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יִתְרוֹ
Yitro
le Sinaï et les Dix Commandements
- Section hebdomadaire
- 17 sur 54
- Versets
- Chémot 18,1–20,23
- Parties
- 8
- Temps de lecture
- 2 h 10 min
- Vues
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Yitro est la section hebdomadaire sur la rencontre de Moché avec son beau-père et le don de la Torah au Sinaï. Alex Blend examine le conseil au sujet des juges, la préparation du peuple, les tables et les Dix Commandements. Le sténogramme comprend le texte en hébreu, la translittération, la traduction et les commentaires de l'auteur sur les relations entre l'homme, la société et le Très-Haut.
Yitro : Bonjour, je suis votre beau-père
Chémot 18,1–12
Avec l'aide de Dieu, nous commençons à lire la section hebdomadaire Yitro, à partir du verset 1 du chapitre 18 du livre de Chémot. Dans la section précédente, nous avons lu que les fils d'Israël, à peine sortis d'Égypte, ont été attaqués par la plus grande bande des environs, la formation armée de bandits la plus sérieuse – le peuple d'Amalek. Et Israël, inspiré par Moché, par le Très-Haut, a remporté une brillante victoire sur cette formation de bandits. Le Très-Haut a laissé entrevoir à Moché que c'est le début d'une longue inimitié prolongée, et que le Très-Haut lui-même s'engage, jure d'effacer la mémoire d'Amalek de dessous les cieux pour toujours. Amalek, ce n'est pas simplement un quelconque « malfrat » qui a attaqué Israël à l'improviste. C'est, au fond, le prototype idéologique, l'inspirateur de tous les antisémites qui ont suivi, le père fondateur des attaques, des agressions contre le peuple d'Israël.
La section hebdomadaire Yitro est un peu symétrique à ce qui se passait dans la section hebdomadaire précédente. Israël, venant tout juste de sortir d'Égypte, s'est fait ses premiers ennemis en la personne d'Amalek, mais il se fait aussi ses premiers amis. Si nous nous en souvenons, Yitro, c'est le nom du beau-père de Moché, dont nous n'avions pas entendu parler depuis longtemps, et maintenant la Torah revient à lui.
וַיִּשְׁמַע יִתְרוֹ כֹהֵן מִדְיָן חֹתֵן מֹשֶׁה אֵת כָּל־אֲשֶׁר עָשָׂה אֱלֹהִים לְמֹשֶׁה וּלְיִשְׂרָאֵל עַמּוֹ כִּי־הוֹצִיא יְהוָה אֶת־יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרָיִם׃
vayichmá yitró khohén midyán 'hotén moché et kol-achér assá elohím lemoché oulyisraél ammó ki-hotsí adonáy et-yisraél mimmitsráyim
1 Et Yitro, prêtre de Midyan, beau-père de Moché, entendit tout ce que le SEIGNEUR avait fait pour Moché et pour son peuple, Israël, que le Très-Haut avait fait sortir Israël d'Égypte.
Si au chapitre 4 Moché était appelé gendre de Yitro, parce que Yitro était une célébrité et une star locale, maintenant Moché est plus connu et c'est déjà Yitro qui est appelé beau-père de Moché.
Nous nous souvenons que, lorsque Moché faisait ses adieux à Yitro, à son beau-père, il a dit : « J'irai, je verrai comment vont les choses pour le peuple d'Israël ». Depuis ce temps, on ne sait pas s'ils s'écrivaient, en tout cas ils ne pouvaient sûrement pas se téléphoner (faute de téléphone). D'une manière générale, les communications à cette époque étaient mal établies, les gens n'entendaient rien les uns des autres pendant des années, mais au sujet de certains événements grandioses, des rumeurs, bien sûr, parvenaient. Et voilà que jusqu'à Yitro sont parvenues des rumeurs selon lesquelles le Très-Haut, d'une main forte, avait fait sortir le peuple d'Israël d'Égypte. De quoi a-t-il donc pu entendre parler ? De la sortie d'Égypte, des plaies d'Égypte, des événements à la mer ; peut-être de la victoire sur Amalek, qui, peut-être, passait aussi à Midyan et y organisait des pogroms. Beaucoup de nouvelles, je pense, étaient apportées au prêtre de Midyan par les caravaniers et les voyageurs de passage. Et voilà qu'il a entendu ce qu'a fait le Très-Haut avec Moché et avec son peuple. De bonnes nouvelles sont parvenues à Yitro.
Pendant tout ce temps, chez lui vivait Tsippora, la femme de Moché, la mère des deux petits-fils de Yitro. Si nous nous mettons à la place de cette femme, nous comprendrons qu'elle vivait hors de toute certitude : le mari est parti (comme Stirlitz, pour une quelconque mission dangereuse, on ne le voit guère que dans un café), et on ne sait pas ce qui peut lui arriver : peut-être qu'il périra, peut-être que la mission échouera, peut-être qu'il réapparaîtra dans dix ans, ou peut-être aussi dans quinze. Et elle vit ainsi, dans cet état d'attente tendue. Peut-être, puisque Yitro a beaucoup de filles, entend-elle divers chuchotements, les conversations de ses autres sœurs derrière son dos, ou peut-être que les sœurs la soutiennent et passent avec elle les longues soirées dans le désert. En tout cas, la vie est très difficile pour cette femme nommée Tsippora, mariée-non mariée, dans la maison parentale.
וַיִּקַּח יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה אֶת־צִפֹּרָה אֵשֶׁת מֹשֶׁה אַחַר שִׁלּוּחֶיהָ׃
vayikká'h yitró 'hotén moché et-tsipporá échet moché a'hár chillou'héha
2 Et Yitro, beau-père de Moché, prit Tsippora, femme de Moché, qu'il avait renvoyée,
Ici, beaucoup disent que renvoyée peut se comprendre comme avoir donné le guet, comme un divorce. Moché, partant pour une mission de combat difficile, a donné d'avance à sa femme le guet. Ce n'est pas si facile. Nous savons quelle attitude beaucoup de croyants ont aujourd'hui envers le divorce. Un homme partait à la guerre. S'il ne revenait pas, sa femme, d'un côté, pouvait n'avoir aucune subsistance, ne pas avoir la possibilité d'épouser un autre. D'un autre côté, peut-être est-elle déjà veuve, mais personne ne le sait. L'homme a disparu, et la femme est condamnée à la solitude, à l'attente, à la souffrance, à la dépendance envers les autres. C'est pourquoi il était d'usage – si un soldat partait au combat, si quelqu'un partait pour une quelconque mission – de donner à sa femme le guet, la lettre de divorce. C'est-à-dire : si je disparais, si au bout d'un certain temps je ne réapparais pas, considère-toi comme veuve et libre.
Moché pouvait aussi simplement renvoyer sa femme, l'envoyer temporairement séjourner chez ses parents pendant qu'il fait ce que le Très-Haut lui a ordonné. Et ce mot chilou'héha (qu'il avait renvoyée) suggère que Moché avait tout de même d'une certaine manière défini le séjour de Tsippora dans la maison de son père Yitro, et elle attendait, entre autres, que sa situation soit définie. Maintenant, quand Yitro entend que le Très-Haut a fait sortir le peuple d'Israël, que le Très-Haut a fait tant de choses pour Moché, il devient clair que Tsippora – elle est la femme de Moché, que lui est le beau-père de Moché, que Moché est vivant, et c'est pourquoi il prend Tsippora. Mais pas seulement elle.
וְאֵת שְׁנֵי בָנֶיהָ אֲשֶׁר שֵׁם הָאֶחָד גֵּרְשֹׁם כִּי אָמַר גֵּר הָיִיתִי בְּאֶרֶץ נָכְרִיָּה׃
ve'ét chené vanéha achér chem ha'e'hád gerechóm ki amár guer hayíti be'érets nokhriyá
3 Et ses deux fils, dont le nom de l'un est Guerchom, car il dit : « J'ai été un étranger dans un pays étranger »,
וְשֵׁם הָאֶחָד אֱלִיעֶזֶר כִּי־אֱלֹהֵי אָבִי בְּעֶזְרִי וַיַּצִּלֵנִי מֵחֶרֶב פַּרְעֹה׃
vechém ha'e'hád eli'ézer ki-elohé aví be'ezrí vayattsiléni me'hérev par'ó
4 Et le nom du second – Éliézer, parce que Moché dit, (quand il le nomma) : « Le Dieu de mon père a été pour moi et m'a sauvé de l'épée de Pharaon ».
Outre Tsippora, Yitro prend ses deux fils. Nous nous souvenons comment s'appelaient les fils de Moché : le nom de l'un est Guerchom, ce qui signifie être un étranger dans un pays lointain, c'est ainsi que se traduit le nom ; et le nom du second – Éliézer, ce qui signifie mon Dieu est mon aide. La phrase sur l'épée de Pharaon peut se comprendre simplement : Moché a réussi à s'enfuir d'Égypte quand il a tué l'Égyptien, a enterré son corps dans le sable et Pharaon n'a pas eu le temps de le rattraper. Il y a quelques beaux midrachim qui racontent que Pharaon a fait diffuser un avis de recherche sur Moché, on essayait de l'attraper partout. Et alors un ange du SEIGNEUR est descendu, ayant pris l'apparence de Moché, et Pharaon voulait lui couper la tête. Mais son cou était comme de fer, les épées se brisaient, rebondissaient, tuaient les bourreaux eux-mêmes, il y a eu beaucoup de miracles. C'est un beau midrach, pourquoi ne pas le mentionner. Mais on peut comprendre aussi le sens simple, que le Très-Haut a sauvé Moché de la colère de Pharaon de telle manière que Moché a trouvé en son temps un refuge, que ce même Yitro a décidé de le cacher, en accomplissant un acte peu ordinaire.
וַיָּבֹא יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה וּבָנָיו וְאִשְׁתּוֹ אֶל־מֹשֶׁה אֶל־הַמִּדְבָּר אֲשֶׁר־הוּא חֹנֶה שָׁם הַר הָאֱלֹהִים׃
vayavó yitró 'hotén moché ouvanáv ve'ichtó el-moché él-hammidbár acher-hoú 'honé cham har ha'elohím
5 Et Yitro, beau-père de Moché, vint, et ses fils, et sa femme, ils vinrent vers Moché dans le désert, où est dressé le camp de Moché, près de la montagne de Dieu.
Ainsi, Yitro a entendu que le Très-Haut a accompli beaucoup de miracles pour Moché, que Moché est non seulement vivant, mais, Dieu merci, aussi prospère. Et c'est pourquoi il prend sa fille, ses deux petits-fils et vient vers Moché. Nous avons lu dans la section précédente (17,8) : « …et Amalek vint (vayavó amalék) », Amalek est venu de loin pour être en hostilité. Et voilà pourquoi j'ai dit que ces sections sont symétriques. Quand il se trouve quelqu'un qui fait le choix d'être en hostilité avec le peuple d'Israël, avec le peuple à travers lequel agit le Très-Haut, il se trouve aussi celui qui bénit Dieu et choisit d'être ami, de soutenir, de se joindre au peuple à travers lequel agit le Très-Haut. Et de même qu'il est dit « et Amalek vint (vayavó amalék) », venu avec la guerre, exactement de la même manière il est dit « et Yitro, beau-père de Moché, vint (vayavó yitró 'hotén moché) », venu avec la paix.
וַיֹּאמֶר אֶל־מֹשֶׁה אֲנִי חֹתֶנְךָ יִתְרוֹ בָּא אֵלֶיךָ וְאִשְׁתְּךָ וּשְׁנֵי בָנֶיהָ עִמָּהּ׃
vayomer el-moché aní 'hotenkhá yitró ba elékha ve'ichtekhá ouchné vanéha immá
6 Et il dit à Moché : « Moi, ton beau-père Yitro, je suis venu vers toi, et ta femme, et ses deux fils avec elle ».
Cela sonne, à première vue, de façon très inattendue. Yitro est venu, il est venu vers Moché et a dit : « Je suis Yitro, ton beau-père, je suis venu vers toi, et avec moi ta femme et ses deux fils », comme si Moché pouvait ne pas les reconnaître. Mais ici, le plus probablement, selon la tradition de l'Orient, avant de s'approcher, avant de venir près, Yitro envoie des messagers, quelques serviteurs pour annoncer : « Annoncez-moi », une sorte de majordome, qui entre et dit : « Sir Moché, votre beau-père est venu vous voir avec votre épouse et ses deux enfants ». Nous le voyons d'après ce qui est dit plus loin au verset 7 :
וַיֵּצֵא מֹשֶׁה לִקְרַאת חֹתְנוֹ וַיִּשְׁתַּחוּ וַיִּשַּׁק־לוֹ וַיִּשְׁאֲלוּ אִישׁ־לְרֵעֵהוּ לְשָׁלוֹם וַיָּבֹאוּ הָאֹהֱלָה׃
vayetsé moché likrát 'hotenó vayichtá'hou vayichak-ló vayich'aloú ich-lere'éhou lechalóm vayavó'ou ha'óhela
7 Et Moché sortit à la rencontre de son beau-père, et se prosterna devant lui, et l'embrassa, et ils s'interrogèrent l'un l'autre sur la paix (sur le chalom), sur les affaires et entrèrent dans la tente.

Moché rend des honneurs à Yitro comme à un homme plus respecté, c'est-à-dire qu'il sort à sa rencontre. Le mot chalóm signifie en général paix, c'est-à-dire absence de guerre, il vient de la racine chalém – entier, complet, chlemoút – intégrité. Et quand nous voulons, par exemple, demander à quelqu'un : « Comment va ta santé ? », nous disons : « Ma chlomkha ? », ce qui en hébreu sonne comme : « Quel est le sens, quel est le fond, quelle est l'essence de ta paix ? » Voilà une question pas simple qui est posée. Ils se disaient l'un à l'autre ce qui leur était arrivé pendant ce temps et ainsi, de mot en mot, ils sont arrivés à la tente.
וַיְסַפֵּר מֹשֶׁה לְחֹתְנוֹ אֵת כָּל־אֲשֶׁר עָשָׂה יְהוָה לְפַרְעֹה וּלְמִצְרַיִם עַל אוֹדֹת יִשְׂרָאֵל אֵת כָּל־הַתְּלָאָה אֲשֶׁר מְצָאָתַם בַּדֶּרֶךְ וַיַּצִּלֵם יְהוָה׃
vaysappér moché le'hotenó et kol-achér assá adonáy lefar'ó oulmitsráyim al odót yisraél et kol-hattela'á achér metsa'átam baddérekh vayattsilém adonáy
8 Et Moché raconta à son beau-père tout ce que le SEIGNEUR avait fait à Pharaon et à l'Égypte à cause d'Israël, toutes ces aventures (ou mésaventures) qui leur étaient arrivées dans le désert, et dans lesquelles le SEIGNEUR les avait sauvés.
Le mot tlaót – ce sont des sinuosités, des boucles quelconques, on peut effectivement le traduire par aventures.
וַיִּחַדְּ יִתְרוֹ עַל כָּל־הַטּוֹבָה אֲשֶׁר־עָשָׂה יְהוָה לְיִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הִצִּילוֹ מִיַּד מִצְרָיִם׃
vayí'had yitró al kol-hattová acher-assá adonáy leyisraél achér hittsiló miyád mitsráyim
9 Et Yitro se réjouit de tous les bienfaits que le SEIGNEUR avait faits à Israël, de l'avoir sauvé des mains de l'Égypte.
L'expression vayí'had yitró – est étonnante. On peut traduire yi'had à partir de la racine 'had (aigu) ou à partir de la racine e'hád (un), et alors le dire ainsi : sa peau devint petits morceaux – petits morceaux. Certains des anciens traducteurs disent que c'est comme si Yitro avait eu la « chair de poule » d'horreur, d'émotion, de bouleversement. D'autres traducteurs interprètent yi'had à partir du mot 'hadá, dont provient aussi le mot hébreu 'hedvá (joie, allégresse) – et Yitro se réjouit. Eh bien, l'un n'empêche pas l'autre. Peut-être que Yitro a été saisi d'horreur, a été pénétré jusqu'à la « chair de poule » et s'est réjoui en même temps.
וַיֹּאמֶר יִתְרוֹ בָּרוּךְ יְהוָה אֲשֶׁר הִצִּיל אֶתְכֶם מִיַּד מִצְרַיִם וּמִיַּד פַּרְעֹה אֲשֶׁר הִצִּיל אֶת־הָעָם מִתַּחַת יַד־מִצְרָיִם׃
vayomer yitró baroúkh adonay achér hittsíl etkhém miyád mitsráyim oumiyád par'ó achér hittsíl et-ha'ám mittá'hat yad-mitsráyim
10 Et Yitro dit : « Béni soit le SEIGNEUR, Qui vous a sauvés des mains des Égyptiens et des mains de Pharaon, Qui a sauvé le peuple de la main égyptienne.
Nous voyons de nouveau ici l'exact opposé de ce qui se passe avec Amalek : Yitro bénit le Très-Haut. Le premier ennemi – Amalek, et le premier ami – Yitro, le premier, on peut dire, le tout premier prosélyte qui s'est joint au peuple.
Dans ce cas, on peut dire que le SEIGNEUR a sauvé le peuple non seulement de la force de l'armée égyptienne, mais aussi de toute la puissance de la sorcellerie qui montait la garde chez l'Égypte. Le SEIGNEUR Dieu est plus fort que toute sorcellerie, que tous les faiseurs de miracles, et Il a tiré le peuple de la main de l'Égypte.
Et plus loin Yitro témoigne, et dit :
עַתָּה יָדַעְתִּי כִּי־גָדוֹל יְהוָה מִכָּל־הָאֱלֹהִים כִּי בַדָּבָר אֲשֶׁר זָדוּ עֲלֵיהֶם׃
attá yadá'ti ki-gadól adonáy mikkol-ha'elohím ki vaddavár achér zadoú alehém
11 Maintenant je sais que le SEIGNEUR est plus grand, plus majestueux que tout dieu, que ce mal que tous ces dieux tramaient contre vous.
Le SEIGNEUR a vaincu tous les desseins des dieux païens. Yitro s'en est convaincu, et il en témoigne. Et dans le verset suivant nous lisons le résultat de ce témoignage :
וַיִּקַּח יִתְרוֹ חֹתֵן מֹשֶׁה עֹלָה וּזְבָחִים לֵאלֹהִים וַיָּבֹא אַהֲרֹן וְכֹל זִקְנֵי יִשְׂרָאֵל לֶאֱכָל־לֶחֶם עִם־חֹתֵן מֹשֶׁה לִפְנֵי הָאֱלֹהִים׃
vayikká'h yitró 'hotén moché olá ouzva'hím lelohím vayavó aharón vekhól zikné yisraél le'ekhol-lé'hem im-'hotén moché lifné ha'elohím
12 Et Yitro, beau-père de Moché, prit un holocauste et des sacrifices pour Dieu. Et Aharon vint, et tous les anciens d'Israël, ils vinrent manger le pain avec le beau-père de Moché devant Dieu.
Quelle est la différence entre l'holocauste et le sacrifice ? L'holocauste (olá) – ce sacrifice est entièrement brûlé sur l'autel. Zéva'h – c'est un sacrifice dont une partie est offerte au Très-Haut, et une partie est mangée par les participants du sacrifice, c'est une sorte de repas commun avec le Très-Haut. Ainsi, Yitro, beau-père de Moché, en signe de ralliement au peuple d'Israël, de ralliement à l'alliance avec Israël, abat des sacrifices, offre un holocauste et des sacrifices.
Aharon, comme nous le savons, n'est pas simplement le beau-frère de Yitro, il est aussi comme un intercesseur, un représentant du peuple d'Israël, le futur prêtre. Il n'est pas encore dans la prêtrise, mais il est déjà Aharon, il se prépare déjà à ce rôle, sans le savoir encore lui-même.
Quand nous avons rencontré cette phrase, le'ekhol-lé'hem, nous disions qu'elle signifie prendre femme. Nous avons lu aussi que Yaakov, quand il achète le droit d'aînesse, donne du pain à Essav. Dans les deux cas, et ici, et dans le cas de Yaakov, le commentaire note qu'ils prenaient aussi du vin, ils avaient du vin. Ils mangeaient du pain et buvaient du vin. Nous avons lu aussi que Melchisédek apporta à Avraham du pain et du vin. C'est pourquoi il est clair que tout repas était accompagné de vin, et il n'est pas nécessaire de l'expliquer, parce que les gens prenaient du vin avec eux pour la route, le vin était un élément de tout repas de fête.
Quelle est l'essence du pain et du vin ? C'est lié au mariage, à l'entrée dans le mariage, c'est-à-dire à la conclusion d'une alliance entre le fiancé et la fiancée. Dans un sens plus large, nous savons que les relations d'Israël et du Très-Haut sont aussi les relations du fiancé et de la fiancée. Or le symbole de la conclusion d'une alliance, c'est le pain et le vin. Le pain, lé'hem (pain de froment), signifie la chair. Le mot 'hitá (froment) est consonant aussi avec le mot 'het (péché), c'est important aussi. Yayin (vin) symbolise le sang, on appelle le vin « le sang des grains de raisin ». On peut dire que lé'hem, c'est la chair du froment, yayin, c'est le sang du raisin. Ainsi, lé'hem et yayin, le pain et le vin – c'est la chair et le sang, qu'ils mangeaient, et c'est le symbole et le fondement de toute alliance.
