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שְׁלַח־לְךָ
Chéla'h
les explorateurs, la foi et la responsabilité
- Section hebdomadaire
- 37 sur 54
- Versets
- Bémidbar 13,1–15,41
- Parties
- 6
- Temps de lecture
- 1 h 46 min
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Chéla'h — la section hebdomadaire sur les explorateurs, la peur du peuple et la responsabilité du choix. Dans le sténogramme d'Alex Blend sont examinés les chapitres 13–15 du livre de Bémidbar : le rapport à la terre d'Israël, les quarante ans dans le désert et le commandement des tsitsit. Le texte de la Torah est cité en hébreu avec une translittération, une traductionLe texte original précise ici « une traduction russe ». Comme la phrase décrit la page elle-même, la version française dit simplement « une traduction ». et le commentaire de l'auteur.
Partons-nous en reconnaissance ?
Bémidbar 13,1–33
Avec l'aide de Dieu, nous commençons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire Chéla'h et nous allons lire à partir du verset 1 du chapitre 13 du livre de Bémidbar. Notre section raconte une tragédie, peut-être la plus grande tragédie du temps du séjour du peuple dans le désert. En tout cas, cela se voit au châtiment que le peuple a reçu pour sa faute : pour la énième fois, nous allons lire l'histoire des explorateurs. Et dans notre entretien, nous allons parler des explorateurs et de la reconnaissance dans un sens pas très bon de ce mot. Pourquoi, encore et encore, chaque année, sommes-nous obligés ou avons-nous le mérite (selon le côté d'où l'on regarde) de la lire ? Parce que les événements qui se sont produits dans cette section, la tragédie qui a eu lieu, le péché dont parle cette section, sont, au fond, toujours actuels. Si moi, Alex, je lis encore chaque année cette section – cela signifie que j'ai quelque chose à corriger dans mes relations avec le pays d'Israël au sens large de ce mot, au sens spirituel et physique. Au sens spirituel, l'homme, comme le dit le midrach, est fait de cette terre qui a été prise à l'endroit où, plus tard, dans le Temple, se tiendra l'autel. La terre – c'est la partie la plus importante du pays d'Israël, c'est pourquoi les relations avec le pays d'Israël, dans l'aspect spirituel, dans la compréhension spirituelle de la signification du pays d'Israël – ce sont aussi les relations avec la terre dont je suis fait, c'est une question très profonde. Au sens simple, physique – je dois corriger mes relations avec le pays d'Israël en tant que territoire géographique.
C'est pourquoi, année après année, nous lisons et nous revenons aux mêmes sections, nous réfléchissons à nos mêmes problèmes, pour nous corriger en quelque chose d'autre ou pour au moins essayer de trouver en nous, de voir en nous ces problèmes.
Alors, lisons cette histoire elle-même depuis le tout début.
וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר׃
vaydabbér adonáy el-moché lemór
1 Et le SEIGNEUR parla à Moché, en disant :
שְׁלַח־לְךָ אֲנָשִׁים וְיָתֻרוּ אֶת־אֶרֶץ כְּנַעַן אֲשֶׁר־אֲנִי נֹתֵן לִבְנֵי יִשְׂרָאֵל אִישׁ אֶחָד אִישׁ אֶחָד לְמַטֵּה אֲבֹתָיו תִּשְׁלָחוּ כֹּל נָשִׂיא בָהֶם׃
chela'h-lekhá anachím veyatoúrou et-érets kená'an acher-aní notén livné yisraél ich e'hád ich e'hád lematté avotáv tichlá'hou kol nassí vahém
2 « Envoie pour toi des hommes, et ils exploreront le pays de Canaan, que Je donne aux fils d'Israël, envoyez un homme par camp paternel, tout chef parmi eux ».
C'est-à-dire que l'on envoie des chefs, les gens les plus importants, les plus influents de chaque tribu ; pas les anciens (puisque l'exploration du pays exige certains efforts physiques), mais quelqu'un parmi les dirigeants, c'est-à-dire des gens importants, sérieux.
Si nous nous tournons vers le livre de Dévarim, vers le chapitre 1, il y sera raconté une histoire un peu différente ou, peut-être, une autre partie de l'histoire. En essayant de comparer, de réunir ces deux histoires en une seule, les commentateurs disent ceci : « Le peuple est venu et s'est mis à demander à Moché : “Explorons cette terre, envoyons des explorateurs et vérifions si le SEIGNEUR nous donne vraiment une bonne terre, allons-y et vérifions-la.” En conséquence, Moché s'est trouvé dans une position très inconfortable. S'il n'envoyait pas d'explorateurs et objectait : “Mais vous êtes devenus fous ? Comment le Très-Haut peut-Il nous donner une mauvaise terre, vous ne Lui faites donc pas confiance ?!”, alors le peuple pourrait dire : “Ah, donc elle n'est sans doute pas si bonne que ça, ta terre, puisque tu la caches.” Céder au peuple et envoyer des explorateurs signifierait manifester un manque de respect envers le Très-Haut. Et Moché s'est adressé au Très-Haut avec la question : “Que faire, comment dois-je agir ?” C'est alors que le Très-Haut a dit à Moché : “Envoie, envoie des hommes, et ils exploreront (yatourou) ce pays” ».
Il y a deux verbes que l'on peut employer dans cette situation. Le premier verbe, c'est latour (explorer, reconnaître), de ce mot vient en hébreu moderne le mot touriste, voyageur (tayar). Le second verbe, qui est employé dans le livre de Dévarim (1,24), c'est léraguel (pister, espionner), de même racine que le mot réguel (pied) ; en hébreu d'aujourd'hui, méraguel – c'est espion. Quelle est la différence entre un touriste et un espion ? Un touriste va dans certains endroits qu'il veut visiter. Si c'est un touriste normal, il cherche les curiosités, il cherche tout ce qui est bon et intéressant. Personne ne dira : « Allons à Paris et regardons le tas d'ordures dans le 16e quartier ».
Si c'est un espion, alors il recherche les points faibles, les mauvais endroits, il recherche tout ce qui est mauvais. Si tu veux te marier, cherche une femme comme un touriste, sinon tu n'épouseras pas la bonne personne. Recherche une femme avec qui il t'est facile de communiquer, cherche en elle les bonnes qualités, les qualités de bonté, ne cherche pas le mal. Et dans ce que le Très-Haut dit à Moché, il faut voir deux détails importants.
Premièrement – Il dit : « Chéla'h-lekha (envoie pour toi), cela ne M'est pas nécessaire, envoie pour toi, pour tes propres buts. Pour calmer le peuple – bien, envoie des explorateurs ». Beaucoup disent que c'est le début de la colère du Très-Haut, c'est par là que commence l'expression de Son mécontentement. Certains midrachim disent que Moché n'a pas saisi cette note de mécontentement et a pensé : « Eh bien, enfin, nous sommes déjà adultes et nous pouvons faire quelque chose nous-mêmes ». Il y a aussi une autre compréhension, un tel midrach : Moché avait déjà reçu la sentence selon laquelle il n'entrerait pas dans le pays d'Israël. Il l'avait reçue (selon cette compréhension) quand les filles de Yitro sont venues chez leur père et ont dit : « Un Égyptien nous a sauvées ». Moché s'est tu, et pour cela la sentence a été prononcée contre lui, qu'il ne se trouverait pas dans le pays d'Israël. Et maintenant, quand le Très-Haut dit à Moché : « Envoie pour toi », c'est pour qu'il soit encore quarante ans avec ce peuple, pour la prolongation de sa propre vie.
Il y a aussi un autre midrach étonnant : envoie-les pour qu'ils échouent, parce que l'homme (ou le peuple) ne pourra rien apprendre du tout s'il n'a pas essuyé un fiasco, s'il n'a pas échoué, ne s'est pas trompé en quelque chose. Comme on dit : « L'homme n'apprend pas les paroles de la Torah s'il ne trébuche pas », il y a une telle tradition. Et selon cette vision, lekha doit être compris comme pour la leçon, pour que tu te trompes et que tu comprennes où tu as tort ou que tu es imparfait. En tout cas, chéla'h-lekha (envoie pour toi) doit être compris comme c'est toi qui en as besoin, alors envoie toi-même.
Et deuxièmement – le Très-Haut dit : « Qu'ils explorent cette terre ». C'est-à-dire qu'ils y aillent vraiment pour rechercher le bien sur cette terre, pour repérer tout ce qui est bon, et ensuite revenir et raconter, y aller comme des touristes. Mais, comme il est dit dans le livre de Dévarim, ils y sont allés comme des méraglim, comme des espions.
וַיִּשְׁלַח אֹתָם מֹשֶׁה מִמִּדְבַּר פָּארָן עַל־פִּי יְהוָה כֻּלָּם אֲנָשִׁים רָאשֵׁי בְנֵי־יִשְׂרָאֵל הֵמָּה׃
vayichlá'h otám moché mimmidbár parán al-pí adonáy koullám anachím raché vene-yisraél hémma
3 Et Moché les envoya du désert de Paran, selon la parole du Très-Haut, tous ces hommes – d'entre les chefs du peuple d'Israël, eux.
וְאֵלֶּה שְׁמוֹתָם לְמַטֵּה רְאוּבֵן שַׁמּוּעַ בֶּן־זַכּוּר׃
ve'élle chemotám lematté re'ouvén chammoúa ben-zakkoúr
4 Et voici leurs noms : du camp de Réouven – Chamoua ben Zakour.
Le nom Chamoua – c'est celui que l'on entend ; le nom de son père, Zakour – c'est celui dont on se souvient.
לְמַטֵּה שִׁמְעוֹן שָׁפָט בֶּן־חוֹרִי׃
lematté chim'ón chafát ben-'horí
5 Du camp de Chimon – Chafat ben 'Hori.
Le nom Chafat – c'est il a jugé, il a tranché, il a pris une décision. C'est-à-dire un homme sensé, un homme réfléchi, telle est la signification du nom. 'Hori – celui qui cherche à obtenir.
לְמַטֵּה יְהוּדָה כָּלֵב בֶּן־יְפֻנֶּה׃
lematté yehoudá kalév ben-yefounné
6 Du camp de Yéhouda – Kalev ben Yéfounné.
Le nom Kalev signifie chien. Il ne faut pas s'étonner, il y a beaucoup de noms liés aux noms d'animaux. Pourquoi aurait-on pu appeler un homme chien ? Par exemple, dans la tradition sumérienne, il existe le nom Kalmardouk, c'est-à-dire chien dévoué du dieu Mardouk. Bien entendu, Kalev n'a aucun rapport avec Mardouk, mais le dévouement est une qualité propre au chien, et il se manifeste à l'égard de Dieu.
לְמַטֵּה יִשָּׂשכָר יִגְאָל בֶּן־יוֹסֵף׃
lematté yissakhár yig'ál ben-yosséf
7 Du camp de Yissakhar – Igal ben Yossef.
Le nom Igal signifie sera sauvé ou sauvera. De cette racine vient le mot guéoula (délivrance), goël – libérateur.
לְמַטֵּה אֶפְרָיִם הוֹשֵׁעַ בִּן־נוּן׃
lematté efráyim hochéya bin-noún
8 Du camp d'Éfraïm – Hochéa ben Noun.
לְמַטֵּה בִנְיָמִן פַּלְטִי בֶּן־רָפוּא׃
lematté vinyamín paltí ben-rafoú
9 Du camp de Binyamin – Palti ben Rafou.
La signification du nom Palti – celui qui s'envole, part au loin, pourra aller loin. Le nom Rafou – celui qui est guéri. Peut-être appelait-on ainsi un enfant qui était né faible et avait besoin de guérison.
לְמַטֵּה זְבוּלֻן גַּדִּיאֵל בֶּן־סוֹדִי׃
lematté zevouloún gaddiél ben-sodí
10 Du camp de Zévouloun – Gadiël ben Sodi.
Le nom Gadiël – mon lot – le Très-Haut, c'est-à-dire Dieu, mon destin ; Sodi – secret, celui qui se trouve en proximité immédiate du Très-Haut, de sorte qu'il peut même chuchoter avec Lui.
לְמַטֵּה יוֹסֵף לְמַטֵּה מְנַשֶּׁה גַּדִּי בֶּן־סוּסִי׃
lematté yosséf lematté menaché gaddí ben-soussí
11 Du camp de Yossef, de Ménaché – Gadi ben Soussi.
Le nom Gadi, de même que le nom Gadiël, est lié au mot destin, lot ; Soussi – mon cheval, le nom est lui aussi lié à un animal.
לְמַטֵּה דָן עַמִּיאֵל בֶּן־גְּמַלִּי׃
lematté dan ammiél ben-gemallí
12 Du camp de Dan – Amiël ben Gmali.
Le nom Amiël signifie Dieu avec mon peuple ; Gmali –chameau.
לְמַטֵּה אָשֵׁר סְתוּר בֶּן־מִיכָאֵל׃
lematté achér setoúr ben-mikhaél
13 Du camp d'Acher – Stour ben Mikhaël.
Le nom Stour – caché, qui se cache à l'ombre du Très-Haut, abrité par le Très-Haut. Il y a beaucoup de noms de personnes et de noms de lieux liés à la dissimulation. Les gens voulaient la sécurité, et c'est pourquoi il y a des lieux qui s'appellent Aniyim (les pauvres), Stourim (les cachés) ou Zanoa'h (les abandonnés). De tels noms sont très nombreux, puisqu'il vaut mieux et il est plus sûr de vivre dans une province reculée au bord de la mer, c'est une psychologie bien connue des gens.
לְמַטֵּה נַפְתָּלִי נַחְבִּי בֶּן־וָפְסִי׃
lematté naftalí na'hbí ben-vofsí
14 Du camp de Naftali – Na'hbi ben Vofsi.
Le nom Na'hbi est lui aussi lié au verbe être caché, abrité (léhé'havé). Sur le nom Vofsi, on n'a pas réussi à trouver de commentaires sérieux qui en expliqueraient la signification.
לְמַטֵּה גָד גְּאוּאֵל בֶּן־מָכִי׃
lematté gad geouél ben-makhí
15 Du camp de Gad – Guéouël ben Makhi.
Guéouël – c'est celui que le Très-Haut élève, ou celui qui élève sa vie vers le Très-Haut ; Makhi – un frappeur, qui, comme dans le proverbe : d'un seul coup, il en abat sept.
Ainsi, les noms (comme d'habitude, nous en avons examiné les significations) des explorateurs envoyés ont été cités.
אֵלֶּה שְׁמוֹת הָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־שָׁלַח מֹשֶׁה לָתוּר אֶת־הָאָרֶץ וַיִּקְרָא מֹשֶׁה לְהוֹשֵׁעַ בִּן־נוּן יְהוֹשֻׁעַ׃
élle chemót ha'anachím acher-chalá'h moché latoúr et-ha'árets vayikrá moché lehochéya bin-noún yehochoúa
16 Ce sont les noms des hommes que Moché envoya pour explorer la terre, et Moché appela Hochéa ben Noun – Yéhochoua.
C'est-à-dire que Moché lui attribua un nouveau nom, l'appela du nom de Yéhochoua. Qu'est-ce que cela nous dit, pourquoi cela nous est-il dit ici ? Voici l'un des commentaires les plus probables : « Hochéa ben Noun servait Moché depuis longtemps, il était son ami fidèle, son compagnon constant, avec qui ils passaient beaucoup de temps ensemble, et Moché l'appelait Yéhochoua ». Les puissants, les gouvernants, les dirigeants changeaient souvent les noms de ceux qui se trouvaient auprès d'eux, une sorte d'adoption. C'est pourquoi Moché changea le nom Hochéa en Yéhochoua. Il y a aussi beaucoup de commentaires dans le genre du midrach, dans cet esprit : « Que le Très-Haut te garde d'être dans le conseil de ces hommes avec qui je t'envoie ». Peut-être en est-il ainsi. Mais, à mon avis, au moment où Moché envoie des hommes explorer la terre, rien encore ne présage le malheur à venir.
וַיִּשְׁלַח אֹתָם מֹשֶׁה לָתוּר אֶת־אֶרֶץ כְּנָעַן וַיֹּאמֶר אֲלֵהֶם עֲלוּ זֶה בַּנֶּגֶב וַעֲלִיתֶם אֶת־הָהָר׃
vayichlá'h otám moché latoúr et-érets kená'an vayomer alehém aloú ze bannégev va'alitém et-hahár
17 Et Moché les envoya explorer le pays de Canaan, et il leur dit : « Montez depuis le sud et gravissez la montagne,
וּרְאִיתֶם אֶת־הָאָרֶץ מַה־הִוא וְאֶת־הָעָם הַיֹּשֵׁב עָלֶיהָ הֶחָזָק הוּא הֲרָפֶה הַמְעַט הוּא אִם־רָב׃
our'itém et-ha'árets ma-hí ve'et-ha'ám hayochév aléha he'hazák hou harafé ham'át hou im-ráv
18 Et examinez la terre : quel est ce peuple qui y habite, est-il fort ou faible, est-il peu nombreux ou nombreux ;
וּמָה הָאָרֶץ אֲשֶׁר־הוּא יֹשֵׁב בָּהּ הֲטוֹבָה הִוא אִם־רָעָה וּמָה הֶעָרִים אֲשֶׁר־הוּא יוֹשֵׁב בָּהֵנָּה הַבְּמַחֲנִים אִם בְּמִבְצָרִים׃
oumá ha'árets acher-hoú yochev ba hatová hi im-ra'á oumá he'arím acher-hoú yochév bahénna habbema'haním im bemivtsarím
19 Et quelle est cette terre sur laquelle il habite, est-elle bonne ou mauvaise ; et quelles sont ces villes dans lesquelles il habite, sont-elles ouvertes ou sont-elles entourées d'une muraille ;
וּמָה הָאָרֶץ הַשְּׁמֵנָה הִוא אִם־רָזָה הֲיֵשׁ־בָּהּ עֵץ אִם־אַיִן וְהִתְחַזַּקְתֶּם וּלְקַחְתֶּם מִפְּרִי הָאָרֶץ וְהַיָּמִים יְמֵי בִּכּוּרֵי עֲנָבִים׃
oumá ha'árets hachemená hi im-razá hayech-bá ets im-áyin vehit'hazzaktém oulka'htém mipperí ha'árets vehayamím yemé bikkouré anavím
20 Et quelle est cette terre, est-elle grasse ou maigre (c'est-à-dire est-elle fertile ou chétive, infertile), y a-t-il sur elle un arbre ou non, et si vous vous affermissez, alors vous prendrez des fruits de la terre ». Or c'étaient les jours des prémices du raisin.
Dans le calendrier cananéen traditionnel qui nous est parvenu, le jour des prémices du raisin était célébré quelque part fin juillet – début août, le trois du mois d'av, c'est à peu près à ce moment-là que les événements se produisent. Si Moché envoie les explorateurs comme sous la pression, sous l'influence du peuple, pourquoi demande-t-il une liste si détaillée ? Voici pourquoi : si les gens reviennent et disent : « Il n'y a pas de grandes villes là-bas », c'est pour que personne ne se mette à dire : « Mais là-bas rien ne pousse non plus ». Ou si les gens viennent et disent : « Là-bas poussent des fruits magnifiques », c'est pour que personne ne se mette à dire : « Sans doute la garde est-elle bonne là-bas ». Moché demande un rapport complet, parce qu'il est absolument sûr du Très-Haut, sûr que le Très-Haut donnera une bonne terre, que sur tous les points ce sera à cent pour cent « excellent ». Et c'est pourquoi Moché donne la mission de tout examiner très en détail, il n'a pas honte de poser beaucoup de questions, afin d'obtenir un rapport tout aussi détaillé et bon. Il existe dans le journalisme une situation (dans les pays fermés, dans certains régimes pas très ouverts) où certaines questions ne peuvent pas être posées. Moché dit ouvertement : « Donnez un rapport complet, allez comme des touristes, trouvez là-bas tout ce qui est bon et beau, montrez que c'est un pays bon et beau, que nous donne le Bon, le Grand, le Tout-Puissant Très-Haut ».
