveur de l'accusé, on l'introduit aussitôt dans la composition du tribunal, parce que le tribunal préfère la clémence au châtiment. S'il y a une quelconque possibilité d'acquitter, alors à l'homme qui peut le faire on donne la possibilité d'entrer aussitôt dans la composition du tribunal. Et c'est très important.

D'autre part, ici même la Torah dit de ne pas altérer le jugement en faveur du pauvre. Il y a toujours la tentation d'altérer le jugement en faveur d'un homme riche, pour complaire à un homme riche. Il est clair que c'est mal, et la Torah en parle aussi quand elle ordonne de renoncer à la corruption. Mais il y a aussi le danger d'avoir pitié d'un homme, d'un pauvre qui a volé un riche, et de lui pardonner, de dire que le riche a déjà beaucoup. La Torah l'interdit. Mais dans les situations de la vie courante, nous aussi, nous commettons souvent les mêmes erreurs. On m'a raconté une anecdote, une histoire, disons-le ainsi, sur une famille qui avait déménagé de Russie en Belgique. Ils avaient un petit garçon de trois à cinq ans, qui apprit vite la langue, s'adapta et alla au jardin d'enfants. À la lumière des particularités de l'éducation russe ou familiale, en cas de conflit il frappait aussitôt ses adversaires au visage, à l'horreur des éducatrices belges. Naturellement, chaque fois on convoquait les parents, et à un certain stade les parents eurent une conversation avec lui. Un certain temps passa, et les éducateurs convoquèrent de nouveau les parents au jardin d'enfants et dirent : « Votre garçon, il souffre de tout le monde, tout le monde le frappe, et ainsi de suite. Peut-être qu'il s'est corrigé, mais il s'est vraiment un peu trop corrigé ». Les parents se mirent à parler avec le garçon, et le garçon leur répondit : « J'ai compris – dit-il – que les Belges, ils se mettent toujours du côté de celui qui crie le plus fort. C'est pourquoi, dans les disputes, je continue à donner un coup au visage à l'adversaire, mais je me mets aussitôt à crier, comme le plus offensé, et ils se mettent de mon côté ». Une telle sotte habitude humaine – sympathiser avec celui qui crie le plus fort – peut conduire à ce que nous sympathisions avec un homme simplement parce qu'il est pauvre ou se présente comme pauvre. Nos adversaires et les adversaires d'Israël dans le processus de paix aiment aussi exhiber leur pauvreté, et l'Europe leur fait grâce exactement de la même manière. Dieu n'est pas pacifiste, et Dieu est miséricordieux envers les justes, et non envers les indigents. Miséricordieux aussi envers les indigents, en les nourrissant, mais pas dans les questions de jugement. À l'homme, indépendamment de la classe, indépendamment du statut, s'appliquent les mêmes lois.

Cela concerne aussi Michpatim 22,20 et l'étranger, ne le moleste pas et ne l'opprime pas. Cela ne signifie pas, comme on l'interprète souvent aujourd'hui, que les étrangers doivent aussitôt tout observer, comme l'observent les Juifs. Cela signifie qu'au tribunal nous ne molestons pas l'étranger. Si l'étranger a volé, il ne reçoit pas plus que les autres. Si l'on a volé un étranger, cela ne reste pas impuni, exactement comme si l'on avait volé un Juif. C'est-à-dire un tribunal juste à tous égards. Le tribunal recherche et se fonde uniquement sur les dépositions de témoins dignes de confiance, respectés et honnêtes, ayant une bonne réputation. Ils doivent être au moins deux pour condamner un homme. Plus encore, pour appliquer à un homme la peine de mort, ces gens doivent d'abord venir trouver celui qui pourrait être condamné et lui dire : « Ce que tu fais mérite la peine de mort ». Cela s'appelle « l'avertissement ». S'ils ne l'ont pas averti, il n'est pas passible de châtiment. Les tribunaux s'efforcent au maximum d'éviter la peine de mort. Les tribunaux essaient au maximum d'accomplir les indications de la Torah orale, des sages : chaque fois juger l'homme dans le sens de l'acquittement, chaque fois essayer de trouver une justification. Expliquer la position de l'homme, le comprendre et essayer de ne pas le condamner – c'est la position que prescrit la Torah. C'est pourquoi Yéchoua aussi nous a prescrit de prier : « Pardonne-nous nos dettes, comme nous aussi pardonnons à nos débiteurs ». Et en même temps, quand la peine de mort est nécessaire, elle doit être appliquée. Comme nous l'avons déjà dit, les témoins doivent être au minimum deux, mais ce ne peuvent pas être des femmes, le tribunal n'accepte pas le témoignage des femmes. Et l'une des raisons consiste en ce que celui qui témoigne contre un homme participe lui-même à son exécution. Et pour en épargner les femmes, pour lesquelles, selon le regard des sages, l'exécution contredisait leur nature même (c'est la même chose que de s'imaginer une femme fossoyeuse), les sages ont dispensé les femmes du témoignage. C'est-à-dire non parce qu'elle est si légère, non parce qu'elle est si sotte, mais parce qu'elle est si tendre et a besoin d'une plus grande protection. Et tout cela, nous venons d'en parler à propos des commandements pour le tribunal.

Encore un commandement que nous pouvons examiner, c'est le commandement la devineresse, ne la laisse pas en vie (mékhachéfa lo té'hayé). Qui appelons-nous devineresse ? Quel est le sens de la divination ? Aujourd'hui, des devineresses, ou des sorcières, ou des gens qu'on peut soupçonner de cela, il y en a beaucoup. Si vous êtes venus chez un homme, lui avez demandé quelque chose, et qu'il vous a donné une petite herbe, alors il est peut-être médecin. Si nous sommes venus chez un homme pour un conseil, et qu'il nous a donné un conseil, alors il est peut-être rabbin, peut-être enseignant, peut-être psychologue. Qui est une devineresse ? Où se trouve la frontière entre la magie et la sagesse, entre la magie et, disons, la sensibilité, quand l'homme ressent le Très-Haut (nous en avons parlé au début), entre la magie et la prophétie ? Le mot mékhachéfa (devineresse, magicienne) remonte sémantiquement, du point de vue de l'interprétation juive, au mot léhakh'hich (nier). Si l'homme qui nous donne des conseils, auquel nous nous adressons pour obtenir de l'aide, nous éloigne du Très-Haut, nie la direction divine du monde et, à partir de cette position, dit : « Dieu t'a puni, et moi je vais t'aider » ou « Nous pouvons ici diriger la volonté du Très-Haut », voilà, cet homme est appelé magicien. Le mot mékhachéfa est employé au féminin dans un sens collectif, comme par exemple le mot poisson : pas un seul poisson, mais justement le poisson au pluriel, beaucoup de poisson. Ainsi, en hébreu, on peut dire mékhachéfa à propos de tous les magiciens et de tous ceux qui s'occupent de telles choses.

Encore un commandement qui indigne beaucoup les féministes, c'est le commandement sur la jeune fille qu'on a séduite et qu'ensuite on donne en mariage par décision du père. L'indignation des féministes, et pas seulement la leur, est naturelle. Tout homme s'étonnera et dira : « Et pourquoi est-ce le père qui décide pour la jeune fille ? » Et si nous lisons attentivement, nous verrons que la jeune fille, on l'a déjà séduite, elle est déjà séduite, et dans cet état elle ne peut parfois pas décider raisonnablement, elle n'est pas objective, elle est déjà, peut-on dire, charmée par quelqu'un. Oui, bien sûr, la liberté lui est donnée, et elle peut décider pour elle-même. Mais il sera plus juste que le père intervienne dans l'affaire, lui qui pourra parler avec son fiancé potentiel un peu autrement qu'elle-même. Lui, en tout cas, peut être plus objectif. Et la jeune fille elle-même, du fait qu'elle est séduite, est par là même privée de la liberté de volonté pour décider pour elle-même.