Il est intéressant que, quand les sages discutent pour savoir quel fruit était ce fruit même que mangea 'Hava, on parle habituellement de la pomme. Mais la pomme est un mythe, nulle part il n'est question de pomme. Le fait est que le mal en latin, c'est malum (malyoum), et la pomme en grec mήλα (milya), et il est tout à fait possible que les versions se soient mélangées, et l'arbre est soudain devenu un pommier.
Plus tôt encore, quand il n'y avait ni latin ni grec, les sages, nommaient des variantes : le froment, le raisin, la figue et l'étrog. Mais les deux variantes principales, ce sont le froment (le pain) et le raisin (le vin). Et il y a des mystiques, des kabbalistes, des hassidim, qui disaient qu'il y avait là un fruit si particulier – le « froment-raisin », à la fois pain et vin. C'est ce qu'a goûté 'Hava, et à cause de cela il en est résulté une très mauvaise alliance, pas avec celui avec qui il fallait, – d'ailleurs, c'est déjà une digression dans la mystique.
Et pourtant ici nous lisons, et les commentateurs le disent – et pas seulement les commentateurs juifs classiques, mais aussi les chercheurs des Écritures – que, le plus probablement, quand on dit « ils mangèrent le pain », on veut dire « ils mangèrent le pain et burent le vin » devant le Très-Haut, c'est-à-dire qu'ils conclurent une alliance avec le Très-Haut.

Je te dirai une chose intelligent
Chémot 18,13–27
Avec l'aide de Dieu, nous continuons à lire la section hebdomadaire Yitro. Nous nous sommes arrêtés, vous et moi, au moment où Yitro, son beau-père, ayant pris la femme de Moché, Tsippora, et ses deux enfants, Guerchom et Éliézer, est arrivé au camp d'Israël et a rencontré Moché. Il y a eu une telle rencontre familiale chaleureuse, une conversation amicale, dans laquelle ils ont échangé des nouvelles, et Moché a raconté à Yitro tout ce que le Très-Haut a fait avec le peuple d'Israël, la délivrance et tous ces miracles que le Très-Haut a accomplis, et comment le Très-Haut a fait sortir Israël d'Égypte. Yitro en a été très fortement pénétré, et ce récit l'a tellement saisi, il a été si impressionné, qu'il a accepté le Dieu d'Israël comme le Dieu le plus fort, Lui a offert des sacrifices et a conclu une alliance avec Lui en présence de Moché, d'Aharon et des anciens d'Israël, en Le proclamant son Dieu. Ainsi il est devenu le premier prosélyte, le premier à se joindre à Israël parmi les autres peuples. Cela, nous l'avons déjà lu. Mais il y a ce que nous n'avons pas lu. Nous n'avons pas lu comment Moché a rencontré ses fils. Pourquoi ne pas raconter comment, voyant Éliézer, Moché a répété littéralement les mots du Tarass Boulba de Gogol : « Allons, tourne-toi donc, fiston ! » Pourquoi ne pas raconter comment il a embrassé ses fils et a dit : « Comme vous m'avez manqué, comme vous êtes devenus des hommes, comme vous avez grandi ! » Ou peut-être aussi ainsi : « Comme vous avez mûri, comme vous avez changé ! » Pourquoi ne pas raconter comment il a embrassé sa femme ? Pourquoi la Torah tait-elle tout cela ?
Beaucoup de commentateurs disent que Moché est si occupé par le service, si plongé dans le service du Très-Haut, que sa famille se retrouve à l'arrière-plan, et c'est sa grande « bévue ». Ainsi il devient le premier père d'« enfants de parents croyants », et apparaît le premier conflit dans la famille d'un leader religieux. D'autres disent (et on peut aussi le comprendre et le percevoir ainsi) que la Torah baisse le rideau de la pudeur sur la vie privée là où il ne vaut pas la peine de la décrire. Il est clair que Moché s'est réjoui de sa femme, il est clair qu'il s'est réjoui de ses enfants, mais la vie privée de Moché, laissons-la à Moché, baissons nous aussi le rideau de la pudeur sur cette rencontre. Et ce qui s'est passé ensuite, après la conversation de Yitro et de Moché, après le ralliement de Yitro au peuple d'Israël, nous le lirons à partir du verset 13 du chapitre 18.
וַיְהִי מִמָּחֳרָת וַיֵּשֶׁב מֹשֶׁה לִשְׁפֹּט אֶת־הָעָם וַיַּעֲמֹד הָעָם עַל־מֹשֶׁה מִן־הַבֹּקֶר עַד־הָעָרֶב׃
vayhí mimma'horát vayéchev moché lichpót et-ha'ám vaya'amód ha'ám al-moché min-habbóker ad-ha'árev
13 Et il arriva le lendemain, et Moché s'assit pour juger le peuple, et le peuple se tenait au-dessus de Moché, devant Moché, du matin jusqu'au soir.
On ne comprend pas d'après cela si Moché jugeait le peuple chaque jour, si ces procès se déroulaient du matin jusqu'au soir ou si, disons, deux fois par semaine Moché s'asseyait pour juger le peuple, les lundis et les jeudis. Bon, d'une manière ou d'une autre, voilà que c'est sur un tel procès qu'est tombé Yitro, littéralement le lendemain de son arrivée dans le camp d'Israël.
Ainsi, Moché s'occupe des jugements, et le peuple fait la queue du matin jusqu'au soir. Celui qui a réussi à prendre sa place dans la queue plus tôt est aussi passé plus tôt. Vous pouvez demander : « Qu'est-ce que c'est que ces jugements ? Avec quoi donc le peuple qui vit dans le désert, les habitants du désert, qui ont, semble-t-il, et la nourriture aux frais du Très-Haut, et des tentes, et pour qui les problèmes d'immobilier n'existent pas, avec quoi viennent-ils au tribunal ? » Difficile à dire. Peut-être était-ce des histoires de chicanes quelconques : « Ceux-là nous ont emprunté la mesure pour l'omer et ne la rendent pas ! » – « Celui-là m'a pris un livre de Tourgueniev pour le lire et ne l'a pas rendu ! » – « Et celui-là promène ses chiens dans notre cour, et ensuite la manne tombe là, et nous la ramassons là où leurs chiens salissent. Prenez des mesures ! »
Dans les tribunaux rabbiniques modernes, des gens viennent souvent non pas pour démêler qui a raison, qui a tort, mais pour savoir comment connaître la volonté de Dieu. J'ai rencontré le cas de deux frères, dont chacun voulait donner un rein à son père. Le père avait besoin d'une greffe de rein. L'un des frères disait : « J'ai déjà deux enfants, je les ai élevés. Mais mon frère n'a pas d'enfants, il lui faut en avoir, je donnerai le rein ! » L'autre objectait : « Il a deux enfants, il faut les nourrir, il faut les entretenir, moi, je n'ai personne à entretenir, le rein, c'est moi qui le donnerai ! » Ils se disputaient, et pour comprendre comment agir correctement, ce que veut le Très-Haut, ils sont venus chez le rabbin. Il y a des histoires moins pathétiques. Voici une histoire où, à l'étage supérieur, vit une famille avec des enfants, et les enfants font du bruit, courent, sautent. En bas vivent des personnes âgées, qui ont parfois mal à la tête, qui ont parfois envie de se reposer. Ces gens disent : « Nous comprenons que les enfants sautent, courent, et nous ne voulons pas les empêcher de courir, de sauter, mais nous voulons nous reposer ! » Et la famille dit : « Nous comprenons que ce sont des vieillards, que parfois ils ont mal à la tête, que parfois c'est dur pour eux, mais nous ne voulons pas tout le temps faire « chut » à nos enfants pour qu'ils ne courent pas. Comment trouver le juste milieu ? » Voilà, avec de telles questions aussi on vient. Comme solution à ce cas, on peut, par exemple, acheter en se cotisant un tapis épais à longs poils pour la chambre des enfants, et qu'ils courent sur le tapis, et il n'y aura aucun bruit. Beaucoup, beaucoup de jugements différents ont lieu, il y a beaucoup d'histoires différentes, drôles et étranges, ce ne sont pas toujours des querelles. Parfois c'est vraiment le désir des gens de comprendre comment agir correctement. Mais dans tous les cas cela prend du temps, et si Moché siège ainsi tout seul au tribunal, alors c'est réellement difficile pour lui.
וַיַּרְא חֹתֵן מֹשֶׁה אֵת כָּל־אֲשֶׁר־הוּא עֹשֶׂה לָעָם וַיֹּאמֶר מָה־הַדָּבָר הַזֶּה אֲשֶׁר אַתָּה עֹשֶׂה לָעָם מַדּוּעַ אַתָּה יוֹשֵׁב לְבַדֶּךָ וְכָל־הָעָם נִצָּב עָלֶיךָ מִן־בֹּקֶר עַד־עָרֶב׃
vayár 'hotén moché et kol-acher-hoú ossé la'ám vayomer ma-haddavár hazzé achér attá ossé la'ám maddoúa attá yochév levaddékha vekhol-ha'ám nittsáv alékha min-bóker ad-árev
14 Et le beau-père de Moché vit tout ce qu'il fait au peuple, et
dit : « Qu'est-ce que c'est que cela, ce que tu fais au peuple ? Pourquoi es-tu assis seul, et tout le peuple se presse, se tient devant toi, du matin jusqu'au soir ? »
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה לְחֹתְנוֹ כִּי־יָבֹא אֵלַי הָעָם לִדְרֹשׁ אֱלֹהִים׃
vayomer moché le'hotenó ki-yavó eláy ha'ám lidróch elohím
15 Et Moché dit à son beau-père : « Parce que le peuple vient vers moi pour rechercher la Volonté de Dieu !
Dans certains conflits, dans certaines situations, le peuple demande qu'on lui dise comment agir correctement. Peut-être que le peuple voit de l'extérieur quelqu'un qui est allé ramasser des branches le sabbat, et il faut comprendre : peut-on donc faire ainsi ? Peut-être encore autre chose, peut-être ces exemples que j'ai déjà donnés. Le peuple, dans diverses disputes, dans des désaccords, cherche comment agir correctement : quelque chose est arrivé avec la nourriture, quelque chose a été fait le sabbat – que faire, comment faire pour ne pas offenser la personne ? Nous avons embauché un homme, et il a fait la moitié du travail. Le payer au prix plein, payer la moitié, ne pas payer du tout ? Un homme nous a causé un certain dommage, comment agir ? Et ainsi un tas, un tas, un tas de questions qu'il fallait examiner.
כִּי־יִהְיֶה לָהֶם דָּבָר בָּא אֵלַי וְשָׁפַטְתִּי בֵּין אִישׁ וּבֵין רֵעֵהוּ וְהוֹדַעְתִּי אֶת־חֻקֵּי הָאֱלֹהִים וְאֶת־תּוֹרֹתָיו׃
ki-yihyé lahém davár ba eláy vechafattí ben ich ouvén re'éhou vehoda'tí et-'houkké ha'elohím ve'et-torotáv
16 S'ils ont une affaire quelconque, ils viennent vers moi, et je les juge : entre l'homme et entre son prochain, et je leur explique les Lois de Dieu et Sa Torah ».
Ainsi, Moché était juge. Ces gens, ces Israélites mêmes qui marchaient avec lui dans le désert, à ce moment-là ne connaissaient pas la Torah, ne connaissaient pas les Lois de Dieu, ne pouvaient pas les appliquer. En cas de n'importe quel problème, ils s'adressaient à Moché comme à l'unique source. Et Moché devait du matin jusqu'au soir « juger et trancher » le peuple.
וַיֹּאמֶר חֹתֵן מֹשֶׁה אֵלָיו לֹא־טוֹב הַדָּבָר אֲשֶׁר אַתָּה עֹשֶׂה׃
vayomer 'hotén moché eláv lo-tóv haddavár achér attá ossé
17 Et le beau-père de Moché lui dit : « Tu n'agis pas bien !
C'est très intéressant et significatif que le guer, l'homme qui s'est joint à Israël seulement hier, indique déjà à Moché et dit : « Tu n'agis pas bien ! » Bon, il est clair que c'est son beau-père, que c'est un homme respecté. Mais, à peine s'est-il joint au peuple juif, qu'il enseigne déjà aux Juifs comment être correctement juif, et cette tendance s'est souvent conservée jusqu'à aujourd'hui. Une telle audace est donnée au prosélyte Yitro – dire à Moché qu'il n'agit pas bien.
נָבֹל תִּבֹּל גַּם־אַתָּה גַּם־הָעָם הַזֶּה אֲשֶׁר עִמָּךְ כִּי־כָבֵד מִמְּךָ הַדָּבָר לֹא־תוּכַל עֲשֹׂהוּ לְבַדֶּךָ׃
navól tibból gam-attá gam-ha'ám hazzé achér immákh ki-khavéd mimmekhá haddavár lo-toukhál assóhou levaddékha
18 De flétrissement tu te flétriras (de dessèchement tu te dessécheras), et toi, et ce peuple qui est avec toi, car cette affaire est lourde pour toi, tu ne peux pas la faire seul !
C'est-à-dire que Yitro dit à Moché : « Cette mission est impossible. Tu ne peux pas siéger seul, juger et trancher pour tous, ce n'est pas correct, tes forces s'épuiseront. Et le peuple aussi restera debout du matin jusqu'au soir. Vous ne ferez que vous occuper de jurisprudence et d'éclaircir qui a raison, qui a tort ». Et, outre la critique, Yitro a aussi une proposition constructive :
עַתָּה שְׁמַע בְּקֹלִי אִיעָצְךָ וִיהִי אֱלֹהִים עִמָּךְ הֱיֵה אַתָּה לָעָם מוּל הָאֱלֹהִים וְהֵבֵאתָ אַתָּה אֶת־הַדְּבָרִים אֶל־הָאֱלֹהִים׃
attá chemá bekolí i'atsekhá vihi elohim immákh heyé attá la'ám moul ha'elohím vehevetá attá et-haddevarím el-ha'elohím
19 Maintenant donc, écoute ma voix, et je te conseillerai, et Dieu sera avec toi : et tu te tiendras devant le peuple au Nom de Dieu et tu te tiendras pour le peuple devant Dieu.
C'est-à-dire que, s'il y a des problèmes quelconques, des questions, Moché les portera aux pieds du Très-Haut, et si le peuple demande la volonté du Très-Haut, Moché la transmettra au peuple. C'est précisément ce que Moché essaie maintenant de faire.
וְהִזְהַרְתָּה אֶתְהֶם אֶת־הַחֻקִּים וְאֶת־הַתּוֹרֹת הוֹדַעְתָּ לָהֶם אֶת־הַדֶּרֶךְ יֵלְכוּ בָהּ וְאֶת־הַמַּעֲשֶׂה אֲשֶׁר יַעֲשׂוּן׃
vehizhartá ethém et-ha'houkkím ve'et-hattorót vehoda'tá lahém et-haddérekh yélekhou va ve'et-hamma'assé achér ya'asoún
20 Et toi, enseigne-leur les lois et la Torah, et indique-leur le chemin par lequel ils doivent aller, et les actes qu'ils feront.
Le mot lehazhír signifie avertir, instruire, zehiroút – c'est la prudence, mais le mot zóhar signifie éclat (du verbe lizgór – briller, rayonner). Tu dois « faire briller », illuminer le peuple, pour ainsi dire placer des panneaux d'avertissement, les intégrer en eux, pour qu'ils comprennent les lois ('houkkím) et la Torah.
C'est-à-dire : « Tu dois leur enseigner, disons ainsi, la théorie de la conduite, leur parler des panneaux d'avertissement, des règles de circulation, et leur marquer la route par laquelle ils iront. Le code de la route complet du monde spirituel, tu dois le leur communiquer ».
Il est impossible d'être agent de la circulation là où les conducteurs n'ont aucune idée de la circulation routière et demandent constamment : « Est-ce que je peux tourner à gauche ? Est-ce que je peux aller tout droit ? Est-ce que je peux faire marche arrière ? » Yitro dit : « Instruis le peuple ! Avant d'être juge pour ton peuple, essaie d'être pour ton peuple un maître, guide-le dans la Torah. Fais en sorte qu'ils connaissent les lois, que dans la plupart des cas ils puissent même sans toi démêler et répondre aux questions ».
וְאַתָּה תֶחֱזֶה מִכָּל־הָעָם אַנְשֵׁי־חַיִל יִרְאֵי אֱלֹהִים אַנְשֵׁי אֱמֶת שֹׂנְאֵי בָצַע וְשַׂמְתָּ עֲלֵהֶם שָׂרֵי אֲלָפִים שָׂרֵי מֵאוֹת שָׂרֵי חֲמִשִּׁים וְשָׂרֵי עֲשָׂרֹת׃
ve'attá te'hezé mikkol-ha'ám anche-'háyil yir'é elohím anché emét soné'e vátsa vesamtá alehém saré alafím saré meót saré 'hamichím vesaré assarót
21 Et toi donc, choisis (vois, discerne) parmi tout le peuple des hommes vifs (des hommes entreprenants), craignant Dieu, des hommes de vérité, haïssant la cupidité, et établis sur le peuple des chefs de mille, des chefs de cent, des chefs de cinquante et des chefs de dix.
Le mot la'hazót – voir, prévoir, mettre en œuvre une vision particulière, trouver après avoir examiné attentivement.
Il est difficile pour le lecteur moderne de se représenter tout le caractère révolutionnaire du programme que propose Yitro.
Premièrement, la société du peuple d'Israël est une communauté, avec un mode de vie clanique, familial. Dans chaque clan, dans chacune des tribus d'Israël, il y a ses propres anciens. Ils ne sont jamais nommés, ils se révèlent au cours, pour ainsi dire, du développement naturel de la vie, d'ordinaire c'est le membre le plus âgé, le plus respecté de la famille. Et c'est en vertu de cette autorité que les anciens dirigeaient le peuple. Révolutionnaire est l'idée même d'établir un pouvoir, de choisir certains dirigeants, certaines personnes qui puissent enseigner ou résoudre les problèmes. C'est tout à fait nouveau pour le peuple d'Israël, tout à fait nouveau de ne pas avoir un seul « Je-sais-tout », un seul spécialiste qui déciderait de tout, partagerait avec tous ses connaissances et enseignerait la Torah aux gens.
Deuxièmement, plus révolutionnaire encore est la structure hiérarchique. Il arrive qu'un homme soit talentueux, fort, mais il n'est pas encore prêt à aller « en Moché », pas prêt à aller parmi les Juges suprêmes. Il peut être chef de dix, il peut répondre de certaines petites affaires, et pour les grandes affaires il faut s'adresser au chef de cinquante et au-dessus. Il y a ici aussi un processus de révélation des personnes talentueuses, capables, et de leur engagement au service du Très-Haut – afin que le service du Très-Haut devienne celui de tout le peuple. C'est très important pour la structure de toute communauté. Nous rencontrons souvent une communauté qui a un leader, et lui a une vision, et selon cette vision qui est la sienne il juge, il en a le monopole. Parfois le peuple se tient chez lui du matin au soir, mais le plus souvent il a des assistants, on ne peut même pas l'approcher lui-même, et c'est de cette manière qu'il juge. Il joue le rôle du Moché de la période « avant Yitro », qui est seulement juge et nullement enseignant. Ce qu'enseigne Yitro, c'est comment être enseignant, comment faire en sorte que tout le peuple puisse étudier la Torah. Il y aura un petit instituteur des classes élémentaires, un chef de dix, qui, peut-être, enseignera à dix personnes simples des principes simples. Peut-être que de ces dix sortira un chef de cinquante, ou peut-être que le chef de dix lui-même deviendra avec le temps chef de cinquante. Mais au travail, au service de la Torah, sont associées beaucoup, beaucoup de personnes, qui peuvent communiquer entre elles, chercher ensemble la vérité, chercher la face du Très-Haut. Ces petits leaders seront plus proches du peuple, comprendront plus profondément ce qui se passe. Il est beaucoup plus simple de savoir ce qui se passe dans ta dizaine que ce qui se passe dans ton peuple. Il faut beaucoup moins de temps pour s'y retrouver, et parfois tout est compris tout de suite. Et ensuite Yitro développe sa pensée :
וְשָׁפְטוּ אֶת־הָעָם בְּכָל־עֵת וְהָיָה כָּל־הַדָּבָר הַגָּדֹל יָבִיאוּ אֵלֶיךָ וְכָל־הַדָּבָר הַקָּטֹן יִשְׁפְּטוּ־הֵם וְהָקֵל מֵעָלֶיךָ וְנָשְׂאוּ אִתָּךְ׃
vechafetoú et-ha'ám bekhol-ét vehayá kol-haddavár haggadól yavíou elékha vekhol-haddavár hakkatón yichpetou-hém vehakél me'alékha venasse'oú ittákh
22 Et ils jugeront le peuple en tout temps. Et il en sera ainsi : toute affaire difficile, ils l'amèneront à toi (pour toute affaire difficile, on s'adressera à toi), et toute petite affaire, ils la jugeront eux-mêmes. Et ils allégeront ton sort, ils t'allégeront le travail et seront tes compagnons de travail.
En d'autres termes, Yitro propose d'associer le peuple au service. Moché ne sert pas seul, tout le peuple peut servir avec lui. C'est, en réalité, une très bonne idée. Je le répète, elle est actuelle aussi pour beaucoup, beaucoup de communautés modernes, où un tel travail n'est pas organisé. Non seulement un tel travail n'y est pas organisé, mais en plus aucun « Moché » n'y siège du matin au soir.