וַיַּעֲלוּ וַיָּתֻרוּ אֶת־הָאָרֶץ מִמִּדְבַּר־צִן עַד־רְחֹב לְבֹא חֲמָת׃
vaya'aloú vayatoúrou et-ha'árets mimmidbar-tsín ad-re'hóv levó 'hamát
21 Et ils montèrent, et ils explorèrent (parcoururent) la terre depuis le désert de Tsin jusqu'à Ré'hov, et ils arrivèrent jusqu'à 'Hamat (presque jusqu'à l'extrême nord).
וַיַּעֲלוּ בַנֶּגֶב וַיָּבֹא עַד־חֶבְרוֹן וְשָׁם אֲחִימַן שֵׁשַׁי וְתַלְמַי יְלִידֵי הָעֲנָק וְחֶבְרוֹן שֶׁבַע שָׁנִים נִבְנְתָה לִפְנֵי צֹעַן מִצְרָיִם׃
vaya'aloú vannégev vayavó ad-'hevrón vechám a'himán checháy vetalmáy yelidé ha'anák ve'hevrón chéva chaním nivnetá lifné tsó'an mitsráyim
22 Et ils montèrent depuis le sud, et ils arrivèrent jusqu'à 'Hévron, et là vivent A'himan, Chéchaï et Talmaï, fils d'Anak (le géant) ; or 'Hévron a été bâti sept ans plus tôt que Tso'an en Égypte.
'Hévron a à ce moment-là environ cinq cents ans, donc il a été bâti quelque part au XVIIe siècle av. n. è. Et là vivent des gens de très haute taille. Et, sans doute, ils sont connus de tous, et 'Hévron est fier d'eux, c'est pourquoi les explorateurs aussi ont appris l'existence de ces gens. Bien entendu, quand de tels personnages apparaissent sur la scène de la Torah, différentes histoires commencent : qu'ils seraient des descendants de géants ayant survécu par hasard, qu'ils seraient des gens d'une origine particulière et ainsi de suite, bien qu'ici il n'en soit pas dit un mot. Ce sont des gens de très grande taille, apparemment des gens de grand gabarit, peut-être atteints d'acromégalie (un déséquilibre de l'hormone de croissance). Et, très probablement, ce sont des gens ordinaires. Leurs descendants seront achevés quelque temps plus tard par Yéhochoua ben Noun, dont il est question au verset 16. Dans son livre (11,21–22), nous lisons : « Et Yéhochoua vint en ce temps-là, et il extermina les anaks de la montagne, de 'Hévron, de Dvir, d'Anav et de toutes les montagnes de Yéhouda, et de toutes les montagnes d'Israël : avec leurs villes, Yéhochoua les écrasa. Il ne resta pas d'anaks (géants) dans la terre des fils d'Israël, c'est seulement à Aza, à Gat et à Achdod qu'ils restèrent ». C'est-à-dire des géants tout à fait vincibles.
וַיָּבֹאוּ עַד־נַחַל אֶשְׁכֹּל וַיִּכְרְתוּ מִשָּׁם זְמוֹרָה וְאֶשְׁכּוֹל עֲנָבִים אֶחָד וַיִּשָּׂאֻהוּ בַמּוֹט בִּשְׁנָיִם וּמִן־הָרִמֹּנִים וּמִן־הַתְּאֵנִים׃
vayavóou ad-ná'hal echkól vayikhretoú michám zemorá ve'echkól anavím e'hád vayissa'oúhou vammót bichnáyim oumin-harimmoním oumin-hatte'ením
23 Et ils arrivèrent jusqu'au torrent Echkol, et là ils coupèrent une grappe de raisin, et ils la portèrent à deux sur une perche ; et ils prirent aussi des grenades et des figues.
Certains commentateurs calculent d'une certaine manière que cette grappe était portée par huit personnes. Cela signifie qu'ils marchaient dans ce pays assez ouvertement. Si tu te fraies un chemin de nuit, en cachette, à travers un territoire hostile, tu ne prendras pas avec toi une grappe de raisin. Et voilà que douze Juifs se faufilaient sans être vus à travers un territoire hostile avec une énorme grappe de raisin sur une perche, et jamais ils n'avaient été aussi près de l'échec. Néanmoins, ils comptaient arriver tranquillement et en toute sécurité jusqu'à leur camp avec cette grappe.
לַמָּקוֹם הַהוּא קָרָא נַחַל אֶשְׁכּוֹל עַל אֹדוֹת הָאֶשְׁכּוֹל אֲשֶׁר־כָּרְתוּ מִשָּׁם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
lammakóm hahoú kará ná'hal echkól al odót ha'echkól acher-karetoú michám bené yisraél
24 Et ce lieu fut appelé source Echkol à cause de la grappe que les fils d'Israël coupèrent là.
וַיָּשֻׁבוּ מִתּוּר הָאָרֶץ מִקֵּץ אַרְבָּעִים יוֹם׃
vayachoúvou mittoúr ha'árets mikkéts arba'ím yom
25 Et ils revinrent après l'exploration du pays au bout de quarante jours.
וַיֵּלְכוּ וַיָּבֹאוּ אֶל־מֹשֶׁה וְאֶל־אַהֲרֹן וְאֶל־כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל אֶל־מִדְבַּר פָּארָן קָדֵשָׁה וַיָּשִׁיבוּ אוֹתָם דָּבָר וְאֶת־כָּל־הָעֵדָה וַיַּרְאוּם אֶת־פְּרִי הָאָרֶץ׃
vayelekhoú vayavóou el-moché ve'el-aharón ve'el-kol-adát bene-yisraél el-midbár parán kadécha vayachívou otám davár ve'et-kol-ha'edá vayar'oúm et-perí ha'árets
26 Et ils allèrent, et ils vinrent à Moché, et à Aharon, et à toute la communauté des fils d'Israël, au désert de Paran, à Kadech, et ils leur répondirent, en parlant à toute la communauté, et ils leur montrèrent les fruits de la terre.
Bien entendu, c'est un événement étonnant pour un peuple qui se trouve dans le désert. Soudain apparaît à l'horizon une étrange procession avec une grappe de raisin, ils arrivent à douze, on les attend : « Voyons, qu'est-ce donc qu'ils portent là ? » Et tous, petits et grands, se sont rassemblés pour écouter, en retenant leur souffle, un récit étonnant, comme on écoute les récits de voyages lointains. Tout est prêt pour que soit prononcé un discours solennel, une ode au pays d'Israël. Et, comme le font souvent les marchands en exposant des curiosités, le récit ici commence lui aussi par le fait qu'on montre au peuple des supports visuels sur le thème « Connais et aime ta terre natale ». Les explorateurs sont revenus après une traversée sans danger, et ils en viennent à leur récit. Il semblerait que tout commence bien, mais une erreur professionnelle très importante est commise : l'explorateur ne doit pas faire d'analyse, l'explorateur recueille des faits.
C'est exactement la même chose au tribunal. Si vous vous retrouvez au tribunal, et qu'un témoin est interrogé, dès qu'il dira : « Je pense que… » ou : « Je suppose que… », le juge l'arrêtera : « Excusez-moi, ici c'est moi qui pense et qui suppose, et vous, vous rapportez des faits ». Les explorateurs ont été envoyés chercher des faits, et tant que tout va bien, ils montrent les fruits de la terre. Mais lisons leur rapport.
וַיְסַפְּרוּ־לוֹ וַיֹּאמְרוּ בָּאנוּ אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר שְׁלַחְתָּנוּ וְגַם זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ הִוא וְזֶה־פִּרְיָהּ׃
vaysapperou-ló vayomeroú bánou el-ha'árets achér chela'htánou vegám zavát 'haláv oudvách hi veze-pir'yá
27 Et ils lui racontèrent, et ils dirent : « Nous sommes allés dans le pays où tu nous as envoyés, et vraiment, il coule de lait et de miel, et voici ses fruits.
אֶפֶס כִּי־עַז הָעָם הַיֹּשֵׁב בָּאָרֶץ וְהֶעָרִים בְּצֻרוֹת גְּדֹלֹת מְאֹד וְגַם־יְלִדֵי הָעֲנָק רָאִינוּ שָׁם׃
éfes ki-áz ha'ám hayochév ba'árets vehe'arím betsourót gedolót me'ód vegam-yelidé ha'anák ra'ínou cham
28 Cependant, le peuple qui habite dans ce pays est fort, et les villes sont fortifiées et très grandes ; et les fils d'Anak (le géant), nous les avons vus là.
עֲמָלֵק יוֹשֵׁב בְּאֶרֶץ הַנֶּגֶב וְהַחִתִּי וְהַיְבוּסִי וְהָאֱמֹרִי יוֹשֵׁב בָּהָר וְהַכְּנַעֲנִי יֹשֵׁב עַל־הַיָּם וְעַל יַד הַיַּרְדֵּן׃
amalék yochév be'érets hannégev veha'hittí vehayvoussí veha'emorí yochév bahár vehakkena'aní yochév al-hayám ve'ál yad hayardén
29 Amalek habite au sud, et les Hittites, les Yévousséens et les Émoréens habitent sur la montagne, et les Cananéens habitent au bord de la mer et près du Jourdain.
Les explorateurs se sont mis à raconter des histoires effrayantes. Pourquoi se sont-ils mis à raconter des histoires effrayantes ? Peut-être que leur approche elle-même n'était pas celle qu'il fallait.
En effet, l'homme qui part pour une entreprise, qui commence une affaire, doit calculer ses forces et fournir des efforts en conséquence. La réussite de l'homme dépend vraiment de l'œuvre de ses mains, comme le dit la Torah : « À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain ». Pour manger du pain, l'homme doit labourer, semer, moissonner, faire tout le travail agricole nécessaire. Mais si l'homme pense que, voilà, il va semer, moissonner et que tout réussira, alors l'homme se trompe. Il doit semer, et en même temps il serait bon qu'il comprenne que c'est la volonté de Dieu : semer pour obtenir du pain. C'est-à-dire que nous semons pour accomplir la volonté du Très-Haut, Qui veut de cette manière nous donner du pain.
Nous pouvons aller chez le médecin, à qui il a été donné le droit de guérir. Mais si nous pensons que c'est le médecin qui nous a guéris, nous nous tromperons. C'est Dieu qui veut que nous allions aussi chez le médecin, pour nous donner la guérison par le médecin. D'un côté, nous – oui, nous fournissons certains efforts pour obtenir quelque chose. De l'autre côté, si nous voulons obtenir quelque chose uniquement par nos propres efforts, alors nous nous trompons et nous devenons des idolâtres qui croient en leur travail, et nous voyons apparaître des dieux de la moisson, et des dieux des semailles, et bien d'autres choses encore.
Et ici, les explorateurs se sont mis à penser : en viendront-ils à bout par leurs propres forces ? Réussiront-ils à en venir à bout par leurs propres forces ? Ils ont pris peur et ne pouvaient déjà plus se retenir de faire une sorte d'analyse.
Lisons la suite.
וַיַּהַס כָּלֵב אֶת־הָעָם אֶל־מֹשֶׁה וַיֹּאמֶר עָלֹה נַעֲלֶה וְיָרַשְׁנוּ אֹתָהּ כִּי־יָכוֹל נוּכַל לָהּ׃
vayáhas kalév et-ha'ám el-moché vayomer alóDans la translittération russe, ce mot est écrit sans sa première syllabe (seulement « ló »). Le français suit l'hébreu, qui porte aló (« monter »). na'alé veyaráchnou otá ki-yakhól noukhál la
30 Et Kalev essaya d'apaiser le peuple, en parlant à Moché : « Montons donc, allons, élevons-nous et méritons-la, recevons-la en héritage, car nous pourrons en venir à bout ! »
Kalev dit : « Allons et faisons. » Il y a un commentateur de la Torah très intéressant, original, Rabbi Éfraïm-Chlomo bar Aharon Lountchits (ou Kli yakar), qui a vécu au XVIe siècle de notre ère. Comme je l'ai déjà dit, on donne souvent à un homme un nom d'après le titre du livre qu'il a écrit. L'un de ses livres, des commentaires sur la Torah, s'appelle Kli yakar (Vase précieux), c'est pourquoi on l'appelle souvent ainsi – Kli yakar. Et il a écrit ceci : « Si Moché avait envoyé des femmes, et non des hommes, en reconnaissance, les femmes n'auraient rien dit de mal sur le pays ». Bien sûr, il est difficile de s'imaginer une sorte d'enterrement de vie de jeune fille ambulant, où douze jeunes filles ou femmes marcheraient à travers le pays d'Israël et exploreraient quelque chose. Des femmes, bien sûr, personne ne les envoyait en reconnaissance. Il s'agit ici de l'absence, chez les hommes, de l'esprit de sacrifice féminin, de la capacité féminine au sacrifice de soi ; chez les femmes, c'est très développé. Kli yakar écrit que la femme vient même quand on ne l'appelle pas, fait ce qui ne lui rapportera rien. L'homme, lui, calcule constamment dans sa tête : est-ce avantageux pour moi ou pas avantageux. Et si l'homme devait accoucher à la place de la femme, l'humanité ne se multiplierait pas : pourquoi donc un homme se mettrait-il à marcher neuf mois avec un ventre, à se tourmenter, à souffrir et ensuite encore à éprouver la douleur de l'accouchement. Seule la femme en est capable.
Et le midrach dit : « Dans cette génération, la génération du désert, tout ce que les hommes cassaient, là où les hommes faisaient une brèche, là les femmes raccommodaient ». Il en fut ainsi aussi dans l'histoire du veau d'or, quand les femmes n'ont pas donné leurs bijoux, et dans tous les autres cas. Les femmes tenaient bon dans la foi, nettement orientées vers un but concret, tandis que les hommes ballottaient de-ci de-là.
Quand le Très-Haut a dit : « Apportez-Moi des offrandes, dis aux hommes (anachim) d'apporter des offrandes », alors, quand les hommes sont venus, les femmes faisaient déjà la queue, comme il est dit : « Vayavo'ou ha'anachim al-hanachim... » Les femmes – en première ligne, les femmes – prêtes au sacrifice. Et c'est justement cet esprit masculin de froid sens pratique, de calcul, qui a poussé les explorateurs à dire : « Tout est si effrayant, nous sommes de tels héros d'être allés là-bas ». On a envie de faire remarquer : « Ohé, les gars, vous avez rapporté une grappe entière, vous êtes passés d'une manière ou d'une autre devant les postes de contrôle du renseignement ennemi et tout le reste. Depuis 'Hévron même, à travers la moitié du pays, vous avez traîné cette grappe de raisin. Peut-être que tout n'est pas si effrayant, pas si dangereux ? Le pays est bon pourtant, Dieu soit avec vous ».
Et voilà, Kli yakar dit que les femmes, en voyant simplement le but, auraient dit : « Ça y est, il faut y aller et faire. Oh là là, quel pays merveilleux ! Quel raisin merveilleux ! Et quelle mer il y a là-bas ! Et quel soleil ! Et quelle boue curative il y a là-bas, à la mer Morte ! » La femme aime et fait, elle ne s'occupe pas de calculs. Il a manqué aux explorateurs des qualités féminines, parce que les hommes sont tous tellement fanfarons. Voilà de quoi parlait Kli yakar. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles une telle tragédie est arrivée au peuple d'Israël.
וְהָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־עָלוּ עִמּוֹ אָמְרוּ לֹא נוּכַל לַעֲלוֹת אֶל־הָעָם כִּי־חָזָק הוּא מִמֶּנּוּ׃
veha'anachím achér aloú immó ameroú lo noukhál la'alót el-ha'ám ki-'hazák hou mimménnou
31 Et les hommes qui étaient avec lui (avec Yéhochoua ben Noun) dirent : « Nous ne viendrons pas à bout de ce peuple, car il est plus fort que nous ».
Ils ont dit ce qu'un explorateur ne doit pas dire. L'explorateur devait venir et dire : « Moché, là-bas, ils ont cinquante chars, quatre cents archers, quatre mitrailleuses, vingt fusils M16 ». C'est tout. Énumérer l'armement, parler des systèmes de fortification. Et aucune analyse : nous pourrons, nous ne pourrons pas – tout cela, c'était à Moché de le décider.
וַיּוֹצִיאוּ דִּבַּת הָאָרֶץ אֲשֶׁר תָּרוּ אֹתָהּ אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר הָאָרֶץ אֲשֶׁר עָבַרְנוּ בָהּ לָתוּר אֹתָהּ אֶרֶץ אֹכֶלֶת יוֹשְׁבֶיהָ הִוא וְכָל־הָעָם אֲשֶׁר־רָאִינוּ בְתוֹכָהּ אַנְשֵׁי מִדּוֹת׃
vayotsíou dibbát ha'árets achér taroú otá el-bené yisraél lemór ha'árets achér avárnou va latoúr otá érets okhélet yochevéha hiLa translittération russe écrit ici « bi » au lieu de « hi » (« elle »). Le français suit l'hébreu. vekhol-ha'ám acher-ra'ínou vetokhá anché middót
32 Et ils firent sortir toute la médisance sur le pays qu'ils avaient exploré, aux fils d'Israël, en disant : « Le pays que nous avons parcouru pour l'explorer, c'est un pays qui dévore ses habitants, et tout le peuple que nous y avons vu, ce sont des gens d'une taille énorme.
L'expression léhotsi (faire sortir) diba (calomnie, diffamation) signifie inventer, exagérer la médisance sur le pays. Les explorateurs se sont mis à dire du mal du pays et à le raconter aux fils d'Israël. Il y a des commentateurs qui rapportent cela au domaine spirituel, et voici ce qu'ils disent : « Ce peuple s'est déjà habitué à vivre dans un tel pays spirituel, dans un tel état spirituel, où il y a le man, il y a le soleil, l'air et l'eau, où rien ne manque, et où il n'est pas nécessaire de s'occuper d'un travail quotidien, y compris le travail de la terre, paysan, le travail le plus simple. Et naturellement, un tel travail, si l'on s'en occupe, nous dévorera toute notre spiritualité. Nous ne pourrons pas rester spirituels s'il faut faire la guerre, et ensuite encore labourer. Restons plutôt assis ici, avec le man, c'est plus commode ». Et en effet, on peut le comprendre ainsi. Il est si facile de filer, de déménager dans le monde spirituel et de se déclarer spirituel, de cesser de se soucier du matériel. Et encore mieux – de le mettre sur le dos de quelques-uns de ses proches ou de la société et de jouir exclusivement d'expériences spirituelles, de ne pas vivre dans le pays d'Israël, qui exige, entre autres, du travail dans le monde matériel. Et chaque homme, à son niveau, construira sa compréhension de cela.