Pour conclure, j'aimerais parler de la manière dont le Très-Haut parle avec Moché et lui promet d'envoyer un ange devant le peuple. Il existe un large éventail d'opinions sur la question de savoir quel est précisément cet ange. Certains pensent que c'est l'ange Mikhaël, certains pensent que c'est Éliyahou, d'autres disent que c'est la Torah et la Loi, certains disent que c'est Métatron. Moi, quand je cherchais la réponse dans les commentaires, j'ai trouvé une dizaine d'opinions différentes. Et nous ne parlerons pas maintenant de ce qu'est cet ange. On peut partir dans la mystique, on peut donner une explication simple – par exemple, que ce sont les kohanim. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Voici ce que Dieu promet à celui qui écoutera l'ange : « Si le peuple suit l'ange, si le peuple écoute sa voix, alors il n'y aura pas de femmes accouchant prématurément ni de stériles dans ta terre, je rendrai complet le nombre de tes jours ». C'est-à-dire que le Très-Haut dit que, de la naissance jusqu'à la vieillesse la plus profonde, Il nous accompagnera et nous bénira par la santé, depuis la conception même, quand il peut encore être question du danger d'une fausse couche, jusqu'à la vieillesse profonde. Aujourd'hui, nous voyons cette bénédiction du Très-Haut, nous voyons beaucoup de gens qui vivent jusqu'à une vieillesse profonde. Si autrefois un homme pouvait vivre jusqu'à quarante ans, jusqu'à cinquante ans (au temps de Pouchkine, un homme de cinquante ans était déjà considéré comme un petit vieux), aujourd'hui, à notre époque, nous voyons même des gens de quatre-vingts ans qui jouent au basket. Et nous pouvons dire : « Eh bien voilà, le progrès en est arrivé là, la science en est arrivée là… » Mais derrière tout cela, nous ne devons pas oublier que la santé, la longévité, la vigueur dans la vieillesse et les accouchements réussis – tout cela dépend de la bénédiction du Très-Haut. C'est le sens de ce que dit ici la Torah. Et pour Sa guérison, et pour la santé qu'Il donne, nous devons avant tout Le bénir Lui-même, et seulement ensuite la médecine. Invisiblement, c'est Lui qui nous aide, et visiblement, c'est la main du médecin qui agit ici. Parlant de moi-même, je peux dire que j'ai vu ces derniers temps une très grande bénédiction de la part du Très-Haut, quand, après une longue maladie, j'ai pu me lever de mon lit. Il y a encore quelques années, des médecins israéliens ont dit qu'il ne me restait que quelques jours à vivre. Mais je peux jusqu'à présent être ici, avec vous, parler avec vous, et vous pouvez m'écouter, et pour cela, au Très-Haut la Gloire.

En faisant le bilan de la section, en terminant cet entretien, que pouvons-nous dire ? La Torah dit que le plus grand d'entre nous doit être le serviteur du plus petit, parce que la source de notre « plus », c'est notre communion, notre connaissance, notre compréhension de Dieu. La Torah nous est donnée pour grandir. Elle n'est pas donnée aux adultes spirituellement, elle est donnée aux enfants spirituels pour qu'ils puissent grandir. La Torah introduit la peine de mort non parce qu'elle n'estime pas la vie de l'homme, mais au contraire, parce qu'elle estime la vie de l'homme. La Torah dit que l'homme, étant capable de tomber sous l'influence, ne doit pas suivre la majorité, doit toujours, jusqu'au tout dernier moment, chercher une justification pour l'autre homme. La Torah dit que celui qui éloigne l'homme du Très-Haut mérite lui aussi la peine de mort. Remarquez que la Torah ne fixe jamais la peine de mort pour des crimes économiques. La peine de mort est introduite seulement pour ceux qui perdent l'homme, son corps ou son âme. La Torah dit que l'homme doit prendre les décisions dans un état de santé spirituelle, c'est pourquoi la jeune fille séduite ne peut pas décider elle-même pour elle-même. Et la Torah dit que non seulement la prospérité financière, non seulement le bien-être, mais aussi notre santé, le niveau de notre science – tout cela dépend du Très-Haut, gloire à Lui pour toujours.

Des jours complets

La section hebdomadaire parle de la manière de vivre après le don de la Torah, de la manière de construire les lois dans la nouvelle société, de la manière de construire les relations entre l'homme et son prochain, entre l'homme et le Créateur après le don de la Torah. Probablement deux ou trois traités du Talmud sont consacrés à l'analyse des commandements qui sont exposés dans cette section.

Nous parlerons seulement de deux versets (25 et 26) du chapitre 23 du livre de Chémot : « Et servez le SEIGNEUR, votre Dieu, et Il bénira ton pain et ton eau ; et j'écarterai la maladie du milieu de toi. Il n'y aura pas de femme qui avorte ni de stérile dans ton pays, je rendrai complet le nombre de tes jours ». Voilà, ces deux versets, j'aimerais les analyser, les regarder sous différents angles du point de vue hassidique, et voir combien ils sont actuels dans notre vie d'aujourd'hui.

Beaucoup se posent la question : pourquoi le verset commence-t-il par le fait que Dieu s'adresse et dit : « Servez le SEIGNEUR, votre Dieu » ? La suite logique serait de lire : « Et Il bénira votre pain et votre eau, et j'écarterai la maladie du milieu de vous. Il n'y aura pas chez vous de femme qui avorte ni de stérile dans votre pays, et le nombre de vos jours, je le rendrai complet ». Ou bien, que tout soit au « tu ». Pourquoi lisons-nous une transition si étrange : « Servez le SEIGNEUR, et Il bénira ton pain » ?

Il y a un aspect très important dans le service commun, parce qu'il est impossible de servir le Très-Haut sans prendre soin de tous ceux qui, à côté de toi, servent le Très-Haut, ou de ceux qui, peut-être, ne servent pas encore le Très-Haut. Tout Israël – garants les uns des autres. Tout Israël, tout le peuple de Dieu est responsable les uns des autres. Et c'est pourquoi le service d'Israël, c'est un service en communauté. Cela ne signifie pas qu'il faut aller quelque part et servir obligatoirement dans une communauté. Cela signifie que dans le service de l'homme, il doit y avoir le souci du peuple de Dieu, et pas seulement de soi-même.

Il existe dans le travail spirituel de chaque homme un si grand malheur que l'autosatisfaction ou le contentement de soi. L'homme peut dire : « Eh bien, et moi ? J'étudie suffisamment, j'écoute jusqu'à trois cours par jour, je lis beaucoup l'Écriture, je fais beaucoup de bonnes actions, j'ai différents services, et, somme toute, je suis content de mes relations avec le Très-Haut ». La question est de savoir s'il y a à côté de toi des gens qui ont besoin de ton aide et qui ont besoin que tu prennes soin d'eux ? Si tu es content de toi, fais pour les autres, et cela deviendra ce qui apportera la bénédiction dans ta maison. C'est-à-dire que le service commun apporte la bénédiction dans la vie personnelle, dans les affaires personnelles de l'homme. La participation et le souci des besoins du peuple (pas obligatoirement, je le répète, la présence un certain nombre de fois par semaine dans une communauté), la participation au service du peuple, le fait de rapprocher le peuple du service – c'est une condition importante pour la bénédiction personnelle de l'homme.

Il y a ici encore, probablement, aussi un tel aspect, dont parle le célèbre commentateur Kli Yakar (Rabbi Éfraïm-Chlomo bar Aharon de Lountchitsa, qui vécut au XVIe siècle). Il dit que le travail commun, le service commun du Très-Haut – c'est bien. C'est bien de se lever ensemble, en une grande communauté, pour la prière, si cela est nécessaire. Mais en même temps, le pain, l'eau, la nourriture domestique, la subsistance domestique, la vie quotidienne doivent être familiaux. Ici doivent être posées des limites, c'est-à-dire que la vie ne peut pas être exclusivement collective.

En Israël, tout au début de l'existence de l'État d'Israël, il y avait des kibboutz (kolkhoze, colonie), dans lesquels on discutait souvent pour savoir si un homme pouvait avoir chez lui une bouilloire électrique. Tant tout était commun ! Les enfants grandissaient dans un foyer spécial pour enfants, et les kibboutzniks mangeaient seulement dans les réfectoires. Ils n'avaient pas de cuisines privées, domestiques. Mais ce projet est une utopie. Oui, effectivement, c'est bien de travailler ensemble, c'est bien de servir le Très-Haut ensemble, mais en même temps le pain, l'eau, la santé – c'est un espace personnel que nous devons construire, et dans lequel nous apportons la bénédiction de ce service dans la société.