אִם אֶת־הַדָּבָר הַזֶּה תַּעֲשֶׂה וְצִוְּךָ אֱלֹהִים וְיָכָלְתָּ עֲמֹד וְגַם כָּל־הָעָם הַזֶּה עַל־מְקֹמוֹ יָבֹא בְשָׁלוֹם׃
im et-haddavár hazzé ta'assé vetsivekhá elohím veyakholtá amód vegám kol-ha'ám hazzé al-mekomó yavó vechalóm
23 Et Dieu t'instruira, et tu pourras tenir bon, alors aussi tout ce peuple arrivera à sa place en paix ».
Yitro dit à Moché : « Tu te soucies, tu prends soin de ce qui est de Dieu – faire parvenir au peuple la Parole de Dieu, mais derrière cela tu peux ne pas voir le peuple ». Yitro arrive, voit cela, voit le peuple et en parle à Moché.
וַיִּשְׁמַע מֹשֶׁה לְקוֹל חֹתְנוֹ וַיַּעַשׂ כֹּל אֲשֶׁר אָמָר׃
vayichmá moché lekól 'hotenó vayá'as kol achér amár.
24 Et Moché écouta la voix de son beau-père, et Moché fit tout ce que le beau-père lui avait dit.
Moché n'a pas dit : « Hé, écoute, Yitro, toi ici tu n'es somme toute qu'un prosélyte, et tu t'es mis en tête d'enseigner l'oint de Dieu, moi, qui ai frappé le Nil avec le bâton, qui ai frappé le rocher avec le bâton, qui ai dispersé l'armée d'Amalek avec le bâton ?! Je vais te flanquer un coup de ce bâton, et toutes tes idées nuisibles, révolutionnaires, réformistes s'envoleront de ta tête ! Peu m'importe que tu sois mon beau-père ! » Non, Moché – le plus humble des hommes, la critique constructive, il sait l'accepter de façon constructive.
וַיִּבְחַר מֹשֶׁה אַנְשֵׁי־חַיִל מִכָּל־יִשְׂרָאֵל וַיִּתֵּן אֹתָם רָאשִׁים עַל־הָעָם שָׂרֵי אֲלָפִים שָׂרֵי מֵאוֹת שָׂרֵי חֲמִשִּׁים וְשָׂרֵי עֲשָׂרֹת׃
vayiv'hár moché anche-'háyil mikkol-yisraél vayittén otám rachím al-ha'ám saré alafím saré meót saré 'hamichím vesaré assarót
25 Et Moché choisit des hommes vifs, combatifs dans tout Israël, et les établit comme chefs sur le peuple, chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dix.
Nous avons dit selon quel principe Yitro a dit de choisir les hommes. Il a dit : « Choisissez des hommes combatifs, actifs, yir'é elohím (craignant Dieu), anché emét (des hommes de vérité), haïssant la cupidité ». Il en est souvent ainsi, c'est actuel pour un système judiciaire organisé par tribus : un homme sera enclin à juger dans l'intérêt de son parent, de sa tribu, de son avantage. Et il faut que le juge craigne Dieu plus que certains principes de son clan, qu'il haïsse la cupidité, qu'il cherche non pas son intérêt, non pas l'intérêt de son clan, et non pas l'intérêt de sa parenté ou de sa classe sociale, mais seulement la volonté de Dieu.
וְשָׁפְטוּ אֶת־הָעָם בְּכָל־עֵת אֶת־הַדָּבָר הַקָּשֶׁה יְבִיאוּן אֶל־מֹשֶׁה וְכָל־הַדָּבָר הַקָּטֹן יִשְׁפּוּטוּ הֵם׃
vechafetoú et-ha'ám bekhol-ét et-haddavár hakkaché yevioún el-moché vekhol-haddavár hakkatón yichpoutoú hem
26 Et ils jugèrent le peuple en tout temps. Les choses difficiles, ils les amenaient, les apportaient à Moché, et toutes les petites choses, ils les jugeaient eux-mêmes.
C'est-à-dire que les affaires difficiles étaient tranchées à la Cour suprême, où siégeait Moché, les affaires simples étaient tranchées dans les tribunaux de district, sur place.
Et, pendant que cette réforme était mise en œuvre, Yitro restait avec Moché, séjournait chez son gendre. Et voilà, quand la réforme est accomplie, que Moché a fait tout ce qu'a dit Yitro, et que le système s'est mis à fonctionner, Moché renvoie son beau-père.
וַיְשַׁלַּח מֹשֶׁה אֶת־חֹתְנוֹ וַיֵּלֶךְ לוֹ אֶל־אַרְצוֹ׃
vaychallá'h moché et-'hotenó vayélekh lo el-artsó
27 Et Moché renvoya son beau-père, et il s'en alla dans son pays.
Bien que le beau-père, comme nous l'avons déjà dit, ait offert des sacrifices, conclu une alliance, se soit joint à la foi au Dieu d'Israël, il ne va pas en Israël. Il est allé son propre chemin, tout en étant dans l'alliance avec le Très-Haut. Et on peut dire que c'est le premier juif, yehoudí. Ce mot vient du nom Yehoudá, qui, à son tour, selon l'une des significations, vient du mot lehodot –remercier. Yitro est le premier « remercieur » de Dieu hors du peuple d'Israël, qui n'est pas allé avec le peuple d'Israël en Israël. Beaucoup disent à ce sujet qu'il n'est pas devenu en réalité un prosélyte, que c'était juste comme ça, dans un élan. Laissons ce raisonnement sur la conscience de tels commentateurs.
C'est Moi qui commanderai le défilé
Chémot 19,1–19
Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à lire la section hebdomadaire Yitro. Nous avons déjà dit que Yitro, après avoir observé comment Moché siège et juge le peuple du matin au soir, tandis que le peuple se tient devant lui, a conseillé à Moché de fractionner le système judiciaire, on peut dire, de déléguer le pouvoir judiciaire, aux chefs de mille, aux chefs de cent, aux chefs de cinquante et aux chefs de dix. C'est-à-dire diviser tout le système judiciaire en petites parties et par là même, d'un côté, libérer beaucoup de temps, de l'autre côté, attirer dans le système judiciaire beaucoup de gens nouveaux et talentueux. Et certains ont comparé cela au marketing à plusieurs niveaux, et se sont posé la question : dans quelle mesure est-il légitime de la part de Moché d'écouter le conseil de Yitro sans avoir reçu l'autorisation du Très-Haut ? Eh bien, premièrement, nous ne savons pas si Moché a consulté le Très-Haut et s'il a reçu Son approbation pour une telle division du système judiciaire. Mais il est important de remarquer ceci : ces événements se passent à proximité immédiate du don de la Torah. La Torah est donnée au peuple d'Israël comme le fruit de la communication prophétique entre Moché et le Très-Haut. Mais la particularité de la Torah est qu'elle est un enseignement, et non une prophétie, en ce que l'homme peut lui-même assimiler cet enseignement sans être prophète, et y instruire d'autres, qui ne sont pas prophètes non plus. C'est une connaissance prophétique donnée pour de nombreuses années, pour des époques à l'avance, une compréhension prophétique de l'univers, une représentation de l'interaction des choses. Une fois reçue prophétiquement, elle devient un enseignement dans la bouche des hommes, et l'on peut enseigner, former beaucoup de maîtres de la Torah qui ne sont pas prophètes. Et c'est précisément pourquoi il est significatif que la fonction prophétique de Moché comme intermédiaire entre le Très-Haut et l'homme dans les différentes affaires judiciaires passe pour ainsi dire au second plan, cédant la place à l'enseignement, à la révélation du Très-Haut qui est déjà donnée. Souvenez-vous, quand le riche demandait d'envoyer quelqu'un sur la terre, on lui a répondu : « Ils ont la Loi et les Prophètes ». Cette même Loi, encore avant les Prophètes, est déjà donnée comme un enseignement qu'on peut enseigner, même si tu n'es pas prophète. Enseigner à un disciple, même s'il n'est pas prophète, lui transmettre les connaissances sur l'organisation du monde. Et c'est pourquoi une telle division est devenue possible, mais, comme nous le verrons plus loin, elle n'agit pas aussi largement que nous pourrions le penser. Ainsi, commençons à lire depuis le tout début du chapitre 19.
בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁלִישִׁי לְצֵאת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם בַּיּוֹם הַזֶּה בָּאוּ מִדְבַּר סִינָי׃
ba'hódech hachelichí letsét bene-yisraél me'érets mitsráyim bayom hazzé báou midbár sináy
1 Au troisième mois depuis la sortie du peuple d'Israël du pays d'Égypte, en ce jour-là (on entend la néoménie), ils arrivèrent dans le désert du Sinaï.
Comptons quel est ce troisième mois depuis la sortie du peuple d'Israël d'Égypte. Le premier mois était le mois de nissán, au mois de nissan ils sont sortis. Le deuxième mois – iyar, le temps de la dispute au sujet des cailles et de l'eau. Et arrive le troisième mois, le mois de sivan, la néoménie (róch 'hódech) de sivan, le début du troisième mois depuis la sortie d'Égypte. C'est une arithmétique importante aussi pour calculer le jour de la Résurrection de Yéchoua. Nous disons : « Il est ressuscité le troisième jour ». Et beaucoup demandent : « Où sont-ils, là, les trois jours ? Et où y trouvent donc place les trois nuits ? » Et ils essaient de compter mathématiquement de différentes manières ou simplement de tout nier. Regardez comment la Torah parle du troisième mois : il ne s'est pas encore écoulé même 45-46 jours, mais déjà commence le troisième mois. Et les événements qui seront décrits ici sont des événements qui se sont produits au troisième mois, et c'est tout à fait symbolique, et c'est tout à fait un parallèle.
וַיִּסְעוּ מֵרְפִידִים וַיָּבֹאוּ מִדְבַּר סִינַי וַיַּחֲנוּ בַּמִּדְבָּר וַיִּחַן־שָׁם יִשְׂרָאֵל נֶגֶד הָהָר׃
vayis'oú merefidím vayavó'ou midbár sináy vaya'hanoú bammidbár vayi'han-chám yisraél néged hahár
2 Et ils sortirent de Réfidim, et ils arrivèrent dans le désert du Sinaï, et ils s'arrêtèrent dans le désert, et Israël s'arrêta là en face de la montagne.
Nous voyons ici une certaine répétition des phrases : vaya'hanoú bammidbár – et ils s'arrêtèrent dans le désert et vayi'han-chám yisraél – et Israël s'arrêta. Ils s'arrêtèrent comme un peuple uni, comme un seul homme, ils arrivèrent à la montagne dans un état d'unité intérieure. C'est pourquoi, d'un côté, vaya'hanoú (et ils s'arrêtèrent), parce que le peuple était nombreux, de l'autre côté, vayi'hán (et il s'arrêta), parce qu'ils étaient comme un seul homme. Quand on dit néged (en face de) hahar, cela signifie à l'est de la montagne.
וּמֹשֶׁה עָלָה אֶל־הָאֱלֹהִים וַיִּקְרָא אֵלָיו יְהוָה מִן־הָהָר לֵאמֹר כֹּה תֹאמַר לְבֵית יַעֲקֹב וְתַגֵּיד לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל׃
oumoché alá el-ha'elohím vayikrá eláv adonáy min-hahár lemór ko tomár levét yaakóv vetaggéd livné yisraél
3 Moché montait vers le SEIGNEUR, montait vers Dieu, et Dieu l'appela de la montagne, disant : « Ainsi dis à la maison de Yaakov et transmets aux fils d'Israël.
Beaucoup de commentateurs disent : « Il montait sans invitation particulière, il est venu rendre compte ». Moché entend l'appel au milieu de la montagne.
Pourquoi tomár (dis) se rapporte-t-il à beit Yaakov (la maison de Yaakov), et tagíd (transmets) – à bnéy yisraél ? Nous avons déjà dit que le mot báyt (maison) est une désignation pour les femmes, beit Yaakov – ce sont toutes les femmes, toutes les épouses du peuple de Yaakov, c'est pourquoi pour les femmes est employé le mot tomár, c'est-à-dire parle-leur avec douceur. Bnéy yisraél – ce sont les fils d'Israël, ce sont les hommes. Le mot tagíd ici, la seule fois dans tout le Tanakh, est écrit avec la petite lettre youd, et dans cette graphie on peut le relier au mot gíd (tendon). Et ainsi, tagíd – c'est parle sévèrement, tends la corde envers les hommes. C'est-à-dire : ce que tu diras, dis-le aux femmes avec douceur, et aux hommes – sévèrement. Et voici ce qu'il faut dire :
אַתֶּם רְאִיתֶם אֲשֶׁר עָשִׂיתִי לְמִצְרָיִם וָאֶשָּׂא אֶתְכֶם עַל־כַּנְפֵי נְשָׁרִים וָאָבִא אֶתְכֶם אֵלָי׃
attém re'itém achér assíti lemitsráyim va'essá etkhém al-kanfé necharím va'aví etkhém eláy
4 Vous avez vu ce que je faisais à l'Égypte, et vous, Je vous portais sur les ailes de l'aigle et vous ai amenés à Moi.
Il y a une telle compréhension, que l'aigle prend ses petits, les pose sur ses ailes et les transporte ainsi. Les ornithologues, les spécialistes de l'étude des oiseaux, ne connaissent pas un tel phénomène, mais c'est ainsi que cela se transmet dans les histoires de l'Orient. Il est possible qu'il ait existé autrefois une certaine espèce d'aigles qui faisait cela. Il est possible que ce soit simplement une métaphore. Nécher – c'est l'aigle ou le vautour, un grand oiseau. Le Très-Haut commence par dire : « Vous souvenez-vous comment J'ai agi envers l'Égypte, comment J'ai frappé l'Égypte de plaies et avec quelle tendresse J'ai agi envers vous ? »
וְעַתָּה אִם־שָׁמוֹעַ תִּשְׁמְעוּ בְּקֹלִי וּשְׁמַרְתֶּם אֶת־בְּרִיתִי וִהְיִיתֶם לִי סְגֻלָּה מִכָּל־הָעַמִּים כִּי־לִי כָּל־הָאָרֶץ׃
ve'attá im-chamóa tichme'oú bekolí ouchmartém et-berití viyítem li sgoulá mikkol-ha'ammím ki-lí kol-ha'árets
5 Et maintenant, si vous écoutez ou si vous obéissez (littéralement – d'une ouïe vous entendrez Ma voix), et si vous gardiez Mon alliance, alors vous serez pour Moi un trésor. Vous êtes choisis pour cela parmi tous les peuples, car à Moi appartient toute la terre.
Un mot très étonnant à traduire, ségoula. Ségoula, c'est, d'un côté, ce qui donne la possibilité, donne la capacité. Être capable de faire quelque chose se dit messougál. L'habitude, l'adaptation à quelque chose se dit histagloút. On peut dire, si l'on parle le langage de la programmation, que le peuple d'Israël sera un pilote, sera un instrument pour la communication entre le Très-Haut et le monde. D'un autre côté, le mot ségoula signifie trésor, c'est-à-dire le lieu où est gardé le trésor principal. Et on peut comprendre ainsi : « Vous serez Mes porteurs, les porteurs de Mon Esprit Saint sur la terre. Je vous choisirai parmi tous les peuples, J'ai le droit de le faire, et Je le ferai. Et pour gouverner toute la terre, Je le ferai. Je vous doterai des possibilités d'être des intermédiaires entre Moi et l'univers ». Et au verset 6 nous lisons une promesse encore plus grandiose, une promesse solennelle du Très-Haut :
וְאַתֶּם תִּהְיוּ־לִי מַמְלֶכֶת כֹּהֲנִים וְגוֹי קָדוֹשׁ אֵלֶּה הַדְּבָרִים אֲשֶׁר תְּדַבֵּר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
ve'attém tihyou-lí mamlékhet kohaním vegóy kadóch élle haddevarím achér tedabbér el-bené yisraél
6 Et vous serez pour Moi un royaume (un État) de prêtres et un peuple saint. Voici les paroles que tu diras au peuple d'Israël ».
Le mot mamlakhá (mamlékhet) peut signifier gouvernement, organisation de l'État, c'est-à-dire : « Vous serez l'appareil gouvernemental des prêtres, vous serez les prêtres du monde entier ».
Le mot kohanim (prêtres) peut se traduire, bien sûr, aussi par princes, et par ministres à la cour. Au sujet de David il est dit que ses fils étaient kohanim, c'est-à-dire princes, héritiers royaux. Et en ce sens, on peut dire que le peuple d'Israël est le milieu dans lequel naîtra l'héritier du Royaume. Mais le Très-Haut dit davantage : « Vous serez le peuple à travers lequel Je ferai parvenir Mon dessein, Ma volonté aux peuples du monde entier. La Torah que Je vous donnerai, l'Esprit Saint que Je vous donnerai, feront de vous Mon trésor et vous doteront de possibilités, de capacités et de la force de Me servir ». Plus tard, après la chute du peuple, la chute spirituelle, le peuple d'Israël sera privé de cela. Mais au chapitre 3 du livre du prophète Malakhi, nous lisons que le peuple d'Israël redeviendra ségoula, redeviendra le peuple à travers lequel le Très-Haut gouvernera, redeviendra un peuple de prêtrise, quand l'Esprit Saint de Dieu reviendra sur le peuple d'Israël. C'est-à-dire qu'à partir de ce moment, à partir du moment où le peuple d'Israël devient am-ségoula (peuple-trésor), commence le service, et sans cela le service est impossible.
וַיָּבֹא מֹשֶׁה וַיִּקְרָא לְזִקְנֵי הָעָם וַיָּשֶׂם לִפְנֵיהֶם אֵת כָּל־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר צִוָּהוּ יְהוָה׃
vayavó moché vayikrá lezikné ha'ám vayássem lifnehém et kol-haddevarím ha'élle achér tsivvahou adonáy
7 Et Moché vint, et il rassembla les anciens du peuple d'Israël, et il plaça devant eux toutes ces choses que le SEIGNEUR lui avait ordonnées.
Faites attention à ce que j'ai dit au début. Moché ne rassemble pas ici les chefs de mille, les chefs de cent, les chefs de cinquante, les chefs de dix, il ne rassemble pas tout ce système judiciaire qu'il a créé. Il rassemble les bons vieux anciens du peuple d'Israël, qui sont établis, choisis, élus parmi les gens eux-mêmes. Au fur et à mesure que la lignée avançait, ils ont occupé cette fonction comme les plus âgés de la lignée, les plus sages de la lignée. Moché rassemble précisément eux et c'est précisément à eux qu'il expose tout cela. Les anciens, comme auparavant, gouvernent le peuple et prennent les décisions au nom du peuple. C'est-à-dire que Moché ne parle pas directement à tout le peuple, ne s'adresse pas à une immense assemblée de plusieurs millions de personnes, mais il parle avec les anciens, qui détiennent les pouvoirs du peuple.
וַיַּעֲנוּ כָל־הָעָם יַחְדָּו וַיֹּאמְרוּ כֹּל אֲשֶׁר־דִּבֶּר יְהוָה נַעֲשֶׂה וַיָּשֶׁב מֹשֶׁה אֶת־דִּבְרֵי הָעָם אֶל־יְהוָה׃
vaya'anoú khol-ha'ám ya'hdáv vayomeroú kol acher-dibbér adonáy na'assé vayáchev moché et-divré ha'ám el-adonáy
8 Et tout le peuple répondit ensemble, et ils dirent : « Tout ce que dit le SEIGNEUR, nous le ferons ! » Et Moché retourna avec les paroles du peuple vers le SEIGNEUR.
C'est aussi un détail intéressant, prêtons-y attention : sûrement le SEIGNEUR a entendu ce qu'a dit le peuple. Mais Moché retourne vers le SEIGNEUR avec les paroles, parce que c'est ainsi que le Très-Haut a organisé les relations avec Israël. Seul ce qui est transmis par les canaux officiels est considéré comme une réponse. C'est une grâce du Très-Haut envers le peuple d'Israël.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה הִנֵּה אָנֹכִי בָּא אֵלֶיךָ בְּעַב הֶעָנָן בַּעֲבוּר יִשְׁמַע הָעָם בְּדַבְּרִי עִמָּךְ וְגַם־בְּךָ יַאֲמִינוּ לְעוֹלָם וַיַּגֵּד מֹשֶׁה אֶת־דִּבְרֵי הָעָם אֶל־יְהוָה׃
vayomer adonáy el-moché hinné anokhí ba elékha be'áv he'anán ba'avoúr yichmá ha'ám bedabberí immákh vegam-bekhá ya'amínou le'olám vayaggéd moché et-divré ha'ám el-adonáy
9 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Voici, Je viendrai vers toi dans l'épaisseur de la nuée, afin que le peuple entende quand Je parlerai vers toi (quand Je parlerai avec toi), afin qu'en toi aussi ils croient pour toujours ». Et Moché dit les paroles du peuple au SEIGNEUR.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֵךְ אֶל־הָעָם וְקִדַּשְׁתָּם הַיּוֹם וּמָחָר וְכִבְּסוּ שִׂמְלֹתָם׃
vayomer adonáy el-moché lekh el-ha'ám vekiddachtám hayom ouma'hár vekhibbessoú simlotám
10 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Va vers le peuple et sanctifiez-vous aujourd'hui et demain, et ils laveront, ils rinceront leurs vêtements (cela signifiait le mikvé et le lavage des vêtements, afin de se purifier).