D'autres gens, et cela arrive très souvent encore aujourd'hui à ceux qui vivent en Israël, ne supportent pas la vie en Israël. Ils disent : « Nous ne pouvons pas le supporter, ce pays nous dévore pour ainsi dire ». Et les sages disaient : « Le pays d'Israël s'acquiert par les souffrances ». Dans le pays d'Israël, avec son agriculture, l'homme doit vraiment trouver ce difficile équilibre entre le spirituel et le physique. C'est un simple pays agraire dans lequel il n'est pas facile de vivre, bien qu'il y ait aussi les technologies de l'information, et encore beaucoup d'autres choses. Les explorateurs ne mentent pas tant que ça ; la reconnaissance, au fond, a fait un rapport exact. Seulement, la reconnaissance a décidé, en plus de faire son rapport, d'effrayer aussi le peuple. N'effrayez pas, n'effrayez pas le peuple, Dieu est avec nous, et c'est pourquoi personne ne doit dire qu'il y a quelque chose que nous ne pourrons pas. Au moment où vous avez dit qu'ils sont plus forts que nous, vous avez en fait dit : « Leurs dieux sont plus forts que notre Dieu », c'est ce que disent les commentateurs. C'est la plus invraisemblable hérésie qui puisse exister. Mais il est arrivé ce qui est arrivé.
Et tout le peuple que nous y avons vu, ce sont des gens d'une taille énorme. C'est ainsi qu'on s'en est souvenu ? Combien y avait-il de géants à 'Hévron ? Combien de gens y ont-ils vu ? Mais on a retenu que tous les gens là-bas sont grands, l'acromégalie, tout simplement, chez tous. Cette peur surgit quand il y a le sentiment que tu devras tout faire toi-même, que ce sont précisément tes actions, par elles-mêmes, qui doivent conduire à la victoire. Et alors tu penses : je pourrai – je ne pourrai pas, regarde comme ils sont grands, ces gens, comme ils sont énormes, quelles grandes villes il y a là-bas. Et comment allons-nous en venir à bout ? Si tu comprends que ton affaire – c'est de croire et de partir en guerre, alors il n'y a pas non plus une telle peur, et le format des gens change brusquement, de même que le format des problèmes.
וְשָׁם רָאִינוּ אֶת־הַנְּפִילִים בְּנֵי עֲנָק מִן־הַנְּפִלִים וַנְּהִי בְעֵינֵינוּ כַּחֲגָבִים וְכֵן הָיִינוּ בְּעֵינֵיהֶם׃
vechám ra'ínou et-hannefilím bené anák min-hannefilím vannehí ve'enénou ka'hagavím vekhén hayínou be'enehém
33 Et là, nous avons vu les géants, les fils d'Anak, qui sont issus des géants, et nous nous semblions des sauterelles en comparaison d'eux, et c'est ainsi que nous apparaissions à leurs yeux ».
Les fils d'Anak, qui sont issus des géants – qu'est-ce que c'est que cette révélation ? Peut-on dire que la voilà, la preuve que les géants ont survécu, qu'ils ont survécu au déluge ? Très probablement, c'est une métaphore dont les explorateurs se servent pour raconter ce qu'ils ont vu, pour qu'il y ait une certaine comparaison : « Nous avons vu quelqu'un qui ressemble à ces géants mythiques, fabuleux, dont nous avions entendu parler ». Pourquoi est-ce que je dis mythiques et fabuleux ? Il est fort probable que circulaient chez tous les peuples certaines histoires à moitié mythiques sur les géants, car la Torah écrite n'existe pas encore : lire – ils n'avaient pas lu, mais entendre – ils avaient entendu.
Peut-être que l'histoire des géants confirmera le récit selon lequel nous n'y sommes pas allés juste comme ça, nous y sommes allés comme des héros. Nous avons été dans cette terre, nous avons vu ses habitants, et nous y avons risqué notre vie. N'allez pas là-bas, que nous restions les seuls héros à y être allés. Nous n'en viendrons pas à bout, nous n'y arriverons pas, nous n'avons pas assez de baïonnettes. Voilà comment, avec une telle approche, de « vrais » hommes et guerriers peuvent raconter leur héroïsme. Si l'on revient au commentaire du Kli yakar, la femme se serait simplement fixé un but, aurait décidé : sitôt dit, sitôt fait, qu'il en soit ainsi. C'est pourquoi, quand nous parlerons du châtiment, de ceux qui mourront dans le désert, cela ne concernera pas les femmes : elles ne mourront pas dans le désert. Le châtiment sera seulement pour les hommes, parce que toute cette intimidation, toute cette scène s'est jouée justement à cette réunion de garçons.
Telle est l'histoire de la reconnaissance et de son rapport. L'histoire de la manière dont on a envoyé des gens comme touristes, envoyés pour raconter le bien. Et eux sont revenus comme d'une reconnaissance de combat, pour partager leurs exploits et raconter combien c'est effrayant dans le pays d'Israël. C'est le début d'une triste histoire, à suivre.
L'auto-insuffisance
Bémidbar 14,1–45
Avec l'aide de Dieu, nous continuons, vous et moi, à étudier la section hebdomadaire Chéla'h. Rappelons un peu ce qui a précédé et essayons de reconstituer la mise en scène de ce qui se passe. Ainsi donc, les explorateurs sont revenus après un voyage de quarante jours à travers la Terre sainte. Le peuple s'est rassemblé pour les écouter, apparemment tard le soir, c'est ce qu'on voit d'après le texte. Par conséquent, on allume des feux, tous sont assis autour des feux, dans les reflets des feux on voit les visages… Et les explorateurs racontent au sujet du pays : « Le pays, somme toute, est bon, vraiment, ruisselant de lait et de miel. Et voi-i-ilà quelles grappes de raisin on y trouve. Mais il dévore ceux qui y habitent, et nous ne viendrons jamais à bout des habitants de ce pays, inutile même d'y fourrer le nez ». La nuit, le feu – c'est le meilleur moment pour raconter des histoires qui font peur. Et, en effet, on commence à avoir peur. Mettons-nous à la place de gens ordinaires, auprès desquels ce n'est pas simplement un petit groupe de frères qui est venu, mais ce sont les chefs des tribus qui sont venus et ont dit : « Nous n'en viendrons pas à bout ». Et qu'est-ce que cela signifie ? Rester dans le désert, c'est impossible, s'aventurer dans le pays – cela signifie périr au combat. Les femmes et les enfants seront faits prisonniers, et comment les habitants du Proche-Orient traitent les prisonniers, tout le monde le sait bien. Retourner en Égypte ? Eh bien, c'est aussi une perspective douteuse. Et la Torah nous dévoile un peu ce qui arrive ensuite à ces gens effrayés, de quoi ils parlent.
Ne vous hâtez pas de les condamner, mettez-vous d'abord à leur place. Si vous dites : « Mais ils avaient pourtant vu de nombreux miracles, des miracles se produisaient constamment dans leur vie ». Bien sûr. Mais on ne peut pas compter sur un miracle. Nous ne pouvons pas dire : « Notre Dieu est le Dieu des miracles, c'est pourquoi je prendrai tout mon salaire et je le donnerai à un mendiant, et Dieu, par quelque miracle, me nourrira, me fera tenir ». On ne peut pas agir ainsi, c'est-à-dire qu'on ne peut pas compter sur un miracle. On peut et on doit compter sur la participation du Très-Haut dans ta vie, compter sur le soutien du Très-Haut plus que sur tes propres forces, mais pas sur un miracle. Et puis, oubliez les miracles qui se sont produits autrefois. Représentez-vous simplement une foule de gens désemparée, effrayée, qu'ont intimidée ses propres leaders et meneurs.
Ainsi donc, nous lisons à partir du verset 1 du chapitre 14.
וַתִּשָּׂא כָּל־הָעֵדָה וַיִּתְּנוּ אֶת־קוֹלָם וַיִּבְכּוּ הָעָם בַּלַּיְלָה הַהוּא׃
vattissá kol-ha'edá vayittenoú et-kolám vayivkoú ha'ám balláyla hahoú
1 Et toute la communauté éleva la voix (le mot voix n'est pas écrit, mais il est sous-entendu ici), et leur voix retentit, et tout le peuple pleura cette nuit-là.
וַיִּלֹּנוּ עַל־מֹשֶׁה וְעַל־אַהֲרֹן כֹּל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיֹּאמְרוּ אֲלֵהֶם כָּל־הָעֵדָה לוּ־מַתְנוּ בְּאֶרֶץ מִצְרַיִם אוֹ בַּמִּדְבָּר הַזֶּה לוּ־מָתְנוּ׃
vayillónou al-moché ve'al-aharón kol bené yisraél vayomeroú alehém kol-ha'edá lou-mátnou be'érets mitsráyim o bammidbár hazzé lou-mátnou
2 Et ils se plaignirent de Moché et d'Aharon, tous les fils d'Israël, et toute la communauté leur disait : « Si seulement nous étions morts en Égypte, ou si seulement nous étions morts dans ce désert…
Expression très étrange : personne ne les empêche, maintenant encore, de mourir dans le désert. On peut simplement rester dans le désert – et alors vous mourrez dans le désert. Et pourquoi énumérer différentes possibilités de mort ? Et quelle différence – mourir en Égypte, dans le désert ou au combat, l'épée à la main, pour la terre cananéenne, dont peut-être nous viendrons à bout et que nous pourrons conquérir ? Il y a ici beaucoup de choses incompréhensibles.
Les commentateurs disent qu'un homme effrayé, s'il est un homme croyant, peut en plus se mettre à penser à ce qui lui vaut ce châtiment. Et il peut raisonner ainsi : « Peut-être aurait-il été bon que nous mourions en Égypte – là-bas, pendant les ténèbres d'Égypte, quand sont morts aussi ces Juifs qui servaient les idoles et ont reçu le châtiment pour l'idolâtrie (il y a des midrachim, une tradition, qui dit que seule la cinquième partie des Juifs est sortie). Peut-être aurait-il mieux valu pour nous mourir dans le désert, comme sont morts ceux qui ont péché avec le veau d'or, quand Moché et les lévites en ont mis à mort beaucoup. Ou comme ceux qui sont morts tout récemment encore, à cause des cailles. Ou peut-être comme sont mortes ces femmes, après avoir bu les eaux amères (meï sotá), par lesquelles on éprouve celles qui sont soupçonnées d'adultère. Les occasions de recevoir un châtiment ont-elles manqué ? En quoi sommes-nous donc si coupables pour que le Très-Haut nous mène sous l'épée ? C'est pourtant le pire des châtiments. Peut-être que le Très-Haut a décidé de punir tout le peuple pour l'idolâtrie : Je les amènerai dans le pays, comme promis, J'accomplirai ma promesse, mais là-bas on les tuera tous par l'épée ? » Beaucoup de pensées peuvent passer en un éclair dans la tête d'un homme qui a peur.
Et que décident-ils ? Il y a plusieurs variantes de prise de décision. La première : nous avons la perspective d'aller de l'avant, au dernier et décisif combat, dans lequel nous ne vaincrons certainement pas. Une partie d'entre nous sera tuée, une partie d'entre nous sera faite prisonnière. Et nos femmes et nos enfants seront à coup sûr faits prisonniers. Deuxième variante : rester dans le désert et attendre on ne sait quoi. Mais il faut bien aller quelque part. Troisième variante, la plus optimale, à ce qu'il peut sembler : retourner en Égypte et dire : « Excusez-nous, pardonnez-nous, nous avons compris, nous avons pris conscience », et retourner aux briques. Six cent mille hommes, et en tout sans doute deux millions de personnes, les Égyptiens ne vont certainement pas les fusiller, ils traitent bien les femmes esclaves, ils respectent la vie de famille. Et puis les esclaves qui sont venus d'eux-mêmes et se sont vendus eux-mêmes se distinguent, bien sûr, des prisonniers. Il faut penser aux femmes et aux enfants. Que faire donc maintenant ? Il y a encore une variante : comment était-ce dit là-bas, combien d'années d'esclavage ? Quatre cent trente, quatre cents… – on ne sait pas à partir d'où compter ni comment compter. Nous sommes des esclaves, nous ne sommes pas forts en arithmétique. Peut-être que le Très-Haut a décidé de nous transférer de l'esclavage égyptien dans l'esclavage cananéen ? Et là-bas, en Canaan, on maltraitera de nouveau nos femmes et nos enfants. C'est pourquoi, dans ce cas de figure aussi, il vaut mieux retourner en Égypte (il y a aussi de telles variantes, qui lisent ainsi les pensées du peuple). Mais en plus de toutes ces variantes et explications intéressantes, logiques et belles, il y a encore une explication logique, dont on parle moins : ces gens, dans un état de peur, dans un état d'effroi, ont oublié le Très-Haut. Un homme qui a vu une multitude de miracles peut lui aussi oublier Dieu – comme un homme qui est resté vingt ans debout devant une bougie, mais dès qu'il s'est détourné, s'est retrouvé dans les ténèbres. La variante la plus simple et aussi, bien sûr, tout à fait réelle – se souvenir du Très-Haut, réelle aussi en ce qui nous concerne. Nous souvenons-nous toujours, au moment des difficultés (surtout quand nous décidons si nous pourrons faire quelque chose ou non), qu'il y a aussi Dieu dans ce monde ? Mais, d'une manière ou d'une autre, quelle que soit l'explication, le peuple s'est trouvé devant le fait de l'impossibilité d'accomplir la mission. Mission impossible. Alors il faut demander : « Mais pourquoi ? Qu'est-ce que c'était que tout ça ? » Et le peuple demande :
וְלָמָה יְהוָה מֵבִיא אֹתָנוּ אֶל־הָאָרֶץ הַזֹּאת לִנְפֹּל בַּחֶרֶב נָשֵׁינוּ וְטַפֵּנוּ יִהְיוּ לָבַז הֲלוֹא טוֹב לָנוּ שׁוּב מִצְרָיְמָה׃
velamá adonáy meví otánou el-ha'árets hazzót linpól ba'hérev nachénou vetappénou yihyoú laváz haló tov lánou chouv mitsráyema
3 Pourquoi est-ce que le SEIGNEUR nous mène dans ce pays, pour tomber par l'épée, et nos femmes et nos enfants seront livrés au pillage ? N'est-ce pas une bonne variante pour nous, retourner en Égypte ? »
וַיֹּאמְרוּ אִישׁ אֶל־אָחִיו נִתְּנָה רֹאשׁ וְנָשׁוּבָה מִצְרָיְמָה׃
vayomeroú ich el-a'hív nittená roch venachoúva mitsráyema
4 Et ils se disaient chacun à son frère : « Choisissons un nouveau chef (leader, meneur) et retournons en Égypte ! »
C'est ainsi qu'on peut comprendre les mots nittená roch. Une autre façon de comprendre – reprenons nos esprits, raisonnons sensément, littéralement – prenons la tête, prenons-nous par la tête. C'est-à-dire, reprenons-nous en main, raisonnons sainement, secouons de nous l'ivresse de l'idée du pays d'Israël et retournons en Égypte. Mais la traduction la plus probable, la plus répandue, c'est qu'ils voulaient choisir un nouveau chef. Et, en conséquence, la réaction de Moché et d'Aharon :
וַיִּפֹּל מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן עַל־פְּנֵיהֶם לִפְנֵי כָּל־קְהַל עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
vayippól moché ve'aharón al-penehém lifné kol-kehál adát bené yisraél
5 Et Moché et Aharon tombèrent face contre terre devant toute la communauté des fils d'Israël.
Pourquoi ne disent-ils rien maintenant ? Parce qu'on s'apprête déjà à les écarter, à choisir quelqu'un à leur place, et c'est pourquoi ce n'est pas le moment pour eux de parler.
וַיֹּאמְרוּ אֶל־כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר הָאָרֶץ אֲשֶׁר עָבַרְנוּ בָהּ לָתוּר אֹתָהּ טוֹבָה הָאָרֶץ מְאֹד מְאֹד׃
vihochoúa bin-noún vekhalév ben-yefounné min-hattarím et-ha'árets kare'oú bigdehém
6 Yéhochoua ben Noun et Kalev ben Yéfounné, parmi ceux qui avaient exploré le pays, déchirèrent leurs vêtements.
Ils déchirèrent leurs vêtements à cause de ce mensonge, de cette impureté, de cette calomnie qu'ils avaient entendus au sujet du pays, et parce qu'ils sentent l'approche d'un grand malheur.
וַיֹּאמְרוּ אֶל־כָּל־עֲדַת בְּנֵי־יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר הָאָרֶץ אֲשֶׁר עָבַרְנוּ בָהּ לָתוּר אֹתָהּ טוֹבָה הָאָרֶץ מְאֹד מְאֹד׃
vayomeroú el-kol-adát bene-yisraél lemór ha'árets achér avárnou va latoúr otá tová ha'árets me'ód me'ód
7 Et ils disaient à toute la communauté des fils d'Israël, en disant : « Le pays que nous avons parcouru pour l'explorer, il est bon, ce pays, très, très (c'est un très bon pays) !
אִם־חָפֵץ בָּנוּ יְהוָה וְהֵבִיא אֹתָנוּ אֶל־הָאָרֶץ הַזֹּאת וּנְתָנָהּ לָנוּ אֶרֶץ אֲשֶׁר־הִוא זָבַת חָלָב וּדְבָשׁ׃
im-'haféts bánou adonáy veheví otánou el-ha'árets hazzót ountaná lánou érets acher-hí zavát 'haláv oudvách
8 Si le SEIGNEUR nous a choisis (nous est favorable), alors Il nous amènera dans ce pays, et nous donnera ce pays, qui ruisselle de lait et de miel.
אַךְ בַּיהוָה אַל־תִּמְרֹדוּ וְאַתֶּם אַל־תִּירְאוּ אֶת־עַם הָאָרֶץ כִּי לַחְמֵנוּ הֵם סָר צִלָּם מֵעֲלֵיהֶם וַיהוָה אִתָּנוּ אַל־תִּירָאֻם׃
akh badonáy al-timródou ve'attém al-tire'oú et-ám ha'árets ki la'hménou hem sar tsillám me'alehém vadonáy ittánou al-tira'oúm
9 Seulement, ne vous révoltez pas contre le SEIGNEUR et ne craignez pas le peuple de ce pays, car ils sont notre pain, leur protection s'est retirée d'eux. Et le SEIGNEUR est avec nous ! Ne les craignez pas ! »
Seulement, ne commencez pas à tenir le SEIGNEUR pour rusé, ne vous révoltez pas contre Lui, n'essayez pas de faire quelque chose pour vous opposer à Sa volonté. Quelle que soit la manière, comme fausse ou comme juste, dont vous interprétez Sa volonté, n'essayez pas de faire quelque chose pour l'éviter, n'inventez pas quelque chose pour contourner Son plan – cela ne vous réussira pas. Mais si nous agissons selon Son plan et si le SEIGNEUR est favorable à nos actions, comme conformes à Son plan, alors nous réussirons. Et notre marche en avant sera couronnée de succès. Si vous allez contre Sa volonté, alors votre retour si commode en Égypte peut finir par un échec, parce que ce sera contre la volonté du Très-Haut.