Meï Chiloa'h, un autre commentateur hassidique, dit que dans son service du Très-Haut il faut tenir compte des autres, et il y a deux approches à cela. Si un homme est imparfait en quelque chose, et il réfléchit, et il est gêné, et parfois il peut dire : « Est-ce que cela vaut la peine que moi, je parle, peut-être que quelqu'un dira mieux que moi ? Que parle quelqu'un qui est meilleur que moi. Que fasse quelqu'un qui peut faire mieux. Peut-être que je ne dois pas me presser de répondre à toutes les questions, mais attendre, peut-être y a-t-il encore quelqu'un d'autre qui répondra ? » C'est une qualité. Il y a aussi une autre qualité. Si je comprends que dans un certain domaine je suis vraiment compétent et que je réussis, si l'on m'invite à conduire les prières, ou à prêcher, ou à dire certains enseignements, et que je sens vraiment que « oui, je suis bon, je réussis dans ce domaine, je peux bien le faire, et le peuple attend que ce soit justement moi qui le fasse », alors ici aussi il y a une manifestation d'une sorte de crainte de Dieu, du souci que les autres aussi se développent. C'est pourquoi, même si tu es, pour ainsi dire, un as dans un certain domaine, il faut laisser de la place aux autres, pour que les habiles se révèlent. Il faut laisser se manifester ceux qui, peut-être, ne pensent pas comme toi, peuvent penser tout autrement. Laisser de la place à quelqu'un qui est jeune, qui n'est pas aussi intelligent, qui n'est pas aussi habile, peut-être pas aussi talentueux (ou il te semble ainsi qu'il n'est pas aussi habile et pas aussi talentueux). Il faut laisser les autres se développer. Le souci du développement des autres, le souci de la croissance spirituelle des autres – c'est aussi une partie de ce dont la Torah parle ici, comme le comprend Meï Chiloa'h.

Quand il est écrit vaavadtém (et servez ensemble), on veut dire associer, encourager au service ceux qui, peut-être, ne sont pas aussi talentueux et pas aussi capables, ne pas voir en eux une menace, mais voir en eux un renfort, voir en eux un potentiel. Pourquoi est-ce une partie de la crainte de Dieu ? Parce que nous prenons soin non de notre propre succès, mais du succès du dessein divin. Et le succès du dessein divin consiste en ce que la Torah, que nos savoir-faire, que nos connaissances passent de génération en génération. Comme on dit, « on peut courir très vite, mais courir seul, et on peut courir plus lentement, mais courir tous ensemble ». Et voilà, ce vaavadtém (et servez) dit qu'il faut servir le Très-Haut ensemble, en tirant vers le haut les faibles, parfois en s'arrêtant pour les faibles, parfois en laissant passer les faibles devant, pour qu'ils deviennent plus forts. Et si l'homme rencontre ce commun, prend soin de ce commun, alors il est béni personnellement.

Ce n'est pas seulement dans le service quotidien, tel que nous le voyons, quelque part dans certaines affaires dans lesquelles il est évident que c'est un service de Dieu. Mais cela peut être aussi sur l'autoroute : par exemple, quand nous roulons sur la route et conduisons la voiture, nous pouvons rouler de manière à ne tenir compte de personne du tout, comme si nous étions la personne la plus importante sur l'autoroute ; c'est aussi le comportement en famille, et en général partout. C'est pourquoi la règle générale : « Tu veux recevoir la bénédiction – pense à l'autre ».

Ensuite, la Torah dit : « Il n'y aura pas de femme qui avorte ni de stérile dans ton pays ». C'est intéressant. Si nous parlons du sens simple de ces versets, il faut comprendre qu'il arrive très souvent qu'à un couple qui ne peut pas avoir d'enfants viennent des « conseillers », des « bienveillants », qui disent : « Peut-être as-tu quelque péché, peut-être avez-vous fait là quelque chose de travers, peut-être vous comportez-vous d'une manière incorrecte ? » C'est parfois, probablement, utile, si les gens le demandent eux-mêmes. Mais nous voyons qu'il est dit ici que cela dépend du service commun, de l'état général de la société, et non d'une quelconque situation personnelle. Peut-être aussi de la situation personnelle, mais il est dit : « S'il y a du désordre dans la société, alors il y aura une femme qui avorte et une stérile dans ton pays ».

Les maîtres hassidiques ne lisent pas toujours les mots tels qu'ils sont écrits. Quand nous lisons le mot pays (érets), nous le relions au mot ratsón (désir). Pourquoi le pays (érets) s'appelle-t-il ainsi ? Parce qu'il fait le désir (ratsón) de son maître. Si vous jetez dans la terre un noyau de cerise, il poussera un cerisier ; si vous y plantez des plants de tomates, ce sont des tomates qui pousseront. L'homme, le peuple de Dieu, s'appelle aussi pays (érets). Dans le livre du prophète Malakhi (3,12), nous lisons : « Et toutes les nations diront que vous êtes heureux, et vous serez le pays de Mon ardent désir (le pays de Mon désir) », – ainsi parle le SEIGNEUR. C'est-à-dire que le service du Très-Haut est lié à nos désirs.

Qu'est-ce que stérile ? Stérile, c'est quand nous ne voulons pas, que nous n'avons absolument aucun désir. Nous ne comprenons pour ainsi dire pas pourquoi nous vivons. Nous vivons pour ainsi dire, mais nous ne comprenons pas pourquoi. Qui avorte, c'est quand nous voulons quelque chose, mais que nous n'arrivons pas à accomplir ce quelque chose. Et le Très-Haut dit : « Si tu observes cette règle-ci, servir le Très-Haut avec le peuple, participer au service communautaire, alors cela aussi s'accomplira. Il n'y aura pas chez toi de stérile, il n'y aura pas chez toi de femme qui avorte. Tu seras plein de désir, tu seras plein du désir de vivre, de certaines idées, d'une certaine motivation, tes désirs se réaliseront ».

Et que signifie je rendrai complet le nombre de tes jours ? On peut dire que la compréhension la plus simple de cela est : tu vivras autant qu'il t'est imparti. Mais on peut vivre ce qui est imparti de différentes manières. Si soixante-quinze ans sont impartis à un homme, il est clair qu'il dort, mange, s'occupe encore d'autre chose. Mais il y a le brut et il y a le net, c'est-à-dire : avec quelle efficacité l'homme vit-il ces jours qui sont les siens ? Et si un homme est malade pendant quelques années, reste couché dans le coma, est paralysé, – c'est bien aussi un nombre de jours imparti. Avec quelle utilité, avec quelle efficacité dépensons-nous nos jours, comment les vivons-nous ?

Il arrive qu'un homme ait décidé d'aller s'acheter des chaussures, par exemple. Et le bus est arrivé à l'heure, le magasin s'est trouvé ouvert, dans le tout premier magasin, la toute première paire qu'il a voulu essayer lui est allée, tout est allé, et en une heure il en a fini avec l'achat des chaussures. La situation quotidienne la plus simple. Et il arrive qu'il passe une demi-journée à s'affairer, à marcher, tout est vain, il n'arrive pas à faire une chose, semble-t-il, si simple. Le fondateur du hassidisme, le Baal Chem Tov, donnait aux gens une bénédiction, une bénédiction dans le temps : « Que ton temps soit béni. Que Dieu te donne d'arriver à tout faire à temps, pour qu'aucune minute, aucune heure de ta vie ne soit dépensée en vain ». C'est très actuel pour notre époque, où le temps nous file entre les doigts.

Un autre commentateur hassidique, le Sfat Emet, l'admour, le maître de Gour, dit : « Dans le mot mispár (nombre), on peut voir la racine sapír (rayonnement). Que tes jours soient remplis de rayonnement ». Chaque jour de ta vie, il y aura une certaine découverte, tu apprendras quelque chose de nouveau. Tu as entendu un petit enseignement, tu as lu un verset et tu l'as compris d'une manière nouvelle. Il arrive que pendant des années tu lises une seule et même chose et que soudain, de manière inattendue, tu commences à la regarder d'une manière nouvelle. Tu as entendu une chanson, et soudain elle t'a parlé, tu as entendu un enseignement et tu as reçu pour toi quelque chose de nouveau. Chaque jour apprendre pour soi quelque chose de nouveau, voir pour soi quelque chose de nouveau.

Le jour, ici, peut se comprendre comme un vase que l'on peut remplir d'une certaine lumière. Qu'as-tu appris aujourd'hui ? Aujourd'hui est un jour qui n'arrivera qu'une seule fois dans l'histoire. Ce jour n'existe qu'une seule fois dans l'histoire, et le Très-Haut a pour toi un cadeau particulier pour ce jour, un rayonnement particulier, une compréhension particulière, que tu dois recevoir pour toi. Une leçon particulière que tu peux apprendre, remarquer. Peut-être voir quelque chose de nouveau dans ta ville.