וְהָיוּ נְכֹנִים לַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי כִּי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי יֵרֵד יְהוָה לְעֵינֵי כָל־הָעָם עַל־הַר סִינָי׃
vehayoú nekhoním layom hachelichí ki bayom hachelichí yeréd adonáy le'ené khol-ha'ám al-hár sináy
11 Et ils seront prêts pour le troisième jour, car au troisième jour le SEIGNEUR apparaîtra, descendra aux yeux de tout le peuple sur le mont Sinaï.
Nous allons maintenant compter de nouveau, vous et moi. Le premier jour – ils sont arrivés et se sont arrêtés en camp. Le deuxième jour, Moché est monté, et le Très-Haut a parlé avec lui. Le troisième jour, Moché a reçu la réponse du peuple, et il rapporte la réponse du peuple, c'est-à-dire qu'ici la conversation a lieu le troisième jour du mois de sivan. Et le Très-Haut dit : « Et ils seront prêts pour le troisième jour », c'est-à-dire pour le sixième jour du mois de sivan, et c'est la fête de Chavouot (le jour de la Pentecôte, le jour de l'achèvement du compte des sept semaines).
וְהִגְבַּלְתָּ אֶת־הָעָם סָבִיב לֵאמֹר הִשָּׁמְרוּ לָכֶם עֲלוֹת בָּהָר וּנְגֹעַ בְּקָצֵהוּ כָּל־הַנֹּגֵעַ בָּהָר מוֹת יוּמָת׃
vehigbaltá et-ha'ám savív lemór hichameroú lakhém alót bahárLa translittération de l'original écrit ici un « g » au lieu du « h » hébreu dans le mot « sur la montagne ». Le français suit le texte hébreu : bahár. oungóa bekatséhou kol-hannogéya bahar mot youmát.
12 Et avertis (délimite) le peuple tout autour, en disant : « Gardez-vous, pour vous, de ne pas monter sur la montagne et de toucher même son bord – quiconque touche la montagne mourra de mort ».
לֹא־תִגַּע בּוֹ יָד כִּי־סָקוֹל יִסָּקֵל אוֹ־יָרֹה יִיָּרֶה אִם־בְּהֵמָה אִם־אִישׁ לֹא יִחְיֶה בִּמְשֹׁךְ הַיֹּבֵל הֵמָּה יַעֲלוּ בָהָר׃
lo-tiggá bo yad ki-sakól yissakél o-yaró yiyaré im-behemá im-ích lo yi'hyé bimchókh hayovél hémma ya'aloú vahár
13 Et même une main ne le touchera pas, car il sera lapidé ou sera abattu par des flèches, que ce soit une bête ou un homme – il ne vivra pas. Quand ils entendront le son prolongé de la trompette, alors ils monteront sur la montagne ».
Beaucoup de commentateurs disent que le mot yiyaré signifie ici sera jeté en bas. On peut aussi le traduire ainsi, mais dans beaucoup de targoums et de traductions il est écrit littéralement : ou par une flèche sera abattu (du verbe lehiyarót).
וַיֵּרֶד מֹשֶׁה מִן־הָהָר אֶל־הָעָם וַיְקַדֵּשׁ אֶת־הָעָם וַיְכַבְּסוּ שִׂמְלֹתָם׃
vayéred moché min-hahár el-ha'ám vaykaddéch et-ha'ám vaykhabbessoú simlotám
14 Et Moché descendit de la montagne vers le peuple, et sanctifia le peuple, et ils purifièrent leurs vêtements.
וַיֹּאמֶר אֶל־הָעָם הֱיוּ נְכֹנִים לִשְׁלֹשֶׁת יָמִים אַל־תִּגְּשׁוּ אֶל־אִשָּׁה׃
vayomer el-ha'ám heyoú nekhoním lichlóchet yamím al-tiggechoú el-ichá.
15 Et il dit au peuple : « Soyez prêts pour le troisième jour, pendant trois jours n'allez pas vers une femme ».
Quel est le lien, et pourquoi le peuple ne doit-il pas aller vers une femme ? Les commentateurs l'expliquent ainsi : la semence qui est restée en elle après l'intimité avec un homme peut s'écouler d'elle. Et si chez une femme se produit un écoulement de semence, elle deviendra impure et ne pourra pas s'approcher de la montagne. C'est-à-dire que, pour que la femme reste pure, on ne doit pas aller vers elle pendant trois jours. Cela concerne aussi les cas du service du Temple, quand il s'agit de s'approcher du Saint. Aujourd'hui, une femme en état d'impureté rituelle – pendant ses règles, après un écoulement de semence, après l'intimité avec son mari et dans tout autre état, bien sûr, peut venir au service, participer à la louange et à tous les autres services, tant qu'il ne s'agit pas du service du Temple. Moché avertit ici d'un degré particulier de pureté, qui est requis pour une communication directe, face à face, avec le Très-Haut.
וַיְהִי בַיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי בִּהְיֹת הַבֹּקֶר וַיְהִי קֹלֹת וּבְרָקִים וְעָנָן כָּבֵד עַל־הָהָר וְקֹל שֹׁפָר חָזָק מְאֹד וַיֶּחֱרַד כָּל־הָעָם אֲשֶׁר בַּמַּחֲנֶה׃
vayhí vayom hachelichí bihyot habbóker vayhí kolót ouvrakím ve'anán kavéd al-hahár vekól chofár 'hazák me'ód vaye'herád kol-ha'ám achér bamma'hané
16 Et il arriva, au troisième jour, au commencement, dès que le matin se leva, et il y eut des tonnerres, et des éclairs, et une nuée lourde sur la montagne, et la voix du chofar très forte, et s'effraya tout le peuple qui est dans le camp.
וַיּוֹצֵא מֹשֶׁה אֶת־הָעָם לִקְרַאת הָאֱלֹהִים מִן־הַמַּחֲנֶה וַיִּתְיַצְּבוּ בְּתַחְתִּית הָהָר׃
vayotsé moché et-ha'ám likrát ha'elohím min-hamma'hané vayit'yattsevoú beta'htít hahár
17 Et Moché fit sortir le peuple à la rencontre de Dieu hors du camp, et ils se tinrent au pied de la montagne.
וְהַר סִינַי עָשַׁן כֻּלּוֹ מִפְּנֵי אֲשֶׁר יָרַד עָלָיו יְהוָה בָּאֵשׁ וַיַּעַל עֲשָׁנוֹ כְּעֶשֶׁן הַכִּבְשָׁן וַיֶּחֱרַד כָּל־הָהָר מְאֹד׃
vehár sináy achán koulló mippené achér yarád aláv adonáy ba'éch vayá'al achanó ke'échen hakkivchán vaye'herád kol-hahár me'ód
18 Et le mont Sinaï – tout est couvert de fumée, parce que le SEIGNEUR est descendu sur lui dans le feu, et sa fumée monta comme la fumée d'un four énorme, et fut secouée, trembla toute la montagne.
Le mot ye'herád a ici le sens de trembla, fut secouée, alors qu'au verset 16, quand il s'agit du peuple, il est employé au sens de s'effraya. À propos, le mot moderne 'harédi (orthodoxe, craignant Dieu tremblant) vient lui aussi de cette même racine 'het-rech-dalet, qui a le sens de craindre, avoir peur, trembler de peur.
וַיְהִי קוֹל הַשּׁוֹפָר הוֹלֵךְ וְחָזֵק מְאֹד מֹשֶׁה יְדַבֵּר וְהָאֱלֹהִים יַעֲנֶנּוּ בְקוֹל׃
vayhí kol hachofár holékh ve'hazék me'ód moché yedabbér veha'elohím ya'anénnou vekól
19 Et il arriva : la voix du chofar va et se renforce beaucoup ; Moché parle, et le SEIGNEUR lui répond par une voix.
Moché parle, et il y a un écho, il y a un tel effet particulier. C'est quelque chose d'étonnant, et nous continuerons à lire à ce sujet plus loin.
La première table
Chémot 19,20–20,12
Nous nous sommes arrêtés au moment où les fils d'Israël se sont préparés à la rencontre solennelle avec le Très-Haut. Très probablement, ils ne savent pas encore à quel point cette rencontre avec le Très-Haut sera importante pour eux, à quel point elle sera un tournant historique, car il y aura le don de la Torah, la conclusion de l'alliance, et beaucoup de choses encore changeront. Et l'histoire d'Israël se divisera en « avant » et « après ». Mais pour l'instant ils ne savent rien de tout cela. Le peuple s'est approché et s'est tenu au pied de la montagne. Et nous lisons la suite à partir du verset 20 du chapitre 19.
וַיֵּרֶד יְהוָה עַל־הַר סִינַי אֶל־רֹאשׁ הָהָר וַיִּקְרָא יְהוָה לְמֹשֶׁה אֶל־רֹאשׁ הָהָר וַיַּעַל מֹשֶׁה׃
vayéred adonáy al-hár sináy el-róch hahár vayikrá adonáy lemoché el-róch hahár vayá'al moché
20 Et le SEIGNEUR descendit sur le mont Sinaï, sur le sommet de la montagne, et le SEIGNEUR appela Moché à monter sur le sommet de la montagne, et Moché monta.
Bien entendu, le SEIGNEUR n'est pas descendu par un escalier, n'a pas sauté en parachute et ne s'est même pas déplacé là-bas. Ce n'est pas que le SEIGNEUR, dont la gloire remplit le monde entier, se soit soudain retrouvé sur le mont Sinaï. Mais Il a manifesté Sa gloire et S'est révélé pleinement sur le mont Sinaï. Là, Il S'est précisément manifesté, là on pouvait voir Sa présence.
Au sujet du mont Sinaï, il existe un assez grand nombre de versions historiques différentes. L'auteur de chacune des versions, archéologue ou chercheur, apporte beaucoup de preuves en faveur précisément de sa version. Il y a des arguments pour la défense de chacune d'elles, il y a aussi les contre-arguments des opposants. Ce débat est sans fin, long, et, puisque nous ne lisons pas un livre de géographie, nous n'allons pas y entrer. Je peux seulement dire que ma version préférée, c'est que le mont Sinaï est l'endroit qui s'appelle Ar-Soun-Bissér (quelque part à 50 kilomètres de l'actuel canal de Suez). Soun (dans la tradition orale) – c'est comme le nom Sinaï, Bissér – comme l'annonce de la bonne nouvelle, on peut aussi le traduire par évangile. Il y a une telle montagne, qui était aussi considérée, depuis l'Antiquité vénérée comme l'une des versions du mont Sinaï. Et je répète encore que c'est simplement un certain résultat de mes recherches, pas du tout essentiel, je ne soutiens aucun débat à ce sujet et je n'y entrerai pas.
Nous lisons ce verset, vous et moi, et tout nous semble assez simple. Mais Moché a déjà un peu plus de quatre-vingts ans, peut-être est-il encore un vieillard alerte, cependant monter sur le mont Sinaï (selon n'importe laquelle des versions) prendra environ trois heures et demie à un homme entraîné, si bien que Moché avait un chemin difficile. Moché monte sur le mont Sinaï, et il se produit une chose étonnante.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה רֵד הָעֵד בָּעָם פֶּן־יֶהֶרְסוּ אֶל־יְהוָה לִרְאוֹת וְנָפַל מִמֶּנּוּ רָב׃
vayomer adonáy el-moché red ha'éd ba'ám pen-yehersoú el-adonáy lir'ót venafál mimménnou rav
21 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Descends et atteste au peuple (c'est-à-dire répète pour les éléments particulièrement populaires), afin qu'ils ne se ruent pas (qu'ils ne franchissent pas la limite entre eux et le saint, entre eux et le lieu de la présence du SEIGNEUR) par désir de regarder, et il en tombera (du peuple) beaucoup ».
On peut comprendre cette expression ainsi : même si un seul périt, c'est vraiment beaucoup. On peut dire que ceux qui seront modestes et voudront s'abstenir d'aller se fourrer quelque part et de regarder quelque chose peuvent être entraînés par les enthousiastes et peuvent aussi périr. Nous avons déjà lu (19,12) que le Très-Haut a commandé à Moché d'avertir le peuple, pour que le peuple ne s'approche pas. Et, bien que nous n'ayons pas lu comment Moché a accompli ce commandement (nous n'avons pas lu que Moché en a parlé au peuple), on peut néanmoins supposer qu'il l'a fait. Mais maintenant le Très-Haut dit de nouveau : « Rappelle-le, donne-toi la peine encore une fois ». C'est-à-dire que, bien que le Très-Haut ait déjà donné le commandement, et qu'ensuite on aurait pu dire que « l'ignorance de la loi ne dispense pas de la responsabilité », on aurait pu dire ainsi, mais ce n'est pas la voie de notre SEIGNEUR. C'est pourquoi le SEIGNEUR répète : « Va, descends et avertis le peuple, afin qu'ils ne périssent pas ».
וְגַם הַכֹּהֲנִים הַנִּגָּשִׁים אֶל־יְהוָה יִתְקַדָּשׁוּ פֶּן־יִפְרֹץ בָּהֶם יְהוָה׃
vegám hakkohaním hanniggachím el-adonáy yitkaddáchou pen-yifróts bahém adonáy
22 Et même ces kohanim qui se tiennent devant le Très-Haut, qu'ils se sanctifient (qu'ils se mettent à part), afin que le SEIGNEUR ne fasse pas irruption dans leurs rangs.
« Et quels kohanim ? – demanderez-vous. – D'où sont sortis ici maintenant des kohanim ? Bon, oui, il y avait un tel kohen, Malki-tsédek, nous avons lu à son sujet ; il y avait encore Yitro, le kohen de Midyan ; mais ici, d'où sont-ils donc venus, les kohanim ? » Certains commentateurs disent que c'étaient Nadav et Avihou, les fils d'Aharon, qui avaient déjà commencé dans une certaine mesure la préparation au service des kohanim. D'autres disent : « Non, ce sont les premiers-nés, les premiers-nés, qui sont consacrés au Très-Haut ». Eux, les premiers-nés, par devoir de vocation, peuvent être considérés comme une sorte, pour ainsi dire, d'« habitants des cieux », car ils sont destinés au Saint. Et ils peuvent dire : « S'il arrive quelque chose à quelqu'un, à nous en tout cas il n'arrivera sûrement rien ! » Et c'est pourquoi le Très-Haut parle ainsi.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־יְהוָה לֹא־יוּכַל הָעָם לַעֲלֹת אֶל־הַר סִינָי כִּי־אַתָּה הַעֵדֹתָה בָּנוּ לֵאמֹר הַגְבֵּל אֶת־הָהָר וְקִדַּשְׁתּוֹ׃
vayomer moché el-adonáy lo-youkhál ha'ám la'alót el-hár sináy ki-attá ha'edóta bánou lemór hagbél et-hahár vekiddachtó
23 Et Moché dit au SEIGNEUR : « Mais le peuple ne montera pas sur le mont Sinaï, parce que Tu nous as bien attesté, en disant : “Délimite la montagne et sanctifie-la”.
וַיֹּאמֶר אֵלָיו יְהוָה לֶךְ־רֵד וְעָלִיתָ אַתָּה וְאַהֲרֹן עִמָּךְ וְהַכֹּהֲנִים וְהָעָם אַל־יֶהֶרְסוּ לַעֲלֹת אֶל־יְהוָה פֶּן־יִפְרָץ־בָּם׃
vayomer eláv adonáy lekh-réd ve'alíta attá ve'ahrón immákh vehakkohaním veha'ám al-yehersoú la'alót el-adonáy pen-yifrots-bám
24 Et le SEIGNEUR lui répondit : « Va, descends et amène avec toi Aharon, mais que les kohanim et le peuple n'osent pas monter vers le SEIGNEUR, afin qu'Il ne s'irrite pas parmi eux ».
Il existe un midrach intéressant. Moché dit au Très-Haut : « Tu as créé différents organes dans le corps de l'homme. Il y a les yeux, les oreilles et le nez, que l'homme ne peut pas diriger, il est impuissant avec eux. Il y a les mains, les pieds et la langue, que l'homme peut et doit diriger. Et c'est pourquoi, comment faire ici ? Les gens peuvent regarder, peuvent s'accrocher des yeux de telle sorte que les yeux aussi les entraîneront ». Le Très-Haut dit : « Va, dis-leur : regarder, c'est permis. Qu'ils regardent (mais de loin) et qu'ils ne s'approchent pas ».
וַיֵּרֶד מֹשֶׁה אֶל־הָעָם וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם׃
vayéred moché el-ha'ám vayomer alehém
25 Et Moché descendit vers le peuple, et leur dit.
Ici se termine le chapitre 19, et nous commençons à lire le chapitre 20, dans lequel, à proprement parler, il y aura les Dix Commandements (à partir du verset 2).
Le thème des Dix Commandements, il faudra le dire une fois de plus, – c'est un thème sans fin, profond. On peut considérer les commandements sous des angles très différents et à différents niveaux de profondeur. Nous avançons au niveau le plus simple, au niveau le plus élémentaire. Néanmoins, je pense que beaucoup de choses seront intéressantes.
וַיְדַבֵּר אֱלֹהִים אֵת כָּל־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה לֵאמֹר׃
vaydabbér elohím et kol-haddevarím ha'élle lemór
1 Et Dieu prononça toutes ces paroles, en disant :
אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים׃
anokhí adonáy elohékha achér hotsetíkha me'érets mitsráyim mibbét avadím
2 « Je suis le SEIGNEUR, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison d'esclavage.
On m'a demandé à plusieurs reprises quelle est la différence entre aní (je) et anokhí (je), qui est employé ici. Bien sûr, anokhí sonne plus solennellement, même pour une oreille qui ne connaît pas l'hébreu. Et pourtant, en quoi est la différence ? Anokhí, c'est précisément moi. C'est-à-dire – moi et personne d'autre, c'est mon succès, c'est moi qui l'ai fait, c'est moi. Quand je dis : « Je (aní) vais à l'école », cela veut dire que moi, je vais à l'école, et que quelqu'un d'autre va encore à l'école. Quand je dis : « Je (anokhí) suis devenu lauréat du prix Nobel », c'est un accent mis sur le fait que c'est précisément moi, que c'est moi qui ai atteint quelque chose. Il se nomme ici anokhí : « Je l'ai fait, Moi et personne d'autre. Je suis le SEIGNEUR, ton Dieu, et par la mesure de la miséricorde, et par la mesure du jugement. Je suis Celui Qui te fait miséricorde, et Je suis Celui Qui te juge. Il n'y a pas deux principes, tout vient de Moi ».
Le SEIGNEUR dit : « Je ne suis pas simplement un quelconque imposteur qui est venu te dominer. Mon attestation, c'est que J'ai fait sortir, J'ai déjà fait, J'ai déjà libéré, et c'est pourquoi Je suis devenu le Maître. Je ne suis pas venu comme un envahisseur pour t'asservir, ni pour te voler afin de faire de toi un esclave. Je suis venu pour te faire sortir de la maison d'esclavage, et seulement ensuite Je deviens le SEIGNEUR, ton Dieu. Tout cela, c'est Moi (anokhí) qui l'ai fait ». L'accent ici est sur le Je, et c'est pourquoi nous lisons ensuite :
לֹא יִהְיֶה־לְךָ אֱלֹהִים אֲחֵרִים עַל־פָּנָיַ׃
lo-yihyé lekhá elohím a'herím al-panáy
3 Qu'il n'y ait pas chez toi d'autres Dieux devant Moi.
Le SEIGNEUR dit : « J'ai fait cela pour toi, Je t'ai libéré, Je suis ton libérateur, Je suis le Créateur du monde, Je suis pour toi le jugement, Je suis pour toi la miséricorde. Ne te tourne pas vers d'autres dieux, ne cherche pas quelques forces, quelques soutiens quelque part, dans un autre lieu. Ne te crée pas de valeurs en dehors de moi ». Le premier sens de l'expression elohím a'herím peut signifier d'autres dieux, comme les dieux des peuples voisins, qu'il sera à la mode d'adorer. Il y a bon nombre de gens qui veulent être originaux, et ils se dénichent toutes sortes de dieux et de petits dieux étranges : du Quetzalcoatl aztèque jusqu'à la Mère-Morse tchouktche – et ils les adorent. Et le Très-Haut dit : « Peut-être qu'un jour tu en auras envie, l'originalité t'attirera, tu seras attiré vers la Mère-Morse. Mais souviens-toi que ce n'est pas la Mère-Morse qui t'a fait sortir d'Égypte, ce n'est pas la Mère-Morse qui t'a gardé tout ce temps, et la Mère-Morse n'a pas de telles réalisations ». C'est la première pensée : ne pas se tourner vers d'autres dieux.
La deuxième compréhension de l'expression autres dieux, ce sont des dieux d'une autre nature, ces dieux qui ne savent pas écouter. C'est-à-dire : « Je suis le SEIGNEUR, Je t'entends, et les autres dieux, ce sont des dieux étrangers, ils ne fonctionnent pas, ils ne peuvent pas entendre ceux qui s'adressent à eux. Et qu'il n'y ait pas chez toi, devant Ma face, de tels dieux ».