Et ne craignez pas le peuple de ce pays, car ils sont notre pain. C'est une expression étrange, pas très compréhensible. Quand un homme vit dans le désert, il s'occupe très souvent de chasser des animaux : des cailles, des tétras, peut-être quelques faons qui se promènent dans le désert – c'est son pain, naturellement. Les animaux qu'il mange, il ne les craint pas. Et ici Yéhochoua dit : « C'est ce qui nous est comme donné en nourriture, donné à notre disposition. Nous profiterons de ce qu'ils ont produit là-bas : de leurs vignes, de leurs jardins, et de leurs villes fortifiées aussi ». Les commentateurs expliquent que Yéhochoua, en un certain sens, prophétise ici : « Les anges sous la protection desquels se trouvent ces peuples (il y a bien des anges des peuples, nous les voyons ici et là dans le Tanakh) sont déjà privés de forces, il n'y a plus aucune protection au-dessus de ces peuples. Et avec nous – le SEIGNEUR, c'est pourquoi il ne faut pas les craindre ». Mais la communauté a déjà perdu la raison.
וַיֹּאמְרוּ כָּל־הָעֵדָה לִרְגּוֹם אֹתָם בָּאֲבָנִים וּכְבוֹד יְהוָה נִרְאָה בְּאֹהֶל מוֹעֵד אֶל־כָּל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל׃
vayomeroú kol-ha'edá lirgóm otám ba'avaním oukhvód adonáy nir'á be'óhel mo'éd el-kol-bené yisraél
10 Et toute la communauté dit – de les lapider. Et alors la gloire du SEIGNEUR apparut au-dessus de la Tente d'assignation, au-dessus de tous les fils d'Israël.
Lapidons simplement ces trois, ces quatre, combien ils sont là – Moché, Aharon, Kalev et Yéhochoua –, et allons en Égypte. Nous ne sommes pas des kamikazes. Nous n'avons envie ni d'exposer nos femmes au danger, ni d'exposer nos enfants au danger, c'est pourquoi lapidons-les simplement. Éteignons le dernier foyer de résistance et allons en Égypte. Ainsi, Moché, Aharon, Kalev et Yéhochoua se retrouvent au bord de la mort. Encore un instant, encore une seconde – et les pierres voleront sur eux, toute l'histoire juive changera et prendra fin la marche sans gloire d'Israël à travers le désert, un congé académique d'un an loin de l'esclavage égyptien. Et le peuple retournera sain et sauf en Égypte. Tout est fini pour ces quatre Juifs. Mais préparez-vous : comme toujours, il y a un rebondissement tout à fait inattendu dans l'intrigue à la dernière seconde. On peut se le représenter comme une sorte d'image où tous se sont figés, un tel arrêt sur image immobile (comme dans le jeu d'enfants : figure marine – fige-toi). Tous se sont figés, et au-dessus de tous resplendit la gloire du SEIGNEUR. De nouveau, sur la scène apparaît le Metteur en scène Principal. Tout le peuple est présent, et tous entendent comment une voix d'en haut parle avec Moché.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה עַד־אָנָה יְנַאֲצֻנִי הָעָם הַזֶּה וְעַד־אָנָה לֹא־יַאֲמִינוּ בִי בְּכֹל הָאֹתוֹת אֲשֶׁר עָשִׂיתִי בְּקִרְבּוֹ׃
vayomer adonáy el-moché ad-ána yena'atsoúni ha'ám hazzé ve'ad-ána lo-ya'amínou vi bekhól ha'otót achér assíti bekirbó
11 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « Jusqu'à quand ce peuple Me mettra-t-il en colère, jusqu'à quand ne croiront-ils pas en Moi, et cela avec tous les signes que J'ai faits au milieu d'eux ?
אַכֶּנּוּ בַדֶּבֶר וְאוֹרִשֶׁנּוּ וְאֶעֱשֶׂה אֹתְךָ לְגוֹי־גָּדוֹל וְעָצוּם מִמֶּנּוּ׃
akkénou vaddéver veorichénou ve'e'essé otekhá legoy-gadól ve'atsoúm mimménou
12 Je le frapperai de la peste et l'anéantirai, et de toi ferai naître un peuple encore plus fort ! »
Une proposition sensée, et on peut dire ici que le Très-Haut est apparu et a sauvé Moché à la dernière seconde. Sans cette manifestation de la gloire, le peuple aurait maintenant pris des pierres, et Moché aurait péri de façon pas si glorieuse que ça, par la pierre de quelque parent à lui, quelque part là-bas, dans le désert. Et le peuple d'Israël, en foule, aurait fait demi-tour et se serait traîné en direction de l'Égypte. Le Très-Haut sauve la vie de Moché et dit : « Laisse-Moi enfin en finir avec ce peuple », avec le peuple qui venait juste de vouloir tuer Moché. Une très bonne occasion de dire : « Eh bien, vas-y ! », car il n'y a aucune garantie que la prochaine fois le Très-Haut apparaîtra à la dernière seconde. Voilà pour vous une proposition qu'il est très difficile de refuser. Mais Moché est justement appelé prophète parce qu'il ne montre pas seulement le Très-Haut au peuple, mais se tient aussi pour le peuple devant le Très-Haut. Et à cette vocation qui est la sienne, Moché ne renonce pas, même dans un tel moment.
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה אֶל־יְהוָה וְשָׁמְעוּ מִצְרַיִם כִּי־הֶעֱלִיתָ בְכֹחֲךָ אֶת־הָעָם הַזֶּה מִקִּרְבּוֹ׃
vayomer moché el-adonáy vechame'oú mitsráyim ki-he'elíta vekho'hakhá et-ha'ám hazzé mikkirbó
13 Et Moché dit au SEIGNEUR : « Mais l'Égypte entendra que Tu as fait sortir par Ta force ce peuple du milieu d'elle,
וְאָמְרוּ אֶל־יוֹשֵׁב הָאָרֶץ הַזֹּאת שָׁמְעוּ כִּי־אַתָּה יְהוָה בְּקֶרֶב הָעָם הַזֶּה אֲשֶׁר־עַיִן בְּעַיִן נִרְאָה אַתָּה יְהוָה וַעֲנָנְךָ עֹמֵד עֲלֵהֶם וּבְעַמֻּד עָנָן אַתָּה הֹלֵךְ לִפְנֵיהֶם יוֹמָם וּבְעַמּוּד אֵשׁ לָיְלָה׃
ve'ameroú el-yochév ha'árets hazzót chame'oú ki-attá adonáy bekérev ha'ám hazzé acher-áyin be'áyin nir'á attá adonáy va'ananekhá oméd alehém ouv'ammoúd anán attá holékh lifnehém yomám ouv'ammoúd ech láyla
14 Et ils diront aux habitants de cette terre, qui ont entendu que Tu es, SEIGNEUR, au milieu de ce peuple, quand Tu les regardais les yeux dans les yeux, et Ta nuée était au-dessus d'eux, et dans la colonne de nuée Tu marches devant eux le jour et dans la colonne de feu – la nuit,
וְהֵמַתָּה אֶת־הָעָם הַזֶּה כְּאִישׁ אֶחָד וְאָמְרוּ הַגּוֹיִם אֲשֶׁר־שָׁמְעוּ אֶת־שִׁמְעֲךָ לֵאמֹר׃
vehemattá et-ha'ám hazzé ke'ích e'hád ve'ameroú haggoyím acher-chame'oú et-chim'akhá lemór
15 Et Tu tueras ce peuple, tous jusqu'au dernier. Et les païens qui ont entendu parler de toutes Tes actions diront, ils diront en disant :
מִבִּלְתִּי יְכֹלֶת יְהוָה לְהָבִיא אֶת־הָעָם הַזֶּה אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־נִשְׁבַּע לָהֶם וַיִּשְׁחָטֵם בַּמִּדְבָּר׃
mibbiltí yekhólet adonáy lehaví et-ha'ám hazzé el-ha'árets acher-nichbá lahém vayich'hatém bammidbár
16 « Parce que Dieu n'a pas pu amener ce peuple dans ce pays au sujet duquel Il leur avait juré, (Il) les a tous abattus dans le désert.
Moché dit : « Passe encore pour moi, ce n'est pas de ma gloire que je me soucie, ce n'est pas de ma sécurité que je me soucie, ni des femmes, ni des enfants qui sont avec ce peuple, je ne demande pas de miséricorde pour ce peuple. Ta gloire – qu'en adviendra-t-il, si le monde entier, tous les peuples alentour, qui ont entendu parler de tous Tes miracles, disent : “Mais Lui n'y est pas arrivé, tu parles d'un Dieu !” » Et Moché poursuit :
וְעַתָּה יִגְדַּל־נָא כֹּחַ אֲדֹנָי כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ לֵאמֹר׃
ve'attá yigdal-ná kóa'h adonáy ka'achér dibbárta lemór
17 Toi donc, maintenant, magnifie Ta force, comme Tu l'as dit, en disant :
יְהוָה אֶרֶךְ אַפַּיִם וְרַב־חֶסֶד נֹשֵׂא עָוֹן וָפָשַׁע וְנַקֵּה לֹא יְנַקֶּה פֹּקֵד עֲוֹן אָבוֹת עַל־בָּנִים עַל־שִׁלֵּשִׁים וְעַל־רִבֵּעִים׃
adonáy érekh appáyim verav-'héssed nossé avón vafácha venakké lo yenakké pokéd avón avót al-baním al-chillechím ve'al-ribbe'ím
18 Le SEIGNEUR est longanime et riche en miséricorde, pardonnant (supportant) l'iniquité et le crime, purifiant ceux qui se repentent, mais ne purifiant pas ceux qui ne se sont pas repentis, comptant le péché des pères aux fils à la troisième et à la quatrième génération.
Le Très-Haut retient certaines fautes et observe si elles ne se manifesteront pas encore dans les générations suivantes. Il y a différentes interprétations de cette parole. On peut se représenter comment un certain homme, un marchand, est venu dans un certain royaume et y a emprunté de l'argent, mais n'a pas pu le rendre. Quelque temps après, son fils est venu et a dit : « Moi aussi, je veux emprunter de l'argent », et au fils aussi on a prêté. La troisième fois, peut-être, on a aussi prêté. Mais une question s'est posée : ne serait-ce pas une dynastie d'escrocs ? Et on peut appliquer une question semblable ici. Le Très-Haut dit : « Le péché s'est-il enraciné dans le peuple, le péché est-il devenu une nature, une partie du code génétique de la famille ? » Et alors c'est déjà toute la lignée qui est punie. Il y a beaucoup d'interprétations différentes à ce sujet, et chacun, sans doute, rapporte ces interprétations à sa propre expérience de la vie.
סְלַח־נָא לַעֲוֹן הָעָם הַזֶּה כְּגֹדֶל חַסְדֶּךָ וְכַאֲשֶׁר נָשָׂאתָה לָעָם הַזֶּה מִמִּצְרַיִם וְעַד־הֵנָּה׃
sela'h-ná la'avón ha'ám hazzé kegódel 'hasdékha vekha'achér nassáta la'ám hazzé mimmitsráyim ve'ad-hénna
19 Pardonne le péché de ce peuple selon la grandeur de Ta miséricorde, et comme Tu as pardonné à ce peuple depuis l'Égypte et jusqu'à présent ! »
Moché dit : « Pardonne à cause de Ta gloire, pardonne, pour qu'on ne dise pas que Tu n'es pas tout-puissant, pardonne, pour que Ta gloire n'ait pas à en souffrir ». Ce n'est pas la miséricorde envers les enfants et les femmes, ce n'est pas la miséricorde envers le peuple qu'il implore, ni qu'on le sauve, ni qu'on veille à sa sécurité (et il y a de quoi s'en soucier). Moché dit : « Pardonne à ce peuple à cause de Ta gloire, comme Tu lui as déjà pardonné. Car Tu es glorifié par Ta miséricorde, non par Ta colère, non par Ton jugement, mais par Ta miséricorde ». Tout récemment encore, nous avons lu (11,14–15) comment Moché dit : « Tue-moi, je ne suis pas prêt à porter davantage ce peuple. Si Tu veux le laisser sur moi, tue-moi plutôt, pour que je ne voie pas toutes ces horreurs ». Et au moment où on peut vraiment le tuer d'un instant à l'autre, où il y a une menace réelle pour sa vie, et où le peuple n'a d'ailleurs pas beaucoup changé – il murmure de nouveau, se plaint de nouveau, et de nouveau c'est Moché le coupable –, à ce moment-là Moché pense de nouveau non à lui-même, non au peuple, non au fait que de lui pourrait être produit un autre peuple, qui serait plus obéissant et qui, sous la direction de Moché, glorifierait le Très-Haut. Non. Moché pense à la manière dont la gloire du Très-Haut se révélera chez les autres peuples, c'est à Sa gloire que Moché pense. Et il s'adresse à Sa miséricorde en faveur de ce peuple, qui est éternellement mécontent de tout et qui, ne l'oublions pas, veut justement en ce moment même le tuer.
וַיֹּאמֶר יְהוָה סָלַחְתִּי כִּדְבָרֶךָ׃
vayomer adonáy salá'hti kidvarékha
20 Et le SEIGNEUR dit : « J'ai pardonné selon ta parole.
C'est-à-dire : « Tu M'as demandé de pardonner à cause de Ma gloire, et J'ai pardonné à cause de Ma gloire. Mais puisque nous parlons de la gloire, alors, si tu veux bien, écoute la suite, ce que Je ferai ».
וְאוּלָם חַי־אָנִי וְיִמָּלֵא כְבוֹד־יְהוָה אֶת־כָּל־הָאָרֶץ׃
veoulám 'hay-áni veyimmalé khevod-adonáy et-kol-ha'árets
21 Mais Je suis vivant (Je le jure), et comme la gloire du SEIGNEUR remplit toute la terre,
כִּי כָל־הָאֲנָשִׁים הָרֹאִים אֶת־כְּבֹדִי וְאֶת־אֹתֹתַי אֲשֶׁר־עָשִׂיתִי בְמִצְרַיִם וּבַמִּדְבָּר וַיְנַסּוּ אֹתִי זֶה עֶשֶׂר פְּעָמִים וְלֹא שָׁמְעוּ בְּקוֹלִי׃
ki khol-ha'anachím haro'ím et-kevodí ve'et-ototáy acher-assíti vemitsráyim ouvammidbár vaynassoú otí ze ésser pe'amím veló chame'oú bekolí
22 Ainsi, tous les gens qui ont vu Ma gloire et les signes que J'ai faits en Égypte et dans le désert, et M'ont mis à l'épreuve déjà dix fois, et n'ont pas entendu Ma voix,
Les commentateurs, d'ailleurs, comptent dix épreuves et disent que dix fois n'est pas une métaphore, c'est un compte rendu réel.
אִם־יִרְאוּ אֶת־הָאָרֶץ אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתִּי לַאֲבֹתָם וְכָל־מְנַאֲצַי לֹא יִרְאוּהָ׃
im-yir'oú et-ha'árets achér nichbá'ti la'avotám vekhol-mena'atsáy lo yir'oúha
23 Verront-ils la terre que J'ai donnée avec serment à leurs pères ? Tous ceux qui Me mettent en colère ne la verront pas !
וְעַבְדִּי כָלֵב עֵקֶב הָיְתָה רוּחַ אַחֶרֶת עִמּוֹ וַיְמַלֵּא אַחֲרָי וַהֲבִיאֹתִיו אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר־בָּא שָׁמָּה וְזַרְעוֹ יוֹרִשֶׁנָּה׃
ve'avdí khalév ékev hayetá roúa'h a'héret immó vaymallé a'haráy vahavi'otív el-ha'árets acher-bá chámma vezar'ó yorichénna
24 Mais Mon serviteur Kalev, parce qu'un autre esprit était avec lui, et qu'il s'est rempli de service, Je l'amènerai dans ce pays dans lequel il est allé, et sa semence en héritera.
Kalev n'a pas cédé à l'opinion publique, il n'a cédé ni à la peur générale, ni à l'influence des explorateurs, qui pouvaient dire : faisons un rapport commun, ni à l'influence de la foule. Il y a en lui un esprit tout à fait autre, c'est un homme d'une nature tout à fait autre.
וְהָעֲמָלֵקִי וְהַכְּנַעֲנִי יוֹשֵׁב בָּעֵמֶק מָחָר פְּנוּ וּסְעוּ לָכֶם הַמִּדְבָּר דֶּרֶךְ יַם־סוּף׃
veha'amalekí vehakkena'aní yochév ba'émek ma'hár penoú ous'oú lakhém hammidbár dérekh yam-soúf
25 Les Amalécites et les Cananéens habitent dans la vallée, c'est pourquoi demain, faites demi-tour et allez dans le désert, par le rivage de la mer ».
Le Très-Haut dit : « L'expédition vers la Terre sainte est remise. Et rester ici en camp, ce n'est pas possible non plus, parce que tout près il y a les Amalécites et les Cananéens, et ils peuvent simplement vous attaquer, et ils sont littéralement juste derrière cette petite colline-là. C'est pourquoi demain, pliez bagage et allez dans le désert purger votre châtiment ». En raison de la situation qui a changé, le Très-Haut donne une nouvelle instruction à Moché et à Aharon :
וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה וְאֶל־אַהֲרֹן לֵאמֹר׃
vaydabbér adonáy el-moché ve'el-aharón lemór
26 Et le SEIGNEUR parla à Moché et à Aharon, en disant :
עַד־מָתַי לָעֵדָה הָרָעָה הַזֹּאת אֲשֶׁר הֵמָּה מַלִּינִים עָלָי אֶת־תְּלֻנּוֹת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר הֵמָּה מַלִּינִים עָלַי שָׁמָעְתִּי׃
ad-matáy la'edá hara'á hazzót achér hémma malliním aláy et-tellounót bené yisraél achér hémma malliním aláy chamá'ti
27 « Jusqu'à quand supporter cette méchante communauté, qui se plaint de Moi ? Et J'ai entendu les fils d'Israël, comment ils se plaignent de Moi.
Ils s'étaient pourtant plaints et avaient parlé de Moché et d'Aharon, les plaintes n'étaient pas présentées sous forme de plaintes contre le Très-Haut, nous l'avons lu tout au début du chapitre, au verset 2 : « Et ils se plaignaient de Moché et d'Aharon ». Mais le Très-Haut dit : « Je suis Celui qui voit les cœurs, et Je comprends que c'est de Moi qu'ils se plaignaient, J'ai entendu ce qui était en réalité », c'est-à-dire qu'ils se plaignaient du Très-Haut.
אֱמֹר אֲלֵהֶם חַי־אָנִי נְאֻם־יְהוָה אִם־לֹא כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתֶּם בְּאָזְנָי כֵּן אֶעֱשֶׂה לָכֶם׃
emór alehém 'hay-áni ne'oum-adonáy im-ló ka'achér dibbartém be'oznáy ken e'essé lakhém
28 Toi, dis-leur (transmets) : Je suis vivant, dit le SEIGNEUR, si Je ne fais pas ainsi, comme vous avez parlé à Mes oreilles (comme vous disiez que J'agirais avec vous, comme vous vous plaigniez de Moi, murmuriez contre Moi), c'est ainsi que J'agirai avec vous.
בַּמִּדְבָּר הַזֶּה יִפְּלוּ פִגְרֵיכֶם וְכָל־פְּקֻדֵיכֶם לְכָל־מִסְפַּרְכֶם מִבֶּן עֶשְׂרִים שָׁנָה וָמָעְלָה אֲשֶׁר הֲלִינֹתֶם עָלָי׃
bammidbár hazzé yippeloú figrekhém vekhol-pekoudekhém lekhol-misparkhém mibbén esrím chaná vamá'la achér halinotém aláy
29 Vos cadavres tomberont dans ce désert, et tous ceux qui ont été dénombrés de votre nombre, tous ceux qui sont avec vous, depuis vingt ans et au-dessus, comme vous avez murmuré, vous vous êtes plaints de Moi.