On peut prendre la bonne habitude d'observer ce par quoi veut te réjouir, ce par quoi te réjouit le SEIGNEUR en ce jour. Tu sors dans la rue et, il arrive, l'humeur est maussade, on ne peut pas pire, mais tu as entendu, tu as vu (chacun quelque chose à lui) : l'un le bruissement du feuillage, l'autre un petit rayon de soleil qui perce à travers le feuillage... Et remarque ce qui te réjouit ! Va et compte ce qui te réjouit, essaie de voir en cela une rencontre avec le Très-Haut, dans ce qui t'a réjoui, dans de tout petits, tout petits événements. Les enfants le montrent très bien, quand pour l'un patauger dans une flaque est une joie. Voir les petites joies que le Très-Haut t'envoie, voir combien de fois par jour le Très-Haut a pris soin de toi, et de ces étincelles, de ces petits rayons, comme d'une lumière, remplir son vase.

Un rabbin racontait que chaque jour il se rend au travail et que chaque jour il voit ce qui se construit de nouveau à Jérusalem, comment Jérusalem s'agrandit. Regardez ce qu'il y a de nouveau chez vos collègues de travail. Peut-être que quelqu'un a acheté quelque chose de nouveau, que quelqu'un a fait quelque chose de nouveau. Réjouissez-vous pour lui, bénissez-le. Cherchez une telle manière de trouver quelque chose de nouveau. Que vos jours soient remplis d'une telle lumière !

Rabbi Na'hman en parle sous un autre angle : « La vie ressemble à une sorte de petite étagère ou à un bougeoir sans fin, sans fin, que l'on peut remplir de bougies. Chaque jour est comme l'un des bougeoirs dans ce grand, grand luminaire. Combien de bougeoirs resteront non remplis ? Pourras-tu mettre une bougie dans chaque bougeoir ? Remplir chacun de tes jours d'une certaine lumière, par laquelle tu as éclairé pour les autres ? Faire quelque chose pour les autres avec ta lumière. Découvrir quelque chose de nouveau dans la Torah, quelque chose de nouveau dans la compréhension de l'Écriture ».

Le Très-Haut dit : « Je te commande aujourd'hui ». Voir ce que le Très-Haut t'a commandé aujourd'hui, ce que tu peux faire pour Son service, pour la diffusion de Sa lumière, ce que tu peux faire pour cela aujourd'hui ? Nous regardons parfois certaines personnes qui ont réussi, des gens célèbres, des maîtres célèbres. Nous pouvons les regarder et penser : « Comment arrivaient-ils donc à faire tout cela ? Comment y arrivaient-ils, alors qu'ils n'avaient même pas encore d'ordinateur, pas de transports. Ils arrivaient encore à faire autre chose, en plus d'écrire des livres, de rencontrer des gens, de répondre aux questions, de lire des livres, d'étudier. Certains arrivaient même à bien dormir ! » Par exemple, Chlomo ben Adéret, en plus de rencontrer une multitude de gens et d'écrire un tas de livres, arrivait encore chaque jour à se promener une heure ! Il s'était fixé une telle règle.

Il y a une anecdote connue sur un professeur qui a mis d'abord de grosses pierres dans un bocal et a demandé : « Est-il plein ? » Ensuite encore de petites pierres, ensuite encore du sable, ensuite encore de l'eau. Avec quelle efficacité remplis-tu ta journée, avec quelle efficacité remplis-tu ton « petit bocal », avec quelle efficacité verses-tu l'huile dans ton luminaire ? C'est aussi une question très importante.

Et quel est ici le sel de l'affaire ? Pourquoi avons-nous commencé à parler par le contentement de soi ? Quand tu te sers toi-même, il t'est facile de dire : « Eh bien, j'ai assez pour vivre. J'ai déjà atteint, j'ai déjà gagné autant que je voulais, et les commandements, je les ai déjà observés comme je voulais. J'ai déjà atteint un certain niveau spirituel ! Formidable, comme j'en rêvais ! » Un jour, auprès du Rabbi de Loubavitch (Mena'hem Mendel Schneerson), alors qu'il venait juste de devenir Rabbi, un homme du Brésil s'approcha et dit : « Je veux faire don d'un million de dollars pour la diffusion de votre enseignement au Brésil ». Il s'était approché avec son fils pour recevoir une bénédiction. Le Rabbi dit : « Eh bien, j'espère que tu n'attends pas que je sois content de cela. Tu as donné un million, que ton fils grandisse et donne deux millions ». L'affaire n'est pas que le Rabbi voulait de l'argent pour 'habád. Il ne s'agissait pas de cela, mais du fait que l'homme, même s'il a fait quelque chose (et il y a là une pensée très trompeuse, on peut rêver : « Voilà, un jour je viendrai et je donnerai, je déposerai chez mon rabbin, chez mon maître, dans ma communauté, à mes amis, à ceux qui sont dans le besoin, je déposerai un million de dollars ! »), et il semble qu'on puisse être content, même un certain rêve s'est ici réalisé, mais le Rabbi dit : « Non ! Aspire à davantage, car ce ne sont pas tes rêves que tu satisfais ainsi, ce ne sont pas tes désirs que tu satisfais, tu sers devant le Roi des rois ! »

Tu sers exactement de la même manière devant le Roi des rois aussi dans la vie de famille, constamment. On peut dire : « J'ai offert ceci à ma femme », et elle me demande encore : « Tu m'aimes ? » J'ai encore fait cela, et elle me demande : « Tu aimes encore ? » C'est un certain processus, où je ne peux pas dire : « J'ai déjà bien pris soin, j'ai accompli », parce que ce n'est pas de moi que je prends soin ici.

Et l'homme qui s'occupe vraiment du service s'occupe de ce pour quoi il est envoyé. Non, cela ne concerne pas l'accomplissement des commandements, cela ne s'inscrit pas dans un petit carnet, combien de commandements j'ai accomplis, combien j'en ai fait ; dans quelle mesure j'accomplis ce pour quoi le Très-Haut m'a créé, dans quelle mesure j'accomplis ma mission dans ce monde, – c'est cela la plénitude de mes jours, c'est ce véritable délice de la communion avec le Très-Haut que le Très-Haut donne dans ma vie. Non imitatif, non pas quand j'imite les autres, mais justement mon service, justement ce que je dois faire.

Je terminerai par une telle histoire hassidique. Le Rabbi de Tchertkovo, une fois, après le sabbat, faisait le ménage chez lui. Il avait un petit balai et une petite pelle. Les hassidim virent cela et dirent : « Rabbi, est-ce une sorte d'action hassidique ? Est-ce une bénédiction pour quelque chose ? » Le Rabbi dit : « Il n'y a rien de miraculeux là-dedans, j'aide simplement ma femme ». Très longtemps après, chaque hassid prenait encore un balai à la fin du sabbat, après le sabbat il en frappait la pelle et disait : « Il n'y a rien là-dedans, j'aide simplement ma femme ». Il existe une telle action imitative, quand tu n'accomplis pas ce que le Très-Haut exige de toi, mais que tu l'as vu chez quelqu'un, que tu t'es mis à imiter quelqu'un.

À travers cette imitation de quelque chose de dessiné devant toi, tu te dérobes à ce à quoi tu es appelé toi-même. Et la bénédiction est que ce à quoi tu es appelé, ta vocation, tes talents, tes « rayonnements », qu'ils éclairent tous le monde, que tout ton potentiel se révèle dans ce monde ! C'est le secret de la bénédiction : « Je remplirai le nombre de tes jours ». Le Très-Haut est comme assis et remplit les jours du juste. Il y a de l'aide, tout concourt au bien de l'homme qui se trouve dans un tel service : et le bus arrive à l'heure, et les chaussures se trouvent à temps, et tout le reste arrive. Voilà de quelle bénédiction la Torah parle ici.

Il y a, bien sûr, d'autres regards aussi, et d'autres compréhensions. Je n'ai fait, pour ainsi dire, de nouveau, pour « jeter du petit bois dans le petit feu des pensées », que citer les compréhensions de certains maîtres hassidiques.