לֹא תַעֲשֶׂה־לְךָ פֶסֶל וְכָל־תְּמוּנָה אֲשֶׁר בַּשָּׁמַיִם מִמַּעַל וַאֲשֶׁר בָּאָרֶץ מִתָּחַת וַאֲשֶׁר בַּמַּיִם מִתַּחַת לָאָרֶץ׃
lo ta'asse-lekhá féssel vekhol-temouná achér bachamáyim mimmá'al va'achér ba'árets mittá'hat va'achér bammáyim mittá'hat la'árets
4 Ne te fais pas de statue, ni aucune image que tu verras dans les cieux en haut, et sur la terre en bas, et dans l'eau qui est sous la terre.
Des hauteurs du ciel jusqu'à la profondeur de l'océan, il existe un nombre infini d'organismes vivants. Et certains de ces organismes, il faut le dire, sont d'une beauté féerique, ils sont remarquables, ils attirent le regard. D'autres, eux, sont très forts ou possèdent quelques qualités particulières. L'aigle peut voler (et sur des ailes d'aigle le Très-Haut nous a portés), le guépard est très rapide, le kangourou, voilà, a une poche, la baleine est très grande ; beaucoup d'animaux forts, comme le lion. Et il est interdit de faire des images de tous ceux-ci. On ne peut pas réduire les images du Créateur à une qualité concrète, à une image concrète. Si nous voulons apprendre quelque chose de ce qu'a le lion, le crocodile, l'hirondelle, alors nous pouvons nous adresser à Celui Qui nous donne des forces, Qui est capable de nous changer, qui est le Maître de ce monde. Nous n'avons pas besoin pour cela de faire des images, des objets de méditation. Il ne faut pas non plus représenter Dieu lui-même sous la forme d'une force quelconque, si grande, si grandiose que cette force nous paraisse. Et il peut nous sembler que si ce n'est pas en grenouille que nous le faisons, comme les Égyptiens stupides, mais que nous le faisons en baleine bleue, en animal formidable, énorme – alors là ce sera juste. Mais quelle que soit notre erreur – aucune image ne transmet l'image de Dieu. Rien parmi les créatures n'illustre, en réalité, le Créateur. Même quand nous parlons de l'homme, qui est créé à l'image de Dieu, ce n'est qu'une image : il ne répond pas aux prières, n'entend pas les prières et n'est pas capable de sauver. C'est pourquoi il ne vaut pas la peine de faire des statues, des petites images et toute autre sorte d'art populaire.
לֹא־תִשְׁתַּחְוֶה לָהֶם וְלֹא תָעָבְדֵם כִּי אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֵל קַנָּא פֹּקֵד עֲוֹן אָבֹת עַל־בָּנִים עַל־שִׁלֵּשִׁים וְעַל־רִבֵּעִים לְשֹׂנְאָי׃
lo-tichta'havé lahém veló ta'ovdém ki anokhí adonáy elohékha el kanná pokéd avón avót al-baním al-chillechím ve'al-ribbe'ím lesone'áy
5 Ne te prosterne pas devant eux et ne les sers pas (on entend le service sacrificiel, pas l'offrande de sacrifices), parce que Je t'ai déjà dit que Je suis le SEIGNEUR, ton Dieu, un Dieu jaloux, Qui compte (Qui tient compte) le péché des pères sur les fils, sur les troisièmes et sur les quatrièmes, de ceux qui Me haïssent.
Que signifie Dieu jaloux ? Un camarade romain haut placé demanda à un sage : « Voilà, là-bas, il est écrit au sujet de votre Dieu qu'Il est le Jaloux. Comment cela, est-ce qu'Il est vraiment jaloux comme un bonhomme jaloux ? D'habitude, un général est jaloux d'un autre général, un prince – d'un autre prince. De qui est jaloux votre Dieu, s'Il est Dieu et que nul ne Lui est égal ? – De Son nom, – lui répondit le sage. – Imagine un homme qui avait un fils, et ce fils a pris un chien et lui a donné le nom de son père. Le père sera-t-il jaloux ? – Bien sûr qu'il le sera ! » – répondit le camarade romain haut placé. Et voilà, le Très-Haut aussi est jaloux quand nous attribuons à des chiens quelconques, à des créatures quelconques ce qui doit Lui être attribué, quand nous leur conférons une importance dont Il doit être revêtu, quand nous leur donnons la gloire qui doit Lui être donnée. C'est pourquoi le SEIGNEUR Se nomme el kanná (Dieu jaloux).
Il y a encore un tóar (titre) que le SEIGNEUR Se donne ici, dans ce verset – pokéd avón (qui compte ou qui tient compte du péché). Si un homme fait quelque chose, agit mal envers le Très-Haut, il peut nous sembler de l'extérieur : il l'a fait, et « c'est passé » pour lui. Donc, peut-être, le SEIGNEUR fait davantage miséricorde aux gens dont le nom de famille se termine par -stein, ou aux gens dont le nom de famille se termine par -evski , ou selon d'autres signes encore. Le Très-Haut dit : « Trois-quatre générations, s'ils n'abandonnent pas leurs actes ». À quoi cela ressemble-t-il ? Et on cite une telle parabole. « Un certain roi avait un serviteur, et le serviteur dit au roi : “Prête-moi mille deniers”. Le roi prêta mille deniers, mais le serviteur ne les rendit pas, il disparut quelque part. Au bout d'un certain temps apparut à l'horizon le fils de ce serviteur, et il dit : “Mon père était dans le malheur, il avait une situation difficile, prête-moi encore mille deniers”. Il prit mille deniers – et disparut lui aussi. Et la parabole dit : si viennent un troisième et un quatrième, et qu'ils demandent mille deniers, comment agira un roi de sang et de chair ? Il ne donnera pas ». De la même manière, ici aussi, le Très-Haut dit : « J'attends trois-quatre générations, jusqu'à ce que se produise quelque changement, jusqu'à ce que vienne quelque repentir. Si le repentir ne vient pas – eh bien, cela signifie que nous inscrivons l'homme parmi les pécheurs sur cette question, nous commençons à le traiter en conséquence et à lui en demander compte ». Si bien que si, pour quelqu'un, quelque part, « c'est passé », alors peut-être que pour ses enfants « ça ne passera pas ». Ainsi, le Très-Haut dit qu'Il garde en mémoire le péché de trois ou quatre générations, et dit ensuite :
וְעֹשֶׂה חֶסֶד לַאֲלָפִים לְאֹהֲבַי וּלְשֹׁמְרֵי מִצְוֹתָי׃
ve'ósse 'héssed la'alafím le'ohaváy oulchomeré mitsvotáy
6 Et Je fais miséricorde à des milliers de générations, à ceux qui M'aiment et qui gardent Mes commandements.
Pour les haïsseurs, le SEIGNEUR se souvient du péché trois-quatre générations, et pour ceux qui aiment Ses commandements, de mille générations. Si quelque arrière-arrière-…arrière-grand-père à vous a donné la tsdaká, a sauvé un homme du malheur, a nourri les pauvres, a enseigné la Torah aux gens, a tenu une cantine de bienfaisance ou a fait accoucher une mendiante, cela peut être inscrit à votre compte. Et quand chez un homme apparaît une petite étincelle de quelque chose de bon, quand un homme qui a depuis longtemps quitté Dieu cherche, dans le malheur, les chemins vers le repentir, et qu'apparaît en lui une petite étincelle de quelque chose de bon, alors le Très-Haut le lui impute à mérite et dit : « Voici, Je crois en cet homme, en ceci qu'il est capable de faire le bien, parce qu'il y a mille générations il a fait ainsi, Je Me souviens d'il y a mille générations ». C'est la miséricorde de Dieu dans le cadre du jugement. Nous ne parlons pas maintenant ici du Machia'h, ici il n'est pas du tout question du Machia'h, ni de son salut, ni de sa purification. Ici il est question de la manière dont se déroule le jugement divin. C'est pourquoi le Très-Haut dit : « Qu'il n'y ait pas pour toi d'autres dieux ! Ne pense jamais que Je puisse perdre la force, afin que ces pensées ne te tournent pas vers la recherche de quelqu'un d'autre – de plus actuel, de plus loyal, de plus fort, de plus libéral, de plus quelqu'un, de plus autre. Ne pense pas ainsi ».
Au verset 7 – le commandement suivant, le troisième.
לֹא תִשָּׂא אֶת־שֵׁם־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ לַשָּׁוְא כִּי לֹא יְנַקֶּה יְהוָה אֵת אֲשֶׁר־יִשָּׂא אֶת־שְׁמוֹ לַשָּׁוְא׃
lo tissá et-chem-adonáy elohékha lacháv ki lo yenakké adonáy et acher-yissá et-chemó lacháv
7 Ne porte pas (ne prononce pas) le nom du SEIGNEUR, ton Dieu, en vain ; Je ne tolérerai pas, ne laisserai pas impuni celui qui se servira en vain de Mon nom.
On demande : ne prononce pas, ou bien quand même ne porte pas ? Le mot russe pour prononcer est lui aussi lié au verbe porter, dites-le-vous et écoutez-le. Et le mot tissá (lassét) peut se traduire par porter, on peut dire porter sur les lèvres, c'est-à-dire exprimer. Ne prononce pas, ne dis pas le nom de Ton Dieu vainement, en vain.
Que signifie ce commandement ? Certains autrefois le comprenaient comme un serment. C'est-à-dire : ne jure pas inutilement par le nom du SEIGNEUR. Que peux-tu faire, si ton serment par le nom du SEIGNEUR est vain ? Pour des buts rhétoriques, pour plus de force de persuasion, tu veux jurer ? Sais-tu où est le marchepied de Son trône ? Sais-tu où est Son sommet dans les cieux ? Que peux-tu faire ? C'est pourquoi ne jure pas par Son nom. D'autres, plus tard, ont décidé de renoncer complètement à prononcer ce Nom, parce que c'est effrayant, parce que prononcer le nom du Très-Haut en vain, dans l'impureté, dans un état spirituel inadéquat, peut conduire à ce que le Très-Haut, comme Il l'a dit ici, n'épargne pas, ne purifie pas, ne pardonne pas à celui qui prononce Son nom en vain. Et tout cela, ce sont des variantes existantes de compréhension de ce verset.
Et pourtant je veux parler encore d'une autre variante : n'utilise pas le nom du Très-Haut comme une carte officielle. Si vous voulez dire quelque chose, une pensée à vous, alors ne l'attribuez pas au Très-Haut. Souvent nous recevons une pensée, il nous vient à l'esprit une pensée, et nous déclarons : « Ainsi parle le SEIGNEUR ! », alors que le SEIGNEUR ne nous a pas dit cela. Nos révélations, nos pensées, nos idées, nos compréhensions, nos petites idées à nous, nous les attribuons au Très-Haut, et c'est comme si nous brandissions la carte officielle du peuple de Dieu là où parfois cela ressemble à un abus de fonction. Voilà ce dont le SEIGNEUR parle ici en premier lieu : n'utilise pas le nom de Dieu pour des manipulations, pour tirer ton propre profit, pour te glorifier toi-même, obtenir quelque chose pour toi-même ou simplement paraître meilleur aux yeux de quelqu'un. Ne prends pas Dieu comme compagnon d'armes pour tes idées, ne place pas Dieu sous tes bannières, ne L'inscris pas dans tes partis, mais, au contraire, place-toi sous Ses bannières et inscris-toi dans Ses partis. Voilà un commandement si redoutable.
Le commandement suivant. Oh, que de débats au sujet de ce commandement !
זָכוֹר אֶת־יוֹם הַשַּׁבָּת לְקַדְּשׁוֹ׃
zakhór et-yom hachabbát lekaddechó
8 Souviens-toi du jour du sabbat, pour le sanctifier.
Yom hachabbát – c'est le septième jour, où le SEIGNEUR, comme nous nous en souvenons, a achevé Sa création, s'est reposé de tous ses travaux. Le Très-Haut ici le lègue, l'ordonne au peuple d'Israël. Et voici comment cela sonne.
שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹד וְעָשִׂיתָ כָּל־מְלַאכְתֶּךָ׃
chéchet yamím ta'avód ve'assíta kol-melakhtekhá
9 Six jours travaille et fais tout ton travail.
Vous savez, il y a de tels camarades au monde – chers, aimés, ardents – ils disent : « Quoi, le sabbat ? Qu'est-ce que vous avez à me harceler avec ce sabbat ?! Moi ? Mais moi, je consacre tous les sept jours à Dieu ! » Mais Dieu dit ici ainsi : « Six jours travaille et fais ton travail. Je veux une telle organisation, que viennent à Moi des gens qui travaillent six jours, qu'ils viennent à Moi le septième jour, que le rapport soit de un à six. Voilà ce que Je veux, il ne faut pas tout Me consacrer. Toi, sache Me consacrer ces six jours de travail dans le monde quotidien, quand tu fais ton travail ».
Ici il faut prêter attention au mot melakhtekhá (ton travail). Le mot melakhá (travail) est devenu la pierre, la pierre angulaire de toutes les lois sur le Chabbat. Le jour du sabbat, il est interdit de faire précisément la melakhá – pas simplement un travail, pas simplement une activité, mais ce qui est désigné par le mot melakhá, un mot concret parmi beaucoup de synonymes. Parfois on dit : « Le jour du sabbat, on ne peut faire aucun travail ». Je demande : « Vous voulez, en joules, en unités physiques, ne faire aucun travail ? Mais chez vous, quand la cage thoracique bouge pendant la respiration ou quand vous vous grattez la nuque, vous produisez déjà un travail en joules. Ou : « Ne faites aucune activité ». Eh bien, se gratter la nuque, c'est aussi une activité.
Qu'est-ce donc que la melakhá ? Ce mot vient de la racine lamed-alef-kaf, une racine très rare. Et de même racine que lui – le mot mal'ákh (ange, messager). La profession, en hébreu, se dit michlóa'h yad (extension de la main). C'est-à-dire qu'on peut le comprendre ainsi : « N'accomplis aucune de tes activités professionnelles, ne t'occupe pas de tes affaires professionnelles et quotidiennes, routinières ».
Il y a aussi une autre manière de comprendre ce mot : regarder où il est encore mentionné dans le Tanakh. Et il est mentionné, premièrement, lors de la création du monde (Béréchit 2,2). Il y est dit que le Très-Haut, au septième jour, acheva toute melakhtó, toute Sa melakhá, et se reposa de toute melakhtó, et se reposa de toutes Ses œuvres. Et deuxièmement, lors de la construction du Temple (le premier livre des Mélakhim). Lors de la construction du temple, on effectuait une série de travaux, dont chacun s'appelle melakhá, et on peut ainsi dire que la melakhá, c'est ce qui était dans la création, et c'est ce qui était lors de l'édification du Temple. Si nous disons que la melakhá, c'est ce qui était quand le Très-Haut créait le monde, alors nous aurons quelques difficultés : de tout ce que le Très-Haut a fait lors de la création du monde, nous ne pouvons créer, tout au plus, que le feu. Mais si nous disons que ce sont les travaux du Temple, alors les lois du sabbat deviendront une montagne suspendue à un cheveu, parce que les 39 travaux du Temple engendrent d'autres travaux et ainsi de suite. Il arrive souvent qu'il soit difficile d'observer le sabbat (surtout pour les gens « novices »), parce qu'il se transforme en interdits continuels, continuels, et les gens attendent qu'il se termine au plus vite. Et je dirai que le sabbat s'ouvre aux gens progressivement, et le sens du mot melakhá s'ouvre progressivement. Ne prenez pas sur vous ce qui vous sera un fardeau, ne prenez pas sur vous ce qui vous sera une charge, avancez progressivement, familiarisez-vous, faites connaissance avec le sabbat, pour que cela ne mène pas à des effondrements dans la famille. On peut toujours sauter haut dans le monde spirituel et de là-haut hocher la tête avec compassion, parce que le mari ou la femme ne pourront pas se hisser. Que le sabbat soit pour toute la famille, qu'il soit pour tous à cette petite vitesse à laquelle on pourra avancer. D'abord, bien sûr, – souviens-toi du jour du sabbat et six jours fais tout travail.
וְיוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ לֹא־תַעֲשֶׂה כָל־מְלָאכָה אַתָּה וּבִנְךָ־וּבִתֶּךָ עַבְדְּךָ וַאֲמָתְךָ וּבְהֶמְתֶּךָ וְגֵרְךָ אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ׃
veyom hachevi'í chabbát ladonáy elohékha lo ta'assé khol-melakhá attá ouvinkhá ouvittékha avdekhá va'amatekhá ouvhemtékha vegerekhá achér bich'arékhaLa translittération de l'original écrit ce dernier mot avec un « m » au lieu de « ch ». Le français suit le texte hébreu : bich'arékha, « dans tes portes ».
10 Mais le septième jour, le Chabbat – au SEIGNEUR, ton Dieu ; ne fais aucune melakhá (travail), toi et ta maison, ton esclave et ta servante, et ton bétail, et l'étranger qui est dans tes portes.
Ne fais aucun travail pour toi, tout ce que tu fais, fais-le pour le SEIGNEUR. Quant à l'étranger – on entend, naturellement, non pas quelque touriste, non pas un habitant de passage, mais celui qui a pris sur lui tes jugements. On ne peut pas s'asseoir de son propre chef dans les portes, il est question des étrangers qui ont été acceptés, que le peuple a acceptés d'une certaine manière. Voilà une telle particularité du commandement du sabbat. Mais c'est une grande bénédiction – la décision de passer un jour ensemble avec le Très-Haut.
Au verset 11, le Très-Haut continue de parler du commandement du sabbat :
כִּי שֵׁשֶׁת־יָמִים עָשָׂה יְהוָה אֶת־הַשָּׁמַיִם וְאֶת־הָאָרֶץ אֶת־הַיָּם וְאֶת־כָּל־אֲשֶׁר־בָּם וַיָּנַח בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי עַל־כֵּן בֵּרַךְ יְהוָה אֶת־יוֹם הַשַּׁבָּת וַיְקַדְּשֵׁהוּ׃
ki chechet-yamím assá adonáy et-hachamáyim ve'et-ha'árets et-hayám ve'et-kol-acher-bám vayána'h bayom hachevi'í al-kén berákh adonáy et-yom hachabbát vaykaddechéhou
11 Car six jours le SEIGNEUR fit le ciel, et la terre, et la mer, et tout ce qui est en eux, et se reposa (cessa) au septième jour, c'est pourquoi le SEIGNEUR bénit le jour du sabbat et le sanctifia.
Cela sera encore intéressant à noter pour ceux qui veulent déplacer le sabbat à un autre jour. On peut organiser un jour de congé le mardi, et le jeudi, et chaque troisième lundi d'octobre. Mais le Très-Haut, dès le tout début, a béni et sanctifié le jour du sabbat, c'est-à-dire que le jour du sabbat, dès l'origine, depuis les fondements de l'univers, est béni et sanctifié. Nous pouvons choisir d'autres jours, mais béni, sanctifié sera le jour du sabbat. C'est pourquoi le Très-Haut nous commande d'observer précisément le jour du sabbat.
Au verset 12 – le commandement suivant, le dernier dans cet entretien.
כַּבֵּד אֶת־אָבִיךָ וְאֶת־אִמֶּךָ לְמַעַן יַאֲרִכוּן יָמֶיךָ עַל הָאֲדָמָה אֲשֶׁר־יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ׃
kabbéd et-avíkha ve'et-immékha lemá'an ya'arikhoún yamékha al ha'adamá acher-adonáy elohékha notén lakh
12 Respecte, honore ton père et ta mère, afin que soient prolongés tes jours sur la terre que le SEIGNEUR, ton Dieu, te donne.
L'un des rares commandements à côté desquels est inscrite la récompense pour son accomplissement. Si nous observons ce commandement, si nous honorons père et mère, alors nos jours aussi se prolongeront sur la terre. Qu'est-ce qu'honorer ? Honorer signifie créer une existence digne. Dans la compréhension la plus simple : où que vivent vos parents, faites en sorte qu'ils vivent dignement, qu'ils aient un logement digne, qu'ils aient de quoi se nourrir. Cela, au sens matériel. En outre, préservez leur dignité, ne la brisez pas, ne dites pas de mal d'eux, ne les contredisez pas devant les gens, ne les menacez pas. Il y a beaucoup de belles histoires, éclatantes, on peut dire des histoires héroïques sur le respect envers les parents, et c'est très important. C'est un commandement très important, parce qu'il s'est même retrouvé, voilà, sur la première table. Si nous comparons la première et la deuxième table, la première table porte sur les relations de l'homme avec Dieu. La deuxième – sur les relations entre les hommes. Et voilà, dans les relations de l'homme avec Dieu sont placées les relations de l'homme avec ses parents, parce que très souvent nous construisons nos relations avec le Très-Haut sur le modèle des relations avec nos pères, avec nos mères, et inversement. Et aussi parce que le Très-Haut a participé conjointement à notre création. Les parents, en nous mettant au monde, nous ont révélé le Très-Haut, c'est pourquoi ce commandement est très important. Indépendamment de la situation, du temps, de l'époque, de l'exigence des parents et de beaucoup d'autres choses – il n'y a pas de limite, il n'y a pas un certain minimum pour qu'on puisse dire : « Voilà, j'ai fait ça pour toi, et fiche-moi la paix ». L'essentiel, c'est que les parents aient une vie digne, il n'y a pas de limite à cela. C'est l'un des commandements du SEIGNEUR en accomplissant lequel dans ce monde l'homme reçoit déjà une récompense ; mais la plus grande partie de la récompense, il la reçoit dans le monde à venir. Voilà, c'est aussi un commandement très important, et pour beaucoup, je ne le cacherai pas, il est l'un des plus difficiles.