אִם־אַתֶּם תָּבֹאוּ אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר נָשָׂאתִי אֶת־יָדִי לְשַׁכֵּן אֶתְכֶם בָּהּ כִּי אִם־כָּלֵב בֶּן־יְפֻנֶּה וִיהוֹשֻׁעַ בִּן־נוּן׃
im-attém tavó'ou el-ha'árets achér nassáti et-yadí lechakkén etkhém ba ki im-kalév ben-yefounné vihochoúa bin-noún
30 Et vous ne viendrez pas dans le pays que Je vous ai promis, au sujet duquel J'ai levé la main pour dire que vous y habiteriez, excepté Kalev ben Yéfounné et Yéhochoua ben Noun.
וְטַפְּכֶם אֲשֶׁר אֲמַרְתֶּם לָבַז יִהְיֶה וְהֵבֵיאתִי אֹתָם וְיָדְעוּ אֶת־הָאָרֶץ אֲשֶׁר מְאַסְתֶּם בָּהּ׃
vetappekhém achér amartém laváz yihyé vehevetí otám veyade'oú et-ha'árets achér me'astém ba
31 Mais vos enfants, dont vous avez dit qu'ils seraient un butin, Je les amènerai, et ils connaîtront la terre que vous avez dédaignée.
וּפִגְרֵיכֶם אַתֶּם יִפְּלוּ בַּמִּדְבָּר הַזֶּה׃
oufigrekhém attém yippeloú bammidbár hazzé
32 Mais vos cadavres tomberont dans ce désert.
וּבְנֵיכֶם יִהְיוּ רֹעִים בַּמִּדְבָּר אַרְבָּעִים שָׁנָה וְנָשְׂאוּ אֶת־זְנוּתֵיכֶם עַד־תֹּם פִּגְרֵיכֶם בַּמִּדְבָּר׃
ouvnekhém yihyoú ro'ím bammidbár arba'ím chaná venasse'oú et-zenoutekhém ad-tóm pigrekhém bammidbár
33 Et vos fils seront bergers dans le désert quarante ans, et ils porteront les conséquences de votre débauche, jusqu'à ce que vos cadavres pourrissent dans le désert.
בְּמִסְפַּר הַיָּמִים אֲשֶׁר־תַּרְתֶּם אֶת־הָאָרֶץ אַרְבָּעִים יוֹם יוֹם לַשָּׁנָה יוֹם לַשָּׁנָה תִּשְׂאוּ אֶת־עֲוֹנֹתֵיכֶם אַרְבָּעִים שָׁנָה וִידַעְתֶּם אֶת־תְּנוּאָתִי׃
bemispár hayamím acher-tartém et-ha'árets arba'ím yom yom lachaná yom lachaná tis'oú et-avonotekhém arba'ím chaná vida'tém et-tenou'atí
34 Selon le nombre des jours pendant lesquels vous avez enquêté sur ce pays, quarante jours, un jour pour une année, un jour pour une année, vous porterez votre péché quarante ans. Et vous saurez ce que c'est que l'apostasie envers Moi.
Puisque les envoyés étaient les représentants de tout le peuple, étaient les yeux et les pieds du peuple d'Israël, le châtiment aussi sera pour tous les quarante jours que les envoyés ont passés dans le pays d'Israël, une année pour un jour, c'est-à-dire quarante ans. Et le châtiment ne sera pas à cause du mauvais rapport, mais pour la mauvaise approche. Le châtiment est mis en correspondance non pas avec le rapport, mais avec l'exploration elle-même ; le châtiment sera pour les méthodes mêmes d'investigation, pour la mauvaise construction des relations avec la Terre sainte.
אֲנִי יְהוָה דִּבַּרְתִּי אִם־לֹא זֹאת אֶעֱשֶׂה לְכָל־הָעֵדָה הָרָעָה הַזֹּאת הַנּוֹעָדִים עָלָי בַּמִּדְבָּר הַזֶּה יִתַּמּוּ וְשָׁם יָמֻתוּ׃
aní adonáy dibbárti im-ló zot e'essé lekhol-ha'edá hara'á hazzót hanno'adím aláy bammidbár hazzé yittámmou vechám yamoútou
35 Moi, le SEIGNEUR, J'ai juré, et Je ferai ainsi à toute cette méchante communauté ; ceux qui se sont concertés contre Moi dans ce désert, c'est là même qu'ils s'épuiseront et là qu'ils mourront ».
וְהָאֲנָשִׁים אֲשֶׁר־שָׁלַח מֹשֶׁה לָתוּר אֶת־הָאָרֶץ וַיָּשֻׁבוּ וַיִּלּוֹנוּ וַיַּלִּינוּ עָלָיו אֶת־כָּל־הָעֵדָה לְהוֹצִיא דִבָּה עַל־הָאָרֶץ׃
veha'anachím acher-chalá'h moché latoúr et-ha'árets vayachoúvou vayallínou aláv et-kol-ha'edá lehotsí dibbá al-ha'árets
36 Et les hommes que Moché avait envoyés explorer la terre et qui revinrent et se plaignirent d'elle, pour calomnier le pays devant toute la communauté,
וַיָּמֻתוּ הָאֲנָשִׁים מוֹצִאֵי דִבַּת־הָאָרֶץ רָעָה בַּמַּגֵּפָה לִפְנֵי יְהוָה׃
vayamoútou ha'anachím motsi'é dibbat-ha'árets ra'á bammaggefá lifné adonáy
37 Et moururent les hommes qui avaient méchamment calomnié cette terre, par le souffle du SEIGNEUR.
Les commentateurs décrivent cette mort de différentes manières : les uns disent que tout leur corps s'est rempli de vers, d'autres disent qu'en un instant l'esprit de la gloire du Très-Haut a soufflé et a tué les dix explorateurs – tous, excepté Kalev et Yéhochoua.
וִיהוֹשֻׁעַ בִּן־נוּן וְכָלֵב בֶּן־יְפֻנֶּה חָיוּ מִן־הָאֲנָשִׁים הָהֵם הַהֹלְכִים לָתוּר אֶת־הָאָרֶץ׃
vihochoúa bin-noún vekhalév ben-yefounné 'hayoú min-ha'anachím hahém haholekhím latoúr et-ha'árets
38 Yéhochoua ben Noun et Kalev ben Yéfounné restèrent en vie, d'entre ces hommes qui étaient allés explorer la terre.
וַיְדַבֵּר מֹשֶׁה אֶת־הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֶל־כָּל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וַיִּתְאַבְּלוּ הָעָם מְאֹד׃
vaydabbér moché et-haddevarím ha'élle el-kol-bené yisraél vayit'abbeloú ha'ám me'ód
39 Et Moché dit ces paroles à tous les fils d'Israël, et le peuple fut très affligé.
Le peuple était affligé, le peuple, bien sûr, réfléchissait à ce qu'il fallait faire, et de nouveau il décida de tout faire à sa manière et par lui-même. C'est-à-dire que si auparavant il y avait la peur que nous ne nous en sortirions pas nous-mêmes, et qu'il n'y avait pas la foi que le Très-Haut aiderait, alors la peur a disparu, mais le désir de s'en sortir soi-même, sans le Très-Haut, n'est allé nulle part. Et c'est pourquoi le peuple, de lui-même, sans l'approbation du Très-Haut, partit en guerre. Ce que le Très-Haut voulait leur enseigner, ils ne l'avaient toujours pas assimilé.
וַיַּשְׁכִּמוּ בַבֹּקֶר וַיַּעֲלוּ אֶל־רֹאשׁ־הָהָר לֵאמֹר הִנֶּנּוּ וְעָלִינוּ אֶל־הַמָּקוֹם אֲשֶׁר־אָמַר יְהוָה כִּי חָטָאנוּ׃
vayachkímou vabbóker vaya'aloú el-roch-hahár lemór hinnénnouLa translittération russe commence ce mot par un « v ». L'hébreu porte hinnénnou (« nous voici »), que suit la translittération française. ve'alínou el-hammakóm acher-amár adonáy ki 'hatánou
40 Et ils se levèrent tôt le matin, et montèrent au sommet de la montagne, en disant : « Voici, nous allons maintenant monter et aller vers le lieu dont a parlé le SEIGNEUR, pour réparer notre péché, parce que nous avons péché ».
וַיֹּאמֶר מֹשֶׁה לָמָּה זֶּה אַתֶּם עֹבְרִים אֶת־פִּי יְהוָה וְהִוא לֹא תִצְלָח׃
vayomer moché lámma ze attém overím et-pí adonáy vehí lo titslá'h
41 Et Moché leur dit : « Pourquoi donc transgressez-vous ce qui a été dit par la bouche du SEIGNEUR ? Et toute cette expédition qui est la vôtre ne réussira pas.
N'essayez même pas de faire cela sans le Très-Haut : par vos propres forces, par vous-mêmes, vous ne vaincrez personne, comme le disaient tout à fait justement les explorateurs.
אַל־תַּעֲלוּ כִּי אֵין יְהוָה בְּקִרְבְּכֶם וְלֹא תִּנָּגְפוּ לִפְנֵי אֹיְבֵיכֶם׃
al-ta'aloú ki en adonáy bekirbekhém veló tinnagefoú lifné oyevekhém
42 Ne montez pas, parce que le SEIGNEUR n'est pas parmi vous, et alors vous ne périrez pas devant vos ennemis.
כִּי הָעֲמָלֵקִי וְהַכְּנַעֲנִי שָׁם לִפְנֵיכֶם וּנְפַלְתֶּם בֶּחָרֶב כִּי־עַל־כֵּן שַׁבְתֶּם מֵאַחֲרֵי יְהוָה וְלֹא־יִהְיֶה יְהוָה עִמָּכֶם׃
ki ha'amalekí vehakkena'aní cham lifnekhém ounfaltém be'hárev ki-al-kén chavtém me'a'haré adonáy velo-yihyé adonáy immakhém
43 Parce que là, devant vous, il y a les Amalécites et les Cananéens, et vous tomberez par l'épée, parce que vous vous êtes de nouveau détournés du SEIGNEUR, et le SEIGNEUR ne sera pas avec vous ».
וַיַּעְפִּלוּ לַעֲלוֹת אֶל־רֹאשׁ הָהָר וַאֲרוֹן בְּרִית־יְהוָה וּמֹשֶׁה לֹא־מָשׁוּ מִקֶּרֶב הַמַּחֲנֶה׃
vaya'pílou la'alót el-róch hahár va'arón berit-adonáy oumoché lo-máchou mikkérev hamma'hané
44 Et ils osèrent monter au sommet de la montagne, mais l'arche d'alliance et Moché ne s'éloignèrent pas du camp.
C'est-à-dire que c'était une sortie de leur propre chef, peut-être dans l'espoir que le Très-Haut verrait leur courage, leur détermination, et changerait Son verdict. Moché dit : « Non, si le verdict du Très-Haut a retenti, si le serment a retenti, cela signifie qu'il en sera ainsi. Ne cherchez pas les ennuis. Vous ne pourrez vraiment pas venir à bout de votre ennemi sans le Très-Haut ».
וַיֵּרֶד הָעֲמָלֵקִי וְהַכְּנַעֲנִי הַיֹּשֵׁב בָּהָר הַהוּא וַיַּכּוּם וַיַּכְּתוּם עַד־הַחָרְמָה׃
vayéred ha'amalekí vehakkena'aní hayochév bahár hahoú vayakkoúm vayakketoúm ad-ha'hormá
45 Et les Amalécites et les Cananéens, qui habitaient sur cette montagne, descendirent, et les frappèrent, et les écrasèrent jusqu'à l'écrasement complet (ou jusqu'à 'Horma).
Le mot ad-ha'hormá peut être compris comme jusqu'à l'écrasement complet, jusqu'à l'anéantissement complet, jusqu'à ce qu'il ne reste rien d'eux. Certains interprètent le mot ha'hormá comme le nom d'une localité. C'est-à-dire qu'on les a poursuivis jusqu'au lieu qui s'appelle 'Horma et qui se trouve près de Kadech, près de l'endroit où était leur camp. Une triste histoire s'est produite. Une histoire dont le peuple devait tirer une leçon : l'action avec Dieu apporte la bénédiction, mais l'inaction aussi peut être avec Dieu. C'est-à-dire que si Dieu a dit d'attendre, alors Dieu sera avec toi pendant que tu attends. Et il ne faut pas dire : « Moi tout seul, je peux, je m'en sortirai ». Tout seul – nous voyons que sans le Très-Haut rien ne marche. Cela ne marchera pas non plus de commencer quelque chose en disant : « Je vais commencer, et ensuite le Très-Haut s'y joindra, s'Il voit que je réussis ». Non, tu ne réussiras pas, cela ne marchera pas. Et le peuple d'Israël apprend ici qu'à toutes les étapes de son histoire, sur toute l'étendue de son histoire – que ce soit en exil, dans le châtiment ou dans le retour béni dans le pays avec le Temple reconstruit – le plus important est de ne pas transgresser ce que dit le Très-Haut, d'agir selon la bouche du Très-Haut et de ne pas essayer de dire à Dieu : « Et moi, je Te prouverai ! », comme nous le faisons souvent envers nos parents, envers nos amis : « Je réussirai sans toi, je prouverai que je vaux quelque chose par moi-même ». Parfois ce n'est pas mal, mais seulement pas envers le Très-Haut.
Les pilules divines
Bémidbar 15,1–41
Avec l'aide de Dieu, nous continuons à étudier la section hebdomadaire Chéla'h et nous allons lire le chapitre 15. Nous avons déjà lu que le Très-Haut a proclamé une sentence terrible pour le peuple d'Israël : toute une génération ne pourra pas entrer dans le pays d'Israël, le peuple d'Israël est condamné à quarante ans d'errance dans le désert. Je me représente combien il est terrible d'entendre que maintenant tu vis simplement pour arriver au bout de ta vie, qu'entrer dans le pays d'Israël n'est déjà plus le but de ta vie, que cet événement se produira après que ton cadavre aura simplement pourri dans le désert. Sans doute, c'est très terrible d'entendre cela. Le peuple d'Israël, qui craint encore, bien sûr, les Amalécites et les Cananéens, craint pourtant davantage le Très-Haut. Le peuple se décide à un acte désespéré : si nous partons maintenant au combat contre ces terribles Amalécites et Cananéens, peut-être que le Très-Haut aura pitié de nous et nous sera favorable. Mais cela ne se produit pas. Quand on a abandonné le Très-Haut ou qu'on craint quelqu'un d'autre que le Très-Haut, il est difficile d'obtenir quoi que ce soit. Les Amalécites, avec les Cananéens, remportent la victoire, écrasent Israël. Représentez-vous l'état du peuple après cela, la profondeur du désespoir, de la déception et de l'abattement qui pouvait s'emparer du peuple. Et dans une telle situation le Très-Haut s'adresse à Moché et commence à guérir le peuple, donne au peuple des ordonnances de guérison. On peut dire que c'est justement à ces ordonnances qu'est consacré tout le chapitre 15 de notre livre. Lisons et essayons de comprendre comment fonctionne la guérison du Très-Haut.
וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר׃
vaydabbér adonáy el-moché lemór
1 Et le SEIGNEUR dit à Moché, en disant :
דַּבֵּר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם כִּי תָבֹאוּ אֶל־אֶרֶץ מוֹשְׁבֹתֵיכֶם אֲשֶׁר אֲנִי נֹתֵן לָכֶם׃
dabbér el-bené yisraél ve'amartá alehém ki tavó'ou el-érets mochevotekhém achér aní notén lakhém
2 « Parle avec les fils d'Israël et dis-leur : quand vous viendrez dans le pays de votre résidence permanente, que Je vous donne,
Ici commence un ordre, et en cela il y a déjà de l'espoir. Les commentateurs disent, et on peut le comprendre : « Le peuple est en dépression, dans l'abattement, les gens se montent la tête les uns les autres, et peut-être que de telles pensées leur traversent l'esprit : il y a ici un code pénal si sévère, chez notre Dieu, et si jamais pendant ces quarante ans nous péchons encore d'une manière ou d'une autre, si nous commettons encore une faute en quelque chose, à Dieu ne plaise, devant Lui, et qu'Il nous laisse ici encore quarante ans, alors nos enfants aussi pourriront ici. Et puis encore quarante ans, et nous serons condamnés, comme des hommes-chameaux, à aller et errer pour l'éternité dans ce désert. Et si jamais Il ne nous pardonnait jamais et que nous ne nous montrions jamais assez justes pour entrer dans cette terre ». Des pensées terribles. Mais le Très-Haut console et dit : « Quand vous entrerez (pas vous – vos enfants) dans cette terre, non pas si, mais quand. Préparez vos enfants, apprenez-leur à vivre selon les lois de cette terre. Vous êtes le peuple d'Israël, et c'est pourquoi potentiellement vous aussi vous entrerez dans cette terre que Je vous donne, et cette terre s'appelle mochevotekhém (terre de votre résidence permanente), et là vous vivrez de façon sédentaire. Si ici vous errez, votre errance n'est pas éternelle, vous vous établirez, et vous vous établirez dans la terre que Je vous donne, au présent ». Et la guérison elle-même, et tout ce processus de quarante ans d'errance dans le désert font partie de l'acquisition du pays : pour mériter le pays, pour recevoir le pays, il faut ces quarante ans d'errance. C'est pourquoi la toute première ligne, les toutes premières paroles du Très-Haut donnent déjà une certaine consolation. Et que va-t-il donc se passer quand le peuple entrera dans cette terre ?
וַעֲשִׂיתֶם אִשֶּׁה לַיהוָה עֹלָה אוֹ־זֶבַח לְפַלֵּא־נֶדֶר אוֹ בִנְדָבָה אוֹ בְּמֹעֲדֵיכֶם לַעֲשׂוֹת רֵיחַ נִיחֹחַ לַיהוָה מִן־הַבָּקָר אוֹ מִן־הַצֹּאן׃
va'assitém iché ladonáy olá o-zéva'h lefalle-néder o vindavá o bemo'adekhém la'asót réya'h ni'hóa'h ladonáy min-habbakár o min-hattsón
3 Et vous apporterez un sacrifice consumé par le feu au SEIGNEUR, un holocauste, ou un sacrifice donné selon un vœu, ou un sacrifice volontaire, ou en vos jours fixés de fête (on entend par là les fêtes et les néoménies, quand il est prescrit d'apporter des sacrifices), pour faire une odeur de bonne senteur au SEIGNEUR, du gros bétail ou du petit bétail.
Nous voyons qu'il s'agit de certaines nouvelles conditions pour apporter un sacrifice.
וְהִקְרִיב הַמַּקְרִיב קָרְבָּנוֹ לַיהוָה מִנְחָה סֹלֶת עִשָּׂרוֹן בָּלוּל בִּרְבִעִית הַהִין שָׁמֶן׃
vehikrív hammakrív korbanó ladonáy min'há sólet issarón baloúl birvi'ít hahín chámen
4 Et celui qui apporte un sacrifice au Très-Haut apportera un issarón (la dixième partie d'un éfa) de farine sólet, mêlée d'un quart de hin d'huile.