Décharge-toi

Au chapitre 23 du livre de Chémot, au verset 5, nous lisons une inscription étonnante. Le verset lui-même est un peu difficile à traduire et à comprendre, bien que le commandement soit très simple. C'est pourquoi nous citerons plusieurs compréhensions différentes de ce verset. Donc :

כִּי־תִרְאֶה חֲמוֹר שֹׂנַאֲךָ רֹבֵץ תַּחַת מַשָּׂאוֹ וְחָדַלְתָּ מֵעֲזֹב לוֹ עָזֹב תַּעֲזֹב עִמּוֹ׃

ki-tir'é 'hamór sona'akhá rovéts tá'hat massaó ve'hadaltá me'azóv lo azóv ta'azóv immó

5 Si tu vois l'âne qui appartient à un homme que tu hais, et que cet âne arrive à peine à porter sa charge, qu'il ploie sous sa charge, et que toi, d'une certaine manière, tu te retiens de le décharger, par un déchargement décharge avec lui.

Voilà un tel verset. L'une des traductions les plus proches de la vérité, je dirais, sonne ainsi :

5. Si tu vois que l'âne de ton ennemi est tombé sous sa charge, alors ne le laisse pas seul à décharger. Décharge avec lui.

Dans la plupart des traductions de ce verset est employé le mot aide. Mais dans l'original, comme nous le voyons, il n'y a pas le verbe la'azór (aider), et toute la discussion porte sur le déchargement. Plusieurs fois dans notre verset se rencontre le verbe la'azóv (décharger, laisser, délier, abandonner).

L'une des plus anciennes traductions de la Torah, la traduction araméenne d'Onkelos, l'interprète ainsi :

5. …décharge ce que tu as dans le cœur contre cet homme, et alors décharge avec lui.

C'est-à-dire : on ne peut pas, il ne vaut pas la peine d'aider un homme si tu le hais. Si tu aides un homme avec ta haine, en la surmontant, en l'aidant d'une certaine manière à travers la haine, alors dans le meilleur des cas cela aura l'air de ceci : tu lui feras pour ainsi dire la leçon, en disant : « Regarde comment tu es envers moi, et comment je suis envers toi. Regarde comme je t'aide, parce que je ne suis pas comme toi. Moi aussi je te hais, mais j'aime Dieu. Et voilà, c'est pour le Très-Haut que je fais cela pour toi. Regarde combien je suis meilleur que toi ! » Ou bien ce sera une aide avec une telle tête que, bien sûr, il sera difficile de l'accepter. La compréhension d'Onkelos a ce sens : avant d'aider à décharger l'âne qui appartient à un homme que tu hais, débarrasse-toi, libère-toi de la haine, et alors tu peux être avec lui. Alors tu compatiras avec lui, avec son malheur, avec son âne, et alors tu peux décharger avec lui. Avant de décharger l'âne, décharge-toi toi-même.

D'autres commentateurs prêtent attention à trois mots de ce verset, qui sont assez difficiles à traduire : ve'hadaltá me'azóv lo. Il y a dans l'homme comme une lutte intérieure – aider ou ne pas aider. Voilà – un homme. D'un côté, il est bien clair qu'il est dans le malheur, son âne arrive à peine à porter sa charge, et il faudrait bien l'aider. De l'autre côté, cet homme, je ne peux pas le supporter. Et voilà, tu as vu cet homme et tu es déjà passé à côté, sur ton âne tu es passé. Ou, si nous nous exprimons dans la langue de notre temps, tu as rencontré un homme dont les pneus sont crevés, tu l'as rencontré sur l'autoroute – et tu es déjà passé. Bien sûr, il aurait fallu aider, bien qu'il soit comme ci et comme ça. Mais que faire ? Je suis déjà passé, je ne peux pas maintenant, en enfreignant l'ordre des files, faire demi-tour à travers la double ligne continue. C'est dangereux pour tous les conducteurs. C'est dangereux en général. Bon, Dieu l'aidera, d'ailleurs je le hais. Et si jamais il ne l'aide pas, c'est bien fait pour lui. Selon cette compréhension, selon ce commentaire, ce commandement s'adresse à l'homme qui a vu l'âne de celui qui le hait ployer sous la charge et qui est déjà passé à côté. Et la Torah dit à cet homme : reviens, arrête-toi et aide-le à se décharger. Quand tu regardais cet homme que tu hais, tu n'as pas pu te forcer à t'arrêter et à l'aider, cela arrive. Quand tu regardes dans la Torah, tu peux l'aider. La Torah rétablit la paix entre les gens. En regardant dans la Torah, tu comprends qu'en fin de compte la racine spirituelle de cet homme est la même que la tienne. Et tu peux voir comment le Très-Haut l'a créé. Or le Très-Haut ne l'a pas créé pour que tu le haïsses. Le Très-Haut l'a créé pour le service. Et peut-être, si tu l'aides et que d'une certaine manière tu le ramènes au service, c'est aussi un chemin, même quand tu es déjà passé, quand tu as déjà filé.

Les sages du Talmud se posent la question : d'où a donc pu venir un homme que tu hais, et son âne ? Comment peut-on seulement haïr un homme ? Tu as pourtant le commandement « aime ton prochain comme toi-même », le commandement d'aimer le prochain, de prendre soin du prochain. Et toute la section hebdomadaire Michpatim, à vrai dire, déborde de soin pour le prochain. D'où est soudain venue la haine ? Et des réponses à cette question, il y en a deux, des réponses classiques – deux.

La première réponse est celle-ci : oui, bien sûr, on ne doit pas haïr le prochain ; mais que faire, beaucoup, sinon tous, essaient d'arriver à NE PAS le haïr. Oui, nous haïssons, bien qu'on ne le doive pas. Et dans les villes où il est interdit de passer au feu rouge, les gens passent au feu rouge. Et les gens qui savent qu'on ne doit pas mentir mentent. Et les gens qui savent qu'on ne doit pas haïr haïssent. Que faire, elle vit déjà dans ton cœur, cette haine, qui justement te pousse à ne pas aider. Mais, même si tu hais cet homme, arrête-toi quand même et aide-le. De nouveau, on peut le dire ainsi : quand tu le regardes, tu ne veux pas l'aider. Mais quand tu regardes dans la Torah, peut-être la haine disparaît-elle.

Il y a aussi une autre variante. L'autre variante, c'est, disons, la haine idéologique. Il arrive qu'un homme qui roule sur la route voie un autre homme dont il sait que c'est un criminel – un scélérat, un meurtrier, peut-être un violeur, un pédophile, un voleur. Mais lui seul le sait, il n'y a pas d'autre témoin. Il ne peut rien prouver. Il sait que cet homme commet pour l'instant des crimes impunément. Et un tel homme, selon l'avis des sages, on peut le haïr. Naturellement, il y a une certaine haine, un certain mauvais sentiment envers le criminel. Et de nouveau ici la Torah dit : malgré cela, ce n'est pas à toi de le punir, ce n'est pas à toi de le priver d'aide, ce n'est pas à toi de priver cet homme de soin.

En outre, dans ce verset, l'expression ki-tir'é (si tu vois) est très importante. Dans quelle mesure nous est-il seulement facile de voir le malheur d'un homme que nous haïssons ? Mais nous n'avons rien à faire de lui ! Et si quelque Hitler souffre d'une rage de dents, je n'ai sincèrement pas pitié de lui et, semble-t-il, c'est bien fait pour lui. Je maintiens que c'est bien fait pour lui et que je n'ai pas pitié. Hitler, c'est un exemple radical de ce genre. Mais il y a le prochain, qui n'est pour ainsi dire pas du tout Hitler. Mais nous ne pouvons pas le voir. Que pouvons-nous voir ? Nous pouvons voir l'âne. Nous pouvons voir que cet homme a un âne, qui, à proprement parler, est dans cette histoire celui qui souffre. Pas l'homme lui-même que nous haïssons, mais son âne. Et à cause de notre haine il ne peut pas se délivrer de ses souffrances, il peut périr. Et il peut arriver de même que ce ne soit pas l'âne qui souffre, que ce soient la femme, les enfants de cet homme qui souffrent. Dans quelle mesure notre haine peut-elle être sans limite, dans quelle mesure peut-elle se reporter sur les proches de cet homme, sur ses ânes, sur ses chats ? Il est arrivé que quelqu'un tue le chien d'une voisine acariâtre ou le chat d'une méchante voisine. Dans quelle mesure pouvons-nous nous heurter au fait que notre haine est incontrôlable ? Avec quelle assurance pouvons-nous dire que nous éprouvons certains sentiments négatifs envers justement cet homme-là, mais que nous n'éprouvons rien de mauvais ni envers sa femme, ni envers son papa, ni envers sa fille ? Avec quelle précision pouvons-nous choisir l'objet de la haine et dire que nous n'aimons pas seulement cet homme ? Mais l'âne, lui, n'y est justement pour rien. Et peut-être qu'à travers l'aide à l'âne nous nous rapprocherons d'une certaine manière de cet homme. En réalité, il n'y a pas de grand malheur à aider un scélérat ou à soutenir un scélérat. Le malheur est d'apprendre d'un scélérat. Si on l'aide simplement, il n'y a pas de mal à cela.