Toi, pense seulement à Moi
Chémot 20,13–23
Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à lire la section hebdomadaire Yitro. Nous nous sommes arrêtés au milieu du discours du Très-Haut et de Son adresse au peuple d'Israël. En anticipant, on peut dire que nous nous sommes arrêtés entre les deux tables, la première et la deuxième, ou au milieu du Décalogue. Mais ni les participants du processus, ni l'homme qui lit la Torah pour la première fois ne savent encore que c'est le Décalogue, qu'il y aura deux tables. Nous nous sommes arrêtés justement au milieu, quand le Très-Haut parlait du respect envers le père et la mère. Ici, en anticipant de nouveau, on peut dire que se termine la première table, et que commence la deuxième table.
Il y a une différence à laquelle nous devons prêter attention : sur la première table, les commandements étaient liés au nom du Très-Haut, le Très-Haut ajoute et dit : « Je suis le SEIGNEUR ». Dans la deuxième partie, il n'y aura pas de mention du nom du SEIGNEUR. Premièrement, parce que ces commandements relèvent du domaine des relations entre l'homme et l'homme, des obligations de l'homme envers un autre homme. Deuxièmement, parce que ces commandements décrivent des états impurs, bas, des gens, et, de même que nous n'accrochons pas les portraits de nos parents ou de personnes qui nous sont chères dans la salle de bains ou aux toilettes, de la même manière, dans les lieux impurs, nous n'inscrivons pas le nom du Très-Haut, il existe une telle interprétation à ce sujet. Nous commencerons par le verset 13 du chapitre 20, qui énumère d'un coup plusieurs commandements.
לֹא תִּרְצָח לֹא תִּנְאָף לֹא תִּגְנֹב לֹא־תַעֲנֶה בְרֵעֲךָ עֵד שָׁקֶר׃
lo tirtsá'h lo tin'áf lo tignóv lo-ta'ané vere'akhá ed cháker
13 Ne tue pas (ne tue point) ; ne commets pas l'adultère ; ne vole pas ; ne porte pas de fausse accusation contre ton prochain.
Le commandement lo tirtsá'h (ne tue pas) a la même racine que le mot rétsa'h (meurtre) et se rapporte seulement à l'homme, il ne signifie pas la mise à mort d'un animal. On ne peut pas lirtsóa'h (commettre un meurtre) sur un hérisson, un crocodile ou un hippopotame, on ne peut tuer ainsi qu'un homme. Ce verbe est employé dans tout le Tanakh uniquement à l'égard d'un homme de son propre peuple, il signifie pour la plupart un meurtre malveillant et dans un seul cas seulement il signifie un meurtre non intentionnel. Nulle part lirtsóa'h ne se rapporte à un homme d'un autre peuple, au meurtre à la guerre, à une quelconque exécution ou à un quelconque homicide par imprudence. C'est-à-dire que rétsa'h, c'est le meurtre prémédité du prochain avec quelques buts intéressés, peut-être politiques, matériels, peu importe lesquels, c'est-à-dire le meurtre prémédité d'un homme concret, du prochain. Cela ne signifie pas, cela ne signifie nullement qu'on peut tuer celui qui est lointain, cela ne signifie même pas qu'on peut tuer un hérisson, ou un crocodile, ou un hippopotame ; non, il y a d'autres commandements de la Torah qui l'interdisent, on ne peut même pas donner un coup de pied à un chat. Mais dans ce cas nous parlons du premier commandement de la deuxième table, qui déclare : « Ne tue point, ne te livre pas au malveillant, abstiens-toi du meurtre malveillant du prochain, quels qu'en soient les buts ». Il y a la permission de tuer des animaux pour la nourriture, pour d'autres besoins encore, il y a l'ordre de mettre parfois à mort certains criminels, il y a la permission de tuer à la guerre, mais ce commandement, lo tirtsá'h, c'est un tout autre commandement. La Torah et le Très-Haut Lui-même, l'auteur de la Torah, considèrent la vie humaine avec une immense importance. On ne peut pas tuer un homme comme ça, et ce commandement parle du plus terrible des meurtres, du meurtre malveillant, intéressé, d'un homme de son propre peuple.
Le deuxième commandement de la liste – lo tin'áf (ne commets pas l'adultère). Avec les commandements, avec les crimes, avec les péchés de caractère sexuel, il y a une grande confusion. Le mot lin'óf (commettre l'adultère) signifie la liaison d'un homme avec une femme mariée qui n'est pas sa femme, c'est-à-dire la violation de l'alliance d'un autre homme avec une femme, un crime contre l'alliance entre la femme et l'homme qui sont devenus une seule chair. Si, à Dieu ne plaise, un homme entre en liaison avec une femme mariée, si une femme mariée entre en liaison avec un homme qui n'est pas son mari, – c'est un crime terrible.
Il y a d'autres crimes de caractère sexuel, par exemple znout (liaison sexuelle occasionnelle), qui est de la fornication. Il y a aussi une transgression, il y a un tel péché qu'on peut appeler pritsot (débauche) – c'est quand un homme et une femme, disons un mari et une femme, font quelque chose pour l'exhiber, publiquement ; ou bien trois-quatre couples se réunissent, chacun avec sa femme, mais tout se fait publiquement, de façon pervertie ; les relations du mari et de la femme ont aussi leurs limites, et quand les limites sont violées, c'est justement pritsot, la violation des limites, la débauche. Il y a encore un crime qui s'appelle kdechá – prostitution, la liaison pour de l'argent. Il y a un crime qui s'appelle guilouy arayot, la violation des interdits sexuels, la liaison entre membres de la famille et ce genre de choses. Il y a encore michkáv zakhár – c'est la liaison avec des personnes de son propre sexe, elle n'est pas non plus inscrite ici, mais cela ne signifie pas qu'une telle liaison ne soit pas interdite. Il y a beaucoup d'interdits sexuels différents. Dans ce cas, sur la table il est écrit lo tin'áf (ne commets pas l'adultère) la plus terrible des formes d'interdits, la liaison d'un homme avec la femme d'un autre, la liaison d'une femme mariée avec un homme étranger.
Le commandement suivant, semble-t-il, est assez simple – lo tignóv (ne vole pas), et il sous-entend qu'on ne peut pas voler un porte-monnaie, on ne peut pas voler une montre, c'est-à-dire qu'on ne peut rien voler. Mais, en outre, il signifie qu'on ne peut pas voler des hommes. Dans ces temps-là, pour l'Orient, c'était un phénomène répandu : on volait des gens, on les volait pour l'esclavage, y compris sexuel, on les volait pour n'importe quels besoins vils. Malheureusement, dans le monde d'aujourd'hui, ce phénomène est aussi répandu. Beaucoup d'enfants sont enlevés pour l'esclavage, pour la débauche, pour certains travaux pénibles, encore pour tels ou tels autres buts criminels. Et pas seulement des enfants, mais aussi des adultes sont enlevés – des femmes, des hommes, indépendamment du sexe et de l'âge. Les gens deviennent victimes du commerce de marchandise vivante, de la traite des esclaves. Et ce commandement a en vue, dans sa signification la plus haute, dans sa signification la plus stricte, de ne pas enlever non plus des hommes. Le vol d'hommes est beaucoup plus terrible que le vol de biens. Tel est le commandement lo tignóv (ne vole point).
Le commandement suivant – lo-ta'ané vere'akhá ed cháker (ne porte pas de fausse accusation contre ton prochain). On peut, à Dieu ne plaise, tuer un homme, on peut enlever un homme pour l'esclavage, et on peut aussi porter contre lui une fausse accusation, l'accuser d'un quelconque péché, le livrer au tribunal, peut-être même le faire condamner à la peine de mort, lui gâcher la vie, lui gâcher ses relations familiales, c'est-à-dire tuer un homme ou briser son destin par les mains d'autrui. Tout cela arrive et peut se commettre, à Dieu ne plaise, par les mains du tribunal, par les mains d'un tribunal juif, où viendront des gens « payés » ou des gens mus par une quelconque idéologie, et ils calomnieront, ils diffameront un homme. Il y a eu de mauvais temps il y a 80-90 ans en Union soviétique, quand on écrivait beaucoup de dénonciations, et beaucoup de gens ont péri. Mais cette pratique elle-même, mue par les qualités humaines basses, d'utiliser le tribunal, la calomnie, pour régler certains comptes personnels, – c'est une affaire assez ancienne, et déjà connue à l'époque du don de la Torah. Il faut dire tout de suite que les gens qui recevaient ces commandements, le peuple d'Israël, qui a entendu tout cela : « ne tue point, ne commets pas l'adultère, ne vole point, ne porte pas de faux témoignage » – ne se sont pas soudain réveillés en disant : « Ah, c'est donc comme ça, il s'avère que ce n'est pas bien, et nous qui pensions… » Non, bien sûr, ce n'était pas ainsi. C'est-à-dire que les gens ne pensaient pas ainsi : « Ça alors ! Il s'avère que voler, ce n'est pas bien, et il s'avère que commettre l'adultère, bien que ce soit agréable, est contraire à Dieu ! » Non, les gens n'ont pas pensé ainsi. Ces commandements, quand nous prononçons devant le verbe la particule lo (ne pas), on peut les traduire de deux manières : et comme « toi, ne tue point » et comme « tu ne vas pas tuer », « tu ne vas pas commettre l'adultère », « tu ne vas pas voler », « tu ne vas pas porter de faux témoignage ». Si tu accomplis les cinq premiers commandements, si ton SEIGNEUR – Il est vraiment ton SEIGNEUR, si tu es né du Très-Haut, si tu as le Très-Haut pour ton SEIGNEUR, alors tu ne pèches pas. Voilà, ces manifestations – si soudain tu as tué, tu commets l'adultère, tu voles, tu portes un faux témoignage – c'est l'indicateur que tu as déjà perdu la première table, que tu n'as déjà plus de SEIGNEUR qui soit pour toi le Maître. Il existe aussi une telle classification, quand on dit que les cinq premiers commandements, c'est « aime Dieu », les cinq seconds commandements – « aime le prochain », on peut aussi le comprendre ainsi. Si tu aimes le prochain (si tu aimes tous tes prochains), alors, bien sûr, tu ne le tueras pas, tu ne commettras pas l'adultère avec sa femme, tu ne tromperas pas ton mari, si tu es une femme, tu ne voleras pas chez lui et, à plus forte raison, tu ne porteras pas contre lui de fausse accusation, tu ne feras pas intervenir le tribunal pour le tuer par les mains du tribunal, – si tu aimes le prochain. Mais les commandements des relations entre l'homme et le prochain, mes obligations envers le prochain – ce sont aussi mes obligations envers Dieu. C'est pourquoi ce n'est pas comme si les gens disaient : « Voilà donc comment c'est, voilà quelque chose de nouveau pour nous, et nous qui ne savions pas ». Non. Bien qu'à propos de certains commandements on aurait pu le dire ainsi, mais pas à propos de ces commandements-ci. En d'autres termes, ils sont la mesure, l'indicateur des relations avec le Très-Haut.
Le verset 14 achève le discours, l'adresse du Très-Haut au peuple, et le SEIGNEUR dit ainsi :
לֹא־תַחְמֹד בֵּית רֵעֶךָ לֹא־תַחְמֹד אֵשֶׁת רֵעֶךָ וְעַבְדּוֹ וַאֲמָתוֹ וְשׁוֹרוֹ וַחֲמֹרוֹ וְכֹל אֲשֶׁר לְרֵעֶךָ׃
lo-ta'hmód bet re'ékha lo-ta'hmód échet re'ékha ve'avdó va'amató vechoró va'hamoró vekhól achér lere'ékha
14 Ne convoite pas la maison de ton prochain, n'attente pas à la femme de ton prochain, et à son esclave, et à sa servante, et à son bœuf, et à son âne, et à tout ce qui est à ton prochain.
J'essaierais de donner une traduction plus exacte : ne lorgne pas. Les mots de même racine que le verbe la'hmód sonnent en hébreu moderne de façon tout à fait très belle : yaldá 'hamoudá – c'est une jolie, gentille fille, bien que dans l'original cela signifie convoitée, celle que nous voulons obtenir. Aujourd'hui cela se dit dans un sens très neutre. D'un petit garçon on peut dire : « Comme il est mignon, eize 'hamoud ! » Dans l'hébreu biblique, le mot la'hmód signifie accomplir des actions délibérées, attenter, lorgner sur les biens d'un autre homme. Là encore, on peut y parvenir en faisant de l'homme son débiteur, tromper l'homme, le traîner en justice ou appliquer quelques autres méthodes, casher ou non casher. Et le Très-Haut dit : « Il n'y a aucune méthode casher pour prendre les biens du prochain, on ne peut pas attenter aux biens du prochain, ne désire pas, ne cherche pas à obtenir les biens du prochain ». Parce que, dans la même mesure où le Très-Haut prend soin de ton prochain, il prend soin aussi de toi, et si, à ton avis, ton prochain reçoit ce dont il a besoin, alors toi aussi tu reçois ce dont tu as besoin. Les commentateurs demandent : « Comment peut-on forcer un homme à ne pas vouloir quelque chose ? » Bon, nous pouvons nous abstenir, nous retenir, ne pas regarder la maison du prochain, sa voiture, son yacht, sa villa, nous pouvons refuser de les désirer, bénir l'homme, nous réjouir de ce qu'il a. Mais comment, dans le cœur, se forcer à ne pas vouloir ? Et les commentateurs donnent différents exemples. Par exemple, ce même Ibn Ezra dit : « C'est comme un homme dont la sœur est belle, mais il n'est pas attiré par sa sœur, il a, au niveau du réflexe, un interdit, et il n'a pas d'attirance pour sa sœur ». Et il donne l'exemple d'un habitant d'un village lointain qui, quand il voit une princesse, comprend qu'elle est inaccessible pour lui, qu'elle est d'un autre monde, pas de son monde à lui, dans lequel il vit. Et exactement de la même manière nous pouvons dire : ce qui n'est pas à moi, ce n'est pas à moi, cela appartient à un autre monde, ni meilleur ni pire, simplement autre, et ce qui est à moi – c'est dans mon monde. C'est, probablement, le plus difficile des commandements.
D'où vient et pourquoi soudain, dans la parole laconique du Très-Haut, une telle énumération de biens ? Et à quoi peut-on attenter ? En son temps, mon fils a vu chez une fillette (en Israël c'était une rareté) un petit Tchebourachka en peluche sur un sac, une petite poupée attachée au sac. Il a très fort voulu cette poupée, et il m'a demandé si l'on peut attenter à Tchebourachka, puisqu'il n'est pas écrit ici « n'attente pas au Tchebourachka de ton prochain » ? Et voici la réponse. Le Très-Haut prend soin de l'homme, de chaque homme, y compris de ton prochain, prend soin jusqu'au niveau de l'âne, jusqu'au niveau du chat, jusqu'au plus infime niveau. Partout, à chaque, chaque petit niveau, quand ton prochain a quelque chose, c'est la providence du Très-Haut, et cette providence existe aussi à ton égard. Et si une fillette a un Tchebourachka attaché à son sac, c'est la volonté du Très-Haut que Tchebourachka soit à elle, et l'énumération prouve seulement qu'on peut énumérer à l'infini. Ce n'est justement pas « rayer la mention inutile », mais « compléter ce qui manque ». Si tu n'y as pas trouvé Tchebourachka, inscris-l'y mentalement pour toi-même, et lui non plus, on ne peut pas vouloir l'obtenir par quelque voie que ce soit, sur lui non plus on ne peut pas lorgner.
Sur cela, sur cette note s'achève l'adresse du Très-Haut au peuple d'Israël, le Très-Haut cesse de parler.
Ainsi ont retenti les Dix Commandements, devenus, on peut le dire, la pierre angulaire de la législation juive, le fondement des principes moraux de l'existence de tout le monde, et pas seulement du monde juif, parmi les paroles les plus importantes de toute la révélation du Très-Haut au peuple.
וְכָל־הָעָם רֹאִים אֶת־הַקּוֹלֹת וְאֶת־הַלַּפִּידִם וְאֵת קוֹל הַשֹּׁפָר וְאֶת־הָהָר עָשֵׁן וַיַּרְא הָעָם וַיָּנֻעוּ וַיַּעַמְדוּ מֵרָחֹק׃
vekhol-ha'ám ro'ím et-hakkolót ve'et-hallappidím ve'ét kol hachofár ve'et-hahár achén vayár ha'ám vayanoú'ou vayamdoú mera'hók
15 Et tout le peuple voit les voix, les langues de flamme et la voix du chofar, et la montagne se couvrit de fumée ; et le peuple eut peur, et ils reculèrent, et se tinrent à distance.
Phrase étonnante : tout le peuple voit les voix. Le mot kol, voix (au pluriel kolót, voix) est lié aussi au mot kahal (foule, assemblée). La voix exprime, reflète toute l'essence intérieure de celui qui parle, c'est pourquoi nous ne suivons pas l'apparence, mais, comme il est dit : « Ils Me suivent, parce qu'ils connaissent Ma voix. Ils ne connaissent pas Mon apparence, ce n'est pas une silhouette qu'ils suivent – c'est Ma voix qu'ils suivent ». Et il est dit encore : « Si tu écoutes Ma voix ». La voix, c'est ce qui sort de l'intérieur de l'homme, c'est l'esprit qui sort de l'homme. Par conséquent, la voix du Très-Haut, c'est la révélation de l'intérieur, de ce qui est dans les profondeurs du Très-Haut, dans les profondeurs du Père depuis le Commencement, une révélation vers l'extérieur (pour autant, bien sûr, que nous puissions, de manière primitive, parler de l'intérieur et de l'extérieur chez le Très-Haut). Tout le peuple voyait les voix, c'est-à-dire que tout le peuple percevait et par l'ouïe et par la vue, et l'image visuelle se superposa à la gamme sonore, et tout le peuple voyait, pouvait clairement ressentir et retenir la voix du Très-Haut, afin de savoir la reconnaître. Souvenez-vous, nous avons lu que le Très-Haut appelait le peuple, au son de la trompette, à monter sur la montagne. Le Très-Haut a fini de parler, et tous ont entendu, vu la voix du Très-Haut, ont entendu la voix du chofar, la voix de la trompette. Nous avons dit plus d'une fois que la voix du chofar rappelle ce son symbolique avec lequel le Très-Haut a insufflé l'âme dans l'homme, le tout premier son que l'homme a entendu à la naissance (il existe un tel raisonnement).
וַיֹּאמְרוּ אֶל־מֹשֶׁה דַּבֵּר־אַתָּה עִמָּנוּ וְנִשְׁמָעָה וְאַל־יְדַבֵּר עִמָּנוּ אֱלֹהִים פֶּן־נָמוּת׃
vayomeroú el-moché dabber-attá immánou venichmá'a ve'al-yedabbér immánou elohím pen-namoút
16 Et ils dirent à Moché : « Allons, toi, tu parleras avec nous, et nous écouterons ce que tu nous diras, mais que Dieu ne parle pas avec nous, afin que nous ne mourions pas ! »
On m'a déjà demandé : il y avait pourtant un accord (19,13), que le peuple irait au son de la trompette. Pourquoi cela n'est-il pas arrivé, qu'est-ce qui n'a pas marché ? Le peuple a eu peur, peur parce que tant de choses avaient été dites, tant de choses avaient été vues ! Probablement, en regardant en soi, en se regardant soi-même, il était impossible de ne pas avoir peur, impossible de ne pas avoir peur de cette grande force qui s'était révélée sur la montagne. Et le peuple a eu peur. Je pourrais condamner le peuple ou dire : « Moi, j'aurais agi autrement ! » Pour moi, bien sûr, il est facile de parler, puisque je suis assis dans une pièce chaude et confortable, et il n'y a pas devant moi de montagne fumante ; mais une montagne fumante, c'est bien possible que moi aussi j'en aurais eu peur.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־הָעָם אַל־תִּירָאוּ כִּי לְבַעֲבוּר נַסּוֹת אֶתְכֶם בָּא הָאֱלֹהִים וּבַעֲבוּר תִּהְיֶה יִרְאָתוֹ עַל־פְּנֵיכֶם לְבִלְתִּי תֶחֱטָאוּ׃
vayomer moché el-ha'ám al-tiráou ki leva'avoúr nassót etkhém ba ha'elohím ouva'avoúr tihyé yir'ató al-penekhém leviltí te'hetáou
17 Et Moché dit au peuple : « N'ayez pas peur, car c'est pour vous éprouver que Dieu est venu, et pour que Sa crainte soit sur vos visages, afin que vous ne péchiez pas ».
Le SEIGNEUR a montré combien est grande la force qui tient à ce que l'homme vive correctement. C'est étonnant, en vérité : le Grand, Omnipotent, Tout-Puissant Créateur, Qui gouverne les planètes lointaines et proches, Qui gouverne les plus infimes micro-organismes et les processus les plus grandioses de l'Univers, Ce Même Dieu veut que nous vivions d'une manière déterminée. Il ne Lui est pas indifférent de savoir comment vit un quelconque tas de molécules du nom d'Alex, ou un quelconque autre tas de molécules. Et alors, comment ce tas de molécules n'aurait-il pas peur, si soudain cette grande force se mettait à le regarder fixement ? C'est vraiment effrayant.