Rappelons que la farine sólet, c'est une farine de la plus haute qualité, issarón ou un dixième de mesure (éfa) – environ 2,2 litres. Le hin, c'est environ un gallon (3,8 litres) plus ou moins, c'est pourquoi un quart de hin – c'est 0,8-0,9 litre (bien que, selon les mesures les plus grandioses, et il y a une différence dans la compréhension de ces mesures, ce soit 1,5 litre). Eh bien, comptons en arrondissant, pour que ce soit plus simple : un quart de hin nous le compterons pour un litre, et on obtient une offrande de 2,2 litres de farine mêlée à un litre d'huile.
וְיַיִן לַנֶּסֶךְ רְבִיעִית הַהִין תַּעֲשֶׂה עַל־הָעֹלָה אוֹ לַזָּבַח לַכֶּבֶשׂ הָאֶחָד׃
veyáyin lannéssekh revi'ít hahín ta'assé al-ha'olá o lazzáva'h lakkéves ha'e'hád
5 Et du vin pour la libation, un quart de hin aussi, fais-le pour l'holocauste ou pour tout sacrifice d'un seul bélier.
C'est-à-dire que pour chaque bélier apporté en sacrifice, il faut ajouter encore un sacrifice min'há (don de pain), nous le savons par le livre de Vayikra. Mais maintenant il faut ajouter encore aussi une libation de vin – ce qui n'existait pas auparavant. Rabbi Ovadya bar Yaakov Sforno, l'un des commentateurs connus de la Torah, attire l'attention sur le fait que jusqu'au moment où Israël a péché avec le veau d'or, il n'y avait pas d'offrandes de céréales accompagnant le sacrifice. Ni Noa'h, en sortant de l'arche, ni Avraham, quand il a offert en sacrifice le bélier à la place de Yits'hak, n'ont accompagné le sacrifice d'aucun sacrifice de pain. Et au chapitre 24 du livre de Chémot, quand les Israélites ont apporté un sacrifice en signe de la conclusion de l'alliance, il n'est pas non plus écrit qu'il y ait eu des dons de pain qui l'accompagnaient. Le don de pain comme ajout, comme supplément au sacrifice, apparaît après le péché du veau d'or, pour réparer le péché commis. D'un côté, le péché a été commis par tout le peuple, de l'autre côté, cet ajout apparaît comme supplément au sacrifice individuel. Ici, dans notre cas, nous voyons encore un ajout – le vin, comme si le Très-Haut disait : « Apportez-Moi un cadeau, Je veux de vous un cadeau ». Et quand quelqu'un veut de nous un cadeau, veut se réjouir de notre cadeau – cela signifie qu'il veut se réconcilier avec nous. Le Très-Haut n'a besoin ni de notre pain ni de notre vin, mais le pain et le vin sont devenus deux suppléments, des compléments aux sacrifices, qui sont apportés comme partie de l'expiation du péché : d'un côté, – du péché du veau d'or, de l'autre côté, – du péché des explorateurs. C'est en cela que réside l'importance de l'usage du pain et du vin. Le Très-Haut dit : « Je veux de vous un nouveau don, Je vous donne un nouveau commandement ; Je veux que vous Me donniez un don, que vous M'apportiez un don ». L'ajout au sacrifice sous forme de vin est lié au raisin : le peuple a vu quelle grappe de raisin les explorateurs ont apportée. Certains commentateurs disent : « C'était une grappe pesant plusieurs tonnes, et le vin qu'on en a tiré a suffi à Israël pour tout le temps de son existence dans le désert ». C'est, bien sûr, une hyperbole, mais il y a un certain lien. Les explorateurs ont dit : « Regardez, de même que ces fruits sont étranges et en quelque sorte mégalomanes, de même cette terre est étrange ». C'est-à-dire que le péché est pétri de raisin, et sa réparation aussi est liée au raisin, au vin. Le Très-Haut aurait pu dire : « Je ne veux plus voir votre vin, et ne parlez pas de raisin devant Moi ». Cela arrive : quand un homme est coupable de quelque chose, il ne veut même pas s'en souvenir. Mais le Très-Haut dit : « Je veux votre vin, vous M'apporterez du vin ». Et ensuite nous lisons qu'à chaque sacrifice correspondra sa propre quantité de vin.
אוֹ לָאַיִל תַּעֲשֶׂה מִנְחָה סֹלֶת שְׁנֵי עֶשְׂרֹנִים בְּלוּלָה בַשֶּׁמֶן שְׁלִשִׁית הַהִין׃
o la'áyil ta'assé min'há sólet chené esroním beloulá vachémen chelichít hahín
6 L'agneau sera accompagné d'une offrande de céréales de deux dixièmes de mesure (4,4 litres) de farine sólet, mêlée d'un tiers de hin d'huile (1,3 litre).
וְיַיִן לַנֶּסֶךְ שְׁלִשִׁית הַהִין תַּקְרִיב רֵיחַ־נִיחֹחַ לַיהוָה׃
veyáyin lannéssekh chelichít hahín takrív reya'h-ni'hóa'h ladonáy
7 Et un tiers de hin de vin (1,3 litre), apporte-le en sacrifice de bonne senteur au SEIGNEUR.
Le vin en lui-même, naturellement, ne fait pas partie du sacrifice consumé par le feu, il est simplement versé sur l'autel.
וְכִי־תַעֲשֶׂה בֶן־בָּקָר עֹלָה אוֹ־זָבַח לְפַלֵּא־נֶדֶר אוֹ־שְׁלָמִים לַיהוָה׃
vekhi-ta'assé ven-bakár olá o-záva'h lefalle-néder o-chelamím ladonáy
8 Et si tu apportes un taureau en holocauste, ou en sacrifice d'accomplissement d'un vœu, ou en sacrifice de paix au SEIGNEUR,
וְהִקְרִיב עַל־בֶּן־הַבָּקָר מִנְחָה סֹלֶת שְׁלֹשָׁה עֶשְׂרֹנִים בָּלוּל בַּשֶּׁמֶן חֲצִי הַהִין׃
vehikrív al-ben-habbakár min'há sólet chelochá esroním baloúl bachémen 'hatsí hahín
9 Alors avec le jeune taureau tu apporteras ensemble trois dixièmes de mesure (6,6 litres) de farine sólet, mêlée d'une moitié de hin (environ 2 litres) d'huile.
וְיַיִן תַּקְרִיב לַנֶּסֶךְ חֲצִי הַהִין אִשֵּׁה רֵיחַ־נִיחֹחַ לַיהוָה׃
veyáyin takrív lannéssekh 'hatsí hahín iché reya'h-ni'hóa'h ladonáy
10 Et de vin, apporte en sacrifice la moitié d'un hin, sacrifice consumé par le feu et bonne senteur au SEIGNEUR.
כָּכָה יֵעָשֶׂה לַשּׁוֹר הָאֶחָד אוֹ לָאַיִל הָאֶחָד אוֹ־לַשֶּׂה בַכְּבָשִׂים אוֹ בָעִזִּים׃
kákha ye'assé lachór ha'e'hád o la'áyil ha'e'hád o-lassé vakkevassím o va'izzím
11 Et ainsi on fera avec chaque taureau, ou avec chaque agneau, ou avec chacun des agnelets, ou avec chacun des boucs.
כַּמִּסְפָּר אֲשֶׁר תַּעֲשׂוּ כָּכָה תַּעֲשׂוּ לָאֶחָד כְּמִסְפָּרָם׃
kammispár achér ta'asoú kákha ta'asoú la'e'hád kemisparám
12 Autant on en apporte, pour chacun d'eux faites selon leur nombre.
C'est-à-dire que l'animal en lui-même, séparément, on ne peut déjà plus l'apporter en sacrifice. À chaque animal il faut ajouter sa propre offrande de pain et de vin.
כָּל־הָאֶזְרָח יַעֲשֶׂה־כָּכָה אֶת־אֵלֶּה לְהַקְרִיב אִשֵּׁה רֵיחַ־נִיחֹחַ לַיהוָה׃
kol-ha'ezrá'h ya'asse-kákha et-élle lehakrív iché reya'h-ni'hóa'h ladonáy
13 Tout autochtone fera ainsi cela, pour apporter un sacrifice consumé par le feu, de bonne senteur pour le SEIGNEUR.
Au verset 14, nous lisons un ajout important :
וְכִי־יָגוּר אִתְּכֶם גֵּר אוֹ אֲשֶׁר־בְּתוֹכְכֶם לְדֹרֹתֵיכֶם וְעָשָׂה אִשֵּׁה רֵיחַ־נִיחֹחַ לַיהוָה כַּאֲשֶׁר תַּעֲשׂוּ כֵּן יַעֲשֶׂה׃
vekhi-yagoúr ittekhém ger o acher-betokhekhém ledorotekhém ve'assá iché reya'h-ni'hóa'h ladonáy ka'achér ta'asoú ken ya'assé
14 Et si un étranger habite avec vous, ou quelqu'un qui vit chez vous depuis de nombreuses générations, et qu'il fait un sacrifice consumé par le feu, bonne senteur au SEIGNEUR, alors comme vous faites, que lui aussi fasse ainsi.
הַקָּהָל חֻקָּה אַחַת לָכֶם וְלַגֵּר הַגָּר חֻקַּת עוֹלָם לְדֹרֹתֵיכֶם כָּכֶם כַּגֵּר יִהְיֶה לִפְנֵי יְהוָה׃
hakkahál 'houkká a'hát lakhém velaggér haggár 'houkkát olám ledorotekhém kakhém kaggér yihyé lifné adonáy
15 Une seule loi pour vous et pour l'étranger qui habite avec vous, loi éternelle pour votre génération : comme vous, ainsi aussi l'étranger, vous serez devant le SEIGNEUR.
Ici le mot initial hakkahál – c'est une adresse à la société ou au peuple : « Écoute, peuple, écoute, assemblée ! » Dans les relations avec le Très-Haut, dans tout ce qui est lié aux relations directes avec le Très-Haut, y compris dans les sacrifices, on ne peut pas faire de différence entre les Israélites de souche et les étrangers. Dans le célèbre midrach ancien Tana de-veï Éliyahou, qui est attribué au prophète Éliyahou lui-même comme une révélation, le prophète Éliyahou dit qu'à ce moment-là une dispute s'est engagée, une querelle s'est engagée entre les Israélites et les étrangers. Les Israélites de souche disaient : « De vous viennent tous les malheurs, tous les maux viennent de vous, vous n'étiez pas là, vous n'apporterez pas de sacrifices, c'est notre Dieu, notre Tente d'assignation, et vous, restez à l'écart ». Et les étrangers insistaient et disaient : « Nous aussi, nous voulons aller vers ce Dieu, c'est aussi notre Dieu ». Et la position du prophète Éliyahou, telle qu'elle lui est attribuée, est sans équivoque universelle. C'est l'un des rares textes du judaïsme qui dit que tout commandement qu'un païen veut prendre sur lui, qu'il a compris comme un commandement et qu'il a pris sur lui – et le chabbat, et la circoncision, et tout ce qu'on veut –, il peut le faire, il peut le prendre sur lui. Et à mesure qu'il grandit, à mesure qu'il se rapproche de la Torah, l'Esprit Saint se révèle à lui (de même qu'à l'Israélite). C'est un midrach important, l'un des rares midrachim ayant justement une telle position. Et plus loin dans ce midrach il est dit : « Ici le Très-Haut prend la défense des étrangers ».
Aujourd'hui il y a énormément de débats pour savoir si les païens doivent ou ne doivent pas observer les commandements, et s'ils le doivent, lesquels précisément ? Et beaucoup de gens qui n'appartiennent pas au peuple d'Israël se retrouvent désemparés, parce qu'ils ne comprennent vraiment pas ce qu'ils doivent observer. Et on n'a pour ainsi dire déjà plus envie de dire : « Eh bien, puisque je suis finlandais ou polonais, j'irai manger du porc, j'en ai bien le droit », on n'en a pour ainsi dire déjà plus envie, parce que beaucoup ont le sentiment que c'est une impureté. Et d'un autre côté, il y a certains rabbins qui disent : « Allons donc, tout t'est permis, mange ce que tu veux, vis d'ailleurs comme tu veux ». Et certains ajoutent : « Toi, tu n'as même pas d'âme, que peut-on exiger de toi ». Et on n'a pas envie de se plonger dans ce sujet, parce que beaucoup ont déjà des révélations. Et comment peut-on interdire à un homme qui veut renoncer à quelque chose pour le Très-Haut, qui fait quelque chose pour le Très-Haut, de le faire ? On peut seulement supplier, prier instamment les gens de réconcilier leur cœur, pour que ce qu'ils prennent sur eux ne soit pas pour s'élever, pas pour dire : « Vous, tous les autres, vous êtes des pécheurs, et moi, je suis un juste », mais justement pour le service du Très-Haut.
Et ici le Très-Haut ajoute :
תּוֹרָה אַחַת וּמִשְׁפָּט אֶחָד יִהְיֶה לָכֶם וְלַגֵּר הַגָּר אִתְּכֶם׃
torá a'hát oumichpát e'hád yihyé lakhém velaggér haggár ittekhém
16 Une seule Torah et un seul jugement il y aura pour vous et pour l'étranger qui habite chez vous ».
C'est-à-dire que vous ne pouvez absolument pas opprimer les étrangers. Il y a beaucoup de pays, ce sont surtout des pays du tiers-monde, dans lesquels (si un étranger a causé un accident ou s'il a quelque litige avec un résident permanent) la police et toute la population se rangent tout de suite du côté de leur compatriote. Il y a certaines lois de pays qui sont ainsi faites. Le Très-Haut dit : « Un jugement juste – pour tous, et devant Moi, dans les relations avec Moi, du moins dans cette verticale des relations avec Moi, tous sont égaux, là-dessus il n'y a pas de discussion ».
Par là se clôt la question de la libation de vin, du premier remède qu'apporte le Très-Haut (ou du second, si l'on considère que le premier, c'est la promesse faite au peuple d'Israël qu'il entrera malgré tout dans la terre).
À partir du verset 17, nous lisons l'adresse suivante du Très-Haut à Moché :
וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר׃
vaydabbér adonáy el-moché lemór
17 Et le SEIGNEUR parla avec Moché, en disant :
דַּבֵּר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם בְּבֹאֲכֶם אֶל־הָאָרֶץ אֲשֶׁר אֲנִי מֵבִיא אֶתְכֶם שָׁמָּה׃
dabbér el-bené yisraél ve'amartá alehém bevo'akhém el-ha'árets achér aní meví etkhém chámma
18 « Parle avec les fils d'Israël et dis-leur : quand vous viendrez dans le pays dans lequel Je vous amène,
Bien que le Très-Haut ait donné au peuple une punition, dans le processus de cette punition Il amène pourtant le peuple dans le pays.
וְהָיָה בַּאֲכָלְכֶם מִלֶּחֶם הָאָרֶץ תָּרִימוּ תְרוּמָה לַיהוָה׃
vehayá ba'akholkhém millé'hem ha'árets tarímou teroumá ladonáy
19 Et quand vous mangerez du pain de cette terre (de ce pays), élevez une élévation de ce pain au SEIGNEUR.
On peut comprendre cela, très probablement, comme se lit le sens simple : du pain de cette terre signifie du pain qui a poussé là-bas. Mais il y a aussi une autre compréhension de cela : du pain issu de la terre, du pain terrestre, c'est-à-dire que vous vivez maintenant ici, dans le désert, et vous mangez le pain du ciel, et là-bas vous mangerez le pain issu de la terre. Ce n'est pas une chute spirituelle, c'est une élévation spirituelle, vous serez inclus dans un nouveau travail. En cela consiste peut-être l'une des peurs des explorateurs, quand ils disent que cette terre dévore ses habitants, c'est-à-dire qu'elle nous obligera à travailler sur elle. Et le Très-Haut dit : « Oui, il en sera ainsi, vous mangerez du pain terrestre ».
רֵאשִׁית עֲרִסֹתֵכֶם חַלָּה תָּרִימוּ תְרוּמָה כִּתְרוּמַת גֹּרֶן כֵּן תָּרִימוּ אֹתָהּ׃
rechít arissotekhém 'hallá tarímou teroumá kitroumát góren ken tarímou otá
20 Votre première pâte (les prémices, la 'hallá), élevez-en une élévation ; comme l'élévation de l'aire, ainsi élevez-la.
מֵרֵאשִׁית עֲרִסֹתֵיכֶם תִּתְּנוּ לַיהוָה תְּרוּמָה לְדֹרֹתֵיכֶם׃
merechít arissotekhém tittenoú ladonáy teroumá ledorotekhém
21 Des prémices de toute votre pâte donnez au SEIGNEUR un don, une élévation, dans vos générations.
La femme pétrit la pâte conformément aux normes qui existaient dans le désert : là on ramassait un omer, une mesure (nous avons dit que c'est environ deux litres), et c'était la nourriture quotidienne. Si la femme a pétri une pâte de deux litres, elle en sépare un petit morceau qui s'appelle 'hallá, ce commandement s'appelle aujourd'hui prélèvement de la 'hallá. Elle peut en cuire quelque chose ou donner cette pâte aux serviteurs.
Naturellement, aujourd'hui, ce ne sont pas toutes les femmes, loin de là, et pas toujours, loin de là, qui cuisent le pain à la maison, c'est pourquoi certaines l'enlèvent simplement et le jettent, et d'autres, et c'est plus raisonnable, le mettent au congélateur et le congèlent. Quand on a accumulé assez de pâte pour une bonne et belle 'halla, on la fait cuire et on la donne soit aux serviteurs, soit aux nécessiteux. Bref, on accomplit ce commandement comme on peut l'accomplir en l'absence du Temple.
C'est le troisième remède que donne le Très-Haut : « Vous mangerez le pain terrestre, mais la pâte du pain terrestre sera quand même liée aux Cieux, parce que J'en prendrai votre élévation ». Tu as séparé un petit morceau de pâte, et toute la pâte devient céleste. Exactement comme tu sépares la dîme de ton salaire : tout le reste de ton argent devient céleste, tu le sanctifies tout entier, parce que tu as séparé une part pour Dieu. Cela concerne non seulement la pâte, mais aussi les fruits, les légumes – tout ce dont tu as séparé la part due, tu as rendu à Dieu ce qui est à Dieu. Une petite 'halla, comme on dit, sanctifie toute la pâte, le petit morceau séparé rend sainte toute la pâte. Il est important de s'en souvenir, mais ici le Très-Haut dit cela pour consoler le peuple : « Vous aurez du pain terrestre, Je le bénis, Je le prendrai lui aussi ».