Je dois (entre parenthèses) dire tout de suite une chose très importante. Le mot sin'aá, que l'on traduit par haine (la traduction établie de ce mot est haine), ne signifie pas une haine aussi radicale que cela sonne en langue russe. Le sens de ce mot hébreu est plutôt ne pas trop aimer un tel homme. Comme exemple, on peut lire 21,15 du livre de Dévarim : « Si un homme a deux femmes, l'une il l'aimera, et la seconde il la haïra...) Haïr, c'est bien sûr aimer moins, ne pas trop aimer. Mais parlons de la haine. En réalité, la Torah ne parle pas d'un sentiment aussi radical, violent, effréné, au sens où cela s'emploie en langue russe. Mais… que faire ? Nous ne pouvons pas dire que ce sentiment nous est tout à fait étranger. Il arrive que nous soyons saisis littéralement par la haine au sens de haine, et alors le soin de l'âne innocent de l'homme que nous haïssons est actuel, et pourtant le commandement demeure.

Il est encore, naturellement, important de rappeler qu'il existe une interprétation du mot 'hamór (âne) qui est liée au mot 'hómer (monde matériel). Et l'homme peut dire : « Bien sûr, spirituellement je l'aiderais. Voilà, un sermon, je le dirais à ce type, pour qu'il se repente, pour qu'il connaisse le vrai Dieu, pour qu'il renonce à toutes ces choses pour lesquelles je ne l'aime pas trop. Mais dans le monde matériel, je ne veux pas l'aider. Il a des problèmes spirituels, et qu'il corrige d'abord ses problèmes spirituels ».

Et il y a une telle compréhension, une telle interprétation de ce commandement : « Non, prends tout de même soin du matériel, même si tu n'aimes pas trop cet homme pour des raisons spirituelles, même si dans le monde spirituel, dans le domaine spirituel, il a à corriger, à corriger et à corriger. Et il y a aussi une autre compréhension : « Laisse le matériel, laisse ton attachement au matériel, ta haine charnelle. Surmonte cette haine, plus exactement, laisse, abandonne cette haine, rejette-la, décharge-toi de cette haine. Va et aide l'âne de ton prochain et, à travers l'âne, aide ton prochain, qui, peut-être, ne sera plus pour toi un homme pas trop aimé, et tu acquerras vraiment un prochain ».

Voilà quels différents niveaux se révèlent dans la compréhension de ce commandement.

Haftara. Yirméyahou

Chémot 34,8–22

Avec la section hebdomadaire Michpatim, on lit traditionnellement le passage prophétique du chapitre 34 du livre du prophète Yirméyahou, du verset 8 jusqu'à la fin du chapitre. Pour mieux comprendre de quoi il s'agit, il est nécessaire de faire une préface historique.

Donc, la première moitié du VIe siècle avant notre ère. Le royaume d'Israël a déjà péri, beaucoup de Juifs, anciens habitants du royaume d'Israël, ont fui (une partie en Judée), se sont appauvris, sont contraints d'être esclaves. En Judée non plus, la situation n'est pas joyeuse. Névoukhadnetsar, le roi babylonien, assiège Jérusalem et beaucoup de villes de Judée. Il reste à la Judée un seul allié peu fiable parmi les rois terrestres – c'est le Pharaon Khafra, appelé aussi Iakhébré. À cette époque règne à Jérusalem le roi Tsidkiyahou, et il réfléchit à ce qu'il pourrait bien entreprendre, pour trouver une issue à la situation terrible dans laquelle se trouvait la Judée. Très probablement, il ne pourra entreprendre aucune mission militaire, et il cherche où, comment rajuster un peu les relations avec le Très-Haut, trouver grâce aux yeux du Très-Haut et, peut-être, à travers cette grâce, obtenir la délivrance et des Babyloniens, et de l'Égypte – de toutes les redevances, de tous ces impôts que les Égyptiens exigent, et que le siège prend, et de tout le reste. Et le roi décide de libérer les esclaves. Selon la loi juive (nous lisons justement cela dans la section hebdomadaire Michpatim (21,2)), après sept ans d'esclavage, l'esclave juif doit sortir libre. Il le doit selon la loi, mais apparemment cela n'était presque jamais observé. Et maintenant lisons l'histoire à partir du verset 8 du chapitre 34.

         הַדָּבָר אֲשֶׁר־הָיָה אֶל־יִרְמְיָהוּ מֵאֵת יְהוָה אַחֲרֵי כְּרֹת הַמֶּלֶךְ צִדְקִיָּהוּ בְּרִית אֶת־כָּל־הָעָם אֲשֶׁר בִּירוּשָׁלִַם לִקְרֹא לָהֶם דְּרוֹר׃

haddavár achér-haya el-yirmeyáhou me'ét adonáy a'haré kerót hammélekh tsidkiyáhou berít et-kol-ha'ám achér birouchaláim likró lahém derór

8 Voici la parole qui vint à Yirméyahou de la part du SEIGNEUR, après que le roi Tsidkiyahou eut conclu une alliance avec tout le peuple à Jérusalem pour libérer les esclaves (afin qu'il n'y ait plus d'esclaves dans le peuple d'Israël),

לְשַׁלַּח אִישׁ אֶת־עַבְדּוֹ וְאִישׁ אֶת־שִׁפְחָתוֹ הָעִבְרִי וְהָעִבְרִיָּה חָפְשִׁים לְבִלְתִּי עֲבָד־בָּם בִּיהוּדִי אָחִיהוּ אִישׁ׃

lechallá'h ich et-avdó ve'ích et-chif'ható ha'ivrí veha'ivriyá 'hofchím leviltí avód-bam bihoudí a'híhou ich

9 Afin que chacun renvoie son esclave et que chacun renvoie sa servante, le Juif et la Juive, en liberté ; afin qu'il n'y ait pas en Israël une telle chose qu'un frère juif travaille pour un Juif.

Voilà quelle idée remarquable est venue à Tsidkiyahou. Tsidkiyahou est un roi qui n'a pas beaucoup d'autorité, mais là, on a écouté son conseil.

         וַיִּשְׁמְעוּ כָל־הַשָּׂרִים וְכָל־הָעָם אֲשֶׁר־בָּאוּ בַבְּרִית לְשַׁלַּח אִישׁ אֶת־עַבְדּוֹ וְאִישׁ אֶת־שִׁפְחָתוֹ חָפְשִׁים לְבִלְתִּי עֲבָד־בָּם עוֹד וַיִּשְׁמְעוּ וַיְשַׁלֵּחוּ׃

vayichmeoú khol-hassarím vekhól-ha'ám achér-báou vabberít lechallá'h ich et-avdó ve'ích et-chif'ható 'hofchím leviltí avód-bam od vayichmeoú vaychallé'hou

10 Et tous les princes (les dignitaires) et tout le peuple qui étaient entrés dans l'alliance entendirent que chacun devait renvoyer son esclave et chacun sa servante en liberté, afin qu'il ne soit plus esclave pour eux ; et ils entendirent cela et renvoyèrent.