וַיַּעֲמֹד הָעָם מֵרָחֹק וּמֹשֶׁה נִגַּשׁ אֶל־הָעֲרָפֶל אֲשֶׁר־שָׁם הָאֱלֹהִים׃
vaya'amód ha'ám mera'hók oumoché niggách el-ha'arafél acher-chám ha'elohím
18 Et le peuple se tenait au loin, et Moché s'approcha de l'obscurité (entra dans l'obscurité), dans laquelle demeurait le Très-Haut.
Le Très-Haut se révèle dans la fumée et dans le feu, et en même temps Il voile Sa révélation par l'obscurité. Souvent nous voyons que, bien qu'il soit dit que le SEIGNEUR est Lumière, et c'est indiscutablement ainsi, Il est Lumière, et il n'y a en Lui aucune ténèbre, pourtant dans Sa Révélation Il peut voiler Sa Lumière par l'obscurité.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה כֹּה תֹאמַר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אַתֶּם רְאִיתֶם כִּי מִן־הַשָּׁמַיִם דִּבַּרְתִּי עִמָּכֶם׃
vayomer adonáy el-moché ko tomár el-bené yisraél attém re'itém ki min-hachamáyim dibbárti immakhém
19 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Ainsi dis aux fils d'Israël : “Vous avez vu que J'ai parlé avec vous depuis les Cieux.
En d'autres termes : « Ne pensez pas que J'habite quelque part près de la forêt, à la lisière, ou que J'habite sur le mont Olympe, ou même que J'habite sur le mont Sinaï. Bien que vous ayez vu que la nuée est descendue sur la montagne, sur le sommet de la montagne, vous avez vu que J'ai parlé avec vous depuis les Cieux. Et retenez cela ».
לֹא תַעֲשׂוּן אִתִּי אֱלֹהֵי כֶסֶף וֵאלֹהֵי זָהָב לֹא תַעֲשׂוּ לָכֶם׃
lo ta'assoún ittí elóhe khéssef velohé zaháv lo ta'assoú lakhém
20 Ne faites pas de Moi des dieux d'argent, des dieux d'or non plus, n'en faites pas.
C'est-à-dire : « Ni par un travail habile, ni à prix élevé, vous n'obtiendrez la connexion avec Moi ; ni une antenne d'or n'est nécessaire pour cela, ni d'argent, ni de diamant, ni quelque antenne alambiquée. Rien de compliqué, aucune super-technologie ne vous est nécessaire pour vous connecter à Moi ».
מִזְבַּח אֲדָמָה תַּעֲשֶׂה־לִּי וְזָבַחְתָּ עָלָיו אֶת־עֹלֹתֶיךָ וְאֶת־שְׁלָמֶיךָ אֶת־צֹאנְךָ וְאֶת־בְּקָרֶךָ בְּכָל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַזְכִּיר אֶת־שְׁמִי אָבוֹא אֵלֶיךָ וּבֵרַכְתִּיךָ׃
mizbá'h adamá ta'asse-lí vezava'htá aláv et-olotékha ve'et-chelamékha et-tsonekhá ve'et-bekarékha bekhol-hammakóm achér azkír et-chemí avó elékha ouverakhtíkha
21 Un autel de terre, faites-moi, et tu offriras sur lui le sacrifice, tes holocaustes et tes sacrifices de paix, de ton bétail et de ton gros bétail, et en tout lieu où sera mentionné le Nom, Je viendrai à toi et te bénirai.
Un autel de terre – c'est l'autel le plus simple. Le SEIGNEUR aurait pu dire : « Faites-Moi un autel aux dimensions du “nombre d'or”, que son bas soit d'argent, son haut – d'or, et le tout sommet – de platine, et ornez-le de trois rangées d'émeraudes, de quatre rangées de topazes, ou installez-Moi des amplificateurs à semi-conducteurs pour la connexion, ou appliquez quelques technologies high-tech ». Non, le Très-Haut dit : « Installez-moi l'autel le plus simple, afin que vous ne pensiez pas qu'il faille quelques technologies pour M'atteindre ».
Ce sont des paroles très, très importantes que dit le Très-Haut : « En tout lieu où sera mentionné le Nom, Je viendrai à toi et te bénirai ». Cela signifie de nouveau : « Mon adresse, ce n'est ni une maison, ni une rue, Mon adresse, ce n'est pas le mont Sinaï, Je n'habite pas ici, il n'est pas nécessaire de revenir constamment ici pour s'adresser à Moi. Vous partirez et vous vous éloignerez, vous irez plus loin à travers le désert, vous arriverez au pays d'Israël, et en son temps vous serez dispersés dans le monde. En tout lieu où vous M'invoquerez, J'y viendrai. Pour cela, il n'est pas obligatoire qu'il y ait là la tombe d'un juste, un lieu sacré, “imprégné de prières”, une synagogue tournée vers Jérusalem, une église avec une croix ou quelque chose de semblable (bien que les synagogues, ce soit bien). Je viendrai à vous en tout lieu où sera mentionné Mon Nom, et plus encore, le plus simple autel de terre fera l'affaire pour M'offrir des sacrifices. Il n'est pas difficile de M'atteindre ».
וְאִם־מִזְבַּח אֲבָנִים תַּעֲשֶׂה־לִּי, לֹא־תִבְנֶה אֶתְהֶן גָּזִית; כִּי חַרְבְּךָ הֵנַפְתָּ עָלֶיהָ וַתְּחַלְלֶהָ׃
ve'im-mizbá'h avaním ta'asse-lí lo-tivné ethén gazít ki 'harbekhá henáfta aléha vatte'haleléha
22 Et si tu Me fais un autel de pierre, ne les fais pas (les pierres) taillées et rabotées, car si tu étends sur elle ton épée, ton pic, sur cette pierre, tu la gâteras.
Pour l'autel conviennent les pierres les plus ordinaires : « Si J'ai créé ici des pierres, alors Je les ai créées dans une forme suffisamment bonne, il ne faut pas passer derrière Moi avec une lime pour retoucher Mes créations, Je les ai créées parfaitement. S'il te semble qu'une telle pierre ne conviendra pas pour l'autel, eh bien, poses-en une autre, mais ne la retouche pas pour que l'autel soit beau. Le plus simple, tout ce qu'il y a de plus simple – c'est ce qui est nécessaire pour la connexion avec Moi ».
וְלֹא־תַעֲלֶה בְמַעֲלֹת עַל־מִזְבְּחִי אֲשֶׁר לֹא־תִגָּלֶה עֶרְוָתְךָ עָלָיו׃
velo-ta'alé vema'alót al-mizbe'hí achér lo-tiggalé ervatekhá aláv
23 Et ne monte pas à pas rapides vers l'autel, afin que ta nudité ne se découvre pas devant lui ».
Remarque très intéressante. Il y a eu des temps où le peuple d'Israël, et en général tous les peuples, ne portaient pas de sous-vêtements, et si un homme montait rapidement vers l'autel, sa nudité se découvrait, s'étendait au-dessus de l'autel. Ce n'est pas tout à fait de cela que parle le SEIGNEUR, bien qu'Il parle aussi de cela. Il y a un proverbe russe : « Si l'on fait de trop grands pas, on peut déchirer son pantalon ». C'est-à-dire : ne t'envole pas, ne monte pas vers l'autel comme les hommes forts ou les prestidigitateurs bondissent sur la scène, sois prudent, monte avec tremblement, élève-toi vers l'autel, afin que ta nudité n'apparaisse pas, afin que cette hardiesse qui est la tienne ne découvre pas ta nudité, y compris ta nudité spirituelle, pas seulement physique. Et, si avec exaltation et avec enthousiasme tu commences à monter vers l'autel, tu peux te couvrir de honte au sens spirituel, par exemple en appelant les gens et en disant : « Maintenant nous allo-o-o-ons offrir des sacrifices et nous allo-o-o-ons nous ruer sur Berlin, sur Damas, sur Oman ou sur Le Caire, allons hardiment au combat ! » Il ne faut pas d'ardeur superflue ni d'enthousiasme superflu. Le Très-Haut dit : « Oui, partout Je te répondrai, oui, toujours Je viendrai à toi, mais souviens-toi aussi du tremblement, de la nécessité de couvrir ta nudité, ne t'enorgueillis pas, mais ne l'oublie pas non plus ».
Sur les ailes de l'aigle
Lisons le verset 4 du chapitre 19 de notre section hebdomadaire Yitro. Le Très-Haut dit à Moché :
« Vous avez tous vu ce que J'ai fait à l'Égypte, et vous ai élevés sur des ailes d'aigles, et vous ai soulevés jusqu'à Moi ».
Beaucoup de sages ont interprété ce verset. Pourquoi est-ce que le Très-Haut parle ainsi ? De ce que les Juifs ont vu ce qu'il a fait à l'Égypte ? Parmi les Égyptiens, il y avait beaucoup d'injustice. On peut dire que le peuple égyptien était un peuple enlisé dans le péché. Peut-être, bien sûr, pas plus que d'autres peuples, mais tout de même. Déjà pour ces péchés eux-mêmes, pour ses actes, le peuple égyptien méritait un châtiment. Mais le Très-Haut parle ici du châtiment de l'Égypte à cause d'Israël. C'est-à-dire que ce n'est pas pour de nombreux péchés que le Très-Haut a puni l'Égypte, mais parce que l'Égypte opprimait Israël, uniquement pour ce péché-là. Et si l'Égypte avait été punie pour ses autres péchés, il n'aurait pas été nécessaire d'en parler ainsi, paternellement, à Israël.
Dans la deuxième partie du verset, le Très-Haut dit qu'Il a élevé Israël comme sur les ailes de l'aigle. Une phrase semblable, nous la lisons au verset 11 du chapitre 32 du livre de Dévarim : « Comme l'aigle garde son nid, plane au-dessus de ses petits, déploie ses ailes, prend chacun, le porte sur son aile ».
Comment comprendre cette métaphore de la Torah ? Les oiseaux portent d'habitude leurs petits dans leurs pattes, parce qu'ils craignent que d'autres oiseaux puissent fondre sur eux. Mais l'aigle ne craint pas les autres oiseaux. De même, la Torah dit que le Très-Haut a fait sortir le peuple d'Israël d'Égypte de telle manière qu'il ne fallait craindre aucun ennemi alentour. En outre, notre verset ne parle pas d'un seul aigle, mais de nombreux aigles : « … et vous ai élevés sur des ailes d'aigles ». Les sages dessinent une image comme si tous les cieux étaient tout simplement remplis d'aigles. C'est-à-dire un soutien total, une quantité immense de forces célestes dirigées vers l'aide à Israël. Le Très-Haut dit que tous ces efforts étaient dirigés vers ceci : porter le peuple d'Israël jusqu'à Lui.
Pour comprendre ce verset dans son ensemble, on peut le détacher un petit peu de l'histoire juive. Les Juifs eux-mêmes disent que les délivrances du Machia'h et du Très-Haut se ressemblent l'une l'autre. C'est pourquoi nous pouvons hardiment comparer la sortie d'Égypte avec la délivrance, le salut par le Machia'h.
Le Très-Haut détruit le monde qui nous asservit. Et quelqu'un peut être libéré d'une dépendance à la drogue, quelqu'un d'autre d'une mauvaise habitude moins voyante. L'essentiel est que le Très-Haut détruit la nature pécheresse, les chaînes pécheresses de l'homme. C'est là le sens de la première phrase : « … ce que J'ai fait à l'Égypte ». Le Très-Haut le fait de la manière la plus ouverte, sans craindre personne alentour, se révélant comme la plus grande, la plus haute force qui soit. Et tout cela se fait non seulement parce que le Très-Haut s'oppose au mal : c'est – l'anéantissement des chaînes. Cela ne vient pas de la haine du mal, mais de l'amour pour nous. Détruire l'Égypte – ce n'est pas un but en soi, le but – c'est nous amener au Très-Haut.
Ici, il est très important de comprendre pourquoi le Très-Haut nous porte jusqu'à Lui, que signifie « … vous ai soulevés jusqu'à Moi » ? Et pour cela on peut se tourner vers la Torah et regarder dans quel contexte ce verset est dit. Le Très-Haut dit cela à Moché à l'approche du service sur le mont Sinaï : Il nous a libérés de notre nature pécheresse, nous a élevés sur des ailes d'aigles et nous a portés jusqu'à Lui, afin de nous donner une certaine obéissance, afin que nous Le servions. En soi, le « fait de nous porter jusqu'au Très-Haut » – il est pour nous faire don de la Loi.
Comment ce dont parle notre verset peut-il se voir dans la vie d'un croyant messianique ? Souvent nous entendons le témoignage d'un homme qui raconte ce que Dieu a fait pour lui. L'homme dit qu'il était, disons, toxicomane et qu'il a été guéri, et maintenant il est libre de cette dépendance, il ne touche plus du tout à la drogue. Et l'homme dit : « C'est Dieu qui m'a libéré, maintenant j'ai Dieu ». Et ici nous voyons une telle compréhension du verset : il a vu que le Très-Haut a détruit sa propre Égypte, qu'il a été porté sur l'aigle jusqu'à Lui, mais il n'a pas encore vu pourquoi. C'est-à-dire que l'homme a décidé qu'il a la paix avec le Très-Haut, mais avec cela on ne sait pas s'il sert le Très-Haut.
Notre libération – ce n'est que l'introduction à l'alliance avec le Très-Haut. Le but de la destruction de l'Égypte et le but de notre élévation sur des ailes d'aigles – c'est, au fond, la conclusion de l'alliance entre nous et le Très-Haut. Il est très important de ne pas confondre la conclusion de l'alliance avec l'alliance elle-même, ce n'est pas encore l'alliance elle-même. C'est pourquoi il vaut la peine que le croyant s'examine lui-même, lui qui a été libéré : a-t-il non seulement l'alliance avec le Très-Haut, mais aussi le service du Très-Haut – l'obéissance ? Le croyant accomplit-il Sa volonté ?
Digest
Notre section hebdomadaire porte le nom de Yitro. Il faut dire que ce n'est pas, loin de là, chacun des héros de la Torah qui est jugé digne qu'une section hebdomadaire porte son nom. Nous n'avons pas de section hebdomadaire Avraham, pas de section hebdomadaire Yits'hak ou Yaakov. Seuls Pin'has et Yitro, ce sont les rares qui ont été jugés dignes chacun de sa propre section hebdomadaire. En quoi consiste donc la particularité de Yitro ?
Yitro, c'est, comme nous nous en souvenons, le prêtre de Midyan, le beau-père de Moché, qui, ayant entendu parler des nombreux miracles accomplis par le Très-Haut par Moché pour le peuple d'Israël, est venu rendre visite à son gendre. Il est venu voir de ses propres yeux ce qui était arrivé à Israël, et entendre de ses propres oreilles, de sources directes, pourrait-on dire, ces miracles que le Très-Haut avait accomplis.
Il y a dans les midrachim un motif très répandu concernant un dialogue entre le Très-Haut et Moché. Ici, il faut faire une petite digression et parler des midrachim en général. Très souvent, le midrach ne prétend nullement à l'authenticité de ce qu'il décrit. Le midrach constitue une explication compréhensible pour nous, accessible pour nous, de ce qui pouvait se passer dans la tête de Moché avec sa représentation intérieure du Très-Haut, ou comme un certain événement déterminé, pourrait-on dire : mental, spirituel, qui se produit dans le dialogue entre l'homme, en l'occurrence Moché, et le Très-Haut. Il y a des midrachim sur la conversation supposée de Yossef avec ses frères et beaucoup d'autres dialogues : les dialogues de Moché avec le Très-Haut pour savoir s'il entrera ou n'entrera pas dans le pays d'Israël, et ainsi de suite. Souvent, des croyants parmi les chrétiens disent : « Voilà, les Juifs ont inventé tout cela, rien de tout cela n'a existé en réalité, et c'est pourquoi tout cela, ce sont des balivernes, et il n'y a aucune raison d'écouter ». Bien entendu, le midrach, ce ne sont pas des histoires vraies, c'est une fiction. Mais cette fiction est une parabole qui veut nous enseigner quelque chose. Si tu veux – apprends, si tu ne veux pas – non.
De la même façon, dans la Torah et dans le Tanakh, nous voyons que le Très-Haut a une main, une narine, des yeux, un cœur, des plantes de pieds et ainsi de suite. Si nous lisons le Tanakh, nous n'y trouverons presque pas de description d'un Dieu incorporel, Il a toujours quelque chose, pour un peu une barbe. Et en même temps, nous comprenons que cette description est destinée à rendre compréhensible pour nous le Dieu absolument inaccessible, absolument transcendantal, Celui Qui est au-dessus de notre entendement, Qui dit que Ses pensées ne sont pas nos pensées. Personne ne dira : « Elle ment, cette Torah, parce que Dieu n'a pas, en réalité, d'yeux et n'a pas de narines, et Il ne peut pas se repentir et ainsi de suite ». De la même façon, on peut considérer aussi le midrach. C'est une tentative des sages de faire de ce qui est incompréhensible pour nous quelque chose de compréhensible. Oui, c'est une fiction humaine, ce sont des paroles humaines, mais il n'y a pas parmi nous de gens qui ne prêtent absolument l'oreille à personne, qui n'écoutent absolument personne parmi les hommes. Il serait sot d'être un tel homme, car même l'alphabet dans lequel nous lisons la Bible, peu importe en quelle langue, nous l'avons appris d'autres gens. Ici se termine la digression.
Ainsi donc, il y a un midrach, les disputes de Moché et du Très-Haut au sujet des non-Juifs qui se sont joints à Israël, dont parle la Torah. Ils sont appelés érev rav (mélange multiple) ou, à un autre endroit, asafsouf (ramassis). Le ramassis n'a pas nécessairement ici une connotation négative. Le Très-Haut (encore une fois, nous parlons de manière très abstraite) ou, disons, une voix, un côté dans la tête de Moché, dit que ce peuple a été impressionné par les miracles et que c'est pourquoi il a suivi Israël, et qu'il n'y a pas en lui de vraie foi, mais seulement de l'adoration et la soif de miracles. L'autre côté dit qu'il y a pourtant Avraham, chez qui les gens venaient dans sa tente. Et il est dit que les âmes qu'Avraham a faites à 'Haran (Béréchit 12,5), ce sont justement les âmes des prosélytes qu'Avraham a amenés au Très-Haut, ils sont venus grâce à l'hospitalité d'Avraham. Finalement, plus tard, nous entendrons que le Très-Haut dira à Moché : « Lève-toi et descends, car le peuple que tu as fait sortir s'est corrompu devant Moi ». Et il s'est effectivement avéré que beaucoup de ceux qui étaient sortis avec Israël avaient en réalité soif de miracles et de rien d'autre. Et quand Moché a disparu, quand il n'est pas apparu au moment qu'ils attendaient, ils se sont corrompus et ont commencé à chercher une image fondue, afin que le Dieu qui les avait fait sortir d'Égypte leur soit évident, c'est-à-dire que c'est pratiquement une idole.
Yitro, c'est le contre-exemple. Les midrachim disent que pour un tel tournant vers le monothéisme, Yitro a été destitué de son poste de kohen, est devenu prosélyte, s'est joint au peuple juif, abandonnant sa foi natale de Midyan. C'est un exemple de ce qu'un prosélyte peut vraiment venir en Israël, se joindre à Israël par une foi sincère et prendre part au destin du peuple juif, et même donner un conseil précieux pour la direction du peuple.
Le conseil que Yitro a donné à Moché est lui aussi très important. Parfois, nous y voyons simplement un certain conseil de manager, de gestion, selon lequel Moché ne doit pas siéger et diriger, mais doit prendre des adjoints – des chefs de dizaine, des chefs de centaine, des chefs de millier et ainsi de suite, c'est-à-dire que nous le percevons simplement comme un conseil pour la direction du peuple. Mais il y a là quelque chose de plus. Car Moché possédait une âme particulière et des forces particulières, il avait été choisi par le Très-Haut pour une mission particulière. Et, bien sûr, tout le peuple aurait voulu que ce soit justement Moché qui le juge. Alors, à la mort de Moché, les gens auraient dit : « Nous n'avons plus personne comme Moché, qui va nous juger maintenant ? » ou : « Voilà, Moché nous aurait jugés autrement, et toi, tu nous juges comme ci ou comme ça ». Et ainsi, Moché, en tant qu'unique élu, serait resté un juge inaccessible, et un tribunal juste, jouissant de la confiance, serait devenu tout simplement impossible. Mais Yitro donne un conseil qui montre qu'un sur dix peut se révéler digne de juger, et un sur cent peut se révéler digne de juger, et un sur mille peut se révéler digne de juger. Il y a beaucoup de gens dignes dans le peuple qui, grâce à certaines qualités, peuvent être choisis pour devenir juges dans le peuple. Et juger est devenu une affaire pratiquement accessible à chaque homme, s'il possède certaines qualités. Et de même, nous, ayant en Yéchoua la justice que chacun peut recevoir en L'imitant et en apprenant de Lui, sommes capables d'atteindre l'état de juge. Mais cela ne signifie pas que quiconque a cru en Yéchoua et a été baptisé devient automatiquement saint : il ne fait que commencer à marcher sur le chemin sur lequel atteindre la sainteté devient possible pour chacun. Et c'est en cela que consiste la composante principale du conseil que Yitro a donné à Moché.