וְכִי תִשְׁגּוּ וְלֹא תַעֲשׂוּ אֵת כָּל־הַמִּצְוֹת הָאֵלֶּה אֲשֶׁר־דִּבֶּר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה׃
vekhí tichgoú veló ta'asoú et kol-hammitsvót ha'élle acher-dibbér adonáy el-moché
22 Si vous vous trompez et ne faites pas de tous ces commandements que le SEIGNEUR a donnés à Moché, –
אֵת כָּל־אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֲלֵיכֶם בְּיַד־מֹשֶׁה מִן־הַיּוֹם אֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה וָהָלְאָה לְדֹרֹתֵיכֶם׃
et kol-achér tsivvá adonáy alekhém beyad-moché min-hayom achér tsivvá adonáy vahál'a ledorotekhém
23 Tout ce que le SEIGNEUR vous a ordonné par la main de Moché, depuis le jour où le SEIGNEUR l'a ordonné, et plus loin dans vos générations,
וְהָיָה אִם מֵעֵינֵי הָעֵדָה נֶעֶשְׂתָה לִשְׁגָגָה וְעָשׂוּ כָל־הָעֵדָה פַּר בֶּן־בָּקָר אֶחָד לְעֹלָה לְרֵיחַ נִיחֹחַ לַיהוָה וּמִנְחָתוֹ וְנִסְכּוֹ כַּמִּשְׁפָּט וּשְׂעִיר־עִזִּים אֶחָד לְחַטָּת׃
vehayá im me'ené ha'edá ne'está lichgagá ve'asoú khol-ha'edá par ben-bakár e'hád le'olá leréya'h ni'hóa'h ladonáy oumin'ható veniskó kammichpát ous'ir-izzím e'hád le'hattát
24 Et il arriva : si la communauté a omis quelque chose, si quelque chose a été caché à leurs yeux et qu'une erreur s'est produite, alors toute la communauté apportera un jeune taureau en holocauste, de bonne senteur au SEIGNEUR, et Son offrande de céréales, et Sa libation, comme il est prescrit, et un bouc en sacrifice purificatoire.
Ici le Très-Haut répète et affirme qu'il existe une réparation. Si toute la communauté s'est trompée, a commis une erreur, on peut tout réparer. C'est un rappel que la réparation aussi fait partie de la guérison.
וְכִפֶּר הַכֹּהֵן עַל־כָּל־עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְנִסְלַח לָהֶם כִּי־שְׁגָגָה הִוא וְהֵם הֵבִיאוּ אֶת־קָרְבָּנָם אִשֶּׁה לַיהוָה וְחַטָּאתָם לִפְנֵי יְהוָה עַל־שִׁגְגָתָם׃
vekhippér hakkohén al-kol-adát bené yisraél venislá'h lahém ki-chegagá hi vehém hevíou et-korbanám iché ladonáy ve'hattatám lifné adonáy al-chigegatám
25 Et le kohen fera l'expiation pour toute la communauté des fils d'Israël, et cette erreur leur sera pardonnée, et ils ont apporté un sacrifice consumé par le feu au SEIGNEUR et un sacrifice purificatoire au SEIGNEUR pour leur erreur.
וְנִסְלַח לְכָל־עֲדַת בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְלַגֵּר הַגָּר בְּתוֹכָם כִּי לְכָל־הָעָם בִּשְׁגָגָה׃
venislá'h lekhol-adát bené yisraél velaggér haggár betokhám ki lekhol-ha'ám bichgagá
26 Et il sera pardonné à toute l'assemblée des fils d'Israël, et à l'étranger qui habite au milieu d'eux, comme à tout le peuple, parce que c'est une erreur.
Si le peuple s'est trompé, si un péché de tout le peuple a été commis, alors on peut, en en prenant conscience, apporter un sacrifice et l'expiation sera faite pour le peuple, il y a une réparation pour la communauté.
Mais il y a aussi une réparation pour l'homme, quand il a péché par lui-même, et non tout le peuple.
וְאִם־נֶפֶשׁ אַחַת תֶּחֱטָא בִשְׁגָגָה וְהִקְרִיבָה עֵז בַּת־שְׁנָתָהּ לְחַטָּאת׃
ve'im-néfech a'hát te'hetá vichgagá vehikríva ez bat-chenatá le'hattát
27 Et si une des âmes pèche par erreur (si un seul homme a péché, s'est trompé), qu'il apporte en sacrifice une chèvre d'un an, en sacrifice purificatoire,
וְכִפֶּר הַכֹּהֵן עַל־הַנֶּפֶשׁ הַשֹּׁגֶגֶת בְּחֶטְאָה בִשְׁגָגָה לִפְנֵי יְהוָה לְכַפֵּר עָלָיו וְנִסְלַח לוֹ׃
vekhippér hakkohén al-hannéfech hachogéget be'het'á vichgagá lifné adonáy lekhappér aláv venislá'h lo
28 Et le kohen fera l'expiation pour l'âme qui s'est trompée, qui a péché par erreur devant le SEIGNEUR, il fera l'expiation pour lui et il lui sera pardonné.
הָאֶזְרָח בִּבְנֵי יִשְׂרָאֵל וְלַגֵּר הַגָּר בְּתוֹכָם תּוֹרָה אַחַת יִהְיֶה לָכֶם לָעֹשֶׂה בִּשְׁגָגָה׃
ha'ezrá'h bivné yisraél velaggér haggár betokhám torá a'hát yihyé lakhém la'ossé bichgagá
29 L'autochtone parmi les fils d'Israël et l'étranger qui habite au milieu d'eux – vous aurez des règles communes pour celui qui a commis une erreur.
וְהַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר־תַּעֲשֶׂה בְּיָד רָמָה מִן־הָאֶזְרָח וּמִן־הַגֵּר אֶת־יְהוָה הוּא מְגַדֵּף וְנִכְרְתָה הַנֶּפֶשׁ הַהִוא מִקֶּרֶב עַמָּהּ׃
vehannéfech acher-ta'assé beyád ramá min-ha'ezrá'h oumin-haggér et-adonáy hou megaddéf venikhretá hannéfech hahí mikkérev ammá
30 Et l'âme qui agira avec audace ou avec insolence, de l'autochtone et de l'étranger, il outrage le SEIGNEUR : cette âme sera exterminée du milieu de son peuple.
Il s'agit ici d'un homme qui sait, par exemple, que le SEIGNEUR existe, que le SEIGNEUR a interdit d'allumer le feu le chabbat, que le SEIGNEUR ordonne de ne pas allumer le feu le chabbat, et lui, non par erreur, non par bêtise, mais par défi envers le Très-Haut, dit : « Puisque Tu veux que je n'allume pas, eh bien j'allumerai le feu le chabbat ». Une telle âme sera exterminée du peuple.
כִּי דְבַר־יְהוָה בָּזָה וְאֶת־מִצְוָתוֹ הֵפַר הִכָּרֵת תִּכָּרֵת הַנֶּפֶשׁ הַהִוא עֲוֹנָה בָהּ׃
ki devar-adonáy bazá ve'et-mitsvató hefár hikkarét tikkarét hannéfech hahí avoná va
31 Parce qu'il a méprisé les paroles du SEIGNEUR et a violé Son commandement ; par l'extermination sera exterminée cette âme, son péché est sur elle.
C'est un ajout intéressant : si l'homme continue à s'obstiner dans son incrédulité, alors il sera exterminé, mais même après cela on peut aussi se repentir. Par exemple, je peux penser : « Je me trompais pourtant, quand j'essayais de mettre en colère le Très-Haut, je me trompais quand j'essayais d'agir par défi envers Lui ». Quand je prends conscience que je n'avais pas raison, alors la téchouvá (le repentir), comme une machine à remonter le temps, retourne dans le passé et emporte ce bon droit qui était le mien, mon intention. Et mon acte peut devenir comme involontaire. Si j'avais su ce que je sais aujourd'hui, je n'aurais pas agi ainsi alors. Les sages disent que l'homme commet une faute quand un esprit de sottise entre en lui, c'est-à-dire quand il perd le dá'at (la conscience, la perception juste), perd la raison. Qu'est-ce qui distingue l'homme de l'animal ? L'homme respire comme un animal, mange et boit comme un animal, marche et se couche comme un animal, fait ses besoins et se reproduit comme un animal… Ce qui distingue l'homme de l'animal, c'est la présence de la raison. Au moment où l'homme perd la raison, un esprit de sottise entre en lui, et il devient comme un animal, c'est pourquoi c'est par un animal que le péché de l'homme est expié. Et si je prends conscience que je me trompais, qu'alors il n'y avait pas de raison en moi, alors je peux encore revenir ; mais si je m'obstine – alors mon péché est sur moi.
Quelle est la différence entre l'homme qui s'est trompé et n'a pas compris, et celui qui s'est trompé et n'a pas pris conscience ? En ceci que si l'homme s'est trompé sans le vouloir, s'il n'avait pas de mauvaise intention, alors d'en haut, comme on dit, on le pousse vers la téchouvá. Le Très-Haut veut sa téchouvá, son repentir, Il lui donne constamment quelques indices, lui glisse quelques antisèches, et alors une Voix sort du Ciel et dit : « Reviens ! » Et si l'homme pèche intentionnellement, si c'est un blasphème contre l'esprit Saint, alors il n'y a pas d'assistance pour un tel homme, pour qu'il revienne.
À partir du verset 32 commence un nouveau récit :
וַיִּהְיוּ בְנֵי־יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר וַיִּמְצְאוּ אִישׁ מְקֹשֵׁשׁ עֵצִים בְּיוֹם הַשַּׁבָּת׃
vayihyoú vene-yisraél bammidbár vayimtseoú ich mekochéch etsím beyom hachabbát
32 Et les fils d'Israël étaient dans le désert, et ils trouvèrent un homme qui ramassait des branches le chabbat.
Quel est le problème ? Il n'est pourtant écrit nulle part : « Ne ramasse pas de branches le chabbat ». Les sages discutent pour savoir laquelle des interdictions du chabbat cet homme a violée. Les uns disent qu'il cassait des branches, d'autres disent qu'il les rassemblait en tas, et il y a différentes variantes de compréhension. D'une manière ou d'une autre, apparemment, il y a bien eu là la violation d'une certaine interdiction.
Il y a aussi une discussion au sujet de l'identité de cet homme. Rabbi Akiva (nous le lisons dans le Talmud) dit, assis avec les sages : « Cet homme était Tsélof'had ». Comment savons-nous que cet homme était Tsélof'had ? Rabbi Akiva dit : « Ici il est écrit : le peuple d'Israël était dans le désert », et plus loin (27,3) ses filles disent : « Notre père est mort dans le désert ». Deux sont liés : dans le désert et dans le désert ; ils se recoupent, donc c'est Tsélof'had ». Cette méthode d'interprétation sur la base de mots semblables s'appelle gzerá chavá. Rabbi Yéhouda ben-Batira objecte et dit : « Akiva, qu'est-ce qui te prend ? Si c'est Tsélof'had et que la Torah l'a caché, alors pourquoi le révèles-tu ? Et si ce n'est pas Tsélof'had, alors il peut se trouver que tu calomnies un homme innocent. Et que se passera-t-il alors ? » Je veux m'arrêter ici et dire ceci. Souvent, en reconstituant certains événements, nous disons hardiment : « Voilà, cet homme a péché et, très probablement, il a violé tel commandement, c'est là qu'il l'a violé ou bien là, et ici il a transgressé », même si cela n'est pas écrit. Et il faut être très prudent dans la condamnation des gens là où ce n'est pas évident, là où la Torah n'a condamné personne explicitement, et il faut adopter la méthode de Yéhouda ben-Batira. C'est précisément mon sentiment.
Ainsi, nous ne savons pas quel homme c'était, nous savons seulement que d'une certaine manière il a violé le chabbat.
וַיַּקְרִיבוּ אֹתוֹ הַמֹּצְאִים אֹתוֹ מְקֹשֵׁשׁ עֵצִים אֶל־מֹשֶׁה וְאֶל־אַהֲרֹן וְאֶל כָּל־הָעֵדָה׃
vayakrívou otó hammotseím otó mekochéch etsím el-moché ve'el-aharón ve'él kol-ha'edá
33 Et ceux qui l'avaient trouvé ramassant des branches l'amenèrent à Moché, et à Aharon, et à toute l'assemblée.
וַיַּנִּיחוּ אֹתוֹ בַּמִּשְׁמָר כִּי לֹא פֹרַשׁ מַה־יֵּעָשֶׂה לוֹ׃
vayanní'hou otó bammichmár ki lo forách ma-ye'assé lo
34 Et ils le laissèrent sous garde, parce que ce qu'il fallait faire de lui n'était pas clair.
C'est étrange, pourquoi cette histoire est-elle soudain rapportée ici ? Peut-être, comme disent les commentateurs, comme le dit Tossafot (recueil de commentaires sur pratiquement tous les traités du Talmud), cet homme voulait-il faire quelque chose au nom du Ciel. Il a pensé, ou bien il a entendu le peuple dire : « Bon, ça y est, maintenant nous sommes coincés ici pour quarante ans. Le chabbat, pas besoin de l'observer, la cacherout, pas besoin de l'observer, rien, pas besoin d'observer quoi que ce soit ». Et cet homme a décidé, en se sacrifiant, d'attirer le feu sur lui-même et il est allé ramasser des branches d'arbres, pour qu'on le punisse et qu'on l'exécute à cause du chabbat, pour le saint chabbat. Il existe une telle opinion radicale.
D'autres disent : « Au contraire, cet homme a pensé que, puisque le Très-Haut laisse le peuple d'Israël pour quarante ans, c'est qu'Il a annulé l'alliance avec Israël, et qu'on peut ramasser des branches ». Et on le punit pour montrer que le Très-Haut a maintenu l'alliance avec Israël. Tous ces commentaires sont écrits pour répondre ou essayer de répondre à la question de savoir pourquoi cette histoire nous est racontée ici. Une autre explication m'est plus proche. Nous avons bien lu au chapitre 14 que le peuple d'Israël voulait lapider Moché, Aharon, Kalev et Yéhochoua. Et il y a ici cet enseignement : le plus important – ne pas tenir de cour martiale, ne pas organiser de représailles expéditives (ce que le peuple apprend encore aujourd'hui, d'ailleurs), parce que la réponse n'est pas toujours claire.
Ainsi, on a amené l'homme à Moché, mais Moché non plus n'a pas de réponse. Moché, qui connaît les lois, qui est législateur et roi, et qui peut simplement dire : « Qu'on le fusille, et c'est tout », lui n'a pas de réponse concernant l'acte de cet homme. Et Moché, comme il le fait souvent, s'adresse au Très-Haut.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה מוֹת יוּמַת הָאִישׁ רָגוֹם אֹתוֹ בָאֲבָנִים כָּל־הָעֵדָה מִחוּץ לַמַּחֲנֶה׃
vayomer adonáy el-moché mot youmát ha'ích ragóm otó va'avaním kol-ha'edá mi'hoúts lamma'hané
35 Et le SEIGNEUR dit à Moché : « De mort mourra cet homme, lapidez-le, toute la communauté, hors du camp ».
Le Très-Haut répond : « Les tribunaux sont en vigueur, les lois sont en vigueur, et le chabbat est en vigueur ».
וַיֹּצִיאוּ אֹתוֹ כָּל־הָעֵדָה אֶל־מִחוּץ לַמַּחֲנֶה וַיִּרְגְּמוּ אֹתוֹ בָּאֲבָנִים וַיָּמֹת כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֶת־מֹשֶׁה׃
vayotsíou otó kol-ha'edá el-mi'hoúts lamma'hané vayirgemoú otó ba'avaním vayamót ka'achér tsivvá adonáy et-moché
36 Et toute la communauté le fit sortir hors des limites du camp, et ils le lapidèrent, et il fut mis à mort, comme le SEIGNEUR avait ordonné à Moché.
C'est la preuve que les lois demeurent, que le chabbat demeure. C'est-à-dire qu'il est possible et tout à fait probable qu'il y ait eu énormément de transgresseurs du chabbat au cours de toute la longue histoire juive, et même au cours de cette année qu'Israël a passée dans le désert. Et cette histoire est racontée ici pour montrer ce que doit être et ce que ne doit pas être un jugement. Montrer que les lois sont toujours en vigueur et que l'alliance avec le Très-Haut n'est pas annulée.
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה לֵּאמֹר׃
vayomer adonáy el-moché lemór
37 Et le SEIGNEUR parla à Moché, en disant :
דַּבֵּר אֶל־בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם וְעָשׂוּ לָהֶם צִיצִת עַל־כַּנְפֵי בִגְדֵיהֶם לְדֹרֹתָם וְנָתְנוּ עַל־צִיצִת הַכָּנָף פְּתִיל תְּכֵלֶת׃
dabbér el-bené yisraél ve'amartá alehém ve'asoú lahém tsitsít al-kanfé vigdehém ledorotám venatenoú al-tsitsít hakkanáf petíl tekhélet
38 « Parle aux fils d'Israël et dis-leur, et ils se feront des franges aux ailes de leur vêtement dans leurs générations, et ils entrelaceront dans les franges un fil bleu.
הָיָה לָכֶם לְצִיצִת וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת־כָּל־מִצְוֹת יְהוָה וַעֲשִׂיתֶם אֹתָם וְלֹא־תָתֻרוּ אַחֲרֵי לְבַבְכֶם וְאַחֲרֵי עֵינֵיכֶם אֲשֶׁר־אַתֶּם זֹנִים אַחֲרֵיהֶם׃
vehayá lakhém letsitsít our'itém otó ouzkhartém et-kol-mitsvót adonáy va'assitém otám veló tatoúrou a'haré levavkhém ve'a'haré enekhém acher-attém zoním a'harehém
39 Et ce sera pour vous une frange, et vous la verrez,
et vous vous souviendrez de tous les commandements du SEIGNEUR, et vous les observerez, et vous n'irez pas à la suite de votre cœur et à la suite de vos yeux, derrière lesquels vous vous prostituez,
Ce verbe, our'itém, qui est employé ici, reprend l'ordre de Moché, quand il envoie les explorateurs (14,18) et dit : « Et examinez le pays ». Ici ce mot signifie : « …et vous verrez ce fil ». C'est une correction de la vision.
Vous n'irez pas (veló tatoúrou) – ici est employé le futur du verbe latoúr (explorer) ; j'ai dit que de lui vient le mot tayár (touriste, voyageur). Le peuple est allé dénicher les beautés du pays d'Israël (latoúr), mais cela n'a pas marché, ce qui en est sorti, c'est leraguél (pister, espionner). Et que se passe-t-il quand nos yeux vont à la suite du cœur ? Il se passe ceci : « Regarde, une caisse ouverte, et dedans de l'argent ! Regarde comme c'est bien, on a trouvé une curiosité ! Regarde quelle belle fille ! Regarde quelle délicieuse petite brochette ! Regarde, regarde, regarde… » Chacun regarde quelque chose qui lui est propre, chacun a sa propre tentation. Les yeux et le cœur, ce sont nos touristes, qui se promènent tout le temps avec des prospectus du pays du péché : « Faites un voyage au pays du péché, regardez comme on y est bien ! »
Le Très-Haut dit : « Vous verrez le fil bleu – souvenez-vous de tous Mes commandements ». Quel est ce lien étrange, comment le fil bleu rappelle-t-il les commandements ? Quand dehors il fait sombre, la nuit (et en ces temps-là les nuits n'étaient pas particulièrement éclairées), le fil blanc ne se distingue pas du fil bleu, ne s'en distingue en rien. Au début de l'aube, on peut déjà distinguer le fil bleu et le fil blanc. Dès qu'il fait jour, dès que tu as vu le fil bleu, souviens-toi des commandements du Très-Haut, et ainsi chaque matin (bóker bóker). Nous commençons chaque matin en bénissant le Très-Haut, le jour commence – notre service commence. Bien sûr, la nuit aussi tous les commandements existent, y compris aime ton prochain (moi, quand je dors, j'aime en général toujours mon prochain, sauf peut-être que le ronflement peut être une manifestation de mon manque d'amour pour le prochain, mais d'habitude j'aime). La plupart des commandements de Dieu, l'homme les accomplit le jour. Vous verrez les fils bleus – et vous vous souviendrez, chaque jour vous vous souviendrez.