Pourquoi une telle unanimité soudaine dans le peuple ? Premièrement, effectivement, cette affaire est, bien sûr, agréable à Dieu. Mais il y a encore deux raisons. La première – on a besoin d'un esclave quand il y a des travaux agricoles ; il travaille dans les champs, dans les jardins, dans les plantations d'oliviers, là où il faut faire quelque chose, là où ce travail est nécessaire. Puisque Babylone assiège la ville, il n'y a pas de travail pour les esclaves, et les esclaves sont très nombreux, il faut les nourrir d'une manière ou d'une autre. Et pourquoi donc nourrir des esclaves qui ne peuvent pas travailler ? Il y a encore une raison. Dans la ville, il faut construire des ouvrages de défense, toutes sortes de fortifications qui résisteraient au siège, et si les esclaves les construisent, alors les maîtres devront entretenir ces esclaves, payer leur travail. Si en revanche on les libère, ils recevront de l'argent, recevront une récompense des mains de l'État. De nouveau, il est plus avantageux à ce moment-là de se débarrasser des esclaves. C'est-à-dire qu'il y a ici trois raisons à la suite desquelles le peuple, les propriétaires d'esclaves, ont accepté de libérer les esclaves. Nous apprendrons un peu plus tard comment ils l'ont fait devant Dieu.

Que se passe-t-il à ce moment-là ? À ce moment-là, le Pharaon Khafra, appelé aussi Iakhébré, que nous avons mentionné plus tôt comme allié de Tsidkiyahou, décida de se mettre en marche pour soutenir Jérusalem. Et les renseignements babyloniens rapportèrent exactement, les Babyloniens apprirent qu'Iakhébré marchait sur Jérusalem avec une certaine armée. Ils décidèrent que Jérusalem ne s'enfuirait nulle part, levèrent le siège et se mirent en route vers le sud, à la rencontre du Pharaon. À Jérusalem, on se mit presque à fêter la victoire et l'on décida : bon, ça y est, maintenant le siège est parti ! Vous savez, il y a une telle blague, une histoire qui se raconte en de nombreuses variantes, quand un homme, disons, cherche une place de parking, et tourne longtemps, et essaie de trouver une place de parking, et dit : « SEIGNEUR, si Tu m'aides maintenant, alors je... Ah, stop ! Ça y est, j'ai déjà trouvé », et se gare. À peu près la même situation s'est produite ici : les gens ont vu que le siège, voilà, il est levé, et nous, bêtement, nous avons libéré les esclaves. Et les gens se sont lancés dans une mauvaise action. Nous lisons cela au verset 11 :

וַיָּשׁוּבוּ אַחֲרֵי־כֵן וַיָּשִׁבוּ אֶת־הָעֲבָדִים וְאֶת־הַשְּׁפָחוֹת אֲשֶׁר שִׁלְּחוּ חָפְשִׁים וַיַּכְבִּישׁוּם (וַיִּכְבְּשׁוּם) לַעֲבָדִים וְלִשְׁפָחוֹת׃

vayachoúvou a'haré-khen vayachívou et-ha'avadím ve'ét-hachefa'hót achér chille'hoú 'hofchím vayikhbechoúm la'avadím velichfa'hót

11 Et après cela ils se retournèrent et reprirent pour eux les esclaves et les servantes qu'ils avaient libérés, et de nouveau les contraignirent à être esclaves et servantes.

C'est-à-dire : « Comme c'est bien, nous avons eu de la chance que le siège soit parti ! Mais maintenant, après que le siège a cessé, nous avons justement besoin de travailleurs, et nous, imbéciles, nous les avons libérés ! » Et, puisque Dieu les avait de toute façon aidés, ou puisqu'ils s'étaient bien arrangés même sans Dieu, ils décidèrent de ramener ces esclaves en esclavage. Et ils les ramenèrent. Voilà, à proprement parler, l'arrière-plan de la parole que le Très-Haut adresse au prophète Yirméyahou.

וַיְהִי דְבַר־יְהוָה אֶל־יִרְמְיָהוּ מֵאֵת יְהוָה לֵאמֹר׃

vayhí devár-adonáy el-yirmeyáhou me'ét adonáy lemór

12 Et la parole du SEIGNEUR vint à Yirméyahou de la part du SEIGNEUR, disant :

כֹּה־אָמַר יְהוָה אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל אָנֹכִי כָּרַתִּי בְרִית אֶת־אֲבוֹתֵיכֶם בְּיוֹם הוֹצִאִי אוֹתָם מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים לֵאמֹר׃

ko-amár adonáy elohé yisraél anokhí karátti verít et-avotekhém beyom hotsi'í otám me'érets mitsráyim mibbét avadím lemór

14 Ainsi a dit le SEIGNEUR, Dieu d'Israël : « J'ai conclu une alliance avec vos pères quand Je les faisais sortir d'Égypte, de la maison d'esclavage, en disant :

Le Très-Haut dit : « Souvenez-vous, au tout début Je vous ai fait sortir de la maison d'esclavage, et alors J'ai conclu avec vous une alliance, en disant... » ‒ et ici nous verrons un renvoi à ce qui, à proprement parler, est dit dans notre section hebdomadaire Michpatim :

         מִקֵּץ שֶׁבַע שָׁנִים תְּשַׁלְּחוּ אִישׁ אֶת־אָחִיו הָעִבְרִי אֲשֶׁר־יִמָּכֵר לְךָ וַעֲבָדְךָ שֵׁשׁ שָׁנִים וְשִׁלַּחְתּוֹ חָפְשִׁי מֵעִמָּךְ וְלֹא־שָׁמְעוּ אֲבוֹתֵיכֶם אֵלַי וְלֹא הִטּוּ אֶת־אָזְנָם׃

mikkéts chéva chaním techalle'hoú ich et-a'hív ha'ivrí achér-yimmakhér lekhá va'avadekhá chech chaním vechilla'htó 'hofchí me'immákh veló-chameoú avotekhém eláy veló hittoú et-oznám

14 Au terme de sept ans, renvoyez chacun son frère juif qui t'a été vendu et qui t'a servi six ans, renvoie-le libre de chez toi. Mais vos pères ne M'ont pas écouté et n'ont pas tourné vers Moi leur oreille.

Comment un homme tombait-il en esclavage ? S'il se retrouvait sans ressources, s'il n'avait absolument rien, il pouvait se retrouver dans une exploitation où il travaillait six ans, on devait lui assurer la nourriture et des conditions sociales nécessaires, assez bonnes. Au terme de sept ans, il devait être renvoyé avec un cadeau, avec une sorte de « prime d'installation ». C'est ainsi que cela devait être, c'est ainsi que le Très-Haut l'a ordonné. L'esclavage pouvait exister, il était admissible, mais il devait d'une certaine manière redresser l'homme et finalement le remettre sur pied. Et le Très-Haut dit que cette loi n'était pas tellement observée.

         וַתָּשֻׁבוּ אַתֶּם הַיּוֹם וַתַּעֲשׂוּ אֶת־הַיָּשָׁר בְּעֵינַי לִקְרֹא דְרוֹר אִישׁ לְרֵעֵהוּ וַתִּכְרְתוּ בְרִית לְפָנַי בַּבַּיִת אֲשֶׁר־נִקְרָא שְׁמִי עָלָיו׃

vattachoúvou attém hayom vatta'assoú et-hayachár be'enáy likró derór ich lere'éhou vattikhretoú verít lefanáy babbáyit achér-nikrá chemí aláv

15 Or vous, vous vous êtes retournés aujourd'hui et avez fait ce qui est droit à Mes yeux, pour proclamer la liberté chacun à son prochain, et vous avez conclu une alliance devant Moi, dans la maison sur laquelle est proclamé Mon Nom.

C'est-à-dire que de cela nous voyons qu'ils n'en avaient pas décidé simplement comme ça, ils avaient conclu une alliance au Temple, ils avaient conclu un tel accord entre eux, que tous libéreraient les captifs. Cela a été fait devant la face du Très-Haut, dans le Temple du Très-Haut.

         וַתָּשֻׁבוּ וַתְּחַלְּלוּ אֶת־שְׁמִי וַתָּשִׁבוּ אִישׁ אֶת־עַבְדּוֹ וְאִישׁ אֶת־שִׁפְחָתוֹ אֲשֶׁר־שִׁלַּחְתֶּם חָפְשִׁים לְנַפְשָׁם וַתִּכְבְּשׁוּ אֹתָם לִהְיוֹת לָכֶם לַעֲבָדִים וְלִשְׁפָחוֹת׃

vattachoúvou vatte'halleloú et-chemí vattachívou ich et-avdó ve'ích et-chif'ható achér-chilla'htém 'hofchím lenafchám vattikhbechoú otám lihyot lakhém la'avadím velichfa'hót

16 Mais vous vous êtes de nouveau retournés, et avez profané Mon Nom, et avez ramené chacun son esclave et chacun sa servante, ceux que vous aviez renvoyés libres chez eux, et vous les avez conquis (contraints), pour qu'ils vous soient esclaves et servantes.