Une autre partie très importante de la section hebdomadaire, ce sont sans aucun doute les Dix Commandements, qui en réalité ne sont pas du tout des commandements, puisqu'il n'y a pas ici le mot mitsvot (commandements). Ils sont appelés asséret hadibrot, ce qui signifie littéralement dix énoncés, dix paroles. La Parole, à proprement parler, est une, elle est découpée en dix, parce que c'est la loi du Dieu Unique. Et, naturellement, il vient aussitôt à l'esprit le début de l'Évangile de Yo'hanan : « Au commencement était la Parole ». Ainsi, ce sont les Dix Paroles, les Dix Énoncés, par lesquels le Très-Haut établit la nature de l'homme. Ce ne sont pas des commandements, c'est la manière dont les lois, les commandements changeront l'homme. Et en même temps, ces Dix dibrot, ces Dix Énoncés, on peut les diviser en deux parties.
La première partie concerne les relations entre le Très-Haut et l'homme, et c'est ici aussi que se rattache le commandement d'honorer les parents. La deuxième partie détermine les relations entre l'homme et l'homme, entre l'homme et son prochain. S'y rattachent : ne vole pas, ne tue pas, ne commets pas d'adultère, ne porte pas de faux témoignage, ne convoite pas.
Tant dans la loi juive que dans la Brit 'hadacha, ces Dix Commandements se ramènent à deux. Le premier, c'est aime ton Dieu de tout ton cœur. Le second – aime ton prochain. Si nous aimons Dieu, nous ne violerons pas Ses commandements, nous ne serons pas grossiers envers nos parents, nous ne les laisserons pas sans subsistance. Si nous aimons Dieu, nous observerons Son Sabbat. Si nous aimons le prochain, nous ne le volerons pas, nous ne commettrons pas d'adultère, nous n'attenterons pas à sa femme et nous ne convoiterons pas son ordinateur. Ainsi, tous les dix commandements se ramènent, au fond, à deux commandements – aime Dieu et aime le prochain. Nous pouvons nous arrêter, faire un petit zoom, pour ainsi dire, sur trois commandements du Décalogue.
Le premier commandement sur lequel nous nous arrêterons, c'est le commandement ne prononce pas le nom du Très-Haut en vain. Nous savons que dans la tradition juive, aujourd'hui, on ne prononce pas le nom de Dieu de quatre lettres, mais on le remplace par Hachem ou par Élokim – non pas Élohim, avec la lettre hé, mais justement Élokim, avec la lettre kouf. Et même le nom Éliyahou (et semblables), qui contiennent indirectement le nom de Dieu, beaucoup de Juifs orthodoxes le prononcent comme Éliyakou, c'est-à-dire qu'ils évitent toute prononciation du nom de Dieu. Le désir en soi de s'éloigner du saint, de craindre le saint et, en s'évaluant soi-même, d'avoir la crainte et la compréhension que l'homme n'est pas digne de toucher au saint – c'est un phénomène louable. En même temps, l'ordonnance (l'énoncé) de ne pas prononcer le nom de Dieu peut être comprise quelque peu autrement. Dans nos propres malheurs, dans les maladies qui nous arrivent, dans les maladies de nos enfants, nous demandons souvent au Très-Haut : « Pourquoi ?! », percevant ce qui se passe comme si c'était le Très-Haut qui nous envoyait quelque punition ou nous faisait passer par quelque douleur et « bastonnade », pourrait-on dire. Cela trouve confirmation aussi dans l'Épître aux Hébreux (12,6), où il est dit : « Le SEIGNEUR, celui qu'Il accueille, Il le frappe, et tous ceux qu'Il accueille, Il les punit ; celui qu'Il aime, Il le frappe, et tous ceux qu'Il accueille, Il les punit ». Mais cette punition, cette « bastonnade » était reçue par les hommes justes dans la joie et avec enthousiasme. Nous voyons souvent dans l'Écriture qu'ils remerciaient Dieu pour la souffrance qu'ils avaient dû endurer. Ainsi, ils ne percevaient pas la souffrance elle-même comme une souffrance, c'est un niveau spirituel très élevé. Et si ces souffrances et ces maladies nous sont envoyées comme une tentative de nous corriger, envoyées pour, comme avec un rabot, nous raboter, enlever de nous quelque chose de superflu, alors nous devons voir que la souffrance, ou ce que nous appelons le mal ou la douleur, ce n'est pas une manifestation de la volonté du Très-Haut, mais le résultat de notre incapacité à construire des relations avec le Très-Haut et à construire des relations avec le monde environnant. Et plus nous atteignons de justice, moins nous percevons la souffrance comme une souffrance et l'épreuve comme une épreuve.
L'histoire de Rabbi Zoucha d'Anipol, qui a beaucoup souffert dans sa vie, est connue. Sa maison a brûlé, sa famille a péri. Et quand des gens sont venus chez le Baal Chem Tov et lui ont demandé : « Comment surmonter les souffrances ? », il a dit : « Demandez à Zoucha, il est maître en la matière. Tant de souffrances il y a eu dans la vie de cet homme, tant de choses lui sont échues… » Mais quand ces gens se sont adressés à Rabbi Zoucha, il a dit : « Vous êtes venus chez moi pour rien : il ne m'est pas arrivé grand-chose de particulier dans la vie ». Parce qu'il percevait sa souffrance comme une correction venant du Très-Haut, et cela l'aidait à ne pas souffrir. Je ne peux pas moi-même témoigner à mon sujet que je me trouve à un tel niveau. Mais c'est le niveau auquel nous appelle le Décalogue. En d'autres termes, n'accuse pas le Très-Haut de tes souffrances, la source du mal, ce n'est pas le Très-Haut. Ne prononce pas Son nom : « Dieu, pourquoi me punis-tu ?! », mais comprends que c'est le résultat de ce qui n'est pas droit en toi, d'une certaine distorsion, de quelque chose de superflu en toi ou de quelque chose qui manque en toi, que le Très-Haut essaie de corriger. Et c'est en cela qu'il y a encore une compréhension du commandement ne prononce pas le nom du Très-Haut en vain.
Un commandement très important, sur lequel nous nous arrêterons également – ne commets pas d'adultère (lo tin'áf). L'institution du mariage est très importante pour la Torah. Et il y a une histoire qui dit qu'à cause de la destruction justement de l'institution familiale, à cause du fait que l'attitude envers la famille, plus exactement l'attitude envers l'épouse, est devenue méprisante, et à cause de cela le Temple a été détruit.
Une histoire talmudique parle d'un charpentier et de son apprenti. Il était une fois un charpentier qui avait un apprenti, peut-être un bon et gentil apprenti. Et ce charpentier avait une femme, une beauté. Et l'apprenti voulait en secret obtenir cette femme, voulait, pourrait-on dire, la ravir au charpentier. Le temps vint, et le charpentier eut besoin d'argent. L'apprenti proposa : « Laisse-moi te prêter cet argent dont tu as besoin. Envoie-moi demain soir ta femme chercher l'argent, je lui donnerai cet argent ». Et le charpentier envoya sa femme chez lui prendre l'argent, et pendant ce temps l'apprenti l'enferma chez lui. Après avoir attendu un certain temps, le charpentier vint lui-même chez l'apprenti et demanda : « N'as-tu pas vu ma femme, je l'ai envoyée chez toi ? » À quoi l'apprenti dit : « Je lui ai donné l'argent, je l'ai laissée partir et j'ai vu que des gars l'ont violée ». Faites attention à la manière dont l'intrigue s'est mise à sonner : « J'ai vu qu'on l'a violée, et je ne l'ai pas défendue ». Il peut en parler tranquillement, bien que ce soit une invention. Il pouvait aussi tranquillement enfermer chez lui la femme d'un autre, et nous n'entendons pas que la femme ait protesté d'une manière ou d'une autre. Et le charpentier demanda à l'apprenti : « Que dois-je donc faire maintenant de cette femme, qui a été victime d'un viol ? » L'apprenti dit : « Mais chasse-la tout simplement ! » Le charpentier objecta à cela : « Mais la somme de ma ktoubá est très grande, c'est-à-dire que si je la chasse simplement, je devrai lui donner beaucoup d'argent ». À quoi l'apprenti dit : « Je te prêterai avec plaisir cette somme aussi ». Et l'apprenti prêta encore de l'argent au charpentier, et le charpentier chassa sa femme. La pauvre femme n'avait nulle part où aller, et elle épousa l'apprenti. Quelque temps après, l'apprenti vint chez le charpentier et dit : « Je t'ai donné l'argent que j'ai prêté par l'intermédiaire de ta femme, et je t'ai donné l'argent que j'ai prêté pour le divorce d'avec ta femme, maintenant rends-moi l'argent ». Le charpentier n'avait pas d'argent. Et alors l'apprenti dit : « Alors engage-toi chez moi comme serviteur, pour rembourser cet argent par ton travail ». Et ainsi l'apprenti était assis avec l'ancienne femme du charpentier, maintenant sa femme, et le charpentier les servait et pleurait. Et le midrach raconte que par ces larmes fut signée la sentence de destruction du Temple. C'est-à-dire que la sentence s'est formée définitivement non pas à cause de l'idolâtrie, non pas à cause de la haine gratuite, mais à cause de la destruction des valeurs familiales, de l'autorité familiale. Voilà combien la Torah orale et la Torah estiment haut les institutions familiales. C'est pourquoi l'interdiction de l'adultère, en tant que destruction de la famille, est inscrite dans les Dix Commandements.
Encore un commandement dont nous parlerons, c'est le commandement ne convoite pas (lo-ta'hmód). Il semblerait : comment peut-on proposer au cœur de ne pas convoiter ? Ne pas maîtriser ses pensées – c'est naturel pour l'homme. Nous ne savons pas toujours quand et pourquoi telle ou telle pensée nous vient, c'est pourquoi nos pensées, nous ne pouvons pour ainsi dire pas les maîtriser. Les sages disent que dans une telle situation, l'homme peut se représenter un paysan, un homme du peuple, qui regarde la fille du roi et comprend qu'elle est inaccessible pour lui, il ne peut pas l'épouser. Exactement de la même façon, l'homme ne peut pas rêver que lui poussent des ailes ou que lui pousse une trompe, comme chez l'éléphant, comprenant que Dieu ne lui a pas donné cela (bien que, naturellement, le rêve de voler soit accessible et réalisable). C'est-à-dire que chaque homme doit être conscient que Dieu lui donne ce qui lui revient. Et si nous n'oublions pas cela, alors nous comprendrons : ce qui ne nous est pas donné, simplement nous n'en avons pas besoin, et cela contredit notre nature. De nouveau, nous parlons d'une barre très haute, que la Torah place pour nous et qu'il n'est pas si simple d'atteindre. En vérifiant à quel point nous ne désirons vraiment pas ce qu'a notre prochain, nous pouvons comprendre à quel point, ce faisant, nous nous approchons du Très-Haut, nous nous approchons de cette barre que nous place la Torah – de l'accomplissement des Dix Commandements.
Encore un passage intéressant sur lequel je voudrais m'arrêter, c'est le verset 19 du chapitre 19, où il est dit : « …et le Très-Haut lui (à Moché) répondait par une voix ». Il est naturel de demander : pourquoi est-il dit que le Très-Haut répondait ? Car dans tous les dialogues que nous lisons, c'est le Très-Haut qui s'adresse à Moché, et Moché Lui répond. Et ici, les sages voient une lecture très inhabituelle et un phénomène très important pour notre compréhension. Moché parle, et le Très-Haut lui répond comme un écho. Le Très-Haut, pourrait-on dire, double, répète ou amplifie les paroles de Moché. Moché se trouve dans un tel état spirituel que ses paroles résonnent en résonance avec les paroles du Très-Haut. Et le Très-Haut lui répond sur le même ton, parce que Moché et le Très-Haut sont sur la même longueur d'onde. C'est un niveau très élevé de sainteté.
Encore une fois, c'est une barre pour nous, c'est une mesure pour nous, pour que chacun de nous puisse vérifier si le Très-Haut nous répond, si nous entendons la voix du Très-Haut. Quand nous prêchons en chaire ou quand moi, par exemple, j'enregistre un cours – est-ce qu'à chaque fois nous entendons que nous sommes sur la même longueur d'onde que le Très-Haut, est-ce que le Très-Haut nous répond par une voix ? Ou, autrement dit : sommes-nous dans la Torah, nous tenons-nous dans l'enseignement du Très-Haut ? C'est un point très important pour l'observation de soi-même.
Et le dernier point dans la section hebdomadaire, à proprement parler la conclusion de la section hebdomadaire – c'est le commandement concernant l'autel de terre. Nous disons souvent que dans l'image de Yéchoua s'est révélé le Très-Haut, que « en Lui habitait toute la plénitude de la Divinité corporellement ». C'est-à-dire qu'à travers Yéchoua il est le plus facile de saisir la divinité, de connaître de plus près la nature de Dieu. Dieu a fait descendre sa Révélation corporelle sur la terre, et en même temps il y a un effort qui est exigé de nous : élever le terrestre jusqu'aux cieux. L'autel de terre s'élève à la rencontre des cieux et élève la nature terrestre de l'homme jusqu'au niveau de la nature céleste. Exactement de la même façon, Yéchoua a fait descendre le divin dans ce monde non pas pour que nous restions sur la terre, mais pour que nous (comme je l'ai déjà dit) soyons un pont entre le Très-Haut et la terre, pour que nous aussi, nous élevions le terrestre jusqu'au niveau du céleste. Et les Dix Commandements, c'est un critère pour s'examiner soi-même : à quel point nous soulevons vraiment le terrestre vers le céleste et à quel point le céleste a pénétré en nous. Cette interpénétration permet à chacun de nous de devenir ich élohim (homme de Dieu), comme il est dit de Moché, ou de contenir en soi la plénitude de la divinité corporellement, comme cela est dit de Yéchoua. Si ce n'est même pas la plénitude, du moins une miette de la révélation divine, la faire briller et la montrer, la manifester au monde. Comme l'autel élève le terrestre vers le céleste, ainsi notre tâche aussi – élever les gens qui nous entourent, faire des disciples de toutes les nations, pour qu'ils offrent leurs corps en sacrifice agréable à Dieu. Or le corps de l'homme, c'est bien à l'origine cette poussière dont Dieu a créé l'homme. C'est-à-dire qu'en amenant des disciples à Yéchoua, nous les incitons à offrir leurs corps en sacrifice agréable à Dieu et à élever ainsi la terre jusqu'au ciel, comme le fait l'autel de terre à la fin de notre section hebdomadaire.
En conclusion, je voudrais très fort nous souhaiter à tous d'atteindre la perfection en tout cela, afin de plaire au Très-Haut en offrant son corps en sacrifice à l'Esprit, d'être rempli d'un contenu divin, d'accomplir les Dix Commandements divins et d'être choisi pour avoir la possibilité de juger, pour se révéler digne aux yeux de Dieu et des hommes.
Ne désire pas.
Le dixième commandement dans notre section hebdomadaire Yitro (20,14) dit : lo-ta'hmód ou ne convoite pas, ne cherche pas à t'approprier. Il est difficile de trouver un mot russe pour le verbe qui est employé ici, c'est pourquoi la plupart des traductions russes disent ici : « Ne désire pas ». Mais en réalité il n'est pas question ici de désir, même si nous parlerons aussi du désir.
Le premier commandement est le commandement de la foi. Ensuite nous voyons des commandements d'action. Et voilà que le dixième commandement est lié à ce qui se passe à l'intérieur de l'homme et que de l'extérieur on ne peut pas voir à l'œil nu, quelque chose d'intérieur, une qualité de l'âme – ne convoite pas ou n'envie pas. Et les commentateurs disent que ce dixième commandement est la clé de tout le reste. Si l'homme est content de ce qu'il a (pas imbu de lui-même, pas content de lui-même, mais content de ce qu'il a), vit en accord avec cela, alors il ne commettra pas les fautes dont parlent tous les dix commandements. La transgression de ce commandement peut, selon le principe des dominos, faire tomber l'observance de tous les autres commandements.
Dans le livre de Michleï (14,30) il est dit : « La vie pour le corps – un cœur doux, et la pourriture des os – l'envie ». L'envie pénètre dans les os et les fait pourrir. C'est, bien sûr, une métaphore. Le mot étsem (os) est lié au mot étsem, atsmí (soi-même, auto-), c'est en quelque sorte le « soi » de l'homme, aní beatsmí – c'est moi-même (myself). Et voilà, mon soi, mon identité propre, c'est l'envie qui les détruit.
Que se passe-t-il avec l'homme qui envie ? Il lui est difficile de vivre sa propre vie, il regarde comment et de quoi vivent les autres, et vit la vie d'autrui. Ou bien il lui est impossible de se résigner au fait que quelqu'un a quelque chose qu'il envie, et il dépense sa vie à détruire ce monde de l'autre. Il détruit ce qui est à autrui, il ne construit pas ce qui est à lui, il ne construit absolument rien – ni ce qui est à lui, ni ce qui est à autrui.
Il y a une autre situation, peut-être même plus répandue, quand l'homme dit : « Si seulement j'avais ce qu'a mon voisin, ce qu'a mon prochain ». De nouveau il renonce à ce qui est à lui, ne regarde pas tout ce qu'il a, veut obtenir ce qu'a le prochain. Mais ce qu'a le prochain est destiné au prochain. Et même si l'homme obtient ce qu'avait le prochain, et il arrive souvent qu'on réussisse à chasser un homme de sa maison, à enlever à un homme sa femme, que Dieu nous en garde… Mais cela n'apporte pas le bonheur, parce que c'est à autrui. Et les os (le soi) continuent de pourrir.
Aussi étrange que cela paraisse, dans l'interprétation juive, mystique de la langue, l'antonyme (le mot de sens opposé) du mot jalousie (kin'á) – c'est le mot désir (ratsón), et cela signifie que je suis content (do-volen, c'est-à-dire jusqu'à ma volonté). Je suis content de ce que j'ai, je suis content des instruments que m'a donnés le Très-Haut pour le service, content des possibilités que j'ai. Je vis avec elles, je veux réaliser ces possibilités, je veux développer le potentiel que j'ai. Je veux – enfin, enfin, après tout – je veux ce qui est à moi. Je veux ce qui m'aidera. Je veux ce que Dieu veut me donner. Je suis content de mes vases, je veux les remplir de la lumière divine. C'est mon désir, la sensation d'un manque de lumière divine dans mes vases, dont je suis content, et c'est l'antonyme de la jalousie : se réaliser, vivre sa propre vie, vivre pour soi. Et si l'homme sait ce qu'il veut, si l'homme comprend qui il est, alors son désir est opposé à la jalousie. La conscience de soi, avant tout l'acceptation de soi – c'est le début de la résistance au sentiment de jalousie. Et quand cela arrive, alors la jalousie aussi peut se manifester dans un bon sens.
Le midrach raconte qu'Avraham a « envié » Noa'h. Il y eut (selon le midrach) une telle conversation entre eux. Avraham demande à Noa'h : « Comment as-tu été jugé digne d'une telle bonté – sortir de l'arche ? » Et Noa'h dit : « C'est parce que nous avons pris soin des animaux, nous avons fait preuve de bonté envers les animaux ». Avraham dit : « Moi aussi, je veux faire preuve de bonté ». Et s'il avait suivi le chemin de l'envie, il aurait dû devenir une sorte de docteur Aïbolit, qui serait assis sous un arbre, et chez qui viendraient se faire soigner « et la vache, et la louve », et ainsi de suite selon la liste. Mais Avraham décida de faire preuve de bonté non pas envers les animaux, mais envers les gens. Il vit ce que fait Noa'h, le rapporta à ses propres instruments, l'appliqua dans sa vie et se mit à recevoir des hôtes, se mit à inviter des gens. Et dans le monde entier son hospitalité était connue, parce que, sans le savoir, il reçut comme hôtes des anges.
Et exactement de la même façon, cela est actuel aussi pour nous. Si nous voyons la vie de famille heureuse de quelqu'un, nous pouvons dire : « Comme c'est merveilleux – avoir une vie de famille heureuse ! Moi aussi, pour moi, avec la personne que j'aime (avec ma bien-aimée ou avec mon bien-aimé), je construirai ma vie de famille ». Si je vois comment un homme va avec bonheur, avec joie au travail, à un service quelconque, je peux dire : « Moi aussi, je veux trouver un travail, moi aussi je veux me réaliser dans le bonheur et dans la joie ». Et on peut vouloir acquérir n'importe quel instrument, mais l'acquérir en accord avec ses propres désirs, utiliser ses instruments, sa famille – utiliser ce que Dieu m'a donné pour Le servir, afin de réaliser ce que Dieu veut de moi. Et en ce sens, le désir, je le répète encore, est aussi l'antonyme de la jalousie. Et s'il en est ainsi, alors il y aura en cela une réalisation, et il y aura du bonheur, et il n'y aura plus de place pour l'envie. Voilà de courtes réflexions au sujet du commandement lo-ta'hmód – ne convoite pas, ne jalouse pas.
Lisez aussi : Béchala'h, Michpatim, Yitro en format audio et les sections hebdomadaires de la Torah.