לְמַעַן תִּזְכְּרוּ וַעֲשִׂיתֶם אֶת־כָּל־מִצְוֹתָי וִהְיִיתֶם קְדֹשִׁים לֵאלֹהֵיכֶם׃
lemá'an tizkeroú va'assitém et-kol-mitsvotáy vihyitémLa translittération russe redouble ici le « y » de ce mot. L'hébreu ne porte pas de redoublement à cet endroit, la translittération française le suit donc : vihyitém. kedochím lelohekhém
40 Afin que vous vous souveniez et que vous observiez tous Mes commandements, et vous serez saints pour votre Dieu.
אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם אֲשֶׁר הוֹצֵאתִי אֶתְכֶם מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם לִהְיוֹת לָכֶם לֵאלֹהִים אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם׃
aní adonáy elohekhém achér hotséti etkhém me'érets mitsráyim lihyot lakhém lelohim aní adonáy elohekhém
41 Je suis votre Dieu, Qui vous a fait sortir du pays d'Égypte, pour vous être Dieu. Je suis le SEIGNEUR, votre Dieu ».
Ces dernières lignes témoignent que, bien que le Très-Haut ait puni le peuple d'Israël, le processus d'éducation, le processus de transformation du peuple d'Israël n'est pas arrêté. Le SEIGNEUR n'a pas renoncé au peuple d'Israël. C'est le dernier, le quatrième remède que le Très-Haut, par Moché, donne au peuple d'Israël.
Un examen qui s'éternise
Au centre de notre section hebdomadaire Chéla'h se trouve l'histoire des explorateurs que Moché envoie pour explorer le pays. La section commence par le fait que c'est le Très-Haut qui ordonne à Moché d'envoyer ces explorateurs. Le Très-Haut dit à Moché au début du chapitre 13 :
2. « Envoie pour toi (chela'h-lekhá) des hommes, et ils exploreront le pays de Canaan, que Je donne aux fils d'Israël ; envoyez un homme par camp paternel, tout chef parmi eux ».
Mais quarante ans plus tard, Moché raconte cette situation autrement. Au chapitre 1 du livre de Dévarim, Moché dit :
22. Et vous vous êtes tous approchés de moi et vous avez dit : « Envoyons donc des hommes devant nous, et qu'ils explorent pour nous ce pays et reviennent vers nous avec un rapport : par quel chemin nous monterons et dans quelles villes nous arriverons ».
C'est-à-dire que, selon le récit plus tardif de Moché, c'est précisément le peuple lui-même qui a voulu envoyer des explorateurs. Et il nous faut comprendre : qui donc, malgré tout, a été l'initiateur de l'envoi des explorateurs ? Certains commentateurs, certains interprètes de la Torah ont vu là une certaine condescendance du Très-Haut, comme si le Très-Haut disait : « Bon, Moché, s'il te faut envoyer des explorateurs, alors envoie-les pour toi ». Moché lui-même dit qu'il a accepté cette initiative venant du peuple.
Ici il faut comprendre que parfois nous entendons une certaine voix, ou bien une certaine idée, une certaine pensée surgit dans notre tête. Et cette pensée peut tout à fait venir de Dieu, parfois le Très-Haut nous parle de cette manière – à travers nos pensées, à travers nos raisonnements. Nous lisons au verset 2 du chapitre 13 que, bien que le Très-Haut dise : « Envoie pour toi… », cela ne signifie pas que cela Lui est égal. L'ordre du Très-Haut nous rappelle le verset 1 du chapitre 12 du livre de Béréchit : « Et Dieu dit à Avraham : va pour toi (lekh-lekhá)… » Et quand nous lisons cela là-bas, nous savons avec certitude que ce n'est pas dit dans ce sens : « Toi, va pour toi, et Moi, Je n'en ai pas besoin ». C'est pourquoi il est plus juste ici aussi de comprendre ce qui est dit précisément comme un ordre du Très-Haut, et non comme Sa condescendance.
Il y a encore un détail important de cette conversation. Le Très-Haut s'adresse à Moché, mais ne lui dit pas : « Dis au peuple ceci et cela ». C'est-à-dire que Moché a reçu une tâche pour lui-même, et avec le peuple il parle déjà selon son propre raisonnement. C'est pourquoi, quand il raconte l'histoire au chapitre 1 du livre de Dévarim, il modifie un peu ou même, peut-on dire, modifie fortement ce que le Très-Haut lui avait ordonné de faire aux versets 18–20 du chapitre 13 de notre livre. Le Très-Haut voulait que le peuple étudie le pays, explore le pays. Le peuple, lui, voulait savoir par quel chemin entrer dans le pays. Mais Moché les envoie précisément pour une reconnaissance militaire. Ici Moché ne se manifeste pas simplement comme chef du peuple, il prépare les dirigeants du peuple, il veut faire de tout le peuple un leader. C'est une sorte d'épreuve. Quand le peuple se tenait au pied du mont Sinaï, il a promis qu'il accomplirait les commandements du Très-Haut. Mais quand est venue cette épreuve-là, quand il fallait planifier la conquête du pays, réellement faire et accomplir, alors le peuple n'a pas tenu bon, le peuple est resté ainsi un peuple-esclave. Et, en conséquence de cette épreuve, le peuple est resté quarante ans dans le désert. Mais, bien que ce fût une punition, cela a préparé le peuple au service, c'est-à-dire qu'en quarante ans le peuple-esclave est devenu un peuple-serviteur.
Et, bien sûr, quand nous parlons de l'entrée dans le pays, il faut parler encore d'un aspect – du droit du peuple juif sur la terre d'Israël. Des questions à ce sujet, nous en entendons constamment aujourd'hui aussi. Ici, dans la Torah, nous voyons qu'avant l'arrivée des Juifs dans le pays, d'autres peuples y vivaient. Nous voyons que ces peuples avaient des villes florissantes et que les Juifs les ont simplement conquises. Et, naturellement, la question se pose : de quel droit les Juifs ont-ils conquis ce pays alors ? Bien sûr, toute la terre appartient au Très-Haut, et le Très-Haut la donne à qui Il le juge bon. Au chapitre 15 du livre de Béréchit, au verset 16, le Très-Haut dit que le retour du peuple dans le pays, la prise de possession du pays est liée à la faute des Amoréens qui y habitent. C'est-à-dire que les habitants de ce pays avaient une faute devant le Très-Haut, et le Très-Haut a longtemps supporté cela, au moins quarante ans. Et cette faute des Amoréens est devenue la première raison de la conquête du pays par les Israélites. Et la deuxième raison – c'est ce que nous savons des recherches d'aujourd'hui, de la correspondance des rois locaux du pays d'Israël avec l'Égypte. Nous savons qu'ils se trouvaient tous dans la dépendance de l'Égypte, et que certains étaient fiers de ce que des troupes égyptiennes se trouvaient dans leurs villes. Ainsi, la conquête du pays d'Israël – c'est aussi une partie de la guerre avec l'Égypte. Et si nous regardons cela du point de vue de la symbolique, où l'Égypte symbolise les mondes inférieurs, pécheurs, alors la conquête du pays se fait par le droit de la sainteté, par le droit de la supériorité de la sainteté sur le péché : il est légal et légitime de conquérir le pays pour ce qui est saint, pour le service de ce qui est saint, bien que cela en soi exige aussi de la sainteté.
Chéla'h Lekha (Envoie pour toi)
Parlons de certains aspects et d'un regard inhabituel sur la section hebdomadaire Chéla'h. Il est d'usage d'appeler aussi cette section la section des explorateurs, parce que c'est précisément des explorateurs qu'il y est question. Mais seulement d'eux ? Lisons quelques versets du chapitre 13 de notre livre. Le SEIGNEUR dit à Moché :
2. « Envoie pour toi (chla'h lekha) des hommes, et ils exploreront (yatoúrou) le pays de Canaan, que Je donne aux fils d'Israël ; envoyez un homme par camp paternel, tout chef parmi eux ».
Ensuite il y a l'ordre d'envoyer des représentants, un de chaque tribu, et la liste des hommes est énumérée. Et à partir du verset 17, nous lisons les tâches que Moché fixe aux envoyés.
17. Et Moché les envoya explorer le pays de Canaan, et il leur dit : « Montez par le sud et gravissez la montagne,
18. Et examinez la terre : quel est ce peuple qui y habite, est-il fort ou faible, est-il peu nombreux ou nombreux ;
19. Et quelle est cette terre sur laquelle il habite, est-elle bonne ou mauvaise ; et quelles sont ces villes dans lesquelles il habite, sont-elles ouvertes ou sont-elles entourées d'une muraille ;
20. Et quelle est cette terre, est-elle grasse ou maigre, y a-t-il sur elle un arbre ou non, et si vous vous affermissez, vous prendrez des fruits de la terre ». Or c'étaient les jours des prémices du raisin.
L'une des tâches avec lesquelles Moché envoie les hommes était la tâche de prendre des fruits de la terre. Et c'est important, parce que plus loin la Torah parle de nouveau des fruits.
23. Et ils arrivèrent jusqu'au torrent d'Echkol, et là ils coupèrent une grappe de raisin, et la portèrent à deux sur une perche ; et ils prirent aussi de la grenade et de la figue.

24. Et ce lieu fut appelé source d'Echkol à cause de la grappe (echkól) que les fils d'Israël y avaient coupée.
Et quand les explorateurs reviennent, viennent vers Moché et Aharon et vers toute la communauté, eux aussi commencent par montrer ce qu'ils ont apporté, et disent, entre autres : « …et voici ses fruits (de la terre) ». Tous ceux qui ont lu la section hebdomadaire Chéla'h savent que la mission a échoué, que les explorateurs, au lieu d'encourager le peuple, ont raconté ce qu'ils ont raconté, et il est arrivé ce qui est arrivé. Et il existe une multitude d'explications sur la question de savoir pourquoi c'est arrivé ainsi.
Les uns disent que les explorateurs avaient des âmes élevées. Ils s'étaient tellement habitués à se trouver dans le désert, où la présence de Dieu est manifeste, qu'ils n'ont pas cru que la même présence de Dieu pouvait être aussi dans le pays d'Israël. C'est-à-dire que la mission a échoué à cause de l'élévation d'âme de ces hommes. D'autres disent qu'ils avaient peur de perdre leur service, de perdre leurs postes. Encore une opinion : au lieu d'apporter simplement des renseignements, ils ont pris sur eux la fonction de conseillers. Bref, il y a une multitude de versions différentes, de regards différents sur ce tableau, et (je ne me lasse pas de le répéter), comme c'est habituellement le cas, les commentaires en disent plus sur les commentateurs eux-mêmes.
Je propose de regarder toute cette histoire avec les yeux de Rabbi Aïzik de Gomel, qui propose une version des événements étonnante et inhabituelle pour nous dans le contexte de notre section hebdomadaire. Il dit justement qu'une partie très importante de la mission des envoyés était de cueillir des fruits. Le verbe latoúr (explorer), qui est employé ici, est lié dans la langue moderne au mot tayár (touriste, voyageur), nous en avons déjà parlé, ainsi que du fait que le touriste, par sa destination, par sa définition, voyage pour voir des curiosités, des beautés, on lui montre ce qu'il y a de meilleur. Et une partie de ces beautés, dans ce cas précis, ce sont les fruits. Pourquoi est-il important pour Moché de savoir quels fruits poussent là-bas ? Pourquoi est-il important pour ceux que Moché a envoyés comme touristes de rapporter du pays de Canaan, comme souvenirs, précisément des fruits ? En quoi, comme le dit Aïzik, consistait la mission du Très-Haut ?
Le peuple d'Israël est sorti d'Égypte, a vécu plus d'un an dans la présence divine, a marché avec Dieu, a vu des miracles, s'est nourri de man et, on peut le dire ainsi, a vécu en s'habituant à se soumettre au Très-Haut. Le but – entrer dans le pays de Canaan, c'est là que Dieu conduit le peuple. Et on peut dire : « Eh bien oui, c'est le pays dans lequel je vais, parce que Dieu m'y conduit. Je me soumets, je me résigne à la volonté du Créateur, et je vais dans ce pays ». Mais il y a encore quelque chose d'important. Le Très-Haut voulait non pas que la chair se résigne au désir du Créateur : « Bon, puisque le Créateur le veut, alors j'irai, même si c'est difficile », mais que l'homme lui-même, chacun du peuple d'Israël, déborde d'amour pour le pays, pour ses fruits, pour ses lacs, pour sa mer, dans laquelle on peut se baigner, pour ses montagnes, dans lesquelles on peut se reposer, on peut se réjouir, on peut réjouir aussi son corps, pour que l'homme aime ce pays.
Les maîtres donnent un tel exemple. Pour un jeune homme qui a grandi et a été élevé dans l'amour du pays d'Israël et de la Torah, le moment est venu de chercher une fiancée. Il trouve une jeune fille et dit : « Construisons ensemble, toi et moi, une famille en Israël, construisons ensemble Israël, développons-nous ensemble spirituellement ». Et au rendez-vous suivant, il apporte quelques livres, pour les lire avec elle, pour étudier avec elle. Et à un certain stade, elle lui demande : « Oui, je suis très heureuse d'avoir un tel mari, qui aime tant Dieu, et aime tant Israël, et fait tant d'efforts, mais moi ? Est-ce que moi-même je t'intéresse, ou suis-je pour toi un moyen dans le service, ou ne suis-je pour toi qu'un instrument ? Est-ce que j'existe ? Y a-t-il pour toi, au niveau de ta chair, moi en tant que personne, en tant que ce que je suis ? Est-ce que moi-même je t'attire ? »
Il arrive très souvent que les rabbins enseignent aux hommes à offrir des cadeaux aux femmes. Voilà qu'un homme vient et apporte à la maison un bouquet de fleurs. Une chose magnifique, semble-t-il, et sa femme lui demande : « Tu m'as apporté un bouquet ? Et pourquoi tu m'as apporté un bouquet ? » – « Eh bien, au cours, le rav nous a dit que c'est bien d'offrir des bouquets aux femmes ». Elle dit : « Eh bien, ce serait bien que tu décides toi-même d'apporter un bouquet... »
Il arrive qu'il vaille mieux pour l'homme choisir lui-même. Un jour, un rav racontait comment il achetait un bijou à sa femme. Il va dans une bijouterie, choisit quelque chose de cher, de beau et qui en jette, à son avis. Et sa femme dit avec perplexité : « Qu'est-ce que tu m'as apporté là ? » Quand elle va au magasin elle-même, quand elle choisit elle-même, alors pour elle c'est toute une procédure, une sorte de sacrement. Le mari ne pourra pas la contenter, il ne pourra pas trouver ce qu'il lui faut. Elle doit elle-même choisir pour elle ce que son cœur désire. Ce sont, semble-t-il, des choses matérielles, mais nous aussi nous sommes matériels. Et le Très-Haut voulait que l'âme du peuple d'Israël s'enflamme, que ce ne soit pas simplement : « Nous allons, parce que – eh bien, où pourrions-nous donc aller ? Nous sommes déjà sortis d'Égypte, nous sommes partis, nous sommes ici, dans le désert, nous n'avons pas le choix ». Le mot latoúr a encore un sens – choisir. Le Très-Haut voulait que le peuple d'Israël lui-même, voilà, selon le désir de son âme la plus, la plus, la plus charnelle, veuille lui-même cette terre, aime cette terre, l'aime d'un véritable amour – non parce que Dieu le veut ainsi, mais parce que moi aussi, concrètement, je le veux ainsi. Quand un choix est donné à l'homme, on peut dire « oui » ou dire « non ». Si tu ne sens pas que tu as le droit de dire « non », si tu ne peux jamais dire « non », alors ton « oui » non plus ne vaut rien.
Le Très-Haut a invité le peuple et a dit : « Allez, regardez, mangez des fruits de la terre, réjouissez-vous, entre autres, de ses beautés ». Car que se passe-t-il ? Les explorateurs, en un certain lieu, cueillent une grappe (echkól) de raisin et appellent ce lieu de la même façon – Echkól. C'est-à-dire que le lieu est nommé d'après un événement significatif. Disons, la ville de Kiryat-Chmona (ville des huit) est nommée ainsi en l'honneur de huit héros tombés lors de la défense du village de Tel-'Haï pendant la guerre d'indépendance d'Israël de 1947-1949. Le nom Echkol – c'est la joie de la grappe, un appel à aimer cette terre, la joie de ce qui donne du plaisir, la joie de ce que la terre n'est pas seulement un lieu de service, c'est un plaisir, et le plaisir de cette terre est aussi une partie du service. Et qu'est-il donc arrivé quand les explorateurs ou, disons, les touristes sont revenus ? Le peuple n'a dit ni « oui » ni « non ». Le peuple a dit : « Pourquoi nous forces-tu à aller dans ce pays-là ? » Le peuple n'a même pas pris conscience que la terre peut être choisie et qu'on peut l'aimer. Et alors il est dit au peuple : « Eh bien, restez encore quarante ans dans le désert, éduquez les enfants, éduquez une nouvelle génération d'hommes ».
Et voilà que ces quarante ans sont passés, et des représentants des tribus de Réouven et de Gad viennent vers Moché et disent : « Regarde quelle terre il y a ici ! Ici on peut installer des enclos pour le bétail, nous installerons ici des enclos pour le bétail ». Les filles de Tsélof'had viennent et disent : « Nous avons une telle histoire, nous n'avons pas de part d'héritage, donne-nous de la terre ». Apparaît la soif de posséder cette terre, et non parce que Dieu le veut ainsi, non parce que c'est la terre de nos pères, c'est notre patrie, et non parce que nous avons une telle tradition spirituelle, pas seulement dans le cadre du service. Apparaît une soif d'amour à l'intérieur de l'homme, apparaît l'amour pour la terre, l'amour pour l'image mythique de la terre. Et non parce que papa l'a dit ainsi ou que le Papa céleste l'a dit ainsi, mais parce que nous-mêmes nous aimons cette terre, parce que nous-mêmes nous voulons y vivre. Nous choisissons cet amour pour la terre, nous nous réjouissons de sa beauté, de ses produits, de ses fruits, elle est pour nous la meilleure, l'élue – comme notre épouse, que nous avons choisie non seulement comme donnée par Dieu, mais aussi comme bien-aimée.
C'est ainsi que Rabbi Aïzik de Gomel comprend toute la tragédie qui s'est produite. La tragédie d'une génération qui, se trouvant dans la présence divine, voyant les miracles divins, n'a pas voulu choisir, a renoncé au choix et s'est plainte de ce qu'on la contraignait à quelque chose.
Un regard très inhabituel parmi tous ceux qui existent sur notre section hebdomadaire Chéla'h. Et cela, comme je l'ai dit, est très important. Il est important de comprendre : cette terre-là, qui m'est destinée, ou cette femme que mes parents m'ont dit d'épouser et que Dieu m'a indiquée, il faut l'aimer d'un véritable amour. Voilà de telles réflexions sur la section hebdomadaire. Je le redis, il existe des dizaines d'opinions différentes, carrément opposées, sur l'histoire des explorateurs. J'ai eu envie de partager avec vous précisément ce regard-là.
Chéla'h : matériaux pour aller plus loin
Voyez aussi l'entretien sur la section Chéla'h, le sténogramme de la section Béhaalotékha et les sections hebdomadaires de la Torah.