En d'autres termes : « Vous M'avez écouté, vous avez fait ce qui est droit à Mes yeux, mais il s'avère que ce n'est pas tout à fait droit, c'est quelque chose de plutôt tordu : dès que le siège a été levé, aussitôt vous avez traîné de force en arrière vos esclaves et vos servantes ».

         לָכֵן כֹּה־אָמַר יְהוָה אַתֶּם לֹא־שְׁמַעְתֶּם אֵלַי לִקְרֹא דְרוֹר אִישׁ לְאָחִיו וְאִישׁ לְרֵעֵהוּ הִנְנִי קֹרֵא לָכֶם דְּרוֹר נְאֻם־יְהוָה אֶל־הַחֶרֶב אֶל־הַדֶּבֶר וְאֶל־הָרָעָב וְנָתַתִּי אֶתְכֶם לִזְוָעָה (לְזַעֲוָה) לְכֹל מַמְלְכוֹת הָאָרֶץ׃

lakhén ko-amár adonáy attém lo-chema׳tém eláy likró derór ich le'a'hív ve'ích lere'éhou hinení koré lakhém derór ne'oúm-adonáy el-ha'hérev el-haddéver ve'él-hara'áv venatattí etkhém leza'avá lekhól mamlekhót ha'árets

17 C'est pourquoi ainsi parle le SEIGNEUR : « Vous ne M'avez pas écouté quand Je vous appelais à donner la liberté chacun à son frère et chacun à son prochain. Voici, J'appelle sur vous la liberté, la liberté sera pour l'épée, la liberté pour la peste et pour la famine. Et Je ferai de vous un objet d'horreur pour tous les royaumes de la terre,

Maintenant, sur votre terre, sur vous, librement, sans crainte, s'abattront l'épée, et la peste, et la famine.

         וְנָתַתִּי אֶת־הָאֲנָשִׁים הָעֹבְרִים אֶת־בְּרִתִי אֲשֶׁר לֹא־הֵקִימוּ אֶת־דִּבְרֵי הַבְּרִית אֲשֶׁר כָּרְתוּ לְפָנָי הָעֵגֶל אֲשֶׁר כָּרְתוּ לִשְׁנַיִם וַיַּעַבְרוּ בֵּין בְּתָרָיו׃

venatattí et-ha'anachím ha'overím et-berití achér lo-hekímou et-divré habberít achér karetoú lefanáyLa translittération de l'original contient ici une coquille dans le mot « devant Moi ». Nous suivons l'hébreu. ha'égel achér karetoú lichnáyim vaya'avroú ben betaráv

18 Et Je livrerai ces gens qui transgressent Mon alliance, qui ont rompu l'alliance avec Moi, qui ont coupé devant Moi le veau et sont passés entre ses deux moitiés, –

Nous savons, par l'histoire d'Avraham, que c'est souvent ainsi qu'on conclut une alliance. Cela symbolise que, si je romps cette alliance, coupez-moi en deux, comme ce veau. Les gens n'avaient pas simplement promis comme ça, ils avaient fait un vœu au Temple devant le Très-Haut, qu'ils libéreraient les captifs, et ils passaient entre les moitiés du veau, c'est-à-dire qu'ils l'avaient fait de façon cérémonielle, pompeuse devant le Très-Haut.

         שָׂרֵי יְהוּדָה וְשָׂרֵי יְרוּשָׁלִַם הַסָּרִסִים וְהַכֹּהֲנִים וְכֹל עַם הָאָרֶץ הָעֹבְרִים בֵּין בִּתְרֵי הָעֵגֶל׃

saré yehoudá vesaré yerouchaláim hassarissím vehakkohaním vekhól am ha'árets ha'overím ben bitré ha'égel

19 Les dignitaires de Yéhouda, et les dignitaires de Jérusalem, et les kohanim, et tout le peuple qui passait entre les moitiés du veau,–

Le mot sarís (je m'y arrête souvent) signifie dans la langue moderne eunuque, le verbe lessarés signifie castrer. Mais en hébreu ancien il peut signifier garde du corps – celui qui porte la tête ou garde la tête, « garde-tête » ou silovik (dans le lexique politique russe).

וְנָתַתִּי אוֹתָם בְּיַד אֹיְבֵיהֶם וּבְיַד מְבַקְשֵׁי נַפְשָׁם וְהָיְתָה נִבְלָתָם לְמַאֲכָל לְעוֹף הַשָּׁמַיִם וּלְבֶהֱמַת הָאָרֶץ׃

venatattí otám beyád oyevehém ouv'yád mevakché nafchám vehayetá nivlatám lema'akhál le'óf hachamáyim oulvehemát ha'árets

20 Et Je les livrerai aux mains de leurs ennemis et aux mains de ceux qui cherchent leurs âmes, et leur charogne sera la nourriture de l'oiseau du ciel et de la bête de la terre.

         וְאֶת־צִדְקִיָּהוּ מֶלֶךְ־יְהוּדָה וְאֶת־שָׂרָיו אֶתֵּן בְּיַד אֹיְבֵיהֶם וּבְיַד מְבַקְשֵׁי נַפְשָׁם וּבְיַד חֵיל מֶלֶךְ בָּבֶל הָעֹלִים מֵעֲלֵיכֶם׃

ve'ét-tsidkiyáhou mélekh-yehoudá ve'ét-saráv ettén beyád oyevehém ouv'yád mevakché nafchám ouv'yád 'hel mélekh bavél ha'olím me'alekhém

21 Et Tsidkiyahou, roi de Judée, et ses chefs, Je les livrerai aussi aux mains de leurs ennemis, aux mains de ceux qui demandent leurs âmes, aux mains de l'armée du roi de Babylone, qui monte contre vous.

Et voilà, pour ainsi dire, le miracle, la surprise que le Très-Haut fait à ceux qui espéraient avoir déjà « trouvé une place de parking ».

הִנְנִי מְצַוֶּה נְאֻם־יְהוָה וַהֲשִׁבֹתִים אֶל־הָעִיר הַזֹּאת וְנִלְחֲמוּ עָלֶיהָ וּלְכָדוּהָ וּשְׂרָפֻהָ בָאֵשׁ וְאֶת־עָרֵי יְהוּדָה אֶתֵּן שְׁמָמָה מֵאֵין יֹשֵׁב׃

hinení metsavvé ne'oúm-adonáy vahachivotím el-ha'ír hazzót venil'hamoú aléha oulkhadoúha ousrafoúha va'éch ve'ét-aré yehouda ettén chemamá me'én yochév

22 Voici, J'ordonne, – dit le SEIGNEUR, – Je ferai revenir l'armée de Babylone dans cette ville, et ils combattront pour cette ville, et la prendront, et la brûleront par le feu, et les villes de Judée, Je les rendrai désertes et sans vie. Telle est l'adresse du Très-Haut à ceux qui espéraient qu'on pouvait simplement dire : « Nous avons eu de la chance, le siège est levé ! Et maintenant nous pouvons ne pas rendre les esclaves, nous pouvons aussi ne pas accomplir le vœu fait devant le Très-Haut ». Il y a ici un enseignement pour nous : combien la liberté de l'homme est importante pour le Très-Haut, combien le Très-Haut apprécie la liberté, comment le Très-Haut nous apprend à apprécier la liberté et avec quel zèle jaloux le Très-Haut veille à l'accomplissement des vœux qui Lui sont faits.

Lisez aussi : Yitro, Térouma, les alliances et les sections hebdomadaires de la Torah.

Original russe : alexblend.com
Cette traduction a été réalisée avec l’aide de l’IA et nécessite encore une révision linguistique et une correction par des locuteurs natifs.

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    1. 1Michpatim : par quoi allons-nous commencer ? 21,1–19
    2. 2Ce n'est pas moi et d'ailleurs c'était sans le vouloir 22,4–26
    3. 3Ne vous abaissez pas 22,27–23,5
    4. 4Enchanté, Dieu ! 23,6–19
    5. 5Vous avez appelé un ange ? 23,20–33
    6. 6Nous sommes du même sang, toi et moi 24,1–18
    7. 7La Torah en 5 minutes
    8. 8Une échelle pour revenir
    9. 9Digest
    10. 10Des jours complets
    11. 11Décharge-toi
    12. 12Haftara. Yirméyahou 34,8–22

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